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Résistance politique et anti-coloniale: Zapatistes « Nous avons brisé l’encerclement »…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 septembre 2019 by Résistance 71

Le mouvement zapatiste du Chiapas est unique et ne peut être copié, mais il est possible de s’inspirer de ce grand succès d’une pédagogie des opprimés qui a radicalement transformé sa réalité sociale pour affirmer son être et son humanité vraie.
Il en va pour nous comme pour eux devant la mascarade et le mensonge perpétuels de la société étatico-capitaliste qui nous est imposée et écrions-nous enfin: ¡Ya basta!… « Ça suffit ! » Quelque textes complémentaires essentiels à lire sous l’article pour nous mener pas à pas vers l’émancipation finale dans la société des société dans une convergence d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International.

~ Résistance 71 ~

 

 

Et nous avons brisé l’encerclement

 

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale

Mexique

EZLN

 

17 août 2019.

 

Source de l’article en français:

https://www.lavoiedujaguar.net/Et-nous-avons-brise-l-encerclement

 

Au peuple du Mexique,

Aux peuples du monde,

Au Congrès national indigène – Conseil indigène de gouvernement,

À la Sexta nationale et internationale,

Aux réseaux de soutien et de résistance et rébellion,

Hermanos, hermanas et hermanoas [1],
Compañeras, compañeros et compañeroas,

Voici notre parole, la même qu’hier, qu’aujourd’hui et que demain car c’est une parole de résistance et de rébellion.

En octobre 2016, il y a presque trois ans, lors de leur vingtième anniversaire, les peuples frères organisés dans le Congrès national indigène, main dans la main avec l’EZLN, se sont engagés à passer à l’offensive dans la défense du territoire et de la terre-mère. Poursuivis par les forces du mauvais gouvernement, les caciques, les entreprises étrangères, les criminels et les lois, comptant les morts, les agressions et les moqueries, nous, les peuples originaires, les gardiens de la terre, avons décidé de passer à l’offensive et d’étendre notre parole et notre action de résistance et de rébellion.

Avec la formation du Conseil indigène de gouvernement (CIG) et la désignation de sa porte-parole, Marichuy, le Congrès national indigène (CNI) s’est donné pour tâche d’apporter, aux frères et sœurs de la campagne et de la ville, la parole d’alerte et d’organisation. L’EZLN est aussi passée à l’offensive dans sa lutte de la parole, de l’idée et de l’organisation.

Pour nous, le moment est maintenant venu de rendre des comptes au CNI-CIG et à sa porte-parole. Ce sera à leurs peuples de dire si nous avons tenu nos engagements. Mais pas seulement à eux. Nous avons aussi un engagement auprès des organisations, des groupes, des collectifs et des personnes en tant qu’individus (particulièrement de la Sexta et des réseaux [2], mais pas seulement), qui, au Mexique et dans le monde, s’inquiètent pour les peuples zapatistes et dont le cœur, dans leur temps, géographie et manière, continue de battre avec le nôtre, sans qu’importe la distance kilométrique, sans qu’importent les murs et les frontières, ni l’encerclement qu’on nous impose. Nous ne nous sommes pas fait d’illusions avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement. Nous savons que le Grand Chef n’a pas d’autre patrie que celle de l’argent et qu’il dirige le monde et la majorité de ses grandes propriétés qu’on appelle « pays ».

Nous savons aussi que la rébellion est interdite, tout comme sont interdites la dignité et la rage. Mais dans le monde entier, dans ses recoins les plus oubliés et méprisés, il y a des êtres humains qui résistent à être dévorés par la machine et qui ne se rendent pas, ne se vendent pas et n’abandonnent pas. Nombreuses sont leurs couleurs, nombreux sont leurs drapeaux, nombreuses sont les langues qui les habillent, et gigantesques sont leur résistance et leur rébellion.

Le Grand Chef et ses contremaîtres construisent des murs, des frontières et des rideaux de fer pour tenter d’endiguer ce qu’ils disent être un mauvais exemple. Mais ils n’y arrivent pas car la dignité, la colère, la rage, la rébellion ne peuvent être ni endiguées ni enfermées. Même s’ils se cachent derrière leurs murs, leurs frontières, leurs rideaux de fer, leurs armées et leurs polices, leurs lois et leurs décrets, tôt ou tard, cette rébellion viendra leur demander des comptes. Et il n’y aura ni pardon ni oubli.

Nous savions et nous savons que notre liberté ne serait l’œuvre que de nous-mêmes, les peuples originaires. Avec le nouveau contremaître du Mexique, la persécution et la mort ont elles aussi continué : en à peine quelques mois, une dizaine de compañeros du Congrès national indigène – Conseil indigène de gouvernement, des militants sociaux, ont été assassinés. Parmi eux, un frère très respecté par les peuples zapatistes : Samir Flores Soberanes, abattu après avoir été montré du doigt par le contremaître qui, de plus, poursuit les mégaprojets néolibéraux qui font disparaître des peuples entiers, détruisent la nature et convertissent le sang des peuples originaires en bénéfice du grand capital.

C’est pour cela que, en l’honneur des frères et sœurs qui sont morts, qui sont persécutés et qui sont portés disparus ou en prison, nous avons décidé de nommer « Samir Flores est vivant » la campagne zapatiste qui culmine aujourd’hui et que nous rendons publique :

Après des années de travail silencieux, malgré l’encerclement, malgré les campagnes mensongères, malgré les diffamations, malgré les patrouilles militaires, malgré la Garde nationale, malgré les campagnes de contre-insurrection déguisées en programmes sociaux, malgré l’oubli et le mépris, nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts.

Et nous avons brisé l’encerclement

Nous sommes sortis sans en avoir demandé la permission et nous sommes maintenant de nouveau avec vous, frères, sœurs et hermanoas, compañeros, compañeras et compañeroas. L’encerclement gouvernemental est resté derrière nous, il n’a servi et ne servira à rien. Nous poursuivons des routes et des chemins qui n’existent ni sur les cartes ni pour les satellites et qui se trouvent seulement dans la pensée de nos plus anciens.

Avec nous, les zapatistes, dans nos cœurs chemine aussi la parole, l’histoire et l’exemple de nos peuples, de nos enfants, de nos anciens, hommes et femmes. En dehors, nous avons trouvé une maison, de la nourriture, une écoute et une parole. Nous nous sommes compris comme seulement se comprennent ceux qui partagent la même douleur, mais aussi la même histoire, la même indignation, la même rage.

Nous avons compris que, non seulement les rideaux et les murs ne servent qu’à la mort, mais que l’achat-vente de consciences par les gouvernements est chaque fois plus inutile. Ils ne nous trompent plus, ils ne nous convainquent plus, aujourd’hui ils s’oxydent, se brisent, échouent.

C’est ainsi que nous sommes sortis. Le Grand Chef est resté derrière, en pensant que son encerclement, nous maintenait enfermés. De loin, nous avons vu ses arrières faits de Gardes nationales, de soldats, de policiers, de projets, d’aides et de mensonges. Nous y sommes allés et nous sommes revenus, nous sommes entrés et nous sommes sortis. Nous l’avons fait dix, cent, mille fois et le Grand Chef surveillait sans nous regarder, confiant en la peur que sa peur provoquait.

Les assiégeurs se sont retrouvés comme une tache de saleté, eux-mêmes cernés dans un territoire aujourd’hui plus étendu, un territoire qui répand la rébellion.

Herman@s, compañer@s,

Nous nous présentons face à vous avec de nouveaux caracoles et un plus grand nombre de communes autonomes rebelles zapatistes dans de nouvelles zones du Sud-Est mexicain.

Nous aurons aussi maintenant des centres de résistance autonome et rebelle zapatiste. Dans la majorité des cas, ces centres seront aussi la base de caracoles, de conseils de bon gouvernement et de communes autonomes rebelles zapatistes.

