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France résistance politique: Voix du peuple autonome… Voie de bon gouvernement !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 juin 2016 by Résistance 71

« Si un peuple vit en suivant la loi naturelle, il n’y a aucun besoin d’une loi humaine en quelque situation que ce soit… La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort. »
~ Russell Means, activiste Lakota, membre fondateur AIM ~

« Les villages ont alors compris que les projets que le gouvernement donnait aux communautés n’étaient jamais décidés par les gens, le gouvernement ne demandait jamais ce que voulaient les gens. Le gouvernement ne veut pas assouvir les besoins des villages, tout ce qu’il veut faire est se maintenir au pouvoir. De là est venue l’idée que nous devions devenir autonomes, que nous devions imposer notre volonté, que nous devions nous faire respecter et que nous devions faire quelque chose de façon à ce que la volonté des gens soit prise en considération. »
~ Subcomandante Insurgente Moisès, EZLN , 2007 ~

« Planter l’arbre de demain, voilà ce que nous voulons… L’arbre de demain est un espace où tout le monde se trouve, où l’autre connaît et respecte les autres autres et où la fausse lumière perd sa dernière bataille. Si vous voulez le fond de ma pensée, je vous dirais que c’est un endroit empli de démocratie, de liberté et de justice. C’est çà l’arbre de demain. »
~ Subcomandante Marcos, EZLZ, 1999 ~

 

Merci à Zénon pour cet excellente analyse (Résistance 71)

 

Vox populi

Car si la police nous éborgne, les médias nous aveuglent

 

Zénon

 

Le 6 juin 2016

 

Dix ans… Dix ans de réformes néolibérales et d’attaques répétées envers nos conditions de vie. Dix ans depuis le dernier soulèvement populaire dans notre pays. Poussée d’obéir au cahier des charges et au calendrier mondialiste, la droite politique alors au pouvoir se proposait en 2006 d’enterrer purement et simplement le droit du travail par la création du fameux « contrat première embauche » à destination des moins de vingt-six ans. Ce projet, piloté par l’ancien premier ministre De Villepin, devait donner des gages de la volonté française de flexibiliser un marché de l’emploi jugé trop contraignant par les investisseurs (c’est à dire la petite caste de spéculateurs apatrides à l’origine de la plupart des guerres, programmes d’ajustement structurels et autres joyeusetés impériales). En février, étudiants et lycéens bientôt rejoints par les centrales syndicales prenaient la rue pour défendre nos protections salariales. Le gouvernement demeura campé sur ses positions, accélérant même l’adoption de la réforme par une procédure d’urgence parlementaire au lieu de considérer la prise d’ampleur au fil des semaines du mouvement de contestation. Pour l’anecdote, un obscur député socialiste se distinguera, à propos de l’usage de l’article 49.3 de la constitution, en qualifiant celui-ci de « déni de démocratie ». L’ironie de l’Histoire l’appréciera : il s’agit bien sûr de François Hollande. Mais revenons-en aux décideurs de l’époque. Les services de renseignement, de police et du ministère de l’intérieur alors dirigés par le futur candidat Sarkozy reçurent pour consigne de céder le terrain aux manifestants ; offrant pléthore d’images de violence à ses comparses patrons de chaînes de télé. La soi-disant « victoire » de la rue s’est in fine révélée le meilleur moyen pour Sarkozy d’écarter Villepin des présidentielles.

Ce qu’il faut retenir de cette période, et nous disposons a posteriori de tous les éléments nécessaires à le vérifier, est qu’elle représente l’avant-dernière étape d’un coup d’état de la finance sur l’échiquier politique. Coup d’état longuement et savamment mené dès le début des années 2000 avec l’application par Strauss-Kahn des directives européennes au sein du gouvernement Jospin, et parachevée par l’élimination du courant Gaulliste de l’UMP suite à l’élection de Sarkozy en mai 2007. Il est intéressant de rappeler ici que les deux personnages ont été parrainés dans leur ascension par l’ancienne secrétaire d’état américaine Condoleezza Rice. De la dissolution parlementaire de 1997 préconisée par Villepin à la désastreuse campagne socialiste de 2002, la pratique du faux suicide politique aura constamment favorisé l’alternance des deux partis dominants. L’échec apparent de l’un garantit chaque fois le retour de l’autre ; et la poursuite toujours accrue de l’accaparement des richesses aux dépends de la population.

Depuis lors se sont égrenées dispositions antisociales à des fins de « redressement économique » et lois liberticides au prétexte de lutte antiterroriste. Sidérés par la fulgurante accélération du programme néolibéral depuis le début de la « crise » financière et pris en otage par la bienséance idéologique, les peuples ont jusque-là échoué à trouver un terrain d’action propre à renverser l’oligarchie mondialiste. Des indignés de la Puerta del sol à ceux du mouvement Occupy, toutes les tentatives de soulèvement se sont épuisées en palabres et vues reléguées au rang de simples phénomènes médiatiques. La grogne s’est pourtant muée en rage au fil des années. Jamais nécessité d’une reprise en main de notre destin ne s’est fait sentir plus urgente. Quel sera donc le sort de la révolte actuelle contre la loi de réforme du code du travail ? Comment éviter l’écueil du piège politicien, alors que se dessine déjà la récupération du mouvement par une intelligentsia d’affairistes au service du pouvoir ? Je vous propose d’établir ici quelques pistes afin de ruiner le projet de ceux qui voudraient encore une fois nous la mettre.

Il apparaît d’abord nécessaire de distinguer la franche opposition de la rue au projet de loi El Khomri de ce dérivatif à toute insurrection véritable appelé « Nuit debout ». Celui-ci, né suite à la diffusion d’un documentaire sur les exactions patronales, s’est greffé à la contestation en proposant, par une opération de com’ assez similaire à celles ayant précédé les printemps arabes, de continuer d’occuper l’espace public à l’issue de la manifestation du 31 mars dernier. La place de la République à Paris, comme toutes celles occupées en France, est depuis lors le théâtre d’un jeu de paroles où il est certes question de refaire le monde, mais où toute action autre que symbolique se trouve proscrite. On se piquera ainsi de vouloir écrire une nouvelle constitution sans s’être au préalable accordé sur les moyens d’en finir avec la cinquième. Que l’on ait vu, ici et là, les participants à cette imposture refuser de soutenir des manifestants matraqués juste à côté d’eux par les CRS, et rester assis à regarder un film, est un exemple suffisamment révélateur de la nature de ce « mouvement » si sagement immobile. Autre élément : si la réappropriation de l’espace public est effectivement un objectif louable, la récente piétonisation de la place de la République a rendu possible pour le pouvoir d’en tolérer l’occupation, somme toute inoffensive ; tandis qu’un blocage à Étoile, Bastille ou bien du périphérique aurait engendré une réponse autrement plus musclée de la part de l’exécutif. Nuit debout est en ce sens assez symptomatique de cet intellectualisme français se gargarisant d’une certaine idée des droits de l’Homme et de la démocratie, sans jamais se remettre en question ni proposer quoi que ce soit de vraiment nouveau. Rien qui puisse inverser réellement le rapport des forces en présence. Cette parole est d’ailleurs monopolisée par les sectateurs d’un idéalisme fascisant dans sa promptitude à exclure ses contradicteurs du débat. On peut enfin déplorer une certaine confusion dans l’esprit des participants, qui pour beaucoup dénoncent à juste titre Monsanto et les OGM mais d’un autre côté militent en faveur de la GPA, sans saisir la glaçante cohérence du projet transhumaniste derrière ces deux problèmes à leurs yeux sans rapport. Bref, devant l’ampleur du chantier de déconstruction qui nous incombe, il est cruellement dommage de voir tant de volontés souvent sincères phagocytées par de vieux réflexes de pensée réductionnistes et incapacitants.

Il est un autre acteur dont il faut considérer le rôle pour ce qu’il est en réalité : il s’agit du corps syndical. Beaucoup d’analystes n’ont pas manqué d’observer l’attitude pour le moins ambigüe d’organes comme la CGT. Celle-ci n’a en effet depuis le début du mouvement appelé à manifester que de loin en loin, et a encore attendu plus de deux semaines après l’utilisation par Manolito du 49.3 pour entreprendre une action sérieuse en entravant la circulation des flux (la production de capitaux ne pouvant être stoppée à l’échelle du pays puisque presque entièrement délocalisée). Je parle ici des dirigeants syndicaux et non de leur base, dont on a vu de nombreux membres présents de leur propre initiative au sein des manifs. Mais les « partenaires sociaux » si justement nommés par les politiciens sont organisés en structures pyramidales ; s’accoquinent depuis si longtemps avec les sphères du pouvoir qu’ils en deviendraient consanguins s’ils ne l’étaient dès le départ ; et constituent en eux-mêmes une oligarchie toute aussi déconnectée de la réalité que la classe politique. Leur véritable fonction est d’abord d’encadrer la contestation, de la contenir dans certaines formes et limites convenues, puis plus subtilement de la décourager de l’intérieur au moment voulu. Ils ne servent en définitive que de caution démocratique aux décisions supranationales. Dans le cas présent, le seul enjeu de la tardive réaction syndicale et des pourparlers en cours concerne le chapitre II de la réforme, comme la récente actualité tend à le vérifier. Celui-ci renvoie en effet toute négociation salariale à de simples accords d’entreprise ; privant les syndicats du peu de légitimité ayant survécu à leurs trahisons répétées. Toutefois, il faut observer qu’aujourd’hui la base n’est plus dupe, et se trouve prête à s’affranchir de toute directive. Si elle se confirmait, une telle émancipation apporterait un considérable apport qualitatif à la lutte.

Il y a aussi la police, dont on ne peut sonder l’abyssale propension à obéir quels que soient les ordres. Les consignes en vigueur dans ses rangs ont clairement évolué ces derniers mois vis-à-vis des manifestants, de la doctrine du maintien à distance à celle de la recherche du contact et de l’affrontement direct. Il faut dénoncer de toutes nos forces le story-telling des journaleux, qui voudrait qu’aient chaque fois spontanément éclaté des violences, auxquelles la police se serait vue obligée de répondre par des tirs de lacrymogènes. Non. La violence est d’abord exercée, sur ordre, par la police sur des groupes d’individus parmi lesquels certains sont préparés à y répondre. Elle est exercée indistinctement sur les lycéens, sur les syndicaux, sur les pacifistes ou les radicaux. Sur les hommes, sur les femmes et sur les enfants. J’ai vu la police tirer délibérément au flash-ball de simples passants, viser les toits d’immeubles pour asphyxier les riverains à leurs fenêtres, ou encore balancer leurs grenades au milieu d’une école maternelle à l’heure de la récréation. Un « détail » qu’il n’est pas inutile de rappeler : l’arsenal utilisé par les cognes est considéré par les nations-unies comme armes de guerre, et leur emploi proscrit dans les conflits internationaux. Les grenades de désencerclement par exemple, conçues pour mutiler, sont balancées massivement et hors de tout cadre légalement prévu. L’objectif est de marquer les esprits tout autant que les chairs. De faire monter chez nous la peur et la haine. De nous faire craquer pour mieux justifier l’escalade répressive. Et les résultats sont là : j’ai vu ces dernières semaines de plus en plus de manifestants au départ pacifiques, à force de subir et de subir, péter un plomb et s’élancer seuls, à coups de poings, contre les rangées de matraques et de boucliers. Ou bien d’autres, nassés sur un pont, se jeter dans un canal dans une tentative désespérée d’en sortir. En ce 1er juin, il est tout bonnement miraculeux qu’il n’y ait depuis le début du mouvement pas eu de mort. Et ce n’est pas à la police que nous le devons.

Mais les plus grands ennemis actuels du mouvement sont incontestablement les médias. Depuis le début de la contestation sont systématiquement diffusées en boucle les images de violences et de casse, répété le nombre de jours d’ITT chez les CRS, sans jamais mentionner les milliers de blessés parmi les manifestants. Les journalistes auront attendu que leurs confrères indépendants, qu’ils ont pourtant l’habitude de vilipender copieusement, en soient eux aussi victimes pour timidement évoquer les violences policières. Ces chiens de la casse ont réussi à faire en sorte de retourner une opinion publique au départ majoritairement opposée au projet de loi, aujourd’hui plus réfractaire au soulèvement devant le choc des images, la peur d’une perte d’argent ou la perspective d’une pénurie. Occultant la colère légitime de tout un peuple, les médias, grassement subventionnés pour ce faire, œuvrent à leur basse besogne d’entretenir une artificielle division entre tranches d’âge et corps de métiers. D’entretenir la haine, le chaos véritable ; c’est-à-dire celui régnant dans les cœurs. Alors, pour contrer les effets délétères de leurs monologues sur nos consciences et sur nos rapports, balancez votre putain de télé si ce n’est pas déjà fait. Faites entendre votre parole où que vous soyez. L’appareil d’état nous a confisqué la légitimité d’agir pour nous défendre. Les syndicats et partis politiques, la possibilité de nous exprimer en notre nom propre. Ne laissons pas les médias s’accaparer plus longtemps le monopole du langage.

Il y a également ceux, heureusement de moins en moins nombreux, qui votent encore et se disent épanouis de leur réussite personnelle au sein du système. Ceux qui refusent de voir son inéluctable faillite et s’escriment encore à beugler qu’il faut passer toute cette racaille au karcher. Combien de ceux-là continuent de croire au fond d’eux en ce qu’ils disent ? Combien dans leur solitude n’en peuvent plus ? Tiennent à coups de cachetons, d’alcool et de virtualité ? Et rêvent secrètement que ça change sans avoir personne avec qui partager leurs doutes ? À ceux qui craignent tant pour leurs intérêts personnels, je répondrais en faisant le parallèle entre la situation présente et l’effondrement financier de 2008. Souvenez-vous du perfide discours politique d’alors, poussant de grands cris d’orfraie pour convaincre qu’il était vital de sauver les banques en les renflouant par des fonds publics. De nous endetter nous et nos descendants sur dix générations pour préserver nos misérables économies. À ceux qui y ont alors cru, avec bientôt huit ans de recul sur la question, et à présent que ces mêmes banques rançonnent les états sur la solvabilité de leur dette, avez-vous toujours l’impression d’avoir fait le bon choix ? Pour mémoire, si le défaut de paiement argentin en 2001 s’est effectivement dans un premier temps soldé par un foutoir généralisé, l’économie du pays s’est rapidement redressée tandis que les nôtres, soumises à la grande spoliation pudiquement nommée « politiques d’austérité », n’en finissent plus de nous étrangler. À ceux-là, je recommanderai de se souvenir de cet exemple, et de désormais toujours se demander si le « remède » qu’on nous propose n’est pas pire que le mal.

Et puis…

Et puis il y a la Rue qui fait corps. La Rue soudée dans son intention et dans ses actes. La Rue solidaire des opprimés ne pouvant se joindre à elle. La Rue qui se fout de Soros, de Bruxelles ou de quiconque prétendra la manipuler. La Rue qui ne plie et ne pliera pas malgré les interdictions et la surveillance, malgré les intimidations, les menaces, malgré les blessures et malgré les peurs. La Rue consciente d’être au pied du mur et déterminée à en finir avec ce système. Qui n’a jamais relevé un camarade à terre durant une charge de la police, pris dans ses bras une gosse en pleurs devant la violence et la confusion ; qui n’a jamais connu l’espoir, l’ivresse jubilatoire d’une liberté enfin retrouvée, d’une victoire même d’un seul instant contre l’insupportable destin de soumission qu’on nous a tracé, celui-là n’est pas fondé à émettre de jugement sur l’Histoire en train de s’écrire. Il est ridicule d’opposer, comme le fait unanimement la presse aux ordres, les manifestants entre d’un côté les « bons » (syndicaux, joueurs de musique ou scandeurs de slogans) et d’un autre les vilains « casseurs », qui selon eux décrédibiliseraient les premiers, et qui pour un peu rappelleraient-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Ridicule, car le mouvement est indivisible. Il n’est entre les plus actifs et les autres qu’une différence de degré dans l’implication qu’ils sont capables d’assumer. À ceux qui en dressent un portrait de jeunes ensauvagés, à la limite de l’illettrisme et dépourvus de toute conscience politique, je répondrais que nombre d’entre eux connaissent parfaitement l’enjeu de ce qu’ils font, et qu’ils sont animés d’un sens de la responsabilité personnelle que la plupart des gens a depuis longtemps abandonné au profit des ploutocrates nous ayant conduit au bord de l’abîme où nous nous trouvons. Qui sont ces jeunes en vérité ? Ils sont les plus révoltés d’entre nous par l’infamie du système en place. Ils sont nos frères et nos sœurs. Ils sont vos enfants. Ils sont vous. Ils sont moi. Certes, la casse n’est pas une fin en soi ; pas plus que de défiler en centre-ville. Et il est tout aussi nécessaire d’œuvrer à bâtir autre chose que de détruire ce qui est. Mais s’attaquer à l’institution bancaire, pour ne citer qu’elle, c’est déjà collectivement donner un sens à l’action. Or, donner du sens est ce dont les politiciens sont devenus totalement incapables. Qu’il s’agisse de notre vie quotidienne ou de notre capacité à concevoir le monde de demain, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir compris que nous n’avions pas besoin d’eux.

Six-mille ans d’histoire politico-religieuse nous ont conditionnés à toujours prendre fait et cause pour une idéologie ou une autre. Ne tombons plus dans le piège de la division devant la nécessité, commune et absolue, de reprendre nos vies en main. Il faut casser la vieille dialectique conflictuelle. Sortir des logiques partisanes et fausses alternatives qu’on nous présente. Le front national n’est qu’un épouvantail non destiné à gouverner un jour, mais à l’instar de la gauche radicale, à catalyser toute révolte ; à ramener toujours les citoyens exaspérés dans le giron « démocratique ». Les deux extrêmes ne sont qu’outils d’ingénierie sociale au service de la pensée unique. Il m’est par ailleurs comme à beaucoup impossible de voir une alternative crédible dans les propositions d’hommes ou de femmes ayant, vingt ou trente ans de carrière durant, mangé à la gamelle républicaine avant de se racheter sur le tard une respectabilité dissidente. Au-delà cependant des protagonistes en eux-mêmes, ce qui affleure aujourd’hui à la conscience populaire est que la solution n’est pas, et ne se trouvera jamais dans les urnes.

Il n’est plus temps de fustiger les initiatives et modes d’action de ceux dont nous ne partageons pas l’héritage idéologique. Que l’on pirate informatiquement des données sensibles, que l’on prévienne des camarades d’une charge de la police, que l’on créé un réseau d’entraide, d’économie solidaire, que l’on fasse la grève du travail ou celle de la consommation, on œuvre à contrecarrer leur projet. Et c’est respectable. La somme de ce qui nous unit est infiniment supérieure à celle de ce qui nous divise. Il sera bien temps de discuter ultérieurement des modalités d’organisation de nos vies communes. L’heure est trop grave pour se perdre en débats stériles avant même d’être en mesure de réaliser quoi que ce soit. Car l’attaque aujourd’hui menée envers les peuples nous concerne tous, jusqu’aux plus zélés serviteurs du système en place. Y compris la police. Y compris l’armée. Et surtout car ce qu’on nous prépare, si cette loi passe, est bien pire. Dépasse de loin toutes les truanderies jusque-là essuyées. Ce projet de réforme est un test. Si nous échouons à les faire l’abandonner, les politiciens estimeront avoir carte blanche. Ils commettront en notre nom toujours plus de guerre, diminueront le smic, anéantiront ce qu’il reste de fonction publique et, quelque part entre les élections US, françaises et allemandes, ils nous fourgueront leur putain de pacte transatlantique. Beaucoup l’ont compris et ôtent leur étiquette de syndicaliste, de militant ou d’associatif pour venir se joindre aux Indivisibles.

Ils utiliseront tous les moyens et iront jusqu’au bout pour étouffer le mouvement. Ils enverront ceux de Nuit debout se faire lyncher par des supporters de foot. Si ça ne suffit pas, ils concocteront un nouvel attentat bidon, si possible cette fois du chimique pour justifier d’envoyer l’armée mater les banlieues. Ils nous attaqueront sur tous les fronts.

Ils établissent des plans au long des siècles et des siècles pour mieux nous asservir. Mais nous aussi, nous nous perpétuons de génération en génération. Et nous nous souvenons de nos frères tombés en Palestine. Nous nous souvenons des martyrs d’Odessa. Nous nous souvenons des morts de la Commune. Et nous nous souvenons des insurgés de Varsovie. Nous n’avons jamais cessé de combattre l’esclavage et l’impérialisme. Nous l’avons déjà payé de nos vies et le paierons encore. Mais malgré les consignes de dispersion ; malgré leur terreur et leurs couvre-feux ; malgré leur politique de l’ordre par le chaos ; malgré toutes leurs tentatives de nous détruire… Nous sommes toujours là. En vérité, camarades, nous vivons une grande époque. Qu’il s’agisse de leur promesse de traquer et d’éliminer les « conspirationnistes » ; laquelle a pour seul effet de pousser de plus en plus de sceptiques à grossir nos rangs, qu’il s’agisse encore de l’empoisonnement délibéré de l’air, des eaux et des sols visant à nous affaiblir, nous invitant à apprendre à nous soigner sans leurs saloperies médicamenteuses, ou qu’il s’agisse des tirs de flash-balls et grenades lacrymogènes sous lesquels la peau des jeunes s’endurcit, les décideurs de la haute participent involontairement à nous unir, à nous instruire les uns les autres, et à affermir notre volonté. Ils sont en réalité les plus efficaces à laminer leur propre pouvoir. Ce n’est pas autrement que dans la pièce de Goethe, Méphisto se présente à Faust : « Je suis celui qui perpétuellement veut le mal, et qui, perpétuellement, fait le bien ». Même la Planète ne veut plus d’eux, et le fait savoir. Tout en est un signe à qui sait le voir : nous sommes déjà en train de gagner.

J’en appelle à l’ensemble de ceux, à travers le Monde, conscients qu’ils ne sont pas seuls et qu’aucun peuple n’est épargné ; conscients qu’au-delà de notre sort, celui des générations futures est entre nos mains : joignez-vous à notre effort et au formidable élan de liberté dont il est porteur. Que la solidarité soit la clef nous ouvrant la voie de la réussite. Nous abordons la grande fin de cycle que les traditions prophétisent. Saisissons l’immense honneur qu’il nous est donné de pouvoir la vivre.

Résistance politique France loi travail…

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Communiqué de la CNT du 30 mai 2016

Les patrons et le gouvernement ne comprennent qu’un seul langage: la grève et le blocage !

30 mai 2016

Source: http://www.cnt-f.org/les-patrons-et-le-gouvernement-ne-comprennent-qu-un-seul-langage-la-greve-et-le-blocage.html?utm_source=edito&utm_medium=image&utm_campaign=home&utm_content=btn

Sans aucun doute, le bilan de la semaine écoulée atteste de l’amplification de la lutte contre la loi travail. L’heure est en effet à la reconduction des grèves dans de nombreux secteurs d’activité : routiers, dockers, raffineries, centrales nucléaires, aéroports, services publics, universités… dynamique qui continuera à s’amplifier dans les prochains jours avec le début de la grève illimitée à la SNCF et à la RATP notamment. Les occupations et les actions de blocage économique se multiplient avec un seul et unique objectif : amplifier le rapport de force avec un gouvernement qui n’agit qu’au profit du patronat. Le bilan des manifestations de ce jeudi 26 mai confirme quant à lui que le mouvement social ne faiblit pas, bien au contraire, déterminé à obtenir le retrait d’un projet de loi contesté par la majorité de la population.

Dans le même temps, le gouvernement s’entête à poursuivre une politique minoritaire. Alors que Manuel Valls, Premier Ministre, qualifiait cette semaine l’action syndicale et la grève de « dérive » des syndicats, assumant ainsi totalement le déni de démocratie du gouvernement, la CNT réaffirme que le blocage économique, l’occupation des usines et la grève générale ne sont que les actions légitimes des travailleur.euses qui par la lutte on fait le choix courageux de se battre pour les droits et la condition de toutes et tous. Face à ce gouvernement qui souhaite nous imposer un retour aux rapports sociaux du XIXe siècle, le durcissement de la lutte semble être le seul langage qui parle au capital : c’est le 49- 3 des syndicats !

Par ailleurs, alors que le gouvernement use depuis le début du mouvement d’une répression sans précédent (violences policières, arrestations préventives, interdiction de manifester, condamnation de syndicalistes, charge de cortèges manifestants, saccage de locaux syndicaux…) la CNT dénonce l’orchestration et l’instrumentalisation de la violence par l’Etat dans le but de criminaliser les luttes : ne nous y trompons pas, les vrais casseurs sont bien ceux qui cassent méthodiquement les acquis sociaux, le droit du travail, et l’ensemble de la protection sociale. A ce titre la CNT exige l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires ainsi que la libération des condamné.e.s au titre de leur participation au mouvement social.

La CNT appelle l’ensemble des travailleur.euses, chômeur.euse.s ou précaires, actifs.ves ou retraité.e.s, étudiant.e.s et lycéen.ne.s, à amplifier la dynamique actuelle jusqu’à la victoire du mouvement social. Elle appelle l’ensemble des salarié.e.s du privé comme du public à organiser sans plus attendre des assemblées générales afin de voter souverainement la grève dans les secteurs d’activité qui ne sont pas encore mobilisés. Elle appelle également l’ensemble des structures syndicales à prendre leurs responsabilités et à appeler sans plus aucun détour à la grève générale illimitée.

La CNT soutient l’ensemble des actions mises en œuvre quotidiennement sur le terrain (blocages, occupations, rassemblements et manifestations) contre la loi travail et invite toutes et tous à multiplier les initiatives.

Le 14 juin, la CNT soutiendra l’ensemble des initiatives prises à la base par ses syndicats, qu’il s’agisse d’une participation à la manifestation nationale à Paris ou d’événements dans les localités.

La réponse à la « loi travail » ? Le droit à la paresse… 2ème partie

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Waouh! Devant le succès remporté par la première partie de ce texte… Sans plus attendre, voici la seconde partie ! Ne boudons pas le plaisir il en reste si peu !…

— Résistance 71 —

 

Le droit à la paresse

Réfutation du droit du travail de 1848

 

Paul Lafargue

Écrit à la prison de Sainte Pélagie en 1883

 

1ère partie

2ème partie

 

 

3 – CE QUI SUIT LA SURPRODUCTION 

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Un poète grec du temps de Cicéron, Antipatros, chantait ainsi l’invention du moulin à eau (pour la mouture du grain): il allait émanciper les femmes esclaves et ramener l’âge d’or:

«Épargnez le bras qui fait tourner la meule, ô meunières, et dormez paisiblement ! Que le coq vous avertisse en vain qu’il fait jour ! Dao a imposé aux nymphes le travail des esclaves et les voilà qui sautillent allègrement sur la roue et voilà que l’essieu ébranlé roule avec ses rais, faisant tourner la pesante pierre roulante. Vivons de la vie de nos pères et oisifs réjouissons-nous des dons que la déesse accorde.»

