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Histoire héroïque et populaire: Juillet 1936-Juillet 2016… 80ème anniversaire de la révolution sociale espagnole

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« Pour Bakounine, le but principal et immédiat de la révolution est pour l’individu d’étendre son contrôle sur sa propre vie, ainsi la révolution ne doit pas être dirigée vers la ‘saisie du pouvoir’ [comme le pensait Marx], mais vers sa dissolution. »
~ Murray Bookchin ~

« Nous voulons que le capitalisme et l’État, qu’ils soient rouge, blanc ou noir disparaissent, mais nous ne voulons pas le remplacer par un autre… Nous voulons une révolution qui est née du sentiment profond du peuple, pas une révolution qui nous est offerte. La Confédération est une organisation révolutionnaire et non pas une organisation qui propage les abus, le harcèlement et les émeutes, qui propage le culte de la violence pour la violence, la révolution pour la révolution. »
~ Extrait du « Manifesto de los Treinta », de la Federacion Anarquista Iberica / FAI ~

 

Juillet 1936-Juillet 2016: 80ème anniversaire de la révolution sociale espagnole

 

Robert Graham

 

20 juillet 2016

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/07/18/the-spanish-revolution-80th-anniversary/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous remettons en section commentaire l’excellent documentaire sur la révolution sociale espagnole « Vivir la utopia » (en français)

A (re)lire sur Résistance 71: « Un dimanche de la vie, la révolution espagnole de 1936-39 »

 

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Les idées anarchistes et syndicalistes ont conservé de profondes racines parmi les ouvriers et les paysans espagnols. En 1911, une énorme fédération révolutionnaire syndicale la CNT (Confederacion Nacional del Trabajo) se constitua. Elle avait deux objectifs:

  • Combattre le patronat par l’action de masse quotidienne
  • Réaliser une révolution sociale anarchiste en organisant les ouvriers et les pauvres afin qu’ils exproprient et saisissent la terre, les usines et les mines.

La CNT mena un grand nombre de luttes militantes à succès contre le patronat et le gouvernement. En 1936, elle était devenue le plus gros syndicat en Espagne avec près de 2 millions de membres. La CNT demeura toujours démocratique et malgré son énorme taille n’eut jamais plus d’un officiel salarié du syndicat.

Les anarchistes ne se limitaient en aucun cas aux lieux de travail ! Ils organisaient aussi un groupe politique anarchiste travaillant au sein des syndicats la FAI ou Federacion Anarquista Iberica, rassemblant des militants anarchistes espagnols et portugais. La FAI organisait le boycott des loyers dans les zones pauvres. La CNT incluait aussi les paysans travaillant leurs terres, les ouvriers agricoles et les chômeurs (NdT: contrairement aux syndicats marxistes qui ne voient que dans le prolétariat urbain sans jamais penser qu’une révolution qui me mange pas et qui ne s’occupe pas des déshérités du système ne va pas bien loin…). La CNT organisait aussi l’éducation et la scolarité des travailleurs ! (NdT: on n’a jamais autant lu que dans l’Espagne anarchiste de 1936-1939 !!)

En juillet 1936, les fascistes emmenés par le général Franco et soutenus par la classe riche dominante et l’église, essayèrent de saisir le pouvoir en Espagne. Le gouvernement élu (celui de la coalition des partis de gauche appelé “Front Populaire”) fut incapable et ne voulut pas traiter avec les fascistes. Il essaya même de faire un pacte avec ceux-ci en nommant un homme de droite comme premier ministre. Pourquoi ? Parce qu’ils préféraient faire des compromis avec la droite bourgeoise et protéger leurs biens et richesses ainsi que leur pouvoir politique plutôt que d’armer le peuple et les pauvres pour l’auto-défense contre le coup d’état.

Fort heureusement, les travailleurs et les paysans n’attendirent pas que le gouvernement agisse. La CNT déclara la grève générale et organisa la résistance armée contre la tentative fasciste de saisir le pouvoir. Les autres syndicats et groupes de gauches suivirent l’exemple de la CNT.

De cette façon, le peuple fut capable d’arrêter les fascistes franquistes dans les deux tiers de l’Espagne. Il devint très vite bien clair à tous ces ouvriers et paysans que ceci n’était pas juste une guerre contre le fascisme, mais le début d’une révolution sociale !L’influence anarchiste se voyait absolument partout, des milices de travailleurs étaient mises en place de manière indépendante de l’État, les ouvriers saisirent le contrôle de leurs lieux de travail, usines et ateliers et les paysans saisirent les terres des grands propriétaires terriens parasites.

Il y eut bien des triomphes dans cette révolution, bien que nous ne considérerons ici que les victoires des paysans et des ouvriers espagnols. Ceci incluant la saisie générale de la terre et des usines.

Les petits paysans et les ouvriers agricoles devaient faire face à des conditions très très dures en Espagne. La famine et la répression faisaient partie de leur vie quotidienne et, en résultat, l’anarchisme était très populaire dans les campagnes espagnoles. Pendant la révolution, près de 7 millions de paysans et d’ouvriers agricoles mirent en place des collectifs agricoles sur une base de volontariat dans les régions anti-fascistes. Après la fuite des grands propriétaires, des assemblées de villages furent organisées. Si la décision de l’assemblée était en faveur de la collectivisation, alors toutes les terres, outils, machines, cheptel etc étaient mis en commun et à la disposition de la collectivité pour le bien de tous. Des équipes étaient formées pour gérer les différentes parties du travail du collectif et un comité était élu (NdT: mandat court et révocable, souvent en rotation) pour organiser les activités du collectif agricole. Chaque collectif avait des assemblées générales régulière où tout le monde participait. Ceux qui ne voulaient pas rejoindre le collectif et désiraient continuer à travailler leur terre indépendamment n’étaient pas forcés de rejoindre. On leur donnait suffisamment de terres pour cultiver selon leurs besoins mais ils ne pouvaient pas employer quiconque pour la travailler. La vaste majorité des “individualistes” finirent par rejoindre les collectifs en voyant les succès auxquels ceux-ci parvenaient.

L’anarchisme inspira des transformations massives dans l’industrie. Les ouvriers saisirent le contrôle de leurs lieux de travail et contrôlèrent directement la production par eux-mêmes et pour le bénéfice des ouvriers et des paysans espagnols. Le système de transport en commun, surtout les tramways comme à Barcelone nous donne un parfait exemple de comment les choses allèrent bien mieux sous le contrôle direct des ouvriers et des employés. Le 24 juillet 1936, les personnels du tram se rassemblèrent et décidèrent d’autogérer le système dans sa totalité. Dans les cinq jours qui suivirent, 700 trams étaient en service au lieu des habituels 600. Les salaires furent nivelés et les conditions de travail dramatiquement améliorées, donnant une assistance médicale gratuite à tous les ouvriers.

Tout le monde bénéficia des trams autogérés, les prix des transports chutèrent et 50 millions de passagers de plus furent transportés. Le surplus de revenus était utilisé pour améliorer les services de transport, faire une meilleure maintenance et pour produire plus d’armes pour la défense de la révolution. Avec le motif principal capitaliste du bénéfice n’existant plus, la sécurité devint bien plus importante et le nombre d’accidents fut considérablement réduit.

Au début de la révolution, les forces armées de l’État s’étaient effondrées. A leur place, les syndicats et les organisations de gauche se mirent à organiser les ouvriers et les paysans armés en milices. En tout, il y avait plus de 150 000 volontaires désirant combattre là où cela serait nécessaire. La vaste majorité était membre de la CNT. Tous les officiers étaient élus par la base et n’avaient absolument aucun privilèges.

La révolution démontra que les ouvriers, les paysans et les pauvres pouvaient parfaitement créer un nouveau monde sans État, sans gouvernement et sans patrons. Elle montra que les idées anarchistes ainsi que les méthodes de réalisation (comme la construction de syndicats révolutionnaires) pouvaient parfaitement fonctionner. Pourtant, malgré tout cela, la révolution fut vaincue. En 1939, les fascistes avaient gagné la guerre civile et écrasé la classe ouvrière et paysanne et imposé une dictature des plus brutales.

Pourquoi ceci se produisit-il ? La révolution fut vaincue en partie par la force des fascistes ; ils étaient soutenus par les riches, l’église, l’Italie fasciste de Mussolini et l’Allemagne nazie d’Hitler.

La CNT a aussi commis des erreurs. Elle visa pour un maximun d’unité anti-fasciste et rejoignit l’alliance du Front Populaire, qui comprenait des partis politiques du gouvernement et des forces capitalistes. Ceci demanda à la CNT de faire bien des compromis dans son programme révolutionnaire. Ceci donna également une opportunité au gouvernement du Front Populaire d’affaiblir et de détruire pas à pas les collectifs anarchistes et les milices ouvrieres et paysannes, le parti communiste espagnol (marxiste) jouant un grand rôle dans ces attaques au profit de la Russie stalinienne (NdT: qui avait envoyée ses commissaires politiques du NKVD pour éliminer les anarchistes et les membres du P.O.U.M, dont faisait partie George Orwell par exemple, qui échappa au massacre après avoir été prévenu)

Quoi qu’il en soit, les anarchistes avaient prouvé que des idées qui n’ont l’air bonnes que dans les pages de livres théoriques, étaient encore meilleures lorsqu’appliquées sur la toile de la vie.

 

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A lire: “Germinal de la Sierra, ville anarchiste”

Education et résistance politiques: La démocratie communaliste égalitaire vue de l’intérieur… Espagne 1936 (Gaston Leval)

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La démocratie libertaire

Gaston Leval

Extrait de “L’Espagne libertaire 1936-39” (1983)

Il y a dans l’organisation mise sur pied par la révolution espagnole, et par le mouvement libertaire qui en a été la cheville ouvrière, structuration de la base au sommet, qui correspond au véritable fédéralisme et à la véritable démocratie. Il est vrai qu’au sommet, et même à un échelon ou à un autre, des déviations peuvent se produire ; que des individus autoritaires peuvent transformer, ou vouloir transformer, la délégation en pouvoir autoritaire intangible. Et nul ne peut affirmer que ce danger ne surgirait jamais. Mais la situation est toute différente de ce qu’elle est, ou serait dans un appareil d’Etat. Dans l’Etat que Marx, quand il voulait courtiser les communards échappés au massacre afin de les attirer à lui appelait une « superstructure parasitaire » de la société, les hommes installés aux commandes sont inaccessibles pour le peuple. Ils peuvent légiférer, décider, ordonner, choisir pour tous sans consulter ceux qui devront subir les conséquences de leurs décisions : ils sont les maîtres. La liberté qu’ils appliquent est leur liberté de faire les choses comme ils l’entendent, grâce à l’appareil de lois, de règlements et de répression dont ils disposent, et au bout duquel il y a les prisons, les bagnes, les camps de concentration et les exécutions. L’U.R.S.S. et les pays satellisés en sont d’écrasants témoignages.

Le système non étatique ne permet pas ces déviations parce que les comités de direction et de coordination, évidemment indispensables, ne sortent pas de l’organisation qui les a choisis ; ils restent en son sein, toujours contrôlables, à la portée des adhérents. Si tels ou tels individus contredisent par leurs actes les instructions reçues, les résolutions prises, il est possible de les rappeler à l’ordre, de les blâmer, de les destituer, de les remplacer. C’est seulement dans, et par cette pratique que « la majorité fait loi ».

Ce système avait été, depuis 1870, apporté par les libertaires d’Espagne, qui tenaient absolument, suivant en cela la pensée de Proudhon et de Bakounine, à ce que la masse des adhérents se prononce et décide au maximum sur les problèmes posés et la marche des activités.

Cela signifie-t-il qu’il n’existait pas de minorités, d’individualités exerçant une influence souvent décisive sur les assemblées, ou dans la vie quotidienne des Syndicats, des Collectivités, des fédérations ? L’affirmer serait mentir et ne tromperait personne. Comme partout, comme toujours, il y avait dans ces organismes des militants mieux préparés, les premiers sur la brèche, prêchant d’exemple, payant de leur personne, et qui, parce que poussés par l’esprit de dévouement et de sacrifice, connaissaient plus à fond les problèmes et trouvaient plus facilement les solutions. L’histoire de l’humanité contient, en bonne place, celle des minorités qui ont pris en charge le bonheur de leurs contemporains et le progrès de l’espèce. Mais la minorité libertaire assumait ce rôle selon le principe antiautoritaire, et en s’opposant à la domination de l’homme par l’homme.

Pour émanciper les peuples, il faut d’abord leur apprendre, les pousser à penser, et à vouloir. La minorité libertaire, nombreuse et ardente comme on l’a vu, s’efforçait donc d’apprendre aux masses à se passer de chefs et de maîtres, et pour cela les informait continuellement, les éduquait, les habituait à comprendre les problèmes les concernant directement ou indirectement, à chercher et à trouver les solutions adéquates. Les assemblées syndicales étaient donc l’expression et la pratique de la démocratie libertaire, démocratie n’ayant rien à voir avec la démocratie athénienne où les citoyens discouraient et disputaient à longueur de journée sur l’agora, où les factions, les rivalités de clans, d’ambitions, de personnages se heurtaient ; où, étant donné les inégalités sociales, le temps précieux était perdu en disputes interminables. Ici, un nouvel Aristophane n’aurait pas eu de raisons d’écrire l’équivalent des Nuées.

Normalement, ces réunions périodiques ne dépassaient pas quelques heures. On y traitait de sujets concrets, précis, de façon concrète et précise. Et tous ceux qui avaient quelque chose à dire pouvaient s’exprimer. Le Comité exposait les problèmes nouveaux surgis depuis la dernière assemblée, les résultats obtenus par l’application de telle ou telle résolution sur le volume de la production, l’augmentation ou la diminution de telle ou telle spécialité, les rapports avec les autres syndicats, les rendements selon les ateliers ou usines. Tout cela faisait l’objet d’exposés et de débats. Ensuite, l’assemblée nommait les commissions ; les membres de ces commissions discutaient entre eux des solutions à prendre ; s’il y avait désaccord, on établissait un rapport de majorité, un rapport de minorité.

Cela avait lieu dans tous les syndicats de toute l’Espagne, de tous les métiers et de toutes les industries, dans les assemblées qui, à Barcelone, réunissaient depuis la naissance de notre mouvement, des centaines ou des milliers, et des milliers de travailleurs, selon l’importance des organisations. De façon que la prise de conscience des devoirs, des responsabilités de chacun s’étendait de plus en plus, dans une mesure déterminante et décisive.

*

La pratique de cette démocratie s’étendait aussi aux régions agricoles. Nous avons vu comment, dès le début de la guerre civile doublée de la Révolution, la décision de nommer un Comité local de gestion des villages fut prise par les réunions générales des habitants des villages, comment les délégués aux différentes fonctions essentielles qui réclamaient une indispensable coordination des activités furent proposés et élus par toute la population rassemblée. Mais il convient d’ajouter et de souligner que dans tous les villages collectivisés, dans toutes les collectivités partielles de villages, dans les 400 collectivités d’Aragon, dans les 900 de la région levantine, dans les 300 de la région castillane (région du Centre. selon la dénomination adoptée) pour ne parler que des grandes formations qui embrassaient au moins 60 % de l’agriculture de l’Espagne « républicaine », la population était convoquée une fois par semaine, par quinzaine ou par mois, et mise, elle aussi, au courant de tout ce qui concernait l’existence générale.

L’auteur a assisté, en Aragon, à un certain nombre de ces assemblées où les exposés sur les différentes questions composant l’ordre du jour permettaient à la population de savoir, de comprendre, et de s’intégrer mentalement à la société, de co-participer à la direction des affaires publiques, aux responsabilités, si bien que les récriminations, les tensions qui se produisent toujours quand le pouvoir de décision est confié sans contestation possible à quelques individus, fussent-ils démocratiquement élus, ne se produisaient pas ici. Les assemblées étaient publiques, les objections, les propositions discutées publiquement, chacun pouvant, comme dans les assemblées syndicales, participer aux débats, critiquer, proposer, etc. La démocratie s’étendait à toute la vie sociale. Dans la plupart des cas, les individualistes mêmes pouvaient prendre part aux délibérations. Ils étaient écoutés comme les collectivistes.

Ce principe et cette pratique furent étendus aux débats des Conseils municipaux dans les petites villes, et même dans des villes d’une certaine importance – telles Villanueva y Geltru, Castellon de la Plana, Gérone Alicante ou Alcoy. Nous avons vu que, quand, à cause des exigences de la guerre, nos camarades étaient entrés dans ces conseils, et s’y trouvaient en minorité, ils n’en exerçaient pas moins, très souvent, une influence proportionnellement supérieure à leur nombre, en premier lieu parce qu’ils obtinrent des autres partis qui ne pouvaient s’y refuser, que les débats fussent publics. Ceux qui, parmi les gens du peuple, disposaient de temps libre ne se privèrent pas d’y assister. Et souvent on arracha à la majorité politicienne des réformes sociales immédiates (construction d’écoles, crèches, jardins d’enfants, secours décents aux vieillards) qui n’auraient pas été accordées si les débats avaient eu lieu à huis clos.

Tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle locale, ces différents aspects de la démocratie libertaire inauguraient, à notre avis, une civilisation nouvelle. Pour en donner une idée plus précise, et plus claire, nous allons voir le déroulement d’une assemblée villageoise, à Tamarite de Litera, dans la province de Huesca, assemblée à laquelle nous avons assisté -ainsi qu’à d’autres -, désireux que nous étions de recueillir des témoignages aussi vivants que possible pour l’avenir.

*

Le « pregonero » (crieur public) s’est présenté aux carrefours, sur la place ou dans les endroits les plus fréquentés du village. Il a soufflé trois fois dans la petite corne avec laquelle il s’annonce toujours, comme font en France les gardes champêtres avec leur tambour, puis d’une voix lente, de ténor léger qu’adoptent, je ne sais pourquoi, tous les « pregoneros » d’Aragon, il a lu, en hachant les mots et les phrases un peu au hasard, un papier sur lequel il était écrit que les membres de la Collectivité étaient invités par la Commission administrative à prendre part à l’assemblée générale qui aurait lieu le soir même, à 21 heures.

A 21 h 30, la salle du cinéma local est à moitié pleine. A 22 h, elle l’est complètement. Il y a là environ 600 personnes dont une centaine de femmes, de jeunes filles, et quelques enfants.

En attendant l’ouverture de la séance, tous parlent, sans cris, malgré le tempérament expansif des habitants de la région. Enfin, le secrétaire de la Collectivité monte, seul, à la tribune. Le silence s’établit, et le secrétaire propose immédiatement l’adoption des dispositions nécessaires :

– Nous devons, dit-il, nommer un bureau de séance.

Aussitôt, un des assistants demande la parole, « pour une question d’ordre ».

– Il y a dans la salle des individualistes. Ce sont des ennemis de la Collectivité. ils n’ont rien à faire ici, nous devons les expulser, déclare-t-il. De plus, il est indispensable que les femmes se taisent pendant la discussion, sinon il faudra les expulser, elles aussi.

Une partie du public semble d’accord avec la double proposition ; une autre doute, visiblement. Le secrétaire répond qu’à son avis les individualistes peuvent aussi assister et même prendre part aux débats. « Nous n’avons rien à cacher, et c’est en voyant comment nous agissons qu’ils finiront par se convaincre. » Quant aux femmes bavardes – ce sont des paysannes qui n’avaient jamais assisté à semblables débats, et qui ont, elles aussi, droit à la parole -, il est sûr qu’elles se tairont et qu’il ne sera pas nécessaire de recourir à des mesures si énergiques. L’ensemble des assistants approuvent. Les individualistes demeurent.

On nomme alors le bureau, composé par des camarades qui sont élus l’un après l’autre. Puis le président prend la parole. C’est, naturellement, un des militants les plus actifs et les plus au courant des problèmes qui figurent à l’ordre du jour. Il commence par exposer abondamment pourquoi la Commission a convoqué cette assemblée extraordinaire. Bien qu’intelligent, il n’est pas vraiment orateur, mais s’efforce de s’exprimer avec la plus grande clarté, et y parvient.

Première question : il faut remplacer quatre camarades de la Commission administrative, qui n’accomplissent pas bien leur tâche, non par mauvaise volonté, mais par manque de formation. D’autre part, il existe un certain mécontentement contre le délégué au ravitaillement. Il est très capable, mais il a mauvais caractère et des manières trop brusques, ce qui cause des frictions désagréables, particulièrement dans les rapports interrégionaux, mieux vaudra désormais qu’il s’occupe des échanges à distance, où les contacts individuels jouent très peu. Le délégué à l’industrie et au commerce pourrait se charger de la distribution à l’échelle locale, et des rapports qu’elle entraîne avec les membres de la Collectivité.

L’assemblée accepte sans discussion inutile le changement des membres de la Commission, qu’elle remplace un par un. Puis le délégué au ravitaillement local voit ses attributions limitées d’une part, et étendues de l’autre.

Autre question à l’ordre du jour : un groupe assez nombreux de membres de la Collectivité vient de s’en retirer pour revenir aux pratiques individualistes. Mais la Collectivité, qui a pris en main la production locale non agricole a en sa possession les fournils destinés à la fabrication du pain, et le groupe d’individualistes en réclame un.

Les visages sont sérieux, attentifs, tendus. Les femmes commentent sans élever la voix. Un collectiviste prend la parole :

– Nous devons leur prêter un fournil pour quinze jours ou un mois afin qu’ils aient le temps d’en construire un.

– Non, répond un autre, ils n’avaient qu’à rester avec nous. Puisqu’ils sont partis, qu’ils se débrouillent !

Un troisième déclare qu’il y a déjà trop de fournils dans le village. Il ne faut pas en construire davantage. Plusieurs autres assistants parlent encore avec cette économie de mots qui caractérise les paysans aragonais. Personne d’autre ne demande la parole. Le président expose alors son opinion.

Il y a tout d’abord le problème de la bonne organisation de l’économie. Construire un fournil de plus c’est gaspiller du matériel dont on a besoin pour d’autres usages ; demain cela entraînerait une dépense supplémentaire de bois et d’électricité, ce que nous devons éviter car les répercussions d’une mauvaise gestion ne retombent pas seulement sur les individualistes, mais aussi sur toute l’économie nationale. Or nous devons montrer que nous sommes capables de faire mieux que le capitalisme. C’est pourquoi, au lieu d’en augmenter le nombre, nous devons même réduire le nombre de fournils en activité. Faisons donc le pain pour nous et pour les individualistes. Mais ceux-ci fourniront la farine correspondant à leur consommation, et il n’y aura qu’une même qualité de pain pour tous. D’autre part, nous ne devons pas refuser le pain aux individualistes, car malgré leur erreur ils doivent pouvoir manger, et dans une situation opposée à celle que nous vivons, nous serions heureux que nos adversaires n’empêchent pas les collectivistes de se nourrir.

Le président a convaincu l’assemblée, qui, sur l’intervention de quelques collectivistes, approuve sans opposition.

La question suivante se rapporte au rationnement et au non-rationnement du pain. Les salaires familiaux élevés payés par la Collectivité permettent d’en acheter beaucoup, ce qui facilite certains excès, et même parfois une inégalité que la Révolution ne peut admettre. Il faut par conséquent établir une limite de consommation afin que chaque famille puisse obtenir les quantités dont elle aura besoin, mais sans en arriver au gaspillage.

L’assemblée admet le rationnement, mais voici que se pose une question de jurisprudence : qui appliquera les mesures décidées ? Le Conseil municipal ou la Collectivité ? Le Conseil municipal embrasse la population tout entière : les individualistes, qui en comprennent le huitième, et les collectivistes. Si le Conseil municipal s’en charge, le rationnement devra être établi pour tous. Si c’est la Collectivité, les individualistes ne se considéreront pas obligés de le respecter. Diverses opinions sont émises, qui permettent de préciser les attributions des deux organismes. Et l’on décide de demander d’abord au Conseil municipal de s’en charger. S’il n’acceptait pas, la Collectivité prendrait l’affaire en main, tout du moins dans les limites de ses possibilités.

Mais le départ des individualistes a posé un autre problème. Plusieurs d’entre eux ont laissé leurs vieux parent s à la charge de la Collectivité, tout en s’installant sur les terres que ceux qu’ils abandonnent ainsi possédaient auparavant. Les dépossédés ont été pris en charge par l’organisation solidariste et collective parce qu’il s’agit de vieillards handicapés pour le travail, mais on considère ce comportement inacceptable. Quelles mesures adopter ?

Le président, qui a exposé le litige, souligne d’emblée qu’on ne peut penser à expulser ces pauvres vieux. De toute façon, ils seront aidés, mais il faut que les fils reprennent leurs parents, ou la terre leur sera enlevée. Telle est son opinion.

Plusieurs membres de l’assemblée interviennent dans un ordre qui ne se dément à aucun moment. L’un demande qu’on enlève la moitié de leur récolte à ces fils sans conscience. Un autre répète qu’il serait honteux de faire sortir ces vieillards de la Collectivité – tout doit être envisagé, moins cela. On en revient à la solution suggérée par le président ou les individualistes prennent leurs parents avec eux, ou ils n’auront pas de terre, et toute solidarité leur sera refusée. Le problème moral est primordial. La proposition est approuvée.

A chaque fois qu’une solution est adoptée et avant qu’un autre problème ne soit abordé, l’assemblée commente, donne libre cours à sa pensée. Pourtant, la conversation générale n’est pas bruyante, et dure à peine une minute.

On aborde maintenant la question des ateliers de poterie qui, normalement, constituent une source de revenus car ils fournissent de nombreux villages de la région, et même de petites villes, en cruches, alcarazas et « cantaros » (brocs en terre). On y fabrique aussi des tuiles et des briques. Mais comme les bras manquent aux travaux des champs à cause de la mobilisation pour le front, on y a envoyé les potiers qui ont cessé leur métier ; certains, aussi, sont au front. Aussi la production a-t-elle baissé notablement. Que faire ?

Un homme demande que l’on fasse passer la journée des potiers de huit à dix heures ; un autre, que l’on augmente la main-d’œuvre; solution sur laquelle un troisième insiste, en ajoutant que l’on devrait faire venir des spécialistes d’autres régions. Il propose aussi que l’on rouvre la fabrique de carrelage, fermée à cause des événements actuels.

On lui répond sur ce dernier point que nous sommes en temps de guerre, et qu’on peut très bien se passer de carrelage. Rires de l’auditoire, qui approuve, et comme quelques-uns demandent pourquoi les ouvriers spécialisés ne peuvent pas produire cette année autant que l’année précédente, le secrétaire de la Collectivité, ancien maire et qui connaît bien toutes ces questions, explique qu’auparavant plusieurs cantons se fournissaient à Huesca ; or, cette ville étant tombée aux mains des fascistes, ils se fournissent maintenant à Tamarite. Il faut donc rendre à leur métier les ouvriers potiers, et de plus publier dans notre presse un appel pour que les travailleurs spécialisés d’autres régions viennent s’installer dans la localité. Proposition acceptée.

L’ordre du jour est épuisé. On passe aux questions diverses. Un des assistants déclare qu’il y a, à Tamarite, un « alpargatero » (ouvrier fabricant d’espadrilles), qui connaît très bien son métier. On pourrait organiser un atelier où les femmes iraient travailler au lieu de perdre leur temps à bavarder dans la rue. Les femmes rient, mais la proposition est acceptée. Un homme de cinquante à soixante ans déclare que les petites jeunes filles du village ne sont pas sérieuses, car elles préfèrent se promener au lieu d’aller travailler dans l’atelier qui leur a été désigné pour apprendre la couture. Pour y remédier il propose que l’on choisisse une bonne couturière chargée de les former, mais que l’enseignement soit donné dans une église sans fenêtres. La porte serait fermée à clef, les gamines ne pourront pas sortir pendant les heures de travail. Tout le monde rit, les intéressées plus que les autres.

Plusieurs collectivistes exposent tour à tour leur opinion, et l’on finit par décider que dans chaque atelier une déléguée surveillera les apprenties. Celles qui manqueront deux fois de suite sans motif valable seront renvoyées. Mais celui qui voulait les enfermer est implacable : il propose, très sérieusement, du moins le semble-t-il, que, pour les punir quand elles ne donneront pas satisfaction, on oblige les jeunes filles à jeûner deux ou trois jours. Cette fois, c’est un rire général.

Nouveau problème : il faut nommer une nouvelle directrice à l’hôpital (nous apprenons ainsi que c’est une femme qui le dirige, ce qui est assez inhabituel). Cet hôpital a été transformé en Maison de Vieillards, mais ceux-ci sont maintenant soignés à domicile par le médecin qui a adhéré à la Collectivité, et l’on dispose de l’hôpital cantonal pour les cas urgents ou sérieux de maladies. Cela pose à nouveau un problème de juridiction. L’hôpital a un caractère public général. Il faut savoir s’il dépend ou non du Conseil municipal reconstitué après la publication du décret correspondant du gouvernement de Valence. Si oui, l’hôpital est l’affaire de tous, collectivistes et individualistes, et ces derniers doivent aussi participer aux frais. Or, jusqu’à présent la Collectivité a tout payé, et ses ennemis ont profité de ses largesses. Affaire à étudier plus à fond.

Après examen de quelques questions de moindre importance, le président lève la séance. L’assemblée a duré deux heures et demie. Presque tous ceux qui y avaient pris part étaient des paysans du village, ou des environs, habitués à se lever tôt, et qui, en cette époque de l’année, avaient travaillé douze ou quatorze heures.

Pourtant, personne ne partit avant la fin des débats, pas même ceux qui se tenaient debout, car bien vite les sièges avaient manqué. Pas une femme, pas un gamin ne s’endormit. Les yeux étaient restés bien ouverts, les visages aussi éveillés. On y lisait, à la fin, autant d’intérêt souvent amusé qu’on en avait lu au commencement. Et le président, à la fois paternel, fraternel et pédagogue dut insister pour que l’ordre du jour ne fût pas allongé.

La dernière résolution prise concernait la fréquence des assemblées qui, de mensuelles, devenaient hebdomadaires.

Et les collectivistes s’en furent se coucher en commentant les débats et les motions votées. Certains vivaient assez loin. Ils rentrèrent chez eux à pied, ou à bicyclette.

1936-2016… La révolution sociale espagnole a 80 ans et ne demande qu’à revivre… partout…

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Nous reprenons ici un excellent article de synthèse historique sur la révolution sociale espagnole de 1936-39 appelée dans les livres d’histoire “la guerre civile espagnole” ou la “guerre d’Espagne”.

Nous tenons à préciser ici que “Le Monde Libertaire” a fait peau neuve en ligne et que la nouvelle mouture représente un progrès notoire par rapport à l’ancienne version grâce à une interface de qualité et très facile à naviguer. Excellente information et de bonnes archives.

Félicitations donc pour ce nouvel effort de diffusion anarchiste et longue vie au nouveau “Monde Libertaire” électronique !

~ Résistance 71 ~

 

1936 2016

IL Y A QUATRE-VINGTS ANS, LA RÉVOLUTION ESPAGNOLE

 

R.B

 

2 mars 2016

 

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http://www.monde-libertaire.fr/?article=1936-2016

 

Le 19 juillet 1936 eut lieu en Espagne un soulèvement populaire qui mit un coup d’arrêt à un coup d’État fasciste dirigé par le général Franco. La confédération nationale du travail (CNT), d’orientation anarcho-syndicaliste, et l’Union générale du travail, d’orientation socialiste, chacune forte respectivement de 1,5 million et de 1,4 million de membres, appellent à la grève générale du 19 au 23 juillet dans toute l’Espagne, en réponse à la fois au soulèvement militaire et à l’inaction de l’État républicain lui-même.

Les syndicats vont s’organiser se procurer des armes après avoir pris d’assaut les casernes, les dépôts d’armes des forces de l’ordre, qu’elles soient restées fidèles au gouvernement républicain ou non. En Catalogne comme dans d’autres régions espagnoles le prolétariat prend les armes, attaque les casernes où se sont réfugiés les partisans du soulèvement militaire, élève des barricades dans les rues et procède à l’arrestation des insurgés et de suspects.

L’année 2016 marquera donc le quatre-vingtième anniversaire de cet événement, sur lequel le monde libertaire aura l’occasion de revenir.

L’héritage espagnol

Le mouvement ouvrier espagnol commença à s’organiser sous l’impulsion des militants bakouniniens de la Première internationale vers 1866. La tendance révolutionnaire de l’AIT s’y développa à tel point que la fédération régionale ibérique devint, en affiliés, la force prépondérante de l’organisation internationale.

Lorsque survint le coup d’État fasciste en juillet 1936, le mouvement ouvrier révolutionnaire avait donc 70 ans d’expérience au sein du peuple espagnol. Une révolution ouvrière et paysanne répondit au coup d’État de Franco en prenant en main l’ensemble de l’économie, agriculture comprise, dans les zones qui n’étaient pas occupées par les fascistes, c’est-à-dire la moitié du pays.

Au lendemain du coup d’État, des centaines de milliers de travailleurs sont descendus dans la rue, ont pris d’assaut les casernes, distribué les armes, déjouant ainsi les plans des militaires fascistes et limitant leur déferlement sur l’Espagne. Après trois ans d’une guerre acharnée, ces militaires ne purent vaincre qu’avec l’appui militaire direct de l’Allemagne de Hitler, de l’Italie de Mussolini, le sabotage de Staline et des communistes espagnols et la non-ingérence des démocraties occidentales.

Malgré cela, l’anarcho-syndicalisme espagnol parvint à organiser presque instantanément la production industrielle et agricole socialisée dans les régions où il était implanté et qui ne tombèrent pas aux mains des franquistes, essentiellement : le Levant, la Catalogne (un des principaux centres industriels avec le Nord-Ouest) et l’Aragon où, sur une population de 433 000 habitants, dans la zone républicaine, il y eut 200 000 paysans regroupés dans des collectivités agricoles.

L’Espagne de 1936 est le seul exemple historique du prolétariat réussissant à s’opposer les armes à la main au fascisme et parvenant à organiser la production économique sur des bases libertaires. C’est par des années d’expérience de la lutte au sein de la CNT que le prolétariat a pu être matériellement et idéologiquement prêt à faire face à cette situation. Les militants anarcho-syndicalistes espagnols n’avaient cessé de rappeler aux travailleurs et aux paysans qu’ils devaient un jour se battre pour défendre leurs intérêts et la cause du socialisme, et qu’ils devaient pour cela s’organiser dans leurs syndicats. La doctrine de l’anarcho-syndicalisme espagnol ne se limitait pas à promouvoir l’idée de grève générale : pendant des décennies le mouvement a expliqué qu’il faudrait prendre en mains, immédiatement, l’ensemble de la production ; qu’il fallait se préparer à cette éventualité et que l’organisation la mieux adaptée à cette tâche était l’organisation syndicale, puisque sa structure même épousait la structure de l’économie. Ce programme était en parfaite cohérence avec les positions développées par les libertaires dans l’Association internationale des travailleurs.

Par comparaison, le parti bolchevik en Russie a mis des années pour réorganiser la production [note] , tandis qu’en Espagne cette réorganisation s’est faite en très peu de temps. On évoquera avec raison la différence de contexte, mais cette différence consiste essentiellement en un constat : en Espagne une approche pragmatique, 70 ans de préparation à la reprise en main de la production ; en Russie une approche idéologique, une conception exclusivement centralisée de l’action.

En Espagne, ce n’est que parce que les militants de la CNT ont réussi à organiser rapidement la production sur des bases collectivistes et libertaires que l’effort de guerre a pu être soutenu pendant près de trois années – quels que soient par ailleurs les avatars militaires de cette guerre. Sans l’organisation de masse d’un million et demi d’adhérents que constituait la CNT, le fascisme se serait installé dans toute l’Espagne en juillet 1936.

Aucune des forces politiques démocratiques ou de la gauche espagnole n’aurait été en mesure de s’opposer à Franco. Une victoire immédiate du fascisme en Espagne, en l’absence du mouvement anarcho-syndicaliste, aurait sans doute lourdement pesé sur l’issue de la guerre mondiale qui a suivi. Franco aurait peut-être rejoint l’Axe, ce qui aurait complètement modifié le rapport des forces en Europe. Or, si en 1939 le mouvement ouvrier espagnol est battu, il reste encore à l’intérieur du pays des forces clandestines organisées.

Défaite militaire et répression

La défaite militaire de la révolution espagnole s’explique par la convergence de plusieurs facteurs :

  • L’intervention militaire directe et immédiate des Allemands et des Italiens ;
  • L’aide conditionnelle de l’URSS : payer rubis sur l’ongle le peu de matériel militaire livré, qui ne devait être utilisé que par les forces sous contrôle communiste. Le Parti communiste espagnol était extrêmement minoritaire et peu implanté dans la classe ouvrière ; il fallait donc payer une seconde fois, politiquement, en parachutant à des postes clés les hommes du parti. En conséquence, le PCE devint une force politique gonflée artificiellement, monopolisant et utilisant souvent d’une manière désastreuse un matériel de guerre – pas toujours en état de marche – payé par le peuple espagnol.
  • La non-intervention des démocraties occidentales, dont le symbole est resté Léon Blum, qui sacrifiaient le peuple espagnol pour éviter une guerre mondiale, qui eut lieu quand même, et surtout pour éviter la victoire d’une révolution.
  • À ces trois points on peut en ajouter un quatrième, les tentatives permanentes de sabotage de la révolution par les démocrates espagnols eux-mêmes.

Comme on peut le deviner, de nombreux débats eurent lieu sur les causes de la défaite du mouvement ouvrier espagnol et la victoire du franquisme.

