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Communiqué de l’EZLN, Chiapas, Mexique

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

Mexique

Communiqué

 

25 juin 2015.

 

Source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2015/07/08/armee-zapatiste-de-liberation-nationale-mexique/

 

A la Sexta nationale et internationale :

Comme nous le savons tous déjà, les mauvais gouvernements combinent les fraudes à la violence. Peu importe qu’ils soient de tel ou tel parti, celui qui dirige cherche toujours à se maintenir au pouvoir au dépens de ceux d’en bas. Les plaintes n’ont pour lui aucune valeur, il se rend sourd, d’ailleurs il va jusqu’à payer les médias vendus pour qu’au contraire, ils lui racontent des choses agréables à entendre.

Avant, c’était l’époque de Juan Sabines Guerrero, celui qu’ils disaient qu’il était vraiment de la gauche des partis politiques, et les membres des partis progressistes venaient même le voir pour recevoir des prix, et “l’homme politique légitime” [Lopez Obrador, candidat de gôche, NdT] venait crier avec ferveur : “Vive Juan Sabines !”. Ce Juan Sabines Guerrero a tout arrangé pour que celui à qui revienne le pouvoir après lui soit le “blond de service”, Manuel Velasco Coello [surnommé “Velasco le visage pâle”, NdT], vu que tous les deux appartiennent aux familles qui, avec quelques autres, se répartissent entre elles les charges politiques au Chiapas. Juan Sabines Guerrero a volé, il a effectué des actes frauduleux, et a distribué la violence autour de lui.

Aujourd’hui Velasco fait pareil. Il y a à peine quelques jours, il organisait une grande fraude électorale, violant les propres lois de ceux d’en haut, et maintenant il prépare les choses afin que les prochaines élections aient lieu dans le sang de ceux d’en bas.

Apparemment mentir n’est pas suffisant pour les gouvernants d’en haut. Ils veulent aussi réprimer, emprisonner, assassiner.

En ce moment, ils répriment les instituteurs “démocratiques” [dissidence syndicale du syndicat national des travailleurs de l’éducation, inféodé au gouvernement, NdT] qui ne font que répéter que la réforme éducative en question est un mensonge. Parce qu’en fait, c’est une réforme du patron contre les travailleurs. Le but n’est pas d’améliorer l’éducation, mais de la rendre plus mauvaise. Et ceux qui la mettent en place ne savent même pas à quoi ressemblent les écoles, ils ne savent même pas comment on enseigne. Comme le gouvernement n’aime pas dire la vérité, et bien il ment. Mais comme plus personne ne croit le gouvernement, et bien il réprime.

Ils n’ont aucune honte, au point que le chargé de l’Education du gouvernement est un assassin alcoolique, qui dit une chose un jour et le lendemain dit son contraire. Comment quelqu’un qui ne sait même pas parler peut-il mettre en place une réforme éducative ? Lui il s’appelle Emilio Chuayffet, et il fait partie des assassins d’Acteal. Celui qui se mettait des cuites et racontait des conneries une fois qu’il était soûl. Rien n’a changé, c’est pareil qu’avant.

Pas juste au Chiapas. Dans le Oaxaca, au Guerrero et dans d’autres Etats, pareil, les mauvais gouvernements cherchent à masquer la réalité à base de coups, de gaz lacrymogènes, de coups de feu et de menaces.

On peut tous se rendre compte aujourd’hui que s’il n’y a pas des gens assassinés, frappés et incarcérés, leurs élections “démocratiques” ne les satisfont pas. Et tous les membres des partis politiques, qui se battent pour avoir leur « nonos », et qui ne se souviennent même pas qui a été assassiné, qu’il s’appelait Antonio Vivar Díaz et qu’il était instituteur, ni de ceux qui ont été frappés, ni des incarcérés.

Les gouvernements d’en haut se maintiennent au pouvoir grâce à la tromperie et à la répression.

Mais le sang des instituteurs n’est pas suffisant pour Manuel Velasco au Chiapas. Il veut aussi boire le sang indigène des communautés.

Malgré les dénonciations déjà faites par les organisations des droits humains, Velasco continue à pousser ses paramilitaires à aller attaquer les compas bases de soutien zapatistes.

C’est ce qui est en train de se passer dans la municipalité d’Ocosingo, Chiapas, où les 3 niveaux de gouvernement s’accordent pour mener des provocations : Enrique Peña Nieto, Manuel Velasco et Octavio Albores. Ces gouvernements sont ceux qui sont derrière les paramilitaires de Pojkol.

La communauté de Pojkol elle-même, dont ils sont originaires, a refusé de les soutenir, mais ils continuent à nous attaquer. Les indiens membres des partis politiques disent n’avoir aucun pouvoir sur ces paramilitaires, et qu’ils reçoivent leurs ordres du président municipal d’Ocosingo et du gouvernement de l’Etat, à Tuxtla Gutierrez. C’est de là qu’ils reçoivent leurs armes, leurs équipements, leurs véhicules, et les ordres d’attaquer les bases de soutien.

Il y a quelques heures, il vient de se passer cela :

Caracol “Résistance jusqu’à une nouvelle aurore”. Conseil de Bon Gouvernement “Le Chemin du Futur”. La Garrucha, Chiapas, Mexico 24 juin 2015.

Dénonciation publique

A l’opinion publique :

Aux médias alternatifs autonomes, ou quel que soit leur nom :

Aux adhérent.e.s de la sexta nationale et internationale :

Aux organismes des droits humains honnêtes :

Sœurs et frères du peuple du Mexique et du monde :

Nous dénonçons à nouveau les actions contre nous des groupes paramilitaires de l’ejido Pojkol, du quartier Chiquinibal, Municipalité de Chilón, et des 21 personnes appartenant au même groupe paramilitaire provenant de la communauté del Rosario, municipalité officielle d’Ocosingo, Chiapas.

Les faits :

Ce 24 juin 2015, 28 paramilitaires sont arrivés dans le hameau del Rosario Municipalité Autonome de San Manuel où vivent nos bases de soutien de l’EZLN ce mercredi, à 8h05. Ces paramilitaires qui sont en train d’envahir notre terre récupérée viennent de l’ejido Pojkol, du quartier Chikinibal. Ils sont arrivés à bord d’un véhicule Nissan sans plaques d’immatriculation et de 8 motocyclettes, et des 28 paramilitaires, 8 d’entre eux portaient des armes à feu de calibre 22.

A 10h05, une camionnette blanche de la marque RAM dépourvue de plaques d’immatriculation arrive avec deux hommes á bord : un ingénieur et un ranchero du nom de Guadalupe Flores, qui vit dans la ville d’Ocosingo, Chiapas, et qui était propriétaire du terrain avant 1994. Les 28 paramilitaires de Pojkol et les 21 paramilitaires del Rosario se sont alors réunis avec les deux personnes qui venaient d’arriver ; après cette réunion, ils ont commencé à mesurer le terrain, soi-disant pour y construire un temple, et aussi d’autres parties afin d’y construire des maisons, et après cela, le ranchero a remis des documents aux mains du groupe paramilitaire, qui seraient les soi-disant plans du terrain récupéré.

A 13h26, ils ont tiré 10 coups de feu à l’arrière de la maison d’un compañero Base de soutien afin d’intimider la population.

A 13h27, 8 paramilitaires de Pojkol sont entrés dans la maison d’un compañero base de soutien, mais ils n’ont trouvé personne sur place parce que le propriétaire de la maison était déjà parti pour éviter l’affrontement. 23 minutes plus tard, ils sont entrés dans la maison d’un autre compañero. Il était 13h50. Ils ont détruit la maison du compañero base de soutien, lui ont volé toutes ses affaires et même le toit de la maison composé de 12 tôles de 3.5mm et 2 poules, 4 poussins, 20 œufs, 2 haches, 2 panneaux solaires, 2000 pesos en monnaie, 2 machettes, une enregistreuse, 100 mètres de tuyaux et 150 kilos de haricots. Toutes ces affaires, qui appartenaient au compañero base de soutien, ils les ont chargées dans la camionnette du soi-disant ingénieur, et cette camionnette est repartie en direction de Pojkol, emportant toutes ces affaires volées vers là ou ils sont repartis en compagnie des 28 personnes de Pojkol.

Vu les faits, nous autres, autorités du conseil de bon gouvernement, voyons bien que ces personnes, l’un simulant être ingénieur et l’autre ex-propriétaire du ranch, sont en fait les conseillers de ces groupes paramilitaires.

Il est aussi clair pour nous que le mauvais gouvernement essaie de nous attaquer de pleins de façons différentes, ils s’est déjà passé différents évènements et ce sont les mêmes paramilitaires qui nous avaient tué un taureau reproducteur, détruit des maisons, détruit notre boutique collective, volé nos affaires, répandu des herbicides sur le pré nous appartenant où se trouvait le bétail collectif de la municipalité de San Manuel, tiré des coups de feu et laissé des cartouches usagées et des inscriptions sur le sol disant “territoire pojkol”, le mois d’août 2014 dernier. Ce sont les mêmes paramilitaires qui avaient débarqué le 10 mai 2015, lorsque l’un d’entre eux qui s’appelle Andrés a tiré sur une petite fille base de soutien.

C’est la 3e dénonciation que nous faisons, dans la première et la deuxième tous ces faits ont été décrits en détail.

Ces groupes de personnes, préparées et financées par les mauvais gouvernements fédéral, étatique et municipal sont venus plusieurs fois nous provoquer avec leur stratégie de contre-insurrection. Les mauvais gouvernements pensaient qu’on allait tomber dans leurs pièges, et qu’ils pourraient faire tremper nos mains dans le sang de nos frères indigènes qui vont mal dans leur tête, cela parce qu’ils sont payés et que leur mauvaise conscience a été salie par le mauvais système capitaliste.

Nous, nous disons clairement que nous n’allons pas rester les bras croisés tandis que nos bases de soutien se retrouvent soumises à des agressions de toutes sortes employées contre nous par le mauvais gouvernement. Nous avons très clairement annoncé que nous allons défendre nos terres, parce que c’est en elle que nous naissons, c’est en elle que nous vivons et c’est en elle que nous mourrons, et ce quel qu’en soit le prix.

Frères et sœurs, nous allons continuer à dénoncer ce qui va se passer. Nous espérons que vous soyez attentifs et vigilants quant à ce qui pourrait survenir au sujet de nos compañeros et nos compañeras bases de soutien. Nous rendons directement responsables le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’Etat du Chiapas et le gouvernement municipal de tout ce qui pourrait arriver, et aussi que ce sont eux les responsables directs, car ce n’est pas la première fois que nous dénonçons les agissements de ce groupe de personnes.

Bien à vous.

Autorités du Conseil de Bon Gouvernement en exercice.

Jacinto Gómez Pérez, Colosio Pérez Lorenzo, Nely Núñez Sánchez, Alex López Álvarez

Donc c’est ça la situation, compañeras et compañeros de la Sexta :

Selon nos observations, ce dont il s’agit ce n’est pas que le mauvais gouvernement ne nous prête pas attention, trop occupé qu’il est à faire ses déclarations et à répandre ses mensonges ; mais bien que ce soit le mauvais gouvernement lui-même qui donne les ordres. Si non, comment vous expliquez que, bien qu’ils aient les noms de tous les criminels, ceux-là se promènent armés devant les autorités et que personne ne leur dit rien ? C’est qu’il s’agit de leurs employés. Et les paramilitaires le disent clairement eux-mêmes : que personne ne peut rien leur faire, parce que le gouvernement de Velasco les protège et les paie.

Bien, ce sont les informations que nous vous donnons pour le moment compañer@s. Tout reste identique : d’en haut, viennent les mensonges, les coups, le mépris et l’exploitation.

D’en bas ce qui doit surgir, c’est l’organisation. Pour la vie, pas pour provoquer un bain de sang, car c’est ce que veulent les contremaîtres, les majordomes et les caporaux du système dans lequel nous vivons, et que c’est les ordres qu’ils reçoivent de leurs patrons, le capitalisme néo-libéral.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Sous-commandant insurgé Moisés.

Mexique, juin 2015.

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Résistance politique: Visions d’espoir et de destruction en Amérique Centrale (Dean Henderson)

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¡Ya Basta!

 

Dean Henderson

 

15 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://hendersonlefthook.wordpress.com/2015/07/15/ya-basta/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ma compagne et moi-même sommes juste revenus d’un mois de périple à travers le sud du Mexique, le Guatémala et le Bélize. Comme d’habitude, ceci fut moins des vacances qu’un parcours du combattant rempli de moments d’euphorie et de profonde tristesse.

Du bon côté des choses, les Zapatistes (EZLN) ont établi six zones autonomes où le gouvernement mexicain est occupé à construire de nouvelles lignes à haute tension, des écoles, des sytèmes d’eau potable et de drainage des eaux usées. Malgré n’avoir tiré que quelques coups de feu pendant leur siège de cinq grandes municipalités du Chiapas en 1994 en réponse à la mise en place des accords nord-américians de libre échange (NAFTA), la critique profonde, efficace et cohérente de l’EZLN du capitalisme néo-libéral a payé de véritables dividendes pour le peuple.

Leur message a résonné dans le monde entier alors qu’ils se retiraient dans la jungle de Lacandon. Après le massacre d’Ocosingo par l’armée mexicaine qui assassina 80 personnes, l’opinion publique mondiale s’est renforcée derrière ces rebelles à très vaste majorité indigènes (NdT: peuples descendants directement des Mayas), ce qui força le passage des accords de San Andreas.

