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Vie et œuvre de Gustav Landauer ~ 1ère partie ~

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Gaël Cheptou

 

12 mars 2015

 

A Contre-Temps

Source: http://acontretemps.org/spip.php?article557

 

A lire: « Appel au Socialisme », de Gustav Landauer (seconde édition 1919)

 

1ère partie

2ème partie

 

1870.– Naissance, le 7 avril, de Gustav, troisième fils d’une famille juive non religieuse de Karlsruhe ; son père, Hermann Landauer, commerçant, possède une boutique de chaussures.

1875.– Congrès d’unification du Parti social-démocrate à Gotha.

1878-1890.– Promulgation des lois antisocialistes.

1887.– Ferdinand Tönnies publie Gemeinschaft und Gesellschaft dans lequel il analyse deux grandes formes de vie sociale : la « communauté », de formation naturelle, et la « société », de composition mécanique.

1888.– Landauer obtient son baccalauréat (Abitur), après avoir suivi un enseignement humaniste classique dans un lycée de Karlsruhe. Il considère rétrospectivement que sa scolarité ne fut qu’un « monstrueux vol de [son] temps ». « Ce qui m’a conduit, écrit-il, à m’opposer à la société environnante et m’a plongé dans le rêve et la révolte, ce n’est pas le sentiment d’appartenir à une classe ni la pitié sociale, mais le heurt continuel de la nostalgie romantique aux étroites limites des philistins. C’est ainsi que j’étais anarchiste sans le savoir, avant d’être un socialiste, et que je suis un des rares à ne pas être passé par la social-démocratie [1]. »

1888-1892.– Il suit des études de germanistique, de philosophie, d’anglais et d’histoire de l’art aux universités de Heidelberg, de Strasbourg et de Berlin. La lecture des pièces d’Ibsen le renvoie à sa propre révolte, celle de l’individu créateur contre les conventions bourgeoises. Il découvre Nietzsche dont il retient le culte de la vie, de la spontanéité et de la volonté ; en novembre 1890, il entame la rédaction de son roman Der Todesprediger (Le prêcheur de mort) dont le titre s’inspire de celui d’un chapitre d’Ainsi parlait Zarathoustra. À côté d’auteurs modernes, il lit aussi des auteurs classiques tels que Spinoza, Fichte et Schopenhauer.

1890.– Il publie ses premiers articles dans la revue Deutschland du philosophe, écrivain et critique Fritz Mauthner, dont un compte rendu du roman Sous-Offs de Lucien Descaves. Il découvre avec enthousiasme le socialisme, notamment par la lecture de La Femme et le socialisme d’August Bebel.

1891.– Landauer fréquente les milieux de la bohème anarchiste et de la colonie littéraire socialiste de Friedrichshagen. Il devient également membre du Freie Volksbühne (Théâtre libre populaire) qui avait été fondé l’année précédente par des sociaux-démocrates dans un but d’éducation ouvrière. Premières activités politiques : à l’occasion du congrès international des étudiants socialistes qui doit se tenir à Bruxelles en décembre 1891, il rédige un manifeste au nom d’un groupe d’étudiants de Berlin. En novembre, pour la première fois, il se définit lui-même comme « anarchiste ». Lecture de L’Unique et sa propriété de Max Stirner.

1892.– Le 24 février, il adhère à l’Union des socialistes indépendants, un groupe de militants radicaux – les « Jeunes » – exclus du Parti social-démocrate au congrès d’Erfurt (14-20 octobre 1891). La violence haineuse avec laquelle la social-démocratie condamne, pour des raisons qui tiennent autant de l’idéologie que de l’opportunisme, les émeutes de chômeurs à Berlin, fait naître en lui une aversion profonde et durable pour tout socialisme de parti. Il participe à la fondation du Neue Freie Volksbühne (Nouveau théâtre libre populaire), scission d’avec le Freie Volksbühne, dominé par la social-démocratie officielle ; il fera partie jusqu’en 1917 de la commission artistique du théâtre. Il y rencontre la couturière Margarethe Leuschner avec qui il se marie à Zurich contre l’avis de ses propres parents. Le couple aura deux filles : Charlotte Clara et Marianne.

Obligé d’abandonner ses études universitaires par manque d’argent, exclu de toutes les universités prussiennes pour « manque de moralité » (activités subversives, en jargon policier), il cherche à s’établir comme écrivain. Il se plonge dans la lecture d’ouvrages d’économie politique ; lit les œuvres d’Eugen Dühring et entre en relation avec l’anarchiste antimarxiste Benedikt Friedländer, un de ses proches disciples. Appelant les marxistes « évolutionnistes » à accepter les dernières conséquences de leur conception matérialiste, il les invite, avec un humour radical, à se laisser « enterrer » ou « mettre dans la saumure » pour « ne pas gêner l’avènement progressif et naturel de la société socialiste ». « Il est bon et utile […] de grouper les hommes en masses. Mais nous ne devons cependant pas oublier le plus important : dissoudre les masses dans les hommes. [2] » Il prononce deux conférences, dans les cercles des socialistes indépendants, sur « Max Stirner et l’individualisme » et sur la question religieuse. C’est à cette époque qu’il décide de sortir officiellement de la communauté religieuse juive.

1893.– Il devient, en février, le rédacteur de Der Sozialist qui, en juin, après une lutte énergique contre la tendance marxiste radicale, se reconnaît officiellement comme anarchiste, en prenant le sous-titre d’ « organe de tous les révolutionnaires ». Landauer est choisi comme délégué des anarchistes et des ouvriers sur métaux de Berlin pour assister au congrès socialiste international de Zurich (6-12 août 1893), mais il ne peut y participer : la majorité socialiste expulse les anarchistes et adopte la résolution de Bebel qui privilégie l’action politique, c’est-à-dire la conquête des pouvoirs publics par la voie parlementaire. Il prend part, alors, à la manifestation au Plattengarten des anarchistes et des socialistes révolutionnaires expulsés du congrès, où il se prononce en faveur de la grève générale. À l’automne, Landauer est emprisonné successivement pour « incitation à la désobéissance civile » et « excitation à la révolte ». En prison, il compose la nouvelle Arnold Himmelheber et se livre à une lecture critique approfondie du Capital de Marx. Parution du roman Der Todesprediger.

1895.– L’essai « Der Anarchismus in Deutschland » (L’anarchisme en Allemagne) paraît dans la revue non anarchiste Die Zukunft (L’avenir). Ce qui importe pour Landauer, ce n’est pas la lutte de classe des prolétaires mais la révolutionnarisation des esprits par les prêcheurs anarchistes qui doivent se consacrer tout entiers à la « diffusion des lumières », une sorte d’anti-autoritarisme rationnel, dans toutes les couches de la société. Il prend ses distances avec la « propagande par le fait » [3], lui qui avait été si fasciné par la figure de Ravachol – au point d’insérer dans le roman Der Todesprediger, sans en citer l’auteur, la déclaration de Ravachol devant la cour de Montbrison, discours qui avait été publié par le Sozialist en août 1892. Rejetant toute forme d’autorité, l’anarchiste ne saurait faire progresser « sa vérité » par l’oppression violente des autres pensées.

Au début de l’année, il participe à la fondation de la coopérative de consommation Befreiung (Émancipation) à Berlin et fait paraître anonymement, à cette occasion, une brochure programmatique : Ein Weg zur Befreiung der Arbeiter-Klasse (Un chemin vers l’émancipation de la classe ouvrière). Il y affirme que ni l’action politique ni la violence révolutionnaire ne conduiront les travailleurs à leur émancipation. La question « réforme ou révolution ? » serait, par ailleurs, mal formulée, elle devrait être « réforme ou phrase ? » puisque les prétendus révolutionnaires ne luttent au fond qu’avec de grands mots. Mais la réforme que propose Landauer, pour qui « le travail positif est nécessaire à la préparation de la société socialiste », n’a rien à voir avec les réformes sociales qui ne font que fortifier l’État moderne et sa police ; il s’agit de réaliser immédiatement un fragment, une forme embryonnaire du socialisme par la création en dehors de l’État, sur les principes de l’auto-assistance et de la coopération, d’organisations ouvrières de consommation et de production. Landauer appelle la classe ouvrière à « refuser ses services économiques à la société bourgeoise, à être une société librement organisée au sein de la société » [4]. 

Le Sozialist est interdit pendant quelques mois – il reprend sa parution en août, avec pour nouveau sous-titre : « organe pour l’anarchisme-socialisme ». « L’anarchisme est placé en avant, parce qu’il est le but qui doit être atteint : l’absence de domination, l’absence d’État, le libre développement des individus. Puis est indiqué le moyen par lequel nous voulons atteindre et garantir cette liberté des hommes : par le socialisme, par l’entraide solidaire des hommes pour tout ce qui leur est commun, et par le travail coopératif. » [5] 

Ses premières traductions de Pierre Kropotkine paraissent dans le Sozialist : il s’agit d’une série d’articles des Temps nouveaux (août-novembre 1895) sur les « expédients économiques ». 

Dans un article sur « les démagogues au temps de la Réforme », Landauer exprime sa sympathie à l’égard du hussitisme, de l’anabaptisme et des mouvements de révolte populaire pendant la guerre des Paysans. Il commence également la rédaction d’un long essai intitulé « Zur Entwicklungsgeschichte des Individuums » (Contribution à l’histoire du développement de l’individu), où, déposant le germe des idées qu’il développera au tournant du siècle [6], il interroge la notion d’individu en insistant sur le primat de l’unité de l’espèce humaine. Pour lui, le cri de ralliement des anarchistes ne saurait être « individu », créature – si tant est qu’elle existe réellement et indépendamment de l’espèce – souvent laide, petite et mesquine, mais « individualité ». Dans une perspective qui rappelle Kropotkine, il distingue, en effet, l’individu de l’« individualité » [7] – ce qui dans l’individu, tout en lui étant propre, permet à l’humanité de progresser et de se perfectionner – qu’il « convient de cultiver et de développer, par la lutte contre nos instincts les plus grossiers et les plus bas, par la lutte contre les hommes et les institutions qui oppriment et entravent, par l’union solidaire avec ceux qui partagent nos sentiments, avec nos compagnons de combat et de souffrance » [8]. La société socialiste dépend donc d’un certain degré de développement de l’humanité. 

1896.– Landauer soutient activement la grande grève des travailleurs de la confection qui éclate à Berlin. Il est délégué au congrès socialiste international de Londres (27 juillet-1er août), où les anarchistes sont définitivement exclus de la Deuxième Internationale. Lors d’un meeting de protestation, il fait la connaissance de Pierre Kropotkine. Au congrès extraordinaire des anarchistes, il prononce un discours très remarqué, dans lequel il appelle les petits paysans et les ouvriers agricoles à se regrouper pour fonder des coopératives agricoles. Publication en trois langues de la brochure : De Zurich à Londres. Rapport sur le mouvement ouvrier allemand au Congrès international de Londres.

1897.– Landauer prend part, avec l’anarchiste chrétien Moritz Egidy et l’écrivain – et traducteur allemand de Multatuli – Wilhelm Spohr, à une manifestation publique contre les « horreurs judiciaires de Barcelone » (Justizgreuel in Barcelona), commises lors du procès de Montjuich où des anarchistes avaient été mis à la torture avant d’être sévèrement condamnés. En novembre, il prononce une série de conférences à travers le pays contre « l’inquisition en Espagne ».

En raison de désaccords sur l’orientation du Sozialist qu’elle juge par trop théorique, la tendance ouvriériste, majoritaire au sein du journal, qui entend développer un « anarchisme ouvrier de masse », s’organise indépendamment et publie son propre organe, Neues Leben (Vie nouvelle). Landauer s’y oppose catégoriquement : un « anarchisme de masse » ne serait possible qu’à condition de céder à la facilité démagogique et de faire « miroiter la perspective d’un gouvernement des masses, d’une démocratie dissimulée sous le voile anarchiste » [9]. L’anarchisme ne saurait se réduire à quelques slogans d’agitation :

« La liberté ne vient pas si on ne s’octroie pas soi-même la liberté et la manière propre de la vivre ; l’anarchie de l’avenir ne viendra que si les hommes du présent sont des anarchistes et non pas des partisans de l’anarchisme. Il y a une grande différence entre le fait d’être un partisan de l’anarchisme et le fait d’être un anarchiste. N’importe quel philistin ou petit-bourgeois peut être, du reste, le partisan d’un édifice théorique quelconque ; une transformation de l’essence des individus est nécessaire ou, du moins, un bouleversement complet, de sorte que la conviction intérieure finisse par devenir quelque chose de vécu dans la réalité [10]. »

Landauer se voit alors reprocher, avec une certaine malveillance anti-intellectuelle, de manquer d’authenticité populaire, de se complaire dans la théorie et de s’abandonner à des sentiments de fraternité universelle. Il demeure politiquement isolé. Le coup est rude non seulement pour lui personnellement, mais encore pour tout le mouvement anarchiste allemand [11]. Le Sozialist entre en déclin. Landauer se retire de son poste de rédacteur, tout en continuant de collaborer au journal. Dès lors, il se consacre de plus en plus à des travaux personnels d’ordre littéraire et philosophique.

1898.– Il entreprend un cycle de conférences sur l’histoire de la littérature allemande à Berlin. Commence alors pour lui une série de revers et de malheurs personnels. Décès de sa fille Marianne [Annie], âgée de quatre ans, des suites d’une tuberculose et d’une méningite. Le couple ne s’en remet pas. Sa femme, Margarethe, est elle aussi gravement malade depuis plusieurs années. Décès de son ami Moritz von Egidy.

 À propos de l’Affaire Dreyfus, dont il ne mésestime pas les aspects humains, il considère qu’il a trois bonnes raisons de se taire : en tant que Juif, à cause du fanatisme de la communauté juive internationale ; en tant qu’Allemand, à cause du patriotisme outrancier de la presse allemande ; en tant qu’anarchiste « anti-politique », parce qu’il s’agit d’ « une sale affaire interne à la classe dominante » [12].

1899.– À la suite de l’Affaire Ziethen, au cours de laquelle il obtient, en organisant une campagne de presse à la manière de Zola, la révision du procès d’un condamné qu’il croit innocent, Landauer est lui-même condamné à six mois de prison pour outrages et diffamation. Au cours de cet emprisonnement (du 18 août 1899 au 26 février 1900), qui marque un tournant dans son existence, s’ouvrent à lui de nouveaux horizons anarchistes dont l’exploration va se poursuivre dans ses écrits ultérieurs. Dans sa cellule, vaillant à la tâche, il révise les travaux de critique du langage de son ami Mauthner, écrit la nouvelle Lebendig tot (Mort vivant), traduit du français la pièce Les Mauvais Bergers d’Octave Mirbeau [13] et du moyen-haut-allemand un choix de sermons de Maître Eckhart. Immergé dans le monde de la mystique médiévale, il écrit à sa future seconde femme Hedwig Lachmann (qu’il avait rencontrée le 28 février 1899) :

« La prison peut être pour nous, modernes, ce que le monastère était au Moyen Âge. Les ânes qui nous prescrivent cette cure ne se doutent pas du bienfait qu’ils ont déjà rendu à quelques-uns. J’ai connu jadis, là entre ses murs, de délicieux moments de solitude sans équivalents, et j’y ai fait l’expérience de la force qui naît de la souffrance. [14] »

Eduard Bernstein fait paraître Die Voraussetzungen des Sozialismus und die Aufgaben der Sozialdemokratie (Les présupposés du socialisme et les tâches de la social-démocratie), point de départ de la « crise révisionniste » au sein de la social-démocratie allemande.

1900.– Landauer contribue à la fondation de la Neue Gemeinschaft (Nouvelle communauté), une communauté d’artistes et d’intellectuels de la bohème de Friedrichshagen. Il y rencontre, entre autres, Erich Mühsam et Martin Buber. Le 18 juin, il prononce la fameuse conférence « Durch Absonderung zur Gemeinschaft » (La communauté par la séparation) dans laquelle il expose les nouvelles conceptions anarchistes qu’il s’est formées, en prison, à partir des écrits de Maître Eckhart et de Fritz Mauthner. Le primat de l’unité de l’espèce, encore et toujours. L’homme ne s’appartient pas : « Le temps est maintenant venu de réaliser que l’individu n’existe pas, que seules existent des appartenances et des communautés. » Les hommes sont capables de communauté, précisément parce qu’ils sont eux-mêmes communauté [15]. Plus ils se séparent des influences extérieures, plus ils s’enfoncent dans les tréfonds intimes de leur vie individuelle et plus ils retrouvent, par cette introspection mystique, « la grande communauté des vivants », l’expérience collective de l’espèce humaine, qui les relie entre eux et au monde : « Ce que nous avons de plus individuel est ce que nous avons de plus universel. [16] » Ceux qui auront connu cette régénération intérieure, possible à tout moment, indépendante de tout développement, seront mûrs, alors, pour rompre définitivement avec les communautés autoritaires fortuites du présent et pour réaliser pratiquement cette communauté immémoriale et universelle qu’ils portent en eux. Pour se passer de la médiation de l’État, en somme, et faire place à l’esprit communautaire.

Paraît également, de lui, dans la revue culturelle viennoise Die Zeit (Le temps), un compte rendu de la réimpression de L’Humanisphère de Joseph Déjacque (Bruxelles, Bibliothèque des Temps nouveaux, 1899), dans lequel il insiste, en particulier, sur le projet que l’utopiste français avait formé de fonder, en lien étroit avec ses conceptions anarchistes, une « cosmologie mystique ». À propos de Déjacque, il évoque, en passant, « sa polémique enflammée contre la conception philistine que Proudhon avait de la question féminine » [17].

