Archive pour guerre violence nature humaine

Nature humaine, préhistoire de la violence et de la guerre… détruire les fallacies de la pensée oligarchique en place… 2ème partie

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 12 juillet 2016 by Résistance 71

« Pour Hobbes, la société primitive fut la guerre de chacun contre tous. Levi Strauss a un point de vue symétrique et inverse de celui de Hobbes: la société primitive est l’échange de chacun avec chacun. Hobbes a laissé l’échange pour compte, Lévi-Strauss la guerre… »
~ Pierre Clastres ~

 

Présentation, extraits et analyse du livre “Préhistoire de la violence et de la guerre” de la paléontologue Marylène Patou-Mathis

 

Résistance 71

 

Juin 2016

 

“Préhistoire de la violence et de la guerre”, éditions Odile Jacob, 2013, 165 pages + 27 pages de notes et bibliographie

Auteure: Marylène Patou-Mathis, Docteur en préhistoire, directrice de recherche au CNRS, vice-présidente du conseil scientifique du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Elle est paléontologue spécialiste du Paléolithique Moyen et de l’homme de Néanderthal. Elle est l’auteure d’un ouvrage de référence sur celui-ci: “Néanderthal, une autre humanité”, Perrin, 2006, réédition 2011, ouvrage qui a battu en brèche tous les préjugés tenus sur notre ancêtre néanderthalien, elle a publié 4 autres ouvrages.

1ère partie

2ème partie

 

[…] Si aujourd’hui les sociétés matriarcales n’existent plus, en revanche on trouve encore des sociétés de droit matrilinéaire.

Pourquoi et comment le patriarcat s’est-il substitué au matriarcat ou au droit matrilinéaire pour s’instaurer quasi définitivement ? Est-ce par la discrimination et la violence qu’il a fini par s’imposer ?

Pour certains défenseurs de la thèse gradualiste du remplacement du matriarcat par le patriarcat, celui-ci serait apparu avec la sédentarisation au cours du Néolithique, pour d’autres un peu plus tard au début de l’Âge du Bronze.

[…] d’après les données archéologiques, des traces d’incendies, de saccages, et de violences diverses, toutes les civilisations méditerranéennes dites des ‘hypogées’, considérées comme des sociétés matrilinéaires, furent détruites vers 3 500 ans avant le présent par des groupes dotés d’un système social de type patriarcal…

De nombreux rites, aussi divers que l’initiation masculine, les rites de fondation, propitiatoires, expiatoires ou funéraires, légitiment et promeuvent la violence. En outre, les rituels, même sacrificiels, ne remplacent pas la guerre et parfois même l’initient. Alors, le ‘sacré’ génère t’il des comportements violents ?”

L’auteure fait ici une longue étude du cannibalisme faisant la différence entre l’endo et l’exo cannibalisme, ce dernier générant la violence. Ainsi…

“Universel et intemporel, le cannibalisme n’est donc nullement une preuve ‘d’archaïsme’, au sens évolutif du terme, ni le reflet d’une nature ensauvagée. C’était une institution sociale aux règles strictes et aux rites complexes qui ont varié selon les sociétés, s’éloignant ainsi de la Nature (du sauvage) pour intégrer la sphère de la Culture. Comme d’autres comportements, le cannibalisme témoigne de la diversité des êtres humains et des sociétés qu’ils ont engendrées… Au XIXème siècle, l’archétype du Préhistorique, de l’Homme primitif, a été associé au “sauvage” considéré comme appartenant aux races inférieures.”

[…]

La question devient alors celle que se sont posés bien des scientifiques, anthropologues, ethnologues, sociologues, historiens, celles qui fut posée en ces termes par le philosophe anglais Hobbes s’inspirant de Plaute l’ancien “Homo homini lupus” ou “l’Homme est un loup pour l’Homme”.

Patou-Mathis poursuit en la matière:

“Les Hommes doivent, selon Hobbes, fonder un état artificiel sur les bases de la raison: le contrat social qui mène à ‘l’État civil’. Pour certains chercheurs, la violence serait une sorte de cruaté naturelle, bestiale, due à des pulsions agrssives et à un manque d’empathie. Inscrite dans les gènes, elle serait présente chez tous les êtres humains, mais aussi chez les animaux en particulier les prédateurs et les chimpanzés.

[…] Dans son livre ‘L’entraide, un facteur de l’évolution” publié en 1902, le prince russe anarchiste Pierre Kropotkine (1842-1921) suggère que parmi les facteurs de l’évolution, la socialisation et l’entraide sont plus importants que la compétition: si chaque individu reçoit une aide du groupe, tout le monde en tire un bénéfice et les chances individuelles de survie s’accroissent.

[…] Cependant il existe un autre modèle comportemental que celui des chimpanzés [dominance des mâles et agressivité parfois exacerbée], celui des bonobos; une espèce de primate tout aussi génétiquement proche de la nôtre, voire plus d’après l’étude de leur cerveau. Chez les bonobos, les femelles sont dominantes et l’agressivité est moindre que chez les chimpanzés, car la violence est souvent canalisée, détournée vers l’activité sexuelle. Selon Frans De Waal, l’Homme, mi-bonobo, mi-chimpanzé serait un “animal bipolaire” à la fois pacifique et agressif. Alors comme certains anthropologues l’ont suggéré, l’Homme descendrait-il d’un “singe tueur” ?

Tirée de l’observation des chimpanzés, une hypothèse, plus idéologique que scientifique, soutient que nous desendons de “singes tueurs” et que L’Homo sapiens était un animal brutal qui se serait répandu hors d’Afrique, à travers l’Eurasie en éliminant les autres grands singes bipèdes. Cette hypothèse est proposée par l’anthropologue australien Raymond Dart (1893-1988) et popularisée par l’Américain Robert Ardrey (1908-1980) dans son livre “Les enfants de Caïn”. Chasseur donc prédateur, l’Homme préhistorique aurait été agressif par nature.

[…] Cependant, les études ethnographiques menées chez des peuples chasseurs-cueilleurs, dont celles de Clastres, montrent que dans la majorité des cas, la mise à mort de l’animal exclut toute agressivité de la part du chasseur. Au contraire, elle socialiserait cette nécessaire violence sur le mode de l’échange cosmologique entre l’Homme et la Nature en particulier dans les sociétés chamaniques et animistes où il y a consubstantialité entre l’Homme et l’animal.

[…] Défendue initialement par quelques anthropologues, très tôt critiqueee, l’hypothèse de l’Homme descendu de “singes tueurs” est aujourd’hui avandonnée. Cependant qu’il soit par nature mauvais demeure vrai pour certains chercheurs. […] Pour plusieurs anthropologues, la violence serait intrinsèque à l’humain: phylogénique et ontologique.

La violence est-elle inscrite dans nos gènes ?

Pour fonder la légitimité de la violence, les idéologues du XIXème siècle vont s’appuyer sur la théorie de la “sélection naturelle” de Charles Darwin, pubiée en 1859. Dans son “Survie du plus fort et principes de biologie” en 1864 du sociologue anglais Herbert Spencer (1820-1903), la sélection naturelle des espèces devient chez les êtres humains la ‘survie du plus apte’. S’appuyant sur ses écrits, les partisans de ce qui va devenir le “darwinisme social”, soutiennent que la lutte pour la vie est l’état naturel des relations sociales de l’Homme.