Bien que lentement, et comme cela doit être comme son nom l’indique [3], les cinq caracoles originaux se sont reproduits après quinze ans de travail politique et organisationnel ; et les communes autonomes rebelles zapatistes et leurs conseils de bon gouvernement ont dû eux aussi faire des petits et être attentifs à ce qu’ils grandissent. Il y aura maintenant douze caracoles et leurs conseils de bon gouvernement.

Cette croissance exponentielle, qui nous permet aujourd’hui de sortir de nouveau de l’encerclement, est due à deux choses :

La première, et la plus importante, c’est le travail politique organisationnel et l’exemple des femmes, des hommes, des enfants et des anciens bases d’appui zapatistes. Et plus particulièrement remarquable, celui des femmes et des jeunes zapatistes. Des compañeras de tout âge se sont mobilisées pour parler avec d’autres sœurs organisées ou pas. Les jeunes zapatistes, sans abandonner leurs goûts et leurs préférences, ont appris des sciences et des arts, et ils l’ont ainsi transmis à de plus en plus de jeunes. La majorité de cette jeunesse, principalement des femmes, assument des charges qu’elles imprègnent de leur créativité, de leur ingéniosité et de leur intelligence. Nous pouvons donc dire, sans peine et avec fierté, que non seulement les femmes zapatistes vont de l’avant, comme l’oiseau Pujuy, pour nous montrer le chemin afin de ne pas nous perdre, mais qu’en plus elles sont à nos côtés pour ne pas dévier, et sur nos arrières pour ne pas prendre de retard.

L’autre, c’est la politique gouvernementale destructrice de la communauté et de la nature, particulièrement celle de l’actuel gouvernement autonommé « Quatrième Transformation ». Les communautés traditionnellement partidistes [4] ont été blessées par le mépris, le racisme et la voracité de l’actuel gouvernement, et elles sont passées du côté de la rébellion ouverte ou clandestine. Celui qui pensait que sa politique de contre-insurrection faite d’aumônes diviserait le zapatisme et achèterait la loyauté des non-zapatistes en favorisant la confrontation et le découragement, a donné les arguments qui manquaient pour convaincre ces frères et sœurs que ce qui est important c’est de défendre la terre et la nature.

Le mauvais gouvernement a pensé et pense que les gens attendent et ont besoin de charité monétaire.

Maintenant, les peuples zapatistes et bien d’autres peuples non zapatistes, tout comme les peuples frères du CNI dans le Sud-Est mexicain et dans tout le pays, lui répondent et lui démontrent qu’il a tort.

Nous comprenons que l’actuel contremaître s’est formé dans les rangs du PRI et dans la conception « indigéniste » selon laquelle les originaires aspirent à vendre leur dignité et à cesser d’être ce qu’ils sont, et que l’indigène est une pièce de musée, un artisanat multicolore qui permet au puissant de cacher la grisaille de son cœur. C’est pour cela qu’il s’attache à ce que ses murs-trains (celui de l’Isthme et le mal nommé « maya ») incorporent au paysage les ruines d’une civilisation, pour le plus grand ravissement des touristes.

Mais nous, les originaires, nous sommes vivants, rebelles et en résistance ; le contremaître prétend maintenant remettre au goût du jour l’un de ses caporaux, un avocat qui un jour a été indigène, et qui maintenant, comme tout au long de l’histoire mondiale, se consacre à diviser, persécuter et manipuler ceux qui un jour ont été ses semblables. Le responsable de l’INPI [5], se polit tous les jours la conscience à la pierre ponce afin d’éliminer toute trace de dignité. Il pense qu’ainsi il blanchit sa peau et que sa raison devient celle du Grand Chef. Le contremaître le félicite et il se félicite : pour essayer de contrôler les rebelles, il n’y a rien de mieux qu’un repenti, converti par un salaire en une marionnette de l’oppresseur.

Durant ces maintenant plus de vingt-cinq ans, nous avons appris.

Au lieu de gravir les échelons des postes du mauvais gouvernement ou de nous convertir en une mauvaise copie de ceux qui nous humilient et nous oppriment, notre intelligence et notre savoir se sont tournés vers notre propre croissance et notre propre force.

Grâce aux sœurs, aux frères, aux hermanoas du Mexique et du monde qui ont participé aux rencontres et aux pépinières d’idées auxquelles nous les avons convoqué·e·s en ce temps-là, notre imagination et notre créativité, tout comme notre connaissance, se sont ouvertes et sont devenues plus universelles, c’est-à-dire plus humaines. Nous avons appris à regarder, à écouter et à parler l’altérité, sans moquerie, sans jugement, sans étiquette. Nous avons appris qu’un rêve qui n’englobe pas le monde entier est un petit rêve.

Ce que nous diffusons maintenant publiquement, c’est le fruit d’un long processus de réflexion et de recherche. Des milliers d’assemblés communautaires zapatistes, dans les montagnes du Sud-Est mexicain, ont pensé et cherché d’autres chemins, modes et temps. En défiant le mépris du puissant qui nous traite d’ignorants et d’imbéciles, nous avons utilisé l’intelligence, la connaissance et l’imagination.

Ici, nous nommons les nouveaux centres de résistance autonome et rebelle zapatiste. Il s’agit de onze nouveaux centres, plus les cinq caracoles originaux, cela fait seize. Plus les communes autonomes originales, qui sont au nombre de vingt-sept, au total avec les centres zapatistes, cela fait quarante-trois.

Noms et localisation des nouveaux caracoles et communes autonomes :

1. Nouveau caracol, son nom : Collectif le cœur de graines rebelles, mémoire du compañero Galeano. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Sillage de l’histoire, pour la vie de l’humanité. Sa base est à La Unión, terre récupérée, à côté de l’ejido San Quintín, là où se trouve la caserne militaire du mauvais gouvernement. Municipalité officielle d’Ocosingo.

2. Nouvelle commune autonome, qui s’appelle : Espoir de l’humanité, sa base est à l’ejido de Santa María. Municipalité officielle de Chicomuselo.

3. Autre commune autonome, qui s’appelle : Ernesto Che Guevara, sa base est à El Belén. Municipalité officielle de Motozintla.

4. Nouveau caracol, son nom : Digne spirale qui tisse les couleurs de l’humanité en mémoire de celles et ceux qui sont tombés. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Graine qui fleurit avec la conscience de celles et ceux qui luttent pour toujours. Sa base est à Tulan Ka’u, terre récupérée. Municipalité officielle d’Amatenango del Valle.

5. Autre nouveau caracol. Son nom est : La Graine rebelle qui fleurit. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Nouvelle aube en résistance et rébellion pour la vie et l’humanité. Sa base se trouve à Poblado Patria Nueva, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

6. Nouvelle commune autonome, qui s’appelle : Semant la conscience pour récolter des révolutions pour la vie. Sa base est à Tulan Ka’u, terre récupérée. Municipalité officielle d’Amatenango del Valle.

7. Nouveau caracol. Son nom est : Honneur à la mémoire du compañero Manuel. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : La Pensée rebelle des peuples originaires. Sa base est à Dolores Hidalgo, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

8. Autre nouveau caracol. Son nom est : Résistance et Rébellion un nouvel horizon. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : La Lumière qui fait briller le monde. Sa base est au Poblado Nuevo Jerusalén, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

9. Nouveau Caracol, qui s’appelle : Racine des résistances et rébellions pour l’humanité. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Cœur de nos vies pour le nouveau futur. Sa base se trouve dans l’ejido Jolj’a. Municipalité officielle de Tila.

10. Nouvelle commune autonome s’appelant : 21 Décembre. Sa base se trouve à Ranchería K’anal Hulub. Municipalité officielle de Chilón.

11. Nouveau caracol, qui s’appelle : Jacinto Canek. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Fleur de notre parole et lumière de nos peuples qui se reflète pour tous. Sa base se trouve dans la communauté du Cideci-Unitierra. Municipalité officielle de San Cristóbal de Las Casas.