1901.– Landauer se détourne de la Neue Gemeinschaft. Cette expérience lui a appris « comment une communauté ne naît pas » (Buber). Tout comme Buber et Mühsam, il refuse de suivre les frères Hart, les principaux initiateurs de la communauté, dans leurs efforts ambitieux de créer une nouvelle religion.

En septembre, il décide de s’installer en Angleterre avec sa nouvelle compagne, Hedwig Lachmann [18], à Londres et à Bromley dans le Kent, non loin de la maison des Kropotkine. Entre les deux hommes, il n’y aura pas de relation durable ni d’échanges intellectuels réels, même si Landauer, profondément impressionné par la figure et la vie du « prince anarchiste », traduit en allemand, dans les années qui suivent, plusieurs de ses œuvres : L’Entraide (1904) ; Champs, usines et ateliers (1904) ; La Grande Révolution (1909). Kropotkine avait tendance à se méfier de tout ce qui venait d’Allemagne, y compris et même en tout premier lieu sous l’étiquette anarchiste : « Pour Kropotkine, tout Allemand était (à part Bernhard Kampffmeyer et Rudolf Rocker) suspect de stirnérisme ou de nietzschéisme [19] ». Landauer, de son côté, lui reproche, outre des sympathies russophiles et slavophiles, son positivisme, hérité des sciences naturelles, qui le conduirait – à l’opposé de Tolstoï – à une forme de relativisme moral, à tout sacrifier au développement historique, sans exclure le recours à la violence si nécessaire [20]. Plus proche du mutualisme et du collectivisme, il ne pouvait évidemment souscrire à certaines affirmations absolues et rassurantes de Kropotkine, à la mode dans les milieux communistes-anarchistes : « Nous maintenons, en outre, que le communisme est non seulement désirable, mais que les sociétés actuelles, fondées sur l’individualisme, sont même forcées continuellement de marcher vers le communisme [21]. » 

En Angleterre, Landauer entretient des relations avec Tárrida del Mármol, Max Nettlau et Rudolf Rocker. Importants travaux de traduction, parfois en collaboration avec Hedwig Lachmann, en particulier des œuvres d’Oscar Wilde et de Rabindranath Tagore. 

Parution, dans la revue Die Zukunft (L’avenir), d’un article fondamental : « Pensées anarchistes sur l’anarchisme », dans lequel il tire les conséquences politiques de la nouvelle orientation qu’il a imprimée à son anarchisme. Condamnant expressément la tactique de la « propagande par le fait », il estime que l’anarchiste ne saurait exercer la moindre violence, ou que, s’il y en a une, ce ne peut être que la violence contre soi-même, l’anéantissement du moi (« mort mystique ») pour renaître dans la communauté humaine .

« L’anarchie n’appartient pas à l’avenir, mais au présent ; elle n’est pas affaire de revendications, mais affaire de vie. Il ne s’agit point de la nationalisation des conquêtes du passé, il s’agit de la naissance d’un peuple nouveau qui, venant de petits commencements, se forme de tous côtés par colonisation intérieure, au milieu des autres peuples, dans de nouvelles communautés. Il ne s’agit point de la lutte de classes des non-possédants contre les possédants, mais il s’agit du fait que des êtres libres, moralement forts et maîtres d’eux-mêmes, se séparent des masses pour s’unir dans de nouveaux liens. [22] »

1902.– En raison de leur isolement et par manque de possibilités de travail, le couple rentre en Allemagne pour s’installer à Hermsdorf, dans la banlieue de Berlin.

1903.– Landauer se rapproche de la Société allemande des cités-jardins que préside B. Kampffmeyer. 

Divorce d’avec sa première femme. En mai, il épouse Hedwig Lachmann – dont il aura deux filles, Gudula Susanne et Brigitte [23]. 

Outre la traduction des Sermons d’Eckhart et un recueil de nouvelles – Macht und Mächte (Puissance et puissances) –, Landauer publie Skepsis und Mystik (Scepticisme et mystique), texte dans lequel il reprend et retravaille plusieurs essais déjà parus – dont La Communauté par la séparation – pour en faire une sorte de manifeste mystico-philosophique.

1904-1906.– Landauer travaille dans la maison d’édition et de librairie de Karl Schnabel pour subvenir aux besoins de sa famille. Il entre, alors, en relation avec le philosophe spinoziste Constantin Brunner (Leo Wertheimer) dont il médite Die Lehre von den Geistigen und vom Volke (La doctrine des hommes d’esprit et du peuple).

1907.– La Révolution paraît dans la collection « Die Gesellschaft » que dirige Martin Buber aux éditions Rütten & Loening : après une critique mi-sérieuse mi-ironique des sciences historiques, Landauer en vient à décrire la révolution comme un long procès historique non achevé, qui remonte au temps de la Réforme et de la guerre des Paysans, un grand fleuve historique dans lequel il est lui-même plongé et dont il continue de suivre le cours dans le présent. Le Moyen Âge est pour lui une « époque unique de floraison » – ce qu’il ne manque pas d’illustrer par des exemples tirés de L’Entraide de Kropotkine – parce qu’il « consistait en une synthèse de liberté et de sujétion » [24]]. Pour mieux se faire comprendre, il se sert de la notion d’ « esprit » (commun, communautaire), qui devient centrale dans ses écrits ultérieurs. L’esprit est la capacité communautaire – enfouie ou révélée, « devenue et en devenir » – des hommes, le sentiment qu’ils ont de leur intime solidarité. Le Moyen Âge est entré en décadence quand le christianisme, dont l’esprit commun avait pris la forme, a été vidé de son pouvoir mythique et surnaturel par la Réforme, sans que lui succède un nouvel ordre communautaire. La « révolution », pour Landauer, c’est donc cette phase de transition qui dure depuis lors, avec des périodes de recrudescence et de déclin. Ce qui est la marque horrible de cette « époque moderne », c’est que l’État, en raison du refoulement de l’esprit, absorbe toutes les fonctions de la communauté : « Quand l’esprit est absent, il y a violence : l’État et les formes d’autorité qui lui sont propres et le centralisme. [25] » 

Publication de Peuple et Terre : trente thèses socialistes dans les pages de la revue Zukunft. Landauer y définit ce qu’il entend par « peuple » : une communauté qui ne résulte ni d’une autorité extérieure ni d’une origine commune, mais de l’« esprit » que les hommes doivent laisser grandir en eux et entre eux.

1908.– Retour de Landauer sur la scène politique avec la fondation du Sozialisticher Bund (Ligue socialiste), aux côtés, entre autres, d’Erich Mühsam et de Martin Buber. À Berlin, il prononce deux conférences – dont sera issu, en partie, son Appel au socialisme – devant des anarchistes et des socialistes révolutionnaires, et procède à la proclamation des Douze articles de la Ligue socialiste. Il y exprime le refus de la séparation entre deux temporalités, le présent et l’avenir lointain, à la différence du marxisme (et des anarchismes) qui n’aurait pas d’autre choix que de combler ce vide béant par l’attente passive de la maturité révolutionnaire et le ressassement d’une doctrine toujours plus grise et desséchée. « Nous n’attendons pas la révolution pour que commence le socialisme ; nous commençons par faire du socialisme une réalité pour qu’advienne le grand bouleversement du monde ! » Le but de la Ligue est la réorganisation de la société par la « sortie du capitalisme », par la création de colonies communautaires qui doivent se rattacher à des traditions communales, la commune rurale étant considérée comme le « pont » qui relie l’idéal socialiste à l’histoire humaine. Anticipations du socialisme à venir qui, par l’exemple qu’elles donnent, sont censées faire naître, dans les masses, l’envie et l’imitation, ces communautés – dont Landauer savait le caractère provisoire et limité en l’absence de révolution – tiennent aussi de la « cure de désintoxication » de l’État, de la marchandise et du narcissisme. 

Son initiative rencontre de fortes résistances dans les milieux anarchistes berlinois, qui se montrent favorables à la lutte de classes. Il entreprend une tournée de conférences dans le sud de l’Allemagne et en Suisse où il rencontre l’anarchiste Margarethe Faas-Hardegger avec qui il aura une relation amoureuse pendant un an.

1909.– Reprise de la parution du Sozialist. Il prononce plusieurs conférences pour le compte de la Ligue dans l’ouest de l’Allemagne dans le but de fonder des groupes locaux. Nombreuses traductions de Proudhon.

Il est amené à critiquer le mouvement ouvrier organisé de son temps, notamment sous deux aspects qui sont liés entre eux [26]. Ce qu’il appelle, d’une part, la « tactique des apparences » dont le Premier Mai est, selon lui, le parfait exemple : une marche rituelle, piailleuse, stérile, sans idée ni lendemain, déguisement de la faiblesse, simulant aux yeux des maîtres, mais aussi des ouvriers qu’on fait jouer à la Révolution une fois par an, en public et en bon ordre, un pouvoir qui n’existe pas [27]. Et, d’autre part, la « paresse des mains et du cœur », un manque d’effort socialiste, qui très souvent se traduit par une « lutte contre les institutions », aussi spectaculaire qu’elle est improductive.

A suivre…

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« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 4ème et dernière partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 15 février 2016 by Résistance 71

Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

Février 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

“La ‘municipalisation de l’économie’ veut dire la ‘propriété’ et la gestion de l’économie par les citoyens de la communauté. La propriété de la terre et des usines/ateliers ne serait plus privée ou d’état, mais serait mise sous le contrôle général des citoyens dans leurs assemblées. Les citoyens deviendraient les ‘propriétaires’ collectifs des ressources économiques de leur communauté et formuleraient et approuveraient la politique économique de leur communauté. Ce sera eux et non plus les capitalistes ni les bureaucrates, qui prendront les décisions de la vie politique et économique.”

~ Janet Biehl ~

 

Chapitre 6

 

[en 1848, Proudhon] a dit: “La révolution a mis fin au féodalisme, quelque chose de nouveau doit le remplacer. Le féodalisme était un ordre du domaine économique de l’État, il était un système de dépendances militaires organisé. Pendant des siècles, il a été mnimisé par les libertés, les libertés civiques ont gagné de plus en plus de terrain. Mais il a néanmoins détruit le vieil ordre et la sécurité, les vieilles associations des ligues. Quelques personnes sont devenues très riches sous cette nouvelle liberté et mobilité, tandis que les masses étaient quant à elles exposées à l’austérité, la dureté de la vie et à l’insécurité. Comment pouvons-nous à la fois préserver, étendre et créer la liberté pour tous tout en amenant la sécurité, le grand équilibre de la propriété et des conditions de vie, le nouvel ordre ?

Les révolutionnaires ne savent pas encore que la révolution mettra fin au militarisme, donc au gouvernement, que sa fonction est de remplacer la politique par la vie sociale, le centralisme politique par une unité directe des intérêts économiques, un centre économique qui ne régit ni ne règne sur personne, mais gère les affaires.

Vous, Français, êtes des petits et moyens paysans, des petits et moyens artisans ; vous êtes actifs dans l’agriculture, l’industrie, le transport et les communications. Jusque maintenant, vous avez eu besoin de rois et de leurs fonctionnaires afin de vous rassembler et de vous protéger l’un contre l’autre. En 1793 vous avez aboli le roi et l’État, mais vous avez maintenu le roi de l’économie: l’or. Parce que vous avez ainsi laissé la mauvaise fortune, le désordre et l’insécurité dans le pays, vous avez dû laisser les rois, leurs fonctionaires et leurs armées revenir. Débarrassez-vous des intermédiaires autoritaires ; abolissez les parasites ; voyez et veillez à l’unité directe de vos intérêts. Alors vous aurez la société comme héritière du féodalisme et de l’État.

Qu’est-ce que l’or, qu’est-ce que le capital ? C’est le signe d’une relation. C’est quelque chose qui existe entre les hommes. Capital est crédit, crédit est mutualité d’intérêts. Vous êtes maintenant dans une révolution, un esprit de confiance, l’exubérance de l’égalisation, le désir de parvenir au tout, ceci s’est levé parmi vous et créé pour vous-mêmes une mutualité directe. Mettez en place une institution où vous viendriez les uns vers les autres avec la production de votre travail sans parasitage, sans intermédiaires vampires. Alors vous n’aurez plus besoin d’autorité de tutelle, ni du transfert du pouvoir absolu du gouvernement politique vers la vie économique. Le but est d’assumer et de créer la liberté dans la vie économique et publique et de veiller à ce qu’il y ait une égalisation afin d’abolir l’austérité, l’insécurité et la propriété, qui n’est pas la propriété des choses, mais la domination des hommes, l’esclavage, l’intérêt, qui est usure. Créer une banque d’échange !

Qu’est-ce qu’une banque d’échange ? Rien de moins que l’institution objective de la liberté et de l’égalité.

Quiconque est engagé dans le travail utile, le fermier, l’artisan, l’association des ouvriers, doit simplement continuer de travailler. Le travail n’a pas besoin d’organisation excessive, d’être commandé, contrôlé par une autorité ou nationalisé. L’ébéniste fait des meubles, le cordonnier des chaussures, le boulanger fait du pain etc… dans la production de toute chose dont les gens ont besoin. Ébéniste, tu n’as pas de pain ? Bien sûr tu ne peux pas aller chez le boulanger et lui échanger des meubles dont il n’a sans doute pas besoin contre du pain ; vas donc à la banque d’échange et fais changer tes commandes et tes produits en bons de commodités universellement valides. Prolétaires, vous ne voulez plus aller chez l’entrepreneur pour y travailler en échange d’un (maigre) salaire ? Vous voulez être indépendants ? Mais vous n’avez ni atelier, ni outils ni nourriture ? Vous ne puvez pas attendre et vous devez être employés de suite ? Mais n7avez-vus pas des clients ? Les autres prolétaires, vous prolétaires, ne préférez-vous pas acheter vos produits les uns des autres ? sans intermédiaires, sans l’exploitation de médiateurs ? Alors faites vos propres achats et ventes entre vous ! La clientèle est valide. La clientèle c’est de l’argent, comme ils disent aujourd’hui. La séquence doit-elle toujours être: pauvreté – esclavage – travail – produit ? La mutualité change le cours des choses. La mutualité restaure l’ordre de la nature. La mutualité abolit le règle de l’argent. La mutualité est primordiale: l’esprit entre les humains qui permettent à tous les humains qui veulent travailler de le faire et ainsi de satisfaire leurs besoins.

Le renouveau de la société ne viendra pas de l’esprit de vengeance, de la colère ou de la destruction. La destruction doit s’opérer dans un esprit constructif ; la révolution et la conservation ne s’excluent pas mutuellement.

Arrêtez de copier les anciens Romains ! La dictature jacobine a joué ce rôle dans le passé. Mais le grand théâtre des tribunes politiques et les grands effets de manches ne créent pas votre société. Elle doit émerger dans la réalité.

[…] Proudhon savait ce que nous, socialistes, ont redécouvert: que le socialisme est possible à tout moment et impossible à tout moment. Il est possible lorsque les bonnes personnes sont là et qu’elle le veulent, qui portent l’action et il est impossible lorsque les humains n’en veulent pas ou en veulent mais ne sont pas capables de le mettre en pratique. Ainsi cet homme ne fut pas entendu. Les hommes entendirent à la place une voix qui présenta la fausse science que nous a vons examinée auparavant et rejetée, qui ensignait que le socialisme est le couronnement de la grande industrie capitaliste, qu’il vient seulement quand très peu de c apitalistes ont la propriété privée des institutions qui sont déjà pratiquement devenues socialistes pour que ce soit facile aux masses prolétaires unifiées de le transférer de la propriété privée à la propriété sociale.

Au lieu de Pierre Joseph Proudhon, l’homme de la synthèse, Karl Marx, l’homme de l’analyse, fut entendu et donc la dissolution, la décomposition et le déclin furent permis de continuer.

Marx, l’homme de l’analyse, travaillait avec des concepts rigides, fixes, emprisonnés dans le carcan des mots. Avec ces concepts, il voulut exprimer et presque dicter les lois du développement.

Proudhon, l’homme de la synthèse, nous enseigna que les mots conceptuels fermés ne sont que des symboles d’un mouvement incessant. Il dissolva des concepts avec une fluidité continuelle.

Marx, l’homme apparemment de la science stricte, fut le législateur et le dictateur du développement. Il se prononça sur celui-ci. Les évènements devaient se comporter comme une réalité achevée, fermée, morte. C’est pourquoi le marxisme existe comme une doctrine, pratiquement un dogme.

Proudhon, qui transforma l’économie sociale en psychologie tout en transformant la psychologie d’une psychologie individuelle rigide, qui fait une chose isolée d’un individu, en psychologie sociale, qui conçoit un humain en tant que membre d’un flot de devenir infini, inséparable et inexpressible. Il n’y a pas de “proudhonisme”, il n’y a que Proudhon. Ce qu’a dit Proudhon et qui fut vrai à un moment donné ne peut parfois plus s’appliquer aujourd’hui, tandis que les choses ont été permises de décliner pendant des décennies. Ainsi, nulle tentative de revenir servilement à lui ou à aucun moment du passé ne doit être tentée.

