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Guerre coloniale au Moyen-Orient: La Syrie se bat pour sa survie… Le Hezbollah est le rempart anti-colonial dans la région…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 août 2016 by Résistance 71

“La résistance a émergé en tant que réaction à l’occupation israélienne, qui a commencée en Palestine et s’est étendue aux autres régions arabes. C’est pourquoi aussi longtemps qu’existera l’occupation israélienne, la résistance persistera, car la résistance émane d’une croyance fondamentale d’éliminer cette occupation et ne représente en rien une condition temporaire ou sauvage. […] N’oublions jamais notre responsabilité de soutien au peuple palestinien, l’association entre la cause palestinienne et nos propres réalités quotidiennes et comment la question palestinienne impacte sur le Liban et de fait sur la région toute entière.”

~ Naïm Qassem, secrétaire adjoint du Hezbollah, 2005 ~

 

Excellente analyse de René Naba sur un des sujets tabous de l’occident concernant le Moyen-Orient: Le Hezbollah libanais et sa résistance héroïque sans fanfare, mais si efficace qu’elle a forcée une redistribution des cartes au Moyen-Orient à plusieurs reprises en bottant le cul des sionistes et des coloniaux de tout poil.

Hassan Nasrallah entre dans la légende de la résistance au colonialisme, l’histoire le placera aux côtés du grand résistant et libérateur vietnamien Vô N’Guyen Giap (1912-2013). La citation ci-dessus est tirée du livre écrit par Naïm Qassem le no2 du Hezbollah en 2005: « Hizbullah, the Story from Within », qui a été traduit en français. Ce livre doit être lu par quiconque veut comprendre les fondements des multiples guerres au Moyen-Orient dans l’après seconde guerre mondiale.

~ Résistance 71 ~

 

Le Hezbollah et Hassan Nasrallah la sentinelle de l’indépendance libanaise

 

René Naba

 

9 août 2016

 

url de l’article:

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/hezbollah-hassan-nasrallah-la-sentinelle-de-lindependance-libanaise/

L’article original sur Madaniya

 

L’auteur dédie ce papier à Imad Moughniyeh (Hajj Radwane), le fondateur de la branche militaire du Hezbollah, à son fils Jihad, ainsi qu’à Moustapha Badreddine (Zoulficar), le successeur d’Imad Moughnieh à la tête de la branche militaire du Hezbollah, enfin Samir Kintar, l’ancien doyen des prisonniers politiques en Israël, tous quatre tués sur le champ de bataille en Syrie afin que se maintienne vivace l’esprit de résistance dans la conscience arabe, pour la sauvegarde de l’Indépendance et de l’intégrité du Liban.

Le vainqueur face à Israël et en Syrie: Yabroud, Qalmoun, Palmyre

Le Hezbollah, au palmarès militaire infiniment plus prestigieux que son bourreau saoudien, à faire pâlir d’ailleurs bon nombre des protagonistes des conflits du Moyen-Orient, se distinguera par une série de magistrales et époustouflantes victoires, tant contre Israël qu’en Syrie, suscitant l’admiration de bon nombre de spécialistes militaires occidentaux.

Sur ces divers théâtres d’opérations, le Hezbollah a affiné sa stratégie, optant pour une «méthode complexe» de combat, un combiné d’opérations de guérilla et de guerres frontales, couplant les méthodes de guerre d’une armée régulière aux méthodes de la guerre de guérilla.

Au Liban, sur son propre terrain au sein d’un environnement favorable, le sud Liban à majorité chiite, il livrera une guerre défensive au moyen de la guérilla face à Israël. En Syrie, en terrain hostile face à des djihadistes, il mènera des guerres frontales en rase campagne.

En Syrie, il opérera en tandem avec son alter ego iranien, le général Qassem Souleimany, chef de la prestigieuse «Brigade de Jérusalem» des Pasdarans, -dont la transcription en arabe claque comme baïonnettes aux vents, «Faylaq Al Qods Lil harath As Saouri Al Irani»-: Faylaq Al Qods, «Jerusalem brigade» comme pour rappeler la permanence de la revendication iranienne et chiite dans le combat pour la libération de la Palestine.

