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La relation des attentats du 13 Novembre à Paris avec l’ingérence et la géopolitique de la France…

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Attentats du 13 Novembre la politique et l’avenir de la France en question

 

Youssef Hindi

 

4 Décembre 2015

 

url de l’article original:

http://www.geopolintel.fr/article992.html

 

La soumission de la France au camp atlantiste à l’origine des attentats ?

Une chose est certaine, la France n’a pas été frappée par le terrorisme en raison de sa lutte contre celui-ci, mais indirectement à cause de son soutien aux terroristes. À savoir ces rebelles réputés modérés comme ceux d’Al-Nosra, alias Al-Qaïda, dont Laurent Fabius nous disait, en décembre 2012, qu’ils faisaient « du bon boulot ». Plus largement, les français ont payé le prix de la politique intérieure et étrangère de la France qui s’est alignée sur celle de ses ennemis objectifs : les États-Unis et leurs alliés historiques.

Le point de départ de cette analyse se situe à la fin des années Quatre-vingt-dix (l’on pourrait remonter aussi bien à la fin de la Seconde Guerre mondiale), lorsque Zbigniew Brzezinski, l’un des plus influents géostratèges américains, publia son livre majeur, « Le grand échiquier » (1997). A l’époque, le géopolitologue américain voyait ce qui restait résiduellement d’esprit d’indépendance chez les dirigeants français, sous la présidence Chirac, comme un obstacle à l’hégémonie américaine. L’objectif était alors, selon la logique de Washington, de soumettre impérativement la France aux États-Unis. En 1997, Brzezinski écrivait qu’il fallait « faire de l’Europe l’un des piliers vitaux d’une grande structure de sécurité et de coopération placée sous l’égide américaine et s’étendant à toute l’Eurasie ». Il poursuivait « Pour le dire sans détour, l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses États rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires » 1 ; pour ce faire il entendait « s’opposer tactiquement aux positions françaises et soutenir le leadership allemand » 2. L’Allemagne est devenue pour les étasuniens, surtout depuis l’instauration de l’euro en 2002 (qui a aidé positivement la balance commerciale allemande), le petit empire régional qui soumet l’Europe à la domination américaine – condition sine qua non de son leadership européen – par la neutralisation de la France, économiquement (avec la monnaie unique qui a contribué à détruire l’industrie française, ce qu’avait déjà entamé la politique du franc fort pour préparer le pays à l’euro dans la seconde moitié des années 90) et diplomatiquement. La France étant, jusqu’à une période récente, la nation européenne ayant une vision, un poids et une ambition géopolitique relativement autonome. Brzezinski citait, à titre d’exemple de cette classe politique néo-gaulienne, Alain Juppé, lequel préconisait, en mai 1995 à l’Assemblée Nationale, un affinement de la vocation de puissance mondiale de la France, ce que Brzezinski qualifiait d’illusion 3.

Cette « illusion » disparut totalement en mai 2007 avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy et de tout un lot d’atlantistes, voire de néo-conservateurs, au Quai d’Orsay et dans d’autres ministères clés. Je ne mentionnerai pas ici un à un tous les hommes politiques et les leaders d’opinion français et européens cooptés par les États-Unis via des organisations comme la French-American foundation et le programme des Young Leaders 4.

C’est en 2011 que nous avons vu se réaliser dans les faits le projet de Brzezinski, lorsque l’atlantiste Sarkozy, qui, après avoir définitivement réduit la France à l’état de vassal des États-Unis, attaqua la Libye et que Bernard-Henry Levy eut court-circuité le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pour engager la France dans un conflit piloté par l’OTAN. Une guerre qui a coûté la vie à plus d’une centaine de milliers de libyens et pour laquelle le contribuable français a dépensé plus de 300 millions d’euros. C’est d’ailleurs une des utilités de l’OTAN que de faire supporter aux vassaux européens le coût des guerres de Washington à la place des États-Unis.

Or le soutien de la France aux groupes terroristes est flagrant (et bien documenté) depuis la guerre du Golfe des Syrtes. Le gouvernement de Sarkozy envoya des agents de la DGSE pour diriger sur le terrain des mercenaires financés par le Qatar, coordonnant les attaques aériennes avec l’avancée au sol de faux rebelles mais vrais terroristes luttant en principe pour la liberté, contre la tyrannie etc. Le gouvernement de Hollande poursuivit sur cette lancée en armant les groupes terroristes de Syrie, comme l’ASL, une émanation des Frères Musulmans qui démarra les hostilités en 2011 contre le gouvernement de Damas.

Le 14 août 2014, Laurent Fabius, loin de revenir sur sa déclaration de décembre 2012, annonçait dans un Tweet que des armes très performantes étaient sur le point d’être livrées aux combattants en Syrie ; dès lors, il ne fut pas étonnant de voir les membres de Daech, sur des photos, munis du fusil d’assaut Famas, une arme de fabrication française. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de frontière ni d’opposition réelle entre les dizaines de groupes terroristes opérant en Syrie et en Irak. Les terroristes « modérés » de l’ASL livrent à Daech, via notamment leur allié Al-Nosra, les armes qu’ils reçoivent des occidentaux, lorsque Daech ne bénéficie pas de livraisons directes.

Avec l’accession de M. Sarkozy à la présidence, la France a eu les deux pieds dans la sphère d’influence du camps atlantiste et s’est vue également devenir de facto l’alliée des grands pourvoyeurs du terrorisme international : l’Arabie-Saoudite et le Qatar… Les deux pétromonarchies avec lesquelles un certain nombre d’hommes et de femmes politiques de gauche comme de droite entretiennent des liens particulièrement étroits…

Quelques jours après le massacre du 13 novembre dernier, Manuel Valls, déclarait, en contradiction absolue avec la réalité des faits, que le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui selon lui combattent Daech, étaient déterminés à lutter contre le terrorisme. Il alla jusqu’à pointer du doigt des liens supposés entre « le régime de Bachar » et Daech.

Faut-il rappeler que les anglais, et les étasuniens à leur suite, ont soutenu le wahhabisme et les Saoud dès leurs premières poussées expansionnistes en Arabie, et qu’ils ont largement participé à la diffusion de la doctrine wahhabite à travers le monde ? Doctrine du terrorisme que les occidentaux s’étonnent de voir influencer tant de jeunes musulmans et de nouveaux convertis.

Faut-il aussi redire que le terrorisme wahhabite a dès son origine été un outil géostratégique des Britanniques et des États-Unis contre leurs ennemis ? D’ailleurs Zbigniew Brzezinski, alors conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis sous la présidence de Jimmy Carter, a été un des maître d’œuvre d’une manœuvre de coordination de la CIA avec les services pakistanais et saoudiens, dans le but de financer et d’armer les futures terroristes, dont Ben Laden, ceci dès la fin des années 70 afin d’attirer l’Union Soviétique dans le cimetière afghan 5.