Ce que les marxistes ont dit de Proudhon, que son socialisme était un socialisme de petit-bourgeois et de petits paysans est, répétons-le, complètement vrai et son plus haut titre de célébrité. Le socialisme de Proudhon dans les années 1848-51 était le socialisme du peuple français des années 1848-51. C’était le socialisme qui était possible et nécessaire à ce moment de l’histoire. Proudhon n’était pas un utopiste, ni un prophète ; pas un Fourier ou un Marx. C’était un homme d’action et de réalisation.

[…] Voilà la raison de notre lutte incessante contre le marxisme ; voilà pourquoi on ne peut pas laisser filer et que nous devons le ressentir de tout notre cœur. Ce n’est pas une description et une scince, chose qu’il prétend être, mais un appel négatif, destructeur et handicappant à l’inefficacité, au manque de volonté, à la rédition et à l’indifférence.

[…] Et les soi-disants révisionnistes, qui sont très zélés au sujet des détails et dont la critique du marxisme souvent coïncide avec la notre, pas étonnant puisqu’ils en ont pris une grande part des anarchistes, d’Eugen Dühring aux autres socialistes indépendants. Ils sont dans le processus de fonder un parti politique qui promeut la classe ouvrière dans la société capitaliste par des moyens économiques et parlementaires. Les marxistes croient en un progrès à la Hegel, tandis que les révisionnistes adhèrent à une évolution à la Darwin. Ils ne croient plus à la catastrophe et à la soudaineté ; le capitalisme ne deviendra pas socialisme par une révolution soudaine, ils croient qu’il va graduellement assumer une forme plus tolérable.

[…] La véritable relation entre les marxistes et les révisionnistes est comme suit: Marx et les meilleurs de ses disciples ont eu à l’esprit l’entièreté de nos conditions dans leur contexte historique et essayèrent d’arranger les détails de notre vie sociale sous des concepts généraux. Les révisionnistes sont des sceptiques qui voient clairement que les généralités établies ne coïncident pas avec les nouvelles réalités qui surgissent, mais qui ont toujours un besoin pour une compréhension nouvelle et essentiellement différente de notre temps.

[…] L’humanité, dans le sens de relations vraiment complexes, une société mondiale cimentée par des liens extérieurs et une attraction intérieure et un désir profond de surpasser les frontières et leins nationaux, n’existe bien sûr pas encore. Mais il y a beaucoup de substituts. […] Nous arriverons à une véritable humanité dans son sens externe seulement lorsque la réciprocité comme communauté identique sera venue pour l’humanité concentrée dans l’individu et l’humanité grandissante entre les individus. La plante existe dans la graine, tout comme la graine n’est que la quintessence de la chaîne infinie des plantes ancestrales. L’humanité obtient sa véritable existence de la partie humaine de l’individu, tout comme cette partie humaine n’est que l’héritière des générations infinies du passé et de toutes leurs relations mutuelles. Ce qui advint et ce qui devient, le microcosme est le macrocosme. L’individu est le peuple, l’esprit est la communauté, l’idée est le lien de l’unité.

Ce dont nous avons besoin maintenant est un renouveau tel qu’il n’a jamais existé auparavant dans le monde humain que nous connaissons. […] Une société compréhensible doit être construite et la construction doit comemncer à petite échelle ; nous devons nous étendre sous toutes les latitudes et nous ne pouvons le faire que si nous creusons profond, car aucune aide ne pourra venir de l’extérieur. Nous ne pouvons le laisser émerger que du lien volontaire des individus et de las communauté des hommes originellement indépendants qui sont naturellement enclins à s’unir les uns aux autres.

[…] L’esprit a besoin de liberté et la renferme. Là où l’esprit crée de telles unions comme la famille, la coopérative, le groupe professionnel, la communauté et la nation, il y a liberté et l’humanité peut s’accomplir. Mais pouvons-nous endurer ce qui fait maintenant rage au lieu de cet esprit manquant à l’appel dans les institutions coercitives de domination qui l’ont remplacé: la liberté sans l’esprit, la liberté sensuelle, la liberté des plaisirs irresponsables ?

[…]

Chapitre 7

Les temps sont bien différents de ce que Proudhon avait décrit en 1848. La dépossession a augmenté à tous les niveaux. Nous sommes bien plus éloignés du socialisme qu’il y 60 ans.

Aujourd’hui, ce qui est appelé le proléariat ne sera jamais en lui-même la personnalisation du peuple, tandis que les nations sont de plus en plus dépendantes les unes des autres pour la production et le commerce, faisant qu’un peuple n’est plus un peuple. Mais l’humanité est bien loin d’être unifiée et ne le sera jamais tant que de petites unités, des communautés, des peuples n’existent de nouveau. Proudhon avait raison dans sa vision de l’époque, de regarder la circulation et l’abolition de l’enrichissement par intérêts comme la pierre angulaire de toute réforme et le point de départ ayant le plus de chance d’être précis et rapide tout en étant le moins douloureux.

Nos conditions ont véritablement trois points vitaux:

  • L’enrichissement injustifié
  • L’exploitation
  • Les hommes ne travaillant pas pour eux-mêmes mais pour d’autres hommes

Tout comme le mouvement en physique, chimie ou astronomie, cette cause permanente est ce qui compte le plus dans le mouvement des processus sociaux.

Ainsi les trois points cardinaux de l’esclavage économique sont:

  • La propriété privée de la terre: elle implique l’attitude dépendante de ceux qui ne sont pas propriétaires. De la propriété privée de la terre et de son corollaire de la non-propriété surgissent ces fléaux que sont: l’esclavage, la servitude, le tribut, le loyer, l’intérêt et le prolétariat.
  • La circulation des biens dans une économie d’échange par le moyen d’un véhicule d’échange qui serve tous les besoins de manière non-expirable et permanente…
    L’idée que l’argent serait rendu inoffensif s’il devait juste un bon de travail et non plus une commodité est complèteement fausse et ne pourrait avoir de sens que dans le cadre d’un esclavage d’état où le libre-échange serait remplacé par le dépendance envers une autorité bureaucratique déterminant la quantité que chacun doit travailler et consommer.
  • La valeur ajoutée

[…] Aujourd’hui, l’appel au socialisme est adressé à tous, pas dans la croyance que tout le monde pourrait ou voudrait y répondre, mais avec le souhait d’aider certains à réaliser qu’ils appartiennent ensemble dans la ligue des débutants.

Les gens qui ne peuvent et veulent plus supporter les faits sociaux, ceux-là sont appelés ici. Aux masses, aux peuples du monde, aux dirigeants et leurs sujets, héritiers et déshérités, privilégiés et escroqués, il doit être dit: C’est un Titanic, une honte sans fin des temps qui voit l’économie gérée pour le profit au lieu de remplir les besoins des humains unifiés en communautés. Tout votre militarisme, votre système étatique, toute votre répression de la liberté, toute votre haine de classe, viennent de la brutale stupidité qui vous domine.

[…] Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient pour dire aux gens d’une nation: votre sol produit ce dont vous avez besoin en nourriture, en matières prenières pour votre industrie ; travaillez et échangez ! Unissez-vous, vous pauvres hommes, donnez-vous du crédit les uns aux autres ; le crédit, la mutualité est le capital ; vous n’avez aucunement besoin de capitalistes monneyeurs ni de maîtres entrepreneuriaux. Travaillez dans les villes et les campagnes ! Travaillez et échangez !

[…] Jamais les Hommes ne furent plus dépendants et plus faibles que maintenant lorsque le capitalisme a atteint son summum ! Le marché mondial du profit et le prolétariat.

Aucune statistique mondiale, aucune république mondiale ne peuvent nous aider. Le salut ne peut venir que de la renaissance des peuples de l’esprit de la communauté !

La forme de base de la culture socialiste est la ligue des communautés ayant des économies indépendantes et un système d’échange.

Notre prospérité humaine, notre existence maintenant, dépendent du fait que l’unité de l’individu et l’unité de la famille, qui sont les seuls groupes naturels qui ont suvécu, soient encore intensifiées dans l’unité des communautés, la forme de base de toute société.

Si nous voulons une société, alors nous devons la construire, nous devons la pratiquer.

=> La société est la société des sociétés; une ligue des ligues des ligues, un monde commun des mondes communs des mondes communs ; une république des républiques des républiques. Seulement là y a t’il liberté et ordre, seulement là y a t’il un esprit, un esprit qui est auto-sufffisance et communauté, unité et indépendance?

La personne indépendante, qui ne laisse personne interférer dans ses affaires ; pour qui la communauté domestique de la famille, avec sa maison et son lieu de travail, est son monde ; la communauté autonome locale ; le canton ou le groupe de communautés etc voilà à quoi ressemble une société, ceci simplement est le socialisme, et cela vaut la peine de travailler pour, car il peut nous sauver de notre misère. Toutes les tentatives de s’étendre toujours plus en états et en groupes d’états sont futiles et mauvaises, le système coercitif de gouvernement est aujourd’hui un pauvre substitut pour l’unité de libre-esprit absente. Il est tout aussi futile d’étendre leur sphère toujours plus avant dans le domaine économique. Ce socialisme policier qui suffoque toute qualité et activité originales, scèlerait la ruine complèrte des peuples. Nous pouvons atteindre une unité naturelle seulement lorsque nous sommes en proximité locale, en contact réel. En famille, l’esprit unificateur, l’union de plusieurs personnes pour une tâche commune et pour un but et intérêt communs, a une forme trop étroite pour la vie communale. La famille n’est concernée que par des intérêts privés. Nous avons besoin d’un centre naturel de l’esprit commun pour la vie publique de façon à ce qu7elle ne soit plus remplie et menée exclusivement par l’État et la froide indifférence comme c’est le cas actuellement, mais par un sentiment de chaleur affective familial. Ce cœur de toute véritable vie communale est la communauté locale, la communauté économique, dont l’essence n’est jugée par personne.

[…] Laissons les humains échanger de communauté à communauté ce qui ne peut ou ne devrait pas être produit localement de la même maniere qu’ils commercent d’individu à individu au sein d’une même communauté. Laissons les échanger un produit pour un autre produit équivalent et dans chaque communauté chacun pourra consommer autant qu’il / elle le désire.

La faim, les bras et la terre sont là, tous les trois sont là par nature. Les bras procurent industrieusement de la terre les biens nécessaires contre la faim. Voilà la tâche du socialisme: d’arranger l’économie d’échange de façon à ce que chacun, même sous un système de commerce ne travaille que pour lui/elle-même, de façon à ce que cette personne se retrouve dans un millier d’associations l’un avec l’autre et que rien dans cette union ne soit retiré à personne, mais que chacun reçoive. Ce ne sera pas donner sous forme de cadeau d’une personne à une autre, le socialisme n’a pas l’intention de la renonciation ni du vol, chacun reçoit les dividendes de son travail et jouit du renforcement de tous par la division du travail, l’échange et une communalité fonctionnelle en tirant les produits de la nature.

La faim, les bras et la terre sont là ; tous trois le sont par nature.

Nous avons faim tous les jours et nous faisons nos poches pour y prendre de l’argent, le moyen d’acheter et le moyen de satisfaire un besoin. Ce qui est ici appelé “la faim” est en fait tout besoin réel, pour les satisfaire, nous mettons la main à la poche pour de l’argent.

Pour obtenir de l’argent, nous nous vendons (notre force de travail). Nous bougeons nos bras, c’est à dire nos muscles, nos nerfs, notre système nerveux, notre cerveau, corps et esprit, tout cela est le travail. Travailler la terre, ou pour tirer les produits de la terre, travailler en échange de transport, travailler pour enrichir les riches, travailler pour le plaisir et l’instruction, la connaissance, travailler pour éduquer les jeunes, travailler pour produire des choses inutiles, dangereuses et sans aucune valeur, travailler pour ne rien produire. Bien des choses aujourd’hui sont appeler “travail”, en fait aujourd’hui, tout ce qui rapporte de l’argent est appelé “travail”.

La faim, les bras et la terre sont là par nature.

Où est la terre ? Cette terre que nos bras ont besoin pour calmer notre faim ?

Quelques humains possèdent la terre, il y en a de moins en moins.

Nous avons vu que le capital n’est pas une chose mais une relation, un esprit entre les humains. Nous avons les moyens pour l’industrie et le commerce, si seulement nous nous étions redécouverts nous-même et notre nature humaine. La terre quoi qu’il en soit, est une partie externe de la nature. Elle fait partie de la nature comme l’air, l’eau et la lumière ; la terre appartient à tous les humains et ce de manière inaliénable et pourtant, la terre est devenue propriété privée, possédée seulement par quelques-uns !

Toute propriété de chose, toute propriété de terre est en réalité une propriété de l’humain, le propriétaire possède l’humain. Quiconque tient la terre et en prive les autres, les masses, force les autres personnes à travailler pour lui. La propriété privée est le vol et la détention d’esclave.

Au travers de l’économie monétaire, telle est devenue la propriété foncière. Dans une économie d’échange juste, j’ai de fait, une part du sol, même si je ne possède aucune terre ; dans l’économie monétaire, dans la pays du profit, de l’usure, de l’intérêt, de la dette, voue êtes en réalité un voleur de terre, même si vous ne possédez pas de terre mais seulement de l’argent et des actions en bourse. Dans une économie d’échange juste, où un produit est échangr pour un produit équivalent, je travaille chaque jour pour moi-même même si rien de ce que je fais n’est utilisé par moi. Dans l’économie monétaire, dans le pays du profit, vous êtes un maître d’esclave même si vous n’employez personne, aussi longtemps que vous vivez de quoi que ce soit d’autre que votre propre travail (plus value, valeur ajoutée…) et même si quelqu’un vit exclusivement de son propre travail, il participe à l’exploitation des humains si son travail est monopolisé et privilégié et a un prix plus élevé que ce qu’il vaut vraiment.

La faim, les bras et la terre sont là, tous les trois par nature.

Nous devons avoir la terre de nouveau. Les communautés du socialisme doivent redistribuer la terre. Celle-ci n’est la propriété privée de personne. Que la terre n’ait pas de maître, alors les Hommes seront libres.

NdT: Ceci est exactement la philosophie et la pratique des peuples et nations originels du continent des Amériques et de bien des sociétés traditionnelles africaines…

[…] C’est pourquoi il sera bon maintenant et à n’importe quel moment pour la communauté locale de posséder la propriété en commun : une partie serait commune et une autre part répartie dans la propriété familiale pour la maison, le jardin et le champ.

L’abolition de la propriété privée sera essentiellement une transformation de notre esprit. De cette renaissance suivra une puissante redistribution de la propriété et liée à cette redistribution, il y aura l’intention permanente de redistribuer la terre dans des temps futurs, à intervalles définis ou indéfinis, encore et encore.

La justice dépendra de l’esprit qui prévaut entre les humains. L’esprit est toujours en mouvement et crée en permanence et ce qu’il crée sera toujours inadéquat et jamais la perfection ne deviendra un évènement sauf en tant qu’image ou idée. Ce serait un effort vain et futile que de vouloir créer des institutions standards une fois pour toute, qui exclueraient automatiquement toute possibilité pour l’exploitation et l’usure. Nos temps ont déjà bien montré les résultats lorsque des institutions fonctionnelles remplacent l’esprit vivant. Laissons chaque génération fournir bravement et radicalement ce qui correspond à leur esprit.

[…] La propriété privée n’est pas la même chose que la possession et je vois dans le futur une possession privée, une possession coopérative, une possession de communauté dans toute sa resplendissance. Il ne s’agit pas seulement de la possession d’objets ou de l’utilisation directe de certains outils, mais aussi cette possession emprunte d’une peur superstitieuse, celle de la possession des moyens de production de toute sorte, des logements et de la terre.

L’injustice cherchera toujours à se perpétuer et toujours aussi longtemps que les Hommes vivront véritablement, la révolte contree elle éclatera.

La révolte comme constitution ; la transformation met la révolution comme règle établie une fois pour toute, l’ordre par l’esprit comme intention ; c’était cela le grand cœur sacré de la mosaïque de l’ordre social.

La révolution doit être part intégrante de notre ordre social, doit devenir la règle de base de la constitution. L’esprit va créer des formes par lui-même, des formes de mouvement, pas de rigidité ; une possession qui ne devient pas propriété privée, qui ne fournit que la possibilité de travailler avec la sécurité mais pas la possibilité de l’exploitation ni de l’arrogance ; un moyen d’échange qui n’a pas de valeur en lui-même mais seulemewnt en relation avec le commerce, mais qui contient les conditions de son utilisation ; un moyen d’échange qui peut expirer et donc précisément vivifier, tandis qu’aujourd’hui celui-ci est immortel et meurtrier.

Dans le monde d’aujourd’hui, au lieu d’avoir la vie parmi nous, nous n’avons que la mort. Tout a été réduit à un objet et à une idole. La confiance et la mutualité ont dégénéré en capital. L’intérêt commun a été remplacé par l’État. Notre attitude, nos relations, sont devenues des conditions rigides… Faisons le boulot complètement maintenanten établissant dans notre économie le seul principe qui puisse être établi, le principe qui correspond à la vision socilaiste de base: qu’aucune plus grande valeur consommatrice n’entre dans les foyers que celle du travail produit par ce foyer, parce qu’aucune valeur n’a son origine dans le monde humain à part au travers du travail.

Les marxistes ont regardé la terre comme une sorte d’appendice, de pièce rapportée du capital et n’ont jamais vraiment su quoi en faire. En réalité, le capital est composé de deux choses bien différentes: d’abord la terre et les produits du sol, les parcelles, les bâtiments, les machines, les outils , qui de toute façon ne devraient pas être appelés “capital” parce que tout ceci fait partie de la terre. Ensuite, la relation entre les Hommes, un esprit unificateur. L’argent, ou le moyen d’échange, n’est rien d’autre qu’un signe conventionnel pour la commodité générale avec l’aide duquel toutes les commodités particulières peuvent être commercées, dans ce cas-ci, directement pour l’autre.

Ceci n’a rien à voir directement avec le capital. Le capital n’est pas un moyen d’échange et pas un signe, mais une possibilité. Le capital particulier d’un ouvrier ou d’un groupe d’ouvriers est leur possibilité de produire certains produits en un certain temps.

[…] Il n’y a qu’une seule réalité objective: la terre. Quoi que ce soit d’autre qui est habituellement appelé capital est relation, mouvement, circulation, possibilité, tension, crédit ou, comme nous l’appelons, l’esprit unificateur dans sa fonction économique, qui utilisera des organes fonctionnels dont l’un fut par exemple la banque d’échange préconisée par Proudhon.

Quand nous appelons le temps présent l’âge capitaliste, cette expression veut dire que l’esprit unificateur n’est plus présent et ne prévaut plus dans l’économie, mais que l’objet-idole règne en maître, c’est à dire quelque chose qui n’est pas quelque chose mais plutôt rien, qui est pris pour quelque chose.

Ce rien qui est considéré comme une chose amène bien des réalités concrètes à la maison des riches, parce que ce qui est considéré ainsi [Geltung] est l’argent [Geld] dans une position de pouvoir, qui ne vient pas de rien mais de la terre et du travail des pauvres. Quand le travail cherche à approcher la terre et quand un produit veut passer de l’étape du travail à un autre et avant qu’il n’entre le secteur de la consommation, le faux capital s’insère dans le processus du travail et ne prend pas seulement la paie pour ses petits services, mais en plus de cela l’intérêt, parce qu’il fut décidé de ne pas le faire stagner mais circuler.

Un autre rien qui est considéré comme quelque chose et remplace l’esprit manquant de l’unité est, comme ce fut déjà mentionné ci-dessus, l’État. Il s’immisce partout comme une obstruction, un frein, poussant, pompant et mettant la pression entre les hommes, entre les Hommes et la terre, où que ce soit où le lien réel entre les Hommes a été affaibli: attraction mutuelle et relation, un esprit libre. Ceci a également à voir avec le fait que le faux capital, qui a remplacé le véritable intérêt mutuel et la confiance, ne pouvait pas exercer son pouvoir parasite vampiriste, que la propriété foncière ne pouvait pas imposer l’impôt-tribut, s’il n’était pas soutenu par la force, par le pouvoir de l’État, ses lois, son administration, sa bureaucratie et son pouvoir exécutif. Mais nous ne devons jamais oublier que tout ceci, l’État, la loi, l’administration, les exécutants ne sont que des noms pour des hommes, qui parce qu’ils n’ont pas les possibilités de la vie, tourmentent et se violentent les uns les autres, ce ne sont que des noms de force entre les Hommes.

Nous voyons donc dans ce passage, après la juste explication de ce qu’est le capital, que celui-ci a reçu le nom de “capital” de manière peu précise, parce que cela ne désigne pas en fait le véritable capital, mais le faux.

Ainsi, lorsque les ouvriers et travailleurs découvrent qu’ils n’ont en fait aucun capital, ils ont raison dans un sens assez différent de celui qu’ils pensent. Il leur manque le capital des capitaux, le seul capital qui est une réalité, une réalité bien qu’il ne soit pas une chose: il leur manque l’esprit. Et comme tous ceux qui se sont déshabitués de cette possibilité et pré-condition de toute la vie, en plus, la condition matérielle de toute vie a été retirée de dessous leurs pieds à savoir: la terre.

La terre et l’esprit sont donc la solution du socialisme.

Les Hommes saisis par l’esprit chercheront en premier lieu la terre alentour comme étant la seule condition externe dont ils ont besoin pour établir la société.

Nous savons pertinemment que lorsque les humains échangent leurs produits dans le monde économique et dans leur économie nationale, la terre est elle aussi rendue mobile. La terre a depuis longtemps été convertie en un objet de boursicotage, en papier. Nous savons aussi que les humains échangeraient dans le marché national et mondial, un produit pour un autre équivalent, ainsi si de grands groupes se permettaient, en unifiant leur consommation et le crédit extraordinaire qui sans nul doute en résulterait, pourraient produire une quantité toujours croissante de produits industriels pour leur propre usage, depuis de nouveaux matériaux sans avoir recours au marché capitaliste. Nous savons qu’ils seraient alors capables dans le cours du temps, d’acheter non seulement des produits de la terre, mais de manière croissante, la terre elle-même. Nous savons que de telles associations de consommateurs-produceurs puissantes disposeraient de non seulement leur propre crédit mutuel, mais aussi finalement un capital monétaire assez conséquent.

Les propriétaires terriens ont le monopole de tout ce qui pousse sur la terre ou qui est obtenu depuis le sol: de la nourriture jusqu’aux matières premières indispensables à l’industrie. Les fondations de l’État et d’une plus grande partie encore du capital-argent sont affaiblis lorsque la propriété privée sur la terre est abolie et la mutualité introduite comme la forme socialiste du capital, mais avant d’atteindre ce point, plus le commerce et l’industrie capitalistes sont éliminés par les coopératives de producteurs-consommateurs et plus fort sera le soutien aux grands propriétaires de l’État et du capitalisme-argent. Le secteur foncier ne fournira pas automatiquement les coopératives travaillant pour leur propre consommation, au lieu de cela, il fera monter les prix de ses produits à des niveaux quasi prohibitifs. Si la terre est seulement en apparence fluide ou de papier, tout comme à l’inverse le capital est une véritable magnitude seulement fictive. Au moment de décision, la terre devient ce qu’elle est vraiment: un bout de nature physique qui est possédée et retenue.

Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !

Maintenant nous pouvons pleinement voir à quel point la théorie marxiste du prolétariat est une énorme erreur. Si la révolution venait aujourd’hui, aucune strate de la population aurait moins d’idée de quoi faire que nos prolétaires industriels. Ils n’ont en effet aucune idée de quelles nouvelles relations et conditions ils veulent établir.

[…] Les Hommes de notre temps ont perdu le sens de la relation et sont devenus irresponsables. La relation est une attraction qui amène les gens ensemble et leur permet de travailler ensemble pour suppléer à leurs besoins. Cette relation, sans laquelle nous ne sommes des humains vivants, a été externalisée et pragmatisée. Il importe peu au marchand de savoir qui achète ses produits ; le prolétaire se soucie peu de ce qu’il fait ou de quel travail il a, l’entreprise n’a pas pour but naturel de satisfaire des besoins, mais celui artificiel d’acheter des choses, dans la plus grande quantité possible, sans considération et si possible sans travail, c’est à dire au travers du travail des autres, au travers de l’argent accumulé, qui peut satisfaire tous les besoins. L’argent a avalé les relations et est de fait bien plus qu’une chose. La marque d’une chose utile, qui a été créée artificiellement de la nature, est qu’elle ne grandit plus, qu’elle ne peut pas attirer des matériaux ou des énergies depuis le monde qui l’entoure, mais attend calmement la consommation et périt tôt ou tard si pas utilisée. Ce qui croît comme auto-mouvement, comme auto-génération, est un organisme. Donc l’argent est un organisme artificiel ; il croît, multiplie où qu’il soit et est immortel.

Fritz Mauthner (“Le dictionnaire de la philosophie”) a montré que le mot “dieu” était originellement identique à celui d’”idole” et que tous deux veulent dire: “métal fondu”. Dieu est un produit créé par l’Homme qui prend vie, attire la vie des humains en lui et finalement devient plus puissantg que l’humanité. Le seul “métal fondu”, la seule idole, le seul dieu que les Hommes aient jamais créé physiquement est l’argent. L’argent est artificiel et “vivant”, l’argent appelle l’argent et l’argent et l’argent et l’argent a tout pouvoir en ce monde.

Qui ne voit pas cela, ne voit pas qu’aujourd’hui l’argent, ce dieu, n’est rien d’autre que l’esprit qui est sorti de l’Homme et est devenu un être vivant, une non-chose, que c’est le sens de la vie transformé en folie pure ! L’argent ne crée pas la richesse, l’argent est la richesse per se, personne n’est riche sauf l’argent lui-même. L’argent obtient sa vie et son pouvoir de quelque part: de nous…

[…] Le socialisme est le processus inverse de tout ceci. Le socialisme est un nouveau départ, un commencement. Le socialisme est un retour à la Nature, une réappropriation de l’esprit, un regain de relations.

Il n’y a pas d’autre voie vers le socialisme que pour nous d’apprendre et de pratiquer le pourquoi nous travaillons. Nous ne travaillons pas pour le dieu ou le diable auxquels les Hommes d’aujourd’hui ont vendu leurs âmes, mais pour nos besoins. La restauration du lien entre le travail et la consommation: c’est le socialisme. Le dieu est devenu si puissant qu’il ne peut plus être aboli par un simple changement technique, par une réforme du sustème d’échange, non.

Les socialistes doivent donc former de nouvelles communautés qui produisent ce que leurs membres utilisent.

Nous ne pouvons pas attendre que l’humanité soit unifiée, pour une économie commune et un système d’échange juste, tant que nous n’avons pas trouvé et recréé l’humanité en nous, en tant qu’individus.

Tout commence avec l’individu et tout dépend de l’individu. Comparé avec ce qui nous entoure et nous enchaîne aujourd’hui, le socialisme est la plus gigantesqe tache que l’humain ait jamais entrepris. Il ne peut pas être réalisé par des soins curatifs externes impliquant a coercition ou l’intelligence.

Comme point de départ, nous pouvons utiliser bien des choses qui contiennent toujours de la vie, de formes extérieures d’esprit vivant. Communautés villageoises avec les réminisecences de la vieille propriété commune (communale) et ses fermiers et ouvriers agricoles, leirs mémoires de la propriété commune qui passa en propriété privée il y a des siècles ainsi que les coutumes rappelant l’économie commune du travail dans les champs et celui de l’artisanat. Le sang paysan coule toujours das les veines de bien des citadins prolétaires: ils devraient réapprendre à écouter leurs origines. Le but, le but toujours très lointain est ce qui est appelé aujourd’hui, la grève générale, mais bien sûr bien différente de celle passive préconisée en se croisant les bras, qui n’est qu’un duel face à face de celui qui pourra tenir le plus longtemps entre les ouvriers et les capitalistes. Une grève générale oui !.. Mais active ! Ayant une activité très différente qui est parfois associée avec la grève générale révolutionnaire, qui en langage cru s’appelle du “pillage” (NdT: ou plus pour les anarcho-syndicalistes le terme plus technique d’”expropriation” => de grève générale expropriatrice). Cette grève générale active ne pourra avoir de succès et être victorieuse que si les ouvriers sont capables de refuser de céder ne serait-ce qu’un morceau de leur activité, de leur travail, aux autres, mais ne travaillent que pour leurs besoins, leurs véritables besoins. Il y a encore du chemin à faire, mais qui n’est pas au courant que nous sommes encore loin du socialisme, mais que ceci n’est que le début d’une longue route ? Voilà pourquoi nous sommes des ennemis jurés du marxisme: le marxisme a maintenu les ouvriers en dehors de la voie du commencement même du socialisme. Le mot magique qui nous mène hors du monde pétrifié de la veulerie et de l’austérité n’est pas “grève”, mais “travail”.

L’agriculture, l’industrie et l’artisanat, le travail physique et intellectuel, le système d’enseignement et d’apprentissage, doivent être réunifiés. Pierre Kropotkine a dit des choses très valides au sujet des méthodes pour y parvenir dans son livre “Champ, Usine et atelier”.

Le peuple pourra réexister de nouveau seulement lorsque les individus, progressistes et spirituels, seront de nouveau emplis de l’esprit du peuple, quand une forme préliminaire du peuple vit avec des humains créatifs et demande la réalisation d’une réalité par leurs cœurs, leurs têtes et leurs mains.

Le socialisme n’est pas une science, bien qu’il demande toute sorte de connaissances, c’est une condition nécessaire pour abandonner la superstition et la fausse vie en faveur d’emprunter la bonne voie. Quoi qu’il en soit, le socialisme est certainement un art, un nouvel art qui cherche à construire avec de la matière vivante.

Les hommes et les femmes de toutes classes sont maintenant appelés à quitter les gens afin de venir au peuple.

En cela est la tache: de ne pas désespérer les gens, mais aussi de ne pas les attendre. Quiconque rend justice à la quintessence du peuple qu’ielle porte en lui, quiconque se joint aux autres comme à soi-même pour le simple objectif de cette graine non encore germée et qui presse une forme imaginaire pour transformer en réalité quoi que ce soit qui puisse réaliser l’ordre socialiste, quitte les gens pour rejoindre le peuple.

Le socialisme deviendra une réalité différente en fonction du nombre de personnes qui se rejoindront pour son avènement, de ces gens qui ressentent une profonde répugnance pour l’injustice existante et qui ont le plus grand désir et aspiration pour la formation d’une véritable société.

Ainsi donc unissons-nous pour mettre en place les foyers socialistes, les villages socialistes, les communautés socialistes.

La culture n’est pas fondée sur des formes particulières de technologie ou la satisfaction des besoins, mais sur l’esprit de justice.

Quiconque veut faire quelque chose pour le socialisme, doit se mettre à travailler d’une prémonition, d’une joie et d’un bonheur intuitifs encore inconnus. Nous avons encore tout à apprendre: la joie de travailler, celui de l’intérêt commun, de l’entr’aide mutuelle. Nous avons tout oublié, et pourtant nous sentons bien que cela est encore en nous.

[…] Le socialisme en tant que réalité ne peut qu’être appris ; le socialisme est, comme toute vie du reste, une tentative.

Nous nous rappellerons alors très sûrement de ceux qui en pensée ou en imagination ont anticipé, ont vu par avance les communautés et terres du socialisme en des formes articulées. La réalité sera différente de leurs formations individuelles, mais elle poussera de leurs images pour un socialisme.

Rappelons-nous de Proudhon et des ses visions bien définies jamais nébuleuses de la terre de liberté et de contrat. Rappelons-nous de ces bonne choses entrevues et décrites par Henry George, Michael Fürscheim, Silvio Gesell, Ernst Busch, Pierre Kropotkine, Élisée Reclus et tant d’autres.

Nous sommes les héritiers du passé, que cela nous plaise ou non, fasons donc le vœu d’avoir les prochaines générations comme nos héritères ainsi dans toute notre vie et nos actions, nous puissions influencer les générations à venir et les masses de gens autour de nous.

Ceci est un socialisme complètement nouveau, un renouveau, nouveau pour notre époque, nouveau en expression, nouveau dans sa vision du passé, nouveau également dans bien de ses humeurs.

Nous voyons maintenant le paysan sous un jour nouveau et nous voyons quelle tache nous a été laissée, leur parler, vivre parmi eux et faire revivre parmi eux ce qui a été dégénéré et atrophié: non pas une foi en un pouvoir externe ou plus haut placé, mais en elur propre force et la perfectibilité de l’individu aussi longtemps qu’il vive. Comment le paysan et son amour de la propriété de la terre ont été craints: la paysan n’a pas trop de terre, mais au contraire pas assez et la terre ne doit pas lui être retirée par lui être donnée. Mais bien sûr, ce sont ils ont le plus besoin, comme tout à chacun, est un esprit commun, communal. Quoi qu’il en soit, cet esprit n’est pas enfoui si profond en eux qu’il ne l’est chez les ouvriers et travailleurs citadins. Les établisseurs de la société socialiste n’ont qu’à aller vivre dans les villages existants et on verra qu’ils peuvent faire revivre cet esprit qui était en eux au XVème et XVIème siècles et que cet esprit peut revenir à la vie aujourd’hui, demain.

On doit parler aux gens du socialsme avec une nouvelle langue. Essayons de le faire mieux, avec les autres. Nous voulons amener au socilaisme les coopératives, qui sont des formes socialistes sans l’esprit, ainsi que les syndicats, qui sont courage sans objectif.

Que nous le voulions ou non, nous ne nous arrêterons pas aux mots, nous irons plus loin. Nous ne pouvons plus croire en un fossé entre le présent et le futur… Ce que nous ne faisons pas maintenant, nous ne le ferons pas !

Nous pouvons unifier notre consommation et éliminer ainsi bon nombre de parasites. Nous pouvons établir un grand nombre d’artisanats et d’industries pour produire les biens de notre consommation. Nous pouvons aller bien plus loin en cela que les coopératives ne l’ont jamais fait, car elles ne se sont toujours pas débarrassées de l’idée d’entrer en concurrence avec l’entreprise de gestion capitaliste. Elles sont bureaucratiques, elles sont centralisées et centralisatrices et elles ne peuvent pas s’aider elles-mêmes si ce n’est en devenant des employeurs et en établissant des contrats avec leurs employés au travers de l’intermédiaire syndical. Cela ne leur vient pas à l’esprit que la relation consommateur-producreur-coopérative, chacun travaille pour soi-même dans une véritable économie d’échange, qu7en soi, ce n’est pas la profitabilité mais la productivité du travail qui est décisive et que bien des formes d’entreprise comme par exemple la petite entreprise sont parfaitememt productives et sont les bienvenues dans le socialisme, bien qu’elles ne sont pas profitables sous le régime capitaliste.

Nous pouvons établir des communautés, bien qu’elles n’échapperont pas complètement au capitalisme du premier coup. Mais nous savons maintenant que le socialisme est une route, une route qui s’éloigne du capitalisme et que chaque route a son commencement. Le socialisme ne va pas croître, sortir du capitalisme, mais à l’écart, hors de lui.

[…] N’oublions jamais: si nous avons le bon esprit, alors nous avons tout ce dont nous avons besoin pour la société sauf ne chose: la faim de terre doit venir sur vous, vous les citadins des grandes villes !

Une fois que des communautés, communes socialistes avec leur propre culture sont éparpillées un peu partout sur la terre, nord, sud, est, ouest, dans toutes les provinces parmi la base de l’économie de profit, alors qu’elles seront vues, que leur joie, leur bonheur de vivre exprimés de manière expressive mais gentiment, que cela sera ressentit, alors l’envie, le désir se fera de plus en plus fort pour les autres de rejoindre et nous le pensons, de plus en plus de gens rejoindrons et créeront des communautés socialistes. Une seule chose manquera pour vivre harmonieusement, socialement et en toute prospérité: la terre. Alors les gens libèreront la terre et ne travaillerons plus pour le faux dieu mais pour l’humain. Alors sera le commencement: commençons sur la plus petite échelle et avec le plus petit nombre de personnes.

L’État, c’est à dire à ce stade, la masse toujours ignorante de la nouvelle réalité, la classe des privilégiés (du capitalisme) et les représentants de ces deux catégories, la caste exécutive et administrative, metteont de petits et grands obstacles sur le chemin des débutants. Nous en avons parfaitement conscience.

Tous ces obstacles, s’ils sont réels, seront détruits si nous sommes resserrés et unis et que nous ne laissons pas le plus petit espace entre eux et nous.

Maintenant ce ne sont que des obstacles par anticipation, imagination, peur. Nous le voyons maintenant: lorsque le temps viendra, ils barricaderont notre chemin avec toutes sortes d’obstacles et alors dans le même moment nous choisissons de ne rien faire.

Nous franchirons le pont lorsqu’on y arrivera ! Allons de l’avant, de façon à ce que nous soyons nombreux.

Personne ne peut être violent avec le peuple si ce n’est le peuple lui-même.

Une grande partie de nos gens se tiennent du côté de l’injustice et ce qui les blesse corps et âme est à cause du fait que notre esprit n’est pas assez fort, pas assez convaincant.

Notre esprit doit s’enflammer, illuminer, inciter, exciter, attirer.

Soliloquer n’accomplit jamais cela , même le plus gentil, puissant ou colérique des discours ne peut le faire.

Seul l’exemple le peut.

Nous devons donner l’exemple et éclairer la route.

L’exemple et l’esprit de sacrifice ! Dans le passé, aujourd’hui et demain, sacrifice après sacrifice a été, est et sera fait pour cette idée, toujours en révolte à cause de l’impossibilité de continuer à vivre de la sorte.

Maintenant est venu le temps de faire d’autres sacrifices, pas des sacrifices héroïques, mais des sacrifices discrets, pas impressionnants afin de donner un exemple de la bonne façon de vivre.

Alors le peu deviendra beaucoup et le beaucoup deviendra aussi le peu.

Les obstacles seront surmontés parce que quiconque construit dans le bon état d’esprit, détruit les obstacles les plus forts en construisant.

Et finalement, le socialisme, qui a miroité depuis si longtemps, allumera finalement ses feux et les Hommes et les peuples sauront avec certitude qu’ils ont le socialisme et les moyens de le réaliser, totalement et complètement par eux-mêmes, parmi eux et ils leur manquera une chose: la terre ! Alors ils libèreront la terre, car plus personne n’entrave plus le peuple, depuis que le peuple ne se fait plus barrage à lui-même.

J’en appelle à tous ceux qui veulent faire ce qui est en leur pouvoir pour construire ce socialisme. Seule le présent est réel et ce que les Hommes ne font pas maintenant, ne commencent pas maintenant, ils ne le feront pas de toute éternité.

L’objectif est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté, la joie de vivre. Nous avons besoin de gens pour entonner le cri de guerre, nous avons besoin de tous ceux emplis de ce désir créatif, nous avons besoins d’hommes et de femmes d’action. L’appel au sociaisme est adressé aux Hommes d’action qui veulent faire les preniers pas, le commencement.

[…] Au nom de l’éternité, au nom de l’esprit, au nom de l’image qui cherche à devenir ce véritable chemin, l’humanité ne périra pas. L’épaisse boue vert-de-gris qui est aujourd’hui parfois appelée prolétariat, parfois bourgeois, parfois la caste dirigeante et partout, au-dessus et en-dessous, n’est rien d’autre qu’une masse écœurante, cette horrible déformation humaine faite de veulerie, de satiété, de dégradation, elle ne gigotera plus, ne sera plus autorisé à nous salir et à nous suffoquer: Ils sont tous appelés au socialisme !

Ceci n’est qu’une première parole. Bien d’autres choses ont encore à être dites. Elles le seront. Par moi et par ceux qui sont appelés ici.

FIN

Histoire et société: Quand les anarchistes prédisaient l’échec du « matérialisme historique » marxiste…

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La pauvreté de l’historicisme

 

Robert Graham

 

30 janvier 2016

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2016/01/30/the-poverty-of-historicism/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le groupe Impulso est demeuré fidèle à une vue essentiellement marxiste d’un développement progressiste historique, le point de vue que Dwight MacDonald a argumenté avoir été littéralement explosé par les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki. Plus personne ne peut maintenant prétendre que “du mal présent surgira le bien futur”, a écrit MacDonald, quand “pour la première fois dans l’histoire, l’humanité fait face à la possibilité que sa propre activité pourrait bien résulter en non seulement la destruction de quelques personnes et quelques parties du monde, mais de tout le monde et de toute la planète.

Le groupe Impulso s’est accroché à la vision que comme résultat d’un processus historique objectif, la classe des travailleurs, des prolétaires a développé des “intérêts incessants et unitaires”, les appelant à remplir son “rôle historique” d’abolition du capitalisme. Que la classe travailleuse ait des intérêts unitaires est un concept qui a été critiqué par d’autres anarchistes depuis au moins l’époque de Bakounine, qui avait argumenté contre Marx que les ouvriers citadins “qui gagnent plus et vivent plus confortablement que tous les autres travailleurs”, en vertu de leur”bien-être relatif et de leur position semi-bourgeoise” formaient uns sorte “d’aristocratie du travail.. malheureusement trop saturés profondément de tous les préjudices politiques et sociaux et de toutes les aspirations étriquées et prétentieuses de la bourgeoisie” (1872:294)

MacDonald fit référence à “l’échec des masses européennes de se passionner pour les slogans et les programmes socialistes” dans l’après-guerre, suggérant que “l’homme de la rue se sent aussi impuissant et manipulé vis à vis de l’organisation de masse du socialisme que par ses employeurs capitalistes et leurs institutions sociales et légales.” Pour Louis Mercier Vega (1914-1977), la stratification sociale au sein de la “classe ouvrière” rend nécessaire “de parler de plusieurs classes ouvrières”, chacune ayant des intérêts conflictuels comme par exemple les “différences de salaire”, qui “font qu’il est plus difficile d’acquérir une conscience de classe, encourageant ainsi la collusion entre la gestion privée ou étatique et les segments privilégiés des salariés à plus haut salaire. Elles accentuent plutôt qu’elles ne diminuent la tendance de maintenir une réduction du sous-prolétariat qui sera exposé lors de difficultés économiques accrues et les bloquera avec d’autres dans des arrangements complexes et régulateurs où la docilité et la diligence envers le haut se reflète dans les niveaux de salaire.

Le groupe Impulso a accepté implicitement la vision marxiste des étapes historiques du développement que d’autres anarchistes depuis Bakounine ont aussi défié et questionné. Même avant le conflit qui émergea entre Marx et Bakounine lors de la 1ère Internationale, un des points de désaccord entre Marx et Proudhon fut de savoir si une forme anarchiste de socialisme pouvait être établie avant que le capitalisme n’ait créé la technologie qui produirait l’abondance de biens soi-disant nécessaires pour subvenir à la société socialiste d’après Marx en 1847.

Les anarchistes firent la promotion de révolutions paysannes dans bien des circonstances, plutôt que d’attendre que le développement du prolétariat urbain n’arrive à maturité comme suggéré par la vision marxiste de l’histoire.

Gustav Landauer rejetait l’idée de “l’artifice du développement historique par lequel et par nécessité historique, la classe ouvrière, d’une manière ou d’une autre, est appelée par la Providence à prendre sur elle-même son rôle de classe dirigeante du moment présent.

Pour Landauer, “le miracle que le matérialisme et le mécanisme assument est qu’… un socialisme adulte provienne non pas des débuts enfantins du socialisme, mais de l’énorme corps déformé du capitalisme, ce miracle ne se produira pas, et bientôt les gens n’y croiront plus.

Huang Lingshuang et Rudolf Rocker formulèrent plus tard une critique similaire de la théorie marxiste de l’histoire.

« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 3ème partie ~

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Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

février 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

“La perte de temps est la caractéristique primordiale de notre système éducatif présent.”

~ Pierre Kropotkine ~

 “L’économie provient du politique, les relations de producion proviennent des relations de pouvoir, l’État engendre les classes.”

~ Pierre Clastres ~

 

Chapitre 5

 

La marxisme affirme:

  1. Que la concentration capitaliste dans l’industrie, dans le commerce, dans le système monétaire et financier est un stade préliminaire, le commencement du socialisme.
  2. Que le nombre d’entrepreneurs capitalistes, ou au moins des entreprises capitalistes, est en décroissance constante ; que la taille des entreprises individuelles augmente, que la classe moyenne diminue et est vouée à l’extinction et que le nombre de prolétaires croît incommensurablement.
  3. Que la quantité de ces prolétaires est toujours si importante qu’il doit toujours y avoir des chômeurs parmi eux, cette armée de réserve industrielle diminue les circonstances de la vie ; la surproduction en résulte parce que plus est produit qui ne peut être consommé et que donc les périodes de crises sont inéluctables.
  4. Que la disproportion entre l’énorme richesse dans les mains de quelques-uns ainsi que la pauvreté et l’insécurité des masses deviendra si grande qu’une crise terrible en résultera durant laquelle le mécontentement des masses deviendra si intense qu’une catastrophe, une révolution devra venir au cours de laquelle la propriété capitaliste pourra et devra être transformée en propriété sociale.

Ces point principaux ont souvent été critiqués par les érudits anarchistes, bourgeois et récemment par les révionnistes (du marxisme). Content ou pas, nous devons admettre en toute honnêteté la justesse des résultats suivants de la critique.

On ne doit pas parler des entrepreneurs capitalistes en supposant que l’existence de la société capitaliste dépend particulièrement de leur nombre ; on doit plutôt en parler sur le plan du combien ont un intérêt dans le capitalisme et de ceux qui, en regard de leur mode de vie, jouissent d’une bonne prospérité et sécurité sous le régime capitaliste. Qui dépend du capitalisme pour leurs opinions, leurs succès et humeurs et ce indépendemment du fait qu’ils soient entrepreneurs indépendants, agents en bonne position dans le système, hauts-fonctionnaires ou employés, actionnaires, retraités ou quoi que ce soit d’autre. En se fiant aux données fiscales et autres observations incontroversibles, on ne peut dire que le nombre de ces personnes n’a pas dimunué mais augmenté à la fois dans l’absolu et le relatif.

[…] La queston de la classe-moyenne a souvent été adressée. Son existence ne peut pas être niée. Personne n’a jamais dit ou écrit que la classe-moyenne ne peut vouloir dire que des artisans indépendants, des marchants, des petits fermiers ou des retraités.

Nous pourrions y acoler la question: Qui appartient à la classe-moyenne ? et une autre son corollaire: Qu’est-ce que le prolétariat ?

[…] J’ai dit qu’un prolétaire est quiconque gagne un standard de vie prolétaire, il y a donc bien sûr bien des degrés, de la misère la plus noire à l’ouvrier vivant avec sa famille, qui peut survivre à des périodes de chômage, en passant par la personne qui n’a que le strict minimum, même si ces derniers raccourcissent leur vie au travers de malnutrition (NdT: et de nos jours par la “malbouffe” bon marché et industrielle qui nous empoisonne à petit feu…) et dont la descendance n’arrive jamais à obtenir ce petit surplus leur permettant de participer aux arts par exemple.

De fait, seuls ces prolétaires n’ont rien à perdre sauf leurs chaînes et ont intérêts à changer le système (quand ils comprennent vraiment où réside leur intérêt, à savoir celui de la société entière). Même dans les strates supérieures des forces de travail, il y a des professions qui n’appartiennent plus entièrement au prolétariat.

[…] Il y a aussi une autre catégorie de personnes qui vit dans une amère pauvreté qui ne doivent pas être appelés prolétaires. Parmi eux, les artistes et écrivains pauvres, les médecins, les officiers de l’armée et les gens de cette sorte. Sous un régime parfois de privations, ils ou leurs parents se sont souvent assurés une culture qui ne les protège pas de la faim ou du pain rassis ou d’un repas pris à la soupe populaire. Ces personnes constituent une classe en eux-mêmes.

[…] Nous avons aussi un grand nombre croissant de gens qui, sans aucun doute, font partie d’un nouveau groupe de la classe-moyenne comme par exemple, les employés de grand magasin, les gérants de succursales ou de sections d’entreprises, les directeurs, les ingénieurs, les agents, les représentants de commerce etc.

Qu’en est-il de l’insécurité ? Il dit ici être noté que l’insécurité existe pour tous les membres de la société capitaliste, mais il y a là encore des degrés marqués. Nous devons donc faire des différences car nous n’avons pas à faire à des structures abstraites mais à des réalités historiques données. Pour le grand nombre qui se classe dans la catégorie de la classe-moyenne parmi la strate des gens ayant accès à la propriété, bien qu’ils ne disposent pas de leur propre moyens de travail ou de leur propre clientèle, l’insécurité n’est pour ces gens qu’une possibilité théorique. Et est une exception dans la pratique quotidienne. Les marxistes eux, ne coupent pas les cheveux en quatre et inscrivent les gens dans des paquets de généralité.

[…] Partout, le capitalisme préserve sa vitalité et au lieu de ses formes menant au socialisme, au contraire, il utilise la véritable forme socialiste que sont les coopératives ou la coopération mutuelle, pour ses objectifs d’exploitation des consommateurs de de monopolisation du marché.

L’État, de par sa législation, s’est aussi assuré que le capitalisme demeure en bonne santé et fort dans de très nombreux pays.

[…] Nous devons bien comprendre cette idée fondamentale que nous devons à Proudhon: “Ce qui est considéré comme vrai en matière économique pour la personne privée ordinaire, devient faux au moment où on cherche à l’appliquer à la société entière.”

Les ouvriers, dans leurs luttes pour les salaires, agissent juste en participants de la société capitaliste: en égoïstes luttant becs et ongles et comme ils ne peuvent rien faire seuls, ils luttent de manière organisée en tant qu’égoïstes unifiés. Organisé et unifiés, ils sont les camarades d’une branche de l’économie. Toutes ces associations branchiformes comprennent ensemble la totalité des ouvriers dans leur rôle de producteurs pour le marché des commodités capitaliste. Dans ce rôle, ils continuent une lutte, ou du moins le pensent-ils, contre les entrepreneurs capitalistes, mais en réalité contre eux-mêmes dans leur capacité de consommateurs.

Le soi-disant capitaliste n’est pas un caractère figé, tangible. C’est un intermédiaire, sur lequel bien sûr l’essentiel du blâme peut être mis, mais les coups que les ouvriers cherchent à lui infliger de manière militante loupent leur cible. L’ouvrier frappe et frappe, mais ils frappe sur un mirage intangible et les coups se retournent contre lui.

[…] Ainsi, les ouvriers dans leur lutte de producteurs produisent toujours plus de produits. Cette inflation, bien qu’elle affecte en partie les produits de luxe, a pour résultat essentiellement une augmentation du prix des articles de nécessité de base. En fait, pas mIeme une augmentation proportionnée, mais bel et bien disproportionnée. Lorsque les salaires augmentent, les prix montent de manière disproportionnée ; lorsque les salaires baisses par contre, les prix chutent légèrement et lentement de manière disproportionnée.

Le résultat en est que sur une période de temps, la lutte de l’ouvrier dans son rôle de producteur endommage les ouvriers dans leur réalité de consommateur.

[…] Quelqu’un dira bien que les syndicats, avec leurs grèves, luttent non seulement pour l’augmentation des salaires, mais aussi pour le raccourcissement des heures de travail, la solidarité avec les autres travailleurs et leurs doléances, les crédits de traail etc… Les syndicats sont des organisations reconnues complètement nécessaires au sein du capitalisme. Assurons nous de la bonne compréhension de ce qui est vraiment dit ici. Nous reconnaissons ici que les ouvriers ne sont pas une classe révolutionnaire, mais un groupe de pauvres damnés qui doivent vivre et mourir sous la règle capitaliste. Il est admis ici que la “politique sociale” de l’État, des municipalités, les politiques prolétariennes du parti des travailleurs, la lutte prolétarienne des syndicats du travail et le fond syndical sont tous des nécessités pour les travailleurs. Nous concédons aussi que les travailleurs pauvres ne sont pas toujours capables de respecter les intérêts de l’ensemble de la force laborieuse. Les secteurs économiques variés doivent mener leur lutte égoïste pour les salaires, car chaque secteur est une minorité en regard des autres et doit se défendre de l’inflation des coûts de la vie.