Le cours de la guerre de Syrie a conduit le Hezbollah a mené des combats de chars et de blindés alors que son point fort était l’infanterie. Il s’offrira le luxe, cas unique dans les annales militaires, de faire sauter le verrou de Damas, Yabroud, le 15 mars 2014, le jour même du référendum de rattachement de la Crimée à la Russie, à la date commémorative du 3eme anniversaire du soulèvement populaire en Syrie.

«Le Hezbollah a réussi à assumer un rôle distinctif croissant dans la direction des opérations de l’armée syrienne lors d’offensives majeures des forces gouvernementales». A Qoussayr (Juin 2013), le Hezbollah a pris directement en main la conduite des opérations, assumant, parallèlement, la surveillance aérienne permanente du champ de bataille, via des drones», relèvera «The Brookings Doha Center Report», dans sa livraison de Mai 2014 signée de Charles Lister.

En deux ans (2012-2014), le Hezbollah mettra ainsi en échec six offensives majeures des djihadistes de Syrie visant à percer les lignes de défense du parti chiite, à coups de vagues humaines, dans la zone frontalière syro libanaise, dans le secteur Ersal-Brital, décimant les unités d’élite des assaillants takfiristes, constituées de troupes conjointes de Daech et de Jabhat An Nosra avec le soutien d’Israël.

Par quatre fois en Syrie (Al-Qoussayr, Yabroud, et dans le périmètre de la base militaire de Minbej, dans la région d’Alep, assiégée de nombreux mois par le géorgien Tarkhan Batirashvili – Abou Omar al-Shishani), ainsi qu’à Palmyre, dans le désert syrien (Mars 2016), Hassan Nasrallah, à la tête de ses hommes, fera la preuve de sa science militaire et de la maîtrise du commandement.

Se posant en égal des mythiques «barbudos» cubains, il assumera un rôle comparable au légendaire Camilo Gorriarán Cienfuegos, l’adjoint opérationnel de Fidel Castro et d’Ernesto Che Guevara de La Serna, le voltigeur de pointe de l’armée révolutionnaire cubaine, le commandant de l’avant, celui qui opéra, à la tête de la Colonne n°2 «Antonio Maceo», la percée décisive vers La Havane, dont il s’emparera le 2 janvier 1959, à 27 ans.

Rompues à la guerre de guérilla, ses troupes d’élite réussiront l’exploit non seulement de renverser le cours de la guerre, mais de modifier radicalement les règles d’engagement des combats dans la zone de confrontation israélo-libanaise, il tiendra t en respect Israël, la principale puissance militaire du Moyen-Orient, la terreur absolue des Arabes, qu’il narguera avec un drone de sa fabrication, le drone «Ayoub», tandis que son complice iranien détournait, à son profit, un drone américain, faisant tous les deux la preuve de la maîtrise technologique de la surveillance aérienne.

Le lancement le 2 octobre 2012 d’un avion sans pilote du Hezbollah en direction d’Israël a constitué la première incursion aérienne réussie de l’aviation arabe depuis la guerre d’octobre 1973, il y a 40 ans.

Son survol du site nucléaire de Dimona, dans le Néguev, a démontré l’absence d’étanchéité du «dôme d’acier» israélien, édifié avec de coûteux moyens avec l’aide américaine en vue d’immuniser le ciel israélien de toute attaque hostile. Cet exploit militaire du Hezbollah, et par voie de conséquence de l’Iran, est apparu comme une spectaculaire démonstration de leur capacité technologique à forte portée psychologique tant à l’égard d’Israël que des États-Unis, qu’à l’encontre du groupement des pays sunnites gravitant dans l’orbite atlantiste.

Une percée technologique attestée deux ans plus tard par le Hamas dans son combat à Gaza, en juillet 2014, infligeant un camouflet majeur à Israël en apportant la preuve manifeste de l’absence total d’étanchéité de son «dôme d’acier», qui s’est révélé en fin de compte un parapluie troué.

Sur la liste des organisations terroristes de la Ligue arabe, mais ultime digue de retenue face à une démission généralisée arabe au Diktat israélien

Le Hezbollah est certes inscrit sur les «liste des organisations terroristes» tant de l’Union européenne, à tout le moins sa branche militaire, que de la Ligue arabe à la demande pressante de l’Arabie saoudite, au même titre d’ailleurs que les anciens pupilles de l’Occident, les Frères Musulmans, Jobhat An Nosra et Da’ech.