  1. Les démocrates affirment que si le mouvement ouvrier ne s’était pas soulevé, le front populaire aurait obtenu l’appui des démocraties occidentales. En réalité, l’expérience de Munich montre que si le mouvement ouvrier ne s’était pas soulevé, Franco aurait occupé instantanément toute l’Espagne et il est douteux que dans le contexte de l’époque quiconque serait intervenu pour le déloger.
  1. Les socialistes et les communistes de tous les pays affirment que la défaite militaire était imputable à l’incapacité organisatrice, à l’indiscipline congénitale des anarcho-syndicalistes. La réalité est tout autre. Les anarcho-syndicalistes se montrèrent au contraire de remarquables organisateurs. Ils mirent en application un principe simple, c’est qu’une révolution prolétarienne doit améliorer immédiatement les conditions de vie de la population. Cela se passa aussi bien dans l’agriculture, où même les petits propriétaires adhérèrent aux collectivités agricoles parce que l’entraide leur facilitait le travail, que dans l’industrie : après la victoire fasciste, Franco fit détruire des usines parce que les améliorations qui y avaient été apportées étaient la démonstration de l’esprit inventif des travailleurs et de leurs organisations.
  1. La direction de la CNT, qui était passée à deux millions d’adhérents au cours de la guerre, estimait qu’une victoire armée sur les fascistes était la seule condition permettant de consolider les premiers acquis révolutionnaires et de les étendre par la suite. Elle participa donc à la création de divisions militarisées pour faire face aux exigences de la situation et fournissait en tant qu’organisation de masse de la classe ouvrière et paysanne le plus fort contingent en hommes, avec l’Union générale des travailleurs, l’organisation syndicale de tendance socialiste. Ce choix fit l’objet de nombreuses critiques au sein même du mouvement libertaire.

La CNT maintint cette ligne malgré les provocations et les trahisons des communistes et de certains secteurs républicains et socialistes coalisés pour détruire les réalisations autogestionnaires. Ainsi, une brigade communiste, dirigée par Lister, dit « le boucher d’Albacete », parcourut-elle l’Aragon pour détruire les collectivités agraires avant d’être finalement battue par les anarchistes. Des militants du parti communiste catalan, le PSUC, déclarèrent à Ilya Ehrenburg en 1936 : « Plutôt les fascistes que les anarchistes » [note] .

  1. Un autre type de critique vient de l’extrême gauche, trotskiste en particulier : les libertaires espagnols auraient dû prendre le pouvoir, mener une guerre révolutionnaire et soulever la classe ouvrière résidant dans la zone tenue par les franquistes. Ils déclarent également qu’il fallait, pendant la Seconde guerre mondiale, appeler les prolétaires allemands à se soulever contre Hitler. Concernant l’Allemagne, nous serions tenté de dire qu’à partir du moment où on en arrive à appeler le prolétariat à se soulever contre un dictateur, c’est qu’il a déjà pris le pouvoir et qu’il est donc trop tard ; c’est avant, que le prolétariat aurait dû se soulever. Cela pose évidemment la question de la responsabilité du mouvement socialiste allemand. L’argument vaut également pour l’Italie mussolinienne.

Les libertaires espagnols se sont posé le problème du soulèvement en zone franquiste. Il y eut même des tentatives de guérilla, mais dans l’ensemble cela se limita à des actions de renseignement et de sabotage. Les franquistes avaient eux aussi anticipé cette éventualité : ils mirent en place une solution nette, brutale, une « solution finale » consistant à éliminer massivement et systématiquement tous les militants et les sympathisants, instaurant sur le reste de la classe ouvrière une terreur policière totale. Tous les hommes et les femmes susceptibles de soutenir une guérilla en zone franquiste ont disparu dans les toutes premières semaines… et avec eux toute tentative de soulèvement dans ces zones.

En avril 1939, à la fin de la guerre civile espagnole, les vaincus furent essentiellement les travailleurs, les militants des organisations ouvrières de la CNT et de l’UGT qui avaient empêché par les armes le triomphe immédiat du fascisme, qui formèrent leurs milices et leurs colonnes pour tenir les fronts militaires face à l’armée franquiste et qui réalisèrent dans le domaine socio-économique des expériences les plus riches qu’il soit pour l’avenir d’une société émancipée.

Pourtant, pour la classe ouvrière espagnole, la guerre ne se termina pas le 1er avril 1939. Elle se poursuivit par l’emprisonnement de milliers de femmes et d’hommes dans des camps de concentration où s’entassaient jusqu’à 2 millions de personnes. Parmi les plus connus de ces camps : Albatera, Los Almendros, Santa Eulalia del Campo, San Marcos de Leon. Après le démantèlement progressif des camps de concentration, 300 000 Espagnols sont détenus dans les prisons ; 300 000 autres sont en liberté surveillée. Un demi-million d’Espagnols prirent le chemin de l’exil, les uns pour l’Afrique du Nord, d’autres pour l’Amérique et la plus grande partie pour la France, où ils furent parqués de nouveau, par les autorités françaises, dans des camps de concentration : certains furent transférés dans les camps d’extermination nazis : 8 000 moururent à Mauthausen, 40 000 furent retournés à Franco par Vichy. Le journaliste anglais A.V. Philips estime que de mars 1939 à mars 1940 environ 100 000 personnes furent exécutées. Un historien américain, Charles Folft, écrit qu’entre 1939 et 1944 furent fusillées 190 684 personnes, chiffre obtenu par un correspondant de l’Associated Press auprès d’un fonctionnaire du ministère de la justice franquiste. L’exécution de 430 professeurs d’université et de 6 000 instituteurs correspond à la liquidation physique de 50 % du corps enseignant. A ces chiffres, il faut ajouter la répression exercée par Franco entre 1936 et 1939 dans la partie de l’Espagne occupée par les fascistes. Lorsque, en 1944, Russes et Américains décidèrent le statu quo pour l’Espagne en récompense de sa neutralité pendant la guerre, une nouvelle vague de répression s’abattit.

Réorganisation

Le choix de la neutralité fait par Franco se révèle – de son point de vue, naturellement – judicieux a posteriori lorsqu’on examine le travail de réorganisation fait par la CNT et, dans une moindre mesure, par l’UGT, de 1939 à 1950. Les militants qui sont restés en Espagne entreprennent de reconstruire leur organisation dans la clandestinité. Juste avant la fin de la guerre, après la campagne de Catalogne, dans Barcelone occupée, restent des militants de la CNT qui, dans la clandestinité, conservent une continuité organique à divers syndicats : transport, bâtiment, métallurgie, arts graphiques, spectacle. De façon plus précaire, la continuité organique se maintient également dans la région Nord, en Aragon, dans les Asturies.

Dans la zone Centre-Sud, qui tombe la dernière, la réorganisation de la CNT se fait dans les camps de concentration eux-mêmes. Le rapide enfoncement de ce front et son caractère central, géographiquement, ne permet pas un exode massif comme en Catalogne. Les camps sont remplis de travailleurs et de militants ouvriers. A Albatera (Alicante) sont détenus 17 000 hommes provenant presque tous de la 25e et de la 28e division républicaine, c’est-à-dire deux colonnes formées de travailleurs anarcho-syndicalistes appartenant à la CNT. Parmi eux se trouvent plusieurs comités régionaux de la CNT.

C’est dans un climat d’exécutions quotidiennes et des plus sauvages vengeances que les travailleurs comprennent qu’ils doivent maintenir leur organisation. Ainsi fut nommé dans ce camp le premier Comité national de la CNT d’après-guerre et dont la première mission fut de sauver les compagnons les plus menacés. Dès cette époque sont constitués et agissent en Catalogne 14 syndicats clandestins de la CNT. Barcelone compte 30 000 adhérents.

En 1940 tombe à Valence le premier Comité national de la CNT dans le camp d’Albatera. Tous les membres du comité national sont fusillés. En huit ans, plus de dix comités nationaux se succèdent. Détruits l’un après l’autre, reconstruits l’un après l’autre.

Plusieurs journaux clandestins de la CNT sont publiés. À Barcelone il y a le traditionnel Solidaridad obrera (Solidarité ouvrière) en tant qu’organe du Comité régional, ainsi que des organes par industrie tels que El Martillo de la fédération de la métallurgie. En Aragon, Cultura y Accion tire jusqu’à 10 000 exemplaires. À Valence il y a Fragua social. Les Asturies, le Pays Basque et Madrid éditent leur CNT Regional. À Madrid également s’édite Fraternidad en alliance avec l’UGT et Castilla libre.

Pendant que le gouvernement franquiste recrute pour la Division Azul en 1941, à la Maestranza de Ingenieros de Cadix les travailleurs militarisés font une grève revendicative – la première après la défaite – animée et soutenue par des militants de la CNT.

Avec le retour des militants à partir de 1944, le plus haut niveau d’organisation clandestine sera atteint au cours des années 1944 à 1948. En 1947, la CNT a 60 000 cotisants à Barcelone – une seule localité en compte 6 000. Solidaridad obrera, édité en petit format, est tiré à 50 000 exemplaires distribués dans toute l’Espagne par l’intermédiaire des travailleurs affilés au syndicat ferroviaire clandestin. Les réseaux de la CNT s’étendent jusqu’aux prisons où on réussit à tenir des réunions et des assemblées.