Tout ce qui est reconnu, admis et concédé ici est un coup porté contre le marxisme, qui ne cherche qu’à comprendre les travailleurs que dans leur rôle de producteurs et non pas comme le plus bas et pauvre étage du capitalisme, mais comme les porteurs choisis par le destin de la révolution et du socialisme.

Je dis ici: Non ! Toutes ces choses sont nécessaires sous le capitalisme aussi loin que les travailleurs ne comprennent pas comment sortir du capitalisme. Tout ceci ne fait que faire tourner en rond au sein du cercle vicieux établi par le capitalisme. Quoi qu’il arrive au sein de la production capitaliste, celle-ci ne peut mener que toujours plus profondément au capitalisme, mais jamais en sortir.

[…] Sous le système de salaire, il n’y a pas de relation déclarée du travail à la quantité et à la qualité de son produit, il n’y a pas de quid pro quo d’échange. Il n’y a que besoin qui désire une subsistance. Ainsi, nous trouvons une fois de plus que le travailleur du monde capitaliste doit défendre une institution capitaliste anti-culturelle pour préserver son existence. Ses besoins et son rôle de producteur font de lui un serviteur, un vassal du capitalisme.

[…] Récemment, dans une grande ville allemande, j’ai donné dix cours de littérature allemande, qui furent commandités par une association sociale-démocrate et dont l’audience fut pour l’essentiel des membres des syndicats ouvriers. J’ai alors fait l’expérience d’ouvriers anarchistes venant à ma rencontre après le cours dans le hall, endroit qu’ils avaient auparavant évité, pour me demander si je voulais bien leur donner un cours quelque temps plus tard ! A ce moment je décidais de leur donner cette réponse: J’ai donné un cours dans lequel j’ai parlé de Goethe, de Hölderin, de Novalis, de Stifter, de Hebbel, de Dehmel, de Liliencron, de Heinrich van Reder et de Christian Wagner et de bien d’autres, mais vous ne vouliez pas en entendre parler parce que vous ne saviez pas que la voix de la beauté humaine qui nous vient, le rythme fort et calme ainsi que l’harmonie de la vie ne peuvent pas être trouvés dans le bruit et la fureur de la tempête, pas plus que dans le mouvement léger des brises ni le calme sacré de l’immobilité…

“… Nous voulons essayer de voir la douce loi qui guide la race humaine… La loi de la justice, la loi de la morale, la loi qui veut que chaque humain vive de manière respectée, honoré et sécure, ensemble avec les autres, de façon, ainsi il pourra suivre sa plus haute destinée humaine, acquérir l’amour et l’admiration de ses compagnons, de façon à être protégé comme un bijou, car tout humain est un bijou pour un autre être humain, la loi réside partout où des humains vivent avec d’autres humains et cela se voit dans l’attitude d’un humain envers les autres. Elle réside dans l’amour entre époux, dans l’amour des parents pour leurs enfants, dans l’amour des enfants pour leurs parents, dans l’amour des frères et des sœurs, des amis les uns pour les autres, dans la douce inclinaison d’un sexe pour l’autre, dans l’effort par lequel nous subsistons, dans notre activité pour notre petit cercle, les endroits distants et le monde entier.” Nous disait Adalbert Stifter. Ainsi le socialisme que nous appelons bruyamment ici et duquel nous parlons si gentiment, est aussi la douce réalité de la beauté permanente de la vie des humains ensemble.

[…] C’est pourquoi détruisons par la gentillesse, permanente et liante réalité que nous construisons. Notre ligue [Bund] est une ligue pour la vie visant les pouvoirs éternels qui nous lient entre nous et avec le monde de la réalité. Laissons l’idée qui nous mène être de fait une idée, c’est à dire un lien qui nous unit au-delà du phénomène temporel transitoire, fragmentaire et superficiel, avec la calme communauté de l’esprit. Ceci est notre socialisme, une création du futur, comme s’il avait existé depuis toute l’éternité. Faisons en sorte qu’il ne vienne pas des réactions violentes, excitantes et colériques du moment, mais de la présence de l’esprit, de la tradition et de l’héritage de notre humanité.

[…] L’humain peut en vérité non seulement travailler pour vivre, mais il veut aussi sentir sa vie dans son travail, et durant son temps de travail, se réjouir de ce qu’il fait. Il a besoin non seulement de récréation, de repos et de joie le soir, il a aussi besoin et par-dessus tout, de plaisir dans son activité elle-même, une forte présence de son âme dans ses fonctions corporelles. Notre époque a créé le sport, l’activité ludique improductive des muscles et du système nerveux comme une sorte de travail ou de profession. Dans une véritable culture, le travail lui-même devient une soupapae ludique de toutes nos énergies.

[…] Ainsi, les ouvriers ont souvent été appelés des “esclaves” sur un ton indigné, mais on doit commprendre ce que l’on dit lorsqu’on emploie un tel mot comme “esclave” dans son sobre sens littéral. Un esclave était un “protégé”, qui devait être psychologiquement guidé, car sa mort coûtait de l’argent: un nouvel esclave devait être acheté. La terrible chose au sujet de la relation de l’ouvrier moderne et de son maître est justement qu’il n’est pas un esclave, que dans la très vaste majorité des cas, l’entrepreneur peut être complètement indifférent au fait de la vie ou de la mort de l’ouvrier. Celui-ci vit pour le capitaliste, mais il meurt pour lui-même. Il peut être remplacé. Les machines et les chevaux doivent être achetés, ce qui implique à la fois un coût d’achat et de maintenance. Il en était de même avec l’esclave qui devait d’abord être acheté, puis entraîné, même en tant qu’enfant puis on devait lui fournir sa subsistance. L’entrepreneur moderne obtient l’ouvrier gratuitement, qu’il paie un salaire de subsistance à l’un ou à l’autre n’a pas d’importance.

Ici une fois de plus, la dépersonalisation, la déshumanisation de la relation entre l’entrepreneur et le travailleur, le système capitaliste, la technologie moderne et l’État centralisé, vont la main dans la main. Le système capitaliste lui-même réduit l’ouvrier à un numéro. La technologie, alliée du capitalisme, en fait un pignon dans les rouages de la machine bien huilée. Finalement, l’État pourvoit à ce que le capitaliste n’ait non seulement pas besoin de pleurer la mort de l’ouvrier, mais que même en cas de mort ou d’accident, il n’ait même pas à être personnellement impliqué avec l’ouvrier de quelque façon que ce soit, Les institutions d’assurance d’état (ou privée) peuvent être observées de plusieurs angles, mais celui évoqué ici ne devrait sûrement pas être sous-estimé. Ces institutions remplacent également une humanité vivante par un mécanisme de fonctionnement aveugle et déshumanisé.

[…] Les marxistes et les masses de travailleurs qu’ils influencent n’ont aucune conscience du comment fondamentalement la technologie des socialistes diffère de la technologie capitaliste. Chez un peuple civilisé, la technologie devra être dirigée en accord avec la psychologie des hommes libres qui veulent l’utiliser. Quand les travailleurs eux-mêmes déterminent sous quelles conditions ils veulent travailler, ils feront un compromis entre le temps qu’ils veulent passer en dehors du temps de production et l’intensité de travail qu’ils accepteront en son sein afin de produire. Il y aura des différences considérables: certains travailleront rapidement et énergétiquement, de façon à pouvoir passer plus de temps en récréation, tandis que d’autres ne voudront pas passer à dégrader quelques heures que ce soit de la journée à un moyen et voudront que leur travail soit jouissif et procédront à une vitesse confortable pour eux. Leur slogan sera: “la vitesse casse la qualité” et leur technologie sera adaptée à leur nature.

Aujourd’hui, tout ceci ne vient même pas en considération. La technologie se tient totalement sous la subjugation du capitalisme. La machine, l’outil, le serviteur inerte de l’humain est devenu le maître. Même les capitalistes, dans une grande mesure, dépendent du mécanisme qu’ils ont produit et introduit.

[…] Le marxisme est un des facteurs non important, qui préserve la condition capitaliste, le renforce et rend son effet sur l’esprit des gens toujours plus désolant. Les peuples, la bourgeoisie et également, la classe ouvrière deviennent de plus en plus impliqués dans les conditions de production qui n’ont aucun sens, qui sont spéculatives et dénuées de culture et ce dans le seul but de faire de l’argent. Dans les classes qui souffrent le plus sous ces conditions et vivent souvent dans l’austérité complète, la privation et la pauvreté, une connaissance claire des choses, la rébellion et le désir réel d’amélioration déclinent de plus en plus.

Le capitalisme n’est en aucun cas une période de progrès, mais une période de déclin.

Le socialisme ne vient pas du développement plus avant du capitalisme et ne peut pas être la lutte des producteurs au sein du capitalisme.

Voilà les conclusions que nous avons atteintes.

Les tentatives pour retourner à la vieille superstition ou au langage symbolique qui ont perdu leur dignification, ces efforts toujours renouvelés de la réaction ; connectés avec la faiblesse et le déracinement du peuple accroché aux vieux schémas, pour qui le sentiment est plus fort que la raison, sont de dangereuses obstructions, et ultimement aussi seulement des symptomes de la fin. Cela devient encore plus répugnant même lorsque, aussi facilement, elles sont connectées avec la règle coercitive de l’État, qui est une non-spiritualité organisée.

[…] Aussi urgent que cela soit pour nous de concevoir le socialisme, la lute pour de nouvelles conditions entre les humains comme mouvement spirituel et donc de comprendre que la seule manière de parvenir à de nouvelles relations humaines est quand le peuple, mû par l’esprit les crée pour lui-même, il est très important pour nous d’être forts et de ne pas glisser en arrière vers un passé qui ne peut pas être ravivé. Bref, nous ne devons pas nous mentir à nous-mêmes. L’illusion du paradis, de la vérité, de la philosophie, de la religion, de la vision du monde ou quoi que ce soit que l’on veuille appeler les tentatives de cristaliser les sentiments au sujet du monde en mots et formes, n’existe pour nous maintenant que comme individus. Chaque tentative d’établir des communautés, des sectes, des églises, des associations ou quelque sorte de base de telles artifices spirituels, mène, sinon à la tromperie et à la réaction, du moins à un simple palabre sans incidence.

[..] Rappelons-nous néanmoins que chaque mensonge, chaque dogme, chaque philosophie ou religion a sa racine non pas dans le monde externe mais dans notre vie intérieure. Tous ces symboles, par lesquels l’humain amène la nature et lui-même en harmonie, sont de fait valides pour amener beauté et justice dans la vie communale des peuples, parce qu’ils sont les réflexions de la poussée sociale en nous et parce qu’ils sont notre propre forme endormie, la poussée vers le tout, sur lesquelles reposent l’association avec les autres, la communauté, la justice.

La pulsion naturelle de l’association volontaire pour les buts de communauté est inextirpable, mais elle a été sévèrement sonnée et est devenue insensible parce que pendant bien longtemps, elle fut connectée avec les mensonges du monde qui ont grandi et ont maintenant péri ou sans dans le processus de pourrissement.

[…] Nous possédons la réalité du vivant, l’esprit communal individuel en nous et nous ne devons que le laisser émerger créativement. Le désir de créer de petits groupes et des communautés de justice et non pas une aberration paradisiaque ou une forme symbolique, mais une joie sociale terrestre et la promptitude des individus à former un peuple, amèneront le socialisme et le commencement d’une véritable société.

L’esprit agira directement et créera ses formes visibles de la chair et du sang du vivant: des symboles d’éternité deviennent communautés, des incarnations de l’esprit deviennent des incorporations de justice terrestre.

[…] Nous avons appelé cette ère une période de déclin, parce que l’essentiel a été affaibli et ruiné: l’esprit commun, le volontarisme, la beauté de la vie populaire et ses formes. Mais il ne peut pas être ignoré que ces temps contiennent aussi pas mal de progrès. Progrès dans la science, la technologie… La raison est devenue plus agile et plus claire.

[…] Ainsi, la nouvelle société que nous voulons préparer, dont nous nous préparons à poser la pierre angulaire, ne sera pas un retour à de quelques structures anciennes. Ce sera l’ancien sous une nouvelle forme, une culture ayant les moyens découverts par la civilisation des siècles récents.

Comment commencerons-nous ? Comment le socialisme viendra t’il ? Qu’est-ce qui devra être fait ? En premier ? De suite ? Répondre à ces questions sera notre tâche finale.

A suivre…

« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~2ème partie~

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“Bakounine est ennemi de l’État. Marx aussi, théoriquement du moins, mais Marx considère que l’État prolétarien, ou socialiste, peut agir au service du peuple, tandis que son adversaire ne différencie pas l’État, dit prolétarien, de l’État monarchique ou républicain. Pour lui, essentiellement, l’État ne peut avoir d’autre but ou donner d’autres résultats que l’oppression et l’exploitation des masses populaires, soit en défendant les propriétaires, les patrons, les capitalistes, soit en devenant lui-même propriétaire, patron, capitaliste.”

~ Gaston Leval ~

 

Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

Janvier 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Chapitre 4

Le socialisme est la tendance de la volonté d’Hommes unifiés de créer quelque chose de nouveau pour la réalisation d’un idéal.

Nous voyons maintenant pourquoi cette nouvelle entité doit être créée. Nous avons vu l’ancienne. Une fois de plus nous avons laissé passer le système existant devant nos yeux tremblants.

Je n’offre aucune imagerie d’un idéal, aucune description d’une utopie. J’ai juste donné une idée de ce qui peut être dit maintenant et je lui ai donné un nom: la justice.

Le socialisme est un mouvement culturel, une lutte pour la beauté, la grandeur, l’abondance. Personne ne peut le comprendre, personne ne peut y mener, à moins de voir que le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents, en cela, aucun politicien du quotidien ne peut être un socialiste. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.

Ceci distingue le socialiste du politicien. Il est intéressé dans la totalité et il saisit nos conditions dans leur totalité, dans leur contexte historique ; il pense de manière holistique. De cela s’en suit qu’il rejette la totalité de nos formes de vie, il n’a d’autre intention, d’autre objectif que le principe entier, universel.

[…] Que le grand amour prédomine en lui, ou l’imagination, ou l’observation clairvoyante, ou la nausée, ou une agressivité sauvage, ou une forte pensée rationnelle, ou quoi que ce soit d’autre pouvant être sa motivation, qu’il soit un penseur ou un poète, un combattant ou un prophète: le vrai socialiste aura toujours un élément vital de l’universel en lui. Mais il ne sera jamais (je parle ici de mentalité et non pas de professions externes), un professeur, un avocat, un comptable, un dilettante crâneur, une personne typique.

Il convient ici de dire une fois pour toute: ceux qui s’appellent eux-mêmes ou se font appeler socialistes aujourd’hui ne sont pas socialistes. Ce qui se fait appeler de nos jour “socialisme” n’est absolument pas le socialisme.

[…] Ce substitut est une caricature, une imitation, un travesti de l’esprit. L’esprit est une compréhension de l’entièreté dans un universel vivant. L’esprit est une unité de choses séparées, de concepts et d’humains. L’esprit est une activité constructive.

[…] L’esprit a été remplacé par une superstition scientifique excentrique et ridicule. Pas étonnant que cette doctrine bizarre ne soit qu’un travesti de l’esprit, car son origne, la philosophie hégélienne, était déjà un travesti du véritable esprit. L’homme qui a concocté cette potion dans son laboratoire était Karl Marx ; le professeur Karl Marx. Il nous a amené la superstition scientifique en lieu et place de la connaissance spirituelle, la politique et le parti en lieu et place de la volonté culturelle.

Une falsification de l’universel comme cette science ne peut jamais sur le long terme, se maintenir contre les réalités quotidiennes tangibles du phénomène individuel ; la révolte des activistes du parti sans esprit a été montée contre le travesti de la science. Nous verrons ici que ni l’un ni l’autre ne sont socialistes. Il sera dit ici que ni le marxisme ni la mosaïque révisionniste sont du socialisme. Il sera montré ici même ce que le socialisme n’est pas et ce qu’il est. Voyons donc cela.

Le marxisme

Note de Résistance 71: Ici Landauer se lance dans une analyse critique du marxisme de plus de 20 pages. Nous ne traduirons ici que ce qui nous paraît essentiel et nous encourageons nos lecteurs à lire de toute façon l’ouvrage en entier (en allemand ou en anglais). Nous pensons malgré tout garder l’esprit de Landauer et de sa critique en tronquant la traduction du texte original.

Nous avons déjà traduit la critique du marxisme par Landauer que nos lecteurs peuvent trouver ici, nous la recopions ici pour maintenir la cohérence du propos:
https://resistance71.wordpress.com/2015/10/21/societe-contre-letat-le-marxisme-modele-du-nouvel-ordre-mondial-gustav-landauer/

 Karl Marx a artificiellement relié les deux composants du marxisme, la science et le parti politique, créant apparemment quelque chose de complètement nouveau, que le monde n’avait jamais vu auparavant, à savoir la science politique et un parti ayant une base et un programme scientifiques.