Mais par rapport aux organisations sunnites, le Hezbollah dispose d’un avantage comparatif incontestable en termes de crédibilité dissuasive concrétisée par sa présence, solitaire, sur l’ultime champ de bataille contre Israël, en tant qu’ultime barrage de retenue à une reddition générale arabe face au diktat israélo américain.

Une crédibilité concrétisée par le fait que de tous les protagonistes du conflit, Hassan Nasrallah ne désertera jamais le champ de bataille, contrairement à ses contestataires sunnites: Saad Hariri, le chef du camp saoudo américain au Liban, planqué en Arabie saoudite, le chef politique du Hamas Palestinien, Khaled Mecha’al, planqué à Doha, à une trentaine de kms de la plus importante base militaire américaine du tiers-monde et le prédicateur Ahmad Al-Assir, la dague salafiste du Qatar sur le flanc du Hezbollah, intercepté à l’aéroport de Beyrouth, alors qu’il tentait de suivre l’exemple de son chef sunnite Saad Hariri, en voulant s’enfuir du Liban, pour échapper à ses forfaitures.

Une crédibilité dissuasive concrétisée enfin par le fait que la formation chiite est la seule instance arabe à proclamer son attachement effectif au combat pour la libération de la Palestine, matérialisé par ses combats contre Israël et son attachement à la célébration de la journée mondiale d’«Al Qods», commémorée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan, en l’absence de la moindre participation sunnite, alors que la Palestine est dans sa très grande majorité peuplée de sunnites et d’une minorité chrétienne arabe, dont la population ne comporte aucun chiite; et que la responsabilité de la défense des Lieux Saints Musulmans incombe aux vingt pays arabes qui se réclament du sunnisme, la branche majoritaire de l’Islam.

Alors qu’Israël parachève la phagocytose de la Palestine, démarche ultime avant l’estocade finale, la reconnaissance d’Israël comme «État Juif», verrouillant ainsi toute revendication future des Palestiniens à un hypothétique «Droit au retour» sur la terre de leurs ancêtres, le Hamas, de même que les autres déclinaisons de la nébuleuse islamiste sunnite se sont curieusement engagés dans le combat anti Assad, plutôt que de se lancer à la reconquête de leur terre natale, la Palestine, en un tragique dévoiement de sa stratégie.

Nasrallah versus Bandar : KO Debout

Fruit d’une copulation ancillaire du Prince Sultan Ben Abdel Aziz avec une roturière d’extraction modeste, l’ancien «Great Gatsby» de la vie diplomatique américaine s’est imposé comme l’homme fort du Royaume du fait de la maladie d’une large fraction de l’équipe dirigeante frappée de pathologie handicapante.

Intronisé par le général David Petraeus, l’ancien chef du renseignement américain, Bandar passait pour être le nouvel homme providentiel de la stratégie saoudo américaine. Par cinq fois, toutefois, Bandar a mordu la poussière face Hassan Nasrallah, le contraignant à prendre le chemin de l’exil, entraînant dans sa chute l’ensemble de sa fratrie, son aîné, Khaled Ben Sultan, vice-ministre de la défense et propriétaire du journal «Al Hayat» et son cadet, Salman Ben Sultan, le chef opérationnel du PC conjoint islamo atlantiste à Amman.

Voir à ce propos les déclarations du général Welsley Clark, ancien commandant en chef de l’Otan (1997-2000): «Nos alliés et nous avons crée Daech pour combattre le Hezbollah». voir la vidéo sous-titrée en français :

En 2006, la riposte balistique victorieuse du Hezbollah libanais face à l’aviation israélienne, de même que la destruction du navire amiral de la flotte israélienne, ont semé la consternation dans le camp saoudo américain, fragilisant l’héritier politique du clan Hariri.

En 2007, la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, (Nord du Liban), en mettant hors circuit le chef de file des djihadistes Chaker Absi, à la solde de l’Arabie saoudite, a mis en échec le projet djihadiste d’en faire voulait une zone de non droit, en vue de parasiter le Hezbollah sur son arrière garde.

En 2008, l’affaire du réseau des transmissions stratégiques du Hezbollah s’est soldée par une capitulation en rase campagne de ses adversaires, particulièrement le chef druze Walid Joumblatt, à l’époque le fer de lance du clan Hariri.

