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Empire occidental et imbécilité universelle…

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Très bonne analyse de Vitchek. Reste ensuite à déterminer la suite. comment faire tomber l’empire et surtout, surtout, par quoi le remplacer hors de la fange étatique sclérosée, archaïque, inégalitaire et totalement obsolète.

— Résistance 71 —

 

L’occident répand l’idiotie intellectuelle universelle

 

André Vitchek

 

21 Août 2015

 

url de l’article en français:
http://lesakerfrancophone.net/loccident-repand-lidiotie-intellectuelle-universelle/

 

Est-ce qu’un dictateur pourrait désirer mieux? La population entière de l’Empire, ou presque, pense maintenant de la même manière!

La population est instruite dans les écoles et le personnel des universités est composé d’enseignants et de professeurs soumis et lâches.

La population est informée par des centaines de milliers de journalistes et d’analystes serviles. Il n’y a pratiquement pas d’écart par rapport au récit officiel.

Félicitations, l’Empire occidental! Vous avez réussi là où d’autres ont échoué. Vous avez obtenu une obéissance et une discipline presque absolues, une servilité totale.

Et encore mieux, la plupart des gens pensent réellement qu’ils sont libres, qu’ils ont le contrôle. Ils croient qu’ils peuvent choisir, qu’ils peuvent décider. Ils sont convaincus que leur civilisation est la plus grande civilisation que la Terre ait jamais connue!

***

Des dizaines de millions font la queue, volontairement, demandant à être instruits pour obtenir à la fin un de ces diplômes impériaux officiels. Ils veulent être acceptés, certifiés et loués par les dirigeants.

Les gens offrent leurs propres têtes courbées à une intervention complexe et prolongée de lobotomie. En échange de chiffons de papier timbré nommés diplômes, des hommes et des femmes perdent, pour toujours, leur capacité à penser de manière indépendante, à analyser et à voir le monde de leurs propres yeux. En guise de récompense pour leur soumission, leurs chances d’obtenir des postes prestigieux dans les bataillons d’élite du régime, institutions, universités et autres, augmentent de manière spectaculaire.

Le degré extrême de conformité de la majorité des hommes et des femmes vivant dans nos sociétés rend les vieux livres comme Fahrenheit 451 et 1984 modérément dérangeants. Notre réalité de 2015 est beaucoup plus psychédélique, bizarre et effroyable… et scandaleuse aussi!

La plupart des citoyens sont même prêts maintenant à payer de leur poche (ou de celle de leur famille) pour ces chirurgies du cerveau éducatives et propagandistes; ils sont désireux de s’endetter lourdement pour être soigneusement programmés et endoctrinés. Plusieurs années plus tard, lorsque tout est fini et que rien n’est resté de leur individualité, ils bombent le torse avec orgueil et souvent ils pleurent lorsqu’ils reçoivent ce morceau de papier timbré qui ne signifie en fait qu’une chose: «Admis, accepté et certifié – prêt à servir et à être utilisé par l’Empire et son régime fasciste.»

Des millions d’étrangers se bousculent pour bénéficier aussi de cette lobotomie. Ceux qui viennent des pays colonisés et détruits sont souvent les plus impatients. Les enfants des élites sont excités à la perspective de recevoir le sceau d’approbation de l’Empire, pour être moulés, pour se fondre dans les masses en Europe ou en Amérique du Nord. Après l’obtention de leur diplôme et après leur retour à la maison, ils ajoutent leurs titres partout sur leurs cartes de visite, ils augmentent leurs tarifs et demandent du respect pour leurs manières occidentales et leur collaboration intellectuelle avec l’Empire. Ensuite, beaucoup d’entre eux s’occupent à voler et à endoctriner leurs compatriotes pour le compte de l’Occident.

Dans de nombreux pays, il n’y a même aucune raison de quitter la maison. Le lavage de cerveau occidental est facilement accessible par le biais des innombrables écoles privées, chrétiennes et internationales, des églises, des institutions culturelles et, bien sûr, du divertissement.

Même des pays comme la Chine, qui peuvent compter sur des cultures beaucoup plus grandes et plus anciennes que la culture occidentale, sont maintenant terriblement influencés par leurs propres fils et filles, qui ont été programmés à croire dans la grandeur de la civilisation occidentale. Ils ont été endoctrinés soit dans les établissements éducatifs à l’étranger, soit par les armées d’éducateurs occidentaux, savants et prédicateurs, de plus en plus occupés à voyager et à répandre leur évangile toxique partout dans le monde.

Au lieu que soit dispensé un savoir diversifié et multiculturel, les écoliers et les étudiants ont reçu des doses d’endoctrinement calculées avec précision, bien éprouvées au cours des siècles d’impérialisme et de colonialisme. Maintenant, l’Empire sait extrêmement bien comment manipuler l’esprit humain. Celles et ceux qui sont violés sont forcés de croire qu’ils ont fait l’amour. A ceux qui ont été dépouillés indistinctement, on enseigne à encenser les puissances coloniales pour avoir construit leurs bâtiments administratifs et leurs chemins de fer, et on enseigne aux gens sur place à ne ressentir aucune honte pour leur passé et leur présent.

Au lieu d’être encouragés à penser de manière indépendante, au lieu d’être invités à révolutionner leur pensée elle-même, les gens sont ligotés, prisonniers de carcans intellectuels austères.

Le courage et l’indépendance d’esprit sont systématiquement dénigrés et rabaissés. Les âmes rebelles sont étiquetées inemployables, presque comme antisociales.

La couardise, la soumission et la médiocrité sont promues et commercialisées par le système extrêmement complexe et diversifié de la propagande, la publicité, les événements culturels et de divertissement et les médias.

Dans un monde totalement uniforme, où même la culture et les médias sont au service de l’Empire et de ses intérêts commerciaux néolibéraux, le Nouvel Homme et la Nouvelle Femme sont pétris dans l’argile intellectuelle, et ensuite placés sur des socles massifs : tous sont grands et minces, tous régurgitent éloquemment et bruyamment des clichés, évitant soigneusement les véritables questions, communiquant intensément avec les autres à propos de rien, tout en restant incroyablement ignorants du monde.

Les Nouveaux Humains sont tous souriants et ont l’air très cool. Ils conduisent les derniers modèles de voitures et tiennent des gadgets modernes dans leurs mains. Ils ont confiance en eux et sont constamment égoïstes. Leurs fesses sont de plus en plus parfaites, et stéréotypées.

Beaucoup d’entre eux prennent des sédatifs, des antidépresseurs ou des drogues, la plupart d’entre eux sont malheureux, peu sûrs d’eux, mécontents de leur travail, malheureux dans leur famille, incapables de trouver ou de chercher leur deuxième moitié. Tout cela, bien sûr, ne se montre pas! En apparence, d’innombrables hommes et femmes occidentaux ont l’air ravissants!

Les fascistes italiens et allemands ont essayé désespérément de créer cette race de super-humains en apparence sûrs d’eux, mais obéissants.

Ils ont échoué.

Mais cet Empire est en train de réussir! Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il existe une chance que les robots remplacent finalement les êtres humains. Pas les robots de plastique et de métal, mais des humains reconditionnés, recyclés en robots.

Le fascisme italien, le nazisme allemand, le corporatisme des États-Unis, l’impérialisme, le racisme, le colonialisme, l’exceptionnalisme, la propagande, la publicité, l’éducation – tout cela a été habilement entrelacé.

Félicitations, l’Empire! Vous êtes le premier à avoir réussi à standardiser les êtres humains et leur façon de penser!

***

Ce n’est pas facile de combattre un tel Empire, avec des paroles et des idées.

Ce n’est pas seulement la logique ou la philosophie générale des concepts qu’il faut affronter, et défier.

Il y a aussi des milliers de perceptions, de dogmes, de codes, tous poursuivant le même but – maintenir les gens loin de la réalité et d’un mode de pensée et d’analyse indépendants.

La plupart des citoyens de l’Empire occidental sont en fait beaucoup plus endoctrinés que les membres de groupes tels que les talibans ou État islamique, parce que l’Empire travaille très dur et emploie des millions de professionnels qui créent des concepts extrêmement efficaces destinés à contrôler les esprits humains: des idéologues aux psychologues, en passant par les propagandistes, les éducateurs, les artistes, les journalistes et d’autres personnes hautement spécialisées.

Des médias sociaux aux séries télévisées, en passant par les films de Hollywood, la musique pop et les chaînes de télévision, presque tout mène dans la même direction – entraîner les gens loin des principes de base de l’humanisme. Les forcer à ne pas penser comme un groupe de personnes rationnelles, bienveillantes, compassionnelles.

La réalité est soit banalisée soit portée à des niveaux fantasmagoriques auxquels nulle logique ne peut être efficacement appliquée.

Le destin le plus important de la pensée humaine – réfléchir, rêver et concevoir de nouvelles formes bien meilleures et plus douces pour la société – est totalement absent du récit auquel les hommes, les femmes et les enfants de l’Empire et de ses colonies sont confrontés quotidiennement.

Les citoyens de l’Empire sont empêchés de penser et d’agir de manière naturelle. Résultat, ils sont frustrés, déprimés et confus. Mais au lieu de se rebeller (la plupart d’entre eux n’en sont pas capables, de surcroît), ils deviennent de plus en plus agressifs. Tandis que les victimes de l’Empire, dans le monde entier, sont assassinées, exploitées et humiliées, l’organisation du monde apporte en fait très peu de joie (malgré de nombreux bénéfices matériels) aux citoyens de l’Empire – les Européens et les Nord-Américains.

À l’autre extrême: des milliards de gens dans les anciennes colonies et dans les néo-colonies sont aussi bombardés, constamment, par les mêmes messages tordus, recyclés et modifiés [et trop souvent des vraies bombes, NdT]. Ils sont confrontés à une avalanche perpétuelle de propagande (légèrement modifiée pour chaque région particulière), ruisselant jour et nuit des canaux d’endoctrinement de l’empire : les feuilletons télévisés, le plus bas niveau des films et des jeux vidéo (la même chose, vraiment), la musique pop avec des paroles répétitives relevant de la mort cérébrale, l’art décoratif inoffensif et les reportages publiés par les agences de presse dominantes. Ces messages sont diffusés via les organes de presse locaux qui sont à leur tour principalement contrôlés par des intérêts commerciaux qui collaborent résolument avec le régime mondial occidental.

L’Empire et son organisation du monde sont outrageusement racistes et brutaux, mais la plupart de ses citoyens, même ses sujets dans les territoires dévastés, sont forcés de croire qu’il ont effectivement le système le plus tolérant et progressiste sur terre.

***

Y a-t-il un espoir que l’humanité survive à cette production de masse de l’idiotie?

Oui, bien sûr qu’il y en a un!

La bataille a commencé.

Ce ne sont pas seulement les manœuvres des marines russes, chinoises et iraniennes qui contestent actuellement l’impérialisme occidental.

Ce ne sont pas seulement les Latino-américains et les Sud-Africains qui ont fait des efforts décisifs pour récrire l’histoire et pour armer le peuple avec des connaissances plutôt qu’avec des diplômes.

Peut-être le plus grand cinéaste européen actuellement en vie, Emir Kusturica, a récemment écrit, sarcastique, que «la Troisième Guerre mondiale commencera avec le bombardement de RT par le Pentagone», en se référant au puissant réseau de télévision Russia Today. RT a commenté :

«RT est une réelle menace pour la propagande états-unienne puisqu’elle atteint les Américains chez eux, dans un anglais parfait, meilleur que celui qu’ils utilisent sur CNN.» Et c’est pourquoi, selon le directeur, Washington pourrait en avoir assez et chercher à faire taire RT par la force – un peu comme l’Otan l’a fait avec la télévision d’État serbe en avril 1999.

À son tour, Kusturica prédit que Moscou détruirait CNN, qu’il considère comme le porte-drapeau de la propagande pro-américaine: «CNN, dans ses transmissions en direct, assure que depuis les années 1990, l’Amérique a mené des actions humanitaires, et non des guerres, et que ses avions militaires font pleuvoir des anges, pas des bombes!»

Bien que quelques-uns des plus grands penseurs qui affrontaient l’Empire – Saramago, Galeano et Pinter – soient récemment décédés, il en y a encore beaucoup qui parviennent à échapper à l’endoctrinement. Certains se regroupent autour des chaînes de télévision non occidentales comme TeleSUR, RT et PressTV.

