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La fonction de l’histoire et de l’historien: Servir l’Homme dans la société… (Howard Zinn)

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 31 août 2014 by Résistance 71

“Ceux qui pensent au sujet de l’histoire doivent décider au départ si l’histoire se doit d’être écrite et étudiée essentiellement pour le ‘bénéfice et l’utilisation des hommes’ ou plutôt principalement pour ‘un salaire et comme une profession”.

~ Howard Zinn citant Francis Bacon ~

“Refuser d’être l’instrument du contrôle social dans ce qui est essentiellement une société non-démocratique, commencer à vouloir jouer un petit rôle dans la création d’une véritable démocratie, voilà un boulot digne d’intérêt pour les historiens, pour les archivistes et finalement, pour nous tous.”

~ Howard Zinn, 1977 ~

 

Les historiens

 

Howard Zinn

 

Larges extraits du texte “The Historians”, publié en 1990 dans le livre “The politics of History”, University of Illinois Press.

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Même dans les années 1960, lorsque les étudiants, les noirs et les manifestants anti-guerre (du Vietnam) causaient certains troubles, ces historiens et philosophes qui philosophaient au sujet de l’histoire demeurèrent, à de rares exceptions près, impecablement académiques et dans le moule…

Carl Becker écrivit:

Pendant le siècle écoulé entre 1814 et 1914, une somme considérable et sans précédent de recherche a été effectuée, recherche concernant tous les domaines et champs d’action de l’histoire, une recherche minutieuse, critique, exhaustive et fatigante ! Nos bibliothèques sont remplies de cette connaissance emmagazinée du passé et jamais auparavant n’y a t’il eu une somme si importante de connaissance sur l’expérience humaine à la dispostion de l’humanité. Quelle influence a eu cette recherche experte sur la vie sociale de notre temps ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour restreindre la folie et l’imbécilité des politiciens ou pour améliorer la sagesse des hommes d’état ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour illuminer la masse des gens, ou leur a t’elle permis de penser et d’agir avec plus de sagesse ou de répondre aux questions de la société avec un sens plus aigu de la responsabilité ? Très peu en fait s’il y a eu quoi que ce soit en ce sens.

[…]

Nous qui pensons l’histoire, devons décider au départ si l’histoire doit-être écrite et étudiée principalement “pour le bénéfice et l’utilisation de l’Homme”, plutôt que primairement comme “un salaire et une profession”. De fait, la première question à poser à quelqu’un qui philosophe au sujet de quelque activité que ce soit est la suivante: Quel est le but ? Sans avoir d’objectif, comment pourrions-nous juger si un type de travail historique est préférable à un autre ?

[…]

Une question très pertinente serait en fait celle-ci: Dans quelle mesure les activités de l’American Historical Association et celles de ses membres ont elles focalisé la connaissance historique sur la solution des problèmes auxquels font face l’Amérique et le monde depuis les années 1950 ?

[…]

Dans bien des cas nous devons une fois de plus ne pas échouer à distinguer deux sortes de biais. Un de ceux-ci fait que l’historien penche vers certains buts humanistes (paix, santé, liberté etc…) et peut requérir de questionner les données d’une certaine manière, mais néanmoins de ne pas falsifier les réponses trouvées. L’autre biais se situe lorsqu’on est en charge de certains instruments (parti politique, nation, race, etc…), ce qui peut très facilement mener à la malhonnêteté dans l’évaluation des faits et à une certaine incongruité avec certains buts ultimes.

[…]

Par exemple nous trouvons un débat permanent parmi ces historiens qui insistent sur le fait que le boulot principal est un travail de narration et ceux qui insistent que le travail principal est un travail d’interprétation… Bien sûr la plupart des historiens font les deux, pourtant certaines histoires sont clairement plus narratives, tandis que d’autres sont plus interprétatives…

Pour moi, je dirai que l’historien, même lorsqu’il (elle) essaie de dire les détails d’un évènement aussi près de la réalité originale que possible, devrait avoir un but au-delà du fait de vouloir raconter quelque chose d’intéressant et ce but, décide pour lui ou elle, ce qu’il va décider de raconter, parmi le nombre infini d’évènements passés. Sa rhétorique est certes utile, quand l’histoire est une forme d’art, la narration d’une… histoire. Mais si l’histoire doit être plus que cela et j’argumente qu’elle doit l’être au vu de notre époque, alors cette rhétorique doit être utilisée pour mettre en valeur tout un set de valeurs humaines connectées avec les problèmes présents et urgents de l’Homme. Ceci demande plus par exemple que lorsque l’historien J.D. Hexter de l’université de Yale nous dit: “Mais le but de l’historien dans sa réponse aux données historiques est de rendre compte au mieux du passé comme il s’est déroulé.

[…]

Si nous partons de l’idée que l’histoire est connaissance et une connaissance pour le simple fait de connaître, alors Hexter est correct. Si nous partons de l’idée que la “méthode scientifique” est importante, en elle-même, alors l’historien théorique, “scientifique”, est sur la bonne voie. Mais si notre idée de départ est: Comment l’histoire peut-elle servir l’Homme aujourd’hui ? Alors cela n’a aucune importance de savoir si la méthode est narrative ou explicative. Car la question devient alors: Une narration de quoi ? Une explication de quoi ? Un narratif peut-être socialement tout à fait inutile ou au contraire révéler énormément de choses (de quelques questions qui se posent actuellement). Une explication peut-être sans aucune utilité ou extrêmement instructive.

[…]

Souvent, la réponse traditionnelle d’un historien que des gens harcelés supplient de les aider est la suivante: “Je contribue à augmenter votre quantité de connaissance au sujet du monde, mais mon travail n’est pas de vous aider à agir.” Ainsi l’historien allemand Gerhard Ritter dit: “… Le regard de l’historien est directement tourné vers le passé, celui de l’acteur (activiste) nécessairement vers le futur.

[…]

Ainsi, l’historien ne joue t’il pas inconsciemment un rôle de conserver la fabrique politique présente intacte en généralisant comme l’historien Gottcschalk le disait: “pour présenter une thèse à débattre” ? Comment peut-on échapper aux assomptions et aux rôles que notre propre culture nous presse de jouer ? Peut-être qu’en plongeant profond dans l’Histoire, nous pouvons nous rappeler ce que nous disait Francis Bacon: “La connaissance la plus ultime doit être au bénéfice et pour son utilisation par l’Homme.

Historien radical pour une histoire radicale garants de la pensée critique et du déboulonnage des dogmes ~ 1ère partie ~ (Howard Zinn)

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“Dans mon enseignement, je n’ai jamais caché mes vues politiques: ma répugnance de la guerre et du militarisme, ma colère envers l’inégalité raciale, ma croyance en un socialisme démocratique, dans une redistribution juste et rationnelle de la richesse du monde. J’ai fait état de ma répugnance pour toute forme de harcèlement, que ce soit de nations puissantes envers de plus faibles, de gouvernements sur leurs citoyens, d’employeurs envers leurs employés ou par quiconque à droite ou à gauche, pense avoir le monopole de la vérité… Qu’ai-je appris au cours de ma vie ? Que les plus petits actes de résistance à l’autorité, s’ils sont persistants, peuvent mener à de larges mouvements sociaux. Que les personnes du commun sont capables d’actes extraordinaires de courage… Peut-être la chose la plus importante que j’ai apprise fut au sujet de la démocratie. Que la démocratie n’est pas nos gouvernements, nos constitutions, nos structures légales ; que bien trop souvent ceux-ci sont de fait, les ennemis de la démocratie.”
~ Howard Zinn
, “On ne peut pas être neutre dans un train en marche”, autobiographie, 1994 ~

 

Qu’est-ce que l’histoire radicale ?

par Howard Zinn (1970)

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

1ère partie

2ème partie

 

L’écriture historique (historiographie) a toujours un effet certain sur nous. Elle peut renforcer la passivité, elle peut nous activer. En tout cas, l’historien ne peut pas choisir d’être neutre, car il écrit dans un train en marche. Parfois ce qu’il/elle dit peut changer la vie d’une personne. En Mai 1968, j’ai écouté un prêtre catholique qui passait en jugement à Milwaukee pour avoir brûlé les archives d’un bureau de conscription militaire, dire (je paraphrase) comment il en était venu à commettre cet acte:

J’ai été formé à Rome. J’étais assez conservateur, je n’ai jamais brisé une règle du séminaire. Puis j’ai lu un livre d’un certain Gordon Zahn intitulé “Les catholiques allemands et la guerre d’Hitler”. Ce livre expliquait comment l’église catholique continuait ses activités normalement tandis qu’Hitler continuait les siennes. Le livre narrait comment les SS allaient à la messe, puis partaient râfler les juifs. Ce livre a changé ma vie. J’ai décidé que l’église ne devait plus jamais se conduire comme elle le fît dans le passé et que je ne devais pas me conduire de la sorte non plus.”

Ceci est incroyablement clair. Dans bon nombre de cas où les gens se tournent vers une autre direction, les causes sont si complexes, si subtiles, qu’elles sont souvent impossibles à tracer. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous au courant que d’une manière ou d’une autre, des choses que nous avons lues ou entendues ont changé notre vision du monde et de la façon dont nous devions nous comporter. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de gens qui n’ont pas fait l’expérience du mal eux-mêmes, mais qui sont devenus persuadés qu’il existait et qu’ils devaient s’y opposer. Ce qui nous rend humain est notre capacité d’atteindre par notre pensée au delà de nos capacités sensorielles immédiates, de ressentir à un degré moindre ce que d’autres ressentent totalement et peut-être d’agir sur un tel sentiment.

Ainsi je commence depuis l’idée d’écrire l’histoire de telle façon que de l’étendre aux sensibilités humaines et non pas de ce livre vers d’autres livres, mais le conflit de savoir comment les gens doivent vivre et si ils doivent vivre.

J’insiste sur une historiographie de la valeur. Pour ceux qui se rebelle toujours contre cela, malgré mon argument que cela ne détermine pas les réponses, seulement les questions; malgré ma plaidoirie pour qu’un travail esthétique, fait pour le plaisir, ait toujours sa place, malgré mon insistance sur le fait que notre travail est basé sur la valeur que nous le choisissions ou non, me fait pointer vers un secteur de l’éducation américaine où cette idée a été acceptée. Je parle des “études sur la culture noire américaine”, qui, depuis environ 1969, ont commencé a être adoptées à grande vitesse dans les universités de la nation.

Ces programmes sur l’étude de la culture noire-américaine ne prétendent pas introduire juste un autre sujet dans le domaine académique. Ils ont l’intention spécifique d’affecter la conscience des noirs et des blancs de ce pays afin de diminuer dans ces deux groupes la croyance pervasive de l’infériorité des noirs.

Cette tentative délibérée de pousser pour l’égalité devrait être rejointe et cela est ma suggestion, par des efforts similaires pour l’égalité nationale et de classe. Ceci viendra sûrement, tout comme les programmes sur la culture noire-américaine, non pas par une acceptance graduelle des arguments appropriés, mais par une crise si dangereuse qu’elle demandera un changement d’attitude très rapide. L’exhortation intellectuelle ne va probablement pas initier un nouvel élan d’écriture historique, mais cela pourra sûrement le soutenir et le faciliter.

Quel type de conscience fait-il bouger les gens vers des directions plus humanistes et comment des écrits historiques peuvent-ils créer la conscience d’un tel mouvement ? Je peux penser à cinq façons dont l’histoire peut-être utile. Ceci ne constitue qu’un début cahotant. Je ne veut pas étabir de formules. Il y aura des histoires écrites utiles qui ne tomberont pas dans les catégories pré-conçues. Je ne veux qu’aiguiser le point de focalisation pour moi-même et d’autres qui désireraient plutôt avoir leurs écrits guidés par une inspiration humaine plutôt que par une habitude professionnelle.

1- Nous pouvons intensifier, étendre, affuter notre perception d’à quel point les choses sont-elles mauvaises, pour les victimes du monde. Ceci devient un acte de moins en moins philanthropique dans la mesure où chacun d’entre nous, indiféremment de sa race, de sa position géographique ou de sa classe sociale, devient la victime potentielle d’une planète brûlée, irradiée. Mais même notre propre victimisation est séparée de nous par le temps et la fragilité de notre imagination, tout comme celle des autres est séparé de nous parce que nous sommes blancs, prospères et au sein des murs d’un pays si sur-armé que nous avons bien plus de chances d’être agresseurs qu’agressés.

L’histoire peut essayer de surrmonter ces deux cas de séparations. La progression fascinante d’un fait historique du passé peut avoir un plus grand effet sur nous que le cours actuel des choses et les discours sur les possibilités dangereuses de l’époque actuelle et ce pour une bonne raison: parce que nous connaissons la fin de cette histoire. Il est vrai qu’il y a une crainte, un effroi à la contemplation d’une guerre nucléaire, mais ce n’est qu’une contemplation dont les effets terribles et effrayant sont difficiles à accepter. Il est vrai que notre préoccupation de la prolifération des bombes à hydrogène est magnifiée à la lecture des comptes-rendus de Barbara Tuchman sur la venue de la première guerre mondiale. La guerre était pressante de partout. Les gouvernements se débatirent pour l’éviter, mais rien n’y fît.

[…]

D’autres types de séparations des gens défavorisés du monde, les noirs, les pauvres, les prisonniers, sont parfois plus facile à surmonter dans le temps que dans l’espace, d’où la valeur et l’utilité du rappel, de la recollection historique. Les biographies de Malcolm X et de Frederick Douglass sont toutes deux parties intégrantes de l’histoire, une simplement plus récente que l’autre. Toutes deux attaquent notre suffisance. Ainsi que le sont également celles de noirs dans les ghettos brûlant des bâtiments aujourd’hui, mais les autobiographies font quelque chose de spécial: elles nous permettent de regarder de très près, attentivement, personnellement, derrière l’impersonalité de ces noirs sur les écrans. Elles envahissent nos maisons, ce que les noirs des ghettos n’ont pas encore fait et nos esprits, que nous avons tendance à durcir contre les demandes du maintenant. Elles nous disent à un degré moindre, ce que c’est que d’être noir d’une manière dont tous les clichés libéraux au sujet du “Négro” opprimé ne pourront jamais faire. Et ainsi, elles insistent pour que nous agissions, elles expliquent pourquoi les noirs agissent. Elles nous préparent sinon à intitier, du moins à répondre.

L’esclavage est terminé, mais sa dégradation prend maintenant d’autres formes du fond desquelles demeure la croyance non-dite que la personne noire n’est pas exactement un être humain. Le rappel de ce qu’est l’esclavage, de ce que sont les esclaves, aide à attaquer cette croyance. Prenez la lettre que Frederick Douglass écrivit à son ancien maître en 1848, au 10ème anniversaire de son évasion:

J’ai décidé d’attendre ce jour pour vous contacter parce que c’est l’anniversaire de mon émancipation… Il y a juste 10 ans, par un beau matin de Septembre, j’étais un pauvre esclave tremblant au son de votre voix, se lamentant d’être un homme. Bien que je ne fus qu’un enfant de six ans, je décidais de m’enfuir. Le tout premier effort mental dont je me souvienne, est cette tentative de résoudre ce mystère: pourquoi suis-je un esclave ? Lorsque j’entendis un gardien fouetter une femme esclave et entendit ses petits cris implorant, je m’en fus vers le coin de la cloture, fondis en larmes et me posai sans cesse ce mystère, c’est alors que je pris la décision de m’enfuir un jour… J’interprête de cette façon la moralité de mon acte: Je suis ce que je suis et vous êtes ce que vous êtes, nous sommes deux êtres différents. Ce que vous êtes, je le suis. Je ne vous suis pas attaché par nature ni vous à moi… En vous quittant, je n’ai fais que reprendre ce qui m’appartenait…”

Pourquoi devons nous regarder en arrière jusqu’à ces jours de l’esclavage ? L’expérience de Malcom X en notre époque n’est-elle pas suffisante ? Je vois deux raisons majeures de faire un retour en arrière. L’une est qu’en devant gérer le passé nous baissons notre garde, parce que nous commençons à penser que c’est fini, que nous n’avons rien à craindre en en absorbant la totalité. Il s’avère que nous avons tort, parce que cela nous touche et nous affecte directement, bien plus que ce que nous le pensons, et quand nous l’avons reconnu, il est trop tard, nous avons été touché, bouleversé. Une autre raison est que le temps ajoute de la profondeur et de l’intensité à un problème qui autrement semblerait être éphémère et susceptible d’être ignoré […]

L’histoire peut-elle aussi aiguiser notre perception de cette pauvreté cachée de la vue par le feuillage des banlieues ? Les pauvres, comme les noirs, deviennent invisibles dans une société aveuglée par l’éclat de son propre luxe. Il est vrai que nous pouvons être rappelés à leur existence, comme nous le fûmes aux Etats-Unis dans les années 1960 quand nos sensibilités avaient été aiguisées par la révolte des droits civiques et notre tolérance et patience envers le gouvernement, usées par la guerre du Vietnam. A cette époque, des livres comme celui de Michael Harrington “L’autre Amérique”, nous avaient frappé, sans avoir besoin de retourner en arrière, simplement en nous donnant un périscope pour voir au coin de la rue et simplement en demandant que nous regardions.

