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Résistance politique au colonialisme: la vérité en face (Gilad Atzmon)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , on 29 décembre 2017 by Résistance 71

« Depuis la fin des années 1970, deux tendances politiques majeures ont changé la façon dont nous interagissons, nous interprétons  nos environnements politique, social et culturel. L’une est le « politiquement correct » et l’autre est ‘l’identitaire' »
~ Gilad Atzmon, « Being in Time », 2017 ~

 

La vérité en face

 

Gilad Atzmon

 

23 décembre 2017

 

Source: http://www.gilad.co.uk/writings/2017/12/22/truth-in-your-face

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le site internet germanophone Muslim-Market m’a interviewé cette semaine au sujet du débat courant autour de ma récente apparence à la cérémonie du NRhZ, Nous avons discuté d’histoire, de l’holocauste, d’Israël, de la judéité…. Toutes ces choses que les Allemands préfèrent balayer sous le tapis.

http://www.muslim-markt.de/interview/2017/atzmon.htm

MM: Mr Atzmon, il y a eu pas mal d’âneries qui ont été écrites à votre sujet dans les médias occidentaux à cause de votre position très critique au sujet d’Israël. Nous voudrions utiliser cet entretien pour mieux comprendre votre opinion et pour rectifier le tir sur ces faux rapports vous concernant. Il est dit par exemple, que vous relativisez les crimes d’Hitler contre les juifs. Est-ce vrai ?

Atzmon: Je serai le plus clair possible. Pour commencer, je suis la cible d’une campagne de diffamation parce que j’ai étendu ma critique d’Israël au delà des limites de la simple critique politique ou de la dénonciation du “sionisme”.

J’ai compris que comme Israël se définit elle-même comme étant “l’état juif”, alors nous devions savoir ce que ce mot en “j” veut dire: qui sont les juifs ? Qu’est-ce que le judaïsme et la judéité ? Tandis que les juifs israéliens ont une relative bonne compréhension de ces 3 concepts et du comment ils sont inter-reliés avec le sionisme, avec la politique israélienne et l’existence même israélienne, les juifs de la diaspora et la gauche juive en particulier, préfèrent maintenir ces notions dans le flou artistique et dans la confusion.

Voilà la raison essentielle de cette campagne de diffamation contre moi. J’ai fait bouger le discours au delà du banal “sionisme contre anti-sionisme”. Ceux qui suivent mon travail comprennent que creuser dans la judéité, l’idéologie se tenant au cœur du concept de “peuple élu”, dont le sionisme n’est juste qu’un symptôme, fournit bien des réponses. De plus, si j’ai raison, cela peut bien suggérer que le mouvement de solidarité a été détourné depuis des décennies et n’a rien donné comme résultat pour une bonne raison. Je dois aussi dire que dans mon travail je n’ai jamais critiqué les juifs en tant que personnes ni comme race, ni biologiquement, ni ethniquement. Je me réfreine aussi de traiter du judaïsme (la religion). Je me restreins à la critique de l’idéologie, de la politique et de la culture.

MM: … Qu’en est-il de l’holocauste?

Atzmon: Ma position au sujet de l’holocauste est très claire. J’argumente que l’histoire est une tentative de narrer la passé alors que nous avançons dans le temps. Ainsi, le discours historique doit demeurer ouvert et dynamique, ouvert au changement et à la révision des données. J’affirme que l’histoire est essentiellement une aventure révisionniste. (NdT: les historiens Howard Zinn et Antony Sutton pensaient exactement la même chose…) Je suis donc contre toutes les lois sur l’histoire (la Nakba, le génocide arménien, l’holocauste etc) Comme bien d’autres érudits, je constate que l’holocauste a été transformé en une religion. C’est devenu un dogme. Il a perdu ses qualités réflexives universelles, ce n’est plus que le sujet d’un message éthique. Donc, si l’holocauste est une nouvelle religion, tout ce que je demande est le droit d’être un athée la concernant.

Pour répondre à votre question, la notion de “relativisation de l’holocauste” est en elle-même une notion idiote ou absurde. L’histoire est une aventure relative. Nous saisissons le passé en, par exemple, mettant au même niveau Hitler et Staline. Nous examinons la différence entre le nettoyage ethnique commis par le IIIème Reich et celui en Palestine effectué par Israël.

C’est pourquoi demander d’arrêter de penser au passé en termes relatifs est en soi une demande religieuse dogmatique, demandant également une adhésion aveugle aux thèses présentées. Je ne vais pas baisser pavillon devant une règle aussi irrationnelle et personne ne devrait le faire.

MM: Vous avez dit que vous étiez fier d’être un juif s’auto-détestant. Pourquoi ne vous convertissez-vous pas à une autre religion comme vous avez déjà changé de citoyenneté ?

Atzmon: Pour commencer, je ne discute pas de mes affaires religieuses personnelles en public, mais je peux vous assure que je n’ai plus été juif depuis bien des années. Je ne suis pas le genre de personne qui peut rejoindre facilement une religion organisée, mais j’aime bien suivre la leçon eucuménique de Jésus, mais je le fais à ma façon. J’ai appris à aimer mes voisins, et de rechercher la vérité et la paix. Ceci constitue mon djihad personnel.

