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A la recherche de l’esprit perdu… Recherche sur un anarchisme spirituel (Peter Lamborn Wilson)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 25 octobre 2021 by Résistance 71

JZ3

Texte titilleur de conscience pour le moins, les lecteurs reconnaîtront dans cet essai de Wilson datant de 2002, certains sujets que nous avons abordés, pour certains abondamment sur ce blog. Nous vivons la fin d’une ère ceci est indéniable, nous ne devons pas nous laisser imposer la suite des évènements comme c’est le cas depuis ce fameux néolithique qui ne cesse de servir de référence à notre déchéance. Le système étatico-capitaliste se meurt et il est en train de muter en une entité qui nie l’humanité et cherche à l’annihiler. Nous devrons puiser très profond pour en sortir et au contraire réaliser notre humanité. Le combat qui s’annonce sera d’anthologie et fera l’Histoire. N’oublions jamais que nous sommes les ancêtres de la 7ème génération à venir, celle-ci chantera nos louanges comme les initiateurs de la grande (r)Evolution qui réalisa notre humanité vraie. C’est de cela qu’il s’agit et c’est sur quoi nous sommes engagés, la lutte sera épique et entrera dans la légende des siècles…
~ Résistance 71 ~

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment.
~ Gustav Landauer ~

HakimBey1

Anarchisme spirituel

Peter Lamborn Wilson alias Hakim Bey

2002

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

1.

Le conservatisme de l’âge de pierre (tribal, égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur / jardinier, économie du don et du partage, etc)

Les cités-états sumériennes (4ème millénaire AEC), l’effritement de l’organisation politique originelle non-stratifiée, l’émergence de la séparation (cf les recherches de Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh : la domestication de “l’homme sauvage”

La bonne vieille cause et l’éternel évangile, ce que William Blake appelle le druidisme, a toujours été en fait l’accoutrement de notre chamanisme de l’âge de pierre et de la “déesse” du paganisme.

Vs

Les 6000 ans de fumisterie et d’illusion illuminati : la religion d’état (et de l’État)

L’émergence de l’argent comme la sexualité des morts.

2.

L’âge du bronze : le paganisme du dieu guerrier, menant au paganisme impérial de l’âge du fer, celui de Rome, de la Grande Bête de la révélation ; contre cela, l’église de ses débuts apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essene ou Nazarite/Ebionite, le zèle, la gnostique, la réforme sociale (les marchands chassés du temple, l’évangile des pauvres, etc) et le mysticisme néo-platonicien.

VS

“Le don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome elle-même (tout juste comme les rois prêtres sumériens s’approprièrent la spiritualité néolithique en tant que “contenu censuré” des cultes du temple).

Le christianisme, à l’origine un culte gnostique radical (“le royaume de dieu est en vous”), fonctionne maintenant comme une religion d’état, impliquant de sévères contradictions et une culture schizophrène, etc.

3.

Mais toute religion est enracinée dans une contradiction de base : le contenu spirituel du vieil âge de pierre (le mythos clastrien pour ainsi dire) plaqué sur l’idéologie de l’âge du métal, celle de la séparation hégémonique (voir plus spécifiquement l’Enuma Elish ou la “génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marmuk tue la déesse néolithique Tiamat). La religion tente constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les marchands retournent toujours au temple et la rectification est une nouvelle fois transformée et dénoncée comme hérésie, apostasie, ombres magiques et crime rituel.

Les sectes hérétiques du millénaire parlent de restaurer l’âge d’or ; ce rêve dérive de souvenirs réels (stockés dans les mythes) de l’âge de pierre et de la société grosso modo égalitaire des chasseurs, cueilleurs, de l’économie du don et du partage et de la société chamano-païenne.

4.