L’histoire peut aider quand elle nous montre comment d’autres gens en situation similaire, en d’autres temps, furent aveuglés par le comment leurs voisins vivaient, dans la même ville. Supposez qu’au beau milieu de cette “prospérité” des années 1950, nous avions lu à propos des années 1920, une autre époque d’affluence. En regardant bien, on aurait pu trouver le rapport du sénateur Burton Wheeler du Montana, enquêtant sur les conditions de vie en Pennsylvannie pendant les grèves des mineurs de charbon de 1928:

Toute la journée j’ai écouté des histoires à briser le cœur, de ces femmes évincées de leurs maisons par les compagnies minières. J’ai écouté les plaidoiries à faire pitié de jeunes enfants pleurant pour du pain. Je restais médusé à l’audition d’histoires incroyables d’hommes battus par des milices privées. Ceci fut une expérience choquante et déprimante.

Ceci suggérerait-il qu’un voile est aussi tiré sur la vie de bien des Américains de nos jours et que le son de la prospérité noie tout le reste et que la voix des nantis domine l’histoire ? A notre époque, tout comme dans le passé, nous construisons “l’histoire sur la base de la narration de ceux qui parlent le mieux, les membres les plus privilégiés de notre société”. Le résultat en est une image déformée du comment les gens vivent vraiment, une sous-estimation de la pauvreté, un échec de faire le portrait des circonstances dans lesquelles vivent les plus démunis. Si, dans le passé, nous avons pu trouver la voix des sans-voix, ceci peut nous permettre de trouver la voix des laisser-pour-compte de notre propre époque. Il est vrai que nous pourrions accomplir ceci sans avoir à se remémorer le passé. Mais parfois, la divulgation de ce qui est caché dans le passé nous force à regarder avec plus d’insistance dans notre société contemporaine, surtout quand il n’y a pas de raison immédiate de le faire. En ce qui me concerne, lire dans les documents de Fiorello LaGuardia, les lettres des pauvres de Harlem dans les années 1920, m’a fait regarder à deux fois le bon temps que nous avions dans les années 1950…

L’image de la société donnée par ses victimes est-elle véritable ? Il n’y a pas de véritable image de quelque situation historique que ce soit, pas de description objective. Cette recherche d’une objectivité non-existante nous a mené pardoxalement à une régression subjective, celle du badaud. La société possède des intérêts variés et antagonistes, ce qui est appelé “objectivité” est le déguisement d’un de ces intérêts, celui de la neutralité. Mais la neutralité est une fiction dans un monde partial. Il y a des victimes et il y a des bourreaux et il y a aussi des badauds. Dans le dynamisme de notre temps, alors que des têtes roulent dans la sciure toutes les heures, ce qui est vrai dépend de ce qui est vrai pour votre propre tête et l’objectivité du badaud appelle à l’inaction alors que d’autres têtes roulent dans la sciure. Dans le roman d’Albert Camus “La Peste”, le Dr. Rieux dit: “Tout ce que je dis est que sur cette terre il y a des pestilences et il y a des victimes, et il ne tient qu’à nous, aussi loin que possible, de ne pas joindre nos forces avec ces pestilences.Ne pas agir est joindre ses forces avec la peste qui s’étend.

Quelle est la vérité au sujet de la situation de l’homme noir aux Etats-Unis en 1968 ? Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation s’est améliorée. Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation est aussi mauvaise qu’elle l’a toujours été. Ces deux ensembles de statistiques sont “vrais”; le premier mène à la satisfaction du degré de changement aujourd’hui, le second mène à un désir d’accélérer le changement. Ainsi, le plus proche que nous puissions être de cette “objectivité” élusive est de faire un rapport adéquat des subjectivités dans une situation donnée. Mais nous insistons sur une, ou une autre de ces vues subjectives dans chaque cas. Je suggère que nous nous détachions de notre position habituelle d’observateurs privilégiés. A moins que nous ne nous extirpions d’être ce que nous aimons appeler, “objectifs”, nous sommes bien plus près psychologiquement, que nous désirions l’admettre ou pas, de l’exécuteur, que de la victime.

Il n’y a pas besoin de cacher les données qui montrent que quelques noirs montent l’échelle sociale américaine plus rapidement qu’auparavant, que cette échelle est plus encombrée qu’avant. Mais il y a un besoin, venant de la détermination de représenter ceux qui veulent toujours les nécessités de l’existence (nourriture, toit, dignité, liberté), d’insister sur les vies de ceux qui ne peuvent pas même approcher de l’échelle.

[…]

Ainsi, une histoire de l’esclavage tirée des narratifs des esclaves fugitifs est très importante. Ceci ne peut en aucun cas monopoliser l’historiographie, parce que les histoires que nous a vons déja sont celles provenant du point de vue des propriétaires d’esclaves (comme ceux d’Ulrich Phillip, basée sur des carnets d’exploitation de plantations par exemple), ou du point de vue de l’observateur détaché (l’historien libéral, critiquant l’esclavage mais sans la passion appropriée pour induire une action ). Une histoire orientée sur l’esclave simplement remplit le domaine de telle façon que cela nous tire de notre léthargie.

Cela est vrai pour raconter l’histoire de la révolution américaine du point de vue du marin plutôt que du marchant et de raconter l’histoire de la guerre avec le Mexique du point de vue des Mexicains. Il ne faut pas omettre le point de vue des privilégiés (qui domine le domaine de toute façon), mais de nous rappeler qu’il y a toujours une tendance, maintenant et auparavant, de ne voir l’histoire que depuis le sommet de la pyramide. Peut-être qu’une histoire de la guerre de l’opium vue à travers les yeux des Chinois suggèrerait aux Américains que la guerre du Vietnam pourrait tout aussi bien être vue du point de vue des Vietnamiens. *

2- Nous pouvons exposer les prétensions du gouvernement soit à la neutralité ou au favoritisme. Si le premier requis pour activer les gens est de développer leur attention sur ce qui n’est pas bien, le second est de les désabuser de la confiance qu’ils ont en ce qu’ils peuvent dépendre du gouvernement pour rectifier ce qui est mal.

Là encore, je pars du principe qu’il y a eu beaucoup de malfaisance de notre part, trop pour que beaucoup d’entre nous soient satisfaits, mais si tout le monde n’a pas été trompé. Les gouvernements du monde n’ont pas été disposés à changer beaucoup de chose; en fait, ils ont souvent été les perpétrateurs du mal occasionné. Marteler ceci nous pousse à agir sur nous-mêmes.

Est-ce que cela veut dire que je ne suis pas “objectif” au sujet du rôle des gouvernements ? Voyons un peu le rôle des Etats-Unis sur le sujet racial. Par exemple, que firent les différents gouvernements américains pour l’homme noir après la guerre de sécession ? Soyons “objectifs” c’est à dire relatons tous les faits afin de répondre à cette question. Ainsi nous devrions noter les 13ème, 14`eme et 15ème amendements de la constitution, le bureau de Freedman, le stationnement de forces armées dans le sud, le passage des lois de droit civique de 1866, 1870, 1871 et 1875; mais nous devons également prendre en compte la décision de justice émasculant le 14 ème amendement, la trahison du nègre dans l’accord de 1877 Hayes-Tilden, la non mise en application des lois de droit civique. Ultimement, même si nous mentionnons tout, notre insistance à la fin serait subjective, cela dépendrait de qui nous sommes et ce que nous voulons. Une préoccupation actuelle, pour laquelle les citoyens doivent agir par eux-mêmes, suggère que nous insistions sur le manque de confiance envers le gouvernement pour sécuriser des droits égaux pour les noirs.

Une autre question: Jusqu’à quel point peut-on faire confiance à notre gouvernement pour que la richesse du pays soit distribuée équitablement ? Nous pourrions prendre en compte les lois passées au cours de ce siècle semblant être faites pour une justice économique: les lois de réglementation des chemins de fer de l’ère progressiste, la création d’un impôt sur le revenu graduel sous le gouvernement du président Wilson, les procès en justice contre les trusts industriels et banquiers intitiés par les administrations de Roosevelt et de Taft. Mais la reconnaissance actuelle du fait que l’allocation de richesse des les cinquièmes supérieurs et inférieurs de la population n’a pas fondamentalement changé depuis cent ans suggérerait que toutes ces lois et réglementations n’ont en fait que préservées le statu quo. Pour changer cela, nous devrions insister sur ce qui n’a pas été jusque ici mis en cause: l’échec persistant du gouvernement de changer les constantes inégalités inhérentes au système économique américain.

[…]

Une histoire radicale exposerait dès lors les limites des réformes gouvernementales, les connexions du gouvernement avec la richesse et le privilège, les tendances du gouvernement vers la guerre et la xénophobie, le jeu constant de l’argent et du pouvoir derrière la présumée neutralité de la loi. Elle illustrerait le rôle du gouvernement à maintenir les choses telles qu’elles sont, soit par la force ou par le mensonge, ou par une subtile combinaison des deux, soit par plan délibéré ou par un enchaînement de situations impliquant des milliers d’individus jouant des rôles en accord avec ce qu’on attend d’eux.

A suivre…

Petit abrégé d’histoire du pays du goulag levant (ex-USA) depuis la seconde guerre mondiale (Howard Zinn)

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“Les Etats-Unis ? C’est l’histoire d’une bande d’esclavagistes qui voulurent être libres. Alors ils ont tués plein d’Anglais blancs pour pouvoir garder leurs esclaves noirs africains et ils purent continuer à éliminer les hommes rouges, continuer à bouger vers l’Ouest pour aller voler les terres des Mexicains bronzés, ce qui leur donna un espace volé pour pouvoir plus tard bombarder nucléairement les jaunes. Vous savez ce que devrait-être le slogan de ce pays: ‘Donnez-nous une couleur, on l’éliminera !”

~ George Carlin ~

 

Une nation pacifique ?

 

Howard Zinn

 

Extrait d’une conversation avec Anthony Arnove sur le terrorisme et la guerre (2002)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

[…] Vous ne pouvez pas dire aux Américians Originels (Indiens) que nous étions une nation pacifique alors que nous mouvions au travers du continent et nous engagions dans des centaines de guerres contre eux. Les Etats-Unis se sont engagés dans au moins vingt interventions militaires dans les Caraïbes dans les vingt premières années du siècle dernier (XXème siècle), de la seconde guerre mondiale à aujourd’hui, nous avons eu une interminable succession de guerres et d’interventions militaires.

Juste cinq ans après la fin de la guerre la plus désastreuse de l’histoire de l’humanité, après la seconde guerre mondiale, nous sommes en guerre en Corée. Ensuite, presqu’immédiatement, nous allons aider les Français en Indochine, suppléant plus de 80% de leur équipement militaire et bientôt nous sommes impliqués en Asie du Sud-Est. Nous bombardons non seulement le Vietnam mais aussi le Laos et le Cambodge.

Dans les années 1950, nous sommes aussi impliqués dans des opérations secrètes de renversement de gouvernements en Iran (1953) et au Guatémala (1954). De plus alors même que nous sommes impliqués par la suite au Vietnam, nous envoyons également l’armée en République Dominicaine. Dans cette période nous donnons aussi une énorme aide militaire à l’Indonésie, aidant ainsi le dictateur local Suharto, à mener une guerre interne contre son opposition au cours de laquelle plusieurs centaines de milliers d’opposants à son régime seront tués. Puis en 1975, le gouvernement américain apporte un soutien critique à la campagne féroce et brutale de mise au pas de la population du Timor Oriental, dans laquelle des centaines de milliers de personnes seront tuées.

Dans les années 1980. Lorsque Reagan arrive aux affaires, nous commençons une guerre secrète en Amérique Centrale, au Salvador et au Honduras, au Costa Rica et spécifiquement au Nicaragua, y créant une force contre-révolutionnaire les Contras, que Reagan appelle les “Combattants de la Liberté”.

En 1978, avant même que les Russes n’entrent en Afghanistan, nous envoyons secrètement des armes aux rebelles les moudjahidines. Certains d’entre eux deviendront par la suite les Talibans, les gens qui soudainement deviendront nos ennemis. Le Conseiller à la Sécurité Nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, crânait alors qu’il savait que les Etats-Unis allaient “provoquer une intervention militaire soviétique” en Afghanistan. Ceci se produisit, provoquant une guerre qui dura 10 ans. La guerre fut dévastatrice pour les Afghans et laissa le pays en ruine. Dès que ce fut fini, les Etats-Unis se retirèrent. Les gens que nous soutenions, les fondamentalistes religieux prirent le pouvoir en Afghanistan et y établirent leur régime.

Presqu’aussitôt la venue aux affaire de George Bush Sr en 1989, il lança une guerre contre la Panama, qui tua plusieurs milliers de personnes. Deux ans plus tard, nous étions en guerre dans le Golfe, utilisant l’invasion du Koweït par Saddam Hussein (NdT: qui eut au préalable le feu vert de Washington et fut encouragé de le faire se faisant ainsi piéger…) comme excuse pour intensifier notre présence militaire dans la région et pour stationner des troupes en Arabie Saoudite, ce qui devint par la suite un des crimes principaux qui fit réagir Oussama Ben Laden et d’autres nationalistes saoudiens.
Puis, avec l’administration Clinton, nous avons bombardé l’Afghanistan, le Soudan, la Yougoslavie et encore l’Irak.

Pour que quelqu’un comme Bush nous appelle une “nation pacifique”, cela veut dire qu’il faille laisser de côté une bien grande portion de l’histoire.

Il est en fait juste de dire que depuis la seconde guerre mondiale, il n’y a pas eu de nation plus belliqueuse et activement engagée dans les conflits que les Etats-Unis.

[…] Pour nous faire entrer de nouveau en guerre (NdT: Après les attentats du 11 Septembre 2001), ils veulent nous faire agir comme si nous étions nés hier. Ils veulent que nous oublions l’histoire de nos gouvernements, parce que si vous oubliez l’histoire, c’est à dire si vous êtes nés d’hier, alors vous allez croire n’importe quoi. Comment croyez-vous que nous ayons ajouté le Texas, le Colorado, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie aux Etats-Unis ? Parce que les Mexicains nous aimaient beaucoup et qu’ils nous les ont donné ? Nous avons acquis ces territoires suite à la guerre contre le Mexique et nous avons pensé que les Mexicains devraient être contents que nous n’ayons pas tout pris. Cette guerre contre le Mexique a commencé avec un mensonge. Il y a eu un incident à la frontière américain-mexicaine. Des troupes américaines allèrent en zone disputée et des gens y furent tués. Le président James Polk décréta que le sang avait coulé en terre américaine et les armées furent envoyées vers Mexico-City, peu de temps après nous avions la moitié du Mexique.

[…] Ainsi l’histoire peut-être utile. Elle peut vous en dire beaucoup sur votre gouvernement, au sujet des mensonges et de la tricherie perpétuelle. Si les gens savaient cette histoire, ils ne resteraient pas assis béatement à écouter un Bush parler et à s’émerveiller qu’il soit capable de lire.