Hélas ! les loisirs que le poète païen annonçait ne sont pas venus: la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine libératrice en instrument d’asservissement des hommes libres: sa productivité les appauvrit.

Une bonne ouvrière ne fait avec le fuseau que cinq mailles à la minute, certains métiers circulaires à tricoter en font trente mille dans le même temps. Chaque minute à la machine équivaut donc à cent heures de travail de l’ouvrière: ou bien chaque minute de travail de la machine délivre à l’ouvrière dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l’industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvelées par la mécanique moderne. Mais que voyons-nous ? À mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. Ô concurrence absurde et meurtrière ! 


Pour que la concurrence de l’homme et de la machine prît libre carrière, les prolétaires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations; ils ont supprimé les jours fériés [13]. Parce que les producteurs d’alors ne travaillaient que cinq jours sur sept, croient-ils donc, ainsi que le racontent les économistes menteurs, qu’ils ne vivaient que d’air et d’eau fraîche ? Allons donc ! Ils avaient des loisirs pour goûter les joies de la terre, pour faire l’amour et rigoler; pour banqueter joyeusement en l’honneur du réjouissant dieu de la Fainéantise. La morose Angleterre, encagotée dans le protestantisme, se nommait alors la «joyeuse Angleterre» (« Merry England »). Rabelais, Quevedo, Cervantès, les auteurs inconnus des romans picaresques, nous font venir l’eau à la bouche avec leurs peintures de ces monumentales ripailles [14] dont on se régalait alors entre deux batailles et deux dévastations, et dans lesquelles tout «allait par escuelles». Jordaens et l’école flamande les ont écrites sur leurs toiles réjouissantes.

Sublimes estomacs gargantuesques, qu’êtes-vous devenus ? Sublimes cerveaux qui encercliez toute la pensée humaine, qu’êtes-vous devenus ? Nous sommes bien amoindris et bien dégénérés. La vache enragée, la pomme de terre, le vin fuchsiné et le schnaps prussien savamment combinés avec le travail forcé ont débilité nos corps et rapetissé nos esprits. Et c’est alors que l’homme rétrécit son estomac et que la machine élargit sa productivité, c’est alors que les économistes nous prêchent la théorie malthusienne, la religion de l’abstinence et le dogme du travail ? Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.

Parce que la classe ouvrière, avec sa bonne foi simpliste, s’est laissé endoctriner, parce que, avec son impétuosité native, elle s’est précipitée en aveugle dans le travail et l’abstinence, la classe capitaliste s’est trouvée condamnée à la paresse et à la jouissance forcée, à l’improductivité et à la surconsommation. Mais, si le surtravail de l’ouvrier meurtrit sa chair et tenaille ses nerfs, il est aussi fécond en douleurs pour le bourgeois.

L’abstinence à laquelle se condamne la classe productive oblige les bourgeois à se consacrer à la surconsommation des produits qu’elle manufacture désordonnément. Au début de la production capitaliste, il y a un ou deux siècles de cela, le bourgeois était un homme rangé, de moeurs raisonnables et paisibles; il se contentait de sa femme ou à peu près; il ne buvait qu’à sa soif et ne mangeait qu’à sa faim. Il laissait aux courtisans et aux courtisanes les nobles vertus de la vie débauchée. Aujourd’hui, il n’est fils de parvenu qui ne se croie tenu de développer la prostitution et de mercurialiser son corps pour donner un but au labeur que s’imposent les ouvriers des mines de mercure; il n’est bourgeois qui ne s’empiffre de chapons truffés et de lafite navigué, pour encourager les éleveurs de la Flèche et les vignerons du Bordelais. À ce métier, l’organisme se délabre rapidement, les cheveux tombent, les dents se déchaussent, le tronc se déforme, le ventre s’entripaille, la respiration s’embarrasse, les mouvements s’alourdissent, les articulations s’ankylosent, les phalanges se nouent. D’autres, trop malingres pour supporter les fatigues de la débauche, mais dotés de la bosse du prudhommisme, dessèchent leur cervelle comme les Garnier de l’économie politique, les Acollas de la philosophie juridique. à élucubrer de gros livres soporifiques pour occuper les loisirs des compositeurs et des imprimeurs.

Les femmes du monde vivent une vie de martyr. Pour essayer et faire valoir les toilettes féeriques que les couturières se tuent à bâtir, du soir au matin elles font la navette d’une robe dans une autre; pendant des heures, elles livrent leur tête creuse aux artistes capillaires qui, à tout prix, veulent assouvir leur passion pour l’échafaudage des faux chignons. Sanglées dans leurs corsets, à l’étroit dans leurs bottines, décolletées à faire rougir un sapeur, elles tournoient des nuits entières dans leurs bals de charité afin de ramasser quelques sous pour le pauvre monde. Saintes âmes !

Pour remplir sa double fonction sociale de nonproducteur et de surconsommateur, le bourgeois dut non seulement violenter ses goûts modestes, perdre ses habitudes laborieuses d’il y a deux siècles et se livrer au luxe effréné, aux indigestions truffées et aux débauches syphilitiques, mais encore soustraire au travail productif une masse énorme d’hommes afin de se procurer des aides.

Voici quelques chiffres qui prouvent combien colossale est cette déperdition de forces productives:

«D’après le recensement de 1861, la population de l’Angleterre et du pays de Galles comprenait 20 066 224 personnes, dont 9 776 259 du sexe masculin et 10 289 965 du sexe féminin. Si l’on en déduit ce qui est trop vieux ou trop jeune pour travailler, les femmes, les adolescents et les enfants improductifs, puis les professions « idéologiques » telles que gouvernement, police, clergé, magistrature, armée, savants, artistes, etc., ensuite les gens exclusivement occupés à manger le travail d’autrui, sous forme de rente foncière, d’intérêts, de dividendes, etc., et enfin les pauvres, les vagabonds, les criminels, etc., il reste en gros huit millions d’individus des deux sexes et de tout âge, y compris les capitalistes fonctionnant dans la production, le commerce, la finance, etc. Sur ces huit millions, on compte:

«Travailleurs agricoles (y compris les bergers, les valets et les filles de ferme habitant chez le fermier) : 1 098 261;

«Ouvriers des fabriques de coton, de laine, de « worsted », de lin, de chanvre, de soie, de dentelle et ceux des métiers à bras : 642 607;

«Ouvriers des mines de charbon et de métal : 565 835;

«Ouvriers employés dans les usines métallurgiques (hauts fourneaux, laminoirs, etc.) et dans les manufactures de métal de toute espèce : 396 998;

«Classe domestique : 1 208 648.

«Si nous additionnons les travailleurs des fabriques textiles et ceux des mines de charbon et de métal, nous obtenons le chiffre de 1 208 442; si nous additionnons les premiers et le personnel de toutes les usines et de toutes les manufactures de métal, nous avons un total de 1 039 605 personnes ; c’est-à-dire chaque fois un nombre plus petit que celui des esclaves domestiques modernes. Voilà le magnifique résultat de l’exploitation capitaliste des machines [15].»

À toute cette classe domestique, dont la grandeur indique le degré atteint par la civilisation capitaliste, il faut ajouter la classe nombreuse des malheureux voués exclusivement à la satisfaction des goûts dispendieux et futiles des classes riches, tailleurs de diamants, dentellières, brodeuses, relieurs de luxe, couturières de luxe, décorateurs des maisons de plaisance, etc. [16].

Une fois accroupie dans la paresse absolue et démoralisée par la jouissance forcée, la bourgeoisie, malgré le mal qu’elle en eut, s’accommoda de son nouveau genre de vie. Avec horreur elle envisagea tout changement. La vue des misérables conditions d’existence acceptées avec résignation par la classe ouvrière et celle de la dégradation organique engendrée par la passion dépravée du travail augmentaient encore sa répulsion pour toute imposition de travail et pour toute restriction de jouissances. 


C’est précisément alors que, sans tenir compte de la démoralisation que la bourgeoisie s’était imposée comme un devoir social, les prolétaires se mirent en tête d’infliger le travail aux capitalistes. Les naïfs, ils prirent au sérieux les théories des économistes et des moralistes sur le travail et se sanglèrent les reins pour en infliger la pratique aux capitalistes. Le prolétariat arbora la devise: « Qui ne travaille pas, ne mange pas »; Lyon, en 1831, se leva pour du plomb ou du travail, les fédérés de mars 1871 déclarèrent leur soulèvement la « Révolution du travail ». 


À ces déchaînements de fureur barbare, destructive de toute jouissance et de toute paresse bourgeoises, les capitalistes ne pouvaient répondre que par la répression féroce, mais ils savaient que, s’ils ont pu comprimer ces explosions révolutionnaires, ils n’ont pas noyé dans le sang de leurs massacres gigantesques l’absurde idée du prolétariat de vouloir infliger le travail aux classes oisives et repues, et c’est pour détourner ce malheur qu’ils s’entourent de prétoriens, de policiers, de magistrats, de geôliers entretenus dans une improductivité laborieuse. On ne peut plus conserver d’illusion sur le caractère des armées modernes, elles ne se sont maintenues en permanence que pour comprimer «l’ennemi intérieur»; c’est ainsi que les forts de Paris et de Lyon n’ont pas été construits pour défendre la ville contre l’étranger, mais pour l’écraser en cas de révolte. Et s’il fallait un exemple sans réplique citons l’armée de la Belgique, de ce pays de Cocagne du capitalisme; sa neutralité est garantie par les puissances européennes, et cependant son armée est une des plus fortes proportionnellement à la population. Les glorieux champs de bataille de la brave armée belge sont les plaines du Borinage et de Charleroi; c’est dans le sang des mineurs et des ouvriers désarmés que les officiers belges trempent leurs épées et ramassent leurs épaulettes. Les nations européennes n’ont pas des armées nationales, mais des armées mercenaires, elles protègent les capitalistes contre la fureur populaire qui voudrait les condamner à dix heures de mine ou de filature. 


Donc, en se serrant le ventre, la classe ouvrière a développé outre mesure le ventre de la bourgeoisie condamnée à la surconsommation.

Pour être soulagée dans son pénible travail, la bourgeoisie a retiré de la classe ouvrière une masse d’hommes de beaucoup supérieure à celle qui restait consacrée à la production utile et l’a condamnée à son tour à l’improductivité et à la surconsommation. Mais ce troupeau de bouches inutiles, malgré sa voracité insatiable, ne suffit pas à consommer toutes les marchandises que les ouvriers, abrutis par le dogme du travail, produisent comme des maniaques, sans vouloir les consommer, et sans même songer si l’on trouvera des gens pour les consommer.

En présence de cette double folie des travailleurs, de se tuer de surtravail et de végéter dans l’abstinence, le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices. Puisque les ouvriers européens, grelottant de froid et de faim, refusent de porter les étoffes qu’ils tissent, de boire les vins qu’ils récoltent, les pauvres fabricants, ainsi que des dératés, doivent courir aux antipodes chercher qui les portera et qui les boira: ce sont des centaines de millions et de milliards que l’Europe exporte tous les ans, aux quatre coins du monde, à des peuplades qui n’en ont que faire [17]. Mais les continents explorés ne sont plus assez vastes, il faut des pays vierges. Les fabricants de l’Europe rêvent nuit et jour de l’Afrique, du lac saharien, du chemin de fer du Soudan; avec anxiété, ils suivent les progrès des Livingstone, des Stanley, des Du Chaillu, des de Brazza; bouche béante, ils écoutent les histoires mirobolantes de ces courageux voyageurs. Que de merveilles inconnues renferme le «continent noir» ! Des champs sont plantés de dents d’éléphant, des fleuves d’huile de coco charrient des paillettes d’or, des millions de culs noirs, nus comme la face de Dufaure ou de Girardin, attendent les cotonnades pour apprendre la décence, des bouteilles de schnaps et des bibles pour connaître les vertus de la civilisation. 


Mais tout est impuissant : bourgeois qui s’empiffrent, classe domestique qui dépasse la classe productive, nations étrangères et barbares que l’on engorge de marchandises européennes; rien, rien ne peut arriver à écouler les montagnes de produits qui s’entassent plus hautes et plus énormes que les pyramides d’Égypte: la productivité des ouvriers européens défie toute consommation, tout gaspillage. Les fabricants, affolés, ne savent plus où donner de la tête, ils ne peuvent plus trouver la matière première pour satisfaire la passion désordonnée, dépravée, de leurs ouvriers pour le travail. Dans nos départements lainiers, on effiloche les chiffons souillés et à demi pourris, on en fait des draps dits de « renaissance », qui durent ce que durent les promesses électorales; à Lyon, au lieu de laisser à la fibre soyeuse sa simplicité et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels minéraux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d’usage. Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l’écoulement et en abréger l’existence. Notre époque sera appelée l' »âge de la falsification », comme les premières époques de l’humanité ont reçu les noms d' »âge de pierre », d' »âge de bronze », du caractère de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu’en réalité la pensée qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se résigner à vivre les bras croisés. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont désastreuses pour la qualité des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ingéniosité des bourgeois et l’horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels à étouffer les cris de leur conscience et à violer même les lois de l’honnêteté commerciale.

