Archive pour howard zinn « qu’est-ce que l’histoire radicale? »

Histoire et résistance… « Vous ne pouvez pas être neutre dans un train en marche » (compilation pdf de réflexions d’Howard Zinn)

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Résistance 71

13 septembre 2017

Jo de JBL1960 a fait ce superbe PDF de nos traductions d’Howard Zinn depuis 2012 qui met superbement et sobrement en valeur la pensée critique de l’historien militant.

A lire et à diffuser sans aucune modération…

Compilation Howard Zinn « Vous ne pouvez pas être neutre dans un train en marche »(PDF)

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Historien radical pour une histoire radicale garants de la pensée critique et du déboulonnage des dogmes ~ 2ème partie ~ (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, sciences et technologies with tags , , , , , , , , , , on 18 août 2014 by Résistance 71

« Toute recherche historique doit être contrôlable par ses lecteurs, spécialisés ou non. Cet impératif, qui constitue un des fondements de la pratique historique, exclut l’octroi privilégié à des auteurs sélectionnés de sources non accessibles au commun des chercheurs. »

« Que les historiens ‘hautement acclamés’ respectent les lois d’airain qui conditionnent la « liberté de leur atelier’: qu’ils dialoguent moins avec les prélats, les ministres, les ‘hommes d’affaires’, qu’avec les archives, accessibles à tous, dans le ‘silence’, et vérifiables par tous et que leurs stylos et/ou ordinateurs, libérés de la tutelle de l’argent ‘extérieur’ des missions privées ou publiques, ils réclament des financements universitaires pour générer des recherches dont ils auront l’initiative, la maîtrise et les instruments archivistiques… Quant aux jeunes chercheurs, il est urgent que, soustraits à la norme des ‘desiderata’ des bailleurs de fonds et ainsi mis en mesure de tenir la tête droite, ils puissent aider l’histoire contemporaine française à retrouver la voie de l’indépendance ».
~ Annie Lacroix-Riz (Professeur d’histoire à l’université de Paris VII) ~

 

Qu’est-ce que l’histoire radicale ?

 

par Howard Zinn (1970)

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

1ère partie

2ème partie

 

De tels faits motivants se trouvent dans l’ensemble des données au sujet des gouvernements actuels. Ce qu’on voit au présent peut être attribué à un phénomène de passage; si la même situation se produit en différents points de l’Histoire, cela n’est plus un évènement transitoire, mais une condition de long-terme, ce n’est pas une abération, mais une déformité structurelle qui demande qu’on s’y attache sérieusement.

[…]

  1.   Nous pouvons exposer l’idéologie qui s’infiltre dans notre culture, en utilisant le mot “idéologie” dans le sens voulu par Mannheim de: “logique pour l’ordre des choses”. Il y a la sanctification ouverte du racisme, de la guerre, de l’inégalité sociale. Il y a aussi le plus subtile tissu de semies-vérités (”nous ne sommes pas comme les puissance impérialistes du XIXème siècle…”), les mythes nobles comme le “nous sommes nés libres”, les prétensions comme “l’éducation est la poursuite désintéressée de la connaissance”, la mystification de la réthorique comme “liberté et justice pour tous”, la confusion des idéaux et de la réalité comme la déclaration d’indépendance et son appel pour la révolution, dans notre tradition orale, le Smith Act et sa prohibition d’appeler à la révolution, l’utilisation de symbole pour obscurcir la réalité…

 

Plus l’éducation est répandue dans une société, plus la mystification pour cacher ce qui ne va pas doit être importante; la religion, l’école et l’écriture travaillent ensemble à cet effet. Ceci n’est pas une conspiration à l’œuvre, les privilégiés de la société sont aussi victimes de la mythologie ambiante que les enseignants, les prêtres et les journalistes qui la diffusent. Tous ne font que ce qui vient naturellement et ce qui vient naturellement est de dire ce qui a toujours été dit et de croire ce qui a toujours été cru.

L’Histoire possède une faculté spéciale de révéler l’ineptie de ces croyances, qui nous attachent au cadre social de nos pères. Elle peut aussi renforcer ce cadre avec une grande force, et l’a fait à bien des égards. Notre problème est de retourner le pouvoir de l’histoire, qui peut fonctionner des deux façons, pour démystifier. Je me rappelle des mots du sociologue iconoclaste E. Franklin Frazier à des étudiants noirs au cours d’un colloque nocturrne à Atlanta en Georgie: “Toute votre vie, les blancs vont ont raconté des sornettes, les prêtres vous ont raconté des sornettes, vos profs vous ont raconté des sorrnettes, je suis ici pour vous dépolluer.

Se rappeler la réthorique du passé et la mesurer avec le véritable passé, nous permettra peut-être de voir aux travers des sornettes actuelles, où la réalité est toujours en train de se dérouler et les anomalies pas toujours apparentes. […]

A la lumière de l’histoire de l’idée et des faits de l’expansionisme américain, ceci n’est pas très honorable. Le désastre du Vietnam ne fut pas comme l’a dit Schlesinger “une mauvaise application finale et tragique” de ces éléments, un errement d’une tradition historique plutôt bénigne, mais plutôt une autre application d’une volonté mortelle autour d’un peuple étranger en révolte.

