Archive pour howard zinn l’histoire pour confronter les mensonges des gouvernements

L’histoire en question: Le biais du narratif historique (Howard Zinn)

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Dans quelle mesure les livres d’histoire américains (mais pas seulement) sont-ils limités et orientés dans leur narratif ?

Entretien avec Howard Zinn en juillet 2008

Source vidéo et transcription en anglais:http://bigthink.com/videos/howard-zinn-on-the-limitations-of-american-history-books

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Question: En quoi les livres d’histoire traditionnels américains sont-ils limités ?

Howard Zinn: Le problème de base des livres d’histoire traditionnels est qu’ils sont nationalistes et élitistes. Par nationaliste, j’entends qu’ils regardent le monde d’un point de vue centré sur nous et qu’ils voient la politique américaine comme quelque chose de bénin.

Une histoire plus véritable et plus réaliste serait de regarder la politique étrangère américaine sur les quelques derniers siècles vraiment. Elle regarderait la politique étrangère américaine et la verrait pour ce qu’elle a été et est toujours: expansioniste, violente et militariste. En d’autres termes, ce serait une histoire qui serait vraiment honnête dans la mesure où nous nous attendons à ce que les individus soient honnêtes avec eux-mêmes et leur passé afin de rectifier leurs erreurs.

Faire cela n’est pas anti-patriotique ou anti-américain, à moins que vous ne pensiez qu’être américain veuille dire approuver tout ce que votre gouvernement fait ou qu’être patriote c’est soutenir tout ce que votre gouvernement fait ou dit.

Non, être honnête au sujet de notre passé, être honnête au sujet de ce que nous avons fait au monde, une histoire qui observe et analyse ce que nous avons fait du point de vue des indigènes natifs, des noirs, de spauvres, des femmes, du peuple qui en général a été complètement omis de l’histoire traditionnelle. Lorsque vous regardez notre histoire du point de vue du peuple, des gens de la base de la société, plutôt que du point de vue classique des gens “d’en haut”, tout est différent. Les politiques ne sont pas les mêmes. Vous avez soudainement un critère pour mesurer ce que le pays fait.

Question: Est-ce que les nations fortes comme les Etats-Unis ont intérêt à écrire des récits historiques justes et précis ?

Howard Zinn:  Les leaders de la nation n’ont pas intérêt. Les maisons d’édition des livres scolaires et universitaires n’ont pas non plus intérêt.

Les seules personnes qui ont intérêt sont les enseignants et les élèves / étudiants et les gens qui ne bénéficient en rien du système établi présentement. S’il doit y avoir un changement dans l’enseignement de l’histoire, cela devra se produire d’en-bas. Quel que soit le changement qui s’est produit jusqu’ici et il y a eu quelques changements dans la façon d’enseigner l’histoire, quelque changement que ce soit se produira parce que les profs et les élèves changeront d’attitude, ils lirons différentes choses, ils s’écarterons des livres teaditionnels, rejetteront les théories du “pas d’enfant laisser pour compte”, ses demandes, la standardisation des examens et des dates historiques et la vieille vision de regarder l’histoire au travers de l’œil des présidents, des hommes politiques et des généraux.

Cela viendra d’en-bas.

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Quelques pensées contre le nationalisme et le patriotisme toujours plus bidons… (Howard Zinn)

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Rangez les drapeaux !

 

Howard Zinn

 

Juillet 2006

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En ce 4 Juillet, nous ferions bien de renoncer au nationalisme et à tous ses symboles: drapeaux, serments d’allégeance, hymnes, insistance dans une chanson qui indique que dieu doit singulariser l’Amérique comme nation bénie. Le nationalisme, cette dévotion à un drapeau, un hymne, un lien si féroce qu’il engendre l’assassinat de masse, n’est-il pas un des plus grands maux de tous les temps avec le racisme et la haine perpétrée par les religions ?

Ces façons de penser, cultivées, nourries, endoctrinées depuis la plus tendre enfance, ont été bien utiles à ceux au pouvoir et mortelles à ceux évoluant hors du cercle du pouvoir.

L’esprit national peut-être bénin dans un petit pays n’ayant pas de puissance militaire ni une faim pour l’expansionnisme (comme la Suisse, la Norvège, le Costa-Rica et bien d’autres). Mais dans une nation comme la nôtre, grande par la taille, possédant des milliers et des milliers d’armes de destruction massive, ce qui pourrait être une fierté sans conséquence devient un nationalisme arrogant très dangereux pour nous-mêmes et pour autrui.

Nos citoyens ont été amenés à voir notre nation comme différente des autres, une exception dans le monde, possédant une morale unique, s’étendant dans d’autres territoires afin d’y apporter la civilisation, la liberté, la démocratie. Cet auto-mensonge a commencé très tôt.

Lorsque les premiers colons anglais sont arrivés en territoire Indiens dans la baie de Massachussetts et qu’ils y rencontrèrent une résistance, la violence escalada dans une guerre contre les Indiens de la nation Péquot. Le meurtre d’Indiens était vu comme étant approuvé par dieu, la saisie de la terre comme commandée par la bible.

Les puritains citèrent un des psaumes de la bible qui dit ceci: “Demande-moi et je te donnerai les païens en héritage et les parties les plus importantes de la terre pour ta possession.

Lorsque les Anglais mirent le feu à un village Péquot massacrant hommes, femmes et enfants, le théologien puritain Cotton Maher dit: “Il y a eu pas moins de 600 âmes Péquots qui furent envoyées en enfer ce jour-là.

A la veille de la guerre contre le Mexique, un journaliste américain la déclara notre “destinée manifeste de nous étendre toujours plus sur le continent que la providence nous a aloué.” Après que l’invasion du Mexique eut commencé, le journal du New York Herald annonça: “Nous pensons que cela fait partie de notre destinée que de civiliser ce pays magnifique”.

Il fut toujours supposé que notre pays entra en guerre pour des motifs bénins.

Nous avons envahi Cuba en 1898 pour libérer les Cubains (des Espagnols) et nous sommes entrés en guerre contre les Philippines peu de temps après afin de, comme le dit alors le président McKinley: “de civiliser, de christianiser”, le peuple philippin.

Alors que nos armées commettaient des atrocités aux Philippines (au moins 600 000 Philippins périrent en quelques années de conflit), Elihu Root, notre secrétaire de la guerre proclamait: “Le soldat américian est différent des autres soldats de tous les autres pays depuis le début de la guerre. Il est l’avant-garde de la liberté et de la justice, de la loi et de l’ordre, de la paix et du bonheur.

Nous voyons en Irak maintenant que nos soldats ne sont pas différents. Ils ont, peut-être contre leur meilleure nature, tué des milliers et des milliers de civils irakiens et certains soldats se sont montrés capables d’énormes brutalités et de torture.

En même temps, ils sont victimes eux-aussi des mensonges de notre gouvernement. Combien de fois avons-nous entendu le président Bush dire aux troupes que s’ils mouraient, s’ils revenaient sans bras ni jambes, ou aveugles, ceci serait pour la “liberté”, pour la “démocratie”.

Un des effets de la pensée nationaliste est la perte du sens de la proportion. La mort de 2300 personnes à Pearl Harbor est devenu la justification de la mort de plus de 250 000 civils à Hiroshima et Nagasaki. Le meurtre de 3000 personnes le 11 septembre 2001 devient la justification de l’assassinat de dizaines de milliers de civils en Afghanistan, en Irak et le nationalisme possède un ton virulent lorsqu’il est dit être béni par la providence. Aujourd’hui nous avons un président ayant envahi deux pays en quatre ans, qui a annoncé au cours de sa campagne de réélection en 2004 que dieu parle à travers lui.

Nous devons réfuter l’idée que notre nation soit différente des autres, moralement supérieure aux autres puissances impériales de l’histoire du monde.

Nous devons prêter allégeance à l’humanité et non pas à une nation quelle qu’elle soit.

= = =

Source:

http://howardzinn.org/put-away-the-flags/

Résistance à l’Empire: Au-delà de la supercherie historique… débusquer l’empire (Howard Zinn)

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L’histoire est la seule arme pour exposer et confronter les mensonges des états et de leurs oligarchies.

— Résistance 71 —

 

Empire ou Humanité?