MM: Il y a un grand nombre de juifs, y compris en Israël, qui résistent la politique d’occupation. Par exemple, nous avons eu l’honneur de nous entretenir avec le militant pacifiste le professeur Nurit Peled-Elhanan. Votre critique d’Israël et de sa société est dépeinte de manière identique dans les médias. Votre vision ratisse t’elle si large ?

Atzmon: Je ne suis pas d’accord avec cette description. J’ai beaucoup de respect pour quelques voix israéliennes dissidentes comme Schlomo Sand, Gideon Levy, Uri Avnery, Nurit Peled, Yaov Shamir, Israël Shamir, Israël Shahak et d’autres. Je me réfère occasionnellement à leur travail. J’ai été le premier en dehors d’Israël, à faire la revue du livre “L’invention du peuple juif” de Schlomo Sand. Comme je l’ai déjà mentionné, je ne critique pas le peuple ou la religion. Je ne critique que l’idéologie, la politique et la culture.

MM: En tant que soldat de l’armée israélienne, vous étiez au Liban et avez vu les camps de réfugiés palestiniens. Qu’est-ce que cette influence a eu sur votre développement ?

Atzmon: Ce fut le Liban en 1982 qui pour moi a rendu clair que j’avais très peu en commun avec mon propre peuple et que je devrais m’en aller tôt ou tard. Ce fut au Liban, après avoir vu les camps de réfugiés que j’ai saisi l’étendue du nettoyage ethnique qui s’est déroulé en Palestine en 1948. Au Liban, j’ai réalisé que le fait que je me situais dans un état juif sur la terre d’autres personnes me faisait traverser une ligne rouge éthique fondamentale. Vous devez bien comprendre qu’en 1982, en Israël, personne ne parlait de la Nakba. Là-bas, à ce moment là, j’ai vu de mes yeux de quelle manière le projet israélien était malfaisant.

MM: Il y a quelques jours, des soldats israéliens ont abattu un homme sévèrement handicapé dont les jambes avaient été amputées. Quel effet a une telle cruauté perpétrée par leur propre armée sur la population israélienne ?

Atzmon: Aussi loin que je sache, l’effet est minimum et c’est exactement là que commence ma recherche. Comment est-il possible qu’un peuple qui a tant souffert au travers de son histoire, puisse infliger tant de douleur aux autres ? Comment se fait-il que les opprimés deviennent les oppresseurs ? Comment est-il possible que juste 3 ans après la libération d’Auschwitz, l’état juif nouveau né se mette en phase de nettoyage ethnique de la Palestine ?

MM: Après tout ce qu’il s’est passé, pouvez-vous imaginer qu’un jour les juifs, les chrétiens et les musulmans puissent vivre en paix à Jérusalem ?

Atzmon: Ceci est de l’histoire pour vous. Le passé des juifs européens est une chaîne de désastres sans fin. Dans le monde musulman par contre, les juifs ont profité de la vie et ont prospéré. Il est plus que possible qu’assimiler culturellement et idéologiquement les juifs arabes avec les juifs ashkénazes puisse fournir toutes les réponses nécessaires, mais ceci est exactement le type même de recherche qu’on empêche d’effectuer.

MM: Discutons un peu de l’évènement de Berlin il y a quelques jours que certaines personnes ont essayé d’empêcher. Que fut votre impression de l’évènement et avez-vous été capable de diffuser votre message ?

Atzmon: Je pense que cet évènement fut incroyable. Il y a eu une très bonne participation. Vous pouviez y respirer l’esprit de la résistance. La foule était bigarrée. Beaucoup de jeunes. J’ai été estomaqué par le soutien que j’y ai reçu.

MM: Où trouvez-vous votre motivation pour votre engagement qui doit user nerveusement et votre multi-sacrifice pour la justice et la paix en Palestine ? Nous posons cette question pour encourager les autres qui abandonnent tôt ou tard devant la supériorité toute apparente de l’état sioniste.

Atzmon: Cela dépasse la Palestine maintenant. C’est la Syrie, la Libye l’Irak et cela s’étend avec ce qu’il se passe en Grèce, au Portugal et en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au delà. Maintenant nous sommes tous Palestiniens. Nous sommes tous opprimés par cela même qu’on nous interdit d’articuler.

Je vis sur cette planète comme tant d’autres personnes, je veux être émancipé. Je pense que la férocité de l’animosité contre moi suggère que quelques personnes quelque part, sont vraiment effrayées par mon message. Considérant le fait que je ne suis pas un personnage politique, ni un activiste, je prends tout ceci comme le fait qu’ils doivent avoir peur de mes pensées. C’est inquiétant, mais c’est aussi un compliment.

MM: Quels sont vos projets en cours ? Pouvons-nous attendre un autre livre ?

Atzmon: Je ne sais jamais ce qui va se passer, mais je peux vous dire cela peut être pas mal de choses, et rien d’ennuyeux.

MM: Mr Atzmon, nous vous remercions de l’amabilité que vous avez-eu de nous accorder cet entretien.

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