Si vous voulez gagner les masses, flattez-les. Si vous voulez les incapaciter d’action et de pensée sérieuses et rendre leurs représentants des archétypes de creuse prétention, des déversoirs d’une rhétorique qu’ils ne comprennent eux-mêmes au mieux qu’à moitié, puis de les convaincre qu’ils représentent un parti politique scientifique, si vous voulez les remplir d’une stupidité malsaine, alors entraînez-les dans des écoles de parti. Ainsi, le parti politique scientifique fut la demande des Hommes les plus avancés de tous les temps ! Quels parfaits amateurs furent donc tous les politiciens précédents, qui n’agirent que par instinct ou par génie, comme on marche, pense, écrit ou peint. Bien que ceci demande en plus d’un talent naturel, une bonne technique et une bonne habileté, ceci n’est en aucun cas une science.

[…] Qu’enseigne donc cette science du marxisme ? Qu’affirme t’elle ? Elle affirme connaître le futur. Elle présume avoir une telle vision profonde dans les lois éternelles du développement et les facteurs déterminants de l’histoire humaine, qu’elle sait ce qui va arriver, comment l’histoire va continuer et ce qu’il adviendra de notre condition et de nos formes de production et d’organisation.
Jamais la valeur et le sens de la science n’ont été si ridiculeusement mal compris. Jamais l’humanité n’a, surtout les plus opprimés, les plus intellectuellement démunis et les parties les plus sous-développées de l’humanité, été moquée de la sorte avec une réflexion de miroir si déformée.

[…] L’endroit du chemin où nous nous trouvons n’est pas du tout analogue à un problème mathématique ou un rapport factuel ou même une loi du développement ; ceci ne serait que se moquer de la loi de la conservation de l’énergie. Ce chemin correspond à une audacité de trompe-la-mort. La connaissance veut dire d’avoir vécu, de posséder ce qui a été. La vie veut dire: vivre, créer et souffrir de ce qui est à venir.

Non seulement ceci veut dire qu’il n’y a pas de science du futur, mais cela implique également qu’il n’y a qu’une connaissance vivante d’un passé toujours vivant, mais pas de science inerte de quelque chose de mort gisant là.

[…] Donc, l’histoire et l’économie politique ne sont pas des sciences. Les forces au travail dans l’histoire ne peuvent pas être formuléee scientifiquement: leur jugement sera toujours une estimation qu’on pourra décrire par un nom plus ou moins important, selon la nature humaine qu’il contient ou irradie.

[…] D’où donc les marxistes tirent-ils leur superstition scientifique ?

Ils concoctent leur contre-façon illusoire, le produit de substitution de leur patchwork historique et de leurs lois scientifiques: ils ne reconnaissent qu’un seul principe général convaincant qui forme, coordonne les détails et connecte des faits éparses, à savoir: la science. En fait, la science est esprit, ordre, unité et solidarité… lorsqu’elle est science. Mais lorsqu’elle n’est qu’une nébuleuse de stupidités, lorsque le supposé homme de science n’est qu’un journaliste déguisé, lorsque une tonne de faits statistiquement formulés et des platitudes dialectiquement masquées affirment être une sorte de mathématique supérieure de l’histoire et un manuel d’instruction infaillible de la vie future, alors cette soi-disante science n’a aucun esprit, elle est un frein à l’intellect. Elle est un obstacle qui se doit d’être éliminé avec arguments et rires, avec une colère dévastatrice.

[…] Nous [anarchistes] sommes des poètes et nous voulons idéologiquement éliminer les falsificateurs scientifiques, les marxistes froids, creux et dénués de spiritualité, de façon à ce qu’une vision poétique, une créativité artistiquement concentrée, l’enthousiasme et la clairvoyance trouvent leur place pour agir, travailler et se construire à partir de maintenant ; dans la vie, dans des corps humains, pour la vie harmonieuse, le travail et la solidarité des groupes humains, des communautés et des nations.

[…] L’esprit qui nous anime est la quintessence de la vie et il crée une réalité effective. Cet esprit est aussi appelé autrement: solidarité [Bund] ; et ce que nous cherchons à optimiser dans une belle présentation est: la pratique, le socialisme, une ligue de personnes au travail [Bund].

Nous pouvons ici clairement voir et toucher du doigt pourquoi les marxistes ont exclus l’esprit de leur fameuse conception de l’histoire, qu’ils appellent le matérialisme historique.

Les marxistes, dans leurs déclarations et leurs points de vue, ont exclus l’esprit pour une raison simple et logiquement presque excellente raison matérielle: ils n’ont tout simplement pas d’esprit. Pour des raisons déjà cités, ceci ne peut pas être et ce en aucun cas une science fondée sur des lois, mais ne peut devenir qu’un brouillon préliminaire imaginatif, presque fantastique, pour une telle science.

[…] Il est en fait seulement nécessaire de dire que ce que les marxistes appelent une conception matérialiste de l’histoire n’a rien à voir avec un matérialisme rationnellement conçu : en fin de compte, eux-mêmes ont considéré que c’était une contradiction que de considérer rationnellement le matérialisme et ils n’auraient pas même eu tort. En fait, la conception historique qu’ils enseignent devrait être appelée “économie”. Son véritable nom néanmoins, comme je l’ai dit ci-dessus, est la conception non spirituelle de l’histoire.

Car ils affirment avoir découvert que toutes les conditions politiques, les religions, les mouvements intellectuels, sans exclure bien sûr leur propre doctrine et leur entière agitation et activité politique, ne sont qu’une superstructure idéologique, une sorte d’épiphénomène des conditions économiques et des processus des institutions sociales. Leurs esprits superficiels ne sont que peu préoccupés par la quantité d’activité mentale et spirituelle qui est inextricablement mélangée avec ce qu’ils appellent la réalité économique et sociale, par le fait que la vie économique n’est qu’une petite partie de la vie sociale et que cette vie sociale est totalement inséparable des petites et grandes stuctures spirituelles et des mouvements de la coexistence humaines.

[…] L’entière doctrine est fausse et ne tient pas la route et tout ce qui demeure de vrai et de valable est un fait que nous avons réalisé en Angleterre et ailleurs bien avant Karl Marx à savoir qu’en contemplant les évènements humains, la signification éminente des conditions économiques et sociales et des changements ne pouvait être ignorée. Ce point de vue culmina dans le grand mouvement qui dit être appelé celui de la découverrte de la société comme étant distincte de l’État, un des premiers et des plus importants pas vers la liberté, la culture, la solidarité, le peuple et le socialisme. Bien des idées bénéfiques et séminales sont contenues dans les grands écrits des économistes politiques et des journalistes brillants du XVIIIème siècle ainsi que des premiers socialistes du XIXème. Le marxisme quoi qu’il en soit, a réduit tout ceci en une caricature, une contre-façon et une corruption. La soi-disant science que les marxistes en ont fait est en réalité une tentative pathétique et désastreuse de renverser l’actuel écartement de l’État, à savoir le démarquage de la non-culturalité vers les associations volontaires unifiées par un esprit commun, le courant qui porte en lui la société des sociétés, pour revenir à l’État et à la non spiritualité de nos institutions sociales, menant ce courant à l’alimentation du mouvement de carrière de politiciens ambitieux.

Nous devons regarder de plus près encore. Nous n’avons pelé que deux couches de cet oignon marxiste acride, nous devons couper plus avant en son cœur même si cela doit amener plus de larmes aux yeux. Nous devons disséquer plus avant cette monstruosité.

Nous avons atteint l’étape où le professeur qui réduit la vie à une fausse science, les corps humains à du papier, se transforme lui-même en professeur d’un type différent, s’appelant comme bien d’autres professeurs “artistes de transformation”, magiciens, prestidigitateurs… Le chapitre le plus décisif de Karl Marx m’a toujours rappelé ce type de professeur qu’on peut résumer ainsi: “Un, deux, trois… Ne crois pas ce que tu vois !”

Par conséquent, d’après Marx, la carrière progressive de nos nations depuis le moyen-âge vers le futur en passant par aujourd’hui, est une trajectoire qui prend place “de par la nécessité d’un processus naturel”, avec en plus une rapidité croissante. Dans la première étape, celle des petits commerçants, il n’y a que des gens moyens, médiocres, petit-bourgeois et ce type de personnes et bien des gens possèdent leur toute petite propriété. Puis vient le capitalisme, la seconde étape, la poussée vers le progrès, la première étape du développement vers le socialisme et le monde apparaît bien différent. Le petit nombre possède de grandes propriétés et la masse n’a rien. La transition vers cette étape fut difficile et cela ne put être fait sans violence et mauvaises actions. Mais à ce stade, le progrès vers la terre promise s’accélère de plus en plus et bien plus facilement sur les rails bien huilés du développement. De plus en plus des masses sont prolétarisées et il y a de moins en moins de capitalistes. Ils s’approprient les uns les autres jusqu’à ce que des masses de prolétaires, comme le sable sur une plage côtière, fassent face à de gigantestques entrepreneurs isolés et sautent à la troisième étape, le second processus du développement, la dernière étape vers le socialisme qui est un jeu d’enfant: “le glas de la propriété privée capitaliste sonne”. “La centralisation des moyens de production” et “la socialisation du travail”, dit Marx, furent achevées sous le capitalisme. Il appelle cela un mode de production qui a “fleuri sous le monopole du capital”, en tombant toujours dans un tel délire poétique quand il fait l’éloge des dernières beautés du capitalisme juste avant qu’il ne tourne en socialisme. Maintenant le temps est venu: “la production capitaliste, avec la nécessité d’un processus naturel, génère sa propre négation.”: le socialisme. Car la “coopération” et la “propriété commune de la terre”, nous dit Marx, sont déjà un “accomplissement de l’ère capitaliste”. La grande, l’énorme, la presqu’infinie masse de prolétaires ne peut pratiquement rien contribuer au socialisme. Elle doit simplement attendre que son heure arrive.

[…] Pour moi, la coopération veut dire action commune et travail commun… Ce que Karl Marx a appelé coopération, supposée être un élément du socialisme, est la forme de travail qu’il a vu dans l’entreprise capitaliste de son temps, le système industriel, celui de l’usine, où des milliers de personnes travaillent dans une énorme pièce, l’adaptation de l’ouvrier à la machinerie et en résultat, la division pervasive du travail dans la production de commodités pour le marché mondial capitaliste. Marx dit sans équivoque que le capitalisme est “déjà fondé sur l’entreprise de production sociale” !

Oui il est vrai que ce type de non-sens sans parallèle dans l’histoire va contre le courant de pensée, mais c’est l’opinion exprimée de Karl Marx que le capitalisme développe le socialisme complètement de lui-même et que le mode de production socialiste s’épanouit sous le capitalisme. Nous avons déjà la coopération, nous sommes déjà bien sur le chemin de la propriété commune de la terre et des moyens de production. Au bout du compte, il ne restera plus qu’à chasser les quelques propriétaires qui demeurent en place. Tout le reste a fleuri sous le capitalisme, car capitalisme = progrès = société = socialisme. Le véritable ennemi est la “classe moyenne, le petit industriel, le petit marchant, l’artisan, le paysan”. Car ils travaillent pour eux-mêmes et ont quelques aides et apprentis. C’est cela le boulet, la petite entreprise, tandis que le capitalisme lui est l’uniformité, le travail de milliers dans un même endroit, le travail pour le marché mondial ; çà c’est la production sociale et le socialisme.

Ceci représente la véritable doctrine de Karl Marx: quand le capitalisme a remporté une victoire complète sur les vestiges du moyen-âge, le progrès est scellé et le socialisme est pratiquement là.

N’est-il pas symboliquement signifiant que la fondation même du marxisme, la bible de ce type dd socialisme soit appelée “Das Kapital” ? Nous opposons ce socialisme avec notre socialisme propre en disant ceci: socialisme, culture et solidarité, juste échange et travail joyeux, la société des sociétés ne peut venir que lorsqu’un esprit s’est éveillé comme celui de l’ère chrétienne et pré-chrétienne des nations teutoniques et lorsque cet esprit n’existe plus et laisse la place au manque de culture, à la dissolution, au déclin, ceci en terme économique est appelé: le capitalisme.

Ainsi deux choses diamétralement opposées se font face:

Ici le marxisme et là le socialisme !

Marxisme: la non spiritualité, la floraison des fleurs de papiers sur les ronces adorées du capitalisme.

Socialisme: la nouvelle force contre la pourriture ; la culture qui s’élève contre la combinaison de la non-spiritualité, de l’austérité, de la violence, contre l’état et contre le capitalisme modernes.

Maintenant on peut comprendre ce que je veux lui dire en face, le marxisme est la peste de notre temps et la malédiction du mouvement socialiste. Maintenant nous allons expliquer encore plus clairement pourquoi c’est comme cela et pourquoi le socialisme ne peut se réaliser qu’en combattant mortellement le marxisme.

Car le marxisme est. par dessus tout, ce Philistin qui regarde de manière condescendante toute chose venant du passé, qui appelle tout ce qui l’intéresse le présent ou le futur immédiat, qui croit dans le progrès, qui préfère 1908 mieux que 1907 et qui attend quelque chose de spécial en 1909 et quasiment un miracle eschatologique pour quelque chose qui est aussi éloigné dans le futur que 1920.

Le marxisme est le Philistin et donc l’ami de toute chose massive et compréhensible. Quelque chose comme une république médiévale de villes ou de villages, une mir russe ou un Allmend suisse ou une communauté communiste, ne peuvent pas pour lui avoir la moindre similarité avec le socialisme, mais par contre un état vaste et centralisé ressemble déjà à son État du futur de manière assez proche. Montrez-lui un pays à une période donnée de l’histoire où les petits paysans prospéraient, où il y avait des métiers complémentaires artisanaux florissants, où il y avait peu de misère et il détournera le nez avec dédain.

Karl Marx et ses successeurs pensaient qu’ils ne pouvaient pas faire de pire accusation contre le plus grand de tous les socialistes, Pierre-Joseph Proudhon, qu’en l’appelant “petit-bourgeois” et “petit paysan socialiste”, ce qui n’était ni incorrect ni insultant, car Proudhon avait splendidement montré au peuple de sa nation et de son temps, de manière prédominante des petits paysans et des artisans, comment ils pourraient parvenir au socialisme immédiatement sans avoir à attendre les progrès laborieux du grand capitalisme. Mais, les croyants dans le progrès ne veulent pas nous entendre parler de la possibilité qui fut autrefois présente et qui ne devint pas une réalité et les marxistes ainsi que tous ceux qu’ils ont infecté ne peuvent pas écouter quiconque parler de socialisme qui aurait pu être possible avant le mouvement de déclin, qu’ils appellent eux, le mouvement ascendant du capitalisme sacré.

Nous [les anarchistes] en revanche, ne séparons pas un développement humain fabuleux et les processus sociaux de ce que veut, fait, aurait voulu ou aurait pu faire l’humain. Nous savons aussi quoi qu’il en soit, que la détermination et la nécessité de tout ce qui se passe, incluant bien entendu, la volonté et l’action est valide et sans exception, mais seulement après que ce soit établi en fait réel, à savoir après que la réalité soit établie, cela devient-il alors une nécessité…

De notre opinion, l’histoire humaine ne consiste pas en des processus anonymes et d’une vulgaire accumulation d’une multitude de petits évènements et d’omissions.

Mais le marxisme est inculte et il montre toujours du doigt en toute suffisance, moquerie et triomphe, les échecs et les tentatives futiles, il a de plus une telle peur infantile de la défaite. Il montre le plus de mépris pour ce qu’il appelle les expériences ou les échecs. Ceci est un signe honteux d’un déclin des plus disgracieux, spécifiquement pour le peuple allemand, à qui convient si mal une telle peur de l’idéalisme, de l’enthousiasme et de l’héroïsme, que de si piètres personnages sont les leaders de ses masses mises en esclavage. Mais les marxistes sont pour les masses appauvries et opprimées exactement ce qu’ont été les nationalistes depuis 1870 pour les classes de gens rassasiés: les adorateurs du succès.

De ce fait, nous saisissons un sens plus précis de l’expression “conception matérialiste de l’histoire”. Oui, de fait les marxistes sont des matérialistes dans le sens ordinaire, brut et populaire du mot et tout comme les crânes d’œuf nationalistes, ils s’épanouissent à vouloir réduire et exterminer l’idéalisme. Ce que les bourgeois nationalistes ont fait des étudiants, les marxistes le font de grands segments du prolétariat, façonnant couardement de petits hommes sans jeunesse, sans esprit indomptable, sans courage, sans la joie de faire ou de tenter quelque chose, sans pensée dirigée, sans hérésie, sans originalité ni individualité. Mais nous avons besoin de tout cela. Nous avons besoin de tentatives et d’initiatives. Nous avons besoin d’envoyer des milliers d’hommes en Sicile. Nous avons besoin de ces si précieuses natures de Garibaldi et nous avons besoin d’échecs après échecs et de cette dureté naturelle se forgeant à ne plus rien craindre, qui maintient le cap, qui endure, et recommence encore et toujours jusqu’au succès, jusqu’à ce qu’on réussise et devienne impossible à conquérir. Quiconque n’endorse pas le danger de la défaite, de la solitude, des échecs, n’atteindra jamais la victoire.

Ô vous les marxistes, je sais pertinemment comme cela sonne faux à vos oreilles, vous qui n’avez peur de rien sauf ce que vous appelez un coup de couteau dans le dos. Ce mot appartient à votre vocabulaire si particulier et peut-être à juste titre, puisque vous montrez votre dos le plus souvent à vos ennemis plutôt que votre visage. Vous savez à quel point vous haïssez profondément et Ô combien repoussant vos humeurs sèches trouvent de telle natures passionnées que sont le constructif Proudhon et les destructeurs Garibaldi ou Bakounine. Tout ce qui est latin ou celtique, tout ce qui a trait à l’air libre à la nature sauvage et à l’initiative est presque un embarrassement pour vous. Vous vous êtes suffisamment handicapés pour exclure tout ce qui peut-être libre, personnel ou juvénile, traits que vous qualifiez inlassablement de stupidités, exclus donc du parti, du mouvement et des masses elles-mêmes.