[…]

  1. Nous pouvons recapturer ces quelques moments du passé qui ont montrés la possibilité d’une meilleure façon de vivre que ce qui a été dominant jusqu’à présent sur terre. Bouger les gens pour qu’ils agissent n’est pas suffisant pour développer leur sens de ce qui est mal, de montrer que les hommes de pouvoir ne sont pas dignes de confiance, de révéler que notre façon de penser est limitée, déformée, corrompue. On doit aussi montrer que quelque chose d’autre est possible, que des changements peuvent se produire. Autrement, les gens se retranchent dans leur bulle privée, le cynisme, le désespour et même la collaboration avec les puissants.

L’Histoire ne peut pas donner la confirmation que quelque chose de mieux est inévitable; mais elle peut mettre en évidence que c’est concevable. Elle peut montrer les moments où les êtres humains ont coopéré les uns avec les autres (l’organisation du réseau de métro par les blancs et les noirs, la résistance française à Hitler, les résultats positifs du mouvement anarchiste en Catalogne lors de la guerre d’Espagne). Elle peut trouver les époques où les gouvernements étaient capables d’un peu de compassion pour les peuples (la création de la Tennesse Valley Authority, l’aassistance médicale gratuite dans les pays socialistes, le principe de l’égalité des salaires lors de la Commune de Paris). Elle peut montrer des hommes et des femmes se conduisant en héros plutôt qu’en coupables ou en idiots (L’histoire de Thoreau ou de Wendell Phillips ou d’Eugene Debs. De Martin Luther King ou de Rosa Luxembourg). Elle peut nous rappeler que des groupes en apparence sans pouvoir ont gagné contre toute attente (les abolitionistes et le 13ème amendement de la constitution, le CIO et les grèves, le Vietminh et le FLN contre les Français).

La preuve historique a des fonctions spéciales. Elle donne du poids et de la profondeur à l’évidence, qui si seulement tirée de la vie contemporaire, pourrait paraître bien fragile. En faisant le portrait des mouvements humains au cours du temps, cela montre la réelle possibilité pour le changement. Même si le changement a été si inconséquent qu’il nous laisse désespéré aujourd’hui, nous avons besoin de savoir qu’un changement est toujours possible.

[…] Dans les moments où nous sommes enclins d’aller avec la condamnation générale de la révolution, nous devons nous rafraîchir l’esprit avec Thomas Jefferson et Tom Paine. En des termps où nous sommes sur le point de rendre les armes devant la glorification de la loi, Thoreau et Tolstoï peuvent raviver notre conviction en ce que la justice prévaut la loi.

[…]

Au vu des critères que je viens de mentionner, un rappel de cette tradition est de l’histoire radicale….

[L’historien] Genovese est troublé par le fait que les origines intellectuelles du radicalisme américain sont “orientées pour servir des buts politiques”. S’il critiquait seulement “l’assomption que la fabrication de mythe et la falsification de l’historiographie peuvent être d’une utilité politique” (par exemple l’histoire écrite par de soi-disants marxistes en mode staliniste), alors il pourrait avoir raison; mais il semble vouloir nous dire autre chose. Il nous dit que le travail historique ne devrait pas gérer le passé en termes de “standards moraux retirés du temps et de l’endroit.”

[…]

Le leurre du “temps et de ‘endroit” est le leurre de l’historien professionnel intéressé en “ma période” ou “mon sujet”. Ces particularités de temps et d’endroit peuvent-être très utiles en fonction de la question posée. Mais si la question posée est (comme pour Lynd): quel soutien pouvons-nous trouver dans le passé pour des valeurs qui semblent être intéressantes aujourd’hui ? Une bonne bordée de preuves circonstantielles n’est pas particulièrement importante. Seulement si aucune question présente n’est posée, alors le détail particulier, le détail riche, complexe et sans fin sur une période donnée, deviennent-ils importants sans discrimination. Et cela dirai-je, est une forme bien plus abstraite d’histoire, parce qu’elle est soustraite d’une préoccupation présente spécifique. Ceci maintiendrai-je, est une soumission à l’historiographie professionnelle absolue: Dites-moi le plus que vous le pouvez.

Similairement, la demande pour le “rôle de classe” en traitant les idées sur le droit naturel de Locke, Paine et d’autres, serait très importante si la question posée était: En quoi la teneur de la classe d’apartenance et les idées interagissent-elles l’une sur l’autre (pour mieux comprendre la faiblesse des deux pensées idéologiques et utopiques aujourd’hui). Mais pour l’objectif spécial de Staughton Lynd, une autre emphase est requise. Quans on focalise sur l’histoire avec certaines questions, beaucoup demeure inquestionné ; mais ceci est également vrai lorsqu’il a un manque de concentration.

