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Résistance au colonialisme: L’oppression française de l’intérieur vers l’extérieur est conforme aux fonctions perverses de l’État…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 août 2015 by Résistance 71

Très bonne analyse de Bouamama qui montre bien ce que nous disons depuis longtemps ici: “Nous sommes tous des colonisés !” Ce n’est qu’une question de degré coercitif en fait, mais pour qu’un État devienne colonial sur l’extérieur, il a d’abord dû passé par le stade de la colonisation interne. C’est en fait la condition sine qua non pour que l’État, né de la division politique de la société civile en dominant et en dominé, perdure et phagocyte les populations. L’État est une machine ethnocidaire qui à terme devient également une machine génocidaire, l’histoire est pavée des preuves de cette chaîne évènementielle. Si les citations de Césaire et Fanon par Bouamama sont judicieuses, nous rajouterons ceci de l’anthropologue politique anarchiste Pierre Clastres (1934-1977) qui est un de ceux qui a le mieux analysé la relation État/Société. Comme d’habitude tout bon marxiste qui se respecte ne citera pas de source anarchiste. Il est vrai que Clastres avait particulièrement démonté les deux branches “classiques” de l’anthropologie: le structuralisme évolutionniste de son professeur Lévi-Strauss en exposant les faiblesses et les manques, mais surtout la pseudo-anthropologie marxiste niant l’apartenance à l’histoire tout ce qui n’est pas “lutte des classes”, ce qui avait fait dire à Clastres: “Cela doit être si simple d’être un marxiste”…

Sur l’État Clastres disait ceci (entre autre), ce qui fait mieux comprendre la finalité colonialiste intrinsèque de l’État:

“Un rapide coup d’œil à l’histoire de notre pays est suffisant pour nous montrer que l’ethnocide en tant que la plus ou moins suppression autoritaire des différences socio-culturelles, est déjà inscrit dans la nature même et la fonctionalité de la machine étatique, qui standardise ses rapports avec les individus: pour l’État, tous les citoyens sont égaux devant la loi. Affirmer que l’ethnocide, à commencer avec cet exemple de l’État français, fait partie de l’essence unificatrice de l’État, mène logiquement à la conclusion que toutes les formations étatiques sont ethnocidaires… La violence ethnocidaire, comme la négation par l’État de la différence, est clairement une partie de l’essence de l’État des empires barbares tout comme des sociétés civilisées d’occident: toutes les formations étatiques sont ethnocidaires. L’ethnocide fait partie du mode d’existence normal de l’État. Il y a ainsi une certaine universalité à l’ethnocide, ne le rendant pas en cela une seule caractéristique du “monde blanc”, mais d’un ensemble de sociétés qui sont les sociétés étatiques. Une réflexion sur l’ethnocide implique nécessairement une réflexion sur l’État. Mais l’analyse doit-elle s’arrêter là ? Doit-elle se limiter à l’observation que l’ethnocide est l’État et que de ce point de vue, tous les États sont égaux ? […] Nous notons que dans le cas des états occidentaux, la capacité ethnocidaire est sans limite. C’est pour cette bonne raison que cela peut mener au génocide et donc nous pouvons parler du monde occidental comme étant absolument ethnocidaire. Ce qui différencie l’occident est son système économique de production… Ce qui différencie l’occident est le capitalisme et son incapacité à demeurer au sein de ses frontières. Que ce soit un système capitaliste libéral, privé comme en Europe de l’Ouest, ou planifié comme en Europe de l’Est, la société industrielle, la plus formidable machine de production est pour cette même raison, la plus horrible machine de destruction.” (“Recherches d’anthropologie politique”, Seuil, 1980)

Note: définition de l’ethnocide (Pierre Clastres): “L’ethnocide est donc la destruction systématique des modes de vie et de pensée des peuples différents de ceux qui mènent cette aventure de destruction. En somme, le génocide tue les gens en masse dans leurs corps, l’ethnocide les tue dans leur esprit.”

~ Résistance 71 ~

 

La logique coloniale française: Des Basques aux Algériens, de la “colonisation intérieure” à la “colonisation extérieure”

Saïd Bouamama

 

26 Août 2015

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/La-logique-coloniale-francaise-Des.html?lang=fr

 

Le discours sur la République et les « valeurs de la république » ont connu un retour fulgurant sur le devant de la scène politique et médiatique à l’occasion des attentats de janvier 2015 et de leur instrumentalisation idéologique par Manuel Valls. Le roman national construit par la classe dominante, comme idéologie de justification et de légitimation de son pouvoir, s’est de nouveau déployé avec ses concepts lourds et ses oppositions binaires (universalisme contre particularisme, modernité contre réaction, lumières contre obscurantisme, assimilation contre communautarisme, etc.). Nous nous sommes expliqués à maintes reprises sur les enjeux de cette séquence historique qu’a été « je suis Charlie[i] ». Nous voulons aujourd’hui faire le point sur ce qui rend possible une telle instrumentalisation : l’intériorisation massive dans une partie importante de la gauche du mythe de la « mission civilisatrice » comme outil d’émancipation des peuples de France à l’interne de l’hexagone, puis des peuples et nations d’Asie, d’Afrique et d’Amérique à l’externe. Les logiques, buts et processus qui ont présidé à la colonisation externe sont ainsi de même nature que ceux qui se sont déployés dans ce qu’il faut bien appeler une « colonisation interne ».

La colonisation comme processus de généralisation du rapport social capitaliste

Dans son historique « discours sur le colonialisme », Aimé Césaire analyse le capitalisme comme une « forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes[ii] ». Cette concurrence et cette logique extensives sont consubstantielles au capitalisme. Elles se sont d’abord déployées dans les périphéries proches des centres d’émergence du nouveau mode de production capitaliste avant que de s’étendre à des périphéries plus lointaines. 

Rosa Luxemburg souligne à juste titre que cette logique extensive suppose et nécessite la destruction des « économies naturelles », des « économies paysannes » et des cultures populaires dans lesquelles elles se sont historiquement élaborées[iii]. Marx a décrit précisément l’enjeu pour le nouveau mode de production capitaliste de cette lutte : « On avait eu une production dont seul le surplus était valeur d’échange, et qui était présupposée à la circulation ; on passe maintenant à une production qui ne fonctionne qu’en liaison avec la circulation et dont le contenu exclusif est la valeur d’échange[iv] ». Ce n’est donc pas par « méchanceté » ou par « vice » que se déploient la logique extensive et la guerre contre les « économies » périphériques (d’abord de proximité puis plus éloignées). Elles sont tout simplement la conséquence logique du nouveau mode de production. Réduire l’extension coloniale du mode de production capitaliste à une lutte contre le féodalisme en occultant qu’elle est aussi une lutte contre des « économies naturelles » et des « économies paysannes » pour reprendre les expressions de Rosa Luxemburg, conduit à la cécité face à la résistance hier comme aujourd’hui, dans l’hexagone comme à l’échelle internationale, à l’arasement et à l’uniformisation capitaliste. L’Etat français centralisateur n’a pas été qu’un outil de guerre contre le féodalisme mais aussi une machine de destruction des économies antérieures et des cultures qui les portaient. 

Parlant des périphéries extra-hexagonales colonisées, Aimé Césaire résume comme suit les caractéristiques qui en font des obstacles à détruire pour le capitalisme : 

« C’étaient des sociétés communautaires, jamais de tous pour quelques-uns. C’étaient des sociétés pas seulement anté-capitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anticapitalistes. C’étaient des sociétés démocratiques, toujours. C’étaient des sociétés coopératives, des sociétés fraternelles[v]. » 

Il y a bien sûr, idéalisation assumée de ces sociétés par Aimé Césaire car son écrit est une œuvre de lutte et de dénonciation, mais cela n’enlève rien aux principales caractéristiques de ces « économies naturelles et paysannes ». Rappeler ces faits ne veut pas dire que l’avenir est à construire par un retour vers ces formes du passé. L’histoire ne se réécrit pas en gommant certaines de ces phases mais en les dépassant vers un horizon d’émancipation. 

La prise en compte de cette base matérielle de la colonisation est essentielle pour ne pas dériver vers une opposition idéaliste (et donc impuissante) à la colonisation. Cette dernière est dotée d’un mouvement historique l’amenant à prendre différents visages en fonction du rapport des forces. Les discours sur la nation, sur l’assimilation, sur l’intégration, sur l’universalisme abstrait, etc., ne sont que des accompagnements idéologiques d’un processus d’assujettissement total d’une périphérie à un centre au profit de ce dernier. 

Ces discours ont d’abord été tenus dans le cadre de la construction nationale française avant que s’étendre à des nations ultramarines. Ils ont été des instruments de la mise en dépendance économique et de l’assimilation culturelle et linguistique des cultures de l’hexagone, avant que de servir les mêmes buts (avec des moyens plus brutaux encore) pour les autres continents. La colonisation intérieure a précédé et a rendu possible la colonisation extérieure.

L’assimilation comme outil idéologique de la construction nationale française

Frantz Fanon souligne pertinemment que le processus colonial est indissociable du racisme. Il suppose pour se déployer l’émergence et l’intériorisation de deux complexes : le complexe de supériorité pour les uns et le complexe d’infériorité pour les autres[vi]. Le rôle de l’appareil d’Etat en France a justement été de produire, de favoriser et d’étendre ces deux complexes par tous les moyens disponibles de l’inculcation idéologique à la violence ouverte. 

Dans ce processus d’assujettissement la question de la culture en général et de la langue en particulier, revêt une importance particulière. Il s’agit pour justifier l’assujettissement économique d’une périphérie à un centre de hiérarchiser les cultures et les langues. Le penseur des Lumières Denis Diderot pose ainsi comme une évidence indiscutable : « Il est légitime dans un Etat unifié politiquement, de ne trouver qu’une seule langue, et de devoir considérer les autres formes linguistiques comme étant des patois qu’on abandonne à la populace des provinces[vii]. » La confusion entre langue commune partagée et langue unique imposée révèle le processus d’assujettissement et de colonisation des périphéries. La langue étant indissociable de la culture qui lui a donné naissance, l’infériorisation linguistique est pour le mieux une infériorisation culturelle et pour le pire une destruction culturelle. Nous parlons de « mieux » et de « pire » en nous situant du point de vue des périphéries car pour le centre le « mieux » est la disparition totale de l’altérité c’est-à-dire l’assimilation. 

Suzanne Citron a mis en évidence la logique de raisonnement conduisant à ce messianisme de destruction des altérités. Elle se base sur la réduction des protagonistes de la révolution française à une lutte binaire : bourgeoisie contre féodalité. Or une telle binarité est une simplification de la réalité sociale des habitants de l’hexagone. Elle élimine le troisième protagoniste : le monde paysan, ses peuples et ses langues : 

« En amont culture aristocratique franque, monarchique, catholique, en aval culture bourgeoise et urbaine, culture de la Raison, culture des lumières ; le système de représentation qui la sous-tendait n’intégrait pas le monde rural, ses patois, ses solidarités villageoises[viii]. » 

Qu’une telle attitude suppose un complexe de supériorité du centre est évident. Il s’agit ni plus ni moins que de poser le caractère universel de la langue française en l’argumentant d’une supériorité d’essence. Voici comment en parle Bertrand Barrère de Vieuzac, député aux Etats généraux puis à la convention nationale, pour en appeler à une guerre pour éradiquer les autres langues de l’hexagone : 

« Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommages et d’erreurs […]. Il n’appartient qu’à la langue française qui depuis quatre ans se fait lire par tous les peuples […], il n’appartient qu’à elle de devenir la langue universelle. Mais cette ambition est celle du génie de la liberté[ix]. » 

Cette logique de pensée déjà hégémonique au moment de la révolution bourgeoise (qui rappelons-le se déploie à la fois contre le féodalisme et contre les économies et cultures populaires), l’est encore plus ensuite, avec comme summum la troisième république qui est tout à la fois celle de la guerre à la diversité interne et celle de la colonisation externe. La construction nationale française se bâtit en conséquence par une négation des peuples de l’hexagone (occitan, basque, breton, etc.) par une confusion entre l’unité politique et l’unicité culturelle et par une guerre à l’altérité. Mais cette négation n’est pas sans fondements matériels : elle s’enracine dans le besoin d’imposer les rapports sociaux capitalistes à des contrées fonctionnant jusque-là selon une autre logique économique. C’est pourquoi libération nationale et lutte des classes sont indissociables.

Libération nationale et lutte des classes

Parler de lutte de libération nationale à propos des peuples de l’hexagone fait courir en France un danger : celui d’être accusé de réactionnaire, de partisan d’un retour à la féodalité. Nous considérons au contraire que ne pas le faire revient à laisser le champ libre à l’extrême-droite qui sait à merveille canaliser des révoltes légitimes pour les détourner de leurs cibles réelles. Il convient donc de préciser de quoi il s’agit, non pas dans l’abstraction pure, mais dans les conditions concrètes du capitalisme français d’aujourd’hui. 

Aborder la lutte de libération nationale sans la relier à la lutte des classes est selon nous un non-sens. Elle est de fait un combat contre une classe sociale qui hiérarchise le territoire en centres et périphéries, qui ne peut que le faire, qui a besoin de le faire pour maintenir ses profits. C’est pourquoi limiter le combat à la question linguistique ne peut que produire de l’impuissance politique. A l’inverse se contenter de parler de lutte anticapitaliste sans l’ancrer dans les conséquences concrètes d’assujettissement économique et d’oppression culturelle, conduit à la même impasse. Une telle approche, encore majoritaire à gauche en France, aboutit, consciemment ou non, à un regard méprisant sur les formes de révolte qui émergent spontanément face à la domination. 

Ne soyons pas naïfs pour autant. Nos luttes contemporaines se déploient dans un cadre précis, celui de la mondialisation capitaliste et d’une Europe qui en est un des principaux pôles. Cette Europe est parcourue de contradictions, les Etats les plus puissants voulant y occuper une place hégémonique (la France et l’Allemagne en particulier). C’est pour cette raison que nous assistons pour l’Europe du Sud à un retour de mécanismes coloniaux c’est-à-dire à une logique d’assujettissement de ces économies aux centres que sont la France et l’Allemagne. L’épisode grec que nous venons de vivre en est une expression significative. Dans ce contexte nouveau des aspirations justes peuvent être instrumentalisées, des luttes légitimes peuvent être canalisées vers des objectifs réactionnaires, des réactions à l’oppression peuvent être manipulées pour asseoir d’autres oppressions. C’est ainsi au nom de la défense des droits des « minorités » que sont légitimées plusieurs des guerres impérialistes contemporaines au Moyen-Orient et en Afrique. 

En définitive la question qui est posée est celle du combat pour la fin de l’assujettissement colonial (et donc aussi du capitalisme qu’il sert) et de la conception de l’Etat qui l’accompagne. La solution n’est pas, selon nous, dans un retour au passé mais dans l’invention d’un avenir. Pour ce faire regarder ailleurs peut aider à développer un imaginaire de la libération. La Bolivie par exemple et son « Etat plurinational » peut nous aider à penser l’avenir.

NOTES : 

[i] Voir nos articles : 1) Le discours des « valeurs de la république » : Un nouveau masque de l’idéologie dominante, 2) Les fondements historiques et idéologiques du racisme « respectable » de la « gauche » française, 3) La prise en otage des enseignants ou l’instrumentalisation de l’école publique, 4) Les premiers fruits amers de l’unité nationale : Guerres, peurs, humiliation, mises sous surveillance, 5) L’attentat contre Charlie Hebdo : l’occultation politique et idéologique des causes, des conséquences et des enjeux, etc., 
https://bouamamas.wordpress.com/ 

[ii]Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence africaine, Paris, 2004 [rééd.], p. 9. 