C’est comme le Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, de nouveau. Certaines personnes, obstinément, refusent de brûler leurs livres.

Même en Occident, certains médias puissants – CounterPunch, Dissident Voice, ICH, VNN, Global Research, et d’autres – gardent le cap. Ils ne gagnent pas encore, loin de là, mais ils ne meurent pas non plus!

Tant que la pensée indépendante est vivante, tout n’est pas perdu.

«Je me révolte ; donc nous existons», a écrit le philosophe français Albert Camus. Il a ajouté aussi : «Le sentiment de révolte est né dans l’oppression.»

L’Empire nie qu’il opprime le monde. Il endoctrine à la fois les oppresseurs et les opprimés, redéfinissant, et en fait convertissant l’oppression en liberté.

Ceux d’entre nous qui parviennent à échapper à son endoctrinement se révoltent aujourd’hui. Par conséquent, l’humanité existe encore.

Le champ de bataille devient très bien défini : il se passe maintenant sur le plan de l’information et de la connaissance.

Les actes, les ruses pratiqués par l’Empire sont sales, horribles, mais très transparents. Ils peuvent être acceptés ou tolérés par des milliards de gens uniquement grâce à la répétition permanente des mensonges, et à cause des concepts tordus martelés dans les cerveaux des gens au travers de l’enseignement dominant.

La guerre pour la survie de l’humanité est déjà en cours. C’est la Grande Guerre humaniste – la guerre sur les esprits et les cœurs des gens, pas sur un territoire. On peut aussi l’appeler la guerre de l’information, une guerre de désintoxication, ou une guerre pour ramener les êtres humains à la vie en les sortant de leur intoxication, de leur torpeur et de leur servilité, une guerre pour un monde bien meilleur, une guerre qui mettrait la connaissance au-dessus des diplômes tamponnés, la chaleur humaine et la gentillesse au-dessus de la violence et de l’agression, et les êtres humains au-dessus des profits et de l’argent.

La victoire ne pourra intervenir qu’accompagnée par la connaissance, la pensée indépendante, l’humanisme rationnel, la compassion, la solidarité, et enfin la chaleur humaine.

Andre Vltchek est philosophe, romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il a couvert guerres et conflits dans des dizaines de pays. Ses derniers livres parus sont : Exposing Lies Of The Empire et Fighting Against Western Imperialism. Discussion avec Noam Chomsky : On Western TerrorismPoint of No Return est un roman politique acclamé par la critique. Oceania traite de l’impérialisme occidental dans le Pacifique sud. Enfin, son livre provocateur sur l’Indonésie : Indonesia – The Archipelago of Fear.

Andre réalise aussi des films pour teleSUR et Press TV. Après avoir passé de nombreuses années en Amérique Latine et en Océanie, Vltchek réside et travaille aujourd’hui en Extrême-Orient et au Moyen-Orient. Vous pouvez le contacter sur son site Internet ou sur Twitter.

Temps de mettre les héros officiels de l’histoire au placard ?… (Howard Zinn)

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Ce que décrit avec précision Howard Zinn ci-dessous ne concerne pas que l’histoire du pays du goulag levant (ex-USA), mais pourrait être celle de tous les états-nations et leurs litanies mythologiques, idolâtries officielles. Mention spéciale à la France dans le domaine…

Qui sont les « héros » français à déboulonner et ceux dont le peuple et non l’oligarchie serait fier ?… La liste est sans doute longue.

— Résistance 71 ~

 

Les héros autour de nous

 

 Howard Zinn

 

 7 Mai 2000

 

 url de l’article:

http://howardzinn.org/the-heroes-around-us/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Récemment, j’ai rencontré un groupe d’élèves de Lycée, l’un d’eux m’a demandé: “J’ai lu dans votre livre “Une histoire populaire des Etats-Unis”, au sujet des massacres des Indiens, la longue histoire du racisme, la persistance de la pauvreté dans ce qui est devenu le pays le plus riche du monde, les guerres insensées. Comment puis-je me préserver d’être complètement aliéné et déprimé ?

Cette question m’a été posée bien des fois sous des formes différentes, l’une de ces formes étant: “Comment se fait-il que vous ne soyiez pas déprimé ?” Qui a dit que je ne le suis pas ?… Du moins brièvement ; pour une fraction de seconde, de telles questions me dépriment jusqu’à ce que je pense: la personne qui a posé cette question est la preuve vivante de l’existence partout de bonnes personnes, qui se sentent véritablement concernés par les autres. Je pense à toutes les fois où quelqu’un demande depuis l’audience des conférences que je fais dans ce pays: Où est le mouvement populaire aujourd’hui ? L’audience qui entoure cette personne, même dans une petite ville de l’Arkansas ou du New Hampshire ou de Californie, consiste en un millier de personnes !

Une autre question que me posent souvent des élèves ou des étudiants: Vous cassez souvent nos héros nationaux comme les pères fondateurs, Andrew Jackson, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, John F. Kennedy. N’avons-nous pas besoin d’idoles nationales ? Oui je suis d’accord, il est bon d’avoir quelques figures historiques que l’on puisse admirer et émuler. Mais pourquoi tenir pour modèle les 55 hommes blancs et riches qui ont écrits la constitution des Etats-Unis comme une manière d’établir un gouvernement qui protégerait toujours les intérêts de leur classe, celle des propriétaires terriens propriétaires d’esclaves, des marchants, des industriels, des détenteurs de bons du trésor et des spéculateurs fonciers et autres ?

Pourquoi ne pas se rappeler de l’humanitarisme d’un William Penn, un des premiers colons qui fit la paix avec les Indiens Delaware au lieu de les harceler comme le firent les autres colons ? Pourquoi ne pas citer John Woolman, qui dans les années avant la révolution, refusa de payer ses impôts qui soutenaient les efforts de guerre de l’Angleterre et qui critiqua et s’en prit à l’esclavagisme. Pourquoi ne pas citer le capitaine Daniel Shays, vétéran de la guerre d’indépendance, qui mena une révolte de fermiers dans l’ouest du Massachussetts contre les impôts levés par les riches qui contrôlaient totalement la législature du Massachussetts ? Pourquoi glorifier comme le font nos livres d’histoire Andrew Jackson l’esclavagiste et massacreur d’Indiens ? Jackson fut un des architectes de la tristement célèbre piste des larmes, qui vit 4000 des 16 000 Indiens Cherokees mourir durant le voyage de leur déportation depuis leurs terres ancestrales en Georgie vers l’Oklahoma. Pourquoi ne pas le remplacer comme héro national par John Ross, un chef Cherokee qui résista à la déportation de son peuple et dont l’épouse mourut sur la piste des larmes ? Ou par le leader de la nation Seminole Osceola, emprisonné puis finalement assassiné pour avoir mené une campagne de guerilla pour empêcher lui ausi la déportation de son peuple de Floride ? Le memorial/musée Lincoln ne devrait-il pas être enrichi par la présence d’un memorial pour Frederick Douglass, qui a bien mieux représenté la lutte contre l’esclavage que Lincoln ? Ce fut cette croisade menée par les abolitionnistes noirs et blancs, ensemble, qui devint un mouvement national, qui poussa un Lincoln d’abord bien reluctant, à émettre une proclamation d’émancipation peu motivée et persuada le congrès de passer les 13ème, 14ème et 15ème amendements à la constitution.

Prenez un autre héros présidentiel, Theodore Roosevelt, qui est toujours près du top de l’infatigable liste de “nos meilleurs présidents”. Le voilà sculpté sur le Mont Rushmore, comme une réminiscence permanente de notre amnésie nationale, oubliant son racisme, son militarisme, son amour de la guerre. Pourquoi ne pas le remplacer comme héro, même si le virer du Mont Rushmore représente un gros boulot, par Mark Twain ? Roosevelt a félicité un général de l’armée qui, en 1906, a ordonné le massacre de 600 hommes, femmes et enfants sur une île des Philippines. Mark Twain l’a dénoncé et il a continuellement dénoncé les cruautés commises dans la guerre américaine aux Philippines sous le slogan de “Pour mon pays, à tort ou à raison”.

Quant à Woodrow Wilson, occupant lui aussi une place importante au Panthéon du libéralisme américain, ne devrions-nous pas rappeler à ses admirateurs qu’il insista sur l’application des lois de la ségrégation raciale dans les bâtiments fédéraux, qu’il fit bombarder la côte mexicaine, envoya une armée d’occupation en Haïti et en République Dominicaine, mena notre pays dans l’enfer de la 1ère guerre mondiale et fit jeter les manifestants anti-guerre en prison. Ne devrions-nous pas amener au statut de héros de la nation quelqu’un comme Emma Goldman, une de celles et ceux que Wilson fit jeter en prison, ou Helen Keller, qui parla sans peur et sans reproche contre la guerre ? Assez de l’idolâtrie pour JF Kennedy, un guerrier de la guerre froide, qui commença la guerre secrète en Indochine, fut d’accord avec le plan d’invasion de Cuba et fut très, très lent à agir contre la ségrégation raciale dans le sud des Etats-Unis. Ce ne fut que lorsque le peuple noir des états du sud prit les rues, firent face aux Sheriffs et forces de répression du sud, leurs passages à tabac et leurs assassinats, que tout cela mît finalement la conscience nationale en émoi, que les administrations de Kennedy et de Lyndon Johnson furent finalement suffisamment embarassées pour qu’elles interviennent dans la mise en place de la loi sur les Droits Civils et sur le vote.

Ne devrions-nous pas remplacer les portraits de nos présidents, qui souvent prennent trop de place sur les murs de nos salles de classe, par ceux de héros venus du peuple comme Fannie Lou Hamer, la partageuse de récolte du Mississippi ? Elle fut expulsée de sa ferme, arrêtée et torturée en prison après qu’elle eut rejoint le mouvement des droits civils, mais elle devint une voix très éloquente pour la liberté ; ou Ella Baker, dont les conseils avisés et le soutien guidèrent la jeunesse noire du Student Nonviolent Coordinating Committee, le bras militant du mouvement dans le sud profond des Etats-Unis ?

En 1992, année du cinq-centième anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb sur ce continent, il y eu des réunions partout dans le pays pour célébrer Colomb, mais aussi et pour la première fois, pour défier cette exaltation coutumière du “Grand Découvreur”. J’étais dans un symposium dans le New Jersey où je fis remarquer les terribles crimes commis par Colomb et ses sbires espagnols sur l’île d’Hispaniola. Après mon intervention, l’autre personne sur la scène avec moi, qui était le président de l’association du jour de la célébration de Colomb pour l’état du New Jersey me dit: “Vous ne comprenez pas… Nous, italo-américains avons besoin de nos héros.” Je lui ai répondu que oui, je comprenais parfaitement le désir d’avoir des héros, mais pourquoi choisir un assassin et un kidnapper pour de tels honneurs ? Pourquoi ne pas choisir Joe Di Maggio ou Toscanini ou Fiorello la Guardia ou Sacco et Vanzetti ? L’homme ne fut pas convaincu. Les mêmes fausses valeurs qui ont mis des propriétaires d’esclaves, des tueurs d’Indiens et des militaristes dans nos livres d’histoire ne sont-elles pas à l’œuvre aujourd’hui? Nous avons entendu les constantes références au sénateur John McCain, surtout lorsqu’il fut candidat à la présidentielle, comme un “héro de guerre”. Oui il est possible d’éprouver de la sympathie pour les souffrances de McCain lorsqu’il fut prisonnier de guerre et soumis à une certaine cruauté. Mais devons-nous appeler un héros quelqu’un qui a participé à l’invasion d’un pays si loin du notre et qui en tant que pilote, largua des bombes sur des hommes, femmes et enfants, dont le seul crime était de résister à l’invasion américaine ?

Je n’ai rencontré qu’une seule voix dans les médias de masse qui manifesta son désaccord avec l’admiration générale pour McCain, celle du poète, romancier et journaliste au Boston Globe, James Carroll. Carroll contrasta l’”héroisme” de McCain, le guerrier, avec celui de Philip Berrigan, qui a été en prison une bonne douzaine de fois pour avoir manifesté d’abord contre la guerre durant laquelle McCain largua des bombes sur des civils, puis contre le dangereux arsenal nucléaire maintenu par notre gouvernement. Jim Carroll écrivit alors: “Berrigan en prison est le véritable homme libre, tandis que McCain demeure emprisonné dans un sens de l’honneur martial qui n’est pas examiné…

Notre pays est rempli de héros et de gens héroïques qui ne sont ni présidents, ni commandants militaires, ni magiciens de Wall Street, de gens qui maintiennent en vie l’esprit de résistance à l’injustice et à la guerre. Je pense à Kathy Kelly et à toutes ces voix de Voices in the Wilderness, qui, défiant la loi fédérale (NdT: désobéissance civile…), ont voyagé en Irak plus d’une douzaine de fois pour y amener des vivres et des médicaments aux gens souffrant des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis.

