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Gilets Jaunes : Mise en garde sur le rapport entre succès des mouvements de luttes sociales et le « syndrome Haymarket »…

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 mars 2019 by Résistance 71

“N’oublions pas que l’affaire du Haymarket fut au sujet de la lutte des travailleurs pour parvenir à une meilleure vie, libre du joug du système de l’esclavage salarial. Aujourd’hui les conditions de travail dans le monde sont des plus terribles.”
~ Industrial Workers of the World (IWW) ~

 


16 mars 2019: Résiste !

 

Syndrome Haymarket pour Gilets Jaunes ?

 

Résistance 71

 

15 mars 2019

 

Source information sur l’incident du Haymarket: Howard Zinn “A People’s History of the United States” (1980) et sources diverses

 

Ce samedi 16 mars, demain donc, s’annonce être un évènement de toute première importance tant pour la suite du mouvement des Gilets Jaunes, commencé avec bravoure et une détermination inflexible le 17 novembre 2018, que pour la suite de notre gouvernance sombrant jour après jour dans un pathétisme et un sectarisme jusqu’ici rarement atteint basculant dans un totalitarisme encore feutré, mais gageons que plus pour longtemps avec les lois liberticides scélérates qui bourgeonnent semaine après semaine.
Les enjeux sont importants, des deux côtés, et nous devons nous souvenir et garder présent à l’esprit le modus operandi de tout pouvoir étatique aux abois acculés dans ses derniers retranchements : le recours à un attentat sous faux-drapeau.
Sans doute le meilleur exemple dans un contexte similaire de lutte politico-sociale de grande ampleur, est l’affaire de la place de Haymarket qui eut lieu à Chicago dans l’Illinois le 4 mai 1886.

Rappelons les faits: avec le développement sans précédent aux Etats-Unis et dans le monde de l’exploitation ouvrière par un capitalisme entrant dans sa phase vampirisante, de grands mouvements sociaux firent éruption un peu partout au XIXème siècle. En 1877 se créa aux Etats-Unis le Parti Socialiste du Travail. Le mouvement anarchiste se développa également sur une grande échelle. Les immigrants européens amenèrent avec eux ces idées d’Europe et si ce fut le mouvement socialiste juif qui mena la contestation dans la région de New York, ce furent essentiellement sous l’égide d’immigrants révolutionnaires allemands, alliés à des ouvriers nées sur le sol américains, comme Albert Parsons, que se formèrent des clubs sociaux-révolutionnaires dans la région de Chicago et des grands lacs. En 1883 se tint à Pittsburgh, autre grand bastion ouvrier américain avec Detroit et Chicago, un congrès anarchiste. De ce congrès émana un manifeste qui emprunta au manifeste de Marx et Engels sa formule: “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !”
A Chicago se créa une nouvelle association l’International Working People’s Association (IWPA) qui eut très rapidement plus de 5000 membres. Cette association eut une grande influence au sein de la Central Labor Union of Chicago ou l’union centrale syndicale de Chicago qui regroupait pas moins de 22 syndicats des différentes corporations ouvrières.
A partir du milieu des années 1880, la situation sociale et la contestation devinrent explosives. En 1885, des mouvements massifs de grèves ébranlèrent le système. Dans tout le pays plus de 11 500 établissements et quelques 400 000 ouvriers se mirent en grève. 11 000 grévistes à Detroit, 25 000 à New York. A Chicago, tout le transport ferrovier s’arrêta.
L’union centrale syndicale de Chicago dirigée par Parsons et Spies, prit de fermes dispositions fin 1885. Le 3 mai 1886 à Chicago, la police tira sur la foule des grévistes devant les ateliers McCormick & Harvester. 4 participants furent tués. Soies écrivit alors “Vengeance ! Aux armes ouvriers !” dans l’Arbeiter Zeitung, le journal bilingue de l’union centrale syndicale.
Une réunion fut décidé pour le lendemain 4 mai, sur la place du Haymarket de Chicago.
3000 personnes s’y rejoignirent. La réunion se déroula normalement et sans incident. Le dernier intervenant parlait à la tribune lorsqu’une bombe artisanale est jetée au dessus de la foule et explose au milieu des forces de police. 66 policiers seront blessés dont 8 mourront plus tard de leurs blessures. Instantanément la police ouvre le feu sur la foule sans discrimination, au moins 4 personnes seront tuées et il y aura plus de 200 blessés.
Sans enquête ni aucunes preuves, la police rafle des centaines de militants et arrête très rapidement 8 leaders anarchistes de Chicago. La loi de l’état de l’Illinois dit que quiconque incite à un meurtre est coupable de ce meurtre. Les seules évidences amenées contre les 8 accusés furent leurs idées politiques, quelques pamphlets de littérature politique ; surtout il est important de savoir qu’aucun des 8 accusés ne se trouvait le 4 mai sur la place du Haymarket, sauf Fielden qui parlait à la tribune au moment où la bombe explosa ! Ils furent condamnés à mort. Leur appel fut refusé, la Cour Suprême déclara n’avoir aucune juridiction en la matière !!…
Cet évènement eut un retentissement mondial. Il y eut des réunions, des marches de dizaines de milliers de personnes en France, en Hollande, en Russie, en Italie, en Allemagne, en Espagne. Des meetings à Londres eurent pour leaders George Bernard Shaw et Pierre Kropotkine.
Un an après leur procès, le 11 novembre 1887 (Vendredi Noir ou Black Friday), 4 des anarchistes qui furent condamnés à mort: Albert Parsons, August Spies, Adolph Fisher et George Engel, furent pendus. Louis Lingg, un charpentier de 21 ans se suicida dans sa cellule, refusant à l’état le “droit” de prendre sa vie.
La marche funèbre de ces martyrs à Chicago se composa de 25 000 personnes en deuil. Le jour du 1er mai, fête du travail dans le monde, fut déclaré férié en grande partie à cause de l’affaire du Haymarket qui devint le symbole de la répression du monde ouvrier et du travail par les chiens de garde du capital.
Il y eut évidence par la suite qu’un homme répondant au nom de Rudolph Schnaubelt, soi-disant anarchiste, était en fait un infiltré et agent provocateur de la police. Il fut engagé pour lancer la bombe qui permit l’arrestation de centaines de personnes dans le milieu ouvrier contestataire et la destruction du leadership du mouvement de la lutte sociale à Chicago.
Il est à noter que dans l’histoire américaine du mouvement de la lutte sociale et révolutionnaire, la réaction est toujours passée par une alliance entre le pouvoir et le milieu de la mafia. Les patrons locaux se sont toujours appuyés sur la mafia locale pour mater les mouvements de grèves, jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale qui vit la pègre de la famille de Lucky Luciano servir de nervis briseurs de grèves notamment dans les ports en Italie et aux Etats-Unis, secteur où la lutte sociale était particulièrement organisée avec les syndicats des dockers. Les luttes et les bagarres furent âpres afin aussi que ne soit pas ralenti le flot des marchandises… légales ou illégales.
Néanmoins, en juin 1893, le gouverneur de l’Illinois John P. Altgeld amnistia les survivants toujours en vie et emprisonnés de l’affaire du Haymarket et condamna officiellement l’ensemble du système judiciaire qui permit cette injustice flagrante. Inutile de dire que cette action politique vit la fin de la carrière politique de ce gouverneur qui ne fut bien entendu, pas réélu.

