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Gilets Jaunes: 16 mars pour un 18ème round faisant date…

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 12 mars 2019 by Résistance 71

“La Commune ne supprimera pas l’État pour le reconstituer, et bien des communes sauront prêcher d’exemple, en abolissant le gouvernement de procuration, en se gardant de confier leur souveraineté aux hasards du scrutin.”
~ Pierre Kropotkine ~

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir… Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

 

Appel du collectif Cerveaux Non Disponibles pour la journée du 16 mars à Paris.

 

Collectif Cerveaux Non Disponibles

 

12 mars 2019

 

Source: https://paris-luttes.info/du-16-mars-a-jupiter-11796?lang=fr

 

Samedi 16 mars s’annonce comme une date importante pour le mouvement des Gilets Jaunes. Personne ne peut prédire le résultat de cette nouvelle mobilisation nationale à Paris. Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera un tournant pour la suite. Il ne tient qu’à nous que ce tournant prenne la bonne direction. Celle de la révolte contre ce système et ceux qui en profitent sur le dos des plus faibles. C’est la fin du grand débat, et le début du grand débarras.

Certains caressent l’espoir de revivre un 17 novembre ou un 1er décembre. Nous pensons que cela n’arrivera pas. En quatre mois, le pouvoir et ses forces armées ont totalement changé leur façon de gérer les rassemblements des GJ. En quatre mois, plus de 15 000 GJ ont été blessés et/ou incarcérés. 15 000 !

Non, le 16 mars doit devenir LE 16 mars. Une des dates importantes dans l’histoire des Gilets Jaunes, et peut être même au delà. Nous ne savons pas où, quand, et comment. Mais nous savons que des milliers de citoyens en colère seront présents et décidés à ne plus enchaîner les manif « bien dociles » qui ont été imposées depuis 4 ou 5 semaines par quelques dizaines de GJ ayant joué le jeu du pouvoir en déclarant les manif et en acceptant que le cortège soit encerclé de CRS.

Ces milliers de GJ déterminés vont tous jouer un rôle ce 16 mars. Chacun à son niveau, chacun à sa manière, mais tous solidaires et tolérants avec les pratiques des autres.

Car nous savons où est l’ennemi : à l’Élysée et dans tous les palais de la République. Dans tous les sièges de banques et de multinationales.

Nous savons que les personnes âgées vivent dans une précarité de plus en plus intolérable. Nous savons que l’éducation nationale est en pleine crise de moyens. Nous savons que les hôpitaux et tous les services de santé sont en sous effectifs, pour raison financière. Nous savons que les millions de français aux revenus les plus modestes ont de plus en plus de mal à vivre. Et même à survivre.

Et nous savons que les quelques milliers d’ultras riches en France sont de plus en plus riches, y compris depuis la crise financière.

Sachant cette injustice, nous ne pouvons plus continuer nos vies comme si tout allait bien. Comme si tout était normal. Ce serait immoral et inhumain.

C’est notre humanité et notre désir d’un monde meilleur pour le plus grand nombre qui va nous pousser samedi à exprimer notre colère, et pas qu’avec des paroles.

Une colère qui sera renforcée par l’insoutenable bilan de la répression de ce mouvement depuis quatre mois : plus de 2 500 blessés, plus de 14 000 tirs de LBD, 22 éborgnés, 5 mains arrachées, un décès, plus de 8 500 arrestations, dont la plupart totalement arbitraires.

La Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, la commission européenne ou encore l’ONU ont lancé des avertissements au gouvernement français. Nous savons que l’histoire retiendra de Macron et de son gouvernement qu’il a répondu à une crise sociale par une ultra violence aveugle mais totalement calculée.

Reste à savoir si cette réponse sera appréhendée dans les cours d’histoire comme une réponse efficace (à défaut d’être morale), ou si elle aura au contraire accéléré le soulèvement de tout un peuple. Le 16 mars va, en ce sens, être un début de réponse. Tout reste encore possible.

Il nous reste 5 jours pour mettre toutes les chances de notre côté, en étant le plus nombreux possible dans les rues de Paris samedi.

A vous tous, il vous appartient de mobiliser votre entourage : amis, familles, collègues. En premier lieu ceux qui ont déjà participé à des rassemblements de GJ depuis quatre mois, et qui auraient peut être perdu la force. S’il n’y a qu’un seul samedi à consacrer à nouveau à la lutte, c’est celui là. Mais également à tous vos amis et familles qui n’ont pas encore franchi le pas mais qui partagent ce sentiment d’injustice sociale et d’indécence des plus riches et des plus puissants. Les tenants du pouvoir s’efforcent par tous les moyens à nous faire croire qu’aucun autre horizon n’est possible, et que le seul mécontentement possible est celui qui s’exprime dans le cadre de leurs règles, elles mêmes faites pour maintenir le système.

Mais leur pouvoir ne tient finalement qu’à un fil. Et sous leur apparence de fermeté et de tranquillité, Macron et son monde espèrent fortement que le mouvement s’essouffle (depuis le temps qu’on vous le dit). Car s’il ne s’essouffle pas, il suffira de souffler sur les braises pour que leur château s’enflamme.

Et si leurs remparts tombent, il sera alors bien plus facile d’aller les chercher.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 


Howard Zinn

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Après 3 mois de rébellion, le mouvement Gilets Jaunes à une croisée des chemins et donc… sur un nouveau rond-point à occuper fermement ! (tract en PDF)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 19 février 2019 by Résistance 71

 

Les dernières manifestations du mouvement des Gilets Jaunes et les évènements récents menant à une tentative de diabolisation accrue du peuple de France en rébellion par les instances politiques et médiatiques tout autant corrompues qu’obsolètes, nous amènent à réfléchir sur le devenir du mouvement.
Nous pensons que le temps est venu de généraliser un retour aux fondamentaux et de suivre l’exemple des Gilets Jaunes de Commercy dans la Meuse et de ceux de St Nazaire ainsi que d’autres groupes plus anonymes, qui ont mis en place les assemblées populaires, seules garantes d’un pouvoir exercé par et pour le peuple.
A cet effet, nous avons résumé notre position politique sur ce sujet sous la forme d’un pamphlet que nous soumettons aux groupes des Gilets Jaunes et à qui veut entendre. Prenez-en connaissance, réfléchissez-y, débattez, utilisez le éventuellement sous cette forme ou une autre, ou ignorez-le si telle est votre décision.
Nous arrivons à un carrefour dans la jeune histoire du mouvement et donc vers un autre rond-point, de taille, à occuper… Il devient impératif de focaliser sur les modes d’action au niveau local, de réappropriation du pouvoir par la base, localement et de son rayonnement par association libre.

Ceci représente à notre sens, la seule voie de succès possible pour une société exclusivement concernée par le bien commun, hors des rapports marchands de pouvoir et donc sur la voie de l’émancipation.
Vous trouverez ci-dessous sous forme de tract en version PDF (réalisé par Jo de JBL1960) le texte que nous vous invitons à analyser, reflétant notre vision politique de l’affaire. Nous espérons que ceci puisse contribuer à la continuation de notre marche sur le chemin de la société des sociétés.
Fraternellement à toutes et tous
Résistance 71
Février 2019

Gilets Jaunes !

Les trois mois de lutte écoulés nous montrent on ne peut plus clairement qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a en fait jamais eu et qu’il ne saurait y en avoir !

Ceci se doit de devenir une évidence incontournable pour toutes et tous, membres de notre lutte organique pour une société enfin libre.

Ainsi, toute négociation avec l’État et les représentants de l’oligarchie est non seulement futile mais contre-productive. Ignorons-les !

Solidarité – Union – Persévérance – Réflexion – Action

Devenons S.U.P.R.A Gilets Jaunes !

Reprenons le pouvoir par les Assemblées Populaires et ainsi:

  • Boycottons les institutions
  • Boycottons l’élection et l’impôt absorbant l’intérêt de la dette odieuse
  • Boycottons les entreprises du CAC40 et des transnationales criminelles
  • Achetons et promouvons les produits locaux
  • Réaménageons nos campagnes et nos communautés agricoles
  • Rassemblons-nous en comités populaires de voisinage, de travail…

Tout le Pouvoir aux Ronds-Points !

Pour une société émancipée et donc libre !

Groupe Gilets Jaunes de _______________

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Le texte en version tract PDF à imprimer et diffuser:

Tract_Gilets_Jaunes

 


L’orde naturel de la société des sociétés

Gilets Jaunes 14ème round: Le père Duchesne avec nous !… On lâche rien !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 février 2019 by Résistance 71

 

 

Grande joie du père Duchesne

 

A contre Temps

 

12 février 2019

 

Source: http://www.autrefutur.net/Grande-joie-du-pere-Duchesne

 

De voir que les Gilets-Jaunes des départements s’en viennent nombreux à Paris à chaque sabbat, semant la panique parmi les nantis de cette ville confisquée, vérolée, avilie par le commerce, le tourisme et la spéculation foncière la plus éhontée. Grand est l’effroi des boutiquiers qui vendent aux nantis des hardes soyeuses et des colifichets clinquants – qui chacun coûteraient des mois de fatigue et des flots de sueur aux bons bougres des quartiers pauvres.