Similairement au dogme professionnel qui requiert “temps et place”, se situe aussi un autre dogme parmi les intellectuels marxistes demandant “le rôle de classe” comme si cela était l’étalon de mesure de l’histoire radicale. Même si on remplace le déterminismne économique d’un marxisme brut avec “une classe sophistiquée d’analyse du changement historique” (comme Genovese est anxieux de le faire), discutant le mot classe comme “une mixture complexe dintérêts matériels, d’idéologies et d’attitudes psychologiques, ceci pourrait ou pas bouger le peuple vers un changement aujourd’hui. L’effet total de l’histoire sur la construction sociale d’aujourd’hui est le critère pour une véritable histoire radicale et non pas quelque extrait, standard absolu de méthodologie auquel les marxistes ainsi que d’autres peuvent être obsessivement attachés.

[…]

En résumé, tandis qu’il y a une valeur pour l’analyse spécifique de situations historiques particulières, il y a une autre forme de valeur pour déterrer des idéaux qui traversent les périodes historiques et donnent de la forces aux croyances qui ont besoin de renforcement aujourd’hui. Le problème est que même les historiens marxistes n’ont pas suffisamment prêté attention à l’admonition marxienne dans ses Thèses sur Feuerbach: “La dispute au sujet de la réalité ou de la non –réalité de la pensée qui est isolée de la pratique est purement une question scolastique.” Toute dispute au sujet d’une “véritable” histoire ne peut pas être résolue en théorie ; la véritable question est, laquelle des plusieurs histoires possiblement véridiques (sur la base de niveau élémentaire de la vérité factuelle) est-elle vraie, pas à la lumière d’une notion dogmatique quelconque mais à la lumière des besoins pratiques d’un changement social de notre temps ? Si les “fins politiques” dont Genevese nous met en garde contre et que Lynd embrasse ne sont pas les intérêts étriqués d’une nation ou d’un parti politique ou d’une idéologie, mais ces valeurs humanistes que nous n’avons pas encore atteintes, il est désirable que l’histoire serve des fins politiques.

  1. Nous pouvons montrer comment de bons mouvements sociaux peuvent mal finir, comment des leaders peuvent trahir leurs suiveurs, comment des rebelles peuvent devenir des bureaucrates, comme des idéaux peuvent devenir glacés et frigides. On a besoin de ceci comme correction à la foi aveugle que les révolutionnaires souvent donnent à leurs mouvements, leurs leaders, leurs théories, ainsi des acteurs futurs du changement social pourront éviter les pièges du passé. Pour utiliser la distinction de Karl Mannheim, l’idéologie est la tendance de ceux qui sont au pouvoir à falsifier, l’utopisme est la tendance de ceux hors du pouvoir à déformer. L’histoire peut nous montrer les manifestations de l’une comme de l’autre.

 

L’histoire devrait nous mettre en garde contre la tendance des révolutionnaires à dévorer leurs suiveurs, ainsi que les principes qu’ils professent. Nous devons nous rappeler de l’échec de la révolution américaine à éliminer l’esclavage et ce malgré les prétentions de la Déclaration d’Indépendance et l’échec de la nouvelle république de gérer justement les rebelles du Whiskey de Pennsylvanie malgré le fait qu’une révolution avait été combattue contre des impôts injustes. De la même manière, nous devons nous rappeler du cri de protestation contre les Français de la révolution dans son moment de trionphe par Jacques Roux et les pauvres de Gravillers, protestant contre les accapareurs et les profiteurs ou de Jean Varlet déclarant que “le despotisme est passé des palaces des rois au cercle d’un comité.” Les révolutionnaires, sans que cela n’atténue leur désir de changement, devraient lire le discours de Kroutchev au 20ème congrès du PCUS en 1956, racontant les cruautés paranoïaques de Staline.

Le point n’est pas de nous détourner des mouvements sociaux mais de faire de nous des participants critiques en montrant comment il est facile aux rebelles de se départir de leurs propres injonctions. Cela pourrait nous faire prendre conscience de nos propres tendances, de lire le discours de l’abolitioniste noir Theodore S, Wright à la convention d’Utica de 1837 à la société anti-esclavagisme de New York. Wright y critiqua l’esprit esclavagiste des abolitionistes blancs […]

L’histoire des mouvements radicaux peut nous rendre sensible a l’arrogance narcissique, à l’idolâtrerie aveugle de leaders, la substitution de dogme pour un regard attentif à l’environnement, au leurre du compromis quand les leaders d’un mouvement se retrouvent trop confortables avec ceux au pouvoir. Pour quiconque rendu joyeux par l’élection d’un socilaiste dans un état capitaliste, etc…

Pendant les discussions au Reichstag sur les mineurs en grève dans le bassin de la Ruhr (1905), le député Hue parla du program maximum du parti comme “utopique” et dans la presse socialiste de l’époque, il n’y a eu aucun symptome de révolte. A la première occasion sur laquelle le parti se démarqua de ses principes d’opposition inconditionnelle à toute dépense militaire, se contentant d’une simple abstention lorsque le premier crédit de 1 500 000 Marks fut voté pour la guerre contre les Hereros, cette remarquable inovation qui aurait sans nul soute provoqué tempête et fureur dans tout autre parti socialiste et d’une section de ses membres… cela ne fit se lever parmi les socialistes allemands que quelques protestations timides et éparses.