Nous en profitons pour inviter la Sexta, les réseaux, le CNI et les personnes honnêtes à venir et, avec les peuples zapatistes, à participer à la construction des centres de résistance autonome et rebelle zapatiste, que ce soit en fournissant des matériaux et un soutien économique, que ce soit en martelant, en coupant, en chargeant, en orientant et en passant du temps avec nous, ou de la forme et de la manière qui vous semble convenir. Dans les prochains jours, nous rendrons public un écrit dans lequel nous expliquons comment, quand et où vous pouvez vous inscrire pour participer.

Herman@s et compañer@s,

Nous convoquons le CNI-CIG pour nous rencontrer et connaître le travail pour lequel nous nous sommes engagés, partager les problèmes, les difficultés, les coups, les évanouissements, mais aussi les graines qui donnent la meilleure récolte de la lutte et celles qui ne donnent plus les meilleures récoltes, mais qui nous amènent à tout le contraire, pour que nous ne le fassions plus. Nous nous rencontrerons avec ceux qui font réellement des efforts dans l’organisation de la lutte pour parler des bonnes récoltes et des mauvaises aussi. Concrètement nous vous proposons la réalisation collective, dans l’un des caracoles, de ce qui pourrait s’appeler forum en défense du territoire et de la terre mère, ou comme vous voudrez l’appeler, ouvert à toutes les personnes, groupes, collectifs et organisations qui s’obstinent dans cette lutte pour la vie. La date que nous vous proposons est durant le mois d’octobre 2019, les jours qui vous conviendront le mieux. De cette manière, nous mettons à votre disposition l’un des caracoles pour que se fasse la réunion ou l’assemblée du CNI-CIG aux dates que vous déciderez.

À la Sexta et aux réseaux, nous vous appelons pour commencer d’ores et déjà l’analyse et la discussion pour la formation d’un Réseau international de résistance et de rébellion, pôle, noyau, fédération, confédération ou comme vous l’appellerez, fondé sur l’indépendance et l’autonomie de ceux qui la forment, renonçant explicitement à toute hégémonie et à homogénéiser, où la solidarité et le soutien mutuels soient inconditionnels, où l’on partage les expériences bonnes et mauvaises de la lutte de chacun, et où l’on travaille dans la diffusion des histoires d’en bas à gauche.

Pour cela, comme zapatistes que nous sommes, nous convoquerons des réunions bilatérales avec les groupes, collectifs et organisations qui travaillent dans leurs géographies. Nous ne ferons pas de grandes réunions. Dans les prochains jours nous annoncerons le comment, quand et où de ces réunions bilatérales que nous vous proposons. Bien sûr, à ceux qui accepteront en prenant en compte leurs calendriers et géographies.

À ceux qui font de l’art, de la science et de la pensée critique leur vocation et leur vie, nous vous inviterons à des festivals, rencontres, pépinières, fêtes, échanges ou comme ça s’appellera. Nous vous ferons connaître le comment, le quand et le où cela pourrait se faire. Cela inclut le CompArte et le Festival de ciné « Puy ta Cuxlejaltic », mais pas seulement. Nous pensons faire des CompArte spécifiques selon chaque art. Par exemple : théâtre, danse, arts plastiques, littérature, musique, etc. Se fera aussi une autre édition du ConSciences, peut-être en commençant par les sciences sociales. Des pépinières de la pensée critique se réaliseront, peut-être en commençant avec le thème de la Tempête.

Et, spécialement à ceux qui marchent avec douleur et rage, avec résistance et rébellion et sont poursuivi·e·s :

Nous convoquerons à des rencontres de familles d’assassiné·e·s, disparu·e·s, et enfermé·e·s, tout comme des organisations, des groupes et des collectifs qui accompagnent leur douleur, leur rage et leur recherche de vérité et de justice.

Elle aura comme unique objectif qu’ils se connaissent entre eux et qu’ils échangent non seulement des douleurs mais aussi et surtout leurs expériences dans cette recherche. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à être vos hôtes.

Les compañeras zapatistes convoqueront une nouvelle Rencontre de femmes qui luttent, selon le moment, le lieu et les modalités qu’elles décideront et elles vous le feront savoir quand elles le voudront et par le moyen qu’elles décideront. Nous vous prévenons une bonne fois pour toutes que ce ne sera que pour les femmes, c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas vous donner plus d’informations jusqu’à ce qu’elles le disent.

Nous verrons s’il est possible de faire une réunion d’otroas, avec l’objectif qu’ils·elles partagent, en plus de leurs douleurs, les injustices, les persécutions et toutes les autres saloperies qu’on leur fait, leurs formes de lutte et leur force. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à vous accueillir.

Nous verrons s’il est possible d’organiser une rencontre des groupes, collectifs et organisations défendant les droits de l’homme, selon la forme et les modalités qu’ils décideront. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à être vos hôtes.

Compañer@s et herman@s,

Nous sommes là, nous sommes zapatistes. Pour qu’on nous regarde, nous nous sommes couvert le visage ; pour qu’on nous nomme, nous avons nié notre nom ; nous avons parié le présent pour avoir un futur, et, pour vivre, nous sommes morts. Nous sommes zapatistes, majoritairement indigènes de racines mayas, nous ne nous vendons pas, nous ne nous rendons pas et nous n’abandonnons pas.

Nous sommes rébellion et résistance. Nous sommes une de ces nombreuses masses qui abattront les murs, un de ces nombreux vents qui balayeront la terre, et une de ces nombreuses graines desquelles naîtront d’autres mondes.

Nous sommes l’Armée zapatiste de libération nationale.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
au nom des hommes, des femmes, des enfants et des anciens,
bases d’appui zapatistes, et du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,
sous-commandant insurgé Moisés,
Mexique, août 2019.


SCI Moisés

Source et texte d’origine :

Enlace Zapatista.

Notes

[1] Frères, sœurs et, en même temps, « sœurs-frères » (note de “la voie du jaguar”).

[2] Réseaux de soutien, de résistance et de rébellion, NdT.

[3] Caracol signifie « escargot » en espagnol, NdT.

[4] Liées et organisées par les partis politiques électoraux, NdT.

[5] Institut national des peuples indigènes, NdT.

= = =

Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

 

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Gilets Jaunes… Les Zapatistes du Chiapas nous montrent la voie… 25 ans d’autonomie à étendre au monde !

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 12 mai 2019 by Résistance 71

 

25 ans plus tard, le zapatisme poursuit sa lutte

 

Julia Arnaud

 

Mai 2019

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/25-ans-plus-tard-le-zapatisme-poursuit-sa-lutte/

 

Le 1er janvier 2019, les zapatistes ont célébré les 25 ans de leur soulèvement. L’occasion de réaffirmer leur engagement dans la construction, ici et maintenant, de leur autonomie et la défense de leur territoire au sud du Mexique. Leur mot d’ordre ? « Le peuple gouverne et le gouvernement obéit. » Face à la pression toujours croissante du capitalisme et des mégaprojets défendus par le nouveau gouvernement « progressiste », de nombreux soutiens nationaux et internationaux se sont exprimés au cours de ces quatre derniers mois. La répression ne faiblit pas ; la lutte non plus : récit, sur place, d’une commémoration et d’un appel, lancé le 10 avril dernier, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète »*

(*) Note de R71: Nous avons relayé cet appel et même créé une page spéciale à cet effet sur Résistance 71, ici

Le 1er janvier 1994, sortis de la nuit, les zapatistes ont occupé cinq villes du Chiapas — dont la touristique San Cristóbal de las Casas — et donné à connaître au Mexique et au monde entier leurs revendications : travail, terre, logement, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix. Après plusieurs jours de combat et sous pression de la société civile, l’EZLN — l’organisation militaire du mouvement fondée en 1983 — et le gouvernement s’assoient à la table des négociations : elles donnent naissance, en 1996, aux Accords de San Andrés. Ils ont pour but de permettre la reconnaissance de l’autonomie et du droit à l’autodétermination des peuples indigènes1 ; sans surprise, ils ne seront jamais respectés par les gouvernements successifs. Dans une situation de contre-insurrection permanente, dans un territoire occupé par les militaires et les paramilitaires, l’EZLN et les communautés zapatistes choisissent alors la voie de la construction de leur autonomie et de la mise en pratique unilatérale de leurs exigences. En 2003, les cinq caracoles — et avec eux les Conseils de bon gouvernement — sont fondés ; ils deviennent les centres politiques et culturels des cinq zones autonomes.


« Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion
Ici le peuple commande et le gouvernement obéit. »

À mon arrivée, en 2010, alors que les questions me brûlaient les lèvres, la première réponse que l’on m’a donnée à Querétaro, au centre du pays, bien loin du Chiapas, fut : « Mais non señorita, les zapatistes n’existent plus, c’était en 1994… » Tout le monde a entendu parler de la lutte zapatiste. Peut-être du café rebelle. Sans doute du sous-commandant insurgé Marcos. Mais peu, même au sein des espaces militants, savent ce qui se trame encore ici, en 2019, dans les montagnes du sud-est mexicain. Si depuis bien longtemps les médias officiels ont entrepris un méthodique travail de désinformation, le silence public des zapatistes n’en a pas moins été volontaire : entre 2009 et 2012, pas un seul communiqué n’a été publié alors qu’ils nous avaient habitués, par la plume dudit sous-commandant, à une prose prolifique depuis 1994. Ce mutisme était celui de la construction, en interne, de leur autonomie ; ils l’ont rompu avec fracas le 21 décembre 2012 — tandis que 50 000 membres des communautés zapatistes (les « bases d’appui ») remplissaient sans le moindre bruit les rues de San Cristóbal, poing levé, visage couvert —, par la détonation d’un communiqué des plus brefs : « Vous avez entendu ? / C’est le son de votre monde qui s’écroule, / C’est le son du nôtre qui resurgit. / Le jour qu’a été le jour, était la nuit, / Et la nuit sera le jour qui sera le jour. / DÉMOCRATIE / JUSTICE / LIBERTÉ. »

Ce monde, ils en poursuivent la création. Leur autonomie se développe jour après jour : des écoles, des hôpitaux, une autre justice, des collectifs agricoles et artisanaux ont fleuri dans toute les zones. Nous sommes de plus en plus nombreux à leur avoir rendu visite, à avoir appris à leur côtés, notamment grâce à la « Petite école zapatiste » — plusieurs milliers de personnes se sont alors rendues dans les communautés afin d’apprendre de leur quotidien et d’étudier les quatre livres de cours réalisés par des membres des différents caracoles, ceci sous le regard attentif de leur votán, ces « gardiens » et « gardiennes » qui ont accompagné chacun d’entre nous et ont répondu patiemment à nos questions. « Ici, c’est le peuple qui dirige, il a sa propre politique, il a sa propre idéologie, il a sa propre culture, il crée, il améliore, il corrige, il imagine et il va continuer de travailler » : c’est là ce que nous rappelle le sous-commandant Moisés, successeur de Marcos en tant que porte-parole depuis 2013. Quand on leur demande combien de personnes représentent les zapatistes, la réponse est évasive, toujours, mais pourtant claire : « Beaucoup ! »


Conseil de bon gouvernement 

Sur la route de la Realidad

« Demain, départ 6 heures, lever 4 heures. » Tels ont été les derniers mots des compas2 zapatistes : la Rencontre de Réseaux, qui s’est tenue du 26 au 30 décembre 2018 en terres récupérées, près du village de Guadalupe Tepeyac, afin que se rencontrent, se retrouvent et s’organisent les différents « individus, groupes, collectifs, organisations » qui luttent pour un autre monde, s’est terminée après une assemblée plénière de trois heures. Si au Mexique les horaires sont toujours assez flexibles et relatifs, ici, en territoire zapatiste, l’autodiscipline est primordiale : sans elle, ils n’en seraient pas là. « Que vous votiez ou que vous ne votiez pas, organisez-vous ! », nous ont-ils maintes fois répété. Comme dans de nombreuses communautés originaires, le changement d’heure n’existe pas pour les zapatistes ; c’est « la hora de Dios », « l’heure de Dieu », celle du monde, du soleil et de la vie — 4 heures, c’est donc 3 heures.

Les lumières s’allument, le matériel a été chargé dans des camionnettes prêtes à partir ; des visages, fatigués par ces derniers jours de discussions et ces dernières nuits de musique autour du feu, émergent des tentes. Nous sommes tous prêts à embarquer dans les bus, les bétaillères et les autres véhicules ; la longue caravane s’avance bientôt. De la Municipalité autonome rebelle zapatiste (MAREZ) San Pedro Michoacán, où s’est tenue la rencontre, jusqu’au caracol de la Realidad, dit « Mère des caracoles de la mer de nos rêves », il faut une heure et demie de route sur un petit chemin de terre qui monte, descend, serpente. Les passagers se rendorment tant bien que mal ; le convoi avance, s’arrête ; « Tiens, que se passe-t-il ? », « Rien, ce sont ceux de devant qui ont perdu les sacs sur le toit », « Ah », ça repart. Le soleil se lève, la forêt apparaît et avec elle la brume matinale que percent les montagnes — en contrebas, se dessinent la vallée et la communauté. Nous arrivons maintenant à l’entrée du village ; des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et des anciens accueillent la caravane par de francs sourires de bienvenue. Les maisons, petites et en bois, sont pour certaines d’entre elles recouvertes de panneaux solaires.

Il y a huit ans, en pleine période de silence, j’étais venue ici. J’avais demandé à rencontrer le Conseil de bon gouvernement : les compas m’avaient donné de quoi manger et un endroit où dormir mais, à 4 heures du matin, ils m’avaient prévenu que le Conseil ne pourrait pas me recevoir et que le prochain bus passait dans 30 minutes. L’un d’entre eux m’avait murmuré : « Aujourd’hui, ce n’est pas possible, mais on te promet que la prochaine fois tu rentreras. » Cette prochaine fois arrive ce 31 décembre 2018. La journée se passe entre siestes et retrouvailles. Les discussions vont bon train : on nous interroge longuement sur les gilets jaunes qui, vus d’ici, incarnent la révolution en cours. La lumière du jour commence à faiblir et nous rejoignons le préau qui surplombe la place centrale du caracol. La foule est dense, les bases d’appui zapatistes sont au premier rang ; nous nous tassons à l’arrière ; par la porte principale, une partie des troupes fait son entrée ; un long défilé commence. Il durera plus d’une heure. Conduits par le sous-commandant Galeano (anciennement Marcos), plus de 3 000 hommes et femmes, vêtus d’une chemise marron et d’un pantalon vert accordé à leur casquette, foulard rouge autour du cou, d’abord à cheval et à moto puis à pied, avancent et, déjà, s’alignent au rythme des bâtons qu’ils frappent à chaque pas. Ils sont la nouvelle génération, les enfants de celles et ceux qui, partis de ce même lieu, étaient allés combattre et donner leur vie 25 ans plus tôt. Il n’y a pas d’armes, mais cette démonstration nous rappelle que l’Armée zapatiste de libération nationale n’a jamais baissé la garde.


L’escargot de l’émancipation !

