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Guerre énergétique: Israël et la solution finale pour le gaz de Gaza…

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Les ambitions énergétiques d’Israël nécessitent une solution finale à Gaza

Nafeez Ahmed

22 décembre 2015

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15802

 

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« Rien ne pouvait me préparer à ce que j’ai vu aujourd’hui. La destruction est indescriptible », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, lors de sa visite de la bande de Gaza en octobre.

L’opération « Bordure Protectrice », l’incursion militaire israélienne à Gaza l’été dernier, a causé des destructions sans précédent dans l’étroite bande de terre habitée par 1,8 million d’habitants. L’opération a endommagé ou détruit plus de 100 000 habitations, affectant plus de 600 000 Palestiniens, soit un tiers de la population.

« Tondre l’herbe »

« La ville est tout simplement inhabitable », a déclaré le maire de Beit Hanoun, Mohammed Al-Kafarna. « Il n’y a plus d’électricité, plus d’eau, plus de moyens de communication. Il nous manque l’essentiel pour vivre. » Un des principaux égouts, qui dessert près d’un demi-million d’habitants, a été coupé, déversant de grandes quantités d’eaux usées dans la mer et dans les champs.

En 2012, un rapport des Nations unies prévenait que Gaza ne « serait pas vivable d’ici 2020 ». L’année suivante, le durcissement du blocus à Gaza par Israël a poussé Filippo Grande, commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), à déclarer que « Gaza devient rapidement inhabitable ».

Les bombardements massifs de Gaza par Israël cet été ont rapproché cette perspective. Et ce n’est pas un hasard. Les représentants israéliens ne l’admettront pas mais des déclarations de personnalités proches du gouvernement Netanyahou permettent de déduire qu’il s’agit là d’un objectif stratégique.

Démanteler Gaza

« La seule solution durable », écrit Martin Sherman dans le Jerusalem Post pendant l’assaut de cet été, est de « démanteler Gaza, organiser un transfert humanitaire des populations arabes non combattantes, et étendre la souveraineté d’Israël sur Gaza ». En bref, la recette du nettoyage ethnique et de la colonisation. Dans son article, Sherman regrette que le gouvernement israélien soit freiné par le discours politique des « gauchistes » non élus qui prônent « l’idée d’une solution à deux Etats et le principe de la terre contre la paix », deux idées devant être rejetées, selon lui.

Pour Martin Sherman, la stratégie actuelle qui consiste à « tondre l’herbe » périodiquement (« une nouvelle série de combats à chaque fois que la violence palestinienne atteint un niveau qu’Israël considère inacceptable ») doit être remplacée par une solution définitive : « L’herbe doit être arrachée – une bonne fois pour toutes. »

Sherman n’est pas le seul à le penser. Au contraire, ses idées sont de plus en plus représentatives de la vision des plus hauts représentants du cabinet israélien. Martin Sherman est le directeur et fondateur de l’Institut israélien d’études stratégiques (IISS), qui a pour ambition de poser « les fondements d’un nouveau paradigme sioniste énergique ». Son programme a reçu le soutien de dirigeants israéliens clés, dont Yaakov Amidror, conseiller à la sécurité nationale d’Israël jusqu’en 2013, Uzi Landau, ministre du Tourisme et ancien ministre de l’Energie, et Moshe Ya’alon, vice-Premier ministre et actuel ministre de la Défense.

Colonisation

Ces relations révèlent des aspects cruciaux de la politique de sécurité israélienne. Yaakov Amidror, par exemple, a longtemps défendu l’idée selon laquelle Israël devrait occuper directement Gaza « pendant plusieurs années » afin d’empêcher que le « Hamas ne se renforce et devienne une entité similaire au Hezbollah ».

Son successeur, Yossi Cohen, qui a supervisé avec Ya’alon l’opération « Bordure protectrice » et a servi par le passé comme responsable adjoint du Shin Bet (l’agence de sécurité intérieure israélienne), a déclaré à la radio de l’armée israélienne que l’opération avait réussi à créer les conditions permettant à l’Autorité palestinienne de reprendre le pouvoir à Gaza aux dépens du Hamas, ajoutant que ce dernier devait être « démilitarisé ».

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, approuve : « Tant que le Hamas contrôle Gaza, nous ne serons pas en mesure d’assurer la sécurité des citoyens israéliens du sud et nous ne pourrons parvenir à un accord de paix. » Lors du dernier assaut sur Gaza, Lieberman prônait la réoccupation par Israël de la bande côtière pour mettre fin aux attaques de roquettes.

L’Etat palestinien : une menace pour l’hégémonie énergétique israélienne ?

L’avis de Sherman est également partagé par Uzi Landau, actuellement ministre du Tourisme et ancien ministre de l’Energie et de l’Eau de 2009 à 2013. Lorsqu’il occupait ce poste, Landau était chargé de superviser les politiques d’Israël en matière de ressources naturelles, en particulier les politiques liées aux découvertes de gaz et à son exportation. En 2011, quand l’Autorité palestinienne faisait campagne pour la reconnaissance d’un Etat palestinien aux Nations unies, Laudau annonçait sur une radio israélienne qu’Israël devait déclarer de façon unilatérale sa souveraineté sur la vallée du Jourdain, les colonies de Cisjordanie et la bande de Gaza afin de contrecarrer la démarche de l’Autorité palestinienne. Il fut également dépêché par le ministère des Affaires étrangères au Chili, en Colombie et en Australie pour faire pression contre la campagne de l’Autorité palestinienne à l’ONU.

Pourquoi Landau, alors ministre de l’Eau et de l’Energie, a-t-il été missionné pour lutter contre la création d’un Etat palestinien ? La réponse est peut-être liée aux importantes découvertes de gaz réalisées par Israël ces dernières années. En décembre 2010, la compagnie pétrolière texane Noble Energy a annoncé qu’elle avait découvert plus de 7,5 milliards de mètres cubes de gaz dans le gisement maritime du Léviathan (réévalué, il y a peu, à un peu plus de 5 milliards de mètres cubes). Une étude géologique américaine de l’USGS avait estimé en début d’année que le bassin du Levant, qui englobe les territoires maritimes d’Israël, de la Syrie, du Liban, de Chypre et de Gaza, renfermait 37 milliards de mètres cubes de gaz techniquement exploitable. C’est « plus important que toutes les estimations que nous avons effectuées aux Etats-Unis », avait alors déclaré un porte-parole de l’USGS.

Les conseillers de Landau préviennent que les ressources en gaz d’Israël pourraient s’épuiser rapidement

Les nouvelles découvertes de gisement de gaz pourraient permettre à Israël de devenir une puissance exportatrice de gaz, ce qui aurait des conséquences importantes pour la région. Mais il y a de potentiels écueils.

En 2012, les directeurs de recherche du ministère de l’Energie et de l’Eau avaient alerté le gouvernement qu’Israël ne disposerait pas de ressources en gaz suffisantes pour répondre à la fois à la demande intérieure et à la demande internationale. Se référant à un écart de « 100 à 150 milliards de mètres cubes entre les projections de consommation présentées au comité et les projections les plus récentes », ils indiquaient que « les réserves de gaz d’Israël sont susceptibles de durer moins de quarante ans ».

Selon eux, d’ici 2055, même si Israël décidait de ne pas exporter de gaz, elle épuiserait entièrement ses réserves maritimes. Si en outre Israël exportait des quantités importantes de gaz, et s’il s’avérait que son gaz ne pouvait être extrait à un coût commercialement attractif, alors l’épuisement des ressources pourrait survenir bien avant. « Plus nous consommerons de gaz maintenant, plus vite nous aurons besoin d’importer du gaz ou du pétrole, ou de trouver des technologies alternatives. »

Le journal Haaretz indique que Landau et ses collègues ont accordé suffisamment de crédit à ce rapport pour ne pas le communiquer au comité chargé de définir la politique d’exportation de gaz d’Israël.

Menace de guerre

Pour compliquer davantage la donne, une quantité importante des récentes découvertes de ressources en gaz et en pétrole qu’Israël revendique comme siennes se situent dans des eaux territoriales disputées, dont les limites n’ont pas été clairement définies.

Au cours de l’été 2010, Landau a déclaré qu’Israël « n’hésiterait pas à faire usage de la force » pour protéger ses découvertes en gaz offshore. Il répondait à des affirmations selon lesquelles les gisements du Léviathan s’étendaient jusqu’aux eaux territoriales libanaises.

De la même façon, deux gisements maritimes, déjà en cours d’exploitation par Israël, se trouvent en partie dans les eaux territoriales de Gaza, aux dires de l’Autorité palestinienne. Il s’agit du gisement Mari-B, presque épuisé, et Noa North, tous deux exploités par Noble Energy.

Le gaz de Gaza : clé de la paix ?

En mars 2014, quelques mois avant le lancement par l’armée israélienne de l’opération « Bordure protectrice » à Gaza, le fonds Marshall pour l’Allemagne des Etats-Unis a publié un document de politique générale sur les intérêts d’Israël dans les gisements de gaz à Gaza. Ce document a été rédigé par Simon Henderson, responsable du programme « Golfe et politiques énergétiques » au Washington Institute for Near East Policy (WINEP), connu pour son influence sur les décideurs de la politique étrangère américaine. Les membres actuels et passés du WINEP ont joué des rôles importants dans les différentes administrations américaines, y compris celle d’Obama. En outre, certains de ses anciens membres ont travaillé pour différentes agences du gouvernement américain sur la politique étrangère au Moyen-Orient.

Le document d’Henderson cible tout particulièrement le gisement Gaza Marine, où plus de 30 milliards de mètres cubes de gaz ont été découverts par BG Group en 2000. Gaza Marine pourrait subvenir aux besoins en énergie des Palestiniens pendant près de vingt ans. Bien que l’élection du Hamas en 2006 ait laissé les négociations sur le gaz entre Israël et l’Autorité palestinienne au point mort, « fin 2011-début 2012, on a observé un regain d’intérêt israélien à trouver un moyen d’exploiter le gaz naturel de Gaza Marine », écrit Henderson.

En 2013, la diplomatie internationale s’est davantage intéressée à la question. L’envoyé du Quartet pour le Moyen-Orient, Tony Blair, et le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, ont considéré que Gaza Marine devait faire partie intégrante du futur accord de paix. En octobre 2013, des représentants israéliens ont admis que le gouvernement israélien « soutenait fortement » le projet. Toutes ces informations ont été corroborées par des documents du ministère des Affaires étrangères britannique, divulgués au titre de la loi sur la liberté d’accès à l’information.

Les visées israéliennes sur Gaza Marine incluent une série d’options. Mis à part le fait qu’exploiter ces gisements permettrait à l’Autorité palestinienne d’augmenter considérablement ses revenus, « faire usage de ce gaz permettrait à Israël de réduire la part de son propre gaz naturel utilisée pour fournir les Palestiniens en électricité », a souligné Henderson. L’utilisation de ce gaz diminuerait aussi légèrement la dépendance d’Israël vis-à-vis des gisements contrôlés par le groupe Noble Energy/Delek, qui détient les licences d’exploitation du gisement de Tamar et de tous les autres gisements susceptibles d’être exploités dans les prochaines années.

Le gaz de Gaza, poursuit Henderson, « pourrait ravitailler le principal réseau de distribution de gaz naturel israélien, alimentant ainsi les centrales électriques et usines pétrochimiques à travers [Israël]. Le gaz pourrait aussi être utilisé pour les centrales de Gaza et même celles de la Cisjordanie. Dans cette dernière configuration, le gaz naturel provenant de Gaza Marine serait acheminé vers une centrale électrique israélienne pour produire de l’électricité, qui serait ensuite livrée à la Cisjordanie ».

Le gaz de Gaza : clé des exportations ?

L’importance stratégique de Gaza Marine comporte une autre dimension : les ambitions énergétiques d’Israël. Ariel Ezrahi, conseiller pour l’énergie auprès du représentant du Quartet à Jérusalem-Est, Tony Blair, y avait fait allusion. Pour lui, c’est avant tout en raison de l’opposition des populations arabes en Jordanie, Egypte, Turquie et ailleurs qu’Israël ne peut devenir une puissance régionale exportatrice de gaz.

Cette opposition pourrait cependant être surmontée si Israël trouvait un moyen d’intégrer le gaz de Gaza dans l’équation de sa politique d’exportation, afin d’obtenir que les populations arabes jugent acceptables des accords gaziers avec Israël. « […] il serait judicieux pour Israël de prendre au moins en considération la contribution palestinienne à ces accords », a déclaré Ezrahi. « Je pense que c’est une erreur pour Israël de se précipiter vers des accords régionaux sans au moins prendre en compte la dimension palestinienne et la façon dont elle peut contribuer aux intérêts israéliens. » Israël devrait utiliser Gaza Marine « comme un atout pour être admis dans l’échiquier énergétique régional et comme un pont vers le monde arabe », en vendant le « gaz [palestinien] sur différents marchés » ou en favorisant un accord avec les entreprises qui exploitent les « gisements [israéliens] de Tamar et Léviathan, permettant de vendre à bas coût du gaz à l’Autorité palestinienne ».

Hamas : l’obstacle

Pour Israël, l’existence du Hamas demeure l’obstacle principal à ces différents scénarios. Selon Simon Henderson, « le principal défi à la vision du secrétaire d’Etat John Kerry réside dans le fait que les gisements de gaz naturel de Gaza Marine se trouvent au large de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, dont l’autorité n’est pas reconnue par l’Autorité palestinienne à Ramallah [et que] les Etats-Unis considèrent comme une organisation terroriste [avec qui ils] ne peuvent légalement coopérer. »

En d’autres termes, selon l’approche des faucons israéliens et des membres du Quartet (les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations unies et la Russie), l’obstacle principal au plan de paix et aux ambitions d’Israël de devenir une puissance énergétique régionale incontournable est la présence persistance du Hamas à Gaza.

En 2007, le ministre de la Défense Ya’alon a indiqué dans un document de stratégie de première importance qu’il n’y a qu’une façon de régler le problème : « Il est clair qu’à moins de mener une opération militaire globale visant à mettre fin au contrôle du Hamas sur Gaza, aucuns travaux de forage ne pourront être entrepris sans l’aval du mouvement islamiste radical. » Ya’alon est un autre membre du gouvernement israélien qui soutient l’initiative de Martin Sherman de l’IISS.

Depuis, les opérations militaires israéliennes qui se sont succédées, y compris l’opération « Bordure protectrice », ont eu pour objectif d’affaiblir le pouvoir du Hamas à Gaza en faisant payer le prix à l’ensemble de la population civile. En détruisant les infrastructures clés de Gaza par le biais d’une force militaire excessive, Israël a rendu Gaza pratiquement « inhabitable », et ainsi accéléré le processus.

Etrangler Gaza

Le nouvel accord de cessez-le-feu signé avec le Hamas après l’opération militaire a permis à Israël de renforcer son siège sur la bande de Gaza par des mesures encore plus draconiennes. L’accord prévoit notamment une réoccupation militaire partielle de Gaza à travers le maintien d’une zone tampon de 100 mètres à l’intérieur de la bande costale ; un comité conjoint formé par Israël, les Nations unies et l’Autorité palestinienne chargé de superviser le processus d’autorisation d’entrée de marchandises à l’intérieur de Gaza ; et un contrôle strict des importations de matériel de construction, ainsi que de leur utilisation à l’intérieur de la bande de Gaza, afin de garantir qu’il ne sera pas utilisé par le Hamas pour construire des « tunnels de la terreur » et des armes. Lors de la négociation de l’accord, la priorité majeure d’Israël était de faire de la démilitarisation totale de Gaza une condition préalable à sa reconstruction et réhabilitation.

Dans le cadre de ce dispositif extraordinaire, Gaza sera constamment surveillée par des drones israéliens. En outre, le comité de supervision dirigé par l’Autorité palestinienne et les Nations unies transmettra à une base de données israélienne des informations détaillées sur chaque foyer requérant du matériel de reconstruction. Israël se réservera le droit d’accepter ou non les demandes après examen minutieux de ces données personnelles.

Dans ce contexte, la décision de la Cour européenne de retirer le Hamas de la liste des groupes terroristes ainsi que la nouvelle résolution du Parlement européen apportant un soutien « de principe à la reconnaissance de l’Etat palestinien et à la solution fondée sur deux Etats » prennent un sens nouveau.

Pour aller de l’avant, ce qu’il reste de la vision avortée de Kerry et du Quartet pour la « paix », qui comprenait l’exploitation du gaz de Gaza, nécessite que les capacités militaires du Hamas – déjà infimes par rapport au budget militaire israélien de 15,5 milliards de dollars – soient réduites au point de devenir totalement négligeables.

Les dernières mesures de l’Union européenne semblent destinées à encourager les Palestiniens et le Hamas à se plier à cette vision d’une bande de Gaza accommodante et démilitarisée, en tant qu’étape vers une solution à « deux Etats » dominée et contrôlée par Israël. Cela, ce serait la carotte. Le bâton serait la menace agitée par Israël de faire usage de la force pour briser Gaza et en faire un no-man’s land inhabitable, scénario dans lequel les Etats-Unis et l’Union européenne sont complices à travers l’aide commerciale et militaire considérable qu’ils accordent à Israël.

 

* Nafeez Ahmed est un Britannique d’origine bangladaise, journaliste d’investigation dans le domaine de ce qu’il appelle la « crise de civilisation » et chercheur spécialiste des questions de sécurité internationale. Lauréat du « Project Censored Award for Outstanding Investigative Journalism » pour son reportage au Guardian à l’intersection entre écologie, crise énergétique et économique mondialisées et conflits géopolitiques locaux, il écrit pour de nombreux journaux, dont le Monde Diplomatique. Il est notamment l’auteur de « A User’s Guide to the Crisis of Civilization, and How to Save It » et de « La Guerre contre la liberté : Comment et pourquoi l’Amérique a été attaquée le 11 Septembre 2001 » (éd. Demi-Lune). Suivez-le sur Facebook et Twitter @nafeezahmed et sur son blog : « The Cutting Edge ».

Colonisation Palestine: des soldats israéliens parlent des atrocités israéliennes à Gaza…

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 5 mai 2015 by Résistance 71

Gaza: des soldats israéliens accusent l’armée d’usage indiscriminé de la force

 

Al Manar

 

5 Mai 2015

 

url de l’article original:

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=234826&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=22&s1=1

 

Une organisation israélienne donnant la parole à des soldats a publié lundi un document accusant l’armée israélienne d’avoir causé un nombre sans précédent de victimes civiles en recourant à la force sans discrimination pendant la guerre israélienne contre Gaza en 2014.

Dans le document compilant les témoignages anonymes de plus de 60 officiers et soldats ayant participé à la guerre de juillet-août 2014, « Briser le silence » dénonce une centaine de cas de mauvais comportements imputables pour une grande part au principe du « risque minimum » adopté par l’armée d’occupation israélienne pour protéger ses soldats.

Ce principe ainsi que les efforts déployés contre les résistants palestiniens « ont causé dans la population et sur les infrastructures civiles un nombre de victimes et des dégâts massifs et sans précédent », écrit « Briser le silence », qui offre une plateforme aux soldats israéliens pour s’exprimer anonymement et est l’un des bêtes noires des autorités d’occupation israéliennes.

« Briser le silence » dénonce l’hypothèse de travail de l’armée d’occupation selon laquelle, à la suite de ses frappes préparatoires et de ses avertissements aux civils, les zones où se déployaient ses soldats avaient été désertées par les civils, « faisant de chacun se trouvant dans la zone une cible légitime ».

Ouvrir le feu partout

Dans un témoignage recueilli par « Briser le silence », un soldat d’infanterie affirme que « les règles d’engagement dispensées aux soldats sur le terrain consistaient à ouvrir le feu, ouvrir le feu partout (…).

Le postulat de départ était qu’à partir du moment où nous entrions (dans la bande de Gaza pour la phase terrestre de l’opération, NDLR), quiconque osait montrer sa tête était un terroriste ».

Deux femmes tuées

Un soldat raconte que deux femmes marchant dans un verger avaient été repérées puis tuées simplement parce qu’elles étaient trop près des lignes israéliennes.

Après inspection des corps, il s’est avéré qu’elles n’étaient pas armées. « Elles ont quand même été listées comme terroristes. On leur avait tiré dessus, alors évidemment elles devaient être des terroristes », affirme le soldat amer.

Un viellard abattu

Un autre sergent relate comment un garde a ouvert le feu sur un vieux Palestinien approchant son poste parce qu’il redoutait qu’il ne se fasse exploser avec des grenades. Le vieillard atteint se tordait de douleur. Personne n’osait l’approcher de crainte que son corps ne soit piégé, dit le sergent.

« Tout le monde savait qu’il n’y avait que deux possibilités: soit nous le laissions mourir doucement, soit nous mettions fin à ses souffrances ». Les soldats l’ont finalement achevé.

Un autre sergent raconte comment son unité blindée a lâché une salve contre un immeuble au loin sur ordre de son commandant pour rendre hommage à un soldat tué.

Le document fait aussi état d’agressions, de pillage, de racisme et de vandalisme aux dépens des civils palestiniens. La conduite de la guerre « suscite de graves doutes sur la morale » de l’armée d’occupation israélienne, dit-il.

Le document est publié alors que les agissements des soldats israéliens pendant la guerre de juillet-août 2014 continuent d’être examinés à la loupe par l’ONU, par les Palestiniens qui veulent faire juger les dirigeants israéliens par la justice internationale pour crimes de guerre.

Le cofondateur de « Briser le silence », Yehuda Shaul, a indiqué à l’AFP que l’organisation avait écrit le 23 mars au chef d’état-major pour proposer une rencontre et qu’elle aurait été « plus qu’heureuse » de partager ses informations. « Malheureusement, nous n’avons jamais obtenu de réponse », a-t-il dit.

* * *

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Continuité du génocide en Palestine: La guerre promise de Gaza…

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 1 mars 2015 by Résistance 71

Guerre sans merci

 

Israël se précipite vers la prochaine guerre à Gaza

 

Israël se dirige vers la prochaine éruption de violence avec les Palestiniens comme s’il s’agissait d’une sorte de catastrophe naturelle qui ne peut pas être évitée.

 

Par Gidéon Lévy – 26 février 2015

 

Scènes de l’été 2015 ? Une frappe israélienne à Gaza, juillet 2014

 

Source : http://normanfinkelstein.com/2015/02/26/war-without-mercy/ (http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.644219)

 

Traduction : http://www.sayed7asan.blogspot.fr

 

La prochaine guerre éclatera cet été. Israël lui donnera un autre nom puéril et elle aura lieu à Gaza. Il y a déjà un plan pour évacuer les communautés israéliennes le long de la frontière de la bande de Gaza.

Israël sait que cette guerre va éclater, et Israël sait aussi pourquoi – et il s’y précipite au grand galop les yeux bandés, comme si c’était un rituel cyclique, une cérémonie périodique ou une catastrophe naturelle qui ne peut être évitée. Ici et là, on perçoit même de l’enthousiasme.

Peu importe l’identité du Premier ministre et du ministre de la Défense – il n’y a aucune différence entre les candidats en ce qui concerne Gaza. Isaac Herzog et Amos Yadlin ne disent bien évidemment rien, et Tzipi Livni se vante du fait que grâce à elle, aucun port n’a été ouvert à Gaza. Le reste des Israéliens ne sont pas non plus intéressés par le sort de Gaza et bientôt, Gaza sera obligée de leur rappeler à nouveau sa situation tragique de la seule manière qui lui est laissée, les roquettes.

La situation de Gaza est désastreuse, épouvantable. Aucune mention n’en est faite dans le discours israélien, et certainement pas dans la campagne électorale la plus minable, la plus creuse qui se soit jamais tenue ici. Il est difficile de le croire, mais les Israéliens ont inventé une réalité parallèle, coupée du monde réel, une réalité cynique, insensible, enfouie dans le déni, alors que tous ces malheurs, la plus grande partie étant de leur propre fait, se déroulent à une courte distance de leurs maisons. Les nourrissons gèlent à mort sous les décombres de leurs maisons, les jeunes risquent leur vie et franchissent la clôture frontalière juste pour obtenir une portion de nourriture dans une cellule israélienne. Quelqu’un a-t-il entendu parler de cela ? Est-ce que quiconque s’en préoccupe ? Quelqu’un comprend-il que cela conduit à la prochaine guerre ?

Salma n’a vécu que 40 jours, comme l’éternité d’un papillon. C’était un bébé de Beit Hanoun, au nord-est de la bande de Gaza, qui est décédé le mois dernier d’hypothermie, après que son corps frêle ait gelé sous le vent et la pluie qui ont pénétré dans la hutte de contreplaqué et de plastique où elle vivait avec sa famille, depuis que leur maison a été bombardée.

« Elle a été gelée comme de la crème glacée », a déclaré sa mère au sujet de la dernière nuit de la vie de son nourrisson. Le porte-parole de l’UNRWA, Chris Gunness, a raconté l’histoire de Salma la semaine dernière dans le journal britannique The Guardian. Mirwat, sa mère, lui a dit que quand elle est née, elle pesait 3,1 kg. Sa sœur Ma’ez, âgée de trois ans, est hospitalisée pour des gelures.

Ibrahim Awarda, 15 ans, qui a perdu son père dans un bombardement israélien en 2002, fut plus chanceux. Il a décidé de traverser la barrière entre Gaza et Israël. « Je savais que je serais arrêté », a-t-il déclaré au journaliste du New York Times à Gaza la semaine dernière. « Je me suis dit, peut-être que je vais trouver une vie meilleure. Ils m’ont donné de la nourriture décente et m’ont renvoyé à Gaza. »

Ibrahim a été détenu pendant environ un mois dans deux prisons en Israël avant d’être rejeté vers la destruction, la misère, la faim et la mort. Trois cents habitants de Gaza se sont noyés dans la mer en Septembre dernier, dans une tentative désespérée de quitter la prison de Gaza. Quatre-vingt-quatre habitants de Gaza ont été arrêtés par les Forces de défense israéliennes dans les six derniers mois après avoir tenté d’entrer en Israël, la plupart d’entre eux seulement pour fuir l’enfer dans lequel ils vivaient. Neuf autres ont été arrêtés ce mois-ci.

Atiya al-Navhin, 15 ans, a également tenté d’entrer en Israël en Novembre, juste pour échapper à son sort. Des soldats de Tsahal ont ouvert le feu sur lui, il a été traité dans deux hôpitaux israéliens et est retourné à Gaza en Janvier. Maintenant, il est couché dans son domicile, paralysé et incapable de parler.

Quelques 150 000 personnes sans-abris vivent dans la bande de Gaza et environ 10 000 réfugiés sont dans les abris de l’UNRWA. Le budget de l’organisation a été dépensé après que le monde ait totalement ignoré son engagement à contribuer à hauteur de 5,4 milliards de dollars à la reconstruction de Gaza. L’engagement à négocier la levée du blocus sur Gaza – la seule façon d’éviter la prochaine guerre et celle d’après – a également été rompu. Personne n’en parle. Ce n’est pas intéressant. Il y a eu une guerre, des Israéliens et des Palestiniens y ont été tués pour rien, passons donc à la prochaine guerre.

Israël fera de nouveau semblant d’être surpris et offensé – les cruels Arabes l’attaquent à nouveau avec des roquettes, sans raison.

Nettoyage ethnique sioniste de Gaza: Témoignage d’un résistant…

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Témoignage d’un combattant de la résistance palestinienne

 

Asmaa Al-Ghoul

 

17 Octobre 2014

 

url de l”article:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article14993

 

Dès que la guerre s’est interrompue, Abu Abdel Rahman (un nom d’emprunt), combattant de 26 ans des Brigades Izz ad-Din Al-Qassam, a quitté les tunnels où il avait dirigé des opérations contre les forces israéliennes.

Revenu à sa vie normale, il partage son temps entre le travail dans la force de police palestinienne, les études et sa famille. La guerre, cependant, n’a pas quitté Rahman. « Depuis la fin de la guerre, je suis infesté de cauchemars. Je rêve qu’ils [les Israéliens] ont ouvert le tunnel et nous ont trouvés à l’intérieur, et qu’ils nous tuent tous, » raconte-t-il à Al-Moniteur.

Pouvoir se poser un moment avec Rahman n’est pas chose aisée. Il observe tout autour de lui, notant chaque mouvement, et il reste silencieux dès qu’un étranger s’approche. « Je ne veux pas [laisser n’importe qui] identifier le son de ma voix, » dit-il. Avant de prendre un siège, Rahman enlève tous ses appareils électroniques et les laisse à une distance d’où ensuite il pourra souffler un peu.

Rahman a livré un certain nombre de détails au sujet de la guerre. « Nous pouvions faire sauter six véhicules militaires depuis l’intérieur d’un tunnel qui était seulement de 70 centimètres de large et de 140 centimètres de hauteur. Chaque bombe plantée dans la terre était numérotée. Quand un véhicule militaire s’arrêtait au-dessus de la bombe, nous la faisions exploser en nous basant sur son numéro. S’il était au-dessus de la bombe n° 1, le fil relié à la bombe était lui-même identifié par le même nombre. Si le véhicule était au-dessus de la bombe n°2, il était relié par le fil n°2, » dit-il pour expliquer comment les combattants savaient quel détonateur était appareillé avec quelle bombe.

« Un des mujahedeen sortait sa tête en se camouflant hors du tunnel pour observer l’emplacement des véhicules. Quand un véhicule était au-dessus d’une bombe, nous la faisions alors exploser. À ce moment-là, nous lancions des cris de « Dieu est grand » à l’intérieur du tunnel, lequel faisait des dizaines de mètres sous la terre, » poursuit-il.