Plus grande encore, s’il est possible, est la frousse des marchands de boniments – plumitifs salonards ou petites mains du mensonge télévisuel, qui nous font crime de ne point vouloir gémir sous le joug des maîtres de l’or et du négoce. Ah, foutre ! Qu’ils tremblent donc ! Ils en ont de justes motifs, car ils périront bientôt, s’ils ne suivent en hâte leurs maîtres en fuite vers les occultes lupanars dorés, au-delà des mers, où dorment des fortunes amassées en dépouillant le bon peuple. Et où le néant dont ils n’auraient jamais dû surgir se refermera sur leurs vaines existences.

Ils veulent nous persuader, ces larbins de toutes les oligarchies, de rester tranquilles, de désavouer les actes de rébellion qui, depuis quelques semaines, éclatent partout dans le pays – et de souffrir patiemment, au nom de la logique de l’argent, les pires humiliations. On menace, si nous ne rentrons pas dans le rang, de nous interdire la rue, de nous tabasser, de nous mutiler, de nous éborgner, de répandre notre sang.

Les dirigeants de toute obédience, qui ne songent qu’à nous voir croupir à jamais dans la servitude et la misère, prétendent encore et toujours nous priver des richesses immenses que nous et nos parents seuls avons produites. Comme un bétail trop prolifique, nous sommes voués par des technocrates et des rentiers à la précarité et au dénuement, aux maladies et à la décimation.

Si nous avions à trancher maintenant s’il faut ou non se soulever, la prudence nous imposerait d’y réfléchir à deux fois, tant les moyens que consacrent les hautes castes au maintien de l’ordre sont immenses, tant les liens communautaires qui faisaient autrefois notre force se sont distendus – et tant la confusion des idées est savamment entretenue par les médias. Mais dès lors que le combat s’est déjà engagé, et qu’il s’est engagé à l’initiative d’un adversaire qui rêve de nous clouer le bec pour des générations, nous n’avons d’autre choix que de nous résoudre à la plus piteuse, à la plus douloureuse des défaites ou de nous apprêter à redoubler d’audaces et d’exigences.

Nous pouvons être certains qu’on fait déjà contre nous de nouveaux préparatifs d’enfermement et d’exclusion. Mais ce n’est que par le péril que l’on échappe au péril. Il faut donc employer la force quand l’occasion s’en présente, comme ne manquent jamais de le faire les puissants qui nous traitent comme du purin – car, face aux dangers qui nous menacent, il est plus dangereux de rester courbés et muets que d’essayer d’en venir à bout. Cette occasion, amenée par les vents capricieux de l’histoire, ne la laissons pas s’envoler, si nous voulons enfin nous assurer une existence plus libre et plus heureuse. Les êtres qui désirent mais n’agissent pas engendrent la peste.

Nous savons tous, au fond, que si le bien-être et les plaisirs nous sont à jamais interdits, que si l’ennui et la précarité façonnent notre destin, nous le devons à notre acceptation trop docile de l’ordre des choses. Seuls d’entre nous s’en « sortiront » les serviteurs les plus zélés : tant qu’il y aura du salariat, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde, et la vie continuera d’être ce périple angoissé à travers un espace dûment surveillé, clos et bétonné, où s’entre-déchirent les pauvres sous l’œil amusé des maîtres. Les employés fidèles subissent honteusement la tyrannie des horaires et la tristesse des tâches morcelées, en échange de revenus toujours plus maigres. Les autres, chômeurs et précaires, sont plongés dans un dénuement plus grand encore, accablés d’injures, vivant d’aumônes et d’expédients, guettés par l’enfermement et le désespoir absolu. Nous le sentons tous, une telle société ne mérite pas d’exister, et ceux que l’appât du gain ou le goût de la servitude incitent à la défendre doivent être balayés.

Ceux qui fondent leur pouvoir sur la peur vivent eux-mêmes dans la crainte des populations qu’ils dominent et exploitent. Les forces de répression dont ils se sont dotés peuvent se disloquer aussi vite que, naguère, celles des dictatures bureaucratiques – pourvu que la rue fasse pleinement sentir sa propre force. Nous devons donc éviter de les affronter là où l’ennemi nous attend avec toute la puissance de ses armes : ces cortèges-pièges, organisés ou noyautés par les récupérateurs politiques ou syndicaux, dont la connivence avec les prédateurs de l’économie n’est plus à démontrer. Occupons plutôt nos quartiers, nos entreprises, nos écoles. Assiégeons les gens de pouvoir et d’argent en leurs bastions, confinons-les à leurs bunkers. Refusons de dialoguer avec ces experts en fourberies et entamons sans tarder, entre nous, les vrais débats, ceux qui naissent des passions impatientes. La route des excès mène au palais de la sagesse.

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !!

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

 

Gilets Jaunes: L’intensification de la crise fournira la solution… (Francis Cousin)

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C’est l’intensification de la crise qui nous donnera la solution… 

 

Francis Cousin

 

13 février 2019

 

« L’émancipation en Europe, dépend donc du soulèvement victorieux de la classe ouvrière française… »
~ Charles Marx, Janvier 1849 ~

Macron sait qu’il est politiquement mort même si le corps de ses larbins politiques et médiatiques bouge encore un peu…

C’est la crise accélérée de la pourriture marchande qui sortira le mouvement des Gilets Jaunes de l’actuelle impasse réformiste …

N’en déplaise aux statistiques policières, de manifs poursuivies en colères renouvelées, la force indisciplinée des Gilets Jaunes s’obstine à persister par delà toutes les manoeuvres des appareils syndicaux moribonds du Capital totalement dépassés…

Le nombre important de véhicules qui continuent partout de circuler encore avec un gilet jaune sur le tableau de bord, démontre que la colère sociale est toujours massivement bien là et qu’elle se fout de la jacasserie nationale distractive des pauvres journaleux incultes et des séniles pédagogues, privilégiés de la mondialisation capitaliste…

La police politique des gauchistes des centres-villes de la marchandise a ses idoles ; l’immigré et l’homosexuel de la consommation moderniste du système des objets de la soumission mais elle méprise le prolétaire relégué de la périphérie qui lui renvoie d’ailleurs son image de parfait collabo du progrès de la mondialisation mercantile à mesure que la lutte des classes fait renaître l’espérance communarde d’un monde débarrassé de tous les parasitismes et chefferies de la conscience aliénée…

Le fait que le mouvement des Gilets Jaunes éclate désormais en tous sens est une très bonne chose, car à mesure que les apprentis leaders de tout poil explosent en vol en révélant leur vacuité, ils rendent impossible par là même toutes les tentatives de récupération électorale et de carriérisme politicien…Ainsi, les auto-désignations névrotiques des leaders  facebookés s’usent de plus en plus vite dans le conformisme et le ridicule de la décomposition du spectacle de la domestication…

L’anti-parlementarisme est né sur le terrain critique des luttes ouvrières les plus radicales contre toutes les maffias du  Palais Bourbon du monothéisme de l’argent… Mais les chieurs d’encre de la servilité capitaliste qui font tous dans leur froc, pour tenter de cacher leur insipidité historique, voudraient absolument nous faire oublier que bien avant le 6 février 34, les courants maximalistes prolétariens ont toujours dénoncé le crétinisme parlementaire de la démocratie totalitaire de la valeur d’échange…

Afin de saisir la panique de l’État face au mouvement des Gilets Jaunes qui décidément ne veut pas mourir, il faut bien saisir le niveau de folie montante des forces de répression et de leurs nervis obsédés à vouloir démasquer sans arrêt le « facho » sous le gilet jaune dès que ce dernier refuse de s’agenouiller devant les dogmes bobos du MEDEF et de toutes les gauches à la mode qui idolâtrent bien sûr le migrant docile et manipulable adulant le royaume de la tune mais détestant le vieux gaulois réfractaire aspirant aux  grandes contestations sociales récalcitrantes…

C’est en sortant  définitivement du marécage actuel que la tempête Gilets Jaunes pourra se revivifier et déboucher sur une authentique lutte de classe émancipatrice contre tous les pouvoirs de l’exploitation économique et de la domination politique, en se généralisant offensivement en tous lieux afin de  transformer la nature de la production pour la mettre au seul service des besoins humains et donc en liquidant la liberté despotique du profit…

Le compte à rebours de la fin du monde capitaliste a bien commencé…

Demeurons In-contrôlables…

Février 2019,

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Au sein de l’Assemblée des assemblées de Commercy (revue Ballast)

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

Contre le mal-vivre… Quand la Meuse se soulève

 

☰ Par Djibril Maïga et Elias Boisjean

 

11 février 2019

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/contre-le-mal-vivre-quand-la-meuse-se-souleve/

 

C’est l’une des deux sous-préfectures de la Meuse : Commercy, moins de 6 000 habitants. Un territoire de la « diagonale des faibles densités » frappé par l’effondrement industriel ; un taux de chômage à 24,5 %. En deux mois à peine, la petite commune lorraine s’est imposée comme un point incontournable du soulèvement national des gilets jaunes : forts d’une assemblée quotidienne, les Lorrains boudent le « grand débat » macronien pour mieux louer la démocratie directe, sans représentants ni leaders. Des messages de soutien leur arrivent sans tarder du Chiapas et du Rojava. Une Assemblée des assemblées (ou « Commune des communes ») s’est tenue les 26 et 27 janvier derniers, à leur appel, rassemblant 75 délégations de toute la France. L’horizon ? Abolir les inégalités, partager les richesses et donner le pouvoir au peuple. Nous sommes allés à leur rencontre. 

