Archive pour FMI et oligarchie financiere

Crise économique: FMI et Banque Mondiale de l’intérieur, les armes de destruction massive de l’oligarchie financière

Posted in actualité, économie, crise mondiale, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , on 29 juin 2011 by Résistance 71

Nous avons traduit ici un article écrit par le journaliste d’enquête Greg Palast en Avril 2001, alors qu’il était encore à l’Observer. Cet article d’une actualité brûlante concerne le FMI et la Banque Mondiale. Palast interviewait pour l’occasion Joseph Stiglitz, chantre économiste néolibéral, dont la potion théorique fut mise en application au FMI et à la Banque Mondiale. Stiglitz fut chef conseiller économiste de Bill Clinton et économiste en chef de la Banque Mondiale. Voyant les échecs et les erreurs se multiplier devant ses yeux, il eut l’audace de critiquer les plans de restructuration proposés alors, et toujours de nos jours, demandez à nos compagnons grecs, et donc de remettre en cause la globalisation made in USA. Il fut limogé de la Banque Mondiale en 1999 et s’est retourné depuis contre le système qu’il a grandement aidé à créer. Son repent est un acte d’honnêteté intellectuelle, sa volte-face un acte d’intégrité et de compassion.

Cet article nous fait voir de l’intérieur le machiavélisme économique des grands argentiers qui pillent le monde progressivement en bons parasites qu’ils sont.

Ces armes de destruction massive que sont le FMI et la Banque Mondiale n’ont aucun lieu d’être et doivent être démantelés au plus tôt. Ils ne sont que des outils de pillage et de viol des nations et des peuples. Des instruments de souffrance. Ces institutions sont à l’économie et à la finance ce que le trépan et la roue étaient à l’inquisition.

Que des français (DSK et maintenant Lagarde) président ces institutions criminelles et ineptes est une honte pour le peuple français. Nous sommes passés du pays des lumières à celui de l’obscurantisme servile le plus sombre par le truchement d’une clique de réactionnaires élitistes et larbins de la haute finance dont les membres se trouvent indifféremment à « droite » ou à « gauche » du spectre politique illusoire hexagonal.

Pensez en lisant cet article qu’il fut écrit en Avril 2001…. Il y a plus de 10 ans déjà… On a pourtant l’impression de lire l’actualité du jour. Quand assez sera t’il vraiment assez ?

Les compagnons grecs sont dans la phase 3 1/2 expliquée ici par Stiglitz, celle dite des « émeutes FMI », prévue par les institutions, planifiées même… Le problème est que la lutte violente ne mène à rien, nous sommes attendus.

Ce qu’il faut c’est l’organisation, la coopération et l’action directe non violente par le biais du boycott (vote, institutions) et de la désobéissance civile de masse (refus de payer impôts et autres dimes et gabelles). Les ordures de la finance ne sont attaquables qu’aux seuls endroits vulnérables: le porte-feuille et leur représentation publique (l’état que leurs larbins de politiciens font fonctionner). C’est là qu’il faut frapper, vite, fort et… pacifiquement, sans armes, ni haine, ni violence. Une fois fait, réorganiser instantanément la société en autogestion et enfin avancer sur le chemin du progressisme social.

Tout le reste n’est que pisser dans un violon ! Il suffit de dire NON !

— Résistance 71 —

 

 

Les quatre étapes de la damnation par le FMI

 

Comment les crises, les échecs et la souffrance finalement ont mené un conseiller présidentiel du mauvais côté des barricades…

 

Par Gregory Palast, le Dimanche 29 Avril 2001

 

 

Url de l’article original:

http://www.guardian.co.uk/business/2001/apr/29/business.mbas?INTCMP=SRCH

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

 

C’était comme dans une scène d’un roman de John Le Carré: l’espion merveilleux vient du froid et en quelques heures de debriefing, vide sa mémoire des horreurs commises au nom d’une idéologie décatie.

Mais ceci était une bien plus grosse prise qu’un espion sur le retour de la guerre froide. L’ancien aparatchik était Joseph Stiglitz, ex-économiste en chef de la Banque Mondiale. Le nouvel ordre économique mondial était la mise en pratique de sa propre théorie.

Il était à Washington pour la grande réunion de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International (FMI). Mais au lieu de présider des meetings avec des ministres et des banquiers centraux, il était de l’autre côté des cordons de police. La Banque Mondiale congédia Stiglitz deux ans plus tôt. Il n’eut pas une mise à la retraite facile: il fut excommunié purement et simplement pour avoir exprimé un petit désaccord concernant le concept de la globalisation version Banque Mondiale.

