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Résistance politique et anti-coloniale: Zapatistes « Nous avons brisé l’encerclement »…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 septembre 2019 by Résistance 71

Le mouvement zapatiste du Chiapas est unique et ne peut être copié, mais il est possible de s’inspirer de ce grand succès d’une pédagogie des opprimés qui a radicalement transformé sa réalité sociale pour affirmer son être et son humanité vraie.
Il en va pour nous comme pour eux devant la mascarade et le mensonge perpétuels de la société étatico-capitaliste qui nous est imposée et écrions-nous enfin: ¡Ya basta!… « Ça suffit ! » Quelque textes complémentaires essentiels à lire sous l’article pour nous mener pas à pas vers l’émancipation finale dans la société des société dans une convergence d’un Réseau de Résistance et de Rébellion International.

~ Résistance 71 ~

 

 

Et nous avons brisé l’encerclement

 

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale

Mexique

EZLN

 

17 août 2019.

 

Source de l’article en français:

https://www.lavoiedujaguar.net/Et-nous-avons-brise-l-encerclement

 

Au peuple du Mexique,

Aux peuples du monde,

Au Congrès national indigène – Conseil indigène de gouvernement,

À la Sexta nationale et internationale,

Aux réseaux de soutien et de résistance et rébellion,

Hermanos, hermanas et hermanoas [1],
Compañeras, compañeros et compañeroas,

Voici notre parole, la même qu’hier, qu’aujourd’hui et que demain car c’est une parole de résistance et de rébellion.

En octobre 2016, il y a presque trois ans, lors de leur vingtième anniversaire, les peuples frères organisés dans le Congrès national indigène, main dans la main avec l’EZLN, se sont engagés à passer à l’offensive dans la défense du territoire et de la terre-mère. Poursuivis par les forces du mauvais gouvernement, les caciques, les entreprises étrangères, les criminels et les lois, comptant les morts, les agressions et les moqueries, nous, les peuples originaires, les gardiens de la terre, avons décidé de passer à l’offensive et d’étendre notre parole et notre action de résistance et de rébellion.

Avec la formation du Conseil indigène de gouvernement (CIG) et la désignation de sa porte-parole, Marichuy, le Congrès national indigène (CNI) s’est donné pour tâche d’apporter, aux frères et sœurs de la campagne et de la ville, la parole d’alerte et d’organisation. L’EZLN est aussi passée à l’offensive dans sa lutte de la parole, de l’idée et de l’organisation.

Pour nous, le moment est maintenant venu de rendre des comptes au CNI-CIG et à sa porte-parole. Ce sera à leurs peuples de dire si nous avons tenu nos engagements. Mais pas seulement à eux. Nous avons aussi un engagement auprès des organisations, des groupes, des collectifs et des personnes en tant qu’individus (particulièrement de la Sexta et des réseaux [2], mais pas seulement), qui, au Mexique et dans le monde, s’inquiètent pour les peuples zapatistes et dont le cœur, dans leur temps, géographie et manière, continue de battre avec le nôtre, sans qu’importe la distance kilométrique, sans qu’importent les murs et les frontières, ni l’encerclement qu’on nous impose. Nous ne nous sommes pas fait d’illusions avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement. Nous savons que le Grand Chef n’a pas d’autre patrie que celle de l’argent et qu’il dirige le monde et la majorité de ses grandes propriétés qu’on appelle « pays ».

Nous savons aussi que la rébellion est interdite, tout comme sont interdites la dignité et la rage. Mais dans le monde entier, dans ses recoins les plus oubliés et méprisés, il y a des êtres humains qui résistent à être dévorés par la machine et qui ne se rendent pas, ne se vendent pas et n’abandonnent pas. Nombreuses sont leurs couleurs, nombreux sont leurs drapeaux, nombreuses sont les langues qui les habillent, et gigantesques sont leur résistance et leur rébellion.

Le Grand Chef et ses contremaîtres construisent des murs, des frontières et des rideaux de fer pour tenter d’endiguer ce qu’ils disent être un mauvais exemple. Mais ils n’y arrivent pas car la dignité, la colère, la rage, la rébellion ne peuvent être ni endiguées ni enfermées. Même s’ils se cachent derrière leurs murs, leurs frontières, leurs rideaux de fer, leurs armées et leurs polices, leurs lois et leurs décrets, tôt ou tard, cette rébellion viendra leur demander des comptes. Et il n’y aura ni pardon ni oubli.