D’un autre côté la Guatemalan National Revolutionary Unity (UNRG), qui vît le jour après le coup d’état de la CIA contre le nationaliste Jacobo Arbentz Guzman en 1954 au profit de l’entreprise américain United Fruit Company (aujourd’hui Chiquita dont les gros actionnaires étaient les frères Dulles, dont l’un était… le directeur de la CIA de l’époque), qui opérait dans les plateaux du nord-guatémaltèque depuis plus de 40 ans. L’UNRG luttait dans une guerilla contre les tristement célèbres “sept familles” qui possédaient 80% des terres arables du pays.

En 1996, les rebelles, en grande majorité de nations Maya, ont signé des accords de paix avec le gouvernement guatémaltèque. Et pourtant, quelques 20 ans plus tard, la même oligarchie demeure fermement en place tandis que la plupart des Guatémaltèques semblent être plus pauvres que jamais. Le président Otto Perez Molina est un diplômé de l’École des Amériques, incubatrice des escadrons de la mort des Etats-Unis (NdT: créés par la France lors de la bataille d’Alger en 1957 et dont les cadres de l’armée française enseignèrent les techniques à l’Escuola de las Americas gérée par le Pentagone et alors basée au Panama. Elle est aujourd’hui de retour dans l’état de Georgie, pas très loin de QG de Coca Cola… coïncidence ou pas ?…), qui a servi dans les sanguinaires Kaibiles entraînés par les israéliens et qui fut le directur du renseignement militaire guatémaltèque (bref, un bon larbin/bourreau du système). Il contrôle aussi (pour services rendus à l’empire…) la plus grosse brasserie du pays: Gallo.

En parallèle d’une pauvreté dévastatrice et d’une énorme disparité de revenus, se déroule une vaste pollution de ce qui était auparavant des lacs pristines au Guatémala ainsi que son réseau de rivières. Même le lac Atilan, autrefois un paradis des nations Kachiket et Tzutzil et de quelques hippies occidentaux, est maintenant une zone contaminée et le poisson ne peut plus y être mangé.

Mais il se passe des choses au Guatémala. Le vice-président a été viré sur accusations de corruption lorsque nous visitions le pays, des protestations grondent autour d’un mouvement qui cible ses demandes en attaquant les oligarques et le Volcan Fuego tremble. Avec 38% de la population guatémaltèque étant en dessous de l’âge de 14 ans, quelque chose doit et va se produire…

Le Bélize demeure un havre de transition des cargaisons de drogues pour la couronne britannique. Les familles des triades chinoises, fidèles à la couronne britannique au travers de leur histoire maçonique durant les guerres de l’opium, possèdent pratiquement toutes les affaires inhérentes ensemble avec des familles escrocs brahmanes d’Inde. Des expatriés continuent à acheter les terres, les Mennonites produisent presque toute la nourriture et les Mayas, Créoles et Garifuna se tapent tout le boulot et n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Le gouvernement a reçu des fonds de Petro Caribe du Vénézuéla, une initiative pour aider la région qui commença sous feu le président Hugo Chavez, mais l’argent est le plus souvent détourné par le gang de la drogue qui semble gouverner le Bélize, qui jusqu’en 1981 était connu sous le nom de Honduras Britannique. La reine Elisabeth II figure sur tous les billets du Dollar de Bélize.

Noua avons commencé notre boucle depuis Cancun et sommes retourné au Mexique via Chetumal. Les gens de la péninsule du Yucatan semblent être en meilleure condition qu’avant, mais la crise environnementale n’a pas épargné la Riviera Maya. Les plages de Cancun à Tulum sont recouvertes d’algues après que des années durant des égoûts furent déversés directement dans la Mer des Caraïbes.

Nous avons rencontré des gens très intéressants tout au au long de notre voyage, avons expérimenté une excellente cuisine et avons eu la chance de demeurer avec le superbe peuple Maya pendant près d’un mois ; mais la pauvreté, la corruption et la destruction de l’environnement dont nous fûmes les témoins demeureront dans nos cœurs et nos esprits et ne pourront que nous propulser dans la bataille ici, à la maison, dans le ventre même de la bête.

Ils sont en train de tuer les pauvres, ils sont en train de tuer la Terre-Mère.

Ya Basta!

Résistance et renouveau politique: La 6ème déclaration zapatiste de la forêt de Lacandone (2005) ~ Suite et fin ~

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ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE. MEXIQUE

SIXIÈME DÉCLARATION DE LA FORÊT LACANDONE

Juin 2005

Source:
http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article204

1ère partie
2ème partie

 

  1. DE COMMENT NOUS VOYONS NOTRE PAYS, LE MEXIQUE

Nous allons parler maintenant de comment nous voyons ce qui se passe au Mexique, notre pays à nous. Alors, ce que nous voyons, c’est que notre pays est gouverné par les néolibéralistes. Autrement dit, comme nous l’avons expliqué auparavant, les gouvernants que nous avons sont en train de détruire ce qui est notre nation, notre patrie mexicaine. Et le travail de ces gouvernants n’est pas de veiller au bien-être du peuple, non, ils ne pensent qu’au bien-être des capitalistes. Par exemple, ils font des lois comme le traité de libre-échange qui plongent dans la misère beaucoup de Mexicains, aussi bien des paysans et des petits producteurs, parce qu’ils sont « mangés » par les grandes entreprises de l’agro-industrie, que des ouvriers et des petits entrepreneurs, parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les grandes entreprises multinationales, qui s’installent sans que personne ne s’y oppose – et il y en a même qui leur disent merci – et qui imposent leurs bas salaires et leurs prix élevés. Alors, certaines des bases économiques, comme on dit, de notre Mexique, comme l’agriculture et l’industrie ou le commerce national, sont sacrément détruites et il ne reste d’elles que des ruines qui vont sûrement être vendues aussi.

C’est un grand malheur pour notre patrie, parce que les campagnes ne produisent plus les aliments, mais uniquement ce que vendent les grands capitalistes, et que les bonnes terres sont volées par la ruse et avec la complicité des hommes politiques. Autrement dit, à la campagne, il se passe aujourd’hui la même chose que sous Porfirio, mais la seule différence c’est qu’au lieu d’hacendados, de grands propriétaires terriens, maintenant ce sont des entreprises étrangères qui foutent dans la merde les paysans. Et là où, avant, il y avait des crédits et des prix protégés, maintenant, il n’y a plus que des aumônes… Et parfois même pas.

Les travailleurs de la ville, eux, voient leurs usines fermer et perdent leur travail ou alors ils trouvent à leur place des maquiladoras, comme on les appelle, des usines-ateliers appartenant à l’étranger qui payent une misère pour beaucoup d’heures de travail. Et alors le prix des produits dont a besoin le peuple n’a plus aucune importance, parce que, que ce soit cher ou pas, de toute façon la paye ne suffit pas. Si avant quelqu’un travaillait dans une petite ou moyenne entreprise, c’est fini, parce qu’elle a fermé et que c’est une multinationale qui l’a achetée. Et si avant quelqu’un avait un petit commerce, lui aussi a disparu ou alors il s’est mis à travailler clandestinement pour des grandes entreprises qui l’exploitent un maximum et qui font même travailler des enfants. Et si des travailleurs étaient dans un syndicat pour revendiquer légalement leurs droits, c’est fini, le syndicat lui-même leur dit qu’il faut retrousser ses manches et accepter de baisser les salaires ou de diminuer la journée de travail ou de perdre la protection sociale parce que, sinon, l’entreprise va fermer et va partir s’installer dans un autre pays. Et après, il y aussi cette histoire du microchangarro, « les petits métiers », qui est une sorte de programme économique du gouvernement pour que tous les travailleurs de la ville se mettent à vendre du chewing-gum ou des cartes de téléphone aux coins des rues. C’est-à-dire que dans les villes aussi, c’est la ruine économique totale.

Et alors ce qui se passe, c’est que l’économie du peuple est tellement patraque, à la ville comme à la campagne, que beaucoup de Mexicains et de Mexicaines doivent abandonner leur patrie, leur terre mexicaine, pour aller chercher du travail dans un autre pays, comme les États-Unis, et que là-bas ils ne sont pas mieux traités, parce qu’on les exploite, on les persécute, on les méprise et même ils se font tuer.

Alors, avec le néolibéralisme que nous imposent ceux du mauvais gouvernement, l’économie ne s’est pas améliorée, sinon tout le contraire. Les campagnes sont très pauvres et en ville il n’y a pas de travail. Ce qui se passe, en fait, c’est que le Mexique n’est plus que le pays où naissent, durent un moment et puis après, meurent, ceux qui travaillent pour enrichir des étrangers, principalement des gringos riches. C’est pour ça que nous disons que le Mexique est dominé par les États-Unis.

Mais il n’y a pas que ça qui se passe. Le néolibéralisme a aussi transformé la classe politique mexicaine, autrement dit les hommes politiques, parce qu’il a fait d’eux des employés de grand magasin qui doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour tout vendre et vendre au rabais. Vous avez vu comment ils ont changé les lois pour supprimer l’article 27 de la Constitution pour pouvoir vendre les terres communales et celles des ejidos. C’est Salinas de Gortari qui l’a fait ; lui et sa bande prétendaient que c’était pour le bien de l’agriculture et des paysans et que, comme ça, on allait prospérer et vivre mieux. C’est ça qui s’est passé ? Mon œil ! Les campagnes mexicaines sont plus pauvres que jamais et les paysans plus dans la merde que sous Porfirio. Les mêmes avaient aussi dit qu’ils allaient privatiser, autrement dit vendre à l’étranger, les entreprises qui appartiennent à l’État pour améliorer le sort du peuple, sous prétexte qu’il fallait les moderniser et que le mieux, c’était de les vendre. Mais au lieu de s’être amélioré, le système de protection sociale qui avait été acquis de haute lutte avec la révolution de 1910 fait aujourd’hui peine à voir… Ou même honte. Les mêmes avaient aussi dit qu’il fallait ouvrir les frontières pour laisser entrer tout le capital de l’étranger, pour que les patrons mexicains retroussent leurs manches et fassent un peu mieux les choses. Mais aujourd’hui, ce qu’on voit c’est qu’il n’y a plus d’entreprises mexicaines, elles ont toutes été avalées par des étrangers, et que ce qui se vend est pire que ce qu’on fabriquait avant au Mexique.

Et maintenant les hommes politiques mexicains veulent aussi vendre la Pemex, autrement dit le pétrole des Mexicains. La seule différence, c’est qu’il y en a qui disent qu’ils vendront tout et d’autres qui disent qu’ils ne vendront qu’une partie. Et ils veulent aussi privatiser la sécurité sociale, et l’électricité, et l’eau, et les forêts, et tout, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien du Mexique et que notre pays devienne une sorte de terre en friche ou un parc d’attractions réservé aux riches du monde entier, et que les Mexicains et les Mexicaines ne soient plus que leurs domestiques, dépendant de ce qu’on veut bien leur donner, vivant mal, sans racines, sans culture, autrement dit sans patrie.

Autrement dit, les néolibéralistes veulent tuer le Mexique, notre chère patrie mexicaine. Et les partis politiques officiels non seulement ne la défendent pas, mais sont les premiers à se mettre au service de l’étranger, principalement des États-Unis. Ce sont eux qui se chargent de nous tromper et de nous faire regarder ailleurs pendant qu’ils vendent tout et gardent la paye pour eux. Nous disons bien tous les partis politiques officiels qui existent aujourd’hui, pas seulement l’un d’entre eux. Essayez de trouver s’ils ont fait quelque chose de bien et vous verrez que non. Ils n’ont fait que voler et mentir. Et vous verrez qu’eux ont toujours leurs belles maisons et leurs belles voitures et tout leur luxe. Et en plus ils voudraient qu’on leur dise merci et qu’on vote encore une fois pour eux. Il faut bien dire qu’ils n’ont pas honte, comme on dit. Ils n’ont pas honte tout simplement parce qu’ils n’ont pas de patrie, ils n’ont que des comptes en banque.

Nous voyons aussi que le narcotrafic et la criminalité n’ont pas cessé d’augmenter. Parfois nous pensons que les criminels sont comme dans les chansons ou dans les films et peut-être que certains sont comme ça, mais ce ne sont pas les vrais chefs. Les vrais chefs sont bien habillés, ils ont fait des études à l’étranger, ils sont élégants et ils ne se cachent pas. Non, ils mangent dans de bons restaurants et sortent tout beaux, tout propres et bien habillés dans leurs fêtes à la une des journaux, c’est comme dirait l’autre « des gens biens » et certains sont même au gouvernement ou sont députés, sénateurs, ministres, chefs d’entreprise prospères, chefs de la police ou généraux de l’armée.

Nous disons que la politique ne sert à rien ? Non, ce que nous voulons dire, c’est que CETTE politique-là ne vaut rien. Elle ne vaut rien parce qu’elle ne tient pas compte du peuple, qu’elle ne l’écoute pas, qu’elle ne pense pas à lui et parce qu’elle vient le trouver seulement en période d’élections – et ce n’est même pas les votes qui l’intéressent, avec les sondages pour savoir qui va gagner ça lui suffit. Et alors on a droit à plein de promesses. Et que je vais faire ça et puis ça aussi, promis juré. Mais après, il n’y a plus personne, sauf quand on apprend par le journal qu’ils ont volé plein d’argent et qu’on ne va rien leur faire parce que la loi, que ces mêmes hommes politiques ont faite, les protège.

Parce que ça aussi, c’est un problème. La Constitution est complètement manipulée et changée. Ce n’est plus celle où il y avait les droits et les libertés du peuple travailleur, c’est celle des droits et des libertés des néolibéralistes pour faire tous leurs profits. Les juges sont là uniquement pour servir ces néolibéralistes, parce qu’ils finissent toujours par trancher en leur faveur et que ceux qui ne sont pas riches n’ont droit qu’à l’injustice, à la prison et au cimetière.

Eh bien, en dépit de la grande lessive orchestrée par les néolibéralistes, il y a quand même des Mexicains et des Mexicaines qui s’organisent et résistent.