Ici à Washington, nous fîmes quelques interviews exclusives de Stiglitz pour the Observer et Newsnight, au sujet du mode de fonctionnement interne du FMI, de la Banque Mondiale et du propriétaire à 51% de la banque: le trésor américain.

Et ici, de sources que nous ne pouvons nommer et qui ne sont pas Stiglitz, nous avons obtenu un certain nombre de documents estampillés “confidentiel” et “usage restreint”.

Stiglitz nous aida à en traduire un intitulé “Stratégie d’assistance à un pays”; car il y a une stratégie de l’assistance pour chaque nation pauvre, nominée, dit la Banque Mondiale, après une enquête attentive dans le pays.

Mais d’après Stiglitz l’initié, “l’enquête” de la Banque ne demande pas grand chose de plus que l’inspection des hôtels cinq étoiles du pays. Elle se conclut par une réunion avec le ministre des finances quémandeur, à qui on remet un formulaire pré-établi “d’accord de restructuration” pour être volontairement paraphé.

L’économie de chaque nation est analysée, dit Stiglitz, puis la Banque remet à chaque ministre le même programme en quatre étapes.

La première étape est la privatisation. Stiglitz dit qu’au lieu d’objecter à la grande braderie des industries d’état, et en utilisant les demandes de la Banque Mondiale de réduire au silence les critiques locaux, certains politiciens lâchent gaiement leur compagnies d’électricité et de distribution d’eau potable. “Vous pouvez voir leurs yeux s’agrandir à l’évocation de la possibilité de commissions pour permettre quelques milliards de discount sur le prix de vente.”

“Le gouvernement américain est au courant, charge Stiglitz, du moins en tout cas lors des plus grosses privatisations jamais réalisée: la grande braderie de la Russie en 1995.” Le point de vue du ministère des finances américains était: “C’était excellent comme nous voulions Boris Yeltsin réélu. On se fout de savoir si c’est une élection corrompue.”

Stiglitz ne peut pas être réfuté comme étant un “frapadingue conspirationiste”. L’homme était au plus haut niveau de la partie, un membre du cabinet de Bill Clinton, chairman du comité des conseillers économiques du président des Etats-Unis. Ce qui rendît Stiglitz le plus malade, fut de voir que les oligarques soutenus par les Etats-Unis dépouillèrent les avoirs et la capacité industriels de la Russie, ce qui eut pour effet direct d’avoir le revenu national coupé de près de moitié.

Après les privatisations, la seconde étape est la libéralisation du marché des capitaux. En théorie, cela permet au capital d’investissement de rentrer et de sortir librement. Malheureusement, comme en Indonésie et au Brésil, l’argent ne fait que s’échapper.

Stiglitz appelle cela le cycle “de l’argent brûlant”. L’argent rentre pour des spéculations dans l’immobilier et le marché des changes, puis détale au premier petit signe de problème. Les réserves financières d’une nation peuvent être pompées en quelques jours.

Quand ceci se produit et pour séduire les spéculateurs à retourner les propres fonds de capitaux de la nation, le FMI demande à ces nations d’augmenter les taux d’intérêts de 30%, 50% et 80%.

“Le résultat était prévisble” dit Stiglitz. Des taux d’intérêts plus élevés démolissent la valeur des propriétés, ruine la production industrielle et draine les finances nationales.

A ce moment, d’après Stiglitz, le FMI traîne la nation pantetante vers la troisième étape: la tarification de marché, un terme pédant pour dire l’augmentation des prix des denrées alimentaires, de l’eau et du gaz. Ceci amène de manière prévisible à ce que Stiglitz appelle “l’étape trois et demi: les émeutes FMI” (NdT: C’est là où nous en sommes avec la Grèce semble t’il non ?)

Les émeutes FMI sont très prévisibles. Quand une nation est à terre, le FMI presse les dernières gouttes de sang restant. Elle met la pression et finalement la cocotte minute explose. Il en fut ainsi lorsque le FMI supprima les aides alimentaires et en carburant aux pauvres d’Indonésie en 1998. L’Indonésie explosa en émeutes.

Il y a d’autres exemples: les émeutes en Bolivie à cause des prix de l’eau l’an dernier (NdT: 2000, cet article ayant été écrit en 2001); les émeutes en Equateur cette année au sujet de l’augmentation du prix du gaz imposé par la Banque Mondiale. “Les émeutes sont presque attendues”, dit Stiglitz.

Et elles le sont. Ce que Stiglitz ne savait pas, c’est que Newsnight avait obtenu plusieurs documents fuités de l’intérieur de la Banque Mondiale. Dans un de ceux-ci, la Banque suggère dans sa “Stratégie d’assistance à l’Equateur” et avec une froide précision, que “les plans peuvent déclancher des troubles sociaux”.

