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Envisager un changement radical de société: Remettre en cause le soi-disant inéluctable avec Howard Zinn…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2014 by Résistance 71

« J’ai commencé à vraiment comprendre certaines choses sur l’anarchisme dans les années 1960, en lisant l’autobiographie d’Emma Goldman, en lisant Alexandre Berkman, Pierre Kropotkine et Michel Bakounine. L’anarchisme veut dire pour moi une société où vous avez une véritable organisation démocratique de la société, tant dans la prise de décision politique, que dans l’économie où l’autorité du capitalisme n’existe plus… Les gens auraient une véritable décision de leur destinée, dans laquelle ils ne seraient plus forcés de choisir entre deux partis politiques, qui ne représentent en rien les intérêts du peuple. Je vois donc l’anarchisme comme un moyen de démocratie politique et économique et ce dans le meilleur sens du terme. »

– Howard Zinn (2006) –

 

Au sujet de récompenser les gens pour leur talent ou leur travail assidu

 

Howard Zinn (1999)

 

Source:

http://howardzinn.org/on-rewarding-people-for-talents-and-hard-work/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a deux problèmes ici: Premièrement, pourquoi devrions-nous accepter notre définition culturelle de ces deux facteurs ? Pourquoi devrions-nous accepter que le “talent” de quelqu’un qui écrit les jingles, musiques pour une entreprise de publicité faisant de la pub pour de la nourriture pour chiens et qui gagne 100 000 US$ par an (NdT: en 1999) est supérieur au talent d’un mécanicien automobile qui ne gagne que 40 000 US$ par an ? Qui a le droit de dire que Bill Gates travaille plus dur que le plongeur dans un restaurant qu’il fréquente, ou que le CEO d’un hôpital qui gagne 400 000 US$ par an travaille plus dur que l’infirmière qui ne fait que 30 000 US$ par an ?

Le président de l’université de Boston gagne 300 000 US$ par an. Travaille t’il plus dur que l’homme qui nettoie son bureau et ceux de l’université ? Le talent et le travail sont des facteurs qualitatifs qui ne peuvent pas être mesurés quantitativement. Comme il n’y a pas de moyens de les mesurer quantitativement, nous acceptons la mesure qui nous est donnée par les mêmes personnes qui bénéficient de cette mesure !

Je me rappelle de Fiorello Laguardia se tenant devant le Congrès des Etats-Unis dans les années 1920, argumentant contre une loi fiscale qui bénéficierait au ministre du trésor, Andrew Mellon et demandant si Mellon travaillait plus dur que la ménagère d’East Harlem qui devait élever trois enfants sur un maigre revenu. Et comment mesurez-vous le talent d’un artiste, d’un musicien, d’un poète, d’un acteur, d’un romancier, dont la plupart dans cette société, ne peuvent pas faire suffisamment d’argent pour survivre contre le talent des chefs de quelque entreprise que ce soit.

Je défie quiconque de mesurer quantitativement les qualités de talent et de travail Il y a une seule réponse possible à mon défi: les heures de travail contre les heures de loisir. Oui, ceci constitue une mesure quantitative. Et bien avec cette mesure, la ménagère devrait recevoir bien plus que les exécutifs des entreprises. Et le travailleur qui a deux boulots (NdT: c’est légal aux Etats-Unis) et il y en a des millions et qui n’a pratiquement aucun temps de loisir, devraient être récompensés bien mieux que l’exécutif d’entreprise qui peut prendre des pauses repas de deux heures, a tous ses week-ends dans sa résidence secondaire et prend ses vacances en Italie ou sur la Riviera française.

Puis vient la seconde question: Pourquoi le “talent et le travail”, même si vous pouviez les mesurer quantitativement, devraient-être le critère pour les “récompenses” (à savoir de l’argent)? Nous vivons dans une culture qui nous enseigne comme s’il y avait une vérité venue du ciel, alors qu’en fait cela ne sert que les intérêts des riches, spécifiquement dès lors qu’ils ont déterminé pour nous (comme remarqué ci-dessus) comment définir “le talent et le travail assidu”.