[iii]Rosa Luxemburg, l’accumulation du capital, tome 2, Maspero, Paris, 1976, pp. 43-91. 

[iv]Karl Marx, Fondement de la critique de l’économie politique, Anthropos, Paris, 1968, tome 1, pp. 203-204. 

[v]Aimé Césaire, op.cit. 

[vi]Frantz Fanon, Racisme et Culture, in Pour la révolution africaine, La Découverte, Paris, 2001 [rééd.], pp. 37-53. Voir aussi Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, Paris, 1952. 

[vii]Denis Diderot, Langue, Œuvres, La Pléiade, Paris, 1946, p. 210. 

[viii]Suzanne Citron, Enseigner l’histoire aujourd’hui. La mémoire perdue et retrouvée, Editions ouvrières, Paris, 1984, p. 67. 

[ix]Bertrand Barrère de Vieuzac, Rapport au comité de salut public, in Michel Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel, Une politique de la langue, Gallimard, Paris, 1975.

 

Résistance au colonialisme: l’anarchisme africain… 4ème partie: Les obstacles et le futur de l’anarchisme en Afrique…

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L’anarchisme africain, histoire d’un mouvement (Extraits)

 

Sam Mbah & I.E. Igariwey

 

Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 du livre “African Anarchism, the History of a Movement”, éditions See Sharp Press, 1997.

 

Juin 2015

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Chapitre 6 Les obstacles du développement de l’anarchisme en Afrique

En substance, la théorie anarchiste est vue en Afrique comme une idéologie gauchiste de périphérie ; une indication de cela est que l’anarchisme ne reçoit généralement qu’une brève mention dans le syllabus des universités africaines.

Ceci est paradoxal parce que sur aucun autre continent l’anarchisme a eu tendance à être aussi fort qu’en Afrique, aussi parce que la perspective de tourner une action de masse en lutte de classe dans les temps modernes, demeure la meilleure en Afrique. Néanmoins, nous devons maintenant considérer les quelques facteurs qui ont œuvré contre le développement de l’anarchisme sur le continent africain.

L’éducation coloniale

Une des réalités certainement déplaisante que nous avons rencontré en écrivant ce livre fut de constater à quel point l’Africain contemporain, y compris les scientifiques africains de la socio-politique (qui ont probablement pris un cours ou deux en idéologies politiques comparatives), connaissent peu sur l’anarchisme. En termes de littérature, pratiquement rien ne peut être trouvé dans les librairies ou les bibliothèques universitaires. Ceci n’est en fait pas vraiment surprenant ; dans sa critique du marxisme, Ron Taber a fait remarquer que depuis plus de 70 ans l’anarchisme a été éclipsé par le marxisme. Nulle part ailleurs qu’en Afrique n’a été plus profonde la subordination de l’anarchisme au “socialisme” marxiste.

[…] L’éducation coloniale en Afrique n’a pas cherché à éduquer un grand nombre d’étudiants, les coloniaux sélectionnaient ce qu’ils considéraient être la crème pour des études avancées. Ceci a eu pour conséquence directe que la vaste majorité de la population africaine a été et est demeurée illétrée. En corollaire de cela, il y eut l’émergence d’une petite élite académique se considérant supérieure au reste des gens. Parce que ses assertions philosophiques et idéologiques venaient de la société de classe européenne et non pas de la société traditionnelle communaliste des sociétés africaines très peu stratifiées, l’éducation coloniale fut plus désintégrante qu’unificatrice.

L’éducation traditionnelle africaine par contraste, insistait sur l’interdépendance des individus au sein de la communauté plutôt qu’une concurrence entre eux. Elle instillait une conscience sociale de groupe et promouvait un esprit égalitaire, ceci à terme, menait naturellement sur une instance quant aux attitudes communes de partage des produits que la communauté générait.

De l’autre côté, l’éducation coloniale elle, insistait sur l’individualisme et rendit l’expérience sociale compétitive.

L’Esprit communal fut supplanté par le concept d’un soi isolé et la veulerie, le matérialisme et un désir sans frein de dominer. En conséquence, l’Afrique est devenue un continent socio-politiquement atomisé, antagoniste, formé de groupes concurrenciels, étant fortement impliqués dans les loyautés tribales et dominés par des points de vue totalement ethnocentriques.

En résumé, l’éducation coloniale a mené l’Afrique a un haut niveau d’analphabétisme combiné avec un très bas niveau de conscience politique et ce, même parmi les gens éduqués. Ni les érudits et universitaires eurocentriques ni les afrocentriques n’ont fait de recherches sérieuses sur l’anarchisme en relation avec comment il pourrait influer sur l’Afrique. Ceci a parfaitememt assuré le fait que l’anarchisme en tant que corps systémique de pensée soit demeuré un sujet “ésotérique”, si non inconnu pour bien des Africains.

Le système légal

Les systèmes légaux africains sont des gueules de bois du passé colonial. Par exemple, comme dans toute autre ancienne colonie britannique, la législation au Nigéria est tout simplement une copie de la loi coutimière et d’équité britannique. Ce système regarde les lois natives et les coutumes locales comme barbares dans la mesure où elles ne reflètent pas les standards des systèmes de valeurs européens.

Les lois coloniales furent édictées essentiellement pour “maintenir la loi et l’ordre” et ceci demeure le point cardinal des lois africaines post-coloniales. Ceci contraste sévèrement avec le système légal pré-colonial de droits et de libertés. Les sociétés traditionnelles africianes possédaient un sens intense et aigu de l’humanité et du respect de la dignité humaine.

[…] Les droits économiques et sociaux de base comme le droit d’utiliser un lopin de terre, le droit de travailler et le droit à l’éducation, étaient traditionnels et communs aux sociétés africaines et cs droits étaient reconus et protégés.

[…] Les systèmes légaux africains post-coloniaux conçoivent la loi comme un corps de règles servant à préserver l’État et la perpétuation de l’ordre et de la stabilité. Dans bien des endroits, se faire l’avocat du renversement de l’État est considéré comme haute trahison et est puni de mort.

[…]

Dans bien des parties du continent africain, des dictatures militaires et des autocraties civiles ont produit des décrets et des statuts qui interdisent aux travailleurs de s’organiser en syndicats. Dans certains pays de fait, les grèves et toutes autres formes d’action politico-sociales sont interdites.

Ainsi, dans la mesure où elle ne voit rien de mal dans le système étatique en Afrique, la Charte Africaine ne peut pas considérer les antagonismes de classes et l’oppression sévissant sur le continent africain.

Dans le même temps, aussi loin que les Africains continuent de soutenir le système légal inspiré de l’occident colonialiste et plus important, d’accepter sa logique et ses philosophies sous-jacentes, les systèmes législatifs africains demeureront un obstacle important à a liberté humaine et au développement de l’anarchisme en Afrique.

La classe militaire et le statu quo

Alors que le mécontentement continue de croître et que la possibilité d’actions révolutionnaires augmente, l’armée africaine continue d’agir pour maintenir le statu quo (oligarchique). […]

L’armée perçoit ses fonctions comme étant celles de protéger l’État de menaces internes et externes.

Alors que la radicalisation de la conscience de masse augmente, l’armée intervient sous le déguisement de tenter d’arrêter la société de glissser dans un état “anarchique”, terme délibérément mal utilisé afin d’expliquer chaos et désordre. Ce que l’armée parvient ainsi à faire est de temporairement faire reculer les gains sociaux des ouvriers et des paysans dans leurs tentatives de construire une vie bien meilleure pour eux-mêmes.

 Conscience ethnique contre conscience de classe

[…] Le processus de colonisation en Afrique par lequel des groupes ethniques furent arbitrairement regroupés en des corps politiques artificiels a résulté en l’augmentation des tensions ethniques et sociales ainsi qu’une discrimination économique.

D’après le professeur Inyang Eteng de l’Association Nigériane d’Anthropologie et de Sociologie: “la conséquence pernicieuse de la conscience ethnique est d’encourager la haine communautaire, la corruption, la violence, la manipulation religieuse, le conflit inter-ethnique et d’endommager la croissance de la conscience de classe en faveur d’une conscience ethnique et étatique.

Tout ceci rend difficle pour l’anarchisme de prendre racine en Afrique parce que les patrons trouvent toujours facilement à atomiser la classe travailleuse en soufflant sur les braises de l’ethnicité. Le mouvement ouvrier par exemple se polarise le long de fractures ethniques et les problèmes sont plus perçus au travers du prisme ethnique que politique.

[…]

Facteurs religieux et culturels

La religion est une caractéristique profonde de la vie africaine. Très longtemps avant la rencontre avec les Européens, les Africains avaient développé des systèmes de croyances religieuses et de pratiques rituelles.

[…] Malgré la compatibilité entre l’anarchisme et le mode de vie traditionnel africain, la culture africaine fait toujours les gros yeux à certaines idées entrant en conflit avec des croyances religieuses ou qui font la promotion de valeurs résidant hors de ce qu’on appelle “la norme”, spécifiquement si ces idées impliquent le renversement du système en cours.

La religion demeurera un facteur inhibitoire majeur malgré les facteurs matériels avérés de l’exploitation capitaliste, de l’inégalité socio-économique et de la tyrannie des gouvernements, tout ce qui inspire le désespoir, désespoir sur lequel toute religion se nourrit surtout celles importées d’occident.

Si la guerre est la santé de l’État, le désespoir est la santé de la religion.

Tant que les ouvriers et paysant africians trouvent des systèmes de croyance qui leur donnent un véritable espoir de bonheur dans l’ici et maintenant, ils continueront de s’aggriper au faux espoir fourni par la religion et au bonheur dans l’au-delà.

La solidarité internationale

Comme nous l’avons vu précédemment, l’anarchisme en tant que corps de pensée n’en est qu’à ses débuts de trouver des adhérents en Afrique. Il y a encore braucoup à faire. Nous devons tenir en haute priorité le besoin de rendre les gens conscients des bases théiriques de l’anarchisme et de leur faire comprendre que l’anarchisme est, et de loin, bien plus crédible que toutes les autres isdéologies socio-politiques. Aujourd’hui en Afrique, comme dans bien d’autres endroits, le mot “anarchisme” est synonyme de chaos et de violence. Mais cette image erronée changera si suffisamment de littérature devient disponible sur le sujet pour le grand public. C’est dans ce but que les groupes anarchistes africains ont besoin de produire une presse capable de diffuser des brochures, des petits livres et des bulletins d’information. (NdT: depuis l’écriture de ce livre en 1997, l’Internet a changé le monde et la façon dont nous nous informons, ceci devrait se refléter dans la diffusion de l’information anarchiste en Afrique… Compagnons… A vos claviers !!…).

Le continent africain demeure l’endroit où aucun modèle idéologique ne peut être jugé avoir eu du succès. A l’encontre de l’Europe et des Etats-Unis et le continent des Amériques où le capitalisme et le “communisme” (marxiste) ont été institutionnalisés et pratiqués avec un taux de succès mitigé, l’Afrique représente une opportunité historique pour toute idéologie capable de faire se lever les peuples contre leur misère actuelle. Les groupes anarchistes existant déjà sur ce continent doivent jouer et joueront un rôle historique important à cet égard.

[…] Sans un soutien international, ces roupes n’ont que peu de chance contre la terreur organisée et institutionnalisée de l’État. A cause de l’alliance entre l’État et le capital international, les classes dirigeantes lovales recevront le soutien de leurs collaborateurs internationaux pour écraser toute menace perçue à ses privililèges et au statu quo (oligarchique).

En dernier ressort, les classes dirigeantes locales appelleront des troupes étrangères (NdT: la France par exemple…) afin de tenter de maintenir leurs privilèges comme cela se produisit dans la province congolaise de Shaba dans les années 1960. Elles le feront. Il est très clair que le combat contre le capital transnational et contre le système étatique doit se faire internationalement si nous devons avoir un espoir de succès.

Chapitre 7 Le futur de l’anarchisme en Afrique

 

L’anarchisme dans un contexte mondial

La perspectice pour le développement et l’avènement de l’anarchisme sur le continent africain est, finalement, inextricablement liée au futur de l’anarchisme dans le monde.

[…] Les obstacles à l’anarchisme sont de manière générale, globaux, seuls leurs spécificités sont déterminées par les circonstances locales, dans le cas qui nous intéresse: l’Afrique.

Les crises du capitalisme et récemment celle du “socialisme” marxiste dans le monde entier ont, de manière historique, assurées le futur de l’anarchisme. La critique dévastatrice du capitalisme en tant que mode de production par Marx demeure toujours aussi valide aujourd’hui que quand Marx lui-même la divulga au monde ; mais la logique admirable et l’approche systématique du marxisme ont, au bout du compte, été défaites par les contradictions internes du marxisme.

[…]

Le simple fait qu’il y ait encore des postes avancés socialistes autoritaires comme la Chine, la Corée du Nord et Cuba ne désapprouve pas ce constat. Deux choses dans ces nations semblent les plus probables: un effondrement de l’idéologie du système d’état socialiste comme cela s’est produit dans les pays d’Europe de l’Est, ne pouvant plus se tenir seuls debout et une transformation du socialisme d’état au capitalisme d’état, en fait un système présentant bien des similitudes avec l’Italie fasciste de Mussolini (la Chine).

D’une manière ou d’une autre, le socialisme d’état, comme le capitalisme, est voué à l’échec. Au travers de l’histoire de l’humanité, la tendance générale du développement de la société humaine a toujours été vers l’égalité sociale et une plus grande liberté individuelle.

[…] Ainsi, étant donné les crises endémiques et insolubles à la fois du capitalisme et du socialisme d’état, l’étape suivante de l’humanité devra être presque inévitablement vers une plus grande liberté individuelle et une plus grande égalité sociale, c’est à dire vers l’anarchisme et spécifiquement vers des expressions socialies de l’anarchisme, de l’anarcho-syndicalisme et de l’anarcho-communisme (NdT: ce que ne veulent bien entendu pas les olirgarques poussant pour leur solution du “Nouvel Ordre Mondial”: la tyrannie absolue de la fusion de l’état et des grosses entreprises capitalistes en une entité de contrôle parasite planétaire et transnationale dans un mode de gouvernance étatiste néo-féodal).

Le “communisme” marxiste est une expérience qui a échoué. Elle n’a simplement pas produit ce qu’elle promettait: la liberté, le bien-être social et l’égalité sociale et au vu de son histoire au XXème siècle, il paraît maintenant évident que le marxisme ne pourra JAMAIS tenir ses promesses.

Le capitalisme ne le peut pas non plus, ceci incluant toutes ses branches de capitalisme du “laissez-faire les marchés” dont sont tant amourachés les Américians dits “libertariens” (NdT: qui se nomment eux-mêmes des “anarcho-capitalistes”, expression d’un non sens aussi total que volontairement pervers…). Une grande limitation, voire même une élimination de l’État en conservant l’économie capitaliste (comme le préconisent les “libertariens”, à ne pas confondre avec “libertaires”, synonyme d’anarchiste…), n’éliminerait pas la domination, la hiérarchie et la structure de classe. Le meilleur que cela pourrait produire serait peut-être une plus grande liberté des interférences extérieures.

Il y a près d’un siècle, Emma Goldman avait défini la “liberté positive” comme “la liberté de faire”. [..] Celle-ci est relative et non pas absolue, le mieux que l’on pourait faire est la liberté positive égalitaire. Nous ne pouvons en aucun cas y parvenir sous le capitalisme.

Ainsi, “socialisme” marxiste et capitalisme ont échoué à amener la liberté positive, le capitalisme refusant même de considérer l’aspect “égalitaire” de l’affaire…

Décidément, l’humanité peut bien mieux faire !…

La condition africaine

L’Afrique aujourd’hui est prosternée, ensanglantée et en conflit sur tous les fronts, une victime du capitalisme et dans une grande mesure aussi, des ambitions du socialisme d’état.