Et on s’aperçoit qu’il y a des indigènes, dans leurs terres reculées, ici, au Chiapas, qui s’organisent de manière autonome, défendent leur culture et protègent la terre, les forêts et l’eau.

Et il y a des travailleurs de la campagne, autrement dit des paysans, qui s’organisent et font des marches et des mobilisations pour demander des crédits et des aides pour la campagne.

Et il y a des travailleurs des villes qui refusent qu’on leur retire leurs droits ou que l’on privatise leur travail et ils protestent et manifestent pour ne pas perdre le peu qu’ils ont et pour que notre pays ne perde pas ce qui lui appartient, comme l’électricité, le pétrole, la sécurité sociale et l’éducation.

Et il y a des étudiants qui refusent que l’on privatise l’éducation et qui se battent pour qu’elle soit gratuite et populaire et scientifique, autrement dit, qu’elle ne soit pas payante, que tout le monde puisse apprendre et que dans les écoles on n’enseigne pas des stupidités.

Et il y a des femmes qui refusent de continuer à être traitées comme de simples potiches et d’être humiliées et méprisées sous le prétexte qu’elles sont femmes, et elles s’organisent et se battent pour obtenir le respect qu’elles méritent en tant que femmes.

Et il y a des jeunes qui refusent qu’on les abrutisse avec des drogues ou qu’on les persécute pour leur façon d’être et ils prennent conscience avec leur musique et leur culture, autrement dit avec leur rébellion.

Et il y a des homosexuels, des lesbiennes, des transsexuels et d’autres encore qui refusent qu’on se moque d’eux, qu’on les méprise, qu’on les maltraite et qu’on en arrive à leur ôter la vie simplement parce qu’ils ont une façon différente d’être, et qu’on les traite d’anormaux ou de délinquants, et ils créent leurs propres organisations pour défendre le droit à la différence.

Et il y a des prêtres et des bonnes sœurs et ceux que l’on appelle séculiers qui ne sont pas du côté des riches et qui ne se résignent pas à la simple prière, et ils s’organisent pour accompagner le peuple dans sa lutte.

Et il y a ceux que l’on appelle combattants sociaux, des femmes et des hommes qui ont passé toute leur vie à se battre pour le peuple exploité, qui ont participé aux grandes grèves et aux actions des ouvriers, aux grandes mobilisations des citoyens et aux grands mouvements paysans et qui ont été victimes d’une terrible répression, mais, en dépit de tout cela et bien que certains soient très vieux, ils continuent à ne pas se rendre. Et ils vont partout où est la lutte et ne cessent de chercher à s’organiser et à faire que justice soit rendue. Et ils créent des organisations de gauche, des organisations non gouvernementales, des organisations pour le respect des droits de l’être humain, des organisations pour la défense des prisonniers politiques et pour la réapparition des disparus. Et ils créent des publications de gauche, des organisations de professeurs ou d’étudiants. Autrement dit, ils participent à une lutte sociale. Et il y en a même qui créent des organisations politico-militaires. Tous ceux-là ne se tiennent pas tranquilles et ils en savent long, parce qu’ils ont vu, et entendu, et vécu beaucoup de choses, et qu’ils ont beaucoup lutté.

Alors, en général, nous, nous voyons que, dans notre pays, qui s’appelle le Mexique, il y a beaucoup de gens qui ne se laissent pas faire, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas. Autrement dit, qui sont dignes. Et cela nous réjouit et nous donne une certaine satisfaction, parce que avec tous ces gens ça ne va pas être si facile pour les néolibéralistes et peut-être que l’on parviendra même à sauver notre patrie des incroyables vols et de la destruction que les néolibéralistes ont entrepris. Et nous nous prenons à penser que ce serait bien si notre « nous autres » incluait toutes ces rébellions…

  1. CE QUE NOUS VOULONS FAIRE

Bien, alors maintenant nous allons vous dire ce que nous voudrions faire dans le monde et au Mexique, parce que nous sommes incapables de nous taire, sans plus, devant tout ce qui se passe sur cette planète, comme s’il n’y avait que nous qui étions là où nous en sommes.

Alors dans le monde, nous voulons dire à vous tous qui résistez et luttez à votre façon et dans votre pays que vous n’êtes pas seuls et que nous, les zapatistes, même si nous sommes tout petits, nous vous soutenons et nous allons chercher un moyen de vous aider dans vos luttes et de parler avec vous pour apprendre, parce que s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est à apprendre.

Et nous voulons dire aux peuples latino-américains que nous sommes fiers d’être des leurs, même si nous n’en sommes qu’une petite partie. Et que nous nous rappelons parfaitement comment ce continent s’est illuminé, il y a des années de cela, et qu’une lumière s’appelait Che Guevara, comme auparavant elle s’était appelée Bolivar, parce que parfois les peuples se saisissent d’un nom pour dire qu’ils se saisissent d’un étendard.

Et nous voulons dire au peuple de Cuba, qui résiste depuis si longtemps sur son chemin, qu’il n’est pas seul et que nous ne sommes pas d’accord avec le blocus dont il est victime et que nous allons chercher un moyen de lui envoyer quelque chose, même si ce n’est que du maïs, pour l’aider à résister. Et nous voulons dire au peuple nord-américain que nous ne sommes pas naïfs et que nous savons que leurs mauvais gouvernements sont une chose, et que les Nord-Américains qui luttent dans leur pays et se solidarisent avec les luttes d’autres pays sont une chose très différente. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs Mapuche du Chili que nous connaissons leur lutte et que nous apprenons d’elle. Et à ceux et celles du Venezuela que nous trouvons que c’est bien la manière dont ils défendent leur souveraineté, autrement dit le droit de leur nation à décider du chemin qu’elle veut emprunter. Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs indigènes d’Équateur et de Bolivie qu’ils sont en train de donner une belle leçon d’histoire, à nous et à l’Amérique latine tout entière, parce que pour une fois on parvient à stopper la mondialisation néolibérale. Et nous voulons dire aux piqueteros et aux jeunes d’Argentine, simplement, que nous les aimons. Et à ceux d’Uruguay qui veulent un meilleur pays que nous les admirons. Et à ceux qui sont sans terre au Brésil que nous les respectons. Et à tous les jeunes d’Amérique latine que ce qu’ils font est très bien et qu’ils nous donnent beaucoup d’espoir.

Et nous voulons dire aux frères et aux sœurs de l’Europe sociale, autrement dit l’Europe digne et rebelle, qu’ils ne sont pas seuls. Que nous nous réjouissons de leurs grands mouvements contre les guerres néolibérales. Que nous observons attentivement leurs formes d’organisation et leurs formes de lutte pour en apprendre éventuellement quelque chose. Que nous cherchons un moyen de soutenir leurs luttes et que nous n’allons pas leur envoyer des euros, pour qu’après ils soient dévalués à cause de l’effondrement de l’Union européenne, mais que nous allons peut-être leur envoyer de l’artisanat et du café, pour qu’ils les commercialisent et en tirent quelque chose pour les aider dans leurs luttes. Et que peut-être que nous leur enverrons du pozole, ça donne des forces pour résister, mais qu’après tout il est possible que nous ne le leur envoyions pas, parce que le pozole c’est quelque chose bien de chez nous et qu’il ne manquerait plus qu’ils attrapent mal au ventre et qu’après, leurs luttes s’en ressentent et qu’ils soient vaincus par les néolibéralistes.

Et nous voulons dire aux frères et sœurs d’Afrique, d’Asie et d’Océanie que nous savons qu’eux aussi luttent et que nous voulons en savoir plus sur leurs idées et sur leurs pratiques.

Et nous voulons dire au monde que nous voulons le faire plus grand, si grand que puissent y avoir leur place tous les mondes qui résistent parce que les néolibéralistes veulent les détruire et qu’ils ne se laissent pas faire mais luttent pour l’humanité.

Alors, au Mexique, nous voulons arriver à un accord avec des personnes et des organisations de gauche, uniquement, parce que nous pensons que ce n’est qu’au sein de la gauche politique que l’on trouve la volonté de résister à la mondialisation néolibérale et de construire un pays où tout le monde jouisse de la justice, de la démocratie et de la liberté. Et non comme maintenant où la justice n’existe que pour les riches, où la liberté n’existe que pour leurs grands négoces et où la démocratie n’existe que pour couvrir les murs de propagande électorale. Et aussi parce que nous pensons que c’est uniquement de la gauche que peut surgir un plan de lutte pour que notre patrie, c’est-à-dire le Mexique, ne meure pas.

Et alors, ce à quoi nous avons pensé, c’est de dresser avec ces personnes et organisations de gauche un plan pour aller partout au Mexique où il y a des gens humbles et simples comme nous.

Et nous n’allons pas aller leur dire ce qu’ils doivent faire, autrement dit leur donner des ordres.

Nous n’allons pas non plus leur demander de voter pour tel ou tel candidat, nous savons parfaitement qu’ils sont tous partisans du néolibéralisme.

Nous n’allons pas non plus leur dire qu’ils fassent comme nous ou qu’ils prennent les armes.

Non, ce que nous allons faire, c’est leur demander comment ils vivent, comment est leur lutte, ce qu’ils pensent de notre pays et comment faire ensemble pour ne pas être vaincus.

Ce que nous allons faire, c’est aller chercher la pensée des gens simples et humbles comme nous et peut-être que nous y trouverons le même amour que nous ressentons pour notre pays.

Et peut-être allons-nous trouver un accord entre gens simples et humbles, et ensemble nous organiser dans tout le pays et faire concorder nos luttes, qui restent isolées, loin les unes des autres, et trouver une sorte de programme qui réunisse ce que tout le monde veut, et un plan de ce que nous ferons, et comment, pour que ce programme, appelé « programme national de lutte », se réalise.

Et alors, en accord avec la majorité des gens que nous allons écouter, eh bien, nous pourrions faire une lutte de tout le monde : des indigènes, des ouvriers, des paysans, des étudiants, des professeurs, des employés, des femmes, des enfants, des anciens et des hommes et avec toutes les personnes au cœur bon qui auront envie de lutter pour que ne soit pas détruit et vendu notre pays, qu’on appelle « le Mexique » et qui va du Rio Bravo au Rio Suchiate et qui est bordé, d’un côté, par l’océan Pacifique, et de l’autre, par l’océan Atlantique.

  1. COMMENT NOUS ALLONS LE FAIRE

Alors voici notre parole simple, qui s’adresse aux gens humbles et simples du Mexique et du monde et que nous appelons en cette occasion :

Sixième Déclaration de la forêt Lacandone

Et nous voici venus pour dire, avec notre parole simple, que…

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant le maintien du cessez-le-feu offensif et elle ne lancera aucune attaque contre les forces gouvernementales et n’effectuera aucun mouvement de troupes offensif.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la poursuite de ses activités dans le cadre de la lutte politique, avec l’initiative pacifique actuelle. Par conséquent, l’EZLN maintient sa volonté de n’entretenir aucune sorte de relation secrète avec des organisations politico-militaires mexicaines ou d’autres pays.

L’EZLN renouvelle ses engagements concernant la défense, le soutien et l’obéissance aux communautés indigènes zapatistes qui la constituent ainsi qu’à leur commandement suprême, et, sans interférer avec leurs méthodes démocratiques internes et dans la mesure de ses possibilités, elle contribuera au renforcement de leur autonomie, de leur bon gouvernement et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Autrement dit, ce que nous allons faire au Mexique et dans le monde, nous le ferons sans armes, dans le cadre d’un mouvement civil et pacifique, et sans négliger ni cesser de soutenir nos communautés.

Par conséquent…

Dans le monde…

  1. Nous établirons plus de relations respectueuses et de soutiens mutuels avec des personnes et des organisations qui résistent et luttent contre le néolibéralisme et pour l’humanité.
  2. Dans la mesure de nos possibilités, nous fournirons des aides matérielles, des aliments et de l’artisanat aux frères et sœurs qui luttent dans le monde entier.

Pour commencer, nous allons demander au conseil de bon gouvernement de La Realidad de nous prêter le camion baptisé « Chompiras », d’une capacité d’environ 8 tonnes, et nous allons le remplir de maïs et si possible de deux bidons de 200 litres chacun rempli d’essence ou de pétrole, selon les besoins, que nous allons livrer à l’ambassade de Cuba à Mexico, pour qu’elle le fasse parvenir au peuple cubain en tant que soutien des zapatistes à sa résistance au blocus nord-américain. Mais s’il y avait un endroit plus près où livrer, ce ne serait pas plus mal, parce qu’il faut toujours aller jusqu’à Mexico qui est bien loin et il n’est pas impossible que « Chompiras » rende l’âme et alors on n’en mènerait pas large. Et de toute façon, ce ne serait pas avant la récolte et si on ne nous attaque pas, parce que tout est encore vert dans la milpa et que si nous l’envoyons maintenant, ce sera de l’elote qui n’arriverait pas en bonnes conditions, même sous forme de tamales. Ce serait mieux en novembre ou en octobre, au choix.

Et nous allons aussi nous mettre d’accord avec des coopératives d’artisanat de femmes pour pouvoir envoyer une bonne cargaison de vêtements brodés aux Europes, qui ne seront peut-être plus une Union, et peut-être aussi du café écologique des coopératives zapatistes, pour les vendre et avoir un peu de sous pour leur lutte. Et si cela ne se vend pas, ils pourront toujours se faire un petit café et causer de la lutte antinéolibérale, et s’il fait froid, ils pourront mettre les vêtements brodés zapatistes, qui résistent parfaitement au lavage à la main et à la pierre, et qui ne déteignent pas, en plus.

Et nous allons aussi envoyer aux frères et sœurs indigènes de Bolivie et d’Équateur un peu de maïs non transgénique. Il y a juste que nous ne savons pas où le livrer pour qu’il arrive en de bonnes mains, mais nous aimerions vraiment fournir cette petite aide.

