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Quelques pensées contre le nationalisme et le patriotisme toujours plus bidons… (Howard Zinn)

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Rangez les drapeaux !

 

Howard Zinn

 

Juillet 2006

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En ce 4 Juillet, nous ferions bien de renoncer au nationalisme et à tous ses symboles: drapeaux, serments d’allégeance, hymnes, insistance dans une chanson qui indique que dieu doit singulariser l’Amérique comme nation bénie. Le nationalisme, cette dévotion à un drapeau, un hymne, un lien si féroce qu’il engendre l’assassinat de masse, n’est-il pas un des plus grands maux de tous les temps avec le racisme et la haine perpétrée par les religions ?

Ces façons de penser, cultivées, nourries, endoctrinées depuis la plus tendre enfance, ont été bien utiles à ceux au pouvoir et mortelles à ceux évoluant hors du cercle du pouvoir.

L’esprit national peut-être bénin dans un petit pays n’ayant pas de puissance militaire ni une faim pour l’expansionnisme (comme la Suisse, la Norvège, le Costa-Rica et bien d’autres). Mais dans une nation comme la nôtre, grande par la taille, possédant des milliers et des milliers d’armes de destruction massive, ce qui pourrait être une fierté sans conséquence devient un nationalisme arrogant très dangereux pour nous-mêmes et pour autrui.

Nos citoyens ont été amenés à voir notre nation comme différente des autres, une exception dans le monde, possédant une morale unique, s’étendant dans d’autres territoires afin d’y apporter la civilisation, la liberté, la démocratie. Cet auto-mensonge a commencé très tôt.

Lorsque les premiers colons anglais sont arrivés en territoire Indiens dans la baie de Massachussetts et qu’ils y rencontrèrent une résistance, la violence escalada dans une guerre contre les Indiens de la nation Péquot. Le meurtre d’Indiens était vu comme étant approuvé par dieu, la saisie de la terre comme commandée par la bible.

Les puritains citèrent un des psaumes de la bible qui dit ceci: “Demande-moi et je te donnerai les païens en héritage et les parties les plus importantes de la terre pour ta possession.

Lorsque les Anglais mirent le feu à un village Péquot massacrant hommes, femmes et enfants, le théologien puritain Cotton Maher dit: “Il y a eu pas moins de 600 âmes Péquots qui furent envoyées en enfer ce jour-là.

A la veille de la guerre contre le Mexique, un journaliste américain la déclara notre “destinée manifeste de nous étendre toujours plus sur le continent que la providence nous a aloué.” Après que l’invasion du Mexique eut commencé, le journal du New York Herald annonça: “Nous pensons que cela fait partie de notre destinée que de civiliser ce pays magnifique”.

Il fut toujours supposé que notre pays entra en guerre pour des motifs bénins.

Nous avons envahi Cuba en 1898 pour libérer les Cubains (des Espagnols) et nous sommes entrés en guerre contre les Philippines peu de temps après afin de, comme le dit alors le président McKinley: “de civiliser, de christianiser”, le peuple philippin.

Alors que nos armées commettaient des atrocités aux Philippines (au moins 600 000 Philippins périrent en quelques années de conflit), Elihu Root, notre secrétaire de la guerre proclamait: “Le soldat américian est différent des autres soldats de tous les autres pays depuis le début de la guerre. Il est l’avant-garde de la liberté et de la justice, de la loi et de l’ordre, de la paix et du bonheur.

Nous voyons en Irak maintenant que nos soldats ne sont pas différents. Ils ont, peut-être contre leur meilleure nature, tué des milliers et des milliers de civils irakiens et certains soldats se sont montrés capables d’énormes brutalités et de torture.

En même temps, ils sont victimes eux-aussi des mensonges de notre gouvernement. Combien de fois avons-nous entendu le président Bush dire aux troupes que s’ils mouraient, s’ils revenaient sans bras ni jambes, ou aveugles, ceci serait pour la “liberté”, pour la “démocratie”.

Un des effets de la pensée nationaliste est la perte du sens de la proportion. La mort de 2300 personnes à Pearl Harbor est devenu la justification de la mort de plus de 250 000 civils à Hiroshima et Nagasaki. Le meurtre de 3000 personnes le 11 septembre 2001 devient la justification de l’assassinat de dizaines de milliers de civils en Afghanistan, en Irak et le nationalisme possède un ton virulent lorsqu’il est dit être béni par la providence. Aujourd’hui nous avons un président ayant envahi deux pays en quatre ans, qui a annoncé au cours de sa campagne de réélection en 2004 que dieu parle à travers lui.

Nous devons réfuter l’idée que notre nation soit différente des autres, moralement supérieure aux autres puissances impériales de l’histoire du monde.

Nous devons prêter allégeance à l’humanité et non pas à une nation quelle qu’elle soit.

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Source:

http://howardzinn.org/put-away-the-flags/

L’empire à nu… Connaître l’histoire pour ne plus se faire rouler dans la farine… (Howard Zinn)

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Honneur à Howard Zinn pour ouvrir le bal 2015 ! Texte écrit en 2006 sous Bush, la validité et l’actualité de ce texte 9 ans plus tard est stupéfiante…

— Résistance 71 —

 

Les leçons sur la guerre d’Irak commencent avec l’histoire des Etats-Unis

 

Howard Zinn

 

Mars 2006

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En ce 3ème anniversaire de la débâcle en Irak du président Bush, il est important de considérer pourquoi le gouvernement a si facilement berné tant de gens à soutenir la guerre.

Je pense qu’il y a deux raisons essentielles, qui sont profondément ancrées dans notre culture nationale.

La première est l’absence quasi-totale de perspective historique. La seconde est une inhabilité de penser en dehors des limites du nationalisme.
Si nous ne connaissons pas l’histoire, alors nous sommes bons à être mangés tout cru par nos politiciens carnivores et par les intellectuels et les journalistes qui leur donnent les couteaux à découper. En revanche, si nous connaissons un peu d’histoire, si nous sommes au courant du nombre de fois où des présidents nous ont menti, alors on ne nous y reprendra pas.
Le président Polk a menti à la nation sur les raisons du pourquoi nous entrions en guerre contre le Mexique en 1846. Cela n’avait absolument rien à voir avec le fait que soi-disant “les Mexicains avaient versé le sang américain en territoire américain” et tout à voir avec le fait que Polk et l’aristocratie esclavagiste américaine convoitaient la vaste majorité du territoire mexicain.
Le président McKinley a menti en 1898 sur les raisons d’envahir Cuba, disant que nous voulions libérer les Cubains de l’emprise espagnole, mais en fait il voulait que les Espagnols quittent Cuba pour libérer la place pour des entreprises américaines comme United Fruit et autres. Il a aussi menti au sujet des raisons de notre guerre contre les Philippines, clâmant que nous ne voulions que “civiliser” les Filipinos, alors que la véritable raison était de posséder un bon bout de terrain dans l’Asie profonde, et ce aux dépends de la vie de centaines de milliers de Philippins qui y perdirent la vie.

Le président Wilson a menti sur les raisons de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale disant que ce fut une guerre “pour rendre le monde plus sécure pour la démocratie”, tandis que ce n’était en fait qu’une guerre pour rendre le monde plus sécure pour la puissance américaine montante.

Le président Truman a menti quand il a dit que la bombe atomique fut larguée sur Hiroshima parce qu’elle était une “cible militaire” et tout le monde a menti au sujet du Vietnam, le président Kennedy a menti au sujet de l’amplitude de notre engagement, le président Johnson au sujet de l’incident du Golfe du Tonkin et le président Nixon au sujet du bombardement secret du Cambodge (et du Laos). Ils ont tous affirmé que la guerre était nécessaire pour maintenir le Vietnam du Sud libre du communisme, mais ce qu’ils voulaient vraiment était de maintenir le Vietnam comme un poste avancé américain à la lisière du continent asiatique. Le président Reagan a menti au sujet de l’invasion de la Grenade, affirmant de manière erronée qu’elle représentait une menace pour les Etats-Unis.

Le père Bush a menti au sujet de l’invasion de Panama, menant à la mort des milliers de gens ordinaires de ce pays et il a encore menti au sujet des raison d’attaquer l’Irak en 1991, pas pour protéger l’intégrité du Koweït, mais plutôt pour affirmer la puissance américaine dans le Moyen-Orient riche en pétrole.

Il y a même un plus gros mensonge: L’idée arrogante que ce pays est le centre de l’univers, exceptionnellement vertueux, admirable, supérieur et indispensable.

Si notre point de départ pour évaluer le monde autour de nous est la croyance ferme en ce que cette nation est quelque part frappée par la Providence avec des qualités uniques qui la rendent moralement supérieure à tout autre nation sur terre, alors il y a peu de chances que nous questionnions le président lorsqu’il dit que nous envoyons des troupes ici et là ou que nous bombardons là-bas, afin de disséminer nos valeurs, la démocratie, la liberté et n’oublions pas au passage la libre-entreprise, dans des endroits du monde littéralement “oubliés de dieu” selon l’expression consacrée.
Mais nous devons faire face à certains faits qui perturbent l’idée d’une nation uniquement vertueuse.

Nous devons faire face à notre très longue histoire de nettoyage ethnique, par lequel le gouvernement américain a expulsé des millions d’Indiens natifs de leurs territoires en les massacrant et en les évacuant de force.

Nous devons faire face à notre longue histoire esclavagiste qui n’est toujours pas derrière nous, de politique de ségrégation et foncièrement raciste.
Et nous devons faire face à la mémoire persistante d’Hiroshima et de Nagasaki.