Les premières grandes grèves de l’après-guerre ont lieu dans le textile à Barcelone (1945-1946). En Biscaye une grève générale éclate le 1er mai 1947. On assiste à une grande diffusion de propagande à Barcelone. La situation finit par inquiéter la bourgeoisie. Après 1946, une fois passée la crainte pour les franquistes d’être entraînés dans la chute du nazisme et du fascisme mussolinien, le régime se sent assez fort pour lancer une deuxième vague de répression. La police et les phalangistes s’attaquent aux syndicats clandestins. Vingt comités nationaux de la CNT vont tomber. Sept comités nationaux se retrouveront simultanément à la prison d’Ocana. Les organisations de coordination nationale sont démantelées, les militants arrêtés. L’organisation confédérale, qui eut toujours une vocation de syndicat de masse, doit resserrer les rangs, se structurer au niveau de groupes plus restreints.

Les historiens, libéraux comme marxistes, situent la renaissance des luttes ouvrières en Espagne vers 1962, lorsque réapparaît une présence communiste. Faut-il s’étonner que le titanesque effort de réorganisation opéré par la CNT à partir de 1939 soit systématiquement ignoré ?

Espagne 1934-1939: De la révolution sociale anarchiste à la trahison communiste…

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Burnett Bolloten la guerre d’Espagne révolution et contre révolution 1934-1939

 

Autre Futur

 

29 Septembre 2015

 

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Pourquoi ne pas aller passer ses vacances en Espagne ? C’est un beau pays, pittoresque, on y mange bien et le soleil change agréablement des brumes londoniennes. C’est probablement ce que s’est dit le jeune Burnett Bolloten, citoyen britannique et correspondant de l’agence de presse américaine AP. en juillet 1936.

Juillet 1936 ! Burnett Bolloten est de gauche, et sans être encarté nulle part, vaguement sympathisant du parti communiste. C’est un bon journaliste, habitué des enquêtes, des interviews. 17 juillet : Franco lance son coup d’Etat. La bourgeoisie républicaine, tétanisée, cherche à négocier, n’est pas loin de se rendre. Le mouvement ouvrier, CNT en tête, va en décider autrement. Et à la faveur de la résistance au coup d’Etat, va se développer la révolution sociale la plus radicale que le monde ait jamais connue.

Oubliées les vacances ! Burnett Bolloten multiplie les reportages, les entrevues avec des militants et des responsables de tout l’éventail politique et syndical républicain. Il n’est militant d’aucun parti, ce qui lui ouvre largement toutes les portes, d’autant qu’aussi bien la république que les révolutionnaires éprouvent le besoin de faire connaître à l’étranger la réalité de la situation espagnole.

Rapidement, Burnett Bolloten va se rendre compte que derrière l’unanimité de façade du gouvernement, des luttes sourdes agitent le camp républicain. Et surtout il se rend compte que le discours officiel, « il s’agit d’une lutte entre la démocratie et le fascisme, entre un gouvernement légal et des militaires factieux, » dissimule en fait une révolution sociale d’une ampleur encore inconnue. 
Mais en même temps, une conspiration du silence s’organise autour de cette révolution tandis que toutes les forces politiques, y compris, hélas, la direction de la puissante CNT, vont tenter de l’étouffer. 
Au premier rang de ces forces de la contre révolution, le Parti communiste d’Espagne, le PCE, et son appendice catalan, le Parti socialiste unifié de Catalogne, le PSUC. 
Groupuscule sans guère d’influence en dehors de quelques villes (notamment Madrid et Séville) le PCE va agir comme l’instrument docile de la politique étrangère de l’URSS dont les intérêts de grande puissance ne coïncident nullement avec ceux de la révolution espagnole. 
Inquiète de la montée en puissance du nazisme et dans une moindre mesure du fascisme italien, l’URSS cherche à constituer un front avec les démocraties occidentales, notamment la France et la Grande-Bretagne. L’URSS ne veut donc surtout pas apparaître comme une menace, comme l’hydre communiste menaçant les pays capitalistes, mais comme un rempart de la démocratie face à l’expansionnisme hitlérien. La révolution espagnole va lui fournir le meilleur prétexte pour prouver à la France et à la Grande-Bretagne qu’elle est seulement préoccupée par la défense de la légalité républicaine et démocratique et par la volonté de lutter contre la menace nazie. Mais dans le même temps, le parti communiste espagnol, force minuscule au départ, va rapidement viser l’hégémonie au sein du camp républicain tout en protestant de son indéfectible bonne foi démocratique. 
C’est ce double, ce triple jeu que va découvrir Burnett Bolloten et qu’il passera sa vie à décrire avec une rigueur quasi chirurgicale. La première édition de ce livre, en anglais, portera d’ailleurs le nom de The Grand Camouflage. Plusieurs éditions tant en anglais que dans différentes langues, notamment le français et l’espagnol, verront le jour au cours des années, jusqu’à la dernière, parue en 1991, sous le titre de The Spanish Civil War. Revolution and Counterrevolution. C’est cette ultime version, dont les dernières épreuves ont été corrigées par Burnett Bollotten juste avant sa mort, qui est aujourd’hui parue aux éditions Agone, dans une excellente traduction due à Etienne Dobenesque, et dans une édition très soigneusement établie par Philippe Olivera et Thierry Discepolo. 
Cette dernière version reprend avec des modifications considérables la traduction en français parue en 1977, avec cinq nouvelles parties totalement inédites. C’est dire que l’on a affaire à un ouvrage bien différent de celui qui passait déjà pour une véritable somme sur la guerre et la révolution espagnoles. 
Aux côtés du classique de Pierre Broué et Emile Témine, la Révolution et la guerre d’Espagne, de l’Espagne libertaire de Gaston Leval, de l’Autogestion dans l’Espagne révolutionnaire de Frank Mintz, de Révolution et contre révolution en Catalogne de Carlos Semprun Maura, du Mouvement anarchiste en Espagne de César M. Lorenzo et de quelques autres, le livre de Burnett Bollotten (plus d’un millier de pages !) apparaît comme l’un des ouvrages majeurs sur la question. 
Non qu’il soit au-dessus de toute critique et notre ami Frank Mintz a pointé quelques insuffisances dans ses appréciations du mouvement de collectivisation, notamment dans le domaine industriel : http://www.fondation-besnard.org/sp…. Pour autant, ces quelques réserves, justifiées, ne diminuent en rien l’intérêt majeur de cet ouvrage qui réside avant tout dans l’examen impitoyable des menées communistes aussi bien au sein des différents gouvernements qu’à l’arrière et sur les fronts. 
On connaissait déjà, bien sûr, la façon dont un parti plutôt squelettique s’était gonflé comme une outre dans les quelques mois qui suivirent l’explosion révolutionnaire en se présentant avant tout comme un parti d’ordre et de discipline. Comment il avait rallié de larges fractions de la petite bourgeoisie, des fonctionnaires, de la police et de l’armée effrayées par l’ouragan révolutionnaire qui menaçait de les emporter. On savait comment ce parti qui manquait cruellement non seulement d’une base ouvrière mais aussi de cadres compétents, avait été cornaqué par les centaines de « conseillers » soviétiques qui l’avaient infiltré dans tous les rouages de l’appareil d’Etat et notamment dans l’armée. On connaissait le chantage aux armes pratiqué par l’URSS, ces armes payées par l’or de la banque d’Espagne commodément envoyé par bateau dans la « patrie des travailleurs. »

Il manquait pourtant la description minutieuse des manœuvres, complots et assassinats qui avaient fini par assurer au parti stalinien une place dominante au sein de l’appareil républicain. Pour ce faire, Burnett Bolloten s’appuie sur une documentation immense, le plus souvent de première main, même s’il n’ignore rien de l’imposante littérature sur le sujet. Il a été journaliste, il est devenu historien, manifestant dans l’un et l’autre domaine des qualités et une rigueur impressionnantes.

A la lecture de son ouvrage, on reste également confondu devant la pusillanimité et parfois la couardise non seulement du parti socialiste, manipulé ou écrasé quand certains de ses militants se rebiffaient, ce qui, au fond, n’est guère surprenant, mais surtout de la direction de la CNT, principale force révolutionnaire d’Espagne, qui, par antifascisme politicien, a laissé l’Etat républicain dominé par les communistes dépouiller lentement la révolution de toutes ses conquêtes, a laissé les staliniens assassiner ses militants sans réagir. 


L’année 2016 verra le quatre-vingtième anniversaire du début de la révolution espagnole et l’on peut craindre les commémorations les plus affligeantes, depuis les universitaires, soulagés de pouvoir embaumer dans les draps du savoir historique l’insurrection qui partit à l’assaut du ciel, mais aussi des « anarchosyndicalistes » patentés, plus soucieux de revendiquer des étiquettes prestigieuses que d’agir aujourd’hui pour en finir avec le capital. 

Pourtant, le plus bel hommage que nous pouvons rendre à nos camarades qui ont accompli ce qui reste à ce jour la révolution la plus radicale que le monde ait jamais connue, c’est bien de poursuivre leur combat pour l’émancipation du genre humain.

Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 1ère partie ~

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Si la révolution sociale espagnole a fait des erreurs et fut vaincue par la coalition étatique tout azimut (fascismes bruns, fascisme rouge stalinien, monarchies et république dite « modéré »), elle ne nous en a pas moins laissé de superbes exemples d’autogestion populaire ouvrière et paysanne dans un climat de guerre civile.

Apprenons des collectifs espagnols et de l’organisation autogérée car c’est la seule solution viable pour l’humanité future. Ils nous ont montré une certaine voie qu’il faudra adapter à la vie moderne, mais les fondements sont universels et appliqués depuis des millénaires.