  1. Et nous disons à tous ceux et à toutes celles qui résistent dans le monde entier qu’il faut organiser d’autres rencontres intercontinentales, même si ce n’est qu’une seule de plus. En décembre ou en janvier prochain, peut-être, il faudrait y penser. Nous ne voulons pas fixer de date, parce qu’il s’agit de faire les choses en se mettant tous d’accord sur où, comment et qui. Mais il ne faudrait pas que ce soit ce genre de rencontre avec estrades où il n’y en a que quelques-uns qui parlent pendant que les autres écoutent, mais une rencontre sans formalités, tout le monde sur le même plan et tout le monde parle. Avec un peu d’ordre quand même, parce que, sinon, c’est rien que du bruit et on ne comprend rien à ce qui est dit, alors qu’avec un peu d’organisation tout le monde écoute et peut prendre note des paroles de résistance des autres pour pouvoir les rapporter à leurs compañeros et compañeras dans leur propre monde. Et nous avons pensé que ça pourrait se faire dans un endroit où il y a une grande prison, pour le cas où il y aurait de la répression et qu’on nous emprisonne et, comme ça, nous ne serions pas entassés les uns sur les autres. En prison, soit, mais bien organisés, et nous pourrions continuer en prison la rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Alors, plus loin nous allons vous dire comment faire pour nous mettre d’accord sur la manière de se mettre d’accord. Enfin, en tout cas, c’est comme ça que nous pensons faire ce que nous voulons faire dans le monde. Mais d’abord…

Au Mexique…

  1. Nous allons continuer à lutter pour les peuples indiens du Mexique, et plus seulement pour eux ni rien qu’avec eux, mais aussi pour tous les exploités et les dépossédés du Mexique, avec eux tous et dans l’ensemble du pays. Et quand nous parlons de tous les exploités du Mexique, nous parlons aussi des frères et sœurs qui ont dû partir aux États-Unis chercher du travail pour pouvoir survivre.
  2. Nous allons aller écouter et parler directement, sans intermédiaires ni médiations, avec les gens simples et humbles du peuple mexicain et, en fonction de ce que nous entendrons et apprendrons, nous élaborerons, avec ces gens qui sont, comme nous, humbles et simples, un programme national de lutte. Mais un programme qui soit clairement de gauche, autrement dit anticapitaliste et antinéolibéral, autrement dit pour la justice, la démocratie et la liberté pour le peuple mexicain.
  3. Nous allons essayer de construire ou de reconstruire une autre façon de faire de la politique, une façon qui renoue avec l’esprit de servir les autres, sans intérêts matériels et avec sacrifice, en consacrant son temps et avec honnêteté, en respectant la parole donnée et avec pour seule paye la satisfaction du devoir accompli. Autrement dit, comme le faisaient auparavant les militants de gauche que rien n’arrêtait, ni les coups, ni la prison, ni la mort, et encore moins des dollars.
  4. Nous allons aussi essayer de faire démarrer une lutte pour exiger une nouvelle Constitution, autrement dit des nouvelles lois qui prennent en compte les exigences du peuple mexicain, à savoir : logement, terre, travail, alimentation, santé, éducation, information, culture, indépendance, démocratie, justice, liberté et paix. Une nouvelle Constitution qui reconnaisse les droits et libertés du peuple et qui défende le faible contre le puissant.

DANS CE BUT…

L’EZLN enverra une délégation de sa direction pour accomplir cette tâche sur l’ensemble du territoire mexicain et pour une durée indéterminée. Cette délégation zapatiste se rendra aux endroits où elle sera expressément invitée, en compagnie des organisations et des personnes de gauche qui auront souscrit à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

Nous informons à l’avance que l’EZLN mènera une politique d’alliances avec des organisations et des mouvements non électoralistes qui se définissent, en théorie et en pratique, comme des mouvements et organisations de gauche, aux conditions suivantes :

Non à des accords conclus en haut pour imposer en bas, mais oui à la conclusion d’accords pour aller ensemble écouter et organiser l’indignation ; non à la création de mouvements qui soient ensuite négociés dans le dos de ceux qui y participent, mais oui à toujours tenir compte de l’opinion des participants ; non à la recherche de récompenses, de promotion, d’avantages, de postes publics, du pouvoir ou de qui aspire au pouvoir, mais oui à outrepasser les calendriers des élections ; non à la tentative de résoudre d’en haut les problèmes de notre pays, mais oui à la construction PAR LE BAS ET POUR EN BAS d’une alternative à la destruction néolibérale, une alternative de gauche pour le Mexique.

Oui au respect réciproque de l’autonomie et de l’indépendance d’organisations, à leurs formes de lutte, à leur façon de s’organiser, à leurs méthodes internes de prises de décision, à leurs représentations légitimes, à leurs aspirations et à leurs exigences ; et oui à un engagement clair et net de défense conjointe et coordonnée de notre souveraineté nationale, par conséquent avec une opposition sans concessions aux tentatives de privatisation de l’énergie électrique, du pétrole, de l’eau et des ressources naturelles.

Autrement dit, nous invitons comme qui dirait les organisations politiques et sociales de gauche qui ne sont pas officiellement déclarées et les personnes qui se revendiquent de gauche sans appartenir aux partis politiques officiels à nous réunir, au moment, à l’endroit et de la manière que nous leur proposerons en son temps, afin d’organiser une campagne nationale, en parcourant tous les lieux même les plus reculés de notre patrie, pour écouter et organiser la parole de notre peuple. Alors, c’est comme une campagne, mais bien différente parce qu’elle n’est pas électorale.

Frères et sœurs,

Voici notre parole. Nous disons :

Dans le monde, nous allons davantage fraterniser avec les luttes de résistance contre le néolibéralisme et pour l’humanité.

Et nous allons soutenir, même si ce n’est qu’un petit peu, ces luttes.

Et nous allons échanger dans un respect mutuel expériences, histoires, idées et rêves.

Au Mexique, nous allons parcourir l’ensemble du pays, au milieu des décombres qu’a semés la guerre néolibérale et parmi les résistances, retranchées, qui y fleurissent.

Nous allons chercher, et trouver, des gens qui aiment ces terres et ces cieux au moins autant que nous.

Nous allons chercher, de La Realidad à Tijuana, des gens qui veulent organiser et lutter et construire, qui sait, le dernier espoir que cette nation, qui existe au moins depuis le jour où un aigle s’est posé sur un nopal pour y dévorer un serpent, ne meure pas.

Nous invitons les indigènes, les ouvriers, les paysans, les professeurs, les étudiants, les ménagères, les habitants des quartiers, les petits propriétaires, les petits commerçants, les micro-chefs d’entreprise, les retraités, les handicapés, les prêtres et les bonnes sœurs, les chercheurs, les artistes, les intellectuels, les jeunes, les femmes, les vieillards, les homosexuels, les lesbiennes et les enfants, garçons et filles, à participer directement, de manière individuelle ou collective, à la construction d’une autre façon de faire de la politique et d’un programme de lutte national et de gauche, et à lutter pour une nouvelle Constitution.

Voilà quelle est notre parole pour dire ce que nous allons faire et comment nous allons le faire. Elle est à votre disposition, si cela vous intéresse.

Et nous voulons dire aux hommes et aux femmes à la pensée bonne dans leur cœur, qui seraient d’accord avec cette parole que nous donnons, de ne pas avoir peur ou, s’ils ont peur, de se dominer et de dire publiquement s’ils sont d’accord avec cette idée que nous lançons. Comme ça, on verra enfin une fois pour toutes avec qui, où, quand et comment va être franchi ce nouveau pas dans la lutte.

Pendant que vous y réfléchissez, sachez que, en ce sixième mois de l’an 2005, nous, les hommes, les femmes, les enfants et les anciens de l’Armée zapatiste de libération nationale, nous avons déjà pris notre décision et que nous souscrivons à cette Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, et qu’elle a été contresignée par ceux qui savaient signer et que ceux qui ne savaient pas ont mis leurs empreintes, bien qu’il y ait moins de personnes maintenant qui ne savent pas, parce qu’une éducation a pu être donnée ici, dans ce territoire en rébellion pour l’humanité et contre le néolibéralisme, autrement dit sous les cieux et sur les terres zapatistes.

Voilà quelle a été notre parole simple s’adressant aux cœurs nobles des gens simples et humbles qui résistent et se rebellent contre l’injustice dans le monde entier.

DÉMOCRATIE ! 
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Des montagnes du Sud-Est mexicain. 
Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique, en ce sixième mois, autrement dit en juin, de l’an 2005.

Traduit du castillan par Angel Caído, compañero que nous remercions chaleureusement.

P.-S.

Brochure de la Sixième déclaration de la forêt Lacandone

Résistance politique: Au Mexique les parents des étudiants disparus hurlent leur non confiance en l’état et son gouvernement…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 7 décembre 2014 by Résistance 71

La solution est en marche… partout ! Il faut être du bon côté de l’histoire…

— Résistance 71 —

 

Dans le Mexique d’Ayotzinapa: quand le monde d’en-haut s’effondre, écouter les voix d’en-bas

 

Jérôme Baschet

 

4 décembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Dans-le-Mexique-d-Ayotzinapa-quand

 

 

« Vous avez entendu ? 
C’est le bruit de leur monde qui s’écroule, 
c’est celui du nôtre qui resurgit. » 
Communiqué de l’EZLN, 21 décembre 2012.

Depuis deux mois, la situation au Mexique — où les massacres, les disparitions forcées et la violence massive de la supposée « guerre contre le narco » n’ont pourtant rien d’inédit — est devenue littéralement intenable. L’atrocité d’Iguala est connue de tous. Dans la nuit du 26 au 27 septembre dernier, les policiers de la troisième ville de l’État du Guerrero tirent en rafales sur plusieurs autobus transportant des étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa (et, dans la confusion, sur un autre où voyageait une équipe de football juvénile), faisant de nombreux blessés graves et tuant six jeunes gens — l’un d’eux retrouvé torturé, les yeux et la peau du visage arrachés —, tandis qu’une seconde attaque, perpétrée au moment où les survivants tentaient d’informer des journalistes locaux, mène à la disparition de quarante-trois étudiants, conduits au poste de police, jetés dans des camionnettes officielles, puis remis aux sicaires du cartel « Guerreros Unidos », sans qu’on sache, de manière absolument certaine, ce qu’ils sont devenus depuis. Le tout ordonné par José Luis Abarca, le maire de la ville, semble-t-il parce qu’il craignait que les étudiants ne viennent perturber les festivités devant marquer le lancement de la campagne municipale de son épouse, par ailleurs réputée être la principale opératrice des « Guerreros Unidos » à Iguala. Plongeant à cœur blessé dans l’horreur de la nuit d’Iguala, des millions de Mexicains se retrouvent immergés dans une douleur et une colère qui ne s’apaisent pas.

Depuis, pas un jour ne passe sans apporter d’autres nouvelles qui amplifient encore le gouffre sans fond qu’Iguala a commencé à révéler aux yeux de tous. En cherchant les étudiants, des dizaines de fosses sont découvertes. Ce ne sont pas les étudiants, mais qui alors ? Au fil des semaines, Mexico se transforme en un immense cimetière clandestin. À chaque matin, la même litanie : Seigneur procureur, donnez-nous notre fosse quotidienne… Pas un jour de trêve, pour penser que les choses pourraient « rentrer dans l’ordre ». Il n’y a plus d’ordre qui tienne.

Quelques fragments de ce calendrier maudit :

– 22 novembre (juste pour se distraire un peu) : on apprend le limogeage du général en charge de la sécurité du président de la République, second dans la hiérarchie de l’état-major présidentiel, lequel, au moment où les portes du Palais national étaient en feu, est sorti en apparent état d’ébriété, affrontant seul les manifestants et agressant des journalistes présents (Proceso, 22 novembre 2014).

– 26 novembre : les médias évoquent un enlèvement massif de trente et un collégiens à Cocula, en plein jour, sur la place centrale de cette bourgade limitrophe d’Iguala, réalisée par des hommes fortement armés, circulant dans des véhicules de la police municipale. Le directeur du collège affirme n’avoir rien remarqué. Les faits ne sont, à ce jour, ni confirmés ni infirmés, mais, à cette occasion, on apprend que deux autres enlèvements massifs ont bien eu lieu à Cocula : quatorze jeunes en mars 2013, dix-sept autres en juillet 2013, probablement utilisés comme esclaves dans les plantations de marijuana et de pavot (qui ont dupliqué leur extension dans la région au cours des dernières années). Tout cela sans susciter de réaction de la part des autorités.

– 26 novembre encore : le Secretario de Gobernación (ministre en charge de la sécurité et de la politique intérieures) indique que quarante mille policiers ont échoué aux « tests de confiance » réalisés au niveau national et reconnaît qu’ils sont toujours en service alors qu’ils auraient dû être limogés. Il y a donc quarante mille dangers publics en uniforme dans le pays.

– 28 novembre : un étudiant est « séquestré » à la sortie de l’Université nationale autonome du Mexique, embarqué dans une voiture particulière, avec force violence et sans explication. On le frappe et on le menace, pistolet sur la tempe, de le violer, de le faire disparaître comme ceux d’Ayotzinapa. Il se retrouve à la Direction spéciale des enquêtes sur la délinquance organisée, puis est relâché, une vidéo de son arrestation ayant été diffusée immédiatement.

– 28 novembre encore : des militaires armés font irruption dans l’Université autonome de Coahuila, cherchant à identifier les étudiants et enseignants ayant participé à la manifestation du 20 novembre. Le commandement de la XIe Région militaire doit reconnaître qu’il s’agit d’une « erreur », commise par un officier de rang intermédiaire « ayant agi de sa propre initiative ».