Spiritualité ne veut pas dire religion. La spiritualité est le créatif imaginaire (l’esprit, NdT: ce que Landauer appelait le “Geist” en allemand) du social, la religion son opposé négatif, son “spectre” comme le disait Blake : l’aliénation de cette créativité dans des pouvoirs et puissances d’oppression. Mais, à cause de paradoxes dialectiques complexes, le noyau de la spiritualité est souvent trouvé engoncé dans des coquilles religieuses, spécifiquement en ce qui concerne les mystiques comme maître Eckhart et les Franciscains spirituels ; et le poison de la religion souvent teinte les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5.

Dans les temps religieux, tout le discours et la pratique non-autoritaires seront exprimés en termes religieux, en général sous des vocables d’hérésie, de schisme, d’apostasie, de magie noire etc… mais parfois comme dans une “réforme su sein de l’église” ou des formes marginales mais permises d’excès comme le communisme monastique par exemple.

Les historiens de l’anarchisme qui tracent cela jusqu’aux cyniques grecs de l’antiquité et en ligne directe vers les Lumières avec rien entre les deux, échouent dans leur appréciation de la réalité de la mentalité que chaque âge doit expérimenter quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) dans la douleur de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchie comme conscience plus qu’idéologie réside dans une archéologie de la résistance spirituelle. Nous devons lire de nouveau les hérétiques (voir par exemple l’excellent travail de Raoul Veneigem sur l’hérésie de l’esprit libre)

6.

Le problème du dualisme gnostique ; des formes extrêmes de spiritualité identifient souvent le monde social avec le monde naturel et les condamnent tous deux. Elles rejettent la “création divine” et son “dieu créateur” comme étant mauvais et détestent même “l’âme” en tant que principe de vie. Seul, “l’esprit” satisfait ces extrémistes. Leur haine du corps devient même plus exagérée et aggravée que celle de l’église (qui au moins condamne le suicide et promet la résurrection du corps).

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de dieu de Proudhon est peut-être dérivée de ses lectures précoces de la littérature gnostique dualiste (peut-être alors qu’il la mettait en page en tant qu’ouvrier typographe), une sorte de catharisme séculier. Le matérialisme athéiste à la Bakounine, peut paraître bizarrement immatériel parfois, mené par ses propres “lutins”, impératifs catégoriques, adoration aveugle de la science, de la primauté de la machine sur l’humain et d’une étrange asexualité (NdT: cette remarque est assez fausse, Bakounine respectait certes la science mais ne l’adorait en rien, il se méfiait à juste titre d’une société menée par la science qui “ne s’occuperait bientôt plus de science” avait-il prédit, suffit de regarder notre société pour voir que Bakounine avait raison dès la fin XIXème…).

La haine du corps chrétienne / dualiste occupe le cœur secret de notre “crise environnementale”, même nous, en tant que post-chrétiens, ne pouvons échapper au motif de la conquête de la nature, qui colore la pensée progressiste de pratiquement tous les XIXème et XXème siècles.

Il est possible qu’une aide pour nous aider à surmonter un tel crypto-dualisme provienne d’une approche allant du “moniste panthéiste” aux modèles chamanique et païen, ce que T. McKenna a appelé la Résurrection Archaïque, non pas un retour à l’âge de pierre mais un retour de l’âge de pierre.

7.

Que nous en soyons satisfaits ou non, nous faisons partie de l’ère post-Lumière et la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléonomie comme l’appelait Henri Bergson (NdT: dans “Le hasard et la nécessité”, la vue téléonomique voit le monde régit par une finalité). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des Lumières, ce qu’Adorno appelait “la cruelle instrumentalisation de la Raison, aplatit la conscience permise en une grande carte en 2 dimensions 2D. Toute manifestation du sens menacerait le monopole du “hasard brut”, “de la collision aléatoire des particules”, des modèles comportementaux mécanistes de la conscience. “”La nuit de Newton”.

Ainsi cette peste contemporaine de l’incohérence : nous en sentons tous les germes tapis derrière quelque écran filtrant une lumière hygiénique. Effondrement de la morale. Aucune pensée pendant sept générations. Mettre fin aux incendies de forêts en coupant les forêts. “La société n’existe pas” nous disait dame baronne Margaret Thatcher.