De telles recherches d’histoires de mouvements radicaux peuvent minimiser la tendance de rendre absolu ces instruments de partis, ces leaders de plateformes politiques qui doivent demeurer constamment sous observation. Que les révolutionnaires eux-mêmes sont sujets à la tradition et ne peuvent pas arrêter de penser à l’ancienne a été anticipé par Marx dans son remarquable passage d’ouverture de son “18 Brumaire de Louis Napolépn Bonaparte”:

“Les Hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas juste comme ils le désirent, ils ne la font pas sous des circonstances qu’ils ont choisi eux-mêmes, mais sous des circonstances trouvées directement, données et transmises du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants et juste lorsqu’ils semblent engagés à se révolutionner eux-mêmes et les choses, en créant quelque chose d’entièrement nouveau, c’est précisément dans ces époques de crise révolutionnaire qu’ils conjurent anxieusement les esprits du passé à leur service et leurs empruntent des noms, slogans de bataille, costumes afin de présenter la nouvelle scène de l’histoire du monde travestie de cet honneur du temps et de ce langage emprunté…”

Comment utiliser le passé pour changer le monde sans s’en encombrer, les techniques peuvent être affutées par une sélection judicieuse d’expériences passées ; mais l”équilibre délicat entre elles ne peut pas provenir seulement de données historiques, mais aussi d’une vision claire et focalisée des objectifs humains que l’histoire devrait servir.

L’histoire n’est pas inévitablement utile. Elle peut nous entraver ou nous libérer. Elle peut détruire la compassion en nous montrant le monde au travers des yeux du confortable ( “les esclaves sont heureux, écoutez-les chanter” ceci menant à “les pauvres sont heureux, regardez-les”). Elle peut opprimée toute résolution en agissant par une montagne de futilités, en nous divertissant dans des jeux intellectuels, par des “interprétations” prétentieuses, qui éperonne plus la contemplation que l’action en limitant notre vision dans une histoire de désastres sans fin et ainsi en faisant la promotion d’un retrait cynique des choses, en nous embrumant avec l’éclectisme encyclopédique des livres standards d’étude.

Mais l’histoire peut libérer nos esprits, nos corps, notre disposition à bouger, à nous engager dans la vie plutôt que de la contempler comme spectateur. Elle peut le faire en élargissant notre horizon, notre point de vue en y incluant les voix silencieuses du passé pour que nous puissions regarder au delà du silence du présent. Elle peut illustrer la folie de la dépendance aux autres pour résoudre les problèmes du monde que ce soit l’état, l’église ou tout autre bienfaiteur auto-proclamé. Elle peut révéler comment les idées ont été bourrées en nous par les pouvoirs de notre temps et que cela nous mène à étendre notre esprit au-delà de ce qui nous est donné. Elle peut nous inspirer en nous rappelant ces quelques moments du passé où les Hommes se sont vraiment comportés en êtres humains, prouvant ainsi que cela est possible. Elle peut aiguiser nos facultés critiques de façon à ce que même quand nous agissons, nous pensons aux dangers créés par notre propre désespoir.

Ces critères que je viens de discuter ne sont pas conclusifs. Ils ne sont qu’une ébauche de guide. Je pense que l’histoire n’est pas une cité bien ordonnée (malgré les belles étagères des bibliothèques), mais une jungle. Je serais un imbécile de clâmer que ma façon de voir est infaillible. La seule chose dont je suis vraiment sûr est que nous, qui plongeons dans cette jungle, avons besoin de penser à ce que nous faisons, parce qu’il y a un quelque part où nous voulons aller.

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Howard Zinn (1922-2010): Historien, professeur d’histoire contemporaine, professeur de science politique à l’université de Boston, activiste, dramaturge est sans nul doute un des historiens les plus influents du monde occidental. Chercheur, auteur prolifique, il était également un grand orateur pourvu d’une voix caractéristique et d’un sens de l’humour sec et grinçant qui rendait ses lectures et entretiens vibrants et excitants.

Zinn a relativement bien été traduit en français, ci-dessous une bibliographie non-exhaustive de son œuvre, classée de manière subjective dans l’ordre de ce qui nous apparaît être ses meilleures contributions (de ce qui a été traduit en français). Zinn disait toujours qu’il est impossible pour un historien d’être “objectif”, car la simple sélection de données historiographiques est déjà un bias en soi. Nous ne trahissons donc pas sa mémoire en classant son œuvre subjectivement…

Si vous voulez comprendre le pourquoi du comment de l’empire, le pourquoi le monde est régit par la dominance impérialiste américaine exercée crescendo depuis la fin du XIXème siècle…LISEZ HOWARD ZINN !