[…] Bien que son nom soit associé à cette idéologie, Darwin la critique dans son ouvrage de 1871: pour lui, non seulement l’évolution résulte d’une sélection naturelle, donc plus ou moins du hasard, mais la lutte pour l’existence n’est pas l’aptitude la plus importante pour caractériser l’évolution de la nature de l’Homme. En outre, “la sélection du plus apte” expliquerait, pour ses partisans, les disparités observées entre les sociétés “civilisées” et les peuples “primitifs”, les “individus supérieurs” et les “individus inférieurs”. Durant la seconde moitié du XIXème siècle et le début du XXème siècle, légitimant l’existence des “races inférieures”, le “darwinisme social” va servir à justifier “scientifiquement” des politiques sociales fondées sur l’individualisme et la lutte pour l’existence (exploitation de la classe prolétarienne, esclavage, colonisation, eugénisme, extermination de certaines ethnies et conflites entre nations).

[…]

En fait, la prétendue “sauvagerie intérieure”, décrite par certains, ne serait-elle pas, comme le suggère l’épistémologue et anthropologue Raymond Corbey “une construction mentale imaginaire influencée par les idéologies du XIXème siècle comme le racialisme ou l’eugénisme.” En effet, la violence n’est pas une fatalité, elle ne procède ni d’une pulsion agressive originelle chez l’Homme, comme le dit Freud, ni d’une cruauté innée, comme le pensait Nietzsche. Ele n’est pas génétiquement déterminée, car, même si le comportement violent est conditionné par certaines structures cognitives, le milieu familial et lew contexte socioculturel jouent un rôle important dans sa génèse. D’après les données archéologiques évoquées précédemment, les Hommes préhistoriques du Paléolithique vivaiewnt sans violence institutionnalisée. L’apparition de celle-ci à donc des causes historiques et sociales et peut s’expliquer selon Freud lui-même, comme une réaction à une situation de fristration produite par certaines dérives sociales… La guerre n’est donc pas indissociable de la condition humaine, mais le produit des sociétés et des cultures qu’elles engendrent. Elle est l’un des vecteurs de mutation de leur histoire.

Quand est-il des comportements altruistes ? Sont-ils génétiquement programmés et originels ? Leur existence chez les premiers humains suscite toujours de vifs débats tant au sein de la communauté scientifique que de la société dans son ensemble. Pour certains, c’est parce que l’Homme est un primate que, par nature, il coopère ; pour d’autres, il serait altruiste par intérêt, pratiquant le “donnant-donnant”. Comme nous l’avons vu précédement, l’Homme n’est pas le descendant d’un “singe tueur”: la violence n’est pas insctite dans ses gènes. Alors, est-ce l’empathie, voire l’altruisme et non la violence qui a été le catalyseur de l’humanisation ?”

Ici, Marylène Patou-Mathis écrit à notre sens le meilleur chapitre de son livre “L’altruisme, catalyseur de l’humanisation” pour terminer sa seconde partie sur une note hautement positive. La construction de son explication avance du simpe au complexe et pose des questions fondamentales auxquelles elle répond, en tant que membre d’un groupe de scientifique désirant faire table rase des dogmes ressassée depuis la seconde moitié du XIXème siècle, de manière posée et inovative en se fondant sur les résultats de récentes recherches archéologiques et anthropologiques. En cela elle prépare le lecteur à la troisième partie qui s’intéressera à la construction de la violence, construction servant des buts élitistes bien précis dont nous voyons les résultats quotidiennement dans le monde entier.

Quelques extraits du chapitre:

[…] “pour eux [certains scientifiques et philosophes], la sociabilité ne serait donc qu’une conséquence résultant d’une sorte de contrat social que nos ancêtres auraient conclu pour ses avantages et non par empathie pour ;eurs semblables. Cette assertion est réfutée par a plupart des biologistes évolutionnistes pour qui chez l’humain, descendant d’une longue lignée de primats grégaires, la coopération serait un comportement transmis de génération en génération. Ces comportements sont induits par le sens moral qui pour certains chercheurs serait inné.

[…] La coopération et le mutualisme, très répandus dans les populations animales, offrent une protection contre les prédateurs et facilitent l’accès aux sources de nourriture.”

Puis, l’auteure critique une approche très importante et pernicieuse de la théorie du “développement humain”, celle de la sociobiologie, souvent eugéniste et racialiste par essence, dont deux des précurseurs notoires furent des piliers de l’idéologie eugéniste et racialiste darwiniste-sociale du XIXème siècle qui déboucha sur le grand mouvement eugéniste nord-américain dont s’inspira les idéologues nazis: Thomas Huxley et Herbert Spencer. C’est pour réfuter le délire pseudo-scientifique de Thomas Huxley que Pierre Kropotkine, représentant la branche objective de la biologie sociale, écrivit son célèbre “L’Entraide, facteur de l’évolution”, qui fut initialement publié sous forme d’articles publiés à intervalle régulier pour contre-balancer le délire eugéniste d’Huxley, qui ne se remit jamais de cette mise au point Ô combien nécessaire.

Dans cet esprit de rectification d’une pensée dogmatique, Patout-Mathis poursuit:

[…] “Dans son ouvrage ‘L’Humaine Nature”, Wilson attribue une origine génétique aux comportements de la plupart des sociétés humaines (territorialité, xénophobie, guerres, croyances, etc…). Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, aucun comportement social n’est clairement corrélé à un ou des gènes. Il résulte d’une combinaison de facteurs génétiques, mais également voire surtout, environnementaux: intrinsèques (hormones et rythmes biologiques) et externes (sociaux). La méfiance envers la sociobiologie est d’autant plus grande que ses applications à l’humain ont été utilisées par des mouvements d’extrême droite pour justifier les hiérarchies, les inégalités sociales, la xénophobie, le racisme et les différences entre homme et femme.

[…] En observant des anomalies ou des traumatismes présents sur les ossements des fossiles humains, on constate qu’un handicap n’entrainaît pas l’élimination du sujet atteint.

[…] De même les handicapés de naissance n’étaient pas éliminés.

[…] Dans la majorité des cas, les blessures étaient cicatrisées, ce qui atteste d’une part que les Néanderthaliens possédaient des notions médicales et de pharmacopée et d’autre part, qu’ils prenaient soin de leurs blessés et de leurs malades, qui malgré leur handicap conservaient leur place dans le groupe.

[…] Peut-être, comme le pensait Pierre Kropotkine, l’entraide basée sur la sympathis mutuelle innée est un facteur évolutif plus important que la compétition. Cette thèse de l’entraide est reprise et développée 70 ans plus tard par Trivers dans sa théorie de l’altruisme réciproque.

[…] Pour trois archéologues de l’université de York (Canada), la compassion et le remords ont été des points clés de la réussite évolutive de notre espèce. Ajoutonsd la coopération et la solidarité, comme en atteste les données archéologiques précédemment citées. […]

Troisième partie: de la construction de la violence

En préambule de cette dernière partie Patou-Mathis nous dit ceci:

“L’image d’une ‘aube cruelle’, violente et guerrière, a d’abord été construite par les savants évolutionnistes et les préhistoriens du XIXème siècle et du début du XXème, qui soutenaient l’hypothèse d’une évolution humaine, tant biologique que culturelle, progressive et unilinéaire. […] Mais aujourd’hui des chercheurs, surtout en neurosciences, réfute cette thèse, car pour eux il n’y a pas de ‘violence naturelle’ en l’Homme. La nature humaine n’est ni bonne ni mauvaise, des facteurs environnementaux (d’ordre familial ou social) étant la cause du recours à la violence.”