8.

Le mouvement du social au niveau de l’inconscient constituait en lui-même une sorte d’(anti)religion. Après tout, qu’elle preuve y a t’il du matérialisme athée ? c’est tout aussi tordu que dieu, vraiment, l’absence de sens.

Le parti communiste comme un autre empire romain.

Et la faiblesse philosophique de l’anarchisme réside sûrement quelque part près de la ligne de fracture entre l’incohérence et la morale. Comment peut-il exister une façon correcte de vivre dans un univers absurde ? Implication existentielle ? Saut dans le noir ? Mais pourquoi ne pas simplement prendre sa propre part ou plus même encore ? Quel esprit peut dire Nan ? (Voir Stirner / Nietzsche)

Nietzsche bien sûr a fini dans la folie et signa sa dernière lettre “Dionysos et le crucifié”, un dieu ressuscité, mais seulement dans un abysse sans parole. Peut-être devons-nous considérer l’exigence d’une “rude moralité” et peut-être même une sorte de sens, de cohérence, même si inexprimable, ou même “spirituel”.

9.

Avec l’effondrement actuel du social et le triomphe du capital global, nous, rebu brisé, pouvons sourire et dire que le mondialisme est juste le nouvel internationalisme, l’étape véritablement finale du Capital et que bientôt, les moyens de production seront mûrs pour tomber entre les mains du prolétariat mondial. Ou alors, nous pourrions admettre avec morgue que la totalité nous a englouti, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les dernières expropriations ont été effectuées, que la combinaison des buts de la logique, de la technologie et de l’argent se termine avec l’élimination de l’humain. La pollution de l’espace-temps de Virillo, le Grand Accident. Ou nous pourrions refuser d’accepter la dichotomie et demander l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible si ce n’est pas une sorte de spiritualité ?..

Si la religion et l’idéologie nous ont toutes deux trahi, peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais chaque “nouvelle“ vision du monde a ses ancêtres. Le post-modernisme ne veut pas simplement dire de compulser les poubelles de l’histoire pour construire toujours plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires” Disons que nous voulons essayer d’imaginer un mouvement véritablement écolo non-autoritaire basé sur un fédéralisme anarcho-proudhonien et une entraide kropotkinienne, ce qui constitue de fait la “plomberie anarchiste” de base, mais ancrée en une certaine forme de spiritualité. Où pouvons-nous aller voir pour chercher une inspiration _ Avons-nous une “tradition” en ce domaine ?

10.

Une généalogie de la résistance ? Une “chaîne de transmission dorée” passant de l’esprit autonomiste de l’âge de pierre d’âge en âge ?

Puisque nous avons mentionne l’Europe médiévale, commençons par là , malheureusement nous allons devoir ignorer l’ère classique, l’Orient etc… Le taoïsme par exemple ou le soufisme et l’extrémisme chii’te, la cabale radicale (Sabbatai Sevi et Jacob Frank), l’hindouisme (spécifiquement le tantrique ou les syncrétistes radicaux comme Kabir ou le parti terroriste du Bengale, ainsi que le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. Restons-en au christianisme, si ce n’est que pour la fait que la plupart d’entre nous le considère comme l’ennemi par excellence. 