 

  • “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”, Agone, 2003
  • “L’impossible neutralité: Autobiographie d’un historien militant”, Agone, 2013
  • “Désobéissance civile: Sur la justice et la guerre”, Agone, 2010
  • “Se révolter si nécessaire, textes et discours de 1952 à 2010”, Agone, 2014
  • “Le XXème siècle américain: Une histoire populaire de 1890 à nos jours”, Agone, 2003

 

Pièce de théâtre:

  • “Karl Marx, le retour”, Agone, 2010
  • “En suivant Emma pièce historique en deux actes sur Emma Goldman, anarchiste et féministe américaine ”, Agone, 2007

 

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Vidéos entretiens et conférences (en anglais, sélection non-exhaustive en rapport avec l’article présenté):

 

Howard Zinn sur Résistance 71:

https://resistance71.wordpress.com/howard-zinn/

Historien radical pour une histoire radicale garants de la pensée critique et du déboulonnage des dogmes ~ 1ère partie ~ (Howard Zinn)

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“Dans mon enseignement, je n’ai jamais caché mes vues politiques: ma répugnance de la guerre et du militarisme, ma colère envers l’inégalité raciale, ma croyance en un socialisme démocratique, dans une redistribution juste et rationnelle de la richesse du monde. J’ai fait état de ma répugnance pour toute forme de harcèlement, que ce soit de nations puissantes envers de plus faibles, de gouvernements sur leurs citoyens, d’employeurs envers leurs employés ou par quiconque à droite ou à gauche, pense avoir le monopole de la vérité… Qu’ai-je appris au cours de ma vie ? Que les plus petits actes de résistance à l’autorité, s’ils sont persistants, peuvent mener à de larges mouvements sociaux. Que les personnes du commun sont capables d’actes extraordinaires de courage… Peut-être la chose la plus importante que j’ai apprise fut au sujet de la démocratie. Que la démocratie n’est pas nos gouvernements, nos constitutions, nos structures légales ; que bien trop souvent ceux-ci sont de fait, les ennemis de la démocratie.”
~ Howard Zinn
, “On ne peut pas être neutre dans un train en marche”, autobiographie, 1994 ~

 

Qu’est-ce que l’histoire radicale ?

par Howard Zinn (1970)

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

1ère partie

2ème partie

 

L’écriture historique (historiographie) a toujours un effet certain sur nous. Elle peut renforcer la passivité, elle peut nous activer. En tout cas, l’historien ne peut pas choisir d’être neutre, car il écrit dans un train en marche. Parfois ce qu’il/elle dit peut changer la vie d’une personne. En Mai 1968, j’ai écouté un prêtre catholique qui passait en jugement à Milwaukee pour avoir brûlé les archives d’un bureau de conscription militaire, dire (je paraphrase) comment il en était venu à commettre cet acte:

J’ai été formé à Rome. J’étais assez conservateur, je n’ai jamais brisé une règle du séminaire. Puis j’ai lu un livre d’un certain Gordon Zahn intitulé “Les catholiques allemands et la guerre d’Hitler”. Ce livre expliquait comment l’église catholique continuait ses activités normalement tandis qu’Hitler continuait les siennes. Le livre narrait comment les SS allaient à la messe, puis partaient râfler les juifs. Ce livre a changé ma vie. J’ai décidé que l’église ne devait plus jamais se conduire comme elle le fît dans le passé et que je ne devais pas me conduire de la sorte non plus.”

Ceci est incroyablement clair. Dans bon nombre de cas où les gens se tournent vers une autre direction, les causes sont si complexes, si subtiles, qu’elles sont souvent impossibles à tracer. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous au courant que d’une manière ou d’une autre, des choses que nous avons lues ou entendues ont changé notre vision du monde et de la façon dont nous devions nous comporter. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de gens qui n’ont pas fait l’expérience du mal eux-mêmes, mais qui sont devenus persuadés qu’il existait et qu’ils devaient s’y opposer. Ce qui nous rend humain est notre capacité d’atteindre par notre pensée au delà de nos capacités sensorielles immédiates, de ressentir à un degré moindre ce que d’autres ressentent totalement et peut-être d’agir sur un tel sentiment.

Ainsi je commence depuis l’idée d’écrire l’histoire de telle façon que de l’étendre aux sensibilités humaines et non pas de ce livre vers d’autres livres, mais le conflit de savoir comment les gens doivent vivre et si ils doivent vivre.

J’insiste sur une historiographie de la valeur. Pour ceux qui se rebelle toujours contre cela, malgré mon argument que cela ne détermine pas les réponses, seulement les questions; malgré ma plaidoirie pour qu’un travail esthétique, fait pour le plaisir, ait toujours sa place, malgré mon insistance sur le fait que notre travail est basé sur la valeur que nous le choisissions ou non, me fait pointer vers un secteur de l’éducation américaine où cette idée a été acceptée. Je parle des “études sur la culture noire américaine”, qui, depuis environ 1969, ont commencé a être adoptées à grande vitesse dans les universités de la nation.

Ces programmes sur l’étude de la culture noire-américaine ne prétendent pas introduire juste un autre sujet dans le domaine académique. Ils ont l’intention spécifique d’affecter la conscience des noirs et des blancs de ce pays afin de diminuer dans ces deux groupes la croyance pervasive de l’infériorité des noirs.

Cette tentative délibérée de pousser pour l’égalité devrait être rejointe et cela est ma suggestion, par des efforts similaires pour l’égalité nationale et de classe. Ceci viendra sûrement, tout comme les programmes sur la culture noire-américaine, non pas par une acceptance graduelle des arguments appropriés, mais par une crise si dangereuse qu’elle demandera un changement d’attitude très rapide. L’exhortation intellectuelle ne va probablement pas initier un nouvel élan d’écriture historique, mais cela pourra sûrement le soutenir et le faciliter.