[…] La misère du grand nombre est le résultat de l’opulence du petit nombre, dont la main-mise sur le produit social et les ressources, en conjonction avec le pouvoir du capital international, leur confère un virtuel d roit de vie et de mort sur la vaste majorité.

Ces gens agissent comme les intermédiaires et agents commissionables des corporations multinationales (NdT: transnationales aujourd’hui en 2015), qui distribuent les contrats et les licenses d’exploitation ; la classe d’affaire locale s’approprie, avec l’aide des états vassaux, le surplus du produit social de l’Afrique.

Tandis que la classe d’affaire locale est très privilégiée en comparaison des peuples indigènes, ele a toujours un rôle servile à la classe dominante du capitalisme étranger, ceci est bien évidemment imputable à la conservation de la structure économique coloniale dans une époque se voulant “post-coloniale”.

Ceci s’accompagne bien évidemment par la coercition et la répression massive de toutes formes de protestation par la majorité pauvre des pays. Les salaires en Afrique sont parmi les plus bas au monde, ils sont si bas qu’ils ne peuvent le plus souvent pas garantir la subsistance minimum…

La situation dans les états “socialistes” à la sauce locale ne sont pas en meilleure condition.

[…] La situation s’est considérablement détériorée dans les années 1990.

L’anarchisme et la question nationale en Afrique

La question vraisemblablement la plus importante dans l’analyse de la question de l’état-nation est la “question nationale”, aussi appelée le droit à l’auto-détermination. Ce débat tourne autour des droits des différents groupes ethniques de parenir à un développement socio-culturel autonome au sein d’états existants. Cette question est particulièrement importante en Afrique quand on voit les composants hétérogènes des états. Bien des conflits civils sur le continent ont été blâmés directement ou indirectement, sur l’absence d’homogénéité des populations. Le problème est sévèrement aggravé par par les “solutions” professées par le capitalisme et le socialisme d’état, l’un offrant la liberté sans égalité et l’autre l’égalité sans liberté.

Dans les deux systèmes néanmoins, il est commun d’en appeler au “patriotisme”, un concept que Bakounine rejetait véhémentement comme étant de l’unique intérêt des classes privilégiées. Se cachant derrière une forme de patriotisme, l’état en Afrique impose l’injustice et la misère sur ses sujets, comme cela se produit bien sûr partout ailleurs.

De plus, la patriotisme produit la fausse conscience, par laquelle les individus agissent directement contre leurs intérêts, permettant aux individus de valider et de soutenir l’injustice et la misère causées par le système étatique.

Bakounine disait: “L’État restreint, il mutile, il tue l’humanité dans ses sujets de façon à ce qu’ils ne puissent jamais se hisser plus haut que le niveau de citoyen, au niveau d’Homme.

La démocratie à la sauce capitaliste et le socialisme d’état sont tous deux parvenus au plus haut degré d’oppression intensifiée à la fois raciale et nationale. Le soutien marxiste au principe national d’auto-détermination est aussi illusoire que le soutien capitaliste à la liberté individuelle.

Ainsi la question nationale en Afrique, est seulement un composant du problème principal à savoir: Atteindre la véritable égalité et liberté. De fait, aussi loin que le capitalisme et le système étatique existent, l’auto-détermination des nations ne veut rien dire.

Maximov note que sans changement fondamental “le droit à l’auto-détermination pour une nation et à une existence souveraine indépendante n’est rien d’autre que le droit de la bourgeoisie nationale à l’exploitation illimitée de son prolétariat.

[…] L’anarchisme quant à lui, voit la liberté, l’égalité et la justice sociale comme de bien plus grands objectifs que les intérêts nationaux et que la lutte pour ces objectifs plus importants doit nécessairement être internationale. De ce fait, il devient évident que l’État, toute forme d’état, peu importe son degré de nationalisme, est l’ennemi de ces objectifs. C’est pour cela que l’anarchisme rejette toute tentative de résoudre la question nationale au sein d’un contexte étatique. Maximov développe:

Une solution réelle et pleine ne sera possible que dans des conditions d’anarchie, dans un communisme émanent de la liberté de l’individu et obtenue par la libre association des individus dans leurs communes, des communes des régions et des régions des nations ; des associations fondéees sur la liberté, l’égalité et créant une unité naturelle dans la pluralité.NdT: ceci correspond tout à fait à notre vision de la société à Résistance 71, cela rejoint tout à fait ce que pensait également un des grands penseurs anarchistes, l’Allemand Gustav Landauer, ainsi bien sûr que Pierre Kropotkine.

Les anarchistes demandent la libération de toutes les colonies existantes (NdT: aujourd’hui la libération de l’Afrique sous le joug néo-colonial ne pourra se faire que lorsque les grands états coloniaux existant redeviennent eux-mêmes libres: Les USA, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Israël, les pays du Commonwealth…) et soutiennent les luttes d’indépendance nationale en Afrique et partout dans le monde aussi loin qu’elles expriment la volonté des peuples des nations concernées. Néanmoins, les anarchistes insistent particuièrement aussi sur le fait que l’utilité de l’auto-détermination sera elle-même limitée aussi longtemps qu’existent le système étatique et le capitalisme, ceci incluant le capitalisme d’état marxiste. Ces systèmes doivent disparaître.

Les implications pour l’Afrique sont évidentes. Une solution viable à la myriade de problèmes posée par la question nationale en Afrique, comme les conflits civils inter-ethniques, n’est réalisable qu’hors du contexte étatique. Ceci demande la destruction du système et des institutions de l’État et une solidarité internationale concertée ainsi qu’une action révolutionnaire. L’élimination du système étatique est un objectif à long terme qui sera difficile à établir, mais cela est préférable à l’approche mécanique actuelle comme exprimée dans la création de la multiplicité d’état nations non viables à travers le continent.

L’anarchisme la voie progressiste pour l’Afrique

La pertinence de l’anarchisme dans la société humaine n’a été nulle part plus évidente qu’en Afrique.

[…] Les choses sont hors de contrôle depuis bien trop longtemps et seule un remède drastique pourra satisfaire une population dont la colère et l’amertume s’accroissent sans cesse du Cap au Caire. Ces conditions incluent semble t’il endémique problème des conflits ethniques au travers du continent, la marginalisation politique et économique continuelle de l’Afrique au niveau mondial, la misère indescriptible dans laquelle vit près de 90% de la population africaine et de fait, l’effondrement des états-nations dans bien des parties du continent.

Devant cette masse de problèmes, un retour aux “éléments anarchistes” du communalisme africain est virtuellement inévitable. L’objectif d’une société autogérée née de la volonté libre des peuples et dénuée de contrôle autoritaire et de régimentation est aussi attractive que faisable sur le long terme.

A l’échelle globale, la civilisaion humaine passe au travers d’une période de transition occasionnée par l’effondrement du “socialisme” marxiste et de l’évidente crise insoluble du capitalisme et de son système d’état-nation.

Où allons-nous à partir de là ?

Comme nous l’avons noté auparavant, toutes avances faites dans l’histoire humaine ne furent possibles que par la quête incessane de l’humanité pour la liberté et la solidarité. Comme cet élan semble être un instinct naturel de l’Homme et, en tant que tel, ne risque pas de disparaître dans le long terme, il s’ensuit que l’évolution continue de la société se fera en direction de la liberté, de l’égalité et de la communauté.

Le processus de transformation anarchiste de l’Afrique pourrait en comparaison être prouvé plus facile étant donné que l’Afrique n’a pas une base profonde capitaliste, ni de formations de classes et relations de production bien marquées ni même d’un système étatique stable et bien établi. Ce dont nous avons maintenant besoin est d’un programme à long terme de construction de conscience sociale et politique, d’une éducation utile et d’une participation individuelle plus importante dans les luttes sociales. Dans le même temps, les crises et les mutations du capitalisme, du “socialisme” marxiste, du système étatique, individuellement et collectivement, ne peuvent que s’accélerer (NdT: regardons où en sont ces systèmes depuis 1997 !! Le monde est au bord de l’effondrement, nous disons: aidons le à s’effondrer MAIS la conscience politique claire d’établir une société égalitaire et de libre association, seuls attributs garantissant l’avancée de l’humanité vers le bonheur pour tous ici et maintenant et non pas dans un chimérique au-delà mythologique…).

Pour l’Afrique en particulier. Le développement à long terme n’est possible que s’il y a une cassure radicale d’avec à la fois le capitalisme et le système étatique mortifères, les principaux instruments de l’arrêt de notre développement et de notre stagnation.

L’anarchisme est la voie de sortie pour l’Afrique !

Fin

= = =

Liens pour développer un conscience anarchiste africaine:

Le blog de l’auteur Sam Mbah (décédé en décembre 2014):

http://sammbah.wordpress.com/

Afrique du Sud:

http://zabalazabooks.net/

http://zabalaza.net/home/

http://struggle.ws/africa/

L’anarchisme en terre africaine:

http://adnauseam.medialternative.fr/l-anarchisme-en-terre-africaine,101.html?lang=fr

http://adnauseam.medialternative.fr/-anarchie-en-afrique-.html?lang=fr

http://fra.anarchopedia.org/Anarchie_en_Afrique

Lettres ouvertes sur le devoir de mémoire…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 février 2015 by Résistance 71

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE TOUS LES FRANCAIS

 

Joëlle URSULL

 

30 Janvier 2015

 

url de l’article:

http://www.ichrono.info/index.php/actualite/item/524-joelle-ursull-n-est-pas-contente-et-voici-sa-lettre-ouverte-au-president-de-tous-les-francais-shoah-esclavage-non-a-la-hierarchisation-des-horreurs-de-l-humanite

 

Vous avez osé, Mr Hollande, en 2015 au vu et au su de tous, insulter par omission des peuples, oui des peuples entiers. Lors de la commémoration du 70ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, vous avez affirmé que : « LA SHOAH EST LE PLUS GRAND CRIME, LE PLUS GRAND GENOCIDE, JAMAIS COMMIS ».

Alors Mr le président je suis furieuse d’une telle déclaration. Car ou vous êtes inculte ou vous faites semblant de l’être……..
C’est ce genre d’hiérarchisation des horreurs de l’humanité, qui engendrent d’autres discriminations, toutes aussi pernicieuses. Voilà pourquoi de nos jours en France, si vous marchez sur le pied d’un juif, c’est une agression antisémite. Mais le tort fait aux autres (Noirs, Maghrébins etc.) c’est juste du racisme ordinaire. C’est à s’y perdre Mr le président. Alors comment expliquer le fait lorsque vos compatriotes noirs, arabes ou asiatiques sont agressés par des activistes d’extrême droite, il ne se trouve aucun homme politique pour le dénoncer autant que s’il s’agissait d’un acte antisémite ? Et dans le dernier malheur ayant touché notre pays et fait 17 victimes, dont 4 juifs, l’attention du grand public n’est presqu’attirée, que sur ces 4 victimes. Rendre hommage à la mémoire de ces victimes et compatir à la douleur de leurs familles est un devoir noble qui nous incombe tous. Mais n’est ce pas excessif et discriminatoire, de vouloir inscrire l’histoire de la shoah à l’école, en oubliant les autres histoires comme celle de vos compatriotes descendants de millions de déportés africains ?

Mon but ici n’étant pas de chercher à communautariser ni l’Histoire ni les Mémoires, ce qui serait la porte ouverte à une hiérarchisation victimaire. Car il n’y a pas de degrés dans l’horreur, ni de monopole de la souffrance. Aussi, comme l’histoire nous l’enseigne la Shoah et ses 6 millions d’innocents immolés, est une de ces taches indélébiles et inoubliables dans l’histoire de l’humanité. Mais force est de reconnaître aussi, que la dimension prise par la traite et l’esclavage dont ont été victimes les peuples noirs, dépasse en nombre de morts, en traitement des victimes déportées, en durée et en horreurs, tout ce qui l’avait précédée ou suivie. La traite négrière, invention du monde arabo-musulman aura concerné près de 17 millions d’individus. Quant au commerce triangulaire – dont la France a une très grande responsabilité -, les historiens admettent qu’environ 11 millions d’Africains furent déportés dans le Nouveau Monde. Soit pour l’ensemble de ces déportations, 28 millions de malheureux ont été arrachés à leurs terres, pour subir les traitements les plus inhumains. Et que pour un captif, 3 à 4 autres furent décimés, du fait des guerres, des incendies de villages, de greniers et des épidémies résultant de ces horreurs.

Les statistiques sur le nombre des morts (environ 80 millions), donnent le vertige. Cette entreprise gigantesque, qui aurait pu conduire à la disparition totale des peuples noirs sur le continent africain, ne saurait être comparée à aucune autre dans l’histoire. Et aujourd’hui vos compatriotes descendants de ces horreurs, ont appris à panser leurs blessures dignement et en silence. Ils avancent sans courber le dos, la tête haute malgré tout ! Votre phrase est donc une offense pour tous ces peuples, une offense pour tous ces Noirs français et qui ont voté pour vous, moi la première (et je m’en mords les doigts)…. Quant à Mme Christiane TAUBIRA, à quoi sert votre loi sur la traite négrière ? Votre silence me glace le sang ! Votre collègue ministre de l’Outre- mer G. Pau-Langevin est aussi muette que vous, encore plus muets, le sont nos présidents de régions et nos députés ultra-marins, c’est triste……..

Mr le président François HOLLANDE nous exigeons des excuses. Veuillez prendre connaissance du manifeste du « Collectif des Nègres Insoumis », pour vous rappeler certaines réalités de l’Histoire et rendez-vous aux prochaines élections !!!
.

JOELLE URSULL
 Artiste guadeloupéenne et….. Française (uniquement sur papier sans doute) descendante d’esclaves africains et fière de l’être.

LE COLLECTIF  » NEGRES INSOUMIS « 

LETTRE OUVERTE AU GOUVERNEMENT ET MEDIAS FRANCAIS

Nous, Nègres qui avons contribué à la richesse de la France gratuitement, esclavage oblige…..

Nous, Négres qui avons allaité et éduqué les enfants des maîtres pendant l’esclavage(les femmes blanches avaient autre chose à faire)……

Nous, Nègres qui avons été trahi avec « leur BUMIDOM, sans dédommagement aucun ……

Nous, Nègres, Indiens de le Réunion qui avons été adopté illégalement, avec la complicité de l’état……..

Nous Nègres qui avons nettoyé vos rues, quand aucun blanc ne le voulait….

NOUS Nègres empoisonnés par la chlordécone avec la complicité de l’état…

Nous Nègres Guyanais laissés pour compte et surveillés par les renseignements généraux et légionnaires, sans compter les retombées inexistantes de Kourou pour la Guyane (Ariane etc.)

Nous Iliens du pacifique qui avons été empoisonnés par les essais nucléaires Français

Nous Nègres qu’un ex président français inculte a effacé des livres d’histoire !!!!

Nous Négres, qu’un pape a traité de sans âme (pour pouvoir continuer la traite des nègres sans remords)

Nous Nègres qui avons été dissidents ,qui avons combattu au nom de la patrie FRANCE

Nous, Nègres spoliés de nos terres de notre histoire, de nos plantes, de notre culture,
Nous Nègres avilis ,tués, emprisonnés à cause de notre peau

Nous Nègres gendarmes, policiers, avocats, enseignants, infirmiers, docteurs, écrivains, chercheurs, aide soignants, artistes,

Nous Nègres acteurs ,sportifs ,inventeurs ,éducateurs etc. etc. tous ceux qui contribuent à faire fonctionner la FRANCE

Nous Nègres salis par des Zemmour, des animateurs ,des journalistes, des humoristes et autres ……donc par les médias……

Nous Nègres qui avons supporté humiliations, pardonné, essayé le vivre ensemble

Nous, Nègres, Métis, Basanés, tous ceux qui ne sont pas vraiment blancs pour la France

Nous Nègres, fatigués de ces clichés avilissants et répétitifs……

Aujourd’hui nous voulons le respect …un respect que nous ne quémandons pas mais que nous exigeons ….