Ceci n’est pas surprenant. Le rapport secret note que le plan de faire du dollar US la monnaie de l’Equateur a poussé 51% de la population en dessous du seuil de pauvreté.

Les émeutes FMI (et par “émeutes”, j’entends le plus souvent des manifestations pacifiques dispersées  à coup de balles réelles, de gaz lacrymogène et de chars) provoque un nouvel exode d’argent et des banqueroutes des gouvernements. Le vandalisme économique a son bon côté… Pour les étrangers, qui peuvent acheter ce qui reste du pays à des prix de brocante d’école.

Un certain cycle d’évènements émerge. Il y a beaucoup de perdants, mais les grands gagnants semblent toujours être les banques occidentales et le trésor américain.

Maintenant arrive la quatrième étape: le libre échange. Ce libre échange est dirigé par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la Banque Mondiale, que Stiglitz compare aux protagonistes de la guerre de l’opium. “Car cette guerre aussi était à propos d’ouvrir des marchés”, dit-il. Tout comme au XIXème siècle, les Européens et les Américains d’aujourd’hui bousculent les barrières douanières pour vendre en Asie, en Amérique Latine et en Afrique, tout en barricadant leurs propres marchés contre l’agriculture du tiers monde.

Dans les guerres de l’opium, l’occident utilisa le blocus maritime. Aujourd’hui, la Banque Mondiale peut ordonner un blocus financier, qui peut être tout aussi efficace et parfois même plus meurtrier.

Stiglitz a deux préoccupations en ce qui concerne les plans de la Banque Mondiale et du FMi. D’abord, dit-il, parce que ces plans sont élaborés dans le secret et sont motivés par une idéologie absolutiste, qui n’est jamais ouverte pour quelques critique ou désaccord que ce soient, ces plans minent la démocratie. Deuxièmement, ils ne marchent pas. Sous la main mise et l’assistance structurelle du FMI, l’Afrique a perdu 23% de ses revenus.

Y a t’il des nations qui ont pu éviter ce marasme ? Oui dit Stiglitz, le Botswana. Leur truc ? “Ils ont foutu le FMI dehors” (NdT: comme l’IIslande l’a fait récemment et s’en porte bien mieux…Rappelons que cet article a été écrit en 2001).

Stiglitz propose des réformes agraires et de la propriété radicales: une attaque sur les loyers des terres arables de 50% facturés par les oligarchies propriétaires mondiales.

Pourquoi la Banque Mondiale n’a t’elle pas suivi ses conseils ?

“Si vous défiez la propriété foncière, cela provoquera un changement dans la puissance de l’élite. Ceci n’est bien sûr pas du tout dans leur agenda.”

Finalement, ce qui le poussa à mettre sa position en péril fut l’échec des banques et de la trésorerie américaine à changer leur trajectoire quand ils furent confrontés aux crises, aux échecs et à la souffrance résultant de leur potion vaudoue monétaire en quatre étapes.

“C’est un peu comme au Moyen-Age”, dit l’économiste, “Quand le patient mourrait, ils disaient: oui, nous avons arrêté les saignées trop tôt, il avait toujours un peu de sang…”

Le temps est peut-être venu d’enlever les sangsues.

 

Oligarchie financière: le FMI violeur de nations…

Posted in actualité, économie, crise mondiale, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social with tags , , , , , , , on 25 mai 2011 by Résistance 71

Nous avons traduit ici un article du journaliste d’enquête iconoclaste, acerbe et britannique Greg Palast, qui nous livre un angle intéressant de l’affaire Strauss-Kahn. Les fonctions criminelles du FMI y sont bien analysées et le portrait de l’institution dépeinte comme le commissaire-priseur qui octroie la manne du pillage à ses sbires bien sélectionnés, est à notre sens bien senti.

Le FMI et son acolyte de la Banque Mondiale sont des armes de destruction massive de nos sociétés aux mains de l’ennemi #1 des peuples: les institutions financières qui doivent être démantelées au plus tôt pour le salut de l’humanité.

— Résistance 71 —

Strauss-Kahn baise l’Afrique

Le 20 Mai 2011

par Greg Palast pour The Guardian

Url de l’article original:

http://www.gregpalast.com/strauss-kahn-screws-africa/#more-4601

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Maintenant que nous sommes débarassés de la tentation d’un titre vulgaire et évident, jettons l’éponge et exposons ici l’historique des abus arrogants de Dominique Strauss-Kahn. La vérité est que le grand garçon du FMI a molesté les Africains depuis des années.

Ce Mercredi, le New York Times a publié cinq, comptez-les, CINQ histoires sur Strauss-Kahn, directeur général du FMI. En accord avec le canard de référence, les accusations contre “DSK”, comme il est connu en France, sont en “contradiction” avec son “charme” et ses “succès” avec le FMI.