« Nous sommes seuls »

L’assistance attend les traditionnels discours d’anniversaire. Le Conseil de bon gouvernement de La Realidad s’exprime par la voix d’une jeune commandante, qui, comme beaucoup, est née après le soulèvement de 1994. Elle déclare : « Aujourd’hui, nous célébrons nos déjà 25 ans de lutte, nous sommes les plus oubliés, les plus marginalisés, les plus exploités par le système capitaliste néolibéral. » Et poursuit : « En tant que peuple en résistance et en rébellion, nous avons compris qu’il n’y a pas d’autre chemin que celui de nous organiser, depuis n’importe quel recoin du monde. Chaque organisation a des manières et des habitudes différentes de s’organiser, mais oui, tous et toutes contre le même ennemi qu’est le système capitaliste néolibéral. » Puis, par la voix du sous-commandant insurgé Moisés, combattant de la première heure et aujourd’hui « gardien de la porte » qui interagit entre l’intérieur et l’extérieur du mouvement (depuis que le sous-commandant Marcos est parti tenter de réparer son ordinateur, selon le communiqué envoyé à cette occasion…), ces mots : « Nous sommes seuls. » Même si quelques voix affirment le contraire, nous savons que c’est vrai. Nous, la Sexta3 et les sympathisants nationaux et internationaux, sommes loin d’avoir atteint le niveau d’organisation qu’il conviendrait pour affronter la guerre en cours.

Fin 2018, le peuple mexicain a élu à sa tête Andrés Manuel López Obrador : un homme qui se réclame de la « gauche progressiste » et entend mener à bien les mégaprojets chers aux néolibéraux — le Train Maya, le Projet intégral Morelos (PIM4). Le nouveau président avait promis d’abandonner ce dernier projet, avant de le remettre à l’ordre du jour ; il vient de faire sa première victime, Samir Flores — 100 ans après Emiliano Zapata, et ce pour défendre la même cause, celle de la terre et de la liberté. Figure de l’opposition au PIM et membre du Congrès national indigène, il a été assassiné le 20 février 2019 après s’être exprimé, la veille, contre la « consultation populaire » à venir lors d’un forum organisé par le gouvernement. Ces consultations ont pour but de légitimer les mégaprojets alors que les principaux concernés — les habitants de ces terres — ont déjà exprimé clairement et ouvertement leur refus…

« Et nous ne vous avons pas menti, compañeras et compañeros, poursuit Moisés. Il y a cinq ans, nous l’avons dit au peuple du Mexique et au monde entier, que quelque chose d’encore pire allait arriver. Dans les langues que parlent celles et ceux de l’extérieur, ils l’appellent crise, hydre, monstre, mur. Nous le leur avons dit en essayant d’utiliser leurs mots, la manière dont ils parlent, mais même comme ça, ils ne nous ont pas écouté. Et, du coup, ils croient que nous leur mentons parce qu’ils écoutent celui dont je ne veux même pas prononcer le nom, celui qui est au pouvoir, je préfère l’appeler l’escroc, le fourbe. » En vue des dernières élections, les « peuples, tribus, nations et quartiers » composant le Congrès national indigène (CNI5) ont désigné une femme indigène en tant que représentante du CNI et de l’EZLN à la présidentielle de 2018. Marichuy et le Conseil indigène de gouvernement (CIG6) ont été nommés avant d’entamer une tournée dans tout le pays pour récolter les signatures nécessaires ; en raison d’un nombre insuffisant, Marichuy n’a pu se présenter mais elle a mis en évidence les vices du système électoral. Elle était la seule à représenter le Mexique d’en bas, à gauche.

Depuis plusieurs années, les zapatistes ont organisé un grand nombre d’événements afin que nous nous connaissions, que nous nous reconnaissions et que nous nous organisions. Car il y a urgence. Les victimes de la Quatrième Guerre mondiale, celle du capitalisme contre l’humanité, ne se comptent plus. Ce concept a été longuement développé par le sous-commandant Marcos dans un communiqué en date de l’année 2003 : « À la fin de ce que nous osons appeler la “Troisième Guerre mondiale” et que d’autres appellent la Guerre froide, il y a eu une conquête de territoire et une réorganisation. […] À partir de là, on voit se dessiner ce que nous appelons la Quatrième Guerre mondiale. […] La conception théorique qui donne des bases à la globalisation c’est ce que nous appelons “néolibéralisme”, une nouvelle religion qui va permettre de mener à bien le processus. Avec cette Quatrième Guerre mondiale, une nouvelle fois, les territoires sont conquis, les ennemis sont détruits et la conquête de ces territoires est administrée. […] Puisque l’ennemi antérieur a disparu, nous, nous disons que l’ennemi c’est l’humanité. La Quatrième Guerre mondiale détruit l’humanité dans la mesure où la globalisation est une universalisation du marché, et tout humain s’opposant à la logique du marché est un ennemi et il doit être détruit. En ce sens, nous sommes tous l’ennemi à vaincre : indigènes, non-indigènes, observateurs des droits humains, enseignants, intellectuels, artistes. N’importe qui se croyant libre alors qu’il ne l’est pas. »

L’heure n’est plus à la contemplation du désastre planétaire. Si les zapatistes l’ont compris depuis longtemps, et ont agi en conséquence dans leurs territoires, nous ne pouvons en dire autant. Moisés, debout à la tribune aux côtés des commandants et commandantes de l’EZLN ainsi que des représentants des Conseils de bon gouvernement, poursuit : « Nous sommes seuls. Nous sommes seuls comme il y a 25 ans », mais « nous allons faire face », « nous allons défendre ce que nous avons construit ». Les zapatistes ont déjà donné leurs vies, celle du sous-commandant insurgé Pedro7 — et de bien d’autres. « Ce n’est pas facile d’affronter depuis 25 ans ces milliers de soldats, protecteurs du capitalisme, qui sont ici, là où nous nous trouvons, nous sommes passés sous leur nez ces jours-ci. Ce n’est pas facile d’affronter les paramilitaires, ce n’est pas facile d’affronter les petits leaders qui ont aujourd’hui acheté tous les partis politiques, en particulier la personne et le parti qui sont au pouvoir. Mais ils ne nous font pas peur. Ou bien si ? Ils nous font peur, compañeras et compañeros ? » L’assemblée répond d’une seule voix : « Non ! »

« Compañeros, compañeras, celui qui est au pouvoir va détruire le peuple du Mexique mais principalement les peuples originaires, il vient pour nous, et spécialement pour nous l’Armée zapatiste de libération nationale. » Mais cette décision, ils la prennent seuls, sans engager celles et ceux qui les soutiennent et marchent à leurs côtés. La réponse du CNI-CIG ne s’est pourtant pas faite attendre : par un communiqué publié le jour suivant, ils déclarent : « Nous avertissons les mauvais gouvernements que n’importe quelle agression [contre l’EZLN] est aussi une agression contre le CNI-CIG » — et d’appeler, par la même occasion, « les réseaux de soutien dans tout le pays ainsi que les réseaux de résistance et de rébellion au Mexique et dans le monde entier à être attentifs et organisés pour agir ensemble et construire un monde dans lequel nous pourrons toutes et tous vivre ». Bien d’autres messages de soutien ont suivi. L’un d’eux a notamment été signé par des centaines de femmes ; il fait suite à la « Première rencontre internationale politique, artistique, sportive et culturelle de femmes qui luttent », convoquée par les femmes zapatistes le 8 mars 2018 au caracol de Morelia (la seconde édition a du être annulée cette année en raison des conditions de sécurité et de pression). Cette rencontre avait réuni plus de 7 000 femmes du monde entier : les femmes zapatistes nous appellent a organiser, partout, d’autres évènements de ce type « pour que la petite lumière qu’elles nous ont offerte ne s’éteigne pas ». Plusieurs rassemblements de femmes ont déjà eu lieu depuis le mois de mars dans tout le Mexique ; d’autres restent à venir (notamment au mois de juillet 2019, dans l’État de Veracruz, à l’appel des femmes du CNI-CIG). Nous espérons que d’autres encore suivront dans les prochains mois — et, qui sait, dans le monde entier.