Le terrorisme domestique, quelles utilités ?

Étrangement, ce dont on ose moins parler c’est l’utilisation du terrorisme dans le cadre de la politique intérieure, tout particulièrement en temps de crise. Il est en effet très mal vu de supposer qu’un État occidental, « démocratique » et « [libéral », puisse recourir à l’arme du terrorisme contre sa propre population ; mais concernant, par exemple, la récente série d’attentats ayant frappé la Turquie, de grands journaux français et des experts médiatisés n’ont pas hésité à parler de la probable implication des Services secrets turcs, mettant en évidence, comme l’a fait le journal Le Point, une « connivence du pouvoir » avec les terroristes, et parle des « doutes [existant quant aux compétences] des services de renseignement turcs, déjà vivement critiqués pour ne pas avoir pu empêcher la meurtrière attaque d’Ankara » 6.

Les mêmes accusations pourraient être portées à l’encontre du pouvoir français et des services de renseignements aux ordres. D’ailleurs, le même journal révélait en 2012 les graves défaillances de la DCRI dans l’affaire Merah. Mohamed Merah qui avait un agent de liaison dans la DCRI et qui, selon toute vraisemblance, travaillait pour le Renseignement intérieur 7.

Car lorsque l’on se penche sur les trois principales affaires de terrorisme qui ont frappées la France depuis 2012, l’on remarque des faits récurrents comme des pièces d’identité et des passeports retrouvés sur les lieux du crime, des individus suivis de près et bien connus des services de renseignements, ce à quoi s’ajoute le fait que les services français furent avertis à plusieurs reprises par des Services étrangers de la préparation d’attentats, de celui Charlie Hebdo comme de ceux du 13 novembre.

Le rôle trouble des Services secrets français dans l’affaire Merah a mené à une enquête parlementaire en 2013 8 dont le rapport révèle, entre autres choses, que les services agissent en dehors du cadre de la loi et que leurs moyens sont dérisoires ; ce qui contraste avec le zèle du gouvernement dans la mise en place de la loi sur le renseignement ( l’équivalent français du Patriot Act I et II) dont l’objectif apparent est plus la surveillance de la population et des opposants politiques que la prévention du terrorisme.

En effet, nous avons appris, à la suite des derniers attentats, par l’ancien directeur de la DCRI, Bernard Squarcini, que Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, avait refusé la liste des djihadistes français que voulaient lui communiquer les services de renseignements syriens. À la suite des attentats du 13 novembre, l’actuel ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, réaffirmait le refus de collaborer avec les services syriens. Si donc l’exécutif ne laisse pas faire les attentats, il ne fait en tout cas rien pour les prévenir.

Dès lors, selon un spécialiste de la question terroriste et ancien instructeur au centre des forces dirigeantes de l’Armée Allemande, Christoph Hörstel 9, nous assisterions en France à un management de la terreur consistant à fabriquer ou laisser faire des attentats pour distraire la population et surtout détourner sa colère. Cet expert affirme que tous les gouvernements membres de l’OTAN mentent, car les auteurs des attentats seraient, d’après lui, dans 95% des cas très bien connus des services de sécurité.

En 2009, lors d’une interview, François Hollande, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, portait des accusations extrêmement graves. Il déclarait : « au nom de la lutte contre le terrorisme, on est en train de faire des amalgames et des confusions… celui qui n’est plus dans la norme, qui a un comportement déviant, peut être assimilé à un terroriste. Ce qui peut être une atteinte grave aux libertés ». Il allait plus loin encore en affirmant « qu’il y a une intention politique du pouvoir de donner le sentiment qu’il y a une menace et que le pouvoir y répond, pour justifier son intervention sécuritaire », qu’il décrivait « comme une dérive sécuritaire qui justifie des lois répressives au nom d’une menace qui parfois est réelle mais qui est parfois virtuelle, voire même inexistante ». Le but de cette manœuvre, selon François Hollande, étant « de montrer une efficacité qui fait défaut sur le plan économique et sociale… ».

Le pouvoir politique et un certain nombre de médias amalgament ou confondent sciemment la lutte contre le terrorisme et la réduction des libertés fondamentales 10 ; or, comme nous l’avons constaté, le nombre d’attentats ne diminue pas au fur et à mesure que la surveillance de la population et des opposants politiques s’accroît, bien au contraire…

L’on ne peut finalement comprendre ce phénomène que si l’on analyse l’évolution d’un régime politique qui n’est plus capable d’absorber la contestation et qui risque ainsi de voler en éclats, d’imploser en raison de son raidissement, ceci dans le contexte d’une délégitimation croissante de la caste politique française 11. Le principal danger aujourd’hui étant l’activation de tensions intercommunautaires, autrement dit d’une confrontation horizontale qui détournerait la population française du véritable objet de sa contestation et de son éventuelle révolte. Une éventualité à laquelle s’est préparée l’Exécutif le 30 juin 2011 (environ 8 mois avant l’affaire Merah) en autorisant par décret les représentants de l’État, les fonctionnaires et les militaires, à tirer à balles réelles sur la population pour le maintien de l’ordre public 12.

Prospective et solutions

La stratégie américaine visant à faire de l’Europe la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique (dixit Brzezinski) pour pénétrer en profondeur dans le Continent a réussi via l’élargissement de l’Union Européenne et l’installation de bases de l’OTAN jusqu’aux frontières russes.

Aujourd’hui la France se trouve à la croisée des chemins… Face à la crise politique (et non à la menace terroriste) profonde qui pourrait conduire à une chute du régime, François Hollande entend s’accorder les pleins pouvoirs par l’application de l’article 16 et l’article 36 de la Constitution, tout en les modifiant, car l’article 36 particulièrement prévoit de transférer les pouvoirs à l’autorité militaire 13. La France amorce donc un pas vers une dictature sociale-démocrate policière, notamment en écartant l’armée seule capable de déposer le Président et de limoger le gouvernement en cas de guerre civile et/ou de déstabilisation du pouvoir. Étrangement, en 2014 le Sénat a voté la possibilité de destituer le président de la République pour manquement à ses devoirs 14.

Si l’on prend de la hauteur de vue et que nous nous risquons à une analyse à la frontière de la paranoïa, nous pourrions déduire que le président Hollande et son gouvernement sont en train de se glisser dans un piège qu’ils ont l’air de ne pas voir. Parce que le chemin suivi à l’heure actuelle devrait aboutir en toute logique à abolir l’État en tant que tel, cela dans la perspective d’un transfert final du pouvoir vers le Politburo de Bruxelles.