La brume encombre les plaines que les fenêtres du car déroulent. L’horloge indique 9 h 30. Un des passagers, un certain Victor, se jette dans la discussion qui va s’improvisant : « La plupart des organisations de gauche ont repris toutes les calomnies sur les gilets jaunes, justifiant quasiment la répression, ou bien ont dit qu’elles n’avaient rien à voir avec ça, que ce n’était pas une lutte de la classe ouvrière… Des puristes ! » Brun, trapu, volubile, la trentaine ; il se présente à nous comme sympathisant trotskyste. Un autre passager rebondit : « C’est une faillite intellectuelle de l’extrême gauche. Parce que ce mouvement est de l’ordre du white trash1, et les militants d’extrême gauche en sont socialement très loin. Il y a beaucoup de mépris. Il y a une déconnexion totale avec la réalité sociale. » Le véhicule stationne aux abords de la gare de Commercy ; le froid nous saisit, la neige n’a tenu que sur les toits. Les gilets jaunes, venus des quatre coins du pays — Sète, Lorient, Nice, apercevons-nous ici et là sur les chasubles fluorescentes —, convergent en direction de la navette qui nous conduira à Sorcy-Saint-Martin : c’est là, à moins de huit kilomètres de la sous-préfecture, que se déroulera l’Assemblée des assemblées. Les autochtones s’affairent, visiblement surpris par l’afflux. Il faut dire que personne, ou presque, ne connaissait le nom de Commercy il y a deux mois de cela…

« Il y a beaucoup de mépris. Il y a une déconnexion totale avec la réalité sociale. »

Nous nous dirigeons vers le centre de la commune et interpellons quelques habitants au hasard du bitume : ils ignorent que se tient en ce jour ladite Assemblée. Si la plupart soutiennent le mouvement des gilets jaunes, bien que de loin, certains se montrent indifférents, pour ne pas dire sceptiques. Nous entrons dans le premier bar venu, à deux pas d’un vieux château édifié par quelque comte friand d’opéra. Un client, le tenancier ; nous prenons des cafés. Tous deux ne savent pas bien de quoi il retourne mais s’y seraient volontiers rendus s’ils ne travaillaient pas — « Qui va tenir le comptoir ? », lance l’homme debout derrière ce dernier.

Une cabane contre « le mal-vivre »

« Aujourd’hui, les zadistes, ils ne sont plus à Notre-Dame-des-Landes mais ils sont sur les ronds-points : ce sont les gilets jaunes », nous disait un prénommé Michel lors de notre passage à la ferme de la ZAD dite des « 100 noms ». L’église de Commercy poinçonne un nuage blême. Ruelles, pierres grises, volets de bois, un snack, un fleuriste, quelques panneaux « À vendre » ou « À louer ». La cabane des gilets jaunes colore tout soudain la place Charles-de-Gaulle. « Taxes », « Retraites », « ISF », « Écologie », lit-on au trait noir sur des morceaux de bois cloutés ; un drapeau tend ses trois couleurs au petit vent. De ce modeste « Chalet de la solidarité », tout de bric et de broc bâti, Commercy devint un centre d’intérêt national puis international : des messages de soutien affluèrent d’Allemagne, du Mexique, de Syrie ou de la République dominicaine. L’emplacement ne doit rien au hasard : sa centralité a valeur d’invitation à la rencontre ordinaire, et l’occupation du domaine public tient lieu de lutte, rendant en sus visibles « les invisibles » que sont, c’est là leur mot, les gilets jaunes.

Huit d’entre eux — quatre hommes et autant de femmes — apparaissent le 30 novembre 2018 sur nos écrans, cinq minutes durant, lisant à tour de rôle un communiqué imprimé sur une feuille A4 : « Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-services, et des barrages filtrants. Dans la foulée, nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours. » Balayant d’un revers de main toute tentative de médiation entre le mouvement et le gouvernement (garant du « système »), les Commerciens fustigent « les représentants » pour mieux louer la seule démocratie qui soit à leurs yeux : directe et populaire. Contre « tous ceux qui se gavent », contre « les puissances de l’argent », contre « les intérêts des ultra-riches », ils appellent à ériger, partout en France, des comités populaires et des assemblées générales afin de « reprendre le pouvoir ».

« Des autocollants à prix libre raillent le Premier ministre, exhortent Macron à “dégager” et dénoncent les paradis fiscaux. »

Des gilets jaunes nous prennent à bord de leur véhicule, direction l’Assemblée. L’hiver déplie la campagne de ses doigts maigres ; arbres, champs, un cygne rompt un instant la rudesse des lieux. Le parking de Sorcy-Saint-Martin, signalé par une planche posée sur une cagette, est bondé ; on entend râler. 200 personnes, à vue de nez, se trouvent déjà sur place — il n’est pas midi. Ça s’agite, se croise, se rencontre, se salue, se reconnaît, se découvre : les langues se délient sans le bois dont on fait la scène politique. Nous pénétrons dans la salle des fêtes. Une carte de France est affichée, conviant à marquer d’une punaise la commune d’où l’on vient — le pays se voit constellé de points, exception faite du Sud-Ouest. Des tracts, disposés sur une table, rappellent la « méthode pour une assemblée citoyenne et participative » : ce sont là les gestes en usage sur les occupations de place, de la Puerta del Sol à Nuit Debout. Des autocollants à prix libre raillent le Premier ministre, exhortent Macron à « dégager » et dénoncent les paradis fiscaux. Un ouvrage sur la révolution du Rojava est également proposé à la vente.

Steven, l’une des figures du Commercy réfractaire, nous dit : « Pour l’organisation de l’Assemblée des assemblées, aucune personne n’a pris de décision en disant “Moi je vais faire ça”. On a débattu et décidé au sein de notre assemblée. » Transport, accueil, point presse, cantine à prix libre (La Marmijotte), garderie : tout a été structuré en amont — plus de 250 gilets jaunes dormiront ce soir chez l’habitant. Nous apercevons des journalistes de l’AFP, de LCI, de Libération, de la chaîne RT ou du Monde. Des indépendants, aussi. Et l’« automédia » des gilets jaunes. Deux porte-parole font face, du mieux qu’ils peuvent, au roulement des questions.

Une famille en construction

Si la critique des leaders est largement partagée par les gilets jaunes réunis ce jour, il est un mot qui semble fédérer les citoyens mobilisés depuis le mois de novembre : « famille ». Celui-là même que Jérôme Rodrigues, mutilé à Paris par les troupes du gouvernement Macron lors de l’acte XI, ne cesse d’employer dans les messages qu’il adresse au mouvement. « On a fait Noël à la cabane. Moi je suis passé pour l’apéro, et après je suis rentré en famille, mais beaucoup sont restés ensemble. C’est des personnes qui n’avaient pas forcément de famille, ou qui voulaient simplement rester ensemble. C’est magnifique », nous raconte John, un boxeur amateur aux traits émaciés.

« Rompre l’isolement structurel ; apprendre à s’écouter, donc également apprendre à se taire. »

Rompre l’isolement structurel ; apprendre à s’écouter, donc également apprendre à se taire ; élaborer des espaces où la parole peut librement se déployer, sans jugements hâtifs ni railleries. Stéphanie est assistante vétérinaire en Bretagne ; leur lutte repose à ses yeux sur quatre piliers : la justice sociale, économique, environnementale et judiciaire. « On se sentait seuls, démunis, exploités. On était isolés. On est tous dans des mouvements chacun dans notre coin et, ici, cette réunion nous a permis de prendre une température nationale. On a vu que nous n’étions pas seuls à défendre ces valeurs, et qu’elles étaient communes à tout le monde. Et ça fait plaisir ! » Renz, qui affiche une barbe touffue et une chasuble poussiéreuse sur laquelle on peut lire « RIP capitalisme », complète entre deux éclats de rire : « Ce mouvement, ce qu’il a créé, c’est un sentiment familial, une fraternité. En venant ici, on réalise que la famille s’est agrandie. On a créé des liens qui sont forts et qui, j’espère, vont durer. »

Une politique des assemblées

L’autonomie, avançait en 1993 le philosophe Cornelius Castoriadis, « c’est le projet d’une société où tous les citoyens ont une égale possibilité de participer à la législation, au gouvernement, à la juridiction et finalement à l’institution de la société2 ». Nous y voilà. Une seconde vidéo — intitulée « Deuxième appel des gilets jaunes de Commercy » et postée un mois après la précédente — est à l’origine du présent rassemblement. Sous le toit de fortune de leur cabane, les habitants mobilisés défilent alors pour convier le mouvement tout entier à venir ici afin de « rassembler les cahiers de revendications et [de] les mettre en commun », de « débattre tous ensemble des suites [du] mouvement » et de « décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation ». L’appel s’achève ainsi : « Ensemble, créons l’Assemblée des assemblées, la Commune des communes. C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition. »

Des madeleines — la spécialité locale — et des fruits sont à disposition près de la fontaine à café. Des pâtes sont au menu ; demain, du couscous. Nous discutons, en cassant la croûte, avec un gilet jaune venu de Saillans : depuis 2014, fort d’un mouvement d’opposition à la construction d’un supermarché, ce village de la Drôme est administré par un « pouvoir citoyen » — un conseil municipal collégial, des commissions participatives, un conseil des sages et le recours au tirage au sort. Il est 13 heures ; l’Assemblée, retransmise en direct sur Internet, débute dans la salle polyvalente aux murs rose et blanc. Claude, militant antinucléaire engagé à Bure, s’empare du micro, un symbole féministe tracé au dos de son gilet : « On représente une idée, un mode de fonctionnement qu’on va essayer d’expérimenter. Donc on va être humbles. […] Il s’agit de s’engager dans un processus, si tout le monde est d’accord, un processus par le bas. […] On va pouvoir attaquer, sans plus tarder ! » La délégation de Poitiers s’avance la première, sous les applaudissements.

