Archive pour histoire populaire palestinienne

Résistance au colonialisme: Des Amériques à la Palestine, se réapproprier l’histoire pour changer les mentalités…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 avril 2018 by Résistance 71

“Le peuple natif de Palestine, comme les @euples natifs de tout autre pays du monde arabe, d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Europe, a refusé de diviser la terre avec une communauté de colons s’y établissant.”
… “La résolution 181 de l’ONU [de novembre 1947] fut un acte prématuré de donner la moitié de la Palestine à un mouvement idéologique qui avait ouvertement déclaré dans les années 1930 de vouloir dé-arabiser la Palestine.”
~ Walid Khalidi ~

“L’aspect le plus immoral de la résolution 181 est le fait qu’elle n’inclut absolument aucun mécanisme pour empêcher un nettoyage ethnique de la Palestine… Et comme l’ont reconnu plus tard les théoriciens du nettoyage ethnique, là où est adoptée une idéologie exclusive dans une réalité de terrain hautement chargée en différence ethnique, il ne peut y avoir qu’un seul résultat: le nettoyage ethnique.”
~ Illan Pappe ~

Excellente analyse de Ramzy Baroud, dont le titre est un clin d’œil au livre référence d’Howard Zinn « Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours » (1980) à laquelle nous ajouterons sous l’article notre traduction d’un extrait du livre de l’historien israélien et spécialiste de la Nakba Illan Pappe « The Ethnic Cleansing of Palestine » (6 rééditions depuis la première édition d’octobre 2006) où il présente les 3 axiomes d’Israël dans sa politique intérieure.
~ Résistance 71 ~

 

Le besoin d’une histoire populaire palestinienne

 

Ramzy Baroud

 

22 février 2018

 

Source: http://www.chroniquepalestine.com/besoin-histoire-palestinienne-populaire/

 

ll est temps pour les intellectuels palestiniens de s’approprier et d’écrire une histoire palestinienne qui soit véritablement celle du peuple.

L’Accord d’Oslo de 1993 est un moment critique qui a brisé la cohésion du discours palestinien et a affaibli et divisé le peuple palestinien. Cependant, il n’est pas trop tard pour y remédier par des efforts décisifs et communs, au-delà des points de vue politiques palestiniens liés à des aspirations égoïstes et à des organisations rivales.

En l’absence d’une direction palestinienne qui soit l’émanation du peuple palestinien lui-même, les intellectuels doivent sauvegarder et exposer l’histoire palestinienne au monde avec souci d’authenticité et d’équilibre. La clarté et l’intégrité de l’histoire palestinienne ont été endommagées et altérées par les tactiques de l’Autorité palestinienne (AP) qui ont pour effet d’effacer le droit au retour des réfugiés palestiniens de sa plate-forme politique.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, du parti Fatah, a réellement déclaré qu’il n’avait aucun intérêt à retourner à Safad, la ville palestinienne d’où sa famille avait été expulsée en 1948 !

Une telle attitude est ce à quoi l’on devait s’attendre de la soi-disant direction palestinienne modérée, dont le discours et les perspectives politiques sont toujours calés sur les limites du « processus de paix » longtemps promu par Washington. Mais ce genre de pragmatisme politique a ravagé le récit palestinien, l’éloignant de la lutte populaire en cours.

La Palestine n’est pas une histoire de factions – elles ne sont qu’un sous-produit d’une histoire tumultueuse et multiforme du colonialisme et de la résistance, des influences politiques et idéologiques étrangères et de la concurrence féroce entre divers mouvements sociaux.

Bien sûr, il serait facile de faire endosser cette représentation faussée de la Palestine uniquement par le leadership palestinien – c’est aussi le résultat d’un récit sioniste omniprésent qui cherche à effacer la réalité.

Résistance et « existence »

Pour l’essentiel, l’histoire de la Palestine est l’histoire du peuple palestinien, car c’est lui la victime de l’oppression et le principal canal de résistance, si l’on commence par la création d’Israël sur les ruines des villages palestiniens en 1948. Si les Palestiniens n’avaient pas résisté, leur histoire se serait interrompue immédiatement et ils auraient eux aussi disparu.