– 29 novembre : onze corps décapités sont retrouvés sur le bord d’une route, dans l’État du Guerrero (le lendemain, cinq autres calcinés).

On se débat ainsi, chaque jour, entre le comble de l’horreur, voué à être dépassé le lendemain, et la sensation de l’indignité, de l’aberration permanente, de l’insupportable. Absurdité d’un monde qui à force d’être retourné n’a plus ni envers ni endroit. Où plus rien, ou presque, ne tient debout.

Pas d’autre issue alors que de changer de calendrier et de géographie. Le 15 novembre, dans le caracol d’Oventic, a eu lieu une rencontre entre l’EZLN et les parents des étudiants assassinés et disparus d’Ayotzinapa, qui ont formé trois caravanes pour sillonner le pays. Prévenus de leur arrivée quelques heures auparavant, deux mille zapatistes des environs s’étaient rassemblés pour les accueillir, en compagnie du sous-commandant Moisés et du commandant Tacho. Tous étaient là pour les recevoir, les bras ouverts, « avec tout leur cœur, pour écouter leur douleur et leur colère ». Il ne devrait pas être exagéré d’affirmer que cette rencontre est d’une grande importance. Cela ressort des fortes paroles prononcées par Moisés, au nom du commandement général de l’EZLN. Cela ressort des paroles des parents et des étudiants d’Ayotzinapa, en particulier lors d’une conférence de presse au cours de laquelle ils ont pris soin de préciser : « C’est nous qui avons voulu cette rencontre, non eux. »

Ce qui donne sens à la rencontre d’Oventic, c’est d’abord l’écoute. Moisés l’a répété : les zapatistes étaient là pour écouter les parents d’Ayotzinapa, leur douleur et leur colère. Les écouter vraiment, elles et eux, sans se laisser distraire par d’autres paroles, qui parfois recouvrent les leurs, par tant d’autres actes qui se multiplient dans le Mexique surchauffé de ses dernières semaines, par d’autres slogans que certains profèrent avec des intentions parfois partisanes. Rien qu’elles et eux, avec leurs exigences « simples et claires » : l’apparition en vie de tous les disparus, le châtiment de tous les coupables à quelque niveau que ce soit, les mesures nécessaires pour qu’une telle horreur ne se répète jamais. Écouter vraiment, cet art si difficile à apprendre, qui suppose de s’ouvrir et de faire une place à ce que l’autre tente de dire, sans le traduire immédiatement dans nos propres catégories où le ramener à notre propre point de vue. Les zapatistes étaient là pour écouter. Les parents d’Ayotzinapa se sont sentis écoutés, entendus, compris : « Ils nous ont écoutés avec attention et ont embrassé notre colère. »

Écouter, c’est parfois aussi se reconnaître. Les zapatistes ont expliqué qu’ils comprenaient la douleur et la colère des parents, parce qu’ils la connaissaient. Ils l’avaient manifesté, le 8 octobre, lors de leur marche à San Cristóbal de Las Casas, silencieuse et éloquente : « Votre douleur est notre douleur », « Nôtre est votre colère », répétaient leurs pancartes. Ils l’avaient montré, le 22 octobre, en allumant, comme ailleurs dans le pays, des milliers de bougies dans des centaines de villages, où personne d’autre qu’eux ne pouvaient le voir. Les zapatistes se reconnaissent dans la douleur et la colère des parents et des étudiants d’Ayotzinapa, parce qu’ils ont aussi leurs morts et leurs disparus. La douleur et la rage contenue par la dignité, c’est ce qu’ils ont éprouvé bien des fois et tout particulièrement le 2 mai dernier, lorsque le compañero et maestro Galeano, a été assassiné à La Realidad.

À Oventic, le 15 novembre, les parents d’Ayotzinapa et les zapatistes se sont reconnus chacun dans le miroir de l’autre, qui est différent mais semblable dans sa douleur et sa colère. Cela a été une vraie rencontre entre les douleurs d’en-bas, une embrassade véritable entre les dignités d’en-bas. Non pas une « alliance » ou un « pacte », comme l’ont dit certains médias, prompts à transcrire l’événement dans le pauvre vocabulaire des intrigues de pouvoir et des stratégies politiciennes. Juste la possibilité d’éprouver un lien véritable fait de présence sensible, de dignités qui se reconnaissent, de compréhension fondée sur l’écoute et la confiance. C’est tout. Et c’est énorme.

On peut alors reprendre, à la lumière de cette rencontre, l’effort pour comprendre ce qui se passe actuellement au Mexique. Le sous-commandant Moisés l’a souligné : « C’est vous, les parents et les compagnons des étudiants morts et disparus qui, par la force de votre douleur, de cette douleur convertie en rage digne et noble, qui avez fait en sorte que beaucoup, au Mexique et dans le monde, se réveillent, s’interrogent, posent des questions. » Non que l’horreur d’Iguala ait révélé des choses inédites, car l’ampleur de la corruption, la pénétration des organisations criminelles dans les structures de l’État, l’étendue de l’impunité sont de notoriété publique. La liste des massacres est longue, d’Aguas Blancas à San Fernando, en passant par Acteal, et le bilan de la supposée « guerre contre le narco » lancée par Felipe Calderón tristement connu : plus de cent mille morts et de vingt mille disparus. Certes, à Iguala, la terreur a-t-elle été particulièrement massive et accentuée, la fusion entre les autorités politiques, les forces de police et la délinquance organisée plus évidente encore qu’à l’accoutumée et l’identification avec les étudiants, victimes de l’agression, plus intimement ressentie (en partie aussi parce qu’elle est venue raviver le souvenir d’un autre massacre, celui du 2 octobre 1968, sur la place de Tlatelolco). Mais ce qui a largement contribué à faire la différence, c’est la détermination, l’entièreté, la solidarité organisée de la communauté formée par les parents et les étudiants d’Ayotzinapa, qui ont su entretenir au fil des semaines et faire croître, en même temps que leur parole, la mobilisation dans tout le pays (interviews, marches, actions presque quotidiennes dans le Guerrero, coordination nationale, caravanes, etc.).

Animés par leur douloureuse espérance et leur colère lucide, les parents et étudiants, non seulement suscitent la solidarité et l’empathie qu’exprime le cri jailli du cœur meurtri de centaines de milliers de personnes : « Vous n’êtes pas seuls ! » Par leur dignité si entière et leur implacable fermeté, ils ont aussi la puissance de dissoudre les apparences du jeu institutionnel. Or, si les institutions se retrouvent aussi nues que le roi, il n’en reste pas grand-chose. Deux moments ont été, à cet égard, particulièrement impressionnants. Le 29 octobre, les parents ont été reçus par le président de la République, dans sa résidence officielle, comme ils l’avaient exigé. Un rituel à haut risque, auquel de plus expérimentés qu’eux ont laissé bien des plumes. Soit que les autorités tentent d’étouffer une énergie trop revendicatrice par quelque aumône (celles du Guerrero avaient d’emblée tenté la manœuvre au prix de 6 000 euros par enfant assassiné ou disparu), soit simplement qu’elles profitent du cérémoniel institutionnel pour mettre leurs interlocuteurs en position d’infériorité et s’attribuer le beau rôle de qui consent, accorde, résout. Mais les parents d’Ayotzinapa n’ont rien cédé. Avec l’aplomb de leur simplicité et la force dévastatrice de leur douleur, ils ont su réduire à rien la pompe des lieux du pouvoir et ramener les hautes autorités de l’État à leur misère et à leur insignifiance. Interpellant sans crainte et réitérant leur absence de confiance, ils ont fait fi de tout formalisme, refusant finalement, à la surprise consternée de l’armada de ministres présents, de quitter la résidence présidentielle tant que son occupant n’aurait pas apposé sa signature au bas des engagements exigés.

Le 7 novembre, ce fut la grande conférence de presse du procureur de la République. Un fort montage destiné à frapper les esprits de sidération face à l’abjection, pour faire admettre l’hypothèse, jusqu’à aujourd’hui non confirmée, d’un bûcher qui durant quatorze heures aurait permis aux sicaires de réduire en cendre les corps d’une quarantaine d’étudiants. Le procureur pensait pouvoir considérer que sa tâche était achevée, et le travail bien fait. Pour beaucoup, sa présentation pouvait avoir quelque apparence de plausibilité. Las, les parents se sont obstinés à récuser cette version des faits. Ils en ont souligné les incohérences. Ils ont rappelé qu’elle n’est fondée que sur des aveux, dont on sait combien les autorités mexicaines sont habiles à les fabriquer. Pour eux, tant qu’il n’y aura pas de preuves irréfutables du contraire, leurs enfants seront vivants. Ils n’ont cessé de répéter que d’autres lignes d’enquête devaient être prises en compte, exigeant la poursuite de la recherche des jeunes gens en vie. Ainsi, le cri « vivants, ils les ont pris ; vivants, nous les voulons » a continué à résonner dans tout le Mexique. La « science » déployée par le procureur est restée sans prise ; la parole populaire a eu plus de force et l’a vaincue.

Que disent donc les parents d’Ayotzinapa aux autorités ? Tout simplement ceci : « Nous ne vous croyons pas ; nous ne croyons rien de ce que vous dites. » Cela ne concerne pas uniquement l’explication officielle des faits ni le seul procureur, dont il est avéré qu’il disposait, au moins depuis le mois d’avril, d’informations détaillées sur les agissements criminels du maire d’Iguala, de sorte qu’une action décidée contre celui-ci aurait permis d’éviter l’horreur du 26 septembre. La portée de l’énoncé est absolument générale : les institutions ne bénéficient d’aucune confiance. Et il ne s’agit plus seulement d’un sentiment vague, ressenti de longue date par beaucoup ; c’est désormais une parole explicite, publique, portée partout où vont les parents d’Ayotzinapa, et c’est une parole que des millions actualisent et prononcent avec eux et à travers eux. Ainsi, il suffit d’écouter vraiment la parole des parents pour entendre ce qui est en jeu dans le Mexique d’aujourd’hui.

Il y a un autre ingrédient encore : le révélateur qu’est l’horreur d’Iguala se combine avec l’affaire de l’invraisemblable « Maison blanche », construite et habitée par le couple présidentiel quoique enregistrée au nom d’une entreprise de travaux publics ayant bénéficié de dizaines de milliards de pesos de contrats durant les mandats d’Enrique Peña Nieto, comme gouverneur de l’État de Mexico puis comme président. Au lieu de se dissiper, les soupçons de conflit d’intérêt et de corruption ont été encore renforcés par la décision de se séparer de ladite maison, supposément en cours d’acquisition par la première dame, et par l’annulation en catastrophe, et diplomatiquement fort délicate, d’un mégacontrat pour la construction d’une ligne de TGV impliquant l’entreprise en question, aux côtés d’une société d’État chinoise. Au-delà des implications judiciaires qu’elle devrait avoir, cette affaire rappelle avec une clarté qui n’a jamais été aussi aveuglante l’existence de deux Mexique. Celui d’en-bas, qui résiste à la dépossession et qui, avec les parents d’Ayotzinapa — simples paysans, ainsi qu’ils se présentent eux-mêmes — pleure ses morts et cherche ses enfants disparus. Et celui d’en-haut, dont le président et son actrice d’épouse sont devenus la parfaite incarnation, avec leur maison style Holliday Inn à 7 millions de dollars, pour ne rien dire des autres demeures déclarées par Peña Nieto ou des appartements d’Angelica, dont l’un à Miami (estimé à 3 millions de dollars). Elle viendra alors devant les caméras, croyant faire pleurer dans les chaumières en jouant l’offensée, la femme honnête que l’on se permet de soupçonner et à qui l’on ose demander des comptes (mais aussitôt ridiculisée sur les réseaux sociaux, son intervention étant rebaptisée « la dernière telenovela Nous les riches, vous les prolos »). Elle expliquera au bon peuple avoir travaillé dur toute sa vie, afin de constituer un patrimoine pour ses enfants, oh oui si dur que, pour la seule année 2010, Televisa — la chaîne dont on dit qu’elle a « fait » président son mari — lui a versé 88 millions de pesos (7 millions de dollars), non sans lui faire don, de surcroît, d’une autre maison d’une valeur de 26 millions de pesos. Arrêtons ! C’est plus qu’il n’en faut pour signifier l’essence du pouvoir : la parfaite collusion des fonctions politiques, des milieux d’affaires et des grands médias. Certes, il semble encore manquer l’ingrédient du négoce illicite. Mais ce lien-là est suffisamment incarné par le maire d’Iguala qui, il y a deux mois encore, avait beaucoup d’amis haut placés et devait être donné en exemple d’une magnifique ascension sociale. Vue d’en-bas, l’obscénité est absolue. Entre les deux Mexique, l’écart est abyssal. N’est-ce pas alors ce qui peut encore rester de la nation qui vole en éclats, construction imaginaire pulvérisée par cette étrangeté radicale entre deux mondes, dont il devient patent qu’ils n’ont strictement rien en commun ?

Y a-t-il alors, ces temps-ci, au moins une institution qui se sauve du désastre ? Sûrement pas les partis, tous impliqués, à commencer par celui qui se prétendait de gauche, le Parti de la révolution démocratique, sous les couleurs duquel ont été élus le maire d’Iguala et le gouverneur du Guerrero (à ce jour unique fonctionnaire de haut rang à avoir été contraint à la démission), et dont l’implosion a été encore accélérée par la démission de Cuauhtémoc Cardenas, son fondateur et « leader moral ». Sûrement pas la justice, à commencer par la Cour suprême, dont les magistrats ont dû considérer que leurs plus récentes décisions, comme la libération des paramilitaires impliqués dans le massacre d’Acteal et le rejet d’une consultation populaire sur la réforme énergétique, méritaient récompense et n’ont pas hésiter à faire passer leurs salaires au-dessus de la barre des 500 000 pesos par mois, ce qui leur permet de percevoir à peu près en un jour ce que le salaire minimum permet de gagner en un an. Sûrement pas l’armée, au prise avec le scandale de Tlatlaya, où, en juin dernier, vingt-deux personnes ont été exécutés par des soldats, non pas durant un affrontement comme voulait le faire croire la version officielle, mais après qu’elles se sont rendues, comme l’a montré une enquête journalistique tardivement confirmée par la Commission nationale des droits de l’homme. De plus, une armée qui est amenée à déclarer que ses officiers intermédiaires agissent de leur propre initiative est-elle encore une armée ?