Enfin en 2013-2014, les revers de Syrie se sont acccumulés en complément de la perte considérable représentée par l’assassinat de sa dague sécuritaire, le capitaine Wissam Hassan, chef de la section des renseignements des forces de sécurité intérieure libanaise, dynamité trois mois après la décapitation de la hiérarchie militaire syrienne.

Ce bilan ne tient pas compte de l’éradication de l’excroissance salafiste du Qatar, Ahmad al Assir, le 25 juin 2013, le jour même de la destitution déguisée de son commanditaire l’émir du Qatar, Cheikh Khalifa Ben Hamad Al Thani, à la date anniversaire du 13 me anniversaire du dégagement militaire israélien, sous l’effet des coups de butoir du Hezbollah.

Dernier intervenant sur le champ de bataille syrien, après les escouades de djihadistes de Tchétchénie à la Tunisie en passant par la Belgique, le Kosovo et la France, de même que les Moudjahidines Khalq, formation de l’opposition iranienne islamo marxiste, et le clan Hariri, le Hezbollah a brisé net la stratégie islamo-atlantiste, il écrabouillera au passage ses anciens compagnon d’armes, les soldats perdus du Hamas, dans la mémorable bataille des tunnels de Qoussyar: «Par ses brillantes performances non seulement à Qoussayr, à Lattaquieh et Homs, mais aussi dans sa contribution à la défense de la base aérienne de Menagh, (Nord Syrie), Hassan Nasrallah a bien mérité le titre de «Seigneur de la résistance», admettra le site nassérien du Caire.

Invincible à ce jour, artisan de deux dégagements militaires israéliens du Liban sans négociation ni traité de paix, ferme soutien du Hamas face aux offensive israéliennes, le Hezbollah demeure, n’en déplaise aux esprits chagrins, le phénomène politico-militaire majeure de l’histoire arabe contemporaine; l’ultime digue de retenue face au grand naufrage arabe, glanant au passage le titre envié de «sentinelle de l’indépendance libanaise»

Ni palace, ni limousine, le doigt sur la gâchette avec Israël en point de mire

Ni Palace, ni limousine, incorruptible dans un monde ruisselant de pétrodollars, cette figure marquante du monde arabo musulman force le respect de ses interlocuteurs par la retenue de son comportement, son sens de l’humour et une crédibilité à tout crin, sa marque de fabrique, son viatique pour l’éternité. «Al Wahd al Sadeq», la «promesse sincère» sera une promesse tenue.

Elle apportera, en 2007, la démonstration la plus éclatante de sa fiabilité en obtenant la libération du doyen des prisonniers arabes en Israël, le druze libanais Samir Kintar, au cours de la plus importante opération d’échange de prisonniers qui aboutit en outre à la restitution de la dépouille de Dalal Moughrabi, une résistante palestinienne tuée au cours d’une opération commando à l’intérieur du territoire israélien.

Ni port, ni aéroport, aucune route ni autoroute, pas la moindre ruelle, ni venelle ne rend hommage à celui qui porte en lui une part du destin du Liban et du monde arabe, un prescripteur essentiel de l’ordre régional. Aucun monument, aucune œuvre humaine pour immortaliser le passage sur terre de cet homme. Aucune trace, aucune autre trace que celle que l’histoire réservera à cet homme dont le passage réussi des Thermopyles, l’été 2006, au sud Liban sur le champ d’honneur de la résistance, a réanimé le souffle du monde arabe dans la reconquête de sa dignité.

Huit cent des siens ont péri cet été-là, l’arme à la main, pour que vive le Liban dans son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale et que se maintienne vivante la revendication nationale palestinienne à un état indépendant.

Bulleurs occidentaux, ne vous égarez pas trop une fois de plus en de vaines recherches: «L’Islam des Lumières», c’est lui et non la cohorte des gérontocratiques pétro monarchies obscurantistes du Golfe.

Bulleurs occidentaux, ne vous méprenez pas, non plus: «L’Islam moderne», c’est lui et non cette cohorte de dictateurs bureaucratiques libidineux à propension dynastique.