Ce que les études d’histoire ne m’ont pas appris au sujet de l’empire américain

 

Howard Zinn (2008)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avec une armée d’occupation faisant la guerre en Irak et en Afghanistan, avec des bases militaires et un harcèlement corporatiste partout dans le monde, il n’y a plus de réelle question quant à savoir s’il y a bel et bien un empire américain. En fait, ce que furent les plus fervents dénis se sont transformés en accolade sans honte de l’idée.

Quoi qu’il en soit, l’idée même que les Etats-Unis étaient un empire ne m’a pas effleuré jusqu’à ce que j’eus terminé mon travail de bombardier avec le 8ème escadron durant la seconde guerre mondiale et revint à la maison. Même lorsque j’ai commencé à avoir des doutes au sujet de la pureté de la “bonne guerre”, même après avoir été horrifié par Hiroshima et Nagasaki et même après avoir repensé mes propres missions de bombardement au dessus de l’Europe et de ses villes, je n’avais toujours pas mis cela en ordre dans ma tête dans le contexte d’un “empire” américain.

J’étais conscient, comme tout à chacun, de l’empire britannique et des autres puissances impérialistes européennes, mais les Etats-Unis n’étaient pas vus de la même façon. Lorsque, après la guerre, je suis parti à l’université sous les auspices de la G.I Bill of Rights et ai commencé à prendre des cours d’histoire américaine, je trouvais généralement un chapitre dans les textes d’histoire intitulé “L’âge de l’impérialisme”. Cela se référait invariablement à l’époque de la guerre américano-espagnole de 1898 et la conquête des Philippines qui s’en est suivie. Il semblait que l’impérialisme américain ne dura que quelques années. Il n’y avait pas de vision étendue de l’expansion américaine qui pourrait mener à l’idée d’un empire ou d’une période impérialiste bien plus étendus.

Je me rappelle d’une carte dans la classe (étiquetée “Expansion Occidentale”) qui représentait la marche à travers le continent comme un phénomène naturel, presque biologique. Cette énorme acquisition de terres appelés “le rachat de la Louisiane” ne faisait référence à rien d’autre qu’à une énorme masse de terre vacante qui fut acquise. Il n’y avait absolument aucun sens, aucune idée, envisageant que ces terres étaient occupées par des centaines de tribus et nations indiennes qui devraient être annihilées et forcées hors de leurs terres, ce que nous appelons maintenant “un nettoyage ethnique”, de façon à ce que les colons blancs puissent occuper et développer la terre, puis pour que les chemins de fer puissent plus tard sillonner le territoire, présageant la “civilisation” et ses brutales dissastisfactions.

Aucune des discussions sur la “démocratie jacksonnienne” dans les cours d’histoire, ni le livre alors très populaire d’Arthur Schlesinger Junior “The Age of Jackson”, ne m’ont instruit au sujet de la “piste des larmes”, la marche forcée mortelle des “cinq tribus civilisées” vers l’Ouest de la Georgie et l’Alabama vers le Mississippi, faisant plus de 4000 morts durant le trajet. Aucun cours sur la guerre civile n’a mentionné le massacre de Sand Creek, massacre de centaines d’Indiens dans un village du Colorado alors que “l’émancipation” des noirs était prononcée par Lincoln et son gouvernement.

Cette carte dans la classe avait aussi une section sur le Sud et l’Ouest étiquetée “Cession mexicaine”. Ceci constituait un doux euphémisme pour la guerre agressive contre le Mexique de 1846 durant laquelle les Etats-Unis ont saisi la moitié du territoire mexicain, nous donnant la Californie et le grand soud-ouest (NdT: Nouveau-Mexique, Texas, Arizona…). Le terme de “destinée manifeste”, utilisé à cette époque, devint dès lors bien plus universel. Au crépuscule de la guerre américano-espagnole en 1898, le Washington Post voyait au-delà de Cuba: “Nous sommes face à face avec une étrange destinée. Le goût de l’empire est dans la bouche des gens même si le goût du sang est dans la jungle.”

La marche violente à travers le continent et même l’invasion de Cuba, apparaissaient au sein de la sphère naturelle des intérêts des Etats-Unis. Après tout, la doctrine Monroe n’avait-elle pas déclaré en 1823 que le continent des Amériques était sous notre protection ? Sans pratiquement faire de pause après Cuba, vint l’invasion des Philippines, de l’autre côté de la planète. Le mot “impérialisme” semblait alors coïncider avec les actions américaines. De fait, cette longue et cruelle guerre, traitée rapidement et de manière très très superficielle dans les libres d’histoire, donna naissance à une ligue anti-impérialiste de laquelle William James et Mark Twain furent des leaders remarqués. Mais ceci ne fut pas non plus quelque chose que j’ai apris à l’université.

La “seule super-puissance” apparaît

En lisant en dehors de la classe néanmoins, j’ai commencé à mettre les pièces du puzzle de l’histoire en une mosaïque bien plus vaste. Ce qui apparaissait en premier lieu comme une politique étrangère entièrement passive dans la décennie qui mena à la première guerre mondiale, apparaiisait maintenant comme une succession d’interventions violentes: la capture de la zone du canal de Panama depuis la Colombie, un bombardement naval de la côte mexicaine, l’envoi de fusilliers marins (Marines) dans presque tous les pays d’Amérique Centrale, des armées d’occupation envoyées en Haïti et en République Dominicaine. Comme l’écrivit plus tard le général le plus décoré de l’armée américaine, Smedley Butler: “J’étais le commis voyageur de Wall Street.” (NdT: Il écrivit aussi dans le même ouvrage qu’il n’était ni plus ni moins qu’un “racketeur pour Wall Street”…)

Au moment où j’apprenais ces aspects de l’histoire, dans les années d’après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ne devenaient pas seulement une autre puissance impériale, mais la super-puissance dominante du monde. Déterminés à maintenir et à développer leur monopole sur les armes nucléaires, ils prirent le contrôle de petites îles isolés dans le Pacifique, forçant les habitants à les quitter et transformant ces îles en des terrains de jeu mortel pour toujours plus de tests atomiques.

Dans ses mémoires “No Place to Hide” (“Nulle part où se cacher”), le Dr. David Bradley, qui mesurait les radiations de ces tests nucléaires décrivait ce qui restait alors que ses équipes de test retournaient chez elles: “Radioactivité, contamination, l’île épave de Bikini et ses exilés malades aux yeux tristes”. Les tests nucléaires du Pacifique furent suivis les années passant, par toujours plus de tests dans les déserts de l’Utah et du Nevada, plus de 1000 tests en tout.

Quand la guerre de Corée commença en 1950, j’étais toujours en train d’étudier l’histoire en 4ème cycle à l’université de Colombia. Rien, absolument rien dans mes classes ne me prépara à comprendre la politique américaine en Asie. Mais je lisais I.F. Stone’s Weekly. Stone était parmi les quelques journalisres qui questionnaient la justification officielle d’envoyer l’armée en Corée. Il devint clair pour moi à cette époque, que ce n’était pas l’invasion de la Corée du Sud par le Nord qui déclencha l’intervention américaine, mais le désir pour les Etats-Unis d’obtenir une forte emprise militaire sur le continent asiatique, spécifiquement alors que les communisites venaient d’arriver au pouvoir en Chine (1948).

Des années plus tard, alors que l’opération secrète au Vietnam se développa en une opération militaire massive et brutale, les fondements impérialistes des Etats-Unis devenaient de plus en plus clairs pour moi. En 1967 j’écrivis un petit livre intitulé: “Vietnam: la logique du retrait”. A ce moment là je devins très impliqué dans le mouvement anti-guerre.

Quand j’ai lu les centaines de pages des fameux “Documents du Pentagone” que Daniel Ellsberg me confia, ce qui me sauta aux yeux furent tous les memos secrets provenant du National Security Council (NSC), expliquant l’intérêt des Etats-Unis en Asie du Sud-Est où ils parlaient ouvertement des motivations de la nation dans sa quête pour “l’étaing, le caoutchouc et le pétrole”.