Quel type de conscience fait-il bouger les gens vers des directions plus humanistes et comment des écrits historiques peuvent-ils créer la conscience d’un tel mouvement ? Je peux penser à cinq façons dont l’histoire peut-être utile. Ceci ne constitue qu’un début cahotant. Je ne veut pas étabir de formules. Il y aura des histoires écrites utiles qui ne tomberont pas dans les catégories pré-conçues. Je ne veux qu’aiguiser le point de focalisation pour moi-même et d’autres qui désireraient plutôt avoir leurs écrits guidés par une inspiration humaine plutôt que par une habitude professionnelle.

1- Nous pouvons intensifier, étendre, affuter notre perception d’à quel point les choses sont-elles mauvaises, pour les victimes du monde. Ceci devient un acte de moins en moins philanthropique dans la mesure où chacun d’entre nous, indiféremment de sa race, de sa position géographique ou de sa classe sociale, devient la victime potentielle d’une planète brûlée, irradiée. Mais même notre propre victimisation est séparée de nous par le temps et la fragilité de notre imagination, tout comme celle des autres est séparé de nous parce que nous sommes blancs, prospères et au sein des murs d’un pays si sur-armé que nous avons bien plus de chances d’être agresseurs qu’agressés.

L’histoire peut essayer de surrmonter ces deux cas de séparations. La progression fascinante d’un fait historique du passé peut avoir un plus grand effet sur nous que le cours actuel des choses et les discours sur les possibilités dangereuses de l’époque actuelle et ce pour une bonne raison: parce que nous connaissons la fin de cette histoire. Il est vrai qu’il y a une crainte, un effroi à la contemplation d’une guerre nucléaire, mais ce n’est qu’une contemplation dont les effets terribles et effrayant sont difficiles à accepter. Il est vrai que notre préoccupation de la prolifération des bombes à hydrogène est magnifiée à la lecture des comptes-rendus de Barbara Tuchman sur la venue de la première guerre mondiale. La guerre était pressante de partout. Les gouvernements se débatirent pour l’éviter, mais rien n’y fît.

[…]

D’autres types de séparations des gens défavorisés du monde, les noirs, les pauvres, les prisonniers, sont parfois plus facile à surmonter dans le temps que dans l’espace, d’où la valeur et l’utilité du rappel, de la recollection historique. Les biographies de Malcolm X et de Frederick Douglass sont toutes deux parties intégrantes de l’histoire, une simplement plus récente que l’autre. Toutes deux attaquent notre suffisance. Ainsi que le sont également celles de noirs dans les ghettos brûlant des bâtiments aujourd’hui, mais les autobiographies font quelque chose de spécial: elles nous permettent de regarder de très près, attentivement, personnellement, derrière l’impersonalité de ces noirs sur les écrans. Elles envahissent nos maisons, ce que les noirs des ghettos n’ont pas encore fait et nos esprits, que nous avons tendance à durcir contre les demandes du maintenant. Elles nous disent à un degré moindre, ce que c’est que d’être noir d’une manière dont tous les clichés libéraux au sujet du “Négro” opprimé ne pourront jamais faire. Et ainsi, elles insistent pour que nous agissions, elles expliquent pourquoi les noirs agissent. Elles nous préparent sinon à intitier, du moins à répondre.

L’esclavage est terminé, mais sa dégradation prend maintenant d’autres formes du fond desquelles demeure la croyance non-dite que la personne noire n’est pas exactement un être humain. Le rappel de ce qu’est l’esclavage, de ce que sont les esclaves, aide à attaquer cette croyance. Prenez la lettre que Frederick Douglass écrivit à son ancien maître en 1848, au 10ème anniversaire de son évasion:

J’ai décidé d’attendre ce jour pour vous contacter parce que c’est l’anniversaire de mon émancipation… Il y a juste 10 ans, par un beau matin de Septembre, j’étais un pauvre esclave tremblant au son de votre voix, se lamentant d’être un homme. Bien que je ne fus qu’un enfant de six ans, je décidais de m’enfuir. Le tout premier effort mental dont je me souvienne, est cette tentative de résoudre ce mystère: pourquoi suis-je un esclave ? Lorsque j’entendis un gardien fouetter une femme esclave et entendit ses petits cris implorant, je m’en fus vers le coin de la cloture, fondis en larmes et me posai sans cesse ce mystère, c’est alors que je pris la décision de m’enfuir un jour… J’interprête de cette façon la moralité de mon acte: Je suis ce que je suis et vous êtes ce que vous êtes, nous sommes deux êtres différents. Ce que vous êtes, je le suis. Je ne vous suis pas attaché par nature ni vous à moi… En vous quittant, je n’ai fais que reprendre ce qui m’appartenait…”

Pourquoi devons nous regarder en arrière jusqu’à ces jours de l’esclavage ? L’expérience de Malcom X en notre époque n’est-elle pas suffisante ? Je vois deux raisons majeures de faire un retour en arrière. L’une est qu’en devant gérer le passé nous baissons notre garde, parce que nous commençons à penser que c’est fini, que nous n’avons rien à craindre en en absorbant la totalité. Il s’avère que nous avons tort, parce que cela nous touche et nous affecte directement, bien plus que ce que nous le pensons, et quand nous l’avons reconnu, il est trop tard, nous avons été touché, bouleversé. Une autre raison est que le temps ajoute de la profondeur et de l’intensité à un problème qui autrement semblerait être éphémère et susceptible d’être ignoré […]