Scénario qui correspond parfaitement aux finalités de la stratégie américaine dont l’objectif est de neutraliser définitivement la France seul pays d’Europe pouvant réorienter l’évolution du sous-Continent européen, en agissant de façon à établir un axe stratégique avec la Russie… Paris-Berlin-Moscou. C’est le vœu qu’exprimait le ministre des Affaires étrangères français, Hervé de Charrette, en 1996, lorsqu’il déclarait « Si la France veut jouer un rôle international, elle tirera profit de l’existence d’une Russie plus forte. Elle doit l’aider à réaffirmer sa puissance… ». Ce à quoi avait répondu favorablement son homologue Russe 15… Le pire cauchemar des étasuniens, comme l’écrivait Brezinski : « Si les liens transatlantiques se distendaient, c’en serait fini de la primauté de l’Amérique en Eurasie. Sa maîtrise de l’océan Atlantique, sa capacité à pénétrer en profondeur sur le continent se trouveraient alors très limitées » 16.

La déstabilisation de la France, si elle ne conduit pas à sa disparition en tant qu’État souverain sous domination transatlantique de l’UE/USA, pourrait bien ouvrir une fenêtre providentielle à une nouvelle élite française capable de replacer l’Eurasie dans sa sphère géopolitique naturelle, de Brest à Vladivostok et non pas de Washington à Tel-Aviv.

Telle est la base de la stratégie contre-atlantiste à établir. N’oublions pas que la géopolitique détermine la politique intérieure et non le contraire.

 

Notes

(1) Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, 1997, p. 88.

(2) Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, 1997, p. 104.

(3) Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, 1997, p. 92.

(4) Voir le site de la French-American Foundation : http://french-american.org/

(5) Voir l’interview de Brzezinski : http://michelcollon.info/034-Pourqu…

(6) Le Point, Attentat d’Ankara : une enquête accablante pour la Turquie, 14/10/2015 : http://www.lepoint.fr/monde/attenta…

(7) Voir l’article du Point, Mohamed Merah travaillait pour les RG, 07/06/2012 : http://www.lepoint.fr/societe/merah…

(8) Voir le résumé du rapport : http://www.france24.com/fr/20130517…

(9) Voir son interview sur Russia Today : https://www.youtube.com/watch?v=hZh…

(10) Voir l’article du Point, 84% des Français acceptent une limitation des libertés en échange de plus de sécurité, le 17/11/2015.

(11) Voir l’ouvrage d’Emmanuel Todd sur la disparition de la démocratie en France, Après la démocratie, 2008.

(12) Décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 relatif aux armes à feu susceptibles d’être utilisées pour le maintien de l’ordre public, voir le détail : http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf…

(13) Voir l’article du journal le Monde du 16 novembre 2015 : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs…

(14) Voir l’article du Figaro du 22/10/2014 : http://www.lefigaro.fr/politique/le…

(15) Le Nouvel Observateur, 12/08/1996.

(16) Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, 1997, p. 88.

Guerre impérialiste en Libye: l’OTAN bombarde et affame les populations libyennes…

Posted in actualité, France et colonialisme, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, politique française, terrorisme d'état with tags , , , , , on 9 juillet 2011 by Résistance 71

L’OTAN affame la population civile en Libye

 

Par Webster Griffin Tarpley

 

Le 8 Juillet 2011

 

 

url de l’article original:

http://www.presstv.ir/detail/188123.html (avec la vidéo de Tarpley interviewé par Press TV, durée: 5min48)

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

 

Press TV: Je désirerais savoir si vous seriez d’accord avec l’avis émis par le ministre russe des affaires étrangères, à savoir qu’il n’y a aucune fin envisageable à cette guerre et que les bombardements de l’OTAN doivent cesser parce qu’ils occasionnent trop de victimes civiles.

Tarpley: Je serai certainement d’accord pour dire que les bombardements de l’OTAN provoquent une énorme urgence humanitaire et qu’ils ont causé la mort de beaucoup de civils. Je reviens juste de quelques deux semaines à Tripoli et j’ai personnellement visité un certain nombre de sites qui ont été bombardés, ceci incluant la résidence du guide du pays Mouammar Kadhafi où trois de ses petits-enfants et un de ses fils furent tués ainsi que la maison d’un général… à environ 70km à l’ouest de Tripoli, dans une endroit appelé Sorman et où quatre très jeunes enfants, une mère, une tante, un cuisinier soudanais et sa femme pour un total de 10 victimes civiles furent tuées sur ce site seul. Donc si vous multipliez cela par le nombre de sites bombardés, vous avez un grand nombre de victimes civiles.

Il y eut également durant mon séjour à Tripoli, des rapports constants de bombardements qui disaient que l’OTAN attaquait des dépôts de stockage de nourriture; ils ont aussi bombardé un entrepôt de viande. Une autre chose, qui est une violation claire de la résolution de l’ONU, est que les forces de l’OTAN, incluant des drones prédateur, ont instauré une sorte de blocus le long des côtes libyennes, qui n’a rien à voir avec la zone d’exclusion aérienne; ils utilisent ce blocus pour empêcher les pêcheurs libyens de sortir en Mer Méditerranée et de ramener du poisson, ils essaient ainsi d’affamer la population civile et sont loin d’essayer de la protéger. Ceci est une plaisanterie atroce, une ignomimie.

Press TV: Nous entendons également parler de ce que les révolutionnaires gagnent aussi du terrain et qu’ils se rapprochent de Tripoli. Certains prétendent que les bombardements et raids aériens de l’OTAN leur ont permis de finaliser leurs objectifs. En parlant des résultats de ces bombardements de l’OTAN, pensez-vous qu’il y a eu un manque de transparence quant à la stratégie de l’OTAN en Libye, car les gens disent: “L’OTAN a t’elle pris pour cible Kadhafi ? Pourquoi n’a t’elle pas été capable de cibler Kadhafi jusqu’ici ?”

Vous avez aussi fait référence aux victimes civiles ainsi qu’au fait qu’il pourrait y avoir certaines préoccupations quant à une guerre longue impliquant également des troupes au sol.

Tarpley: La seule politique qui est celle de l’OTAN est celle du meurtre, de l’assassinat politique; c’est à un niveau de barbarie dont je doute que nous ayons vu l’équivalent ces quelques derniers siècles, vous devez vous projeter assez loin dans le passé et creuser profond pour trouver quelque chose d’aussi primitif et barbare que la politique actuelle de l’OTAN. Elle attaqua la résidence principale de Kadhafi à Tripoli ainsi que quelques villas de la banlieue où il avait l’habitude de vivre et ensuite attaqua  les maisons de personnes de sa … famille, celle d’un général qui fut impliqué dans la saisie du pouvoir en 1969 et qui resta un important conseiller de Kadhafi, ainsi afin d’attaquer sa maison et de tuer sa famille, l’OTAN a redéfini sa maison comme étant un site militaire.