Ainsi, ce qui se révèle dans le présent contexte, c’est une véritable dissolution des institutions étatiques, dont la fermeté des parents d’Ayotzinapa est comme le vecteur. Le sol de la crédibilité et de la légitimité se dérobe sous les pieds de tous ceux qui incarnent les institutions. Le pouvoir est encore là, mais il apparaît sans fondement. La question est alors la suivante : que se passe-t-il lorsque les policiers, les juges, les hommes politiques sont vus tout bonnement comme des criminels et des voleurs, ou à tout le moins des menteurs et des incapables ? « Quand c’est le représentant du droit, politique, policier, juge, qui est passé dans le camp du crime et qui sert l’injustice », ainsi que le note un sociologue qui ne passe pas pour un agent de la déstabilisation révolutionnaire (Alain Touraine) ? Quand on ne parvient plus à distinguer l’État des mafias, comme le titre un journal qui ne passe pas pour une feuille de propagande militante (Le Monde) ?

C’est alors le moment d’un choix. Il y a ceux qui optent pour la politique d’en-haut et considèrent qu’il faut restaurer la crédibilité des institutions et refonder l’État de droit. Et il y a ceux qui pensent qu’une autre conception du politique est possible, et que, pour cela, il faut regarder en-bas. Les parents d’Ayotzinapa l’ont dit avec force à San Cristóbal de Las Casas : « Ceux dont on n’a plus besoin, ce sont les autorités gouvernementales et les institutions de l’État qui ont démontré une incompétence, une corruption et une impunité totales. Pour nous, ils ne servent plus à rien. » Et ils en tirent les conséquences, décidant de se livrer à une enquête indépendante et de prendre en main eux-mêmes la recherche de leurs enfants, quitte à se risquer dans des zones contrôlées par les narcos, où la police fédérale avoue ne pas oser s’aventurer. Quitte à s’armer pour le faire.

Si l’on ne croit plus dans les autorités, si elles sont en cours de dissolution, alors il s’agit de « faire par nous-mêmes », comme l’a exprimé l’un des étudiants rescapés de la nuit du 26 septembre, précisant que l’enjeu était bien plus profond que de savoir si Peña Nieto allait partir ou non. Faire par soi-même, c’est ce que les habitants du Guerrero entraînés dans la lutte par l’abjection d’Iguala tentent maintenant de mettre en œuvre. Le 29 novembre, cinq conseils municipaux populaires ont été mis en place, notamment à Acapulco, et une vingtaine d’autres devraient suivre. Une telle initiative peut s’appuyer sur une expérience importante dans l’État du Guerrero où ce qu’on appelle la « Police communautaire », notamment au sein de la Coordination régionale des autorités communautaires, a depuis près de vingt ans permis de protéger les régions concernées des trafiquants de drogue mais aussi de mettre en place des instances de justice et des formes d’organisation autonomes.

Nous gouverner nous-mêmes ? Comme l’ont dit les zapatistes, le 15 novembre à Oventic, « la transformation réelle ne sera pas un changement de gouvernement ; mais de relation, dans laquelle le peuple commande et le gouvernement obéit ». Il s’agit par-là de transformer radicalement la nature des tâches de gouvernement et la manière de les réaliser. Mais — et c’est sans doute ce que le « faire par nous-mêmes » exprime de manière particulièrement ample — la question des formes de gouvernement ne saurait être dissociée du fait, essentiel, qu’il s’agit d’organiser les formes de vie qui sont les nôtres, celles des communautés, celles qui permettent à tous de mener une vie digne.

Expliquant la formation des conseils municipaux populaires, l’un de ses promoteurs indique : « La politique n’est pas l’affaire de quelques-uns. Nous disons un non clair et net à la politique liée à l’État. Il y a un autre type de politique que nous pouvons appliquer nous-mêmes, la politique d’en-bas, celle des gens ordinaires » (La Jornada, 1er décembre 2014). Et cela, ajoute-t-il, répond à une impérative nécessité que chaque parent, chaque étudiant d’Ayotzinapa peut résumer de façon extrêmement simple : que jamais ne se reproduise ce qui s’est passé le 26 septembre, à Iguala.

Ce que les zapatistes avaient exprimé le 21 décembre 2012, le « jour de la fin du monde », semble trouver toute sa pertinence aujourd’hui. Il s’agit d’écouter le sens du moment que nous vivons, quand le monde du pouvoir se délite, tandis que le monde d’en-bas resurgit. Il dépend de nous d’entendre et de faire résonner la force de ce moment, de ne pas permettre que le monde d’en-haut, en s’effondrant, étouffe et détruise ce qui, en-bas, veut naître et grandir.

Le Pouvoir a fait disparaître les étudiants ; maintenant, c’est à lui de disparaître.

Résistance politique: Soutenir les Zapatistes du Chiapas, s’inspirer de leur lutte universelle et adapter la méthode…

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Si nous sommes tous des colonisés, nous ne sommes pas, bien évidemment, tous des « zapatistes », des amérindiens ou des peuples autochtones de nations sous domination coloniale directe. Le message de lutte est universel à tous les peuples. La réalité pratique se doit d’être adaptée à l’environnement géographique et socio-politique de chacun des peuples concernés. Inspirons-nous du Chiapas et créons le confédéralisme démocratique en contre-pouvoir efficace au marasme systémique ambiant et sclérosé.

— Résistance 71 —

 

Chiapas

 

Alternative Libertaire

 

22 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.alternativelibertaire.org/?Chiapas

 

Une compilation d’articles et de communiqués, ainsi que sur les luttes politiques au Mexique et des peuples indigènes du continent sud-américain. En rejoignant la « Sexta » des Zapatistes, Alternative libertaire entend défendre l’autonomie des peuples et les expériences d’auto-organisation et d’autogestion.

Le soulèvement

Le soulèvement zapatiste du 1er janvier 1994 a permis de mettre en lumière des problématiques sociales et politiques propres aux peuples indigènes, du Mexique comme d’ailleurs. Usage du territoire, représentation politique, perte des cultures, discrimination raciale, ces thèmes se sont retrouvés sur le devant de la scène mexicaine et internationale, et le soulèvement a provoqué ou renforcé de nombreux autres mouvements indigènes, ainsi que suscité une grande vague de solidarité internationale.

Les relations développées avec la société civile mexicaine et internationale, ainsi que l’intense préparation politique des zapatistes pendant les dix ans précédents le soulèvement, ont débouché sur un mouvement avec une forte capacité organisationnelle, un large soutien populaire, et un discours inspirateur pour de nombreuses luttes. Le discours anticapitaliste, les pratiques horizontales, les revendications d’autonomie, ont participé entre autres à populariser ce mouvement dans les milieux libertaires du monde entier.

Le but n‘est pas de retracer ici l’histoire du mouvement, mais de voir où il se situe aujourd’hui et ce qu’il peut nous apporter dans nos luttes.

Un nouveau cycle du mouvement zapatiste

Dès la fin des combats de 1994, l’EZLN à tissé des liens avec la société civile mexicaine et les mouvements altermondialistes au travers des marches du Chiapas jusqu’à Mexico ou de rencontres internationales sur leur territoire. Dans le même temps les zapatistes ont organisé leur autonomie dans les « territoires récupérés » lors de l’insurrection. Après deux années d’intense travail avec la société civile mexicaine et internationale (autour de la 6ème déclaration) en 2006 et 2007, ils et elles se sont concentré-e-s sur le développement de leurs capacités productives, politiques, sociales.

Vous êtes en territoire rebelle zapatiste. Ici le peuple commande et le gouvernement obéit.

Le « pouvoir » de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) a été transmis à des instances civiles, les Juntas de buen gobierno (conseils de bon gouvernement), et de nombreux projets d’éducation, de santé, d’agriculture, de communication ont été mis en place ou renforcés. Les conditions de vie des communautés zapatistes se sont améliorées, malgré la répression constante du mouvement de la part des gouvernements local et fédéral. Les médias et nombre de mouvements politiques hostiles aux zapatistes ont profité de ce moment de moindre visibilité pour déclarer la disparition du mouvement. Mais le déclenchement d’une nouvelle phase de mobilisation depuis décembre 2012 leur a donné tort.

Le 21 Décembre 2012, environ 40.000 bases de apoyo (bases de soutien) zapatistes ont défilé silencieusement dans les cinq villes que l’EZLN avait prises par les armes le 1er janvier 1994. Le communiqué émis ce jour-là disait seulement « VOUS AVEZ ENTENDU ? C’est le son de votre monde en train de s’effondrer, C’est celui du notre qui resurgit. Le jour qui fut jour, était nuit, Et nuit sera le jour qui sera le jour. ».

Quelques jours après, l’EZLN a commencé à émettre des communiqués à un rythme soutenu, expliquant le relatif silence des années précédentes et la volonté de reprendre le travail de communication national et international, la nomination d’un nouveau subcomandante, et l’entrée dans une nouvelle phase de leur mouvement : « le temps du oui ». C’est-à-dire une phase de construction active d’une autre société et non plus de simple opposition ou résistance à la société existante. Puis, détaillant les premières étapes de cette nouvelle phase : 
 la escuelita (petite école), sorte d’université populaire organisée par les zapatistes dans leurs communautés depuis août 2013 jusqu’au début 2014 pour partager leur expérience avec des individu-e-s et des organisations sociales nationales et internationales qui les soutiennent. 
 la reprise d’un travail unitaire avec d’autres mouvements indigènes mexicains, notamment au travers de la Catedra Tata Juan Chavez des 17 et 18 août 2013.

Le moment d’entrée dans cette nouvelle phase de mobilisation répond à un contexte particulier.

D’une part, la généralisation de la violence. Le Mexique est devenu ces dernières années l’un des pays les plus violents au monde, avec le déclenchement de la « guerre contre le narcotrafic » sous le mandat du président Calderón (2006-2012) du PAN (Parti Action Nationale, droite conservatrice catholique), qui a fait 60 000 morts dont bon nombre de « dommages collatéraux ». Cette violence s’est ajoutée à la corruption et à l’autoritarisme de la classe politique mexicaine, détruisant encore plus le tissu social du pays, et masquant la répression (assassinats, disparitions, emprisonnements) dont souffrent les mouvements sociaux et indigènes.

D’autre part, le retour du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) au pouvoir. Le PRI a gouverné le Mexique pendant 70 ans d’affilés jusqu’à l’arrivée du PAN au pouvoir en 2000. Il symbolise la corruption, le clientélisme, la répression, le virage néolibéral, l’état mafieux (pratiques que le PAN a perpétuées avec plaisir), et son retour au pouvoir fin 2012 ne peut faire que craindre le pire.

Enfin, la mise en place de l’agenda néolibéral des élites nord-américaines. Intégration commerciale profitant aux multinationales, extraction sauvage des ressources naturelles, pillage des ressources biologiques, privatisations (éducation, énergie, etc.), aux conséquences socio-économiques désastreuses pour la majorité de la population, et notamment pour les peuples indigènes dépossédés de leurs territoires et de leurs cultures.

Un élément primordial dans cette nouvelle phase de mobilisation est aussi d’ordre culturel et spirituel. Le 21 décembre 2012 représente dans la cosmovision maya le passage à un nouveau cycle de leur calendrier, le 14eme Baktun, chaque baktun durant environ 394 ans. Cet aspect culturel a déterminé le choix de la date de la mobilisation du 21 décembre, et donne le sens du communiqué émis à cette occasion, l’entrée dans un nouveau cycle devant s’accompagner de l’entrée dans un autre modèle de société que les zapatistes s’efforcent de construire.

Plus récemment, suite à l’attaque du Caracol La Realidad et de l’assassinat du compa Galeano, perpétué par des paramilitaires, les zapatistes, par la voix du Sous-commandant Marcos, ont confirmé l’engagement dans cette nouvelle étape du mouvement. En effet, en décidant la « disparition » du personnage de Marcos, ils montrent au monde que leur mouvement est autogestionnaire et horizontal. L’évolution est notoire, comme le montre cet extrait du communiqué Ombre et Lumière de l’EZLN :

« Au cours de ce ces vingt dernières années, une relève complexe et à plusieurs niveaux s’est opérée au sein de l’EZLN. 
Certains n’ont vu que ce qu’il y avait de plus évident : la relève générationnelle. 
Aujourd’hui, en effet, ce sont celles et ceux qui étaient tout jeunes ou qui n’étaient pas encore nés au début de notre soulèvement qui luttent et conduisent la résistance. 
Cependant, certains lettrés n’ont pas eu conscience des autres relèves qui ont eu lieu : 
Une relève de classe : le passage d’une origine de la classe moyenne éclairée à une origine indigène paysanne. 
Une relève de race : de dirigeants métis, on est passé à des dirigeants nettement indigènes. 
Et le plus important, une relève dans la pensée. De l’avant-gardisme révolutionnaire, on est passé au « commander en obéissant » ; de la prise du Pouvoir d’en Haut à la création du pouvoir d’en bas ; de la politique professionnelle à la politique quotidienne ; des leaders aux communautés ; de la ségrégation de genre à la participation directe des femmes ; de la moquerie envers l’autre à la célébration de la différence. »

Aternative libertaire adhère à la Sexta, c’est-à-dire à la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona, rédigée en 2005. Ce texte avait contribué à créer un nouveau réseau fédérant les groupes en lutte.

