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A la recherche de l’esprit perdu… Recherche sur un anarchisme spirituel (Peter Lamborn Wilson)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , on 25 octobre 2021 by Résistance 71

JZ3

Texte titilleur de conscience pour le moins, les lecteurs reconnaîtront dans cet essai de Wilson datant de 2002, certains sujets que nous avons abordés, pour certains abondamment sur ce blog. Nous vivons la fin d’une ère ceci est indéniable, nous ne devons pas nous laisser imposer la suite des évènements comme c’est le cas depuis ce fameux néolithique qui ne cesse de servir de référence à notre déchéance. Le système étatico-capitaliste se meurt et il est en train de muter en une entité qui nie l’humanité et cherche à l’annihiler. Nous devrons puiser très profond pour en sortir et au contraire réaliser notre humanité. Le combat qui s’annonce sera d’anthologie et fera l’Histoire. N’oublions jamais que nous sommes les ancêtres de la 7ème génération à venir, celle-ci chantera nos louanges comme les initiateurs de la grande (r)Evolution qui réalisa notre humanité vraie. C’est de cela qu’il s’agit et c’est sur quoi nous sommes engagés, la lutte sera épique et entrera dans la légende des siècles…
~ Résistance 71 ~

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

“Dès que l’État n’est plus à même d’imposer l’union forcée, l’union surgit d’elle-même, selon les besoins naturels. Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même.”
~ Pierre Kropotkine ~

L’état n’est pas quelque chose qui peut être détruit par une révolution, mais il est un conditionnement, une certaine relation entre les êtres humains un mode de comportement humain, nous le détruisons en contractant d’autres relations, en nous comportant différemment.
~ Gustav Landauer ~

HakimBey1

Anarchisme spirituel

Peter Lamborn Wilson alias Hakim Bey

2002

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

1.

Le conservatisme de l’âge de pierre (tribal, égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur / jardinier, économie du don et du partage, etc)

Les cités-états sumériennes (4ème millénaire AEC), l’effritement de l’organisation politique originelle non-stratifiée, l’émergence de la séparation (cf les recherches de Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh : la domestication de “l’homme sauvage”

La bonne vieille cause et l’éternel évangile, ce que William Blake appelle le druidisme, a toujours été en fait l’accoutrement de notre chamanisme de l’âge de pierre et de la “déesse” du paganisme.

Vs

Les 6000 ans de fumisterie et d’illusion illuminati : la religion d’état (et de l’État)

L’émergence de l’argent comme la sexualité des morts.

2.

L’âge du bronze : le paganisme du dieu guerrier, menant au paganisme impérial de l’âge du fer, celui de Rome, de la Grande Bête de la révélation ; contre cela, l’église de ses débuts apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essene ou Nazarite/Ebionite, le zèle, la gnostique, la réforme sociale (les marchands chassés du temple, l’évangile des pauvres, etc) et le mysticisme néo-platonicien.

VS

“Le don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome elle-même (tout juste comme les rois prêtres sumériens s’approprièrent la spiritualité néolithique en tant que “contenu censuré” des cultes du temple).

Le christianisme, à l’origine un culte gnostique radical (“le royaume de dieu est en vous”), fonctionne maintenant comme une religion d’état, impliquant de sévères contradictions et une culture schizophrène, etc.

3.

Mais toute religion est enracinée dans une contradiction de base : le contenu spirituel du vieil âge de pierre (le mythos clastrien pour ainsi dire) plaqué sur l’idéologie de l’âge du métal, celle de la séparation hégémonique (voir plus spécifiquement l’Enuma Elish ou la “génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marmuk tue la déesse néolithique Tiamat). La religion tente constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les marchands retournent toujours au temple et la rectification est une nouvelle fois transformée et dénoncée comme hérésie, apostasie, ombres magiques et crime rituel.

Les sectes hérétiques du millénaire parlent de restaurer l’âge d’or ; ce rêve dérive de souvenirs réels (stockés dans les mythes) de l’âge de pierre et de la société grosso modo égalitaire des chasseurs, cueilleurs, de l’économie du don et du partage et de la société chamano-païenne.

4.

Spiritualité ne veut pas dire religion. La spiritualité est le créatif imaginaire (l’esprit, NdT: ce que Landauer appelait le “Geist” en allemand) du social, la religion son opposé négatif, son “spectre” comme le disait Blake : l’aliénation de cette créativité dans des pouvoirs et puissances d’oppression. Mais, à cause de paradoxes dialectiques complexes, le noyau de la spiritualité est souvent trouvé engoncé dans des coquilles religieuses, spécifiquement en ce qui concerne les mystiques comme maître Eckhart et les Franciscains spirituels ; et le poison de la religion souvent teinte les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5.

Dans les temps religieux, tout le discours et la pratique non-autoritaires seront exprimés en termes religieux, en général sous des vocables d’hérésie, de schisme, d’apostasie, de magie noire etc… mais parfois comme dans une “réforme su sein de l’église” ou des formes marginales mais permises d’excès comme le communisme monastique par exemple.

Les historiens de l’anarchisme qui tracent cela jusqu’aux cyniques grecs de l’antiquité et en ligne directe vers les Lumières avec rien entre les deux, échouent dans leur appréciation de la réalité de la mentalité que chaque âge doit expérimenter quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) dans la douleur de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchie comme conscience plus qu’idéologie réside dans une archéologie de la résistance spirituelle. Nous devons lire de nouveau les hérétiques (voir par exemple l’excellent travail de Raoul Veneigem sur l’hérésie de l’esprit libre)

6.

Le problème du dualisme gnostique ; des formes extrêmes de spiritualité identifient souvent le monde social avec le monde naturel et les condamnent tous deux. Elles rejettent la “création divine” et son “dieu créateur” comme étant mauvais et détestent même “l’âme” en tant que principe de vie. Seul, “l’esprit” satisfait ces extrémistes. Leur haine du corps devient même plus exagérée et aggravée que celle de l’église (qui au moins condamne le suicide et promet la résurrection du corps).

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de dieu de Proudhon est peut-être dérivée de ses lectures précoces de la littérature gnostique dualiste (peut-être alors qu’il la mettait en page en tant qu’ouvrier typographe), une sorte de catharisme séculier. Le matérialisme athéiste à la Bakounine, peut paraître bizarrement immatériel parfois, mené par ses propres “lutins”, impératifs catégoriques, adoration aveugle de la science, de la primauté de la machine sur l’humain et d’une étrange asexualité (NdT: cette remarque est assez fausse, Bakounine respectait certes la science mais ne l’adorait en rien, il se méfiait à juste titre d’une société menée par la science qui “ne s’occuperait bientôt plus de science” avait-il prédit, suffit de regarder notre société pour voir que Bakounine avait raison dès la fin XIXème…).

La haine du corps chrétienne / dualiste occupe le cœur secret de notre “crise environnementale”, même nous, en tant que post-chrétiens, ne pouvons échapper au motif de la conquête de la nature, qui colore la pensée progressiste de pratiquement tous les XIXème et XXème siècles.

Il est possible qu’une aide pour nous aider à surmonter un tel crypto-dualisme provienne d’une approche allant du “moniste panthéiste” aux modèles chamanique et païen, ce que T. McKenna a appelé la Résurrection Archaïque, non pas un retour à l’âge de pierre mais un retour de l’âge de pierre.

7.

Que nous en soyons satisfaits ou non, nous faisons partie de l’ère post-Lumière et la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléonomie comme l’appelait Henri Bergson (NdT: dans “Le hasard et la nécessité”, la vue téléonomique voit le monde régit par une finalité). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des Lumières, ce qu’Adorno appelait “la cruelle instrumentalisation de la Raison, aplatit la conscience permise en une grande carte en 2 dimensions 2D. Toute manifestation du sens menacerait le monopole du “hasard brut”, “de la collision aléatoire des particules”, des modèles comportementaux mécanistes de la conscience. “”La nuit de Newton”.

Ainsi cette peste contemporaine de l’incohérence : nous en sentons tous les germes tapis derrière quelque écran filtrant une lumière hygiénique. Effondrement de la morale. Aucune pensée pendant sept générations. Mettre fin aux incendies de forêts en coupant les forêts. “La société n’existe pas” nous disait dame baronne Margaret Thatcher.

8.

Le mouvement du social au niveau de l’inconscient constituait en lui-même une sorte d’(anti)religion. Après tout, qu’elle preuve y a t’il du matérialisme athée ? c’est tout aussi tordu que dieu, vraiment, l’absence de sens.

Le parti communiste comme un autre empire romain.

Et la faiblesse philosophique de l’anarchisme réside sûrement quelque part près de la ligne de fracture entre l’incohérence et la morale. Comment peut-il exister une façon correcte de vivre dans un univers absurde ? Implication existentielle ? Saut dans le noir ? Mais pourquoi ne pas simplement prendre sa propre part ou plus même encore ? Quel esprit peut dire Nan ? (Voir Stirner / Nietzsche)

Nietzsche bien sûr a fini dans la folie et signa sa dernière lettre “Dionysos et le crucifié”, un dieu ressuscité, mais seulement dans un abysse sans parole. Peut-être devons-nous considérer l’exigence d’une “rude moralité” et peut-être même une sorte de sens, de cohérence, même si inexprimable, ou même “spirituel”.

