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Petit précis historique sur la création de l’entité sioniste… La décolonisation d’Israël a commencé (Thierry Meyssan)

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 4 juin 2020 by Résistance 71

 

 

La décolonisation d’Israël a commencé

 

Thierry Meyssan

 

26 mai 2020

 

url de l’article original: https://www.voltairenet.org/article209739.html

 

Voilà trois quarts de siècle qu’une colonie anglo-saxonne, devenue un arsenal US, tente de conquérir toutes les terres du Nil à l’Euphrate (l’Égypte, la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et une partie de l’Iraq). Et voici quelques années que des citoyens de cette même colonie aspirent à la transformer en un État normal. Ce conflit d’un autre âge a franchi une étape avec la nomination d’un gouvernement bicéphale : deux Premiers ministres représentant les deux visions politiques vont se paralyser mutuellement. Les seules avancées ne pourront être qu’en matière sociale et de santé, accélérant encore la modernisation de la société et donc, la fin du fantasme colonial.

La nomination du gouvernement de coalition israélien ne clôt pas la bataille acharnée ouverte depuis six ans entre deux visions opposées et inconciliables d’Israël [1], ni la paralysie gouvernementale qui dure depuis un an et demi. Au contraire, elle marque le début de l’agonie d’un des deux protagonistes et la lente transformation du pays en un État normal.

Il n’est pas fortuit que ce débat ait éclaté sous les coups de l’ex-Soviétique Avigdor Liberman autour des privilèges des étudiants de yeshivas. L’ancien ministre de la Défense en affirmant que l’alibi religieux ne dispense personne du service national a contesté le nœud du mensonge sur lequel est fondé l’Israël d’il y a soixante-douze ans.

L’appel du général Ehud Barack d’en finir avec Benjamin Netanyahu par la voie judiciaire a échoué. Les partisans du rêve colonial sont toujours là. Ils ont plongé leurs concitoyens dans une sorte d’effroi en les persuadant qu’ils sont menacés par les étrangers. Comme au temps des ghettos, pour les « protéger », ils les ont enfermés derrière un Mur qui les sépare même de leurs concitoyens arabes.

Rappelons qu’Israël n’est pas le produit de la culture juive, mais de la volonté des puritains anglais [2].

Dès le XVIIème siècle, le Lord protecteur Cromwell s’engagea à créer un État juif en Palestine, thème qui ne fut pas repris lors de la restauration dynastique. Au XVIIIème siècle, les leaders de la guerre d’Indépendance US, héritiers de Cromwell, se prononcèrent également pour cette création de sorte que le Royaume-Uni et les États-Unis sont les parrains naturels de cette entité. Au XIXème siècle, le Premier ministre de la reine Victoria, Benjamin Disraeli, théorisa le sionisme comme instrument de l’impérialisme britannique et inscrivit la « Restauration d’Israël » au programme du Congrès international de Berlin de 1878. À cette époque aucun juif ne soutenait ce projet farfelu.

Il fallut attendre l’affaire Dreyfus en France pour que Theodor Herzl s’engage à convertir la diaspora juive au sionisme anglo-US. Il conçut un système colonial sur le modèle de celui mis en pratique par Cecil Rhodes en Afrique et parvint à rallier progressivement de nombreux intellectuels juifs athées.

Lorsque les gouvernements britannique et états-unien furent occupés par des puritains (David Llyod George et Woodrow Wilson) durant la Première Guerre mondiale, un accord fut conclu entre les deux pays pour créer Israël. Le principe d’un « foyer national juif » fut rendu public par une lettre du ministre des Affaires étrangères Lord Balfour à Lord Rotschild, puis le président Wilson fixa officiellement la création d’Israël comme l’un des 14 buts de guerre des États-Unis. À la conférence de la paix, l’émir Fayçal souscrivit au projet sioniste et s’engagea à le soutenir.

Des juifs commencèrent à coloniser la Palestine mandataire avec l’aide de la bourgeoisie locale, mais au détriment du petit peuple, puis à s’émanciper de Londres. En 1948, un juif athée, Ben Gourion, précédant cette fois de cinq ans le modèle rhodésien, proclama l’indépendance d’Israël avant que les Nations unies n’en aient défini les frontières. Ce n’est qu’alors que les rabbins apportèrent massivement leur soutien au projet colonial.

Depuis soixante-douze ans, la Palestine endure une guerre perpétuelle. À l’issue de plusieurs vagues d’immigration successives, l’État d’Israël s’est inventé de toutes pièces une « culture » autour d’un peuple imaginaire (incluant des ethnies allant du Caucase à l’Éthiopie), d’une langue artificielle (l’hébreu actuel n’a pas grand rapport avec le patois antique et s’écrit en caractères araméens) et d’une histoire fictive (malgré les objurgations de l’Unesco, on a confondu l’antique cité-État de Jérusalem avec l’État d’Israël). 

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L’assimilation de cette création intellectuelle au projet colonial puritain s’est solidifiée autour d’une interprétation sacralisée de certains crimes nazis, qualifiés d’« holocauste » par les puritains et de « shoah » par les juifs.

Rien dans cette construction factice ne résiste à l’analyse. Tout y est fait pour faire accroire en la continuité d’un Peuple et d’un État, alors qu’il ne s’agit que d’une colonie anglo-saxonne.