Je pense aussi à ces milliers d’étudiants de plus de cent universités et collèges du pays qui manifestent contre la connexion de leurs universités avec des fournisseurs de produits venant des usines d’exploitation du tiers monde. Récemment à l’université de Wesleyan, des étudiants ont squatté le bureau du président de l’université pendant trente heures jusqu’à ce que l’administration soit d’accord avec toutes leurs revendications. A Minneapolis, il y a le cas des quatre sœurs McDonald, nonnes de leur état, qui ont été incarcérées à plusieurs reprises pour avoir manifesté contre la production de mines anti-personnels de l’entreprise Alliant . Je pense aussi aux milliers de personnes qui se sont déplacées à Fort Benning en Georgie pour demander la fermeture de la tristement célèbre et meurtrière School of the Americas (NdT: l’école des forces spéciales de “contre-insurrection”, qui y enseignent les techniques de contre-guerilla et de contrôle des populations. Des programmes de torture scientifiquement contrôlé y sont enseignés. Parmi les premiers instructeur de cette “école” furent les intervenants militaires français ayant mené la “bataille d’Alger” en 1957. Le général Aussarès y enseigna, car le modèle français est resté longtemps le top de la contre-insurrection. Tous les tortionnaires des juntes militiares fascistes ayant exercé en Amérique du Sud de Pinochet à Videla sont passés par la School of the Americas…) et les pêcheurs de la côte ouest qui participèrent à un blocage de huit heures pour protester contre la peine infligée à Mumia Abu-Jamal et tant d’autres…

Nous connaissons tous des personnes, la plupart des sans-noms, non reconnues, qui ont, le plus souvent bien modestement, parlé ou agit pour leurs croyances en une société plus égalitaire, plus juste et plus pacifiste. Pour éloigner toute aliénation et noirceur, il faut juste se rappeler de ces héros du passé et rechercher autour de nous les héros non remarqués du présent.

Leçon argentino-américaine de la nécessité d’apprendre la véritable histoire…

Posted in actualité, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , on 13 octobre 2014 by Résistance 71

… et non pas l’histoire souvent édulcorée, parfois volontairement erronée, apprise  au sein du système éducatif , qui ne l’oublions jamais, est au service de la pensée colonialiste toujours dominante en Occident. Pour comprendre l’empire anglo-américain aujourd’hui, il faut comprendre que le peuple américain est victime depuis le départ d’un lavage de cerveau en règle pour se donner bonne conscience sur les méfaits commis pour établir la « nation indispensable » que sont supposés être à leurs yeux les Etats-Unis, devenus le pays du goulag levant depuis le XVIIème siècle en fait. Il faut comprendre que tout est basé sur un mythe celui de « Colomb navigant le grand océan bleu ». Rétablir le vérité historique sur Colomb incite à bouloir rétablir la vérité historique sur tout, car l’histoire n’est-elle pas toujours écrite par les vainqueurs des guerres et les colonialistes dominants ? Il est grand temps de faire table rase sur toutes les tromperies, car en rendant justice à l’Histoire… On rend justice aux peuples !

Le 14 octobre est célébré le « jour de Christophe Colomb » ou « Colombus Day » dans l’empire colonilaiste dominant. La vérité historique sur Colomb est une litanie de carnages et de mise en esclavage. Il fut un génocidaire à grande échelle avec le soutien et les encouragements du Vatican et de ses pathétiques roitelets à la botte. Fêter le « jour de colomb » c’est fêter le génocide !

— Résistance 71 —

 

Apprendre la véritable histoire et non pas l’histoire scolaire

 

Jessica Carro

 

11 Septembre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/09/11/learning-real-history-not-school-history

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Si vous êtes un Américain qui est né et a grandi aux Etats-Unis et que vous lisez cet article, alors on vous a presque sûrement raconté enfant, le même conte de fée concernant la fête “de remerciements” (Thanksgiving) qu’à moi. Nous avons donc connu de manière présumée un difficile réveil à la réalité plus tard dans nos vies lorsqu’on nous a dit la véritable histoire derrière cette fête nationale et non pas cette imbécilité de version américanisée.

Je me rappelle lorsque j’étais en seconde année de primaire, les enseignants concoctaient ces concours d’art. Une année, on nous donna à dessiner ce que nous imaginions que fut le premier dîner de Thanksgiving. Ma première pensée fut de demander à mon père de m’aider pour ce projet ; car voyez-vous, à chaque fois qu’il y avait un concours artistique, il y avait un prix à gagner et certains enfants venaient avec ce genre d’œuvre d’art compliquée qui avait clairement été faite soit par leurs parents ou leurs grand-frère / grande-sœur. Je me suis dit “pas cette fois-ci”, sauf que de retour à la maison, j’ai demandé à mon père qui refusa.

Il me dit alors dans son Argentin Castellano: “No tiene sentido si yo lo hago,” ce qui veut dire: “Cela n’a aucun sens si je le fais pour toi”. Son argument était que je n’avais pas besoin de son aide et que j’étais parfaitement capable de le faire par moi-même. “Así es como vas a aprender.” Ce qui veut dire “Comment apprendrai-je alors ?” me dit-il. Ensuite, il me fit assoir et me raconta ce qui s’est vraiment passé, la véritable histoire de Thanksgiving. “Maintenant pense à la façon dont tu vas rendre ton projet artistique”, a t’il dit.

“Donc, ce que tu es en train de me dire est que vous en Argentine, ne célébrez pas la fête du remerciement”, demandais-je.

“Bien sûr que non” me répondit mon père.

“Et le jour de Christophe Colomb (Colombus Day aux Etats-Unis et au Canada)

“Non plus. Nos célébrons “el dia de San Martin”, la personne la plus importante qui a libéré l’Argentine, le Pérou et le Chili du contrôle espagnol. Ceci est un tout autre sujet que nous discuterons un autre jour.”

Être Américaine de première génération m’a permis de mettre pas mal de choses en perspective, spécialement en ayant un père comme le mien sur qui je pouvais toujours compter pour m’apprendre la dure vérité des choses. J’ai toujours vu le monde de la perspective d’un étranger, on m’a enseigné comme si j’étais quelqu’un d’un autre pays vivant ici, ce qui en fait est le plus beau cadeau que mes parents aient pu me faire.

Je fus abassourdie et ne pouvait pas comprendre pourquoi on nous enseignait quelque chose de si différent à l’école. Comment ceci pouvait-il même être permis ? Peut-on changer l’histoire de cette façon ? La minimiser ? Vous savez comment c’est quand on est enfant, vous pensez que toutes les règles sont suivies à la lettre et que rien n’est laissé en dehors des histoires qu’on vous raconte. Ah l’ignorance de la jeunesse, si courte, mais pour d’autres, cette ignorance dure toute la vie, pour le meilleur ou pour le pire. Mais revenons à notre concours artistique…

Je pensais donc dessiner les pèlerins avec leurs longs fusils et les indigènes avec des arcs et des flèches se battant pour leur survie, le sang giclant partout, sur la dinde et les patates douces. Je ne gagnerai pas le grand prix avec ce dessin pensais-je.

Je choisîs alors de ne pas le faire, de ne pas entrer dans trop de controverse comme je le faisais souvent en classe d’histoire et je décidais de les dessiner tous assis autour de la table joyeusement. Je pense que je voulais vraiment gagner le prix, j’y mis beaucoup de temps et de cœur, j’y collais même de vrais plumes sur la tête du chef Indien pour donner un effet 3D, soignant l’écriture avant de me coucher, excitée de l’évènement du lendemain.

Bien sûr un petit con est arrivé avec une bande dessinée de style chef-d’œuvre, les Indiens y étaient dessinés avec des corps musclés, scultés, mâchoires viriles, style statues grecques. Bien sûr il emporta le prix à la maison ce jour-là et je demeurais avec le regret de penser que j’aurai dû me dire “Rien à foutre” et dépeindre la vérité. J’ai appris une bonne leçon ce jour là. Bien que Thanksgiving ne soit pas célébré en Amérique du Sud, les peuples indigènes ont enduré le même résultat au travers de l’histoire.

***

A chaque fois qu’on me demandait d’où je venais lorsque j’ai voyagé à travers l’Amérique du Sud, on me rappelait constamment que les gens y étaient aussi des “Américains”. Les gens de là-bas appelle ceci les “Etats-Unis” laissant de côté le “d’Amérique” et ils nous considèrent commes des estadounidenses, c’est à dire des états-uniens et non pas des “Américains”.

Peut-être à cause de mes parents ou peut-être à cause de ma fascination personnelle qui explique ma proximité avec ma culture sud-américaine et le peuple, je me considère plus sud-américaine que quoi que ce soit d’autre. J’ai donc une tendance à voir leur point de vue plus facilement et plus clairement.

Ceci m’a aidé à en venir à la conclusion que ce n’est pas tant notre utilisation égoïste du mot “américain” qui les dérange que le manque d’attention que nous leur accordons. La perspective tiers-mondialiste que nous avons d’eux les fait vraiment grimper aux rideaux, ainsi savoir que peu de choses sont écrites au sujet des peuples indigènes sud-américains vient sans surprise. En tout cas en anglais.

Alors que j’écris ceci, je me souviens de ces enfants adorables, bronzés, à la bouille ronde et aux petits yeux, qui tendaient les mains pour offrir de petits cadeaux faits de laine d’Alpaca en échange pour de la nourriture ou un peu d’argent alors que je marchais dans les rues de Humahuaca Jujuy en Argentine. Tout comme les Indiens natifs de l’Amérique du Nord, les peuples indigènes d’Argentine furent les premières nations de la terre, et pourtant ils sont constament ignorés par leur gouvernement et sont soumis à la violence, à la faim, à la discrimination et à l’extorsion. Ils souffrent d’un manque de ressources, d’éducation, souffrent de la pauvreté, de problèmes de santé et d’un manque de logement parmi d’autres disparités.

La théorie du Détroit de Béring tendrait à suggérer que les premiers peuples du continent nord-américain se soient dispersés sur la nouvelle terre et se soient diversifiés en centaines de nations et tribus culturellement distinctes. Ainsi, ces premiers occupants se seraient ensuite déplacés vers le sud, vers l’Amérique centrale et du sud. Que vous soyez d’accord avec cette théorie est votre choix. Quoi qu’il en soit, les Européens sont arrivés sur le continent bien des siècles (millénaires) plus tard, pour s’approprier la terre depuis, comme si elle était la leur. Pour eux, les peuples indigènes n’étaient que des barbares païens, des sauvages, sans aucune forme légale d’ancrage à leur terre ancestrale. (NdT: bon résumé de la vision et de l’imposition ethno/euro-centrique de l’affaire…)

Les populations indigènes de l’Amérique centrale et du sud ont fait face à la même destinée que leurs frères autchtones des Etats-Unis et du Canada il y a bien longtemps et ils continuent de souffrir dans des circonstances similaires aujourd’hui, comme la discrimination et la négligence des gouvernements (coloniaux) en place. Pourtant, nous ne semblons pas insister suffisamment sur la population sud-américaine ici aux Etats-Unis.

J’ai vécu en Argentine pendant plus de 3 ans et pendant que j’y étais, j’ai été témoin de beaucoup de manifestations indigènes au sujet de leur terre ancestrale et de leurs droits humains. Leur drapeau arc-en-ciel carré flottait au vent tandis qu’une personne harranguait la foule des manifestants en parlant dans un mégaphone orné de beaucoup d’autocollants. Des pancartes et banderoles foisonnaient où on pouvait lire de puissants slogans et les noms mal orthographiés des politiciens et des officiels du gouvernement, qui passent leur temps à ignorer leurs nombreuses requêtes.

Une réforme s’est produite en 1994, garantissant tous les titres légaux sur la terre aux peuples aborigènes. Ceci est en fait inscrit dans la constitution argentine. Et pourtant, ces gens continuent de faire face au manque de mise en application de ces lois et de l’inattention généralisée des gouvernements. Malgré ce que stipule la loi, les peuples indigènes sont complètement ignorés, traités comme des étrangers sur leur propres terres.