Nous savions et nous savons que notre liberté ne serait l’œuvre que de nous-mêmes, les peuples originaires. Avec le nouveau contremaître du Mexique, la persécution et la mort ont elles aussi continué : en à peine quelques mois, une dizaine de compañeros du Congrès national indigène – Conseil indigène de gouvernement, des militants sociaux, ont été assassinés. Parmi eux, un frère très respecté par les peuples zapatistes : Samir Flores Soberanes, abattu après avoir été montré du doigt par le contremaître qui, de plus, poursuit les mégaprojets néolibéraux qui font disparaître des peuples entiers, détruisent la nature et convertissent le sang des peuples originaires en bénéfice du grand capital.

C’est pour cela que, en l’honneur des frères et sœurs qui sont morts, qui sont persécutés et qui sont portés disparus ou en prison, nous avons décidé de nommer « Samir Flores est vivant » la campagne zapatiste qui culmine aujourd’hui et que nous rendons publique :

Après des années de travail silencieux, malgré l’encerclement, malgré les campagnes mensongères, malgré les diffamations, malgré les patrouilles militaires, malgré la Garde nationale, malgré les campagnes de contre-insurrection déguisées en programmes sociaux, malgré l’oubli et le mépris, nous avons grandi et nous sommes devenus plus forts.

Et nous avons brisé l’encerclement

Nous sommes sortis sans en avoir demandé la permission et nous sommes maintenant de nouveau avec vous, frères, sœurs et hermanoas, compañeros, compañeras et compañeroas. L’encerclement gouvernemental est resté derrière nous, il n’a servi et ne servira à rien. Nous poursuivons des routes et des chemins qui n’existent ni sur les cartes ni pour les satellites et qui se trouvent seulement dans la pensée de nos plus anciens.

Avec nous, les zapatistes, dans nos cœurs chemine aussi la parole, l’histoire et l’exemple de nos peuples, de nos enfants, de nos anciens, hommes et femmes. En dehors, nous avons trouvé une maison, de la nourriture, une écoute et une parole. Nous nous sommes compris comme seulement se comprennent ceux qui partagent la même douleur, mais aussi la même histoire, la même indignation, la même rage.

Nous avons compris que, non seulement les rideaux et les murs ne servent qu’à la mort, mais que l’achat-vente de consciences par les gouvernements est chaque fois plus inutile. Ils ne nous trompent plus, ils ne nous convainquent plus, aujourd’hui ils s’oxydent, se brisent, échouent.

C’est ainsi que nous sommes sortis. Le Grand Chef est resté derrière, en pensant que son encerclement, nous maintenait enfermés. De loin, nous avons vu ses arrières faits de Gardes nationales, de soldats, de policiers, de projets, d’aides et de mensonges. Nous y sommes allés et nous sommes revenus, nous sommes entrés et nous sommes sortis. Nous l’avons fait dix, cent, mille fois et le Grand Chef surveillait sans nous regarder, confiant en la peur que sa peur provoquait.

Les assiégeurs se sont retrouvés comme une tache de saleté, eux-mêmes cernés dans un territoire aujourd’hui plus étendu, un territoire qui répand la rébellion.

Herman@s, compañer@s,

Nous nous présentons face à vous avec de nouveaux caracoles et un plus grand nombre de communes autonomes rebelles zapatistes dans de nouvelles zones du Sud-Est mexicain.

Nous aurons aussi maintenant des centres de résistance autonome et rebelle zapatiste. Dans la majorité des cas, ces centres seront aussi la base de caracoles, de conseils de bon gouvernement et de communes autonomes rebelles zapatistes.

Bien que lentement, et comme cela doit être comme son nom l’indique [3], les cinq caracoles originaux se sont reproduits après quinze ans de travail politique et organisationnel ; et les communes autonomes rebelles zapatistes et leurs conseils de bon gouvernement ont dû eux aussi faire des petits et être attentifs à ce qu’ils grandissent. Il y aura maintenant douze caracoles et leurs conseils de bon gouvernement.