Au contraire, mes chers lecteurs. (en français dans le texte, NdT)

La cruauté du directeur général DSK, son arrogance et son impunité envers les nations africaines et autres en tant que generalissimo du FMI sont en droite ligne avec l’histoire racontée par la pauvre femme d’entretien africaine de l’hôtel de New York City.

Considérons un peu comment la femme de ménage du Guinée arriva à New York. En 2002, la mère célibataire reçût l’asile politique. Qu’est-ce qui l’a amené là ?

Cela a commencé avec le viol de la Guinée par le FMI.

En 2002, le FMI coupa les apports de capitaux pour cette nation de l’Afrique de l’Ouest. Sans la bénédiction du FMI, la Guinée, qui possède plus de la moitié des réserves de bauxite au monde, plus du pétrole, de l’uranium, des diamants et de l’or, ne pouvait plus emprunter un sou pour développer ses ressources.

La fermeture des robinets par le FMI était en fait une expropriation, et la nation s’étouffa et eût faim alors qu’elle était assise sur une vaste richesse minérale. Comme dans la crise des subprimes que nous voyons aujourd’hui, le FMI bougea très rapidement pour saisir les biens en propriété de la Guinée.

Mais le FMI ne saisit pas les richesses de cette nation pour lui-même. Non, il força la guinée à vendre ses ressources à de grosses entreprises étrangères et ce à des prix similaires de ceux d’une brocante sur la pelouse de la maison saisie pour repossession.

Les Français, Américains, Canadiens, Suisses (et plus tard les Chinois) arrivèrent avec les couverts à la main et la serviette autour du cou, avalant sans relâche les réserves de bauxite, d’or et le reste de la nation. Dans le même temps, le FMI ordonna la fin des barrières douanières et de fait ruina les petits porteurs et businesses locaux.

Le résultat de cette attaque en règle du FMI vit les Guinéens qui purent le faire, s’enfuir pour la liberté et la bouffe. Cette semaine donc, est la seconde fois que cette pauvre Africaine est molestée par le FMI.

Maintenant nous avons le contexte du comment ces deux personnes, le ponte de la globalisation et la réfugiée, furent mis en présence en des positions différentes, dans cette chambre d’hôtel de New York.

Depuis qu’il est le patron du FMI en 2007, et bien que se prétendant “socialiste”, Strauss-Kahn a serré les vis afin de garder le marché des libres-échanges en l’état, ce marché même qui a ruiné la planète en première instance. (ceci vaut un article en soi, et je m’y emploie. Notre équipe a une pile de documents obtenus du FMI qui seront révélés dans mon nouveau livre qui paraîtra cet automne).

Les avocats de DSK disent que la relation avec la femme de ménage était “consensuelle”. Mais DSK dit la même chose de tous les accords que le FMI passe avec les nations sur lesquelles il a droit de vie et de mort. Cela revient à dire qu’un braquage de banque est aussi consensuel, d’aussi loin qu’on ignore le flingue.

Que ce soit du sexe consentant ou un viol brutal, cela ne peut être de toute façon que “consensuel”, de la même manière que les Guinéens ont consenti au pillage financier ordonné par le FMI.

Le Times cite un acolyte de DSK au FMI disant que celui-ci obtient ce qu’il désire par “persuasion” et non pas “par force”. Allez dire cela aux Grecs.

Ce fut DSK, qui, l’an dernier insista personnellement sur les termes brutaux du soi-disant sauvetage de la Grèce. “Forte conditionalité” sont les termes du FMI. Strauss-Kahn ne demanda pas seulement une coupe drastique dans les fonds de retraites et une hausse délibérée du chômage à 14%, mais aussi de vendre entre 4 000 et 6 000 services et entreprises d’état. Le plan de DSK au FMI permit aux financiers qui avaient déjà mis le feu financièrement à la Grèce, de collecter les biens et richesses de la nation à un prix dérisoire.

Les diktats de Strauss-Kahn n’étaient pas de “l’amour vache” pour la Grèce: l’amour n’était réservé qu’aux banquiers vautours qui ont reçus les fonds du FMI, mais ne furent pas obligés d’accepter un Euro de perte de profit en retour. DSK, en dépit des conseils de beaucoup, refusa de demander aux banques et aux spéculateurs de réduire leurs taux d’intérêt usuriers qui étaient pourtant la racine même du mal qui rongeait la Grèce.

Demander à la Grèce de vendres ses biens, de tomber les barrières douanières, et même la règle que des navires grecs emploient des marins Grecs, n’a rien à voir avec sauver la Grèce, mais au contraire tout à voir avec la volonté de DSK de protéger les comptes de tous les banquiers de violations non désirées.