Ni les désertions des soldats américains durant la guerre contre le Mexique, ni les émeutes contre la conscription durant la guerre civile, non pas non plus les groupes anti-impérialistes à l’orée du siècle, ni la très forte opposition à l’entrée dans la première guerre mondiale, de fait aucun mouvement anti-guerre dans l’histoire de la nation n’a eu autant de retentissement à un tel degré politico-social que celui du mouvement contre la guerre du Vietnam. Au moins une bonne partie de cette opposition reposait sur la compréhension que bien plus que le Vietnam était en jeu, que le guerre brutale dans ce petit pays était en fait partie intégrante d’un bien plus vaste schéma impérialiste.

Des interventions variées suivant la guerre du Vietnam ont semblé réfléchir le besoin désespéré de la super-puissance toujours régnante, même après la chute de son puissant rival qu’était l’Union Soviétique, afin d’établir partout sa domination. D’où l’invasion de la Grenade en 1982, le bombardement et l’assaut sur Panama en 1989, la première guerre du Golfe en 1991. George Bush Sr était –il déçu de la saisie du Koweït par Saddam Hussein, ou a t’il utilisé cet évènement pour amener les Etats-Unis dans une meilleure position de force au Moyen-Orient ? Au vu de l’histoire des Etats-Unis, au vu de son obsession avec le pétrole du Moyen-Orient remontant à l’accord de Roosevelt en 1945 avec le roi Abddul Aziz d’Arabie et le renversement par le CIA en 1953 du démocratiquement élu Mohamed Mossadeq en Iran, il n’est pas difficile de répondre à cette question.

Justifier l’empire

Les attaques sans merci du 11 Septembre 2001 (comme l’affirme la commission officielle sur les attentats), dérivent de la haine développée au sujet de l’expansion américaine au Moyen-Orient et ailleurs. Même avant cet évènement, le ministère de la défense reconnaissait, d’après le livre de Chalmer Johnson “The Sorrows of Empire”, plus de 700 bases militaire américaines dans le monde.

Depuis cette date, avec la mise en œuvre de la “guerre contre le terrorisme”, bien plus de ces bases ont été établies ou agrandies, au Kyrgystan, en Afghanistan, dans le désert du Qatar, dans le Golfe d’Oman, sur le corne de l’Afrique et où que ce soit une nation complice pourrait se laisser corrompre ou intimider pour en laisser construire une sur son territoire.

Quand je bombardais des villes en Allemagne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et en France durant la seconde guerre mondiale, la justification morale de tout ceci était simple et claire et non sujet à discussion: Nous sauvions le monde du mal fasciste. Je fus donc très surpris d’entendre le mitrailleur d’un autre équipage, nous avions ceci en commun tous deux que nous lisions beaucoup de livres, dire que cela était en fait une “guerre impérialiste”. Les deux côtés, disait-il, étaient motivés par la même ambition de contrôle et de conquête. Nous argumentions sans résoudre le problème. Ironiquement tout autant que tragiquement, peu de temps après cette discussion, ce collègue et son appareil furent abattus lors d’une mission et il fut tué.

Dans les guerres, il y a toujours une grande différence entre les motivations des soldats qui les combattent et les politiciens qui les envoient à la bataille. Ma motivation, comme celle de tant d’autres de mes semblables n’avait rien à voir avec un agenda impérialiste ; c’était d’aider à défaire le fascisme et de créer un monde plus décent, libre de toute agression, du militarisme et du racisme.

La motivation de l’establishment américain, bien compris par ce mitrailleur de ma connaissance, était de toute autre nature. Ce fut décrit plus tôt en 1941 par Henry Luce, un multi-millionnaire, propriétaire des magazines Life, Time et Fortune, comme étant l’avènement du “siècle américain”. Le temps est arrivé avait-il dit, pour les Etats-Unis “d’exercer sur le monde le plein impact de notre influence, pour le but qui nous conviendra le mieux et par les moyens qui nous plairont.”

Nous ne pouvons pas décemment demander une déclaration plus directe et naïve de ce qu’est l’impérialisme. Cela a été repris récemment par les petites mains de l’administration Bush, mais avec l’assurance que le motif de cette “influence” est totalement “bénin”, que les “buts”, formulés par Luce ou plus récemment, sont “nobles”, que ceci correspond à un “impérialisme allégé”. Comme l’a dit George W. Bush dans sa seconde adresse inaugurale: “Diffuser la liberté dans le monde est l’appel de notre temps”. Le New York Times étiqueta ce discours comme “époustoufflant d’idéalisme”.

L’empire américain a toujours été un projet bipartisan, les démocrates et les républicains l’ont étendu, justifié chacun leur tour. Le président Woodrow Wilson a dit aux diplômés de l’école navale en 1914 (la même année où il fit canonner le Mexique), que les Etats-Unis utilisaient “leur marine et leur armée… comme les instruments de la civilisation et non pas comme les instruments de l’agression.” Bill Clinton en 1992 a dit aux diplômés de West Point cette année là: “Les valeurs que vous avez apprises ici pourront s’étendre au pays et au monde.

Pour le peuple des Etats-Unis et en fait pour les peuples du monde entier, ces affirrnations se sont bientôt révélées être fausses. La rhétorique, souvent persuasive à la première écoute, devient bientôt dépassée par des horreurs qui ne peuvent plus être cachées, balayées sous le paillasson: les corps ensanglantés d’Irak, les membres déchiquetés des soldats américains, les millions de familles qui doivent se résoudre à l’exode tant au Moyen-Orient que dans le delta du Mississippi.

Les justifications pour un empire imbriquées dans notre culture n’ont-elles pas assaillies notre bon sens, dit que la guerre est nécessaire pour notre sécurité, que l’expansion est fondamentale à notre civilisation, ceci n’a t’il pas commencé à nous faire perdre contrôle de nos esprits ? Avons-nous atteint un point de l’histoire où nous sommes prêts à embrasser une nouvelle façon de vivre dans ce monde, non pas en étendant notre puissance militaire, mais notre humanité ?

Howard Zinn (1922-2010) professeur d’histoire et de science politique à l’université de Boston, est l’auteur de A People’s History of the United States and Voices of a People’s History of the United States, Zinn’s website sur: HowardZinn.org.

Source:

http://www.tomdispatch.com/post/174913

La fonction de l’histoire et de l’historien: Servir l’Homme dans la société… (Howard Zinn)

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 31 août 2014 by Résistance 71

“Ceux qui pensent au sujet de l’histoire doivent décider au départ si l’histoire se doit d’être écrite et étudiée essentiellement pour le ‘bénéfice et l’utilisation des hommes’ ou plutôt principalement pour ‘un salaire et comme une profession”.

~ Howard Zinn citant Francis Bacon ~

“Refuser d’être l’instrument du contrôle social dans ce qui est essentiellement une société non-démocratique, commencer à vouloir jouer un petit rôle dans la création d’une véritable démocratie, voilà un boulot digne d’intérêt pour les historiens, pour les archivistes et finalement, pour nous tous.”

~ Howard Zinn, 1977 ~

 

Les historiens

 

Howard Zinn

 

Larges extraits du texte “The Historians”, publié en 1990 dans le livre “The politics of History”, University of Illinois Press.

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Même dans les années 1960, lorsque les étudiants, les noirs et les manifestants anti-guerre (du Vietnam) causaient certains troubles, ces historiens et philosophes qui philosophaient au sujet de l’histoire demeurèrent, à de rares exceptions près, impecablement académiques et dans le moule…

Carl Becker écrivit:

Pendant le siècle écoulé entre 1814 et 1914, une somme considérable et sans précédent de recherche a été effectuée, recherche concernant tous les domaines et champs d’action de l’histoire, une recherche minutieuse, critique, exhaustive et fatigante ! Nos bibliothèques sont remplies de cette connaissance emmagazinée du passé et jamais auparavant n’y a t’il eu une somme si importante de connaissance sur l’expérience humaine à la dispostion de l’humanité. Quelle influence a eu cette recherche experte sur la vie sociale de notre temps ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour restreindre la folie et l’imbécilité des politiciens ou pour améliorer la sagesse des hommes d’état ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour illuminer la masse des gens, ou leur a t’elle permis de penser et d’agir avec plus de sagesse ou de répondre aux questions de la société avec un sens plus aigu de la responsabilité ? Très peu en fait s’il y a eu quoi que ce soit en ce sens.