J’ai personnellement visité ce site, observé dans autant de coins que j’ai pu, probablement été exposé à de l’uranium apauvri qui pleut avec les munitions ici dans ce processus de recherche.

Je ne vois aucune excuse à cela; c’est le fait de la banqueroute politique totale de l’OTAN. Les rebelles, sans les bombardements de l’OTAN, sans l’argent, sans les armes, sans le soutien diplomatique et celui des médias, cette rebellion serait terminée depuis longtemps.

Quiconque se sent concerné par l’humanitarisme dirait simplement: “retirez les bombardiers de l’OTAN et laisser cette rebellion s’effondrer sous son propre poids.”

En terme de statu quo, je dirai juste que le ministre des affaires étrangères russe Sergeï Lavrov a déclaré qu’il y avait un enlisement  militaire et cela est sûrement le cas. Je ne vois aucun grand gain pour les rebelles, je pense que cela n’est que rapport frénétique de la part D’Al Jazeera et d’autres sources médiatiques auxquelles on ne peut faire confiance.

Mais en termes politiques, je vois en fait une usure des attaques de la coalition. Si vous regardez le fait que la Norvège a quitté le navire, cela correspond à 10% des raids aériens juste sur ce fait, je pense qu’ici à la chambre des représentants états-unienne nous avons assez de voix, si nous avions simplement une proposition qui dirait simplement: plus d’argent, plus de bombardements, je pense que cette motion passerait avec une grande majorité et que cela déboucherait sur une confrontation directe entre le président Obama et la chambre des représentants, ce genre de confrontations parfois se terminent en procédure de destitution comme nous l’avons vu dans le passé récent. Nous avons également pas mal de candidats républicains à la présidence qui disent qu’en fait, les rebelles de Benghazi sont des terroristes d’Al Qaïda.

J’ai pu aussi constater en Italie que la Ligue du Nord, une partie de la droite de la coalition de Berlusconi, est très mécontente avec la guerre (NdT: Webster Tarpley a étudié des années en Italie, il fut un des premiers spécialistes de l’histoire cachée de l’OTAN et de l’opération Gladio durant la guerre froide. Tarpley parle couramment l’italien). Il est très possible que Berlusconi doive abandonner la guerre pour empêcher que la Ligue du Nord ne sorte de la coalition, je pense donc que le côté politique de l’offensive de la coalition de l’OTAN est très faible.

Guerre illégale en Libye et crimes de guerre: danger nucléaire (uranium appauvri) pour les populations locales et pour l’Europe a terme avec les vents soufflant a travers la Méditerranée…

Posted in actualité, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, politique française, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 29 mars 2011 by Résistance 71

Libye : impact des missiles de croisière à l’uranium appauvri

par Massimo Zucchetti*

 

Url de l’article original: http://www.voltairenet.org/article169142.html

 

Le soutien militaire aux putschistes de Benghazi contre le dictateur de Tripoli s’effectue au détriment des populations civiles. Environ 1 missile guidé sur 10 échappe au contrôle et s’écrase au hasard de la zone ciblée. Mais tous les missiles, qu’ils aient une tête revêtue d’uranium appauvri ou qu’ils aient uniquement leurs stabilisateurs à l’uranium appauvri polluent la zone. Ainsi, ce bombardement prétendument « humanitaire » tuera dans les années à venir des milliers de civils, indique le professeur Massimo Zucchetti.

 

Le 28 MARS 2011

 

Les questions concernant l’uranium appauvri et sa toxicité ont parfois, ces dernières années, débordé du champ de la science. L’auteur s’occupe de radioprotection depuis une vingtaine d’années et d’uranium appauvri depuis 1999. Après une expérience de publication de travaux scientifiques dans des revues, actes de colloques internationaux et conférences en Italie sur l’uranium appauvri, cet article essaie de dresser une estimation de l’impact environnemental et sur la santéde l’emploi d’uranium appauvri dans la guerre de Libye (2011). Des informations concernant son utilisation sont parues dans les organes d’information depuis le début du conflit [1].

Par ses caractéristiques physiques spécifiques, en particulier sa densité qui le rend extrêmement pénétrant, mais aussi son faible coût (l’uranium appauvri coûte à la production environ 2 $ au kilo) et la difficulté de le traiter en tant que déchet radioactif, l’uranium appauvri a trouvé d’excellentes modalités d’utilisation dans le domaine militaire.

S’il est traité de façon adéquate, l’alliage U-Ti (Uranium-Titane) constitue un matériau très efficace pour la construction de pénétrants à énergie cinétique, des barres métalliques denses qui peuvent perforer un blindage quand elles sont tirées sur lui à vitesse élevée.

Le processus de pénétration pulvérise la plus grande partie de l’uranium qui explose en fragments incandescents (combustion violente à presque 5 000° C) quand il atteint l’air de l’autre côté du blindage perforé, en en augmentant l’effet de destruction. Cette propriété est appelée pyrophoricité, c’est par exemple une caractéristique du soufre des allumettes. Donc, outre sa densité élevée, la pyrophoricité augmente l’intérêt de l’uranium appauvri dans diverses applications, en particulier comme arme incendiaire (API : Armour Piercing Incendiary, c’est-à-dire pénétrateur incendiaire de blindage).

Enfin, dans la phase d’impact sur l’objectif, la relative dureté de l’uranium appauvri (en alliage avec le titane) fournit au projectile des capacités auto-affilantes : en d’autres termes, le projectile ne « s’aplatit pas » contre le blindage qu’il doit pénétrer en formant une « tête plate » —comme le fait par exemple un projectile de plomb—, mais garde sa forme fuselée jusqu’à la fragmentation complète, sans donc perdre ses propriétés de pénétration. Sur le champ de bataille, l’uranium appauvri a été employé dans la Guerre du Golfe de 1991, pendant les bombardements OTAN/ONU sur la République Serbe de Bosnie en septembre 1995 ; sur la Yougoslavie au printemps 1999 ; dans notre siècle, pendant l’attaque contre l’Afghanistan puis, encore, en Irak en 2003.

L’utilisation de dispositifs à l’uranium appauvri dans les guerres de Somalie et Bosnie centrale et centre-orientale (surtout dans de larges zones autour de Sarajevo) dans les années 1990, en Palestine et dans les polygones de tir de la compétence des forces militaires de l’OTAN, est pour le moment incomplètement documentée [2].