Les zapatistes ne demandent à personne de prendre les armes ; « pendant ces 25 ans [ils n’ont] pas gagné avec des balles, avec des bombes, mais par la résistance et la rébellion ». Cette position de l’EZLN est, de longue date, sans équivoque ; elle avait d’ailleurs été rappelée lors de l’assassinat du professeur Galeano par des paramilitaires, en 2014 — Marcos avait alors symboliquement échangé sa place dans la tombe, en prenant son nom. Aujourd’hui, ils continuent de demander « justice et non vengeance ». Ce n’est pas avec des armes que l’on construit des écoles et des hôpitaux. Mais, comme l’écrit le journaliste Luis Hernández Navarro, « ce 31 décembre [2018], ils ont mis sur la table leur visage militaire. Celui qui n’implique pas de prendre une arme, mais qui implique de résister. Le message symbolique de leur déploiement ne pouvait pas être plus explicite ».

30 millions de personnes ont voté pour l’actuel président Andrés Manuel López Obrador. Dans un contexte aussi difficile que celui du Mexique où la corruption, la violence, les féminicides, la mort et les disparitions forcées sont le pain quotidien, c’est sans aucun doute l’espoir du changement qu’ont recherché les électeurs. Mais les différents gouvernements « progressistes » latino-américains de ces dernières années l’ont prouvé : les peuples originaires ne seront pas pris en compte. « Ils viennent pour nous », martèle Moisés. Et cela, le gouvernement n’a pas tardé à le confirmer : l’investiture présidentielle du 1er décembre 2018 n’a été qu’une grande mascarade. En rassemblant de soi-disant représentants des peuples indigènes, le nouvel élu s’est vu remettre le « bastón de mando », le bâton de commandement, symbole de pouvoir et de représentation dans les cultures originaires. Quelques jours plus tard, la farce s’est rejouée au Chiapas lors d’une cérémonie visant à « demander son autorisation à la Terre-mère » pour la construction du Train Maya, qui entend traverser les États de Quintana-Roo, Campeche, Chiapas et Tabasco afin d’interconnecter différentes « zones économiques spéciales » (ZEE) en atteignant la côte Pacifique, via le couloir transisthmique8, autre mégaprojet hautement contesté… « C’est ça que fait le gouvernement actuel, il consulte pour pouvoir venir nous affronter, nous, les peuples originaires et en particulier nous, l’Armée zapatiste de libération nationale, avec sa saleté de Train Maya — et, en plus, en lui donnant le nom de nos ancêtres ! Nous ne l’acceptons pas. Il peut bien lui donner le nom qu’il veut, ça ne veut rien dire. Nous ne lui avons rien demandé. Il n’a qu’à lui donner le nom de sa mère ! », poursuit le porte-parole.

Selon le gouvernement, ce projet favoriserait la mobilité, les échanges et l’emploi des peuples occupant ces territoires ; en réalité, il favorisera le tourisme de masse et le saccage des terres du Sud, si convoitées pour leurs richesses naturelles par les puissances internationales. Autrement dit : ce fut là une cérémonie pour demander à la Terre le droit d’exterminer les peuples originaires. « Qu’il se passe ce qui doit se passer, que ça coûte ce que ça doit coûter et que vienne ce qui doit venir. Nous allons nous défendre, nous nous battrons s’il le faut ! Ou non, compañeros et compañeras ? » On entend « Si ! » à l’unisson. « Donc que ce soit bien clair, compañeros et compañeras ; ici, il n’y a ni sauveur, ni sauveuse. Les seuls sauveurs et sauveuses, ce sont les hommes et les femmes qui luttent et qui s’organisent, ceux qui le font devant leur peuple. Le changement que nous voulons, donc, c’est qu’un jour, le peuple, le monde, les femmes et les hommes décident de comment ils veulent vivre leur vie, qu’il n’y ait pas un groupe qui décide la vie de millions d’êtres humains. Non ! Nous le résumons en seulement deux mots : le peuple commande, le gouvernement obéit. »

C’est ensuite par la voix d’une autre jeune commandante que s’exprime le Comité clandestin révolutionnaire indigène-Commandement général (CCRI-CG) de l’Armée zapatiste de libération nationale : « Même s’ils consultent un milliard de personnes, nous ne nous rendrons pas. Même s’ils demandent la permission à leur putain de mère, nous ne céderons pas. De 1492 à 2018, se sont écoulées 525 années de résistance et de rébellion contre les grandes humiliations étrangères et mexicaines et ils n’ont jamais pu nous exterminer. Nous, ceux de sang brun, couleur de la terre-mère, nous réitérons que nous sommes là et que nous continuerons à l’être. Un milliard d’années pourront s’écouler, les femmes zapatistes et les hommes zapatistes seront toujours là. » Sur ces mots, et après avoir annoncé qu’à partir de cet instant leur participation et leur parole passeraient par l’art, les représentants zapatistes se taisent. La foule se disperse. Poèmes, chansons : place aux délégations des différentes régions. Dans l’après-midi, une pièce de théâtre a mis en scène l’entrée des troupes dans la petite ville de Las Margaritas, le 1er janvier 1994, et la chute du compañero Pedro, tombé sous les premières balles ; en cet instant et sous nos yeux, c’est au rythme d’une guitare que l’on honore une nouvelle fois la mémoire de celui qui a « accompli son devoir » : « Quand le sous-commandant Pedro passait dans les villages, il disait toujours : “Nous devons nous préparer car la lutte continue, politique et militaire.” Alors la lutte a commencé, très secrète et très discrète, alors que les insurgés et les troupes se préparaient à devenir guérilleros en faisant très attention à leur sécurité. Aujourd’hui, que tout le monde sache que le Sup Pedro n’est pas mort, qu’il vit dans les cœurs des hommes qui, très dignement, luttent avec un immense amour pour un monde plus humain. »

Un jeune garçon s’avance, sous son passe-montagne, pour lire quelques vers : « Avec cette poésie, je te dis au revoir, / En me rappelant pour toujours ton nom, / En résistant. / Liberté. Justice. Démocratie. / Mourir pour vivre. » Puis la musique reprend. Un morceau de rap (« Nous avons une guerre à gagner et beaucoup de choses à fêter ! »). Ne pas oublier. Et pour eux, continuer — dans la joie. Éclate un feu d’artifice ; dans la nuit retentissent les slogans : « Vive l’EZLN ! », « Mort au capitalisme ! », « Vivent les Conseils de bon gouvernement ! », « Vive le Chiapas ! Vive le Mexique ! » Nous dansons jusqu’au petit matin.

Que le peuple gouverne !

« Un pas important consiste à assumer clairement la possibilité de se libérer du capitalisme, écrit l’historien Jérôme Baschet. On ne peut pas continuer de dénoncer les crimes de ce système pour finalement s’incliner devant son apparente invincibilité ou ajourner son hypothétique fin à un futur si lointain que, dans la pratique, cela signifie la même chose. » Le 10 avril 2019, à Chinameca, le CNI et le CIG se sont déclarés en état d’alerte et ont enjoint « les peuples de ce pays et les peuples du monde à [s’écouter] et à unir les chemins qui ont un même horizon, en bas et à gauche ». L’EZLN a quant à elle dénoncé les intrusions militaires qui se sont accentuées sur son territoire au cours des derniers mois, ainsi que « les mauvais gouvernements qui séquestrent l’image d’Emiliano Zapata Salazar », dont la cause est aujourd’hui honorée « sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme ». Alors oui, le capitalisme doit mourir : c’est lui ou nous. Au Brésil, les peuples originaires et leurs territoires sont attaqués par le pouvoir fasciste, évangéliste, néolibéral ; au nord de la Syrie, où se mène l’expérience résistante du Rojava — qui a salué l’anniversaire zapatiste et dont une délégation était présente lors de la commémoration à Chinameca —, la Turquie de l’OTAN constitue une menace vitale permanente ; en France, on frappe les ZAD et on éborgne les gilets jaunes ; et partout, on traque les personnes en situation de migration. C’est pourquoi l’EZLN a réitéré son appel, ce même mois d’avril 2019, « à lever un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète ». Il ne tient qu’à nous.