[…]

Nous qui pensons l’histoire, devons décider au départ si l’histoire doit-être écrite et étudiée principalement “pour le bénéfice et l’utilisation de l’Homme”, plutôt que primairement comme “un salaire et une profession”. De fait, la première question à poser à quelqu’un qui philosophe au sujet de quelque activité que ce soit est la suivante: Quel est le but ? Sans avoir d’objectif, comment pourrions-nous juger si un type de travail historique est préférable à un autre ?

[…]

Une question très pertinente serait en fait celle-ci: Dans quelle mesure les activités de l’American Historical Association et celles de ses membres ont elles focalisé la connaissance historique sur la solution des problèmes auxquels font face l’Amérique et le monde depuis les années 1950 ?

[…]

Dans bien des cas nous devons une fois de plus ne pas échouer à distinguer deux sortes de biais. Un de ceux-ci fait que l’historien penche vers certains buts humanistes (paix, santé, liberté etc…) et peut requérir de questionner les données d’une certaine manière, mais néanmoins de ne pas falsifier les réponses trouvées. L’autre biais se situe lorsqu’on est en charge de certains instruments (parti politique, nation, race, etc…), ce qui peut très facilement mener à la malhonnêteté dans l’évaluation des faits et à une certaine incongruité avec certains buts ultimes.

[…]

Par exemple nous trouvons un débat permanent parmi ces historiens qui insistent sur le fait que le boulot principal est un travail de narration et ceux qui insistent que le travail principal est un travail d’interprétation… Bien sûr la plupart des historiens font les deux, pourtant certaines histoires sont clairement plus narratives, tandis que d’autres sont plus interprétatives…

Pour moi, je dirai que l’historien, même lorsqu’il (elle) essaie de dire les détails d’un évènement aussi près de la réalité originale que possible, devrait avoir un but au-delà du fait de vouloir raconter quelque chose d’intéressant et ce but, décide pour lui ou elle, ce qu’il va décider de raconter, parmi le nombre infini d’évènements passés. Sa rhétorique est certes utile, quand l’histoire est une forme d’art, la narration d’une… histoire. Mais si l’histoire doit être plus que cela et j’argumente qu’elle doit l’être au vu de notre époque, alors cette rhétorique doit être utilisée pour mettre en valeur tout un set de valeurs humaines connectées avec les problèmes présents et urgents de l’Homme. Ceci demande plus par exemple que lorsque l’historien J.D. Hexter de l’université de Yale nous dit: “Mais le but de l’historien dans sa réponse aux données historiques est de rendre compte au mieux du passé comme il s’est déroulé.

[…]

Si nous partons de l’idée que l’histoire est connaissance et une connaissance pour le simple fait de connaître, alors Hexter est correct. Si nous partons de l’idée que la “méthode scientifique” est importante, en elle-même, alors l’historien théorique, “scientifique”, est sur la bonne voie. Mais si notre idée de départ est: Comment l’histoire peut-elle servir l’Homme aujourd’hui ? Alors cela n’a aucune importance de savoir si la méthode est narrative ou explicative. Car la question devient alors: Une narration de quoi ? Une explication de quoi ? Un narratif peut-être socialement tout à fait inutile ou au contraire révéler énormément de choses (de quelques questions qui se posent actuellement). Une explication peut-être sans aucune utilité ou extrêmement instructive.

[…]

Souvent, la réponse traditionnelle d’un historien que des gens harcelés supplient de les aider est la suivante: “Je contribue à augmenter votre quantité de connaissance au sujet du monde, mais mon travail n’est pas de vous aider à agir.” Ainsi l’historien allemand Gerhard Ritter dit: “… Le regard de l’historien est directement tourné vers le passé, celui de l’acteur (activiste) nécessairement vers le futur.

[…]

Ainsi, l’historien ne joue t’il pas inconsciemment un rôle de conserver la fabrique politique présente intacte en généralisant comme l’historien Gottcschalk le disait: “pour présenter une thèse à débattre” ? Comment peut-on échapper aux assomptions et aux rôles que notre propre culture nous presse de jouer ? Peut-être qu’en plongeant profond dans l’Histoire, nous pouvons nous rappeler ce que nous disait Francis Bacon: “La connaissance la plus ultime doit être au bénéfice et pour son utilisation par l’Homme.

Résistance politique et désobéissance civile: Guerre juste… vraiment ? (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , on 3 janvier 2014 by Résistance 71

Extraits de deux discours d’Howard Zinn: “Juste guerre” donné à Rome en Italie en Juin 2005 et “Surmonter les obstacles”, donné à l’université du Colorado en novembre 2006

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Janvier 2014 ~

 

1ère partie

 

Guerre juste

Howard Zinn

(larges extraits du discours fait à Rome le 23 juin 2005)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Décembre 2013 ~

 

[…] Je viens d’un pays qui est en guerre et qui l’a pratiquement toujours été depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis n’ont pas été envahis depuis près de 200 ans, pas depuis la guerre de 1812, mais ils ont envahi d’autres pays encore et toujours, tout comme ils continuent de le faire à présent en Irak et pour cela je me sens particulièrement honteux.

[…]

Nous devons reconnaître le fait que nous ne pouvons pas dépendre des gouvernements du monde pour abolir la guerre, parce que ceux-ci ainsi que les intérêts économiques qu’ils représentent bénéficient grandement de la guerre. Donc, nous, les peuples du monde, devons relever ce défi et bien que nous ne commandons pas d’armées, que nous n’ayons pas de grands trésors de richesses, il y a néanmoins un fait crucial qui nous donne un grand pouvoir: les gouvernements du monde ne peuvent pas s’engager dans la guerre sans la participation des peuples. Albert Einstein avait compris ce simple fait. Horrifié par le carnage de la première guerre mondiale durant laquelle dix millions de personnes moururent sur les champs de batailles d’Europe, Einstein avait dit: “Les guerres s’arrêteront lorsque les hommes refuseront de se battre.”

Ceci est notre défi, d’amener le monde à un point où les hommes refuseront de se battre et les gouvernements seront sans pouvoir à mener les guerres. Est-ce utopique ? Impossible ? Seulement un rêve ?

Les hommes entrent-ils en guerre parce que c’est dans leur nature ? Si c’est le cas alors ceci devrait être considéré comme impossible, impossible d’arrêter les guerres. Mais le fait est qu’il n’y a aucune évidence que ce soit biologique, psychologique ou anthropologique d’un instinct naturel de l’Homme pour la guerre. Si cele était du reste le cas, nous trouverions des évidences de poussées spontanées des gens , des peuples pour se battre et entrer en guerre continuellement. Ce que nous trouvons en fait est quelque chose de bien différent: Nous trouvons que les gouvernements doivent déployer d’énormes efforts pour mobiliser des populations entières à la guerre. Ils doivent soudoyer les soldats avec des promesses de récompenses, d’argent, de terres, d’éducation et si ces incentifs ne marchent pas, alors le gouvernement fait usage de la coercition. Il établit la conscription des jeunes adultes, les force au service militaire, les menace de prison s’ils n’obéissent pas.

Mais l’arme principale du gouvernement pour lever ses armées est la propagande, l’idéologie. Il doit persuader les jeunes adultes et leurs familles que bien qu’ils puissent mourir à la guerre, qu’ils puissent y perdre bras et jambes, que ceci est un sacrifice pour le bien commun, pour une noble cause, pour la démocratie, pour la liberté, pour dieu, pour le pays.

Les croisés du Moyen-Age se battait pour le Christ. Les SS nazis avaient la phrase “Gott mit Uns” (”Dieu avec Nous”) gravée sur les boucles de leurs ceinturons et les lames de leurs dagues. Les jeunes Américains d’aujourd’hui répondront à la question du “pourquoi allez-vous en Irak?” par “j’ai une dette envers mon pays”. Dieu, liberté, démocratie, nation, ne sont que des exemples de ce que le grand romancier Kurt Vonnegut appelait “des leurres”, des abstractions, des termes dénués de sens qui ne nous apprennent rien au sujet de l’être humain.