Ceux qui critiquent la résistance palestinienne, armée ou non, ne se représentent pas les ramifications psychologiques de la résistance, comme un sentiment d’autonomisation collective et d’espoir parmi le peuple. Dans son introduction à « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre décrit la résistance violente comme un processus par lequel « un homme se re-crée ».

Et pendant 70 ans, les Palestiniens se sont embarqués dans ce voyage de la recréation du « soi-même ». Ils ont résisté, et leur résistance sous toutes ses formes a façonné un sentiment d’unité collective, malgré les nombreuses divisions qui ont surgi entre eux.

La résistance incessante, une notion maintenant incarnée dans le tissu même de la société palestinienne, a privé l’oppresseur de la possibilité d’écraser les Palestiniens ou de les réduire à l’état de victimes impuissantes et de réfugiés sans défense. La mémoire collective du peuple palestinien doit se concentrer sur ce que signifie être Palestinien, définir le peuple palestinien, ce qu’il représente en tant que nation et pourquoi il a résisté tout au long des années.

Il est temps de s’éloigner de l’élitisme intellectuel

Une nouvelle articulation du récit palestinien est plus que jamais nécessaire. Le discours des élites sur la Palestine tourne à vide et n’a pas plus de valeur que les Accords d’Oslo. Ce n’est rien de plus qu’un exercice éculé fait de clichés vides de sens et visant à soutenir la domination politique américaine en Palestine ainsi que dans le reste du Moyen-Orient.

La théorie du « grand homme », qui stipule que des individus tout-puissants façonnent l’histoire, est un obstacle qui définit depuis trop longtemps la manière dont le discours palestinien a été relayé. Décrypter la Palestine à travers cette lentille est une tache au front de nombreux intellectuels.

C’est un discours réductionniste qui a marginalisé pendant des décennies le peuple palestinien, sa souffrance et son héroïsme, préférant plutôt des négociateurs palestiniens bien habillés parlant pompeusement d’un « processus de paix » et de « compromis douloureux », comme si c’était acceptable pour les droits et libertés d’une nation entière d’être réduit à une monnaie d’échange.

La vérité est très différente de ces distorsions médiatiques. Le processus de paix est mort, mais le peuple palestinien résiste toujours. Sans surprise, le peuple est plus puissant qu’un groupe d’individus égocentriques. La résistance populaire n’est pas limitée par la politique frivole d’Abbas ou d’autres acteurs.

Abbas et ses seconds couteaux ont non seulement muselé la volonté politique du peuple palestinien et prétendu faussement représenter tous les Palestiniens, mais ils ont aussi dépouillé les Palestiniens de leur récit, celui-là même qui unit les fellahs (paysans) et les réfugiés, les occupés et les shattats (diaspora), en une seule nation.

Ce n’est que lorsque l’intellectuel palestinien pourra reprendre possession de ce récit collectif que les limites imposées à la voix palestinienne pourront finalement être brisées. C’est seulement à ce moment-là que les Palestiniens pourront vraiment faire face à la propagande israélienne hasbara (propagande) israélienne et à la propagande des médias occidentaux et, enfin, parler sans entraves.

Peut-être le plus important, si l’histoire du peuple doit être racontée avec précision et équité, le conteur doit être un Palestinien. Ce n’est pas un sentiment ethnocentrique dissimulé, mais plutôt la confirmation que les faits changent dans le processus d’interprétation, comme l’explique le défunt professeur palestinien Edward Said : «Les faits tirent leur importance de ce qui en est fait en interprétation … Les interprétations dépendent beaucoup de qui est l’interprète, à qui il s’adresse, quel est son but et à quel moment historique l’interprétation a lieu ? »

Le Dr Soha Abdel Kader décrit les études d’histoire du Moyen-Orient comme «portant généralement l’empreinte de l’orientalisme», avec des sources et des méthodologies limitées pour étudier la région. La même chose est vraie pour les études palestiniennes. Fait le plus remarquable depuis le début du prétendu processus de paix, l’historiographie palestinienne a largement négligé les gens ordinaires et est restée otage de l’histoire des élites, de leurs institutions politiques, de leurs événements diplomatiques et de leur compréhension des conflits, que ce soit sur le plan socio-économique ou conflictuel.

Parmi les citoyens palestiniens du peuple, cependant, « l’histoire d’en bas » est ce qui capte l’attention. « Adab al-sijun » (littérature de la prison) est resté un aliment de base dans la plupart des librairies palestiniennes et des bibliothèques jusqu’à ce jour. Contrairement à «la théorie du grand homme», «l’Histoire d’en bas» soutient que si les individus ou les petits groupes sociaux (élites dirigeantes et ceux qui les financent) peuvent provoquer certains événements historiques, ce sont surtout les mouvements populaires qui influencent significativement les résultats sur le long terme.

La première Intifada palestinienne a conforté cette affirmation. Ainsi, les appels constants pour une « Troisième Intifada » par beaucoup de Palestiniens ne sont pas invoqués par légèreté mais viennent plutôt des succès historiques de tels mouvements « d’en bas ».

Les Palestiniens présentés comme un inconvénient

Il y a des obstacles à ces appels pour un autre mouvement populaire conduit depuis la base. Il y a les défis de provoquer une prise de conscience et de gérer efficacement un tel projet, mais aussi les tentatives impitoyables des historiens sionistes (ainsi que de nombreux occidentaux) de remplacer le récit historique palestinien par le leur.

Dans le récit sioniste israélien, les Palestiniens, s’ils sont mentionnés, sont décrits comme des nomades à la dérive, un inconvénient qui entrave la voie du progrès – un récit reprenant celui qui définissait la relation entre chaque puissance coloniale occidentale et les peuples indigènes qui résistaient.

Du point de vue sioniste, l’existence palestinienne est un inconvénient qui ne devait être que temporaire. « Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place », écrit le père fondateur d’Israël, David Ben Gourion.

Ce type de discours éhonté s’est systématiquement traduit par les agressions militaires qui ont « nettoyé ethniquement » près d’un million de Palestiniens de leurs terres en 1947-48, et qui continuent de mener l’entreprise coloniale dans les Territoires occupés.

Ce récit continue d’être défendu par les historiens, les médias et les politologues sans trop de contestation. Dans son interview au journal israélien Haaretz, en 2004, l’historien israélien Benny Morris a donné son point de vue sur le nettoyage ethnique des Palestiniens, illustrant la profondeur de la dépravation morale du récit israélien : « Je ne pense pas que les expulsions de 1948 étaient des crimes de guerre. On ne fait pas une omelette sans casser des œufs, vous devez vous salir les mains … Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population ».

Entre le marteau et l’enclume

Assigner au peuple palestinien le rôle de personnes déracinées, déshéritées et nomades sans se soucier des implications éthiques et politiques de telles représentations, a contribué à présenter à tort les Palestiniens comme un collectif docile et acceptant d’être balayés par ceux qui sont plus puissants.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et la résistance palestinienne est l’exemple ininterrompu de la force et de la résilience du peuple palestinien.

Oui, le combat a été dur. Entre le marteau de l’occupation et de la Hasbara israélienne, et l’enclume des soumissions et échecs du leadership palestinien, la Palestine, les Palestiniens et leur histoire se sont retrouvés piégés et mal compris.

Il est temps pour nous de passer la vitesse au-dessus. Nous, écrivains, historiens et journalistes palestiniens, assumons la responsabilité de réinterpréter l’histoire palestinienne et faire nôtres et faire partager les voix palestiniennes, afin que le reste du monde puisse, pour une fois, apprécier l’histoire racontée par des vainqueurs tenaces bien que blessés.

Il nous incombe – pas seulement aux Palestiniens, mais aussi à ceux qui souhaitent présenter une compréhension véridique de notre lutte historique – de reprendre le récit palestinien et d’effacer la propagande sioniste. L’histoire doit maintenant se concentrer entièrement sur la vie, les perspectives et les représentations des gens du peuple – les réfugiés, les indigents, les classes populaires dont les Palestiniens de la classe ouvrière. Ce sont eux qui incarnent réellement la Palestine, pas Abbas et son imaginaire processus de paix.

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« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Clearing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.
Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.
Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »

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