Lui, le nouveau chef de file d’un nationalisme arabe revigoré, que vous avez tenté de démanteler depuis un demi-siècle, lui ce chiite minoritaire d’un monde arabe majoritairement sunnite, le digne héritier du sunnite Nasser, lui la sentinelle de l’indépendance libanaise.

Lui, et non ce véritable dindon de la farce de l’affaire afghane, Oussama Ben Laden, célébré par vous toute une décennie en tant que «combattant de la liberté» pour avoir détourné 50.000 combattants et vingt milliards de dollars pour faire le coup de feu contre les Russes en Afghanistan à des milliers de km du principal champ de bataille, la Palestine.

Lui, l’idole des jeunes et des moins jeunes, lui, le théologien de la libération sans successeur prédestiné, lui, Hassan Nasrallah, l’indomptable, l’homme qui n’a jamais pactisé avec ses ennemis, ni avec les ennemis de ses ennemis.

Lui, dont l’unique point de mire est Israël, dont il n’en détachera ni le regard ni la gâchette pour d’autres de vos mirages incertains, pour d’autres de vos cibles incertaines, pour aucune autre cible, aucun autre objectif que la libération du sol national et la sécurisation de l’espace national arabe.

Pour aller plus loin

Du Grand Moyen Orient au Nouveau Proche-Orient ou le conte d’une folie ordinaire. Par Roger Naba’a, Universitaire et philosophe libanais in «Liban: chroniques d’un pays en sursis» ouvrage co-écrit par Roger Naba’a et René Naba, Éditions du Cygne, 2007.

En partenariats avec www.madaniya.info

Résistance stratégique à l’empire: Nouvelle donne au Moyen-Orient…

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La mutation de la résistance libanaise

 

Amal Saad

 

24 février 2015

 

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15219

 

L’intervention du Hezbollah en Syrie a été critiquée par beaucoup dans le monde arabe comme un signe « qu’il a abandonné la résistance pour lutter contre d’autres musulmans. » Son attaque efficace et récente à Chebaa contre un convoi militaire israélien, cependant, sert comme un rappel que le mouvement n’a pas détourné son attention d’Israël et qu’il est capable de lutter sur plusieurs fronts à la fois.

Le fait que le Hezbollah conserve en priorité son activité de résistance, tout engagé qu’il puisse être dans plusieurs théâtres militaires dans la région, indique qu’il a transcendé son origine, sa mission de résister à Israël.

Faire face à Israël est maintenant un des rôles, parmi d’autres, assumé par le Hezbollah dans la période qui a suivi les bouleversements régionaux et marqué le début de la montée du takfiri-djihadisme. Dépassant son rôle d’organisation de la résistance, le Hezbollah assume maintenant la responsabilité de garder les frontières du Liban, de faciliter la sécurité intérieure et la lutte antiterroriste, ainsi que de mener des opérations de contre-insurrection en Syrie et en Irak.

La résistance ne se limite plus à expulser les occupants sionistes et à empêcher toute nouvelle agression israélienne, mais aussi à présent de préserver le cadre politico-territorial et l’environnement stratégique dont elle a besoin pour poursuivre ses missions. La déstabilisation de ces deux sphères par les takfiris-djihadistes a contraint le Hezbollah à se transformer en un mouvement post-résistance.

Le préfixe « post » ici ne signifie pas la fin de la résistance, ou ce qui vient après, mais doit être compris de la même manière que la notion de « post » dans postcolonial, peut être interprétée comme « la persistance du colonialisme, quoique par de différentes ou nouvelles relations concernant le pouvoir ».

La résistance, loin d’être terminée, s’est maintenant transformé en une armée de résistance transnationale dont la direction et la mission restent attachées à sa raison d’être qui est de résister à Israël, mais qui est également engagée dans la protection de « l’épine dorsale » de la Résistance, comme l’explique Nasrallah. À cette fin, le Hezbollah a cherché à extraire les territoires syriens, libanais et irakiens du contrôle djihadiste.

En substance, le Hezbollah est confronté à une insurrection transnationale qui cherche à étendre son proto-état. Tout comme le mouvement avait créé son modèle « hybride » de guérilla en 2006 en fusionnant les méthodes conventionnelles et non conventionnelles de combat, il a créé à présent un nouveau modèle de contre-insurrection dans lequel sa propre armée de résistance, irrégulière et hybride, cherche à supprimer l’activité d’insurgés appartenant à une autre force irrégulière et hybride.