Parmi les armements qui emploient de l’uranium appauvri, citons aussi le missile de croisière Tomahawk dont l’utilisation pendant la guerre des Balkans du printemps 1999 —bien que non reconnue par l’OTAN— a été confirmée par ce qui a été retrouvé sur place et par des sources de l’Union européenne [3].

Par ailleurs, dans le décalogue des officiers, remis à tous les hommes en uniforme expédiés au Kosovo, se trouvaient des recommandations à suivre à la lettre, concernant la présence d’uranium appauvri sur le territoire et en particulier dans les missiles Tomahawk. L’introduction indique ceci : « Les véhicules et matériels de l’armée serbe au Kosovo peuvent constituer une menace contre la santé des militaires et des civils qui pourraient être à leur contact. Les véhicules et les équipements trouvés détruits, endommagés ou abandonnés doivent être inspectés et manipulés seulement par du personnel qualifié. Les dangers peuvent dériver de l’uranium appauvri en conséquence des dommages dus à la campagne de bombardements OTAN, relativement aux engins touchés directement ou indirectement. En outre, les collimateurs contiennent du tritium et les instruments et indicateurs peuvent être traités au vernis radioactif, dangereux pour ceux qui accèderaient à ces engins pour les inspecter ». Suivent des conseils sur comment éviter l’explosion à l’uranium appauvri. Textuellement : « Évitez tout engin ou matériel que vous suspectez avoir été frappé par des munitions contenant de l’uranium appauvri ou des missiles de croisière Tomahawk. Ne pas ramasser ou collecter des munitions à l’uranium appauvri trouvées sur le terrain. Informez immédiatement votre commandement sur l’aire que vous jugez contaminée. Où que vous soyez, délimitez la zone contaminée avec n’importe quel matériel trouvé sur place. Si vous vous trouvez dans une zone contaminée mettez, au minimum, le masque et les gants de protection. Procédez à la meilleure hygiène personnelle. Lavez fréquemment votre corps et vos vêtements ».

Les évaluations sur la quantité d’uranium appauvri utilisée dans les missiles divergent. En particulier, elles varient, selon les diverses sources, entre des valeurs autour de 3 kg jusqu’à environ 400 kg. Voir en note la compilation des diverses sources qu’on peut trouver à ce sujet, assez importante pour faire une estimation de l’impact environnemental [4].

Les démentis prévisibles sur la présence d’uranium dans ces missiles peuvent être comparés à la compilation rapportée en bas de page, ainsi qu’aux sources d’origine militaire [5]. Cette grande variabilité dans les données peut facilement être expliquée. Certains missiles de croisière sont à tête lestée à l’uranium appauvri, d’autres non. Ces autres aussi, cependant, ont de l’uranium appauvri : non pas dans la tête du missile, mais dans ses ailes, comme stabilisateur pendant le vol. Nous pouvons alors définir deux cas :

Hypothèse haute : missile de croisière à l’uranium dans la tête du missile. Nous retenons 400 kgs d’uranium appauvri ;

Hypothèse basse : missile de croisère qui n’a PAS d’uranium dans la tête. Nous retenons 3 kg de DU d’uranium appauvri sur les ailes.

Calcul de l’impact environnemental et sur la santé

Dans la vaste littérature consacrée par l’auteur au problème de l’uranium appauvri [6] avait déjà été abordé un calcul de contamination radioactive à l’uranium imputable aux missiles de croisière : en particulier ceux lancés contre la Bosnie en 1995. L’étude est consultable aussi sur Internet, ainsi que dans la revue scientifique Tribuna biologica e Medica [7] [8].

Si l’on reprend les modèles utilisés dans l’article cité, on peut déduire quelle est la situation sur le terrain, sur les lieux d’inhalation, avec un calcul destiné seulement à préciser si, au moins dans un cas réaliste, l’ordre de grandeur des doses en jeu ne permet pas de négliger le problème.

Considérons l’impact d’un missile de croisière Tomahawk qui porte 3 kg (meilleur cas) ou 400 kg (pire cas) d’uranium appauvri. L’impact produit un nuage de détritus de dimension variable, après combustion violente à environ 5 000° C. Les grains de poussière sont, comme on l’a dit, composés de particules de dimensions de l’ordre du micron [0.5 – 5]. De 500 à 1 000 mètres de l’impact on peut respirer des nuages de densité suffisante pour causer des doses significatives, composées de particules qui ont une masse d’environ 0.6 à environ 5 nanogrammes (6-50 x 10-10gr.). Une estimation a été effectuée selon le code de calcul de doses GEN II [9], en négligeant les effets dus à l’incendie et en considérant seulement l’exposition pour une inhalation d’une heure due à la dispersion simple du matériau, sans considérer certains facteurs qui pourraient faire ultérieurement augmenter l’exposition. En une heure on peut inhaler des grains de poussière radioactifs provenant du nuage en quantité déjà notables.

Il convient de tenir compte du fait que de nombreux fluides- dynamiques du corps atmosphérique (direction et vitesse du vent, gradient vertical de la température, etc.) peuvent causer, dans des angles solides relativement petits, des concentrations de polluant de plusieurs ordres de grandeur supérieurs même à ceux qu’on aurait avec un calcul de dispersion uniforme, qui n’est pas compatible avec ce scénario. Le groupe critique, dans ce cas, se trouve être justement ces personnes « touchées » par le nuage de grains de poussière.

Un missile qui atteint l’objectif peut prendre feu et répandre des poussières oxydées dans l’environnement, selon l’estimation des probabilités qui sera faite dans ce travail. Environ 70 % de l’uranium appauvri contenu dans les missiles dont on suppose, étant « intelligents », qu’ils vont toujours au but, brûle. La moitié environ sont des oxydes solubles.

La granulométrie des particules constituant la poudre d’oxyde d’uranium appauvri appartient totalement aux poussières respirables, et des poussières ultrafines sont aussi créées. En particulier, le diamètre des particules est dans ce cas plus fin par rapport aux poussières d’uranium d’origine industrielle, communes dans le milieu de l’industrie nucléaire. On parle ici de la grande majorité des poussières contenue dans le range [1-10] micron, avec une partie significative de diamètre inférieur au micron.

Pour ce qui concerne le destin des poussières de DU dans le corps humain, la voie d’absorption principale est —on le sait— l’inhalation. Comme on l’a dit, une partie des poussières sont solubles et les autres sont insolubles dans les fluides corporels. Étant données les caractéristiques des oxydes d’uranium appauvri d’origine militaire, il convient de relever de quelle manière leur comportement diffère par rapport aux poussières industrielles d’uranium. On peut en tous cas encore supposer, selon l’IRCP [10] qu’environ 60 % de ce qui est inhalé se dépose dans l’appareil respiratoire, le reste étant expiré.