Une des premières choses que j’ai apprise en Argentine a été qu’en fait personne ne semble suivre les règles et les lois. Ceci vaut pour la très vaste majorité des pays d’Amérique du Sud. La corruption et un manque total de contrôle, font que les gens au pouvoir font exactement ce qu’ils veulent et ils créent leurs propres règles et règlementations au fur et à mesure. De plus, si vous vous faites prendre à faire quelque chose d’illégal, vous pouvez juste payer, acheter qui de droit. Pas de problème, c’est comme ça ici.

Au quotidien, le laxisme peut sembler parfait pour bien s’amuser, pour ceux qui voudrait par exemple tenir une bière à la main sur un trottoir aux Etats-Unis en fumant une cigarette, mais à plus grande échelle, ceci peut avoir de très sérieuses conséquences.

Après la conquête espagnole, le système de propriété foncière qui fut établi ne tint absolument pas compte des peuples indigènes, ce qui les laissa sans aucune protection légale et leurs territoires tombèrent dans les mains des expropriateurs locaux et des autorités. La destruction de leurs terres traditionnelles et de leur source de nourriture étaient une façon de les pousser hors de leurs terres dans des endroits de plus en plus isolés ou dans les villes (pour en faire un sous-prolétariat à exploiter)

C’est assez compliqué lorsque deux systèmes légaux existent dans un seul pays. Tandis que la société pré-existante croit en un système de tradition informelle oral fondé sur la culture et les pratiques coutumières depuis des temps historiques immémoriaux, les conquérants eux, pratiquent un processus bien plus formel et écrit, renforcé par des gouvernements bureaucratiques. Cela vous rappelle t’il quelque chose ?…

Les peuples indigènes croient que la terre est destinée à leur développement par une profonde relation spirituelle et que ceci est absolument non-transférable. Les Européens en revanche, voient la propriété foncière comme une richesse et un profit à faire dans le marché immobilier et de l’occupation commerciale des sols, et la propriété est parfaitement transférable.

Même si le pays a reconnu de manière supposée la présence d’une loi coutumière indigène dans la réforme qui vit le jour en 1994, le pays ne reconnaitra jamais sa multi-ethnicité car il n’y a pas de place pour ce concept dans la psychologie occidentale.

Ainsi, il a été dit 20 ans après la réforme que la loi constitutionnelle n’a pas dérivé de garanties légales claires. Afin de mettre fin aux expulsions en rapport aux droits territoriaux, la loi fut étendue jusqu’à 2013. Une étude fut menée par les Territorial Survey of Indigenous Communities, incluant la reconnaissance de terre, l’enregistrement de la propriété immobilière et foncière pour le titre des territoires ancestraux et de la surveillance des sols.

Malheureusement, ceci n’a causé que plus d’agitation à cause d’un manque de participation indigène et de conflits d’intérêts, ainsi la chambre a décidé d’étendre de nouveau la loi jusqu’à 2017. En fait le gouvernement passe son temps à la prolonger. Combien de temps encore va t’il continuer à ignorer ce problème ?

Que ce soit en Amérique du Sud ou du Nord, les peuples indigènes luttent pour gagner l’attention des masses et spécifiquement celle des entités gouvernementales sur des problèmes qui, pour certains, ont leurs racines dans des siècles d’histoire, peu de temps après l’invasion des territoires indigènes…

Jessica Carro a un Master in Arts et de journalisme d’enquête de l’université del Salvador de Buenos Aires en Argentine. Elle travaille comme journaliste indépendante et se spécialise principalemet sur l’Amérique du Sud. Elle vit à Jersey City dans le New jersey.

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Au sujet de la fête traditionnelle de “Thanksgiving” aux Etats-Unis ‘toujours célébrée le 4ème Jeudi du mois de Novembre) et de la fête de la “Journée d’action de grâce” au Canada” (célébrée le second Lundi du mois d’Octobre). La tradition coloniale nous dit que cette fête se célèbre en remerciement pour la dernière moisson et le partage avec les peuples autochtones. L’origine américaine remontant à 1621 en Nouvelle-Angleterre et ses pèlerins puritains.

La vérité mentionnée ici par l’auteure Jessica Caro est que la fête de Thanksgiving eut lieu durant une guerre entre les colons et les Indiens locaux (Pécots et Wampanoags) et que la célébration concernait en fait tout autant des réjouissances après des massacres que les colons perpétraient sur les Indiens.

A ce sujet voici un des récits succint de la vérité historique sur la fête de “Thanksgiving” décrite par Russell Means dans son autobiography “Where White Man Fears to Tread” (1995, page 176):

“La plupart des Américains savent que Massasoit, chef des Wampanoag, avait accueilli les pères pèlerins , et les très rarement mentionnées mères pèlerines, sur les côtes où lui et son peuple vivaient depuis des millénaires. Les Wampanoag ont appris aux colons européens comment faire mieux que survivre sur ce continent en leur montrant qu’on pouvait élever les animaux sauvages, le comment, où et pourquoi des cultures à planter et comment faire récoltes et moissons,comment faire sécher et préserver la nourriture recueuillie… A la mort de Massasoit, celui-ci fut remplacé par son fils Metacomet, que les colons appelèrent “le roi Philippe”. En 1675-76, pour montrer leur “gratitude” envers ce que le peuple de Massasoit avait fait pour leurs pères et leurs grand-pères, les puritains fabriquèrent un incident comme prétexte pour désarmer les Wampanoag. Les colons attaquèrent les indigènes avec des mousquets, des épées, des canons et des torches. La plupart des natifs incluant Matacomet furent massacrés. Sa femme et son fils furent vendus comme esclave vers les îles Caraïbes. Son corps fut écartelé, démembré et pendant 25 ans après le massacre, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique au dessus du village des colons blancs. Le véritable héritage des puritains de la Nouvelle-Angleterre est la trahison.
La plupart des Américains croient aujourd’hui que la fête de Thanksgiving célèbre une bonne récolte, mais cela n’est pas le cas. En 1970, les Wampanoag ont retourné une copie de la proclamation de Thanksgiving faite par le gouverneur de cette colonie. Le texte révéla l’horrible vérité: Après qu’une milice des colons s’en revint d’un raid de carnage et de meurtres d’hommes, de femmes et d’enfants dans un village indien, le gouverneur proclama un jour de congé et de festivités pour remercier d’avoir pu massacrer les Indiens. Il encouragea également les autres colonies à faire de même, en d’autres termes, chaque automne, après la rentrée de la moisson, allez tuer des Indiens et célébrez vos actions meurtrières par un festin.”

Histoire et propagande… Pour une réappropriation populaire de l’histoire ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, désinformation, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 29 avril 2013 by Résistance 71

Troisième article sur la recherche historique hors des sentier battus comme nous l’avions annoncé dans notre récent article « L’histoire science sociale, science primordiale », il faut nous réapproprier l’Histoire, l’historiographie des évènements et empêche la caste dominante de nous dicter son histoire, sa vision des plus utile de l’histoire…

Aujourd’hui avec l’historienne française Sonia Combe qui nous montre le deux poids deux mesures dans les autorisations de consultation d’archives… L’histoire est vraiment sous influence…

— Résistance 71 —

 

Entretien avec Sonia Combe (historienne)

 
Auteur de « archives interdites » ed. Albin Michel

(paru dans « différences » Février 2000).

url de l’article original:

http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/arch/sonia%20combe.htm

 

Différences : Quelles sont les principales faiblesses de la loi actuelle concernant la communication des archives ?

Sonia Combe : La loi actuellement en vigueur, votée en 1979, était implicitement destinée à empêcher l’accès des citoyens et des historiens aux archives publiques de Vichy. Avant 79, au terme de cinquante ans, on pouvait accéder au document ; avec cette loi, des délais supplémentaires ont été rajoutés concernant les fonds dits sensibles, et cela au nom des principes du secret d’Etat, du secret défense et de la protection de la vie privée. Comme si les délibérations du gouvernement de Vichy en 1942 pouvaient porter atteinte à la sécurité de la France en 1990. Cette clause-là n’est plus fondée. En revanche, les citoyens ont bien évidemment le droit au respect de leur vie privée. Mais dans le cas des archives de Vichy, cette clause semble destinée à protéger la vie privée de l’Etat, c’est-à-dire celle de ses agents dans l’exercice de leur fonction. Par extension, dès qu’un document mentionne un nom propre, il n’est pas communicable. Ainsi, les dossiers concernant les décisions prises par les commandants de camps d’internement sous l’Occupation ne sont pas communicables, car leurs noms y figurent : on estime que leur vie privée est en cause. On voit très bien là l’hypocrisie de la loi de 79 qui prolonge la réservation des dossiers de l’Etat de Vichy et par extension celle des archives de la guerre d’Algérie au nom de clauses illégitimes. Autre incohérence de la loi : elle prévoit le principe de la dérogation à elle-même. Rappelons que c’est une « fuite » aux Archives de la Gironde qui a permis l’inculpation et le jugement de Maurice Papon. Ce système de la dérogation est contestable sur le plan de la déontologie comme sur le plan de l’établissement de la vérité historique. Les documents non communicables peuvent l’être sur dérogation. On donne accès aux documents non communicables à des « personnes fiables » du point de vue de la raison d’Etat : ce sont des personnes dont on sait, par leurs travaux antérieurs et par leurs titres, qu’elles ne divulgueront pas des noms propres ou des informations qui pourraient mettre en cause « l’honneur » de la France. C’est discriminatoire parce qu’on divise ainsi les citoyens en deux catégories : les privilégiés en qui l’Etat a confiance et tous les autres qui doivent se débrouiller sans ces documents pour écrire l’Histoire, si tel est leur désir. C’est grave parce que de cette façon on a empêché des générations d’étudiants et d’historiens de travailler sur Vichy, et on continue de le faire pour la guerre d’Algérie. Il faut ajouter que la loi stipule que toutes les institutions de l’Etat doivent déposer leurs archives aux Archives nationales ou départementales au terme d’un certain délai qui n’est d’ailleurs pas précisé. Or, la préfecture de police de Paris fait exception à cette règle, elle n’est pas tenue de verser ses archives, elle dispose d’un service propre. Donc l’historien, qui voudrait accéder à des documents mettant en question les agissements des agents de la préfecture, doit s’adresser à un fonctionnaire de cette même préfecture de police, qui est naturellement lié à l’institution.

Différences: Trier, conserver, communiquer les archives en toute sécurité exige malgré tout des règles qui entre autres respectent la vie privée des personnes…

Sonia Combe : Il faut des règles pour conserver et communiquer les documents d’archives, mais il faut définir les choses avec un peu plus de précision. La notion de vie privée est tout à fait floue et donc sujette à toutes les interprétations. On pourrait s’inspirer de la législation allemande qui, dès la fin de la guerre, a écarté de la vie privée des fonctionnaires ce qui a trait à leur vie professionnelle, sous l’uniforme ou dans l’exercice de leurs fonctions. Etablissons clairement cette distinction entre vie privée et vie professionnelle. Je ne vois pas pourquoi un haut fonctionnaire aurait droit à plus de secret autour des actes qu’il commet que le boulanger. Les archivistes qui brandissent l’étendard de la vie privée font preuve en réalité et le plus souvent d’hypocrisie, car ce qu’ils redoutent en fait ce sont les retombées politiques. Ce ne sont pas les noms qui intéressent les chercheurs, c’est le comportements de l’individu dans l’exercice de sa fonction. Un seul historien, Marc-Olivier Baruch, auteur d’un livre sur l’administration sous Vichy, a eu le droit de consulter la quasi-totalité des archives. Quel est son profil ? Il est énarque, polytechnicien, il a été détaché pendant cinq ans pour mener son travail à terme. Il a peut-être produit un travail très consciencieux, mais à contrario, Rita Thalmann, professeur d’université, s’est vu refuser des dossiers. Pourquoi Rita Thalmann n’a-t-elle pas le droit d’accéder à des dossiers communiqués à Marc-Olivier Baruch ? En accordant une dérogation à l’un et pas à l’autre, l’administration exprime sa confiance en un énarque, fonctionnaire de l’Etat français, et sa défiance en une universitaire, qui – de surcroît – a son franc parler. Dans ce cas de figure, ce ne sont même plus les titres qui entrent en jeu, car R. Thalmann est professeur d’université, c’est simplement la fonction

Q: Quel délai devrait-on adopter pour rendre les archives communicables ?