« Un drapeau frappé des mots “municipalisme libertaire” ornait à la mi-novembre l’un des ronds-points de la sous-préfecture. »

Chaque délégation, mandatée par sa base locale — un binôme paritaire, le plus souvent —, se présente à tour de rôle ; elles sont au nombre de 75. Les porte-parole relatent, le temps d’une à cinq minutes, leur expérience, leurs difficultés, leurs avancées. Les luttes se ressemblent, se complètent. Blocage de routes, occupations, constructions, évacuations du mois de décembre, reconstructions. Ici, un discours, largement salué, contre le sexisme et le racisme ; là, un appel à articuler les communes aux régions, via l’intercommunale et le département. L’Isère invite à la démocratie directe à échelle nationale ; Paris tance « la caste des bobos » ; l’Ardèche rappelle, acclamée, que les gilets jaunes ne sont pas les « factieux » tant vomis mais les héritiers des idéaux républicains originels ; Belfort conte sa jonction à la frontière avec les gilets jaunes suisses et allemands ; Saint-Nazaire revient sur la création de leur Maison du peuple, la première du mouvement — les applaudissements sont nourris, un poing se lève, le cri de guerre des spartiates est entonné.

Bookchin en Lorraine ?

Un drapeau frappé des mots « municipalisme libertaire » ornait à la mi-novembre l’un des ronds-points de la sous-préfecture. « Commercy ouvre la voie du municipalisme », titre quelques semaines plus tard le mensuel CQFD ; « À Commercy, des Gilets jaunes pour le “communalisme libertaire” », entérine en janvier le site Arrêt sur images ; « La Meuse sera-t-elle le prochain Rojava ? », demande même Radio Parleur à la veille de l’Assemblée des assemblées. Qu’est-ce à dire ? Si la notion résonne de longue date au sein de la tradition anarchiste, c’est au penseur étatsunien Murray Bookchin, disparu en 2006, que l’on en doit la formulation la plus aboutie. « Un peuple dont la seule fonction “politique” est d’élire des délégués n’est pas en fait un peuple du tout, c’est une masse, une agglomération de monades3. La politique, contrairement au social et à l’étatique, entraîne la recorporalisation des masses en assemblées richement articulées, pour former un corps politique dans un lieu de discours, de rationalité partagée, de libre expression et de modes de prises de décision radicalement démocratiques4 », expliquait-il. Sous l’appellation « municipalisme libertaire » — ou « communalisme » —, ce militant écologiste de formation marxiste échafauda, à partir des années 1970, une « solution de rechange5 » au capitalisme : il s’agit, afin de dissoudre l’État et d’« enlever l’économie à la bourgeoisie », de créer des communes, structurées autour d’assemblées populaires et défendues par une garde civile, puis de les fédérer entre elles jusqu’à ériger « une Internationale dynamique, solidement enracinée dans une base locale ».

Si la proposition de Bookchin n’eut guère d’écho de son vivant, le Rojava — par le truchement d’Abdullah Öcalan, cofondateur du PKK — s’en inspira pour bâtir la révolution communaliste qu’il amorça en Syrie sur fond de guerre civile. Deux jours durant, nous questionnons les gilets jaunes que nous rencontrons : l’immense majorité d’entre eux ignore tout du municipalisme libertaire. Rico, originaire de l’Ariège, nous avoue : « J’ai découvert le terme hier soir, donc je vais aller me renseigner. » Adel, agent d’une filiale privée de la SNCF en Île-de-France, nous demande de répéter le mot : « Trop technique. Impossible à faire entendre dans les banlieues. » Chantal, technicienne de laboratoire retraitée dans l’Ariège, se méfie d’ailleurs de l’importation de théories extérieures au soulèvement : « C’est aux gens d’écrire eux-mêmes les façons dont ils veulent fonctionner. On peut s’inspirer des choses qui ont été proposées, par le passé, mais surtout pas de projet de société tout fait ! Il y a eu la Commune de Paris, il y a le Chiapas, les gens ne sont pas cons : ils ont su le faire, ils sauront le refaire — même sans avoir lu les livres de Bookchin ! »

« On s’en fiche des mots, on les met en pratique ! On s’en fiche que ça soit bookchinien ou non. »

Claude insiste, soucieux du respect de la parole collective : il ne nous répond qu’en son nom propre. « Le terme “municipalisme libertaire” n’est plus employé à Commercy, on préfère parler d’assemblées populaires — ce qui revient au même. On s’en fiche des mots, on les met en pratique ! On s’en fiche que ça soit bookchinien ou non, on ne veut pas plaquer des idéologies pré-existantes sur les pratiques qu’on expérimente. » Et Steven, éducateur spécialisé, d’ajouter que 12 groupes, sur 15, ont estimé qu’il était prématuré de promouvoir le modèle bookchinien dans la commune meusoise. « Sur le papier, c’est une très belle idée, mais comme les communes ont de moins en moins de pouvoir, faut y réfléchir. Mais ça pourrait être une des suites du mouvement : prendre le pouvoir au niveau local… »

Sabrina, professeure des écoles venue de Paris, a inscrit « Quartier populaire » sur le dos de son gilet ; elle nous dit : « Certains parlent d’un moment historique : quand on voit le mot de soutien de la Commune du Rojava, ça a de la valeur pour beaucoup de gens. » Au mois de décembre 2018, une jeune femme vêtue d’une chasuble jaune proclamait en effet, filmée : « Nous nous adressons à vous en tant que Commune internationaliste depuis le Rojava, le Kurdistan de l’ouest, au nord de la Syrie. Nous suivons avec attention depuis plus d’un mois la révolte populaire qui a lieu en France. Nous avons été impressionné·e·s, aussi bien par la détermination des manifestant·e·s que par le niveau de répression policière et étatique. Nous adressons notre solidarité à toutes celles et ceux qui en font les frais. Force à vous, votre résistance est populaire jusqu’ici. » Elle était entourée d’une dizaine de militants, masqués pour certains d’entre eux — dans leur dos, une banderole affichait le visage de la combattante internationaliste britannique Anna Campbell, tombée sous les tirs de l’armée fasciste turque le 15 mars 2018. Rares sont les habitants de Commercy à avoir entendu parler du Rojava, nous précise-t-on toutefois. « On va leur adresser un message de soutien en retour, qu’on a décidé collectivement en assemblée », poursuivra Claude.

Un appel à la dignité

John nous parle de René, un retraité de sa connaissance : c’est lui qui, toujours, rappelle au groupe « qu’il y a cette urgence sociale liée à la misère ». Parole nue et crue qui « ramène à la réalité ». Et de cela, John se félicite : le risque serait grand de se perdre « dans des réflexions sur la question de la démocratie, de la Constitution ». « Il y a des gens qui crèvent la dalle, qui n’ont pas de logement. C’est cette rage qui nourrit notre engagement. Il y a beaucoup de parents isolés, de personnes au RSA. Il y a peu de travail dans le coin, et pour en trouver un, il faut une voiture. Le cercle vicieux est que si tu as pas de travail, tu peux pas avoir de voiture… » Dans la salle, le micro part à droite, puis à gauche ; certains prennent des notes, d’autres invitent à plus de silence. Les quatre prochaines heures sont dévolues à l’élaboration des « suites et [des] perspectives du mouvement » ainsi qu’à l’« organisation démocratique à toutes les échelles ». Des mots se cherchent, d’autres se trouvent. Nanterre loue la multiplication des liens avec « les syndicalistes de base » ; Saint-Nazaire met sur la table l’impérieuse nécessité qu’il y a à organiser une défense collective contre les assauts de la police ; Poitiers propose de boycotter les banques. Les échanges se succèdent, dans les applaudissements et parfois les huées ; un homme grisonnant juge bon de renforcer « la jonction avec le mouvement ouvrier » ; une jeune femme exhorte l’assistance à se mobiliser contre l’infiltration de militants d’extrême droite au sein des manifestations. Le ton monte, l’écoute reprend.

« Une jeune femme exhorte l’assistance à se mobiliser contre l’infiltration de militants d’extrême droite au sein des manifestations. »

Nous parcourons la feuille de route du week-end (les rôles y sont définis — observateurs, modérateurs, délégués, animateurs, presse — et les horaires fixés) ainsi qu’un document local préparatoire intitulé « Synthèse des revendications » : démission de Macron, dissolution de l’Assemblée nationale, réduction des élus, abolition des privilèges, relaxe des gilets jaunes, sortie de l’état d’urgence, retraite à 60 ans, transition énergétique, agriculture biologique, qualité des services publics, suppression de Parcoursup, mutualisation des médias et définanciarisation de la presse — autant de thématiques mises au pot commun comme à l’ordre du jour. « Là, on encule les mouches ! », s’impatiente une déléguée ; « Faut arrêter de se prendre la tête », objecte un homme face à l’intransigeance démocratique et horizontaliste à l’œuvre : le strict respect des mandats et la légitimité des prises de décision hantent les échanges.