Sujet pour recherche :

Joachim di Fiori et les Franciscains spirtituels;

Beghards & Beguines—Confrérie de l’esprit libre;

Les Adamites (le retour littéral à L’Age d’Or);

L’aile radicale de l’hermétisme de la Renaissance comme Giordano Bruno, conduit au bûcher pour hérésie en 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte paysanne de 1525 contre Luther et les princes ;

La réforme radicale, ni catholique, ni protestante ; anabaptistes et le “communisme biblique”

Les spiritualistes (Sebastian Franck, Schwenckfeld, Paracelsus) qui prêchèrent une église invisible exogène sans dogmes, sans sacrements, sans prêtrises ni autorités ;

Les Libertins

La Famille de l’Amour

Les Rose-Croix, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufiste et de la cabale juive

Les mystiques allemands, Eckhart, Tauter, Suso, puis plus tard Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leade et les philadelphiens de Londres)

La révolution anglaise (voir Christopher Hill et J.P Thompson), Diggers, Ranters, Levellers, Seekers, les hommes de la 5ème monarchie et les Mugletoniens (la mère de William Blake était muggletonienne), les premiers Quakers, les Antinomiens, plus tars les Chapelles des blasphémeurs ;

La franc-maçonnerie de gauche ; John Tolan, les druides et les libre-penseurs, Paine et Blake en tant que “druides”. Les sociétés maçonniques derrière la révolution française.

William Blake, sine qua non

Les branches de gauche du romantisme allemand et britannique

Charles Fourier en tant que socialiste hermétique

Les romantiques américains : Thoreau, Emerson, S. Peral Andrews, le spiritualisme et la réforme radicale, la “religion de la Nature” (influence amérindienne native)

Gustav Landauer,

Gh. Scholem, W. Benjamin;

Le surréalisme spécifiquement dans sa fascination de l’hermétisme, aussi R. Callois et George Bataille ;

Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle)

Le néo-paganisme

Les hérésies universalistes

Les cultes psychédéliques, le “cérémonialisme enthéogénique” etc…

11.

La critique de la civilisation a besoin d’une forte science pour elle-même. Une science post-Lumière avec sa “matière morte” et sa crypto-métaphysique a besoin de sa révolution kuhnienne. La restauration du sens. Le réenchantement du paysage. Pas juste un mythe sorellien mais un vrai mythe, la subversion surréaliste, surrationaliste, surrégionaliste demande une spiritualité puissante centrée sur la terre, une hypothèse Gaïa qui est plus qu’hypothétique, une expérience spirituelle. Une Extase interne (voir Bakhtin), le festival de la conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande de lui-même de par sa vue néo-platonicienne rectifiée de la matière comme esprit, la doctrine de la Terre comme être vivant. (Nicolas de Cusa, Pico, Ficino, les néo-platoniciens de Cambridge…) L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique, expérimentale. Il est plus proche de nous historiquement que le chamanisme ou les voies orientales, plus culturellement familier (bien que très étrange c’est certain). Il est compatible avec les mystiques chrétien, musulman, juif et hindou, peut-être aussi avec la taoïsme et le bouddhisme, certainement avec la rose-croix et la maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12.

Je ne veux pas argumenter pour une “spiritualité anarchiste” ou un “anarchisme spirituel” sur le principe. Par leurs fruits tu les reconnaîtra. “Recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être entraînés au delà de la censure de la raison illuminée, peut-être même un peu dans le démoniaque. Psychonautes dans des bathysphères psychiques…

—October 2002

“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”
“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Sur la piste de l’esprit de la société (Hakim Bey)

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 21 septembre 2021 by Résistance 71

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Anarchisme spirituel : sujets de recherche

Peter Lamborn Wilson (alias Hakim Bey)

Octobre 2002

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Septembre 2021

1.

Conservatisme de l’âge de pierre (tribal, essentiellement égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur / jardinier, économie du don, etc…)

Les villes-états summériennes (4ème millénaire AEC) : la cassure de la politique originele humanine non-stratifiée, l’émergence de la séparation (voir Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh: domestication de “L’homme sauvage”.

La bonne vieille cause et l’éternel évangile, ce que Blake appela le druidisme, a en fait toujours été le déguisement de notre chamanisme de l’âge de pierre et de la déesse du paganisme contre l’escroquerie illuminati vieille de 6000 ans : la religion d’état.

L’émergence de l’argent comme sexualité des morts.

2.