L’EZLN et le mouvement zapatiste ont montré au cours de ces dernières décennies qu’il n’y avait pas de fatalité dans ce monde dominé par le néolibéralisme, les injustices et les gouvernements à la botte des capitalistes. Même les plus pauvres, les plus oublié-e-s, peuvent se lever et crier Ya Basta ! Assez ! Et choisir une autre voie, basée sur la justice, la démocratie, la dignité, la solidarité, l’égalité.

Ce qu’ont réussi à construire les zapatistes depuis la création de l’EZLN représente une source d’optimisme et d’inspiration pour tous ceux et toutes celles qui luttent pour un monde meilleur. Les conditions politiques, sociales, culturelles, ne sont pas les mêmes en France et au Chiapas, et n’appellent pas les mêmes réponses, mais un désir commun doit nous animer, comme partout sur cette planète : reprendre le contrôle de nos vies. Et sur ce plan là, les zapatistes sont un exemple.

Alternative libertaire lutte depuis longtemps contre toutes les oppressions : capitaliste, étatique, patriarcale, raciste. Nous participons dans la mesure de nos capacités aux mouvements sociaux et aux luttes sur nos lieux de travail, et diffusons autant que possible nos idées communistes libertaires pour créer une société libre de toute forme de domination.

Depuis le soulèvement zapatiste, nous avons suivi avec intérêt et solidarité l’évolution de cette lutte, et l’avons diffusée dans les pages de notre journal. Mais nous n’avons jamais formalisé notre solidarité, ni n’avons participé aux rencontres et activités organisées par les zapatistes ou les mouvements de solidarité. Il est malheureusement difficile de s’engager sur tous les fronts. Mais aujourd’hui, alors que les conséquences économiques, sociales et écologiques du néolibéralisme se font de plus en plus dramatiques et irréversibles, il nous semble important de participer à la nouvelle dynamique que les zapatistes essayent d’impulser. C’est pourquoi nous avons décidé de rejoindre la Sexta Declaración de la Selva Lacandona.

Ces derniers mois, à l’occasion des 20 ans du soulèvement, nous avons participé dans différentes villes de France à des activités de solidarité en commun avec d’autres groupes et collectifs de soutien aux zapatistes, avec des débats publics, des repas de solidarité, et la participation à des rassemblements de soutien. Avec ces collectifs, nous tentons tant bien que mal d’apporter notre aide.

Nous souhaitons ainsi diffuser la lutte zapatiste et les revendications d’autonomie des peuples indigènes du Chiapas et d’ailleurs, et exiger l’application des accords de San Andres, la libération des prisonniers politiques et la fin du harcèlement militaire et de la violence politique dont sont trop souvent victimes les peuples du Chiapas et du reste du Mexique.

Résistance politique: Rencontre EZLN et Congrès National Indigène au Chiapas… La résistance s’organise plus avant

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Rencontre de partage avec le Congrès national indigène

 

lundi 16 juin 2014, par SCI Moisés

 

Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique. 
29 mai 2014.

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Rencontre-de-partage-avec-le

En español:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/05/30/comparticion-con-cni/

 

Au Congrès national indigène et aux peuples indigènes du Mexique, 
À la Sexta,

Compañeras et compañeros,

Recevez toutes et tous nos salutations zapatistes. Voici où nous en sommes de la rencontre de partage entre les peuples zapatistes et les peuples originaires du Congrès national indigène (CNI).

Premièrement. Les compañer@s du CNI que nous invitons à cette première session de partage sont les mêmes que ceux qui l’étaient déjà aux dates qui ont été suspendues.

Deuxièmement. Nouvelles dates et lieu de cette rencontre.

Lieu : Caracol de La Realidad.

Arrivée : samedi 2 et dimanche 3 août 2014. Ainsi pourront-ils se déplacer sans se presser et en faisant attention, pour arriver dans les meilleures conditions à La Realidad.

Partage : du lundi 4 au vendredi 8 août.

Résolutions et accords du partage : samedi 9 août.

Départ : dimanche 10 août

Troisièmement. Seuls les zapatistes et le Congrès national indigène sont concernés par cette rencontre. Personne d’autre ne sera admis, pas même les médias libres ou les compas de la Sexta.

Quatrièmement. La séance des résolutions et des accords de la rencontre, elle, sera ouverte aux compas de la Sexta et aux médias libres.

Cinquièmement. Tout ce qui concerne l’hébergement et la restauration de nos invités à la rencontre — c’est-à-dire les compañeras et compañeros du CNI — est pris en charge par les zapatistes.

Nous nous activons dès à présent pour que tout soit prêt, pour que nos compas du Congrès national indigène n’aient à souffrir ni de la pluie ni du soleil, et pour faire de notre mieux question alimentation.

Sixièmement. Nous appelons toute la Sexta nationale et internationale à donner un coup de main pour participer aux frais de déplacement de nos invités. Pour la plupart, ils vont venir de très loin et voyageront à leurs frais.

Dans presque tous les lieux où vivent et luttent ces compañeras et compañeros du CNI qui vont venir, il y a aussi des compas de la Sexta qui trouveront certainement comment réunir les ressources pour que les invité•e•s fassent bon voyage.

Nous, les peuples originaires, nous sommes les gardiens de la terre. La terre ne rémunère pas ceux qui la soignent et qui l’aiment, elle ne donne pas de postes au gouvernement, elle n’est pas aux informations, elle ne vote pas, elle ne donne pas de récompenses. La terre donne la vie, c’est tout.

Septièmement. C’est avec une grande douleur que nous avons appris qu’un compañero du Congrès national indigène, qui était venu à La Realidad pour prendre part à notre douleur et à notre rébellion, est mort dans un accident alors qu’il retournait à sa terre.

Ce compa décédé s’appelle David Ruiz García, du peuple originaire ñhañú, communauté San Francisco Xochicuatla, commune de Lerma, dans l’État de Mexico, Mexique.

Nous envoyons une grande accolade compañera à sa famille, à son peuple, et à ses compañeras et compañeros de lutte du CNI.

Ce compañero David n’est pas mort au cours d’une balade, mais en accomplissant son devoir : la mission que lui avaient donnée les compañeras et compañeros de son peuple et du Congrès national indigène était de se joindre à nous, les zapatistes, dans l’hommage à notre compa Galeano.

C’est pourquoi nous avons estimé que, pour honorer la mémoire de ce compañero, nous donnerons son nom à cette première rencontre de peuples originaires du Mexique et peuples zapatistes.

D’où le nom :

Rencontre de partage « Compañero David Ruiz Garcia » 
entre le Congrès national indigène et les peuples zapatistes.

C’est notre modeste hommage pour embrasser ce collègue et pour lui permettre de marcher encore une fois avec les peuples indigènes de notre pays, le Mexique.

C’est tout, compañeras et compañeros.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène, 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Moisés.

Dans La Réalité zapatiste. 
Mexique, mai 2014. 
Année 20 de la guerre contre l’oubli.

Traduit par h.g.

Source du texte d’origine : 
Enlace Zapatista

Autonomie, autogestion et leçon politique des Indiens du Chiapas (Mexique). Au revoir Marcos et merci !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 juin 2014 by Résistance 71

“Je mourrai esclave de principes non des Hommes”
~ Emiliano Zapata, 1879-1919 ~

“C’est notre conviction et notre mode de pratique que pour se rebeller et lutter, aucun leader, patron, messie ou sauveur n’est nécessaire. Pour lutter, les gens ont besoin d’un sens de la honte, d’un peu de dignité et de beaucoup d’organisation. Pour le reste, cela sert le collectif ou pas.”

~Subcomandante Insurgente Marcos ~

 

La der du Sub Marcos

 

Résistance 71

 

3 Juin 2014

 

Source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/05/27/between-light-and-shadow/

 

Note: C’est avec grand plaisir et non sans une certaine émotion que nous avons traduit (partiellement) et commenté cette toute dernière intervention du Subcomandante Marcos porte-parole de l’EZLN et du mouvement autonomiste indien du Chiapas au Mexique depuis 1995. L’autonomie indigène est une réalité, la lutte contre l’impérialisme colonialiste en est une autre. Le mouvement autonome et autogéré indigène du Chiapas prouve que le bon gouvernement du peuple par et pour le peuple est non seulement possible, mais parfaitement sain et productif et ce malgré un environnement hostile de répression permanente de la liberté. ¡Todos somos Marcos! Les peuples prévaudront !

*  *  *

Le 25 Mai 2014 à 2:08 du matin, depuis la jungle de Lacandon au Chiapas, province du Sud-Est du Mexique, émanait cette déclaration du Subcomandante Insurgente Marcos:

Je déclare que celui qui est connu comme étant le Subcomandante Insurgente Marcos, “subcomandante d’acier inoxidable” auto-proclamé, cesse d’exister. C’est comme çà,

Au travers de ma voix ne s’exprime plus l’Armée Nationale de Libération Zapatiste (Ejercito Zapatista de Liberacion Nacionale ou EZLN). Vale. Santé et jusque jamais ou jusqu’à toujours, ceux qui ont compris sauront que tout cela n’a plus d’importance, que cela n’en a jamais eu.

Cette déclaration était attentue depuis un moment, l’EZLN avait soufflé le chaud et le froid à ce sujet. L’heure de retirer Marcos du circuit avait sonné. Ainsi fut fait.

Dans un long entretien avec les compañeros et les compañeras reproduit sous le titre “Entre ombre et lumière”, la figure charismatique du Sub Marcos s’est exliquée de tout ceci. En voici quelques extraits, qui devraient tous nous faire dire “Nous sommes tous des Marcos !” du moins potentiellement !

Cette décision a été prise de manière collective pour des raisons politiques. Il y a longtemps déjà, un journaliste avait demandé à Marcos s’il changerait quoi que ce soit à ce qui avait été accompli par l’EZLN et les populations autochtones du Chiapas depuis 1994. Il avait répondu en substance: “Marcos ! Il a pris trop d’importance et ne correspond plus aux besoins de la lutte.” Le ton était donné pour la suite.

Marcos dit que ce fut une décision difficile. Des débuts de la lutte il dit ceci:

Lorsque nous avons érupté en 1994 avec le sang et le feu, ce n’était pas le début de la guerre pour nous en tant que zapatistes.. La guerre du dessus, avec sa mort et sa destruction, sa dépossession et son humiliation, son exploitation et son silence imposé aux vaincus, nous les avons enduré pendant des siècles. Ce qui commença pour nous en 1994 est un des moments de guerre forcé par ceux d’en bas contre ceux d’en haut, contre leur monde… Une guerre ressentie par bien des gens d’en bas, une guerre pour l’humanité et contre le néolibéralisme.

Une fois certains succès atteints et certaines zones libérées et gérées par les populations indigènes essentiellement d’origine Maya, les Zapatistes ont dû faire face à la répression gouvernementale une fois de plus. Il était hors de question d’occuper les grandes villes comme la capitale du Chiapas, San Cristobal de Las Casas qui fut prise les premiers jours de l’insurrection de Janvier 1994. Se posa alors la question de savoir: “Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?” Pour les Zapatistes, cette question mena à d’autres, comme le dit Marcos:

Devions-nous préparer ceux qui viennent après nous à ce chemin de la mort ? Devions-nous développer de meilleurs guerriers, plus nombreux ? Devions-nous investir nos efforts à développer notre machine de guerre ? Devions-nous simuler le dialogue avec le mauvais gouvernement (mexicain), gagner du temps tout en préparant de nouvelles attaques ? Tuer ou mourir était-ce là notre seule destinée ?

Ou devions-nous reconstruire le chemin de la vie, celui que ceux d’en haut avait brisé et continuait de briser ? Le chemin qui n’appartient pas seulement au peuple indigène, mais aux travailleurs, aux étudiants, aux enseignants, à la jeunesse, aux paysans ? Aurions-nous dû utiliser notre sang pour décorer le chemin du pouvoir que d’autres ont emprunté ou devrions-nous tourner nos regards et nos cœurs vers qui nous sommes, vers ceux qui sont ce que nous sommes, c’est à dire les peuples autochtones, les gardiens de la terre et de la mémoire ? […] Nous avons dû affronter ce dilemne et nous avons choisi. Ainsi, au lieu de nous dédier à l’entrainement de toujours plus de guerilleros, de soldats, d’escadrons, nous avons développé l’éducation et la santé et nous avons construit les fondations même de l’autonomie (et de l’autogestion) qui aujourd’hui surprennent et étonnent le monde…

L’EZLN est la branche armée du mouvement autonomiste d’autogestion zapatiste (nom qui vient du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata 1879-1919, qui leva une armée de paysans sans terre contre la dicature de Porfirio Diaz en 1910), aujourd’hui de grandes zones de la province du Chiapas (et de la province voisine d’Oaxaca) sont autogérées par les peuples indiens descendants pour la plupart de la civilisation Maya.

Après l’insurrection des premiers jours de Janvier 1994, les zapatistes se retirèrent dans les terres ancestrales de la jungle de Lacandon. Le 21 décembre 2012, les Zapatistes retournèrent dans les grandes villes qu’ils saisirent de nouveau dans un silence de mort, sans un mot et sans tirer un coup de feu.