Bataille existentielle avec ISIS

La guerre avec ISIS et le front al-Nusra est considérée comme une bataille existentielle face à une force qui ne fait pas de compromis et qui est bien décidée à éliminer tous les chiites, et par extension, la résistance. Alors que l’idéologie takfiri n’est pas délégitimé politiquement de la même manière que l’est le sionisme, ni son droit d’exister en tant que doctrine religieuse n’est remis en question, le militantisme takfiri ou djihadiste est sans équivoque assimilé aux intérêts d’Israël. Dans son discours, le Hezbollah compare le danger posé par ISIS et al-Nusra à Israël. Nasrallah lui-même a invoqué l’oppression israélienne comme une analogie pour la perte des terres, la destruction des maisons, la capture des femmes, le meurtre des enfants et l’humiliation que les djihadistes pourraient infliger.

Dans son discours à l’occasion de la « Journée de la résistance et de la libération » l’année dernière, Nasrallah est même allé au-delà de cette analogie quand il a établi des parallèles entre la migration de masse de colons juifs en Palestine avec l’aide des puissances coloniales au XXe siècle et la mobilisation et le déploiement des jihadistes dans la région, qui, selon lui avait été facilité par les impérialistes d’aujourd’hui.

Les djihadistes ne sont pas seulement moralement et politiquement assimilés à Israël, selon cette interprétation, mais stratégiquement liés. ISIS est décrit comme le serviteur volontaire ou « involontaire » du projet américano-israélien de diviser la région et de fomenter la guerre, tandis que al-Nusra – dont la coopération militaire et dans le renseignement avec Israël a été bien documenté par l’ONU et la presse occidentale, ainsi que par les médias sionistes – est considéré comme une incarnation de l’ex-armée collaborationniste du Sud-Liban armée par Israël. C’est sur cette base que le Hezbollah considère les frappes aériennes de la coalition menées sous la conduite des États-Unis sur des cibles ISIS en Syrie et en Irak, comme rien de plus qu’une opération de « coups de griffes » conçue pour « contenir » l’organisation, plutôt que de la vaincre.

Une guerre offensive

Même si des arguments soutenus empiriquement comme ceux-ci ont permis au Hezbollah de théoriser sa guerre contre le djihadisme comme une extension de sa campagne de résistance, la nature de son intervention militaire en Syrie et en Irak l’a obligé à repenser et à développer son concept de la guerre de résistance. La résistance a maintenant été étendue pour englober les stratégies militaires qui n’étaient pas traditionnellement associées à la guérilla classique ou à la guerre de résistance – combattre des groupes qui ne sont pas considérés comme des forces d’occupation, défendre ses alliés en dehors de ses frontières nationales, en pratiquant la guerre de contre-insurrection.

Avancer en territoire ennemi ou dans un territoire contesté par un adversaire sur le sol d’un voisin qui est un allié, n’est ni typique des mouvements de résistance armés, ni d’une stratégie militaire défensive, sauf en étant vu comme un acte de légitime défense « préventive » que Nasrallah expose avec précision. Craignant une attaque jihadiste en territoire libanais, le Hezbollah a souscrit au vieil adage que « la meilleure défense est une bonne attaque » en Syrie et dans une mesure plus limitée, en Irak.

En 2013, le rôle militaire du Hezbollah en Syrie a changé de façon spectaculaire, d’une petite mission consultative à un rôle de combat direct avec un grand nombre de combattants. À partir de Qusayr, la présence militaire élargie du Hezbollah a aidé le gouvernement syrien à reprendre l’offensive dans les zones qui avaient été perdues au profit des rebelles. En fait, les attaques au sol dans Qusayr et Qalamoun ont été essentiellement menées par les forces du Hezbollah, tandis que l’armée syrienne fournissait artillerie et couverture aérienne à son principal partenaire. En outre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le Hezbollah est en train de prendre « l’initiative en menant l’armée [syrienne] et les forces iraniennes dans le triangle du territoire reliant Daraa, Quneitra et les provinces du sud-ouest de Damas. »

Dans d’autres secteurs tels que des quartiers de Damas, à l’Est de Ghouta et à Kassab, les forces du Hezbollah sont engagées directement dans les combats aux côtés des forces armées syriennes, améliorant ainsi les performances de ces dernières au combat. A Homs, Alep et sur le Golan, le Hezbollah a déployé des forces d’opérations spéciales pour aider, former, conseiller et organiser les forces régulières syriennes et les forces paramilitaires. Compte tenu de l’expérience de combat du mouvement dans la guerre non conventionnelle et sa formation au combat en zone urbaine, l’unité des forces spéciales du Hezbollah a de façon significative amélioré les capacités des troupes syriennes.