Ceci n’est pas une histoire dont nous pouvons être fiers.

Nos leaders l’ont pris pour argent comptant et ont planté la croyance dans les esprits que nous sommes autorisés a tout faire à cause de notre supériorité morale, à dominer le monde. Les deux partis politiques républicain et démocrate ont embrassé cette notion.
Mais sur quoi l’idée même de notre supériorité morale est-elle fondée ? Une façon bien plus honnête de nous évaluer en tant que nation nous préparerait tous pour le prochain tir de barrages de mensonges qui va immanquablement accompagné la prochaine proposition d’infliger notre pouvoir et notre puissance sur une autre partie du monde.
Cela pourrait nous inspirer de créer une histoire différente pour nous-mêmes, en écartant notre pays des menteurs qui le gouvernent et en rejetant cette arrogance nationaliste de façon à ce que nous rejoignions les gens autour du monde pour la cause commune de la paix et la justice.

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Source:

http://howardzinn.org/lessons-iraq-war-start-with-us-history/

Résistance à l’Empire: Au-delà de la supercherie historique… débusquer l’empire (Howard Zinn)

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L’histoire est la seule arme pour exposer et confronter les mensonges des états et de leurs oligarchies.

— Résistance 71 —

 

Empire ou Humanité?

Ce que les études d’histoire ne m’ont pas appris au sujet de l’empire américain

 

Howard Zinn (2008)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avec une armée d’occupation faisant la guerre en Irak et en Afghanistan, avec des bases militaires et un harcèlement corporatiste partout dans le monde, il n’y a plus de réelle question quant à savoir s’il y a bel et bien un empire américain. En fait, ce que furent les plus fervents dénis se sont transformés en accolade sans honte de l’idée.

Quoi qu’il en soit, l’idée même que les Etats-Unis étaient un empire ne m’a pas effleuré jusqu’à ce que j’eus terminé mon travail de bombardier avec le 8ème escadron durant la seconde guerre mondiale et revint à la maison. Même lorsque j’ai commencé à avoir des doutes au sujet de la pureté de la “bonne guerre”, même après avoir été horrifié par Hiroshima et Nagasaki et même après avoir repensé mes propres missions de bombardement au dessus de l’Europe et de ses villes, je n’avais toujours pas mis cela en ordre dans ma tête dans le contexte d’un “empire” américain.

J’étais conscient, comme tout à chacun, de l’empire britannique et des autres puissances impérialistes européennes, mais les Etats-Unis n’étaient pas vus de la même façon. Lorsque, après la guerre, je suis parti à l’université sous les auspices de la G.I Bill of Rights et ai commencé à prendre des cours d’histoire américaine, je trouvais généralement un chapitre dans les textes d’histoire intitulé “L’âge de l’impérialisme”. Cela se référait invariablement à l’époque de la guerre américano-espagnole de 1898 et la conquête des Philippines qui s’en est suivie. Il semblait que l’impérialisme américain ne dura que quelques années. Il n’y avait pas de vision étendue de l’expansion américaine qui pourrait mener à l’idée d’un empire ou d’une période impérialiste bien plus étendus.

Je me rappelle d’une carte dans la classe (étiquetée “Expansion Occidentale”) qui représentait la marche à travers le continent comme un phénomène naturel, presque biologique. Cette énorme acquisition de terres appelés “le rachat de la Louisiane” ne faisait référence à rien d’autre qu’à une énorme masse de terre vacante qui fut acquise. Il n’y avait absolument aucun sens, aucune idée, envisageant que ces terres étaient occupées par des centaines de tribus et nations indiennes qui devraient être annihilées et forcées hors de leurs terres, ce que nous appelons maintenant “un nettoyage ethnique”, de façon à ce que les colons blancs puissent occuper et développer la terre, puis pour que les chemins de fer puissent plus tard sillonner le territoire, présageant la “civilisation” et ses brutales dissastisfactions.

Aucune des discussions sur la “démocratie jacksonnienne” dans les cours d’histoire, ni le livre alors très populaire d’Arthur Schlesinger Junior “The Age of Jackson”, ne m’ont instruit au sujet de la “piste des larmes”, la marche forcée mortelle des “cinq tribus civilisées” vers l’Ouest de la Georgie et l’Alabama vers le Mississippi, faisant plus de 4000 morts durant le trajet. Aucun cours sur la guerre civile n’a mentionné le massacre de Sand Creek, massacre de centaines d’Indiens dans un village du Colorado alors que “l’émancipation” des noirs était prononcée par Lincoln et son gouvernement.

Cette carte dans la classe avait aussi une section sur le Sud et l’Ouest étiquetée “Cession mexicaine”. Ceci constituait un doux euphémisme pour la guerre agressive contre le Mexique de 1846 durant laquelle les Etats-Unis ont saisi la moitié du territoire mexicain, nous donnant la Californie et le grand soud-ouest (NdT: Nouveau-Mexique, Texas, Arizona…). Le terme de “destinée manifeste”, utilisé à cette époque, devint dès lors bien plus universel. Au crépuscule de la guerre américano-espagnole en 1898, le Washington Post voyait au-delà de Cuba: “Nous sommes face à face avec une étrange destinée. Le goût de l’empire est dans la bouche des gens même si le goût du sang est dans la jungle.”

La marche violente à travers le continent et même l’invasion de Cuba, apparaissaient au sein de la sphère naturelle des intérêts des Etats-Unis. Après tout, la doctrine Monroe n’avait-elle pas déclaré en 1823 que le continent des Amériques était sous notre protection ? Sans pratiquement faire de pause après Cuba, vint l’invasion des Philippines, de l’autre côté de la planète. Le mot “impérialisme” semblait alors coïncider avec les actions américaines. De fait, cette longue et cruelle guerre, traitée rapidement et de manière très très superficielle dans les libres d’histoire, donna naissance à une ligue anti-impérialiste de laquelle William James et Mark Twain furent des leaders remarqués. Mais ceci ne fut pas non plus quelque chose que j’ai apris à l’université.

La “seule super-puissance” apparaît

En lisant en dehors de la classe néanmoins, j’ai commencé à mettre les pièces du puzzle de l’histoire en une mosaïque bien plus vaste. Ce qui apparaissait en premier lieu comme une politique étrangère entièrement passive dans la décennie qui mena à la première guerre mondiale, apparaiisait maintenant comme une succession d’interventions violentes: la capture de la zone du canal de Panama depuis la Colombie, un bombardement naval de la côte mexicaine, l’envoi de fusilliers marins (Marines) dans presque tous les pays d’Amérique Centrale, des armées d’occupation envoyées en Haïti et en République Dominicaine. Comme l’écrivit plus tard le général le plus décoré de l’armée américaine, Smedley Butler: “J’étais le commis voyageur de Wall Street.” (NdT: Il écrivit aussi dans le même ouvrage qu’il n’était ni plus ni moins qu’un “racketeur pour Wall Street”…)

Au moment où j’apprenais ces aspects de l’histoire, dans les années d’après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ne devenaient pas seulement une autre puissance impériale, mais la super-puissance dominante du monde. Déterminés à maintenir et à développer leur monopole sur les armes nucléaires, ils prirent le contrôle de petites îles isolés dans le Pacifique, forçant les habitants à les quitter et transformant ces îles en des terrains de jeu mortel pour toujours plus de tests atomiques.

Dans ses mémoires “No Place to Hide” (“Nulle part où se cacher”), le Dr. David Bradley, qui mesurait les radiations de ces tests nucléaires décrivait ce qui restait alors que ses équipes de test retournaient chez elles: “Radioactivité, contamination, l’île épave de Bikini et ses exilés malades aux yeux tristes”. Les tests nucléaires du Pacifique furent suivis les années passant, par toujours plus de tests dans les déserts de l’Utah et du Nevada, plus de 1000 tests en tout.

Quand la guerre de Corée commença en 1950, j’étais toujours en train d’étudier l’histoire en 4ème cycle à l’université de Colombia. Rien, absolument rien dans mes classes ne me prépara à comprendre la politique américaine en Asie. Mais je lisais I.F. Stone’s Weekly. Stone était parmi les quelques journalisres qui questionnaient la justification officielle d’envoyer l’armée en Corée. Il devint clair pour moi à cette époque, que ce n’était pas l’invasion de la Corée du Sud par le Nord qui déclencha l’intervention américaine, mais le désir pour les Etats-Unis d’obtenir une forte emprise militaire sur le continent asiatique, spécifiquement alors que les communisites venaient d’arriver au pouvoir en Chine (1948).

Des années plus tard, alors que l’opération secrète au Vietnam se développa en une opération militaire massive et brutale, les fondements impérialistes des Etats-Unis devenaient de plus en plus clairs pour moi. En 1967 j’écrivis un petit livre intitulé: “Vietnam: la logique du retrait”. A ce moment là je devins très impliqué dans le mouvement anti-guerre.

Quand j’ai lu les centaines de pages des fameux “Documents du Pentagone” que Daniel Ellsberg me confia, ce qui me sauta aux yeux furent tous les memos secrets provenant du National Security Council (NSC), expliquant l’intérêt des Etats-Unis en Asie du Sud-Est où ils parlaient ouvertement des motivations de la nation dans sa quête pour “l’étaing, le caoutchouc et le pétrole”.