[…] Le gouvernemnt nous dit qu’il est absolument déterminé à éradiquer les camps d’entrainement terroristes (NdT: créés par la CIA, MI6, Mossad, ISI et financé par les Saoudiens et pays du Conseil de Coopération du Golfe), mais ici aux Etats-Unis, la sinistre “École des Amériques” (NdT: autrefois basée au Panama) a entraîné et entraîne toujours des personnels qui s’engagent dans le terrorisme, elle entraîne des gens qui deviennent les organisateurs des escadrons de la mort en Amérique Centrale (NdT: technique de “contre-insurrection” développée par l’armée française lors de la bataille d’Alger de 1957 et que des cadres tortionnaires français comme le général Aussarès, enseignèrent à l’École des Amériques…).

Si vous mettez au mur des photos de classe de l’École des Amériques, vous aurez une une sérieuse galerie de terroristes internationaux, comme par exemple le chef des escadrons de la mort salvadoriens Roberto D’Aubuisson, qui prît par au massacre de 811 personnes à El Mozote en 1981, ainsi que beaucoup de généraux et de dictateurs qui passèrent dans les rangs de l’École des Amériques.

Vous savez, le dictateur panaméen Manuel Noriega est allé à l’École des Amériques, puis est devenu un employé de la CIA, puis soudainement est devenu un ennemi et un terroriste, alors nous sommes entrés en guerre contre le Panama pour le capturer.

Nous n’irons probablement pas de si tôt en guerre contre Henry Kissinger !

Les Etats-Unis se sont opposés de manière persistante à la création d’un tribunal international contre les crimes de guerre parce qu’il pourrait être utilisé contre les personnels du gouvernement américain et ses militaires…

Kissinger a écrit récemment qu’un tel tribunal serait un mauvaise idée ! Bien sûr que c’est une mauvaise idée, il pourrait bien être un des premiers à y être jugé. (NdT: N’oublions pas que Kissinger est le protégé et l’homme d’action de la famille Rockefeller…)

[…] Le gouvernement américain quel qu’il soit n’est clairement pas intéressé en une telle initiative.

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Sur les mouvements sociaux et la lutte anti-ségrégationniste dont Zinn fut un fervent activiste il dit ceci (toujours avec Arnove en 2002):

Pas en notre nom

[…]

Je pense que la chute de l’URSS il y a dix ans nous a donné une nouvelle opportunité de discuter au sujet du socialisme d’une façon qui ne serait pas entachée par le stalinisme, par un état policier et le goulag (NdT: qu’aujourd’hui en 2014, les Etats-Unis ont remplacé en devenant le Pays du Goulag Levant depuis 2001…). Nous pouvons retourner à cette fraîche vision du socialisme qui nous fut donnée avant l’avènement de l’URSS par des gens comme Eugène Debs, Helen Keller et Jack London. C’est une vision du socialisme qui peut inspirer les gens, qui a inspiré plusieurs millions de personnes dans ce pays à la fin XIXème et début XXème siècles. Je pense que nous avons de nouveau cette opportunité pour le faire.

Cela prendra pas mal de temps et d’éducation, il est clair que les gens n’ont aucune foi dans les institutions du gouvernement. La revue Business Week, qui n’est pas exactement un magazine prolétaire, a conduit une étude il y a plusieurs années, étude qui indiqua que les gens avaient un sérieux manque de confiance dans les entreprises et le gros business et spécifiquement celles qui infuencent la politique. Ce scepticisme montre l’aliénation qui existe et donc l’opportuunité qui existe aussi en ce moment pour projeter de nouvelles idées vers les gens.

La guerre a toujours diminué notre liberté. Quand notre liberté s’est étendue, cela n’a jamais été le résultat de guerre ou de quoi que ce soit le gouvernement aurait fait, mais toujours en résultat de l’action directe des citoyens. Le meilleur exemple de cela est l’histoire des afro-américains aux Etats-Unis, l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation. Ce ne fut pas le gouvernement qui initia le mouvement contre l’esclavage mais les abolitionnistes noirs et blancs. Ce ne fut pas le gouvernement qui initia la bataille contre la ségrégation dans les années 1950 et 1960, mais le mouvement social des peuples du sud des Etats-Unis. Ce ne fut pas le gouvernement qui donna aux ouvriers la liberté de ne travailler que huit heures par jour au lieu de 12. Ce furent les ouvriers et les travailleurs eux-mêmes qui s’organisèrent en syndicats, firent grève après grève et firent face dans les rues à la répression de la police. Le gouvernement était de l’autre côté, le gouvernement a toujours été du côté des employeurs et des grosses entreprises.

La liberté des travailleurs, la liberté des noirs ont toujours dépendu des luttes du peuple lui-même contre le gouvernement. Donc, si on y regarde de près historiquement, nous ne pouvons certainement pas dépendre des gouvernements pour maintenir ou gagner nos libertés. Nous ne pouvons compter que sur nos propres efforts bien organisés.

Une autre leçon que nous enseigne l’histoire est que vous ne devez jamais dépendre de vos droits légaux. Ne croyez jamais que vous pouvez montrer un statut légal ou la constitution et dire: “Vous voyez, c’est ce qu’il y est dit et donc c’est ce que je vais avoir.” Parce que quoi que dise la constitution, quelque soit ce que disent les statuts, quiconque en fait détient le pouvoir en une situation donnée déterminera si les droits que vous avez sur le papier seront les droits que vous aurez de fait. Ceci est une situation très commune dans notre société. Les gens luttent pour avoir leurs droits, ils les obtiennent sur le papier, mais la réalité du pouvoir et de la richesse intervient et ces droits légaux ne veulent plus dire grand chose. Vous devez vraiment lutter pour qu’ils deviennent réels.

[…] Je pense que l’échec du système capitaliste pour résoudre les problèmes fondamentaux va devenir de plus en plus évident.

[…] Un système qui place les bénéfices des entreprises et des actionnaires au dessus de toute autre considération est voué à être exposé à l’échec. Je ne sais pas quand cela deviendra l’évidence même pour la vaste majorité du public américain mais cela est certain de se produire dans le futur.

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Source:

Terrorism and War”, Howard Zinn with Anthony Arnove, Open Media, 2002

Résistance politique et désobéissance civile: Surmonter les obstacles (Howard Zinn)

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Extraits de deux discours d’Howard Zinn: “Juste guerre” donné à Rome en Italie en Juin 2005 et “Surmonter les obstacles”, donné à l’université du Colorado en novembre 2006

Traduit de l’anglais par Résistance 71.

2ème partie

 

Surmonter les obstacles

 

Howard Zinn

 

(larges extraits d’un discours donné à l’université du Colorado en novembre 2006)

 

= Traduit de l’anglais par Résistance 71 = Janvier 2014 =

 

Je désire parler de la situation à laquelle nous devons faire face aujourd’hui et quels sont les obstacles que nous devons affronter pour agir contre elle. Dans une certaine mesure, je ne pense pas avoir à vous dire quelle est la situation aujourd’hui…

Nous savons tous que nous vivons dans un pays qui a été saisi par un groupe d’étrangers. Ils sont sans pitié. Ils ne se soucient absolument pas des droits de l’Homme, ils ne se préoccupent pas de la liberté d’expression. Oui, je me réveille chaque matin et je me sens dans un pays occupé. L’Irak est occupé, nous sommes occupés. Ces gens, vous savez de qui je parle, je n’ai pas besoin de citer de noms, sont des étrangers en ce qui me concerne.

[…]

N’est-il pas ironique que nous construisions un mur le long de la frontière de la Californie du Sud et de l’Arizona pour garder les familles mexicaines hors du territoire que nous leur avons volé lors de la guerre contre le Mexique de 1846-48. Je n’ai jamais entendu un député ou un sénateur mentionner ceci.

[…]

Je désire parler des obstacles idéologiques de notre culture qui se dressent devant tout changement. J’ai bien dit des obstacles de notre culture, parce que les obstacles ne sont pas dans la nature humaine, ils ne sont pas en l’homme lui-même. Les êtres humains ne veulent pas naturellement la guerre, ils ne veulent naturellement pas que d’autres humains soient traités comme des sous-hommes. Les êtres humains ne veulent naturellement pas ériger des murs pour les séparés d’autres humains. Tout ceci n’est qu’artifice culturel, ce sont des choses induites que nous apprenons. Ainsi je désire parler de certaines choses que nous apprenons et qui se dressent sur le chemin de la compréhension, qui se dressent sur le chemin de l’unification, qui se dressent sur le chemin du changement véritable.

Un de ces obstacles est celui de l’idée de la neutralité ou de l’objectivité ou du “Je suis ceci ou cela, je suis un avocat, un professeur, un ingénieur, je suis telle ou telle chose et je n’ai pas à prendre parti sur les choses qui se passent dans le monde aujourd’hui.” Si les gens de professions différentes ne prennent pas position sur les choses qui se déroulent aujourd’hui, alors cela laisse le champ libre à ceux qui prennent position sur ces choses, les gens de Washington. Mon argument est le suivant: Ce n’est même pas la peine d’essayer d’être neutre parce que vous ne le pouvez simplement pas. Quand je dis qu’on ne peut pas être neutre dans un train en marche, cela veut dire que le monde est déjà en train de bouger dans une direction donnée. Des enfants ont faim, des guerres se déroulent. Dans une telle situation, être neutre ou essayer de demeurer neutre, de rester en dehors des choses, de ne pas prendre position, de ne pas participer, est en fait collaborer avec quoi que ce soit qui se passe et permettre que cela se passe. Je n’ai personnellement jamais voulu être un collaborateur et j’ai en revanche toujours voulu participer au mouvement du monde et voir si je pouvais avoir un effet, un impact si petit soit-il.

Nous avons tous ce problème, nous sommes tous dans des professions où on nous demande d’être “professionnels” et “être professionnel” veut dire qu’on ne fait pas un pas en dehors de sa profession. Si vous êtes un artiste, vous me prenez pas position sur des problèmes politiques. Si vous êtes un professeur, vous ne devez pas amener vos opinions avec vous en classe. Si vous travaillez pour un journal, vous devez prétendre être impartial en présentant les nouvelles. Mais bien sûr tout ceci est une mascarade. Vous ne pouvez pas être neutre. Si vous êtes un historien et que vous avez été éduqué à croire que vous êtes un historien objectif, vous ne prenez pas position, vous présentez juste des faits comme ils le sont, vous vous trompez vous-même, parce que toute l’histoire qui est présentée dans les livres ou dans des conférences est une histoire qui a sélectionnée et éliminée une masse énorme de données. Quand vous faites, ou quelqu’un d’autre fait cette sélection, vous avez décidé ce qui est important ou pas. Ceci vient de votre point de vue. Donc, premièrement, il est impossible d’être soi-disant objectif ou neutre et deuxièmement, ceci n’est pas désirable, parce que nous avons besoin de l’énergie de tout le monde, nous avons besoin de toute l’intervention possible sur quoi que ce soit qui se passe.

[…]

Pourquoi les gens se laissent-ils berner si facilement ? N’ont-ils pas une source d’information qui pourrait leur dire ce qui se passe vraiment ? Leur permettrait de vraiment défier le gouvernement, de le contrôler, de vérifier ce que le gouvernement est en train de faire ? Qu’en est-il de la presse ? Les médias ? Dans un pays démocratique, bien informé, les médias sont la mouche du coche, ils jouent le rôle de représentant du public ; comme ils sont professionnels, c’est leur boulot d’être profesionnels au sujet de la collecte de l’information. Puis nous devons dépendre d’eux pour nous donner cette info ainsi que les analyses, le fond des affaires et la critique qui nous permettra à nous le public de défier ce qui se passe. Cela devrait se passer de cette façon en démocratie, dans un pays où nous aurions des médias démocratiques. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons des médias qui sont contrôlés par un tout petit nombre de corporations très puissantes et on se rend compte que la même histoire est diffusée sur tous les médias le soir même… Vous allumez la télé, hop, Bush est là, vous changez de chaîne, il est toujours là, vous allez très vite sur une autre chaîne… il est toujours là. Vous éteignez la télé… Il est toujours là !

Après tout, les médias n’ont pas fait leur boulot, s’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement rappelé au public le souvenir du procès de Nüremberg. Quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak, les médias auraient pu nous rappeler que cela étaient une violation de la charte des Nations-Unies que d’attaquer un autre pays sans provocation, sans que celui-ci ne vous ait attaqué. C’est une violation de la loi internationale, une violation de la charte de base qui fut écrite après la seconde guerre mondiale. En fait: c’est un crime de guerre !

[..]

Donc si nous n’avons pas de presse pour nous informer, ni de partis d’opposition pour nous aider, alors nous sommes laissés seuls, ce qui est en fait une très bonne chose à savoir. C’est très bien de savoir qu’on est seul. C’est très bien de savoir que vous ne pouvez pas compter sur des gens sur lesquels on ne peut pas compter de toute façon. Mais si vous êtes seul, alors il est indispensable de connaître un peu d’histoire, parce que sans l’histoire vous êtes perdu. Sans l’histoire, n’importe qui avec un peu d’autorité peut se tenir devant un micro et vous dire: “Nous devons envahir ce pays pour telle et telle raison, pour la liberté, la démocratie, la menace à notre sécurité.” N’importe qui peut se mettre devant un micro et vous dire ce qu’il/elle veut et si vous ne connaissez rien de l’histoire, vous n’avez aucun moyen de vous référer à quelque chose de tangible.

[…]

Un jour j’étais dans une salle de classe pour enseigner l’histoire à une classe d’honoraires, il y avait environ une centaine d’élèves dans l’amphithéâtre et j’ai demandé: “Qui d’entre vous a déjà entendu parler du massacre de Ludlow ?… Du massacre de My Lai ?” Si je n’avais demandé qu’à propos de Ludlow, encore… Ok, oublions cela, mais My Lai ? Qui est bien plus récent, durant la guerre du Vietnam… Pas une seule main ne s’est levée. Non, cette sorte d’histoire n’est pas enseignée…

Il y a de plus un autre obstacle à notre enseignement, à notre compréhension, quelque chose dont nos écoles maternelles sont déjà emplies. L’idée que nous somme les meilleurs, que nous sommes les numéros 1 dans le monde, que nous sommes les meilleurs. Dans le language des scientifiques sociaux, cela s’appelle l’exceptionnalisme américain. Nous sommes l’exception de tout ce qui pollue les autres pays. Nous sommes les gentils du monde. Nous les sommes les boy scouts du monde. Nous aidons les autres pays à traverser la rue… Cette idée d’exceptionnalisme a commencé avec les puritains de la Nouvelle-Angleterre. Nous sommes la “cité sur la colline” etc, etc…

Un autre obstacle à une bonne compréhension et à l’activisme, l’idée aussi très engoncée dans notre culture, que nous les Américains avons tous un intérêt commun et une histoire commune ; que nous avons tous combattu dans une révolution contre l’Angleterre etc… que les pères fondateurs nous représentent tous et toutes. Cette idée que nous sommes une seule et même famille et que nous avons tous les mêmes intérêts.

Que dire du patriotisme ?, quand vous commencez à parler, à critiquer ce que fait le gouvernement et que vous commencez à être sceptique, on vous accuse de ne pas être patriote. Voilà un autre obstacle à surmonter. Le patriotisme ne veut pas dire soutenir le gouvernement. Le patriotisme veut dire soutenir les principes pour lesquels le gouvernement est supposé lutter. Lisez la déclaration d’indépendance. Elle vous dit que les gouvernements sont des entités artificielles. Ils sont créés par le peuple pour qu’il s’assure de certaines choses comme  un droit égal à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur (NdT: qui a depuis été remplacé par “droit égal à la vie, à la liberté et à la propriété”, cela en dit suffisamment long sur les intentions…) et d’après la Déclaration, lorsque le gouvernement devient destructeur de ces buts, et je cite le texte: “c’est le droit du peuple d’altérer ou d’abolir le gouvernement”. La Déclaration d’Indépendance est un document patriotique (NdT: comme l’était en France la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1793, qui comportait un article 35 similaire à celui de la déclaration américaine concernant “le droit et le plus fondamental des devoirs” qu’est l’insurrection du peuple devant un gouvernement qui usurpe et abuse l’autorité…)

Dois-je vraiment parler du terrorisme ? Non. Vous savez tous ce qu’est le terrorisme. Vous savez que c’est une escroquerie. Comment pouvez-vous avoir une “guerre contre le terrorisme” ? La guerre c’est du terrorisme ! Cela devrait être clair et entendu depuis longtemps. Le 11 Septembre, Al Qaïda, Oussama Ben Laden, quelque part en Afghanistan… Tout cela est une escroquerie absolue. Rappelez-vous toujours que les gouvernements sont capables de bien plus de terrorisme que tous les IRA, Al Qaïda et OLP réunis.