Les opérations extraterritoriales comme celles-ci ont généralement été l’apanage des grandes puissances plutôt que d’acteurs non étatiques, habituellement plutôt les bénéficiaires de cette aide. Telle que définie par le Commandement militaire des opérations spéciales des États-Unis, la guerre non conventionnelle, habituellement, « implique des parties externes qui aident les acteurs indigènes contre les gouvernements. Cette aide peut s’appliquer à la formation,l’organisation, le recrutement, [l’envoi de] conseillers opérationnels … » En d’autres termes, des forces d’opérations spéciales affiliées à des armées conventionnelles, étatiques, sont habituellement déployées pour aider les forces non conventionnelles, plutôt que l’inverse.

L’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et en Irak a profondément remanié son rôle classique d’organisation de la résistance et l’a placé sur un pied d’égalité avec son mentor de longue date en Iran, les Forces al-Qods pour les opérations spéciales, elles-mêmes un partenaire actif en Syrie et en Irak.

L’axe de la Résistance

Dans la phase post-résistance, la politique de la résistance a été supplantée par la politique de l’Axe de la Résistance. L’alliance stratégique entre l’Iran, le Hezbollah, la Syrie et l’Irak est maintenant caractérisée par une unité des forces militaires et une unité des théâtres militaires contre ISIS et Israël.

En Syrie, l’intégration forcée entre l’Armée de résistance du Hezbollah, les Gardiens de la révolution (IRGC), les forces armées syriennes et des milices irakiennes, a conduit à l’émergence d’un front militaire. Quelques jours avant l’assassinat par Israël de combattants du Hezbollah et d’un commandant iranien dans le gouvernorat de Quneitra dans le Golan, Nasrallah avait menacé de riposter aux attaques israéliennes sur des cibles en Syrie comme s’il s’agissait d’attaques contre « tout l’Axe de la Résistance. »

Nasrallah a déclaré plus tard que « la fusion du sang libanais et iranien sur le sol syrien [de Quneitra], reflète l’unité de la cause et l’unité du destin des pays de l’Axe de la Résistance. » Mohammed Ali Jaafari, commandant du CGR, a fait écho à ce sentiment quand il a laissé entendre que l’attaque de représailles du Hezbollah au Chebaa, avait valeur de réponse commune : « Nous sommes un avec le Hezbollah. Partout où le sang de nos martyrs est versé sur la ligne de front, notre réponse sera unie. »

Couplés avec sa défense de la Syrie et de l’Irak contre les forces djihadistes, les représailles du Hezbollah – après l’agression israélienne sur le Golan – avec un attaque à Chebaa au Liban occupé, ont montré que les territoires de l’Axe de la Résistance constituent désormais un seul front. Nasrallah a introduit cette nouvelle doctrine de sécurité quand il a annoncé que la résistance n’était « plus préoccupée par des règles d’engagement [avec Israël]. Nous ne reconnaissons plus de séparation des arènes ou des champs de bataille ».

Cette nouvelle architecture de sécurité régionale aura des implications désastreuses pour Israël. Dans la prochaine guerre, Israël devra non seulement composer avec les opérations militaires offensives dans la Galilée et « au-delà de la Galilée », comme Nasrallah l’a récemment promis, mais aussi avec la participation éventuelle d’autres membres de l’Axe de la Résistance, en particulier l’Iran. Comme la guerre à l’échelle régionale contre les takfiris-djihadistes l’a démontré, toute agression israélienne sur la Syrie, le Liban ou l’Iran, sera considérée comme une guerre contre l’Axe Résistance dans son ensemble.

* Amal Saad est un analyste universitaire et politique libanaise. Elle est l’auteur du Hezbollah : Politique et Religion, publié par Pluto Press.