L’âge de bronze : paganisme du dieu de la guerre, menant au paganisme impérial de Rome dans l’âge de fer, la Grande Bête de la Révélation ;

contre cela, l’église originelle apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essène ou Nazaréenne / Ebionite, Zèle, gnostisme, réforme sociale (les prêteurs et les marchands hors du temple, les évangiles du pauvre etc) et le mysticisme néo-platonicien contre “le don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome (tout comme les rois-prêtres summériens s’approprièrent la spiritualité néolithique en tant que “contenu censuré” des cultes du temple…)

Le christianisme qui fut originellement un culte gnostique radical (“Le royaume de dieu est en vous”) fonctionne pathétiquement maintenant comme une religion d’état baignant dans de sévères contradictions et une culture schizophrénique.

3.

Mais toute religion est ancrée dans une contradiction basique : le contenu spirituel de l’âge de pierre (le mythos clastrien si on veut) placardé sur l’idéologie de la séparation hégémonique de l’âge du métal. (voir spécifiquement l’Enuma Elish ou “la génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marduk tue la déesse néolithique Tiamat…) La religion tente constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les prêteurs et les marchands retournent toujours au temple et la rectification est une fois de plus transformée en hérésie, apostasie, ombres magiques et crime rituel.

Des sectes hérétiques millénaires parlent de restaurer l’âge d’or : ce rêve dérive de souvenirs réels (stockés dans les mythes) de cet âge de pierre égalitaire des chasseurs / cueilleurs / jardiniers, de l’économie du don et de la société chamano-païenne.

4.

La spiritualité n’est pas religion. La spiritualité est le créatif imaginaire du social (l’esprit, NdT: ce que Landauer appelle le “Geist”…), la religion son opposé ou sa négation, son “spectre” comme le dit si bien Blake : “l’aliénation de cette créativité dans des pouvoirs d’opposition.” Mais, à cause de paradoxes complexes de la dialectique, la graine, le joyau de la spiritualité est souvent trouvé dans les coquilles de la religion, spécifiquement avec les mystiques comme avec Maître Eckhardt et les Franciscains spirituels, et le poison de la religion souvent entache les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5.

Dans des temps religieux tout discours ou pratique non-autoritaire sera exprimé en termes religieux, souvent en ces termes : hérésie, schisme, apostasie, magie, sorcellerie etc… mais parfois aussi comme “réforme de l’église” ou comme des formes excessives marginales mais permises (comme par exemple le communisme monastique, le monachisme)

Les historiens de l’anarchisme qui le trace jusqu’aux cyniques grecs directement aux Lumières avec rien entre les deux, ne savent pas apprécier la réalité de la mentalité : chaque âge traversé doit faire l’expérience de quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) sous peine de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchisme en tant que conscience (plutôt que d’idéologie) réside enterrée dans toute une archéologie de résistance spirituelle. Nous devons lire de nouveau les hérétiques (voir par exemple le travail de Raoul Vaneigem sur l’hérésie de l’esprit libre).

6.

Le problème du dualisme gnostique, une forme extrême de spiritualité qui identifie souvent le monde social avec le monde naturel et les condamne tous deux. Ils rejettent le “dieu de la création” comme étant le mal et exècre “l’âme” comme principe de vie. Seul “l’esprit” satisfait de tels extrémistes. Leur détestation du corps devient plus exagéré et sévère que celle de l’église même (qui condamne au moins le suicide et promet la résurrection du corps)

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de dieu de Proudhon a pu dériver de ses lectures initiales de la littérature gnostique dualiste (lorsqu’il la mettait sous presse en tant qu’ouvrier typographe), une sorte de catharisme séculier. Le matérialisme athéiste à la Bakounine, peut paraître bizarrement immatériel parfois, piloté par ses propres démons, ses impératifs catégoriques, adoration aveugle de la science, la machine primant l’humain et une étrange asexualité.