On peut retenir que 25 % environ des particules de diamètre aux alentours d’1 micron sont retenues pendant une longue période dans les poumons, tandis que le reste se dépose dans les voies aériennes supérieures, passe dans l’appareil digestif et de là est éliminé pour la plus grande part à travers les voies urinaires, pendant que de petites parties vont s’accumuler dans les os.

Des 25 % de microparticules restées dans les poumons, la moitié environ se comporte comme un matériau de classe M selon l’ICRP, c’est-à-dire qu’elle est soluble lentement dans les fluides corporels, alors que le reste est insoluble.

Ce type de comportement et d’exposition n’a été étudié dans aucune situation précédente d’exposition à des alfas émetteurs dans les poumons, rencontrées en milieu civil. La modalité d’exposition est ainsi très différente de celles sur la base desquelles on a recueilli les équivalences doses-dommages en radioprotection.

Il n’est donc pas du tout correct —bien que cela constitue un point de référence— d’extrapoler des évaluations de risque par exposition à ce type de micropoussières radioactives depuis des données recueillies pour les mineurs d’uranium, ni même évidemment pour les personnes gravement irradiées de Hiroshima et Nagasaki. Les standards de radioprotection de l’ICRP se fondent sur ces seules expériences, et par conséquent peuvent aboutir à des sous-estimations du risque dans ce cas.

Quand on passe ensuite à d’autres types de toxicité que celle radiologique, il est alors plausible que: vue la composante fine et ultrafine des poussières d’uranium appauvri d’origine militaire,

vue la toxicité chimique de l’uranium, la contamination environnementale par des oxydes d’uranium appauvri d’origine militaire ait une toxicité et chimique et radiologique: il faut évaluer l’effet synergique de ces deux composantes. En d’autres termes, la radioactivité et la toxicité chimique de l’uranium appauvri pourraient agir ensemble en créant un effet « cocktail » qui augmente ultérieurement le danger.

On fera ensuite ressortir le fait que le climat aride de la Libye favorise la dispersion dans l’air des particules d’uranium appauvri, qui pourront être respirées par des civils pendant des années. Le mécanisme principal d’exposition à moyen-long terme concerne la re-suspension de poussières et leur conséquente inhalation.

La méthodologie et les résultats relatifs à ce modèle ont déjà été publiés dans d’autres travaux de l’auteur [11] auxquels on renvoie ici. Ne sont ici mises en évidence que les applications et variations au modèle appliqué et déjà publié, et en particulier :

le calcul d’engagement (semi vie, NdT) de dose est à 70 ans et non plus à 50 ans, selon ce qui est recommandé par l’ICRP.

On a utilisé des données actuellement approchées sur la distribution de la population autour des points d’impact, qui tiennent aussi compte de l’utilisation principale des projectiles à l’uranium appauvri dans des zones peuplées.

Les résultats du modèle peuvent être résumées ainsi : CEDE (Committed effective dose equivalent) (Dose collective) : 370 mSvp in 70 y, pour 1 kg d’uranium appauvri oxydé et

répandu dans l’environnement. CEDE annuelle maximale dans la première année (76 mSvp),

puis la seconde année (47 mSvp) et la troisième (33mSvp). La voie d’exposition est entièrement par inhalation des poussières. Les poumons sont l’organe cible (97,5 % de la

contribution à la CEDE). Parmi les nucléides responsables, 83 % de la CEDE l’est par U238 et 14 % par U234.

En ce qui concerne la quantité totale d’uranium appauvri oxydé répandu dans l’environnement, on part pour cette évaluation des données rapportées par la presse internationale : au premier jour de guerre, le Pentagone déclare avoir tiré avec les Britanniques 112 missiles de croisière sur le sol libyen [12]. Combien de missiles seront lancés avant la fin de la guerre ? Comme il ne nous est pas possible de le savoir, nous baserons notre hypothèse sur 1 000 missiles lancés, aussi quoi qu’il advienne le lecteur pourra facilement estimer l’impact environnement et sanitaire par une simple règle de trois en fonction du nombre exact de missiles tirés.

Si tous les missiles étaient « dépourvus » d’uranium appauvri sur leurs têtes, on aurait de toutes façons une quantité de : 1000 x 3 = 3000 kg = 3 tonnes d’uranium appauvri (meilleur cas).

Si tous les missiles avaient un tête à l’uranium appauvri, nous aurions une quantité jusqu’à 400 000 kg, soit 400 tonnes d’uranium appauvri.

On confrontera cette donnée avec les 10-15 tonnes d’uranium appauvri lancées au Kosovo en 1999 pour en évaluer la gravité.

Supposons qu’environ 70 % de l’uranium brûle et soit répandu dans l’environnement, arrivant ainsi à une estimation de la quantité d’oxydes d’uranium appauvri égale à environ 2,1 tonnes (meilleur cas) et 280 tonnes (pire cas).

Ceci permet d’estimer par conséquent une CEDE (dose collective) pour toute la population équivalente à :

meilleur cas : 370 mSvp/kg x 2 100 kg = 780 Svp environ. – pire cas : 370 mSvp/kg x 280 000 kg = 104 000 Svp environ. Nous rappelons qu’il n’est pas correct —bien que cela constitue un point de référence— d’extrapoler des évaluations par exposition à ce type de micropoussières radioactives à partir des standards de radioprotection de l’ICRP, qui sont ceux adoptés par le code GEN II.

 

Si toutefois nous appliquons aussi ici le coefficient de 6 % Sv-1 pour le risque d’apparition de tumeurs, nous obtenons environ :

meilleur cas : environ 50 cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.

pire cas : environ 6 200 cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.

Conclusions

Les risques d’exposition à l’uranium appauvri de la population libyenne à la suite de l’utilisation de ce matériau dans la guerre de 2011 ont été évalués selon une approche la plus large possible, en essayant de tenir compte de certains résultats récents d’études dans ce secteur.

Ce type d’exposition n’a été étudié en aucune situation précédente d’exposition à des alphas récepteurs dans les poumons, rencontrées en milieu civil. Toutefois, l’évaluation faite des doses et du risque conséquent aux deux situations (missiles « sans uranium » ou « avec uranium ») permet de tirer certaines conclusions.

Dans le premier cas (meilleur cas) le nombre de tumeurs attendues est très exigu et absolument pas significatif du point de vue statistique. Cette difficulté statistique — comme il est presque inutile de remarquer — n’a rien à voir avec une absolution de ce type de pratique, avec son acceptation, ou moins encore avec une assertion d’importance faible, voire d’innocuité. Dans le second cas (pire cas), par contre, nous sommes face à un nombre d’apparition de tumeurs de l’ordre de plusieurs milliers. Celles-ci pourraient clairement être relevables à un niveau épidémiologique et soulèvent, sans aucun doute, une forte préoccupation.