[…]

Il y a eu plusieurs mois superbes lors de la Commune de Paris en 1871 où la démocratie a régné. Mais ils avaient besoin du soutien de la paysannerie dans les campagnes, parce qu’elle représentait toujours l’essentiel de la population. Ils venaient juste d’inventer les ballons à air, alors ils envoyèrent un ballon au dessus de la campagne et ils y larguèrent des tracts, des pamphlets, pour tous les paysans de France. Ces tracts avaient un seul slogan: “Nos intérêts sont les mêmes”. Voilà l’idée que nous devons diffuser autour du monde ; aux gens d’autres pays, aux peuples d’autres races en Afrique, en Asie.

Nos intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des leaders politiques, des industriels, mais les intérêts des peuples sont convergents et nous allons finir par agir de la sorte.

Les dirigeants dépendent de notre obéissance, lorsque nous leur retirons cette obéissance, leur pouvoir disparaît. Il est très important que nous ayons toujours cela présent à l’esprit. Il est très important de nous rappeler que chaque petite chose que nous faisons aide. Nous n’avons pas à faire tous des choses héroïques. Tout ce que nous avons à faire, ce sont les petites choses et à un certain moment de l’histoire, des millions de petites choses s’assemblent et un grand changement se produit.

[…]

= * = * =

Source:

Arnove Anthony, “Howard Zinn Speaks”, Haymarket Books, 2012, ch.15, pp 207-223

 

 

Résistance politique et désobéissance civile: Guerre juste… vraiment ? (Howard Zinn)

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Extraits de deux discours d’Howard Zinn: “Juste guerre” donné à Rome en Italie en Juin 2005 et “Surmonter les obstacles”, donné à l’université du Colorado en novembre 2006

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Janvier 2014 ~

 

1ère partie

 

Guerre juste

Howard Zinn

(larges extraits du discours fait à Rome le 23 juin 2005)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Décembre 2013 ~

 

[…] Je viens d’un pays qui est en guerre et qui l’a pratiquement toujours été depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les Etats-Unis n’ont pas été envahis depuis près de 200 ans, pas depuis la guerre de 1812, mais ils ont envahi d’autres pays encore et toujours, tout comme ils continuent de le faire à présent en Irak et pour cela je me sens particulièrement honteux.

[…]

Nous devons reconnaître le fait que nous ne pouvons pas dépendre des gouvernements du monde pour abolir la guerre, parce que ceux-ci ainsi que les intérêts économiques qu’ils représentent bénéficient grandement de la guerre. Donc, nous, les peuples du monde, devons relever ce défi et bien que nous ne commandons pas d’armées, que nous n’ayons pas de grands trésors de richesses, il y a néanmoins un fait crucial qui nous donne un grand pouvoir: les gouvernements du monde ne peuvent pas s’engager dans la guerre sans la participation des peuples. Albert Einstein avait compris ce simple fait. Horrifié par le carnage de la première guerre mondiale durant laquelle dix millions de personnes moururent sur les champs de batailles d’Europe, Einstein avait dit: “Les guerres s’arrêteront lorsque les hommes refuseront de se battre.”

Ceci est notre défi, d’amener le monde à un point où les hommes refuseront de se battre et les gouvernements seront sans pouvoir à mener les guerres. Est-ce utopique ? Impossible ? Seulement un rêve ?

Les hommes entrent-ils en guerre parce que c’est dans leur nature ? Si c’est le cas alors ceci devrait être considéré comme impossible, impossible d’arrêter les guerres. Mais le fait est qu’il n’y a aucune évidence que ce soit biologique, psychologique ou anthropologique d’un instinct naturel de l’Homme pour la guerre. Si cele était du reste le cas, nous trouverions des évidences de poussées spontanées des gens , des peuples pour se battre et entrer en guerre continuellement. Ce que nous trouvons en fait est quelque chose de bien différent: Nous trouvons que les gouvernements doivent déployer d’énormes efforts pour mobiliser des populations entières à la guerre. Ils doivent soudoyer les soldats avec des promesses de récompenses, d’argent, de terres, d’éducation et si ces incentifs ne marchent pas, alors le gouvernement fait usage de la coercition. Il établit la conscription des jeunes adultes, les force au service militaire, les menace de prison s’ils n’obéissent pas.

Mais l’arme principale du gouvernement pour lever ses armées est la propagande, l’idéologie. Il doit persuader les jeunes adultes et leurs familles que bien qu’ils puissent mourir à la guerre, qu’ils puissent y perdre bras et jambes, que ceci est un sacrifice pour le bien commun, pour une noble cause, pour la démocratie, pour la liberté, pour dieu, pour le pays.

Les croisés du Moyen-Age se battait pour le Christ. Les SS nazis avaient la phrase “Gott mit Uns” (”Dieu avec Nous”) gravée sur les boucles de leurs ceinturons et les lames de leurs dagues. Les jeunes Américains d’aujourd’hui répondront à la question du “pourquoi allez-vous en Irak?” par “j’ai une dette envers mon pays”. Dieu, liberté, démocratie, nation, ne sont que des exemples de ce que le grand romancier Kurt Vonnegut appelait “des leurres”, des abstractions, des termes dénués de sens qui ne nous apprennent rien au sujet de l’être humain.

L’idée que “nous devons quelque chose” à notre pays remonte à loin, à Platon, qui mît ces mots dans la bouche de Socrate, l’idée que le citoyen a une obligation envers l’État, que l’État doit être révéré plus que père et mère. Il dit: “Dans la guerre, comme au tribunal, comme partout, vous devez faire ce que votre État, votre pays, vous demande de faire, ou vous devez les persuader que ce qu’il vous demande est injuste.” Il n’y a aucune égalité ici: Le citoyen doit utiliser la persuasion, rien que cela. Par contre l’État lui, peut utiliser la force (NdT: de fait l’État a communément le monopole de la violence, le monopole de la coercition…).

L’idée même d’obéissance à l’État est le fondement même du totalitarisme et nous ne trouvons pas cela seulement avec Mussolini et Hitler, mais aussi avec Staline en URSS et aussi dans les soi-disantes démocraties occidentales comme les Etats-Unis.

Ici, chaque année, à la fin du mois de mai, nous célébrons le jour de la commémoration, qui est dédié à la mémoires de tous ceux et celles qui sont morts dans les guerres de la nation. C’est le jour où le clairon sonne, où on déploie les drapeaux et où vous entendez les politiciens nous gargariser du sempiternel: “Ils ont donné leurs vies pour le pays”. Il y a un double mensonge dans cette phrase.

D’abord, ceux qui sont morts n’ont pas “donné leurs vies”… Leurs vies ont été prises par les politiciens qui les ont envoyés à la guerre, les politiciens qui maintenant inclinent la tête le jour de la commémoration.

Secundo, ils n’ont pas “donné leurs vies” pour le pays, mais pour le gouvernement du moment, comme en ce moment celui de Bush/Cheney et Rumsfeld et leurs exécutifs des entreprises Halliburton et Bechtel, qui profitent tous financièrement et/ou politiquement, de l’action militaire qui a tuée plus de 1700 soldats américains et un nombre incalculable d’irakiens. Non, ils ne sont pas morts pour leur pays. Les gens ordinaires de ce pays ne retirent aucun bénéfice du sang versé en Irak.

Lorsque les Etats-Unis sont nés de la révolte contre le joug britannique, ils ont adopté une déclaration d’indépendance, qui édicte les principes fondamentaux de la démocratie, qu’il y a une différence entre le peuple, le pays d’un côté et le gouvernement de l’autre côté. Le gouvernement est une création artificielle, établi par le peuple pour défendre le droit égal de chacun à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur sur terre et quand le gouvernement ne remplit pas ou plus cette obligation, il est alors du droit du peuple, des propres mots de la déclaration d’indépendance, “de changer ou d’abolir” le gouvernement.

En d’autres termes, quand le gouvernement agit contre la vie, la liberté et la poursuite du bonheur, la désobéissance au gouvernement est un principe nécessaire de la démocratie. Si nous nous soucions de la démocratie, nous devons constamment rappeler à nos jeunes ce principe, spécifiquement lorsqu’on leur demande d’aller en guerre.

C’est un attribut des instincts naturels de l’Homme que de préserver la vie, que de se préoccuper des autres et les gouvernements doivent utiliser tous les pouvoirs à leurs disposition comme la corruption, la coercition, la propagande, pour vaincre ces instincts naturels et persuader une nation qu’elle doit aller en guerre.

[…]

Je suis moi-même devenu bombardier navigant d’un B-17 durant la seconde guerre mondiale et j’ai effectué des missions de combat au dessus du continent européen. J’ai largué des bombes sur Berlin et sur d’autres villes en Allemagne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et même sur une petite ville de l’Ouest de la France (Royan). Je n’ai à l’époque jamais rien questionné. Le fascisme devait être vaincu. J’ai effectué les toutes dernières missions de bombardement de la guerre, j’ai reçu mes médailles et ai été silencieusement fier de ma participation à la défaite du fascisme. Je n’avais aucun doute. C’était une guerre juste.

Après la guerre, j’ai emballé mes breloques, mes carnets de navigation dans un dossier sur lequel j’inscrivis en grandes lettres sans même y penser: “PLUS JAMAIS”. Je ne suis toujours pas sûr au jour d’aujourd’hui pourquoi j’ai fait cela, je suppose que je commencais inconsciemment ce que je fis plus tard consciemment: questionner les motifs, la conduite et les conséquences de cette croisade contre le fascisme…

Peut-étre que les doutes ont commencé durant mes missions de bombardement avec des conversations que j’avais eu avec un mitrailleur d’un autre équipage. A ma grande surprise, il parlait de cette guerre comme d’une guerre impérialiste, combattue de chaque côté pour la puissance nationale. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne s’opposaient au fascisme que parce qu’il avait menacé leur propre contrôle des ressources et des gens. Oui, Hitler était un dictateur psychopathe et un envahisseur d’autres pays, mais qu’en était-il de la Grande-Bretagne, de l’empire britannique et de sa longue histoire guerrière contre des peuples indigènes pour les soumettre au profit et à la gloire de l’Empire? Et l’URSS n’était-elle pas elle-même une dictature brutale qui n’était pas concernée par les classes travaillleuses du monde mais par son propre intérêt national ? Et quid de mon pays et de ses ambitions impérialistes en Amérique Latine et en Asie ? Les Etats-Unis étaient entrés en guerre non pas quand les Japonais avaient commis des atrocités en Chine, mais seulement quand le Japon avait attaqué Pearl Harbor à Hawaii, une colonie des Etats-Unis.

Ceci représentait des questions troublantes, mais je continuais mes missions de bombardement. Ironiquement, mon ami radical qui appelait cette guerre une guerre impérialiste fut tué au cours d’une mission au dessus de l’Allemagne dont son appareil ne revint pas et ce peu de temps après notre dernière conversation.

[…]

Quand vous larguez des bombes d’une altitude de 8km, vous ne voyez pas ce qu’il se passe en dessous. Vous n’entendez pas les cris (des civils), vous ne voyez pas de sang. Vous ne voyez pas les enfants déchiquettés par vos bombes. J’ai alors commencé à comprendre qu’en temps de guerre des atrocités sont commises des deux côtés, par des gens ordinaires, qui ne voient pas leurs victimes de près, ni même ne les voient comme êtres humains, mais ne les voient que comme “ennemis”, bien qu’ils ne soient peut-ietre âgés que de cinq ans.

Je pensais alors à un raid aérien auquel j’avais participé juste quelques semaines avant la fin de la guerre. A côté d’une petite ville de la côte atlantique française appelée Royan, se trouvait une garnison allemande. Ils ne faisaient plus rien, ils attendaient juste la fin de la guerre. Notre équipage et des milliers d’autres furent ordonnés de bombarder la zone de Royan et on nous a dit alors que nous allions utiliser un nouveau type de bombes appelées bombes à gel d’essence. C’était du napalm. Plusieurs milliers de personnes furent tuées, des soldats allemands certes, mais aussi des civils français et volant à haute altitude, je ne vis aucun être humain, aucun enfant brûlé par le napalm. La ville de Royan fut détruite. Je n’y ai pas pensé jusqu’à ce que j’ai lu plus tard au sujet des victimes d’Hiroshima et de Nagasaki. J’ai visité Royan, 20 ans après la guerre. Je fis quelques recherches et me rendis alors compte que ces milliers de personnes étaient mortes juste parce que quelqu’un voulait plus de médailles et d’honneur et que quelqu’un haut placé voulait tester le napalm sur de la chair humaine (NdT: comme ils ont voulu tester l’arme atomique sur des humains, tout en inspirant la peur de la destruction massive).

J’ai alors commencé à réfléchir sur les bombardements alliés des populations civiles durant la guerre. Nous avions été horrifiés lorsque les Italiens avaient bombardé Addis Abeba, lorsque les Allemands ont bombardé Coventry et Londres et Rotterdam. Mais quand les leaders alliés se sont recontrés en 1943 à Casablanca au Maroc, ils se sont mis d’accord sur de massifs raids aériens pour casser le moral du peuple allemand. Winston Churchill et ses conseillers, avec l’accord du commandement américain, décidèrent de bombarder les zones prolétaires urbaines allenmandes pour parvenir à la démoralisation du pays.

Ainsi commencèrent les campagnes de saturation par bombardements dont furent victimes les ville de Francfort, Cologne, Hambourg, tuant des dizaines de milliers de civils dans chaque ville en février 1945. Ce fut la terreur par les bombardements. L’aviation anglo-américaine attaqua la ville de Dresde durant un jour et une nuit sans discontinuer et quand la chaleur intense générée par les bombardements créa un vide, une tempête de feu gigantesque balaya la ville qui était pleine de réfugiés à ce moment là. Environ 100 000 civils furent tués, personne ne sait exactement.

J’ai étudié les circonstances des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki et en ait conclu, tout comme l’ont fait la plupart des universitaires sérieux qui ont étudiés ces incidents, que les excuses qui furent données pour justifier cette horreur étaient fausses. Ces deux bambardements atomiques n’étaient pas nécessaires pour abréger la guerre, parce que les Japonais cherchaient déjà à soumettre leur rédition. Il y avait une motivation politique pour commettre ce crime: Ils furent les premiers actes de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, qui utilisèrent quelques centaines de milliers de civils japonais comme cobayes. Avant même les attaques nucléaires d’Août 1945, il y eut au printemps 1945, l’attaque de nuit de la ville de Tokyo qui fut mise en flamme. Il n’y avait aucunes cibles déterminées, les bombardements firent peut-être quelques 100 000 morts, hommes, femmes et enfants.

J’en vins alors à la conclusion que la guerre, toutes les guerres, mêmes les soi-disantes “guerres justes”, corrompent tous ceux qui y participent, c’est un poison de l’esprit de tout côté. J’ai compris alors qu’il y avait un processus qui rendait de simples gens ordinaires comme moi et bien d’autres, tueurs décérébrés. Une décision est prise qu début de la guerre disant que votre côté est le bon et que l’autre côté est le mauvais et qu’une fois cette décision prise, vous n’avez plus à y réfléchir, quoi que vous fassiez, même les pires atrocités, est acceptable.

[…]

J’ai passé un peu de temps à parler de la seconde guerre mondiale parce qu’elle est l’exemple classique de ce qu’on appelle une guerre juste, une bonne guerre, une guerre humanitaire. J’insiste pour en parler parce que ses éléments immoraux n’ont pas été examinés et que si après examen nous trouvons des questions troublantes et dérangeantes au sujet de la meilleure des guerres, cette guerre la plus humanitaire de toutes les guerres, alors que pouvons nous dire pour justifier d’autres guerres ? […] L’idée d’une guerre juste, discréditée par la première guerre mondiale, a été ravivée par la seconde. Mais la Corée et le Vietnam ont une fois de plus donné une mauvaise réputation alors que toujours plus d’Américains se rendent compte qu’ils ont été trompés par le gouvernement et ont décidé qu’ils ne pouvaient plus justifier d’une guerre qui avait tuée plus de 58 000 Américains et des millions de Vietnamiens.