Sonia Combe: Il faut toujours un délai pour rassembler, collecteur, traiter. Il faudrait, comme le préconisait d’ailleurs, le rapport Braibant, que la plupart des archives soient communicables au bout de vingt-cinq ou trente ans. Selon nos informations, le projet de loi ramènerait le délai maximum à cinquante ans. A contrario, les délais des dossiers médicaux (cent cinquante ans aujourd’hui) devraient être tenus secrets toute la durée de vie de l’individu. Mais le projet de loi maintiendrait le système de la dérogation. Or, c’est une pratique malsaine : quand on vous donne accès à des documents en vous faisant comprendre que l’on vous accorde une faveur, vous avez nécessairement un sentiment de gratitude à l’égard de l’administration et de l’Etat qui vous donnent accès à un privilège. On ne peut pas écrire l’Histoire sous la contrainte.

Q: Vous êtes pour l’abolition pure et simple de la dérogation ?

Sonia Combe: Je suis pour l’abolition d’un privilège qui constitue une entrave à l’établissement de la discipline historique et une atteinte aux droits civiques. Il faut fixer des règles qui soient les mêmes pour tous. Je sais que l’Histoire est une discipline difficile à défendre pour les historiens. L’élévation du niveau culturel de la population est incontestable, et de plus en plus de gens, qui n’ont pas de diplôme d’historiens mais qui ont appris à lire et à écrire, qui ont fait des études poussées, ont envie de raconter un événement dont ils ont été témoins parce qu’ils pensent que ça a quelque chose à voir avec la grande Histoire. L’historien contemporain se sent à tort menacé par le témoin alors qu’ils pratiquent deux styles d’écriture radicalement différents et complémentaires. Et si on n’est pas d’accord, tant mieux, on débat. Je suis pour que tous les citoyens se réapproprient leur Histoire, pour que toute personne qui a le désir d’écrire l’Histoire ait accès aux mêmes documents que l’historien professionnel.

Q: Ne faut-il pas aussi évoquer la question des moyens ?

Sonia Combe: L’administration des archives devrait employer beaucoup plus de moyens pour imposer aux administrations le versement de leurs archives. Elle est, me semble-t-il, dans une situation délicate. A titre d’exemple, dans le cadre d’une émission pour France Culture, j’ai demandé au directeur des Archives de Paris pourquoi il ne disposait pas des archives de la préfecture de police de Paris, et il m’a répondu : « Je ne peut pas y aller avec un tank ».

Q: Vous évoquez dans votre livre le culte du secret de l’Etat français, n’est-ce pas le propre de tous les Etats ?

Combe Sonia : Tout les Etats préféreraient que leurs secrets soient bien gardés mais il y a des pratiques démocratiques plus ou moins ancrées. Tous les pays d’Europe ont une législation beaucoup plus libérale que la nôtre. En France, jusqu’à présent, on a traité la rétention d’archives comme une fatalité. Je rattache notre législation à celle de la Turquie concernant les archives ottomanes du début du siècle, seuls les historiens turcs y ont accès. Ils affirment ne trouver aucune trace qui ferait la preuve de l’ordre donné de décimer la population arménienne. Peut être, mais dans ce cas, qu’ils ouvrent les archives ottomanes à tous les chercheurs, turcs et étrangers, y compris les Arméniens.

Q: Pouvez-vous citer des exemples de traitement plus démocratique de cette question des archives ?

Sonia Combe : Aux Etats-Unis, la vie politique fonctionne par groupes de pression. Les historiens, organisés en différentes associations, forment des groupes de pression qui pèsent sur les décisions du gouvernement, ce sont donc eux qui régulent le système des archives. Tout se fait sous la surveillance et la vigilance des historiens. Par exemple, les documents manquant sont précisés et répertoriés dans les archives communicables. Chez nous, on n’inscrit rien : un document non communicable n’est même pas mentionné, et c’est comme cela que le fichier des juifs est passé aux oubliettes. Mis à part quelques restrictions, l’Allemagne se comporte mieux du point de vue des archives que la France. Il faut noter que l’ouverture des archives de la Stasi a été imposée par le mouvement des citoyens de l’ex-RDA, un mouvement dissident qui avait donc subi les surveillances de la Stasi. Ils ont obtenu que les archives soient conservées à Berlin et communicables à tout le monde. Le gouvernement de l’époque a cédé parce qu’il avait tout intérêt à ce que les crimes de la Stasi apparaissent au grand jour pour légitimer l’opération de réappropriation de la RDA, mais il ne l’a pas fait pour ce qui concerne les relations entre les deux Etats allemands, parce que cela met en cause les agissements de la RFA. L’ouverture des archives de la Stasi n’a pas troublé la paix sociale. Des personnes ont probablement été épinglées abusivement, mais beaucoup d’autres ont, à cause de leurs comportements, subi, à raison, l’opprobre de leurs concitoyens. La paix sociale n’a pas été menacée par ces révélations, elle l’est en revanche beaucoup plus par le chômage. Les Allemands ont trouvé une solution dont on pourrait s’inspirer pour protéger les personnes : les archivistes anonymisent le document, c’est-à-dire qu’ils barrent les noms propres d’un gros trait noir quand il s’agit d’informations relatives à leur vie privée. C’est ce que l’on devrait faire chez nous concernant en particulier les dossiers sur Vichy ou sur la guerre d’Algérie. Dans les pays scandinaves, les historiens assument également dans l’ensemble leur responsabilité civique. En France, on pèche par un fatalisme très ancré, on s’incline, on contourne la difficulté, on négocie dans les couloirs. Aucune situation n’est parfaite, mais on travaille mieux en Allemagne, aux Etats-Unis, en Espagne, et en Israël où a été édité le premier livre « Le septième million » de Tom Segev qui remet en cause l’idéologie sioniste à partir d’archives qui vont jusqu’en 1952. En France, on est vraiment en retard.

Q: Les historiens français seraient-ils trop raisonnables ?

Sonia Combe : La fonction de l’historien est de créer du consensus national, du sentiment national, il doit le savoir et être vigilant. Mais du fait peut-être que la France soit un vieil Etat nation où le sentiment national est très fort, l’historien français – celui qui obtient les postes de direction et qui encadre la discipline historique – est enclin à être un historien raisonnable et respectueux de la raison d’état. Heureusement, l’université française forme malgré tout des personnes qui conservent un esprit critique, qui ne plaisent pas aux pouvoirs publics, et qui ont la possibilité de s’exprimer car nous sommes encore en démocratie.

Entretien réalisé par Chérifa Benabdessadok et Jessica Moulin

Histoire et propagande… Pour une réappropriation populaire de l’histoire ~ 2ème partie ~

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Second article sur la recherche historique hors des sentier battus comme nous l’avions annoncé dans notre récent article « L’histoire science sociale, science primordiale », il faut nous réapproprier l’Histoire, l’historiographie des évènements et empêche la caste dominante de nous dicter son histoire, sa vision des plus utile de l’histoire…

Aujourd’hui avec l’historienne française Annie Lacroix-Riz

— Résistance 71 —

 

Cette indignation contre l’ignominie

 

Annie Lacroix-Riz

 

Septembre 2010

 

url de l’article original:

http://www.paperblog.fr/3575964/de-annie-lacroix-riz-cette-indignation-contre-l-ignomini/

 

 

Cette indignation contre l’ignominie est lyrique et émouvante, mais il convient de rappeler que la xénophobie, brandie pour la énième fois en France, n’a pas fonction idéologique : pratiquée avec intensité en temps de crise, avec une efficacité particulièrement redoutable dans les pays colonisateurs (la France le fut et le demeure de fait), elle a caractérisé la Troisième république finissante, particulièrement l’ère Daladier-Reynaud, et elle s’insère pleinement dans la lutte pour l’écrasement des salaires – c’est à dire pour le maintien, voire l’augmentation du profit ‑, rendue possible par la division des salariés (entre femmes et hommes, étrangers et Français, jeunes et vieux, etc.).

Elle a obtenu l’aval, alors officiel, de la « gauche de gouvernement », qui était précisément « aux affaires » ‑ différence (une des seules) avec la situation actuelle (nous sommes actuellement dans la phase d’assaut du genre Doumergue-Laval) ‑ et qui en prit donc l’initiative officielle.

Or, l’initiative alléguée fut dictée par les puissances d’argent – c’est la chambre de commerce de Paris, haut lieu du grand capital français, fief de la Confédération générale du patronat français (CGPF), ancêtre du MEDEF, qui dictait à Daladier et à ses ministres leurs textes de 1938-1940 contre les étrangers en général et les juifs étrangers en particulier. Je dis bien dictait, stricto sensu, comme s’en vantait alors le président de ladite chambre devant ses mandants en assemblée générale (preuves écrites à l’appui, puisqu’il comparait les textes soumis aux ministres aux décrets finalement pris) (cf. l’article joint paru dans le récemment défunt Siné Hebdo en mai 2009, « “La chasse aux clandestins ” de la 3e République agonisante »).

C’est aussi la dimension essentielle de la lutte contre les fonctionnaires, loi LRU comprise, dont ceux-ci n’ont pas pris la mesure.

Le sort de notre mouvement l’a démontré en 2009. A l’université, on a eu tendance à croire que l’offensive thatchérienne était idéologique, imputable à un analphabète ignorant des lettres (l’un n’empêche pas l’autre : il vaut mieux pour incarner la lutte contre l’intellect choisir autre chose qu’un fin lettré) et mise en œuvre par une administration débile, procédant à des réformes « absurdes » (pas de langue vivante au CAPES de langue, et autres fantaisies de la même farine, quelle idiotie !).

Quand, en haut, on veut tout casser, on pratique une politique d’apparence absurde, qui confronte ses victimes d’en bas à l’incompréhension totale, comme, par exemple, la semaine de six jours et les 48 h hebdomadaires légales rétablies en novembre 1938 dans une France où la moyenne de la semaine de travail était de l’ordre de 36 h.

Ce que Naomi Klein qualifie de « stratégie du choc » a une longue histoire, dans la guerre sociale, laquelle ne relève ni des sentiments ni des états d’âme qui sont au cœur du généreux texte cité par Ophélie Hetzel.

Georges Sadoul, dans son Journal de guerre, cite le cas de la suppression du congé dominical par « une grande banque » parisienne, congé remplacé par « deux demi-journées de congé qu’on ne pourrait jamais bloquer en une seule », ce qui accablerait les familles, « surtout les femmes ». Quand la jeune secrétaire « catholique bien-pensante [et…] bien élevée » de l’établissement réclama en 1939 à son sous-directeur le retour au repos dominical en arguant que « la banque n’en marcherait pas plus mal. Pourquoi prendre une mesure si inhumaine ? », il « rican[a] : “Mais parce que maintenant nous vous tenons, ma petite” » (Journal de guerre (2 septembre 1939-20 juillet 1940), Paris, Les Éditeurs français réunis, 1977, p. 105).

L’assaut contre les retraites a été lancé non pas parce que nous vivons plus vieux, mais parce que la « réforme », partagée par la droite prétendument « républicaine », l’extrême (dont la première ne se distingue plus guère) et la « gauche de gouvernement », qui y a souscrit quand elle était « aux affaires » et œuvrait aux traités « européens ». Il va nous ramener aux retraites de misère d’avant-guerre, et a exactement la même fonction que la gigantesque injustice fiscale, la chasse aux étrangers, le combat contre le statut de la fonction publique (désormais sérieusement entamé), etc.

Quand nous-mêmes et nos organisations de défense renouerons avec ces analyses couramment faites au cours de la crise systémique des années 1930 par la fraction radicale, très affaiblie aujourd’hui, du mouvement ouvrier – et avec l’action y afférente ‑, nous nous battrons plus efficacement contre l’ennemi commun aux Roms, français ou étrangers, aux étrangers (pauvres, pas riches) en général et à nous-mêmes.

Le capitalisme en crise ne « trahi[t pas ses] lois » en œuvrant comme il le fait actuellement, il les met en pratique, comme dans les crises de 1873 et 1929-1931.