L’idée que “nous devons quelque chose” à notre pays remonte à loin, à Platon, qui mît ces mots dans la bouche de Socrate, l’idée que le citoyen a une obligation envers l’État, que l’État doit être révéré plus que père et mère. Il dit: “Dans la guerre, comme au tribunal, comme partout, vous devez faire ce que votre État, votre pays, vous demande de faire, ou vous devez les persuader que ce qu’il vous demande est injuste.” Il n’y a aucune égalité ici: Le citoyen doit utiliser la persuasion, rien que cela. Par contre l’État lui, peut utiliser la force (NdT: de fait l’État a communément le monopole de la violence, le monopole de la coercition…).

L’idée même d’obéissance à l’État est le fondement même du totalitarisme et nous ne trouvons pas cela seulement avec Mussolini et Hitler, mais aussi avec Staline en URSS et aussi dans les soi-disantes démocraties occidentales comme les Etats-Unis.

Ici, chaque année, à la fin du mois de mai, nous célébrons le jour de la commémoration, qui est dédié à la mémoires de tous ceux et celles qui sont morts dans les guerres de la nation. C’est le jour où le clairon sonne, où on déploie les drapeaux et où vous entendez les politiciens nous gargariser du sempiternel: “Ils ont donné leurs vies pour le pays”. Il y a un double mensonge dans cette phrase.

D’abord, ceux qui sont morts n’ont pas “donné leurs vies”… Leurs vies ont été prises par les politiciens qui les ont envoyés à la guerre, les politiciens qui maintenant inclinent la tête le jour de la commémoration.

Secundo, ils n’ont pas “donné leurs vies” pour le pays, mais pour le gouvernement du moment, comme en ce moment celui de Bush/Cheney et Rumsfeld et leurs exécutifs des entreprises Halliburton et Bechtel, qui profitent tous financièrement et/ou politiquement, de l’action militaire qui a tuée plus de 1700 soldats américains et un nombre incalculable d’irakiens. Non, ils ne sont pas morts pour leur pays. Les gens ordinaires de ce pays ne retirent aucun bénéfice du sang versé en Irak.

Lorsque les Etats-Unis sont nés de la révolte contre le joug britannique, ils ont adopté une déclaration d’indépendance, qui édicte les principes fondamentaux de la démocratie, qu’il y a une différence entre le peuple, le pays d’un côté et le gouvernement de l’autre côté. Le gouvernement est une création artificielle, établi par le peuple pour défendre le droit égal de chacun à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur sur terre et quand le gouvernement ne remplit pas ou plus cette obligation, il est alors du droit du peuple, des propres mots de la déclaration d’indépendance, “de changer ou d’abolir” le gouvernement.

En d’autres termes, quand le gouvernement agit contre la vie, la liberté et la poursuite du bonheur, la désobéissance au gouvernement est un principe nécessaire de la démocratie. Si nous nous soucions de la démocratie, nous devons constamment rappeler à nos jeunes ce principe, spécifiquement lorsqu’on leur demande d’aller en guerre.

C’est un attribut des instincts naturels de l’Homme que de préserver la vie, que de se préoccuper des autres et les gouvernements doivent utiliser tous les pouvoirs à leurs disposition comme la corruption, la coercition, la propagande, pour vaincre ces instincts naturels et persuader une nation qu’elle doit aller en guerre.

[…]

Je suis moi-même devenu bombardier navigant d’un B-17 durant la seconde guerre mondiale et j’ai effectué des missions de combat au dessus du continent européen. J’ai largué des bombes sur Berlin et sur d’autres villes en Allemagne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et même sur une petite ville de l’Ouest de la France (Royan). Je n’ai à l’époque jamais rien questionné. Le fascisme devait être vaincu. J’ai effectué les toutes dernières missions de bombardement de la guerre, j’ai reçu mes médailles et ai été silencieusement fier de ma participation à la défaite du fascisme. Je n’avais aucun doute. C’était une guerre juste.

Après la guerre, j’ai emballé mes breloques, mes carnets de navigation dans un dossier sur lequel j’inscrivis en grandes lettres sans même y penser: “PLUS JAMAIS”. Je ne suis toujours pas sûr au jour d’aujourd’hui pourquoi j’ai fait cela, je suppose que je commencais inconsciemment ce que je fis plus tard consciemment: questionner les motifs, la conduite et les conséquences de cette croisade contre le fascisme…

Peut-étre que les doutes ont commencé durant mes missions de bombardement avec des conversations que j’avais eu avec un mitrailleur d’un autre équipage. A ma grande surprise, il parlait de cette guerre comme d’une guerre impérialiste, combattue de chaque côté pour la puissance nationale. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne s’opposaient au fascisme que parce qu’il avait menacé leur propre contrôle des ressources et des gens. Oui, Hitler était un dictateur psychopathe et un envahisseur d’autres pays, mais qu’en était-il de la Grande-Bretagne, de l’empire britannique et de sa longue histoire guerrière contre des peuples indigènes pour les soumettre au profit et à la gloire de l’Empire? Et l’URSS n’était-elle pas elle-même une dictature brutale qui n’était pas concernée par les classes travaillleuses du monde mais par son propre intérêt national ? Et quid de mon pays et de ses ambitions impérialistes en Amérique Latine et en Asie ? Les Etats-Unis étaient entrés en guerre non pas quand les Japonais avaient commis des atrocités en Chine, mais seulement quand le Japon avait attaqué Pearl Harbor à Hawaii, une colonie des Etats-Unis.

Ceci représentait des questions troublantes, mais je continuais mes missions de bombardement. Ironiquement, mon ami radical qui appelait cette guerre une guerre impérialiste fut tué au cours d’une mission au dessus de l’Allemagne dont son appareil ne revint pas et ce peu de temps après notre dernière conversation.

[…]

Quand vous larguez des bombes d’une altitude de 8km, vous ne voyez pas ce qu’il se passe en dessous. Vous n’entendez pas les cris (des civils), vous ne voyez pas de sang. Vous ne voyez pas les enfants déchiquettés par vos bombes. J’ai alors commencé à comprendre qu’en temps de guerre des atrocités sont commises des deux côtés, par des gens ordinaires, qui ne voient pas leurs victimes de près, ni même ne les voient comme êtres humains, mais ne les voient que comme “ennemis”, bien qu’ils ne soient peut-ietre âgés que de cinq ans.

Je pensais alors à un raid aérien auquel j’avais participé juste quelques semaines avant la fin de la guerre. A côté d’une petite ville de la côte atlantique française appelée Royan, se trouvait une garnison allemande. Ils ne faisaient plus rien, ils attendaient juste la fin de la guerre. Notre équipage et des milliers d’autres furent ordonnés de bombarder la zone de Royan et on nous a dit alors que nous allions utiliser un nouveau type de bombes appelées bombes à gel d’essence. C’était du napalm. Plusieurs milliers de personnes furent tuées, des soldats allemands certes, mais aussi des civils français et volant à haute altitude, je ne vis aucun être humain, aucun enfant brûlé par le napalm. La ville de Royan fut détruite. Je n’y ai pas pensé jusqu’à ce que j’ai lu plus tard au sujet des victimes d’Hiroshima et de Nagasaki. J’ai visité Royan, 20 ans après la guerre. Je fis quelques recherches et me rendis alors compte que ces milliers de personnes étaient mortes juste parce que quelqu’un voulait plus de médailles et d’honneur et que quelqu’un haut placé voulait tester le napalm sur de la chair humaine (NdT: comme ils ont voulu tester l’arme atomique sur des humains, tout en inspirant la peur de la destruction massive).

J’ai alors commencé à réfléchir sur les bombardements alliés des populations civiles durant la guerre. Nous avions été horrifiés lorsque les Italiens avaient bombardé Addis Abeba, lorsque les Allemands ont bombardé Coventry et Londres et Rotterdam. Mais quand les leaders alliés se sont recontrés en 1943 à Casablanca au Maroc, ils se sont mis d’accord sur de massifs raids aériens pour casser le moral du peuple allemand. Winston Churchill et ses conseillers, avec l’accord du commandement américain, décidèrent de bombarder les zones prolétaires urbaines allenmandes pour parvenir à la démoralisation du pays.