Une aide possible pour résoudre un tel crypto-dualisme pourrait bien venir d’une approche “moniste panthéiste” au moyen de modèles chamaniques et païens, ce que T. McKenna appelait “le renouveau archaïque”, pas un retour à l’âge de pierre, mais un retour de l’âge de pierre…

7.

Parce que nous sommes tous de la génération post-lumière que cela nous plaise ou non, la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléonomique comme l’appelait Bergson). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des lumières, ce qu’Adorno  (?) appelait “l’instrumentalisation cruelle de la raison”, aplatit la conscience permise en une grande carte 2-D. toute manifestation de sens menacerait le monopole de “accident brutal”, de la “collision sauvage des particules”, des modèles mécanistes / comportementaux de la conscience.” (“Newton’s Night”).

D’où cette peste contemporaine de la futilité : nous sentons tous ses germes rampant derrière une sorte de fin canevas de lumière hygiénique. L’effondrement de la morale, de l’éthique. Aucune pensée pendant sept générations. Arrêtons les feux de forêts en coupant les arbres et en se débarrassant des forêts. “La société n’existe pas.” Nous disait déjà la baronne Lady Margaret Thatcher.

8.

Le mouvement du social au niveau de l’inconscient constituait en lui-même une sorte d’(anti)religion. après tout, quelle preuve existe t’il pour un matérialisme athéiste ? Tout aussi foireux que dieu, vraiment ; l’absence de sens.

Le parti communiste comme encore un autre saint empire romain.

Et la faiblesse philosophique de l’anarchisme sans doute réside quelque part près de la ligne de fracture entre le non-sens et l’éthique. Comment pourrait-il y avoir une bonne façon de vivre dans un univers absurde ? Par l’implication existentielle ? Un grand saut dans le noir ? Mais pourquoi ne pas simplement découper sa propre part ou plus encore ?

Bien sûr Nietzsche devint fou et signa sa dernière lettre “Dionysos et le Crucifié”, un dieu qui renaît, mais seulement dans un abysse silencieux. Nous devons sans doute considérer l’exigence d’une “dure moralité” et peut-être une sorte de sens, bien qu’inexprimable, ou même “spirituel”.

9.

Maintenant, avec l’effondrement du social et le triomphe du capital global, nous, le reliquat pulvérisé, pouvons arborer un visage heureux et dire que le mondialisme est le nouvel internationalisme, l’étape finale du Capital et que bientôt, les moyens de production vont tomber bien mûrs entre les mains d’un prolétariat mondial éveillé. Ou, nous pourrions admettre amèrement que la totalité nous a englobés, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les clôtures des terres sont parachevées, que la logique des moyens combinés de la technologie et de l’argent se termine avec l’élimination de l’humain. La pollution de l’espace-temps de Virillo, le Grand Accident. Ou, nous pourrions refuser d’accepter cette dichotomie, continuer en demandant l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible si ce n’est une forme de spiritualité ?

Si à la fois la religion et l’idéologie nous ont trahis, alors peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais chaque “nouvelle” vision du monde a ses ancêtres. Le post-modernisme n’a pas eu besoin de signifier de simplement aspirer les déchets de l’histoire pour construire plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires”. Disons que nous désirons essayer d’imaginer un mouvement vert non-autoritaire basé sur un anarcho-fédéralisme proudhonien et l’entraide de Kropotkine, une “plomberie anarchiste” de base là vraiment, mais ancré dans une forme de spiritualité. Qu’est-ce qui pourrait nous inspirer ? Avons-nous une “tradition” en ce domaine ?

10.

Une généalogie de la résistance ? une “chaîne de transmission dorée” passant l’esprit autonomiste de l’âge de pierre au travers des âges ?