La journée du dimanche accouchera d’un appel collectif, ratifié par cette première Assemblée des assemblées, pour « vivre dans la dignité » : « Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous. » Le texte, lu face caméra et aussitôt diffusé sur Internet, invite tout un chacun à rejoindre le mouvement et, après avoir fait sien le mot d’ordre national du soulèvement (« Macron démission ! »), conclut : « Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple ! »

Le retour du peuple

Les gilets jaunes de Commercy le martèlent : ils sont « apolitiques ». Entendre, en réalité, « apartisans » — l’ordure politicienne et représentative a souillé jusqu’à l’étymologie de ce grand mot, « politique », auprès du plus grand nombre : polis, la Cité. La crainte de la récupération, de la dépossession, est partout patente. Celle du phagocytage par les partis ou les syndicats, synonymes de bureaucratie ou d’arrangements avec le pouvoir, également. Aboutir à un mouvement de militants, assure ainsi Steven, impliquerait de facto son échec. Les ronds-points et les assemblées constituent dès lors autant de lieux d’apprentissage quotidien : les gilets jaunes s’informent, se forment, débattent, apprennent au contact des uns et des autres, rentrent chez eux grandis puis élèvent à leur tour. Renz, de Saint-Nazaire, nous raconte : « On a fait un gros travail d’éducation populaire au sein du mouvement : au début, on en avait gros, c’est tout, c’est ça qui a lancé le mouvement. Là, on affine. On se demande dans quelle société on veut vivre. Et ce qui ressort de presque tout le mouvement, c’est le pouvoir au peuple. » La plasticité du mouvement, originellement présenté comme une émanation de l’extrême droite et de la « peste brune6 », est telle qu’elle poussera Éric Zemmour à déplorer la mort dudit mouvement au motif que les gilets jaunes seraient finalement trop à gauche7…

« Un peuple, construit comme majorité sociale, en opposition à une oligarchie illégitime, déconnectée et spoliatrice. »

Nous croisons à Commercy un ancien électeur du Front national passé à la France insoumise, des syndicalistes engagés à SUD et quelques anarchistes percevant là une authentique dynamique autogestionnaire bien plus qu’un spectre « rouge-brun ». Un ouvrier d’usine à la retraite nous assure voter Nicolas Dupont-Aignan et l’habitant désigné pour nous héberger ne nous cache pas ses déconcertantes sympathies royalistes. Le municipalisme libertaire tel que façonné par Bookchin garantit « l’expression la plus complète de tous les points de vue8 » au sein des assemblées, par principe interclassistes. Et Commercy n’agit pas autrement : un skinhead est accepté aux réunions… Les gilets jaunes lorrains le répètent à l’envi : il importe de se rassembler sur ce qui fait commun en passant sous silence ce qui « clive » et « exclut » — d’où, notamment, l’absence manifeste des questions identitaires et migratoires. On sait pourtant que le refoulé ne manque jamais de resurgir, et ce savoir se fait urgence dans un monde en proie aux réveils nationalistes. Un prénommé Bertrand nous glisse : « Seuls les vœux pieux savent faire consensus… » Visiblement soucieux de clarifier, une fois pour toutes, les frontières éthiques et politiques de la mobilisation des gilets jaunes, l’appel des 75 délégations né de l’Assemblée des assemblées n’en tranche pas moins : « [Macron] nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni racistes, ni sexistes, ni homophobes, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. »

Le découpage parlementaire dont nous usons depuis la Révolution française, entre une gauche défavorable au veto royal et une droite partisane du pouvoir monarchique, n’apparaît plus aux yeux des gilets jaunes de Commercy comme une grille de lecture efficiente. « Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Elle a perdu son sens. Les uns et les autres disent la même chose9 », estimait Castoriadis dans les années 1990 : les deux espaces s’étreignent, la fin de l’Histoire actée et le Marché sanctuarisé, sur les ruines du communisme international. Chantal ne nous dit pas autre chose : « Gauche et droite, c’est une place à l’Assemblée nationale, ça ne veut rien dire. » C’est bien « le peuple » — et non plus « la classe ouvrière », « le prolétariat » ou « le camp anticapitaliste » — qui s’avance, dans tous les discours, comme sujet de l’émancipation. Ce peuple, qu’un des volumes de Pierre Larousse définit comme « ceux qui peinent, qui produisent, qui paient, qui souffrent et qui meurent pour les parasites », est ici construit comme une majorité sociale (« nous ») en butte à une oligarchie, illégitime, déconnectée et spoliatrice (« eux »). Chantal poursuit : « Les gilets jaunes, c’est les exploités, les humiliés, les gens à qui on vide les poches, et pas ceux qui se les remplissent. »

Le « grand débat » poursuit sa tournée, seul en scène ; la mairie de Commercy ordonne le retrait définitif de la cabane ; Saint-Nazaire annonce, le 10 février 2019, que la seconde Assemblée des assemblées se tiendra chez eux au début du mois d’avril. Les rues, comme chaque samedi, continuent de se remplir du jaune des protestataires et du sang des mutilés. « On est fiers, car avec nos petits moyens et nos petites idées Commercy a inspiré beaucoup de gens », nous confiera Claude d’une même voix modeste. « En même temps, ça nous fait peur. On incarne quelque chose qui nous dépasse. On doit garder la tête froide et continuer. On reçoit des sollicitations de partout, on nous demande des conseils ou de l’aide, mais on n’est pas détenteurs d’un savoir que les autres n’ont pas… On est en pleine expérience. La tâche devant nous est immense. Quoi qu’il arrive, même si le mouvement s’éteint, l’émotion qu’on a à vivre tout ça laissera des traces. »

1. Argot américain : population blanche pauvre.
2. Entretien paru dans le n° 10 de la revue Propos, mars 1993.
3. Conscience individuelle, individualité en tant qu’elle représente à la fois un point de vue unique sur le monde et une totalité close.
4. Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire, Atelier de création libertaire, 2003-2018.
5. Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire, Écosociété, 2013.
6. « C’est la peste brune qui a manifesté [sur les Champs-Élysées]. » Gérald Darmanin au Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, 25 novembre 2018.
7. Émission Zemmour & Naulleau, 6 février 2019.
8. Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire, op. cit.
9. Cornelius Castoriadis, Post-scriptum sur l’insignifiance, L’Aube, 1998.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Les assemblées des assemblées pour une société des sociétés… Tout le pouvoir aux ronds-points !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 février 2019 by Résistance 71

TOUT LE POUVOIR AUX RONDS-POINTS !

 


Pour une société des sociétés…
Pour une généralisation des Assemblées des assemblées

 

Ni chef, ni chef: gilets, gilets, gilets, gilets jaunes !

 

Nuage Fou

 

5 février 2019

 

url de l’article:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Ni_chef_ni_chef_:_gilets_gilets_gilets_gilets_jaunes_!

 

Résolument et joyeusement accrochés aux ronds-points et rythmant les samedis depuis plus de deux mois, les Gilets Jaunes sont chauds bouillants. Et toujours pas de chef ; ni petits, ni grand. Quelques figures pour occuper les médias et animer les sites Facebook nécessaires au fonctionnement de l’intelligence collective. Mais c’est le Grand Air Glacé de l’hiver qui souffle et personne ne s’y risque, depuis ses origines, le mouvement revendique une démocrate radicale, mais sans en trouver les modalités pratiques. A Commercy, ils s’y sont collés, l’ont mise en forme, puis semée sur les terres fertiles de l’Internet, de Facebook et de Youtube. Résultat cette assemblée des assemblées formalisée autour de quelques principes fondamentaux : individus et groupes autonomes associés au sein d’une coordination respectueuse de chacun. Les groupes sont représentés par des mandatés révocables chargés de mettre en œuvre des directives précises décidées en AG. À l’Assemblée des Assemblées de Commercy, qui s’est tenue les 26 et 27 Janvier, au bord de la Meuse, on constate avec joie qu’il n’est pas besoin de se dire anarchiste pour en apprécier les fondamentaux.

« Dis mamie, c’est quand qu’on brûle les voitures ? »

C’est une Gilet Jaune de Commercy qui racontait cette anecdote : Une femme du village venue sur le rond-point pour faire connaissance et discuter autour d’un café, avait emmené sa petite-fille. Au bout d’un moment, s’embêtant peut-être un peu, elle lui dit cette phrase très innocente : « Dis, Mamie, c’est quand qu’on brûle les voitures ? ». Eh bien, en Île de France, du côté de Nemours, c’est un peu du même acabit… mon petit-fils, de retour d’une après-midi au rond-point, saturé de bonbons et de gâteaux, me disait qu’il avait vraiment bien joué avec les deux autres enfants… aux Gilets Jaunes et aux policiers ! On le voit, les Gilets Jaunes ont marqué l’époque, ils sont d’ores et déjà entrés dans l’imaginaire des générations qui viennent.