Trop c’est trop
Quand nous, nous parlons d’agressions racistes, certains nous traitent de paranoïaques…..

Mais quand ce sont des agressions contre des personnes de confession juive, là ce n’est pas pareil, c’est flagrant….

Tous les jours des inconnus (noirs, métis maghrébins, indiens) subissent des agressions racistes
Et vous osez vous offusquer du racisme à l’envers de certains, comme vous aimez l’appelez …

Encore heureux qu’il y ait des lois pour empêcher de tirer à vue sur toutes personnes basanées …..

Nous avons été des MARTIN LUTHER KING, des GHANDI …………

MAIS NOS ENFANTS SONT des LUMUMBA , des SANKARA ,des MALCOM X , des SHAKA ZULU ,des ALIKER ,
des CESAIRE, des ROSA PARK, des BERTHELOT, des MONA, des VELO ,des Guy KONKET ,des Tien jah FAKOLY, des Tidiane N’DIAYE, des Maryse CONDE ….et j’en passe ……..

AU NOM DE LA PAIX ET DES 3 MOTS QUE VOUS CONNAISSEZ BIEN

LIBERTE EGALITE FRATERNITE

NOUS N’ACCEPTERONS PLUS CES DISCRIMINATIONS

NOUS ALLIERONS TOUTES NOS FORCES, NOUS ECRIRONS, NOUS MANIFESTERONS

NOUS FERONS TOUT CE QUI PEUT ÊTRE FAIT ENSEMBLE….

UN TEMPS, CERTAINS ONT DIVISE POUR POUVOIR MIEUX REGNER

IL EST TEMPS DE CHANGER TOUT CELA

LE COLLECTIF  » NEGRES INSOUMIS « 

Merci à T NDIAYE, Merci à Joelle et je comprends sa colère. Il ne faut pas surcharger les souffrances et hiérarchiser les horreurs de l’humanité pour plaire à une communauté. Pape CISSOKO Ichrono

Résistance au colonialisme: L’armée française rackette pour le gros business…

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 décembre 2014 by Résistance 71

L’article de Granvaud cite les troupes de marine dite de la « coloniale », profitons-en pour rappeler ce que déclarait un officier supérieur d’autres troupes coloniales, celles des Etats-Unis, le général du Corps des US Marines (USMC) Smedley Butler, Marines qui sont ce que nous appelons en France les régiments RIMA et RPIMA. Voici ce qu’ils disaient dans les années 1930 dans son livre célèbre « War is a Racket », « La guerre est un racket »:

« J’ai passé 33 ans dans les Marines, la plupart de mon temps comme un garde du corps du gros business de Wall Street et des banquiers. En bref, j’étais un racketteur pour le capitalisme. »

Qu’a fait et que fait toujours l’armée française et sa « coloniale » en République Centre Africaine, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Sénégal, au Burkina Faso, au Niger, en Algérie.

Éclairage…

— Résistance 71 —

 

Le dossier noir de l’armée française en Afrique

 

Raphaël Granvaud

 

3 décembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.michelcollon.info/Le-Dossier-noir-de-l-armee.html?lang=fr

 

Que fait l’armée française en Afrique ? (1) , c’est le titre du dernier “ Dossier noir ” de l’association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

La troisième partie de votre livre s’intitule “la réhabilitation du colonial”, j’ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l’armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s’il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n’avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une “plus grande France” (formule qui désignait l’empire français)…

Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu’il s’agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l’idée que “la France doit garder son rang dans le monde”. On sent bien que c’est l’argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d’entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D’ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l’armée française.

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c’est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n’y a quasiment jamais eu d’agressions extérieures, l’armée française n’a servi qu’à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires.

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d’occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l’ “ennemi intérieur” et non à celui d’une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses.

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu’au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l’armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l’armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la “guerre révolutionnaire”, de la “contre-insurrection” qui veut que le rôle principal de l’armée soit le “contrôle de la population”. Mais pour les armées africaines, il ne s’agit pas du contrôle d’une population étrangère comme dans le cas de l’armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l’armée française a employées dans ses guerres coloniales. C’est ce qui s’est passé au Cameroun, au moment de l’indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l’UPC (Union des Populations du Cameroun). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d’officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l’ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du “ contrôle de la population ” conduit au génocide…

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n’ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d’Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d’exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l’usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur “ savoir-faire ”… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j’ai essayé de montrer, c’est que cette tradition de la “guerre révolutionnaire” se poursuit aujourd’hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la “guerre contre-insurrectionnelle”), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de “pacification” fin 19ème – début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s’agit de penser des situations de conflit comme celles de l’Afghanistan ou de la Côte d’ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l’armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l’armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu’il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L’armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu’armée d’occupation. C’est la question du “contrôle des populations”. Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L’armée française se flatte d’être capable d’agir de manière psychologique, en menant des opérations “civilo-militaires” pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l’Indochine, qu’on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l’ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L’armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ?

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d’un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d’opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs “culturalistes” reposent sur des conceptions complètement dépassées d’un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d’officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : “la présence de l’armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l’avenir”. Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l’indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s’est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l’UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre “anti-insurrectionnelle” ?

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l’excellent documentaire “Autopsie d’une indépendance” (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que “ce n’est pas important”. Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d’une “décolonisation douce”…

La “ décolonisation en douceur ” reste la version officielle si l’on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l’étude de la décolonisation c’est de montrer qu’il y a eu, d’un côté, une décolonisation violente, celle de l’Algérie et, de l’autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de “douce”. Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c’est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l’a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s’est accompagné d’un processus d’élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d’hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l’après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d’espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d’un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu’il s’agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l’armée française. Dans votre livre vous mentionnez un “détail” qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la “Coloniale”…

Les questions de tradition et d’identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l’armée française issue de l’armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l’esprit et les méthodes. Les prises d’armes comme les éditoriaux de leur revue L’Ancre d’or continuent à se clôturer sur ces mots “ Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! ”

Et j’imagine qu’on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.

Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations “coups de poing”, des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d’entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s’était flattée d’avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s’étaient plaints auprès de leur hiérarchie d’avoir eu à subir la vision d’actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France…

Est-ce qu’il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l’été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d’être informé d’une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu’une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n’y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd’hui l’exemple le plus caricatural de l’ingérence militaire française dans certaines régions d’Afrique. Vous consacrez d’ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d’intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l’intervention des parachutistes français) : l’armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l’ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d’opération reste aujourd’hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l’armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l’aéroport d’où ont pu décoller les mercenaires d’Idriss Deby… D’après le journal La Croix, la “sécurisation” de l’aéroport de N’Djamena s’est accompagnée aussi d’une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n’est toujours pas reconnue par les autorités françaises…

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l’armée française en RCA.

Dans le rapport qu’elle a publié en 2007, l’ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l’armée centrafricaine à l’égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s’agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l’armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l’époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu’il s’agissait d’une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des “indépendances” africaines ?  On sent qu’il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n’est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy [ et François Hollande] sur la question de l’Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n’en voit pas : c’est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire…

Source : Survie

Notes

  1. Que fait l’armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.
  2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.
  3. Cameroun, Autopsie d’une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52′, production : France 5 / Program 33, 2007.

Quelques références :

En Centrafrique, stratégie française et enjeux régionaux http://www.monde-diplomatique.fr/20…

État d’anarchie (rapport Human Rights Watch sur la RCA) Rébellions et exactions contre la population civile http://www.hrw.org/fr/reports/2007/…

Cameroun : retour sur une décolonisation sanglante http://www.afriscope.fr/spip.php?ar…

Où est le “centre” de l’Afrique ? http://www.africultures.com/php/ind…

Marchés militaires et économie de la prédation, des pays du lac Tchad et du Soudan occidental au Golfe de Guinée. http://www.africultures.com/php/ind…

Cinquante ans de décolonisation africaine http://www.africultures.com/php/ind…

Résistance au colonialisme: Thomas Sankara, un héros de l’Afrique…

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Vie et combats de Thomas Sankara

 

Saïd Bouamama

 

19 Novembre 2014

 

Url de l’article original:

http://www.michelcollon.info/Vie-et-combats-de-Thomas-Sankara.html?lang=fr

 

« Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du tiers monde ». Thomas SANKARA, « La liberté se conquiert par la lutte », Discours à l’Assemblée générale des Nations unies, 1984. Investig’Action offre à ses lecteurs un extrait du livre Figures de la révolution africaine de Saïd Bouamama consacré à la figure révolutionnaire de Thomas Sankara.

Au sommet de l’OUA, en juillet 1987, le président du Faso lance devant ses homologues ébahis un mémorable discours qui restera dans l’histoire comme l’un des plus marquants manifestes contre les dettes injustes et illégitimes :

La dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont eux qui nous ont colonisés. Ceux sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies […].

La dette, c’est encore le néocolonialisme où les colonialistes se sont transformés en assistants techniques (en fait, nous devrions dire en « assassins techniques »). Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement […]. On nous a présente des dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. […]

Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang […].

Quand nous disons que la dette ne saura être payée, ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. [C’est parce que] nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n’y a pas la même morale » .

Moins de trois mois après, Thomas Sankara est assassiné. Il avait prévu cette possibilité en soulignant à Addis-Abeba la nécessite d’un refus collectif du paiement de la dette « pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner ».

Et de prophétiser : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas la à la prochaine conférence. »

« ON PEUT TUER UN HOMME MAIS PAS DES IDÉES »

Sankara sait de quoi il est question lorsqu’il parle de la dette. L’expérience révolutionnaire du Burkina est menacée par les remboursements de cette dette, dont le poids est devenu insupportable alors que dans le même temps l’aide internationale chute de 25 % et l’aide bilatérale française passe de 88 millions à 19 millions de dollars entre 1982 et 1985 .

Ce cadre de contrainte conduit, des 1983, à une rigueur implacable que Sankara s’applique d’abord à lui-même et à ses proches. Le président du Faso ne dispose que de deux outils pour améliorer les conditions matérielles d’existence des plus démunis et financer le développement autocentré. Le premier est la baisse des dépenses de fonctionnement des services publics. Le second est la mise à contribution des seuls contribuables qui ont un revenu stable, les salariés urbains et en particulier les fonctionnaires. La hausse des cotisations sociales et taxes diverses s’appliquant aux fonctionnaires est constante. Journaliste spécialiste du Burkina Faso, Pascal Labazée estime à 30 % la baisse du pouvoir d’achat des salaires urbains entre 1982 et 1987 .

Petit à petit, les contradictions s’exacerbent entre les fonctionnaires et le pouvoir. Elles sont en outre entretenues par l’opposition. Le Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV), dont plusieurs dirigeants sont membres du Front patriotique voltaïque, une organisation s’opposant au CNR se fait le porte-parole du mécontentement.

L’arrestation, le 12 mars 1984, de quatre dirigeants de ce syndicat pour « complot contre la sûreté de l’État » entraîne un mot d’ordre de grève pour les 20 et 21 mars. Dès le lendemain, le ministre de la Défense annonce sur les ondes le licenciement des 1 380 enseignants grévistes. La Confédération syndicale burkinabé (CSB), proche du PAI, reste pour sa part plus longtemps fidèle au régime révolutionnaire. Mais, se montrant plus revendicative à partir de 1984, lorsque le PAI rompt avec le CNR, elle est à son tour confrontée à la répression. Son secrétaire général est arrêté, l’accusation d’« anarcho-syndicalisme » entre dans le discours officiel et le président du Faso perd ainsi un de ses alliés les plus anciens et les plus importants. Confronte à cette grave crise sociale, Sankara explique ainsi son dilemme :

« Il y a un choix à faire. Ou bien nous cherchons à contenter les fonctionnaires – ils sont à peu près 25 000, disons 0,3 % de la population –, ou bien nous cherchons à nous occuper de tous ces autres qui ne peuvent même pas avoir un comprimé de nivaquine ou d’aspirine et qui meurent simplement quand ils sont malades » .

Si l’on peut comprendre que la priorité de Sankara aille à la seconde catégorie, la question du rythme des changements est plus discutable. Pour évaluer ce rythme, il manque au président du Faso un outil de liaison politique permanent avec les différents secteurs sociaux des classes populaires. La division des organisations politiques de gauche les empêche de jouer cette fonction politique. Sankara ne ménage pas ses efforts pour les faire converger mais, comme il l’explique en 1984, il ne veut pas reproduire les erreurs d’autres expériences révolutionnaires africaines :

« Nous pourrions, bien sûr, créer un parti tout de suite […]. Mais nous ne tenons pas à calquer, à reproduire ici naïvement, et d’une manière plutôt burlesque, ce qui a pu se faire ailleurs. Ce que nous aimerions, c’est d’abord tirer profit des expériences des autres peuples. […] Nous ne voulons pas qu’elle [l’organisation] s’impose de manière dictatoriale ou bureaucratique, comme cela a pu se passer ailleurs… Il faut qu’elle soit […] l’émanation d’un désir populaire profond, d’un vœu réel, d’une exigence populaire » .

Les CDR de leur côté ne peuvent pas non plus assurer cette fonction politique. Ce sont les militaires qui héritent dès le début du secrétariat général des CDR. Le capitaine d’aviation Pierre Ouedraogo, « un des amis de Sankara issus du cercle politique de la première heure » ( ), est nommé secrétaire général national des CDR. Il impulse une logique du changement « par en haut » tendant ainsi à transformer ces structures censées être de « démocratie directe » en simple « courroie de transmission ». Plus grave, les CDR sont instrumentalisés au service de la lutte au sein du CNR.

« Ainsi, résume Bruno Jaffré, les CDR ont incontestablement joué un rôle répressif en procédant à des arrestations arbitraires souvent sur ordre du secrétariat général des CDR. Ils ont aussi participé aux différentes offensives qui ont eu lieu contre les syndicats et servi de masse de manœuvre dans la sourde bataille que se livraient les différentes factions politiques pour le contrôle du pouvoir note. »

Les interventions du président du Faso en avril 1986, lors de la première conférence nationale des CDR, soulignent son inquiétude sur les nombreuses dérives de ces organismes. Il y dénonce certains CDR qui « deviennent de véritables terreurs pour les directeurs », épingle ceux qui « arborent tout un arsenal d’armes » et utilisent la menace et condamne ceux qui « ont fait des choses exécrables » et qui « ont profité de la patrouille pour piller note ».

Dans de nombreux villages, les CDR ne jouent pas non plus le rôle prévu et leurs élus sont soit les notables traditionnels, soit des hommes à leur service. Analysant l’évolution du pouvoir local villageois dans l’Ouest burkinabé, le sociologue Alfred Schwartz conclut à la continuité réelle sous l’apparence du changement, c’est-à-dire « à une subordination de fait du pouvoir “révolutionnaire” au pouvoir coutumier note ».

L’ampleur des changements effectués, le rythme intensif avec lequel les réformes sont menées, l’importance des efforts demandes, les rancœurs que suscitent ces bouleversements et l’absence d’élections toujours inquiétante dans un pays qui se revendique du « peuple » tendent à se coaguler pour nourrir une opposition diffuse qui gagne en audience et à reléguer au second plan les améliorations pourtant palpables pour la grande majorité. Quelques mois avant son assassinat, Sankara semble pourtant avoir acquis une vision plus réaliste de la situation. Dans son discours célébrant le quatrième anniversaire de la révolution, le 4 août 1987, il appelle à une pause des reformes afin « de tirer les leçons et enseignements de notre action passée pour […] nous engager davantage dans la lutte de façon organisée, plus scientifique et plus résolue » .

Sankara semble lui-même quelque peu dépasse par les événements, comme il le reconnaît avec humilité dans une interview télévisée :

« Je me retrouve un peu comme un cycliste qui grimpe une pente raide et qui a, à gauche et à droite, deux précipices. […] Pour rester moi-même, pour me sentir moi-même, je suis obligé de continuer dans cette lancée … »

Ces contradictions internes sont attentivement scrutées par les multiples adversaires extérieurs du régime sankariste. Du pouvoir malien, secoue par des agitations lycéennes et étudiantes en décembre 1985 et qui déclenche une nouvelle guerre contre le Burkina dans cette période, à celui de la Côte-d’Ivoire qui accueille les opposants burkinabé, nombreux sont les dirigeants des pays limitrophes que gène le bouillant président du Faso. La France, ancienne puissance coloniale, craint pour sa part ce dirigeant qui condamne ouvertement le franc CFA comme « une arme de la domination française » et la Francophonie comme « une stratégie néocolonialiste » .

Et qui, en plus de boycotter le sommet franco-africain de Lomé (novembre 1986), n’hésite pas à critiquer publiquement François Mitterrand. C’est le cas notamment lors de la visite officielle de ce dernier au Burkina Faso, en novembre 1986, lorsque Sankara critique, dans un style offensif qui rappelle le « non » de Sékou Touré à de Gaulle en 1958, la récente visite du président sud-africain Pieter Botha en France :

Nous n’avons pas compris comment des bandits comme [le guérillero angolais] Jonas Savimbi [et] des tueurs comme [le président sud-africain] Pieter Botha ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en porteront l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours.

Certes, personne ne peut encore dire de manière certaine qui sont les commanditaires de l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 1987, lors du coup d’État qui permet à Blaise Compaoré de prendre le pouvoir. En revanche, la question que Sankara lui-même posait à propos de l’assassinat du président mozambicain Samora Machel, décédé en octobre 1986 dans un accident d’avion, est pertinente dans son propre cas :

« Pour savoir qui a tué Samora Machel, demandons-nous qui se réjouit et qui a intérêt à ce que Machel ait été tué. » ( ) On ne peut alors que constater que la mort de Sankara et la politique de « rectification » lancée par Compaoré ont permit au système « françafricain », qui n’a cessé de se reproduire depuis les indépendances de 1960 (voir chapitre 6), de reprendre la main sur un pays qui risquait, sous l’impulsion de son révolutionnaire chef d’État, d’emmener ses voisins sur les chemins de l’insoumission.

Les causes qui ont fait émerger la révolution sankariste, à savoir l’oppression, l’exploitation et l’injustice, n’ayant pas disparu, il est peu probable que les principes que Sankara a tenté de mettre en pratique se perdent dans l’oubli. « On peut tuer un homme mais pas des idées », aimait-il lui-même à répéter.

Extrait du livre « Figures de la libération africaine. De Kenyatta à Sankara », Saïd Bouamama, Paris Zones, 2014.

Guerre et impérialisme occidental: La France et les trois angles morts de la commémoration

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Les manipulations médiatiques sur les poilus lors de la commémoration de l’armistice

 

Saïd Bouamama

 

17 Novembre 2014

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/Manips-sur-les-poilus-3-angles.html?lang=fr

 

Le centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale a donné une dimension particulière aux cérémonies de commémoration de l’armistice. L’inauguration d’un « Anneau de la mémoire » à Notre-Dame-de-Lorette par le président de la république a été une nouvelle occasion de justifier les interventions militaires françaises en Afrique et au Moyen-Orient. « Ce sont nos militaires qui se battent encore au Mali, qui évitent des massacres en Centrafrique ou nos aviateurs qui en Irak luttent contre le fanatisme » déclare François Hollande pour souligner que « la paix a besoin de militaires ». Les discours politiques et médiatiques à l’occasion de cette commémoration font apparaître au moins trois angles morts : le silence assourdissant sur les mutineries de soldats, le mutisme généralisé sur les conditions de recrutements des « tirailleurs » issus des colonies, l’absence de référence aux modalités d’utilisation de ces soldats coloniaux. Ces angles morts non exhaustifs sont au service d’une conclusion mensongère assénée en permanence : l’Europe c’est la paix.

Silence assourdissant sur les mutins et fusillés pour l’exemple

Il a beaucoup été question de « patriotisme » dans le discours de Hollande à l’occasion du 11 novembre (1). Il en appelle même à un « patriotisme social » c’est-à-dire à une « Union sacrée » qui unirait ceux que leurs intérêts économiques et sociaux opposent. Au cours de la première guerre mondiale certains vont refuser cette « Union sacrée » pour une guerre qui n’est pas la leur. Henri Barbusse a dès 1916 décrit le sentiment vécu par de nombreux poilus d’une guerre où certains meurent pour les profits d’autres :

« Après tout pourquoi fait-on la guerre ? Pourquoi, on n’en sait rien ; mais pour qui, on peut le dire. On sera bien forcé de voir que si chaque nation apporte à l’idole de la guerre la chair fraîche de quinze cents jeunes gens à égorger chaque jour, c’est pour le plaisir de quelques meneurs qu’on pourrait compter ; que les peuples entiers vont à la boucherie, rangés en troupeaux d’armées, pour qu’une caste galonnée d’or écrive ses noms de prince dans l’Histoire ; pour que des gens dorés aussi, qui font partie de la même gradaille, brassent plus d’affaires […] Et on verra, dès qu’on ouvrira les yeux que les séparations qui se trouvent entre les hommes ne sont pas celles qu’on croit, et que celles qu’on croit ne sont pas (2). »

Les formes d’expression du refus plus ou moins affirmé de participer à la guerre sont multiples : automutilation, refus de montée en ligne, non-exécution des ordres, etc. Ils seront nombreux à être « fusillés pour l’exemple » après le passage devant une justice militaire sommaire. Les évaluations quantitatives du nombre de fusillés diffèrent. Elles varient de 500 à 800 soldats pour l’ensemble de la guerre (3) pour un total de 3500 condamnations pour refus de combattre. Au cours de l’année 1917 le refus de la guerre se fait collectif sous la forme de mutineries. On en dénombre 111 pour l’année 1917 conduisant à 1700 condamnations (4). Si les motivations des mutins sont multiples et hétérogènes, le refus de l’Union Sacrée est incontestable comme en témoigne les paroles de la chanson de Craonne écrites par un auteur anonyme :

Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront, Car c’est pour eux qu’on crève, Mais c’est bien fini, car les trouffions, Vont tous se mettre en grève, Ce s’ra vot’ tour messieurs les gros, D’monter sur le plateau, Et si vous voulez faire la guerre, Payez-la de votre peau (5)

Jusqu’à aujourd’hui la réhabilitation collective des fusillés et mutins est une revendication d’un collectif d’associations regroupant la Libre pensée,l’Union pacifiste, la Ligue des droits de l’homme et l’Association républicaine des anciens combattants. Pour ne pas avoir à réhabiliter ces victimes d’une guerre impérialiste, François Hollande a demandé le 7 novembre 2013, qu’un espace soit consacré aux Invalides aux 639 soldats fusillés pour désertion au cours de la guerre. Cette esquive tente de calmer les revendications de réhabilitation tout en maintenant un silence sur le caractère impérialiste de la guerre. Les médias contribuent par leur silence à cette esquive idéologique consistant à classer une question sans la traiter réellement.

Mutisme généralisé sur le « recrutement » des soldats coloniaux

Les soldats coloniaux ont été en revanche présents dans le discours commémoratif du président. Le monument de Notre-Dame-de-Lorette comprend des noms de soldats issus d’une quarantaine de pays dont ceux issus des anciennes colonies. Le 7 novembre 2013, lors du lancement des commémorations officielles du centenaire de la Grande Guerre, le président de la république déclare :

« Comment ne pas saluer les 430 000 soldats venant de toutes les colonies, de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur. Ils y ont participé pour la France, et cet engagement fut ensuite au cœur de leur légitime exigence d’émancipation et d’indépendance. La France a souscrit une dette d’honneur à l’égard de leurs descendants qu’ils soient en Afrique, en Asie ou qu’ils soient aujourd’hui citoyens français. Cette dette d’honneur, nous l’honorons, en ce moment-même au Mali, pour lutter contre le terrorisme et préserver, à notre tour, l’intégrité d’un pays démocratique (6). »

Associer la mémoire des soldats coloniaux à une intervention militaire néocoloniale révèle une logique de pensée qui n’a en rien rompu avec le mépris des indigènes qui a marqué toute l’époque coloniale et tout l’empire colonial français. Présenter l’enrôlement des indigènes comme un « engagement » est tout simplement un mensonge. Rappelons également que le mépris colonial a été présent jusqu’au traitement des « fusillés pour l’exemple » pendant la guerre. Le général Foch ordonne l’exécution de 10 % de l’effectif d’une compagnie de tirailleurs coloniaux dans les termes suivants :

« Les ordres portent qu’il soit tiré au sort un tirailleur sur dix de la compagnie qui a refusé de marcher, sans préjudice des instigateurs de ce refus d’obéissance s’ils venaient par la suite à être connus. Que les tirailleurs désignés par le sort soient promenés devant le front avec un écriteau en français et en arabe portant le mot « lâche », qu’ils soient fusillés aussitôt après (7). »

Il est vrai que la sanction collective faisait alors partie du code de l’indigénat. Ces soldats fusillés se sont-ils réellement engagés et dans quelles conditions ? Il n’est pas inutile de rappeler les conditions d’enrôlement des indigènes dans l’armée à l’époque.

Avant l’imposition de la conscription en 1912 les soldats coloniaux sont uniquement des « engagés volontaires ». Les premiers « volontaires » sont des esclaves rachetés par l’armée. L’abrogation de l’esclavage « provoqua aussitôt une crise du recrutement. Trois ans après 1848, seuls trois candidats s’étaient portés volontaires ; or il fallait au moins deux cent hommes pour assurer la garnison (8) ». Cet exemple du Sénégal se retrouve dans les autres colonies d’Afrique subsaharienne. C’est donc la difficulté à recruter des « volontaires » qui aboutit à la décision d’imposer la conscription.

La France, souligne l’historien canadien Myron J. Echenberg est « la seule puissance à imposer la conscription universelle des hommes aussi bien en période de paix qu’en temps de guerre, et ce, sur presque un demi-siècle, soit de 1912 à 1960 »(9). Voyons comment se réalisent ces « recrutements » en commençant par l’Afrique subsaharienne et en donnant la parole au comité scientifique international de l’UNESCO :

« Après l’ouverture des hostilités, alors que l’Afrique occidentale comptait à elle seule 14785 soldats africains, il fut décidé d’en recruter 50 000 autres au cours de la période 1915-1916. C’est alors que commença en Afrique française ce que le gouverneur Angoulvant a appelé « une véritable chasse à l’homme » et que Jide Osuntokun a récemment qualifié de nouvelle traite des noirs. Ayant à fournir un certain contingent de recrues, les chefs s’emparaient d’étrangers et d’anciens esclaves pour éviter d’enrôler leurs enfants ou leurs parents. Les naissances n’étant pas enregistrées, nombreuses furent les recrues qui avaient dépassé ou n’avaient pas encore atteint l’âge de porter les armes. Mais comme nous le verrons, la campagne de recrutement provoqua d’importantes révoltes, et il fut impossible de lever des troupes dans les régions en rébellion (10). »

Les révoltes contre la conscription sont fréquentes. A l’issue de l’une d’elle au Mali, le gouverneur François Clozel est contraint de constater « l’hostilité incoercible, absolue, définitive des populations au recrutement (11) ». La situation n’est pas meilleure en Afrique du Nord. Voici un témoignage de révolte contre la conscription dans la région de Mascara en Algérie :

« La population de Sidi Daho se révolte le 21 septembre 1914 et refuse que les quarante enfants recensés pour le service militaire partent. Les notables furent arrêtés et les jeunes emmenés de force à la caserne, sans l’examen médical préalable et sans le tirage au sort prévu. L’armée française occupa la région, installa canons et mitrailleuses. Certains détenus ne seront libérés qu’à la fin de la première guerre mondiale en novembre 1918, d’autres envoyés à Cayenne dont un seul reviendra après la deuxième guerre mondiale (12). »

En Asie la situation est similaire. Le futur président Ho Chi Minh donne dans ses textes de l’époque de nombreux exemples. Citons-en un :

« Si les Annamites étaient tellement enchantés d’être soldats, pourquoi les uns étaient-ils enchaînés, tandis que d’autres étaient, en attendant l’embarquement, enfermés dans un collège de Saïgon, sous l’œil des sentinelles françaises, baïonnettes au canon, fusils chargés ? Les manifestations sanglantes du Cambodge, les émeutes de Saïgon, de Bien Hoa et d’ailleurs, étaient-elles donc les manifestations de cet empressement à s’engager « en foule » et « sans hésitation » ? (13) »

Economiser le sang blanc en sacrifiant le sang noir

Les discours militaires et politiques de l’époque sur les soldats coloniaux laissent apparaître un argumentaire essentialiste. La période est riche en projets militaires : Le député Adolphe Messimy défend le projet d’une armée arabe en 1908, Le colonel Charles Mangin en appelle à la création d’une « force noire » en 1909 et le général Pennequin défend l’idée d’une « force jaune » en 1912. Le colonel Mangin publie son livre La force noire en 1910 pour argumenter son projet. L’Arabe étant considéré « comme le plus ingouvernable de tous les peuples », il en appelle aux « qualités des noirs », à savoir « la rusticité, l’endurance, la ténacité, l’instinct de combat, l’absence de nervosité, et une incomparable puissance de choc ». Compte-tenu de ces « qualités » quasi-animales, il est attendu « que l’arrivée sur le champ de bataille produira sur l’adversaire un effet moral considérable (14) ». Dans la même logique essentialiste, Mangin classe les noirs en « races guerrières » que sont selon lui les Mandingues, les Bambaras et les Wolofs et « races non guerrières » qui regroupent les nomades de l’Ouest africain.

Logiquement, il en appelle à une utilisation massive des noirs dans la guerre. La guerre sera une « guerre d’effectifs » pense-t-il, et la mobilisation des noirs doit permettre d’économiser des vies blanches. Jusqu’en 1917 les idées de Mangin influenceront le commandement général. Devenu entretemps général de brigade en 1914, Mangin est affecté à l’état-major. Ses idées et conceptions influencent fortement le très influent général Nivelle. La pression pour un recrutement massif de noirs sur la base de cette logique raciste est tellement forte que des administrateurs coloniaux s’inquiètent des conséquences économiques possibles. Jules Cardes, Conseiller du Gouverneur Général de l’AOF, et Maurice Delafosse, directeur des Affaires indigènes et musulmanes, s’adressent au ministre Maginot :

« Ne peut-on rappeler que, malgré de sanglants avertissements, le commandement a voulu persister dans la guerre d’effectifs ? N’est-ce pas lui qui, pour apaiser l’opinion publique dont le sûr instinct allait voir juste, laissa entendre que cette guerre d’effectifs sera alimentée par de la chair noire au lieu de l’être par de la chair blanche ? [ …] Cet empire africain qui est pauvre en hommes est riche en produits ; laissez-lui sa misérable population pour le ravitaillement pendant la guerre et l’après-guerre (15). »

Cette réaction d’administrateurs coloniaux devant les difficultés et les conséquences du recrutement forcé n’est pas isolée. D’autres administrateurs soulignent les conséquences en termes de révoltes des indigènes. Cela conduit le ministre des colonies à suspendre les recrutements forcés et à n’utiliser que le recrutement volontaire. Le thème de l’économie de la chair ou du sang blanc apparaît jusque dans les directives. Le général Nivelle ordonne ainsi le 21 janvier 1917 :

« Il faut y aller par tous les moyens et ne pas ménager le sang noir pour conserver un peu de blanc (16). » Cette position n’est pas isolé, il y revient en février en demandant au ministre de la guerre que « le nombre d’unités noires mises à ma disposition soit aussi élevé que possible (tant) pour donner de la puissance à notre effectif (que pour permettre d’épargner dans la mesure du possible du sang français) (17) ».

C’est cette logique qui conduit à utiliser les troupes coloniales dans certaines missions spécifiques. Ainsi au chemin des dames dans l’Aisne, ils sont utilisés pour « enfoncer les lignes ennemies ». Il y a en fait une théorisation essentialiste de la tactique militaire. Le haut commandement considère les soldats coloniaux comme des « troupes de choc » efficaces pour percer le front. Dans ce contexte il n’est pas étonnant que les soldats noirs et maghrébins aient payés un lourd tribut aux combats du chemin des dames. Ils seront parmi les premiers gazés.

« Du 16 au 30 avril 1917, fait remarquer François Roux, 8000 tirailleurs africains sont massacrés dans l’Aisne, au Chemin des Dames, afin de « tester la qualité des positions ennemies (18) ».

Bien sûr, les soldats coloniaux n’ont pas été plus que d’autres une « chair à canon » au cours de la première guerre mondiale, mais cela révèle simplement que tous les soldats ont été considérés comme chair à canon au cours de cette guerre impérialiste. En revanche, il y a bien eu une perception essentialiste du soldat colonial conduisant à une tactique militaire discriminatoire.

Les trois angles morts que nous abordons ici rapidement ne sont pas les seuls. Ils ne sont pas seulement le fait de l’ignorance des journalistes ou des politiques. Ils contribuent à construire le roman d’une Europe qui aurait apporté la paix. Les horreurs de la guerre d’hier ne sont pas référées à des causes économiques et politiques, mais apparaissent comme le résultat de la division des nations européennes, que l’union actuelle a fait disparaître. Pour cela il convient d’homogénéiser les points de vue et les attitudes des participants au massacre impérialiste : plus de réfractaire à la guerre en 1914-1918, plus de recrutement forcé dans les colonies et plus d’utilisation raciste des soldats coloniaux. Quant à l’idée de l’Europe porteuse de paix elle montre une confusion entre la fin de la guerre sur le continent européen et la fin des guerres menés par les européens. En Irak, en Afghanistan, au Mali, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire et malheureusement dans de nombreux autres pays, les peuples savent que l’Europe reste instigatrice ou actrice de guerre pour les richesses pétrolières, gazières et minières.

 

Notes :

1 François Hollande, dépêche AFP du 11-11-2014.

2 André Loez, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Gallimard, Paris, 2010.

3 Frédéric Durdon et Pierryk Hervé, Les fusillés de la Grande Guerre, CNDP, Paris, 2011, p. 6.

4 André Loez, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Gallimard, Paris, 2010.

5 La Chanson de Craonne est d’auteur inconnu. Elle sera interdite jusqu’en 1974 et un million de franc-or fut promis à qui dénoncerait son auteur.

6 François Hollande, discours du 7 novembre 2013, http://www.elysee.fr/declarations/a…

7 Cité in Jean-Claude Flament, 14-18 étions-nous bien défendu ?, Société des écrivains, Paris, 2014, p. 26.

8 Myron J. Echenberg, Les tirailleurs sénégalais en Afrique occidentale française, 1857-1960, Karthala, Paris, 2009, p. 33.

9 Ibid, p. 25.

10 – Michael Crowder, La première guerre mondiale et ses conséquences, in Adu Bohaen (coord.), Histoire générale de l’Afrique, tome 7, éditions de l’UNESCO, Paris, 1987, p. 319.

11 François Clozel, cité in Marc Michel, Les Africains et la Grande Guerre : l’appel à l’Afrique : 1914-1918, Karthala, Paris, 2014, p. 39

12 Moutassem-Mimouni Badra, Passion d’Algérie. Chroniques de tourments et d’obsessions, Karthala, Paris, 2006, pp. 43-45.

13 Ho Chi Min, Le procès de la colonisation française, in Ho Chi Min, Action et Révolution, 10-18, Paris, 1968, p. 44.

14 Charles Mangin, La force noire, Hachette, Paris, 1910, p. 343.

15 Jules Cardes et Maurice Delafosse, Rapport du gouverneur général au ministre Maginot, cité in Marc Michel, op.cit., p. 62.

16 Cité in François Roux, La Grande Guerre inconnue : les poilus contre l’armée française, Les Editions de Paris-Max Chaleil, Paris, 2006, p. 42.

17 Cité dans Bastien Dez, « Dans la guerre des Toubabs ». Les tirailleurs « sénégalais » en 1917, Mémoire de recherche, Paris IV-Sorbonne, 2007, p. 13.

18 François Roux, La Grande Guerre inconnue : les poilus contre l’armée française, op.cit., p. 42.

 

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Vidéo:

14-18: “On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels”

http://vimeo.com/99236165

 

Article connexe:

https://resistance71.wordpress.com/2014/11/17/sport-guerre-et-propagande-du-consentement/

Françafrique et colonialisme: l’impôt colonial toujours en vigueur dans 14 pays africains… Les dessous d’une ignominie

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14 pays africains sont contraints par la France à payer l’impôt colonial pour les “avantages” de l’esclavage et de la colonisation

 

Mawuna Remarque Koutonin

 

Publié dans l’Alger-Républiain en Février 2014

 

url de l’article en français:

http://www.alger-republicain.com/article1779.html

 

Le saviez-vous ? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !

Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française.

Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé : les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés ; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnées.

Le but de cet acte scandaleux était bien évidemment, d’envoyer un message clair à tous les autres colonies sur les conséquences du rejet de la France.

Le fait est que peu à peu, la peur s’empara des Élites Africaines, et après ces événements aucun autre pays ne trouva jamais le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était :

~ “Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage” ~

Pour les pays nouvellement indépendants il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’ Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français :

Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française.

Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40% du budget du pays en 1963.

Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA ( franc des colonies françaises d’Afrique ), et créa la monnaie du pays.

Le 13 Janvier 1963, trois jours après , qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission.

Le rêve de Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises.

Le 30 Juin 1962, Modibo Keita, le premier président de la République du Mali, décida également de se retirer du système monétaire FCFA (imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants).

En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays.

Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’un coup d’état mené par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré.

De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus :

Au 1er Janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.

Le 3 Janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta, aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance

Le 26 Octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.

En fait, au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex-colonies françaises, ce qui signifie que 61% des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.

Comme ces chiffres le démontrent, la France est tout à fait désespérée, mais active à conserver une forte emprise sur ses colonies peu importe comment, peu importe le prix.

En Mars 2008, l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré :

« Sans l’Afrique, la France va glisser vers le bas dans le rang de troisième puissance [ du monde ]  »

Le prédécesseur de Jacques Chirac François Mitterrand déjà prophétisé en 1957 que :

« Sans l’Afrique, la France n’aura pas d’ histoire au 21e siècle »

En ce moment même où j’écris cet article , 14 pays africains sont obligés par la France , à travers le pacte colonial , de mettre 85% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant , en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France. Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état . Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Nous accusons souvent les dirigeants africains de corruption et de servir les intérêts des nations occidentales, mais il y a une explication claire de ce comportement . Ils se comportent ainsi parce qu’ils ont peur d’être tués ou d’être la victime d’un coup d’état. Ils veulent s’allier à une nation puissante pour se sauvegarder en cas d’agression ou de difficultés. Mais, contrairement à une protection amicale, la protection de l’Ouest est souvent offert en échange du renoncement à servir leur propre peuple ou les intérêts des nations.

Les dirigeants africains travailleraient dans l’intérêt de leur peuple s’ils n’étaient pas constamment harcelés et intimidés par les pays coloniaux.

En 1958 , effrayé des conséquences de son choix d’indépendance face à la France , Léopold Sédar Senghor a déclaré : « Le choix du peuple sénégalais, c’est l’indépendance, ils veulent qu’elle ait lieu seulement dans l’amitié avec la France , pas en litige. »

Dès lors la France a accepté qu’une « indépendance sur le papier » pour ses colonies , mais a signé en parallèle des ” accords de coopération “, précisant la nature de leurs relations avec la France, en particulier les attaches envers la monnaie ( le Franc ), le système éducatif français, les ententes militaires et les préférences commerciales.

Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

1 . La dette coloniale pour les avantages de la France colonisation

Les pays nouvellement « indépendants » doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation.

Je dois encore trouver les détails sur les montants, l’évaluation des avantages coloniaux et les conditions de paiement imposées aux pays africains, mais nous y travaillons ( nous aider avec des informations ).

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale.

La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée- Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo -Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon.

La politique monétaire régissant un tel regroupement diversifié de pays est simple car il est, géré par le Trésor français , sans en référer aux autorités fiscales centrales comme l’UEMOA ou de la CEMAC. Selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65% de ses réserves de change dans un « compte d’opérations » tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20 % pour couvrir les passifs financiers.

Les banques centrales CFA imposent aussi un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre à l’équivalent de 20 % des recettes publiques de ce pays sur l’année précédente. Même si la BEAC et la BCEAO ont une facilité de découvert auprès du Trésor français, les traites sur les facilités de découvert sont sous réserve du consentement du Trésor français. Le dernier mot est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En bref , plus de 80% des réserves de change de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement.

Les gains de l’investissement de ces fonds du Trésor français sont censés être ajouté à la réserve de change, mais il n’y a pas de comptabilité transmise aux banques ou aux pays, ni les détails de ces modifications.

« Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains. »

écrit le Dr Gary K. Busch

Il est estimé que la France gère près de 500 milliards d’argent africain dans sa trésorerie, et ne fait rien pour mettre un peu de lumière sur ce côté sombre de l’ancien empire.

La finalité reste : Les pays africains n’ont pas accès à cet argent.

La France leur permet d’accéder à seulement 15% de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argents détenu au Trésor français.

Pour rendre les choses plus tragiques, la France impose un plafond sur le montant de l’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve. Le plafond est fixé à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter plus de 20% de leur propre argent, la France a un droit de veto.

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex-colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics , les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marché étrangers sont considérés. Le fait que les pays africains pourraient obtenir une meilleure offres financière ailleurs n’est pas prit en compte.

En conséquence, dans la plupart des ex-colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

En fin de compte, comme je l’ai écrit dans un précédent article, les Africains vivent maintenant sur un continent possédé par les Européens !

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises.

La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourri des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés au pacte colonial. La France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement géré par les Français.

Les bases militaires françaises en Afrique

Lorsque le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a tenté de mettre fin à l’exploitation française du pays, la France a organisé un coup d’état. Durant le long processus pour chasser Gbagbo du pouvoir, les tanks français, les hélicoptères de combat et les forces spéciales sont intervenues directement dans le conflit, ont tiré sur des civils et tué beaucoup d’entre eux.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, la France estime que la communauté d’affaires française a perdu alors plusieurs millions de dollars lors de la ruée pour quitter Abidjan en 2006 (où l’armée française a massacré 65 civils non armés et blessé 1200 autres.)

Après la réussite du coup d’état par la France, et le transfère de pouvoir à Alassane Ouattara, la France a demandé au gouvernement Ouattara de verser une indemnité à la communauté d’affaires française pour les pertes pendant la guerre civile.

Du fait, le gouvernement Ouattara leur a payé le double de ce qu’ils ont dit qu’ils avaient perdu en quittant.

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7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Oui, monsieur. Vous Devez parler français, la langue de Molière ! La langue française et une organisation de la diffusion de la culture a été créé. Appelé « Francophonie » qui regroupe avec plusieurs branches et organisations affiliées toutes contrôlées par le ministre français des Affaires étrangères.

Comme démontré dans cet article, si le français est la seule langue que vous parlez, vous auriez accès à moins de 4% de la connaissance de l’humanité et des idées. C’est très limitant.

8 . Obligation d’utiliser la l’argent de la France coloniale le FCFA

C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Lors de l’introduction de la monnaie euro en Europe, d’autres pays européens ont découvert le système d’exploitation français . Beaucoup, en particulier les pays nordiques, ont été consternés et ont suggéré à la France se débarrasser du système, mais sans succès.

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Sans le rapport, pas d’argent. Quoi qu’il en soit le secrétaire des banques centrales des ex- colonies, et le secrétaire de la réunion bi-annuelle des ministres des Finances des ex- colonies est effectué par la France banque centrale / du Trésor.

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays , sauf autorisation par la France

Les Pays africains en général sont ceux avec le moins d’alliance militaires inter-etat. La plupart des pays ne disposent que d’alliances militaires avec leurs ex-colonisateurs ! ( drôle, mais vous ne pouvez pas faire mieux ! ).

Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France les gardent bien de le faire.

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Leur contribution est souvent ignorée ou minimisée, mais quand vous pensez que cela a pris seulement 6 semaines pour l’Allemagne pour vaincre la France en 1940, la France sait que les Africains pourraient être utiles pour conserver la « Grandeur de la France » à l’avenir.

Il y a quelque chose de quasiment psychopathe dans la relation de la France avec l’Afrique.

Tout d’abord, la France est gravement accro au pillage et à l’exploitation de l’Afrique depuis l’époque de l’esclavage. Ensuite, il y a ce manque complet de la créativité et de l’imagination de l’élite française à penser au-delà du passé et de la tradition.

Enfin, la France dispose de 2 institutions qui sont complètement gelées dans le passé , habitées par des paranoïaques et psychopathes ” les hauts fonctionnaires” qui répandent la crainte de l’apocalypse si la France devait être amenée à changer, et dont la référence idéologique vient toujours du romantisme du 19ème siècle. Ils sont : le ministre de la Finances et du Budget de la France et le ministre des affaires étrangères de la France.

Ces deux institutions ne sont pas seulement une menace pour l’Afrique, mais pour les Français eux-mêmes.

C’est à nous que revient de libérer l’Afrique, sans demander la permission, parce que je ne peux toujours pas comprendre par exemple comment 450 soldats français en Côte d’Ivoire pourraient contrôler une population de 20 millions de personnes ?

La première réaction des personnes lorsqu’ils apprennent l’existence de l’impôt colonial français est souvent une question : « Jusqu’à quand ? »

A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 (près d’un siècle et demi) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens.

Les Pays africains paient la taxe coloniale depuis les 50 dernières années, donc je pense un siècle de paiement pourrait être de trop.

Mawuna Remarque Koutonin

05.02.14

siliconafrica.com

 

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Vidéo: Jacques Chirac et l’argent de l’Afrique:

http://www.youtube.com/watch?v=OzPITL1WLY0

Le mythe du monde « post-colonial »: Le néo-colonialisme vigoureux de la Françafrique persiste et signe

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2014 by Résistance 71

Le néo-colonialisme occidental en général et français en particulier a mis en place des régimes marionnettes dans ses anciennes colonies pour continuer la domination oligarchique téléguidée cette fois de l’extérieur et le pillage des ressources de ces pays sous influence ; tandis que le véritable colonialisme d’occupation et d’exploitation, lui, sévit toujours au pays de goulag levant (ex-USA), au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans tous les pays pseudo-indépendants sous domination de la « couronne » (City de Londres, banque d’Angleterre, Vatican) britannique.

La doctrine occidentale d’un « monde post-colonial » est une aure fumisterie à exposer au grand jour… parce que nous sommes tous des colonisés !…

— Résistance 71 ~

 

La Françafrique existe toujours et se porte bien

 

Didier Epsztajn

 

6 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-16531.html

 

« Il semble donc indispensable, une fois de plus, de décrire sur quoi reposent les accusations réitérées d’ingérence ou de soutien criminel de la France dans ses anciennes colonies et au-delà, ainsi que de perpétuation de visions néocoloniales, souvent influencées par un racisme latent, au cœur même de l’Etat et de la société française »

La Françafrique ne s’est pas dissoute dans les déclarations des uns ou des autres, mais elle n’est pas figée dans des formes « originelles ». Il importe de comprendre les évolutions, les déplacements, les abandons et les reconstructions… Sans oublier la toile de fond, le mode de production capitaliste et les formes changeantes de l’impérialisme ou « le racisme profondément ancré dans la société française et ses élites ».

Le livre est divisé en trois parties :

  1. Les recompositions politiques et institutionnelles de la Françafrique
  2. Présence militaire française : le retour aux fondamentaux ?
  3. Multinationales françaises : entre Françafrique et mondialisation

« Elles permettent au lecteur de s’intéresser successivement aux évolutions des trois pouvoirs qui la structurent :

  • le pouvoir politique qui, poussé à se saisir progressivement de cette thématique, multiplie les effets d’annonce sans pour autant modifier les fondamentaux de cette relation de domination, qu’il institutionnalise et banalise en l’habillant des justifications d’usage ;
  • l’armée qui, dans le prolongement de la « nouvelle doctrine » forgée à partir des années 1990, rationalise et relégitime sa présence en Afrique et auprès de certains des pires régimes du continent, instrumentalise « la guerre contre le terrorisme » et impose ses vues dans le jeu multilatéral que la France prétend jouer ;
  • les entreprises françaises qui, évoluant dans une économie de plus en plus mondialisée et un jeu désormais fortement concurrentiel, mobilisent leur « patrimoine françafricain » – en même temps qu’elles s’en affranchissent progressivement – au profit d’une oligarchie dans laquelle elles s’intègrent peu à peu, à des degrés divers qui permettent d’en établir une typologie. »

Voir l’introduction publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse : Introduction  » Encore la Françafrique ! ?  » à l’ouvrage  » Françafrique. La famille recomposée « 

Dans la première partie, Fabrice Tarrit parle, entre autres, des recompositions politiques et institutionnelles, du tabou de la « complicité française dans le génocide » des Tutsis au Rwanda, du « soutien multiforme aux dirigeants les plus répressifs et les plus corrompus », de Sarkozy et de la «Françafrique décomplexée », des engagements et des renoncement des dirigeants socialistes, des approvisionnements et des marchés de Bolloré, Total ou Areva, des poignées de mains aux dictateurs, de la « réhabilitation de l’intervention française en Afrique et de sa présence militaire », de l’opération Serval, des accords monétaires, du Franc CFA, « pilier du néocolonialisme français en Afrique »…

Il analyse en détail l’intervention française au Mali, celle en Centrafrique, l’occultation et les dénis des dimensions historiques, politiques et économiques des conflits et des rôles de la France… L’auteur parle des relations avec les dirigeants africains, des réceptions des opposants, du « domaine réservé » du président de la République, des opérations militaires, de la recomposition des réseaux françafricains, de soutien aux dictateurs, de présence militaire, du franc CFA, d’ordre franco-africain… « Cette vision nourrie d’un racisme latent tout droit issu de notre histoire coloniale est partagée par un nombre important de personnalités, de fonctionnaires, d’experts, de droite comme de gauche, ce qui rend le travail d’information, d’interpellation et de mobilisation d’une association comme Survie d’autant plus nécessaire pour exposer et dévoiler les dessous institutionnels et diplomatiques de la relation franco-africaine ».

Dans la seconde partie, Raphaël Granvaud revient sur la présence militaire française, sur la protection des régimes et des dirigeants africains. « On comprend aisément ce que cette présence a pu avoir de politiquement criminel par l’importance décisive qu’elle a occupée dans les mécanismes de privation des droits économiques et politiques des populations africaines. Elle le fut également au plan juridique si l’on considère les répressions sanglantes dont les militaires français furent responsables ou complices ». L’auteur présente l’ingérence militaire française, sa nouvelle doctrine et ses vieilles pratiques, les accords de défense, les clauses secrètes de maintien de l’ordre, «l’approvisionnement préférentiel ». Il parle de la Somalie et de la piraterie dans le Golfe d’Aden, de la Libye, de la Cote d’Ivoire, de la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme », de la France au Mali, de l’opération Serval, de la démonstration en action des « qualités du matériel de mort « made in France » », de son utilité « pour rester sur le podium des principaux exportateurs d’armes de la planète ». J’ajouterai, le plus souvent dans le silence complice des syndicats des travailleurs qui les fabriquent…

Il montre aussi comment « l’aide » est de fait une subvention déguisée aux entreprises. L’auteur analyse les faces cachées de l’opération Serval.

(Sur ce sujet, compléments possibles :

Jean Batou : Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval, Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval

Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication,Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication

Non à l’intervention de l’armée française (et autres textes et communiqués) Non à l’intervention de l’armée française (et autres textes et communiqués))

Raphaël Granvaud montre le lien entre cette « opération » et la relégitimation de l’ingérence militaire française en Afrique. Il souligne, entre autres, que « les crispations identitaires et religieuses ne sont pas la cause, mais le produit des affrontements en Centrafrique » ou la volonté de maintenir l’ordre dans ce que l’Etat français considère comme sa sphère d’influence. Il analyse comment le gouvernement français essaye de « parer aux accusations de néocolonialisme », dont la mobilisation de pays africains sur ce qui est « identifié comme étant ses propres priorités en matière de sécurité » et « d’instrumentaliser ou de forcer l’interprétation des résolutions obtenues au conseil de sécurité » de l’ONU.

Le dispositif militaire français est réorganisé « pour lutter contre le terrorisme », mais pas le terrorisme de large perspective du FMI, de la Banque mondiale, ni celui des grandes entreprises… L’auteur parle de « recolonisation assumée » à travers, entre autres, des accords de défense. Il analyse aussi les relations entre la France et les Etats-Unis pour relativiser « les discours sur la rivalité militaire ».

Les pages sur le « permis de tuer », les crimes commis par des militaires français sont particulièrement intéressantes.

La dernière partie sur les multinationales françaises est importante. Thomas Deltombe, Alain Deneault, Thomas Noirot et Benoît Orval parlent, entre autres, de Elf et Total, Bouygues, BNP, SCOA, CFAO, Bolloré, Geocoton ex-CFDT, Vinci, Castel, Air France, Vivendi, etc. Ils analysent les reconfigurations et mutations économiques, « bien plus qu’à un prétendu recul des « intérêts » français » face à la concurrence internationale, à une intégration progressive de l’oligarchie néocoloniale « française » (c’est à dire ayant une attache stato-nationale clairement identifiable) dans une oligarchie « globalisée », à la fois architecte et bénéficiaire des processus de « mondialisation » et de financiarisation off-shore ».

Les auteurs parlent des entreprises qui ont profité du système (néo)colonial, de la gestion des dépendances coloniales par des sociétés privées, de financement par « des fonds publics des infrastructures que requiert la grande industrie privée pour être profitable », des interconnexions public-privé omniprésentes au lendemain des indépendances, des bénéfices privés de la françafrique. Ils insistent à juste titre sur le tournant néolibéral, les désatisations, les déréglementations, la tendance à « l’intégration du cadre françafricain dans la globalisation de l’économie », la transnationalisation ou la financiarisation…

J’ai notamment apprécié le chapitre « La « nouvelle ruée vers l’Afrique » est-elle si défavorable aux intérêts privés français »

Les auteurs analysent les reconfigurations industrielles et économiques, la mise en concurrence des ouvrier-e-s du monde entier, les « avantage comparatifs » permis par le socle françafricain, le poids du franc CFA, les montages financiers… Ils indiquent, entre autres : « certes les héritières ont besoinde la Françafrique, mais elles sont la Françafrique »

Doit-on encore rappeler que « l’internationalisation et la financiarisation de ces entreprises, justement appelées transnationales, font qu’il devient aujourd’hui difficile de les associer rigoureusement à un pays spécifique, dont le gouvernement en défend exclusivement les intérêts à l’étranger ».

La Françafrique pese lourdement « dans l’évolution du positionnement stratégique des entreprises françaises en Afrique » et cette Françafrique est un « transfert de souveraineté ».

Un petit livre sur la persistance réorganisée de la Françafrique, sur les pratiques néocoloniales et sur les « activités » criminelles « nationales »…

Le mouvement syndical français me semble bien silencieux sur les processus de dépossession organisés par les entreprises « françaises » en Afrique. Peut-on défendre les intérêts des salarié-e-s ici sans défendre ceux des salarié-e-s africain-e-s, ? Et comment ne pas prôner et soutenir les nécessaires expropriations, réappropriations sociales par les salarié-e-s des autres pays des multinationales qui battent, entre autres, le pavillon français…

Par ailleurs, une fois de plus je dois regretter l’absence de prise en compte des dimensions de genre dans les différentes analyses.

En complément possible :

Rwanda : 20 ans après, la France peine à poursuivre et condamner les génocidaires et leurs complices :

Rwanda : 20 ans après, la France peine à poursuivre et condamner les génocidaires et leurs complices

 

Survie : Françafrique. La famille recomposée

Thomas Noirot et Fabrice Tarrit (coord.)

Thomas Deltombe, Alain Deneault, Raphaël Granvaud, Benoît Orval, Odile Tobner

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_613-francafrique.html, Paris 2014, 220 pages, 12 euros

Colonialisme, post-colonialisme, recolonialisme…

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Nous confirmons… Très bonne lecture.

— Résistance 71 ~

 

L’afrique peut-elle sortir de la grande nuit ? (Achille Mbembe)

 

Khalifa Touré

 

12 Avril 2014

 

url de l’article:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-14798.html

 

« Un énorme travail de réassemblage est en cours, vaille que vaille, sur le continent africain. Ses coûts humains sont élevés. Il touche jusqu’aux structures de la pensée » Achille Mbembe.


Le soleil de l’Afrique est peut-être en train de poindre ! C’est le sentiment que l’on éprouve au sortir du livre d’Achille Mbembe, « Sortir de la grande nuit : Essai sur l’Afrique décolonisée ». Au moment où l’on commémore dans la polémique, les 20 ans du génocide rwandais, la lecture de ce livre est comme un heureux hasard, une lumière qui vient éclairer les zones d’ombre d’une histoire de la modernité africaine pas suffisamment cernée et documentée. On ne le dit jamais assez, mais certaines grandes tragédies du monde participent de notre modernité. Elles relèvent plutôt d’un phénomène de réassemblage, un douloureux travail de procréation.

« Sortir de la grande nuit » est paradoxalement une volonté et même un désir  de s’extirper de la mort lorsque le monde est entre chien et loup, lorsque la vie et la mort participent de la même substance comme nous l’avons constaté dans les moments les plus hallucinants de la tragédie rwandaise. Ce qui fait dire d’emblée à Norman Ajari la chose suivante dans un article scientifique intitulé, De la montée en humanité. Violence et responsabilité chez Achille Mbembe : «(…) il s’est agi pour Achille Mbembe de faire jouer, contre l’humanisme ranci du sujet libéral, une pensée de la montée en humanité, c’est-à-dire du mouvement interminable d’arrachement à la violence comme fabrication de l’homme. »

Au reste, il existe d’une part une actualité du monde tout court, rapportée quotidiennement  par les media et dont le public est friand et d’autre part une actualité du savoir qui échappe souvent à notre intérêt. Elle nous arrive de façon parcimonieuse à travers des revues scientifiques, des livres « trop sérieux » et enfin des émissions radiophoniques et télévisuelles qui tentent vaille que vaille d’offrir une place aux choses de l’esprit. Cette dernière actualité est tellement noyée dans  la vague déferlante de la religion médiatique, qu’elle nous cache la grande histoire du monde. Des révolutions silencieuses se déroulent de façon insidieuse sous nos yeux rivés ailleurs. L’actualité du monde ne nous montre que les situations de mise à  mort  au moment où se déroule à l’ombre une grande bataille pour la vie. C’est la découverte, l’analyse et le constat de l’historien camerounais Achille Mbembe qui raconte l’histoire moderne de l’Afrique à partir d’un récit quasi-autobiographique.

Tout est partie du crâne d’un mort, celui de Ruben Um Nyobé, ce héros oublié et à qui on refuse une sépulture digne de son œuvre.  Récit autobiographique puisque la région d’origine de l’auteur est le bastion du mouvement nationaliste au Cameroun, sa pensée est particulièrement ouverte à l’idée de résistance. C’est la raison pour laquelle le martyr du résistant anticolonial Camerounais Um Nyobé est particulièrement présent dans ses écrits. Il y a une mystique de la résistance chez Mbembe : « Interprétation de la vie et préparation à la mort, la lutte pour la décolonisation revêtit, en maintes occasion, l’allure d’une procréation poétique. Chez les héros de la lutte, elle exigea le dessaisissement de soi, une étonnante capacité d’ascèse, et dans certains cas, le tressaillement de l’ivresse » P.19.

La tante d’Achille Mbembe fut l’épouse de Pierre Yém Mback qui a été assassiné en même temps qu’Um Nyobé dans le maquis. Les assassinats de tous ces  martyrs de la lutte pour l’indépendance, Osendé Ofana, Ernest Ouandié, Félix Moumié et leur effacement de l’histoire officielle du Cameroun ne cessent de hanter la pensée et l’œuvre d’Achille. Cela explique peut-être la fascination que la mort et le symbolisme de la nuit exerce sur l’auteur. Achille Mbembe est peut-être un romantique. Il invoque Martin Heidegger dont le commentaire du poète romantique allemand Hölderlin dénote une profonde blessure. La mort, la perte  et le gain appartiennent à la thématique romantique. Achille Mbembe a peut-être et certainement à juste raison une conception nécropolitique du pouvoir. Le pouvoir politique en Afrique contemporaine, c’est le désir de donner la mort, le pouvoir de tout posséder : La vie, les biens, l’argent, le corps, les femmes etc. « Le potentat est donc, par définition sexuel. Le potentat sexuel repose sur une praxis de la jouissance. Le pouvoir postcolonial, en particulier, s’imagine littéralement comme une machine à jouir. Ici, être souverain, c’est pouvoir jouir absolument, sans retenue ni entrave. La gamme des plaisirs est étendue » P. 217

A coté de cette image de l’Afrique qui sombre, il y a cette Afrique qui vient ! Rien à voir avec l’incantation ou l’onirisme : « Un énorme travail de réassemblage est en cours, vaille que vaille, sur le continent africain. Ses coûts humains sont élevés. Il touche jusqu’aux structures de la pensée » écrit Achille Mbembe à la page 13. Cette révolution culturelle silencieuse qui n’est pas suffisamment documentée procède par destruction et réassemblage :« A coté du monde des ruines et de ce qu’on a appelé la case sans clés( chap.5) s’esquisse une Afrique qui est en train de faire sa synthèse sur le mode de la disjonction et de la redistribution des différences ». Le monde africain qui vient se forgera à partir de la force de ses différences et sa matière indocile. C’est un mélange, une créolité dont l’épicentre est Johannesburg et que l’on sent aussi dans les grandes métropoles africaines comme Dakar, Abidjan, Nairobi, Abuja, Lagos  etc.