Il convient, de ce fait, que les armées qui bombardent la Libye clarifient par des preuves certaines, et non par des assertions de commodité, la présence ou pas, et en quelles quantités, d’uranium appauvri dans leurs missiles. Dans le passé, il y a eu des « démentis officiels » de la présence d’uranium dans les missiles de croisière, mais ceux-ci provenant de milieux militaires, l’auteur se permet de les considérer, pour le moins, avec une certaine prudence.

Sur la base des données qui sont à notre disposition, les estimations sur l’évolution des cas de tumeurs dans les prochaines années en Libye, à cause de cette pratique totalement injustifiée, sont absolument préoccupantes. La discussion sur l’incidence relative de chacun des agents tératogènes utilisés dans une guerre (chimiques, radioactifs, etc.) nous semble —à un certain niveau— peu significative et même, qu’on nous le permette en conclusion, peu respectueuse d’une donnée de fait : les morts en Libye à cause de cette attaque dépassent et dépasseront de loin n’importe quel chiffrequi puisse un jour être défini comme « le prix à payer ».

Il est important, enfin, de recueillir des données et des études — et il y en a beaucoup— dans le domaine des effets des « nouvelles guerres » sur l’homme et l’environnement ; il faut montrer comment nos armes modernes, nullement chirurgicales, produisent des dommages inacceptables ; il faut étudier ce qu’ont causé, aux hommes et à l’environnement qui les ont subies, les guerres « humanitaires » à partir de 1991.

Massimo Zucchetti

 

Professeur en « Installations nucléaires » à l’institut Polytechnique de Turin, titulaire des cours de « Sécurité et Analyses des risques » et de « Protection contre les Radiations ».

 

Traduction de l’italien: Marie-Ange Patrizio

Source ComeDonChisciotte.org (Italie)

[1] « Uranio impoverito nei Tomahawk sulla Libia », Contropiano, 20 mars 2011.

[2] Zajic V.S., 1999. Review of radioactivity, « Military use and health effects of DU ; Liolos Th. E.(1999), « Assessing the risk from the Depleted Uranium Weapons used in Operation Allied Forces », Science and Global Security, Volume 8:2, pp.162 (1999) ; Bukowski, G., Lopez, D.A. and McGehee, F.M., (1993) « Uranium Battlefields Home and Abroad : Depleted Uranium Use by the U.S. Department of Defense » March 1993, pp.166, published by Citizen Alert and Rural Alliance for Military Accountability.

[3] Satu Hassi, Ministre de l’Environnement Finlandais, a envoyé une lettre à ses collègues de l’UE. Il y indique que la plus grande partie des 1 500 missiles tirés sur la Serbie, Kosovo compris, contenaient environ 3 kg chacun d’uranium appauvri. Le ministre, entre autres choses dans cette lettre, lance un appel à la Commission européenne et à ses collègues ministres de l’environnement pour prendre des initiatives en faveur du bannissement de l’UA.

[4] Sources diverses sur la présence et la quantité d’uranium appauvri dans les missiles de croisière Tomahawk :

« Known & suspected DU weapon systems » in « Depleted Uranium weapons 2001-2002 », (Téléchargement).

« The use of depleted uranium bullets and bombs by NATO forces in Yugoslavia ». Nadir.org, décembre 1996.

« Alcune testi e fatti sull’uranio impoverito, sul suo uso nei balcani, sulle conseguenze sulla laute di militari e popolazione », Comitato Scienziate e Scienziati contro la guerra, 9 janvier 2001.

« Depleted Uranium Weapons & the New World Order, International Coalition toi Ban Uranium Waepons.

« About 100 cruise missiles fired at targets in Afghanistan (Interfax), « NATO using depleted uranium weapons » (Sunday Herald).

« Pentagon Dirty Bombers : Depleted Uranium in the USA », par Dave Lindorff, Atlantic Free Press, 28 octobre 2009.

« Review of Radioactivity, Military Use, and Health Effects of Depleted Uranium », par Vladimir S. Zajic, 1999.

« Depleted uranium : Recycling death », Uranium medical research center, Progressive Review.

« Radiation in Iraq Equals 250,000 Nagasaki Bombs », par Bob Nichols, Online Journal, 3 août 2004.

« Depleted uranium : ethics of the silver bullet », par Iliya Pesic, Santa Clara University.

[5] « While the US Navy claims that they have replaced the MK149-2 Phalanx round with a DU penetrator by the MK149-4 Phalanx round with a tungsten penetrator (with the DU round remaining in the inventory), new types of DU ammunition are being developed for other weapons systems, such as the M919 rounds for Bradley fighting vehicles. Depleted uranium is also placed into the tips of the Tomahawk land-attack cruise missiles (TLAM) during test flights to provide weight and stability. The TLAM missile has a range of 680 nautical miles (1,260 km) and is able to carry a conventional warhead of 1000 lb. (454 kg). Older warheads were steel encased. In order to increase the missile range to 1,000 nautical miles (1,850 km), the latest Tomahawk cruise missiles carry a lighter 700 lb. (318 kg) warhead WDU-36 developed in 1993, which is encased in titanium with a depleted uranium tip. »

[6] – M. Zucchetti, ’Measurements of Radioactive Contamination in Kosovo Battlefields due to the use of Depleted Uranium Weapons By Nato Forces’’, Proc. 20th Conf. of the Nuclear Societies in Israel, Dead Sea (Israel), dec. 1999, p.282.

M. Cristaldi, A. Di Fazio, C. Pona, A. Tarozzi, M. Zucchetti “Uranio impoverito (DU). Il suo uso nei Balcani, le sue conseguenze sul territorio e la popolazione”, Giano, n.36 (sett-dic. 2000), pp. 11-31.

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[7] « Alcune testi e fatti sull’uranio impoverito, sul suo uso nei balcani, sulle conseguenze sulla laute di militari e popolazione », Comitato Scienziate e Scienziati contro la guerra, 9 janvier 2001. op. cit.

[8] Cristaldi M. et al., Conseguenze ambientali ed effetti patogeni dell’uso di Uranio Impoverito nei dispositivi bellici. Tribuna Biologica e Medica, 9 (1-2), Gennaio-Giugno 2001 : 29-41.

[9] Il s’agit d’un code élaboré dans un laboratoire étasunien, reconnu et utilisé au niveau international. Voir : B.A.Napier et al. (1990), GENII – The Hanford Environmental Radiation Dosimetry Software System, PNL-6584, Pacific Northwest Laboratories (USA). Il ne peut être utilisé

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Libye : impact des missiles de croisière à l’uranium appauvri [Réseau Voltaire]         3/29/11 9:31 PM

dans ce cas que pour une estimation des doses d’inhalation, étant donnée la particularité du scénario examiné.