Je ne considère pas comme exagéré de dire qu’un prédateur dans une suite banquière assume que son impunité s’applique également dans une suite d’hôtel.

*****

 Économiste légiste et journaliste Greg Palast est l’auteur de plusieurs New York Times best sellers Armed Madhouse and The Best Democracy Money Can Buy. Il a enquêté sur le FMI et la Banque Mondiale pour la BBC Television newsnight et pour le journal “Guardian” de Londres ainsi que pour l’association Democracy Now! (New York)

Mesures d’austérité, FMI, plan de destruction sociale massif: la prédation du néo-libéralisme n’a pas de limite

Posted in actualité, économie, néo-libéralisme et paupérisation, politique et social, Social & Retraite with tags , , , , , , on 26 octobre 2010 by Résistance 71

Grèce 2010, Argentine 2001

25 octobre par Claudio Katz

url de l’article original:

http://www.cadtm.org/Grece-2010-Argentine-2001

La convulsion dont souffre la Grèce ressemble beaucoup à ce qu’à vécu l’Argentine en 2001 lorsque l’augmentation de la dette a ravagé l’économie sud-américaine. Une partie de ce passif a augmenté du fait du cumul de dettes inexistantes qui finançaient la fuite de capitaux. Une autre portion a augmenté avec la spirale des intérêts et des refinancements et un dernier segment est apparu suite à l’absorption par l’Etat de faillites privées. Les pressions en faveur du paiement de cette dette odieuse ont forcé à la réorganisation néolibérale de l’économie imposée par le FMI à travers les privatisations, l’ouverture commerciale et la flexibilisation du travail. L’Argentine a perdu sa souveraineté économique avec un système de convertibilité avec le dollar qui l’empêchait de gérer la monnaie et le crédit. Tous les biens rentables de l’Etat ont été bradés (le pétrole, les ports, les trains, les téléphones) et l’industrie nationale a subi une réduction drastique comme conséquence d’une vague d’importations qui a éliminé les petites entreprises. Le chômage s’est alors étendu, la pauvreté a augmenté et l’indigence est apparue. La classe moyenne a été réduite et l’inégalité sociale a atteint des niveaux sans précédents. Pour la première fois dans l’histoire du pays la faim a fait son apparition et on a vu de nombreux enfants fouiller les poubelles pour trouver de quoi se nourrir. Le FMI désignait les ministres et avait le contrôle sur le Parlement. Les partis traditionnels se sont convertis au néo-libéralisme et le président Menem a essayé de se transformer en un genre de Thatcher du Tiers Monde.