Ainsi commencèrent les campagnes de saturation par bombardements dont furent victimes les ville de Francfort, Cologne, Hambourg, tuant des dizaines de milliers de civils dans chaque ville en février 1945. Ce fut la terreur par les bombardements. L’aviation anglo-américaine attaqua la ville de Dresde durant un jour et une nuit sans discontinuer et quand la chaleur intense générée par les bombardements créa un vide, une tempête de feu gigantesque balaya la ville qui était pleine de réfugiés à ce moment là. Environ 100 000 civils furent tués, personne ne sait exactement.

J’ai étudié les circonstances des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et en ait conclu, tout comme l’ont fait la plupart des universitaires sérieux qui ont étudiés ces incidents, que les excuses qui furent données pour justifier cette horreur étaient fausses. Ces deux bambardements atomiques n’étaient pas nécessaires pour abréger la guerre, parce que les Japonais cherchaient déjà à soumettre leur rédition. Il y avait une motivation politique pour commettre ce crime: Ils furent les premiers actes de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, qui utilisèrent quelques centaines de milliers de civils japonais comme cobayes. Avant même les attaques nucléaires d’Août 1945, il y eut au printemps 1945, l’attaque de nuit de la ville de Tokyo qui fut mise en flamme. Il n’y avait aucunes cibles déterminées, les bombardements firent peut-être quelques 100 000 morts, hommes, femmes et enfants.

J’en vins alors à la conclusion que la guerre, toutes les guerres, mêmes les soi-disantes “guerres justes”, corrompent tous ceux qui y participent, c’est un poison de l’esprit de tout côté. J’ai compris alors qu’il y avait un processus qui rendait de simples gens ordinaires comme moi et bien d’autres, tueurs décérébrés. Une décision est prise qu début de la guerre disant que votre côté est le bon et que l’autre côté est le mauvais et qu’une fois cette décision prise, vous n’avez plus à y réfléchir, quoi que vous fassiez, même les pires atrocités, est acceptable.

[…]

J’ai passé un peu de temps à parler de la seconde guerre mondiale parce qu’elle est l’exemple classique de ce qu’on appelle une guerre juste, une bonne guerre, une guerre humanitaire. J’insiste pour en parler parce que ses éléments immoraux n’ont pas été examinés et que si après examen nous trouvons des questions troublantes et dérangeantes au sujet de la meilleure des guerres, cette guerre la plus humanitaire de toutes les guerres, alors que pouvons nous dire pour justifier d’autres guerres ? […] L’idée d’une guerre juste, discréditée par la première guerre mondiale, a été ravivée par la seconde. Mais la Corée et le Vietnam ont une fois de plus donné une mauvaise réputation alors que toujours plus d’Américains se rendent compte qu’ils ont été trompés par le gouvernement et ont décidé qu’ils ne pouvaient plus justifier d’une guerre qui avait tuée plus de 58 000 Américains et des millions de Vietnamiens.

[…]

Les évènements du 11 septembre 2001, la destruction des tours jumelles de New York et la mort de près de 3000 personnes, ont donné au gouvernement Bush ce dont il avait besoin, une justification pour aller en guerre. Bush a annoncé de suite la “guerre contre le terrorisme” et ordonna immédiatement le bombardement de l’Afghanistan. La justification était qu’Oussama Ben Laden, considéré comme le responsable des attaques, y était abrité. On ne savait pas exactement où il se trouvait, mais le pays entier devint une cible. Bizarre façon de penser. Si vous savez qu’un criminel se cache dans un voisinage mais vous ne savez pas où, vous ordonnez la destruction de tout le voisinage…

Qu’est-ce qui pourrait être plus juste qu’une “guerre contre le terrorisme” ? Les horreurs du 11 septembre ont créé l’atmosphère propice aux Etats-Unis, celle de la peur. Ceci fut bien amplifié par les médias hystériques, qui empêchèrent les gens de réaliser la contradiction même de cette justification à la guerre: celle que la guerre elle-même est terrorisme. En fait, la guerre est la forme la plus ultime et achevée de terrorisme. Aucun groupe terroriste dans le monde ne peut avoir le pouvoir de destruction et la capacité de meurtre massif que celui des nations.

[Puis vint la guerre en Irak]… Le public américain a été tenu dans l’ignorance de ce que cette guerre a fait aux Irakiens. Peu de personnes savent que plus de 100 000 Irakiens sont morts dans cette guerre (NdT: discours fait en 2005). De temps en temps un flash de l’horreur transparaît dans les bulletins info.

[…]

De plus en plus d’Américains savent que le gouvernement Bush a menti et que ces mensonges sont exposés au grand jour, qu’il a menti au sujet de la connexion entre l’Irak et Al Qaïda, la couverture des plans secrets de Bush, avant le 11 septembre, de l’invasion de l’Irak. De plus en plus d’Américains sont au courant que l’Irak n’a pas seulement été envahi par des soldats américains mais pas des corporations, des entreprises américaines comme Halliburton, Bechtel, à qui on a rétrocédé des contrats de milliards de dollars pour soutenir l’occupation du pays. Les Américains comprennent que notre société est contrôlée par une classe de riches et que les guerres leurs ramènent de gros dividendes. Pendant la guerre du Vietnam, un des meilleurs posters du mouvement anti-guerre qui fut fait par un artiste connu disait ceci de manière clinique et cynique: “La guerre est bonne pour le business, investissez-y votre fils !”

[…]

Nous avons appris de l’Histoire et de son expérience que les gens peuvent changer dramatiquement leurs opinions s’ils ont une nouvelle information. Au début de la guerre du Vietnam 60% des Américains la soutenait. Quelques années plus tard, 60% s’opposaient à la guerre. La raison de ce renversement du tout au tout est que peu à peu la vérité a fini par faire surface… Les photos du massacre de My Lai où l’armée américaine massacra plus de 500 villageois pour la plupart des vieillards, des femmes et des enfants, firent leur apparition et la célèbre photo de la petite Vietnamienne courant nue sur la route, le corps brûlé au napalm.

Ceci nous suggère ce que nous devons faire si nous voulons nous débarrasser des guerres, pas seulement de celle en cours en Irak, mais de la guerre en général.. Nous devons, tous, devenir des enseignants, divulguer l’information. Nous devons mettre au grand jour les motifs et les buts des leaders politiques, mettre à jour leurs connexions avec la puissance entrepreneuriale de l’argent, dénoncer et montrer les bénéfices indécents qui sont faits de la mort et de la souffrance humaine. Nous devons enseigner l’histoire, parce que quand vous regardez l’histoire des guerres, vous voyez comment la guerre corrompt tous ceux qui sont impliqués, comment le soi-disant “bon côté” se comporte bientôt aussi mal que le soi-disant “mauvais côté” et comment tout ceci a été vérifié vrai depuis les guerres du Péloponèse à celles de nos jours…

Nous devons exposer une vision d’un monde différent, un monde duquel les frontières nationales seraient effacées et où nous serions une véritable grande famille, celle des Hommes, dans laquelle nous traiterions les enfants du monde comme nos propres enfants, ce qui voudra dire que nous ne pourrons plus jamais nous engager dans la guerre (NdT: Cette vision de Zinn est très proche du concept d’humanité reflété par les nations indiennes des Amériques)…

Il est toujours possible de faire de ce XXIème siècle un siècle bien différent du dernier, mais pour cela, nous devons tous jouer notre part.

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Source:

Arnove Anthony, “Howard Zinn Speaks”, Haymarket Books, 2012, ch.14, pp 185-205

Résistance politique: L’histoire pour confronter et mettre au grand jour les mensonges des gouvernements (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , on 16 octobre 2013 by Résistance 71

Confronter les mensonges du gouvernement

 

Howard Zinn

 

Larges extraits du discours fait à l’assemblée générale de l’Unitarian Universalist Association, Boston, le 28 Juin 2003

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note des traducteurs:

Replaçons ce discours dans son contexte. Les Etats-Unis ont envahi l’Irak depuis plusieurs mois sous le faux prétexte que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Comme aux jours de son activisme pour les droits civiques des noirs américains et du mouvement anti-guerre du Vietnam, Zinn reprit la route et saisît cette occasion pour parler au peuple américain de la longue histoire des mensonges des gouvernements dans les intérêts exclusifs de l’empire américain.