Et cependant, en dépit de la surproduction de marchandises, en dépit des falsifications industrielles, les ouvriers encombrent le marché innombrablement, implorant: du travail ! du travail ! Leur surabondance devrait les obliger à refréner leur passion; au contraire, elle la porte au paroxysme. Qu’une chance de travail se présente, ils se ruent dessus; alors c’est douze, quatorze heures qu’ils réclament pour en avoir leur saoul, et le lendemain les voilà de nouveau rejetés sur le pavé, sans plus rien pour alimenter leur vice. Tous les ans, dans toutes les industries, des chômages reviennent avec la régularité des saisons. Au surtravail meurtrier pour l’organisme succède le repos absolu, pendant des deux et quatre mois; et plus de travail, plus de pitance. Puisque le vice du travail est diaboliquement chevillé dans le coeur des ouvriers; puisque ses exigences étouffent tous les autres instincts de la nature; puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année ? Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinq heures par jour, pendant l’année, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ? Assurés de leur part quotidienne de travail, les ouvriers ne se jalouseront plus, ne se battront plus pour s’arracher le travail des mains et le pain de la bouche; alors, non épuisés de corps et d’esprit, ils commenceront à pratiquer les vertus de la paresse.

Abêtis par leur vice, les ouvriers n’ont pu s’élever à l’intelligence de ce fait que, pour avoir du travail pour tous, il fallait le rationner comme l’eau sur un navire en détresse. Cependant les industriels, au nom de l’exploitation capitaliste, ont depuis longtemps demandé une limitation légale de la journée de travail. Devant la Commission de 1860 sur l’enseignement professionnel, un des plus grands manufacturiers de l’Alsace, M. Bourcart, de Guebwiller, déclarait:

«Que la journée de douze heures était excessive et devait être ramenée à onze heures, que l’on devait suspendre le travail à deux heures le samedi. Je puis conseiller l’adoption de cette mesure quoiqu’elle paraisse onéreuse à première vue; nous l’avons expérimentée dans nos établissements industriels depuis quatre ans et nous nous en trouvons bien, et la production moyenne, loin d’avoir diminué, a augmenté.»

Dans son étude sur les « machines », M. F. Passy cite la lettre suivante d’un grand industriel belge, M. M. Ottavaere:

«Nos machines, quoique les mêmes que celles des filatures anglaises, ne produisent pas ce qu’elles devraient produire et ce que produiraient ces mêmes machines en Angleterre, quoique les filatures travaillent deux heures de moins par jour. […] Nous travaillons tous « deux grandes heures de trop »; j’ai la conviction que si l’on ne travaillait que onze heures au lieu de treize, nous aurions la même production et produirions par conséquent plus économiquement.»

D’un autre côté, M. Leroy-Beaulieu affirme que «c’est une observation d’un grand manufacturier belge que les semaines où tombe un jour férié n’apportent pas une production inférieure à celle des semaines ordinaires [18]».

Ce que le peuple, pipé en sa simplesse par les moralistes, n’a jamais osé, un gouvernement aristocratique l’a osé. Méprisant les hautes considérations morales et industrielles des économistes, qui, comme les oiseaux de mauvais augure, croassaient que diminuer d’une heure le travail des fabriques c’était décréter la ruine de l’industrie anglaise, le gouvernement de l’Angleterre a défendu par une loi, strictement observée, de travailler plus de dix heures par jour; et après comme avant, l’Angleterre demeure la première nation industrielle du monde.

La grande expérience anglaise est là, l’expérience de quelques capitalistes intelligents est là, elle démontre irréfutablement que, pour puissancer la productivité humaine, il faut réduire les heures de travail et multiplier les jours de paye et de fêtes, et le peuple français n’est pas convaincu. Mais si une misérable réduction de deux heures a augmenté en dix ans de près d’un tiers la production anglaise [19], quelle marche vertigineuse imprimera à la production française une réduction légale de la journée de travail à trois heures ? Les ouvriers ne peuvent-ils donc comprendre qu’en se surmenant de travail, ils épuisent leurs forces et celles de leur progéniture; que, usés, ils arrivent avant l’âge à être incapables de tout travail; qu’absorbés, abrutis par un seul vice, ils ne sont plus des hommes, mais des tronçons d’hommes; qu’ils tuent en eux toutes les belles facultés pour ne laisser debout, et luxuriante, que la folie furibonde du travail.

Ah ! comme des perroquets d’Arcadie ils répètent la leçon des économistes: «Travaillons, travaillons pour accroître la richesse nationale.» Ô idiots ! c’est parce que vous travaillez trop que l’outillage industriel se développe lentement. Cessez de braire et écoutez un économiste; il n’est pas un aigle, ce n’est que M. L. Reybaud, que nous avons eu le bonheur de perdre il y a quelques mois:

«C’est en général sur les conditions de la main d’oeuvre que se règle la révolution dans les méthodes du travail. Tant que la main-d’oeuvre fournit ses services à bas prix, on la prodigue; on cherche à l’épargner quand ses services deviennent plus coûteux [20].»

Pour forcer les capitalistes à perfectionner leurs machines de bois et de fer, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chair et d’os. Les preuves à l’appui ? C’est par centaines qu’on peut les fournir. Dans la filature, le métier renvideur (« self acting mule ») fut inventé et appliqué à Manchester, parce que les fileurs se refusaient à travailler aussi longtemps qu’auparavant.

En Amérique, la machine envahit toutes les branches de la production agricole, depuis la fabrication du beurre jusqu’au sarclage des blés: pourquoi ? Parce que l’Américain, libre et paresseux. aimerait mieux mille morts que la vie bovine du paysan français. Le labourage, si pénible en notre glorieuse France, si riche en courbatures, est, dans l’Ouest américain, un agréable passe-temps au grand air que l’on prend assis, en fumant nonchalamment sa pipe.

4 – À NOUVEL AIR, CHANSON NOUVELLE 

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Si, en diminuant les heures de travail, on conquiert à la production sociale de nouvelles forces mécaniques, en obligeant les ouvriers à consommer leurs produits, on conquerra une immense armée de forces de travail. La bourgeoisie, déchargée alors de sa tâche de consommateur universel, s’empressera de licencier la cohue de soldats, de magistrats, de figaristes, de proxénètes, etc., qu’elle a retirée du travail utile pour l’aider à consommer et à gaspiller. C’est alors que le marché du travail sera débordant, c’est alors qu’il faudra une loi de fer pour mettre l’interdit sur le travail: il sera impossible de trouver de la besogne pour cette nuée de ci-devant improductifs, plus nombreux que les poux des bois. Et après eux il faudra songer à tous ceux qui pourvoyaient à leurs besoins et goûts futiles et dispendieux. Quand il n’y aura plus de laquais et de généraux à galonner, plus de prostituées libres et mariées à couvrir de dentelles, plus de canons à forer, plus de palais à bâtir, il faudra, par des lois sévères, imposer aux ouvrières et ouvriers en passementeries, en dentelles, en fer, en bâtiments, du canotage hygiénique et des exercices chorégraphiques pour le rétablissement de leur santé et le perfectionnement de la race. Du moment que les produits européens consommés sur place ne seront pas transportés au diable, il faudra bien que les marins, les hommes d’équipe, les camionneurs s’assoient et apprennent à se tourner les pouces. Les bienheureux Polynésiens pourront alors se livrer à l’amour libre sans craindre les coups de pied de la Vénus civilisée et les sermons de la morale européenne.

Il y a plus. Afin de trouver du travail pour toutes les non-valeurs de la société actuelle, afin de laisser l’outillage industriel se développer indéfiniment, la classe ouvrière devra, comme la bourgeoisie, violenter ses goûts abstinents, et développer indéfiniment ses capacités consommatrices. Au lieu de manger par jour une ou deux onces de viande coriace, quand elle en mange, elle mangera de joyeux biftecks d’une ou deux livres; au lieu de boire modérément du mauvais vin, plus catholique que le pape, elle boira à grandes et profondes rasades du bordeaux, du bourgogne, sans baptême industriel, et laissera l’eau aux bêtes.

Les prolétaires ont arrêté en leur tête d’infliger aux capitalistes des dix heures de forge et de raffinerie; là est la grande faute, la cause des antagonismes sociaux et des guerres civiles. Défendre et non imposer le travail, il le faudra. Les Rothschild, les Say seront admis à faire la preuve d’avoir été, leur vie durant, de parfaits vauriens; et s’ils jurent vouloir continuer à vivre en parfaits vauriens, malgré l’entraînement général pour le travail, ils seront mis en carte et, à leurs mairies respectives, ils recevront tous les matins une pièce de vingt francs pour leurs menus plaisirs. Les discordes sociales s’évanouiront. Les rentiers, les capitalistes, tout les premiers, se rallieront au parti populaire, une fois convaincus que, loin de leur vouloir du mal, on veut au contraire les débarrasser du travail de surconsommation et de gaspillage dont ils ont été accablés dès leur naissance. Quant aux bourgeois incapables de prouver leurs titres de vauriens, on les laissera suivre leurs instincts: il existe suffisamment de métiers dégoûtants pour les caser ‹Dufaure nettoierait les latrines publiques; Galliffet chourinerait les cochons galeux et les chevaux forcineux; les membres de la commission des grâces, envoyés à Poissy, marqueraient les boeufs et les moutons à abattre; les sénateurs, attachés aux pompes funèbres, joueraient les croque-morts. Pour d’autres, on trouverait des métiers à portée de leur intelligence. Lorgeril, Broglie, boucheraient les bouteilles de champagne, mais on les musellerait pour les empêcher de s’enivrer; Ferry, Freycinet, Tirard détruiraient les punaises et les vermines des ministères et autres auberges publiques. Il faudra cependant mettre les deniers publics hors de la portée des bourgeois, de peur des habitudes acquises.

Mais dure et longue vengeance on tirera des moralistes qui ont perverti l’humaine nature, des cagots, des cafards, des hypocrites «et autres telles sectes de gens qui se sont déguisés pour tromper le monde. Car donnant entendre au populaire commun qu’ils ne sont occupés sinon à contemplation et dévotion, en jeusnes et mascération de la sensualité, sinon vrayement pour sustenter et alimenter la petite fragilité de leur humanité: au contraire font chière. Dieu sait qu’elle ! « et Curios simulant sed Bacchanalia vivunt » [21]. Vous le pouvez lire en grosse lettre et enlumineure de leurs rouges muzeaulx et ventre à poulaine, sinon quand ils se parfument de souphlre [22]».

Aux jours de grandes réjouissances populaires, où, au lieu d’avaler de la poussière comme aux 15 août et aux 14 juillet du bourgeoisisme, les communistes et les collectivistes feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets, les membres de l’Académie des sciences morales et politiques, les prêtres à longue et courte robe de l’église économique, catholique, protestante, juive, positiviste et libre penseuse, les propagateurs du malthusianisme et de la morale chrétienne, altruiste, indépendante ou soumise, vêtus de jaune, tiendront la chandelle à s’en brûler les doigts et vivront en famine auprès des femmes galloises et des tables chargées de viandes, de fruits et de fleurs, et mourront de soif auprès des tonneaux débondés. Quatre fois l’an, au changement des saisons, ainsi que les chiens des rémouleurs, on les enfermera dans les grandes roues et pendant dix heures on les condamnera à moudre du vent. Les avocats et les légistes subiront la même peine.

En régime de paresse, pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des représentations théâtrales toujours et toujours; c’est de l’ouvrage tout trouvé pour nos bourgeois législateurs. On les organisera par bandes courant les foires et les villages, donnant des représentations législatives. Les généraux, en bottes à l’écuyère, la poitrine chamarrée d’aiguillettes, de crachats, de croix de la Légion d’honneur, iront par les rues et les places, racolant les bonnes gens. Gambetta et Cassagnac, son compère, feront le boniment de la porte. Cassagnac, en grand costume de matamore, roulant des yeux, tordant la moustache, crachant de l’étoupe enflammée, menacera tout le monde du pistolet de son père et s’abîmera dans un trou dès qu’on lui montrera le portrait de Lullier; Gambetta discourra sur la politique étrangère, sur la petite Grèce qui l’endoctorise et mettrait l’Europe en feu pour filouter la Turquie; sur la grande Russie qui le stultifie avec la compote qu’elle promet de faire avec la Prusse et qui souhaite à l’ouest de l’Europe plaies et bosses pour faire sa pelote à l’Est et étrangler le nihilisme à l’intérieur; sur M. de Bismarck, qui a été assez bon pour lui permettre de se prononcer sur l’amnistie… puis, dénudant sa large bedaine peinte aux trois couleurs, il battra dessus le rappel et énumérera les délicieuses petites bêtes, les ortolans, les truffes, les verres de margaux et d’yquem qu’il y a engloutonnés pour encourager l’agriculture et tenir en liesse les électeurs de Belleville.

Dans la taraque, on débutera par la « Farce électorale ».

Devant les électeurs, à têtes de bois et oreilles d’âne, les candidats bourgeois, vêtus en paillasses, danseront la danse des libertés politiques, se torchant la face et la postface avec leurs programmes électoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des misères du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France; et les têtes des électeurs de braire en choeur et solidement: hi han ! hi han !

Puis commencera la grande pièce: « Le Vol des biens de la nation ».

La France capitaliste, énorme femelle, velue de la face et chauve du crâne, avachie, aux chairs flasques, bouffies, blafardes, aux yeux éteints, ensommeillée et bâillant, s’allonge sur un canapé de velours; à ses pieds, le Capitalisme industriel, gigantesque organisme de fer, à masque simiesque, dévore mécaniquement des hommes, des femmes, des enfants dont les cris lugubres et déchirants emplissent l’air; la Banque à museau de fouine, à corps d’hyène et mains de harpie, lui dérobe prestement les pièces de cent sous de la poche. Des hordes de misérables prolétaires décharnés, en haillons, escortés de gendarmes, le sabre au clair, chassés par des furies les cinglant avec les fouets de la faim, apportent aux pieds de la France capitaliste des monceaux de marchandises, des barriques de vin, des sacs d’or et de blé. Langlois, sa culotte d’une main, le testament de Proudhon de l’autre, le livre du budget entre les dents, se campe à la tête des défenseurs des biens de la nation et monte la garde. Les fardeaux déposés, à coups de crosse et de baïonnette, ils font chasser les ouvriers et ouvrent la porte aux industriels, aux commerçants et aux banquiers. Pêle-mêle, ils se précipitent sur le tas, avalant des cotonnades, des sacs de blé, des lingots d’or, vidant des barriques; n’en pouvant plus, sales, dégoûtants, ils s’affaissent dans leurs ordures et leurs vomissements… Alors le tonnerre éclate, la terre s’ébranle et s’entrouvre, la Fatalité historique surgit; de son pied de fer elle écrase les têtes de ceux qui hoquettent, titubent, tombent et ne peuvent plus fuir, et de sa large main elle renverse la France capitaliste, ahurie et suante de peur.

Si, déracinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les « Droits de l’homme », qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le « Droit au travail », qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers… Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ?

Comme le Christ, la dolente personnification de l’esclavage antique, les hommes, les femmes, les enfants du Prolétariat gravissent péniblement depuis un siècle le dur calvaire de la douleur: depuis un siècle, le travail forcé brise leurs os, meurtrit leurs chairs, tenaille leurs nerfs; depuis un siècle, la faim tord leurs entrailles et hallucine leurs cerveaux !… Ô Paresse, prends pitié de notre longue misère ! Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines !

APPENDICE 

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Nos moralistes sont gens bien modestes; s’ils ont inventé le dogme du travail, ils doutent de son efficacité pour tranquilliser l’âme, réjouir l’esprit et entretenir le bon fonctionnement des reins et autres organes; ils veulent en expérimenter l’usage sur le populaire « in anima vili », avant de le tourner contre les capitalistes, dont ils ont mission d’excuser et d’autoriser les vices.

Mais, philosophes à quatre sous la douzaine, pourquoi vous battre ainsi la cervelle à élucubrer une morale dont vous n’osez conseiller la pratique à vos maîtres ? Votre dogme du travail, dont vous faites tant les fiers, voulez-vous le voir bafoué, honni ? Ouvrons l’histoire des peuples antiques et les écrits de leurs philosophes et de leurs législateurs.

« Je ne saurais affirmer, dit le père de l’histoire, Hérodote, si les Grecs tiennent des Égyptiens le mépris qu’ils font du travail, parce que je trouve le même mépris établi parmi les Thraces, les Scythes, les Perses, les Lydiens; en un mot parce que chez la plupart des barbares, ceux qui apprennent les arts mécaniques et même leurs enfants sont regardés comme les derniers des citoyens… Tous les Grecs ont été élevés dans ces principes, particulièrement les Lacédémoniens [23].»

«À Athènes, les citoyens étaient de véritables nobles qui ne devaient s’occuper que de la défense et de l’administration de la communauté, comme les guerriers sauvages dont ils tiraient leur origine. Devant donc être libres de tout leur temps pour veiller, par leur force intellectuelle et corporelle, aux intérêts de la République, ils chargeaient les esclaves de tout travail. De même à Lacédémone, les femmes mêmes ne devaient ni filer ni tisser pour ne pas déroger à leur noblesse [24].»

Les Romains ne connaissaient que deux métiers nobles et libres, l’agriculture et les armes; tous les citoyens vivaient de droit aux dépens du Trésor, sans pouvoir être contraints de pourvoir à leur subsistance par aucun des « sordidoe artes » (ils désignaient ainsi les métiers) qui appartenaient de droit aux esclaves. Brutus, l’ancien, pour soulever le peuple, accusa surtout Tarquin, le tyran, d’avoir fait des artisans et des maçons avec des citoyens libres [25].

Les philosophes anciens se disputaient sur l’origine des idées, mais ils tombaient d’accord s’il s’agissait d’abhorrer le travail.

«La nature, dit Platon, dans son utopie sociale, dans sa « République » modèle, la nature n’a fait ni cordonnier, ni forgeron; de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, misérables sans nom qui sont exclus par leur état même des droits politiques. Quant aux marchands accoutumés à mentir et à tromper, on ne les souffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. Le citoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivi pour ce délit. S’il est convaincu, il sera condamné à un an de prison. La punition sera double à chaque récidive [26].»

Dans son « Économique », Xénophon écrit:

«Les gens qui se livrent aux travaux manuels ne sont jamais élevés aux charges, et on a bien raison. La plupart, condamnés à être assis tout le jour, quelques-uns même à éprouver un feu continuel, ne peuvent manquer d’avoir le corps altéré et il est bien difficile que l’esprit ne s’en ressente.»

«Que peut-il sortir d’honorable d’une boutique ? professe Cicéron, et qu’est-ce que le commerce peut produire d’honnête ? Tout ce qui s’appelle boutique est indigne d’un honnête homme […], les marchands ne pouvant gagner sans mentir, et quoi de plus honteux que le mensonge ! Donc, on doit regarder comme quelque chose de bas et de vil le métier de tous ceux qui vendent leur peine et leur industrie; car quiconque donne son travail pour de l’argent se vend lui-même et se met au rang des esclaves [27].»

Prolétaires, abrutis par le dogme du travail, entendez-vous le langage de ces philosophes, que l’on vous cache avec un soin jaloux: un citoyen qui donne son travail pour de l’argent se dégrade au rang des esclaves, il commet un crime, qui mérite des années de prison. La tartuferie chrétienne et l’utilitarisme capitaliste n’avaient pas perverti ces philosophes des Républiques antiques; professant pour des hommes libres, ils parlaient naïvement leur pensée. Platon, Aristote, ces penseurs géants, dont nos Cousin, nos Caro, nos Simon ne peuvent atteindre la cheville qu’en se haussant sur la pointe des pieds, voulaient que les citoyens de leurs Républiques idéales vécussent dans le plus grand loisir, car, ajoutait Xénophon, «le travail emporte tout le temps et avec lui on n’a nul loisir pour la République et les amis». Selon Plutarque, le grand titre de Lycurgue, «le plus sage des hommes» à l’admiration de la postérité, était d’avoir accordé des loisirs aux citoyens de la République en leur interdisant un métier quelconque [28].

Mais, répondront les Bastiat, Dupanloup, Beaulieu et compagnie de la morale chrétienne et capitaliste, ces penseurs, ces philosophes préconisaient l’esclavage. ‹Parfait, mais pouvait- il en être autrement, étant donné les conditions économiques et politiques de leur époque ? La guerre était l’état normal des sociétés antiques; l’homme libre devait consacrer son temps à discuter les affaires de l’État et à veiller à sa défense; les métiers étaient alors trop primitifs et trop grossiers pour que, les pratiquant, on pût exercer son métier de soldat et de citoyen; afin de posséder des guerriers et des citoyens, les philosophes et les législateurs devaient tolérer les esclaves dans les Républiques héroïques. ‹Mais les moralistes et les économistes du capitalisme ne préconisent-ils pas le salariat, l’esclavage moderne ? Et à quels hommes l’esclavage capitaliste fait-il des loisirs ? ‹À des Rothschild, à des Schneider, à des Mme Boucicaut, inutiles et nuisibles esclaves de leurs vices et de leurs domestiques.

«Le préjugé de l’esclavage dominait l’esprit de Pythagore et d’Aristote», a-t-on écrit dédaigneusement; et cependant Aristote prévoyait que «si chaque outil pouvait exécuter sans sommation, ou bien de lui-même, sa fonction propre, comme les chefs-d’oeuvre de Dédale se mouvaient d’eux-mêmes, ou comme les trépieds de Vulcain se mettaient spontanément à leur travail sacré; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d’elles-mêmes, le chef d’atelier n’aurait plus besoin d’aides, ni le maître d’esclaves».

Le rêve d’Aristote est notre réalité. Nos machines au souffle de feu, aux membres d’acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement d’elles- mêmes leur travail sacré; et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des « sordidoe artes » et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.

NOTES 

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  1. Descartes, « Les Passions de l’âme ».
  2. Docteur Beddoe, « Memoirs of the Anthropological Society »; Ch. Darwin, « Descent of Man ».
  3. Les explorateurs européens s’arrêtait étonnés devant la beauté physique et la fière allure des hommes des peuplades primitives, non souillés par ce que Pæppig appelait le «souffle empoisonné de la civilisation». Parlant des aborigènes des îles océaniennes, lord George Campbell écrit: «il n’y a pas de peuple au monde qui frappe davantage au premier abord. Leur peau unie et d’une teinte légèrement cuivrée, leurs cheveux dorés et bouclés, leur belle et joyeuse figure, en un mot toute leur personne, formaient un nouvel et splendide échantillon du « genus homo »; leur apparence physique donnait l’impression d’une race supérieure à la nôtre.» Les civilisés de l’ancienne Rome, les César, les Tacite, contemplaient avec la même admiration les Germains des tribus communistes qui envahissaient l’Empire romain. – Ainsi que Tacite, Salvien, le prêtre du Ve siècle, qu’on surnommait le « maître des évêques », donnait les barbares en exemple aux civilisés et aux chrétiens: «Nous sommes impudiques au milieu des barbares, plus chastes que nous. Bien plus, les barbares sont blessés de nos impudicités, les Goths ne souffrent pas qu’il y ait parmi eux des débauchés de leur nation; seuls au milieu d’eux, par le triste privilège de leur nationalité et de leur nom, les Romains ont le droit d’être impurs. [La pédérastie était alors en grande mode parmi les païens et les chrétiens…] Les opprimés s’en vont chez les barbares chercher de l’humanité et un abri.» (« De Gubernatione Dei ».) La vieille civilisation et le christianisme vieilli et la moderne civilisation capitaliste corrompent les sauvages du nouveau monde.
  4. F. Le Play, dont on doit reconnaître le talent d’observation, alors même que l’on rejette ses conclusions sociologiques, entachées de prudhommisme philanthropique et chrétien, dit dans son livre « Les Ouvriers européens » (1885) : «La propension des Bachkirs pour la paresse [les Bachkirs sont des pasteurs semi-nomades du versant asiatique de l’Oural]; les loisirs de la vie nomade, les habitudes de méditation qu’elles font naître chez les individus les mieux doués communiquent souvent à ceux-ci une distinction de manières, une finesse d’intelligence et de jugement qui se remarquent rarement au même niveau social dans une civilisation plus développée… Ce qui leur répugne le plus, ce sont les travaux agricoles; ils font tout plutôt que d’accepter le métier d’agriculteur.» L’agriculture est, en effet, la première manifestation du travail servile dans l’humanité. Selon la tradition biblique, le premier criminel, Caïn, est un agriculteur.
  5. Le proverbe espagnol dit: « Descansar es salud » (Se reposer est santé).
  6. «Ô Mélibée, un Dieu nous a donné cette oisiveté», Virgile, « Bucoliques ».
  7. Évangile selon saint Matthieu, chap. VI.
  8. Au premier congrès de bienfaisance tenu à Bruxelles, en 1857, un des plus riches manufacturiers de Marquette, près de Lille, M. Scrive, aux applaudissements des membres du congrès, racontait, avec la plus noble satisfaction d’un devoir accompli: «Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour les enfants. Nous leur apprenons à chanter pendant le travail, à compter également en travaillant: cela les distrait et leur fait accepter avec courage « ces douze heures de travail qui sont nécessaires pour leur procurer des moyens d’existence. »» ‹Douze heures de travail, et quel travail ! imposées à des enfants qui n’ont pas douze ans ! ‹Les matérialistes regretteront toujours qu’il n’y ait pas un enfer pour y clouer ces chrétiens, ces philanthropes, bourreaux de l’enfance.
  9. Discours prononcé à la Société internationale d’études pratiques d’économie sociale de Paris, en mai 1863, et publié dans « L’Economiste français » de la même époque.
  10. L.-R. Villermé, « Tableau de l’état physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie », 1848. Ce n’était pas parce que les Dollfus, les Koechlin et autres fabricants alsaciens étaient des républicains, des patriotes et des philanthropes protestants qu’ils traitaient de la sorte leurs ouvriers; car Blanqui, l’académicien Reybaud, le prototype de Jérôme Paturot, et Jules Simon, le maître Jacques politique, ont constaté les mêmes aménités pour la classe ouvrière chez les fabricants très catholiques et très monarchiques de Lille et de Lyon. Ce sont là des vertus capitalistes s’harmonisant à ravir avec toutes les convictions politiques et religieuses.
  11. Les Indiens des tribus belliqueuses du Brésil tuent leurs infirmes et leurs vieillards; ils témoignent leur amitié en mettant fin à une vie qui n’est plus réjouie par des combats, des fêtes et des danses. Tous les peuples primitifs ont donné aux leurs ces preuves d’affection: les Massagètes de la mer Caspienne (Hérodote), aussi bien que les Wens de l’Allemagne et les Celtes de la Gaule. Dans les églises de Suède, dernièrement encore, on conservait des massues dites « massues familiales », qui servaient à délivrer les parents des tristesses de la vieillesse. Combien dégénérés sont les prolétaires modernes pour accepter en patience les épouvantables misères du travail de fabrique !
  12. Au Congrès industriel tenu à Berlin le 21 janvier 1879, on estimait à 568 millions de francs la perte qu’avait éprouvée l’industrie du fer en Allemagne pendant la dernière crise.
  13. « La Justice », de M. Clemenceau dans sa partie financière, disait le 6 avril 1880: «Nous avons entendu soutenir cette opinion que, à défaut de la Prusse, les milliards de la guerre de 1870 eussent été « également perdus » pour la France, et ce, sous forme d’emprunts périodiquement émis pour l’équilibre des budgets étrangers; telle est également notre opinion.» On estime à cinq milliards la perte des capitaux anglais dans les emprunts des Républiques de l’Amérique du Sud. Les travailleurs français ont non seulement produit les cinq milliards payés à M. Bismarck; mais ils continuent à servir les intérêts de l’indemnité de guerre aux Ollivier, aux Girardin, aux Bazaine et autres porteurs de titres de rente qui ont amené la guerre et la déroute. Cependant il leur reste une fiche de consolation: ces milliards n’occasionneront pas de guerre de recouvrement.
  14. Sous l’Ancien Régime, les lois de l’Église garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Église pour mieux les soumettre au joug du travail.