Ni les désertions des soldats américains durant la guerre contre le Mexique, ni les émeutes contre la conscription durant la guerre civile, non pas non plus les groupes anti-impérialistes à l’orée du siècle, ni la très forte opposition à l’entrée dans la première guerre mondiale, de fait aucun mouvement anti-guerre dans l’histoire de la nation n’a eu autant de retentissement à un tel degré politico-social que celui du mouvement contre la guerre du Vietnam. Au moins une bonne partie de cette opposition reposait sur la compréhension que bien plus que le Vietnam était en jeu, que le guerre brutale dans ce petit pays était en fait partie intégrante d’un bien plus vaste schéma impérialiste.

Des interventions variées suivant la guerre du Vietnam ont semblé réfléchir le besoin désespéré de la super-puissance toujours régnante, même après la chute de son puissant rival qu’était l’Union Soviétique, afin d’établir partout sa domination. D’où l’invasion de la Grenade en 1982, le bombardement et l’assaut sur Panama en 1989, la première guerre du Golfe en 1991. George Bush Sr était –il déçu de la saisie du Koweït par Saddam Hussein, ou a t’il utilisé cet évènement pour amener les Etats-Unis dans une meilleure position de force au Moyen-Orient ? Au vu de l’histoire des Etats-Unis, au vu de son obsession avec le pétrole du Moyen-Orient remontant à l’accord de Roosevelt en 1945 avec le roi Abddul Aziz d’Arabie et le renversement par le CIA en 1953 du démocratiquement élu Mohamed Mossadeq en Iran, il n’est pas difficile de répondre à cette question.

Justifier l’empire

Les attaques sans merci du 11 Septembre 2001 (comme l’affirme la commission officielle sur les attentats), dérivent de la haine développée au sujet de l’expansion américaine au Moyen-Orient et ailleurs. Même avant cet évènement, le ministère de la défense reconnaissait, d’après le livre de Chalmer Johnson “The Sorrows of Empire”, plus de 700 bases militaire américaines dans le monde.

Depuis cette date, avec la mise en œuvre de la “guerre contre le terrorisme”, bien plus de ces bases ont été établies ou agrandies, au Kyrgystan, en Afghanistan, dans le désert du Qatar, dans le Golfe d’Oman, sur le corne de l’Afrique et où que ce soit une nation complice pourrait se laisser corrompre ou intimider pour en laisser construire une sur son territoire.

Quand je bombardais des villes en Allemagne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et en France durant la seconde guerre mondiale, la justification morale de tout ceci était simple et claire et non sujet à discussion: Nous sauvions le monde du mal fasciste. Je fus donc très surpris d’entendre le mitrailleur d’un autre équipage, nous avions ceci en commun tous deux que nous lisions beaucoup de livres, dire que cela était en fait une “guerre impérialiste”. Les deux côtés, disait-il, étaient motivés par la même ambition de contrôle et de conquête. Nous argumentions sans résoudre le problème. Ironiquement tout autant que tragiquement, peu de temps après cette discussion, ce collègue et son appareil furent abattus lors d’une mission et il fut tué.

Dans les guerres, il y a toujours une grande différence entre les motivations des soldats qui les combattent et les politiciens qui les envoient à la bataille. Ma motivation, comme celle de tant d’autres de mes semblables n’avait rien à voir avec un agenda impérialiste ; c’était d’aider à défaire le fascisme et de créer un monde plus décent, libre de toute agression, du militarisme et du racisme.

La motivation de l’establishment américain, bien compris par ce mitrailleur de ma connaissance, était de toute autre nature. Ce fut décrit plus tôt en 1941 par Henry Luce, un multi-millionnaire, propriétaire des magazines Life, Time et Fortune, comme étant l’avènement du “siècle américain”. Le temps est arrivé avait-il dit, pour les Etats-Unis “d’exercer sur le monde le plein impact de notre influence, pour le but qui nous conviendra le mieux et par les moyens qui nous plairont.”

Nous ne pouvons pas décemment demander une déclaration plus directe et naïve de ce qu’est l’impérialisme. Cela a été repris récemment par les petites mains de l’administration Bush, mais avec l’assurance que le motif de cette “influence” est totalement “bénin”, que les “buts”, formulés par Luce ou plus récemment, sont “nobles”, que ceci correspond à un “impérialisme allégé”. Comme l’a dit George W. Bush dans sa seconde adresse inaugurale: “Diffuser la liberté dans le monde est l’appel de notre temps”. Le New York Times étiqueta ce discours comme “époustoufflant d’idéalisme”.

L’empire américain a toujours été un projet bipartisan, les démocrates et les républicains l’ont étendu, justifié chacun leur tour. Le président Woodrow Wilson a dit aux diplômés de l’école navale en 1914 (la même année où il fit canonner le Mexique), que les Etats-Unis utilisaient “leur marine et leur armée… comme les instruments de la civilisation et non pas comme les instruments de l’agression.” Bill Clinton en 1992 a dit aux diplômés de West Point cette année là: “Les valeurs que vous avez apprises ici pourront s’étendre au pays et au monde.

Pour le peuple des Etats-Unis et en fait pour les peuples du monde entier, ces affirrnations se sont bientôt révélées être fausses. La rhétorique, souvent persuasive à la première écoute, devient bientôt dépassée par des horreurs qui ne peuvent plus être cachées, balayées sous le paillasson: les corps ensanglantés d’Irak, les membres déchiquetés des soldats américains, les millions de familles qui doivent se résoudre à l’exode tant au Moyen-Orient que dans le delta du Mississippi.

Les justifications pour un empire imbriquées dans notre culture n’ont-elles pas assaillies notre bon sens, dit que la guerre est nécessaire pour notre sécurité, que l’expansion est fondamentale à notre civilisation, ceci n’a t’il pas commencé à nous faire perdre contrôle de nos esprits ? Avons-nous atteint un point de l’histoire où nous sommes prêts à embrasser une nouvelle façon de vivre dans ce monde, non pas en étendant notre puissance militaire, mais notre humanité ?

Howard Zinn (1922-2010) professeur d’histoire et de science politique à l’université de Boston, est l’auteur de A People’s History of the United States and Voices of a People’s History of the United States, Zinn’s website sur: HowardZinn.org.

Source:

http://www.tomdispatch.com/post/174913

La fonction de l’histoire et de l’historien: Servir l’Homme dans la société… (Howard Zinn)

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“Ceux qui pensent au sujet de l’histoire doivent décider au départ si l’histoire se doit d’être écrite et étudiée essentiellement pour le ‘bénéfice et l’utilisation des hommes’ ou plutôt principalement pour ‘un salaire et comme une profession”.

~ Howard Zinn citant Francis Bacon ~

“Refuser d’être l’instrument du contrôle social dans ce qui est essentiellement une société non-démocratique, commencer à vouloir jouer un petit rôle dans la création d’une véritable démocratie, voilà un boulot digne d’intérêt pour les historiens, pour les archivistes et finalement, pour nous tous.”

~ Howard Zinn, 1977 ~

 

Les historiens

 

Howard Zinn

 

Larges extraits du texte “The Historians”, publié en 1990 dans le livre “The politics of History”, University of Illinois Press.

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Même dans les années 1960, lorsque les étudiants, les noirs et les manifestants anti-guerre (du Vietnam) causaient certains troubles, ces historiens et philosophes qui philosophaient au sujet de l’histoire demeurèrent, à de rares exceptions près, impecablement académiques et dans le moule…

Carl Becker écrivit:

Pendant le siècle écoulé entre 1814 et 1914, une somme considérable et sans précédent de recherche a été effectuée, recherche concernant tous les domaines et champs d’action de l’histoire, une recherche minutieuse, critique, exhaustive et fatigante ! Nos bibliothèques sont remplies de cette connaissance emmagazinée du passé et jamais auparavant n’y a t’il eu une somme si importante de connaissance sur l’expérience humaine à la dispostion de l’humanité. Quelle influence a eu cette recherche experte sur la vie sociale de notre temps ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour restreindre la folie et l’imbécilité des politiciens ou pour améliorer la sagesse des hommes d’état ? Cela a t’il fait quoi que ce soit pour illuminer la masse des gens, ou leur a t’elle permis de penser et d’agir avec plus de sagesse ou de répondre aux questions de la société avec un sens plus aigu de la responsabilité ? Très peu en fait s’il y a eu quoi que ce soit en ce sens.

[…]

Nous qui pensons l’histoire, devons décider au départ si l’histoire doit-être écrite et étudiée principalement “pour le bénéfice et l’utilisation de l’Homme”, plutôt que primairement comme “un salaire et une profession”. De fait, la première question à poser à quelqu’un qui philosophe au sujet de quelque activité que ce soit est la suivante: Quel est le but ? Sans avoir d’objectif, comment pourrions-nous juger si un type de travail historique est préférable à un autre ?

[…]

Une question très pertinente serait en fait celle-ci: Dans quelle mesure les activités de l’American Historical Association et celles de ses membres ont elles focalisé la connaissance historique sur la solution des problèmes auxquels font face l’Amérique et le monde depuis les années 1950 ?

[…]

Dans bien des cas nous devons une fois de plus ne pas échouer à distinguer deux sortes de biais. Un de ceux-ci fait que l’historien penche vers certains buts humanistes (paix, santé, liberté etc…) et peut requérir de questionner les données d’une certaine manière, mais néanmoins de ne pas falsifier les réponses trouvées. L’autre biais se situe lorsqu’on est en charge de certains instruments (parti politique, nation, race, etc…), ce qui peut très facilement mener à la malhonnêteté dans l’évaluation des faits et à une certaine incongruité avec certains buts ultimes.