L’histoire peut-elle aussi aiguiser notre perception de cette pauvreté cachée de la vue par le feuillage des banlieues ? Les pauvres, comme les noirs, deviennent invisibles dans une société aveuglée par l’éclat de son propre luxe. Il est vrai que nous pouvons être rappelés à leur existence, comme nous le fûmes aux Etats-Unis dans les années 1960 quand nos sensibilités avaient été aiguisées par la révolte des droits civiques et notre tolérance et patience envers le gouvernement, usées par la guerre du Vietnam. A cette époque, des livres comme celui de Michael Harrington “L’autre Amérique”, nous avaient frappé, sans avoir besoin de retourner en arrière, simplement en nous donnant un périscope pour voir au coin de la rue et simplement en demandant que nous regardions.

L’histoire peut aider quand elle nous montre comment d’autres gens en situation similaire, en d’autres temps, furent aveuglés par le comment leurs voisins vivaient, dans la même ville. Supposez qu’au beau milieu de cette “prospérité” des années 1950, nous avions lu à propos des années 1920, une autre époque d’affluence. En regardant bien, on aurait pu trouver le rapport du sénateur Burton Wheeler du Montana, enquêtant sur les conditions de vie en Pennsylvannie pendant les grèves des mineurs de charbon de 1928:

Toute la journée j’ai écouté des histoires à briser le cœur, de ces femmes évincées de leurs maisons par les compagnies minières. J’ai écouté les plaidoiries à faire pitié de jeunes enfants pleurant pour du pain. Je restais médusé à l’audition d’histoires incroyables d’hommes battus par des milices privées. Ceci fut une expérience choquante et déprimante.

Ceci suggérerait-il qu’un voile est aussi tiré sur la vie de bien des Américains de nos jours et que le son de la prospérité noie tout le reste et que la voix des nantis domine l’histoire ? A notre époque, tout comme dans le passé, nous construisons “l’histoire sur la base de la narration de ceux qui parlent le mieux, les membres les plus privilégiés de notre société”. Le résultat en est une image déformée du comment les gens vivent vraiment, une sous-estimation de la pauvreté, un échec de faire le portrait des circonstances dans lesquelles vivent les plus démunis. Si, dans le passé, nous avons pu trouver la voix des sans-voix, ceci peut nous permettre de trouver la voix des laisser-pour-compte de notre propre époque. Il est vrai que nous pourrions accomplir ceci sans avoir à se remémorer le passé. Mais parfois, la divulgation de ce qui est caché dans le passé nous force à regarder avec plus d’insistance dans notre société contemporaine, surtout quand il n’y a pas de raison immédiate de le faire. En ce qui me concerne, lire dans les documents de Fiorello LaGuardia, les lettres des pauvres de Harlem dans les années 1920, m’a fait regarder à deux fois le bon temps que nous avions dans les années 1950…

L’image de la société donnée par ses victimes est-elle véritable ? Il n’y a pas de véritable image de quelque situation historique que ce soit, pas de description objective. Cette recherche d’une objectivité non-existante nous a mené pardoxalement à une régression subjective, celle du badaud. La société possède des intérêts variés et antagonistes, ce qui est appelé “objectivité” est le déguisement d’un de ces intérêts, celui de la neutralité. Mais la neutralité est une fiction dans un monde partial. Il y a des victimes et il y a des bourreaux et il y a aussi des badauds. Dans le dynamisme de notre temps, alors que des têtes roulent dans la sciure toutes les heures, ce qui est vrai dépend de ce qui est vrai pour votre propre tête et l’objectivité du badaud appelle à l’inaction alors que d’autres têtes roulent dans la sciure. Dans le roman d’Albert Camus “La Peste”, le Dr. Rieux dit: “Tout ce que je dis est que sur cette terre il y a des pestilences et il y a des victimes, et il ne tient qu’à nous, aussi loin que possible, de ne pas joindre nos forces avec ces pestilences.Ne pas agir est joindre ses forces avec la peste qui s’étend.

Quelle est la vérité au sujet de la situation de l’homme noir aux Etats-Unis en 1968 ? Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation s’est améliorée. Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation est aussi mauvaise qu’elle l’a toujours été. Ces deux ensembles de statistiques sont “vrais”; le premier mène à la satisfaction du degré de changement aujourd’hui, le second mène à un désir d’accélérer le changement. Ainsi, le plus proche que nous puissions être de cette “objectivité” élusive est de faire un rapport adéquat des subjectivités dans une situation donnée. Mais nous insistons sur une, ou une autre de ces vues subjectives dans chaque cas. Je suggère que nous nous détachions de notre position habituelle d’observateurs privilégiés. A moins que nous ne nous extirpions d’être ce que nous aimons appeler, “objectifs”, nous sommes bien plus près psychologiquement, que nous désirions l’admettre ou pas, de l’exécuteur, que de la victime.