Notes:

1. Au Mexique, ce terme est largement préféré à celui d’« indien », controversé et, selon le contexte, parfois péjoratif.
2. De compañeros, camarades.
3. La Sexta nationale et internationale rassemble les adhérents à la Sixième déclaration de la Selva Lacandona, prononcée en 2005. Ce texte clé est une analyse politique de la situation locale et globale ; il propose de marcher ensemble contre l’ennemi commun.
4. Le PIM regroupe des centrales électriques, un aqueduc et un gazoduc. Il est contesté par les peuples originaires de ces territoires ainsi que par de nombreux scientifiques en raison des risques sismiques.
5. Cette organisation rassemble les différents peuples indigènes en lutte ; elle a été fondée peu de temps après le soulèvement.
6. Conseil rassemblant les représentants paritaires de toutes les langues composant le CNI.
7. Second commandement de l’EZLN en charge du premier régiment lors de la prise de Las Margaritas et de l’attaque de la base militaire de Comitán, en 1994.
8. Qui passe à travers un isthme.

Lectures complémentaires:

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

Meurtre par décret le crime de génocide au Canada

confederalisme_democratique

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Message zapatiste pour le centenaire de l’assassinat d’Emiliano Zapata… (EZLN)

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SCI Moisès

 

Message de l’armée zapatiste de libération nationale à l’occasion du centenaire de l’assassinat du général Emiliano Zapata

 

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

 

MÉXICO

 

Avril 2019

 

À la famille et aux amis de Samir Flores Soberanes,

À l’Assemblée de la résistance d’Amilcingo,

Au Front des peuples en défense de la terre et de l’eau Morelos-Puebla-Tlaxcala,

Au Congrès national indigène,

Au Conseil indigène de gouvernement,

À la Sexta nationale et internationale,

Aux réseaux de soutien au CIG et aux réseaux en résistance et rébellion,

À celles et ceux qui luttent contre le système capitaliste,

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

C’est le sous-commandant insurgé Moisés qui vous écrit au nom des femmes, des hommes, des enfants et des anciens zapatistes. Les mots que nous vous envoyons sont collectifs et c’est à moi, en tant que porte-parole de l’EZLN, qu’il revient de les écrire.

De la même manière, l’accolade envoyée depuis les montagnes de sud-est mexicain et qui arrive aujourd’hui aux dignes terres d’Emiliano Zapata et de ses successeurs – comme l’a été et l’est Samir Flores Soberanes, notre frère et compañero de lutte dans la défense de la vie – n’est pas seulement la mienne mais celle de tous les peuples zapatistes tzotziles, choles, tojolabales, zoques, mames, métisses et tzeltales.

Recevez-la, frères et sœurs, car c’est une accolade que nous vous envoyons nous, les zapatistes de l’EZLN, parce que nous vous respectons et nous vous admirons.

Nous n’avons pas pu être présents avec vous mais c’est ce que nous aurions voulu. La raison [de notre absence] est très simple et elle porte le drapeau du mauvais gouvernement. En effet, dans nos montagnes et vallées, la présence militaire, policière, paramilitaire ainsi que celle d’espions, de taupes et d’informateurs a augmenté. Les survols d’avions et d’hélicoptères militaires ont fait leur réapparition et avec eux, les opérations des véhicules d’assaut, comme au temps de Carlos Salinas de Gortari ; d’Ernesto Zedillo Ponce de León, tuteur politique de l’actuel titulaire du pouvoir exécutif ; de Vicente Fox Quesada après la trahison des Accords de San Andrés ; du psychopathe Felipe Calderón Hinojosa ; et du voleur à cravate et à mèche Enrique Peña Nieto. C’est la même chose mais aujourd’hui avec une plus grande fréquence et une plus grande agressivité.

Et les patrouilles et les survols ne suivent pas les routes du narcotrafic, ni les caravanes épuisées des frères et sœurs migrants fuyant une guerre qui refuse de dire son nom…pour entrer dans une autre que cache un pouvoir exécutif fédéral bavard et querelleur. Non, cette menace de mort parcourt les airs et les terres des communautés indigènes qui ont décidé de se maintenir en résistance et rébellion pour défendre la terre car la vie est en elle.

De plus, aujourd’hui, des membres de l’Armée fédérale et des Forces aériennes s’aventurent dans les montagnes et apparaissent dans les communautés en disant que la guerre arrive et qu’ils n’attendent que les ordres du “grand chef”. Et certains se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, et qu’ils ne seront jamais, afin de connaitre les supposés “plans militaires” de l’EZLN, ignorant peut-être que l’EZLN dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit… Ou peut-être leur plan consiste-t-il à monter une provocation pour ensuite rendre coupable l’EZLN de ses conséquences, selon la même méthode qu’utilisèrent à leur époque Ernesto Zedillo Ponce de León et son larbin Esteban Moctezuma Barragán, aujourd’hui chargé de tendre une embuscade au corps enseignant démocratique.

En réalité, le mauvais gouvernement actuel ne se distingue pas de celui de ses prédécesseurs. Ce qui change maintenant, c’est la justification : aujourd’hui la persécution, le harcèlement et les attaques à nos communautés sont réalisées au nom “du bien de tous” et se font sous le drapeau de la supposée “IVème transformation”.

Mais ce n’est pas de cela dont nous voulions vous parler. Après tout, n’importe quelle dénonciation est ensuite discréditée par le pouvoir exécutif fédéral, qui la range dans la catégorie “radical de gauche conservatrice”. Est-ce à dire que quiconque n’ayant pas de salaire et critique le suprême gouvernement n’arrive même pas à être un “fifi” [utilisé par López Obrador pour désigner les “jeunes conservateurs”, les “fils à papa”, qui s’opposent à sa politique] ? Serait-ce ça ? À moins que la réalité ne réside dans les déclarations matinales dévorées ensuite en festin par ses légions sur les réseaux sociaux, dites “modernes” seulement parce que le fanatisme qu’elles suscitent est digital ; n’utilisent-ils pas les mêmes arguments que ceux qui ont applaudi et applaudissent encore les excès des tyrannies qui ont existé dans le monde? On pourrait bien leur répéter les mots d’Emiliano Zapata Salazar : “En tous temps, l’ignorance et l’obscurantisme n’ont produit que des troupeaux d’esclaves pour la tyrannie.“

Concernant ce qui se passe sur ces terres chiapanèques, et bien, c’est exactement la même chose que ce que nous endurons depuis déjà plus de 25 ans. Et nous répétons ce que nous avons déjà signalé : là-bas en-haut, c’est la même chose…et ce sont les mêmes. Et la réalité leur enlève le maquillage grâce auquel ils voudraient simuler un changement.


3RI

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

Ce que nous voulons vous dire, vous faire remarquer, c’est à quel point votre résistance est grande.

Non seulement en tant que symbole parce que vous la portez face à ceux d’en-haut qui célèbrent une trahison, celle qui a assassiné un individu du nom d’Emiliano Zapata Salazar et qui a échoué dans la tentative de mettre fin à une cause ; celle qui aujourd’hui subsiste dans de nombreux sigles sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme.

Votre cause est source d’inspiration pour n’importe quelle personne honnête de ce monde, car votre lutte est pour la vie. Ce n’est pas un pari pour de l’argent, des postes ou des cadeaux. Elle se bat pour les générations futures qui ne pourront pas exister si l’arrogance du Chef triomphe et que les communautés sont détruites.

C’est pour cela que votre lutte mérite non seulement d’être saluée et soutenue, mais qu’elle elle devrait être reproduite dans tous les recoins de la planète où, sous le drapeau des supposés “ordre et progrès”, la nature et ceux qui l’habitent sont détruits.