[…]

Par exemple nous trouvons un débat permanent parmi ces historiens qui insistent sur le fait que le boulot principal est un travail de narration et ceux qui insistent que le travail principal est un travail d’interprétation… Bien sûr la plupart des historiens font les deux, pourtant certaines histoires sont clairement plus narratives, tandis que d’autres sont plus interprétatives…

Pour moi, je dirai que l’historien, même lorsqu’il (elle) essaie de dire les détails d’un évènement aussi près de la réalité originale que possible, devrait avoir un but au-delà du fait de vouloir raconter quelque chose d’intéressant et ce but, décide pour lui ou elle, ce qu’il va décider de raconter, parmi le nombre infini d’évènements passés. Sa rhétorique est certes utile, quand l’histoire est une forme d’art, la narration d’une… histoire. Mais si l’histoire doit être plus que cela et j’argumente qu’elle doit l’être au vu de notre époque, alors cette rhétorique doit être utilisée pour mettre en valeur tout un set de valeurs humaines connectées avec les problèmes présents et urgents de l’Homme. Ceci demande plus par exemple que lorsque l’historien J.D. Hexter de l’université de Yale nous dit: “Mais le but de l’historien dans sa réponse aux données historiques est de rendre compte au mieux du passé comme il s’est déroulé.

[…]

Si nous partons de l’idée que l’histoire est connaissance et une connaissance pour le simple fait de connaître, alors Hexter est correct. Si nous partons de l’idée que la “méthode scientifique” est importante, en elle-même, alors l’historien théorique, “scientifique”, est sur la bonne voie. Mais si notre idée de départ est: Comment l’histoire peut-elle servir l’Homme aujourd’hui ? Alors cela n’a aucune importance de savoir si la méthode est narrative ou explicative. Car la question devient alors: Une narration de quoi ? Une explication de quoi ? Un narratif peut-être socialement tout à fait inutile ou au contraire révéler énormément de choses (de quelques questions qui se posent actuellement). Une explication peut-être sans aucune utilité ou extrêmement instructive.

[…]

Souvent, la réponse traditionnelle d’un historien que des gens harcelés supplient de les aider est la suivante: “Je contribue à augmenter votre quantité de connaissance au sujet du monde, mais mon travail n’est pas de vous aider à agir.” Ainsi l’historien allemand Gerhard Ritter dit: “… Le regard de l’historien est directement tourné vers le passé, celui de l’acteur (activiste) nécessairement vers le futur.

[…]

Ainsi, l’historien ne joue t’il pas inconsciemment un rôle de conserver la fabrique politique présente intacte en généralisant comme l’historien Gottcschalk le disait: “pour présenter une thèse à débattre” ? Comment peut-on échapper aux assomptions et aux rôles que notre propre culture nous presse de jouer ? Peut-être qu’en plongeant profond dans l’Histoire, nous pouvons nous rappeler ce que nous disait Francis Bacon: “La connaissance la plus ultime doit être au bénéfice et pour son utilisation par l’Homme.

Historien radical pour une histoire radicale garants de la pensée critique et du déboulonnage des dogmes ~ 1ère partie ~ (Howard Zinn)

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“Dans mon enseignement, je n’ai jamais caché mes vues politiques: ma répugnance de la guerre et du militarisme, ma colère envers l’inégalité raciale, ma croyance en un socialisme démocratique, dans une redistribution juste et rationnelle de la richesse du monde. J’ai fait état de ma répugnance pour toute forme de harcèlement, que ce soit de nations puissantes envers de plus faibles, de gouvernements sur leurs citoyens, d’employeurs envers leurs employés ou par quiconque à droite ou à gauche, pense avoir le monopole de la vérité… Qu’ai-je appris au cours de ma vie ? Que les plus petits actes de résistance à l’autorité, s’ils sont persistants, peuvent mener à de larges mouvements sociaux. Que les personnes du commun sont capables d’actes extraordinaires de courage… Peut-être la chose la plus importante que j’ai apprise fut au sujet de la démocratie. Que la démocratie n’est pas nos gouvernements, nos constitutions, nos structures légales ; que bien trop souvent ceux-ci sont de fait, les ennemis de la démocratie.”
~ Howard Zinn
, “On ne peut pas être neutre dans un train en marche”, autobiographie, 1994 ~

 

Qu’est-ce que l’histoire radicale ?

par Howard Zinn (1970)

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

1ère partie

2ème partie

 

L’écriture historique (historiographie) a toujours un effet certain sur nous. Elle peut renforcer la passivité, elle peut nous activer. En tout cas, l’historien ne peut pas choisir d’être neutre, car il écrit dans un train en marche. Parfois ce qu’il/elle dit peut changer la vie d’une personne. En Mai 1968, j’ai écouté un prêtre catholique qui passait en jugement à Milwaukee pour avoir brûlé les archives d’un bureau de conscription militaire, dire (je paraphrase) comment il en était venu à commettre cet acte:

J’ai été formé à Rome. J’étais assez conservateur, je n’ai jamais brisé une règle du séminaire. Puis j’ai lu un livre d’un certain Gordon Zahn intitulé “Les catholiques allemands et la guerre d’Hitler”. Ce livre expliquait comment l’église catholique continuait ses activités normalement tandis qu’Hitler continuait les siennes. Le livre narrait comment les SS allaient à la messe, puis partaient râfler les juifs. Ce livre a changé ma vie. J’ai décidé que l’église ne devait plus jamais se conduire comme elle le fît dans le passé et que je ne devais pas me conduire de la sorte non plus.”

Ceci est incroyablement clair. Dans bon nombre de cas où les gens se tournent vers une autre direction, les causes sont si complexes, si subtiles, qu’elles sont souvent impossibles à tracer. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous au courant que d’une manière ou d’une autre, des choses que nous avons lues ou entendues ont changé notre vision du monde et de la façon dont nous devions nous comporter. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de gens qui n’ont pas fait l’expérience du mal eux-mêmes, mais qui sont devenus persuadés qu’il existait et qu’ils devaient s’y opposer. Ce qui nous rend humain est notre capacité d’atteindre par notre pensée au delà de nos capacités sensorielles immédiates, de ressentir à un degré moindre ce que d’autres ressentent totalement et peut-être d’agir sur un tel sentiment.

Ainsi je commence depuis l’idée d’écrire l’histoire de telle façon que de l’étendre aux sensibilités humaines et non pas de ce livre vers d’autres livres, mais le conflit de savoir comment les gens doivent vivre et si ils doivent vivre.

J’insiste sur une historiographie de la valeur. Pour ceux qui se rebelle toujours contre cela, malgré mon argument que cela ne détermine pas les réponses, seulement les questions; malgré ma plaidoirie pour qu’un travail esthétique, fait pour le plaisir, ait toujours sa place, malgré mon insistance sur le fait que notre travail est basé sur la valeur que nous le choisissions ou non, me fait pointer vers un secteur de l’éducation américaine où cette idée a été acceptée. Je parle des “études sur la culture noire américaine”, qui, depuis environ 1969, ont commencé a être adoptées à grande vitesse dans les universités de la nation.

Ces programmes sur l’étude de la culture noire-américaine ne prétendent pas introduire juste un autre sujet dans le domaine académique. Ils ont l’intention spécifique d’affecter la conscience des noirs et des blancs de ce pays afin de diminuer dans ces deux groupes la croyance pervasive de l’infériorité des noirs.

Cette tentative délibérée de pousser pour l’égalité devrait être rejointe et cela est ma suggestion, par des efforts similaires pour l’égalité nationale et de classe. Ceci viendra sûrement, tout comme les programmes sur la culture noire-américaine, non pas par une acceptance graduelle des arguments appropriés, mais par une crise si dangereuse qu’elle demandera un changement d’attitude très rapide. L’exhortation intellectuelle ne va probablement pas initier un nouvel élan d’écriture historique, mais cela pourra sûrement le soutenir et le faciliter.

Quel type de conscience fait-il bouger les gens vers des directions plus humanistes et comment des écrits historiques peuvent-ils créer la conscience d’un tel mouvement ? Je peux penser à cinq façons dont l’histoire peut-être utile. Ceci ne constitue qu’un début cahotant. Je ne veut pas étabir de formules. Il y aura des histoires écrites utiles qui ne tomberont pas dans les catégories pré-conçues. Je ne veux qu’aiguiser le point de focalisation pour moi-même et d’autres qui désireraient plutôt avoir leurs écrits guidés par une inspiration humaine plutôt que par une habitude professionnelle.

1- Nous pouvons intensifier, étendre, affuter notre perception d’à quel point les choses sont-elles mauvaises, pour les victimes du monde. Ceci devient un acte de moins en moins philanthropique dans la mesure où chacun d’entre nous, indiféremment de sa race, de sa position géographique ou de sa classe sociale, devient la victime potentielle d’une planète brûlée, irradiée. Mais même notre propre victimisation est séparée de nous par le temps et la fragilité de notre imagination, tout comme celle des autres est séparé de nous parce que nous sommes blancs, prospères et au sein des murs d’un pays si sur-armé que nous avons bien plus de chances d’être agresseurs qu’agressés.

L’histoire peut essayer de surrmonter ces deux cas de séparations. La progression fascinante d’un fait historique du passé peut avoir un plus grand effet sur nous que le cours actuel des choses et les discours sur les possibilités dangereuses de l’époque actuelle et ce pour une bonne raison: parce que nous connaissons la fin de cette histoire. Il est vrai qu’il y a une crainte, un effroi à la contemplation d’une guerre nucléaire, mais ce n’est qu’une contemplation dont les effets terribles et effrayant sont difficiles à accepter. Il est vrai que notre préoccupation de la prolifération des bombes à hydrogène est magnifiée à la lecture des comptes-rendus de Barbara Tuchman sur la venue de la première guerre mondiale. La guerre était pressante de partout. Les gouvernements se débatirent pour l’éviter, mais rien n’y fît.