La haine contre les jours fériés n’apparaît que lorsque la moderne bourgeoisie industrielle et commerçante prend corps, entre les XVe et XVIe siècles. Henri IV demanda leur réduction au pape ; il refusa parce que «l’une des hérésies qui courent le jourd’hui, est touchant les fêtes» (lettre du cardinal d’Ossat). Mais, en 1666, Péréfixe, archevêque de Paris, en supprima 17 dans son diocèse. Le protestantisme, qui était la religion chrétienne, accommodée aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la bourgeoisie, fut moins soucieux du repos populaire; il détrôna au ciel les saints pour abolir sur terre leurs fêtes.

La réforme religieuse et la libre pensée philosophique n’étaient que des prétextes qui permirent à la bourgeoisie jésuite et rapace d’escamoter les jours de fête du populaire.

  1. Ces fêtes pantagruéliques duraient des semaines. Don Rodrigo de Lara gagne sa fiancée en expulsant les Maures de Calatrava la vieille, et le « Romancero » narre que:

« Las bodas fueron en Burgos,

Las tornabodas en Salas:

En bodas y tornabodas

Pasaron siete semanas

Tantas vienen de las gentes,

Que no caben por las plazas. . . »

(Les noces furent à Burgos, les retours de noces à Salas: en noces et retours de noces, sept semaines passèrent; tant de gens accourent que les places ne peuvent les contenir. . . )

Les hommes de ces noces de sept semaines étaient les héroïques soldats des guerres de l’indépendance.

  1. Karl Marx, « Le Capital », livre premier, ch. XV, § 6.
  2. «La proportion suivant laquelle la population d’un pays est employée comme domestique au service des classes aisées, indique son progrès en richesse nationale et en civilisation.» (R. M. Martin « Ireland before and after the Union », 1818.) Gambetta, qui niait la question sociale, depuis qu’il n’était plus l’avocat nécessiteux du Café Procope, voulait sans doute parler de cette classe domestique sans cesse grandissante quand il réclamait l’avènement des nouvelles couches sociales.
  3. Deux exemples: le gouvernement anglais, pour complaire aux pays indiens qui, malgré les famines périodiques désolant le pays, s’entêtent à cultiver le pavot au lieu du riz ou du blé, a dû entreprendre des guerres sanglantes, afin d’imposer au gouvernement chinois la libre introduction de l’opium indien. Les sauvages de la Polynésie, malgré la mortalité qui en fut la conséquence, durent se vêtir et se saouler à l’anglaise, pour consommer les produits des distilleries de l’Écosse et des ateliers de tissage de Manchester.
  4. Paul Leroy-Beaulieu, « La Question ouvrière au XIVe siècle », 1872.
  5. Voici, d’après le célèbre statisticien R. Giffen, du Bureau de statistique de Londres, la progression croissante de la richesse nationale de l’Angleterre et de l’Irlande: en 1814, elle était de 55 milliards de francs; en 1865, elle était de 162,5 milliards de francs, en 1875, elle était de 212,5 milliards de francs.
  6. Louis Reybaud, « Le Coton, son régime, ses problèmes », 1863.
  7. «Ils simulent des Curius et vivent comme aux « Bacchanales »» (Juvénal) .
  8. « Pantagruel », livre II, chap. LXXIV.
  9. Hérodote, t. ll, trad. Larcher, 1876.
  10. Biot, « De l’abolition de l’esclavage ancien en Occident », 1840.
  11. Tite-Live, livre premier.
  12. Platon, « République », livre V.
  13. Cicéron, « Des devoirs », I, tit. ll, chap. XLII.
  14. Platon, « République », V, et les « Lois », III; Aristote, « Politique », II et VII; Xénophon, « Economique », IV et VI; Plutarque, « Vie de Lycurgue ».

La réponse à la « loi travail » ? Le droit à la paresse… 1ère partie

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En contre-pied de la violence sociale toujours de mise au XXIème siècle, nous republions en deux parties cette perle qu’est  » Le droit à la paresse » de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, qu’il écrivit en prison et en réfutation du droit du travail de 1848. Dans ce texte, Lafargue soulève la question de la surproduction et de la consommation ouvrière, problème que l’oligarchie a résolu au XXème siècle en inventant la pire des armes de destruction massive: la société de consommation, favorisée par le crédit et l’endettement, inculquant au passage l’illusion bourgeoise au prolétaire, cassant par là-même sa conscience de classe. Assénant des verités de manière truculente, toujours à la pointe de l’ironie et du titillage provocateur, ce « droit à la paresse » est une bonne claque bien méritée à El Khomri et à cette fange politico-capitaliste à la botte de l’oligarchie transnationale… Quand apprendrons-nous que nous n’avons absolument pas besoin d’eux mais que sans nous, ils ne sont rien ?… Quand apprendrons-nous à dire non ! Quand saurons-nous enfin retirer notre consentement et cesserons-nous d’aider nos bourreaux ? 

— Résistance 71 —

 

Le droit à la paresse

Réfutation du droit du travail de 1848

 

Paul Lafargue

Écrit depuis la prison de Sainte Pélagie en 1883

 

1ère partie

2ème partie

 

AVANT-PROPOS

 


Thiers, dans le sein de la Commission sur l’instruction primaire de 1849, disait: «Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme: « Jouis ».» M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l’égoïsme féroce et l’intelligence étroite.

La bourgeoisie, alors qu’elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clergé, arbora le libre examen et l’athéisme; mais, triomphante, elle changea de ton et d’allure; et, aujourd’hui, elle entend étayer de la religion sa suprématie économique et politique. Aux XVe et XVIe siècles, elle avait allègrement repris la tradition païenne et glorifiait la chair et ses passions, réprouvées par le christianisme ; de nos jours, gorgée de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et prêche l’abstinence aux salariés. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d’anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci.

Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu’ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie; ils ont à monter à l’assaut de la morale et des théories sociales du capitalisme; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l’action, les préjugés semés par la classe régnante; ils ont à proclamer, à la face des cafards de toutes les morales, que la terre cessera d’être la vallée de larmes du travailleur; que, dans la société communiste de l’avenir que nous fonderons «pacifiquement si possible, sinon violemment», les passions des hommes auront la bride sur le cou: car «toutes sont bonnes de leur nature, nous n’avons rien à éviter que leur mauvais usage et leurs excès [1]», et ils ne seront évités que par leur mutuel contrebalancement, que par le développement harmonique de l’organisme humain, car, dit le Dr Beddoe, «ce n’est que lorsqu’une race atteint son maximum de développement physique qu’elle atteint son plus haut point d’énergie et de vigueur morale». Telle était aussi l’opinion du grand naturaliste, Charles Darwin [2].

La réfutation du Droit au travail, que je réédite avec quelques notes additionnelles, parut dans « L’Égalité hebdomadaire » de 1880, deuxième série.

  1. L.

Prison de Sainte-Pélagie, 1883.

1 – UN DOGME DÉSASTREUX 

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«Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant.» Lessing.

Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d’être chrétien, économe et moral, j’en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste.

Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique. Comparez le pur-sang des écuries de Rothschild, servi par une valetaille de bimanes, à la lourde brute des fermes normandes, qui laboure la terre, chariote le fumier, engrange la moisson. Regardez le noble sauvage que les missionnaires du commerce et les commerçants de la religion n’ont pas encore corrompu avec le christianisme, la syphilis et le dogme du travail, et regardez ensuite nos misérables servants de machines [3].

Quand, dans notre Europe civilisée, on veut retrouver une trace de beauté native de l’homme, il faut l’aller chercher chez les nations où les préjugés économiques n’ont pas encore déraciné la haine du travail. L’Espagne, qui, hélas ! dégénère, peut encore se vanter de posséder moins de fabriques que nous de prisons et de casernes; mais l’artiste se réjouit en admirant le hardi Andalou, brun comme des castagnes, droit et flexible comme une tige d’acier; et le coeur de l’homme tressaille en entendant le mendiant, superbement drapé dans sa « capa » trouée, traiter d' »amigo » des ducs d’Ossuna. Pour l’Espagnol, chez qui l’animal primitif n’est pas atrophié, le travail est le pire des esclavages [4]. Les Grecs de la grande époque n’avaient, eux aussi, que du mépris pour le travail: aux esclaves seuls il était permis de travailler: l’homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l’intelligence. C’était aussi le temps où l’on marchait et respirait dans un peuple d’Aristote, de Phidias, d’Aristophane; c’était le temps où une poignée de braves écrasait à Marathon les hordes de l’Asie qu’Alexandre allait bientôt conquérir. Les philosophes de l’Antiquité enseignaient le mépris du travail, cette dégradation de l’homme libre; les poètes chantaient la paresse, ce présent des Dieux:

« O Meliboe, Deus nabis hoec otia fecit » [5].

Christ, dans son discours sur la montagne, prêcha la paresse: «Contemplez la croissance des lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n’a pas été plus brillamment vêtu [6].»

Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale; après six jours de travail, il se reposa pour l’éternité.

Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une nécessité organique ? Les Auvergnats; les Écossais, ces Auvergnats des îles Britanniques; les Gallegos, ces Auvergnats de l’Espagne; les Poméraniens, ces Auvergnats de l’Allemagne; les Chinois, ces Auvergnats de l’Asie. Dans notre société, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysans propriétaires, les petits bourgeois, les uns courbés sur leurs terres, les autres acoquinés dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent pour regarder à loisir la nature.

Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s’émancipant, émancipera l’humanité du travail servile et fera de l’animal humain un être libre, le prolétariat trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s’est laissé pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a été son châtiment. Toutes les misères individuelles et sociales sont nées de sa passion pour le travail.

2 – BÉNÉDICTIONS DU TRAVAIL 

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En 1770 parut, à Londres, un écrit anonyme intitulé: « An Essay on Trade and Commerce ». Il fit à l’époque un certain bruit. Son auteur, grand philanthrope, s’indignait de ce que «la plèbe manufacturière d’Angleterre s’était mis dans la tête l’idée fixe qu’en qualité d’Anglais, tous les individus qui la composent ont, par droit de naissance, le privilège d’être plus libres et plus indépendants que les ouvriers de n’importe quel autre pays de l’Europe. Cette idée peut avoir son utilité pour les soldats dont elle stimule la bravoure; mais moins les ouvriers des manufactures en sont imbus, mieux cela vaut pour eux-mêmes et pour l’État. Des ouvriers ne devraient jamais se tenir pour indépendants de leurs supérieurs. Il est extrêmement dangereux d’encourager de pareils engouements dans un État commercial comme le nôtre, où, peut-être, les sept huitièmes de la population n’ont que peu ou pas de propriété. La cure ne sera pas complète tant que nos pauvres de l’industrie ne se résigneront pas à travailler six jours pour la même somme qu’ils gagnent maintenant en quatre».

Ainsi, près d’un siècle avant Guizot, on prêchait ouvertement à Londres le travail comme un frein aux nobles passions de l’homme.

«Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices, écrivait d’Osterode, le 5 mai 1807, Napoléon. Je suis l’autorité […] et je serais disposé à ordonner que le dimanche, passé l’heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail.»

Pour extirper la paresse et courber les sentiments de fierté et d’indépendance qu’elle engendre, l’auteur de l' »Essay on Trade » proposait d’incarcérer les pauvres dans les maisons idéales du travail (« ideal workhouses ») qui deviendraient «des maisons de terreur où l’on ferait travailler quatorze heures par jour, de telle sorte que, le temps des repas soustrait, il resterait douze heures de travail pleines et entières».