[10] IRCP, 1995. « Age-dependent Doses to Members of the Public from Intake of Radionuclides : Part 3 – Ingestion Dose Coefficients ». Publication 69 Annals of the ICRP. 25 (no 1).

[11] M. Zucchetti, ‘Caratterizzazione dell’Uranio impoverito e pericolosità per inalazione’, Giano, n.36 (sett-dic. 2000), pp. 33-44 ; R. Chiarelli, M. Zucchetti, ‘Applicazione di modelli e codici di dose alla popolazione alla dispersione ambientale di Uranio impoverito’, Convegno ‘La Prevenzione Primaria dei Tumori di Origine Professionale ed Ambientale’, Genova, Nov.2004.

[12] « U.S. Tomahawk Cruise Missiles Hit Targets in Libya », par Devin Dwyer et Luis Martinez, ABC News, 19 mars 2011.

 

 

Libye et guerre impérialiste: Une analyse de la résolution 1973 de l’ONU

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis with tags , , on 20 mars 2011 by Résistance 71

Libye : les manipulations de la gouvernance

 

Pierre PICCININ

 

Présenté par la France, avec l’appui de la Grande-Bretagne, le texte de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, voté ce 17 mars, constitue un nouveau pied de nez de la « gouvernance » pour le droit international, c’est-à-dire d’un interventionnisme arbitraire, comme au Kosovo, comme en Irak, comme en Afghanistan.

Cette résolution, en effet, présente un caractère aberrant et constitue un lourd précédent : d’une part, elle transgresse les principes de non-ingérence et de souveraineté des États et, d’autre part, elle normalise un peu plus encore la politique des deux poids et deux mesures, qui caractérise de plus en plus radicalement l’action onusienne.

Basée sur le postulat rhétorique que le gouvernement de Mouammar Kadhafi exercerait une répression criminelle « contre le peuple libyen et les populations civiles éprises de liberté » (dixit Alain Juppé, ministre des affaires étrangères français), la résolution appelle la communauté internationale à interdire tout vol dans l’espace aérien libyen et à tout mettre en œuvre pour « protéger la population civile et faire cesser les hostilités », soit un texte relativement vague qui occasionnera certainement bien des exactions de la part des États intéressés…

Or, le postulat de base est biaisé : le gouvernement libyen, au moyen de l’armée régulière, pour dictatorial qu’il soit (la légitimité d’un gouvernement, selon le droit international, ne repose nullement sur le critère démocratique), ne vise en aucun cas à massacrer des civils, mais à réprimer une rébellion, armée, qui tente de renverser par la force l’ordre établi, et ce, en outre, dans un contexte tribal qui oppose le nord-est du pays (Benghazi et Tobrouk) aux tribus, majoritaires, qui soutiennent le clan Kadhafi. Il ne s’agit donc pas d’un « dictateur massacrant son peuple désarmé » : le chef de l’État, commandant des forces armées, combat des troupes rebelles, minoritaires, qui sèment le trouble dans le pays, et ce en parfait accord avec le droit international, qui fonde la légitimé de tout gouvernement à exercer souverainement l’autorité sur son territoire, à l’intérieur de ses frontières.

Une intervention militaire à l’encontre de l’armée gouvernementale libyenne reviendrait ainsi à soutenir une rébellion armée qui tente de renverser un gouvernement légalement établi.

C’est pourquoi plusieurs membres du Conseil de Sécurité de l’ONU –et non des moindres : la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et l’Allemagne, soutenus par la Turquie- ont refusé d’avaliser cette résolution et se sont abstenus lors du vote.

En outre, comment interpréter l’attitude des puissances signataires et de la Ligue arabe (à commencer par l’Arabie saoudite), qui s’indignent des événements qui se déroulent en Libye et proposent, Qatar et Émirats arabes unis en tête, une intervention militaire, alors que, dans le même temps, le roi du Bahreïn, voisin frontalier direct du Qatar et des Émirats, massacre sans pitié son peuple, des manifestants civils, non armés, eux, avec l’appui de l’armée saoudienne envoyée à sa rescousse ? Revoilà donc les deux poids et deux mesures…

Cela étant, le gouvernement libyen, qui a déjà repris le contrôle de la majeure partie du pays, a accepté l’injonction de l’ONU, a décrété unilatéralement un cessez-le-feu pour éviter les frappes annoncées et a appelé la Chine, la Turquie et Malte à dépêcher des observateurs. Mouammar Kadhafi a ainsi désamorcé la crise et coupé l’herbe sous le pied des Occidentaux désireux de soutenir la rébellion, à commencer par la France qui avait parié un peu vite sur la chute du régime libyen et s’est trouvée en mauvaise posture lorsque celui-ci s’est révélé plus solide que prévu.

Mais la France est passée outre, invoquant la supposée fallaciosité des déclarations du gouvernement libyen, et est intervenue en frappant plusieurs cibles au sol sous le prétexte de « protéger des civils », appuyant de la sorte la contre-attaque des rebelles. En cela, la question qui se pose est de déterminer les motivations acharnées de la France à vouloir renverser Mouammar Kadhafi. L’erreur stratégique commise par l’Élysée, en reconnaissant les rebelles comme nouveau gouvernement en Libye, peut expliquer que, dorénavant, la seule option pour Paris, soucieuse de maintenir son influence sur les ressources pétrolières libyennes, est de remplacer le gouvernement Kadhafi par les leaders de la rébellion qu’elle a soutenue. Et personne n’y perdrait au change, dans la mesure où Kadhafi ne s’est pas toujours montré aussi docile que l’Occident l’avait espéré. Aussi, probablement, un nouveau gouvernement serait-il plus complaisant, constitué des ministres et diplomates qui, croyant le moment venu, ont retourné leur veste de ces derniers jours et appelé à la chute du « dictateur » qu’ils avaient pourtant si bien servi jusqu’à présent.

Mais attention, la partie n’est pas encore terminée : face à l’armée libyenne, puissamment équipée par l’industrie d’armement française, dont elle a fait les choux gras des années durant, les forces d’intervention étrangères pourraient bien y laisser des vies… Et cette résolution fumeuse, à présent qu’elle est suivie d’effets, risquerait d’entraîner la Libye dans le désordre dévastateur d’une guerre civile inextricable.

Pierre PICCININ
 Professeur d’histoire et de sciences politiques

http://www.un.org/News/fr-press/doc…

 

http://www.legrandsoir.info/Libye-les-manipulations-de-la-gouvernance.html