Ceci est à rapprocher immanquablement de la sagesse des sociétés traditionnelles ancestrales amérindiennes, africaines et océaniennes pour qui le mal n’existe pas dans la nature. La Nature n’est ni bien ni mal, elle est, c’est tout. La notion de “bien et de mal” ne peut s’appliquer qu’à des animaux conscients de leur action et donc réflexifs sur leur finitude même. Le seul sur la planète étant l’humain. Mais en tant qu’humain, nous ne sommes ni bon ni mauvais, nous sommes. La motivation de nos actions est quant à elle inrterprétable, puisque nous sommes le “pensant” de la planète.

L’activiste et penseur Lakota Russell Means disait: “Il n’y a pas de conflit dans la loi naturelle. Il n’y a pas de mal dans la Nature.” Qu’y a t’il de “mal” dans une lionne tuant une gazelle pour se nourrir ? La Nature est amorale, tout le naturel est amoral, nous faisons partie de la Nature, nous sommes donc intrinsèquement amoraux en tant qu’espèce animale. Notre capacité réflexive, notre intelligence articulant nos actions est sujette à des dérives toutes socialement induites. Ainsi, il est absurde de clâmer que la violence, la guerre est la “nature humaine” ou font partie de la “nature humaine”, elles ne sont en fait que des constructions sociales. Ce qui est sûr en revanche, c’est que tenir le discours de la “nature humaine” violente et agressive entretient l’idéologie oppressive dominante et exonère les sociopathes s’étant hissés en haut de la pyramide sociale, d’une grande partie de leur responsabilité, surtout lorsqu’ils sont les dominants vainqueurs des conflits en position de toujours laver plus blanc leurs crimes contre l’humanité, qui eux sont le mal personnifiés.

Ainsi, Patou-Mathis conclut son ouvrage sur la construction de la violence, c’est à dire la reconnaissance soutenue par les évidences archéologiques que la violence est induite, motivée à des degrés divers par des causes socio-culturelles. Elle dresse d’abord un portrait des “sciences humaines” promouvant le dogme des conflits et conquêtes de la préhistoire, pour en venir à la réalité archéologique qui est toute autre et ramène la problématique dans une saine perspective:

[…] “Jusqu’au milieu du XXème siècle, conformément aux descriptions des anthropologues et des préhistoriens, les représentations des Hommes préhistoriques, mêmes des plus évolués (Cro-Magnon), montrent des êtres techniquement primitifs et violents. Cette image négative du Préhistorique résulte d’une double construction: celles des savants et celle des philosophes, écrivains et artistes.

[…] Jusqu’au début du XXème siècle, la majorité des anthropologues et des préhistoriens ont “bestialisés” les Hommes fossiles en leur attribuant des qualificatifs péjoratifs: simiesque, brutal, bestial.

[…] Pour de nombreux anthropologues ou préhistoriens [de la fin XIXème et début XXème siècles], l’évolution des techniques et les changements culturels majeurs résultaient de diffusions ou de remplacements de populations. Par exemple, pour eux, les Hommes fossiles européens de la “race de Chancelade” étaient des conquérants venus d’Asie du Nord, voire des Esquimaux ! De même G. Mortillet, pour expliquer les différences majeures existant entre la dernière industrie du Paléolithique supérieur et celle du Néolithique (qu’il décrit comme étant une “véritable révolution”), invoque l’arrivée de migrants, artisans de la pierre polie et éleveurs, venus du Moyen-Orient. Au cours du Paléolithique, les peuples migrants auraient imposé leur culture aux peuple autochtones. Les préhistoriens partisans de cette théorie, dite “des migrations”, parlent de conquêtes, enracinant ainsi la thèse de l’existence de conflits durant ces temps très anciens. Par ailleurs, émise en pleine période coloniale, ces “guerres” ont été considérées par certains comme “civilisatrices”: les “envahisseurs” ayant importé un progrès économique, voire également social, justifiant ainsi la colonisation.

[…] Jusqu’à la fin du XIXème siècle, façonnée par les savants évolutionnistes, la représentation mentale du Préhistorique demeurera, à de rares exceptions près, celle d’un singe anthropomorphe, souvent uns sorte de gorille, espèce considérée comme particulièrement sauvage et lubrique… Cette vision notoire du Préhistorique se retrouve dans un genre littéraire bien particulier: le roman préhistorique.”

Le décor planté, Patou-Mathis en vient à la réalité archéologique…

[…] “S’il est aujourd’hui difficile d’apprécier l’ampleur réelle des actes de violence durant la préhistoire, l’évaluation de l’importance de ce phénomène est probablement influencée par l’état des découvertes et des études.

[…] Si la violence envers autrui remonte à au moins 120 000 ans, la guerre elle, n’a pas toujours existé. Apparue il y a moins d’une douzaine de milliers d’années, elle est peut-être, comme le pensaient certains anthropologues évolutionnistes du XIXème siècle, le produit de la “civilisation”.

Durant le Paléolithique, parmi plusieurs centaines d’ossements humains examinés, seuls deux attestent d’actes de violence volontaire: ils ont été perpétré par l’Homme moderne Homo sapiens. De même, si le cannibalisme a été quelquefois pratiqué et ce depuis au moins 800 000 ans, seuls deux cas témoignent que la victime a été agressée avant d’être mangée.

[…] En revanche, du fait de la rareté des blessures sur les os humains et de l’absence de représentation de scènes de combats dans l’art pariétal ou mobilier, on peut raisonnablement penser que la guerre n’existait pas, d’autant que la faible densité des populations et leur répartition sur un vaste territoire rendaient quasi nulle la probabilité que des affrontements aient eu lieu. En outre, une bonne entente entre ces petites communautés était indispensable à leur survie, en particulier pour assurer la reproduction et donc la descendance.

La première trace de violence collective a été découverte dans le site 117 (à la frontière nord du Soudan) daté entre 13 140 et 14 340 avant le présent, période d’aridification du climat.

[…] Le culte de la déesse-mère cède progressivement la place à celui de divinités masculines [durant l’Âge du Bronze]. C’est probablement à cette période que la domination de la femme par l’homme s’instaure à travers le patriarcat, substitut de la guerre pour certains chercheurs.

[…] Le développement de l’agriculture et de l’élevage étant probablement à l’origine de la division sociale du travail et de l’apparition d’une élite avec ses propres intérêts et ses rivalités, il entraîna l’augmentation des conflits intra-(coercition sociale basée dès lors sur la répression) et intercommunautaires (guerre)… Au cours du Néolithique moyen, on constate en effet l’apparition simulatanée de la caste des guerriers et de celle des esclaves, pour la pluaprt probablement des prisonniers de guerre.

[…] Les sociétés néolithiques apparaissent plus inégalitaires que les sociétés paléolithiques. […] d’après les données ethnographiques, les structures économiques, relativement égalitaires et sociales, peu hiérarchisées, des peuples chasseurs-cueilleurs, ne préservaient ni de la violence (cannibalisme, chasse aux têtes), ni de la dominance d’un sexe sur l’autre. Les conflits sont donc probablement antérieurs à l’apparition des inégalités.

[…] La prétendue “sauvagerie” des Préhistoriques n’est donc qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème pour renforcer le discours relatif aux progrès accomplis depuis les origines et le concept de “Civilisation”.

[…] En outre, d’après de nouvelles études ethnologiques, il semble bien que, partout dans le monde, la guerre indigène a généralement été transformée, fréquemment intensifiée et parfois précipitée, par le contact avec les Occidentaux.”