[…]

D’autres types de séparations des gens défavorisés du monde, les noirs, les pauvres, les prisonniers, sont parfois plus facile à surmonter dans le temps que dans l’espace, d’où la valeur et l’utilité du rappel, de la recollection historique. Les biographies de Malcolm X et de Frederick Douglass sont toutes deux parties intégrantes de l’histoire, une simplement plus récente que l’autre. Toutes deux attaquent notre suffisance. Ainsi que le sont également celles de noirs dans les ghettos brûlant des bâtiments aujourd’hui, mais les autobiographies font quelque chose de spécial: elles nous permettent de regarder de très près, attentivement, personnellement, derrière l’impersonalité de ces noirs sur les écrans. Elles envahissent nos maisons, ce que les noirs des ghettos n’ont pas encore fait et nos esprits, que nous avons tendance à durcir contre les demandes du maintenant. Elles nous disent à un degré moindre, ce que c’est que d’être noir d’une manière dont tous les clichés libéraux au sujet du “Négro” opprimé ne pourront jamais faire. Et ainsi, elles insistent pour que nous agissions, elles expliquent pourquoi les noirs agissent. Elles nous préparent sinon à intitier, du moins à répondre.

L’esclavage est terminé, mais sa dégradation prend maintenant d’autres formes du fond desquelles demeure la croyance non-dite que la personne noire n’est pas exactement un être humain. Le rappel de ce qu’est l’esclavage, de ce que sont les esclaves, aide à attaquer cette croyance. Prenez la lettre que Frederick Douglass écrivit à son ancien maître en 1848, au 10ème anniversaire de son évasion:

J’ai décidé d’attendre ce jour pour vous contacter parce que c’est l’anniversaire de mon émancipation… Il y a juste 10 ans, par un beau matin de Septembre, j’étais un pauvre esclave tremblant au son de votre voix, se lamentant d’être un homme. Bien que je ne fus qu’un enfant de six ans, je décidais de m’enfuir. Le tout premier effort mental dont je me souvienne, est cette tentative de résoudre ce mystère: pourquoi suis-je un esclave ? Lorsque j’entendis un gardien fouetter une femme esclave et entendit ses petits cris implorant, je m’en fus vers le coin de la cloture, fondis en larmes et me posai sans cesse ce mystère, c’est alors que je pris la décision de m’enfuir un jour… J’interprête de cette façon la moralité de mon acte: Je suis ce que je suis et vous êtes ce que vous êtes, nous sommes deux êtres différents. Ce que vous êtes, je le suis. Je ne vous suis pas attaché par nature ni vous à moi… En vous quittant, je n’ai fais que reprendre ce qui m’appartenait…”

Pourquoi devons nous regarder en arrière jusqu’à ces jours de l’esclavage ? L’expérience de Malcom X en notre époque n’est-elle pas suffisante ? Je vois deux raisons majeures de faire un retour en arrière. L’une est qu’en devant gérer le passé nous baissons notre garde, parce que nous commençons à penser que c’est fini, que nous n’avons rien à craindre en en absorbant la totalité. Il s’avère que nous avons tort, parce que cela nous touche et nous affecte directement, bien plus que ce que nous le pensons, et quand nous l’avons reconnu, il est trop tard, nous avons été touché, bouleversé. Une autre raison est que le temps ajoute de la profondeur et de l’intensité à un problème qui autrement semblerait être éphémère et susceptible d’être ignoré […]

L’histoire peut-elle aussi aiguiser notre perception de cette pauvreté cachée de la vue par le feuillage des banlieues ? Les pauvres, comme les noirs, deviennent invisibles dans une société aveuglée par l’éclat de son propre luxe. Il est vrai que nous pouvons être rappelés à leur existence, comme nous le fûmes aux Etats-Unis dans les années 1960 quand nos sensibilités avaient été aiguisées par la révolte des droits civiques et notre tolérance et patience envers le gouvernement, usées par la guerre du Vietnam. A cette époque, des livres comme celui de Michael Harrington “L’autre Amérique”, nous avaient frappé, sans avoir besoin de retourner en arrière, simplement en nous donnant un périscope pour voir au coin de la rue et simplement en demandant que nous regardions.

L’histoire peut aider quand elle nous montre comment d’autres gens en situation similaire, en d’autres temps, furent aveuglés par le comment leurs voisins vivaient, dans la même ville. Supposez qu’au beau milieu de cette “prospérité” des années 1950, nous avions lu à propos des années 1920, une autre époque d’affluence. En regardant bien, on aurait pu trouver le rapport du sénateur Burton Wheeler du Montana, enquêtant sur les conditions de vie en Pennsylvannie pendant les grèves des mineurs de charbon de 1928:

Toute la journée j’ai écouté des histoires à briser le cœur, de ces femmes évincées de leurs maisons par les compagnies minières. J’ai écouté les plaidoiries à faire pitié de jeunes enfants pleurant pour du pain. Je restais médusé à l’audition d’histoires incroyables d’hommes battus par des milices privées. Ceci fut une expérience choquante et déprimante.

Ceci suggérerait-il qu’un voile est aussi tiré sur la vie de bien des Américains de nos jours et que le son de la prospérité noie tout le reste et que la voix des nantis domine l’histoire ? A notre époque, tout comme dans le passé, nous construisons “l’histoire sur la base de la narration de ceux qui parlent le mieux, les membres les plus privilégiés de notre société”. Le résultat en est une image déformée du comment les gens vivent vraiment, une sous-estimation de la pauvreté, un échec de faire le portrait des circonstances dans lesquelles vivent les plus démunis. Si, dans le passé, nous avons pu trouver la voix des sans-voix, ceci peut nous permettre de trouver la voix des laisser-pour-compte de notre propre époque. Il est vrai que nous pourrions accomplir ceci sans avoir à se remémorer le passé. Mais parfois, la divulgation de ce qui est caché dans le passé nous force à regarder avec plus d’insistance dans notre société contemporaine, surtout quand il n’y a pas de raison immédiate de le faire. En ce qui me concerne, lire dans les documents de Fiorello LaGuardia, les lettres des pauvres de Harlem dans les années 1920, m’a fait regarder à deux fois le bon temps que nous avions dans les années 1950…

L’image de la société donnée par ses victimes est-elle véritable ? Il n’y a pas de véritable image de quelque situation historique que ce soit, pas de description objective. Cette recherche d’une objectivité non-existante nous a mené pardoxalement à une régression subjective, celle du badaud. La société possède des intérêts variés et antagonistes, ce qui est appelé “objectivité” est le déguisement d’un de ces intérêts, celui de la neutralité. Mais la neutralité est une fiction dans un monde partial. Il y a des victimes et il y a des bourreaux et il y a aussi des badauds. Dans le dynamisme de notre temps, alors que des têtes roulent dans la sciure toutes les heures, ce qui est vrai dépend de ce qui est vrai pour votre propre tête et l’objectivité du badaud appelle à l’inaction alors que d’autres têtes roulent dans la sciure. Dans le roman d’Albert Camus “La Peste”, le Dr. Rieux dit: “Tout ce que je dis est que sur cette terre il y a des pestilences et il y a des victimes, et il ne tient qu’à nous, aussi loin que possible, de ne pas joindre nos forces avec ces pestilences.Ne pas agir est joindre ses forces avec la peste qui s’étend.

Quelle est la vérité au sujet de la situation de l’homme noir aux Etats-Unis en 1968 ? Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation s’est améliorée. Des statistiques peuvent être montrées pour affirmer que sa situation est aussi mauvaise qu’elle l’a toujours été. Ces deux ensembles de statistiques sont “vrais”; le premier mène à la satisfaction du degré de changement aujourd’hui, le second mène à un désir d’accélérer le changement. Ainsi, le plus proche que nous puissions être de cette “objectivité” élusive est de faire un rapport adéquat des subjectivités dans une situation donnée. Mais nous insistons sur une, ou une autre de ces vues subjectives dans chaque cas. Je suggère que nous nous détachions de notre position habituelle d’observateurs privilégiés. A moins que nous ne nous extirpions d’être ce que nous aimons appeler, “objectifs”, nous sommes bien plus près psychologiquement, que nous désirions l’admettre ou pas, de l’exécuteur, que de la victime.

Il n’y a pas besoin de cacher les données qui montrent que quelques noirs montent l’échelle sociale américaine plus rapidement qu’auparavant, que cette échelle est plus encombrée qu’avant. Mais il y a un besoin, venant de la détermination de représenter ceux qui veulent toujours les nécessités de l’existence (nourriture, toit, dignité, liberté), d’insister sur les vies de ceux qui ne peuvent pas même approcher de l’échelle.

[…]

Ainsi, une histoire de l’esclavage tirée des narratifs des esclaves fugitifs est très importante. Ceci ne peut en aucun cas monopoliser l’historiographie, parce que les histoires que nous a vons déja sont celles provenant du point de vue des propriétaires d’esclaves (comme ceux d’Ulrich Phillip, basée sur des carnets d’exploitation de plantations par exemple), ou du point de vue de l’observateur détaché (l’historien libéral, critiquant l’esclavage mais sans la passion appropriée pour induire une action ). Une histoire orientée sur l’esclave simplement remplit le domaine de telle façon que cela nous tire de notre léthargie.