Il n’y a pas besoin de cacher les données qui montrent que quelques noirs montent l’échelle sociale américaine plus rapidement qu’auparavant, que cette échelle est plus encombrée qu’avant. Mais il y a un besoin, venant de la détermination de représenter ceux qui veulent toujours les nécessités de l’existence (nourriture, toit, dignité, liberté), d’insister sur les vies de ceux qui ne peuvent pas même approcher de l’échelle.

[…]

Ainsi, une histoire de l’esclavage tirée des narratifs des esclaves fugitifs est très importante. Ceci ne peut en aucun cas monopoliser l’historiographie, parce que les histoires que nous a vons déja sont celles provenant du point de vue des propriétaires d’esclaves (comme ceux d’Ulrich Phillip, basée sur des carnets d’exploitation de plantations par exemple), ou du point de vue de l’observateur détaché (l’historien libéral, critiquant l’esclavage mais sans la passion appropriée pour induire une action ). Une histoire orientée sur l’esclave simplement remplit le domaine de telle façon que cela nous tire de notre léthargie.

Cela est vrai pour raconter l’histoire de la révolution américaine du point de vue du marin plutôt que du marchant et de raconter l’histoire de la guerre avec le Mexique du point de vue des Mexicains. Il ne faut pas omettre le point de vue des privilégiés (qui domine le domaine de toute façon), mais de nous rappeler qu’il y a toujours une tendance, maintenant et auparavant, de ne voir l’histoire que depuis le sommet de la pyramide. Peut-être qu’une histoire de la guerre de l’opium vue à travers les yeux des Chinois suggèrerait aux Américains que la guerre du Vietnam pourrait tout aussi bien être vue du point de vue des Vietnamiens. *

2- Nous pouvons exposer les prétensions du gouvernement soit à la neutralité ou au favoritisme. Si le premier requis pour activer les gens est de développer leur attention sur ce qui n’est pas bien, le second est de les désabuser de la confiance qu’ils ont en ce qu’ils peuvent dépendre du gouvernement pour rectifier ce qui est mal.

Là encore, je pars du principe qu’il y a eu beaucoup de malfaisance de notre part, trop pour que beaucoup d’entre nous soient satisfaits, mais si tout le monde n’a pas été trompé. Les gouvernements du monde n’ont pas été disposés à changer beaucoup de chose; en fait, ils ont souvent été les perpétrateurs du mal occasionné. Marteler ceci nous pousse à agir sur nous-mêmes.

Est-ce que cela veut dire que je ne suis pas “objectif” au sujet du rôle des gouvernements ? Voyons un peu le rôle des Etats-Unis sur le sujet racial. Par exemple, que firent les différents gouvernements américains pour l’homme noir après la guerre de sécession ? Soyons “objectifs” c’est à dire relatons tous les faits afin de répondre à cette question. Ainsi nous devrions noter les 13ème, 14`eme et 15ème amendements de la constitution, le bureau de Freedman, le stationnement de forces armées dans le sud, le passage des lois de droit civique de 1866, 1870, 1871 et 1875; mais nous devons également prendre en compte la décision de justice émasculant le 14 ème amendement, la trahison du nègre dans l’accord de 1877 Hayes-Tilden, la non mise en application des lois de droit civique. Ultimement, même si nous mentionnons tout, notre insistance à la fin serait subjective, cela dépendrait de qui nous sommes et ce que nous voulons. Une préoccupation actuelle, pour laquelle les citoyens doivent agir par eux-mêmes, suggère que nous insistions sur le manque de confiance envers le gouvernement pour sécuriser des droits égaux pour les noirs.

Une autre question: Jusqu’à quel point peut-on faire confiance à notre gouvernement pour que la richesse du pays soit distribuée équitablement ? Nous pourrions prendre en compte les lois passées au cours de ce siècle semblant être faites pour une justice économique: les lois de réglementation des chemins de fer de l’ère progressiste, la création d’un impôt sur le revenu graduel sous le gouvernement du président Wilson, les procès en justice contre les trusts industriels et banquiers intitiés par les administrations de Roosevelt et de Taft. Mais la reconnaissance actuelle du fait que l’allocation de richesse des les cinquièmes supérieurs et inférieurs de la population n’a pas fondamentalement changé depuis cent ans suggérerait que toutes ces lois et réglementations n’ont en fait que préservées le statu quo. Pour changer cela, nous devrions insister sur ce qui n’a pas été jusque ici mis en cause: l’échec persistant du gouvernement de changer les constantes inégalités inhérentes au système économique américain.

[…]

Une histoire radicale exposerait dès lors les limites des réformes gouvernementales, les connexions du gouvernement avec la richesse et le privilège, les tendances du gouvernement vers la guerre et la xénophobie, le jeu constant de l’argent et du pouvoir derrière la présumée neutralité de la loi. Elle illustrerait le rôle du gouvernement à maintenir les choses telles qu’elles sont, soit par la force ou par le mensonge, ou par une subtile combinaison des deux, soit par plan délibéré ou par un enchaînement de situations impliquant des milliers d’individus jouant des rôles en accord avec ce qu’on attend d’eux.

A suivre…