La question se posant alors est celle de la violence comme symptôme social. Ici intervient une différence essentielle à bien maîtriser, celle existant entre “l’agressivité” et “la violence”. A cet égard nous pourrions établir ici un autre parallèle, à notre connaissance jamais entrepris, avec la distinction faite par Pierre-Joseph Proudhon entre la “possession” et la “propriété”. Comme nous l’allons voir, l’agressivité fait partie du patrimoine génétique de toute espèce, elle est un élement de la survie, de la préservation de son intégrité physique personnelle et du groupe empathique qui entoure l’individu en ce qui concerne les animaux à tendance grégaire. Ainsi, la “possession” et sa préservation nécessaire au fonctionnement social égalitaire serait de l’ordre de l’agressivité naturelle humaine tandis que la “propriété” entrerait dans l’ordre de la violence socialement induite. La réalité sociologique et ethnologique semblerait confirmer cette hypothèse.

Patou-Mathis poursuit:

[…] “Bien que pour les humains les deux mots soient employés indifféremment, ne confondons pas agressivité et violence. L’agressivité est un comportment inné qui permet de sauvegarder l’individu ou l’espèce de sa disparition éventuelle.

[…] L’agressivité se traduit donc par des réactions automatiques, insticntives, pour défendre sa vie, celle de proches, ses biens etc… De même pour se nourrir ou copuler, un animal prédateur attaque (en latin: aggredi qui veut dire “attaquer”), mais s’il est agressif, il n’est pas violent. Comme vu précédemment, l’apparition d ela violence et son développement au cours de l’histoire dérivent des structures économiques, sociales, politiques et religieuses des sociétés…

La violence est un comprtement social qui, parfois, se fait institution et moyen de gouvernance, en lien avec le pouvoir, elle détermine la politique.

[…] Comme le rappelle Serge Carfantan, il ne faut pas confondre l’homme violent, doctrinaire, déraisonnable (Hoederer dans “Les mains sales” de J.P Sartre) et l’homme révolté, idéaliste, raisonnable qui exige le respect des valeurs humaines et de la justice (“L’homme révolté” d’Albert Camus, ou Hugo dans “Les mains sales”)

De là Marylène Patou-Mathis conclut son ouvrage sur quelques réflexions destinées à remettre la pensée analytique et cognitive de la “ nature humaine” et de ses influences sur nos sociétés sur les rails de la mesure en démythifiant le sujet de la violence et de la guerre. En cela, elle rejoint la pensée de bien des chercheurs notemment dans le propos de la première phrase de l’historien Howard Zinn et la difficile objectivité de l’historien. Inutile de dire que nous nous retrouvons totalement dans la pensée et les réflexions finales de l’auteure dont nous vous livrons ici les passages clefs:

“Il n’y a pas d’histoire totalement objective car le contexte socioculturel dans lequel vivent les philosophes et les chercheurs, quelle que soit leur discipline, influence les interprétations, les oriente parfois et façonne souvent l’imaginaire populaire. Mais pour comprendre ce qui est arrivé dans le passé, nous devons interpréter les faits empiriques sans que nos idées sociopolitiques interfèrent. Pour ce faire, nous devons avoir présent à l’esprit, comme le montre l’histoire des sciences anthropologiques, que tout paradigme peut être employé abusivement à des fins idéologiques car les modèles quels qu’ils soient, cognitifs, herméneutiques ou évolutionnistes, conduisent trop facilement à des positions ayant peu à voir avec la réalité des faits et parfois même à nier l’existence de certains. Ils peuvent aussi servir à justifier les comportements constatés dans nos sociétés modernes. Si l’on ne peut malheureusement pas exclure que la violence perdure dans ce nouveau millénaire, comme elle n’est pas héréditaire, notre société est à même de la juguler.

[…] Sous le couvert des sciences anthropologiques, certains théoriciens ont utilisé cette image popularisée d’un passé violent et guerrier pour justifier des ambitions personnelles, nationales ou des haines politiques.

[…] L’Homme n’est donc pas le descendant d’un “singe tueur”. La violence n’est pas inscrite dans ses gènes. Au contraire, il a développé très tôt des comportements altruistes à travers, notamment, l’empathie dont il a fait preuve envers ses semblables. Sans ce souci de l’Autre, notre espèce Homo sapiens ne serait pas apparue ou n’aurait pas survécu. Nous sommes donc bien loin de la thèse girardienne d’une “violence primordiale”. En outre, ceci dédouane l’Homme de toute responsabilité: ce ne sont pas nos actions, mais notre nature, sous-entendu animale, qui engendre la violence. Cette supposée “animalité en nous” est l’éternel alibi à tous nos débordements ! La violence, liée aux structures économiques, sociales, politiques et religieuses des sociétés, est souvent un symptôme, notamment des injustices, et non une cause. Quant à la guerre, apparue tardivement dans l’histoire de l’humanité et à des dates très différentes selon les régions, une fois institutionnalisée, elle s’est répandue sur tous les continents.

[…] Les objectis de ces théoriciens ont été et sont de divers ordres, esclavage, servitude, mercantilisme, pouvoir… la violence n’étant pour eux qu’un moyen de les réaliser et non la mise en forme de prétendues pulsions venues des tréfonds de leur inconscient, souvent présupposées animales.”

La dernière réflexion de Patou-Mathis se situe sur le plan du présent et du quotidien, sur le plan général de la conjoncture mondiale actuelle qui voit un monde où la concentration monopoliste du pouvoir, des biens et des richesses ne fait qu’accroître au profit d’une oligarchie eugéniste poussant ses pions pour le triomphe de l’ultime centrralisation de tous les pouvoirs au détriment de citoyens du monde assomés de précarité et d’austérité aliénantes. Ainsi elle nous met en garde et recadre le débat…

“Face à la crise, chacun aura pu noter depuis plusieurs années la progression dans toute l’Europe d’un sentiment d’insécurité. Les citoyens redoutent de perdre leur emploi, leurs biens ou acquis sociaux, leurs valeurs etc… Cette peur engendre un repli identitaire, nourrit un rejet de l’Autre et favorise la violence à son endroit. Face à ces menaces, réelles ou fictives, la tentative est grande de trouver un responsable, de désigner un “bouc émissaire”. Cette recette ancestrale semble toujours fonctionner, aujourd’hui comme hier. Or, rien ne justifie la violence, dont l’objectif est la mort de l’Autre ou sa négation, car comme le soutient le philosophe Jean-Marie Muller: on ne doit jamais s’accommoder de la violence.

Combattre les comportements violents suscités et légitimés après coup par des idéologies qui tiennent que la violence est inhérente à l’Homme, telle doit être notre ardente obligation.

-[]-

Le livre contient ensuite 26 pages de bibliograpie et de notes de références.

Rappel de l’ouvrage: “Préhistoire de la violence et de la guerre”, Marylène Patou-Mathis, éditions Odile Jacob, 2013

 A lire en complément de la même auteure:

 – “Une mort annoncée, à la rencontre des Bushmen derniers chasseurs-cueilleurs du Kalahari”, Perrin, 2007

– “Lascaux, histoire d’une découverte”, Fleurus, 2008

– “Mangeurs de viande, de la préhistoire à nos jours”, Perrin, 2009

– “Néanderthal, une autre humanité”, Perrin, 2006, réédition 2011

– “Le sauvage et le préhistorique, miroir de l’Homme occidental”, Odile Jacob, 2011

Excellent ouvrage pour enfant :

– “La préhistoire”, Fleurus, 2009 + 1 DVD

=*=

la démythification de “l’Homme belliqueux”:

https://resistance71.wordpress.com/2015/12/31/demythification-une-gifle-de-plus-a-la-theorie-oligarchique-de-lhomme-belliqueux-de-la-nature-intrinsequement-violente-de-lhumain/

Publicités

Nature humaine, préhistoire de la violence et de la guerre… détruire les fallacies de la pensée oligarchique en place… 1ère partie

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 4 juillet 2016 by Résistance 71

« En réalité, cette supposée violence “primordiale”, si chère à René Girard, est un mythe qui procède non d’une réalité objective, mais souvent d’une propagande intéressée comme celle en vogue actuellement, qui voudrait nous faire croire que victimes et bourreaux sont interchangeables car humains trop humains… »
~ Marylène Patou-Mathis ~

« Tant que les lions n’auront pas leurs historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours les chasseurs. »
~ Proverbe africain ~

« La guerre est un acte de pouvoir, de meurtre, de vol. Elle est l’expression la plus claire et la plus précise de l’État. »
~ Gustav Landauer ~

 

Présentation, extraits et analyse du livre “Préhistoire de la violence et de la guerre” de la paléontologue Marylène Patou-Mathis

 

Résistance 71

 

Juillet 2016

 

“Préhistoire de la violence et de la guerre”, éditions Odile Jacob, 2013, 165 pages + 27 pages de notes et bibliographie

Auteure: Marylène Patou-Mathis, Docteur en préhistoire, directrice de recherche au CNRS, vice-présidente du conseil scientifique du Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Elle est paléontologue spécialiste du Paléolithique Moyen et de l’homme de Néanderthal. Elle est l’auteure d’un ouvrage de référence sur celui-ci: “Néanderthal, une autre humanité”, Perrin, 2006, réédition 2011, ouvrage qui a battu en brèche tous les préjugés tenus sur notre ancêtre néanderthalien, elle a publié 4 autres ouvrages.

1ère partie

2ème partie

Dans notre quête de connaissance de la nature humaine pour mieux comprendre le chemin politique à suivre et ayant rejeté comme prouvée de facto invalide la thèse hobbésienne de “la guerre de tous et de chacun contre tous” impliquant une nature humaine violente et sujette à une agressivité primordiale incontrôlable, thèse allant de toute évidence comme un gant à la démarche de justification de toute violence politique et sociale infligée par une minorité privilégiée à une majorité subjuguée ; nous nous tournons logiquement, après avoir sorti du placard l’anthropologie politique raisonnée et novatrice des Marcel Mauss, Pierre Clastres, Robert Jaulin, Marshall Sahlins et David Graeber, vers le monde plus ancien, source de nos sociétés originelles et ce que nous en disent les voix tout aussi raisonnables d’une nouvelle génération de paléontologues dont fait partie la professeure Marylène Patou-Mathis.

Au-delà de la brillance et de la simplicité de ses explications ainsi que de sa compréhension scientifique de l’origine de nos sociétés, c’est sa vision organique de la société humaine, que nous partageons totalement, et qui nous a incité à rendre compte de son travail et à encourager à la lecture de l’ouvrage complet. En exergue du livre, Patou-Mathis cite cette remarquable pensée de Friedrich Nietzsche: “Féconder le passé en engendrant l’avenir, tel est le sens du présent.”, qui au-delà du temps et de l’espace fait écho à ce proverbe africain ancestral: “Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, retourne-toi et regarde d’où tu viens.”, démarche que nous avons entreprise depuis quelque temps déjà sur ce blog. Patou-Mathis s’emploie au fil du livre à nous faire féconder le passé afin que nous ne nous trompions pas de chemin pour l’avenir. Nous avons dit bien souvent ici même que comprendre le passé ne veut pas dire s’y enfermer mais le comprendre pour anticiper et mieux construire le futur tant il ne fait plus aucun doute que reconstruire notre société est devenu une priorité absolue. Pour ce faire, il faut pomper les écrans de fumée et la manipulation de la science sous influence, tous deux mis en place pour mieux masquer les réalités qu’une certaine oligarchie dominante depuis des siècles ne veut pas que nous, les peuples remettions en cause.

Le livre de Patou-Mathis s’inscrit dans cette démarche et fait tomber le masque de la manipulation scientifico-préhistorique. Il est une bouffée d’air pur dans la cacophonie “scientifique” ambiante de la propagande muselant l’humanité par la falsification volontaire de ce qu’est l’humain et du pourquoi il agit tel qu’il le fait.

L’ouvrage est divisé en trois parties:

  • Première partie: La préhistoire: âge d’or ou “aubes cruelles”
  • Deuxième partie: Les causes de l’apparition de la violence et de la guerre
  • Troisième partie: De la construction de la violence

Nous citerons quelques extraits choisis de chaque partie que nous commenterons.

Laissons sans plus attendre la parole à Marylène Patou-Mathis qui donne le ton de l’ouvrage dans son préambule et introduction (Notez que toute emphase dans le texte est de notre cru et non de celui de l’auteure. Nous procédons de la sorte afin de faire remarquer ce qui nous semble essentiel à comprendre et à retenir, ceci est bien entendu subjectif et nous encourageons une fois de plus nos lecteurs à lire ce livre en entier, il en vaut vraiment la peine):

-[]- “Préhistorienne, travaillant depuis de nombreuses années sur les comportements de nos ancêtres, il m’a paru naturel de vouloir comprendre les origines de la guerre: tâche difficile, j’en conviens, mais combien stimulante. D’autant que certains postulats assénés comme des vérités motivent à eux seuls la prise de la plume. Ainsi de celui qui soutient que la violence serait intrinsèque à la nature humaine. La preuve: nos ancêtres étaient violents et guerriers ! A cet égard, le titre d’un article du magazine “Le Point” daté du 19 juillet 2012 est assez éloquent: “L’homme, ce tueur en série”. Le journaliste y recensait les extinctions, dues soi-disant aux Hommes préhistoriques, de plusieurs espèces animales (mammouths, ours des cavernes, kangourous géants, etc) mais aussi humaines (Néanderthal, Denisovien, Hommes de Florès). Aujourd’hui pour être dans l’air du temps, ceux qui défendent cette thèse accusent leurs adversaires d’être “politiquement corrects”. Pour eux, la vision de nos lointains prédécesseurs comme des êtres pacifistes ne serait qu’un “fantasme d’intello de la fin du XXème siècle” ! Sauf que, comme l’écrit l’auteur de l’article: “Aucune preuve de guerre ni même de bataille n’a pu être relevé sur les fossiles.”

Sanglante, violente et… fascinante: telle est la guerre dans notre imaginaire hanté par la mort et abreuvé de scènes de combats et d’images chocs.

[…] Perçue longtemps comme un mal naturel, parfois nécessaire voire indispensable au développement de l’humanité, la guerre produit tout au long de l’histoire humaine des figures exaltantes, celles de héros souvent morts au combat et crée des mythes, dont celui des peuples supérieurs puisque toujours vainqueurs.

[…] En réalité, cette supposée violence “primordiale”, si chère à René Girard, est un mythe qui procède non d’une réalité objective, mais souvent d’une propagande intéressée comme celle en vogue actuellement, qui voudrait nous faire croire que victimes et bourreaux sont interchangeables car humains trop humains… Démontrer que les thèses, voire les idéologies, qui considèrent la violence comme inscrite dans la nature humaine ne rennent pas en compte les données archéologiques et historiques, tel a été l’objectif de ce livre. En effet, non héréditaire, la violence n’est pas une fatalité. C’est ce que nous allons tenter d’établir au fil des pages en remontant aux origines de l’humanité.

La lecture de cet avant-propos et surtout son dernier paragraphe nous a non seulement mis en adéquation avec l’esprit de l’auteure, mais nous a aussi décidé de rendre compte de son travail et de contribuer à sa divulgation au plus large.

“Violence primordiale”, “l’Homme est un loup pour l’Homme”, l’histoire de l’humanité qui ne serait que la lutte incessante de “tous et de chacun contre tous”, ne sont que des mythes, des conceptions erronées non innocentes, des idéologies qui ont servi et servent toujours un agenda politico-économico-social bien précis: celui de la légitimisation de la division, de l’inégalité, de la domination des uns par les autres, évènements induits qui profitent au petit nombre au détriment du vaste grand nombre.

Patou-Mathis poursuit:

“L’approche de la guerre développée par les anthropologues et les archéologues s’est approfondie au cours des quarante dernières années. Devenues un sujet public, les origines de la guerre suscitent aujourd’hui encore de vifs débats au sein de nos sociétés, opposant deux conceptions radicalement opposées: celle de “la guerre de tous contre tous”, depuis l’aube des temps, du philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) et celle défendue par Jean-Jacques Rousseau (1712-1753) d’un “homme sauvage sujet à peu de passion…” qui va être entraîné dans “le plus horrible état de guerre… par la société naissante”.

[…] Que l’on penche pour Hobbes ou Rousseau, la question qu’ils posent est essentielle: la violence, consubstantielle à la guerre, est-elle innée (“primordiale”) ou induite par la culture ?

Patou-Mathis donne ensuite quelques définitions de la guerre dont celle de Von Clauswitz. Puis elle poursuit sur la voie anthropologique, citant des chercheurs avec lesquels notre lectorat est familier:

“Si pour l’ethnologue Pierre Clastres (1934-1977), spécialiste des Indiens d’Amérique du Sud, en particulier ceux du Paraguay, la guerre est un phénomène inhérent aux sociétés primitives où elle joue un rôle essentiel, pour Claude Lévi-Strauss (1908-2009) elle est due à des échanges avortés et serait donc accidentelle. Pour le père du structuralisme, la guerre et le commerce sont les deux faces d’un même processus, celui de l’échange inter-groupe […] De même dans son “Essai sur le don” (1925), l’anthropologue Marcel Mauss (1872-1950) dépeint l’échange comme une guerre pacifiquement résolue et les guerres comme le résultat de transactions non réussies… Cependant pour Clastres, ayant des idéaux d’autarcie économique (ce qui exclut la nécessité de relations économiques avec les voisins) et d’indépendance politique (ce qui se perçoit notamment dans le droit exclusif à un territoire circonscrit), ces sociétés tendent au contraire, à réduire au minimum les échanges entre communautés, en particulier par la guerre. Les alliances ne seraient donc pour lui, qu’une tactique pour éviter une défaite aux conséquences néfastes: dépendance des vaincus et divisions sociales.

En résumé, les sociétés traditionnelles pratiquaient des guerres généralement codifiées par la coutume et souvent très ritualisées.

[…] En outre, particulièrement chez les chasseurs-cueilleurs, les conflits étaient brefs et peu sanglants; ils cessaient souvent lorsqu’un homme était tué, voire seulement blessé et les flèches de guerre étaient souvent moins efficientes que celles utilisées pour la chasse. […] Pour autant la guerre s’enracine t’elle profondément dans l’histoire de l’humanité ? La violence est-elle inscrite dans nos gènes ou résulte t’elle d’une construction sociale ? Quelle dynamique peut avoir conduit des peuples à instaurer la guerre comme institution sociale ?”

[…]

Première partie: La préhistoire âge d’or ou “aubes cruelles”

“Les Hommes ont-ils toujours fait la guerre ? Les opinions des anthropologues et des archéologues divergent.

[…] Les marques de blessures observées sur les squelettes humains découverts dans les sites paléolithiques sont rares et souvent difficiles à interpréter car elles peuvent tout aussi bien être le résultat d’un coup porté intentionnellement que d’un accident, en particulier de chasse. L’étude de plusieurs centaines d’ossements humains datant de plus de 12 000 ans a permis de constater que les marques de blessures consécutives à un acte de violence sont extrêmements rares: un peu moins d’une douzaine. Les blessures résultent d’un choc porté à la tête par un objet contondant, ou de l’impact d’un objet pointu en bois ou en pierre, certaines se sont cicatrisées, d’autres plus rares, ont entraîné la mort du sujet.”

Patou-Mathis énumère ensuite une assez longue série d’exemples d’ossements, essentiellement de Néanderthaliens, présentant des traces traumatiques. Certains ont pu être victimes de violences, mais pour l’essentiel:

“… D’après le paléoanthropologue américain Erik Trinkaus, la distribution des lésions sur les corps de plusieurs Néanderthaliens de Shanidar, principalement à la tête et aux bras, correspond à celle observée sur les os de professionnels du rodéo et révèle des traumatismes résultant de chutes violentes sur le sol: Les Néanderthaliens étaient des chasseurs de grands mammifères, leurs armes nécessitaient l’approche, voire le corps à corps avec l’animal. Il est donc fort probable que des accidents survenaient lors des chasses. De même, lorsqu’ils lançaient leurs armes, celles-ci pouvaient manquer leur cible et venir toucher un des chasseurs. […] Par aileurs, dans plusieurs des cas mentionnés, on remarque que certaines blessures résultant de chocs ou de coups portés à la tête sont cicatrisées (Maba, Krapina, Sala, Saint-Césaire). Ces personnes n’ont donc pas été achevées, ce qui tendrait à prouver que ces blessures résultent plutôt d’un accident ou d’une querelle interpersonnelle.

[…] Durant le paléolithique, trop d’interrogations subsistent pour affirmer l’existence de conflits intra ou intercommunautaires. Il est plus probable qu’à ses époques reculées on ait eu affaire à des violences interpersonnelles qui n’ont été, apparemment, que rarement mortelles. En ce qui concernent les conlits intergroupes, il est à souligner qu’en Europe, la démographie était très réduite (de l’ordre de quelques milliers d’individus au paléolithique supérieur) et les groupes humains étaient dispersés sur de vastes territoires. La probabilité que des affrontements aient eu lieu est donc très faible, d’autant plus qu’une bonne entente entre ces petites communautés était indispensable à leur survie, en particulier pour assurer la reproduction, donc la descendance.

[…] En Europe, dès la sédentarisation des groupes chasseurs-cueilleurs à la charnière du paléolithique et du néolithique entre 12000 et 7000 ans avant le présent selon les régions, les traces de violence deviennent de plus en plus abondantes.

[…] En Europe, ce n’est qu’au cours du Néolithique, surtout à partir de 5500 ans avant le présent, que les traces de conflits entre communautés deviennent plus fréquentes. […] Les conflits entre communautés, présents au Néolithique, ils ne deviennent fréquents qu’à l’âge du bronze, qui débute il y a environ 4000 ans. Par exemple, il y a 1500 ans, le village situé à Schwerin-Demmin au nord de Berlin, a subi une attaque qui a conduit à la mort d’au moins 50 personnes, majoritairement des hommes jeunes, mais aussi des enfants et des femmes, dont l’une, âgée de 20 à 30 ans, a reçu un violent coup de gourdin en bois sur la tête. C’est aussi durant cette période, marquée par l’apparition de véritables armes de guerre en métal et de trésors (caches d’objets métalliques tels que des haches considérées comme des biens de luxe), que la guerre est institutionnalisée.

Si la guerre apparait tardive, l’usage de la violence semble plus ancien, comme l’atteste des marques observées sur des restes humains du Paléolithique….”

Dans le chapitre suivant l’auteure s’intéresse au cannibalisme en distingant le cannibalisme endogène (consommation ritualisée des membres décédés d’une famille ou d’un clan) et le cannibalisme exogène ou alimentaire (impliquant la mise à mort et la consommation de personnes externes à l’environnement usuel).

“Il y a 780 000 ans, à la Gran Dolina, Espagne, 6 individus de moins de 18 ans appartenant à l’espèce Homo antecessor, ont été consommés. C’est actuellement, la plus ancienne trace de pratique du cannibalisme au monde. Dans la caverne de l’Arago (Tautavel dans les Pyrénées Orientales), 330 000 ans plus tard, ce sont des Homo erectus qui ont été mangés. Leurs restes, associés à de nombreux ossements d’animaux, indiqueraient d’après les archéologues qu’il s’agirait comme dans le site précédent, d’un cannibalisme alimentaire. En outre, l’absence sur ces humains de traces de blessures dues à l’impact de projectiles ou de chocs, conforterait l’hypothèse que les victimes appartenaient à la communauté: il s’agirait donc d’endocannibalisme, l’exocannibalisme étant généralement précédé d’une mise à mort violente des victimes.

[…] La pratique du cannibalisme chez les Néanderthaliens est attestée sans conteste, sur plusieurs sites: en Croatie, en Belgique, en Espagne et en France. Il y a environ 130 000 ans, des Néanderthaliens sont venus à plusieurs reprises dans la grotte de Krapina pour y pratiquer un rite cannibalique. D’après l’estimation de l’âge des individus, ce sont surtout des jeunes qui y ont été consommés.

[…] La pratique du cannibalisme est aussi attestée chez les premiers hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens), certains ayant même utilisés des os humains pour la confection d’objets domestiques ou de parures […] La plus ancienne trace de cannibalisme chez Homo sapiens a été retrouvée sur le site de Bodo en Ethiopie daté d’environ 60 000 ans.

[…] Le cannibalisme persiste chez les premiers agro-pasteurs du Néolithique.

[…] Que pouvons-nous conclure à partir de ces données ? Il ressort que si une forme de violence existait déjà au travers des rites cannibales, aucune preuve archéologique n’atteste de la pratique de la guerre au Paléolithique. Alors pourquoi et comment des peuples “pacifiques” du Paléolithique se sont-ils mués en sociétés guerrières ?

Deuxième partie: Les causes de l’apparition de la violence et de la guerre

En exergue de cette deuxième partie Patou-Mathis nous dit ceci:

“La période charnière entre le Paléolithique et le Néolithique est marquée par de nombreux changements de nature différente: environnementaux (réchauffement climatique), sociaux (sédentarisation, explosion démographique locale, apparition du patriarcat, des castes et d’une élite), économiques (quêtes de nouveaux territoires, domestication des plantes puis des animaux, surplus et stockage des denrées, augmentation du commerce de biens de prestige) et de croyances (apparition des dieux masculins). L’augmentation d’actes violents et l’apparition de conflits meurtriers sont-elles liées à un ou plusieurs de ces changements majeurs ? L’analyse des données archéologiques, enrichie par celle des sources ethnographiques, permet d’apporter quelques éléments de réponse à cette question.”

Dans cette seconde partie, l’auteure puise dans son domaine d’expertise afin de démontrer que la très vaste majorité des comportements humains et à plus forte raison ceux qui sont liés à la violence, sont des comportements induits, socialement dérivés et ne sont en rien “innés”. Elle nous relate de manière intéressante et novatrice la rencontre entre nos ancêtres Néanderthal et Homo sapiens (dit de Cro-Magnon) puisque ces deux “espèces” humaines se sont croisés sur terre et ont co-existés pendant plusieurs milliers d’années. Puis elle nous parle des changements économiques et des conditions sociales (entre le Paléolithique et le Néolithique), de la hiérarchisation des sociétés, des changements internes à la société et de l’apparition du patriarcat et de l’État. Patou-Mathis termine cette seconde partie sur un gros temps fort, celui de l’analyse de l’altruisme dans les sociétés humaines en tant que catalyseur de l’humanisation. Le décorticage des concepts établis et l’exposé des données archéologiques en ces domaines, font voler en éclat la doxa sociale-darwiniste et socio-biologique et nous fait comprendre que des gens comme Pierre Kropotkine et son “Entraide mutuelle, facteur de l’évolution” avaient eu raison dès la fin du XIXème siècle.

“Pour certains chercheurs”, nous dit Patou-Mathis, “les sociétés primitives, confrontées à une nature hostile, n’auraient connu qu’une économie de survie et l’acquisition de ressources, supposées rares, serait la raison principale des conflits. Or le postulat de départ, celui d’un ‘économie de survie’, ne repose sur aucune réalité, qu’elle soit archéologique ou ethnologique. De nombreux travaux attestent du contraire, au point au’on a pu voir en elles des sociétés autosuffisantes, d’abondance, voire de loisirs. Selon l’anthropologue américain Marshall Sahlins, les sociétés de chasseurs-cueilleurs, limitées dans leurs désirs, n’avaient pas besoin de beaucoup travailler. Il précise en outre que la croissance du travail suit le développement de la culture et que celle-ci régit la détermination des besoins.”

[…]

“…l’hypothèse de conflits entre les premiers hommes anatomiquement modernes et les derniers Néanderthaliens a été émise par certains préhistoriens pour expliquer la disparition de ces derniers. Alors les Néanderthaliens ont-ils été les victimes du premier génocide de notre longue histoire d’Hominidés ?”

Pour remettre cette question en contexte, il convient ici de dire quelques mots de l’homme de Néanderthal.

L’homme de Néanderthal (appelé ainsi car ce fut dans la vallée allemande de Neanderthal que fut trouvé et identifié le premier spécimen de cette espèce humaine en 1856) apparaît il y a environ -140 000 ans et disparaîtra complètement vers -24 000 ans. Notre ancêtre (il est aujourd’hui prouvé que nous avons environ 4% de code génétique néanderthalien en nous) a donc vécu sur terre pendant environ 115 000 ans. Les premiers Homo sapiens dits de “Cro-Magnon” apparaissent vers -35 000 ans. Néanderthal et Cro-Magnon ont donc cohabités en Europe pendant environ 11 000 ans.

Sur un éventuel “conflit entre Néanderthal et Cro-Magnon, Patou-Mathis nous dit ceci:

“… d’Après la nature des campements, de très courte durée, les Néanderthaliens semblent avoir choisi l’évitement plutôt que le conflit. C’est peut-être cette mobilité accrue qui, entraînant une baisse de la natalité et une augmentation de la mortalité, aurait provoqué une chute démographique qui leur aurait été fatale.

[…] Quoi qu’il en soit, l’hypothèse selon laquelle des conflits entre les deux populations auraient mené à l’élimination des Néanderthaliens n’est étayée par aucun fait archéologique.