Cela est vrai pour raconter l’histoire de la révolution américaine du point de vue du marin plutôt que du marchant et de raconter l’histoire de la guerre avec le Mexique du point de vue des Mexicains. Il ne faut pas omettre le point de vue des privilégiés (qui domine le domaine de toute façon), mais de nous rappeler qu’il y a toujours une tendance, maintenant et auparavant, de ne voir l’histoire que depuis le sommet de la pyramide. Peut-être qu’une histoire de la guerre de l’opium vue à travers les yeux des Chinois suggèrerait aux Américains que la guerre du Vietnam pourrait tout aussi bien être vue du point de vue des Vietnamiens. *

2- Nous pouvons exposer les prétensions du gouvernement soit à la neutralité ou au favoritisme. Si le premier requis pour activer les gens est de développer leur attention sur ce qui n’est pas bien, le second est de les désabuser de la confiance qu’ils ont en ce qu’ils peuvent dépendre du gouvernement pour rectifier ce qui est mal.

Là encore, je pars du principe qu’il y a eu beaucoup de malfaisance de notre part, trop pour que beaucoup d’entre nous soient satisfaits, mais si tout le monde n’a pas été trompé. Les gouvernements du monde n’ont pas été disposés à changer beaucoup de chose; en fait, ils ont souvent été les perpétrateurs du mal occasionné. Marteler ceci nous pousse à agir sur nous-mêmes.

Est-ce que cela veut dire que je ne suis pas “objectif” au sujet du rôle des gouvernements ? Voyons un peu le rôle des Etats-Unis sur le sujet racial. Par exemple, que firent les différents gouvernements américains pour l’homme noir après la guerre de sécession ? Soyons “objectifs” c’est à dire relatons tous les faits afin de répondre à cette question. Ainsi nous devrions noter les 13ème, 14`eme et 15ème amendements de la constitution, le bureau de Freedman, le stationnement de forces armées dans le sud, le passage des lois de droit civique de 1866, 1870, 1871 et 1875; mais nous devons également prendre en compte la décision de justice émasculant le 14 ème amendement, la trahison du nègre dans l’accord de 1877 Hayes-Tilden, la non mise en application des lois de droit civique. Ultimement, même si nous mentionnons tout, notre insistance à la fin serait subjective, cela dépendrait de qui nous sommes et ce que nous voulons. Une préoccupation actuelle, pour laquelle les citoyens doivent agir par eux-mêmes, suggère que nous insistions sur le manque de confiance envers le gouvernement pour sécuriser des droits égaux pour les noirs.

Une autre question: Jusqu’à quel point peut-on faire confiance à notre gouvernement pour que la richesse du pays soit distribuée équitablement ? Nous pourrions prendre en compte les lois passées au cours de ce siècle semblant être faites pour une justice économique: les lois de réglementation des chemins de fer de l’ère progressiste, la création d’un impôt sur le revenu graduel sous le gouvernement du président Wilson, les procès en justice contre les trusts industriels et banquiers intitiés par les administrations de Roosevelt et de Taft. Mais la reconnaissance actuelle du fait que l’allocation de richesse des les cinquièmes supérieurs et inférieurs de la population n’a pas fondamentalement changé depuis cent ans suggérerait que toutes ces lois et réglementations n’ont en fait que préservées le statu quo. Pour changer cela, nous devrions insister sur ce qui n’a pas été jusque ici mis en cause: l’échec persistant du gouvernement de changer les constantes inégalités inhérentes au système économique américain.

[…]

Une histoire radicale exposerait dès lors les limites des réformes gouvernementales, les connexions du gouvernement avec la richesse et le privilège, les tendances du gouvernement vers la guerre et la xénophobie, le jeu constant de l’argent et du pouvoir derrière la présumée neutralité de la loi. Elle illustrerait le rôle du gouvernement à maintenir les choses telles qu’elles sont, soit par la force ou par le mensonge, ou par une subtile combinaison des deux, soit par plan délibéré ou par un enchaînement de situations impliquant des milliers d’individus jouant des rôles en accord avec ce qu’on attend d’eux.

A suivre…

Petit abrégé d’histoire du pays du goulag levant (ex-USA) depuis la seconde guerre mondiale (Howard Zinn)

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“Les Etats-Unis ? C’est l’histoire d’une bande d’esclavagistes qui voulurent être libres. Alors ils ont tués plein d’Anglais blancs pour pouvoir garder leurs esclaves noirs africains et ils purent continuer à éliminer les hommes rouges, continuer à bouger vers l’Ouest pour aller voler les terres des Mexicains bronzés, ce qui leur donna un espace volé pour pouvoir plus tard bombarder nucléairement les jaunes. Vous savez ce que devrait-être le slogan de ce pays: ‘Donnez-nous une couleur, on l’éliminera !”

~ George Carlin ~

 

Une nation pacifique ?

 

Howard Zinn

 

Extrait d’une conversation avec Anthony Arnove sur le terrorisme et la guerre (2002)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

[…] Vous ne pouvez pas dire aux Américians Originels (Indiens) que nous étions une nation pacifique alors que nous mouvions au travers du continent et nous engagions dans des centaines de guerres contre eux. Les Etats-Unis se sont engagés dans au moins vingt interventions militaires dans les Caraïbes dans les vingt premières années du siècle dernier (XXème siècle), de la seconde guerre mondiale à aujourd’hui, nous avons eu une interminable succession de guerres et d’interventions militaires.

Juste cinq ans après la fin de la guerre la plus désastreuse de l’histoire de l’humanité, après la seconde guerre mondiale, nous sommes en guerre en Corée. Ensuite, presqu’immédiatement, nous allons aider les Français en Indochine, suppléant plus de 80% de leur équipement militaire et bientôt nous sommes impliqués en Asie du Sud-Est. Nous bombardons non seulement le Vietnam mais aussi le Laos et le Cambodge.

Dans les années 1950, nous sommes aussi impliqués dans des opérations secrètes de renversement de gouvernements en Iran (1953) et au Guatémala (1954). De plus alors même que nous sommes impliqués par la suite au Vietnam, nous envoyons également l’armée en République Dominicaine. Dans cette période nous donnons aussi une énorme aide militaire à l’Indonésie, aidant ainsi le dictateur local Suharto, à mener une guerre interne contre son opposition au cours de laquelle plusieurs centaines de milliers d’opposants à son régime seront tués. Puis en 1975, le gouvernement américain apporte un soutien critique à la campagne féroce et brutale de mise au pas de la population du Timor Oriental, dans laquelle des centaines de milliers de personnes seront tuées.

Dans les années 1980. Lorsque Reagan arrive aux affaires, nous commençons une guerre secrète en Amérique Centrale, au Salvador et au Honduras, au Costa Rica et spécifiquement au Nicaragua, y créant une force contre-révolutionnaire les Contras, que Reagan appelle les “Combattants de la Liberté”.

En 1978, avant même que les Russes n’entrent en Afghanistan, nous envoyons secrètement des armes aux rebelles les moudjahidines. Certains d’entre eux deviendront par la suite les Talibans, les gens qui soudainement deviendront nos ennemis. Le Conseiller à la Sécurité Nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, crânait alors qu’il savait que les Etats-Unis allaient “provoquer une intervention militaire soviétique” en Afghanistan. Ceci se produisit, provoquant une guerre qui dura 10 ans. La guerre fut dévastatrice pour les Afghans et laissa le pays en ruine. Dès que ce fut fini, les Etats-Unis se retirèrent. Les gens que nous soutenions, les fondamentalistes religieux prirent le pouvoir en Afghanistan et y établirent leur régime.

Presqu’aussitôt la venue aux affaire de George Bush Sr en 1989, il lança une guerre contre la Panama, qui tua plusieurs milliers de personnes. Deux ans plus tard, nous étions en guerre dans le Golfe, utilisant l’invasion du Koweït par Saddam Hussein (NdT: qui eut au préalable le feu vert de Washington et fut encouragé de le faire se faisant ainsi piéger…) comme excuse pour intensifier notre présence militaire dans la région et pour stationner des troupes en Arabie Saoudite, ce qui devint par la suite un des crimes principaux qui fit réagir Oussama Ben Laden et d’autres nationalistes saoudiens.
Puis, avec l’administration Clinton, nous avons bombardé l’Afghanistan, le Soudan, la Yougoslavie et encore l’Irak.

Pour que quelqu’un comme Bush nous appelle une “nation pacifique”, cela veut dire qu’il faille laisser de côté une bien grande portion de l’histoire.

Il est en fait juste de dire que depuis la seconde guerre mondiale, il n’y a pas eu de nation plus belliqueuse et activement engagée dans les conflits que les Etats-Unis.

[…] Pour nous faire entrer de nouveau en guerre (NdT: Après les attentats du 11 Septembre 2001), ils veulent nous faire agir comme si nous étions nés hier. Ils veulent que nous oublions l’histoire de nos gouvernements, parce que si vous oubliez l’histoire, c’est à dire si vous êtes nés d’hier, alors vous allez croire n’importe quoi. Comment croyez-vous que nous ayons ajouté le Texas, le Colorado, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie aux Etats-Unis ? Parce que les Mexicains nous aimaient beaucoup et qu’ils nous les ont donné ? Nous avons acquis ces territoires suite à la guerre contre le Mexique et nous avons pensé que les Mexicains devraient être contents que nous n’ayons pas tout pris. Cette guerre contre le Mexique a commencé avec un mensonge. Il y a eu un incident à la frontière américain-mexicaine. Des troupes américaines allèrent en zone disputée et des gens y furent tués. Le président James Polk décréta que le sang avait coulé en terre américaine et les armées furent envoyées vers Mexico-City, peu de temps après nous avions la moitié du Mexique.