Ceci devrait raisonner aujourd’hui  également particulièrement aux oreilles des Français qui ont vu leur armée intervenir deux fois en moins de deux ans directement en Libye et au Mali sur des prétextes mensongers et de “lutte contre le terrorisme” totalement bidon, mais en fait pour des intérêts particuliers peu avouables dans les deux cas…

Ceci nous remet également en perspective ce que devrait être l’historiographie et la position de l’historien dans la divulgation des faits. Le dernier paragraphe de conclusion est superbe dans sa façon de mettre en perspective le travail de fourmi de tout à chacun. Le message d’un grand activiste de la seconde moitié du XXème siècle et du début du XXIème siècle (Zinn est décédé en janvier 2010), est le suivant: Il n’y a pas de petite contribution à une cause. Tout est nécessaire. En cela il avait fait  sienne cette phrase de Gandhi: « Ce que vous ferez sera sans doute insignifiant, mais il est nécessaire que vous le fassiez. »

Notre dossier Howard Zinn

Vive la Résistance !

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Que pouvons-nous apprendre de l’Histoire ? Je pars de la supposition que si vous ne connaissez rien de l’histoire, c’est comme si vous étiez né hier. Si vous étiez né hier, alors quiconque ayant une autorité peut vous dire devant un pupitre et un micro: “Vous devez aller en guerre”, pour telle, telle et telle raisons et en l’occurence, vous n’avez aucun noyen de vérifier quoi que ce soit. Mais l’histoire peut vous donner une perspective, elle ne peut pas vous dire ce qui est vrai ou faux à propos de quelque chose qui se passe aujourd’hui, mais l’histoire peut faire des suggestions; elle peut vous en dire assez pour que vous ayez le désir d’en savoir plus au sujet du dernier discours présidentiel en date par exemple. Elle peut vous suggérer le scepticisme et c’est ainsi qu’elle peut devenir très utile.

Par exemple, l’histoire peut vous induire en erreur avec la notion que vos intérêts et ceux du gouvernement sont les mêmes. Les philosophes politiques ont été on ne peut plus clair à ce sujet: c’est pour cela que les gouvernements existent. Rousseau l’a dit, les gouvernements sont établis pour un petit nombre de personnes. Adam Smith l’a dit, James Madison l’a dit dans ses “Federalist Papers”. Ils sont très clairs là-dessus. Le gouvernement n’est pas établi pour les gens (NdT: nulle part, pas seulement aux Etats-Unis…) et si vous connaissez un peu de l’histoire des Etats-Unis, vous ne croirez jamais que le gouvernement fut établi afin de servir nos intérêts à tous et ce malgré les mots inscrits dans le préambule de la constitution: “We, the people of the United States” (“Nous le peuple des Etats-Unis”). Ce ne fut pas “nous le peuple des Etats-Unis” qui a fait la constitution des Etats-Unis. Ce furent vingt-cinq hommes blanc riches qui se réunirent à Philadelphie et qui créèrent un gouvernement qui, pensaient-ils, servirait les intérêts des propriétaires d’esclaves, des marchands et des spéculateurs sur les terres de l’Ouest de la nation.

Ils voulurent un gouvernement qui pouvait-être capable de museler des rébellions. Ils étaient parfaitement conscients que peu de temps avant la convention constitutionnelle, il y avait eu une rébellion de fermiers dans l’Ouest de l’état du Massachussetts. Vous avez probablement entendu parler de la rébellion de Shay. Vous le savez à cause des examens à choix multiples que vois avez dû passer… Mais on ne vous apprendra pas la connexion qu’il y a entre la rébellion de Shay de 1786 et la convention constitutionnelle de 1787. Vous n’apprendrez pas cela dans vos classes d’histoire orthodoxe d’école. Mais le fait est que lorsque se déroula la rébellion de Shay, des milliers de paysans se rassemblèrent autour des tribunaux, bon nombre d’entre eux étaient des anciens combattants de la guerre d’indépendance (1776), parce que leurs fermes étaient saisies, leur bétail, leurs terres étaient saisis parce qu’ils ne pouvaient pas payer les impôts qu’on leur imposait (NdT: On ne parle plus des Anglais là, accablant le peuple d’impôts pour le roi, mais du gouvernement américain…). Le “on” étant les riches qui contrôlaient la législature de l’état du Massachussetts. Alors les paysans ont encerclé les tribunaux et ne voulaient plus laisser se faire les débats des mises aux enchères de leurs terres et de leurs biens.

C’était la démocratie en marche. C’est là que la démocratie prend vie, quand un grand nombre de gens se rassemble pour défier l’état et déclarer ce qu’ils veulent vraiment et comment les gens devraient véritablement vivre. C’est ce qu’ils firent dans l’Ouest du Massachussetts. Vous devriez lire les lettres que s’échangèrent les “pères fondateurs” après la rébellion de Shay. Leurs lettres ne traitaient pas du fait que “Oh, établissons un gouvernement qui sera pour et par le peuple”. Non. Ce n’est pas ce qu’ils ont dit. Leur idée était la suivante: “Nous allons établir un gouvernemernt qui maintiendra la loi et l’ordre.”

[…]

Ainsi la constitution ne fut pas établie pour représenter le peuple comme ces fermiers en lutte de l’ouest du Massachussetts, ou les esclaves, ou les autochtones, ou les autres gens, les sans rien, les non-propriétaires, ceux laissés pour compte.

Si vous ne connaissez rien de l’histoire, vous ne comprendrez pas cela et vous penserez sûrement que vos intérêts sont les mêmes que ceux du gouvernement. Vous pourriez penser que l’expression de la “sécurité nationale”, lorsqu’elle est utilisée par le gouvernement veut dire “votre sécurité”. Vous pourriez penser que la “défense nationale” veut dire “notre défense”. Mais ce que l’histoire peut vous enseigner est qu’il y a en fait différents intérêts dans la société (NdT: ce qui ne se produirait pas dans une société à gouvernement non-coercitif c’est à dire sans état…) et que nous aurions tout intérêt a bien comprendre ce que veut dire “nos intérêts” et en quoi ils sont si différents de ceux du gouvernement, ainsi nous serions capables d’agir en citoyens dans une démocratie et non pas comme de loyaux et obéissants serviteurs d’une élite qui se trouve être au pouvoir pour l’heure.

Si vous connaissez l’histoire, et que vous écoutez le président ou le ministre de la défense ou quiconque de ces types au gouvernement, vous connaitrez l’histoire de ces mensonges qui ont été dis par les leaders des gouvernements, spécifiquement sur le sujet de la guerre et de la participation à une guerre.

Note des traducteurs: Ici s’ensuit une liste des mensonges proférés par différents présidents américains pour convaincre le peuple que l’entrée en guerre était justifiée…

[…] Le président McKinley a menti à la nation: “Pourquoi allons-nous en guerre contre les Philippines ? Pour civiliser et christianiser les Philippins.” C’est ce qu’il dit alors. Et le président Woodrow Wilson (NdT: Le même président qui fit passer la loi sur le réserve fédérale de 1913, qui institua le cartel des banques privées qui recommença à prêter l’argent qu’elle imprimait au pays avec intérêt…): “Nous entrons en guerre (1917) pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie.” Woodrow Wilson, un président avec un doctorat. Un docteur mentirait-il ? Non, c’est dur à croire, mais je pense que lorsque vous avez un peu vécu, vous apprenez qu’il n’y a aucune relation entre la moralité et un haut niveau d’étude. La liste est sans fin.

[…]

Ainsi il y a toujours une raison donnée pour entrer en guerre, que ce soit “sa destinée manifeste” ou pour “civiliser les gens” ou “pour stopper le communisme” ou bien maintenant bien sûr “pour stopper le terrorisme”. Ceci est toujurs très utile pour mobiliser un pays pour la guerre. Mais quand on regarde derrière ces raisons, par le prisme de la politique étrangère américaine et que l’on observe les véritables raison pour aller en guerre, vous trouvez toujours un dénominateur commun. Vous vous figurez que la véritable raison est l’expansion. L’expansion économique, territoriale, politique, pouvoir, puissance, impérialisme. Je n’aime pas beaucoup utiliser ce mot d’ “impérialisme” parce que seulement les “radicaux” l’utilisent, mais je trouve aussi que les défenseurs de la politique étrangère américaine utilisent aussi ce mot “impérialisme”. Ils disent: “Oui, nous sommes impérialistes et heureux de l’être.” Mais oui, derrière tout cela se trouve toujours l’expansionisme. S’emparer de la moitié du Mexique (1846-1848), combattre ces guerres sur l’autre moitié du pays contre les Indiens afn de sécuriser cette énorme expansion territoriale entre les océans Atlantique et Pacifique.