Avant l’AG, la manif 

Donc samedi matin, 26 janvier, départ pour Commercy à l’Assemblée des Assemblées. Mais auparavant il y a la manif devant la mairie du petit village de Nonville (sic !) proche de Nemours. Les parents d’élèves protestent contre la fermeture d’une classe, la seconde en deux ans. Un tract trouvé dans la boite aux lettres nous a mis au courant, puis la visite du groupe Facebook créé pour l’occasion a fait le reste. Les Gilets Jaunes de Nemours viennent au secours des habitants de Nonville pour les aider à défendre l’intégrité de leur village. Une trentaine d’entre nous, plus les parents, le maire empêtré de bleu-blanc-rouge, quatre voitures de gendarmerie et une douzaine de gendarmes plus ou moins équipés. On touche ici du doigt la réalité des protestations des Gilets jaunes ruraux. L’Etat prend dans les campagnes les instituteurs qu’il envoie dans les zones prioritaires des banlieues déshéritées. Moins de classes, donc pas de nouveaux jeunes couples ou parents, donc pas de nouveaux enfants, donc plus d’école ; au final, plus de village. L’Etat nous veut dans ses centres urbains, hors sol, isolés, et sous la surveillance des caméras vidéo qui envahissent ses « smart cities ». Les instits savent bien, que ce qu’il faut à une classe, pour qu’elle fonctionne pour tous, ce sont des têtes de classes. C’est la mixité sociale qui fait la réussite de tous, pas le dépouillage de Gilles pour habiller John.

Le vrai départ donc

Le vrai départ à 10 :30 donc, direction Commercy, pour y arriver vers 14h, en pleine AG. Ce premier temps de l’Assemblée des Assemblées, est celui de la rencontre, chaque mandaté présente son groupe aux près de 400 personnes réunies dans la salle des fêtes de Sorcy Saint-Martin

, petit village à 7 kilomètres de Commercy, dont le maire a bien voulu héberger l’événement. Le matin, beaucoup de journaux, radios et télévisions, régionaux et nationaux interviewent, photographient et filment les participants. Ils sont ensuite priés de rester dehors afin de laisser l’AG se dérouler dans l’intimité. Les médias « Gilets Jaunes » sont toutefois libres de participer, à condition de ne pas filmer une partie de la salle où s’installent ceux qui désirent garder un peu d’anonymat. 

Chaque groupe se présente alors très succinctement – 2min. 20 – : sa taille, ses actions, ses objectifs et son histoire, comme celle – acclamée – des sept évacuations/reconstructions des ardéchois dont l’acharnement a fini par venir à bout des autorités. L’Ariège, la Drôme, la Lorraine, l’Alsace… de très nombreuses régions sont présentes et on assiste immobiles à un vrai tour de France, jusqu’aux Parisiens et aux banlieusards – Saint Denis, Montreuil ou encore Rungis – qui sont maintenant de la partie. En complément des Commerciens, qui font tourner le manège, l’AG regroupe deux types de participants : les mandatés des assemblées locales, tirés au sort parmi les volontaires, représentant 75 groupes, et les « observateurs », des participants appartenant pour la plupart à des groupes, mais n’ayant pas le statut de mandaté. Pour la plupart des décisions, seuls les mandatés ont droit de vote, ils sont équipés d’une feuille A4 de couleur portant la localisation de leur groupe et qu’ils peuvent brandir pour voter.

Beaucoup de présentations… selon la performance oratoire des intervenants et l’intensité ou l’originalité de l’activité des groupes, l’assemblée oscille entre des demandes de « faire plus court » ou des acclamations enthousiastes. Une dizaine de signes des mains permettent d’exprimer sans brouhaha, approbation, réprobation ou bien de demander le silence ou l’arrêt d’un orateur trop verbeux. Ça fonctionne assez bien, complété quand même, par quelques cris d’enthousiasme, occasionnels mais vigoureux, et le plus souvent bien accueillis. 

Des femmes en première ligne

Quelques points saillants… la présence des femmes en nombre, plutôt inhabituelle dans les mouvements de contestation, probablement un gros tiers et il semble que chacun s’en réjouisse ! Les organisateurs avaient d’ailleurs demandé que les binômes mandatés soient à parité quant au genre. Donc quelques prises de paroles de femmes, remarquées et très soutenues. L’une, par exemple, indique qu’elle sort du protocole – 2minutes 20, uniquement pour présenter son groupe lors de ce premier tour de parole – et dit « tout ce qu’elle a à dire », car elle est venue avec sa fille, qui au bout de quatre heures commence à se lasser des coloriages. Elle exprime son regret qu’il n’y ait pas de crèche pour les jeunes enfants ; elle devra donc partir. En réponse une Gilet Jaune de Commercy demande le micro et indique que, s’il n’y a pas de crèche, elle s’occupe malgré tout des petits, que l’on voit s’ébattre au calme au fond de la salle… Présentation également des « Amajaunes », les femmes Gilets Jaunes qui s’organisent et créent un sous-mouvement purement féminin, avec en particulier une visibilité spécifique au sein des manifestations et un positionnement pacifique revendiqué face aux violences policières. Ailleurs, d’autres femmes s’organisent également entre elles, comme par exemple les Femmes Gilets jaunes d’Ile de France. La « Marée Jaune » également est très présente, démarrée par 5000 personnes à Nancy puis se répandant dans les 55, 57 et 88. Les manifestations régionales tournent, changeant à chaque week-end de lieu de rassemblement. Les raisons sont économiques – ne pas demander aux mêmes de se déplacer sans cesse – et politique – être présent et recueillir les soutiens partout. À grands renforts de Aouh, aouh, La Maison du Peuple de Saint Nazaire bien représentée appelle à la création de Maisons du Peuple partout ou cela est possible. Le mandaté du M17, un Québécois installé en France, revendique l’organisation de 183 groupes représentant 40,000 Gilets Jaunes…

A Commercy, pas de monopole de la prise de parole par un groupe d’orateurs, comme cela avait été le cas lors de la grande A.G. réunissant les Gilets Jaunes du Loiret, à Chalette sur Loing le 4 janvier, où les animateurs en surplomb sur une estrade disposaient des micros. A Commercy, on s’inscrit pour son tour de parole, qui devra respecter le sujet traité et le temps alloué à chacune des interventions. En cas de débordement, c’est l’assemblée qui contrôle à l’aide des signes convenus. Le meneur du débat se contente de tendre le micro à la personne en tête de la liste des inscrits, et parfois de proposer des reformulations. Un rôle clef toutefois, et assumé avec un remarquable esprit de synthèse, lorsqu’il a fallu improviser des votes : celui de formuler les choix à faire et les questions sur lesquelles voter. 

Technologie et démocratie

C’est une panne de technologie qui est à l’origine de la singularité de Commercy. Après un premier meeting improvisé réunissant 200 personnes dans un bar, le 10 janvier, le mouvement s’est organisé et a pris possession d’un rond-point. A chaque rassemblement, un leader prenait le micro pour faire un discours, jusqu’au grain de sable que fut la panne du micro. Cette panne a fait basculer le groupe du mode asymétrique orateurs/assistance au mode symétrique de l’AG au sein de laquelle chacun peut s’exprimer, proposer les étapes vers un consensus puis, si nécessaire, voter pour ou contre une décision. Le numéro de Janvier de Monde Libertaire insistait sur la concentration du pouvoir que favorise la technologie. Le micro qui permet à l’un d’être entendu – écouté – par tous, en est un bel exemple. Et c’est la défaillance de la technologie qui aura permis le retour d’une démocratie vite adoptée. Cette petite panne aura transformé durablement un groupe en assemblée, puis, les semaines passant, aura démarré la cristallisation et la coordination d’une mouvance Gilets Jaunes d’inspiration libertaire quant à ses méthodes. Il faut dire que le cadre du communalisme libertaire proposé par Murray Bookchin, et popularisé par la lutte Kurde, entre particulièrement en résonance avec l’ancrage farouchement local du mouvement et son refus viscéral d’une verticalité nécessairement autoritaire.

Le désir de démocratie radicale qui réunit à Commercy les participants à l’Assemblée des assemblées, est omniprésent dans les discussions, et la question de la légitimité revient sans cesse. En conséquence, une longue partie de la discussion qui suit les présentations se focalise sur les objectifs que l’assemblée peut légitimement se donner, afin de rester en accord avec l’encadrement des mandatés par leurs propres assemblées, et bien sûr, sur la légitimité des mandatés pour décider en séance ou puis attendre et faire valider les décisions par l’assemblée. Loin de l’arrogance et du mépris des parlementaires, soi-disant représentants du peuple, parce qu’élus, on assiste ici à l’inverse, une sorte de « complexe du mandaté » qui se fait jour, au risque d’auto-limiter leur capacité d’agir. Un souci constant d’hyper-démocratie hante les participants. Faute d’une pratique établie, d’un protocole agréé par tous, d’une habitude, cette première assemblée des assemblées fait précéder toute discussion d’une pré-discussion relative à son organisation et aux modalités de contribution et prise de décision. Les options émergeant de la pré-discussion sont ensuite mis au vote afin de pouvoir se consacrer à la discussion elle-même. En particulier la difficulté pour les mandatés d’évaluer l’élasticité de leur mandat et leur capacité à décider – voter – sur place, sans revenir vers leurs groupes pour validation. Ce rodage, et le passage régulier à un niveau méta de discussion, en rendait certaines un peu hallucinantes. 