[…]

Les évènements du 11 septembre 2001, la destruction des tours jumelles de New York et la mort de près de 3000 personnes, ont donné au gouvernement Bush ce dont il avait besoin, une justification pour aller en guerre. Bush a annoncé de suite la “guerre contre le terrorisme” et ordonna immédiatement le bombardement de l’Afghanistan. La justification était qu’Oussama Ben Laden, considéré comme le responsable des attaques, y était abrité. On ne savait pas exactement où il se trouvait, mais le pays entier devint une cible. Bizarre façon de penser. Si vous savez qu’un criminel se cache dans un voisinage mais vous ne savez pas où, vous ordonnez la destruction de tout le voisinage…

Qu’est-ce qui pourrait être plus juste qu’une “guerre contre le terrorisme” ? Les horreurs du 11 septembre ont créé l’atmosphère propice aux Etats-Unis, celle de la peur. Ceci fut bien amplifié par les médias hystériques, qui empêchèrent les gens de réaliser la contradiction même de cette justification à la guerre: celle que la guerre elle-même est terrorisme. En fait, la guerre est la forme la plus ultime et achevée de terrorisme. Aucun groupe terroriste dans le monde ne peut avoir le pouvoir de destruction et la capacité de meurtre massif que celui des nations.

[Puis vint la guerre en Irak]… Le public américain a été tenu dans l’ignorance de ce que cette guerre a fait aux Irakiens. Peu de personnes savent que plus de 100 000 Irakiens sont morts dans cette guerre (NdT: discours fait en 2005). De temps en temps un flash de l’horreur transparaît dans les bulletins info.

[…]

De plus en plus d’Américains savent que le gouvernement Bush a menti et que ces mensonges sont exposés au grand jour, qu’il a menti au sujet de la connexion entre l’Irak et Al Qaïda, la couverture des plans secrets de Bush, avant le 11 septembre, de l’invasion de l’Irak. De plus en plus d’Américains sont au courant que l’Irak n’a pas seulement été envahi par des soldats américains mais pas des corporations, des entreprises américaines comme Halliburton, Bechtel, à qui on a rétrocédé des contrats de milliards de dollars pour soutenir l’occupation du pays. Les Américains comprennent que notre société est contrôlée par une classe de riches et que les guerres leurs ramènent de gros dividendes. Pendant la guerre du Vietnam, un des meilleurs posters du mouvement anti-guerre qui fut fait par un artiste connu disait ceci de manière clinique et cynique: “La guerre est bonne pour le business, investissez-y votre fils !”

[…]

Nous avons appris de l’Histoire et de son expérience que les gens peuvent changer dramatiquement leurs opinions s’ils ont une nouvelle information. Au début de la guerre du Vietnam 60% des Américains la soutenait. Quelques années plus tard, 60% s’opposaient à la guerre. La raison de ce renversement du tout au tout est que peu à peu la vérité a fini par faire surface… Les photos du massacre de My Lai où l’armée américaine massacra plus de 500 villageois pour la plupart des vieillards, des femmes et des enfants, firent leur apparition et la célèbre photo de la petite Vietnamienne courant nue sur la route, le corps brûlé au napalm.

Ceci nous suggère ce que nous devons faire si nous voulons nous débarrasser des guerres, pas seulement de celle en cours en Irak, mais de la guerre en général.. Nous devons, tous, devenir des enseignants, divulguer l’information. Nous devons mettre au grand jour les motifs et les buts des leaders politiques, mettre à jour leurs connexions avec la puissance entrepreneuriale de l’argent, dénoncer et montrer les bénéfices indécents qui sont faits de la mort et de la souffrance humaine. Nous devons enseigner l’histoire, parce que quand vous regardez l’histoire des guerres, vous voyez comment la guerre corrompt tous ceux qui sont impliqués, comment le soi-disant “bon côté” se comporte bientôt aussi mal que le soi-disant “mauvais côté” et comment tout ceci a été vérifié vrai depuis les guerres du Péloponèse à celles de nos jours…

Nous devons exposer une vision d’un monde différent, un monde duquel les frontières nationales seraient effacées et où nous serions une véritable grande famille, celle des Hommes, dans laquelle nous traiterions les enfants du monde comme nos propres enfants, ce qui voudra dire que nous ne pourrons plus jamais nous engager dans la guerre (NdT: Cette vision de Zinn est très proche du concept d’humanité reflété par les nations indiennes des Amériques)…

Il est toujours possible de faire de ce XXIème siècle un siècle bien différent du dernier, mais pour cela, nous devons tous jouer notre part.

=  *  =  *  =

Source:

Arnove Anthony, “Howard Zinn Speaks”, Haymarket Books, 2012, ch.14, pp 185-205

L’histoire contre l’histoire… Vérité contre propagande (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 29 novembre 2013 by Résistance 71

Howard Zinn sur Résistance 71

« Howard Zinn nous a rappelé que nous ne pouvons en aucun cas compter sur des élus ou leaders politiques, mais que nous devons au contraire nous fier à nos actions individuelles et collectives: les mouvements sociaux, la désobéissance civile, et les contestations politiques. Il nous rappelle que le changement ne se produit jamais en ligne droite, mais par à-coups avec des hauts et des bas, des virages et de grandes courbes et qu’il n’y a aucune garantie en histoire… L’esprit d’Howard Zinn est de penser par soi-même, d’agir par soi-même, de toujours défier et de questionner l’autorité, mais de le faire solidairement avec les autres. Comme il l’écrivit dans sa pièce de théâtre ‘Marx in Soho’: — Si vous devez enfreindre la loi, faites le avec deux mille personnes… et Mozart…’ –« 
~ Anthony Arnove, 2012 ~

 

L’importance de l’histoire

 

Howard Zinn

 

Extraits du discours de l’historien Howard Zinn “History Matters” en 2004 à Cambridge, Massassuchetts, compilés par Anthony Arnove dans son livre “Howard Zinn Speaks”, 2013 (p.161-174)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~ Novembre 2013 ~

 

… Je dis que l’histoire est utile. Je dis que si vous ne connaissez pas l’histoire, vous devenez la victime de quiconque vous dit quoi que ce soit aujourd’hui ou vous a dit hier, parce que si vous ne connaissez pas l’histoire, vous n’avez en fait aucun moyen de vérifier ce qui est dit dans les manchettes quotidiennes de la presse ou sur les déclarations quotidiennes de la Maison Blanche (NdT: Zinn est américain, il est bien évident que ceci s’applique à toute personne dans tout pays…). ainsi, n’importe qui ayant une quelconque autorité pourra vous dire quelque chose d’une voix autoritaire et on pourra vous le dire douze fois, sur douze chaînes de télévision ou de radio différentes et cela commencera à sembler être la vérité. A moins que vous ne puissiez vérifier certaines choses au moyen de l’histoire, vous serez enclin à croire ce qu’on vous dit parce que vous n’aurez aucun moyen de vérification. Donc je maintiens que l’histoire est utile afin de pouvoir vérifier quoi qu’on vous dise à quelque moment que ce soit du temps présent. Ceci ne veut pas dire que l’histoire puisse définitivement et de manière sûre vous dire quel jugement donner au sujet de ce qu’il s’est passé aujourd’hui, que ce soit au sujet du budget du gouvernement ou de la guerre en Irak. L’histoire ne peut pas vous donner des réponses claires et définitives à ces questions, parce qu’il y a toujours une possibilité qu’un évènement unique se produise et que quelque chose de différent se soit passé et pourtant l’histoire, en vous montrant certains traits évènementiels se produisant de manière persistante encore et toujours, même si elle ne peut pas vous donner des réponses définitives, peut néanmoins vous suggérer certains indices, peut vous en dire suffisamment pour vous faire rechercher plus avant sinon sur des certitudes mais du moins sur de fortes probabilités et ceci est très utile.

Donc, mon approche de l’histoire, celle de la regarder comme capable d’affronter les évènements contemporains est, je pense, probablement assez différente de l’approche traditionnelle des historiens professionnels en cela que l’approche de l’historien professionnel est généralement plus précautionneuse de ne pas interférer avec des problèmes politiques immédiats. Restons-en sécurité. S’occuper du passé est une activité sûre, sécure. Pratiquons une histoire sécure. Mon approche, et pas seulement la mienne mais sans doute celle des nouveaux historiens, peut-être des historiens qui furent affectés par les mouvements des années 1960 et qui observe l’histoire afin qu’elle leur serve de guide sérieux, mais mon approche et celle de ces historiens donc, vient je suppose des circonstances qui ont faites ma vie, mes propres expériences dans la mesure où je n’ai pas été un universitaire de A à Z jusqu’au moment où j’ai commencé à enseigner l’histoire. Je ne suis pas passé du bahut à l’université et d’un 3ème cycle à un 4ème (doctorat). Un paquet de choses me sont arrivées dans l’entre-fait. Il s’est passé plus de 10 ans entre le moment où j’ai terminé le Lycée et où je suis entré à l’université sous les auspices de la “GI bill” (NdT: la loi sur les anciens combattants qui donne à ceux qui le désirent une éducation universitaire après a voir servi un certain temps dans l’armée ou avoir participé à une guerre au sein de l’armée américaine) et au fil de ces 10 années, je pense que les expériences que j’ai vécues avant d’entrer à l’université à l’âge de 27 ans, m’ont donné une certaine approche éducative et sur la manière d’étudier l’histoire. Ces expériences personnelles m’ont incité en fait à vouloir apprendre l’histoire et ce, disons le de manière modeste… afin de changer le monde. Rien de plus que cela et puis non, ne soyons pas modeste là-dessus.

Que s’était-il donc passé ? Et bien après le secondaire et à l’âge de 18 ans, je suis parti travailler dans un chantier naval. J’y ai travaillé pendant 3 ans. J’ai grandi dans une famille ouvrière à New York. Mon père était garçon de café, un membre de Waiters’ Union Local 2 (syndicat). Puisque je suis ici avec des gens des syndicats, autant que je déballe toute mon expérience en la matière. Union Local 2 et ouvrier de chantier naval. Aucun des enfants avec lesquels j’ai grandi n’a été à l’université à l’âge de 18 ans. Tout le monde est parti travailler. Je suis parti travailler au chantier naval de la marine américaine à Brooklyn et suis devenu apprenti assembleur et j’ai rejoint un syndicat au nom à coucher dehors, l’IUMSWA, membre du syndicat du CIO.

[…] Puis vint la seconde guerre mondiale. J’aurai pu rester au chantier car j’avais une exemption. Je décidais au contraire de m’engager dans l’armée de l’air. J’étais persuadé que c’était une bonne guerre, celle de combattre le fascisme. Je suis devenu bombardier navigant. J’ai volé des missions de combat au dessus de l’Europe. Je suis revenu, me suis marié. Puis j’ai décidé de faire quelque chose qu’il se pourrait que j’aime bien. Je suis retourné à l’école sous la loi du GI bill of rights et décidais que j’étudierai l’histoire pour devenir enseignant.

Je vous raconte ces expériences personnelles parce que je pense que cela a façonné ma pensée à propos de l’histoire. Ma jeunesse à Brooklyn, avoir travaillé comme ouvrier, tout cela m’a donné une sorte de conscience de classe, une phrase qui n’est pas souvent utilisée aux Etats-Unis, parce qu’ici nous pensons généralement par notre éducation qu’il n’y a pas de société de classes. Que nous sommes une seule et grande famille heureuse et nous avons dans notre culture le langage qui accommode ce type de pensée. Ce type de langage qui tend à nous faire penser que “nous sommes tous logés à la même enseigne”. Il y a le drapeau, il y a l’Amérique. Nous prononçons tous le serment à la nation, nous chantons tous l’hymne national du “Star Spangled Banner” et le président nous explique que nous devons partir en guerre pour notre sécurité nationale. Ceci doit vouloir dire pour la sécurité de tout le monde hein ?.. Personne ne pose la question de savoir “pour la sécurité de qui ?…” Ou ils disent: “c’est pour la défense nationale” et personne ne demande: “la défense de qui ?” ou ils disent: “ceci est pour l’intérêt national” et toujours personne ne demande: “l’intérêt de quoi ?” Mais par contre à chaque fois que ces phrases sont prononcées, vous êtes supposés faire partie de cette grande entité dans laquelle tout le monde a le même intérêt. Vous et le président, moi et Bush, Exxon et moi, tous, nous avons le même intérêt. Vraiment ?

[…] J’ai donc grandi avec cette conscience de classe, ce qui veut dire que je suis parvenu assez tôt à la conclusion que non, nous n’avons pas les mêmes intérêts. Il y a des gens dans ce pays qui sont immensément riches et d’autres qui peinent à joindre les deux bouts et ces personnes n’ont pas les mêmes intérêts. Bien sûr, il y a une foule de gens au milieu, celle qu’on appelle la grande classe moyenne américaine et ces gens au milieu ne sont pas très riches, pas très pauvres non plus, mais ils sont très nerveux. Ils ne savent pas où ils en sont, ni où ils vont, ils ne savent pas s’ils montent ou bien s’ils descendent (NdT: Depuis 2008, ils savent qu’ils descendent à la vitesse “V”…), ils ne savent pas s’ils auront un boulot demain, ils ne savent pas s’ils seront plus riches demain ou s’ils descendront dans la précarité ; mais c’est une société de classes. J’en suis arrivé à cette conclusion inéluctable. Donc, quand j’ai commencé à étudier l’histoire, j’ai approché l’histoire des Etats-Unis sous l’angle de la conscience de classe.

Ainsi lorsque je lis le préambule célèbre de la constitution des Etats-Unis qui dit que “Nous, le peuple des Etats-Unis…” Est-ce que “Nous, le peuples des Etats-Unis…” nous sommes rassemblés à Philadelphie en 1787 pour établir la constitution ? Non, ce n’était pas “Nous, le peuple…” ; c’était 55 riches hommes blancs qui se sont rassemblés à Philadelphie pour écrire la constitution. J’étais, comme la plupart d’entre nous, en admiration béate devant la Constitution. La constitution, le document sacré…

[…] Pendant le bicentenaire de la constitution en 1987, il y a eu une voix de la dissidence parmi les chœurs d’Alleluias au sujet de la constitution. Cette voix était celle d’un juge noir de la cour suprême des Etats-Unis: Thurgood Marshall. Il fit un discours cette année là où il disait: “Pourquoi tout le monde est-il si excité au sujet de la constitution ? La constitution des Etats-Unis d’Amérique a légitimisé l’esclavage.” La constitution déclara qu’un esclave noir équivalait aux 3/5 d’un être humain. La constitution déclarait que les esclaves qui échappaient à leurs maîtres devraient leur être ramenés, une provision de la constitution qui fut ensuite renforcée par la loi sur les esclaves fugitifs de 1850. Tout ceci est historiquement vrai. Cette déification de la constitution est toujours valide de nos jours.

Puis j’ai lu un livre écrit par un nommé Charles Beard dont le nom n’est pas très connu, mais il était une sorte d’historien connu dans les années 1930. Il écrivit un livre intitulé: “An Economic Interpretation of the Constitution”. Ce qu’il fît fut d’examiner les 55 hommes qui se rendirent à Philadelphie pour y écrire la constitution et il examina leurs intérêts économiques et leurs vues politiques. Il trouva que ces personnes étaient toutes, presque toutes, très riches, peut-être l’une d’entre elles ne l’était pas, ils étaient propriétaires d’esclaves, ils étaient des actionnaires et détenteurs de bons du trésor, ils étaient marchants, ils étaient des spéculateurs terriens. Ils n’étaient pas “Nous, le peuple des Etats-Unis…” et ils écrivirent une constitution afin de cadrer et de préserver leurs propres intérêts. Ceci est une vision très importante, parce que ce que Beard disait et qui est toujours de première valeur aujourd’hui est ceci : derrière les actes politiques, recherchez les intérêts économiques.