Puis aller dans les Caraïbes, ah oui… pour libérer les Cubains de l’Espagne. La guerre américano-espagnole (1898). Je me rappelle ce que j’ai appris à l’école: Les Cubains étaient opprimés par les Espagnols et nous y allèrent parce que nous allions libérer Cuba. Et bien nous avons libéré Cuba de l’Espagne, mais pas de nous. L’Espagne était virée, nous entrions. L’Espagne était hors de Cuba, et les entreprises américaines étaient entrées. Les chemins de fer et les banques et les bases militaires américaines ; nous avons même fait écrire une clause spéciale dans la constitution cubaine nous donnant le droit d’intervenir à Cuba dès que nous le jugeons bon. Nous y avons toujours une base, cette base vous savez: Guantanamo, nous avons toujours cette base navale à Cuba. Oui, c’est de l’expansionisme de A à Z Au delà de la guerre froide, au delà de la guerre contre le terrorisme.

Nous allons en Afghanistan (2001) de manière présumée pour y faire quelque chose au sujet du terrorisme, mais en fait nous ne faisons rien contre le terrorisme, mais nous réussissons à établir des bases militaires, non seulement en Afghanistan mais aussi aux pays alentours comme l’Ouzbékistan, le Turkménistan et tous les autres pays en “-stan” de l’Asie Centrale ; voilà ce que nous avons réussi à faire. C’est le dénominateur commun derriere toutes les affirmations que nous faisons pour aller en guerre.

Quand vous connaissez l’histoire, alors vous devenez très suspicieux sur tout ce qui est dit de nos jours. L’idée que l’impérialisme américain est différent: plus gentil, plus doux… Vraiment ?… Allez, vraiment ?… Il y a un professeur de l’école d’économie de Harvard qui a écrit: “Le 20ème siècle voit une nouvelle invention, une hégémonie mondiale, dont les lettres de noblesse sont le libre échange, les droits de l’Homme et la démocratie”. Un écrivain de la New Republic, Charles Krauthammer dit: “Nous sommes un impérialisme unique et bénin”, cela me rappelle ce que disait le secrétaire à la guerre Elihu Root, du temps de la guerre américano-espagnole et au temps de la conquête des Philippines. Ils disaient ceci (NdT: accrochez-vous bien, c’est authentique…):

Le soldat américain est différent de tous les autres soldats de tous les autres pays depuis le début du monde. Il est l’avant-garde de la liberté et de la justice, de la loi et de l’ordre, de la paix et du bonheur sur terre.”

[…]

Note des traducteurs: Zinn parle ici de la guerre d’Irak…

Oui, on s’est débarrassé d’un tyran, mais on ne s’est pas débarrassé des Etats-Unis, qui en fait soutenaient le tyran dans ses pires jours. Saddam Hussein était sans pitié et il a tué beaucoup de gens, mais si vous regardez de près la chronologie de son règne, vous verrez que ses pires tueries, ses pires atrocités se sont déroulées alors qu’il était un allié proche des Etats-Unis et que la plupart des fosses communes qui ont été découvertes remontent à 1991, quant à la fin de la guerre du Golfe, les Etats-unis ont vraiment donné le feu vert à Saddam pour détruire la rébellion chi’ite dans le sud du pays et c’est alors qu’ont été créés ces charniers du sud de l’Irak. Alors lorsque le peuple dit “Non à Saddam, non à Bush !” Ils pensent à leurs trésors nationaux qui ont aussi été détruits dans cette soi-disant “libération” de l’Irak.

[…]

Il y a toujours des gens qui se demandent ingénuement: “Comment se fait-il que tant de gens aux Etats-Unis déclarent leur soutien à Bush et que le reste du monde est totalement opposé à ce que nous faisons en Irak ? Et bien la réponse est assez simple: Le reste du monde ne regarde pas CNN ou Fox News.

[…]

Nous avons appris de l’histoire que nous ne pouvons absolument pas faire confiance au gouvernement, et pourtant dans le même temps, nous savons que le gouvernement a le pouvoir. Il peut faire ce qu’il lui plaît, il peut dépenser la richesse de la nation de la façon qu’il le désire, il peut envoyer des troupes où il le veut dans le monde. Il peut menacer plus de 20 millions d’Américains qui ne sont pas des citoyens. C’est juste une sorte de gentille division bureaucratique entre les citoyens et les non-citoyens, mais je suppose que nous sommes tous des êtres humains citoyens ou non-citoyens et il y a 20 millions de non-citoyens qui sont sujets à des détentions de durée indéfinie sans droits constitutionnels.

C’est le pouvoir du gouvernement et le gouvernemernt a le pouvoir d’affecter l’opinion publique par ses connexions avec les médias majeurs.

[…]

Pensez au début de la guerre du Vietnam, quand les 2/3 des Américains soutenaient la guerre en 1965. Deux ans plus tard, les 2/3 des Américains étaient opposés à la guerre. Que s’était-il donc passé ? Qu’est-ce qui a causé ce revirement d’opinion ?

Je pense que ce qu’il s’est passé dans ces deux années est la compréhension graduelle que le gouvernement mentait en permanence et pour tout. Une sorte d’information qui suintait au travers des failles du système de propagande. Une sorte d’osmose de la vérité qui commença à toucher de plus en plus de personnes à travers le pays. Lorsque les gens ont fini par réaliser qu’on leur mentait en long en large et en travers, comme c’est toujours le cas, le gouvernement perd alors sa crédibilité, sa légitimité et son pouvoir. Nous avons vu ceci se produire ces dernières décennies, en fait autour du monde pas seulement aux Etats-Unis. Les leaders de nations semblent être en contrôle, ils ont le pouvoir et d’un seul coup ils se retrouvent avec des millions de personnes dans les rues et vous voyez ces leaders faire leurs sacs et appeler des hélicoptères pour se faire évacuer. Nous avons vu cela aux Philippines, en Indonésie, au Portugal, en Espagne, nous l’avons vu en Allemagne de l’Est, en URSS et dans les anciens pays du bloc de l’Est. Et l’Afrique du Sud, où l’apartheid est tout puissant et puis Mandela sort de prison, l’apartheid est terminé, Mandela est président. Les choses peuvent toujours changer.

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Le 15 Février (2003) quelque chose s’est produit qui n’était jamais arrivé auparavant dans l’histoire du monde. Nous ne savons pas exactement combien, mais 10, 12, 15 millions de personnes autour du monde se sont mobilisés et ont manifesté simultanément contre la guerre américaine en Irak. Ceci fut un évènement extraordianire, je pense que c’est ce que l’écrivain Arundhati Roy appelle “la mondialisation de la résistance”.

Tout acte infime que nous faisons, pour lequel nous nous engageons et ceux d’entre nous qui sont actifs au sein des mouvements sociaux le savent très bien, vous faites de toutes petites choses et vous pensez “bah, çà ne sert à rien, qu’est-ce qu’on va faire avec çà ? Qui va écouter ?” Vous faites ces petites choses, et cela ne semble pas fonctionner et puis plus de personnes font ces petites choses et ces petites choses se multiplient plus ou moins vite. Et à un certain point de l’histoire, des millions de petites choses minuscules, d’actes infimes apparemment inconséquents, se multiplient. Nous avons vu cela durant le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, puis dans le mouvement anti-guerre du Vietnam, puis dans le mouvement pour les droits des handicappés, puis des homosexuels. A un certain point tous ces petits actes se multiplient et quelque chose se produit, çà change. Nous devons toujours garder cela présent à l’esprit. Chaque petite action dans laquelle nous nous engageons, contribue à un phénomène mondial. Ne l’oubliez pas.

Merci de votre attention.

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Référence:

 

“Howard Zinn Speaks”, Anthony Arnove, Haymarket Books, 2012, p.146-159