Rahman continue à noter ses souvenirs de temps de guerre dans un petit carnet. Il s’est rappelé par exemple comment lui et un autre mujahedeen ont partagé le peu de nourriture et d’eau dont ils disposaient. Il s’est également rappelé comment ils ont prié assis sur leurs genoux. Sa tête est encombrée de tant de souvenirs qu’il lui est difficile de reprendre une routine quotidienne comme si la guerre ne s’était jamais produite. Il est quelque fois distrait parce qu’il est soudain rattrapé par certains moments de la guerre, ne prêtant pas toujours attention à ce qui est autour de lui.

Rahman suit les cours du Centre National D’enseignement à distance de l’Université Al Quds, où il n’est qu’un autre étudiant parmi d’autres discutant de son domaine d’études, les sciences économiques, avec ses collègues et professeurs. Aucun d’eux ne sait qu’il est un membre de la résistance. C’est le cas également quand Rahman descend la rue et rencontre par hasard des personnes qu’il connait. Aucune d’entre elles ne sait qu’il est quelqu’un qui a miraculeusement survécu à la guerre, et qu’il est même resté emprisonné pendant cinq jours avec 14 autres combattants dans un tunnel qui avait été bombardé par des avions de guerre.

« Si nous pouvions retourner à ces jours où nous avons si violemment combattu, je voudrait alors avoir pu empêcher l’ennemi de pénétrer la Bande de Gaza. Je pense à mon ami Abu Ahmed qui est resté seul emprisonné à l’intérieur du tunnel après que ce dernier ait été bombardé. Nous ne pouvions pas le sauver, et beaucoup e temps a passé avant qu’il ne meure… Je suis fier de ce que nous avons fait pendant la guerre, mais quand je vois mes compatriotes [les autres Palestiniens] je n’éprouve rien sinon de l’humilité, » dit Rahman.

Cependant, en dépit de la fierté qu’il éprouve, Rahman ne veut plus de guerre. « Je ne souhaite absolument pas que ces jours reviennent. Je suis constamment inquiet pour ma famille. Je crains que [les Israéliens] ne découvrent mon identité et ne bombarde ma maison. » Rahman considère que sa vie suit en même temps deux chemins côte à côte : d’un côté sa vie de tous les jours, ses études et sa famille, et de l’autre la mort et la résistance à l’occupation. « Le deuxième chemin existera tant que l’ennemi sera là, » dit-il.

L’épouse de Rahman semble être constamment inquiète, comme si son bonheur pouvait n’être que provisoire, seulement possible en période de tranquillité. Parlant de sa femme, Rahman nous dit, « J’essaye toujours de faire tout mon possible pour elle et de passer autant d’heures que possible avec elle et mon fils. »

Rahman a rejoint les Brigades Al-Qassam alors qu’il était encore très jeune, après avoir été influencé à la mosquée qui est à côté de sa maison. Il n’a participé à des combats que dans la dernière guerre, précisant que lors de la guerre de novembre 2012 il n’y avait pas eu d’invasion au sol. Pendant la guerre de 2014, Rahman a supervisé et déclenché des opérations militaires depuis l’intérieur d’un tunnel. Il s’est extrait du tunnel à moitié détruit vers la fin de la guerre.

« Après que les forces d’occupation aient bombardé une nouvelle fois le tunnel avec des fusées contenant un gaz mortel, quatre d’entre nous sont restés emprisonnés à cause du sable qui s’était effondré. Nous avons pu entrer en communication avec nos supérieurs en utilisant un réseau souterrain réservé, et ils nous ont commandé de tous évacuer. Ils nous couvriraient par des tirs d’obus de mortier déclenchés d’un emplacement différent. Dix d’entre nous ont pu s’échapper en courant. Nous nous attendions à être touchés par des tirs à tout moment mais nous pu rejoindre un secteur plus sûr. Dès que la trêve est entrée en vigueur deux jours plus tard, nous avons pu sauver les quatre [combattants] qui étaient restés bloqués. »

De temps en temps, les Brigades Al-Qassam demandent à Rahman de prendre position à la frontière orientale de Gaza avec Israël en vue d’une toujours possible aggravation de la situation. En rencontrant alors d’autres combattants et en discutant avec eux, Rahman a découvert que ceux-ci étaient également poursuivis par des cauchemars dus à la guerre.

 

* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.