Voici ce qu’en dit Marcos:

Le 21 décembre 2012, lorsque le politique et l’ésotérique coïncidèrent, comme cela se produisit dans le passé… nous avons répété le coup de main réalisé en 1994, sans tirer un seul coup de feu, seulement avec notre silence, nous avons de nouveau humilié l’arrogance crâne des cités qui sont le berceau du racisme et du dédain. Si le 1er Janvier 1994, ce furent quelques milliers d’hommes et de femmes sans visages qui attaquèrent et mirent à bas les garnisons qui protégeaient les villes, le 21 décembre 2012, ce furent des dizaines de milliers de sans visages qui prirent sans dire un seul mot, ces bâtiments où ceux d’en haut célébraient notre disparition. Ceci mit au grand jour le fait indiscutable que l’EZLN n’avait non seulement pas été affaiblie, encore moins disparue, mais avait au contraire grandi quantitativement et qualitativement. Au cours de ces près de 20 ans d’existence, quelque chose avait changé au sein des communautés et de l’EZLN. Il y a sûrement pas mal de monde qui pense que nous avons fait le mauvais choix, qu’une armée ne peut pas et ne devrait pas pencher pour la paix. Nous avons fait ce choix pour plusieurs raisons, c’est vrai, mais la principale a été que c’est de cette façon que nous (en tant qu’armée) pouvions ultimement disparaître… Nous avons fait ce choix en regardant en nous-mêmes, en tant que Votàn collectif que nous sommes.

Nous avons choisi la rébellion, c’est à dire la vie…

De tout cela résulta la question inévitable de l’échec. L’opération zapatiste était-elle un échec dans le sens où elle ne fut pas capable de déclencher une vague de changement à l’échelle de la nation ?

Voici ce qu’en dit Marcos:

Ils disent là-bas que nous n’avons rien réalisé pour nous-mêmes… Ils pensent que les fils et les filles des commandants et commandantes (de l’EZLN) devraient jouir et profiter de voyages à l’étranger, étudier dans des écoles privées et devraient parvenir au pinacle des réalisations dans les mondes de la politique et des affaires. Qu’au lieu de produire leur nourriture à la sueur de leur front et pleins de détermination, qu’ils devraient briller dans les réseaux sociaux, s’amuser dans les boîtes de nuit, se pavaner dans le luxe. Peut-être que les subcomandantes devraient procréer et passer leurs boulots, leurs amusements et leurs spectacles à leur progéniture comme les politiciens le font. […] Ce n’est pas le chemin que nous voulons emprunter. Cela ne nous intéresse pas. Au sein de ces paramètres d’évaluation, nous préférons échouer que réussir.

Marcos aborde ensuite la question du pouvoir et celle de la figure illusoire du “leader”. Il est absolument stupéfiant de constater que le personnage de Marcos, sa fonction de porte-parole du mouvement n’a pas été une nécessité politique mais une nécessité de … relations publiques, de marketing révolutionnaire si on veut, certes lié à la politique, mais surtout à l’image que le mouvement voulait donner et le désir que les médias fassent connaître enfin le mouvement en les manipulant ! Nous apprenons que le personnage de Marcos a émergé pour des raisons de communications et du fait de forcer la reconnaissance de la lutte et des succès zapatistes. Marcos qualifie Marcos “d’hologramme”, écoutons le:

Ces dernières 20 années il y a de multiples changements au sein de l’EZLN. Beaucoup n’ont vu que le générationnel, ceux qui n’étaient pas encore nés en 1994, dirigent maintenant la résistance pour certain(e)s. Quelques experts ont vu un changement de classe: de la classe moyenne éveillée au paysan autochtone, et un changement de race: du leadership métis (NdT: Marcos, entre autres, est un métis de la classe moyenne) au leadership indigène ; mais le plus important, un changement de pensée: de l’avant-garde révolutionnaire au concept de “commander en obéissant”, de la prise de pouvoir d’en haut à la création du pouvoir d’en bas, de la politique professionnelle à la politique de tous et de tous les jours, des leaders vers le peuple, de la marginalisation du genre vers la participation directe des femmes, de la dérision de l’autre vers la célébration de la différence. […] Personnellement, je ne comprends pas pourquoi des personnes pensantes qui affirment que l’histoire est faite par les gens, ont si peur devant un gouvernement du peuple qui ne comprend absolument aucun “spécialiste” (de la politique). Pourquoi sont-ils si terrifiés à l’idée que le peuple commande, qu’il est celui qui détermine sa propre marche à suivre ? Pourquoi donc secouent-ils la tête de dépit et d’incompréhension au concept de “commander en obéissant” ? C’est cela précisément, que l’indigène dirige et maintenant avec une personne indigène en tant que chef / porte-parole (NdT: se référer ici au travail de Pierre Clastres sur la Chefferie sans pouvoir des sociétés dites “primitives”…), cela les terrifie, les répugne et finalement les renvoient chercher quelqu’un qui demandera une avant-garde, des patrons, des leaders et ce parce qu’il y a du racisme dans la gauche qui se dit révolutionnaire. […]

Avant l’aube de 1994, j’ai passé 10 ans dans ces montagnes. J’ai rencontré et ai personnellement interagis avec des personnes dont la mort fut la notre en partie. (NdT: Avant le 1er Janvier 1994, les leaders zapatistes ont passé 10 ans de 1983 à fin 1993 à entraîner et à éduquer politiquement, les peuples autochtones du Chiapas et ce dans la plus totale clandestinité. Ceci constitue la face immergée de l’iceberg zapatiste… Les 10 ans de préparation de terrain dans le plus grand secret, sans aucune fuite ni infiltration…) […]

Je dois dire ici que j’ai déjà demandé la permission au Subcomandante Insurgente Moisés de dire ceci: Rien de ce que nous avons fait, pour le meilleur et pour le pire, n’aurait pu être possible sans un groupement armé: l’EZLN. Sans elle, nous n’aurions jamais pu nou élever contre le mauvais gouvernement exerçant le droit de violence légitime. La violence d’en bas face à la violence d’en haut. Nous sommes des guerriers et ainsi nous savons notre place, notre rôle et le moment pour ce faire.

Dans les premières heures de l’année 1994, une armée de géants pour le moins, de rebelles indigènes, descendit dans les villes pour secouer le monde dans son sillage.

Ce n’est que quelques jours plus tard, le sang de nos soldats tombés toujours frais dans les rues des villes, que nous avons remarqué que ceux de l’extérieur ne nous ont pas vu. Habitués à regarder les Indiens depuis leurs hauteurs, ils n’ont pas levé les yeux pour nous regarder. Leur regard ne s’est arrêté que sur un métis portant un masque de ski, c’est à dire, ils n’ont rien vu.

Nos autorités, nos commandants nous ont alors dit: “Ils ne peuvent voir que ceux qui sont aussi petits qu’eux. Créons quelqu’un d’aussi petit, qu’ils puissent le voir et au travers de lui, qu’ils puissent nous voir.”

Ainsi commença une manœuvre complexe de distraction, un truc magique, un tour de passe-passe terrible et merveilleux, un coup malicieux venant du cœur indigène que nous sommes, avec la sagesse indienne défiant un des bastions de la modernité: les médias.

Ainsi commença la construction du personnage appelé “Marcos”. […]

Si je devais définir le personnage de Marcos, je dirai que sans aucun doute ce fut une ruse colorée. Nous pourrions dire, de façon à ce que vous me compreniez bien, que Marcos était des médias non-libres […]

Dans notre quête d’autre chose nous avons échoué encore et encore. Ceux que nous avons rencontré voulaient soit nous utiliser et nous mener ou alors ils voulaient que nous les menions. Il y a eu ceux qui se sont rapprochés de nous par avidité de nous utiliser ou de regarder en arrière, que ce soit avec une nostalgie militante ou anthropologique.

Ainsi pour certains nous étions communistes, pour d’autres trotskistes, pour d’autres anarchistes, pour d’autres encore millénaristes, nous vous laissons le soin d’ajouter encore quelques “-istes” à cette liste. Il en fut ainsi jusqu’à la Sixième Déclaration de la Jungle de Lacandon, l’iniative la plus osée et la plus zapatiste de toutes les initiatives que nous avons lancé jusqu’à maintenant. Avec la 6ème, nous avons finalement rencontré ceux capables de nous rencontrer face à face et nous accueillir et nous embrasser, et c’est comme çà que rencontres et embrasses sont faites. Avec la 6ème nous vous avons enfin trouvé. (NdT: Cette déclaration fut mise en pratique par La Otra Campaña ou L’Autre Campagne, qui vît des délégations zapatistes aller à la rencontre des autres personnes opprimés au Mexique en dehors du Chiapas. Cette campagne fut lancée en 2005. Les zapatistes affirmèrent par là que tout comme il y a une mondialisation du néolibéralisme capitaliste, il y a une mondialisation de la rébellion…) […]

Puis vint le cours “La Liberté selon les Zapatistes”. Durant les trois sessions de ce cours, nous avons réalisé qu’il y avait déjà une génération qui pouvait nous regarder en face, qui pouvait nous écouter et nous parler sans chercher un guide ou un leader, sans essayer d’être soumis ou suiveurs.

Ainsi le personnage de Marcos n’était plus nécessaire.

La nouvelle phase de la lutte zapatiste était prête. [..]

Je ne suis pas ni n’ai été malade ; je ne suis pas ni n’ai été mort. Ou plutôt, malgré le fait que j’ai été tué tant de fois, que je suis mort tant de fois, et bien me voici de nouveau.

Si nous avons nous-mêmes encouragé ces rumeurs, c’est parce que cela nous convenait. Le dernier grand tour de passe-passe de l’hologramme fut de simuler une maladie terminale (NdT: des rumeurs ont couru depuis 2010 que Marcos était atteint d’un cancer terminal des poumons…), incluant les morts soi-disant produites. […] Si vous me permettez un petit conseil: Vous devez cultiver un petit sens de l’humour, non seulement pour votre santé mentale et physique, mais aussi parce que sans un sens de l’humour vous ne comprendrez rien au zapatisme et ceux qui ne comprennent pas jugent et ceux qui jugent, condamnent. […] C’est notre conviction ainsi que notre pratique que pour se rebeller et lutter, il n’y a pas besoin ni de leaders, ni de patrons, ni de messies, ni de sauveurs. Pour lutter, il faut un sens de la honte, un peu de dignité et beaucoup d’organisation. Pour le reste, cela sert le collectif… ou pas.

[…]

Ceux qui ont aimé et haïs le SubMarcos savent maintenant qu’ils ont aimé ou haïs un hologramme ; que leur amour et leur haine ont été inutiles, stériles, creuses, vides. Il n’y aura pas de musée, de plaque indiquant là où je suis né et où j’ai grandi. Il n’y aura personne qui vivra d’avoir été le Subcomandante Marcos. Personne n’héritera de son nom ou de son boulot. Il n’y aura pas de super voyages à l’étranger, grassement payés pour donner des conférences. Il n’y aura pas de transport et de soins intensifs dans un hôpital. Il n’y aura pas de veuve(s) ni d’héritier(s). Il n’y aura pas de funérailles, d’honneurs, de statues, de musées, de prix ou quoi que ce soit produit par le système pour le culte de la personne afin de mieux dévaluer le collectif.

Ce personnage a été créé et maintenant ses créateurs, les Zapatistes, le détruisent.

Si quiconque comprend cette leçon de nos compañeros et compañeras, ils auront compris une des fondations du mouvement zapatiste. Ainsi ces dernières années, ce qu’il s’est passé s’est passé. Nous avons vu que dorénavant, le costume, le personnage, l’hologramme n’étaient plus nécessaires.

Nous avons planifié ceci encore et encore et encore et toujours nous avons attendu le meilleur moment pour ce faire, le bon moment du calendrier et de la géographie pour montrer ce que nous sommes vraiment à ceux qui sont vraiment.

Et puis est arrivé Galeano avec sa mort marquant notre calendrier et notre géographie, dans l’ici de La Realidad et le maintenant de la douleur et la rage.

[…]

Nous pensons qu’il est nécessaire pour un d’entre nous de mourir pour que Galeano vive… C’est pourquoi nous avons décidé que Marcos cesserait d’exister aujourd’hui.

Il partira la main dans la main avec Ombre le guerrier et la Petite Lumière de façon à ce qu’il ne se perde pas en chemin. Don Durito partira avec lui ainsi que le vieil Antonio. (NdT: tous ces personnages ont été créés au fil des années par Marcos, l’aidant dans ses narrations). Il ne manquera pas aux petites filles et aux petits garçons qui avaient l’habitude de se rassembler pour entendre ses histoires car ils sont tous grands maintenant, ils ont acquis leur propre capacité de dicernement et luttent maintenant comme lui pour la liberté, la démocratie, la justice, ce qui est de fait la tâche de tout zapatiste.

Donc compas, au vu de ce qui précède en ce 25 Mai 2014 à 2:08 du matin, depuis le front de combat du sud-est de l’EZLN, Je déclare ici que celui qui est connu sous le nom de Subcomandante Insurgente Marcos, auto-proclamé “subcomandante en acier inoxidable”, cesse d’exister.

C’est ainsi.

A travers ma voix ne parle plus l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Vale. Santé et jusqu’à jamais ou jusqu’à toujours, ceux qui ont compris sauront que tout ceci n’a plus d’importance, que cela n’en a jamais eu.

Depuis la réalité zapatiste

Subcomandante Insurgente Marcos

Mexique le 25 Mai 2014.”

[ Il allume sa pipe et sort de l’estrade par la gauche. Le Subcomandante Insurgente Moisés annonce qu’un autre compañero veut dire quelques mots. On entend une voix de derrière la scène ]:

Bonjour compañeros et compañeras. Mon nom est Galeano, Subcomandante Insurgente Galenao. Y a t’il quelqu’un ici appelé Galeano ?

[la foule crie “Nous sommes tous Galeano !”]

Ah bon ! Voilà donc pourquoi ils m’ont dit que lorsque je renaîtrais, ce serait de manière collective. Ainsi soit-il.

Bonne journée à tous, prenez bien soin de vous, prenez soin de nous.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain,

Subcomandante Insurgente Galeano

Mai 2014.

*  *  *

Lien connexe: Le Commune de Paris et le Mouvement Zapatiste…

http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article1248