Il y a des fois où les causes se concrétisent en une personne, un homme, une femme ou un.e autre. Et alors cette cause porte un prénom, un nom, un lieu de naissance, une famille, une communauté, une histoire. Comme pour Emiliano Zapata Salazar, c’est le cas pour le frère et compañero Samir Flores Soberanes qu’ils ont voulu acheter, qu’ils ont voulu faire se rendre, qu’ils ont voulu convaincre d’abandonner ses idéaux. Et puisqu’il ne s’est pas laissé faire, ils l’ont assassiné. Parce qu’il ne s’est pas vendu, parce qu’il ne s’est pas rendu et parce qu’il n’a pas capitulé.

Ceux qui se sont sentis soulagés par son assassinat, et qui ont ensuite réalisé une supposée “consultation”, se moquant ainsi de la tragédie, ont pensé que tout était terminé, que la résistance contre un mégaprojet, criminel comme tous les mégaprojets, s’éteindrait avec les larmes qu’ont arrachées l’absence de notre frère et compañero.

Ils se sont trompés, comme se sont trompés Carranza et Guajardo quand ils ont cru que Chinameca était la fin de Zapata.

Tout comme se trompe l’actuel pouvoir exécutif fédéral quand, étalant son ignorance sur l’histoire et la culture du pays qu’il dit “diriger” (son livre de chevet n’est pas “Qui gouverne” mais “Qui dirige”), prétend rendre amis Francisco I. Madero et Emiliano Zapata Salazar. Car, tout comme Madero a voulu acheter Zapata, le mauvais gouvernement a voulu acheter Samir et les peuples qui résistent avec des aides, des projets et bien d’autres mensonges.

Les peuples et Samir ont répondu avec leur détermination à la résistance, et cela aurait rendu fier Emiliano Zapata qui faisait remarquer qu’on ne l’achetait pas avec de l’or et qu’ici (en terres de Morelos) il restait encore des hommes – et nous ajoutons “et des femmes et des autres” – avec un peu de vergogne.

L’ignorance et l’arrogance qui donnent une identité à l’actuel chef du mauvais gouvernement, ne sont pas non plus nouvelles. Comme ce n’est pas non plus nouveau qu’il ait une cour d’adulateurs, un groupe de canailles qui arrangent l’histoire pour le compte du tyran et le présentent comme le point culminant de tous les temps. Et ils l’applaudissent et répètent, avec une lèche sans pudeur, toutes les idioties qui sortent de sa tête. Lui, il décrète que le néolibéralisme est terminé et sa cour arrange les chiffres, les faits, les projets pour les occulter derrière la scène de l’auto-dénommée “Quatrième transformation”, qui n’est rien de plus que la continuation et l’approfondissement de l’étape la plus brutale et sanguinaire du système capitaliste.

Mais, en plus, le groupe d’adulateurs que le tyran convoque, est rejoint par des larbins de tous types et de toutes conditions, ceux qui n’ont plus de vie, et tuent, pour satisfaire les désirs manifestes ou supposés du cerbère de service.

C’est pour ça que le titulaire de l’exécutif n’a pas besoin d’ordonner qu’on assassine, qu’on fasse disparaître, qu’on dénigre, qu’on calomnie, qu’on emprisonne, qu’on renvoie, qu’on bannisse ceux qui ne lui rendent pas de culte.

Il suffit que sur l’estrade ou dans les médias ou dans les réseaux sociaux, il exerce ce que lui appelle le “droit de réplique” pour que les larbins voient de quelle manière accomplir les désirs de leur maître et seigneur.

Mais tous les tyrans ont peur quand se lève une cause juste et humaine, comme la vôtre – qui est la nôtre.

Ils pensent qu’en assassinant les leaders et les visages visibles, les causes meurent avec eux.

Nous ne savons pas qui a assassiné le compañero Samir. Nous savons qui l’a signalé. Qui, avec une voix geignante et hystérique, l’a fait remarqué pour qu’ensuite des sicaires, soucieux de faire plaisir au chef des forces armées fédérales, accomplissent la sentence prononcée sur l’estrade convertie en tribunal.

Il n’y a pas eu de “droit de réplique” pour Samir Flores Soberanes, il n’y en a pas non plus pour les peuples qui résistent contre le projet de mort appelé “Projet intégral Morelos”, alors que ce mégaprojet n’apportera de bénéfices qu’aux grands capitalistes basés en Italie et en Espagne, le même pays auquel on réclame de demander pardon pour la conquête qui a commencé il y a 500 ans et qu’aujourd’hui le mauvais gouvernement poursuit.

Tout cela, vous, vous le savez déjà, sœurs, frères, compañeros, compañeras. Mais nous le répétons à cause de l’assassinat de Samir qui nous met en colère et en rage et à cause de l’arrogance de celui qui là-bas en haut croit qu’il dirige mais ne gouverne même pas.

Nous sommes en colère, nous sentons cette rage parce qu’à ceux d’en bas ne sont offerts que le mépris des aumônes déguisées en programmes d’assistance ou les menaces pour qui refuse de se plier ; et que pour ceux d’en-haut, qui trahissent ensuite ceux qu’ils caressent aujourd’hui, il y a des sourires, des acclamations et des déclarations tranquillisantes.

Compañeros et compañeras,

Frères et sœurs,

Nous savons aussi que celui-ci, tout comme les mauvais gouvernements antérieurs, veut détourner l’image d’Emiliano Zapata Salazar pour que, avec sa mort, meure aussi la défense de la terre, qui est ce que nous, peuples originaires, appelons la vie.

Et nous savons le plus important, ce qui compte vraiment : nous, peuples originaires, poursuivrons la rébellion et la résistance.

Peu importe qu’ils nous appellent “conservateurs” ou qu’ils appelaient “bandits” les zapatistes de l’Armée libératrice du Sud il y a 100 ans.

Comme ses prédécesseurs, le mauvais gouvernement actuel et ses larbins “modernes” peuvent nous dire ce qu’ils veulent.

Notre parole et notre silence sont plus grands que leurs petits cris hystériques.

La lutte zapatiste persistera, les peuples originaires continueront à vivre.

Partout sur la planète, dans les villes et les campagnes, se construit aussi la lutte de groupes, collectifs et organisations de femmes, d’occupants, d’artistes, de jeunes, de scientifiques, de travailleurs, d’employés, d’enseignants, d’étudiants, d’autres.

Ce n’est pas leur taille qui compte mais leur fermeté. Avec eux, elles, elleux, avec respect et solidarité, il faudra ériger un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète.

Les mauvais gouvernements viendront et s’en iront, mais la couleur de la terre persistera et avec elle toutes les couleurs de ceux qui dans le monde se refusent à la résignation et au cynisme, ceux qui n’oublient pas et ne pardonnent pas, ceux qui tiennent les comptes des dommages, des enfermements, des disparitions, des morts, des oublis.

Dans cette pensée et ce cœur collectifs, le monde qui aujourd’hui agonise renaîtra.

Les tyrans de toutes les couleurs tomberont avec le système qu’ils servent.

Et pour le monde, il y aura finalement une vie, comme la vie doit être, c’est-à-dire libre.

En attendant qu’arrive ce moment, chaque jour qui passe, nous ne cesserons de porter la vie de lutte d’Emiliano Zapata Salazar et de Samir Flores Soberanes.

Et dans notre lutte quotidienne, le cri qui est aujourd’hui notre drapeau deviendra réel : Zapata et Samir vivent, et la lutte continue pour…

LA TERRE ET LA LIBERTÉ !

Depuis les montagnes du sud-est mexicain,

Sous-commandant insurgé Moisés,

Mexique, avril 2019.

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/04/21/message-de-larmee-zapatiste-de-liberation-nationale-a-loccasion-du-centenaire-de-lassassinat-du-general-emiliano-zapata/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

 

Lectures complémentaires:

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

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