[…] En résumé, au Paéolithique et au Néolithique, les preuves archéologiques attestant de guerres entre migrants et autochtones sont rares. La compétition entre communautés pour l’acquisistion des ressources ou de nouveaux territoires semblent n’avoir joué qu’un rôle marginal dans l’origine de la guerre. Voyons à présent si le changement d’économie et ses conséquences sociales ont tenu un rôle plus important.”

“Les idées développées par les anthropologues évolutionnistes du XIXème siècle rejoignent celes de Rousseau: la guerre aurait progressé en même temps que la civilisation s’est étendue et développée.

[…] Pour les anthropologues évolutionnistes du XIXème siècle, la guerre institutionnalisée, c’est à dire universelle, rationalisée et chronique, serait le produit de la civilisation. Comme nous allons le voir, d’après les données archéologiques, son appartion semble en effet corrélée au développement de l’économie de production qui très tôt entraîna un changement radical dans les structures sociales. La domestication des plantes et des animaux va ériger des frontières moins fluides qu’auparavant et, étant à la source de surplus (bien stockés), engendrer la notion de propriété privée et par conséquent favoriser les inégalités, terreau de la violence organisée.

[..] Le passage d’une économie de prén à une économie de production aurait entraîné une hiérarchisation au sein des sociétés devenues agro-pastorales avec l’apparition d’une élite et de castes, dont celle des guerriers et son corollaire, celes des esclaves (souvent des prisonniers de guerre). Cependant selon une étude récente, une forme de hiérarchisation aurait exigé au sein de certains groupes de chasseurs-cueilleurs qui vivaient en Europe il y a peut-être 30 000 ans (cultures aurignaciennes) et plus probablement 16 000 ans (cultures magdaléniennes).

[…] Avec l’apparition du “chef de guerre” et du “chef”, le pouvoir et la coercition sociale s’appuient désormais sur la répression et la guerre. A l’Âge du Bronze, la guerre et l’armement font l’objet d’un véritable culte et les guerriers aux qualités morales et physiques spécifiques, sont des personnes importantes de la société. […] La caste des guerriers serait apparue au Proche-Orient il y a environ 4000 ans et peut-être même avant il y a 6500 ans, en même temps que les esclaves qui étaient le plus souvent constitués de prisonniers de guerre.

[…] Cependant comme l’ont démontré les études sur les sociétés traditionnelles, les sociétés primitives n’étaient pas des sociétés de subsistance, mais d’abondance. En outre, dotées de dispositifs politiques, ele n’était pas sans État comme le proposait Engels, mais plutôt “contre” l’État et luttaient contre la division sociale (P. Clastres).”

Patou-Mathis s’attaque ensuite à un mythe vivace et propagé depuis la moitié du XIXème siècle par l’ethnologue écossais John F. McLennan dans son ouvrage “Primitive Marriage” (1865), celui du rapt des femmes. L’image propagée justifiant de la violence voudrait que les hommes préhistoriques fussent des être violents, en guerre perpétuelle, qui tuaient les petites filles (infanticides) car elle ne pouvaient pas combattre et étaient des sauvages violeurs et incestueux. Ceci aurait été une grande source de violence et de conflit inter-groupes. Voici ce que nous en dit Marylène Patou-Mathis:

“… Aujourd’hui, l’hypothèse de la capture des femmes est rejetée par la majorité des archéologues et des ethnologues, qui lui préfèrent celle, ardemment défendue par Claude Lévi-Strauss dans ‘Les structures élémentaires de la parenté’, de l’échange. Thèse déjà présentée au VIIIème siècle avant l’ère commune à travers le mythe de Pandore raconté par le poète grec Hésiode dans ‘Théogonie’: ‘afin de maintenir les liens sociaux, la fonction première des femmes est d’être données ou échangées.’ Ainsi, l’échange de femmes permettaient de sceller des alliances entre groupes, alliances nécessaires à la survie de la société traditionnelle. Mais l’échange sous-entend la réciprocité. En effet selon Marcel Mauss, le don est obligatoirement suivi d’un contre-don selon des codes préétablis: donner-recevoir-rendre. Dans les sociétés primitives, le système du don et du contre-don permettrait la recréation permanente du lien social et éviterait les conflits.”

Il convient aussi ici de noter que dans le cadre de groupes parfois démographiquement restreints, l’échange de femmes permettaient également d’éviter la consanguinité et donc de maintenir une lignée génétique saine. Les sociétés amérindiennes fonctionnant comme les Celtes, en système de clans (groupes empathiques de familles), le code de conduite interdisait souvent les unions au sein d’un même clan. Chez les Iroquois par exemple, une femme Mohawk du clan de l’ours ne peut pas épouser un homme du même clan, les époux se choisiront dans des clans différents et la matrilinéarité étant de mise, l’homme migrera de son clan pour aller vivre dans le clan de son épouse. Il ne changera néanmoins pas de clan. Ce schéma peut-être étendu à des nations alliées ou confédérées comme c’est le cas de la confédération iroquoise Haudenosaunee. A ceci s’ajoute la confrérie des clans qui rend impossible toute guerre inter-nations, en effet, un Mohawk du clan de l’ours est considéré de la même famille que tous les membres des clans de l’ours des nations confédérées, en l’occurence: Seneca, Onondaga, Oneida, Tuscarora et Cayuga. Les familles ne s’entretuent pas, les relations inter-relationnelles familiales de clans empêchent la guerre. De fait, si des différents sont apparus entre les nations de la confédération, les nations iroquoises ne se sont historiquement plus combattues depuis le XIIème siècle, date de la mise en application de Kaianerekowa, la Grande Loi de la Paix unificatrice donnant les bases fonctionnelles de la société. Les forces coloniales (françaises et anglaises) ont tout fait pour briser ces alliances et forcer la division et la guerre au sein de la confédération, en vain. Il est vrai qu’aujourd’hui même il existe des divisions politiques notoires entre les individus, mais l’intégrité confédérale iroquoise n’a jamais été mise en danger par les forces coloniales. Les infiltrations empêchent une forte union, mais la structure même clanique et confédérative s’est maintenue contre vents et marée coloniaux.

Ainsi, Patou-Mathis poursuit sur la matriarcat:

“Le matriarcat aurait donc historiquement précédé le patriarcat: c’est ce que pensant dès 1861 le philologue et sociologue suisse Johann J. Bachofen.

[…] Si l’existence de sociétés matrilinéaires est généralement acceptée, celle de sociétés matriarcales stricto sensu fait débat… Pour cetains anthropologues et historiens les descriptions du “matriarcat” des anthropologues évolutionnistes de la fin du XIXème siècle sont des “constructions mythologiques savantes” relevant du romantisme d’un “âge d’or” disparu où la domination d’un sexe sur l’autre n’existait pas.

[…] Cependant, de récentes recherches archéologiques, en particulier celles de Gimbutas semblent confirmer l’existence de sociétés matriarcales. Pour cet archéologue, la présence dans le passé de sociétés “matristiques”, terme pour elle moins discriminartoire que “matriarcales”, est prouvée par l’abondance de représentations féminines découvertes dans les sites archéologiques de la civilisation pré-indo-européenne, qu’elle dénomme ‘culture préhistorique de la déesse’… Ces sociétés ‘matristiques’ auraient perduré des dizaines de millénaires, depuis l’Aurignacien jusqu’à l’Âge du Bronze, il y a 3000 ans, où elles auraient peu à peu été supplantées par les sociétés ‘androcratiques’ ou patriarcales.

A suivre…