Douze heures de travail par jour, voilà l’idéal des philanthropes et des moralistes du XVIIIe siècle. Que nous avons dépassé ce « nec plus ultra » ! Les ateliers modernes sont devenus des maisons idéales de correction où l’on incarcère les masses ouvrières, où l’on condamne aux travaux forcés pendant douze et quatorze heures, non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants [7] ! Et dire que les fils des héros de la Terreur se sont laissé dégrader par la religion du travail au point d’accepter après 1848, comme une conquête révolutionnaire, la loi qui limitait à douze heures le travail dans les fabriques; ils proclamaient comme un principe révolutionnaire le « droit au travail ». Honte au prolétariat français ! Des esclaves seuls eussent été capables d’une telle bassesse. Il faudrait vingt ans de civilisation capitaliste à un Grec des temps héroïques pour concevoir un tel avilissement.

Et si les douleurs du travail forcé, si les tortures de la faim se sont abattues sur le prolétariat, plus nombreuses que les sauterelles de la Bible, c’est lui qui les a appelées.

Ce travail, qu’en juin 1848 les ouvriers réclamaient les armes à la main, ils l’ont imposé à leurs familles; ils ont livré, aux barons de l’industrie, leurs femmes et leurs enfants. De leurs propres mains, ils ont démoli leur foyer domestique; de leurs propres mains, ils ont tari le lait de leurs femmes; les malheureuses, enceintes et allaitant leurs bébés, ont dû aller dans les mines et les manufactures tendre l’échine et épuiser leurs nerfs; de leurs propres mains, ils ont brisé la vie et la vigueur de leurs enfants. ‹Honte aux prolétaires ! Où sont ces commères dont parlent nos fabliaux et nos vieux contes, hardies au propos, franches de la gueule, amantes de la dive bouteille ? Où sont ces luronnes, toujours trottant, toujours cuisinant, toujours chantant, toujours semant la vie en engendrant la joie, enfantant sans douleurs des petits sains et vigoureux ? …Nous avons aujourd’hui les filles et les femmes de fabrique, chétives fleurs aux pâles couleurs, au sang sans rutilance, à l’estomac délabré, aux membres alanguis !… Elles n’ont jamais connu le plaisir robuste et ne sauraient raconter gaillardement comment l’on cassa leur coquille ! ‹Et les enfants ? Douze heures de travail aux enfants. Ô misère ! ‹Mais tous les Jules Simon de l’Académie des sciences morales et politiques, tous les Germinys de la jésuiterie, n’auraient pu inventer un vice plus abrutissant pour l’intelligence des enfants, plus corrupteur de leurs instincts, plus destructeur de leur organisme que le travail dans l’atmosphère viciée de l’atelier capitaliste.

Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption.

Et cependant, les philosophes, les économistes bourgeois, depuis le péniblement confus Auguste Comte, jusqu’au ridiculement clair Leroy-Beaulieu; les gens de lettres bourgeois, depuis le charlatanesquement romantique Victor Hugo, jusqu’au naïvement grotesque Paul de Kock, tous ont entonné les chants nauséabonds en l’honneur du dieu Progrès, le fils aîné du Travail. À les entendre, le bonheur allait régner sur la terre: déjà on en sentait la venue. Ils allaient dans les siècles passés fouiller la poussière et la misère féodales pour rapporter de sombres repoussoirs aux délices des temps présents. ‹ Nous ont-ils fatigués, ces repus, ces satisfaits, naguère encore membres de la domesticité des grands seigneurs, aujourd’hui valets de plume de la bourgeoisie, grassement rentés; nous ont-ils fatigués avec le paysan du rhétoricien La Bruyère ? Eh bien ! voici le brillant tableau des jouissances prolétariennes en l’an de progrès capitaliste 1840, peint par l’un des leurs, par le Dr Villermé, membre de l’Institut, le même qui, en 1848, fit partie de cette société de savants (Thiers, Cousin, Passy, Blanqui, l’académicien, en étaient) qui propagea dans les masses les sottises de l’économie et de la morale bourgeoises.

C’est de l’Alsace manufacturière que parle le Dr Villermé, de l’Alsace des Kestner, des Dollfus, ces fleurs de la philanthropie et du républicanisme industriel. Mais avant que le docteur ne dresse devant nous le tableau des misères prolétariennes, écoutons un manufacturier alsacien, M. Th. Mieg, de la maison Dollfus, Mieg et Cie, dépeignant la situation de l’artisan de l’ancienne industrie:

«À Mulhouse, il y a cinquante ans (en 1813, alors que la moderne industrie mécanique naissait), les ouvriers étaient tous enfants du sol, habitant la ville et les villages environnants et possédant presque tous une maison et souvent un petit champ [8].»

C’était l’âge d’or du travailleur. Mais, alors, l’industrie alsacienne n’inondait pas le monde de ses cotonnades et n’emmillionnait pas ses Dollfus et ses Koechlin. Mais vingt-cinq ans après, quand Villermé visita l’Alsace, le minotaure moderne, l’atelier capitaliste, avait conquis le pays; dans sa boulimie de travail humain, il avait arraché les ouvriers de leurs foyers pour mieux les tordre et pour mieux exprimer le travail qu’ils contenaient. C’était par milliers que les ouvriers accouraient au sifflement de la machine.

«Un grand nombre, dit Villermé, cinq mille sur dix-sept mille, étaient contraints, par la cherté des loyers, à se loger dans les villages voisins. Quelques-uns habitaient à deux lieues et quart de la manufacture où ils travaillaient.

»À Mulhouse, à Dornach, le travail commençait à cinq heures du matin et finissait à cinq heures du soir, été comme hiver. […] Il faut les voir arriver chaque matin en ville et partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâles, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui à défaut de parapluie, portent, renversés sur la tête, lorsqu’il pleut ou qu’il neige, leurs tabliers ou jupons de dessus pour se préserver la figure et le cou, et un nombre plus considérable de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves, couverts de haillons, tout gras de l’huile des métiers qui tombe sur eux pendant qu’ils travaillent. Ces derniers, mieux préservés de la pluie par l’imperméabilité de leurs vêtements, n’ont même pas au bras, comme les femmes dont on vient de parler, un panier où sont les provisions de la journée; mais ils portent à la main, ou cachent sous leur veste ou comme ils peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu’à l’heure de leur rentrée à la maison.

»Ainsi, à la fatigue d’une journée démesurément longue, puisqu’elle a au moins quinze heures, vient se joindre pour ces malheureux celle des allées et venues si fréquentes, si pénibles. Il résulte que le soir ils arrivent chez eux accablés par le besoin de dormir, et que le lendemain ils sortent avant d’être complètement reposés pour se trouver à l’atelier à l’heure de l’ouverture.»

Voici maintenant les bouges où s’entassaient ceux qui logeaient en ville:

«J’ai vu à Mulhouse, à Dornach et dans des maisons voisines, de ces misérables logements où deux familles couchaient chacune dans un coin, sur la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches… Cette misère dans laquelle vivent les ouvriers de l’industrie du coton dans le département du Haut-Rhin est si profonde qu’elle produit ce triste résultat que, tandis que dans les familles des fabricants négociants, drapiers, directeurs d’usines, la moitié des enfants atteint la vingt et unième année, cette même moitié cesse d’exister avant deux ans accomplis dans les familles de tisserands et d’ouvriers de filatures de coton.»

Parlant du travail de l’atelier, Villermé ajoute:

«Ce n’est pas là un travail, une tâche, c’est une torture, et on l’inflige à des enfants de six à huit ans. […] C’est ce long supplice de tous les jours qui mine principalement les ouvriers dans les filatures de coton.»

Et, à propos de la durée du travail, Villermé observait que les forçats des bagnes ne travaillaient que dix heures, les esclaves des Antilles neuf heures en moyenne, tandis qu’il existait dans la France qui avait fait la Révolution de 89, qui avait proclamé les pompeux Droits de l’homme, des manufactures où la journée était de seize heures, sur lesquelles on accordait aux ouvriers une heure et demie pour les repas [9].

Ô misérable avortement des principes révolutionnaires de la bourgeoisie ! ô lugubre présent de son dieu Progrès ! Les philanthropes acclament bienfaiteurs de l’humanité ceux qui, pour s’enrichir en fainéantant, donnent du travail aux pauvres; mieux vaudrait semer la peste, empoisonner les sources que d’ériger une fabrique au milieu d’une population rustique. Introduisez le travail de fabrique, et adieu joie, santé, liberté; adieu tout ce qui fait la vie belle et digne d’être vécue [10].

Et les économistes s’en vont répétant aux ouvriers: Travaillez pour augmenter la fortune sociale ! et cependant un économiste, Destut de Tracy, leur répond: 


«Les nations pauvres, c’est là où le peuple est à son aise; les nations riches, c’est là où il est ordinairement pauvre.» 


Et son disciple Cherbuliez de continuer:

«Les travailleurs eux-mêmes, en coopérant à l’accumulation des capitaux productifs, contribuent à l’événement qui, tôt ou tard, doit les priver d’une partie de leur salaire.»

Mais, assourdis et idiotisés par leurs propres hurlements, les économistes de répondre: Travaillez, travaillez toujours pour créer votre bien-être ! Et, au nom de la mansuétude chrétienne, un prêtre de l’Église anglicane, le révérend Townshend, psalmodie: Travaillez, travaillez nuit et jour; en travaillant, vous faites croître votre misère, et votre misère nous dispense de vous imposer le travail par la force de la loi. L’imposition légale du travail «donne trop de peine, exige trop de violence et fait trop de bruit; la faim, au contraire, est non seulement une pression paisible, silencieuse, incessante, mais comme le mobile le plus naturel du travail et de l’industrie, elle provoque aussi les efforts les plus puissants».

Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d’être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que, prêtant l’oreille aux fallacieuses paroles des économistes, les prolétaires se sont livrés corps et âme au vice du travail, ils précipitent la société tout entière dans ces crises industrielles de surproduction qui convulsent l’organisme social. Alors, parce qu’il y a pléthore de marchandises et pénurie d’acheteurs, les ateliers se ferment et la faim cingle les populations ouvrières de son fouet aux mille lanières. Les prolétaires, abrutis par le dogme du travail, ne comprenant pas que le surtravail qu’ils se sont infligé pendant le temps de prétendue prospérité est la cause de leur misère présente, au lieu de courir au grenier à blé et de crier: «Nous avons faim et nous voulons manger ! … Vrai, nous n’avons pas un rouge liard, mais tout gueux que nous sommes, c’est nous cependant qui avons moissonné le blé et vendangé le raisin…» Au lieu d’assiéger les magasins de M. Bonnet, de Jujurieux, l’inventeur des couvents industriels, et de clamer: «Monsieur Bonnet, voici vos ouvrières ovalistes, moulineuses, fileuses, tisseuses, elles grelottent sous leurs cotonnades rapetassées à chagriner l’oeil d’un juif et, cependant, ce sont elles qui ont filé et tissé les robes de soie des cocottes de toute la chrétienté. Les pauvresses, travaillant treize heures par jour, n’avaient pas le temps de songer à la toilette, maintenant, elles chôment et peuvent faire du frou-frou avec les soieries qu’elles ont ouvrées. Dès qu’elles ont perdu leurs dents de lait, elles se sont dévouées à votre fortune et ont vécu dans l’abstinence; maintenant, elles ont des loisirs et veulent jouir un peu des fruits de leur travail.

Allons, Monsieur Bonnet, livrez vos soieries, M. Harmel fournira ses mousselines, M. Pouyer-Quertier ses calicots, M. Pinet ses bottines pour leurs chers petits pieds froids et humides… Vêtues de pied en cap et fringantes, elles vous feront plaisir à contempler. Allons, pas de tergiversations ‹vous êtes l’ami de l’humanité, n’est-ce pas, et chrétien par- dessus le marché ? ‹Mettez à la disposition de vos ouvrières la fortune qu’elles vous ont édifiée avec la chair de leur chair. Vous êtes ami du commerce ? ‹Facilitez la circulation des marchandises; voici des consommateurs tout trouvés; ouvrez-leur des crédits illimités. Vous êtes bien obligé d’en faire à des négociants que vous ne connaissez ni d’Adam ni d’Ève, qui ne vous ont rien donné, même pas un verre d’eau. Vos ouvrières s’acquitteront comme elles le pourront: si, au jour de l’échéance, elles gambettisent et laissent protester leur signature, vous les mettrez en faillite, et si elles n’ont rien à saisir, vous exigerez qu’elles vous paient en prières: elles vous enverront en paradis, mieux que vos sacs noirs, au nez gorgé de tabac.»

Au lieu de profiter des moments de crise pour une distribution générale des produits et un gaudissement universel, les ouvriers, crevant de faim, s’en vont battre de leur tête les portes de l’atelier. Avec des figures hâves, des corps amaigris, des discours piteux, ils assaillent les fabricants: «Bon M. Chagot, doux M. Schneider, donnez-nous du travail, ce n’est pas la faim, mais la passion du travail qui nous tourmente !» Et ces misérables, qui ont à peine la force de se tenir debout, vendent douze et quatorze heures de travail deux fois moins cher que lorsqu’ils avaient du pain sur la planche. Et les philanthropes de l’industrie de profiter des chômages pour fabriquer à meilleur marché.