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Cependant tous les États coloniaux ont disparu aujourd’hui à l’exception d’Israël et, avec le temps, la majorité des Israéliens d’aujourd’hui sont nés en Israël. Désormais deux conceptions de cet État cohabitent : 

  • d’un côté les partisans du colonialisme anglo-saxons qui revendiquent la souveraineté des terres du Nil à l’Euphrate. Ils se pensent en île des pirates, abritant des criminels du monde entier et refusant tout accord d’extradition. Ils s’affirment comme un « peuple élu », supérieur aux autres hommes, et considèrent Israël comme « L’État juif ». 
  • de l’autre des gens qui veulent vivre en paix avec leurs voisins, quelle que soit leur religion ou leur absence de religion et quelle que soit leur ethnie. Ils ne veulent rien avoir à faire avec les fantasmes coloniaux des siècles passés, mais n’entendent rien abandonner de ce qu’ils ont hérité de leurs pères, même si ceux-ci l’ont volé. Ils aimeraient que l’on résolve les ahurissants problèmes sociaux de leur patrie.

Ce sont deux visions inconciliables qui sont incarnées par deux Premiers ministres, Benjamin Netanyahu et son « suppléant » le général Benny Gantz.

Jamais ce tandem ne pourra résoudre quoi que ce soit des conflits avec les peuples arabes. Tout au plus pourra-t-il enfin considérer les terribles injustices du pays. Par exemple près de 50 000 citoyens étant passés par les camps de la mort nazis survivent aujourd’hui dans le pays comme ils peuvent, sans aide de l’État qui les ignore, mais a encaissé les indemnités qui leur étaient destinées en prétendant les sauver.

Par la simple pression du Temps et de la Démographie, après trois élections législatives successives et inutiles, la décolonisation d’Israël a commencé.

Notes

[1] “The Geopolitical Approach : Two States for Two Peoples”, by Commanders for Israel’s Security, Voltaire Network, 30 October 2014. La solution à deux États pose l’inégalité essentielle des Juifs et des Arabes. Elle est profondément raciste, mais elle représente une rupture avec le projet de conquête coloniale en lui opposant une forme de paix. L’assassinat de son concepteur, le Premier ministre Yitzhak Rabin, en 1995, atteste qu’Israël n’était pas encore prêt à y renoncer.

[2] « Qui est l’ennemi ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 août 2014.

 

Résistance politique au sionisme… Handala, conscience d’un peuple ou conscience universelle ?…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 14 février 2020 by Résistance 71

 

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël »
(extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Cleansing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.

Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.

Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »


Handala conscience d’un peuple…

 

Qui est HANDALA?

créé par Naji al-Ali (1938-1987)*

Depuis environ 1975 et jusqu’à 1987, Naji al-Ali a dessiné toute la complexité de la vie et des revendications des réfugiés palestiniens. Ces dessins sont toujours d’actualité et Handala, cet enfant réfugié palestinien, qui est présent dans chaque dessin, demeure un symbole des plus valides de la lutte du peuple palestinien pour la justice et l’auto-détermination.

Naji al-Ali a écrit :Handala est ma signature, tout le monde me parle de lui et me demande partout où je vais. J’ai donné naissance à cet enfant alors que j’étais dans le Golfe et je l’ai présenté aux gens. Son nom est Handala et il a promis aux gens qu’il demeurerait fidèle à lui-même. Je l’ai dessiné comme un enfant qui n’est pas beau ; ses cheveux sont comme les épines du hérisson qui les utilise comme une arme de défense.

Handala n’est pas grassouillet, il n’est pas heureux, détendu. Il n’est pas un enfant gâté. Il est nus-pieds comme les enfants des camps de réfugiés et il est une icône qui m’empêche de faire des erreurs. Alors même qu’il est dur et négligé, il sent bon l’ambre. Ses mains sont derrière son dos en signe de refus au moment où des solutions nous sont présentées dans le plus pur style américain.

Handala est né à dix ans et il aura toujours dix ans. A cet âge, j’ai dû quitter ma patrie la Palestine et quand il retournera, Handala aura toujours dix ans. C’est alors qu’il commencera à grandir. Les lois de la nature ne s’appliquent pas à Handala. Il est unique. Les choses redeviendront normales lorsque la patrie sera de retour.

Je l’ai présenté aux pauvres et l’ai appelé Handala en tant que symbole de l’amertume. Au départ, c’était un enfant palestinien, mais sa conscience s’est développée pour avoir un horizon national puis international. Il est simplement un enfant endurci et voilà pourquoi les gens l’ont adopté alors qu’ils ressentaient qu’il représentait leur conscience.


tract du FPLP

(*) Naji al-Ali, dessinateur le plus célèbre du monde arabe. Palestinien né en Palestine, victime de la Nakba de 1948. Il commença à dessiner dans les années 70 et connut un énorme succès. Son personnage d’Handala, le petit garçon palestinien aspirant au retour, est devenu une icône internationale et est devenu, aujourd’hui sans doute plus que jamais, la conscience du peuple palestinien et par extension des peuples opprimés. Handala nous tourne en permanence le dos non pas par arrogance ou par mépris, mais pour ne pas se laisser distraire et ne rien perdre de la tragédie dont il est témoin, nous forçant par là-même à regarder avec lui l’absurdité et l’horreur infligées à son peuple, au monde et, qui sait, à nous faire agir pour un changement radical.

Naji al-Ali fut assassiné à Londres en 1987, au début de la première intifada. Son ou ses assassins n’ont jamais été retrouvés… Handala lui a survécu et ne reprendra le cours de sa vie qu’une fois le retour achevé.

“handala” en arabe est un fruit médicinal amer du désert.

Nous avons traduit et rédigé ce billet suite à des demandes d’explication récentes sur notre utilisation du personnage d’Handala sur un de nos billets, certains lecteurs ignorant qui il est. Nous avons utilisé Handala à plusieurs reprises au fil des ans. Nous trouvons sa symbolique tout à fait exceptionnelle et commandable, Maji al-Ali était d’une grande intelligence et d’un humour acerbe. Handala est éternel.

(Résistance 71, février 2020)