[…] Ainsi l’histoire peut-être utile. Elle peut vous en dire beaucoup sur votre gouvernement, au sujet des mensonges et de la tricherie perpétuelle. Si les gens savaient cette histoire, ils ne resteraient pas assis béatement à écouter un Bush parler et à s’émerveiller qu’il soit capable de lire.

[…] Le gouvernemnt nous dit qu’il est absolument déterminé à éradiquer les camps d’entrainement terroristes (NdT: créés par la CIA, MI6, Mossad, ISI et financé par les Saoudiens et pays du Conseil de Coopération du Golfe), mais ici aux Etats-Unis, la sinistre “École des Amériques” (NdT: autrefois basée au Panama) a entraîné et entraîne toujours des personnels qui s’engagent dans le terrorisme, elle entraîne des gens qui deviennent les organisateurs des escadrons de la mort en Amérique Centrale (NdT: technique de “contre-insurrection” développée par l’armée française lors de la bataille d’Alger de 1957 et que des cadres tortionnaires français comme le général Aussarès, enseignèrent à l’École des Amériques…).

Si vous mettez au mur des photos de classe de l’École des Amériques, vous aurez une une sérieuse galerie de terroristes internationaux, comme par exemple le chef des escadrons de la mort salvadoriens Roberto D’Aubuisson, qui prît par au massacre de 811 personnes à El Mozote en 1981, ainsi que beaucoup de généraux et de dictateurs qui passèrent dans les rangs de l’École des Amériques.

Vous savez, le dictateur panaméen Manuel Noriega est allé à l’École des Amériques, puis est devenu un employé de la CIA, puis soudainement est devenu un ennemi et un terroriste, alors nous sommes entrés en guerre contre le Panama pour le capturer.

Nous n’irons probablement pas de si tôt en guerre contre Henry Kissinger !

Les Etats-Unis se sont opposés de manière persistante à la création d’un tribunal international contre les crimes de guerre parce qu’il pourrait être utilisé contre les personnels du gouvernement américain et ses militaires…

Kissinger a écrit récemment qu’un tel tribunal serait un mauvaise idée ! Bien sûr que c’est une mauvaise idée, il pourrait bien être un des premiers à y être jugé. (NdT: N’oublions pas que Kissinger est le protégé et l’homme d’action de la famille Rockefeller…)

[…] Le gouvernement américain quel qu’il soit n’est clairement pas intéressé en une telle initiative.

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Sur les mouvements sociaux et la lutte anti-ségrégationniste dont Zinn fut un fervent activiste il dit ceci (toujours avec Arnove en 2002):

Pas en notre nom

[…]

Je pense que la chute de l’URSS il y a dix ans nous a donné une nouvelle opportunité de discuter au sujet du socialisme d’une façon qui ne serait pas entachée par le stalinisme, par un état policier et le goulag (NdT: qu’aujourd’hui en 2014, les Etats-Unis ont remplacé en devenant le Pays du Goulag Levant depuis 2001…). Nous pouvons retourner à cette fraîche vision du socialisme qui nous fut donnée avant l’avènement de l’URSS par des gens comme Eugène Debs, Helen Keller et Jack London. C’est une vision du socialisme qui peut inspirer les gens, qui a inspiré plusieurs millions de personnes dans ce pays à la fin XIXème et début XXème siècles. Je pense que nous avons de nouveau cette opportunité pour le faire.

Cela prendra pas mal de temps et d’éducation, il est clair que les gens n’ont aucune foi dans les institutions du gouvernement. La revue Business Week, qui n’est pas exactement un magazine prolétaire, a conduit une étude il y a plusieurs années, étude qui indiqua que les gens avaient un sérieux manque de confiance dans les entreprises et le gros business et spécifiquement celles qui infuencent la politique. Ce scepticisme montre l’aliénation qui existe et donc l’opportuunité qui existe aussi en ce moment pour projeter de nouvelles idées vers les gens.

La guerre a toujours diminué notre liberté. Quand notre liberté s’est étendue, cela n’a jamais été le résultat de guerre ou de quoi que ce soit le gouvernement aurait fait, mais toujours en résultat de l’action directe des citoyens. Le meilleur exemple de cela est l’histoire des afro-américains aux Etats-Unis, l’histoire de l’esclavage et de la ségrégation. Ce ne fut pas le gouvernement qui initia le mouvement contre l’esclavage mais les abolitionnistes noirs et blancs. Ce ne fut pas le gouvernement qui initia la bataille contre la ségrégation dans les années 1950 et 1960, mais le mouvement social des peuples du sud des Etats-Unis. Ce ne fut pas le gouvernement qui donna aux ouvriers la liberté de ne travailler que huit heures par jour au lieu de 12. Ce furent les ouvriers et les travailleurs eux-mêmes qui s’organisèrent en syndicats, firent grève après grève et firent face dans les rues à la répression de la police. Le gouvernement était de l’autre côté, le gouvernement a toujours été du côté des employeurs et des grosses entreprises.

La liberté des travailleurs, la liberté des noirs ont toujours dépendu des luttes du peuple lui-même contre le gouvernement. Donc, si on y regarde de près historiquement, nous ne pouvons certainement pas dépendre des gouvernements pour maintenir ou gagner nos libertés. Nous ne pouvons compter que sur nos propres efforts bien organisés.

Une autre leçon que nous enseigne l’histoire est que vous ne devez jamais dépendre de vos droits légaux. Ne croyez jamais que vous pouvez montrer un statut légal ou la constitution et dire: “Vous voyez, c’est ce qu’il y est dit et donc c’est ce que je vais avoir.” Parce que quoi que dise la constitution, quelque soit ce que disent les statuts, quiconque en fait détient le pouvoir en une situation donnée déterminera si les droits que vous avez sur le papier seront les droits que vous aurez de fait. Ceci est une situation très commune dans notre société. Les gens luttent pour avoir leurs droits, ils les obtiennent sur le papier, mais la réalité du pouvoir et de la richesse intervient et ces droits légaux ne veulent plus dire grand chose. Vous devez vraiment lutter pour qu’ils deviennent réels.

[…] Je pense que l’échec du système capitaliste pour résoudre les problèmes fondamentaux va devenir de plus en plus évident.

[…] Un système qui place les bénéfices des entreprises et des actionnaires au dessus de toute autre considération est voué à être exposé à l’échec. Je ne sais pas quand cela deviendra l’évidence même pour la vaste majorité du public américain mais cela est certain de se produire dans le futur.

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Source:

Terrorism and War”, Howard Zinn with Anthony Arnove, Open Media, 2002

Résistance politique et désobéissance civile: Surmonter les obstacles (Howard Zinn)

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 6 janvier 2014 by Résistance 71

Extraits de deux discours d’Howard Zinn: “Juste guerre” donné à Rome en Italie en Juin 2005 et “Surmonter les obstacles”, donné à l’université du Colorado en novembre 2006

Traduit de l’anglais par Résistance 71.

2ème partie

 

Surmonter les obstacles

 

Howard Zinn

 

(larges extraits d’un discours donné à l’université du Colorado en novembre 2006)

 

= Traduit de l’anglais par Résistance 71 = Janvier 2014 =

 

Je désire parler de la situation à laquelle nous devons faire face aujourd’hui et quels sont les obstacles que nous devons affronter pour agir contre elle. Dans une certaine mesure, je ne pense pas avoir à vous dire quelle est la situation aujourd’hui…

Nous savons tous que nous vivons dans un pays qui a été saisi par un groupe d’étrangers. Ils sont sans pitié. Ils ne se soucient absolument pas des droits de l’Homme, ils ne se préoccupent pas de la liberté d’expression. Oui, je me réveille chaque matin et je me sens dans un pays occupé. L’Irak est occupé, nous sommes occupés. Ces gens, vous savez de qui je parle, je n’ai pas besoin de citer de noms, sont des étrangers en ce qui me concerne.

[…]

N’est-il pas ironique que nous construisions un mur le long de la frontière de la Californie du Sud et de l’Arizona pour garder les familles mexicaines hors du territoire que nous leur avons volé lors de la guerre contre le Mexique de 1846-48. Je n’ai jamais entendu un député ou un sénateur mentionner ceci.

[…]

Je désire parler des obstacles idéologiques de notre culture qui se dressent devant tout changement. J’ai bien dit des obstacles de notre culture, parce que les obstacles ne sont pas dans la nature humaine, ils ne sont pas en l’homme lui-même. Les êtres humains ne veulent pas naturellement la guerre, ils ne veulent naturellement pas que d’autres humains soient traités comme des sous-hommes. Les êtres humains ne veulent naturellement pas ériger des murs pour les séparés d’autres humains. Tout ceci n’est qu’artifice culturel, ce sont des choses induites que nous apprenons. Ainsi je désire parler de certaines choses que nous apprenons et qui se dressent sur le chemin de la compréhension, qui se dressent sur le chemin de l’unification, qui se dressent sur le chemin du changement véritable.