Puisque nous avons mentionné l’Europe médiévale, commençons par là : malheureusement, nous devrons ignorer l’ère classique, l’Orient etc.. le taoïsme par exemple ou le soufisme et aussi l’extrémisme chiite, la Cabale radicale (Sabbatai Sevi et Jacob Frank), l’hindouisme (spéc- tantrique ou les syncrétistes extrémistes comme Kabir ou le parti terroriste du Bengale), aussi le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. Nous en resterons au christianisme, peut-être simplement parce que la plupart d’entre nous a été éduquée à le considérer comme l’Ennemi par excellence.

Sujet de recherche :

Joachim de Fiori et les Franciscains spirituels ; Beghards & Beguines, les frères du libre-esprit

Les Adamites (Le retour littéral à l’âge d’or, allèrent nus à la recherche “d’un signe”);

L’aile radicale de l’hermétisme de la Renaissance, spécifiquement Giordano Bruno, brûlé au bûcher pour hérésie en 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte paysanne de 1525 contre Luther et les princes ;

La Réforme radicale, ni catholique, ni protestante. Les anabaptistes et le “communisme de la bible”

Les spiritualistes : Sebastian Frank, Schwenckfeld, Paracelsus, qui prêchaient pour une église invisible exotérique sans dogme, sans sacrements, sans ministères ni autorités

Les Libertins;

La famille de l’amour;

Les Rose-Croix, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufiste et de la Cabale juive

Les mystiques allemands : Eckhardt, Tauler, Suso puis plus tard, Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leade et les Philadelphiens de Londres) ; 

La révolution anglaise (voir Christopher Hill et J,P Thompson), Digger, Ranters, Levellers, Seekers, les hommes de la 5ème monarchie et les muggletoniens, les Quakers originaux, les autonomistes, plus tard les chapelles des blasphémeurs

La franc-maçonnerie de gauche : John Toland, les druides et les libres-penseurs. Paine et Blake comme “druides”. Les sociétés maçonniques derrière la révolution française.

William Blake — sine qua non;

L’aile gauche du romantisme allemand et anglais ; Charles Fourier en tant que socialiste hermétique, les romantiques américains, Henry David Thoreau, S. Pearl Andrews, la réforme spiritualiste et radicale, la “religion d ela nature” et toute l’influence de la culture amérindienne.

Gustav Landauer, Gh Scholem, W. Benjamin; Surrealism (spécifiquement la fascination de l’hermétisme) — aussi R. Callois and G. Bataille;

Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle)

Le néo-paganisme, les hérésies universalistes, les cultes psychédéliques, le “cérémonialisme enthéogénique” etc…

11.

La critique de la civilisation a besoin d’une science forte. La science post-lumière avec sa crypto-métaphysique de la “matière morte” a besoin d’une révolution khunienne. La restitution du sens. Le ré-enchantement du paysage. Pas seulement un mythe sorélien mais un vrai mythe. Une spiritualité surréaliste centrée sur la Terre, une hypothèse Gaïa qui serait plus qu’hypothétique, une expérience spirituelle. Une extase en tant qu’entase (voir Bakhtin), un festival de conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande de lui-même à cause de sa vision rectifiée néo-platonicienne de la matière comme esprit, la doctrine de la terre comme être vivant. (Nicolas de Cusa, Pico, Ficino, les néo-platoniciens de Cambridge etc…). L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique, expérimentale ; historiquement plus proche de nous que le chamanisme ou les voies orientales, culturellement familière (bien que toujours bien étrange). Compatible avec le mysticisme chrétien, islamique, juif et hindou, peut-être aussi avec le taoïsme et le bouddhisme, très certainement avec la Rose-Croix et la Maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12.

Je ne veux pas argumenter pour une “spiritualité anarchiste” ou un “anarchisme spirituel” sur le principe. C’est par ses fruits que tu les connaîtras. “Recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être renversé au-delà du censeur de la raison des lumières, peut-être même dans le démoniaque. Psychonautes dans les batysphères du psychisme.

Hakim Bey sur Résistance 71

Photo d’illustration du haut tirée du film « Le miroir », Andreï Tarkovski, 1974