La droite se fascise aujourd’hui comme elle s’est fascisée dans l’entre-deux-guerres, la gauche de gouvernement ne « baisse [pas] les yeux », elle est fidèle à elle-même, privée de politique de rechange parce qu’elle ne dispose d’aucun moyen contre le grand capital, qui la contrôle en large part : c’est un fait, pas un jugement idéologique – ceux qui en doutent n’ont qu’à faire un long stage dans les fonds BA et GA des Renseignements généraux aux archives de la Préfecture de police ou dans la série F7 du ministère de l’intérieur, aux Archives nationales, qui pourra les conduire jusqu’à une période assez récente pour certains dossiers des APP.

Cette gauche convaincue que le capitalisme relève de la même fatalité que la pluie et le beau temps ne se donnera pas davantage d’alternative en 2012, elle le reconnaît d’ailleurs avec une grande simplicité, et le Canard enchaîné (de la semaine dernière, à propos de F. Hollande) n’est pas le seul à le dire ‑ alors que Daladier, chef du parti radical, fit semblant de virer à gauche avant les élections de Front populaire.

La population française ou « le peuple de gauche » ignorait en 1936 que Blum et Vincent Auriol tenaient leur programme socio-économique de la Banque de France et des éléments français (issus de la Banque de France) de la Banque des règlements internationaux.

Nous n’avons pas l’excuse d’ignorer aujourd’hui que le Parti socialiste, même parmi les adversaires personnels de M. Strauss-Kahn, n’a pas d’autre politique que celle dictée par le FMI – c’est à dire par le club constitué depuis juillet 1944 par les classes dirigeantes de nos pays et celles des États-Unis, garantes en dernière analyse ‑ jusqu’à nouvel ordre ‑, du coffre-fort des premières.

Tant que nous considérerons qu’aborder ces questions signifie « sortir du cadre de la défense syndicale » ou assimilée, nous perdrons avec la même régularité que nous avons perdu, sans interruption, depuis 30 ans.

D’ailleurs, la victoire sociale de 1936 ne fut pas électorale – le programme social et économique de Blum était celui de l’austérité financière de la Banque de France ‑, mais elle fut exclusivement due à l’action de mai-juin 1936 des salariés français, favorisée par les « unitaires » et combattue par la majorité des « confédérés » (dont nos actuelles « directions syndicales » sont presque sans exception héritières) ; elle donna un répit, un vrai, aux familles d’immigrés, victimes depuis le début de la crise d’un véritable harcèlement, policier notamment, répit malheureusement très bref (voir plus haut). « La gauche de gouvernement » a bien vite, après ce grand succès mal préservé, préparé dans une mesure considérable la voie à Vichy, y compris en matière d’immigration, propos, je l’affirme, absolument non polémique.

Globalement, c’est nous qui, assurément sans le vouloir, trahissons nos propres intérêts au profit de ceux d’en face, lesquels ne trahissent jamais les leurs, parce qu’ils sont servis par des mandataires efficaces, parce que strictement contrôlés (nous ne pouvons en dire autant), ne cessent jamais de « raisonner », c’est à dire calculent tous leurs coups, au millimètre près (ça marche tant que nous ne bougeons pas). Ils n’abdiquent jamais.

Jusqu’ici, c’est dans le seul camp des salariés que l’abdication a régné. Il n’y a pas de « clercs » en général, il y a des « clercs » qui servent des intérêts de classe, et ceux qui nous accablent, réduisant nos salaires directs et indirects, choisissent, pour nous le faire accepter, ils ont bien raison, ceux et seulement ceux qui leur sont dévoués. Il ne nous reste qu’à recréer les instruments de défense qui rendront visibilité et écho aux « clercs » qui servent notre camp. Il y a du chemin à faire.

Nous avons autant ou davantage besoin de lucidité socio-économique et politique (et de connaissance froide de l’histoire) que d’indignation épique (relisant Les Misérables, je reconnais cependant ce que nous devons aux élans de Victor Hugo, et admire le vaillant Baudin, qui déclara : « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs [par jour] ! » avant de se livrer au feu des putschistes de décembre 1851).

Il s’impose naturellement de signer toutes les pétitions de défense des Roms, ce que j’ai fait, comme nous tous sans doute. Mais on les défendrait mieux, ainsi que la majorité des gens qui vivent en France, nous compris, en tenant compte de ce qui précède et en renonçant à rêver à 2012, le rêve ayant des chances de virer au cauchemar. Voir les cas grec, espagnol, etc.

 

Annie Lacroix-Riz,

Historienne

 

 

Histoire et propagande… Pour une réappropriation populaire de l’histoire ~ 1ère partie ~

Posted in actualité, guerres imperialistes, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , on 19 avril 2013 by Résistance 71

Premier article sur la recherche historique hors des sentier battus comme nous l’avions annoncé dans notre récent article « L’histoire science sociale, science primordiale », il faut nous réapproprier l’Histoire, l’historiographie des évènements et empêche la caste dominante de nous dicter son histoire, sa vision des plus utile de l’histoire…

Aujourd’hui avec l’historien britannique Michael Pinto-Duschinsky

 

— Résistance 71 —

 

Vendre le passé

Les dangers du financement extérieur dans la recherche historique

 

Michael Pinto-Duschinsky

Est-il déontologique pour des historiens d’accepter d’être rémunérés par des grandes entreprises, banques ou autres agences gouvernementales dont les expériences passées sont les sujets de leur travaux de recherche ? Ce défi à l’intégrité académique pose problème surtout quand dans le même temps ces compagnies allemandes sont confrontées à des actions en justice aux Etats-Unis, menées par les commissions historiques sur l’Holocauste, pour exploitation esclavagiste des travailleurs et pour pillage pendant les années de guerre. Les problèmes éthiques deviennent plus grands encore quand – comme c’est le cas – les entreprises elles-mêmes choisissent, paient et donnent un accès exclusif à leurs archives à des commissions  » indépendantes  » d’historiens. Mais le pouvoir de l’argent a de plus vastes effets dans la manière dont est étudiée, enseignée et publiée l’histoire. Traditionnellement, l’histoire de la guerre était écrite par les nations victorieuses. Le débat sur la mémoire collective n’est maintenant plus gagné par les vainqueurs. Fréquemment, il est écrit en faveur de ceux qui sont les plus influents ou en faveur de ceux qui ont le plus de motivations à fournir leur vision de l’histoire.

La campagne des grandes entreprises allemandes afin de protéger leurs employés des plaintes pour crime de guerre visant à justifier leur participation à la solution finale, commença dès 1946. Avec ces fonds corporatistes, un travail d’archives a été mis en place à l’Université de Göttingen ; l’objectif déclaré :  » L’accumulation de documents légaux, historiques et politiques qui pourraient aider à la réhabilitation des industriels allemands chez eux et à l’étranger. « (voir l’essai de Jonathan Wiesen  » Overcoming nazism : Big business, public relations and the politics of memory  » in Central European History, 1996, 206). Juste après cela, quand trois séries de procès d’industriels furent menés à Nuremberg, d’actifs efforts de relations publiques ont été organisé aux Etats-Unis. Même si les anciens membres de Flick, Krupp et I.G. Farben étaient en geôle, le lobbying permit leur relaxe anticipée et leur réhabilitation. D’autres figures du monde des affaires comme Hermann Abs, de la Deutsche Bank, échappèrent de peu aux poursuites, grâce aux Alliés qui souhaitaient utiliser l’industrie allemande pour combattre le camp soviétique dans le contexte de la Guerre Froide.

En ayant évité les poursuites criminelles à l’Ouest, Abs usa de sa position de négociateur auprès de Konrad Adenauer pour assurer, dans le London Debt Settlement de 1953, que les anciens travailleurs-esclaves auraient un minimum de droits pour réclamer une compensation aux entreprises qui les avaient opprimés. Quand les principales entreprises allemandes devaient se soumettre sous la pression politique (émanant la plupart du temps de groupes de pression américains), ils répondaient parfois en versant volontairement quelque argent à leurs anciennes victimes, paiements plus symboliques qu’importants. En 1985, un scandale de corruption conduisit à la poursuite du Flick et concerna la Deutsche Bank pour un montant de 5 millions de DM. Craignant des effets déstabilisateurs sur le marché des échanges de New-York, la Deutsche Bank accepta de payer un total de 5 millions de DM (soit environ 15 millions de francs) à de petits groupes d’anciens esclaves de chez Flick. Ce qui représente 1%0 du prix de revient.

En dépit du misérable montant de compensation, d’autres grandes entreprises ont senti qu’elles pourraient à leur tour être harcelées par leurs ex-travailleurs-esclaves. Volkswagen démarcha un des plus importants historiens allemands, Hans Mommsem, pour écrire un compte-rendu de ses souvenirs de guerre. Dans le même temps, une équipe de la  » société pour l’histoire des affaires  » produisit un volume en 1986 pour marquer le centenaire de Daimler-Benz. Comme le rapportait Michael Burleigh dans le numéro de novembre 1992 d’History today, l’équipe avait promis dans un mémo confidentiel de montrer qu’en ce qui concerne l’automobile, elle avait  » soutenue le régime nazi de manière incontournable pour une entreprise de cette importance « .

Parmi les critiques des chercheurs les plus radicaux, le fait que Daimler-Benz donna fréquemment à cette équipe d’historiens officiels un accès privilégié à ses sources.

L’histoire officielle de Volkswagen causa un scandale encore plus important. Sa publication prit dix ans. Le délai eu pour effet de prescrire l’accès aux archives de VW et de voir de nombreuses ex-victimes mourir. Evidemment, VW utilisa le rapport intérimaire de Mommsen afin de justifier son refus de verser un quelconque paiement individuel à ses anciens travailleurs-esclaves. L’historien afficha son accord, en partie parce que ses recherches avaient échouées dans la quête des  » noms et adresses  » des  » armées de réserve  » et parce que les ressources de l’industrie allemande étaient  » limitées « .

Lorsque le livre de Mommsen fut finalement publié en 1996, il avait été quelque peu revu. Quelques radicaux le condamnèrent comme étant une sauce immonde. Le résultat sur les atrocités de l’entreprise- » ferme d’enfants  » de Rühen était critiqué. Des centaines de nouveau-nés moururent juste après avoir été séparés de leur mère lorsqu’elles étaient réquisitionnées pour poursuivre leur travail. L’analyse de Mommsen adopte assez largement la position adoptée antérieurement par la défense lors des procès de crimes de guerre ; les juges anglais avaient rejeté la thèse selon laquelle les victimes étaient mortes suite à des épidémies, mais plutôt suite aux traitements des docteurs nazis employés par VW. Aussi, le rapport de Mommsen affirmant que les travailleurs étrangers de VW avaient constitué durant la guerre une  » société multiculturelle  » diverge considérablement des résultats donnés dans l’action de classe contre VW qui avait été mis à jour aux Etats-Unis par le juriste Mel Weiss.

Les pressions sur les banques allemandes, les compagnies d’assurance et les industries ont augmenté de concert avec les révélations sur l’or des nazis découvert dans les banques suisses. Le récent accord selon lequel les banques suisses s’apprêtaient à verser une compensation de près de 7 milliards de francs aux victimes de l’Holocauste, a ravivé l’espoir d’un plus large règlement de la part des milieux d’affaire allemands. Les compagnies et les banques ont communément répondu en désignant des historiens officiels. Cette tactique leur a permis de gagner du temps et permis de prétexter que les chercheurs indépendants n’auraient pas accès à leurs archives.

Degussa, la compagnie impliquée dans le vol des couronnes en or des juifs gazés dans les camps de la mort nazis, comme le rapporte le Times du 25 août 1998, aurait barré l’accès à un chercheur indépendant, Hersch Fischler, qui désirait en savoir plus après avoir découvert des détails sur l’implication de l’entreprise durant cet horrible procès. Degussa  » autorisa d’autres historiens à débuter leurs recherche, mais précisa que les résultats ne seraient pas connus avant la fin 1999.  »

La Dressner Bank et la Deutsch Bank, auxquelles il avait été enjoint de verser un dédommagement d’un montant de 18 milliards de dollars suite à des plaintes déposées aux Etats-Unis pour leur participation à des présumées activités de guerre, ont elles aussi initié des recherches historiques. La Deutsch Bank a reconnu ces relations avec ces historiens :

        Les accords conclus entre la Deutsch Bank et les historiens sont confidentiels. Cela confère des honoraires, des rencontres avec la commission et des protocoles… La Deutsch Bank réserve ses droits de décider quels chercheurs sont accrédités pour avoir accès aux documents d’Abs… La banque décide aussi quels seront les Professeurs qui feront partie de cette commission et qui prépareront les études détaillées.

En dépit de cela, les résultats intermédiaires de la recherche sur l’implication de la Deutsch Bank dans l’affaire de  » l’or des nazis « , publiés à la fin juillet, allèrent considérablement plus loin qu’auparavant dans la connaissance des pratiques coupables et dans la reconnaissance finale de ce qui était patent pour des chercheurs extérieurs depuis des années – ce qu’Abs (le directeur principalement responsable des opérations de la banque dans les territoires occupés par les nazis) devait avoir en mémoire, malgré le manque de preuves visuelles.

Cette dernière étude , conduite par cinq historiens renommés des principales universités anglaises, allemandes, israéliennes et américaines, illustre néanmoins les problèmes du sponsoring dans ce type de recherche. Premièrement, leur travail était largement fondé sur des archives de la banque elle-même. Déjà les officiels de la banque avaient intérêt, voyant que la guerre touchait à sa fin, d’éliminer les dossiers ; ils avaient de grandes opportunités de détruire ou d’annuler les preuves embarrassantes des cinquante dernières années. De ce fait, il n’était pas surprenant que les preuves à charge, relatives aux activités de guerre de la Deutsche Bank, du Credit Ansalt de Vienne, n’émergèrent qu’après que furent menées des recherches parallèles suite au rapport des historiens officiels de la Deutsche Bank.

Deuxièmement, l’étude de 1998 sur le rôle de la Deutsche Bank dans  » l’or des nazis  » souligne des éléments clés d’un précédent volume officiel publiés en 1995. Au regard de l’imbrication entre les chercheurs impliqués dans les projets de 1995 et 1998, il est difficile de fournir une explication. Si l’histoire officielle de 1995, rédigée par cinq historiens faisant autorité et approuvée par un comité de douze autres historiens, a été jugée respectable par les plaignants, comment expliquer ces derniers revirements dans l’interprétation ? Pourquoi l’information concernant les échanges de l’or des nazis entre banques ne fut-elle pas reportée en 1995 ? Les conclusions centrales, comme l’implication de la banque dans la construction d’Auschwitz, son rôle majeur au sein du cercle des amis d’Himmler, les dix années omises par Abs des crimes de guerre commis à Zagreb en 1945, et le fait qu’Abs ait été placé sur les listes des suspects comme criminel nazi, ont été au total atténuées ou ignorées dans les 967 pages du volume de 1995.

Comme indication des priorités de ce récit officiel et indépendant, la présence d’Abs sur l’organigramme de I.G. Farben durant la guerre ne tient qu’en six lignes. C’était à cette époque qu’I.G. Farben, qui était principalement financé par la Deutsche Bank, construisit la tristement célèbre notoriété du camp de travailleurs-esclaves de Buna. Primo Levi en fut l’un des heureux survivants. Des milliers de personnes travaillèrent jusqu’à leur extrêmes limites puis étaient dirigés vers les chambres à gaz. Même la localisation du camp autrichien est omis dans le volume de la Deutsche Bank. L’entreprise de Farben à Buna était à Monowitz (Auschwitz III), pas à Birkenau. Le livre inclut une description considérable d’une journée de train de Berlin à Hambourg, rapportée en février 1948, par le directeur économique de la banque, E.W. Schmidt. Il était obligé de voyager dans un wagon bondé et obscur :  » Il est presque impossible de décrire les conditions inhumaines et de torture de ce voyage « .

Les historiens qui ont accepté des honoraires des corporations allemandes afin d’établir leurs souvenirs de guerre sont bien naïfs quant aux dangers que cela constitue. Les autres qui sont impliqués dans ces projets rapportent qu’ils ont vivement fait connaître leur besoin de conserver leur indépendance. Dans le cas de l’étude de 1998 pour la Deutsche Bank, l’équipe historique alla aussi loin que possible dans la rédaction d’un protocole dans lequel seraient établies les  » règles du jeu  » (ce protocole est aussi confidentiel). Il y a aussi un séminaire privé dans lequel les conclusions éthiques soulevées par leurs travaux sont examinées par quelques quinze historiens couramment employés par diverses ex-compagnies et banques nazis.

Malgré ces bonnes intentions, la recherche sponsorisée de ce type est ouverte à tout type d’abus. Les pressions sur les chercheurs qui acceptent de participer sont subtiles mais persuasives, pour ces raisons suivantes : (1) Depuis que se sont les firmes clientes qui sélectionnent les historiens, les participants ne sont pas vraiment d’accord d’y inclure les historiens qui sont critiques à leur égard. Tom Bower, qui dans son livre Blind Eye to Murder avait exposé les activités d’Hermann Abs, ne fut pas inclus dans l’équipe de chercheurs critiques de la Deutsche Bank. (2) Les universitaires invités à rejoindre les commissions historiques, largement payées, n’ont pas eu besoin de se faire mettre au pas. L’espoir d’un travail lucratif futur était suffisant pour modifier leur discours et leur emphase. Bower a relevé les commentaires sur le langage officiel euphémisé employé dans l’histoire de la Deutsche Bank en 1995. (3) Pressés par le manque de temps, les chercheurs extérieurs auront tendance à faire confiance à la documentation sélectionnée par les archivistes des compagnies. (4) Les historiens  » officiels  » sont aussi trop souvent soumis au secret. (5) Les Professeurs et les administrateurs universitaires ont de sérieux mobiles pour éviter d’offenser de gigantesques entreprises comme VW, Siemens ou la Deutsche Bank, dont les fondations pour l’éducation financent des communautés universitaires et autres donations.

Le plus important de tout est l’effet potentiel de distorsion du financement sur l’agenda des recherches, sur les écrits et sur l’enseignement. Supposons qu’un universitaire ait un sujet au choix entre deux aires ou pays différents. Pour quelques uns le coût des recherches sera pris en charge, des dons seront octroyés , et des postes d’enseignement seront disponibles ; pour les autres, il n’y aura pas autant de mesures prises. Naturellement, les plus dévoués ou les plus talentueux des universitaires auront tendance à aller où l’argent se trouve.

L’élément de propagande dans le travail institutionnel, comme celui de la Société pour les affaires de l’histoire et l’Institut bancaire de la recherche historique basés en Allemagne, consiste dans leur accent mis sur des sujets tout autres que ceux de la 2ème guerre mondiale. Cas similaire, la fondation anglo-allemande pour l’étude des sociétés industrialisées, dont le fondateur principal fut le Ministère Allemand des affaires étrangères, avait obtenu des subventions avoisinant les 100 millions de francs. ; il ne fut pourtant pas donné un centime, au regard de leurs politiques de compensation, pour la recherche ou des projets concernant le passé des entreprises allemandes et concernant notamment le travail esclavagiste. Selon la Fondation, le sujet  » ne correspond pas avec la définition des recherches prioritaires « .

L’histoire de la seconde guerre mondiale ainsi que la période d’après guerre en Allemagne est un sujet où la prédominance des fonds publics émanant du gouvernement allemand ou des compagnies est largement la règle. Les problèmes de l’attribution irrégulière des fonds concerne aussi d’autres lieux. Les Universités sont un vaste champ de bataille pour la conquête de la définition de l’identité nationale britannique. La Commission Européenne a fait d’importants investissements dans des projets afin de créer un apprentissage de cours universitaires politiquement correct sur les institutions européennes. Les Départements de Politique et d’histoire moderne ont été généreusement pourvus par des professeurs et autres lecteurs fidèles de Jean Monnet. Combien en sont des euro-sceptiques ? Les Professeurs  » Jean Monnet  » sont tenus de participer à des cercles de réflexion sur des sujets tel que l’Euro. Selon la Comission Européenne,  » grâce à la contribution de ce réseau, la communauté scientifique et la société civile ont été encouragé à participer au débat sur les défis du calendrier européen « .

L’échelle du  » Projet Jean Monnet  » est gigantesque. Il y a près de 409 chaires universitaires Jean Monnet aux Etats-Unis, et 90 en Angleterre. Depuis 1990, le programme a soutenu 1722  » nouvelles activités d’enseignement « , y compris des cours universitaires et des modules sur les études européennes. Cent quarante-six initiatives (dont trente-neuf chaires) ont été consacrées à l’histoire de l’intégration européenne et 348 sur les études politiques européennes. Il y a un fond spécial pour la recherche sur  » le souvenir des personnes qui ont construit l’Europe « .

L’ » Europaeum « , qui lie Oxford avec un certain nombre d’universités, a été établi avec des fonds privés avec l’objectif avoué de créer une élite pro-européenne. Il ne semble pas qu’il y ait un tel équivalent dans le financement anti-fédéraliste.

Il y a une lutte financière entre pro-européens et Atlantistes, dans laquelle un combat d’arrière garde concernant la fondation d’Etudes Américaines a eu lieu. La Commission Fulbright a conduit des cours d’initiation sur les Etats-Unis dispensés dans des universités anglaises. Avec l’aide de l’argent de Mellon, un centre majeur d’études américaines est en train d’être construit à Oxford.

Les études sur le Moyen-Orient sont dominées par une lutte d’influence académique entre les intérêts arabes et israéliens. Il y a un certain nombre d’universités en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis où la rivalité entre financement arabe et israélien ou plutôt juif de l’enseignement est telle que des cours distincts sont donnés sur le conflit israélo-arabe au sein de la même université. Il y a quelques années, les diplômés de l’Université de Georgetown de Washington, avouèrent franchement qu’ils écrivaient leurs dissertations en présupposant que leurs notes seraient fonction de l’interprétation la plus appropriée sur les origines du conflit des Six-jours en fonction de l’origine arabe ou israélienne du professeur. Ces cas fournissent évidemment une intéressante expérience éducative. Néanmoins, cela illustre comment les cours dispensés dépendent de la collecte de fonds, et pas seulement de critères académiques.

Quelques intellectuels universitaires ont montré une certaine adresse à enrichir leurs institutions en jouant les deux parties l’une contre l’autre. Le problème académique est que de vastes champs d’étude qui ne bénéficient pas de riches ou de financements extérieurs sont ainsi négligés. La pauvreté en Europe de l’Est, combinée avec la fin de la Guerre froide, a rendu plus difficile la consolidation des recherches sur les anciens pays satellites de l’URSS. A l’opposé, les études sur certains pays du Moyen-Orient fleurissent, et de magnifiques immeubles sont érigés en institut en toute dévotion.

Les financements étrangers et le sponsoring des entreprises semblent immuables. Correctement gérés, ils ajoutent du pluralisme et de la prospérité à la vie académique. Mais des gardes-fous sont nécessaires, spécialement quand les études sur les champs controversés de l’histoire moderne et de la politique sont concernés.

Bien que les fonds étrangers soient bienvenus, ils ne doivent pas devenir la seule ou la principale source d’argent. Les gouvernements britanniques ont eu tendance à négliger leurs propres responsabilités financières. Ceci s’applique à l’histoire moderne comme à la recherche scientifique.

Cela nécessite que les sources de financement soient transparentes. Le Comité sur le niveau de la vie publique (le Comité Neill) a proposé la révélation et la régulation des dons attribués aux partis politiques britanniques. Les donations pour les recherches politiques universitaires a sans doute eu un impact aussi important auprès de l’opinion publique que les cadeaux attribués aux partis politiques. Il est raisonnable de demander un complément parallèle de règles concernant les contributions allouées aux institutions académiques. Si un historien a reçu des indemnités ou des honoraires d’une institution partenaire cela est significatif pour des lecteurs soucieux d’évaluer le produit.

Finalement, la communauté académique a besoin d’établir des codes de conduite pour ses membres dans le plus grand intérêt du public. Il devrait autant que possible être ouvert aux termes des rendez-vous des commissions historiques (y compris les arrangements financiers). Lorsque l’accès exclusif aux documents ou aux données scientifiques est impliqué, il doit y avoir des règles afin que les trouvailles soient vérifiées ou dupliquées de manière indépendante. Des codes de conduite ne devraient pas être sous la seule responsabilité des administrations universitaires mais par des bureaux indépendants composés de membres représentant une section mixte d’universitaires voire de personnes de la société civile.

 » L’histoire à vendre  » est une phrase émotive et bien trop simpliste. Ce ne sera qu’en faisant face aux dangers qu’il sera possible de les maîtriser.