Un de ces obstacles est celui de l’idée de la neutralité ou de l’objectivité ou du “Je suis ceci ou cela, je suis un avocat, un professeur, un ingénieur, je suis telle ou telle chose et je n’ai pas à prendre parti sur les choses qui se passent dans le monde aujourd’hui.” Si les gens de professions différentes ne prennent pas position sur les choses qui se déroulent aujourd’hui, alors cela laisse le champ libre à ceux qui prennent position sur ces choses, les gens de Washington. Mon argument est le suivant: Ce n’est même pas la peine d’essayer d’être neutre parce que vous ne le pouvez simplement pas. Quand je dis qu’on ne peut pas être neutre dans un train en marche, cela veut dire que le monde est déjà en train de bouger dans une direction donnée. Des enfants ont faim, des guerres se déroulent. Dans une telle situation, être neutre ou essayer de demeurer neutre, de rester en dehors des choses, de ne pas prendre position, de ne pas participer, est en fait collaborer avec quoi que ce soit qui se passe et permettre que cela se passe. Je n’ai personnellement jamais voulu être un collaborateur et j’ai en revanche toujours voulu participer au mouvement du monde et voir si je pouvais avoir un effet, un impact si petit soit-il.

Nous avons tous ce problème, nous sommes tous dans des professions où on nous demande d’être “professionnels” et “être professionnel” veut dire qu’on ne fait pas un pas en dehors de sa profession. Si vous êtes un artiste, vous me prenez pas position sur des problèmes politiques. Si vous êtes un professeur, vous ne devez pas amener vos opinions avec vous en classe. Si vous travaillez pour un journal, vous devez prétendre être impartial en présentant les nouvelles. Mais bien sûr tout ceci est une mascarade. Vous ne pouvez pas être neutre. Si vous êtes un historien et que vous avez été éduqué à croire que vous êtes un historien objectif, vous ne prenez pas position, vous présentez juste des faits comme ils le sont, vous vous trompez vous-même, parce que toute l’histoire qui est présentée dans les livres ou dans des conférences est une histoire qui a sélectionnée et éliminée une masse énorme de données. Quand vous faites, ou quelqu’un d’autre fait cette sélection, vous avez décidé ce qui est important ou pas. Ceci vient de votre point de vue. Donc, premièrement, il est impossible d’être soi-disant objectif ou neutre et deuxièmement, ceci n’est pas désirable, parce que nous avons besoin de l’énergie de tout le monde, nous avons besoin de toute l’intervention possible sur quoi que ce soit qui se passe.

[…]

Pourquoi les gens se laissent-ils berner si facilement ? N’ont-ils pas une source d’information qui pourrait leur dire ce qui se passe vraiment ? Leur permettrait de vraiment défier le gouvernement, de le contrôler, de vérifier ce que le gouvernement est en train de faire ? Qu’en est-il de la presse ? Les médias ? Dans un pays démocratique, bien informé, les médias sont la mouche du coche, ils jouent le rôle de représentant du public ; comme ils sont professionnels, c’est leur boulot d’être profesionnels au sujet de la collecte de l’information. Puis nous devons dépendre d’eux pour nous donner cette info ainsi que les analyses, le fond des affaires et la critique qui nous permettra à nous le public de défier ce qui se passe. Cela devrait se passer de cette façon en démocratie, dans un pays où nous aurions des médias démocratiques. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons des médias qui sont contrôlés par un tout petit nombre de corporations très puissantes et on se rend compte que la même histoire est diffusée sur tous les médias le soir même… Vous allumez la télé, hop, Bush est là, vous changez de chaîne, il est toujours là, vous allez très vite sur une autre chaîne… il est toujours là. Vous éteignez la télé… Il est toujours là !

Après tout, les médias n’ont pas fait leur boulot, s’ils l’avaient fait, ils auraient sûrement rappelé au public le souvenir du procès de Nüremberg. Quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak, les médias auraient pu nous rappeler que cela étaient une violation de la charte des Nations-Unies que d’attaquer un autre pays sans provocation, sans que celui-ci ne vous ait attaqué. C’est une violation de la loi internationale, une violation de la charte de base qui fut écrite après la seconde guerre mondiale. En fait: c’est un crime de guerre !

[..]

Donc si nous n’avons pas de presse pour nous informer, ni de partis d’opposition pour nous aider, alors nous sommes laissés seuls, ce qui est en fait une très bonne chose à savoir. C’est très bien de savoir qu’on est seul. C’est très bien de savoir que vous ne pouvez pas compter sur des gens sur lesquels on ne peut pas compter de toute façon. Mais si vous êtes seul, alors il est indispensable de connaître un peu d’histoire, parce que sans l’histoire vous êtes perdu. Sans l’histoire, n’importe qui avec un peu d’autorité peut se tenir devant un micro et vous dire: “Nous devons envahir ce pays pour telle et telle raison, pour la liberté, la démocratie, la menace à notre sécurité.” N’importe qui peut se mettre devant un micro et vous dire ce qu’il/elle veut et si vous ne connaissez rien de l’histoire, vous n’avez aucun moyen de vous référer à quelque chose de tangible.

[…]

Un jour j’étais dans une salle de classe pour enseigner l’histoire à une classe d’honoraires, il y avait environ une centaine d’élèves dans l’amphithéâtre et j’ai demandé: “Qui d’entre vous a déjà entendu parler du massacre de Ludlow ?… Du massacre de My Lai ?” Si je n’avais demandé qu’à propos de Ludlow, encore… Ok, oublions cela, mais My Lai ? Qui est bien plus récent, durant la guerre du Vietnam… Pas une seule main ne s’est levée. Non, cette sorte d’histoire n’est pas enseignée…

Il y a de plus un autre obstacle à notre enseignement, à notre compréhension, quelque chose dont nos écoles maternelles sont déjà emplies. L’idée que nous somme les meilleurs, que nous sommes les numéros 1 dans le monde, que nous sommes les meilleurs. Dans le language des scientifiques sociaux, cela s’appelle l’exceptionnalisme américain. Nous sommes l’exception de tout ce qui pollue les autres pays. Nous sommes les gentils du monde. Nous les sommes les boy scouts du monde. Nous aidons les autres pays à traverser la rue… Cette idée d’exceptionnalisme a commencé avec les puritains de la Nouvelle-Angleterre. Nous sommes la “cité sur la colline” etc, etc…

Un autre obstacle à une bonne compréhension et à l’activisme, l’idée aussi très engoncée dans notre culture, que nous les Américains avons tous un intérêt commun et une histoire commune ; que nous avons tous combattu dans une révolution contre l’Angleterre etc… que les pères fondateurs nous représentent tous et toutes. Cette idée que nous sommes une seule et même famille et que nous avons tous les mêmes intérêts.

Que dire du patriotisme ?, quand vous commencez à parler, à critiquer ce que fait le gouvernement et que vous commencez à être sceptique, on vous accuse de ne pas être patriote. Voilà un autre obstacle à surmonter. Le patriotisme ne veut pas dire soutenir le gouvernement. Le patriotisme veut dire soutenir les principes pour lesquels le gouvernement est supposé lutter. Lisez la déclaration d’indépendance. Elle vous dit que les gouvernements sont des entités artificielles. Ils sont créés par le peuple pour qu’il s’assure de certaines choses comme  un droit égal à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur (NdT: qui a depuis été remplacé par “droit égal à la vie, à la liberté et à la propriété”, cela en dit suffisamment long sur les intentions…) et d’après la Déclaration, lorsque le gouvernement devient destructeur de ces buts, et je cite le texte: “c’est le droit du peuple d’altérer ou d’abolir le gouvernement”. La Déclaration d’Indépendance est un document patriotique (NdT: comme l’était en France la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1793, qui comportait un article 35 similaire à celui de la déclaration américaine concernant “le droit et le plus fondamental des devoirs” qu’est l’insurrection du peuple devant un gouvernement qui usurpe et abuse l’autorité…)

Dois-je vraiment parler du terrorisme ? Non. Vous savez tous ce qu’est le terrorisme. Vous savez que c’est une escroquerie. Comment pouvez-vous avoir une “guerre contre le terrorisme” ? La guerre c’est du terrorisme ! Cela devrait être clair et entendu depuis longtemps. Le 11 Septembre, Al Qaïda, Oussama Ben Laden, quelque part en Afghanistan… Tout cela est une escroquerie absolue. Rappelez-vous toujours que les gouvernements sont capables de bien plus de terrorisme que tous les IRA, Al Qaïda et OLP réunis.

[…]

Il y a eu plusieurs mois superbes lors de la Commune de Paris en 1871 où la démocratie a régné. Mais ils avaient besoin du soutien de la paysannerie dans les campagnes, parce qu’elle représentait toujours l’essentiel de la population. Ils venaient juste d’inventer les ballons à air, alors ils envoyèrent un ballon au dessus de la campagne et ils y larguèrent des tracts, des pamphlets, pour tous les paysans de France. Ces tracts avaient un seul slogan: “Nos intérêts sont les mêmes”. Voilà l’idée que nous devons diffuser autour du monde ; aux gens d’autres pays, aux peuples d’autres races en Afrique, en Asie.

Nos intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des leaders politiques, des industriels, mais les intérêts des peuples sont convergents et nous allons finir par agir de la sorte.

Les dirigeants dépendent de notre obéissance, lorsque nous leur retirons cette obéissance, leur pouvoir disparaît. Il est très important que nous ayons toujours cela présent à l’esprit. Il est très important de nous rappeler que chaque petite chose que nous faisons aide. Nous n’avons pas à faire tous des choses héroïques. Tout ce que nous avons à faire, ce sont les petites choses et à un certain moment de l’histoire, des millions de petites choses s’assemblent et un grand changement se produit.

[…]

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Source:

Arnove Anthony, “Howard Zinn Speaks”, Haymarket Books, 2012, ch.15, pp 207-223