ANALOGIES ET DIFFERENCES

Les similarités avec l’actuelle situation de la Grèce sautent à la vue. Dans les deux pays la dette est le produit de l’évasion fiscale et de manipulations comptables pour financer l’introduction du modèle néolibéral. Ce schéma débouche sur une impossibilité de paiement qui conduit au défaut de paiement de la dette que celui-ci soit explicite ou dissimulé. Il y a une décennie, le FMI faisait des inspections périodiques dans le Cone Sud (Argentine, Uruguay, Chili) pour contrôler l’économie. Les prêts successifs à taux usuraires qui se présentaient comme le sauvetage de l’Argentine – constituaient dans les faits une aide pour les banques créancières. Le FMI exigeait le gel des salaires, l’augmentation des impôts directs et la privatisation des pensions. Les coupes dans les dépenses sociales ont eu pour conséquence de recréer un cercle vicieux de baisse de recettes fiscales et d’augmentation de la récession. Les mêmes fonctionnaires du FMI qui écrivent maintenant le mémorandum de la Grèce géraient alors le ministère de l’économie de l’Argentine. Les bénéfices financiers qui sont aujourd’hui obtenus en spéculant avec la dette grecque l’étaient à ce moment là par l’achat et la vente des bons argentins. On assistait alors au spectacle politique d’un Parlement qui tenait ses sessions dans l’urgence pour approuver l’ajustement. La presse mondiale maltraitait la population en l’affligeant des mêmes qualificatifs que se voit aujourd’hui affublé le peuple grec. Pour dissimuler le parasitisme des financiers, les journaux identifiaient les Argentins avec la fainéantise, l’irresponsabilité et la corruption. Au lieu de répudier ces calomnies, les gouvernements voisins d’Amérique latine cherchaient à se différencier d’un pays crucifié par le FMI. C’est la même attitude qu’adoptent aujourd’hui les gouvernements espagnol ou portugais face à la Grèce. Le FMI exerçait un chantage sur l’Argentine sur base d’un dilemme très semblable à celui imposé à la Grèce par rapport à l’Euro. On exigeait de l’Argentine de choisir entre deux catastrophes : l’ajustement déflationiste pour continuer avec la convertibilité peso-dollar ou la dévaluation pour sortir de ce modèle. On ne parlait jamais de la troisième option de suspension du paiement de la dette et d’augmentation des impôts payés par les grands capitalistes. A côté de ces similitudes, il existe néanmoins certaines différences entre les deux situations. Alors qu’en Argentine, l’éclatement de la dette s’est préparé pendant 4 ans en Grèce il y avait déjà eu un fort ajustement et une récession au cours de la première année. Les chiffres de la dette, le déficit et les refinancements sont bien supérieurs dans le second cas. Certains analystes ont calculé que les coupes exigées à la Grèce sont 16 fois supérieures à ce qui avait été tenté en Argentine. Alors que les créanciers de l’Argentine se répartissaient entre un nombre important de détenteurs de bons, ceux de la dette grecque se répartissent en un petit nombre de banques européennes. C’est pour cette raison que le plan de sauvetage est bien supérieur et que le FMI agit en étroite association avec la Banque centrale européenne. Il y a 10 ans la spéculation contre la monnaie argentine avait des effets marginaux sur l’économie mondiale. En revanche, le séisme de l’économie grecque exerce un effet direct sur un pilier du système monétaire international. Alors que la crise argentine détériorait un projet régional relativement secondaire (comme l’était le MERCOSUR), la crise grecque sème le doute sur le futur de l’Union Européenne qui a été un objectif capitaliste de large portée. Le contexte international est également différent. L’éclatement argentin de 2001 a été suivi par 5 années de croissance alors que la récession fait son apparition en Grèce à un moment de crise financière qui affecte très sévèrement l’Europe. L’insertion internationale de l’économie sud-américaine en tant que grande exportatrice d’aliments diffère de la place plus réduite occupée par la Grèce dans des activités centrées sur les services, le tourisme et le transport maritime.

LES LEÇONS DE L’ARGENTINE

On sait que l’effondrement argentin s’est produit lors de l’arrivée au gouvernement d’un président (De la Rúa) qui a parlé de changements mais qui a maintenu la même politique néolibérale. Pour payer la dette il a obligé à la poursuite de la convertibilité qui a déclenché la fuite de capitaux et l’effondrement des banques. La tentative de freiner cet effondrement par l’expropriation des dépôts de la classe moyenne a précipité la fin de la convertibilité peso-dollar et une dévaluation assortie d’une grande inflation qui a précipité le défaut de paiement. Mais le plus important a été la réaction populaire. Cette action a complètement transformé le cours des choses. Dans un pays avec une forte tradition de luttes sociales on a assisté à une rébellion massive d’une ampleur inédite. Pendant des semaines, des piquets ont coupé les routes et les grèves ont paralysé les villes. Une grande alliance sociale s’est formée dans les rues entre les chômeurs et la classe moyenne sous le mot d’ordre commun « ¡Que se vayan todos ! » (Qu’ils s’en aillent tous !) et a imposé la chute du gouvernement. A partir de ce moment là on ne pouvait plus ignorer la voix du peuple. Ce soulèvement a conditionné tous les processus postérieurs du pays. On peut tirer trois grandes leçons de ce qui s’est passé en Argentine. D’abord la prééminence des luttes généralisées et continues a permis de limiter l’effet de l’ajustement. Grâce à ces mobilisations on a pu revenir au cours de la dernière décennie sur une grande partie de la détérioration salariale imposée par la crise. Le gouvernement a fait d’importantes concessions, la situation de l’emploi s’est améliorée, la pauvreté a diminué et les droits démocratiques ont augmenté significativement. Deuxièmement, le défaut n’était pas volontaire, organisé ni prévu mais il a été opportun pour le pays. Les représentants des milieux financiers disaient que l’isolement serait tragique mais c’est tout le contraire qui s’est produit. La rupture des relations financières internationales a donné un grand bol d’air économique. L’absence de paiements externes a particulièrement contribué à impulser la reprise interne. Le défaut a facilité la négociation avec les créanciers confirmant le fait que lorsqu’une dette est élevée c’est le problème des banquiers. La déconnexion vis-à-vis de l’international a de plus, apporté une protection à l’économie argentine face à la crise globale de 2008. Personne n’a ainsi pu spéculer contre les titres ou la monnaie d’un pays qui avait rompu ses liens avec la structure financière globale. Troisièmement, les limites de l’expérience argentine sont bien visibles. Le pays a connu une situation d’effondrement productif qui aurait pu être évité en raison de la manière dont il a présenté la cession de paiements. Cette mesure n’a pas été préméditée mais a été le résultat des pressions du marché. Il en a été de même avec les terribles effets inflationnistes de la dévaluation produits par l’absence de contrôle de changes, par la tolérance à la fuite de capitaux et par la renonciation à la nationalisation du système bancaire. On a pu vérifier que ne pas entreprendre ces actions à crée une situation chaotique autour du défaut. L’Argentine n’a pas non plus profité de la cession de paiements pour investiguer et répudier la dette odieuse. Elle a choisi la voie intermédiaire d’un échange de titres anciens par de nouveaux bons de la dette. Au lieu de rompre avec le FMI, elle l’a remboursé de manière anticipée. La tension actuelle avec cet organisme co-existe avec l’intention de regagner l’orbite du Fonds. La dette publique a été réduite mais les paiements continuent d’être supérieurs aux sommes destinées à la santé et à l’éducation et une recherche nocive de crédits externe a commencé alors que le pays est en mesure de s’autofinancer par l’épargne nationale. Le défaut n’a pas non plus été utilisé pour introduire des politiques populaires de rupture avec le néolibéralisme. On a donc assisté à la mise en place d’un modèle moins financier et davantage industriel qui favorise principalement la classe capitaliste locale. Mais il a été démontré qu’il n’y a aucune nécessité d’obéir au FMI et que la politique orthodoxe de l’ajustement peut être rejetée. Avec des solutions plus radicales, les résultats en matière d’emploi et de salaire seraient bien plus favorables pour le peuple.