Toutefois, il était dans l’essence même de l’Appel de Commercy et de cette assemblée de mettre en œuvre une démocratie radicale ; l’AG inaugurale devait poser les premières pierres et roder les premières pratiques… Mais le même problème s’est posé le lendemain lors des discussions thématiques. Faute d’un protocole commun formalisé et adopté par tous, chaque groupe se voyait démarrer en travaillant son propre protocole, les uns avec plus de succès que d’autres.

Ronds-points : nos places publiques, nos médias et nos totems ! 

Deux thèmes affleurent, débordant régulièrement le protocole : la grève générale annoncée pour le 5 Février et la reprise des ronds-points le 15 février. Les ronds-points sont le totem des gilets jaunes. Ils ont transformé ces no man’s land ouverts sur rien en places publiques, creusets de la délibération, et en médias immédiatement lisibles par tous. La reprise du terrain est fondamentale car ces milliers de micro-ZADS sont le corps du mouvement, elles montrent au grand jour que l’on peut s’affronter à l’État et résister dans la durée, elles sont l’aimant qui attire les timides et fixe celles et ceux qui s’en approchent de trop près. Teintées de ce jaune fluo conçu pour être vu, elles sont la preuve bien vivante que la lutte continue. Et les saluts et les klaxons des voitures qui passent maintiennent actif le lien entre le noyau dur des plus motivés et les conducteurs qui leur disent : ne lâchez pas, on vous soutient ! Pour la grève générale, c’est plus compliqué… un peu coincée entre la méfiance des uns envers les syndicats et celle des autres envers leur direction, l’assemblée hésite à s’engage massivement dans cette voie. Et puis on voit bien que ça ne s’improvise pas, il faudra essentiellement accompagner et réagir. 

Deux longs débats

Restait à décider d’une prochaine A.G. et finalement, de la rédaction, ou non, d’un Appel de l’Assemblée des Assemblées. 

Deux longs débats… pour ce qui est de la prochaine A.G., nul ne doute qu’elle ne soit nécessaire, nous vivons un commencement, la naissance de « quelque chose » qui pourrait durer. Mais ici, pas de surplomb, du concret, on est dans l’action et pas dans le commentaire, donc, oui, une nouvelle A.G. s’impose, et donc c’est maintenant qu’il faut décider de l’endroit et de la date. Rapidement, la Maison du Peuple de Saint Nazaire se propose, pour organiser et héberger une A.G. dans deux mois. Deux mois ! Il faut dire que la remarquable organisation qui soutient la réunion des Gilets Jaunes venus des quatre coins de la France métropolitaine, met la barre assez haut : 400 personnes chaleureusement accueillies, bien logées, délicieusement nourries, et mises au boulot puis disponibles pour la tchatche ou la fiesta. Deux mois ne semblent pas de trop, surtout que c’est la croissance du mouvement qui est dans les esprits… Mais d’aucuns s’impatientent, faisant émerger un débat qui oppose vitesse et précipitation : s’attacher à faire « bien » ou construire à l’instinct sur la dynamique que tous vivent, s’inscrire dans la durée ou coller à l’actualité d’un mouvement dont chaque nouvel acte tend à redéfinir l’agenda. Il s’agit aussi que les mandatés ne se transforment pas en bureaucrates, occupés à se réunir ailleurs pendant que la base tient les ronds-points et se fait bombarder et flashballer dans les manifestations…. Il y a de la pression… le débat rebondit tant et plus, un moment on s’y perd un peu… puis Aurillac se propose, puis Saint Denis… jusqu’à ce qu’émerge une proposition qui puisse être soumise au vote : une assemblée à Saint Nazaire, dans deux mois – sûr ! –, et si l’une des propositions pour se retrouver d’ici un mois, se concrétise elle sera auto-validée. 

Motion adoptée – février se joue aux dés ; fin de l’hiver à Saint Nazaire ! – et saluée à nouveau de forces Aouh aouh !

L’Appel ! 

C’est grâce à deux appels successifs que nous sommes réunis à Commercy. Le premier invitait un mouvement purement horizontal, dispersé géographiquement et cherchant les modalités de son organisation, à suivre l’exemple d’une démocratie radicale : l’agora athénienne réincarnée dans les cabanes des ronds-points. En bonne logique, le second appel invitait ces démocraties locales ayant suivi – ou précédé – l’appel à se regrouper. Des anarchistes diraient : à se fédérer. Définir des mandats, choisir des mandatés et les envoyer se réunir au bord de la Meuse, à Commercy près de Nancy.

Bon, c’est fait, on y est, et ça fonctionne, et c’est juste génial ! Alors, au-delà de la mise en place d’une organisation et du partage des idées, des problèmes et des pratiques, il semble important de transmettre quelque chose à ceux qui n’y sont pas, de susciter espoir et désir chez d’autres Gilets Jaunes, de faire sentir et transmettre le vibrant eros de la démocratie. Le niveau national des Gilets jaunes, il faut dire, est tiraillé entre les refuzniks, qui ne veulent absolument pas de chefs mais n’ont pas vraiment de proposition fédérale, les inévitables politicards qui préparent leur élection à une Europe qu’ils disent détester, et les « leaders » FaceBook dont l’énergie et l’engagement a permis au mouvement de se réinventer semaine après semaine, mais qui (ne) sont (que) des figures, des voix, à l’image de ces chefs des sociétés pré-étatiques dont le rôle est d’incarner le collectif – mais pas plus !

À nouveau il faut débattre. Les mandatés le sont-ils pour rédiger un appel, peuvent-ils aller jusqu’à le valider ? Et cet appel, à qui s’adresse-t-il, aux convaincus qu’il s’agit de coaguler, ou à l’ensemble des Gilets Jaunes, qu’il faudrait convaincre de rejoindre la coordination… Ce qui réunit les Gilets Jaunes, c’est la quête d’une vie digne, d’une société décente où la richesse n’est pas monopolisée par quelques-uns, c’est la haine de la morgue d’une classe dirigeante qui s’est crue tout permis. A part le RIC – Référendum d’Initiative Citoyenne – qui fait une quasi-unanimité, on est loin d’un programme partagé. Malgré tout, il y a ici une certaine homogénéité des participants. L’anticapitalisme y est une évidence, alors que le terme apparaît peu dans la boite à mots des Gilets Jaunes. Une des figures du débat, pas vraiment nommée mais présente malgré tout, est celle de l’entre-soi, le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Entre la radicalité de revendications « évidentes » pour la communauté réunie et l’ouverture à l’ensemble des Gilets Jaunes, il faudra choisir, trouver les sujets non clivants, et surtout éviter un verbiage abstrait et convenu, incompréhensible au-delà d’une petite communauté d’avant-gardistes auto-proclamés. C’est une forme de maturité qui émerge et pousse à l’ouverture, en continuité des appels précédents, mais malgré tout avec un point dur : le positionnement clair par rapport à l’extrême droite, au racisme et à l’homophobie, n’est pas négociable. L’appel devra être explicite ; ces tentations minoritaires au sein des Gilets Jaunes mais qui trouvent malgré tout à s’exprimer doivent être explicitement condamnées, en tant que telles bien sûr, mais aussi parce que le pouvoir les utilise pour dénigrer le mouvement. Un vote entérine le consensus issu des longs débats. Quant à la rédaction de l’appel, il est – finalement – convenu qu’un groupe de volontaires planchera le soir et le début de la nuit pour proposer demain un texte à l’assemblée. Le texte pourra être amendé dans la matinée, et sera signé par les mandatés qui le souhaitent, les autres groupes seront invités à le signer une fois rentrés. Suit un excellent dîner autour d’une potée lorraine mijotée avec soin par le collectif de la Marmijotte – avec ou sans viande, bien sûr.

La soirée s’égrènera ensuite tranquillement entre longues discussions et musiques improvisées, avec en ouverture, l’émouvant Chant des Partisans de Commercy chanté par la chorale Gilles et John de Commercy un instant réunie sur l’estrade. Pour la nuit, les gîtes, hôtels et habitants alentours ont pu loger une bonne partie des participants, tandis que les autres munis de leur matelas et duvet ont dormi à même la salle de réunion.

Dimanche : appeler et rentrer

C’est après une courte nuit que l’assemblée se retrouve dimanche matin pour les groupes de travail thématiques sur les revendications, les actions, l’organisation, les élections, le (grand ?) débat, et l’amplification du mouvement. En fin de matinée, c’est le moment du partage avec l’assemblée du texte de l’appel, à peine sec. Solennel. Chacun se tait et les rédacteurs se réunissent au milieu de la salle devant une forêt de smartphones. Avec émotion, chacun, chacune, tour à tour, lit à haute voix un ou deux paragraphes. Quand c’est fini, les acclamations s’élèvent. Le texte est magnifique et porteur ; la grande majorité de l’assemblée s’y retrouve. Puis, quand un semblant de silence revient, c’est à nouveau le moment d’un tour de prises de paroles pour proposer, demander ou suggérer telle ou telle modification, ou tel ou tel ajout. Il faudra amender ce proto-appel, mais le consensus est que ça doit être minimal, et l’assemblée vote la confiance aux auteurs qui ont su respecter les consignes, trouver les mots et les assembler en un tout homogène et entrainant. Mission accomplie !