— Résistance 71 —

 

Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (1ère partie)

 

Deirdre Hogan

 

7 Mai 2015

 

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1ère partie

2ème partie

 

Même si c’est dans les campagnes que les socialisations anarchistes les plus systématiques ont eu lieu, la révolution a aussi été une réalité dans les villes. En Espagne à cette époque, au moins deux millions de personnes, sur une population totale de 24 millions, travaillaient dans l’industrie, 70 % de celle-ci étant concentrée sur une seule région, la Catalogne. Ici, dans les heures qui ont suivi l’offensive fasciste, les travailleurs ont pris le contrôle de 3000 entreprises. Ceci incluait tous les services de transport, de livraison, d’électricité et d’énergie, de gaz et de traitement des eaux, les usines d’automobiles et de mécanique, les mines, les cimenteries, les usines de textile et de papiers, les centrales chimiques et électriques, les usines de bouteilles en verre, les parfumeries, l’agro-alimentaire et les brasseries.

C’est dans les zones industrielles que les premières collectivisations ont eu lieu. La veille du putsch militaire, une grève générale avait été appelée par la CNT. Une fois la période des premiers combats passée, il était clair que l’étape suivante consistait à s’assurer que la production allait se maintenir. Une bonne partie de la bourgeoisie favorable au général Franco a fui après la défaite de l’insurrection des forces armées. Les usines et ateliers possédés par ceux-ci furent immédiatement saisis et remis en route par leurs travailleurs. D’autres secteurs de la bourgeoisie refusaient de maintenir les usines en fonctionnement et les fermaient, ce qui revenait à aider indirectement Franco. La fermeture des usines et ateliers augmentait le chômage et la pauvreté, ce qui faisait le jeu de l’ennemi. « Les travailleurs l’ont instinctivement compris et ont mis en place dans presque tous les ateliers des comités de contrôle qui avaient comme objectif de surveiller la progression de la production et de vérifier la situation financière des propriétaires de chaque établissement. Dans de nombreux cas, le contrôle était transféré à un comité de direction dans lequel les patrons étaient traités de la même façon que les travailleurs et payés de façon identique. C’est ainsi qu’un nombre significatif d’usines et d’ateliers de Catalogne passèrent dans les mains des travailleurs présents. » 1

Il était de la plus haute importance de créer, sans tarder, une industrie de guerre capable de fournir le front et de remettre en fonctionnement les systèmes de transport afin d’acheminer les milices et les munitions sur le front. C’est ainsi que les premières expropriations d’industries et de services publics ont eu lieu afin d’assurer une victoire sur le fascisme, permettant aux militants anarchistes de profiter de la situation pour avancer dans leurs objectifs révolutionnaires.

Le rôle de la CNT

Cette révolution sociale se comprend mieux si elle est replacée dans le contexte d’une histoire relativement longue de traditions ouvrières et de luttes sociales. La CNT, qui était la force motrice des collectivisations, existait depuis 1910 et rassemblait 1,5 million de membres en 1936. Le mouvement anarcho-syndicaliste a existé en Espagne depuis 1870. De sa naissance à la réalisation, certes partielle, de son idéal ultime durant cette révolution sociale, il avait une histoire d’engagements permanents dans des luttes sociales intenses, « grèves partielles et générales, sabotages, manifestations publiques, rassemblements, luttes contre les casseurs de grève, emprisonnements, déportations, procès, soulèvements, lock-outs et même quelques attentats. » 2

Les idées anarchistes étaient très répandues en 1936. La diffusion des publications anarchistes de cette époque nous en donne une idée : il y avait deux quotidiens anarchistes, l’un à Barcelone, l’autre à Madrid, tous deux organes de la CNT avec une diffusion comprise entre 30 000 et 50 000. S’y rajoutaient dix périodiques en plus de quelques revues anarchistes dont la diffusion pouvait aller jusqu’à 70 000. Dans tous les papiers, pamphlets et livres anarchistes, comme dans leurs syndicats et réunions de groupe, la question de la révolution sociale était continuellement et systématiquement débattue. Ainsi, la nature radicale de la classe ouvrière espagnole, politisée par la confrontation et les luttes, conjuguée à l’influence des idées anarchistes signifiait que dans une situation révolutionnaire, les anarchistes étaient capables d’obtenir un soutien populaire massif.

La CNT avait comme fondement une profonde tradition démocratique. Les décisions concernant tout sujet local et immédiat tel que les salaires et conditions de travail étaient dans les mains des adhérents locaux qui se rencontraient régulièrement en assemblée générale. L’aide mutuelle et la solidarité entre les travailleurs était encouragée et présentée comme le facteur essentiel du succès d’une grève.  La CNT organisait tous les travailleurs sans distinction de qualifications. En d’autres termes, les travailleurs étaient encouragés à ne former qu’un seul syndicat avec des sections pour chacune des industries plutôt que des syndicats différenciés par métier à l’intérieur d’une industrie. Autant la tradition démocratique que la nature industrielle du syndicat ont fortement influencé les structures des collectifs révolutionnaires, qui généralement, sont nés à partir et formés par les syndicats de l’industrie déjà en place.

Un autre aspect important de la CNT qui a pesé en faveur de la révolution était l’utilisation de l’action directe. « La CNT a toujours préconisé ‘l’action directe par les travailleurs eux-mêmes’ comme moyen de résolution des conflits. Cette politique encourageait la réciprocité et la confiance en soi à l’intérieur du syndicat et de ses membres, ce qui formait une culture de type ‘si on veut quelque chose, mieux vaut le faire soi-même’ » 3. Au final, la structure fédérale de la CNT qui était basée sur l’autonomie locale et avait créé une forme stable tout en étant fortement décentralisée, a encouragé les initiatives et la confiance en soi, qualités indispensables qui ont grandement contribué au succès de la révolution.

Gaston Leval souligne l’importance qu’a cette culture de la démocratie directe et de la la réciprocité lors des situations révolutionnaires lorsqu’il compare le rôle de la CNT à celui de l’UGT lors de la collectivisation des chemins de fer. Décrivant la manière hautement organisée, efficace et responsable avec laquelle les transports ferroviaires ont été remis en service sous contrôle révolutionnaire en seulement quelques jours, il écrit « Tout ceci a été réalisé sur la seule initiative des syndicats et militants de la CNT. Ceux de l’UGT qui prédominaient parmi les personnels administratifs sont restés inactifs, tellement habitués qu’ils étaient à obéir aux ordres émanant d’en haut, qu’ils attendaient. Ne recevant ni ordre, ni contre-ordre, et voyant nos camarades aller de l’avant, ils ont fini par suivre la puissante vague qui nous a tous portés. » 4

Cette histoire de luttes et d’organisation ainsi que la nature anarcho-syndicaliste de leur syndicat a donné aux militants de la CNT l’expérience nécessaire d’auto-organisation et d’initiatives qui a pu naturellement et effectivement être réutilisée le moment venu dans la réorganisation d’une société selon les principes anarchistes. « Il est clair que la révolution sociale qui a eu lieu n’est pas venue d’une décision des organes de direction de la CNT… Elle est arrivée spontanément, naturellement et pas… parce que ‘le peuple’ en général aurait soudainement été capable de miracles, grâce à une vision révolutionnaire qui les aurait soudainement inspirés, mais parce que, et il faut le répéter, parmi ces personnes, il y a avait une minorité importante qui était active, forte, guidée par un idéal qui s’est inscrit dans des années de lutte qui ont débuté à l’époque de Bakounine et de la Première Internationale. » 5

Démocratie anarchiste en action dans les collectifs

Les collectifs étaient les organes d’autogestion des travailleurs sur les lieux de travail. Augustin Souchy écrit : « Les collectifs organisés durant la guerre civile espagnole étaient des associations économiques de travailleurs sans propriété privée. Le fait que des usines collectives étaient gérées par ceux qui y travaillaient ne signifiait pas que celles-ci étaient devenues leur propriété privée. Le collectif n’avait aucun droit de vendre ou de louer tout ou partie de l’usine ou de l’atelier collectivisé. Le dépositaire était la CNT, la Confédération Nationale des Associations de Travailleurs. Mais même la CNT n’avait pas le droit de faire ce qu’elle voulait. Tout devait être décidé et ratifié par les travailleurs eu-mêmes au travers de conférences et de congrès. » 6

En conservant cette tradition démocratique de la CNT, les collectifs industriels avaient une structure d’organisation de délégués partant de la base pour aller vers le sommet. L’unité de base de prises de décision était l’assemblée des travailleurs, qui élisait des délégués aux comités de gestion qui supervisaient le fonctionnement quotidien de l’usine. Le comité de gestion élu était chargé d’appliquer le mandat décidé dans les assemblées, devait rendre compte et était responsable devant l’assemblée des travailleurs. Le comité de gestion communiquait ces observations au comité administratif central.