COMPARAISONS REGIONALES

Ces conclusions peuvent être étendues à tous les pays de la périphérie européenne qui subissent la même situation que l’Amérique latine dans les années 1980 et 1990. Ces deux régions périphériques ont reçu de manière fort aiguë l’impact des crises capitalistes. La dette a commencé à s’envoler dans les deux zones avec des mécanismes fort semblables. Il y a eu un excédent de liquidités dans les centres qui ont jugé opportun de placer ces liquidités dans les économies dépendantes pour assurer des débouchés à l’exportation aux firmes Nord-américaines et des puissances européennes. L’Amérique latine a ainsi été la récipiendaire des capitaux surabondants des banques états-uniennes et a acheté des produits des entreprises etats-uniennes. L’Europe du Sud a été intégrée à l’Union continentale pour se transformer en un client captif des entreprises allemandes ou françaises. La crise a également entraîné des mécanismes d’ajustement similiaires. Les Etats prennent en charge l’insolvabilité des grands débiteurs privés tandis que les peuples en supportent les conséquences pour assurer la survie des grands créanciers. On oblige les petits pays comme l’Islande a payer le même tribut aux banques étrangères comme ça a été le cas en Amérique latine pour l’Uruguay, la Bolivie ou l’Equateur. La chirurgie que le FMI a appliqué au Venezuela ou au Pérou est aujourd’hui imposé aux économies vulnérables du Portugal ou de l’Irlande. Dans toute l’Europe on assiste par ailleurs à la même compétition livrée par des gouvernements conservateurs ou socio démocrates pour voir à qui détruit le plus rapidement les conquêtes sociales. Le Nouveau Continent a subi plusieurs années d’inflation élevée alors qu’en Europe c’est une coupure déflationniste très brusque qui est appliquée. Les Etats-Unis dirigeaient la restructuration des économies de la région avec une certaine distance impériale mais l’Allemagne et la France ont moins de légitimité pour imposer la même politique étant donné que ces pays sont partie prenante au même processus d’intégration que les nations affectées par l’ajustement. Etant donné que l’Amérique latine a déjà subi une main basse sur ses banques, des fermetures d’entreprises et une dévalorisation de sa force de travail, elle fait face aujourd’hui à une conjoncture plus légère. En revanche, l’Europe se trouve au centre de la tempête financière globale. Ces différences dans la localisation de la crise obéissent également au rôle joué par l’Amérique latine comme fournisseur de matières premières. Les prix de ces produits sont restés élevés du fait de la demande chinoise continuelle. Au lieu de suivre la voie de l’industrialisation asiatique, la région exporte minéraux, aliments, énergie et augmente sa vulnérabilité. Néanmoins dans la conjoncture actuelle elle bénéficie d’un bol d’air dont l’Europe du Sud ne dispose pas.