9.

Avec l’effondrement actuel du social et le triomphe du capital global, nous, rebu brisé, pouvons sourire et dire que le mondialisme est juste le nouvel internationalisme, l’étape véritablement finale du Capital et que bientôt, les moyens de production seront mûrs pour tomber entre les mains du prolétariat mondial. Ou alors, nous pourrions admettre avec morgue que la totalité nous a englouti, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les dernières expropriations ont été effectuées, que la combinaison des buts de la logique, de la technologie et de l’argent se termine avec l’élimination de l’humain. La pollution de l’espace-temps de Virillo, le Grand Accident. Ou nous pourrions refuser d’accepter la dichotomie et demander l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible si ce n’est pas une sorte de spiritualité ?..

Si la religion et l’idéologie nous ont toutes deux trahi, peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais chaque “nouvelle“ vision du monde a ses ancêtres. Le post-modernisme ne veut pas simplement dire de compulser les poubelles de l’histoire pour construire toujours plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires” Disons que nous voulons essayer d’imaginer un mouvement véritablement écolo non-autoritaire basé sur un fédéralisme anarcho-proudhonien et une entraide kropotkinienne, ce qui constitue de fait la “plomberie anarchiste” de base, mais ancrée en une certaine forme de spiritualité. Où pouvons-nous aller voir pour chercher une inspiration _ Avons-nous une “tradition” en ce domaine ?

10.

Une généalogie de la résistance ? Une “chaîne de transmission dorée” passant de l’esprit autonomiste de l’âge de pierre d’âge en âge ?

Puisque nous avons mentionne l’Europe médiévale, commençons par là , malheureusement nous allons devoir ignorer l’ère classique, l’Orient etc… Le taoïsme par exemple ou le soufisme et l’extrémisme chii’te, la cabale radicale (Sabbatai Sevi et Jacob Frank), l’hindouisme (spécifiquement le tantrique ou les syncrétistes radicaux comme Kabir ou le parti terroriste du Bengale, ainsi que le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. Restons-en au christianisme, si ce n’est que pour la fait que la plupart d’entre nous le considère comme l’ennemi par excellence. 

Sujet pour recherche :

Joachim di Fiori et les Franciscains spirtituels;

Beghards & Beguines—Confrérie de l’esprit libre;

Les Adamites (le retour littéral à L’Age d’Or);

L’aile radicale de l’hermétisme de la Renaissance comme Giordano Bruno, conduit au bûcher pour hérésie en 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte paysanne de 1525 contre Luther et les princes ;

La réforme radicale, ni catholique, ni protestante ; anabaptistes et le “communisme biblique”

Les spiritualistes (Sebastian Franck, Schwenckfeld, Paracelsus) qui prêchèrent une église invisible exogène sans dogmes, sans sacrements, sans prêtrises ni autorités ;

Les Libertins

La Famille de l’Amour

Les Rose-Croix, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufiste et de la cabale juive

Les mystiques allemands, Eckhart, Tauter, Suso, puis plus tard Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leade et les philadelphiens de Londres)

La révolution anglaise (voir Christopher Hill et J.P Thompson), Diggers, Ranters, Levellers, Seekers, les hommes de la 5ème monarchie et les Mugletoniens (la mère de William Blake était muggletonienne), les premiers Quakers, les Antinomiens, plus tars les Chapelles des blasphémeurs ;

La franc-maçonnerie de gauche ; John Tolan, les druides et les libre-penseurs, Paine et Blake en tant que “druides”. Les sociétés maçonniques derrière la révolution française.

William Blake, sine qua non

Les branches de gauche du romantisme allemand et britannique

Charles Fourier en tant que socialiste hermétique

Les romantiques américains : Thoreau, Emerson, S. Peral Andrews, le spiritualisme et la réforme radicale, la “religion de la Nature” (influence amérindienne native)

Gustav Landauer,

Gh. Scholem, W. Benjamin;

Le surréalisme spécifiquement dans sa fascination de l’hermétisme, aussi R. Callois et George Bataille ;

Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle)

Le néo-paganisme

Les hérésies universalistes

Les cultes psychédéliques, le “cérémonialisme enthéogénique” etc…

11.

La critique de la civilisation a besoin d’une forte science pour elle-même. Une science post-Lumière avec sa “matière morte” et sa crypto-métaphysique a besoin de sa révolution kuhnienne. La restauration du sens. Le réenchantement du paysage. Pas juste un mythe sorellien mais un vrai mythe, la subversion surréaliste, surrationaliste, surrégionaliste demande une spiritualité puissante centrée sur la terre, une hypothèse Gaïa qui est plus qu’hypothétique, une expérience spirituelle. Une Extase interne (voir Bakhtin), le festival de la conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande de lui-même de par sa vue néo-platonicienne rectifiée de la matière comme esprit, la doctrine de la Terre comme être vivant. (Nicolas de Cusa, Pico, Ficino, les néo-platoniciens de Cambridge…) L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique, expérimentale. Il est plus proche de nous historiquement que le chamanisme ou les voies orientales, plus culturellement familier (bien que très étrange c’est certain). Il est compatible avec les mystiques chrétien, musulman, juif et hindou, peut-être aussi avec la taoïsme et le bouddhisme, certainement avec la rose-croix et la maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12.

Je ne veux pas argumenter pour une “spiritualité anarchiste” ou un “anarchisme spirituel” sur le principe. Par leurs fruits tu les reconnaîtra. “Recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être entraînés au delà de la censure de la raison illuminée, peut-être même un peu dans le démoniaque. Psychonautes dans des bathysphères psychiques…

—October 2002

“Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”
“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”
~ Gustav Landauer ~

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Sur la piste de l’esprit de la société (Hakim Bey)

Posted in actualité, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, société des sociétés, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 21 septembre 2021 by Résistance 71

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Anarchisme spirituel : sujets de recherche

Peter Lamborn Wilson (alias Hakim Bey)

Octobre 2002

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Septembre 2021

1.

Conservatisme de l’âge de pierre (tribal, essentiellement égalitaire, proto-chamanique, chasseur / cueilleur / jardinier, économie du don, etc…)

Les villes-états summériennes (4ème millénaire AEC) : la cassure de la politique originele humanine non-stratifiée, l’émergence de la séparation (voir Pierre Clastres)

Enkidu de Gilgamesh: domestication de “L’homme sauvage”.

La bonne vieille cause et l’éternel évangile, ce que Blake appela le druidisme, a en fait toujours été le déguisement de notre chamanisme de l’âge de pierre et de la déesse du paganisme contre l’escroquerie illuminati vieille de 6000 ans : la religion d’état.

L’émergence de l’argent comme sexualité des morts.

2.

L’âge de bronze : paganisme du dieu de la guerre, menant au paganisme impérial de Rome dans l’âge de fer, la Grande Bête de la Révélation ;

contre cela, l’église originelle apparaît comme une dialectique de la résistance, spécifiquement dans sa forme Essène ou Nazaréenne / Ebionite, Zèle, gnostisme, réforme sociale (les prêteurs et les marchands hors du temple, les évangiles du pauvre etc) et le mysticisme néo-platonicien contre “le don de Constantin”, l’appropriation du christianisme par Rome (tout comme les rois-prêtres summériens s’approprièrent la spiritualité néolithique en tant que “contenu censuré” des cultes du temple…)

Le christianisme qui fut originellement un culte gnostique radical (“Le royaume de dieu est en vous”) fonctionne pathétiquement maintenant comme une religion d’état baignant dans de sévères contradictions et une culture schizophrénique.

3.

Mais toute religion est ancrée dans une contradiction basique : le contenu spirituel de l’âge de pierre (le mythos clastrien si on veut) placardé sur l’idéologie de la séparation hégémonique de l’âge du métal. (voir spécifiquement l’Enuma Elish ou “la génèse babylonienne” où le dieu de la guerre Marduk tue la déesse néolithique Tiamat…) La religion tente constamment de dépasser ou de rectifier cette contradiction. Mais les prêteurs et les marchands retournent toujours au temple et la rectification est une fois de plus transformée en hérésie, apostasie, ombres magiques et crime rituel.

Des sectes hérétiques millénaires parlent de restaurer l’âge d’or : ce rêve dérive de souvenirs réels (stockés dans les mythes) de cet âge de pierre égalitaire des chasseurs / cueilleurs / jardiniers, de l’économie du don et de la société chamano-païenne.

4.

La spiritualité n’est pas religion. La spiritualité est le créatif imaginaire du social (l’esprit, NdT: ce que Landauer appelle le “Geist”…), la religion son opposé ou sa négation, son “spectre” comme le dit si bien Blake : “l’aliénation de cette créativité dans des pouvoirs d’opposition.” Mais, à cause de paradoxes complexes de la dialectique, la graine, le joyau de la spiritualité est souvent trouvé dans les coquilles de la religion, spécifiquement avec les mystiques comme avec Maître Eckhardt et les Franciscains spirituels, et le poison de la religion souvent entache les hérésies, spécifiquement si elles gagnent un véritable pouvoir.