Généralement, chaque industrie avait un comité administratif central constitué par un délégué de chaque branche de travail ou de travailleurs de cette industrie. Par exemple, à l’industrie textile d’Alcoy, il y avait cinq branches : tissage, filage, tricotage, bonneterie et cardage. Les travailleurs de chacun de ces métiers élisaient un délégué pour les représenter dans le comité administratif de l’industrie. Le rôle de ce comité, qui intégrait quelques experts techniques, était, entre autres, de diriger la production en fonction des instructions reçues à l’Assemblée générale des travailleurs, de compiler les rapports et les statistiques sur l’avancement des travaux et de s’occuper des questions de financement et de coordination. Selon Gaston Leval, « l’organisation générale reposait ainsi sur la division du travail tout en étant industriellement structurée. » 7

À tout moment, l’assemblée générale du Syndicat des travailleurs était l’instance de décision ultime. « Toutes les décisions importantes [étaient] prises par les assemblées générales de travailleurs… [qui] étaient largement suivies et régulièrement tenues… si un administrateur faisait quelque chose que l’assemblée générale n’avait pas autorisé, il y a avait de fortes chances qu’il soit destitué à la prochaine réunion. » 8 Les rapports des différents comités devaient être examinés et discutés à l’assemblée générale pour être finalement mis en œuvre si la majorité l’estimait utile. « Nous ne faisions donc pas face à une dictature administrative, mais plutôt à une démocratie fonctionnelle, dans laquelle chaque type de travail avait son rôle à jouer qui avait été défini après examen par l’assemblée. » 9

Avancer dans le cadre de la Révolution

La socialisation totale de l’industrie ne s’est pas faite en un jour mais a été un processus graduel et permanent. Tout comme les collectifs industriels n’ont pas procédé partout de la même façon, le degré de socialisation et la méthode exacte d’organisation variaient d’un endroit à l’autre. Comme cela a été mentionné en introduction, alors que certains lieux de travail ont été immédiatement saisis par les travailleurs, dans d’autres, ils se sont appropriés leurs lieux en commençant par créer un comité de contrôle dont l’objectif était de s’assurer de la poursuite de la production. À partir de là, l’étape suivante était la prise de contrôle du lieu de travail.

Au début, lorsque la poursuite de la production était la tâche la plus urgente, il n’y avait que peu de coordination entre les différents ateliers et usines. Ce manque de coordination a posé différents problèmes que Leval a pointé : « Les industries locales sont passées dans des étapes identiques dans cette révolution… au départ, les comités nommés par les travailleurs employés dans celles-ci [ont été organisés]. La production et la vente continuaient dans chacune. Mais très vite, il devenait clair que cette situation générait de la concurrence entre les usines… créant des rivalités qui étaient incompatibles avec la perspective socialiste et libertaire. Ainsi, lorsque la CNT a lancé le mot d’ordre ‘Toutes les industries doivent être organisées par les syndicats, totalement socialisées, alors le régime de solidarité que nous avons toujours préconisé s’est installé une fois pour toutes » 10

Le besoin de résoudre cette situation – dans laquelle les travailleurs avaient établi le contrôle des lieux de travail alors que ces différents lieux opéraient indépendamment et en concurrence entre eux -, de compléter le processus de socialisation et d’éviter les dangers d’une collectivisation partielle était une tâche pour laquelle de nombreux travailleurs étaient préparés. Un manifeste du syndicat de l’industrie du bois publié en décembre 1936 soulignait que le manque de coordination et de solidarité entre travailleurs de différentes usines et industries pouvait mener à une situation dans laquelle les travailleurs des industries les plus favorisées et performantes deviendraient les nouveaux privilégiés, laissant les autres à leur difficultés et sans ressources, ce qui en retour pouvait conduire à la formation de deux classes : « les nouveaux riches et les plus pauvres des pauvres. » 11

Ainsi, des efforts supplémentaires ont été réalisés par les collectifs pour ne pas se concurrencer en terme de profits mais au contraire, pour partager le surplus au sein de toutes les industries. Par exemple, les tramways de Barcelone, qui étaient particulièrement rentables, ont contribué financièrement au développement des autres systèmes de transport de la ville et les ont aidé à passer leurs difficultés passagères. Il y eu aussi d’autres exemples de solidarité entre les industries. À Alcoy, par exemple, lorsque le syndicat de l’impression, des papiers et des cartons a eu des difficultés, les 16 autres syndicats qui formaient la Fédération locale d’Alcoy ont apporté une assistance financière qui a permis au syndicat de survivre.

Alors qu’il était question d’avancer vers une société anarchiste, il était aussi important d’avoir une organisation industrielle efficace. Dans le manifeste publié par le Syndicat des industries du bois, il était indiqué que « Le syndicat du bois souhaitait non seulement avancer sur la voie de la Révolution, mais aussi l’orienter dans l’intérêt de notre économie, de l’économie du peuple. » 12 En décembre 1936, un plénum de syndicats s’est rencontré et a fait l’analyse qu’il était indispensable de réorganiser le système industriel capitaliste inefficace et d’avancer vers une socialisation totale. Le compte-rendu de ce plénum indiquait :

« Le principal défaut de la plupart des petites unités de fabrication est la fragmentation et le manque de préparation technique et commerciale. Ceci empêche leur modernisation et leur regroupement dans des unités de production plus performantes, avec de meilleurs équipements et une coordination plus efficace… Pour nous, la socialisation doit corriger les carences de ces systèmes d’organisation dans toutes les industries… Pour socialiser une industrie, nous devons consolider les différentes unités de chaque branche en accord avec un plan directeur et général qui évitera la concurrence et d’autres difficultés empêchant  une bonne et efficace organisation de la production et de la distribution… » 13

Les efforts réalisés pour s’occuper des petits ateliers et des usines coûteuses et en mauvaise santé étaient une caractéristique importante du processus de collectivisation. Comme pour la culture des champs, il était ressenti qu’avec le fonctionnement des ateliers et des usines  « la dispersion des forces représentait une énorme perte d’énergie, une utilisation irrationnelle du travail humain, des machines et des intrants, une redondance sans intérêt des efforts » 14 Par exemple, dans la ville de Granollers, « Toutes les initiatives tendant à améliorer le fonctionnement et la structure de l’économie locale pouvaient être attribuées au… [syndicat]. Ainsi, en une période très brève, sept salons de coiffure collectivisés ont été créés à travers ces efforts, remplaçant un nombre important d’établissements miteux. Tous les ateliers et petites usines de production de chaussures ont été remplacés par une grande usine dans laquelle seules les meilleures machines étaient en fonctionnement et dans laquelle des conditions sanitaires respectant la santé des travailleurs étaient respectées. Des améliorations similaires ont été réalisées dans l’industrie métallurgique où de nombreuses fonderies, petites, sombres et étouffantes ont été remplacées par quelques grandes unités de production dans lesquelles l’air et le soleil pouvaient pénétrer. La socialisation allait de pair avec la rationalisation. » 15

 

Notes:

  1. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  2. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapter 2, pg54.
  3. Kevin Doyle, The Revolution in Spain, http://www.struggle.ws/talks/spain_feb99.html
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg 254
  5. ibid, chapitre 4, p. 80.
  6. Flood et al, Augustin Souchy cité dans I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg234.
  8. Robert Alexander cité dans The Anarchist FAQ, I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  9. Gaston Leval, Collectives in Spain, http://dwardmac.pitzer.edu/Anarchist_Archives/leval/collectives.html
  10. Gaston Leval cité dans The anarchist FAQ, I.8.4
  11. Extrait du Manifeste du syndicat CNT de l’industrie du bois, cité dans Gaston Leval, The Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 11, pg231.
  12. ibid, ch 11, pg230.
  13. Cité par Souchy, mentionné dans the Anarchist FAQ, section I.8.3, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci83
  14. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, ch 12, pg259

Ibid, ch 13, pg287

Résistance politique: La révolution libertaire espagnole et l’autogestion de 1936-39 ont posé les jalons du futur !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et social, société libertaire, syndicalisme et anarchisme with tags , , , , , , , , , , , , , , on 31 mars 2012 by Résistance 71

Nous engageons notre lectorat à visionner ce remarquable documentaire espagnol (2007, diffusé sur Arte) sur la révolution libertaire anarcho-communiste de 1936-39, que nos livres d’histoire tronqués appellent de manière bien réductrice et pour cause; la guerre d’Espagne.

Pourquoi ? Parce que ce documentaire sur la révolution espagnole libertaire de 1936-39 est plus que jamais d’actualité au vu ce qu’il se passe en Grèce, en Espagne et bientôt en France n’en doutons pas un instant. Il restitue le contexte historique de la guerre d’Espagne, trop souvent réduit à la lutte simpliste entre les « républicains » et les « fascistes » et remet sous les feux de la rampe la révolution anarchiste que fut cette période avant tout. Solidement ancré en Espagne depuis 1868, l’anarchisme s’est développé en plusieurs étape jusqu’à la création du syndicat anarcho-communiste ou communiste libertaire de la CNT-AIT. Ce syndicat a eu plus d’un million et demi d’adhérents dans les années 1930 en Espagne et constituait de loin la première force d’organisation ouvrière du pays. En ce sens, nous avons pensé que ce documentaire valait une exception dans notre conception de l’information par les mots.

Le documentaire explique clairement le cheminement interne de la révolution et par de très nombreux témoignages de participants, hommes et femmes (dont certains très émouvants), livre les tenants d’une forme de société libertaire, qui fit tourner l’économie d’une nation sur le mode de l’autogestion. La révolution sociale espagnole a prouvé (ce que les livres d’histoire se gardent bien de nous dire afin de préserver le consensus du statu quo oligarchique) qu’un peuple pouvait parfaitement s’autogérer et se gouverner sans gouvernement officiel et sa clique habituelle de politiciens et de capitalistes parasites.

A l’heure où nous approchons du chaos économico-social téléguidé depuis les bureaux feutrés des institutions financières de Londres, Wall Street et Bruxelles et dont nos traîtres politiciens asservis seront les exécuteurs, il convient de nous inspirer des réalisations de l’Espagne libertaire pour agir solidairement avant qu’il ne soit trop tard. Comme le dit un des intervenants de cette révolution à la fin du reportage: « la société libertaire est la seule solution viable pour l’humanité. » Ceci ne sera jamais assez répété.

« L’avenir appartient à ceux qui osent. Quand on ne peut plus rêver, on meurt. » (Emma Goldman)

Viva la revoluciòn social !

— Résistance 71 —

 

Documentaire: Vivir La Utopia (en français) durée: 1H34

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