[…] Derrière la politique se trouve l’économique (NdT: en fait dans l’ère moderne, le politique a été acheté par les intérêts économiques transnationaux. Il n’est plus un secret pour personne que la famille Bush fait partie du cartel pétrolier et qu’Obama est un représentant de Goldman Sachs et d’une bonne partie de Wall Street…). Et ce n’est pas seulement l’économique, c’est plus compliqué que cela, mais l’économique est un facteur très très puissant. Donc Beard regarda les intérêts économiques et il vit en fait, qu’ils avaient mis en place… Quoi donc ? Je me rappelle être à l’école et apprendre au sujet de la constitution et apprenant que ceci était une très bonne chose. Avant la constitution, nous avions des articles de confédération. C’était le traitement historique, vous vous en rappelez sûrement de vos livres d’histoire d’école. Il y avait les articles de la confédération (des états). Après la guerre révolutionnaire, les treize colonies n’étaient pas vraiment unifiées, elles furent mollement unifiées sous les articles de la confédération. Mais maintenant nous avions la constitution, qui nous donna un pays, qui nous unifia et qui créa un gouvernement central très fort. Vrai. Il n’y a aucun doute là-dessus: la constitution a créé un très fort gouvernement central. Mais il est très important de regarder au-delà de cela et d’en comprendre les motifs, de regarder les motifs de classe derrière ceci. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de faire un petit retour en arrière avant la guerre révolutionnaire et la constitution. C’est ce que les historiens font, ils retournent en arrière, c’est une maladie, mais j’affirme que c’est important pour comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui.

Il est intéressant de regarder l’année 1786, qui est l’année juste avant la constitution, parce que ce fut l’année où prit place un phénomène important dans l’ouest du Massassuchetts, que certains d’entre vous pourront reconnaître car c’est souvent dans les questionnaires multi-choix des examens… Il s’agit de la rébellion de Shays. Souvent les gens disent “ah oui, je me rappelle, examen trucmuche à trois-choix, section B, la rebellion de Shays”. Parfois vous apprenez même un petit quelque chose à son sujet, que ce fut une rebellion de fermiers dans l’ouest du Massassuchetts à laquelle participèrent beaucoup d’anciens combattants de la guerre révolutionnaire d’indépendance, qui revinrent de la guerre pour se rendre compte, et ceci est une procédure standard pour tous les combattants retournant de toutes les guerres, qu’ils ne reçurent point ce qu’on leur avait promis, qu’ils s’étaient battus pour la liberté, l’égalité et le droit de poursuivre le bonheur dans une société nouvelle, mais ceci n’avait pas vraiment fonctionné pour eux et ils se rendaient compte qu’ils n’étaient pas du tout traités en égaux. Ils se rendirent vite compte qu’ils avaient certes leur petit lopin de terre mais que celui-ci était soumis à lourd impôt et qu’ils ne pouvaient plus payer ces taxes à n’en plus finir. Donc les tribunaux saisissaient et vendaient aux enchères leurs biens et troupeaux, ainsi ils décidèrent d’organiser une rebellion sous le commandement d’un des capitaines qui avait servi lors de la guerre d’indépendance: Daniel Shays. Ainsi, des milliers de fermiers se rassemblèrent autour des tribunaux de l’état à Springfield, Amherst et Great Barrington, ils encerclèrent les tribunaux et empêchèrent les enchères de s’y dérouler. A un moment donné, le sheriff local en appela à la milice locale, qui vint et 1000 miliciens firent face à 5000 fermiers ; le juge sortit de son tribunal, évalua la situation et dit, ceci s’est passé au moins une fois: “Votons, laissons la milice voter et décider ce qu’elle veut faire. Combien de miliciens sont-ils en faveur des fermiers et combien sont en faveur de l’état ?” La vaste majorité des miliciens se tint aux côtés des fermiers. Ce fut la fin de la procédure. Mais la rebellion continua et finalement une armée fut appelée pour écraser la rebellion.

Pourquoi fais-je état de tout ceci ? Dans nos classes d’histoire, d’histoire traditionnelle, personne ne fait la connexion entre la rebellion de Shays et la constitution alors même que la rebellion se produisit une année seulement avant la proclamation de la constitution. Il y a pourtant une importante connexion entre les deux évènements, car après la rebellion de Shays, des messages furent échangés au sujet de la rebellion parmi les élites des colonies et surtout parmi les puissants de ces colonies. Thomas Jefferson était en Europe à cette époque, à Paris, et il en entendit parler. Il répondit: “Ne vous inquiétez pas. Une petite rebellion de temps en temps est sain.”  Mais il était là-bas. Ces gens étaient ici, ils devaient y faire face et risquer plus de rebellion. Un de ces messages fut du général Knox, un des aides de camp de Washington durant la guerre d’indépendance. Knox avait formé une organisation d’anciens combattants appelée “L’ordre de Cincinnati”. C’était une version primitive de l’American Legion (NdT: Association nationale des anciens combattants), mais ce n’était bien sûr pas une association d’hommes du rang, mais une congrégation de colonels et de généraux. Knox écrivit à Washington, j’ai la citation exacte quelque part dans mes notes, mais vous devrez ici, me croire sur parole, voici ce qu’il dit en substance: “Cher George, Je ne sais pas exactement comment le dire, ces gens qui se sont rebellés dans l’ouest du Massachussetts, ils pensent que parce qu’ils se sont battus dans la guerre d’indépendance, ils ont droit à une part égale de la richesse de ce pays. Non. On doit faire quelque chose.”

L’idée de la constitution fut de mettre en place un gouvernement qui serait capable de s’occuper des rebellions des pauvres, qui serait capable de s’occuper des révoltes d’esclaves, qui serait capable de s’engoufrer à l’Ouest et de gérer ces Indiens qui ne voulaient pas que des blancs s’installent sur leurs territoires. L’idée en d’autres termes, était de créer un gouvernement suffisamment fort pour protéger les intérêts des expansionnistes territoriaux, des esclavagistes, des marchands, des actionnaires de sociétés. Voilà ce qu’était l’idée. C’était une décision de classe menant à un document de classe. Je parle de ceci parce que ceci est l’histoire des Etats-Unis. Derrière les lois, depuis la constitution, derrière toute législation passée par le congrès toutes ces années passées, il y a un intérêt de classe, et quasiment toujours l’intérêt de la classe des riches et puissants. Je dis presque toujours, parce qu’il y a eu des époques dans l’histoire américaine où le congrès a passé des lois qui ont été au bénéfice du petit peuple. Ceci s’est produit à quelques reprises, mais à chaque fois après de gros tumultes sociaux et des rebellions aux Etats-Unis…

[…] En général, l’histoire de la législation, depuis les tous premiers programmes économiques d’Alexander Hamilton au premier congrès des Etats-Unis bénéficiant les détenteurs de bons du trésor et privilégiant la lourde imposition des fermiers, jusqu’aux retenues d’argent pour les pénuries pétrolières en passant par les exonérations massives d’impôts pour les grandes entreprises attribuées de nos jours, l’histoire n’a été qu’au sujet des intérêts de classe des gens aux pouvoirs s’exprimant au travers des législations. Il est très important de savoir cela, autrement vous ne pouvez approcher tout nouveau développment politique que comme s’il n’y avait aucun antécédent historique lui étant attaché, comme s’il n’y avait pas un certain schéma, une certaine programmation derrière tout cela. Le budget fédéral des Etats-Unis est un document de classe, celui-ci le plus récent, encore plus crasse que tous les précédents. Il est important de le savoir. Il est important de toujours demander lorsque vous discutez de politique ou de tel ou tel politicien(ne): “Quels sont les intérêts économiques derrière ces personnes ? Combien d’entre eux sont vraiment sensibles aux besoins des gens de la rue, des ouvriers, des simples citoyens et combien s’en fichent ?”

Alors quand j’ai commencé à écrire sur l’histoire, oui, la conscience de classe a prévalu sur ma façon de l’écrire. Je n’allais pas simplement écrire au sujet du miracle économique des Etats-Unis, qui me fut présenté au Lycée. Waouh ! Que nous étions fiers en classe d’apprendre que l’Amérique devint ce géant économique après la guerre civile. Les chemins de fer sillonnaient le pays d’Est en Ouest, les fonderies tournaient à plein régime, le PNB augmentait dramatiquement, même s’ils n’utilisaient pas ce terme à l’époque. C’était l’idée. Je me rappelle m’être senti bien après avoir appris  tous ces chiffres. Je n’ai jamais su, tant que je suis resté à l’école ou université, tant que je n’ai pas fait de lectures par moi-même, au sujet des luttes politiques et sociales, de la classe ouvrière, qui n’était plus dans mon université et ce jusqu’au doctorat à Colombia University n’ai-je appris au sujet de la classe ouvrière. J’ai dû apprendre tout cela par moi-même. J’ai dû lire par moi-même au sujet des grandes grèves dans les chemins de fer de 1877 et de la grande grève du textile de Lawrence en 1912 et le massacre de Ludlow dans le Colorado en 1914, tout ceci n’apparaissait nullement dans mes cours d’histoire universitaires.

Alors j’ai voulu raconter l’histoire du miracle économique américain du point de vue de ceux qui travaillaient dans les rafineries des Rockefellers, des immigrants chinois et irlandais, qui travaillèrent sur les voies de chemin de fer transcontinentales, qui sont toujours présentées comme de merveilleuses choses. Mais personne ne m’a jamais appris au sujet de ces dizaines de milliers d’immigrants chinois et irlandais qui y moururent de maladies, d’épuisement, de coups de chaleur, de froid ni de toutes ces petites filles qui allèrent travailler dans les usines textiles de la Nouvelle Angleterre dès l’âge de 12 ans pour en mourir à 25. On ne m’a pas enseigné au sujet des maladies pulmonaires, des règlementations minières ridicules.

Alors j’ai voulu regarder l’histoire économique d’un point de vue différent, celui des ouvriers et dire l’histoire de leurs luttes et de la résistance qu’ils firent dans les grèves, boycotts et de la façon dont les gens faisaient face au sheriffs, à la garde nationale, parce qu’autrement, si vous ne savez rien de tout cela, vous continuez à penser que la journée de travail de huit heures est venue simplement parce que le congrès passa une loi en 1938, c’est l’histoire standard. On fait penser aux gens que Oh, ceci s’est produit parce que le congrès a soudain eu l’illumination et qu’il a pensé: “nous devons aider ces pauvres gens”, Non. Les réformes ne viennent qu’après des décennies d’âpres luttes sociales. Les huit heures par jour sont le résultat de luttes et de grèves qui ont commencées dès 1886. Alors oui, les intérêts de classes ont dominé l’histoire que je voulais raconter.

[…] Mais ensuite, et je n’ai pas commencé à penser à cela avant mon retour de la seconde guerre mondiale, j’ai commencé à penser aux complications qui accompagnent une soi-disant “guerre juste et bonne”, du fait que dans cette “juste guerre” nous avons nous-mêmes commis des atrocités. Bien sûr les Allemands avaient commis de grandes atrocités eux-mêmes culminant avec l’holocauste. Mais nous en avions également commis. Nous, qui avions dénoncés les Allemands pour avoir bombardé des civils au début de la guerre. C’est horrible, barbare, imaginez lâcher des bombes sur des villes remplies de civils. Les Allemands l’ont fait sur Coventry et sur Rotterdam. Des milliers de civils sont morts à Rotterdam, mais alors que la guerre continuait, nous avons bombardé des civils et ce de manière tout à fait délibérée. Ne laissez jamais quelqu’un vous dire: “Mais nous ne bombarderions jamais volontairement des civils”. Ceci est un non sens total. Bombarder délibérément. Parce que ce que vous voulez faire dans une guerre c’est de démoraliser l’ennemi. Comment faire ? Vous tuez le plus de personnes possible et il importe peu qui elles sont. Ceci fut une décision délibérée du conseil de guerre de Churchill et fut approuvé par les Américains, de bombarder la population ouvrière d’Allemagne dans ses villes. Comme à Dresde. On ne sait pas combien de civils sont morts cette nuit là à Dresde ? 50 000 ? 100 000 ? 150 000 ? Personne ne sait. Lisez Kurt Vonnegut et son livre “Slaughterhouse Five”, un livre fascinant, un roman basé sur sa propre expérience de prisonnier de guerre à Dresde à cette époque et dans d’autres villes. 30 000 civils tués par nuit à Hambourg, Francfort, Tokyo au printemps de 1945… Une nuit de bombardement incendiaire de Tokyo. 100 000 civils moururent en une nuit à Tokyo. Si vous regardez ce documentaire “The Fog of War” au sujet de McNamara au Vietnam, vous y verrez McNamara dire: “Et bien si nous avions perdu la guerre, nous aurions pu être condamnés pour crimes de guerre, comme criminels de guerre à cause de cela.” Qu’est-ce que tu veux dire “si nous avions perdu la guerre” ? Tu veux dire que si tu gagnes la guerre cela change la nature de tes actes ? Si vous tuez 100 000 innocents et que vous perdez la guerre vous êtes des criminels de guerre, mais si vous gagnez alors tout va bien ? Intéressante façon de penser pour le moins. Et bien sûr, Hiroshima et Nagasaki. On peut avoir une discussion à ce sujet car la vaste majorité des Américains pensent que cela était nécessaire afin de gagner la guerre plus vite face au Japon. J’ai fait beaucoup de recherche là-dessus, beaucoup de gens aussi ont étudié cela en détail…

Je suis arrivé à la conclusion que la guerre, comme moyen de faire quelque chose, implique de manière évidente à notre époque plus que jamais avec la technologie moderne de faire la guerre, le meurtre d’innocents à une échelle gigantesque. Ceci est une certitude en matière de guerre. Ce qui est incertain en revanche, est le résultat, la fin. Vous ne savez pas vraiment ce qu’il va se passer. Vous pouvez constater un résultat immédiat comme par exemple Hitler, Mussoloni ne sont plus là, mais vous ne savez pas vraiment ce qu’il va se passer après. Après plus de 50 millions de morts durant la seconde guerre mondiale, avons-nous eu un monde pacifique après cela ? Oh, la guerre qui finira toutes les guerres ? Non, en fait, j’ai regardé le monde depuis la fin de la guerre et qu’ai-je vu ? On appelle cela du fascisme. Quelque soit le mot que vous utilisez, ce que j’ai vu n’est pas un monde, bien que nous ayons été libérés des Hitler, Mussolini et consorts, mais nous ne fûmes pas libérés du fascisme, pas libérés des dictatures, pas libérés de la pauvreté, de la misère, des riches contrôlant les ressources du monde, d’une guerre après une autre guerre après une autre qui en suivait une autre. Et celle là avait été la “bonne et juste guerre” ? Cela m’a fait réfléchir et m’a fait analyser très attentivement les guerres qui suivirent. Ainsi lorsque vint la guerre du Vietnam, les guerres se produisent accidentellement comme tout à chacun le sait bien sûr, j’étais étudiant en histoire de la politique étrangère américaine. Je connaissais l’histoire de la guerre contre le Mexique et je connaissais très bien l’histoire de nos guerres avec les Indiens autochtones et je connaissais également l’histoire de la guerre américano-espagnole et de celle contre les Philippines et l’incusrson des Marines en Amérique Centrale. Personne ne pouvait me dire lorsque la guerre du Vietnam commença, que les Etats-Unis voulaient juste amener la démocratie et la liberté au peuple vietnamien. Cela a pris quelques années pour le peuple américain pour comprendre que non, ce n’était pas ce qu’ils disaient que c’était.

Maintenant avec la guerre d’Irak, si vous ne connaissiez pas l’histoire, vous pourriez bien croire le président qui a dit: “Armes de destruction massive, menace imminente contre la nation, terrorisme. Nous devons faire cela, nous n’avons aucun autre motif. Non, non, non ce n’est pas le pétrole, non. Nous voulons juste établir la démocratie en Irak. Nous voulons renverser le régime comme cela nous aurons un bon régime en place en Irak.” Si vous connaissiez l’histoire des Etats-Unis lorsqu’on parle de changement de régime, vous sauriez combien de régimes nous avons renversé démocratiques ou non, et vous sauriez combien de fois les Etats-Unis ont renversé des régimes politiques démocratiquement élus et l’ont changé en dictature locale. Regardez l’Iran en 1953, le Guatémala en 1954, le Chili en 1973. Ainsi en ce qui concerne la guerre d’Irak, l’histoire fut très importante pour moi afin de comprendre les motifs et être capable d’examiner les affirmations du gouvernement américain contre ce que je pense être les réalités en ce qui concerne l’Irak.

Je rajouterai une chose: Lorsque j’ai étudié l’histoire puis terminé mon doctorat (Ph.D) et que j’ai eu mon premier travail d’enseignant, ce fut à Atlanta en Georgie dans un collège (université) pour femmes noires, le Spelman College d’Atlanta et ma famille et moi-même y vécurent de 1956 à 1963. Je me suis impliqué dans le mouvement des droits civiques des noirs parce que mes élèves y étaient impliquées et je ne pouvais pas donner des cours de droits constitutionnels, de liberté et de démocratie et rester dans ma salle de classe pendant que mes élèves étaient dehors à manifester, se retrouvaient en prison etc.

[…] Une chose que j’ai apprise est que quand des injustices fondamentales doivent être corrigées dans ce pays (NdT: et partout ailleurs du reste…), elles ne le sont jamais de l’initiative du gouvernement, elles sont corrigées par l’initiative des citoyens, du peuple qui se rassemblent, qui s’organisent, qui prennent des risques, qui créent une situation telle que le gouvernement doit finalement faire quelque chose. C’est ce qu’il s’est produit avec le mouvement des droits civiques dans les états du sud des Etats-Unis. Le gouvernement fédéral n’allait pas appliquer les 14ème et 15ème amendements de la constitution. Pendant près d’un siècle aucun président n’a fait appliquer le 14ème et le 15ème amendements de la constitution. Chaque président des Etats-Unis pendant près de 100 ans a parjuré son serment de prise de fonction. Démocrate ou républicain, aucune importance. Tout le monde s’est parjuré de son serment de prise de fonction, parce qu’aucun n’a appliqué la constitution. Seulement lorsque les noirs ont pris les rues et ont manifesté et furent maltraités, battus, emprisonnés, certains furent même tués, alors seulement a t’on vu une commotion aux niveaux national et international, alors seulement le gouvernement a commencé à agir.

Alors j’ai appris quelque chose, quelque chose que les ouvriers participant aux luttes sociales ont appris il y a longtemps: Si vous voulez que quelque chose soit fait, vous ne pouvez pas vous fier à la politique, aux politiciens, vous ne pouvez pas vous fier au vote pour untel ou untel et penser que cela ira. Non. Ultimement, si vous voulez changer les choses socialement et politiquement, cela doit être fait au travers d’un mouvement citoyen. C’est çà la démocratie. C’est à ce moment là seulement que la démocratie vit !

Merci de votre attention.

(Longue acclamation debout de l’audience)

Le rôle de l’histoire dans la résistance politique… et inversement… (Howard Zinn)

Posted in actualité, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , on 22 juillet 2013 by Résistance 71

“Si la démocratie avait un sens, si elle devait aller au delà des limites du capitalisme et du nationalisme, ce ne viendrait pas, si l’histoire nous sert de guide, d’en haut. Cela viendrait des mouvements citoyens, éduquant, organisant, agitant, faisant grève, boycottant, maifestant et menaçant ceux au pouvoir de déranger la stabilité dont ils ont besoin.”

* * *

“Si la période coloniale de notre histoire constitue notre naissance et notre enfance, nous ne sommes pas nés ‘libres’. Nous sommes nés au milieu de l’esclavage, du semi-esclavage, de la pauvreté, du monopole foncier, des privilèges de classe et des conflits de classe; ceci n’est même pas le dire le plus durement que nous le pourrions, car l’histoire a toujours été écrite par les classes moyennes et supérieures et n’a que très rarement été capable de capturer ne serait-ce qu’un flash de la misère réelle de la vie de la classe d’en bas.”

~ Howard Zinn ~

 

Postface “Une Histoire Populaire des Etats-Unis” (Extraits)

 

Howard Zinn

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 depuis l’édition américaine de 2005 ~

 

[…] Lorsque je me suis mis à écrire ce livre, j’enseignais l’histoire et ce qui est pompeusement appelé la “science politique” depuis plus de vingt ans. La moitié de ce temps, j’ai été impliqué dans le mouvement des droits civiques dans le Sud (durant mon temps d’enseignement au Spelman College d’Atlanta en Georgie) ; puis il y a eu dix ans d’activisme contre la guerre du Vietnam. Ces expériences ne furent pas vraiment une recette pour la neutralité quant à l’écriture et l’enseignement de l’histoire.

Mais mon parti-pris a sans aucun doute été façonné bien plus tôt, par mon environnement familial, celui d’une famille ouvrière immigrante à New York, par mes trois années de travail comme ouvrier de chantier naval et par mes fonctions de guerre dans l’US Air Force sur le théâtre des opérations européen durant la seconde guerre mondiale, où je fus personnel navigant de bombardier. Ceci se passa avant que je fasse mes études universitaires sous la loi du GI bill of rights et que je commence à étudier l’histoire.

Dès le moment où j’ai commencé à enseigner et à écrire, je n’avais aucune illusion quant à “l’objectivité”, si cela voulait dire éviter un point de vue. Je savais qu’un historien (ou un journaliste, ou quiconque racontant une histoire) était forcé de choisir parmi un nombre infini de faits, ce qu’il devait présenter, ce qu’il devait omettre et que cette décision inévitablement reflèterait, consciemment ou non, les intérêts de l’historien.

[…]

Il n’y a pas quelque chose qu’on peut qualifier de fait pur, qui n’est pas sujet à interprétation. Derrière chaque fait présenté au monde par un enseignant, un écrivain, quiconque, il y a un jugement, une opinion. Le jugement qui a été passé en l’occurence est que ce fait est important et que d’autres, omis, ne le sont pas.

Il y avait des thèmes d’importance profonde pour moi que je ne trouvais pas dans les histoires orthodoxes qui dominaient la culture américaine. La conséquence de ces omissions n’a pas été simplement de nous donner une vue tronquée du passé, mais ce qui est plus important, de nous induire totalement en erreur au sujet du présent.

Par exemple, il y a le problème de classes. Il est prétendu, comme dans le préambule de la Constitution, que c’est “Nous, le peuple”, qui avons écrit ce document, plutôt que cinquante-cinq hommes blancs privilégiés dont les intérêts de classe demandaient un gouvernement fort et centralisé. Cette utilisation du gouvernement pour des objectifs de classe, pour servir les riches et les puissants, a continué tout au long de l’histoire américaine, jusqu’à ce jour. Ceci est travesti par un langage qui suggère que nous tous, riches et pauvres et classe moyenne, avons un intérêt commun.

[…]

Lorsque le président déclare joyeusement que “notre économie est forte et en bonne santé”, il ne reconnaîtra pas le fait que cela n’est pas vrai pour 40 ou 50 millions de personnes qui galèrent pour survivre, bien que cela soit modérément juste pour la classe moyenne et très juste pour le 1% des plus riches qui possèdent plus de 40% de la richesse de la nation.

Des étiquettes sont mises sur les périodes de notre histoire qui reflètent le bien-être d’une classe et ignore complètement le reste de la société. Quand j’ai étudié les archives du député Fiorello LaGuardia des années 1920 et qui représentait le district de East Harlem (New York), j’ai lu des lettres de femmes au foyer désespérées, leurs maris sans travail, leurs enfants affamés, incapables de payer leur loyer, et tout ceci dans la période dite de “L’âge du Jazz” ou des “rugissantes années vingt”.

Ce que nous apprenons du passé ne nous donne pas la vérité absolue sur le présent, mais cela peut nous inciter à scrutiniser plus avant les déclarations faites par les leaders politiques et les “experts” cités dans la presse.

L’intérêt de classe a toujours été masqué derrière le voile passe-partout de “l’intérêt national” ou de la “raison d’état”…

[…]

Y a t’il un “intérêt national” quand juste quelques personnes décident d’une guerre et qu’un grand nombre d’autres personnes, ici et à l’étranger, sont tués ou mutilés en résultat d’une telle décision ? Les citoyens ne devraient-ils pas demander dans l’intérêt de qui faisons-nous ce que nous faisons? Dès lors, pensais-je, pourquoi ne pas raconter les histoires des guerres non pas vues par les yeux des généraux et des diplomates, mais par ceux du simple soldat, des parents qui reçoivent le télégramme bordé de noir, et même de “l’ennemi”.

Ce qui me frappa le plus lorsque j’ai commencé à étudier l’histoire, c’est de constater comment la ferveur nationaliste, inculquée dès l’enfance par les serments d’allégeance, les hymnes nationaux, l’agitation de petits drapeaux et la propagande réthorique, avait envahi les systèmes éducatifs de tous les pays, incluant le notre. Je me demandais à quoi ressemblerait la politique étrangère des Etats-Unis si on éliminait les frontières dans le monde, du moins dans nos esprits et si nous pensions que chaque enfant quel qu’il soit, est le notre. On ne pourrait alors plus lâcher de bombe atomique sur Hiroshima ou de napalm sur le Vietnam, ou faire la guerre n’importe où, parce que les guerres, spécifiquement en notre époque, sont toujours des guerres contres les enfants, et en fait, nos enfants.

Et puis il y a, même si nous voudrions l’effacer, le problème irréductible des races. Cela ne m’est pas apparu de suite quand je me suis immergé dans l’histoire, de constater à quel point l’enseignement et l’écriture de l’histoire étaient détournés par l’escamotage des personnes non blanches. Oui, les Indiens étaient là, puis ils étaient partis. Les noirs étaient visibles comme esclaves, puis libres, sont devenus invisibles. C’était une histoire de l’homme blanc.

Du CP au Doctorat, il ne m’a été donné aucune indication que l’arrivée de Christophe Colomb dans le nouveau monde initia un génocide sans précédent, dans lequel la population indigène d’Espagnola (NdT: Aujourd’hui Haïti) fut annihilée.

[…]

Je fus invité en 1998 à faire un discours dans un symposium au Faneuil Hall historique de Boston au sujet du massacre. J’ai dit que je serai heureux de le faire aussi loin que je n’ai pas à parler du massacre. Mon discours ne fut pas au sujet du meurtre de cinq colons par les troupes anglaises en 1770; je pensais que je devais attirer l’attention sur quelque chose d’autre que ce qui avait servi de fonction patriotique pour plus de deux cents ans. Donc, je décidais de parler des massacres de gens qui n’étaient pas blancs et qui eurent lieu au cours de notre histoire, ce qui ne renforcerait pas le sentiment patriotique mais nous rappellerait la longue tradition et héritage de racisme dans notre pays, toujours couvant sous la braise et dont on doit faire attention.

Tous les élèves américains apprennent à l’école au sujet du massacre de Boston. Mais qui apprend du massacre de 600 hommes, femmes, enfants, vieillards de la tribu des Péquots en Nouvelle-Angleterre en 1637 ? Ou du massacre en pleine guerre de sécession de centaines de familles indiennes à Sand Creek, Colorado par l’armée américaine ? Ou de l’attaque par 200 cavaliers de la cavalerie US qui détruisit et massacra les occupants d’un village des Indiens Piegan dans le Montana en 1870 ?

Ce ne fut pas avant que je rejoigne la faculté du Spelman College d’Atlanta, une université pour jeunes femmes noires, que je commençais à lire les historiens afro-américains, qui n’apparurent jamais sur la liste des auteurs à lire lors de mes études doctorales, des auteurs tels W.E.B Du Bois, Rayford Logan, Lawrence Reddick, Horace Mann Bond ou John Hope Franklin. Nulle part dans mon éducation d’historien n’avais-je appris au sujet des massacres de noirs qui eurent lieu encore et toujours au cours de notre histoire, dans le silence retentissant d’un gouvernement national ayant juré sur la constitution de protéger les droits et l’égalité de tous.

Ce fut dans l’Est de St Louis en 1917 que se déroula une des émeutes raciales qui eurent lieu dans ce que les livres d’histoire blancs classifient de l’ère “progressiste”. Là, des travailleurs blancs, courroucés par la venue de travailleurs noirs, massacrèrent environ 200 personnes, provoquant un article de dénonciation retentissant de W.E.B Du Bois intitulé: “le massacre d’East St Louis” et qui fit dire à la célèbre artiste Joséphine Baker: “Rien que l’idée de l’Amérique me fait trembler de toute part et me donne des cauchemars.”

J’ai voulu, en écrivant ce livre, éveiller une plus grande conscience sur le conflit de classes, sur l’injustice raciale, sur l’inégalité des sexes et sur l’arrogance nationale.

[…]

Oui, nous avons dans ce pays, dominé par la richesse des corporations et la puissance militaire et deux partis politiques antiques, ce qu’un conservateur appeuré a qualifié de “culture antinomique permanente”, défiant le présent et demandant un nouveau futur.

C’est une course à laquelle nous pouvons tous choisir de participer ou de juste regarder. Mais nous devons savoir que notre choix aidera au résultat final.

Je pense à ces mots du poète Shelley, récités entre elles par des ouvrières du textile de New York au début du XXème siècle:

« Rise like lions after slumber / Lever vous comme les lions au sortir de leur torpeur

In unvanquishable number ! / En nombre invincible !

Shake your chains to earth, like dew / Telle la rosée, secouez vos chaînes au sol

Which in sleep had fallen on you / Qui sur vous sont tombées en votre sommeil

Ye are many; they are few ! / Vous êtes nombreux; ils sont peu ! »

 

=  =  =

 

Nous avons une question pertinente à poser, elle est la suivante:

 

OU EST LE HOWARD ZINN FRANCAIS ?…

Résistance politique et désobéissance civile: Howard Zinn et l’impossible neutralité de l’historien…

Posted in actualité, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 8 mai 2013 by Résistance 71

“L’impossible neutralité, autobiographie d’un historien militant” d’Howard Zinn ou la désobéissance civile comme espoir de changement

 

Toute la Culture

 

url de l’article :

http://toutelaculture.com/livres/limpossible-neutralite-autobiographie-dun-historien-militant-dhoward-zinn-la-desobeissance-civile-comme-espoir-de-changement/

 

 

Découverte au Salon du livre 2013, la maison d’édition Agone, créée à Marseille en 1998, se caractérise par une ligne éditoriale à contre-courant, sans concessions, et engagée politiquement. Dans le catalogue d’Agone, nous avons pu découvrir un ouvrage symbole de cet engagement: « L’impossible neutralité, Autobiographie d’un historien militant » d’Howard Zinn.

Howard Zinn (1922-2010) est un historien et politologue américain, professeur au département de science politique de l’Université de Boston durant 24 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans l’armée de l’air et est nommé lieutenant bombardier naviguant. Son expérience dans l’armée a été le déclencheur de son positionnement politique pacifiste qui élève au rang de devoir la désobéissance civile. Il a été un acteur de premier plan du mouvement des droits civiques et du courant pacifiste aux États-Unis. Auteur d’une vingtaine de livres dont les thèmes (monde ouvrier, désobéissance civile et « guerre juste » notamment) sont à la croisée de ses travaux de chercheur et de son engagement politique, il est particulièrement connu pour son best-seller « Une histoire populaire des États-Unis », vivement critiquée lors de sa sortie, mais qui l’a consacré comme l’un des historiens américains les plus lus, et ce bien au-delà des campus américains .

L’impossible neutralité est plus qu’un essai prônant la désobéissance civile et le combat face à l’injustice. C’est le journal de l’expérience d’une vie, d’un combat de tous les instants mené avec conviction. Au delà d’une simple prise de conscience de la masse d’inégalités et d’injustices d’une vie d’homme, Howard nous permet d’entrevoir une lueur d’espoir. Car l’homme est surprenant. L’histoire nous a déjà montré que l’homme est capable de changements positifs, de faire évoluer une société qui a tendance à marcher sur la tête…

Derrière les symboles d’un Panthéon de héros se cachent des hommes et des femmes oubliés qui savent dire NON, et s’opposent à l’injustice en faisant valoir leurs droits. Leur combat est la désobéissance civile, l’action non violente. Pour Howard, lutter n’est pas synonyme de « révolte armée », mais plutôt d’affrontement courageux et d’obstination patiente.