Si les crises industrielles suivent les périodes de surtravail aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elles le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable. Tant que le fabricant a du crédit, il lâche la bride à la rage du travail, il emprunte et emprunte encore pour fournir la matière première aux ouvriers. Il fait produire, sans réfléchir que le marché s’engorge et que, si ses marchandises n’arrivent pas à la vente, ses billets viendront à l’échéance. Acculé, il va implorer le juif, il se jette à ses pieds, lui offre son sang, son honneur. «Un petit peu d’or ferait mieux mon affaire, répond le Rothschild, vous avez 20 000 paires de bas en magasin, ils valent vingt sous, je les prends à quatre sous.» Les bas obtenus, le juif les vend six et huit sous, et empoche les frétillantes pièces de cent sous qui ne doivent rien à personne: mais le fabricant a reculé pour mieux sauter. Enfin la débâcle arrive et les magasins dégorgent; on jette alors tant de marchandises par la fenêtre, qu’on ne sait comment elles sont entrées par la porte. C’est par centaines de millions que se chiffre la valeur des marchandises détruites; au siècle dernier, on les brûlait ou on les jetait à l’eau [11].

Mais avant d’aboutir à cette conclusion, les fabricants parcourent le monde en quête de débouchés pour les marchandises qui s’entassent; ils forcent leur gouvernement à s’annexer des Congo, à s’emparer des Tonkin, à démolir à coups de canon les murailles de la Chine, pour y écouler leurs cotonnades. Aux siècles derniers, c’était un duel à mort entre la France et l’Angleterre, à qui aurait le privilège exclusif de vendre en Amérique et aux Indes. Des milliers d’hommes jeunes et vigoureux ont rougi de leur sang les mers, pendant les guerres coloniales des XIe, XVIe et XVIIIe siècles.

Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus où les placer; ils vont alors chez les nations heureuses qui lézardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, ériger des fabriques et importer la malédiction du travail. Et cette exportation de capitaux français se termine un beau matin par des complications diplomatiques: en Égypte, la France, l’Angleterre et l’Allemagne étaient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient payés les premiers; par des guerres du Mexique où l’on envoie les soldats français faire le métier d’huissier pour recouvrer de mauvaises dettes [12].

Ces misères individuelles et sociales, pour grandes et innombrables qu’elles soient, pour éternelles qu’elles paraissent, s’évanouiront comme les hyènes et les chacals à l’approche du lion, quand le prolétariat dira: «Je le veux.» Mais pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les « Droits de la paresse », mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques « Droits de l’homme », concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit.

Jusqu’ici, ma tâche a été facile, je n’avais qu’à décrire des maux réels bien connus de nous tous, hélas ! Mais convaincre le prolétariat que la parole qu’on lui a inoculée est perverse, que le travail effréné auquel il s’est livré dès le commencement du siècle est le plus terrible fléau qui ait jamais frappé l’humanité, que le travail ne deviendra un condiment de plaisir de la paresse, un exercice bienfaisant à l’organisme humain, une passion utile à l’organisme social que lorsqu’il sera sagement réglementé et limité à un maximum de trois heures par jour, est une tâche ardue au-dessus de mes forces; seuls des physiologistes, des hygiénistes, des économistes communistes pourraient l’entreprendre. Dans les pages qui vont suivre, je me bornerai à démontrer qu’étant donné les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimitée, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger à consommer les marchandises qu’ils produisent. 


A suivre…

France « loi travail » exigence des commissaires politiques de l’Union Européenne à la botte de Wall Street…

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L’Europe façon Wall Street exige la Loi Travail: corrosif rappel d’une historienne

Jacques-Marie Bourget

30 Mai 2016

url de l’article original:

http://www.legrandsoir.info/l-europe-facon-wall-sreet-exige-la-loi-travail-corrosif-rappel-d-une-historienne.html

L’historienne Annie Lacroix-Riz consacre toute sa carrière à mettre au jour les actions de ce que l’on n’appelle plus « le grand capital »… Dommage car ildemeure tout puissant. Voulue telle qu’elle est aujourd’hui par les Etats-Unis ( un marché qui obéit et une puissance supplétive au plan militaire), l’Europe, dopée par Washington à partir de 1945, vit maintenant son apothéose ultra libérale. Son dernier avatar : écrire puis imposer la « Loi Travail ».

C’est sûrement faire injure au lecteur que d’étaler sous ses yeux une vérité trop première. Si le terrible virus social qu’est la « Loi Travail » nous tombe dessus, ce n’est pas pour, comme le bégaie Valls, « réformer la France en la modernisant ». Bien sûr que non. Ou alors expliquez-nous par quel miracle un gouvernement de droite en Belgique et un supposé de gauche en France, promulguent en même temps des règles identiques qui étranglent au mieux les travailleurs ? C’est tout simple, la consigne unique et mortifère vient de la Commission européenne, un machin livré à tous les lobbies. A Bruxelles, 40 000 personnes sont employées par ces officines « d’influence » qui soumettent au Parlement européen la version des lois qui convient le mieux à Wall Sreet. Ainsi soulagés d’une assommante besogne, avant de foncer à la buvette, les députés européens n’ont plus qu’à dire oui à ces lobbies qui s’activent à notre bonheur. Pendant ce temps, alors qu’ils devraient faire du tapage, peu de ceux dont le métier est de penser et de dire viennent nous mettre sous le nez l’extrait de naissance d’une Europe naguère fécondée par les Etats-Unis.

Pourtant, alors que les bataillons intellectuels sont aux arrêts de rigueur, Annie Lacroix-Riz, inoxydable sentinelle du temps, s’en vient par un livre, Les élites françaises entre 1940 et 1944, jeter boules puantes et verre pilé dans le lit de l’Europe. Cette chercheuse pour laquelle les archives ne sont pas des continents oubliés, nous rappelle, en plein blocages et fumées de lacrymos, l’origine de notre mal, pourquoi nous toussons. Ce catarrhe vient de ce que les « élites » du capitalisme français (banquiers ou élus) et nombre de leurs compères d’états voisins, ont la nécessité d’appuyer leur politique sur un pays qui joue pour eux le rôle de modèle. A partir de 1934 ce fut l’Allemagne nazie, projection d’un mode d’exploitation idéal. Plus tard, Hitler ayant hélas échoué dans la construction de sa nouvelle Europe, les trusts et les banques ont tourné leur veste pour courir au plus vite derrière le nouvel ami étasunien. Ouf. Depuis, le fleuve continue de couler tranquille, Juncker et autres perroquets de Goldman Sachs peuvent lancer leur fatwa de l’ultra libéralisme sur les travailleurs : « il n’y a pas d’alternative ». Voilà pourquoi une Loi Travail nous est tombée dessus, réclamée par ces fonds de pension étatsuniens qui sont à la justice sociale ce que Dracula est à la transfusion sanguine.

Lacroix-Riz, qui laboure le champ de ses connaissances avec une totale obstination, nous a déjà régalés d’un petit livre, Aux origines du carcan européen chez Delga. Belle Europe que cette construction confiée à deux « pères », Robert Schuman (ministre de Pétain) et Jean Monnet (agent de Washington). Cette fois l’historienne nous décrit les douloureux balancements, pour les maîtres de l’économie, entre le prodigieux Adolf Hitler et les plis de la bannière étoilée à mesure que, Staline broyant SS et Wehrmacht dans l’hiver soviétique, les « boys » pouvaient avancer vers La Manche. On plaint presque ces pauvres industriels et banquiers et leurs poulains politique d’avoir à affronter tant d’incertitude, faisant pivoter, comme les spectateurs du tennis, leurs têtes entre Washington et Berlin.

Dans L’Etrange défaite Marc Bloch qui analyse à chaud la déroute française de 40, classe les responsables de cette tragédie en cinq catégories : armée, politiques, presse, affaires et hommes de main. Annie Lacroix-Riz, spécialiste de la Cagoule, ne revient pas sur ces « hommes de main » qu’elle connait trop et qui ne sont que des exécutants (c’est le cas de le dire). Mais elle ajoute le clergé catholique accusé d’avoir été un truchement, un liant entre Vichy ou l’occupant et de trop nombreux français. D’emblée elle piétine le postulat de ces historiens bien-pensants qui écrivent que la collaboration a été essentiellement une affaire de petites gens dévoyés. Pas du tout, au-dessus de la pyramide brune, Lacroix-Riz distingue sans contestation les « élites » et autres puissants, les donneurs d’ordres.

Egale à elle-même, à ce qu’est son livre « culte » Le Choix de la défaite, la chercheuse avec son nouvel ouvrage en béton, nous démontre que plus qu’une affaire de miliciens en manteaux de cuir ou de diatribes de journalistes crapules, la collaboration fut massivement le choix des industriels et banquiers qui préféraient Hitler au Front populaire. Le verdict de l’historienne est tranchant : toute collaboration est létale, ce qui emporte le mythe des « résistants » de Vichy dont Mitterrand est la tête de gondole. Collaborer, même de façon « éloignée », c’est plonger les mains dans le sang nous montre Lacroix-Riz.

« Les élites françaises de 1940 à 1944 » porte un sous-titre qui dit tout « De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine » et, dans cette mutation qui porte d’un amour l’autre, certaines « élites » seront plus perspicaces que d’autres. Ce n’est pas par haine du nazisme ou par désespoir de vivre dans un pays occupé que certains dirigeants ont très vite pris le parti des Etats-Unis. Ni patriotes ni démocrates, ces pragmatiques se sont appuyés sur le rapport du général Doyen en date du 16 juillet 1941, un officier qui a participé à la Commission d’armistice, ou sur de semblables analyses. Pour Doyen, étant donné son degré de culture, sa puissance économique, sa population importante, son obligation de défendre la Grande Bretagne, les Etats-Unis étaient à long terme certains de gagner la guerre. Jouant cette carte, ces « élites » qui collaboraient avec l’Allemagne depuis le Plan Dawes en 1924, et encore mieux à partir de 1933, ont donc sauvé leur réputation à défaut de leur honneur. Et les américains peu regardants n’ont pas hésité à discuter et échanger avec Vichy : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et garder une matraque fasciste capable, le moment venu, de lutter contre le communisme. D’autres « élites » moins avisées, ont poursuivi un peu plus leur chemin commun avec les nazis. Pas très grave puisqu’après 1944 les tribunaux d’épuration ont eu pour mot d’ordre de ne pas casser l’outil industriel restant debout, ni le reste d’une économie asthénique. Quelques malchanceux, comme Renault qui ne l’avait pas volé, ont payé pour le compte de tous, histoire de faire symbole.

Il est passionnant de suivre, au travers de ses envoyés spéciaux, de ses « pions », l’action des amis de l’Amérique choisis par Washington dans l’entourage de Pétain. Alger va devenir un roman de Le Carré où les intrigues pour imposer les hommes de demain sont parfois mortelles.

Au-dessus de tout cela il y a un homme détesté des yankees et peu aimé par Churchill, il s’appelle De Gaulle. Il va surfer, jouer sa carte avec pugnacité et l’aide de quelques héros.

En fin de compte Wall Sreet et nos « élites » ne pouvant se mettre en travers, vont laisser le grand général gouverner la France. Mais l’idée de construire cette Europe américaine, un marché aux ordres, demeure. Petit à petit, lui-même entouré de quelques « Atlantistes », De Gaulle va lâcher sa position de « non aligné ». Il ne reste plus qu’à être patient, Bruxelles va être le relais qui commande aux anciennes nations. Par exemple de promulguer des lois « modernes » comme cette monstruosité française sur le droit du travail.

Jacques-Marie BOURGET

  1. Sur Internet un entretien donné par Annie Lacroix-Riz est un élément très convainquant, il permet de saisir parfaitement les recherches de l’historienne.

Lutte socio-politique France: Message solidaire du groupe anarchiste brésilien Organizaçaõ Popular aux manifestants français…

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MESSAGE DU GROUPE LIBERTAIRE ORGANIZAÇÃO POPULAR DE RIO DE JANEIRO

COMMUNIQUÉ DES RELATIONS INTERNATIONALES DE LA FÉDÉRATION ANARCHISTE

 

Sur le combat contre la réforme du droit du travail en France

 

Fédération Anarchiste

 

29 Mai 2016

 

Source: http://www.monde-libertaire.fr/?article=Message_du_groupe_libertaire_Organizacao_Popular_de_Rio_de_Janeiro

 

Nos camarades de « Organização Popular » de Rio de Janeiro nous font part de leur extrême préoccupation concernant le combat qui se déroule en ce moment en France contre le démantèlement du droit du travail entrepris par le gouvernement socialiste de François Hollande et Emmanuel Vals, avec le soutien de l’organisation patronale, le Medef.

Ce combat, nous disent-ils, « est très important pour nous. La réforme du droit du travail est une attaque mondiale, qui est en train de se passer ici aussi et qui bientôt va arriver d’une manière beaucoup plus forte.

« Si les travailleurs français gagnent, même si la victoire n’est pas complète, nous aurons plus de chances ici. Par contre, si les travailleurs français perdent, nous aurons plus de difficultés.

« Le secteur de l’énergie est spécialement stratégique et nous sommes en train de subir une très grande attaque qui vise l’approfondissement très accéléré de la privatisation de Petrobras.

« Cet approfondissement très rapide de la privatisation est en marche. Et nous sommes en train de lutter contre cela, mais il faudra augmenter la lutte.

« Et l’exemple français est important pour nous. »

La Fédération anarchiste tient à faire savoir que le combat que nous menons tous contre le démantèlement de nos acquis sociaux, contre la destruction du droit du travail, mené également par les travailleurs en Belgique, est un combat qui est suivi avec inquiétude par les travailleurs du monde et qu’une victoire contre l’État et contre le Capital sera une victoire pour les travailleurs de tous les pays.

POUR LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS !

Fédération anarchiste

25 mai 2016