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Title: Selling the past, the dangers of outside finance for historical research 
Author: Michael Pinto-Duschinsky 
Source: TLS October 23 1998 
Book Review:  » Fundraising and the Holocaust : Gert-Rudolf Flick’s contribution to Oxford University  » 
Author/Book: Alan Montefiore & David Vines 
Translator: Cyril Ceccaldi 
Date of translation: 15.01.99

 

url de l’article:

http://www.periwork.com/peri_db/traduction_db/2002_June_21_10_44_41/

Résistance politique et activisme: L’histoire sous (bonne) influence…

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , on 12 septembre 2012 by Résistance 71

“La constitution a été écrite par les riches, qui établirent un gouvernement pour protéger leur propriété.”

“Les pères fondateur de cette nation n’étaient pas seulement des organisateurs intelligents d’une nation nouvelle, mais ils étaient également des blancs, propriétaires d’esclaves, des marchands, des actionnaires, qui avaient peur d’une rebellion de la classe inférieure ou comme le disait James Madison: ‘d’une division égale de la propriété’ “.

“Mes héros furent les fermiers de la rebellion de Shay, les abolitionistes noirs qui violèrent la loi pour libérer leurs frères et sœurs, les gens qui ont été jetés en prison pour s’être opposés à la 1ère guerre mondiale, les ouvriers qui se mirent en grève contre de puissantes corporations, défiant la police et les milices patronales, les vétérans de la guerre du Vietnam qui s’opposèrent directement à la guerre, aux femmes qui demandèrent l’égalité dans tous les aspects de la vie.”

– Howard Zinn –

 

Howard Zinn ou l’Histoire au service des peuples et non de l’oligarchie

Par Résistance 71

 

Le 12 Septembre 2012

 

Nous publions en deux parties (1ère partie / 2ème partie) la traduction du chapitre 5 du livre d’Howard Zinn et Donaldo Macedo “On Democratic Education” (2005): “Christophe Colomb et la civilisation occidentale”, chapitre concernant l’histoire de la découverte du continent américain par Christophe Colomb, ses suites, la démythification de son narratif et l’analyse du comment et pourquoi l’histoire officielle a renforcé le mythe progressiste de la “civilisation” occidentale.

Le monde de cette première décennie du XXIème siècle a été placé sous la domination sans précédent de l’empire anglo-américain, domination qui ne s’est exprimée qu’exponentiellement depuis la fin de la seconde guerre mondiale et surtout depuis la fin de la guerre froide en 1991.

La compréhension du monde dans lequel nous vivons, pour lequel nous sommes constamment exploités et spoliés, passe par une compréhension de l’histoire de la civilisation occidentale vue sous un angle différent: celui des participants de tous les jours, des démunis, des travailleurs, des opprimés et non pas comme cela l’est en ce qui concerne les livres d’histoire traditionnels, sous l’angle de vue des industriels, hommes/femmes politiques, présidents, grands généraux et autres “héros” d’une civilisation questionable à bien des égards.

Howard Zinn est sans aucun doute l’historien le plus connu, controversif pour l’establishment, que les Etats-Unis aient connu.

Professeur à l’université de Boston, sa carrière d’historien, de professeur, d’activiste pour les droits civiques et anti-guerre, puise sa force dans son origine prolétaire, ayant eu la possibilité de pousser ses études au retour de la seconde guerre mondiale sous les auspices de la “GI bill”, loi qui donnait la possibilité aux vétérans de l’armée de faire des études en bénéficiant d’une bourse d’état. L’ouvrier de chantier naval devint Docteur en Histoire après avoir poursuivi un cursus d’étude qui le vit être diplômé (Ph.D) de l’université de Colombia.

Zinn devint très vite un critique de l’histoire traditionnelle, dénonçant le bias systématique pris par les recherches et analyses des faits historiques dans le sens d’un consensus pro-establishment. Il passa le reste de sa carrière d’historien à éclairer les faits sous un angle systématiquement différent, déterrant ce faisant certaines vérités que personne dans l’orthodoxie anbiante ne voulait vraiment ni voir ni entendre.

Zinn représente le parfait exemple de ce qu’un historien se doit d’être: un chercheur contradictoire, quelqu’un fouillant les archives et exposant ce que les évènements historiques furent et non pas ce que certains désireraient qu’ils fussent, ce tout en admettant le fait que selon ses dires mêmes: “Dans tous les cas de figure, l’historien ne peut pas choisir d’être neutre, car il écrit dans un train en marche.”

L’histoire a toujours été écrite par la classe moyenne et la classe moyenne supérieure au profit du consesnsus du statu quo oligarchique. Les personnes relatant les faits n’ont que très peu souvent été capables d’évaluer la perception d’évènements du point de vue des classes ouvrières ou des laisser-pour-compte de la société. L’histoire se doit d’être dite de ce point de vue, qui le plus souvent met au défi l’évaluation orthodoxe de faits que l’on pense établis et qu’on nous présente toujours sous un angle favorable à la pensée dominante.

Howard Zinn symbolise ce que le révisionnisme historique, prit dans son véritable sens et non dans le sens amalgamé au négationisme promulgué à dessein par la pensée unique dogmatique refusant toute analyse rationnelle, se doit d’être:

 

Etymologie : du latin revisere, revoir.

Le révisionnisme désigne l’attitude critique de ceux qui remettent en cause de manière rationnelle les fondements d’une doctrine, d’une loi, d’un jugement, d’une opinion couramment admise en histoire, ou même de faits établis.

Le révisionnisme est une démarche naturelle de l’historien consistant à réviser en permanence le savoir historique, tout en utilisant les règles et méthodes scientifiques du métier. En se basant sur un apport d’informations nouvelles, sur un réexamen des sources, il propose une nouvelle interprétation de l’histoire.

Le terme a été, à l’origine, employé pour la remise en cause des conclusions rendues au sujet de l’affaire Dreyfus et pour demander la révision de son procès.

Le révisionnisme a plus particulièrement désigné la position de certains communistes qui étaient convaincus de la nécessité de réviser la doctrine marxiste avec l’évolution politique, sociale ou économique de la société, en remettant en cause une partie des thèses révolutionnaires et en s’écartant de l’orthodoxie marxiste-léniniste. C’est ainsi que le Parti communiste français fut traité de révisionniste par ceux-là mêmes qu’il qualifiait de gauchistes.

De nos jours, le révisionnisme désigne, à tort, une tendance à remettre en question les atrocités du nazisme dans les camps de concentration et à minimiser, voire à nier, le génocide des juifs. Il convient, dans ce cas d’utiliser le mot « négationnisme« .

 

Source dictionnaire:

http://www.toupie.org/Dictionnaire/Revisionnisme.htm

Pourquoi avons-nous choisi spécifiquement de traduire ce chapitre sur Christophe Colomb ? Parce que l’interprétation historique faite de cet évènement a conditionné le mythe du “progressisme” de la civilisation occidentale et a justifié depuis lors toutes les exactions commises en son nom. Il a suffi d’étiqueter la découverte de nouveau monde par Christophe Colomb, mercenaire à la solde de la couronne d’Espagne, comme un pas de géant pour le progrès humain et d’occulter officiellement toutes les atrocités commises par les conquistadores pour justifier toutes les atrocités et les crimes subséquents qui se sont abattus sur les natifs de l’endroit, puis sur les populations africaines, au nom de la “morale chrétienne” et de la “civilisation en marche”.

Si les Etats-Unis aujourd’hui sont ce qu’ils sont: un empire criminel hégémonique, c’est en grande partie à cause du mensonge par omission de l’histoire officielle de la découverte du continent. Dénoncer le bias narratif historique au profit de la pensée dominante est non seulement une nécessité déontologique pour l’historien, mais aussi une mesure salvatrice pour la conscience humaine.

Howard Zinn nous a laissé un énorme héritage, tant intellectuel qu’activiste, deux choses qu’il ne séparait jamais. Il a rendu l’histoire des Etats-Unis à son peuple. Bon nombre de ses ouvrages ont été traduits en français dont sa célèbre pièce maîtresse qui fut l’objet, en son temps, de tant de débats animés et de controverses: “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”, publié en France aux édition Agone.

A ce sujet, un projet de documentaire sur Zinn et son histoire populaire des Etats-Unis est en cours de réalisation.

Ce projet se réalise sous l’égide d’une SCOP (Société Coopérative Participative): Les Mutins de Pangée, coopérative qui lance des initiatives participatrices à ses réalisations. Ce sont les souscriveurs qui financent les projets (http://lesmutins.org/Howard-Zinn-Une-histoire-populaire.html) de manière indépendante. Ils ont déjà produit un excellent documentaire sur Noam Chomsky entr’autres, Zinn est en cours de réalisation.

Howard Zinn n’a pas vraiment d’équivalent en France (la plus proche serait sûrement l’historienne Annie Lacroix-Riz, qui par ses recherches serait pourtant plus proche d’Antony Sutton) et cela est bien dommage. C’est en découvrant son travail et son activisme que peut-être quelques historiens de l’hexagone pourraient devenir nos Howard Zinn et rendre notre histoire plus transparente et… populaire. Ce serait une mesure de salubrité publique !

Biographie d’Howard Zinn:

Source: Les Mutins de Pangée

http://www.lesmutins.org/Howard-Zinn-Une-histoire-populaire.html

Howard Zinn est né en 1922, à Brooklyn, dans une famille d’immigrés. Il est mort le 27 janvier 2010, laissant derrière lui de nombreux ouvrages importants dont l’incontournable Histoire populaire des Etats-Unis, de 1492 à nos jours (éditions Agone). Howard Zinn a traversé le XXème siècle sans se contenter de l’observer.

Formé à la lutte des classes dans les rues du New York de la grande dépression des années 30, jeune ouvrier d’un chantier naval, il s’est ensuite engagé dans la Seconde Guerre mondiale comme bombardier dans l’US Air Force, pour combattre le fascisme en Europe. Bouleversé par le bombardement (inutile) de Royan au napalm et par les conséquences de Hiroshima, il va s’engager toute sa vie contre la logique de guerre américaine.

Dans l’ambiance du maccarthysme d’après-guerre, Howard Zinn décide de se lancer dans des études universitaires d’Histoire, auxquelles il a accès gratuitement en tant que vétéran. Son premier poste de professeur, il l’obtient dans un collège d’étudiantes afro-américaines du sud des Etats-Unis. Il prend alors part activement dans les mouvements pour les droits civiques des noirs américains, contre la ségrégation raciale. Il prend part à la résistance non-violente des étudiants, les manifestations, les sit-in, les freedoms rides, les procès… La pratique de la désobéissance civile traverse les Etats-Unis des années 50 et 60 et marquent énormément la pensée de Howard Zinn.

Renvoyé pour « insubordination », il rejoint l’Université de Boston en 1964, au moment où la guerre du Vietnam éclate et s’engage immédiatement dans les mouvements anti-guerre, au début encore très marginaux. En tant que vétéran, Howard Zinn va jouer un rôle important dans la libération de soldats américains prisonniers, tout en donnant encore plus d’écho aux opposants à la guerre.

Howard Zinn apparait aussi comme témoin dans l’affaire des Pentagone Papers (l’ancêtre de wikileaks en quelque sorte…) qui a donné le coup de grâce à la propagande de guerre dans l’opinion publique américaine de l’époque.

Toujours attentif à s’exprimer pour le plus grand nombre, il est l’auteur de pièces de théâtre à succès : « Emma » (sur la militante libertaire Emma Goldman) et Marx in Soho (traduit en français par Karl Marx, le retour).

De ses souvenirs d’enfant de la « classe laborieuse » dans le New York des années 30 à l’élection de Barack Obama, l’oeuvre de Howard Zinn mêle sa propre expérience et l’histoire populaire, une mémoire qui met sur le devant de la scène les acteurs oubliés de l’Histoire officielle et qui restera comme un modèle de référence pour les générations futures.

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Livres d’Howard Zinn disponibles en français:

 

  • “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours”
  • “La mentalité américaine”
  • “La bombe, de l’inutilité des bombardements”
  • “Désobéissance civile et démocratie”
  • “Une histoire populaire de l’empire américain”
  • “L’impossible neutralité: autobiographie d’un historien militant”
  • “Le XXème siécle américain de 1890 à nos jours”
  • “Karl Marx, le retour: une pièce historique en un acte”
  • “En suivant Emma: pièce historique en deux actes sur Emma Goldman, anarchiste et féministe américaine”
  • “Une histoire populaire des Etats-Unis pour les ados” (2 volumes)

A lire d’Howard Zinn sur Résistance 71:

– La désobéissance civile en 7 points essentiels