Les choses seraient véritablement bien meilleures pour nous et le socialisme en général si au lieu de la stupidité systémique que vous appelez votre science, nous avions les stupidités de gens aux tempéraments de feu débordant d’enthousiasme sur les autres, ce que vous ne pouvez pas supporter. Oui, nous voulons en fait faire ce que vous appelez des “expériences” ; nous voulons tenter, nous voulons créer depuis notre cœur et nous voulons si cela doit-être, souffir de la défaite et des échecs jusqu’à la victoire, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Des personnes incultes, fades, cyniques et livides mènent nos peuples, où sont les tempéraments de Colomb (NdT: de manière évidente, Landauer n’a pas réfléchit en profondeur à la question de Colomb et de la “découverte”…), ces gens qui préfèrent voguer en pleine mer sur de fragiles embarcations vers l’inconnu plutôt que d’attendre le progrès. Où sont les jeunes joyeux et victorieux Rouges qui riront à la face livide de ces leaders ? Les marxistes détestent entendre de telles paroles, de telles attaques, qu’ils appellent des rechutes, de tels défis enthousiastes non-scientifiques. Je le sais et c’est pour cela que cela est si bon de le leur avoir dit. Les arguments que j’utilise contre eux sont valides et tiennent la route, mais si au lieu de les réfuter au moyen d’arguments, je pouvais les ennuyer à mort avec la moquerie et le rire, cela m’irait tout aussi bien. (NdT: comme quoi l’humour, le sarcasme et l’ironie, lorsqu’intelligemment maniés sont des armes redoutables. Où en sont l’humour et le “politiquement correct” ajourd’hui en 2016 ?…)

Ainsi, le marxiste inculte est bien trop malin, à la page et prudent pour ne jamais penser que le capitalisme dans un état d’effondrement total, comme ce fut le cas durant la révolution de Février [1848] en France, pourrait être confronté par l’organisation socialiste alors qu’il préfère tuer les formes de communauté de vie émanant du Moyen-Age qui furent préservées, spécifiquement en Allemagne, en France, en Suisse, et en Russie, pendant des siècles de déclin et de les noyer totalement dans le capitalisme plutôt que de reconnaître qu’ils contiennent les graines et les cristaux de vie de la culture socialiste à venir.

Mais si quelqu’un lui montre les conditions économiques de disons, l’Angleterre, du milieu du XIXème siècle, avec son système industriel de désolation, avec son exode rural, son homogénéisation des masse et sa misère, avec des économies tournées vers le marché mondial au lieu des véritables besoins, il y trouve la production sociale, la coopération, les commencements de la propriété commune. Il se sent comme à la maison…

Ajoutez à cela la concentration capitaliste qui paraissait être comme si le nombre de capitalistes et de fortunes deviendraient toujours moindre et de continuer à promouvoir le modèle du gouvernement omnipotent dans l’État centralisé de notre temps, ajoutez-y finalement la toujours plus grande perfection des machines industrielles, la division toujours croissante du travail, le remplacement des ouvriers et artisants hautement qualifiés par des machinistes sans talent, tout cela vu sous une lumière exagérée et caricaturale, car cela possède un autre côté et n’est jamais un développement schématiquement non-linéaire. C’est une lutte et un équilibre de plusieurs tendances, mais tout ce que voit le marxisme est toujours grotesquement simplifié et caricaturé. Finalement, ajoutez l’espoir que les heures de travail vont diminuer de plus en plus et que le travail humain deviendra de plus en plus productif: alors l’état du futur est accompli. L’état futur des marxistes: la floraison sur l’arbre de la centralisation gouvernementale, capitaliste et technologique.

On doit cependant ajouter que le marxiste, quand il rêve à fond, ce rêve jamais plus sec et plus vide et s’il y a jamais eu de fantaisistes sans imagination, les marxistes sont les pires, le marxiste étend son centralisme et sa bureaucratie économique au-delà des états présents et se fait l’avocat d’une organisation mondiale qui régulerait et dirigerait la production et la distribution des biens de consommation et de service. C’est l’internationalisme marxiste. Comme dans l’ancienne [première] Internationale, tout devait être supposément dirigé depuis Londres et sa base du Conseil Général et aujourd’hui dans la social-démocratie (seconde internationale), toutes les décisions sont prises depuis Berlin, cette autorité de la production mondiale regardera un jour dans chaque casserole possible et aura la quantité adéquate de graisse pour les rouages des machines qu’elle aura en compte.
Une couche encore et notre description du marxisme sera terminée.

Les formes d’organisation que ces gens appellent le socialisme, fleurissent complètement dans un terreau capitaliste, mis à part que ces organisations, ces usines toujours en pleine expansion grâce à la vapeur, sont toujours entre les mains privées d’entrepreneurs et d’exploiteurs. Nous savons quoiqu’il en soit déjà qu’ils sont supposés être réduits à un nombre toujours plus petit par la concurrence. On doit visualiser clairement ce que cela signifie: d’abord cent mille, puis quelques milliers, puis quelques centaines, puis quelques 70 ou 50, puis juste quelques énormes et monstrueux entrepreneurs (NdT: regardons ce qu’il s’est passé depuis… On appelle çà le capitalisme monopoliste, celui des géants, des cartels que ce soit industriels ou financiers, ils dominent le monde depuis l’entre deux- guerre et ont tout acheté y compris les États et leurs gouvernements, mais à un moment donné, la compression n’est plus possible, les grands capitalistes s’unissent pour maintenir la convergence de leurs intérêts politiques et financiers en maintenant une sous-classe capitaliste en pare-feu et en chiens de garde du système).

Leur sont opposés travailleurs, ouvriers, prolétaires. Ils sont de plus en plus nombreux, les classes moyennes disparaissent et avec le nombre de travailleurs, l’intensité et le pouvoir des machines croissent également, de telle façon que non seulement le nombre de travailleurs mais aussi le nombre de chômeurs, la soi-disante armée de réserve du travail, augmentent. D’après cette description, le capitalisme atteint une impasse et la lutte contre lui, à savoir contre les quelques capitalistes restant, devient de plus en plus facile pour les masses incommensurables de déshérités qui ont un intérêt dans le changement. Ainsi doit-on se rappeler que tout dans la doctrine marxiste est immanent, bien que le terme provienne d’un autre domaine et y soit mal approprié. Ici, cela signifie que rien ne nécessite un effort spécial ou une vision mentale, tout coule de source du processus social. Les soi-disantes formes socialistes sont déjà immanentes au capitalisme…

Comme le dit le programme social-démocrate allemand en ces termes si jolis et si marxistes (à l’encontre d’éléments non authentiques qui se sont infiltrés pour faire que les créateurs de ce programme appellent maintenant révisionistes leur opposition): les puissances de production grossissent maintenant au-delà de la capacité de la société contemporaine. Ceci contient l’enseignement très marxiste qui dit que dans la société contemporaine les formes de production sont devenues de plus en plus socialistes et qu’il ne manque à ces formes que leur juste forme de propriété. Ils appellent cela la propriété sociale, mais quand ils appellent le système industriel capitaliste un [système de] production sociale (non seulement Marx applique ceci dans le Capital, mais les socio-démocrates actuels dans leur programme courant appelle le travail dans les formes du capitalisme contemporain, le travail social), nous connaissons les véritables implications de leurs formes socialistes de travail.

Tout comme ils considèrent les formes de production de la technologie de la vapeur dans le capitalisme être une forme socialiste de travail, ils considèrent également l’État centralisé comme l’organisation sociale de la société et la propriété d’état administrée de manière bureaucratique comme la propriété commune !… Ces gens n’ont vraiment aucun sens instinctif de la société et de sa signification. Ils n’ont pas la moindre idée du fait que la société ne peut-être qu’une société des sociétés, seulement une fédération, seulement la liberté. Ils n’ont de ce fait aucune idée que le socialisme est l’anarchie et la fédération. Ils croient que le socialisme est le gouvernement, tandis que d’autres qui ont soif de culture veulent créer le socialisme parce qu’ils veulent échapper à la désintégration et la misère issues du capitalisme et sa pauvreté concomittante, son manque total d’esprit et la coercition inhérente, qui n’est que l’autre face de l’individualisme économique. Bref, ils veulent s’échapper de l’État pour participer à une société des sociétés et à la participation des associations volontaires.

Parce que, comme disent ces marxistes, le socialisme est toujours, façon de parler, la propriété privée des entrepreneurs, qui produisent sauvagement et inconsidérément et comme ils sont en possession des pouvoirs de production socialistes (lire ici: la machine à vapeur, la production perfectionnée par la machinerie et les masses prolétariennes à profusion), donc, parce que la situation ressemble à un balais de sorcière dans les mains d’une apprentie, un déluge de biens de consommation, une surproduction et une grande confusion peuvent en résulter, à savoir, des crises peuvent survenir, qui, quelqu’en soient les détails, se produisent toujours selon les marxistes, parce que la fonction régulatrice d’un contrôle statistique et la direction d’une autorité d’État mondiale est nécessaire et va de paire avec le mode de production socialiste, qui de leur point de vue tordu et stupide, existe déjà.

Aussi longtemps que cette autorité de contrôle fait défaut, le “socialisme” demeure toujours imparfait et le désordre peut en résulter. Les formes d’organisation du capitalisme sont bonnes, mais elles manquent d’ordre, de discipline et d’une centralisation stricte. Le capitalisme et le gouvernement doivent fusionner et là où nous parlerions de capitalisme d’État, ces marxistes disent que le socialisme est là et bien là. Mais juste comme leur socialisme contient toutes les formes du capitalisme et de la régimentation et tout comme ils permettent la tendance à l’uniformité et au nivellement qui existe aujourd’hui pour progresser vers sa perfection ultime, le prolétariat est lui aussi porté vers leur socialisme.

Le prolétariat de l’entreprise capitaliste est devenu l’état prolétarien et la prolétarisation a, lorsque commence ce type de socialisme, atteint réellement et de manière prévisible des proportions gigantesques. Tout le monde sans exception est un employé de l’État.

Le capitalisme et l’État doivent fusionner, ceci est en vérité l’idéal marxiste (NdT: Pour Mussolini, le fascisme se définissait comme la fusion de l’État et des corporations industrio-financières… Simple question ici en 2016: Quel est le concept du Nouvel Ordre Mondial que l’oligarchie veut mettre en place ?… surpris ?). Bien qu’ils ne veulent pas entendre parler de leur idéal, nous voyons qu’ils cherchent à promouvoir cette tendance de développement. Ils ne voient pas que le pouvoir énorme et la désolation bureaucratique de l’état n’est nécessaire que parce que notre vie communale/commune a perdu son esprit, parce que la justice et l’amour, les associations économiques et la floraison de la multiplicité des petits organismes sociaux ont disparu. Ils ne voient rien de cette décomposition profonde de nos temps, ils hallucinent le progrès.

La technologie bien sûr progresse. Cela se produit dans les temps culturels, bien que pas toujours, il y a des cultures sans progrès technique ou technologique. Elle progresse surtout en temps de décomposition, de l’individualisation de l’esprit et de l’atomisation des masses. Ceci est justement notre point. Le véritable progrès de la technologie ainsi que celui de la véritable base temporelle est, pour une fois, marxiste pour les marxistes, la base véritable, matérielle pour la superstructure idéologique, à savoir pour les marxistes, l’utopie du socialisme progressiste…

Il n’y a aucun doute que les marxistes pensent que si l’avant et l’arrière de notre dégradation, les conditions capitalistes de la production et de l’état étaient rassemblées, alors leur progrès et leur développement attendraient leur but pour que se réalisent la justice et l’égalité. Leur état économique bien compris, qu’il soit l’héritier des états précédents ou leur état mondial est une structure républicaine et démocratique et ils pensent vraiment que les lois d’un tel état fourniraient bien-être et bonheur à son peuple. C’est ici que nous devons nous esclaffer de ces pathétiques fantasmes. Une telle réflexion de miroir ne peut être que le produit du laboratoire de développement du capitalisme. Nous ne perdrons pas plus de temps sur cet idéal accompli de l’ère du déclin et de l’inculture dépersonnalisée, de ce gouvernement de nains.

Nous allons voir que la véritable culture n’est pas vide, mais satisfaite et que la véritable société est une multiplicité de petites et véritables affinités qui grandissent des qualités de connexion des individus, de l’esprit, que c’est une structure de communautés et une union. Ce “socialisme” des marxistes est un gloitre géant qui va se développer de manière supposée. N’ayez pas peur, nous allons bientôt voir qu’il ne se développera pas. Notre socialisme en revanche, devrait pousser du cœur des Hommes. Il désire provoquer le fait que les cœurs de ceux qui s’appartiennent les uns aux autres grandiront en unité et en esprit. L’alternative n’est pas un socialisme pygmée ou socialisme de l’esprit, car nous verrons bientôt que si les masses suivent les marxistes ou même les révisionnistes (NdT: du marxisme), alors le capitalisme demeurera.

Cela ne tend pas à changer soudainement dans le “socialisme” des marxistes ni de se développer en le “socialisme” des révisionistes. Le déclin, dans ce cas précis, le capitalisme, a en notre temps juste assez de vitalité que la culture et l’expansionisme ont eu en d’autres temps. Le déclin ne veut pas du tout dire décrépitude, une tendance vers l’effondrement ou un renversement drastique des choses. Le déclin, l’époque du naufrage, de l’impopularité, de la platitude d’esprit, est capable de durer des siècles ou un millénaire. Le déclin, ici le capitalisme, possède à notre époque juste cette vitalité qu’on ne trouve ni dans la culture ni dans l’expansion contemporaine. Il a autant de force et d’énergie que nous échouons de nous rassembler pour le socialisme. Le choix auquel nous faisons face n’est pas: une forme de socialisme ou une autre, mais bien plus simplement: capitalisme ou socialisme, l’État ou la société, le non-esprit ou l’esprit. La doctrine du marxisme ne mène pas hors du capitalisme, il n’y a aucune vérité non plus dans la doctrine du marxisme que le capitalisme puisse dans le temps, émuler l’incroyable exploit du Baron de Münchhausen qui se tira d’un étrange marécage en se tirant lui-même par sa tresse, à savoir cette prophétie qui dit que le capitalisme va émerger de son propre marigaux par la simple vertu de son propre développement.

Posons donc les questions: Est-il vrai que la société est telle que les marxistes la décrivent ? Que son développement plus avant est ou doit être, ou sera probablement tel ? Est-il vrai que les capitalistes se dévorent les uns les autres jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul énorme capitaliste ? Est-ce vrai ? Devrait-il n’y avoir qu’un seul capitaliste ? Est-il vrai que la classe moyenne disparaît, que la prolétarisation s’accélère et qu’une fin de ce processus peut-être prédite ? Que le chômage est de pire en pire et que de telles circonstances ne peuvent plus continuer à exister ? Et y a t’il une influence spirituelle sur les déshérités de façon qu’ils doivent par nécessité naturelle, se révolter, devenir révolutionnaires ? Est-il vrai finalement que les crises deviennent de plus en plus compréhensibles et dévastatrices ? Que la capacité productive du capitalisme le dépasse et doit donc immanquablement évoluer en un soi-disant socialisme ?

Tout ceci est-il vrai ?

Voilà les questions que nous devons poser et que nous, les anarchistes, avons toujours posé depuis le début, depuis que le marxisme existe. Bien avant le marxisme, il y avait un véritable socialisme, spécifiquement le socialisme du plus grand socialiste: Pierre Joseph Proudhon, il fut après coup ombragé par le marxisme, mais nous le ramenons à la vie. Voici nos questions et elles sont les questions qui, d’une perspective différente, se posent aussi les révisionnistes [du marxisme].

[…] Le socialisme, disons le clairement que les marxistes l’entendent bien, ne dépend pas, pour la possibilité de sa réalisation, de quelque forme de technologie que ce soit ni de la satisfaction des besoins. Le socialisme est possible à tout moment, si suffisamment de personnes le désirent. Mais il sera toujours différent selon le niveau de technologie disponible, rien ne commence de rien. Ainsi donc, comme stipulé plus haut, pas de description d’un idéal ni d’une utopie n’est proposés ici. Pour les marxistes, le socialisme est possible à tout moment indépendamment de la technologie disponible, même avec une technologie primitive (NdT: de fait, l’anthropologie politique a montré que les sociétés ancestrales étaient pour l’essentiel des sociétés “anarchistes”, pratiquant le communalisme démocratique où la propriété privée n’existait pas et où la chefferie n’avait pas de pouvoir, qui demeurait dilué dans le peuple…) , tandis que dans le même temps cela est impossible pour le mauvais groupe de personnes au sein d’une société plus technologiquement avancée. Ainsi, le capitalisme ne va pas nécessairement se transformer en socialisme ; il doit périr. Le socialisme ne va pas nécessairement se produire, ni du reste le socialisme capitaliste d’état prolétaire des marxistes et ceci n’est pas plus mal. En fait, aucun socialisme peut venir, c’est ce que nous allons montrer maintenant.

Pourtant, le socialisme peut venir, doit venir, si nous le voulons, si nous le créons, cela aussi sera démontré.

A suivre…