5.

Dans des temps religieux tout discours ou pratique non-autoritaire sera exprimé en termes religieux, souvent en ces termes : hérésie, schisme, apostasie, magie, sorcellerie etc… mais parfois aussi comme “réforme de l’église” ou comme des formes excessives marginales mais permises (comme par exemple le communisme monastique, le monachisme)

Les historiens de l’anarchisme qui le trace jusqu’aux cyniques grecs directement aux Lumières avec rien entre les deux, ne savent pas apprécier la réalité de la mentalité : chaque âge traversé doit faire l’expérience de quelque chose de la liberté (si seulement même son rêve) sous peine de perdre son humanité. L’histoire de l’anarchisme en tant que conscience (plutôt que d’idéologie) réside enterrée dans toute une archéologie de résistance spirituelle. Nous devons lire de nouveau les hérétiques (voir par exemple le travail de Raoul Vaneigem sur l’hérésie de l’esprit libre).

6.

Le problème du dualisme gnostique, une forme extrême de spiritualité qui identifie souvent le monde social avec le monde naturel et les condamne tous deux. Ils rejettent le “dieu de la création” comme étant le mal et exècre “l’âme” comme principe de vie. Seul “l’esprit” satisfait de tels extrémistes. Leur détestation du corps devient plus exagéré et sévère que celle de l’église même (qui condamne au moins le suicide et promet la résurrection du corps)

Le problème du dualisme hante l’anarchisme, je pense. La haine de dieu de Proudhon a pu dériver de ses lectures initiales de la littérature gnostique dualiste (lorsqu’il la mettait sous presse en tant qu’ouvrier typographe), une sorte de catharisme séculier. Le matérialisme athéiste à la Bakounine, peut paraître bizarrement immatériel parfois, piloté par ses propres démons, ses impératifs catégoriques, adoration aveugle de la science, la machine primant l’humain et une étrange asexualité.

Une aide possible pour résoudre un tel crypto-dualisme pourrait bien venir d’une approche “moniste panthéiste” au moyen de modèles chamaniques et païens, ce que T. McKenna appelait “le renouveau archaïque”, pas un retour à l’âge de pierre, mais un retour de l’âge de pierre…

7.

Parce que nous sommes tous de la génération post-lumière que cela nous plaise ou non, la “science” nous pose le problème de la téléologie (ou téléonomique comme l’appelait Bergson). Nous croyons vraiment en la mort de dieu. L’aspect spectral des lumières, ce qu’Adorno  (?) appelait “l’instrumentalisation cruelle de la raison”, aplatit la conscience permise en une grande carte 2-D. toute manifestation de sens menacerait le monopole de “accident brutal”, de la “collision sauvage des particules”, des modèles mécanistes / comportementaux de la conscience.” (“Newton’s Night”).

D’où cette peste contemporaine de la futilité : nous sentons tous ses germes rampant derrière une sorte de fin canevas de lumière hygiénique. L’effondrement de la morale, de l’éthique. Aucune pensée pendant sept générations. Arrêtons les feux de forêts en coupant les arbres et en se débarrassant des forêts. “La société n’existe pas.” Nous disait déjà la baronne Lady Margaret Thatcher.

8.

Le mouvement du social au niveau de l’inconscient constituait en lui-même une sorte d’(anti)religion. après tout, quelle preuve existe t’il pour un matérialisme athéiste ? Tout aussi foireux que dieu, vraiment ; l’absence de sens.

Le parti communiste comme encore un autre saint empire romain.

Et la faiblesse philosophique de l’anarchisme sans doute réside quelque part près de la ligne de fracture entre le non-sens et l’éthique. Comment pourrait-il y avoir une bonne façon de vivre dans un univers absurde ? Par l’implication existentielle ? Un grand saut dans le noir ? Mais pourquoi ne pas simplement découper sa propre part ou plus encore ?

Bien sûr Nietzsche devint fou et signa sa dernière lettre “Dionysos et le Crucifié”, un dieu qui renaît, mais seulement dans un abysse silencieux. Nous devons sans doute considérer l’exigence d’une “dure moralité” et peut-être une sorte de sens, bien qu’inexprimable, ou même “spirituel”.

9.

Maintenant, avec l’effondrement du social et le triomphe du capital global, nous, le reliquat pulvérisé, pouvons arborer un visage heureux et dire que le mondialisme est le nouvel internationalisme, l’étape finale du Capital et que bientôt, les moyens de production vont tomber bien mûrs entre les mains d’un prolétariat mondial éveillé. Ou, nous pourrions admettre amèrement que la totalité nous a englobés, que l’Histoire est morte, que l’aliénation est universelle, que les clôtures des terres sont parachevées, que la logique des moyens combinés de la technologie et de l’argent se termine avec l’élimination de l’humain. La pollution de l’espace-temps de Virillo, le Grand Accident. Ou, nous pourrions refuser d’accepter cette dichotomie, continuer en demandant l’impossible. Mais qu’est-ce que l’impossible si ce n’est une forme de spiritualité ?

Si à la fois la religion et l’idéologie nous ont trahis, alors peut-être avons-nous besoin d’un nouveau paradigme. Mais chaque “nouvelle” vision du monde a ses ancêtres. Le post-modernisme n’a pas eu besoin de signifier de simplement aspirer les déchets de l’histoire pour construire plus de commodités et d’attitudes “révolutionnaires”. Disons que nous désirons essayer d’imaginer un mouvement vert non-autoritaire basé sur un anarcho-fédéralisme proudhonien et l’entraide de Kropotkine, une “plomberie anarchiste” de base là vraiment, mais ancré dans une forme de spiritualité. Qu’est-ce qui pourrait nous inspirer ? Avons-nous une “tradition” en ce domaine ?

10.

Une généalogie de la résistance ? une “chaîne de transmission dorée” passant l’esprit autonomiste de l’âge de pierre au travers des âges ?

Puisque nous avons mentionné l’Europe médiévale, commençons par là : malheureusement, nous devrons ignorer l’ère classique, l’Orient etc.. le taoïsme par exemple ou le soufisme et aussi l’extrémisme chiite, la Cabale radicale (Sabbatai Sevi et Jacob Frank), l’hindouisme (spéc- tantrique ou les syncrétistes extrémistes comme Kabir ou le parti terroriste du Bengale), aussi le chamanisme tribal et son histoire de l’âge de pierre à aujourd’hui. Nous en resterons au christianisme, peut-être simplement parce que la plupart d’entre nous a été éduquée à le considérer comme l’Ennemi par excellence.

Sujet de recherche :

Joachim de Fiori et les Franciscains spirituels ; Beghards & Beguines, les frères du libre-esprit

Les Adamites (Le retour littéral à l’âge d’or, allèrent nus à la recherche “d’un signe”);

L’aile radicale de l’hermétisme de la Renaissance, spécifiquement Giordano Bruno, brûlé au bûcher pour hérésie en 1600 et l’alchimiste Paracelsus, qui soutint la révolte paysanne de 1525 contre Luther et les princes ;

La Réforme radicale, ni catholique, ni protestante. Les anabaptistes et le “communisme de la bible”

Les spiritualistes : Sebastian Frank, Schwenckfeld, Paracelsus, qui prêchaient pour une église invisible exotérique sans dogme, sans sacrements, sans ministères ni autorités

Les Libertins;

La famille de l’amour;

Les Rose-Croix, l’idée de la “tolérance radicale”, l’influence de l’alchimie soufiste et de la Cabale juive

Les mystiques allemands : Eckhardt, Tauler, Suso puis plus tard, Jacob Boehme et les piétistes hermétiques (Jane Leade et les Philadelphiens de Londres) ; 

La révolution anglaise (voir Christopher Hill et J,P Thompson), Digger, Ranters, Levellers, Seekers, les hommes de la 5ème monarchie et les muggletoniens, les Quakers originaux, les autonomistes, plus tard les chapelles des blasphémeurs

La franc-maçonnerie de gauche : John Toland, les druides et les libres-penseurs. Paine et Blake comme “druides”. Les sociétés maçonniques derrière la révolution française.

William Blake — sine qua non;

L’aile gauche du romantisme allemand et anglais ; Charles Fourier en tant que socialiste hermétique, les romantiques américains, Henry David Thoreau, S. Pearl Andrews, la réforme spiritualiste et radicale, la “religion d ela nature” et toute l’influence de la culture amérindienne.

Gustav Landauer, Gh Scholem, W. Benjamin; Surrealism (spécifiquement la fascination de l’hermétisme) — aussi R. Callois and G. Bataille;

Le retour du chamanisme (depuis au moins le XVIIIème siècle)

Le néo-paganisme, les hérésies universalistes, les cultes psychédéliques, le “cérémonialisme enthéogénique” etc…

11.

La critique de la civilisation a besoin d’une science forte. La science post-lumière avec sa crypto-métaphysique de la “matière morte” a besoin d’une révolution khunienne. La restitution du sens. Le ré-enchantement du paysage. Pas seulement un mythe sorélien mais un vrai mythe. Une spiritualité surréaliste centrée sur la Terre, une hypothèse Gaïa qui serait plus qu’hypothétique, une expérience spirituelle. Une extase en tant qu’entase (voir Bakhtin), un festival de conscience comme magie.

Dans ce contexte, l’hermétisme se recommande de lui-même à cause de sa vision rectifiée néo-platonicienne de la matière comme esprit, la doctrine de la terre comme être vivant. (Nicolas de Cusa, Pico, Ficino, les néo-platoniciens de Cambridge etc…). L’hermétisme n’est pas une religion mais une science de l’esprit et de l’imagination, empirique, expérimentale ; historiquement plus proche de nous que le chamanisme ou les voies orientales, culturellement familière (bien que toujours bien étrange). Compatible avec le mysticisme chrétien, islamique, juif et hindou, peut-être aussi avec le taoïsme et le bouddhisme, très certainement avec la Rose-Croix et la Maçonnerie et avec la plupart des grandes hérésies.

12.

Je ne veux pas argumenter pour une “spiritualité anarchiste” ou un “anarchisme spirituel” sur le principe. C’est par ses fruits que tu les connaîtras. “Recherche” ici veut dire participation, une volonté d’halluciner et d’être renversé au-delà du censeur de la raison des lumières, peut-être même dans le démoniaque. Psychonautes dans les batysphères du psychisme.

Hakim Bey sur Résistance 71

Photo d’illustration du haut tirée du film « Le miroir », Andreï Tarkovski, 1974

Pistes pour trouver la voie de la société des sociétés : une réflexion critique ~ 2ème partie ~

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 septembre 2021 by Résistance 71

TAZ
Des Zones Autonomes Temporaires (ZAT)…
à une Zone Autonome Permanente Planétaire (ZAPP)

Pour une solution vers la société des sociétés par-delà les impostures et les guéguerres de clochers stériles qui divisent le mouvement de résistance radicale au système étatico-capitaliste.
Seul mot d’ordre viable pour notre émancipation finale :
A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat !
Tout le reste n’est que pisser dans un violon. N’oubliez pas ça alors que commence à donner la fanfare de la mascarade étatico-politico-marchande du cirque électoral pour 2022. Mettre à bas dictature et illusions !
Vive la Commune Universelle de notre humanité réalisée dans la complémentarité de notre diversité !
~ Résistance 71 ~

Anarchisme

Hakim Bey

2009

Qu’est-ce que l’anarchisme ?

Le Prophète Mahomet a dit que tous ceux qui vous saluent par « Salam ! » (paix) doivent être considérés comme musulmans. De la même manière, tous ceux qui s’appellent eux-mêmes « anarchistes » doivent être considérés comme des anarchistes (à moins qu’ils ne soient des espions de la police) – c’est-à-dire, qu’ils désirent l’abolition du gouvernement. Pour les soufis, la question « Qu’est-ce qu’un musulman? » n’a absolument aucun intérêt. Ils demandent, au contraire, « Qui est ce musulman ? Un dogmatique ignorant ? Un coupeur de cheveux en quatre ? Un hypocrite ? Ou bien est-ce celui qui tend à expérimenter la connaissance, l’amour et la volonté comme un tout harmonieux ? »

« Qu’est-ce qu’un anarchiste ? » n’est pas la bonne question. La bonne question c’est : « Qui est cet anarchiste ? Un dogmatique ignorant ? Un coupeur de cheveux en quatre ? Un hypocrite ? Celui-là qui proclame avoir abattu toutes les idoles, mais qui en vérité n’a fait qu’ériger un nouveau temple pour des fantômes et des abstractions ? Est-ce celui qui essaye de vivre dans l’esprit de l’anarchie, de ne pas être dirigé / de ne pas diriger – ou bien est-ce celui qui ne fait qu’utiliser la rébellion théorique comme excuse à son inconscience, à son ressentiment et à sa misère ? »

Les querelles théologiques mesquines des sectes anarchistes sont devenues excessivement ennuyeuses. Au lieu de demander des définitions (des idéologies), posez la question : « Qu’est-ce que tu sais ? », « quels sont tes véritables désirs ? », « que vas-tu faire à présent ? » et, comme Diaghilev le dit au jeune Cocteau : « Étonne-moi ! »

Qu’est-ce que le gouvernement ?

Le gouvernement peut être décrit comme une relation structurée entre les êtres humains par laquelle le pouvoir est réparti inégalement, de telle manière que la vie créatrice de quelques-uns est réduite pour l’accroissement de celle des autres. Ainsi, le gouvernement agit dans toutes les relations dans lesquelles les intervenants ne sont pas considérés comme des partenaires à part entière agissant dans une dynamique de réciprocité. On peut ainsi voir à l’œuvre le gouvernement dans des cellules sociales aussi petites que la famille ou « informelles » comme les réunions de voisinage – là où le gouvernement ne pourra jamais toucher des organisations bien plus grandes comme les foules en émeute ou les rassemblements de passionnés par leur hobby, les réunions de quaker ou de soviets libres, les banqueteurs ou les œuvres de charité.

Les relations humaines qui s’engagent sur un tel partenariat peuvent, au travers d’un processus d’institutionnalisation, sombrer dans le gouvernement – une histoire d’amour peut évoluer en mariage, cette petite tyrannie de l’avarice de l’amour ; ou bien encore une communauté spontanée, fondée librement afin de rendre possible une certaine manière de vivre désirée par tous ses membres, peut se retrouver dans une situation où elle doit gouverner et exercer une coercition à l’encontre de ses propres enfants, au travers de règles morales mesquines et des reliquats d’idéaux autrefois glorieux.

Ainsi, la tâche de l’anarchie n’est jamais destinée à perdurer qu’à court terme. Partout et toujours les relations humaines seront concrétisées par des institutions et dégénéreront en gouvernements. Peut-être que l’on pourrait soutenir que tout cela est « naturel »… Mais quoi ? Son opposé est tout aussi « naturel ». Et s’il ne l’était pas, alors on pourrait toujours choisir le « non-naturel », l’impossible.

Cependant, nous savons que les relations libres (non gouvernées) sont parfaitement possibles, car nous en faisons l’expérience assez souvent – et plus encore lorsque nous luttons pour les créer. L’anarchiste choisit la tâche (l’art, la jouissance) de maximiser les conditions sociales afin de provoquer l’émergence de telles relations. Puisque c’est ce que nous désirons, c’est ce que nous faisons.

Et les criminels ?

Les considérations ci-dessus peuvent être comprises comme impliquant une forme d’« éthique », une définition mutable de la justice dans un contexte existentiel et situationniste. Les anarchistes ne devraient probablement considérer comme « criminels » que ceux qui contrarient délibérément la réalisation des relations libres. Dans une société hypothétique sans prison, seuls ceux que l’on ne peut dissuader de telles actions pourront être livrés à la « justice populaire » ou même à la vengeance.

Aujourd’hui, cependant, nous ferions bien de réaliser que notre propre détermination à créer de telles relations, même de manière imparfaite et utopique, nous placera inévitablement dans une position de « criminalité » vis-à-vis de l’État, du système légal et probablement de la « loi non écrite » du préjugé populaire. Depuis longtemps être un martyr révolutionnaire est passé de mode – le but présent est de créer autant de liberté que possible sans se faire attraper.

Comment fonctionne une société anarchiste ?

Une société anarchiste œuvre, partout où deux ou plusieurs personnes luttent ensemble, dans une organisation de partenariat original, afin de satisfaire des désirs communs (ou complémentaires). Aucun gouvernement n’est nécessaire pour structurer un groupe de potes, un dîner, un marché noir, un tong (ou une société secrète d’aide mutuelle), un réseau de mail ou un forum, une relation amoureuse, un mouvement social spontané (comme l’écosabotage ou l’activisme anti-SIDA), un groupe artistique, une commune, une assemblée païenne, un club, une plage nudiste, une Zone Autonome Temporaire. La clé, comme l’aurait dit Fourier, c’est la Passion – ou, pour utiliser un mot plus moderne, le désir.

Comment pouvons-nous y parvenir ? En d’autres termes, comment maximiser la potentialité que de telles relations spontanées puissent émerger du corps putrescent d’une société asphyxiée par la gouvernance ? Comment pouvons-nous desserrer les rênes de la passion afin de recréer le monde chaque jour dans une liberté originelle du « libre esprit » et d’un partage des désirs ? Une question à deux balles – et qui ne vaut réellement pas beaucoup plus puisque la seule réponse possible ne relève que de la science-fiction.

Très bien. Mon sens de la stratégie tend vers un rejet des vestiges des tactiques de l’ancienne « Nouvelle Gauche » comme la démo, la performance médiatique, la protestation, la pétition, la résistance non-violente ou le terrorisme aventurier. Ce complexe stratégique a été depuis longtemps récupéré et marchandisé par le Spectacle (si vous me permettez un excès de jargon situationniste).

Deux autres domaines stratégiques, assez différents, semblent bien plus intéressants et prometteurs. Le premier est le processus résumé par John Zerzan [1] dans Elements of Refusal – c’est-à-dire, le refus de mécanismes de contrôle étendus et largement apolitiques inhérents aux institutions comme le travail, l’éducation, la consommation, la politique électorale, les « valeurs familiales », etc. Les anarchistes pourraient tourner leur attention vers des manières d’intensifier et de diriger ces « éléments ». Une telle action pourrait bien tomber dans la catégorie traditionnelle de l’« agitprop », mais éviterait la tendance « gauchiste » à institutionnaliser ou « fétichiser » les programmes d’une élite ou avant-garde révolutionnaire autoproclamée.

L’action dans le domaine des « éléments du refus » est négative, « nihiliste » même, tandis que le second secteur se concentre sur les émergences positives d’organisations spontanées capables de fournir une réelle alternative aux institutions du Contrôle. Ainsi, les actions insurrectionnelles du « refus » sont complétées et accrues par une prolifération et une concaténation des relations du « partenariat original ». En un sens, c’est là une version mise à jour de la vieille stratégie « Wobbly » [2] d’agitation en vue d’une grève générale tout en bâtissant simultanément une nouvelle société sur les décombres de l’ancienne au travers de l’organisation des syndicats. La différence, selon moi, c’est que la lutte doit être élargie au-delà du « problème du travail » afin d’inclure tout le panorama de la « vie de tous les jours » (dans le sens de Debord).

J’ai essayé de faire des propositions bien plus spécifiques dans mon essai Zone Autonome Temporaire (Autonomedia, NY, 1991) ; donc, je me restreindrai ici à mentionner mon idée que le but d’une telle action ne peut être désigné proprement sous le vocable de « révolution » — tout comme la grève générale, par exemple, n’était pas une tactique « révolutionnaire », mais plutôt une « violence sociale » (ainsi que Sorel l’a expliqué). La révolution s’est trahie elle-même en devenant une marchandise supplémentaire, un cataclysme sanglant, un tour de plus dans la machinerie du Contrôle – ce n’est pas ce que nous désirons, nous préférons laisser une chance à l’anarchie de briller.

L’anarchie est-elle la Fin de l’Histoire ?

Si le devenir de l’anarchie n’est jamais « accompli » alors la réponse est non – sauf dans le cas spécial de l’Histoire définie comme auto-valorisation privilégiée des institutions et gouvernements. Mais, l’histoire dans ce sens est déjà probablement morte, a déjà « disparu » dans le Spectacle, ou dans l’obscénité de la Simulation. Tout comme l’anarchie implique une forme de « paléolithisme psychique », elle tend traditionnellement vers un état post-historique qui refléterait celui de la préhistoire. Si les théoriciens français ont raison, nous sommes déjà entrés dans un tel état. L’histoire comme l’histoire (dans le sens de récit) continuera, car il se pourrait que les humains puissent être définis comme des animaux racontant des histoires. Mais l’Histoire, en tant que récit officiel du Contrôle, a perdu son monopole sur le discours. Cela devrait, sans aucun doute, travailler à notre avantage.

Comment l’anarchie perçoit-elle la technologie ?

Si l’anarchie est une forme de « paléolithisme », cela ne signifie nullement que nous devrions retourner à l’Âge de la pierre. Nous sommes intéressés par un retour au Paléolithique et non en lui. Sur ce point, je crois que je suis en désaccord avec Zerzan et le Fifth Estate [3] ainsi qu’avec les futuro-libertariens de CaliforniaLand. Ou plutôt, je suis d’accord avec eux tous, je suis à la fois un luddite et un cyberpunk, donc inacceptable pour les deux partis.

Ma croyance (et non ma connaissance) est qu’une société qui aurait commencé à approcher une anarchie générale traiterait la technologie sur la base de la passion, c’est-à-dire, du désir et du plaisir. La technologie de l’aliénation échouerait à survivre à de telles conditions, alors que la technologie de l’amélioration survivrait probablement. La sauvagerie, cependant, jouerait aussi nécessairement un rôle majeur dans un tel monde, car la sauvagerie est le plaisir. Une société basée sur le plaisir ne permettra jamais à la techné [4] d’interférer avec les plaisirs de la nature.

S’il est vrai que toute techné est une forme de médiation, il en va de même de toute culture. Nous ne rejetons pas la médiation per se (après tout, tous nos sens sont une médiation entre le « monde » et le « cerveau »), mais plutôt la tragique distorsion de la médiation en aliénation. Si le langage lui-même est une forme de médiation alors nous pouvons « purifier le langage de la tribu » ; ce n’est pas la poésie que nous haïssons, mais le langage en tant que contrôle.

Pourquoi l’anarchie n’a-t-elle pas marché auparavant ?

Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? Elle a marché des milliers, des millions de fois. Elle a fonctionné durant 90 % de l’existence humaine, le vieil Âge de la pierre. Elle marche dans les tribus de chasseurs/cueilleurs encore aujourd’hui. Elle marche dans toutes les « relations libres » dont nous avons parlé auparavant. Elle marche chaque fois que vous invitez quelques amis pour un piquenique. Elle a « marché » même dans les « soulèvements ratés » des soviets de Munich ou de Shanghai, de Baja California en 1911, de Fiume en 1919, de Kronstadt en 1921, de Paris en 1968. Elle a marché pour la Commune, les enclaves de Maroons, les utopies pirates. Elle a marché dans les premiers temps du Rhodes Island et de la Pennsylvanie, à Paris en 1871, en Ukraine, en Catalogne et en Aragon.

Le soi-disant futur de l’anarchie est un jugement porté précisément par cette sorte d’Histoire que nous croyons défunte. Il est vrai que peu de ces expériences (sauf pour la préhistoire et les tribus primitives) ont duré longtemps – mais cela ne veut rien dire quant à la valeur de la nature de l’expérience, des individus et des groupes qui vécurent de telles périodes de liberté. Vous pouvez peut-être vous souvenir d’un bref, mais intense amour, un de ces moments qui aujourd’hui encore donne une certaine signification à toute votre vie, avant et après – un « pic d’expérience ». L’Histoire est aveugle à cette portion du spectre, du monde de la « vie de tous les jours » qui peut aussi devenir à l’occasion la scène de l’« irruption du Merveilleux ». Chaque fois que cela arrive, c’est un triomphe de l’anarchie. Imaginez alors (et c’est la sorte d’histoire que je préfère) l’aventure d’une importante Zone Autonome Temporaire durant six semaines ou même deux ans, le sens commun de l’illumination, la camaraderie, l’euphorie – le sens individuel de puissance, de destinée, de créativité. Aucun de ceux qui ont jamais expérimenté quelque chose de ce genre ne peut admettre, un seul moment, que le danger du risque et de l’échec pourrait contrebalancer la pure gloire de ces brefs moments d’élévation.

Dépassons le mythe de l’échec et nous sentirons, comme la douce brise qui annonce la pluie dans le désert, la certitude intime du succès. Connaître, désirer, agir – en un sens nous ne pouvons désirer ce que nous ne connaissons déjà. Mais nous avons connu le succès de l’anarchie pendant un long moment maintenant – par fragments, peut-être, par flashes, mais réel, aussi réel que la mousson, aussi réel que la passion. Si ce n’était pas le cas, comment pourrions-nous la désirer et agir peu ou prou à sa victoire ?

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

vivre_libre

resistanceA

Pistes pour trouver la voie de la société des sociétés : paléolithisme et technologie… une réflexion critique ~ 1ère partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 16 septembre 2021 by Résistance 71

HakimBey1

Reconnaître, analyser et contre-carrer l’écrasement technologique totalitaire qui mène le monde à la perte de l’humanité et à la dictature technotronique en proposant une solution pour la réalisation de notre être et donc de notre humanité. Dans ce monde qui s’enferme dans la dictature sanitaire, outil de l’oppression finale par une « élite » auto-proclamée, psychopathe et hors sol, ce texte de Hakim Bey résonne on ne peut plus juste.
~ Résistance 71 ~

Paléolithisme et Technologie : un papier engagé 

par Hakim Bey

2008

Ce n’est pas parce que l’A.O.A. (1) parle sans cesse de « Paléolithisme » que vous devez penser que nous avons l’intention de nous projeter en arrière dans l’Âge de la Pierre.

Nous n’avons aucun intérêt à revenir « à la campagne » si le deal doit comprendre la vie barbante d’un enfoiré de paysan – nous ne voulons pas non plus du « tribalisme » s’il nous vient avec les tabous, les fétiches et la malnutrition. Nous n’avons aucune querelle avec le concept de culture – en ce compris la technologie ; pour nous le problème commence avec la civilisation.

Ce que nous aimons dans la vie paléolithique a été résumé par l’École des Peuples Sans Autorité de l’anthropologie : l’élégante nonchalance de la société de chasseurs/cueilleurs, la journée de travail de deux heures, l’obsession de l’art, la danse, la poésie et l’amour, la « démocratisation du chamanisme », la culture de la perception – en bref, la Culture.

Ce que nous n’aimons pas au sujet de la civilisation peut être réduit à la progression suivante : la « Révolution Agraire » ; l’émergence des castes ; la Cité et son culte du contrôle hiérarchique (« Babylone ») ; l’esclavage ; le dogme ; l’impérialisme (« Rome »). La suppression de la sexualité au « travail » sous l’égide de l’« autorité ». « L’Empire n’a jamais pris fin ».

Un paléolithisme psychique basé sur la haute technologie – post-agraire, post-industrielle, « Zéro-travail », nomade (ou « Cosmopolite sans Racine ») – une Société du Paradigme Quantique – ceci constitue la vision idéale du futur selon la Théorie du Chaos aussi bien que de la « Futurologie » (selon le sens du terme donné par R.A. Wilson & T. Leary).

Pour le présent : nous rejetons toute collaboration avec la Civilisation de l’Anorexie et de la Boulimie, avec les personnes, si honteuses de ne jamais souffrir, qu’elles s’inventent des tuniques de pénitence pour elles-mêmes et pour les autres – ou avec ceux qui se gargarisent sans compassion et ensuite gerbent le vomi de leur culpabilité réprimée par de longs joggings et de longues diètes. Tous nos plaisirs et toutes nos auto-disciplines nous appartiennent par la Nature – nous ne nous nions jamais nous-mêmes, nous n’abandonnons jamais rien ; mais certaines choses nous ont abandonnés et nous ont quittés, car nous sommes trop grands pour elles. Je suis à la fois l’homme des cavernes et le mutant explorateur d’étoiles, homme de confiance et le prince libre. Un jour, un chef indien fut invité à la Maison Blanche pour un banquet. Alors que la nourriture circulait, le Chef remplit son plateau, trois fois. À la fin, la personne à côté de lui dit, « Chef, he he, ne pensez-vous pas que c’est un peu beaucoup ? » « Ugh » répond le chef, « un peu beaucoup c’est juste assez pour le Chef ! »

Néanmoins, certaines doctrines de la « Futurologie » restent problématiques. Par exemple, même si nous acceptons le potentiel libératoire de nouvelles technologies comme la télé, les ordinateurs, la robotique, l’exploration spatiale, etc., nous voyons toujours un gouffre entre le potentiel et la réalité. La banalisation de la télé, la yuppification des ordinateurs et la militarisation de l’espace suggèrent que ces technologies en elles-mêmes ne fournissent aucune garantie « déterminée » par leur utilisation libératoire.

Même si nous rejetons l’holocauste nucléaire comme une autre Diversion Spectaculaire orchestrée afin de distraire notre attention des problèmes réels, nous devons néanmoins admettre que la « Destruction Mutuelle Assurée » et la « Guerre Propre » tendent à enflammer notre enthousiasme pour certains aspects de l’Aventure High-Tech. L’Anarchisme Ontologique garde son affection pour le Ludique en tant que tactique : si une technologie donnée, peu importe combien admirable soit-elle en potentiel (dans le futur), est utilisée afin de m’opprimer ici et maintenant, alors je dois soit utiliser les armes de sabotage ou bien me saisir des moyens de production (ou peut-être, encore plus important, des moyens de communication). Il n’y a pas d’humanité sans technique – mais, il n’y a aucune technique qui vaille plus que mon humanité.

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Nous rejetons l’anarchisme anti-technologie irréfléchi – pour nous-mêmes, du moins (il y en a qui aiment jouer aux cultivateurs) – et nous rejetons le concept de déterminisme technologique. Pour nous, toutes les formes de déterminisme apparaissent tout aussi bêtes – nous ne sommes les esclaves ni de nos gènes ni de nos machines. Ce qui est « naturel » est ce que nous imaginons et ce que nous créons. « La Nature n’a pas de Lois – seulement des habitudes ».

La vie pour nous n’est ni le Passé – ce pays de fantômes légendaires amassant leurs biens sépulcraux ternis – ni le Futur, dont les citoyens mutants aux cerveaux bulbeux gardent si jalousement les secrets de l’immortalité, du vol au-delà de la vitesse de la lumière, du génie génétique et de la disparition de l’État. Aut nunc aut nihil (2). Chaque moment contient une éternité qui doit être pénétrée – cependant, nous nous perdons dans des visions perçues au travers des yeux du corps, dans une nostalgie de perfections à naître.

Les réalisations de mes ancêtres et de mes descendants ne sont rien de plus pour moi qu’un conte amusant ou instructif – je ne les appellerai jamais mes réussites, même pour excuser ma propre petitesse. Je me forge à moi-même une licence pour leur voler tout ce dont j’ai besoin – le paléolithisme psychique ou la haute technologie – ou, pour ce qui concerne le splendide détritus de la civilisation elle-même, les secrets des Maîtres Occultes, les plaisirs de la frivole noblesse et la vie bohème (3).

La décadence (4) joue un grand rôle dans la santé de l’Anarchie Ontologique – nous prenons ce que nous voulons de chaque côté. Les esthètes décadents n’engagent pas de guerres stupides ou ne submergent pas leur conscience avec une avidité et un ressentiment microcéphaliques. Ils cherchent l’aventure dans l’innovation artistique & dans la sexualité non-ordinaire plutôt que dans la misère des autres. L’A.O.A. admire et est l’émule de leur paresse, de leur dédain pour la stupidité de la normalité, de leur expropriation des sensibilités aristocratiques. Pour nous, ces qualités s’harmonisent paradoxalement avec celles de l’Antique Âge de la Pierre et de sa santé débordante, de son ignorance de la hiérarchie, de la culture de la vertu plutôt que de la Loi. Nous demandons la décadence dans la maladie, et la santé dans l’ennui !

Ainsi, l’A.O.A. offre un support sans réserve à tous les peuples indigènes et tribaux dans leurs luttes pour une autonomie complète – et en même temps, aux plus sauvages et plus irréalistes spéculations et demandes des futurologues. Le paléolithisme du futur (qui pour nous, en tant que mutants, existe déjà) sera atteint sur une grande échelle uniquement au travers d’une technologie massive pour l’Imagination & d’un paradigme scientifique qui va au-delà de la mécanique quantique dans le royaume de la théorie du chaos et des hallucinations de la fiction spéculative.

En tant que Cosmopolites sans Racine nous posons la réclamation pour toutes les beautés du passé, de l’orient, des sociétés tribales – tout cela doit et peut être nôtre, même les trésors de l’Empire : à nous de les partager. Et, en même temps, nous demandons une technologie qui transcende l’agriculture, l’industrie, la simultanéité même de l’électricité, un hardware qui se recoupe avec le corps spongieux de la conscience, qui embrasse la puissance des quarks, des particules voyageant en arrière dans le temps, des quasars et des univers parallèles.

Les idéologues querelleurs de l’anarchisme & du libertarianisme prescrivent tous la même utopie congénitale à leurs diverses marques de visions étriquées, allant de la commune de paysans à la Cité Spatiale L-5. Nous disons que mille fleurs éclosent – sans jardinier pour tailler leurs tiges et lutter pour quelque schéma moralisateur ou eugénique. Le seul véritable conflit est celui entre l’autorité du tyran et l’autorité du moi réalisé – tout autre conflit est une illusion, une projection psychologique, un verbiage pompeux.

En un sens, les fils & les filles de Gaïa n’ont jamais quitté le paléolithique ; en un autre sens, toutes les perfections du futur sont déjà nôtres. Seule l’insurrection « résoudra » ce paradoxe – seul le soulèvement contre la fausse conscience en nous-mêmes et dans les autres balayera la technologie de l’oppression et de la pauvreté du Spectacle. Dans cette bataille, un masque peint ou un fouet de chamane peut se révéler aussi vital que la confiscation des communications satellites ou du réseau d’ordinateurs secret.

Notre seul critère pour juger d’une arme ou d’un outil est sa beauté. Les moyens sont déjà la fin, en un certain sens ; l’insurrection est déjà notre aventure ; Devenir C’EST Être. Passé et Futur existent en nous et pour nous, l’alpha et l’oméga. Il n’y a pas d’autres dieux devant ou après nous. Nous sommes libres dans le TEMPS – et nous serons libres dans l’ESPACE aussi.

= = =

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

+

4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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De l’antagonisme à la complémentarité : Nietzsche et la tradition anarchiste 7ème partie « créer une humanité s’auto-dépassant » avec « Nietzsche le fou » (Hakim Bey)

Posted in actualité, crise mondiale, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 2 septembre 2021 by Résistance 71

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2ème partie

1ère partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

6ème partie

7ème partie

Nietzsche le fou

Peter Lamborn Wilson (alias Hakim Bey)

Extrait du livre “I am not a man, I am dynamite”, 2004, compilé par John Moore

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Septembre 2021

Turin, January 4, 1889

[A Peter Gast:]

A mon maëstro Pietro, 

Chante-moi une nouvelle chanson : le monde est transformé et les cieux sont emplis de joie.

—Le Crucifié

Ceci est une des dernières folles lettres de Nietzsche, écrite après son effondrement mental de Turin, début janvier 1889, mais avant sa réclusion finale dans le silence. Sa lettre à Overbeck (dans laquelle il dit avoir ordonné “que tous les antisémites soient abattus”) est signée Dionysos ; et une autre à Cosima Wagner (qu’il n’a jamais cessé d’aimer) fut signée “Dionysos et le crucifié”. Il apparaît que la descente de Nietzsche dans la folie prit la forme d’une manie religieuse dans laquelle il tenta de réconcilier Dionysos et le Christ en devenant ces personnages. Dans une lettre à Burckhardt il dit : “Je suis le dieu qui a fait cette caricature”.

Que l’effondrement psychologique de Nietzsche ait été causé par la syphilis ou par l’insoutenable poids de sa pensée, les dernières lettres ne furent en rien des gribouillis insensés. La synthèse de Dionysos et du Christ représente une sortie du conflit entre Dionysos et Apollon qu’il explora d’abord en 1872 dans sa “Naissance de la tragédie” et qu’il amena à une note culminante avec son “Antéchrist” de 1888, qui dans un sens met en conflit Dionysos contre le Crucifié et aussi contre la raison en une fonction apollinienne. Il n’était pas spécifiquement “fou” de la part de Nietzsche de croire qu’il pourrait “dépasser” une telle dichotomie dans la forme d’une unification plus haute. Il avait déjà donné un sens religieux à sa philosophie dans son œuvre phare “Ainsi parlait Zarathoustra” (1882-85) ; une des solutions au problème de la mort de dieu est de devenir dieu. Le mythe de l’éternel retour constitue quelque part une déception théologique dans le contexte zarathoustrien, à cause de sa configuration statique. Il résout la crise stoïque / existentialiste, mais pas le problème de volonté et de devenir.

Éparpillé au gré des notes non-collectées de Nietzsche pour son dernier ouvrage “La volonté de puissance” (NdT: qui rappelons-le n’a jamais été fini par Nietzsche, encore moins publié. C’est sa sœur Elisabeth, qui collecta quelques écrits et finît le livre comme bon lui semblait en accord avec son idéologie propre s’avérant pro-nazie. “La volonté de puissance” n’est pas une œuvre de Nietzsche, mais une usurpation qui a sans aucun doute beaucoup contribué à la mauvaise interprétation de sa philosophie… La sœur de Nietzsche fut à la fois l’amie et la protectrice de sa pensée mais aussi à bien des égards sa pire ennemie), nous pouvons détecter la proposition pour une religion matérialiste ayant un potentiel dynamique. La brillante analyse scientifique de Nietzsche de la différence entre “survie” et “expression” écarte d’un réductionnisme déterministe vers un principe spirituel inhérent à ou identique à la Nature, la volonté d’expression, de puissance, que Nietzsche identifie à la créativité et au désir. On trouve aussi ici la tentative de Nietzsche de dépasser l’aliénation de l’individu dans le social, avec la découverte d’un principe de communitas. Même les notes étranges sur la mixité raciale comme solution au problème social peuvent être vues en une lumière “religieuse”, comme une proposition pour la création délibérée d’une humanité s’auto-dépassant (übermensch, le surhumain) au travers du désir et de la synthèse, presque un concept messianique.

Une coïncidence dionysiaque / chrétienne est parfaitement sensée sur un plan historique et philologique, comme Nietzsche l’a certainement su. Si le christianisme primordial doit tout à l’hellénisme, cela provint de sources orphiques / dionysiaques et même dans le symbole basique du vin, une identité peut-être tracée entre les deux sauveurs rivaux. Les aspects néo-platoniciens d’une telle synthèse aurait eu peu d’attirance pour Nietzsche j’imagine, mais les images de la transcendance, de l’extase, de la supra-rationalité et de la violence commune aux deux traditions l’auraient certainement intrigué. Les thèmes de l’immortalité et de la morale auraient été moins utiles à son projet que les thèmes plus immédiats de “royaume de ce monde” et d’enthéogénèse, de “naissance du dieu intérieur” (NdT: en cela très proche du concept d’illumination bouddhiste, du taoïsme, du nirvana ou du satori zen)

Si nous n’avons pas trop lu et trop sur-interprété les dernières folles lettres, il apparaîtrait que le prophète de la mort de dieu était en train d’être infusé par le divin., peut-être même en train de fonder une nouvelle religion. Qu’est-il donc advenu de ce penseur qui avait promis de construire son projet sur “rien” ? Il serait facile de dire que l’impossibilité d’un tel projet a fini par le conduire à la folie, mais dans ce cas nous devrions condamner à la fois son point de départ (“rien”) et son point d’arrivée (“religion”). Un tel jugement revient à dire que Nietzsche a toujours été fou. Nous devrions examiner d’autres hypothèses.

Nietzsche a dit du bien de l’islam, l’interprétant (et parfois en l’interprétant mal) en accord avec la tradition de la libre pensée, comme une sorte d’anti-christianité héroïque. bien qu’il critiqua le judaïsme en tant que source du christianisme, il loua aussi grandement ses éléments si évidemment “païens”, en partie pour énerver les antisémites, mais aussi avec une sincérité évidente. En cela, Nietzsche peut être comparé avec un déiste de la première heure comme John Toland, ayant ses racines dans un occultisme hérétique (Giordano Bruno), le panthéisme, la libre pensée maçonnique et l’anti-cléricalisme, plutôt qu’avec des philosophes rationalistes / athéistes / matérialistes plus tardifs. Toland admirait également l’islam et le judaïsme (et les druides païens !…). Le “Zarathoustra” de Nietzsche appartient en fait à cette vieille tradition de la Renaissance plutôt que de toute connaissance de l’actuel zoroastrianisme. En tout cas, il est clair qu’il n’était pas “contre la religion” au sens vulgaire du terme ; sa dialectique était bien plus complexe.

Le “rien” de Nietzsche constitue l’avancée définitive dans un univers sans réalisation de potentiel. Jusqu’à ce point nous avons de la métaphysique ; après cela non. Dans un sens nous avons maintenant de la physique dans laquelle l’expression prime sur la conscience. Mais dans un autre sens, il n’est pas du tout clair que la disparition de toute réalisation de potentiel doit être considéré comme “impossible” (ou n’être qu’un épiphénomène de la matière). Est-il possible que l’expression de la vie elle-même ait créé un sens, ou que cela puisse même être considéré comme un sens ? Et sommes-nous autorisés d’imaginer une conscience en harmonie avec son sens émergent, dénuée de dieu mais (pour des raisons pratiques) devenant elle-même le divin ?

Nietzsche est toujours et partout prêt à porter l’énorme et horrible poids du nihilisme, jamais il n’invoque un deus ex machina. Mais pour construire un projet sur rien cela ne nécessite pas de le finir avec rien. Il parle d’abord d ‘ “illusions nécessaires” par lesquelles la vie exprime sa volonté de puissance. Mais la tragédie personnelle de Nietzsche survint de sa propre incapacité à embrasser ces illusions (amitié, amour, la puissance elle-même). Sa philosophie demande une position anti-pessimiste, un “Oui à la vie”, mais il ne put pas localiser cela en psychologie ni en métaphysique. Sa pensée demandait une véritable transcendance et pas seulement un bond existentiel dans l’engagement. Il rechercha ce principe dans le dépassement et dans celui de l’éternel retour, une sorte d’absolu. Finalement, je pense, il dut faire face au problème du scepticisme.

Le Dionysos qu’il avait approché (et le Christ auquel il avait reproché) finalement prit si souvent “deux pas vers lui” (comme disent les soufis) ; il reçût l’expérience de la transcendance déjà implicite dans son “Antéchrist” dans la forme explicite d’un matérialisme spirituel, un mysticisme de la vie en auto-expression en tant que mystère. Et cela le tua quelque part.

Au bout du compte, il semblerait qu’on ne puisse dépasser la religion que par la religion, peut-être dans une sorte de processus simultané de suppression/dépassement dans un sens néo-hégélien du terme Aufhebung (NdT: qui chez Hegel représente un dépassement d’une contradiction dialectique en une synthèse conciliatrice des antagonismes. Ce terme est très complexe en allemand et ne peut pas être traduit par un seul mot en français, il en va de même pour le terme si galvaudé utilisé par Nietzsche : “übermensch”, qui n’est pas un “surhomme” au sens d’un “superman”, le terme “Mensch” en allemand implique la notion d’humanité. “Menschlichkeit” est l’humanité, “übermensh” est plus un “surhumain” qu’un “surhomme”. Le terme implique la notion de dépassement de l’humain. L’Übermensch est au-delà de l’humain, par delà le bien et le mal dictés par notre décadence morale. Le surhumain est une “transmutation de toutes les valeurs” vers notre racine profonde. Le surhumain nietzschéen n’est pas l’avènement d’une “race supérieure”, mais le résultat d’une transformation sociale de toutes nos valeurs pour nous faire accéder au détachement, au lâcher-prise total et donc à l’aboutissement de notre humanité tant au plan individuel que par rayonnement, collectif…) Cette image est en relation avec le terme alchimique de sublimatio, dans lequel une substance disparaît (ou est dépassée) à un niveau pour réapparaître à un plus haut niveau sous une forme différente. Dans la mesure où un programme peut-être détecté dans les dernières folles lettres de Nietzsche, c’est de cela qu’il s’agit.

Un rejet de la religion basé sur l’expérience (du “rien”) sera infusé avec ce à quoi il s’oppose si le Rien soudainement apparaît comme vide dynamique ou comme Tao dans le sens chinois de ce terme. (Quel dommage que Nietzsche contrairement à Oscar Wilde, n’ait jamais lu Tchouang Tseu). Au-delà de la dichotomie entre l’esprit et la matière proposé par les religions et philosophies occidentales, il persiste quelque chose au sujet duquel rien ne peut être dit, un rien qui n’est ni esprit, ni matière.

La conscience dans un sens forme une barrière contre l’expérience positive de ce vide dynamique (ou “chaos”), mais en un autre sens (paradoxal), elle peut être accordée au Tao et même parler de son point de vue. Dans l’harmonie agnostique de Dionysos et du Crucifié se trouve une expérience dramatisée d’une telle dialectique taoïste. Dans un sens, Nietzsche était le premier nietzschéen, le premier converti à sa propre religion, les textes des lettres sanctifient ce moment et insistent sur sa capacité destructrice. Nietzsche a échoué à survivre sa plus authentique expression (en tout cas finale). “devenir dieu” n’est pas tout à fait la même chose qu’atteindre le Tao (ou peut-être l’est-ce puisque les taoïstes sont aussi dit être “fous”…). en tous les cas, la solution de Nietzsche semble avoir fait long-feu. Ou peut-être pas après tout, nous ne devrions pas fétichiser sa folie, qui a bien pu être purement physiologique et non pas morale. Peut-être que si Nietzsche avait vécu plus longtemps (autrement que sous la forme d’un légume dans les dernières années de sa vie), il aurait sans doute trouvé la solution. Mais sommes-nous maudits au point de devoir réussir là où il a échoué ?

Il est possible de croire que la religion est simplement une illusion infantile et que l’humanité va la dépasser, comme ce fut prédit par tous les grands matérialistes du XIXème siècle, Nietzsche inclus. Ce concept évolutionniste de la conscience humaine quoi qu’il en soit, peut-être questionné (aussi sur une base nietzschéenne). Et nous pourrions dire que la “religion” représente une actualité récurrente et émergente dans la conscience, qui ne peut pas être effacée mais plutôt seulement transformée. Les transformations sont inévitables, mais pas toujours déterministes par nature. La “volonté” joue un rôle, peut-être pas de causalité, mais elle est co-créatirice. La religion retourne, mais peut-être pas toujours comme la même chose (même les cycles récurrents spiralent). Du point de vue de l’histoire, la religion refuse de partir. Une hostilité envers ce processus est sans doute futile ; tenter de transformer sera plus judicieux et constructif. Cette tentative nécessiterait une certaine dose d’identité avec le processus en lui-même, ainsi donc l’apparence de Dionysos / Christ en 1889.

En regard de tout ce que nous avons appris au sujet de l’histoire des religions depuis la fin du XIXème siècle, nous pourrions suggérer bien de ces coïncidences, certaines peut-être même plus précises et efficaces que celles de Nietzsche. Quoi qu’il en soit, nous devrions hésiter à proposer un culte (toujours dangereux de s’aventurer sur ce terrain avec Nietzsche, qui était après tout un prophète). Quoi qu’il en soit je pense que quelqu’un pourrait au moins prendre sérieusement le projet de Nietzsche, malgré son apparence au moment même de sa “crucifixion” En tant que théologien, Nietzsche a la distinction de proposer une religion honnêtement fondée sur “rien”, sur ce même “rien”, qui est devenu notre propre monde théologique aux XIXème et XXème siècles. Au fond matériel si on peut dire. Le fond sans roches.

Nietzsche s’est signé “Nietzsche” dans ses lettres à Burckhardt, mais parle comme si divinement infusé : “Ce qui est désagréable et offense ma modestie est qu’au fond, je suit tout nom dans l’histoire… Je considère avec une certaine méfiance si ce n’est pas le cas que tout ce qui vient dans le royaume de dieu vient aussi de dieu… Cher professeur, vous devriez voir cet édifice : comme je ne suis pas du tout expérimenté dans les choses que je crée, vous avez droit à toute critique ; je suis reconnaissant sans être capable de promettre que je profiterai. Nous les artistes sommes incorrigibles.” Certainement une moquerie de dieu en ces paroles, matériel adéquat pour une liturgie.

Nous avons déjà imaginé le pire des résultats d’un culte du Dionysos / Crucifié  la possibilité que ceci ait conduit Nietzsche à la folie. Au delà de cet abysse particulier (si semblable à l’Abyssinie de Rimbaud), nous pouvons considérer les cas de quelques possibilités utopiques (tout en gardant à l’esprit que nous prenons le modèle Dionysos / Crucifié comme étant inspirateur plutôt que dogmatique). Les avantages d’un Nietzsche théologien furent explorés par le bref mais populaire, maintenant oublié “dieu est mort”, école de la théologie chrétienne, qui a eu quelques idées intéressantes, particulièrement dans le domaine de l’éthique. Parlant généralement, le modèle Dionysos / Crucifié comme enthéogénique est une religion “sans autorité”, radicalement antinomique, quelque part comme Toland envisionnait sa “renaissance druidique”, une foi pour les hommes libres. Et comme dans le panthéisme de Toland (il a introduit ce mot dans la langue anglaise), cela envisage le microcosme comme à la fois plein emblème et substance complète du macrocosme, immanence et transcendance.

Ceci explique le paganisme de Toland et de Nietzsche, leur tendance à accepter une diffraction infinie de la lumière divine, tout centre “comme le centre” (et ceci est le signe d’un hellénisme tardif que les deux penseurs partagent). Toland en imaginant le druide et Nietzsche en parlant du “rhapsodiste primitif”, ont déjà eu l’intuition d’une théorie du shamanisme comme une religion sans séparation, fondée sur l’expérience plutôt que sur l’autorité, une sorte d’auto-sanctification théologique. Le shamanisme est souvent fondé sur des pratiques enthéogéniques impliquant des plantes secrètes, qui (en combinaison avec un rituel valorisateur), fournit un sacrement efficace ou une démocratie de l’illumination.

L’école du “dieu est mort” a fait remarquer les conséquences logiques d’une situation de crise (la mort de dieu) en une éthique de situation. En termes traditionnels soufis on peut parler d’une éthique basée sur l’imagination, la Volonté et le risque, plutôt que sur une moralité catégorielle. Et là où il y a une éthique, il y aura une politique, ancrée dans le principe de l’élévation de l’humain au delà de tous les principes de base. De plus, la conscience agoniste du modèle Dionysos / Crucifié la prédestine au rôle antagoniste dans l’histoire millénaire, la religion comme révolution. Seulement dans la lutte peut le modèle Dionysos / Crucifié en venir à saturer sa propre identité, une saturation qui pointe directement au social (ou à l’harmonie comme Fourier l’appelait), pour la réalisation des désirs utopiques. En bref, alors que le Capital triomphe sur le Social comme contre toutes les spiritualités, la spiritualité elle-même se retrouve réalignée avec la révolution.

L’argent comme forme finale de la norme (l’ultime solide platonicien) a bougé en une étape gnostique numismatique dans laquelle 90% de tout l’argent ne réfère qu’à un autre argent, le solide est en fait une bulle mondiale. L’argent est totalement spiritualisé et retient tout le pouvoir du monde, quelque chose que même dieu n’a pas pu accomplir. La religion n’a maintenant plus aucune utilité pour le capital excepté d’être une maison de stockage d’images de la commodification et de la consommation. Sans une telle situation, la “religion” telle que nous la voyons ne peut que capituler ou résister, il n’y a pas de troisième voie.

La révolte de la religion pourrait bien prendre la forme d’une révolution conservatrice et ce danger doit être considéré dans tout imaginaire fondé sur une théologie nietzschéenne. Communitas peut virer en une communion extatique et le culte prométhéen de l’ego (cartésien). Mais il y a toujours eu des nietzschéens de gauche et je n’ai pas besoin de répéter leurs arguments, Nietzsche lui-même incendia de manière moqueuse ceux qui croient qu’ “au-delà du bien et du mal” veut dire de faire le mal. La liberté réside dans les ambigüités.

A Turin en 1889, Nietzsche vit un cocher fouetter violemment son cheval. Il se précipita et enlaça l’animal pour le protéger de son corps, puis il perdit connaissance. (NdT: ce qui est connu sous le vocable de “l’incident de Turin”…) Lorsqu’il reprit connaissance, il écrivit les dernières folles lettres. Ces images absurdes ont le pur pouvoir surréaliste d’un moment messianique, parfaitement adéquat pour des vitraux post-millénaire ou “un autel du livre”. La modernité récurrente de Nietzsche le révèle comme un prophète, un saint. Et en tant qu’écriture moderne, les dernières lettres de Nietzsche se devaient bien sur d’être folles.

—NYC, November 1996

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lI n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

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Ex nihilo nihil est…