Mais c’est déjà l’heure de déjeuner, avant de partager le rendu des groupes de travail, puis valider la version définitive de l’appel. Les aurevoirs, les à-bientôt, les va-et-vient des mains qui se serrent ou s’agitent en l’air, et les bises qui claquent commencent à rythmer le temps qui passe maintenant trop vite ; il faut rentrer et nombreux sont ceux qui vont loin. Le cœur plein de cette ferveur qui imprégnait la salle, de l’enthousiasme puissant qui portait chacun, avec ce sentiment d’être là où un bout d’histoire se faisait, l’esquisse d’un nouveau monde que certains attendent depuis si longtemps. Chacun était là non seulement pour se lever contre un monde nihiliste qu’il faut stopper, mais surtout pour un monde à créer pour une organisation à mettre en place, qui respecterait chacun et réussirait à s’agréger sans accaparer, à coordonner sans réduire et sans trahir. Les Gilets Jaunes de Commercy, malgré la grande fatigue d’avoir préparé pour porter ce morceau d’histoire étaient radieux, les participants aussi, qu’ils soient mandatés ou simples observateurs.

La première Assemblée des assemblées a tenu ses promesses.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Pourquoi la grève générale illimitée doit se faire hors des centrales syndicales foies jaunes !… (Organisation Socialiste Révolutionnaire)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 29 janvier 2019 by Résistance 71

Les syndicats tout comme les partis politiques font partis des problèmes et non pas des solutions au marasme ambiant. Tous les syndicats sont réformistes, tous bouffent au râtelier de l’État et du patronat. N’oublions jamais que c’est avec la manne étatico-capitaliste que les syndicats (et les partis politiques) existent et peuvent subsister, surtout leurs hiérarchies corrompues.
Si la base demeure sans doute sincère, elle est trahie systématiquement par sa hiérarchie qui n’est qu’une courroie de transmission de la domestication de la contestation au profit de l’oligarchie et de ses rouages oppresseurs et exploiteurs.
Gilets Jaunes ! Non aux syndicats foies jaunes ! Confiance Zéro !
Reprenons le contrôle de nos destinées sur les lieux de travail, dans les voisinages. 
Tout le pouvoir aux Ronds-Points et aux assemblées populaires…

Vive les Assemblées des Assemblées ! Vive la Commune libre ! Pour que vienne la Société des Sociétés !

~ Résistance 71 ~

 


« Notre problème n’est pas la désobéissance
civile… C’est l’obéissance civile. »
~ Howard Zinn ~

 

Les syndicats face aux Gilets Jaunes

 

Louis Alexandre

 

18 janvier 201

 

Source: http://rebellion-sre.fr/les-syndicats-face-aux-gilets-jaunes/

 

Depuis les années 1990, nous vivons une transformation sociale sans précédente. Le glissement progressif vers le modèle libéral mondialisé a transformé les structures de l’économie et les équilibres sociaux. Cela a eu une répercutions directe sur l’environnement syndical ; la baisse régulière des effectifs des grandes centrales et de la participation aux élections professionnelles donne une idée du naufrage. Avec un des taux de syndicalisation les plus bas d’Europe (à peine 11% des employés sont syndiqués selon les sources officielles), les syndicats ne représentent plus une large majorité de travailleurs précaires et en voie « d’uberisation ». A peine 1% des intérimaires et 2% des CDD sont syndiqués, alors que 20 % des fonctionnaires le sont (cette forte représentativité est largement due aux enseignants qui utilisent les syndicats de manière très pratique dans leur évolution de carrière). Le gros des bataillons se regroupant dans le public ou les grandes entreprises, on ne les retrouve pas forcément sur les terrains sociaux chauds.

Les directions syndicales ont compris cette faiblesse et cherchent désormais à maintenir leur rôle de « partenaires sociaux représentatifs ». Le repli sur la cogestion des organismes de la protection sociale garantie par le système paritaire (État, patronats et syndicats étant représentés dans la direction des principales administrations de l’aide sociale) est pour eux le moyen de conserver cette armada de « permanents » et de « détachés » qui offrent des troupes mobilisables alors que les effectifs décroissent. Ce rôle de partenaire s’incarne dans le renforcement des négociations collectives au niveau de l’entreprise voulu dans le cadre de la réforme du Code du Travail. On demande d’avantage l’avis des syndicats, même si on a bien l’intention de ne surtout pas le suivre. Cette démocratie dans l’entreprise est clairement aux mains du patronat qui s’en sert juste pour valider au niveau de la forme ses pires plans sociaux.

La « base » des principaux syndicats doit faire face à une situation paradoxale dans la plupart des récents conflits. Alors que la combativité des travailleurs est forte, elle doit convaincre les directions de la suivre et de la soutenir. Jamais la rupture n’a été aussi profonde entre le sommet des syndicats et la masse des syndicalistes du quotidien. On constate même que les conflits se durcissent quand la présence syndicale est la moins forte. Les syndicats bureaucratiques mettent l’accent sur le maintien des acquis sociaux et non pas sur la conquête de nouveaux droits mais surtout ne proposent pas de sortir du système économique actuel. Ils ont eu d’ailleurs des positions défaitistes voire ont totalement capitulé dans de nombreuses conflits. ArcelorMittal ou Whirlpool à Amiens sont des cas d’école : leurs incapacité à résister a conduit à leur échec dans la mobilisation.

« Touchez pas au grisbi » !

Cela est triste à dire, mais les directions des principaux syndicats sont devenues des partenaire de la restructuration capitaliste dans sa phase mondialiste. Quand le mouvement des Gilets Jaunes apparaît, il est tout immédiatement considéré comme un trouble-fête dans le subtil jeu de donnant-donnant entre les partenaires du « gâteau social ». Même ceux qui ne ramassent que les miettes veulent les garder à tous prix. « Touchez pas au grisbi » est le cri du cœur des dirigeants syndicaux aux gilets jaunes !

Alors que de nombreux syndiqués de « base » se retrouvaient naturellement sur les ronds-points sans afficher leurs couleurs, les directions se sont acharnées à faire passer le mouvement naissant pour une émanation fasciste de l’extrême droite. Les appels à la vigilance de SUD ou de la direction de la CGT étaient d’une bêtise inégalée. Alors que la CFDT, ralliée depuis longtemps au gouvernement, proposait ses services et se voyer congédiée, le monde syndical voyait le monopole de l’expression populaire lui échapper.

La CGT a beaucoup perdu dans cette affaire en crédibilité. Les Gilets Jaunes « inorganisés » ont réussi là où une centrale centenaire à totalement échoué. Ils incarnent l’opposition extra-parlementaire et populaire à un gouvernement la plus forte de l’histoire contemporaine française, alors que la mobilisation contre la Loi Travail ou la réforme du code du travail avaient été des échecs.

La défiance des travailleurs est naturelle envers les syndicats et le refus des « gilets jaunes » de trouver un terrain d’action commun est sans appel pour beaucoup. Les gens ont la mémoire longue dans de nombreux endroits. Après avoir participé à la désintégration de l’économie française (fin des mines, des chantiers navals et de la sidérurgie « made in France »), les syndicats refusent de s’engager dans la vraie lutte pour la dignité du travail représentée par la France des Gilets Jaunes. Toutes les tentatives de récupération du mouvement par les directions syndicales doivent être combattues !

Quel rôle pour les syndicats maintenant ?

Que faire des syndicats dans le contexte actuel ? Peuvent-ils nous être utiles dans l’extension du mouvement radical né des Gilets Jaunes ? Devons-nous reprendre en main les syndicats par la base ? Organiser des coordinations ou des conseils en dehors ? Imposer l’autonomie des luttes ?

Désolé, nous n’avons pas de réponse miracle ou dogmatique pour vous. Mais nous pensons qu’une forme combinée des différents modes d’action va naturellement s’imposer sur le terrain. Que les bases syndicales vont rejoindre naturellement les combats des Gilets Jaunes.

Nous refusons toutes formes d’entrisme à Rébellion depuis l’origine, mais nous constatons que des voix « radicales » s’affirment à la base des grandes centrales pour contester l’étatisme des directions. Certaines sont orientées par des tendances très politiques ( les lambertistes du POI ou la France Insoumise par exemple), mais elles permettent à d’authentiques tenants d’un syndicalisme de combat de s’exprimer. La bureaucratie syndicale étant bien faite, elles auront du mal à se faire entendre dans les appareils verrouillés, mais risquent d’être entendues à leur niveau professionnel. Si elles savent s’adresser aussi aux éléments extérieurs à leur milieu, l’impact de ces voix sera surement un des éléments d’appui des Gilets Jaunes. Amis syndiqués (et vous êtes nombreux parmi nos lecteurs), soutenez-les pour faire bouger les lignes.

Les coordinations et les conseils ouvriers, impliquent un cadre précis qui a relativement disparu (les grands bassins industriels du XXème siècle) mais ce principe de démocratie populaire directe est bon. Il trouve son sens s’il converge en dehors de l’entreprise et touche tous les aspects de la vie.

A l’échelle de la France Périphérique, les conflits sociaux doivent devenir horizontaux. Il n’y a rien à attendre des directions syndicales, mais tout de ses voisins ou collègues d’autres secteurs. Les Gilets Jaunes sont la preuve de la réussite d’une action de solidarité et d’entraide enracinée dans un « terroir ». Les zones ravagées par les plans sociaux doivent s’unir et résister. C’est la convergence des luttes au niveau du peuple qui doit entrainer une sécession de vastes territoires du cadre du système. L’auto-organisation et l’union des luttes est le scénario que craint le plus le gouvernement. Faisons en sorte qu’il se réalise partout !

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération: