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Résistance au colonialisme: l’anarchisme africain… 4ème partie: Les obstacles et le futur de l’anarchisme en Afrique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, désinformation, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 21 juin 2015 by Résistance 71

L’anarchisme africain, histoire d’un mouvement (Extraits)

 

Sam Mbah & I.E. Igariwey

 

Extraits traduit de l’anglais par Résistance 71 du livre “African Anarchism, the History of a Movement”, éditions See Sharp Press, 1997.

 

Juin 2015

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Chapitre 6 Les obstacles du développement de l’anarchisme en Afrique

En substance, la théorie anarchiste est vue en Afrique comme une idéologie gauchiste de périphérie ; une indication de cela est que l’anarchisme ne reçoit généralement qu’une brève mention dans le syllabus des universités africaines.

Ceci est paradoxal parce que sur aucun autre continent l’anarchisme a eu tendance à être aussi fort qu’en Afrique, aussi parce que la perspective de tourner une action de masse en lutte de classe dans les temps modernes, demeure la meilleure en Afrique. Néanmoins, nous devons maintenant considérer les quelques facteurs qui ont œuvré contre le développement de l’anarchisme sur le continent africain.

L’éducation coloniale

Une des réalités certainement déplaisante que nous avons rencontré en écrivant ce livre fut de constater à quel point l’Africain contemporain, y compris les scientifiques africains de la socio-politique (qui ont probablement pris un cours ou deux en idéologies politiques comparatives), connaissent peu sur l’anarchisme. En termes de littérature, pratiquement rien ne peut être trouvé dans les librairies ou les bibliothèques universitaires. Ceci n’est en fait pas vraiment surprenant ; dans sa critique du marxisme, Ron Taber a fait remarquer que depuis plus de 70 ans l’anarchisme a été éclipsé par le marxisme. Nulle part ailleurs qu’en Afrique n’a été plus profonde la subordination de l’anarchisme au “socialisme” marxiste.

[…] L’éducation coloniale en Afrique n’a pas cherché à éduquer un grand nombre d’étudiants, les coloniaux sélectionnaient ce qu’ils considéraient être la crème pour des études avancées. Ceci a eu pour conséquence directe que la vaste majorité de la population africaine a été et est demeurée illétrée. En corollaire de cela, il y eut l’émergence d’une petite élite académique se considérant supérieure au reste des gens. Parce que ses assertions philosophiques et idéologiques venaient de la société de classe européenne et non pas de la société traditionnelle communaliste des sociétés africaines très peu stratifiées, l’éducation coloniale fut plus désintégrante qu’unificatrice.

L’éducation traditionnelle africaine par contraste, insistait sur l’interdépendance des individus au sein de la communauté plutôt qu’une concurrence entre eux. Elle instillait une conscience sociale de groupe et promouvait un esprit égalitaire, ceci à terme, menait naturellement sur une instance quant aux attitudes communes de partage des produits que la communauté générait.

De l’autre côté, l’éducation coloniale elle, insistait sur l’individualisme et rendit l’expérience sociale compétitive.

L’Esprit communal fut supplanté par le concept d’un soi isolé et la veulerie, le matérialisme et un désir sans frein de dominer. En conséquence, l’Afrique est devenue un continent socio-politiquement atomisé, antagoniste, formé de groupes concurrenciels, étant fortement impliqués dans les loyautés tribales et dominés par des points de vue totalement ethnocentriques.

En résumé, l’éducation coloniale a mené l’Afrique a un haut niveau d’analphabétisme combiné avec un très bas niveau de conscience politique et ce, même parmi les gens éduqués. Ni les érudits et universitaires eurocentriques ni les afrocentriques n’ont fait de recherches sérieuses sur l’anarchisme en relation avec comment il pourrait influer sur l’Afrique. Ceci a parfaitememt assuré le fait que l’anarchisme en tant que corps systémique de pensée soit demeuré un sujet “ésotérique”, si non inconnu pour bien des Africains.

Le système légal

Les systèmes légaux africains sont des gueules de bois du passé colonial. Par exemple, comme dans toute autre ancienne colonie britannique, la législation au Nigéria est tout simplement une copie de la loi coutimière et d’équité britannique. Ce système regarde les lois natives et les coutumes locales comme barbares dans la mesure où elles ne reflètent pas les standards des systèmes de valeurs européens.

Les lois coloniales furent édictées essentiellement pour “maintenir la loi et l’ordre” et ceci demeure le point cardinal des lois africaines post-coloniales. Ceci contraste sévèrement avec le système légal pré-colonial de droits et de libertés. Les sociétés traditionnelles africianes possédaient un sens intense et aigu de l’humanité et du respect de la dignité humaine.

[…] Les droits économiques et sociaux de base comme le droit d’utiliser un lopin de terre, le droit de travailler et le droit à l’éducation, étaient traditionnels et communs aux sociétés africaines et cs droits étaient reconus et protégés.

[…] Les systèmes légaux africains post-coloniaux conçoivent la loi comme un corps de règles servant à préserver l’État et la perpétuation de l’ordre et de la stabilité. Dans bien des endroits, se faire l’avocat du renversement de l’État est considéré comme haute trahison et est puni de mort.

[…]

Dans bien des parties du continent africain, des dictatures militaires et des autocraties civiles ont produit des décrets et des statuts qui interdisent aux travailleurs de s’organiser en syndicats. Dans certains pays de fait, les grèves et toutes autres formes d’action politico-sociales sont interdites.

Ainsi, dans la mesure où elle ne voit rien de mal dans le système étatique en Afrique, la Charte Africaine ne peut pas considérer les antagonismes de classes et l’oppression sévissant sur le continent africain.

Dans le même temps, aussi loin que les Africains continuent de soutenir le système légal inspiré de l’occident colonialiste et plus important, d’accepter sa logique et ses philosophies sous-jacentes, les systèmes législatifs africains demeureront un obstacle important à a liberté humaine et au développement de l’anarchisme en Afrique.

La classe militaire et le statu quo

Alors que le mécontentement continue de croître et que la possibilité d’actions révolutionnaires augmente, l’armée africaine continue d’agir pour maintenir le statu quo (oligarchique). […]

L’armée perçoit ses fonctions comme étant celles de protéger l’État de menaces internes et externes.

Alors que la radicalisation de la conscience de masse augmente, l’armée intervient sous le déguisement de tenter d’arrêter la société de glissser dans un état “anarchique”, terme délibérément mal utilisé afin d’expliquer chaos et désordre. Ce que l’armée parvient ainsi à faire est de temporairement faire reculer les gains sociaux des ouvriers et des paysans dans leurs tentatives de construire une vie bien meilleure pour eux-mêmes.

 Conscience ethnique contre conscience de classe

[…] Le processus de colonisation en Afrique par lequel des groupes ethniques furent arbitrairement regroupés en des corps politiques artificiels a résulté en l’augmentation des tensions ethniques et sociales ainsi qu’une discrimination économique.

D’après le professeur Inyang Eteng de l’Association Nigériane d’Anthropologie et de Sociologie: “la conséquence pernicieuse de la conscience ethnique est d’encourager la haine communautaire, la corruption, la violence, la manipulation religieuse, le conflit inter-ethnique et d’endommager la croissance de la conscience de classe en faveur d’une conscience ethnique et étatique.

Tout ceci rend difficle pour l’anarchisme de prendre racine en Afrique parce que les patrons trouvent toujours facilement à atomiser la classe travailleuse en soufflant sur les braises de l’ethnicité. Le mouvement ouvrier par exemple se polarise le long de fractures ethniques et les problèmes sont plus perçus au travers du prisme ethnique que politique.

[…]

Facteurs religieux et culturels

La religion est une caractéristique profonde de la vie africaine. Très longtemps avant la rencontre avec les Européens, les Africains avaient développé des systèmes de croyances religieuses et de pratiques rituelles.

[…] Malgré la compatibilité entre l’anarchisme et le mode de vie traditionnel africain, la culture africaine fait toujours les gros yeux à certaines idées entrant en conflit avec des croyances religieuses ou qui font la promotion de valeurs résidant hors de ce qu’on appelle “la norme”, spécifiquement si ces idées impliquent le renversement du système en cours.

La religion demeurera un facteur inhibitoire majeur malgré les facteurs matériels avérés de l’exploitation capitaliste, de l’inégalité socio-économique et de la tyrannie des gouvernements, tout ce qui inspire le désespoir, désespoir sur lequel toute religion se nourrit surtout celles importées d’occident.

Si la guerre est la santé de l’État, le désespoir est la santé de la religion.

Tant que les ouvriers et paysant africians trouvent des systèmes de croyance qui leur donnent un véritable espoir de bonheur dans l’ici et maintenant, ils continueront de s’aggriper au faux espoir fourni par la religion et au bonheur dans l’au-delà.

La solidarité internationale

Comme nous l’avons vu précédemment, l’anarchisme en tant que corps de pensée n’en est qu’à ses débuts de trouver des adhérents en Afrique. Il y a encore braucoup à faire. Nous devons tenir en haute priorité le besoin de rendre les gens conscients des bases théiriques de l’anarchisme et de leur faire comprendre que l’anarchisme est, et de loin, bien plus crédible que toutes les autres isdéologies socio-politiques. Aujourd’hui en Afrique, comme dans bien d’autres endroits, le mot “anarchisme” est synonyme de chaos et de violence. Mais cette image erronée changera si suffisamment de littérature devient disponible sur le sujet pour le grand public. C’est dans ce but que les groupes anarchistes africains ont besoin de produire une presse capable de diffuser des brochures, des petits livres et des bulletins d’information. (NdT: depuis l’écriture de ce livre en 1997, l’Internet a changé le monde et la façon dont nous nous informons, ceci devrait se refléter dans la diffusion de l’information anarchiste en Afrique… Compagnons… A vos claviers !!…).

Le continent africain demeure l’endroit où aucun modèle idéologique ne peut être jugé avoir eu du succès. A l’encontre de l’Europe et des Etats-Unis et le continent des Amériques où le capitalisme et le “communisme” (marxiste) ont été institutionnalisés et pratiqués avec un taux de succès mitigé, l’Afrique représente une opportunité historique pour toute idéologie capable de faire se lever les peuples contre leur misère actuelle. Les groupes anarchistes existant déjà sur ce continent doivent jouer et joueront un rôle historique important à cet égard.

[…] Sans un soutien international, ces roupes n’ont que peu de chance contre la terreur organisée et institutionnalisée de l’État. A cause de l’alliance entre l’État et le capital international, les classes dirigeantes lovales recevront le soutien de leurs collaborateurs internationaux pour écraser toute menace perçue à ses privililèges et au statu quo (oligarchique).

En dernier ressort, les classes dirigeantes locales appelleront des troupes étrangères (NdT: la France par exemple…) afin de tenter de maintenir leurs privilèges comme cela se produisit dans la province congolaise de Shaba dans les années 1960. Elles le feront. Il est très clair que le combat contre le capital transnational et contre le système étatique doit se faire internationalement si nous devons avoir un espoir de succès.

Chapitre 7 Le futur de l’anarchisme en Afrique

 

L’anarchisme dans un contexte mondial

La perspectice pour le développement et l’avènement de l’anarchisme sur le continent africain est, finalement, inextricablement liée au futur de l’anarchisme dans le monde.

[…] Les obstacles à l’anarchisme sont de manière générale, globaux, seuls leurs spécificités sont déterminées par les circonstances locales, dans le cas qui nous intéresse: l’Afrique.

Les crises du capitalisme et récemment celle du “socialisme” marxiste dans le monde entier ont, de manière historique, assurées le futur de l’anarchisme. La critique dévastatrice du capitalisme en tant que mode de production par Marx demeure toujours aussi valide aujourd’hui que quand Marx lui-même la divulga au monde ; mais la logique admirable et l’approche systématique du marxisme ont, au bout du compte, été défaites par les contradictions internes du marxisme.

[…]

Le simple fait qu’il y ait encore des postes avancés socialistes autoritaires comme la Chine, la Corée du Nord et Cuba ne désapprouve pas ce constat. Deux choses dans ces nations semblent les plus probables: un effondrement de l’idéologie du système d’état socialiste comme cela s’est produit dans les pays d’Europe de l’Est, ne pouvant plus se tenir seuls debout et une transformation du socialisme d’état au capitalisme d’état, en fait un système présentant bien des similitudes avec l’Italie fasciste de Mussolini (la Chine).

D’une manière ou d’une autre, le socialisme d’état, comme le capitalisme, est voué à l’échec. Au travers de l’histoire de l’humanité, la tendance générale du développement de la société humaine a toujours été vers l’égalité sociale et une plus grande liberté individuelle.

[…] Ainsi, étant donné les crises endémiques et insolubles à la fois du capitalisme et du socialisme d’état, l’étape suivante de l’humanité devra être presque inévitablement vers une plus grande liberté individuelle et une plus grande égalité sociale, c’est à dire vers l’anarchisme et spécifiquement vers des expressions socialies de l’anarchisme, de l’anarcho-syndicalisme et de l’anarcho-communisme (NdT: ce que ne veulent bien entendu pas les olirgarques poussant pour leur solution du “Nouvel Ordre Mondial”: la tyrannie absolue de la fusion de l’état et des grosses entreprises capitalistes en une entité de contrôle parasite planétaire et transnationale dans un mode de gouvernance étatiste néo-féodal).

Le “communisme” marxiste est une expérience qui a échoué. Elle n’a simplement pas produit ce qu’elle promettait: la liberté, le bien-être social et l’égalité sociale et au vu de son histoire au XXème siècle, il paraît maintenant évident que le marxisme ne pourra JAMAIS tenir ses promesses.

Le capitalisme ne le peut pas non plus, ceci incluant toutes ses branches de capitalisme du “laissez-faire les marchés” dont sont tant amourachés les Américians dits “libertariens” (NdT: qui se nomment eux-mêmes des “anarcho-capitalistes”, expression d’un non sens aussi total que volontairement pervers…). Une grande limitation, voire même une élimination de l’État en conservant l’économie capitaliste (comme le préconisent les “libertariens”, à ne pas confondre avec “libertaires”, synonyme d’anarchiste…), n’éliminerait pas la domination, la hiérarchie et la structure de classe. Le meilleur que cela pourrait produire serait peut-être une plus grande liberté des interférences extérieures.

Il y a près d’un siècle, Emma Goldman avait défini la “liberté positive” comme “la liberté de faire”. [..] Celle-ci est relative et non pas absolue, le mieux que l’on pourait faire est la liberté positive égalitaire. Nous ne pouvons en aucun cas y parvenir sous le capitalisme.

Ainsi, “socialisme” marxiste et capitalisme ont échoué à amener la liberté positive, le capitalisme refusant même de considérer l’aspect “égalitaire” de l’affaire…

Décidément, l’humanité peut bien mieux faire !…

La condition africaine

L’Afrique aujourd’hui est prosternée, ensanglantée et en conflit sur tous les fronts, une victime du capitalisme et dans une grande mesure aussi, des ambitions du socialisme d’état.

[…] La misère du grand nombre est le résultat de l’opulence du petit nombre, dont la main-mise sur le produit social et les ressources, en conjonction avec le pouvoir du capital international, leur confère un virtuel d roit de vie et de mort sur la vaste majorité.

Ces gens agissent comme les intermédiaires et agents commissionables des corporations multinationales (NdT: transnationales aujourd’hui en 2015), qui distribuent les contrats et les licenses d’exploitation ; la classe d’affaire locale s’approprie, avec l’aide des états vassaux, le surplus du produit social de l’Afrique.

Tandis que la classe d’affaire locale est très privilégiée en comparaison des peuples indigènes, ele a toujours un rôle servile à la classe dominante du capitalisme étranger, ceci est bien évidemment imputable à la conservation de la structure économique coloniale dans une époque se voulant “post-coloniale”.

Ceci s’accompagne bien évidemment par la coercition et la répression massive de toutes formes de protestation par la majorité pauvre des pays. Les salaires en Afrique sont parmi les plus bas au monde, ils sont si bas qu’ils ne peuvent le plus souvent pas garantir la subsistance minimum…

La situation dans les états “socialistes” à la sauce locale ne sont pas en meilleure condition.

[…] La situation s’est considérablement détériorée dans les années 1990.

L’anarchisme et la question nationale en Afrique

La question vraisemblablement la plus importante dans l’analyse de la question de l’état-nation est la “question nationale”, aussi appelée le droit à l’auto-détermination. Ce débat tourne autour des droits des différents groupes ethniques de parenir à un développement socio-culturel autonome au sein d’états existants. Cette question est particulièrement importante en Afrique quand on voit les composants hétérogènes des états. Bien des conflits civils sur le continent ont été blâmés directement ou indirectement, sur l’absence d’homogénéité des populations. Le problème est sévèrement aggravé par par les “solutions” professées par le capitalisme et le socialisme d’état, l’un offrant la liberté sans égalité et l’autre l’égalité sans liberté.

Dans les deux systèmes néanmoins, il est commun d’en appeler au “patriotisme”, un concept que Bakounine rejetait véhémentement comme étant de l’unique intérêt des classes privilégiées. Se cachant derrière une forme de patriotisme, l’état en Afrique impose l’injustice et la misère sur ses sujets, comme cela se produit bien sûr partout ailleurs.

De plus, la patriotisme produit la fausse conscience, par laquelle les individus agissent directement contre leurs intérêts, permettant aux individus de valider et de soutenir l’injustice et la misère causées par le système étatique.

Bakounine disait: “L’État restreint, il mutile, il tue l’humanité dans ses sujets de façon à ce qu’ils ne puissent jamais se hisser plus haut que le niveau de citoyen, au niveau d’Homme.

La démocratie à la sauce capitaliste et le socialisme d’état sont tous deux parvenus au plus haut degré d’oppression intensifiée à la fois raciale et nationale. Le soutien marxiste au principe national d’auto-détermination est aussi illusoire que le soutien capitaliste à la liberté individuelle.

Ainsi la question nationale en Afrique, est seulement un composant du problème principal à savoir: Atteindre la véritable égalité et liberté. De fait, aussi loin que le capitalisme et le système étatique existent, l’auto-détermination des nations ne veut rien dire.

Maximov note que sans changement fondamental “le droit à l’auto-détermination pour une nation et à une existence souveraine indépendante n’est rien d’autre que le droit de la bourgeoisie nationale à l’exploitation illimitée de son prolétariat.

[…] L’anarchisme quant à lui, voit la liberté, l’égalité et la justice sociale comme de bien plus grands objectifs que les intérêts nationaux et que la lutte pour ces objectifs plus importants doit nécessairement être internationale. De ce fait, il devient évident que l’État, toute forme d’état, peu importe son degré de nationalisme, est l’ennemi de ces objectifs. C’est pour cela que l’anarchisme rejette toute tentative de résoudre la question nationale au sein d’un contexte étatique. Maximov développe:

Une solution réelle et pleine ne sera possible que dans des conditions d’anarchie, dans un communisme émanent de la liberté de l’individu et obtenue par la libre association des individus dans leurs communes, des communes des régions et des régions des nations ; des associations fondéees sur la liberté, l’égalité et créant une unité naturelle dans la pluralité.NdT: ceci correspond tout à fait à notre vision de la société à Résistance 71, cela rejoint tout à fait ce que pensait également un des grands penseurs anarchistes, l’Allemand Gustav Landauer, ainsi bien sûr que Pierre Kropotkine.

Les anarchistes demandent la libération de toutes les colonies existantes (NdT: aujourd’hui la libération de l’Afrique sous le joug néo-colonial ne pourra se faire que lorsque les grands états coloniaux existant redeviennent eux-mêmes libres: Les USA, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Israël, les pays du Commonwealth…) et soutiennent les luttes d’indépendance nationale en Afrique et partout dans le monde aussi loin qu’elles expriment la volonté des peuples des nations concernées. Néanmoins, les anarchistes insistent particuièrement aussi sur le fait que l’utilité de l’auto-détermination sera elle-même limitée aussi longtemps qu’existent le système étatique et le capitalisme, ceci incluant le capitalisme d’état marxiste. Ces systèmes doivent disparaître.

Les implications pour l’Afrique sont évidentes. Une solution viable à la myriade de problèmes posée par la question nationale en Afrique, comme les conflits civils inter-ethniques, n’est réalisable qu’hors du contexte étatique. Ceci demande la destruction du système et des institutions de l’État et une solidarité internationale concertée ainsi qu’une action révolutionnaire. L’élimination du système étatique est un objectif à long terme qui sera difficile à établir, mais cela est préférable à l’approche mécanique actuelle comme exprimée dans la création de la multiplicité d’état nations non viables à travers le continent.

L’anarchisme la voie progressiste pour l’Afrique

La pertinence de l’anarchisme dans la société humaine n’a été nulle part plus évidente qu’en Afrique.

[…] Les choses sont hors de contrôle depuis bien trop longtemps et seule un remède drastique pourra satisfaire une population dont la colère et l’amertume s’accroissent sans cesse du Cap au Caire. Ces conditions incluent semble t’il endémique problème des conflits ethniques au travers du continent, la marginalisation politique et économique continuelle de l’Afrique au niveau mondial, la misère indescriptible dans laquelle vit près de 90% de la population africaine et de fait, l’effondrement des états-nations dans bien des parties du continent.

Devant cette masse de problèmes, un retour aux “éléments anarchistes” du communalisme africain est virtuellement inévitable. L’objectif d’une société autogérée née de la volonté libre des peuples et dénuée de contrôle autoritaire et de régimentation est aussi attractive que faisable sur le long terme.

A l’échelle globale, la civilisaion humaine passe au travers d’une période de transition occasionnée par l’effondrement du “socialisme” marxiste et de l’évidente crise insoluble du capitalisme et de son système d’état-nation.

Où allons-nous à partir de là ?

Comme nous l’avons noté auparavant, toutes avances faites dans l’histoire humaine ne furent possibles que par la quête incessane de l’humanité pour la liberté et la solidarité. Comme cet élan semble être un instinct naturel de l’Homme et, en tant que tel, ne risque pas de disparaître dans le long terme, il s’ensuit que l’évolution continue de la société se fera en direction de la liberté, de l’égalité et de la communauté.

Le processus de transformation anarchiste de l’Afrique pourrait en comparaison être prouvé plus facile étant donné que l’Afrique n’a pas une base profonde capitaliste, ni de formations de classes et relations de production bien marquées ni même d’un système étatique stable et bien établi. Ce dont nous avons maintenant besoin est d’un programme à long terme de construction de conscience sociale et politique, d’une éducation utile et d’une participation individuelle plus importante dans les luttes sociales. Dans le même temps, les crises et les mutations du capitalisme, du “socialisme” marxiste, du système étatique, individuellement et collectivement, ne peuvent que s’accélerer (NdT: regardons où en sont ces systèmes depuis 1997 !! Le monde est au bord de l’effondrement, nous disons: aidons le à s’effondrer MAIS la conscience politique claire d’établir une société égalitaire et de libre association, seuls attributs garantissant l’avancée de l’humanité vers le bonheur pour tous ici et maintenant et non pas dans un chimérique au-delà mythologique…).

Pour l’Afrique en particulier. Le développement à long terme n’est possible que s’il y a une cassure radicale d’avec à la fois le capitalisme et le système étatique mortifères, les principaux instruments de l’arrêt de notre développement et de notre stagnation.

L’anarchisme est la voie de sortie pour l’Afrique !

Fin

= = =

Liens pour développer un conscience anarchiste africaine:

Le blog de l’auteur Sam Mbah (décédé en décembre 2014):

http://sammbah.wordpress.com/

Afrique du Sud:

http://zabalazabooks.net/

http://zabalaza.net/home/

http://struggle.ws/africa/

L’anarchisme en terre africaine:

http://adnauseam.medialternative.fr/l-anarchisme-en-terre-africaine,101.html?lang=fr

http://adnauseam.medialternative.fr/-anarchie-en-afrique-.html?lang=fr

http://fra.anarchopedia.org/Anarchie_en_Afrique

Ingérence impérialiste et coloniale en Afrique: Boko Haram du Nigéria arme de déstabilisation occidentale…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, France et colonialisme, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 28 octobre 2014 by Résistance 71

L’empire du goulag levant a des bases militaires et des troupes dans 13 pays africains d’Ouest en Est. Boko Haram est piloté par l’AFRICOM yankee et est l’arme de déstabilisation de la région du Golfe de Guinée pour contrôler les ressources naturelles du Nigéria et du Cameroun et virer la Chine… Nous adhérons à la conclusion de l’article.

— Résistance 71 —

 

Boko Haram le bras armé de l’occident pour détruire le Nigéria et chasser la Chine du Golfe de Guinée

 

Carlos Bake & Olivier A. Ndenkop

 

27 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/Boko-Haram-le-bras-arme-de-l.html?lang=fr

 

Les amis du Nigéria ne sont pas ceux qui, par une communication surfaite, proposent leur « aide » pour lutter contre la secte islamiste. Il s’agit plutôt d’embrasser l’ennemi nigérian pour mieux l’étouffer ! Premier pays producteur de pétrole en Afrique et sixième mondial avec 2,5 millions de barils par jour, le Nigéria a commis le « crime » de céder des puits de pétrole à la Chine. Une concurrence jugée insupportable pour les USA, la France et l’Angleterre qui pompent le pétrole nigérian sans inquiétudes depuis 50 ans. De leur côté, les pétromonarchies arabes s’inquiètent d’un Nigéria trop puissant qui pourra ne plus se soumettre au diktat de l’Arabie Saoudite et du Qatar sur le marché du pétrole et du gaz. A l’image de l’Iran (2ème) et du Venezuela (5ème producteur de pétrole mondial) qui gèrent leur pétrole en toute souveraineté. Boko Haram est le cheval de Troie qu’utilisent les puissances impérialistes pour contrer la Chine et détruire la première puissance économique africaine qu’est devenu le Nigéria en le divisant en deux états comme au Soudan.

Quelques questions pour briser le tabou

Première puissance économique africaine depuis le premier trimestre 2014, premier pays producteur de pétrole en Afrique, le Nigéria qui conserve par ailleurs sa confortable position de première puissance démographique (180 millions d’habitants) du continent retient de plus en plus l’attention des médias. Seulement, dans les chaînes de télévision ou les colonnes des journaux, cette triple puissance qu’est le Nigeria est désormais réduite à un nom devenu son synonyme : Boko Haram. Présenté par les« grands »medias « presstitués » comme un groupe de « fous de Dieu », Boko Haram n’aurait pas d’autres visées que de créer un Califat dans une partie du Nigéria, à défaut de soumettre tout le pays à la loi islamiste, la Charia. Aucun lien avec les puissances impérialo-capitalistes engagées dans une lutte à mort pour conserver l’hégémonie mondiale face à la Chine. Et grâce à la grande communication faite autour de l’ « enlèvement » le 14 avril 2014 de plus de 200 jeunes filles (le nombre varie en fonction des sources) dans la localité de Chibok, la secte islamiste a acquis une renommée planétaire. Ses actions sont relayées autant que celles des autorités nigérianes sont censurées. Comme pour prouver aux yeux du monde que le président nigérian, Jonathan Goodluck n’a paradoxalement aucune chance !

Mais est-ce une surprise si ces médias « oublient » systématiquement de vous dire à qui profitent en dernier ressort les crimes commis par la secte Boko Haram ? Pourquoi notre grande presse garde-t-elle un silence complice sur les origines des fonds et des armes lourdes qui permettent aux adeptes de Boko Haram de semer la mort au Nigeria, et bientôt au Cameroun ? Pourquoi les médias qui arrosent le monde ne diffusent-ils pas ce câble de Wikileaks qui citait nommément l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique à Abuja, Terence P. MacCulley comme le coordinateur des actions de déstabilisation du Nigéria ? Face à la redéfinition des équilibres géostratégiques imposée par la pénétration de la Chine en Afrique, Boko Haram comme la Séléka en République centrafricaine est devenue une arme redoutable pour préserver la mainmise des multinationales occidentales sur les matières premières et accélérer la mise en place d’Africom, le Commandement militaire US pour Afrique.

BokoHaram : à qui profitent les crimes de la secte islamiste ?

Pour envahir l’Irak et tuer son président au nom du pétrole, les Etats Unis d’Amérique de Georges Bush ont trompé la planète entière en affirmant que Saddam Hussein, devenu l’ennemi à abattre détenait des Armes de destruction massive. Colin Powell est allé plus loin en sortant des tubes à essai qu’il a présentés en mondovision comme les échantillons de ces armes à la disposition de Saddam Hussein. 10 ans après, tout le monde a constaté qu’il s’agissait d’un gros mensonge made in Washington.

En 2011, une vidéo sur le chef de guerre congolais Joseph Kony postée sur You Tube et largement commentée dans les médias a été regardée dit-on par plusieurs millions d’internautes. Stupéfaits par les crimes de Joseph Kony, les internautes du monde entier ont juré la perte de Kony. En retour, les USA ont proposé leur aide pour officiellement traquer les troupes de l’Armée de Résistance du Seigneur que commande l’ « invisible » Kony. Trois ans après, le résultat est le suivant : Joseph Kony est toujours en fuite. Mais au nom de sa traque, les USA ont installé des bases militaires en République démocratique du Congo, en Ouganda, en République centrafricaine, etc.

Autrement dit, à travers cette campagne, Washington a solidement installé les bases militaires dans cette partie de l’Afrique particulièrement riche en minerais précieux et très sollicités par la Chine qui en a grand besoin pour son industrialisation. (Voir carte ci-dessous)

Le Nigéria fait son entrée dans la gueule du loup

Membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) depuis 1971, le Nigeria garde le record de putschs en Afrique. Le pays a connu plusieurs groupes irrédentistes parmi lesquels le Mouvement pour la Survie du peuple Ogoni (Mosop) que dirigeait l’écrivain Ken Saro-Wiwa (pendu en 1995), le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (Mend). Le Mosop et le Mend avaient des revendications clairement formulées : gestion inclusive des ressources pétrolières. Les membres des deux organisations faisaient recours aux moyens légaux descendant dans la rue pour manifester mais n’hésitaient pas à prendre les armes pour s’attaquer au pouvoir central ou aux compagnies pétrolières, sources de leurs malheurs.

BokoHaram : un fantôme à plusieurs facettes

Crée à Maiduguri par Mohamed Yusuf en 2002, au lendemain des attentats du 11 septembre, Boko Haram évolue au gré des événements politiques nigérians et des orientations géostratégiques dessinées par les grandes puissances occidentales.

De 2002 à 2006, la secte s’inscrit dans la logique de recrutement-endoctrinement. Néanmoins, elle effectue quelques actions de violence comme pour prouver sa capacité d’action et se faire connaître. De 2006 à 2009, au fur et à mesure que le sudiste Olusugun Obasanjo s’obstinait à modifier la constitution (2006) pour briguer un troisième mandant à la tête du Nigeria, Boko Haram franchit un pallier dans la violence.

Les Etats de Bauchi, Wudil, Potiskum ,Maiduguri, Borno, Yobe, Kano deviennent le théâtre des violences incessantes. Celles-ci ont fait des morts aussi bien dans les rangs des forces de sécurité que dans la population civile et les adeptes de la secte. Son fondateur a d’ailleurs été exécuté en juillet 2009. Mais, comme cette hydre mythologique dont une tête coupée en faisait renaître 1000, Mohamed Yusuf n’est pas mort avec Boko Haram.

Quand Boko Haram s’invite dans la lutte pour le pouvoir entre le Nord et le Sud

Il est un élément qui permet de comprendre le versant nigéro-nigérian du phénomène Boko Haram. Entre 2006 et 2007, le président nigérian d’alors, Olusegun Obasanjo use de tous les stratagèmes pour écarter le candidat favori du Nord à la présidentielle.

Atiku Aboubacar qui a pourtant été son vice-président de 1999 à 2007 est tantôt accusé de corruption, tantôt exclu du parti au pouvoir, le Parti Démocratique Populaire (PDP). Déçu, il quitte le PDP et se présente sans succès à l’élection présidentielle de 2007 sous la bannière du Parti populaire de Tout le Nigéria (ANPP).

Finalement, c’est le malade Umaru Yar’Adoua qui succède à Obassanjo. Yar’Adoua est certes du Nord, mais il n’a pas le poids politique, encore moins le soutien populaire dont jouit le richissime Atiku Aboubakar que l’entourage d’Obassanjo trouve trop proche de Washington. Ce qui est sûr c’est que depuis cette brouille de plus et peut être de trop entre le Nord et le Sud, Boko Haram est devenu plus violent que jamais. S’attaquant aux écoles, églises chrétiennes et autres lieux publics. Avec ce nouveau redéploiement, l’on constate que la secte devenue le cheval de Troie de l’élite du Nord Nigéria dispose désormais d’armes lourdes. Ses troupes aujourd’hui estimées à 30 000 hommes, sont plus disciplinées, semblent plus entraînées. Bref elles sont devenues plus « professionnelles » ! Ceci fait immédiatement penser au deash en Irak c’est-à-dire une arme de chantage manipulée par des intérêts occultes…

Finalement, le 5 mai 2010, à la mort du président nordiste OumarouYar’Adoua qui n’a pas fini son mandat, le pouvoir revient au Sud avec l’élection de Jonathan Goodluck, originaire de la région pétrolifère du Delta du Niger. Les musulmans du Nord se sentent une fois de plus floués. Ils estiment que la bande à Jonathan Goodluck et Obassanjo a violé l’accord tacite qui veut que non seulement le Nord et le Sud dirigent le pays à tour de rôle, mais aussi qu’il revient à chaque partie de choisir son candidat-président.

Une disposition que le parti au pouvoir aurait violé aussi bien en 2007 qu’en 2011. On comprend par là pourquoi à l’approche de l’élection présidentielle de 2015, Boko Haram multiplie les actes de terreur qui visent sur le plan interne à fragiliser le président sudiste Jonathan Goodluck.

Pour cette mission, les grands médias jouent un rôle déterminent. Ils font une communication sélective qui consiste à communiquer sur les actions de Boko Haram et à passer sous silence les actions des forces de sécurité nigérianes qui ont fait leurs preuves à plusieurs reprises. En 2009 par exemple, l’armée nationale a infligé une cinglante déculottée aux membres de la secte, tuant son fondateur Mohamed Yusuf et un millier de ses combattants. Dans une lettre datant du 9 août 2009, Sanni Umaru qui s’est présenté comme le successeur de Mohamed Yusuf a reconnu la perte de plus de 1 000 hommes par Boko Haram. Certes gangrené par la corruption, le gouvernement fédéral n’est pas (pour l’instant) l’éléphant mort que vous présente votre téléviseur !

Le Nigéria est confronté à la guerre de quatrième génération et dans celle-ci, la guerre de l’information est un pilier central. Les mediamensonges des journaux et télévisions « presstitués » deviennent des obus de mortier qu’on tire du matin au soir. Notre poste de télévision devient un fantassin de l’ennemi installé dans notre propre salon, tirant jour et nuit en direction de notre cerveau !

Avec les financements de l’élite du Nord et ceux des acteurs extérieurs, la secte islamiste s’est suréquipée et dispose désormais d’armes lourdes ainsi que des chars. Outre les soutiens financiers et logistiques, ces islamistes terroristes bénéficient d’importantes complicités dans l’administration et dans les forces de sécurité. Ce sans quoi il n’aurait jamais été possible d’enlever plus de 200 filles dans un établissement scolaire et disparaitre sans être appréhendé. Parmi les financiers de Boko Haram, le Qatar et l’Arabie saoudite sont en tête de peloton bien sûr pour le compte de l’empire certes mais avec l’avantage de déstabiliser un acteur majeur et futur rival sur le marché du pétrole et du gaz. En 2050, le Nigéria seule aura environ 400 millions d’habitants, soit la troisième puissance démographique du monde. Cela n’arrange pas les affaires de beaucoup de gens…

La dimension occidentalo-impérialiste : fragiliser le Nigeria et écarter la Chine

Les puissances sont jalouses de leur position et des privilèges y afférents. Elles s’emploient à freiner toute concurrence, aussi petite soit-elle. En tant que triple puissance (démographique, économique et pétrolière) africaine, le Nigéria s’est involontairement attiré des ennemis hors du continent. Pour ne pas arranger les choses, l’ancien président Olesugun Obasanjo a commis le « crime » de briser le monopole des entreprises occidentales dans l’exploitation des vastes gisements de pétrole du Nigéria en ouvrant les puits au Chinois.

En effet, pendant plus d’un demi-siècle les compagnies pétrolières françaises, anglaises et étasuniennes ont régné en maîtres imperturbables dans la production pétrolière au Nigéria. Et puis, coup de théâtre ! En avril 2006, le président Obasanjo qui n’a pas reçu l’appui des Occidentaux dans sa tentative de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir se fâche et se tourne vers la Chine. Au grand dam de Shell, Texaco, Chevron…, les autorités nigérianes annoncent en grandes pompes avoir signé un contrat d’exploitation avec la compagnie pétrolière China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) pour plus de deux milliards de dollars avec une prévision de production de 225 000 barils jour. Dans la même logique, le président Obasanjo a négocié un prêt d’un milliard de dollars auprès du gouvernement chinois afin de financer la réhabilitation des voies ferrées du Nigéria et acheter du matériel roulant. La partie chinoise se donne deux ans pour produire son premier baril de pétrole au pays de ken Sarowiwa et de Wole Soyinka.

Ce rapprochement Abuja-Pékin crée des insomnies dans les capitales occidentales. Perdre le contrôle du Nigéria qui produit 2,5 millions de barils par jour est un coup dur pour Paris, Londres et Washington. D’autant plus que le Nigéria et son voisin le Cameroun constituent une sorte de glacis stratégique incontournable pour le contrôle du Golfe de Guinée.

De leur côté, l’Arabie Saoudite et le Qatar s’inquiètent de voir le premier producteur africain de pétrole s’affranchir de leur tutelle. L’Iran, deuxième producteur de l’or noir au monde se moque des directives éditées par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le Venezuela, cinquième producteur mondial de pétrole s’est affranchi des directives des monarchies arabes et de l’impérialisme occidental depuis plus d’une décennie. Il gère son pétrole en toute souveraineté. Or, Ad vitam Aeternam, ces pétromonarchies entendent être le centre de régulation du marché du pétrole mondial. Ce qui est le seul lot de consolation que leur laisse l’impérialisme occidental.

Face aux velléités souverainistes du Nigéria, les réactions ne se font pas attendre. Chez l’Oncle Sam, on le sait, la meilleure défense c’est l’attaque ! L’administration US lance précipitamment son Commandement militaire pour l’Afrique en 2008, année où la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) démarrait ses activités pétrolières dans le premier pays producteur de pétrole en Afrique. Dans la précipitation, les USA n’attendent pas l’obtention d’un accord de siège pour lancer l’Africom. Il faut faire quelque chose. Point besoin d’attendre qu’un pays africain accepte d’abriter Africom pour le lancer. Six ans après son lancement, ce Commandement militaire étasunien pour l’Afrique est toujours basé à… Stuttgart en Allemagne.

Certains peuvent toujours y voir une simple coïncidence. Mais, cela n’enlève rien sur le fait que le Commandement militaire étasunien pour l’Afrique ne vise pas à lutter contre le terrorisme comme l’indique le discours officiel. Africom est le bras militaire de la diplomatie US pour contrer l’émergence d’une puissance endogène et surtout écarter la Chine de Afrique. Pour éviter que l’Empire du milieu ne s’empare de leur place de première puissance économique mondiale, les USA, incapables de fermer les industries chinoises, empêchent que celles-ci puissent accéder aux matières premières qui leur sont indispensables.

La CIA à l’œuvre

S’appuyant sur les câbles de Wikileaks, l’organisation Greenwhite Coalition affirme que pendant plusieurs années, les USA ont déployé les gros moyens pour déstabiliser le géant d’Afrique. En fouillant dans sa mémoire, le pays de Georges Bush a constaté que les troupes de l’Ecomog (EconomicCommunity of West African States Monitoring Group), la force militaire de la CDEAO (Communauté de développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest), majoritairement constituée de militaires nigérians avait joué un rôle important (institution de cessez-le-feu) dans les guerres civiles au Libéria et en Siéra-Léone dans les années passées.

Craignant que le Nigéria utilise l’Ecomog pour supplanter l’influence des grandes puissances dans la sous-région, le président Georges Bush, fonde l’Acri (Africa Crisis Response Initiative ) en 2004. Avec l’aide de la CIA, l’Acri recrute des jeunes islamistes qu’elle forme à la collecte du Renseignement, au maniement des armes, aux techniques de survie. Les jeunes formés sont mis à la disposition de la secte BokoHaram qui s’en sert pour semer la mort !

Greenwhite Coalition constate également que la CIA a installé les camps d’endoctrinement et de formation le long des frontières poreuses du Nigéria, du Cameroun, du Tchad et du Niger. Bien plus, un autre câble diplomatique US révèle que pour conduire la déstabilisation du Nigéria, l’ambassade US au Nigéria est devenue un véritable laboratoire. Pour mieux mener le sinistre projet, Washington n’a pas trouvé mieux que Terence P. MacCulley pour occuper le poste d’ambassadeur dans ce pays. Terence P. MacCulley n’est pas un diplomate comme les autres. En plus d’être le coordinateur de la politique étrangère d’Africom, il est l’un des architectes de l’Africa Crisis Response Initiative. Son expérience est mise à contribution pour fragiliser le pouvoir fédéral afin de justifier l’intervention des pays de l’OTAN.

Il n’aura échappé à personne que les attaques de la secte islamiste se font désormais avec une précision digne d’une armée professionnelle bien entrainée ! Elle dispose d’un effectif que la rançon issue du marchandage des otages ne peut payer. Car pour enrôler, nourrir, équiper et soigner des milliers de combattants comme c’est le cas de Boko Haram, il faut avoir des financements importants et réguliers. Or le business des otages n’obéit pas à cet impératif.

Quand Michelle Obama fait le marketing des drones US au Nigéria

Pour mieux comprendre l’implication des USA dans la déstabilisation du Nigéria, il faut revisiter les derniers évènements qui se rapportent à ce pays. Le dernier en date est incontestablement la campagne « Bring Back our girls », lancée personnellement par la première dame des Etats Unis d’Amérique. Restée en retrait pendant les six premières années de présidence de son mari, Michelle Obama s’est muée en mascotte du complexe militaro-industriel US. En lançant la campagne Bringbackourgirls sur facebook, elle a légitimement attiré l’attention du monde sur le sort des 200 filles enlevées par la secte islamiste.

Mais, ce qu’on ne dit pas c’est que Michelle Obama a trouvé un nouveau ciel pour les drones US et un nouveau terrain d’actions pour les Marines et autres forces spéciales étasuniennes. Au nom de la recherche des 200 lycéennes, le président étasunien a décidé l’envoi de 70 militaires au Tchad.

Obama en a profité pour renforcer les effectifs militaires US au Nigeria. Jusqu’en mai 2014, 50 soldats étasuniens étaient régulièrement affectés à l’ambassade des USA au Nigéria. 20 Marines y assuraient la formation des militaires locaux. La campagne lancée par Michelle Obama a permis d’accroitre ce nombre.

Rappelez-vous la campagne lancée pour nous avait-on dit, traquer Joseph Kony. Elle a permis aux USA de quadriller le Congo, l’Ouganda, la RCA… Brink back our girls permet de quadriller l’Afrique de l’Ouest. Etablissant l’axe Mogadiscio-Ouagadougou, avec 12 pays sous la botte de Washington. A ce jour, 29 pays africains ont accordé le droit aux USA d’utiliser leurs aéroports. Et n’oubliez jamais que les forces spéciales sont toujours précédées des hommes de Renseignements qui collectent certes des données utiles pour les militaires, mais font de l’espionnage économique et industriel au service de l’Empire. On voit à qui profite les crimes de Boko Haram en dernier ressort. La guerre c’est le plan !

Boko Haram : un poker menteur très rentable

En français, BokoHaram veut dire : « l’école interdite ». Boko renvoie au livre Book et Haram veut dire interdit. Son contraire est Halal. Plusieurs « spécialistes » et « experts » de Boko Haram préfèrent la traduction suivante : « L’éducation occidentale est un péché ».

Cependant, il est étonnant de constater que Boko Haram ne s’attaque pas aux intérêts des Occidentaux qui sont pourtant ses ennemis objectifs si l’on en croit la traduction des « experts ». Au Nigéria, les grandes marques occidentales ne manquent pourtant pas. Les plus visibles dictent la loi dans le pétrole qui est la principale source en devises du pays.

Au lieu de s’attaquer à elles pour confirmer le caractère Haram de l’Occident, la secte préfère s’en prendre aux Nigérian(e)s dont le crime inexpiable serait d’être chrétien(e)s ou de fréquenter une école laïque. Aboubakar Shekau n’a-t-il pas revendiqué l’enlèvement des 200 filles dans une vidéo ? Quelle incohérence ! Boko Haram est donc ce que son nom n’indique pas. Autrement dit Boko Haram n’est pas ce que vous en savez.

Contrairement à Boko Haram, le Mouvement pour la Survie du Peuple Ogoni et le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger s’opposaient ouvertement aux intérêts de l’Occident. Les deux organisations s’en prenaient directement aux multinationales pétrolières et à leurs relais nigérians. En 1992, trois ans avant sa pendaison à Port Harcourt le 10 novembre 1995 par le régime de Sani Abacha, l’écrivain Saro-Wiwa (assassiné avec 8 autres militants du Mosop) indexait les compagnies pétrolières en termes : « L’exploration pétrolière a transformé le pays ogoni en immense terrain vague. Les terres, les rivières et les ruisseaux sont en permanence entièrement pollués ; l’atmosphère est empoisonnée, chargée de vapeurs d’hydrocarbures, de méthane, d’oxydes de carbone et de suies rejetés par les torchères qui, depuis trente-trois ans, brûlent des gaz vingt-quatre heures sur vingt-quatre tout près des zones d’habitation. Le territoire ogoni a été dévasté par des pluies acides et des épanchements ou des jaillissements d’hydrocarbures. Le réseau d’oléoducs à haute pression qui quadrille les terres cultivées et les villages ogoni constitue une dangereuse menace ». Poursuivi par les familles des victimes pour complicité dans l’élimination de Saro-Wiwa et ses compagnons, le pétrolier Shell a accepté de payer 15,5 millions de dollars en juin 2009.

La rançon de la mauvaise gestion

Si BokoHaram recrute avec tant de facilité au Nigéria, c’est aussi parce que les dirigeants successifs de ce pays se sont illustrés par une redistribution inéquitable des ressources pétrolières. Exemple : l’écart entre le taux de scolarisation au Sud et au Nord du pays est abyssal. Pareil pour la couverture sanitaire. Tenez ! Sur 100 000 femmes qui enfantent au Nigéria, 1 800 meurent au Nord contre 80 dans le Sud du même pays. Face à cette misère entretenue par les hommes politiques généralement empêtrés dans les affaires de corruption et de détournement de deniers publics, les populations des zones lésées sont réceptives aux manipulations.

Pour attirer le maximum de personnes qu’il a finalement converties au djihad, Mohamed Yusuf, le fondateur de Boko Haram insistait dans ses prêches sur ces inégalités. Il pointait le pouvoir fédéral comme étant la cause du chômage des jeunes. Et ces derniers étaient nombreux qui attendaient leur premier emploi après plusieurs années d’études universitaires. En usant de tous les subterfuges pour écarter le nordistes, Atiku Aboubakar et placer le malade Omaru Yarad’oua, Olesugun Obasanjo à renforcé le clivage Nord-Sud et Boko Haram prospère au Nord parce qu’il a le soutien de l’élite nordiste. Les Nordistes sont prêts à tout pour qu’un sudiste ne remporte pas l’élection de 2015.

L’issue de cette consultation électorale déterminera probablement le cours de l’histoire du Nigéria. Si un ressortissant du Sud gagne, les actes terroristes de Boko Haram vont vraisemblablement se multiplier. Un rapport circonstancié du National Intelligence Council des USA évoque d’ailleurs une probable partition du Nigéria en 2015. Par contre si un nordiste l’emporte, les données pourront changer. Les musulmans verront l’arrivée d’un des leurs à la tête de l’Etat fédéral comme la correction d’une injustice. Comme un instrument au service de l’élite nordiste du Nigéria, BokoHaram aura atteint l’une de ses missions historiques. Mais, puisqu’elle est aussi et surtout au service des puissances étrangères, Boko Haram pourra migrer vers un autre pays exactement comme l’ont fait les djihadistes takfiri abandonnant la Lybie conquise pour la Syrie de Bachar Al-Assad. En clair, ses combattants pourront être envoyés sur un nouveau front pour une mission similaire : contrer la Chine et obtenir des contrats léonins pour les multinationales occidentales.

Après le Nigéria, le Cameroun ?

Le Cameroun est la cible idéale pour les puissances impérialistes occidentales. Pourquoi le Cameroun de Paul Biya ? Comme le président centrafricain François Bozizé renversé par une coalition rebelle en mars 2013, le malheur de Paul Biya c’est d’avoir décidé de diversifier les partenaires économiques du Cameroun. Ainsi, ce pays considéré depuis près d’un siècle comme bastion imprenable de la France a largement ouvert ses portes à la Chine. En 10 ans, l’Empire du milieu a supplanté la France dans l’économie camerounaise. Gagnant progressivement tous les grands marchés : construction des barrages de Mekin et M’mvelle, construction de l’autoroute Douala-Yaoundé, construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi, etc.

Le Cameroun c’est aussi le verrou du golfe de Guinée et la gâchette de toute l’Afrique. On l’appelle « l’Afrique en miniature ». Déstabiliser ce pays c’est la garantie de mettre le feu à tout le Golfe de Guinée. Déjà, depuis plus de deux ans, les incursions de la secte nigériane ont presque totalement détruit le commerce de bétail dans le nord du Cameroun alors que la misère sociale est justement la raison essentielle pour laquelle la secte recrute si facilement ses djihadistes. La stratégie du chaos est donc bien en marche. Jusqu’ici, les seuls otages occidentaux attribués ou revendiqués par la secte nigériane Boko Haram ont été enlevés au…Cameroun.

Le 19 février 2013, une famille française constituée de Tanguy Moulin-Fournier et son épouse, leurs quatre fils et Cyril le frère de Tanguy sont enlevés à l’extrême-Nord du Cameroun. En visite en Grèce, François Hollande réagira tout de suite en indiquant que cette famille est entre les mains de Boko Haram. Boko Haram n’avait encore fait aucune revendication de ce rapt. Il a fallu attendre le 21 pour qu’Aboubakar Shekau revendique l’enlèvement. En novembre de la même année 2013, un autre Français, Georges Vandenbeusch, 42 ans est enlevé à Nguetchewé, localité du Nord-Cameroun. Le Conseil épiscopal du Cameroun n’a signé aucun communiqué rendant public cet enlèvement. L’instance est restée tout aussi muette après la libération de Vandenbeush le 31 décembre. Ce qui est inhabituel. Lorsqu’un prêtre catholique est en difficulté, le Conseil épiscopal prend officiellement position en condamnant l’acte. Ce qui n’a jamais été le cas pour Georges Vandenbeusch qui était pourtant présenté comme prêtre catholique. Le 5 avril 2014, les prêtres italiens Giampaolo Marta et Gianantonio Allegri, ainsi qu’une religieuse canadienne sont enlevés à Tchère, à environ 20 kilomètres de Maroua, capitale de la Région de l’Extrême-Nord Cameroun. L’enlèvement est attribué à la secte islamiste. On dirait que BokoHaram ne voit les Occidentaux qu’au Cameroun !

En fait, à travers ces enlèvements, la secte islamiste et ses financiers impérialistes veulent faire passer dans l’opinion internationale que le régime de Yaoundé est incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens et des étrangers et ainsi préparer les esprits à une future occupation militaire du pays comme en Centrafrique.

Une nouvelle carte de l’Afrique se dessine. Les frontières issues de la colonisation n’arrangent plus ceux qui les ont tracées à l’époque. Des informations sérieuses parlent de la constitution d’un nouvel état regroupant le nord du Nigéria, du Cameroun, de la Centrafrique et le sud du Tchad et qui sera un émirat islamique comme celui qui se prépare en Irak.

Finalement, la guerre contre Mouammar Kadhafi en Libye n’est pas différente de celle qui a plongé le Mali dans le chaos. La différence entre le renversement de Laurent Gbagbo en Côte-D’ivoire et de celui de François Bozizé en Centrafrique c’est l’identité des présidents renversés. Au Nigéria, les actions de Boko Haram servent les mêmes intérêts que ceux de la Séléka en République Centrafrique. Par ces temps de faillite économique en occident, les pays de l’Otan, conduits par le nouveau couple anthropophage : USA-France veulent endiguer la pénétration chinoise et reprendre les énormes ressources naturelles disponibles dans cette partie du monde.

Il est également question de déstructurer le continent africain qui sera tout de même la première puissance démographique mondiale en 2050 avec deux milliards d’habitants. Dans cette troisième guerre mondiale qui est la lutte pour l’hégémonie planétaire, tout Etat souverain est un danger pour l’Occident et tout Etat très grand doit être divisé en entités plus facilement manipulables comme au Soudan, et comme prévu pour l’Irak.

La guerre risque d’être longue et large. La campagne d’occultation des vraies causes aussi. Et la grande force de l’impérialisme est de toujours faire porter la responsabilité de ses guerres par d’autres. Ce qui complique évidemment la compréhension des causes profondes et des objectifs finaux des conflits contemporains. Face à cela, le choix devient simple pour les africains : soit combattre pour leur libération définitive et travailler pour devenir la puissance émergente du 21ème siècle, ou alors accepter une recolonisation directe qui cette fois est bien partie pour durer 1000 ans !

Source : « Le Journal de l’Afrique n° 003 », 24 octobre 2014, Investig’Action

Le colonialisme français perdure… Total (Elf) le bras armé de la Françafrique

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Total (et Elf) bras armé de la Françafrique: Un mort à Moscou des millions de morts en Afrique

 

Solidarité Internationale

 

23 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-16673.html

 

En 2000, Elf-Aquitaine et Totalfina fusionnent pour donner naissance à un géant pétrolier : Total. Le but est aussi de faire oublier les affaires de corruption, les trafics d’armes, les détournements de fonds auquel a largement contribué l’ancêtre gênant de Total.

Elf hier, Total aujourd’hui sont au cœur de la « Françafrique », ce vaste système de perpétuation du colonialisme sous d’autres formes, par des réseaux semi-mafieux, maintenant le continent dans la misère, la corruption, la dépendance au profit des seuls intérêts français.

Une brève histoire des rapports d’Elf puis de Total avec le continent africain nous permettra de mesurer que la mort du PDG du groupe pétrolier cache celle de millions d’Africains depuis la création d’Elf dans les années 1960.

Elf et la naissance de la Françafrique

Dans les années 1960, le général de Gaulle est conscient de la nécessité de maintenir un lien entre l’ancienne métropole coloniale et les nouveaux pays indépendants, avec un seul objectif, après la perte du bijou algérien : défendre les intérêts des grands groupes français.

C’est ce qui motive la création d’Elf en 1966, confiée à l’ancien responsable des services secrets Pierre Guillaumat qui va s’entourer d’agents du renseignement. Il va fonctionner étroitement avec Maurice Robert, patron du service Afrique du SDECE, et Jacques Foccart, conseiller à l’Elysée pour les affaires africaines.

Acte 1 : la guerre civile du Cameroun

Total s’est officiellement retiré du Cameroun en 2010. Pendant très longtemps, le pays a été une des bases africaines pérenne – avec le Gabon – d’Elf puis Total. Un pays gouverné depuis 1960 par deux dictateurs absolus : Ahamdou Ahidjou puis Paul Biya.

Pour aller à l’essentiel, dans les années 1960, la France comme le bloc occidental est sur la défensive en Afrique, dans le Tiers-monde où tous les pays ou presque se disent « socialiste », « révolutionnaire », se tournent vers Moscou ou la Havane.

Pour la France, pas question de perdre le Cameroun qui apparaît alors comme une puissance pétrolière émergente. Le nouveau dirigeant installé par Paris, Ahamadou Ahidjou, est contesté par une rebellion marxiste. La France va alimenter une répression féroce entre 1960 et 1971.

Les troupes d’Ahidjo vont user de méthodes fascisantes de terreur et de propagande conseillées par l’école française de contre-subversion menée par Maurice Robert. Leur sévice favori : couper la tête de leurs adversaires, les exposer en public sur les places, les chemins.

Le pouvoir met en place des camps de concentration, suscite les délations, les confessions publiques dignes de l’Inquisition tandis que s’installe un régime à parti unique, le culte de la personnalité et des formes d’épuration ethnique.

En 1971, la rebellion est matée avec un coût humain exorbitant, qu’on ne sera sans doute jamais. L’ambassadeur de Grande-Bretagne parlait de 75 000 morts en 1964, le journaliste du Monde André Blanchet en évoquait 120 000 en 1962. Sans doute bien plus en 1971.

Elf a hérité de ce régime totalitaire, qui a le sang de centaines de milliers de Camerounais sur les mains. C’est le groupe pétrolier qui va faire la loi au Cameroun.

Selon Loik Le Floc’h Prigent, c’est Elf qui a choisi l’actuel président camerounais, Paul Biya, qui n’a rien changé à ce régime autocratique : il est ré-élu en 2011 avec 78 % des voix, et le silence du tuteur français.

Acte 2 : Nigeria et la guerre du Biafra

La guerre du Biafra fut une horreur médiatisée en Occident par les photos d’enfants mourant de faim, servant cyniquement les intérêts de tel camp ou d’un autre. Elle a fait entre 2 et 3 millions de morts. La sécession du Biafra n’était pas fortuite, elle abritait l’essentiel des champs pétroliers.

La France du général de Gaulle soutient alors la sécession – aussi pour rogner sur l’ancien empire colonial britannique.

Elf joue un rôle fondamental en fournissant ses réseaux pour alimenter les rebelles en armes, mercenaires, détourner l’aide humanitaire. Elf, comme Shell et BP, vont être les premiers à négocier les contrats pétroliers avec l’autorité rebelle du Biafra.

Acte 3 : le protectorat Gabonais, notre ami le dictateur Omar Bongo

Depuis 1960, le Gabon est un protectorat français, la tête de pont de l’impérialisme français en Afrique. Ce petit pays est aussi un très riche Etat pétrolier, depuis la découverte des premiers gisements off-shore en 1962.

L’action de la Françafrique au Gabon commence en 1964 quand le président Mba est renversé par un coup d’Etat. Foccart, Guillemat (président de l’ancêtre d’Elf) et Maurice Robert décident alors de le ré-installer au pouvoir.

Omar Bongo, président à partir de 1967, ancien des services secrets français, deviennt leur homme de paille. Le Gabon est alors la base arrière pour tous les mauvais coups de la France, du Nigeria au Congo.

Bongo va diriger son pays sous un régime à parti unique, est réélu régulièrement à 99 %. Il détourne des centaines de millions de $ issus des contrats avec Elf essentiellement.Il assassine ses opposants, avec l’aide des réseaux de barbouzes français.

Omar Bongo père est mort en 2009, son fils Ali Bongo a pris la succession. Tout a changé pour que rien ne change, un multi-partisme de façade, des élections trusquées masquent la domination intacte du clan Bongo.

Acte 4 : au Congo, soutenir le dictateur ‘marxiste’ Denis Sassou N’Guesso

Elf ne faisait pas de l’idéologie, mais se basait sur des réalités. Au Congo, elle a soutenu Denis Sassou Nguesso de 1979 à 1991, celui que Loic Le Floch Prigent appelait le « dictateur marxiste sous contrôle d’Elf ».

Sassou N’Guesso avait fait le pari d’une économie nationalisée, avec des réformes progressistes financée par un pétrole, non pas entièrement nationalisé mais dépendant des contrats avec Elf.

Mais à partir de 1985, confronté une situation économique difficile, Sassou N’Guesso vire sa cutie et applique les plans d’austérité du FMI.

Balayé aux élections de 1991, Sassou N’Guesso semble accepter la sucession. En réalité, il va alimenter une guerre civile fratricide avec ses milices, les « Cobras », qui sèment la terreur dans Brazzaville.

Il obtient alors le soutien de son ami Omar Bongo – qui se marie avec sa fille ! – de l’armée angolaise, des tortionnaires tchadiens d’Idriss Deby et des milices génocidaires du Rwanda : tous nos amis sont là !

Les révélations de l’affaire Elf nous apprennent que si Elf, la France préféraient Sassou N’Guesso,elle a aussi payé les armes de Lissouba, ce qui a fait dire à un député français « qu’il n’y a pas une balle qui n’ait été payée par Elf ! ».

Le régime de Sassou N’Guesso n’a plus rien de progressiste, il octroie les contrats pétroliers à Elf, se soumet à la France tandis que son peuple s’enfonce dans la pauvreté. Entre-temps, la guerre civile congolaise aura fait 500 000 morts, largement à cause du « dictateur d’Elf » Sassou Nguesso.

Acte 5 : l’ « Angolagate »

Tout le monde connaît l’ « Angolagate », ce circuit français de trafic d’armes, de détournement de fonds qui a alimenté les différents camps de la guerre civile angolaise, livrant des tonnes de véhicules blindés, d’armes lourdes et légères mais aussi d’armes anti-personnelles.

Le procès Elf nous a révélé le cynisme d’Elf qui – comme la France, ainsi que les Etats-unis, la Grande-Bretagne – soutenait ouvertement le criminel de guerre Jonas Savimbi, un chef sanguinaire appuyé notamment par Israel et le régime d’apartheid sud-africain, et le finançait via les caisses noires d’Alfred Sirven, numéro 2 du groupe pétrolier.

Mais dans le même temps, Elf finançait aussi le gouvernement dit marxiste, via les réseaux politiques d’André Tarallo, proche des dictateurs gabonais Bongo et le congolais Sassou N’Guesso.

La guerre civile angolaise fait entre 500 000 et 1 million de morts, Elf contribue largement à l’alimenter, perlant le pays de mines anti-personnelles aux conséquences dramatiques pour les civils, en particulier les petits Angolais.

Aujourd’hui, l’Angola reste une des principales sources de profit du groupe Total, dans les petits papiers du dirigeant autoritaire et corrompu Eduardo dos Santos, passé du marxisme-léninisme au libéralisme à tout crin.

TOTAL, la corruption de nouvelle génération

Du passé, faisons table rase ?

Plein de sang sur les mains, trempés dans les affaires jusqu’au cou, Elf devient Total en 2000. Pourtant, en une dizaine d’années, Total n’est jamais tout blanc dans une série de conflits qui émaille le continent. C’est un euphémisme.

Acte 6 : Elf puis Total au cœur de la guerre civile soudanaise

La guerre civile soudanaise a été une des plus meurtrières du continent, faisant plus de 2 millions de morts, avec son cortège de déportations, de nettoyages ethniques, et autres crimes contre l’Humanité.

Elf avait obtenu en 1980 la concession d’un bloc d’exploration pétrolière au sud du pays, qui se révélera ultérieurement l’un des plus prometteurs du Soudan, dans un des pays aux richesses du sous-sol sans doute les plus méconnues, donc sources de convoitise.

La guerre civile contraint la France à suspendre ses travaux d’exploration en 1985. Elle soutient d’abord, ainsi qu’Elf, le gouvernement soudanais lui fournissant armes, ravitaillements en dépit du caractère répressif du régime incarné par Al-Bachir à partir de 1989, face aux Américains soutenant les rébellions sécessionistes. L’enjeu est le même : le pétrole du Sud-Soudan.

Le conflit soudanais est particulièrement confus, au vu des intérêts contradictoires dans la région entre le Tchad d’Idriss Deby, la Libye de Kaddafi mais aussi les Etats-unis, favorable à une sécession du sud, et la Chine, traitant avec le gouvernement d’Al-Bachir.

La France ne joue plus un rôle de premier plan dans les années 2000 mais Total bénéficie toujours de ses droits d’exploitation pétrolière au sud-Soudan. Total va d’abord négocier avec le gouvernement d’Al-Bachir la reprise des travaux de forage.

Puis après 2011, Total va être le premier à s’engouffrer dans l’indépendance fantoche du sud-Soudan. Son bloc de 120 000 km 2 se révèle très intéressant, Total bénéficiant des largesses du nouveau gouvernement dépendant à 95 % du pétrole.

Sans aucune certitude, il n’est pas à exclure que Total, face à l’emprise de plus en plus forte de la Chine sur le Soudan, se soit rallié à la position américaine : la sécession du sud-Soudan. Une farce mais aussi un précédent aux conséquences potentiellement périlleuses à l’échelle mondiale.

Acte 7 : la Libye, une guerre pour un nouveau partage du gâteau

La Libye est un géant régional du pétrole. Total était présent sous la Libye de Kaddafi, exploitant 15 % du pétrole, avec de forts soupçons de corruption, réveillés par des enquêtes sollicitées par les autorités libyennes et américaines (non sans arrière-pensées)

Dans cette histoire très récente, il est difficile d’avoir des preuves irréfutables. Toutefois, il ne fait guère de doute avec le gouvernement qatari, Total a été parmi les acteurs poussant la France à intervenir militairement en Libye afin de prendre une part plus grande du gâteau pétrolier.

On se souvient que le CNT (Conseil national de transition) libyen composé de guerriers islamistes, de politiciens véreux et d’affairistes en rupture de ban,avait promis 35 % de son pétrole à Total.

Une révélation illustrant bien les intérêts de Total dans une guerre qui a fait au bas mot 60 000 morts en 2011, et qui a laissé un pays dans le chaos total à l’heure qu’il est.

Acte 8 : Mali (et Centrafrique), les intérêts de Total derrière la guerre

L’implication des grands groupes français – d’abord Areva et Total – dans la guerre au Mali ne fait guère de doute, en dépit des dénégations de certains « experts ».

Le Mali n’est pas encore un pays pétrolier. Mais le bassin de Taoudénni recèle de vastes réserves pétrolières qui ont attiré depuis le milieu des années 2000 une foule de groupes pétroliers internationaux : l’algérien Sonatrach, l’italienne ENI ou encore l’entreprise nationale chinoise.

Ces bassins pétroliers sont situés au nord du pays, Total n’en aurait obtenu qu’une petite partie, pas forcément la plus juteuse. Coincidence, la rebellion malienne est partie du nord et a légitimé une intervention française qui lui a permis de fait de sécuriser le nord riche en réserves pétrolières.

Les dernières négociations semblent laisser à Total – de la même manière qu’en Centrafrique – la plus grosse partie du gâteau, tandis que le groupe pétrolier français vient d’obtenir les contrats d’exploitation du bassin de Taoudeni, dans la Mauritanie voisine.

Acte 9 : au Nigeria, alimenter la guerre civile communautaire

On parle beaucoup du Nigeria récemment. Le pays le plus peuplé d’Afrique, la première puissance pétrolière du continent est aussi un des pays les plus pauvres, corrompus, déchirés par les conflits communautaires.

Il est difficile de dire dans quelle mesure Total alimente ce climat. Le rapport du Mr.anti-corruption du pays, Nuhu Ribadu, révèle que 75 % des revenus du pétrole, soit 35 milliards de $, échappent au budget de l’Etat. Selon le rapport, Shell, ENI et Total alimentent cette corruption.

On sait aussi que Total emploie des sociétés militaires privées au Nigeria qui sont un des acteurs meurtriers dans la guerre civile nigérianne, face aux milices islamistes, aux mercenaires locaux.

Enfin, un dernier rapport publié en 2011 par des ONG dont « Les amis de la Terre » couronne le tableau. Total connaît des relations excécrables avec les communautés locales, avec des démarches d’expulsions forcées de population en 2006.

Total soutient certaines communautés comme celle Egi (en fait une petite partie d’entre elle, celle liée au pouvoir) contre les autres. Diviser pour mieux régner, Total joue visiblement un rôle actif dans les conflits ethniques locaux, quitte à embraser le pays.

Acte 10 : collaboration avec la monarchie marocaine autoritaire dans le Sahara occidental occupé

Enfin, pour finir, en 2002 Total a signé un contrat de prospection pétrolière avec la monarchie autoritaire marocaine, ayant conclu un pacte de pouvoir avec les islamistes, au Sahara occidental.

Depuis, Total engage des opérations de prospection, dans le mépris le plus total des droits des populations locales, subissant l’occupation marocaine depuis 39 ans.

L’ONG Western Sahara Ressources Watch (WSRW) a dénoncé dans un rapport en 2013, intitulé « Injustice totale » les agissements de Total au Sahara occidental, son non-respect des populations locales, comme des prescriptions de l’ONU concernant ce territoire occupé.

Ce bref, trop bref rappel laisse de côté la collaboration de Total avec des régimes dictatoriaux hors d’Afrique, comme la sanglante junte birmane qui a permis au groupe pétrolier français d’utiliser le travail forcé pour réaliser ses profits records pour une entreprise française.

Ecrire l’histoire d’Elf, ce serait l’objet d’un livre.

Ecrire celle de Total, c’est raconter les guerres actuelles marquées par l’incertitude qu’elle nous laisse sur l’avenir de l’Humanité.

Loin de la mode stupide des « Livres noir », le bilan de Total ne se résume pas à un accident d’avion sur le tarmac de l’aéroport de Moscou : le nom de TOTAL est marqué du sang des millions d’Africains victimes des balles payées par le pétrole d’Elf, puis Total.

Le mythe du monde « post-colonial »: Le néo-colonialisme vigoureux de la Françafrique persiste et signe

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2014 by Résistance 71

Le néo-colonialisme occidental en général et français en particulier a mis en place des régimes marionnettes dans ses anciennes colonies pour continuer la domination oligarchique téléguidée cette fois de l’extérieur et le pillage des ressources de ces pays sous influence ; tandis que le véritable colonialisme d’occupation et d’exploitation, lui, sévit toujours au pays de goulag levant (ex-USA), au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans tous les pays pseudo-indépendants sous domination de la « couronne » (City de Londres, banque d’Angleterre, Vatican) britannique.

La doctrine occidentale d’un « monde post-colonial » est une aure fumisterie à exposer au grand jour… parce que nous sommes tous des colonisés !…

— Résistance 71 ~

 

La Françafrique existe toujours et se porte bien

 

Didier Epsztajn

 

6 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-16531.html

 

« Il semble donc indispensable, une fois de plus, de décrire sur quoi reposent les accusations réitérées d’ingérence ou de soutien criminel de la France dans ses anciennes colonies et au-delà, ainsi que de perpétuation de visions néocoloniales, souvent influencées par un racisme latent, au cœur même de l’Etat et de la société française »

La Françafrique ne s’est pas dissoute dans les déclarations des uns ou des autres, mais elle n’est pas figée dans des formes « originelles ». Il importe de comprendre les évolutions, les déplacements, les abandons et les reconstructions… Sans oublier la toile de fond, le mode de production capitaliste et les formes changeantes de l’impérialisme ou « le racisme profondément ancré dans la société française et ses élites ».

Le livre est divisé en trois parties :

  1. Les recompositions politiques et institutionnelles de la Françafrique
  2. Présence militaire française : le retour aux fondamentaux ?
  3. Multinationales françaises : entre Françafrique et mondialisation

« Elles permettent au lecteur de s’intéresser successivement aux évolutions des trois pouvoirs qui la structurent :

  • le pouvoir politique qui, poussé à se saisir progressivement de cette thématique, multiplie les effets d’annonce sans pour autant modifier les fondamentaux de cette relation de domination, qu’il institutionnalise et banalise en l’habillant des justifications d’usage ;
  • l’armée qui, dans le prolongement de la « nouvelle doctrine » forgée à partir des années 1990, rationalise et relégitime sa présence en Afrique et auprès de certains des pires régimes du continent, instrumentalise « la guerre contre le terrorisme » et impose ses vues dans le jeu multilatéral que la France prétend jouer ;
  • les entreprises françaises qui, évoluant dans une économie de plus en plus mondialisée et un jeu désormais fortement concurrentiel, mobilisent leur « patrimoine françafricain » – en même temps qu’elles s’en affranchissent progressivement – au profit d’une oligarchie dans laquelle elles s’intègrent peu à peu, à des degrés divers qui permettent d’en établir une typologie. »

Voir l’introduction publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse : Introduction  » Encore la Françafrique ! ?  » à l’ouvrage  » Françafrique. La famille recomposée « 

Dans la première partie, Fabrice Tarrit parle, entre autres, des recompositions politiques et institutionnelles, du tabou de la « complicité française dans le génocide » des Tutsis au Rwanda, du « soutien multiforme aux dirigeants les plus répressifs et les plus corrompus », de Sarkozy et de la «Françafrique décomplexée », des engagements et des renoncement des dirigeants socialistes, des approvisionnements et des marchés de Bolloré, Total ou Areva, des poignées de mains aux dictateurs, de la « réhabilitation de l’intervention française en Afrique et de sa présence militaire », de l’opération Serval, des accords monétaires, du Franc CFA, « pilier du néocolonialisme français en Afrique »…

Il analyse en détail l’intervention française au Mali, celle en Centrafrique, l’occultation et les dénis des dimensions historiques, politiques et économiques des conflits et des rôles de la France… L’auteur parle des relations avec les dirigeants africains, des réceptions des opposants, du « domaine réservé » du président de la République, des opérations militaires, de la recomposition des réseaux françafricains, de soutien aux dictateurs, de présence militaire, du franc CFA, d’ordre franco-africain… « Cette vision nourrie d’un racisme latent tout droit issu de notre histoire coloniale est partagée par un nombre important de personnalités, de fonctionnaires, d’experts, de droite comme de gauche, ce qui rend le travail d’information, d’interpellation et de mobilisation d’une association comme Survie d’autant plus nécessaire pour exposer et dévoiler les dessous institutionnels et diplomatiques de la relation franco-africaine ».

Dans la seconde partie, Raphaël Granvaud revient sur la présence militaire française, sur la protection des régimes et des dirigeants africains. « On comprend aisément ce que cette présence a pu avoir de politiquement criminel par l’importance décisive qu’elle a occupée dans les mécanismes de privation des droits économiques et politiques des populations africaines. Elle le fut également au plan juridique si l’on considère les répressions sanglantes dont les militaires français furent responsables ou complices ». L’auteur présente l’ingérence militaire française, sa nouvelle doctrine et ses vieilles pratiques, les accords de défense, les clauses secrètes de maintien de l’ordre, «l’approvisionnement préférentiel ». Il parle de la Somalie et de la piraterie dans le Golfe d’Aden, de la Libye, de la Cote d’Ivoire, de la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme », de la France au Mali, de l’opération Serval, de la démonstration en action des « qualités du matériel de mort « made in France » », de son utilité « pour rester sur le podium des principaux exportateurs d’armes de la planète ». J’ajouterai, le plus souvent dans le silence complice des syndicats des travailleurs qui les fabriquent…

Il montre aussi comment « l’aide » est de fait une subvention déguisée aux entreprises. L’auteur analyse les faces cachées de l’opération Serval.

(Sur ce sujet, compléments possibles :

Jean Batou : Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval, Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval

Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication,Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication

Non à l’intervention de l’armée française (et autres textes et communiqués) Non à l’intervention de l’armée française (et autres textes et communiqués))

Raphaël Granvaud montre le lien entre cette « opération » et la relégitimation de l’ingérence militaire française en Afrique. Il souligne, entre autres, que « les crispations identitaires et religieuses ne sont pas la cause, mais le produit des affrontements en Centrafrique » ou la volonté de maintenir l’ordre dans ce que l’Etat français considère comme sa sphère d’influence. Il analyse comment le gouvernement français essaye de « parer aux accusations de néocolonialisme », dont la mobilisation de pays africains sur ce qui est « identifié comme étant ses propres priorités en matière de sécurité » et « d’instrumentaliser ou de forcer l’interprétation des résolutions obtenues au conseil de sécurité » de l’ONU.

Le dispositif militaire français est réorganisé « pour lutter contre le terrorisme », mais pas le terrorisme de large perspective du FMI, de la Banque mondiale, ni celui des grandes entreprises… L’auteur parle de « recolonisation assumée » à travers, entre autres, des accords de défense. Il analyse aussi les relations entre la France et les Etats-Unis pour relativiser « les discours sur la rivalité militaire ».

Les pages sur le « permis de tuer », les crimes commis par des militaires français sont particulièrement intéressantes.

La dernière partie sur les multinationales françaises est importante. Thomas Deltombe, Alain Deneault, Thomas Noirot et Benoît Orval parlent, entre autres, de Elf et Total, Bouygues, BNP, SCOA, CFAO, Bolloré, Geocoton ex-CFDT, Vinci, Castel, Air France, Vivendi, etc. Ils analysent les reconfigurations et mutations économiques, « bien plus qu’à un prétendu recul des « intérêts » français » face à la concurrence internationale, à une intégration progressive de l’oligarchie néocoloniale « française » (c’est à dire ayant une attache stato-nationale clairement identifiable) dans une oligarchie « globalisée », à la fois architecte et bénéficiaire des processus de « mondialisation » et de financiarisation off-shore ».

Les auteurs parlent des entreprises qui ont profité du système (néo)colonial, de la gestion des dépendances coloniales par des sociétés privées, de financement par « des fonds publics des infrastructures que requiert la grande industrie privée pour être profitable », des interconnexions public-privé omniprésentes au lendemain des indépendances, des bénéfices privés de la françafrique. Ils insistent à juste titre sur le tournant néolibéral, les désatisations, les déréglementations, la tendance à « l’intégration du cadre françafricain dans la globalisation de l’économie », la transnationalisation ou la financiarisation…

J’ai notamment apprécié le chapitre « La « nouvelle ruée vers l’Afrique » est-elle si défavorable aux intérêts privés français »

Les auteurs analysent les reconfigurations industrielles et économiques, la mise en concurrence des ouvrier-e-s du monde entier, les « avantage comparatifs » permis par le socle françafricain, le poids du franc CFA, les montages financiers… Ils indiquent, entre autres : « certes les héritières ont besoinde la Françafrique, mais elles sont la Françafrique »

Doit-on encore rappeler que « l’internationalisation et la financiarisation de ces entreprises, justement appelées transnationales, font qu’il devient aujourd’hui difficile de les associer rigoureusement à un pays spécifique, dont le gouvernement en défend exclusivement les intérêts à l’étranger ».

La Françafrique pese lourdement « dans l’évolution du positionnement stratégique des entreprises françaises en Afrique » et cette Françafrique est un « transfert de souveraineté ».

Un petit livre sur la persistance réorganisée de la Françafrique, sur les pratiques néocoloniales et sur les « activités » criminelles « nationales »…

Le mouvement syndical français me semble bien silencieux sur les processus de dépossession organisés par les entreprises « françaises » en Afrique. Peut-on défendre les intérêts des salarié-e-s ici sans défendre ceux des salarié-e-s africain-e-s, ? Et comment ne pas prôner et soutenir les nécessaires expropriations, réappropriations sociales par les salarié-e-s des autres pays des multinationales qui battent, entre autres, le pavillon français…

Par ailleurs, une fois de plus je dois regretter l’absence de prise en compte des dimensions de genre dans les différentes analyses.

En complément possible :

Rwanda : 20 ans après, la France peine à poursuivre et condamner les génocidaires et leurs complices :

Rwanda : 20 ans après, la France peine à poursuivre et condamner les génocidaires et leurs complices

 

Survie : Françafrique. La famille recomposée

Thomas Noirot et Fabrice Tarrit (coord.)

Thomas Deltombe, Alain Deneault, Raphaël Granvaud, Benoît Orval, Odile Tobner

Editions Syllepse, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_613-francafrique.html, Paris 2014, 220 pages, 12 euros

Résistance au colonialisme toujours bien vivace: Panafricanisme contre le Nouvel Ordre Mondial…

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La nouvelle vague de panafricanisme est en phase avec les luttes autonomistes et de résurgence autochtone des Amériques. Les intérêts communs devraient faire converger les mouvements et les faire coopérer pour une lutte concertée et généralisée.

L’avenir de l’humanité passe par la résurgence des nations natives, qui redeviendront VRAIMENT autonomes avec l’aide des peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste qui les musèle et les asservit tout autant.

— Résistance 71 —

 

Panafricanisme contre mondialisme

 

Panafricanisme 2.0

 

Mai/Juin 2014

 

url de l’article:

http://panafricanism2point0.com/a-la-une/introduction-panafricanisme-vs-mondialisme/

 

Introduction

ll s’agit dans cet article de mettre en lumière les conséquences ou implications économiques et financières de ces deux idéologies par rapport au continent africain. Par avance, nous pouvons dire qu’une confrontation inévitable s’annonce entre ces deux idéologies. Car la nature intrinsèque même du panafricanisme, ne peut tolérer aucun mondialisme. En effet, la construction du panafricanisme suppose, induit la déconstruction du mondialisme. Nous allons voir comment cela se fait, tout au long de cet article, en plusieurs étapes.
Déjà au niveau des définitions, le panafricanisme prône la solidarité et l’unité prioritaire des africains pour atteindre leur émancipation sociale, culturelle, politique et économique. Le Mondialisme prône, lui, la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux de façon transnationale.
En pratique, il s’agit d’une circulation des biens et des capitaux vers des marchés porteurs, émergents. La circulation des personnes n’est vraie qu’en théorie. Car Il n’existe pour les ressortissants de certaines parties du globe, notamment les plus pauvres, que très peu de facilité de circulation vers les zones les plus riches.
Le jeu du mondialisme, en l’état actuel des choses, favorise les plus riches et puissants Etats en ce qu’il font des autres Etats faibles et pauvres, comme ceux du continent africain, des marchés potentiels où les premiers déversent leurs marchandises ou leurs capitaux dans des conditions irrespectueuses de nombreux droits et devoirs. Des conditions en sommes toutes foncièrement égoïstes.
Ce sujet « Panafricanisme contre Mondialisme » est le défi actuel qui s’impose à nous. Comment faire de cette première notion une réalité pendant qu’à la minute où j’écris ces lignes l’Afrique baigne dans ce mondialisme de l’exploitation ?
Il s’agira donc ici d’ébaucher les mesures économiques à envisager pour permettre au panafricanisme d’atteindre ses objectifs d’émancipation économique et financière en se recentrant et se repliant sur son espace vital, son territoire, le continent de l’Afrique. L’objectif est de créer de plus en plus d’indépendances africaines par rapport au reste du monde ou de substituer ce reste du monde par une dépendance inter-africaine. Aller à contre pied du système financier international actuel, qui grâce à ces principes et institutions (APE, OMC, Banque Mondiale, FMI, ONU) crée les conditions d’ouverture des autres économies pour une domination et une exploitation totale du potentiel de ces économies encore vierges. Cela passera nécessairement par le démasquage et la mises en hors état de nuire des vicieux mécanismes et systèmes (FCFA, APE, Accords de défense, Francophonie, Commonwealth, club de paris, etc.) par lesquels le mondialisme, telle une sangsue, vampirise le pays continental Africain.

I Rompre avec le système financier international

Les fondamentaux de cette réussite du panafricanisme sur le plan économique et financier restent, comme l’on évoqué nos ancêtres et précurseurs panafricains, Kwame Nkrumah; plus récemment Mouammar Kadhafi (qui en a payé de sa vie le prix), la mise en place d’une MONNAIE AFRICAINE, d’une BANQUE CENTRALE AFRICAINE, puis d’un FONDS MONETAIRE AFRICAIN.
Ces trois points constituent l’épine dorsale de l’indépendance économique et financière de l’Afrique.
En effet, ces trois points en eux seuls, permettront à l’Afrique de sortir du cercle perpétuel de la soumission par la dette, les prêts avec conditionnalités du FMI et de la Banque Mondiale, des clubs de Paris et autre Commonwealth. Mais aussi de sortir des mécanismes d’exploitation des économies africaines comme le FCFA. Ce système par lequel la France détient actuellement des avoirs des Etats Africains estimés à plus de 3000 milliards pour les pessimistes et à plus de 8000 milliards de francs CFA pour les optimistes.

Les prêts du FMI et de la Banque Mondiale sont pervers en ce sens que c’est grâce aux conditionnalités dont ils sont assortis que beaucoup de choses ont été imposés à l’Afrique. Par exemple, la privatisation de Pan entier des économies (les entreprises de services publiques eau, électricité, etc) des pays africains tient de cela. C’est par l’endettement que beaucoup de choses, dans divers secteurs, sont actuellement imposées à l’Afrique (égalité entre homme femme, droits de l’enfant, droits de la femme, la promotion de l’homosexualité, ..).
Il nous faut donc sortir du cycle de l’endettement par le retrait de ce système financier pesant et de plus en plus interdépendant, avec plus d’imbrication. Notre survie dépendra de notre autonomie. Autonomie qui seule peut être un gage d’indépendance durable.

Ces trois structures financières Panafricaines (Une monnaie africaine indépendante sans aucun arrimage à une autre monnaie, une banque centrale africaine et un fonds monétaire africain) sonneront la rupture avec un système financier international dont le modèle, basé sur l’intérêt, a démontré ses limites.
La monnaie africaine devra être non pas une monnaie papier sans valeur intrinsèque, comme c’est le cas actuellement pour l’économie mondiale. Mais plutôt une monnaie réelle avec une valeur intrinsèque d’Or ou d’Argent. Telle était la particularité du rêve du Guide Mouamar Kaddafi. Non seulement, avoir une monnaie mais surtout une monnaie basée sur l’or.

L’Or et l’Argent sont des ressources que le continent Africain détient, enfouis dans ses sous-sols, plus que tout autre continent au monde. Si on devait baser notre économie sur l’or et l’Argent, nous serons, automatiquement, les plus puissants. Car nous pourrons acheter le monde et ce qu’il contient comme sciences et technologies. (Références : les réserves mondiales d’or) .

Ce point est très important. Je me permets d’ouvrir une parenthèse par rapport à la détention de l’Or et le FMI.
Il est étonnant de constater que, les statuts du Fond Monétaire International interdisent l’utilisation de l’or comme monnaie en son article 4 section 2(b) à tous ses adhérents. Ceci en interdisant le lien, quel qu’il soit entre l’or et la monnaie papier autre que le dollar US.

Cet article dit ceci : « les régimes de change peuvent inclure :

I) le maintien par un Etat membre d’une valeur pour sa monnaie en termes de droit de tirage spécial ou d’un autre dénominateur autre que l’or, choisi par l’Etat membre ;

II) des mécanismes de coopération en vertu desquels des Etats maintiennent la valeur de leurs monnaies par rapport à la valeur de la monnaie ou des monnaies d’autres Etats membres ;

ou

III) d’autres régimes de change que choisirait un Etat membre » fin de citation.

En avril 2002, un député Américain, Ron Paul, a envoyé une lettre au département du Trésor Américain ainsi qu’à la réserve fédérale (qui est accessoirement une banque privée, étonnant non ?) dans la quelle il demandait à savoir pourquoi le FMI interdit à ses membres de baser leur monnaie sur l’Or.
Aucune réponse n’a encore été reçue. Mais nous savons que la réponse est que le système monétaire, établi par le biais du Fonds Monétaire International, a été conçu pour dévaliser l’humanité de tout son or. Et dans le même temps imposer le dollar comme moyens d’échange.

C’est le Dollar qu’il leur suffit d’imprimer pour créer de la richesse à partir de rien. En passant, on peut ajouter que tous les pays membres du FMI en devenant membre doivent déposer leur or auprès de cette institution. Ce qui fait que les USA détenaient pendant longtemps les possessions d’or de toute l’humanité. Ou du moins de tous ses pays membres.
Or, dont la disparition, constatée par Dominique Strauss Kahn a entraîné sa perte. Si le dollar Américain n’est plus basé sur l’or ou si les Américains n’ont plus d’or qui sert d’étalon et de garantie, le Dollar US n’est donc que du simple papier. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que beaucoup de pays comme la chine sont entrain de laisser tomber le Dollar. (Référence : la Chine, la Russie, le Kenya laisse tomber le dollar us).

…Une parenthèse pour démontrer l’implication sournoise et profonde du FMI dans nos économies africaines et pourquoi, il nous faut en sortir en réformant, profondément, la monnaie et le système bancaire et financier actuel.

II Un système financier autocentré pour protéger les économies panafricaines

Ces reformes financières et monétaires devraient être accompagnées de mesures drastiques en ce qui concerne les transferts d’argent sortant, le rapatriement de dividende, la structure du capital des entreprises présentes sur le continent.

Les transferts d’argent sortant et autres virements sortants devraient être interdits comme ils le sont actuellement en Algérie ou à Madagascar. Seuls les flux rentrant seront acceptés. Ceci aura pour objectif de maintenir la masse monétaire et de favorisé une bonne relance de la production.

La promotion traditionnelle des Investissement Direct Etranger (IDE) qui accorde tous les privilèges aux investisseurs, toutes les facilités de piller allègrement nos économies doit être revue. Car si l’Afrique est l’espoir de la croissance mondiale , cela doit profiter d’abord aux africains. Les codes d’investissements doivent désormais contenir des conditions contraignantes devant protéger les économies africaines. Usant des incitations fiscales, le rapatriement de dividende des sociétés étrangères doit être règlementairement limité à un certain pourcentage (par exemple 30%) avec obligation de réinvestir ou de consommer les 70% des dividendes distribués sur le territoire national. Ce type de mesure ont été mises en place en Algérie. Par ailleurs, aucune entreprise ne peut s’installer dans le pays sans qu’elle ne soit une propriété majoritairement nationale. La structure du capital des entreprises doit donc être constituée de telle sorte qu’au moins 70% de capital soit détenu par les nationaux. Des mesures semblables ont été prises en Algérie, au Venezuela, en Bolivie, ….Cela permettra aux africains de se réapproprier leur continent.

C’est ainsi que les ressources naturelles stratégiques doivent aussi être nationalisées à au moins 70%. L’Etat devrait être dans le capital. Avec la majorité du capital aux peuples africains. L’actionnariat du peuple devra être promu par un plus grand accès au capital des entreprises du pays exploitant des ressources stratégiques (Or, Uranium, pétrole, Diamant, Eau potable, Electricité, etc.…). Cette implication permettra au peuple non seulement de jouir des bienfaits de leur patrimoine national mais aussi de créer leur adhésion et leur implication dans les affaires ayant lien avec les ressources importantes. Même si un partenaire stratégique doit être accepté, sa position dans le capital de la société exploitant des ressources stratégiques ne peut dépasser les 30 % du capital.

• Entre 1980 et 2009, les transferts nets de ressources hors d’Afrique sont passés de 597 milliards de dollars EU à 1 400 milliards.

• Les flux financiers illicites et non enregistrés ont été de l’ordre de 1 220 à 1 350 milliards de dollars EU entre 1980 et 2009, éclipsant les transactions financières enregistrées.

• Le déficit net de ressources et les fuites illégales de capitaux compromettent gravement le développement.
Rapport conjoint BAD-GFI : http://www.afdb.org/fr/news-and-events/article/new-afdb-gfi-joint-report-africa-a-net-creditor-to-the-rest-of-the-world-11856/

 

III Sortir des divers accords, pactes et conventions qui nuisent à nos économies africaines

Aucun plan, aucune stratégie, aucune politique ou programme, aucun système de coopération, aucune supercherie économique, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est en mesure de permettre aux économies africaines de pouvoir sereinement envisager une prospérité qui générerait du bien être pour les peuples africains tant que nos économies seront enchaînées par des « Accords de défense concernant la coopération dans le domaine des matières premières et produits stratégiques » .
L’intitulé biaisé de cet accord en dit long sur la nature de son escroquerie. La défense militaire de la France au service des pays africains en contrepartie des ressources stratégiques de ces pays. C’est grâce à ces accords que l’uranium du Niger, du Gabon ou de la Centrafrique reste encore, après un demi-siècle de néo colonisation, la propriété privée de la France au mépris des peuples de ces territoires.

Les Accords de Partenariat Economique (APE) qui doivent faire de l’Afrique des territoires de consommation des productions occidentales, tout comme les nombreuses conventions onusiennes qui auraient pour conséquence de reverser les ressources des sous sols africains (eaux souterraines et de surfaces, sols, etc….) dans le patrimoine de l’humanité, doivent être purement et simplement dénoncés, annulés. Car aucun peuple, digne de ce nom, ne brade l’héritage reçu de ses ancêtres et celui à léguer à ses enfants, en le reversant dans le patrimoine, soit disant, de l’humanité. Ceux qui disent agir au nom de l’humanité, la communauté internationale n’agit que dans le cadre de ses intérêts. C’est un faux humanisme.
Les Africains sont les seuls qui ont aujourd’hui quelque chose à pouvoir apporter. Les seuls dont les ressources seront mis à la disposition de l’humanité.

C’est par ces systèmes (FCFA, CPI) que les Africains sont soumis légalement à l’exploitation multiforme de l’Occident, qui est le sorcier de tous ces plans et programmes pour soi disant sauver l’humanité ou d’autres balivernes auxquelles seul l’Africain croit. Sur le plan judiciaire, la Cour Pénale Internationale, qui ne juge que les dirigeants noirs en rébellion contre le système établi, en est un parfait exemple.

On peut aussi, au titre de ces escroqueries, relever sur le plan environnemental, le mouvement contre le changement climatique qui a finit par instituer un marché de carbone sensé interdire la pollution de la couche d’ozone. Comment ça marche ? Les usines, les industries dans les activités de transformations produisent du carbone. Un quota de pollution de carbone est établi pour chaque pays, une fois ce quota atteint, le pays producteur de carbone est tenu de s’arrêter ou de partir sur ce marché pour acheter des droits de pollution carbone nécessaires pour lui permettre de continuer à polluer car toute production à un rejet de pollution. Hors, les pays développés ont le plus grand nombre d’usine, d’industries, …ils polluent plus que n’importe qui au monde. Mais eux, personne ne leur avait mis une limite quelconque. Aujourd’hui ils veulent nous en mettre AU NOM DE LA SAUVEGARDE DE L’HUMANITE.
En réalité, ce mécanisme a pour réel but de freiner la transformation par les pays en voie de développement de leur environnement, de leur production primaire, etc.…et à les maintenir, ces pays africains pour la grande majorité, éternellement à un niveau stationnaire de développement et de dépendance.

En résumé, les Africains devraient quitter les Accords secrets de défense militaire, le CFA, La CPI, les APE (ne doivent pas jamais être signés). La France doit être exclue de l’architecture juridique des activités économiques en Afrique. Elle devra notamment être exclue de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), de la Conférence interafricaine des marchés d’assurance (CIMA), l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Elle ne doit plus siéger aux activités de la CEDEAO ou de l’UEMOA. Elle n’y a pas sa place.

IV L’exploitation occidentale par la coopération du développement et l’humanitaire: Qui assiste qui ?

Le système d’exploitation occidental de l’Afrique par l’humanitaire et la coopération de développement doit être arrêté. En effet, il est important de savoir, qui assiste qui ? Parce que non seulement ce système est spécialement conçu pour les intérêts du Sud, qu’il n’a jamais développé un pays sur le dos de la planète terre mais aussi qu’il est fait actuellement partie des problèmes en Afrique. Economiquement parlant, il sert à la création d’emploi en occident. Les pays Africains se retrouvent endettés dans des lignes de crédit pour financer les activités de ces ONG internationales, embauchant des occidentaux dans des conditions très lourd, avec des contrats d’équipement et de fourniture à établir de préférence avec les opérateurs ressortissant de ces pays.

Ce système tue l’initiative, la créativité, la virilité, la volonté des peuples du sud de se prendre en charge et les met dans une attitude passive et attentiste face à leurs propres problèmes. L’ex Président Zairois Mobutu a bien dépeint ce système d’assistanat qui est fait pour exploiter le soi disant assisté .

Présence coloniale française… La Françafrique et les dérives néo-coloniales…

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La guerre c’est la paix, le pillage c’est l’aide et l’ignorance c’est la force

 

Odile Tobner

 

13 janvier 2014

 

url de l’article original:

http://survie.org/billets-d-afrique/2014/231-janvier-2014/

 

On est frappé par la sauvagerie et l’archaïsme qui marquent nos relations avec nos « anciennes » colonies d’Afrique francophone, où le recours à la force constitue toujours l’alpha et l’oméga.

En entendant Hollande affirmer lors de ses voeux à la nation que les interventions de l’armée française en Afrique n’avaient d’autre but que d’y ramener la paix, on croyait revoir Guy Mollet défendre la « pacification » de l’Algérie. Rien d’étonnant, puisque la loi de programmation militaire qui vient d’être votée rend à nos militaires les « pouvoirs spéciaux » qu’ils avaient reçus du gouvernement SFIO de Mollet et Mitterrand pour « pacifier  » l’Algérie – en réalité pour y pratiquer en toute impunité tortures et exactions, avec le succès que l’on sait. Déploiements de troupes dans des pays en proie à des troubles civils, soutien à des dictatures compradores, déstabilisations sournoises et corruption, voilà à quoi se résume notre politique africaine, et le fait qu’elle se revête depuis l’opération Licorne des habits du droit international ne change en rien à son caractère foncier : la violence.

Durant ce temps, la Grande-Bretagne a su nouer avec un Commonwealth profondément renouvelé des relations civilisées. Même un pays comme la Chine, dont les médias français dénoncent sans relâche l’expansion en Afrique, tisse des liens avec la société civile africaine via une politique généreuse d’octroi de visas et de bourses aux étudiants africains, bien éloignée de la crainte obsessionnelle de la démographie africaine qui marque nos rapports avec les migrants venus d’Afrique. C’est que nos médias de masse abreuvent l’opinion française d’une propagande négrophobe destinée à justifier le recours à la violence en faisant des habitants de ces pays un ramassis de brutes à réduire par le feu et à tenir sous le joug de dictatures bestiales. Ils nous pilonnent sans relâche de bavardages de prétendus experts transpirant le racisme et d’images de masses africaines se livrant à des lynchages, sans jamais donner la parole aux citoyens maliens, camerounais, togolais, centrafricains, qui sont pourtant nombreux à parler parfaitement notre langue, hormis pour exprimer une position de stricte vassalité à la politique françafricaine.

Verrouillé par cette idéologie négrophobe qui justifie en dernière analyse l’exploitation brutale de l’Afrique francophone, notre pays est définitivement incapable de considérer les femmes et les hommes de ces pays comme des citoyens avec lesquels instaurer un dialogue politique. Tout autant imprégnés de cette négrophobie dans laquelle ils macèrent, nos dirigeants enfoncent notre pays dans une guerre généralisée contre l’Afrique francophone, aux dépens de tout autre projet collectif – toutes nos politiques publiques sont en décadence, à commencer par notre système d’éducation, de moins en moins performant – et pour quel bénéfice ? Les intérêts que l’establishment politico-militaire drogué à la violence prétend défendre en Afrique ne sont en rien nationaux puisqu’ils sont ceux de multinationales qui ne paient d’impôts ni dans les pays dont ils exploitent les ressources, ni même en France. Même les groupes particuliers qui dans ces pays avaient fondé quelque espoir sur l’intervention de la France se retournent peu à peu contre elle quand ils comprennent qu’ils ont été joués – c’est le cas en Côte d’Ivoire, et déjà au Mali et en Centrafrique.

En poursuivant dans la violence une histoire commune commencée dans la violence, ce n’est pas tant l’avenir de l’Afrique que celui de la France que notre gouvernement compromet, d’une façon peut-être définitive.

Résistance politique au colonialisme: La Françafrique du néo-colonialisme au néo-esclavagisme…

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Excellente analyse qui trouve un écho également chez les nations autochtones des Amériques et d’Océanie…

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux libérés du dogme de la pensée colonialiste se tenant aux côtés des peuples opprimés depuis plus de cinq siècles par l’occident chrétien génocidaire.

— Résistance 71 —

 

Code noir du néo-colonialisme au néo-esclavagisme

 

Dr Cheik Diabate

 

14 janvier 2014

 

url de l’article:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-13842.html

 

Devoir de mémoire: à tous les patriotes africains, la rédaction de cameroonvoice recommande vivement cet article

L’Afrique, ce continent tant convoité et tant méprisé aura tout donné à l’Occident pour « deux pots et demi de farine de manioc » ! (voir article 22 du « Code Noir » de Colbert).

_________

Croyant ce système odieux de l’esclavage aboli, le continent noir a subi sur son propre sol  un siècle de colonisation avec son cortège de ségrégation, de travaux forcés et de discrimination (Code de l’indigénat).

Après 4 siècles d’esclavage de 1648, date de la mise en œuvre du code noir, jusqu’en 1848 date de l’abolition de l’esclavage dans les îles françaises et après encore un siècle de colonisation, les années soixante sont apparues comme les années de la libération pour une bonne partie des colonies françaises d’Afrique. Les pays colonisateurs affaiblis par deux guerres ont décidé de donner de la main droite, l’indépendance qu’ils ont reprise de la main gauche à travers des accords de coopération (charte de l’impérialisme).

50 ans après, ces anciennes puissances coloniales, connaissant une suite de crises financières aussi aiguës les unes que les autres, semblent regretter les indépendances octroyées et toutes autres formes d’autonomie. On assiste, donc, à la mise en place de nouveaux schémas d’appropriation de l’Afrique par ses anciens colons.
Tous les actes actuels des États occidentaux semblent être calqués sur le code noir et paraissent conduire le continent africain dans une spirale néo-esclavagiste avec l’appui de quelques « affranchis ». Nous entendons par « affranchis », tous ces commis placés ou cooptés à la tête des États pour satisfaire les intérêts occidentaux au détriment des besoins réels de la population.

Examinons l’essence du code noir de 60 articles et ses similitudes avec les pratiques actuelles des États occidentaux en Afrique avec l’appui de leurs « affranchis ».

Article 1

Voulons que l’édit du feu Roi de Glorieuse Mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
Aujourd’hui en Afrique, ceux qui sont à chasser ne sont pas les Juifs mais les Chinois. Tout est mis en œuvre pour empêcher l’Afrique d’accueillir les Chinois. Pire, les partenariats stratégiques interafricains et la coopération Sud-Sud sont considérés comme une forme d’émancipation donc craints et donc à bannir.

Article 2

Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d’en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneurs et intendant desdites îles, à peine d’amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Pour dépersonnaliser les Africains débarqués sur des terres inconnues d’Amérique et afin de les empêcher à recourir à leurs pratiques religieuses et culturelles de peur de se libérer de la tutelle de leur maître, les esclavagistes ont eu l’ingénieuse idée de se servir d’une interprétation de la bible faisant du Noir le descendant de « Cham » maudit par NOÉ et condamné par Dieu à l’esclavage et ne pouvant avoir son salut qu’en aliénant sa liberté à ses maîtres blancs. Le baptême était donc une adhésion au statut d’esclave et une acceptation du maître blanc. La dépersonnalisation était une condition nécessaire de l’aliénation de l’esclave.

Les articles 3 à 14 du code noir sont consacrés à la pratique religieuse de l’esclave pour éviter toute échappatoire à lui et à ses descendants.

Depuis la crise des années 80, l’Afrique est envahie par toute sorte d’églises. Le marketing religieux a remplacé l’obligation d’adhésion. Les croyances ancestrales qui sont décrites comme de l’animisme sont traduites comme des pratiques sauvages et sans fondement. Tout est mis en œuvre pour convaincre les plus incrédules ou réticents à faire le bon choix au risque de vivre l’enfer sur terre. Les salles de cinéma, les lieux de travail, les places publiques et les maisons privées se sont transformés en lieu de culte. La musique et les films religieux complètent l’arsenal de propagande. Il y a même un risque d’exclusion sociale pour ceux qui ne font pas de choix. L’objectif est clair : donner une interprétation biblique au malheur de l’Afrique dirigée par ses fils « maudits  par Dieu » et préparer les esprits à accepter le retour du maître.

Article 15 et 16

Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis, à l’exception seulement de ceux qui sont envoyés à la chasse par leurs maîtres et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connus.

Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s’attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l’un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys; et, en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l’arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu’ils ne soient officiers et qu’il n’y ait contre eux encore aucun décret.
Les deux articles, ci-dessus, ont pour objectif de priver tout droit politique et civil à l’esclave et le déposséder de tout moyen de défense pour avoir comme unique protecteur le maître, sous peine de punition corporelle ou de peine de mort. La protection du maître lui sera donc accordée en contrepartie de sa soumission. L’article 17 complète l’arsenal juridique de répression.

Aujourd’hui en Afrique, les armées nationales sont progressivement remplacées par des armées des pays colonisateurs sous le couvert de l’ONU pour la défense du territoire ou la protection de la population civile. Dans un environnement d’insécurité généralisée par des conflits internes alimentés en armes et en ressources financières par le pays colonisateur. L’exercice des droits civils et politiques est devenu risqué et interdit de fait. Les contrevenants sont conduits au cimetière, en prison, en exil ou subissent des traitements inhumains et dégradants.

Article 28

Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs maîtres; et tout ce qui leur vient par industrie, ou par la libéralité d’autres personnes, ou autrement, à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leurs maîtres, sans que les enfants des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents et tous autres y puissent rien prétendre par successions, dispositions entre vifs ou à cause de mort; lesquelles dispositions nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu’ils auraient faites, comme étant faites par des gens incapables de disposer et contracter de leur chef.

Les articles 18, 19, 20, 21 interdit le droit d’exercer des activités commerciales sauf en cas de tâches commerciales confiées par le maître.

L’article 28 dépossède l’esclave de tout bien au profit de son maître même ceux obtenus par industrie ou par libéralité d’autres personnes.

Depuis les années 1990, la politique de privatisation et de libéralisation privent les peuples africains de tout bien acquis par industrie ou par libéralité. Les accords de coopération avaient déjà organisé la main mise sur les matières premières et les réserves financières. De même qu’il n’est pas permis à un esclave d’avoir un revenu, il n’est pas permis aux pays africains de disposer des revenus de leurs matières premières exportées. Ces revenus sont déclarés biens propres du maitre.

Nous assistons donc, depuis 1990 à l’exclusion des africains de l’activité du grand commerce et de l’industrie pour les orienter vers des activités de subsistance (lutte contre la pauvreté) lui permettant d’assurer les deux pots et demi de poudre de manioc. L’article 22 est éloquent à ce sujet :

Article 22

Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion : et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus.

Les maîtres doivent donc fournir la nourriture à leur esclave. Le strict minimum pour entretenir la force de travail et assurer la reproduction de cette force de travail, c’est-à-dire la descendance de l’esclave.

L’Afrique, dépouillée de ses richesses par des accords de coopération et une politique de privatisation, ne vit que de l’aide de ses maîtres pour payer des salaires de misère assurant à peine les deux pots et demi de poudre de manioc.

La masse des paysans qui produisent pour le marché international ne reçoit qu’une rémunération à peine suffisante pour assurer les deux pots et demi de poudre de manioc.

Article 31

Ne pourront aussi les esclaves être parties ni être (sic) en jugement en matière civile, tant en demandant qu’en défendant, ni être parties civiles en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d’agir et défendre en matière civile et de poursuivre en matière criminelle la réparation des outrages et excès qui auront été contre leurs esclaves.
Comme l’esclave qui ne peut actionner la justice, les victimes des atrocités ne peuvent saisir directement la fameuse Cour Pénale Internationale (CPI). Seul leur maître a le droit de le faire pour eux. C’est pour quoi seul le conseil de sécurité, le procureur de la CPI et les États (dirigés par les affranchis) peuvent saisir la CPI. Évidemment, ces derniers n’agissent qu’au nom des intérêts du maître. Les textes de résolution pour les pays africains sont décidés, écrits et déposés au conseil de sécurité de l’ONU par le pays colonisateur en dehors de toute participation voire consultation de l’Union Africaine (UA).

Article 32 et 33

Pourront les esclaves être poursuivis criminellement, sans qu’il soit besoin de rendre leurs maîtres partie, (sinon) en cas de complicité: et seront les esclaves accusés, jugés en première instance par les juges ordinaires et par appel au Conseil souverain, sur la même instruction et avec les mêmes formalités que les personnes libres. 
L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

La mise à mort politique ou physique pour ceux qui défient ou remportent des victoires démocratiques contre le gré de leur maître s’apparentent à « l’esclave qui frappe son maître ». ces transgresseurs sont jugés par le « conseil souverain » c’est-à-dire par ce qui a pris la forme de Cour Pénale Internationale ou punis par la peine de mort.

Article 38

L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort.

L’exemple des massacres du Beach au Congo Brazzaville lors du retour des réfugiés de la guerre civile congolaise, le gel des avoirs des réfugiés et la tentative d’assassinat des exilés ivoiriens au Ghana en sont les meilleures illustrations.

Article 44

Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d’aînesse, n’être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire.

Dans les pays militairement occupés, les Africains ont perdu tous droits civils et politiques et sont devenus des biens meubles de la communauté internationale. Leur appartenance, leur rattachement et leur tutelle dépendent de la communauté internationale. Ces pays occupés n’ont donc pas le droit de choisir les limites de leurs territoires et leurs dirigeants. Ces derniers étant choisis parmi les « affranchis » par la communauté internationale. Ce sont les maîtres qui disposent des Africains. Le maître d’un pays peut toujours changer, car les biens de la communauté connaissent une redistribution au gré des événements comme à la conférence de Berlin en 1885. Il ne faudrait donc pas être surpris de voir la Françafrique cohabiter avec l’Américafrique, puisque, depuis un moment, l’on constate le partage de l’Afrique au profit du bloc atlantiste, États-Unis en tête, qui entendent diriger les opérations et superviser progressivement l’ancien pré-carré français, la France étant maintenue à un rôle de gendarme.

Articles 56 et 57

Les esclaves qui auront été fait légataires universels par leurs maîtres ou nommés exécuteurs de leurs testaments ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis.
Déclarons leurs affranchissements faits dans nos îles, leur tenir lieu de naissance dans nosdites îles et les esclaves affranchis n’avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels de notre royauté, terres et pays de notre obéissance, encore qu’ils soient nés dans les pays étrangers.
Les « affranchis », les « boys à tout faire », sont ceux qui sont choisis par la « communauté internationale » pour tenir en laisse le peuple. Formatés dans leurs institutions, ils sont imposés à la tête de nos États par les « bombes démocratiques », par coups d’État, par des rébellions sanglantes ou encore à la suite de hold-up électoral en piétinant toute souveraineté c’est-à-dire la constitution.

CONCLUSION

En parcourant le code noir de 60 articles, l’on est frappé par l’analogie entre ce dernier et  le comportement non codifié des rapports actuels de l’occident avec l’Afrique. L’on constate que l’esprit du « Code noir » a toujours inspiré les rapports entre l’occident et l’Afrique en changeant les lettres, dans ses différentes variantes historiques (code de l’indigénat, charte de l’impérialisme, accords de coopération). Il n’y a point de doute comme le déclare les sénateurs français que « l’Afrique est l’avenir de la France ». Cet avenir est en œuvre avec comme objectif, 5 siècles après, de réchauffer encore une vieille recette en reformulant le code noir avec de nouvelles lettres mais en conservant l’esprit.

Le néo-colonialisme s’est rompu, Le néo-esclavagisme est donc en marche.

Sans une riposte intellectuelle appropriée, L’Afrique noire vivra les pages les plus sombres de son histoire. Dans une économie dite mondialisée, à l’exception de quelques « affranchis », les Africains seront dépouillés de tout et parqués dans des camps de réfugiés sans même pouvoir bénéficier de ces fameux « deux pots et demi de poudre de manioc ».

Par le Dr Cheik DIABATE ,
Enseignant Chercheur ,Université du Colorado, USA