En France il n’est pas si loin le temps où le triste Service d’Action “Civique” (SAC) des Pasqua and co agissait comme hommes de main du pouvoir et du patronat, brisant les piquets de grèves et fournissait la main d’œuvre foie jaune en réaction des luttes sociales acharnées et volant au secours d’un système malmené voyant ses profits fondre comme beurre au soleil…

Ainsi donc, pour en revenir à l’actualité qui nous préoccupe, celle des Gilets Jaunes, nous devons garder présent à l’esprit que le pouvoir ne recule devant rien pour mater toute rébellion et dissidence au système oligarchique illégitime et criminel en place.

Devant le succès que sera sans aucun doute la mobilisation gilets Jaunes demain en France et sur Paris, nous devons nous méfier de ce “syndrome du Haymarket” qui veut que mis en difficulté et acculé, tout système étatico-capitaliste cherchant à toujours préserver une illusion démocratique, visera à provoquer un évènement sanglant voire à le faire perpétrer par des hommes de paille à leur insu (par manipulation) ou à l’insu de leur plein gré, selon les circonstances, pour à la fois pouvoir garder l’illusion de la raison morale… de leur répression aveugle s’abattant sur la contestation et dissidence politique, garder le pouvoir usurpé depuis si longtemps, au détriment du plus grand nombre et créer une diversion utile.

Si l’Histoire ne repasse jamais les grands plats… En revanche, elle repasse continuellement les petits !

A bon entendeur…

= = =

Bien des livres ont été publié sur la question, mais le meilleur compte-rendu court sur l’affaire du Haymarket se trouve, à notre sens, sur le site internet syndicaliste des Wobblies, de l’Industrial Workers of the World (IWW), vous pouvez le lire (en anglais) ici:

https://www.iww.org/branches/US/CA/lagmb/lit/haymarket.shtml

Le dernier paragraphe dit ceci: (traduction R71)

“Alors que nous luttons tous pour réaliser notre vision d’un monde juste pour toutes et tous, gardons toujours en mémoire ceux qui sont morts, qui ont sacrifié leurs vies pour notre cause, des gens comme ces maytyrs du Haymarket: Albert Parsons, Adolph Fisher, August Spies, Carl Engel, Louis Lingg. Samuel Fielden, Michael Schwab et Oscar Neebe. Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie ! Hourra pour l’anarchie!”

 

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