RESISTANCES ET PROGRAMMES

Les deux régions font face – avec différents rythmes et conjonctures – au même ennemi,le FMI. Il y a un an, on disait que le FMI avait perdu son prestige, qu’il n’aurait plus un rôle central et qu’il serait réformé pour appliquer des politiques plus tolérables. Mais c’est le contraire qui s’est produit. Le G20 a réanimé le FMI et c’est aujourd’hui le même FMI qui règne avec les mêmes ajustements que par le passé. Dans cette action, les représentants financiers externes agissent de concert avec les classes dominantes locales comme le démontre la participation des gouvernements du Mexique, du Brésil, de l’Argentine au G20. Au lieu de promouvoir le remplacement du FMI par un nouveau système financier mondial, ils cherchent à obtenir une meilleure représentation dans la direction du Fonds et maintiennent une illusion quant à une réforme de cette institution. La continuité des politiques d’ajustement se vérifie tout particulièrement au Mexique et en Amérique centrale où le FMI continue d’imposer des traités de libre-échange et des politiques de militarisation. Les principaux foyers de résistance se trouvent en Amérique du Sud et les attaques néolibérales ont été freinées en Bolivie, en Equateur et au Venezuela. Ce sont non seulement plusieurs coups d’Etat qui ont avorté mais également le fait que les gouvernements progressistes en conflit avec les classes dominantes mobilisent les masses populaires et proposent une certaine redistribution du revenu. Les expériences latinoaméricaines sont importantes pour le mouvement social européen du fait des propositions qu’elles ont intégré à l’agenda de la résistance contre le FMI. Dans le Nouveau Monde on a beaucoup discuté comment suspendre les paiements de la dette et dans plusieurs pays il y a eu des moratoires. Comme ces mesures ont été transitoires, elles n’ont pas réussi à donner naissance à une alternative. Dans plusieurs cas on a également considéré l’investigation de la dette et en Equateur a été mise sur pied une Commission d’audit qui a montré le caractère illégitime à plus d’un titre de parties de la dette. Cette mise en lumière n’a cependant pas eu de traduction directe dans la renégociation des contrats. On a également évalué dans la région la nécessité de nationaliser les banques et certaines expériences en ce sens ont eu lieu au Venezuela. Cependant le paiement d’indemnités donne lieu à de fortes inconnues quant au résultat final de ces transferts. Au point culminant de la crise, on a également analysé la possibilité de former un « Club de débiteurs » pour la coordination d’actions communes face aux créanciers et à leur représentant au FMI. Cette initiative ne s’est finalement pas concrétisée et chaque pays a continué à négocier pour son compte. D’autres résultats sont ressortis de cette multiplicité de propositions. Les premiers pas pour créer une banque du Sud constituent un exemple de ces effets. La bourgeoisie brésilienne qui ne souhaite pas partager sa primauté financière dans la région s’oppose à cette initiative. Mais le projet se maintien et devrait permettre la formation d’un fonds de stabilisation financière et d’une éventuelle monnaie de la région. Avec la crise de la dette en Europe, toutes ces idées recouvrent de leur actualité et peuvent s’avérer décisives pour la Grèce.

PROJET ANTICAPITALISTE

Le problème de la dette a actuellement une dimension mondiale. Pour la première fois, elle affecte significativement les économies développées étant donné que le sauvetage des banques a fait grimper la dette publique américaine à des sommets jamais atteints auparavant. L’endettement public du Japon a également atteint un point ingérable et le déficit fiscal des principales puissances européennes dépasse le déséquilibre de bien des pays du Tiers Monde. Dans les pays du Centre, on jette la faute sur les pauvres en oubliant que contracter des hypothèques et s’endetter a été la seule ressource dont disposaient les travailleurs pour s’en sortir. Le sauvetage des banques des pays du Nord est doublement scandaleux car ces entités ont également provoqué une contamination internationale de bons toxiques. Le caractère global de l’économie explique la dimension également mondiale de la crise actuelle. Plusieurs pays sont concernés par l’endettement au fur et à mesure que les effets de la crise se déplacent d’une région à l’autre. C’est pour cette raison que la bataille immédiate contre le néolibéralisme est une lutte pour éradiquer le capitalisme et avancer vers le socialisme. On commence à entrevoir certains signes encourageants en Amérique du Sud. La Bolivie a récemment organisé un sommet climatique pour dénoncer le caractère capitaliste des déséquilibres écologiques de la planète. Au Venezuela, les discussions sur les formes de contrôle ouvrier et social dans les usines et les villes se multiplient. A Cuba on débat sur la manière de rénover le socialisme avec plus de démocratie et sans perdre ce qui avait été conquis. La création de l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques) pourrait contribuer à ces objectifs dans la mesure où elle promeut des modèles de coopération et de solidarité anti-impérialistes. Cependant, le grand défi est de dépasser le régionalisme et de récupérer l’internationalisme. Parvenir à une coordination anticapitaliste de l’Europe et de l’Amérique latine pour partager luttes et expériences est le grand défi du moment.