Pourquoi ne pas utiliser un critère alternatif pour la récompense ? Pourquoi ne pas récompenser les gens en fonction de leurs conributions à la société, de ce qu’il y apportent ? Ainsi l’éducateur social s’occupant d’enfants ou de personnes âgées, ou l’infirmière, ou l’enseignant ou l’artiste, devraient gagner bien plus que l’exécutif d’une entreprise construisant des voitures de luxe et devraient gagner bien plus que ces exécutifs d’entreprises fabriquant des bombes, des armes nucléaires ou des polluants chimiques. Mieux encore, pourquoi ne pas utiliser comme critère de rémunération ce dont les gens ont besoin pour vivre décemment et comme tout le monde a grosso modo les mêmes besoins basiques il n’y aurait pas de grande différence dans le revenu mais tout le monde aurait largement assez pour manger, se loger, subvenir à ses besoins de santé, d’éducation, de loisir, de vacances.

Bien sûr il y a toujours l’objection standard qui dit que si on ne rémunère pas des gens avec de gros salaires, la société s’effondrerait, parce que le progrès dépend de ces gens à gros salaires. Un argument très contestable. Où est la preuve que les gens ont besoin de gros salaires pour leur donner un incentif de faire des choses importantes ?

En fait, nous avons bien des preuves que l’incentif du profit et de la richesse mène à des choses très destructives. Quoi que ce soit qui rapporte sera produit. Ainsi, les armes nucléaires étant plus profitables que les crèches, elles seront plus produites. Les gens font des choses merveilleuses (enseignants, médecins, infirmières, artistes, scientifiques, inventeurs), sans avoir à la clef d’énormes revenus ou profits. Parce qu’il y a d’autres récompenses que les récompenses monétaires, qui font bouger les gens à produire de bonnes choses, la récompense de savoir que vous contribuez grandement à la société, la récompense de gagner le respect des gens autour de vous. S’il devait y avoir des incentifs pour récompenser certains types de travaux, ces incentifs devraient aller aux personnes faisant les travaux les plus ingrats et les plus indésirables de façon à être sûr que le travail soit fait et bien fait. Je travaillais dur en tant que prof d’université, mais mon travail était plaisant en comparaison de celui de la personne qui venait nettoyer mon bureau. selon quel critère, autre que celui artificiellement créé par notre culture, suis-je enclin à plus d’incentif que cette personne ? Ceci vaut également pour tout professeur de droit ou autre…

D’autre part, si vous pouviez montrer que le talent et le travail assidu, aussi stupidement défini que notre culture les définissent, devraient déterminer les revenus, en quoi cela concerne t’il les petits enfants ? Ils n’ont pas encore eu “la chance de démontrer leur talent ou leur capacité à travailler dur”, donc pourquoi certains devraient-ils vivre dans le luxe et d’autres dans la pauvreté ? Pourquoi les bébés de riches devraient avoir plus de chances de vivre que les bébés des pauvres, tant il est défini que le taux de mortalité infantile est plus important chez les pauvres que chez les riches ?

Ok, soyons pratiques. Nous sommes, comme nous le savons, loin d’achever une société égalitaire, mais nous pouvons sans aucun doute bouger dans cette direction au moyen d’un véritable impôt sur le revenu progressif, avec un gouvernement assurant un revenu minimum décent, des soins, de l’éducation et le logement pour chaque famille. Pour les gens, en général aisés, qui s’inquiètent de ce que tout le monde ait un revenu identique, vous pouvez appaiser leurs craintes et leur disant que l’égalité absolue n’est pas possible ni même désirable, mais que les différences entre les revenus et les richesses accumulées ne doivent pas être aussi grandes, extrêmes qu’elles ne le sont ; qu’il devrait y avoir un standard de vie minimum pour tous, spécifiquement pour les enfants, qui sont d’innocentes victimes de toute ce philosophage grandiloquent au sujet de la richesse et de la pauvreté.

First published at ZCommunications • November 25, 1999