Cette modernité africaine dénommée Afropolitanisme par Achille est déroutante parce qu’elle est une mixture, une matière dont la forme est en cours. Elle a été « miraculeusement » annoncée par des démiurges comme Edouard Glissant et Franz Fanon dont la pensée irradie de façon constante la marche d’Achille Mbembe. A travers l’Afropolitanisme l’historien nous révèle comment on s’arrache de la mort, de qu’elle manière on fabrique la vie en Afrique. Après  la mort, quelles sont les réserves de vie qui fertilisent notre être dans le monde en tant sujet ?

On s’éloigne ici des idées communes sur la jeunesse africaine et les taux de croissances, c’est davantage la grande révolution sociale des rapports humains qui est constatée dans cette  révolution africaine qui est en cours : « (…) De ce commerce émergent des formations culturelles hybrides et en voie de créolisation accélérée. C’est en particulier le cas de l’Afrique musulmane soudano-sahélienne, où les migrations et le commerce à longue distance vont de pair avec le colportage des identités et une utilisation habile des nouvelles technologies » P.208

Cette Afrique-là qui vient, défie paradoxalement la race. Il n’est pas question ici de nier la race en tant que facteur biologique mais « liquider l’impensé de la race ». Achille Mbembe déconstruit toute forme de pensée qui part de la race comme facteur heuristique, qu’elle soit africaine ou européenne. Pour lui, le racisme est une variante de la démence et de la folie. La psychiatrie est ici convoquée pour expliquer les comportements racistes. « Le nègre n’est pas, pas plus que le blanc » a écrit Franz Fanon. Au-delà de l’universalisme décoloré à la française l’Afrique devra regarder ailleurs. « Sortir de la grande nuit » est d’abord une entreprise critique, une refondation de la critique à l’égard de l’Europe et de nous-mêmes, une éthique de la responsabilité.

L’Afrique devra construire son propre temps. Il faut « provincialiser l’Europe » dit Achille Mbembe. «Nos gouvernants continuent d’agir comme si l’Europe est toujours le centre du monde. Ils agissent comme s’ils vivaient au 19ème siècle. L’Afrique devra sortir de l’Europe. Le temps de l’Europe n’est plus » renchérit-il. De longues pages sont consacrées à la critique et la déconstruction à l’universalisme de type français, « un universalisme ignorant la couleur » et la différence. Un universalisme qui produit un républicanisme dogmatique et une conception répressive et policière de la laïcité. « La France est une nation figée » dit-il sans ambages. Un moment important est consacré à la french Theory et à cette tentative parisienne d’arraisonnement de la pensée sous prétexte de lutte contre le totalitarisme oubliant délibérément le colonialisme.

La France ne veut pas décoloniser malgré les indépendances de forme. En témoignent le néo-révisionnisme de droite et même celui de gauche qui tente de légitimer sournoisement le fait colonial par le refus de la repentance. « La tyrannie de la pénitence» de Pascal Bruckner et « Fier d’être français » de Max Gallo en sont les exemples les plus communs. Ce néo-révisionnisme est un loup qui se drape souvent de la peau de l’agneau. Il a gagné même  l’Afrique ou certains historiens et écrivains prêtent le flanc et ouvrent des brèches en défendant des thèses hâtives et extrêmement faibles sur le plan théorique. Ils ne savent pas que les racistes font feu de tout bois. La formule « Sortir de la grande nuit » ne fait pas référence à la vieille thématique de la renaissance mais à la problématique de la décolonisation de l’Afrique, une tâche qui incombe à la fois aux africains « proprement dit » mais qui appelle aussi à une décolonisation des élites françaises. Achille Mbembe a une conception singulière et inédite de la décolonisation. Il écrit : « La décolonisation est un événement dont la signification politique essentielle résida dans la volonté active de communauté, comme d’autres parlaient autrefois de volonté de puissance(…) elle avait pour but la réalisation d’une œuvre partagée : se tenir debout  par soi-moi-même et constituer un héritage » P.10.

On ne le dit pas suffisamment mais la décolonisation qui reste inachevée est un moment important de la modernité africaine  « la  décolonisation a fini par devenir un concept  de juristes et d’historiens. Ce ne fut pas toujours le cas. Aux mains de ses derniers, cette notion s’est appauvrie. Ses multiples généalogies ont été occultées, et le concept a perdu de la teneur incendiaire qui marqua pourtant ses origines. » P.55.

La décolonisation telle qu’elle a été vécue et professée par les anciennes colonies est une tentative de déclosion du monde, une volonté de vivre en commun dans le monde, c’est une forme de transnationalisation des problèmes et de la vie des anciennes colonies. Telle est l’idée essentielle de « Sortir de la grande nuit » qui appelle les africains à observer une grève morale. « La grève morale est une forme d’insurrection. Son objectif est de briser les forces mortes qui limitent les capacités de vie. Réveiller le potentiel de grève exige aussi que nous réfléchissions simultanément sur la question de la violence révolutionnaire(…) car tout sans versé ne produit pas nécessairement la vie, la liberté, la communauté. Si les africains veulent se mettre debout et marcher, il faudra tôt ou tard regarder ailleurs qu’en Europe » conclut Achille Mbembe.

Politique française: La ligne Hollande est celle de la destruction de la république française…

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François Hollande se révèle

 

Thierry Meyssan

 

14 Avril 2014

 

url de l’article:

http://www.voltairenet.org/article183193.html

 

L’opinion publique française a accueilli avec scepticisme la nomination d’un nouveau gouvernement après la défaite électorale des socialistes aux élections municipales. Elle accepte avec résignation les réformes annoncées dans l’intérêt économique général. En réalité, observe Thierry Meyssan, le changement de gouvernement n’a rien à voir ni avec l’échec économique, ni avec l’occasion présentée par cette défaite électorale, mais reproduit un exemple historique permettant au président Hollande de révéler progressivement ses choix politiques personnels. De même la réforme territoriale, telle qu’envisagée, n’a rien à voir avec des économies budgétaires, mais avec le projet de liquidation de la République française.

Présenté comme une réponse à la défaite socialiste aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014, le nouveau gouvernement de Manuel Valls acte en réalité le virage opéré par François Hollande lors de sa conférence de presse du 14 janvier. Le président, élu comme ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, ne réfute pas le modèle du colonisateur Jules Ferry dont il s’est inspiré jusqu’ici, mais veut en plus y ajouter le modèle des relations avec les grandes entreprises du chancelier allemand Gerhard Schröder.

Lors de son intronisation, le président Hollande plaça son quinquennat sous les auspices de Jules Ferry (1832-1893) qui défendit les intérêts du grand capital français en développant le colonialisme [1]. L’auguste socialiste rendit aussi l’école laïque gratuite et obligatoire pour que les « hussards noirs » (c’est-à-dire les instituteurs et non pas les sergents recruteurs) y forment les jeunes Français afin qu’ils deviennent les soldats de l’expansion coloniale et de la Première Guerre mondiale. Simultanément, Jules Ferry enclencha une lutte contre l’Église catholique, détournant ainsi la colère des classes opprimées de la haute bourgeoisie vers le clergé.

La première partie du mandat de François Hollande fut donc marquée par la relance de la guerre en Syrie —dont Nicolas Sarkozy s’était retiré après la chute de l’Émirat islamique de Baba Amr— [2], l’intervention au Mali à la demande du président mis en place par la France [3], puis l’intervention en République centrafricaine [4]. Toutes ces aventures furent coordonnées depuis l’Élysée, souvent contre l’avis de l’état-major interarmes et du ministre de la Défense, par le chef de cabinet militaire, le général traditionaliste Benoît Puga [5].

En outre, le président Hollande réalisa une réforme de la législation sur le mariage pour l’ouvrir aux personnes de même sexe, non que cette loi soit une demande des homosexuels, mais parce qu’elle divisa son opposition politique et assimila la droite à une forme d’obscurantisme. Il s’apprêtait à imposer également la théorie du genre de Judith Butler, mais semble avoir reculé niant même l’existence des travaux de la féministe.

La seconde partie du quinquennat, annoncée le 14 janvier, soit deux mois et demi avant les élections municipales, se veut « sociale-démocrate », au sens de l’Agenda 2010 du chancelier allemand Gerhard Schröder : il s’agit de redresser la production en facilitant le travail des grandes entreprises. Menée il y a une décennie, cette politique allégea l’État fédéral, rendit les entreprises exportatrices plus compétitives, mais augmenta considérablement les disparités sociales et la pauvreté. François Hollande reçut même à l’Élysée Peter Hartz, l’ancien conseiller du chancelier Schröder, mais nia vouloir en faire son propre collaborateur : l’ancien directeur du personnel de Volkswagen avait été condamné à deux ans de prison pour avoir corrompu les syndicalistes de son entreprise en leur payant pour 2,6 millions d’euros de prostituées et de voyages exotiques. Il n’a pas été précisé si le président Hollande souhaite suivre l’exemple de Peter Hartz jusqu’à sa quatrième réforme qui limite à trois mois la durée des assurances chômage.

Le président annonça également son intention de clore l’épisode du « mariage pour tous » qui commençait à menacer l’unité de sa propre majorité parlementaire.

Les élections municipales

Jamais dans l’histoire de France des élections municipales ne débouchèrent sur un changement de gouvernement. Il semblait en effet impossible de tirer des conclusions nationales de scrutins exclusivement locaux. Pourtant, si l’on considère les 788 communes de plus de 50 000 habitants (correspondant à 23 % de la population), on observe une abstention record, principalement parmi les électeurs ayant voté deux ans plus tôt pour François Hollande. L’ampleur du désaveu fut telle que de nombreuses mairies traditionnellement ancrées à gauche passèrent à droite, au profit de l’UMP.

Transformant cette défaite en occasion pour réaliser sa mue, le président Hollande annonça la nomination d’un nouveau Premier ministre, Manuel Valls, et le chargea de former un nouveau gouvernement « resserré, cohérent et soudé » afin de mettre en œuvre ses annonces du 14 janvier. Le président pense ainsi suivre les pas de François Mitterrand qui, en juillet 1984, congédia son Premier ministre ouvriériste Pierre Mauroy, abandonna ses 101 propositions, et désigna un grand bourgeois, Laurent Fabius, pour conduire une politique plus « réaliste ».

De même que les communistes refusèrent de participer au gouvernement Fabius chargé de brader les promesses sociales de l’élection présidentielle, de même les Verts se retirèrent du gouvernement Valls, refusant de partager son échec prévisible. De même que François Mitterrand avait choisi un Premier ministre juif et sioniste pour apaiser l’hostilité d’Israël, de même François Hollande a t-il choisi une des personnalités les plus engagées en faveur de la colonisation de la Palestine. De même que Laurent Fabius était un Premier ministre trop jeune et inexpérimenté pour s’imposer auprès du florentin François Mitterrand, de même Manuel Valls n’a pas eu la capacité de former lui-même son gouvernement et a dû s’accommoder des suggestions présidentielles.

Cependant, si François Mitterrand avait opéré un vrai changement de politique et d’hommes en 1984, François Hollande entend poursuivre la politique qu’il a progressivement fait émerger durant sa première année et demie de mandat. Aussi le nouveau gouvernement comprend-il les mêmes hommes que le précédant, à deux exceptions près, la mère de ses enfants, Ségolène Royal, et son vieil ami, François Rebsamen. Nous pouvons en conclure que son objectif n’est pas d’abandonner le sillage de Jules Ferry, mais d’y ajouter l’exemple des relations avec le Grand capital de Gerhard Schröder.

Le gouvernement de Manuel Valls

Lors de son discours d’investiture à l’Assemblée nationale, le 8 avril, Manuel Valls a repris consciencieusement les directives du président Hollande : « pacte de responsabilité » avec le Medef (syndicat patronal), « transition énergétique » pour les Verts, et « pacte social » pour les classes populaires [6]. C’est-à-dire des choix ciblés pour satisfaire des catégories d’électeurs et non pas un ensemble politique cohérent.

Or les besoins de la France sont faciles à établir : depuis de nombreuses années l’État renonce à ses moyens d’intervention, en abandonnant sa monnaie par exemple, tout en multipliant ses strates administratives, ses lois et ses règlements. Au final, le pouvoir est empêtré par sa bureaucratie et a perdu toute efficacité.

Si quelques responsables politiques mettent en cause ce processus, très rares sont ceux qui proposent de le changer. En effet, cette direction a été prise sous l’impulsion du suzerain états-unien et un changement de cap supposerait une crise politique internationale majeure, comme celle ouverte en 1966 par Charles De Gaulle lorsqu’il expulsa soudainement l’Otan hors de France.

Il n’est donc pas inutile de relever l’annonce par Manuel Valls d’une réforme majeure qui n’avait pas été évoquée auparavant. Après avoir souligné son attachement à la construction européenne et au couple franco-allemand, tout en contestant les options de la Banque centrale européenne, le Premier ministre déclara vouloir réformer en profondeur le « millefeuille territorial ». Au cours des années, aux communes et aux départements se sont ajoutés des communautés de communes, des pays et des régions. Il a proposé de diviser par deux le nombre de régions, de supprimer les départements avec leurs Conseils généraux, et de favoriser les regroupements de communes probablement en vue de la suppression des plus petites. Si tout le monde s’accorde à considérer que ce « millefeuille » était indigeste et coûteux, le choix des strates supprimées ne correspond pas à l’histoire politique française, mais au projet de transition des États-nations à l’Union européenne. Ce projet, instillé par les États-Unis lors du Plan Marshall, substituerait de grandes régions aux États-nations et transférerait les pouvoirs régaliens à une entité bureaucratique, la Commission européenne. Il s’oppose clairement au projet de régionalisation gaulliste de 1969.

Il est pour le moins étonnant de voir cette réforme traitée par le Premier ministre comme une simple variable d’ajustement économique alors que sa finalité ultime est la disparition de l’État français, donc de la République française, au profit de la bureaucratie bruxelloise (Union européenne et Otan).

Pourtant, Manuel Valls termina son discours par une ode à la République. Il déclara étrangement que « La France, oui, c’est l’arrogance de croire que ce que l’on fait ici vaut pour le reste du monde. Cette fameuse « arrogance française » que nos voisins nous prêtent souvent, c’est en fait l’immense générosité d’un pays qui souhaite se dépasser lui-même ». Deux phrases ambigües qui peuvent signifier une volonté d’exemplarité, mais aussi au contraire rappeler le « devoir de civilisation » invoqué par Jules Ferry pour attaquer la Tunisie et la Chine.

Où va la France ?

Le changement de gouvernement ne répond pas au vote des Français aux élections municipales, mais correspond à la stratégie personnelle de François Hollande qui révèle progressivement ses véritables objectifs politiques : reprise de la colonisation et défense des intérêts du Medef. Ce dernier ne représentant que le Grand capital (seul le cinquième le plus riche des entreprises est affilié à ce syndicat patronal). Nous sommes loin de la République, c’est-à-dire de la recherche de l’intérêt général.

Cette politique a sa logique : en temps de crise, il est impossible d’accroitre l’exploitation de la classe ouvrière, il faut aller chercher les super profits à l’étranger, chez des peuples qui n’ont pas les moyens de se défendre. Le sang va encore couler en Syrie et en Afrique, tandis que la misère va continuer à s’étendre en France.

 

[1] « La France selon François Hollande », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 juillet 2012.

[2] « Discours de François Hollande à la 3ème réunion du Groupe des amis du peuple syrien », par François Hollande, Réseau Voltaire, 6 juillet 2012.

[3] « Mali : une guerre peut en cacher une autre », par Thierry Meyssan, Al-Watan/Réseau Voltaire, 21 janvier 2013.

[4] « Contradictions françaises en Centrafrique », Réseau Voltaire, 13 décembre 2013.

[5] « Gaza : la France supervise le prolongement du Mur de séparation », Réseau Voltaire, 26 décembre 2009.

[6] « Déclaration de politique générale du Gouvernement Valls », Réseau Voltaire, 8 avril 2014.