« Comme je commençais à le comprendre, aucun piquet de grève même tristement peu suivi, aucun rassemblement même clairsemé, aucun échange d’idées en public ou en privé ne devait être considéré comme insignifiant. La force d’une idée audacieuse exprimée publiquement au mépris de l’opinion générale ne peut aisément s’évaluer. Les individus exceptionnels qui s’expriment ainsi pour secouer non seulement la suffisance de leurs ennemis mais également l’excessive complaisance de leurs amis sont de précieux catalyseurs du changement »

Pour Howard le vrai danger n’est pas la désobéissance civile, considérée comme une menace à l’ordre social, mais la soumission de la conscience individuelle à l’autorité gouvernementale. L’histoire nous a déjà montré que la soumission et l’obéissance ont conduit aux atrocités des régimes totalitaires, et à la légitimation de guerres dites justes des États démocratiques et libéraux.

Dans un monde qui marche toujours sur la tête, où l’homme dépossédé de ses moyens de subsistances a perdu tous repères et toutes valeurs, L’impossible neutralité d’Howard Zinn est une véritable bouffée d’oxygène, une véritable lueur d’espoir, une véritable Bible pour celui qui croit au changement, à la lutte, et à un futur possible de l’homme nouveau.

« Je peux comprendre que ma vision de ce monde brutal et injuste puisse sembler absurdement euphorique. Mais pour moi, ce que l’on disqualifie comme tenant de l’idéalisme romantique ou du vœu pieux se justifie quand cela débouche sur des actes susceptibles de réaliser ces vœux, de donner vie à ces idéaux. La volonté d’entreprendre de tels actes ne peut se fonder sur des certitudes mais sur les possibilités entrevues au travers d’une lecture de l’histoire qui diffère de la douloureuse énumération habituelle des cruautés humaines. Car l’histoire est pleine de ces moments où, contre toute attente, les gens se sont battus ensemble pour plus de justice et de liberté, et l’ont finalement emporté – pas assez souvent certes, mais suffisamment tout de même pour prouver qu’on pourrait faire bien plus. Les acteurs essentiels de ces luttes en faveur de la justice sont les êtres humains qui, ne serait-ce qu’un bref moment et même rongés par la peur, osent faire quelque chose. Et ma vie fut pleine de ces individus, ordinaires et extraordinaires, dont la seule existence m’a donné espoir. »

 

Howard Zinn, L’Impossible Neutralité, Autobiographie d’un historien et militant

Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton 
Préface de Thierry Discepolo

Réédition du livre L’impossible neutralité. Autobiographie d’un historien et militant
(coll. « Mémoires sociales », Agone, 2006, 400 p.)

Édition originale : You Can’t Be Neutral on a Moving Train: A Personal History of Our Times, Beacon Press, 1994.

Reconquérons l’Histoire, arme absolue contre toute tyrannie…

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« Un homme vivant seul entend qu’on frappe à la porte, il ouvre. Là devant lui se tient Mme Tyrannie, armée et toute puissante qui lui demande: ‘te soumettras-tu ?’ L’homme ne répond pas, fait un pas de côté et la laisse entrer. Tyrannie règne en maîtresse. L’homme la sert pendant des années. Puis, Mme Tyrannie devient malade du poison qu’elle a ingurgité dans sa nourriture. Elle finit par mourir. L’homme ouvre alors la porte, traîne le corps encore chaud et le jette dehors. Il referme la porte et dit fermement: ‘Non ! » (Fable de Bertold Brecht)

« Qu’ai-je appris ? Que de petits actes de résistance à l’autorité, commis avec persistance, peuvent souvent mener à de grands changements sociaux. Que les gens ordinaires sont capables d’un immense courage… Peut-être la chose la plus importante que j’ai apprise, est que la démocratie n’est pas le gouvernement, elle n’est pas la constitution, ou la structure légale. Ceux-ci sont le plus souvent des ennemis de la démocratie. » — Howard Zinn

*  *  *

L’Histoire science sociale, science primordiale

 

 

Résistance 71

 

10 Avril 2013

 

 

George Orwell disait: “Qui contrôle le passé contrôle le futur et qui contrôle le présent, contrôle le passé”. Le narratif historique ou historiographie a toujours été sujet à des pressions extrêmes. Pourquoi ? Parce qui contrôle l’historiographie des évènements contrôle l’histoire officielle, celle que les élites auto-proclamées désirent que les peuples sachent, se souviennent et s’imprègnent, car de là découle le contrôle de la vaste majorité par la minorité oligarchique. Pour que le système de contrôle oligarchique perdure, il faut que la masse ne se pose pas de questions. Il est ainsi vital pour la caste dominante depuis quelques siècles, de contrôler les secteurs qui influent sur le comportement des gens: les sciences en général, l’information (dont l’histoire fait partie), l’éducation et le développement technologique.

Qu’est-ce que l’Histoire ? Comment influe t’elle sur le monde d’aujourd’hui ? Peut-on anticiper le monde de demain par son analyse ? Toutes ces questions sont d’une importance capitale pour qui veut comprendre la course folle des évènements qui amène une fois de plus le monde au chaos depuis la fin du XXème siècle et ce tout début du XXIème.

Peut-on réduire l’histoire à ce que Kissinger en dit dans un de ses ouvrages, à savoir: “L’histoire c’est la mémoire des états” ? Quid du monde pré-étatique donc ? Il n’existe pas ? Il sombre dans l’oubli ? Il n’est pas “historique” Quid des sociétés sans états qualifiées de “primitives” (cf Pierre Clastres), elle n’appartiennent donc pas à l’histoire ?

Ethymologiquement, le mot “histoire” vient du grec ancient “historia” qui est la relation verbale ou écrite de ce que l’on a appris. Une des définitions les plus communes de l’Histoire est qu’elle est la conscience du passé. Avoir conscience du passé est donc le conceptualiser. Ainsi nous pouvons distinguer trois grands concepts analysant l’Histoire: le concept idéaliste, le concept nihiliste et le concept marxiste.

  • Le concept idéaliste de l’Histoire a été essentiellement élaboré par les pensées des philosophes allemands Emmanuel Kant et Friedrich Hegel. Pour ces deux penseurs classiques, l’histoire universelle tend vers un absolu. Pour Kant il s’agit de la réalisation de l’unité politique en vue de faire cesser les guerres, tandis que pour Hegel, l’Histoire est la réalisation de la Raison dans l’humanité. Pour Hegel, tout tend vers la liberté achevée avec la révolution française de 1789, la réalisation de l’État de droit et de ses institutions dont l’état prussien représentait, pour lui, l’épitôme et donc concrétisait la fin de l’Histoire.
  • Le concept nihiliste de l’Histoire a pour chef de file un autre philosophe allemand Arthur Schopenhauer, pour qui l’histoire n’a pas de but défini, car elle dépend des actions ératiques et égoïstes des humains. Elle ne saurait avoir de sens.
  • Le concept marxiste relève de la théorie du matérialisme historique élaborée par Karl Marx, autre philosophe allemand. Pour Marx, l’histoire est le résultat de l’interaction des forces productives. En transformant la Nature, l’Homme subit le progrès et induit la continuité de la lutte des classes. Le travail humain à la fois manuel et intellectuel, donc la production humaine est la somme du développement historique et aussi la source de l’aliénation de l’Homme. Pour Marx, la fin de l’Histoire viendra avec la fin de la lutte des classes (au cours de la période dite transitoire de la “dictature du prolétariat”).

Il semblerait qu’aucun de ces trois concepts ne soit juste en lui-même, mais que la réalité tendrait certainement à ce que le concept historique emprunte de fait aux trois à des degrés différents selons les époques traversées. La philosophie hégélienne nous enseigne la dialectique de la thèse, de l’anti-thèse et de la synthèse, dialectique qui, pour Hégel régit toute chaîne causale d’évènements. Nous avons déjà élaboré dans un article précédent, que nous nous trompions peut-être de dialectique et que nous pourrions voir en l’occurence, le concept idéaliste comme étant la thèse historique, le concept marxiste son anti-thèse et la synthèse historique résidant dans un concept anarchiste (pas nihiliste… anarchiste…) de l’Histoire où la fin de celle-ci serait la résultante de la continuité causale historique de la réalisation de la Liberté dans l’humanité passant par la suppression de la causalité de l’exploitation et de l’oppression politico-économique du vaste nombre par une minorité oligarchique, oppression politico-économique qui ne peut se réaliser que par la concentration de la propriété des moyens de productions, de distribution et de services dans le moins de mains privées ou étatiques possible. Ainsi la fin de l’Histoire serait l’émancipation totale de l’humain du joug de l’inégalité politique et sociale.

Dans cette chaîne causale, où se situe l’historien ? L’évidence se fait chaque jour plus forte, que l’histoire “officielle” est fondée sur une historiographie sinon falsifiée (elle l’est parfois…), du moins sévèrement biaisée. Depuis toujours le narratif historique se fait sous l‘angle des vainqueurs des guerres, des généraux, des hommes politiques, des banquiers et des industriels. L’historien(ne), lui-même exploité par un système qui ne peut agir que pour assurer sa survie, est le plus souvent assujetti à une certaine hégémonie culturelle de la classe dominante, qu’elle soit capitaliste privée (libérale, néolibérale) ou capitaliste d’état (marxiste), ce qui revient au même puisque tous et toutes répondent et obéissent aux mêmes payeurs. La suprématie de l’État et de l’oligarchie économico-financière dont il dépend est telle, que l’historien(ne) ne ressent le plus souvent plus de dilemne déontologique tant la servitude volontaire est de norme, institutionalisée.

Cependant, il est des historien(ne)s constituant certes  une minorité dans leur profession, qui questionnent les historiographies officielles et fouillent les archives et les écrits pour présenter l’histoire sous un angle différent, sous celui des victimes, des démunis, des laissers pour compte ou aussi plus simplement au travers de documents officiels existant mais totalement ignorés à dessein par le dogme prévalent pour qui les États se posent  en cerbères.

Ainsi, nous avons déjà traduit et présenté ici-même quelques travaux de l’historien américain Howard Zinn, professeur à l’université de Boston, dont l’ouvrage titanesque de recherche compilé dans son livre: “Une histoire populaire de l’Amérique de 1492 à nos jours”, demeure une référence en la matière ; de l’historien anglo-américain Antony C. Sutton, professeur à l’université de Stanford, Californie, dont nous avons traduit de larges portions de ses ouvrages: “Wall Street et la montée d’Hitler”, “Wall Street et la révolution bolchévique”, ainsi que son essai “Le meilleur ennemi que l’argent puisse acheter”.

Suite à cet article, nous introduirons des textes de réflexion émanant de différents historien(ne)s tels Sonia Combe, Annie Lacrox-Riz pour la France et Michael Pinto-Duschinsky pour la Grande-Bretagne.

Ces textes nous démontrerons que la partialité est une réalité de tous les jours dans le domaine historique et que le contrôle de l’information, renforcé d’une ligne propagandiste établie, dirigent l’histoire (et bien d’autres sciences) vers un vérouillage complet de l’information afin de priver le public de toute référence historique autre que le narratif choisi par l’oligarchie en place, pour qui la préservation des mythes et des dogmes est plus une question de survie que de désir profond de falsifier l’histoire. C’est devenu une obligation, une condition sine qua non de la pérennité d’un système dont la corruption n’est plus à démontrer, un système qui est fondé sur l’abus, le mensonge, l’usurpation et la falsification à tous les étages de l’édifice.

Ainsi l’objectivité historique ne peut se faire que par la pensée et la pédagogie critiques, détachées des contingences des intérêts particuliers représentés et protégés par l’État qui n’agit que comme le chien de garde des dogmes les plus inavouables et pour lesquels des horreurs  et des injustices ont été commises hier, sont commises aujourd’hui et seront commises demain. C’est par un accès à une Histoire libérée de toutes contraintes politico-financières, nous permettant de voir et de comprendre les turpitudes d’hier et d’aujourd’hui que nous pourrons anticiper demain et éviter enfin, le désastre qui se répète sans cesse au profit du petit nombre et aux dépends du bien grand nombre.

Nous vous invitons donc à lire très bientôt sur ce blog, les quelques écrits de ces historiens qui osent défier l’omerta et le muselage historique.

L’Histoire est une arme contre l’oligarchie. Nous devons nous en servir pour regagner notre autonomie. De plus, des centaines de milliers, des millions de personnes sont mortes au cours des siècles, personnes du commun, comme nous, à qui nous devons de rétablir la vérité historique sur bien des points. Merci à ces historien(ne)s d’œuvrer en ce sens au prix parfois, souvent, de leur carrière.

Résistance politique: Coopérative audiovisuelle… Soutenez la réalisation d’un grand documentaire en français sur Howard Zinn !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, Internet et liberté, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 29 janvier 2013 by Résistance 71

Tant que les lapins n’auront pas d’historien…

 

 

Par Daniel Mermet

 

 

Les Mutins de Pangée

 

 

20 Janvier 2013

 

A propos du documentaire: “Howard Zinn, une histoire populaire”, documentaire en cours de production d’Olivier Azam et Daneil Mermet.

 

L’histoire sera racontée par les chasseurs. Des histoires de victoires et de clairons tout en faisant discrètement nettoyer les trainées de larmes et de sang sur le parking du supermarché de la civilisation. Mais l’histoire que préfèrent raconter les chasseurs, c’est pas d’histoire du tout. À part pour le code de leur carte bancaire, les lapins n’ont pas besoin de mémoire.

En France aussi les chasseurs et leurs chiens font de grands efforts pour faire oublier la mémoire des luttes, 1789, 1871,1936, 1968, oublions ces horreurs, c’est la fin de l’Histoire. Ils prennent les Etats-Unis en exemple. Voyez, pas de lutte de classes aux Etats-Unis, pas de lutte fratricide, n’importe qui peut s’enrichir. Ou bien tu es un entrepreneur ou bien tu es un assisté, mon gars. Suffit de travailler dur et de craindre Dieu. Et s’il faut parfois aller défendre la liberté et la démocratie à travers le monde, c’est toujours au nom de la Justice avec les larmes aux yeux et la main sur le cœur.

Par la séduction et la répétition, cette propagande s’est infiltrée partout jusqu’à devenir une évidence indiscutable. En France, la critique de l’hégémonie des Etats-Unis risque de vous faire accuser d’antiaméricanisme. Et même d’antisémitisme ! Selon le philosophe français Bernard Henri-Levy « l’antiaméricanisme est une métaphore de l’antisémitisme » (« Ce grand cadavre à la renverse », octobre 2007, page 165).

Howard Zinn est de ceux qui résistent à l’irrésistible. Il est du parti des lapins, le parti de ceux qui sont à l’autre bout du fusil, les Indiens devant les conquérants, les esclaves qui fuient dans les marais, les ouvrières et leurs enfants face au peloton de la  Garde civile, les déserteurs, les militants, les résistants. Sans idéaliser les victimes, sans trahir l’histoire, il fait simplement sortir de l’ombre ces instants où des femmes et des hommes ont réussi à résister, à s’unir et parfois même à l’emporter. Afin, dit-il de « redonner espoir ».En France,  Zinn est connu d’un cercle d’initiés, mais on ne mesure pas bien sa popularité aux Etats-Unis. Pas seulement dans les syndicats ou les universités, mais aussi dans des dessins animés comme Les Simpsons. Ou pour Bruce Springsteen qui s’inspire  entièrement des idées de Zinn pour son album Nebraska.

On retrouve souvent la phrase de Noam Chomsky : « Zinn a transformé le regard des américains sur eux-mêmes ».

Avec ce film nous voulons contribuer à changer le regard des Français sur les Etats-Unis. Pas moins !

Car les lapins ne s’enfuient pas toujours, il arrive même qu’ils profitent du sommeil des chasseurs et qu’ils leur volent leurs fusils et qu’ils les fassent reculer jusqu’au bord de la falaise. Et même au-delà.

 

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Soutenez la coopérative audiovisuelle des Mutins de Pangée pour aider à la réalisation finale de ce documentaire sur Howard Zinn:

http://www.lesmutins.org/Howard-Zinn-une-histoire-populaire,52.html