Cette croissance exponentielle, qui nous permet aujourd’hui de sortir de nouveau de l’encerclement, est due à deux choses :

La première, et la plus importante, c’est le travail politique organisationnel et l’exemple des femmes, des hommes, des enfants et des anciens bases d’appui zapatistes. Et plus particulièrement remarquable, celui des femmes et des jeunes zapatistes. Des compañeras de tout âge se sont mobilisées pour parler avec d’autres sœurs organisées ou pas. Les jeunes zapatistes, sans abandonner leurs goûts et leurs préférences, ont appris des sciences et des arts, et ils l’ont ainsi transmis à de plus en plus de jeunes. La majorité de cette jeunesse, principalement des femmes, assument des charges qu’elles imprègnent de leur créativité, de leur ingéniosité et de leur intelligence. Nous pouvons donc dire, sans peine et avec fierté, que non seulement les femmes zapatistes vont de l’avant, comme l’oiseau Pujuy, pour nous montrer le chemin afin de ne pas nous perdre, mais qu’en plus elles sont à nos côtés pour ne pas dévier, et sur nos arrières pour ne pas prendre de retard.

L’autre, c’est la politique gouvernementale destructrice de la communauté et de la nature, particulièrement celle de l’actuel gouvernement autonommé « Quatrième Transformation ». Les communautés traditionnellement partidistes [4] ont été blessées par le mépris, le racisme et la voracité de l’actuel gouvernement, et elles sont passées du côté de la rébellion ouverte ou clandestine. Celui qui pensait que sa politique de contre-insurrection faite d’aumônes diviserait le zapatisme et achèterait la loyauté des non-zapatistes en favorisant la confrontation et le découragement, a donné les arguments qui manquaient pour convaincre ces frères et sœurs que ce qui est important c’est de défendre la terre et la nature.

Le mauvais gouvernement a pensé et pense que les gens attendent et ont besoin de charité monétaire.

Maintenant, les peuples zapatistes et bien d’autres peuples non zapatistes, tout comme les peuples frères du CNI dans le Sud-Est mexicain et dans tout le pays, lui répondent et lui démontrent qu’il a tort.

Nous comprenons que l’actuel contremaître s’est formé dans les rangs du PRI et dans la conception « indigéniste » selon laquelle les originaires aspirent à vendre leur dignité et à cesser d’être ce qu’ils sont, et que l’indigène est une pièce de musée, un artisanat multicolore qui permet au puissant de cacher la grisaille de son cœur. C’est pour cela qu’il s’attache à ce que ses murs-trains (celui de l’Isthme et le mal nommé « maya ») incorporent au paysage les ruines d’une civilisation, pour le plus grand ravissement des touristes.

Mais nous, les originaires, nous sommes vivants, rebelles et en résistance ; le contremaître prétend maintenant remettre au goût du jour l’un de ses caporaux, un avocat qui un jour a été indigène, et qui maintenant, comme tout au long de l’histoire mondiale, se consacre à diviser, persécuter et manipuler ceux qui un jour ont été ses semblables. Le responsable de l’INPI [5], se polit tous les jours la conscience à la pierre ponce afin d’éliminer toute trace de dignité. Il pense qu’ainsi il blanchit sa peau et que sa raison devient celle du Grand Chef. Le contremaître le félicite et il se félicite : pour essayer de contrôler les rebelles, il n’y a rien de mieux qu’un repenti, converti par un salaire en une marionnette de l’oppresseur.

Durant ces maintenant plus de vingt-cinq ans, nous avons appris.

Au lieu de gravir les échelons des postes du mauvais gouvernement ou de nous convertir en une mauvaise copie de ceux qui nous humilient et nous oppriment, notre intelligence et notre savoir se sont tournés vers notre propre croissance et notre propre force.

Grâce aux sœurs, aux frères, aux hermanoas du Mexique et du monde qui ont participé aux rencontres et aux pépinières d’idées auxquelles nous les avons convoqué·e·s en ce temps-là, notre imagination et notre créativité, tout comme notre connaissance, se sont ouvertes et sont devenues plus universelles, c’est-à-dire plus humaines. Nous avons appris à regarder, à écouter et à parler l’altérité, sans moquerie, sans jugement, sans étiquette. Nous avons appris qu’un rêve qui n’englobe pas le monde entier est un petit rêve.

Ce que nous diffusons maintenant publiquement, c’est le fruit d’un long processus de réflexion et de recherche. Des milliers d’assemblés communautaires zapatistes, dans les montagnes du Sud-Est mexicain, ont pensé et cherché d’autres chemins, modes et temps. En défiant le mépris du puissant qui nous traite d’ignorants et d’imbéciles, nous avons utilisé l’intelligence, la connaissance et l’imagination.

Ici, nous nommons les nouveaux centres de résistance autonome et rebelle zapatiste. Il s’agit de onze nouveaux centres, plus les cinq caracoles originaux, cela fait seize. Plus les communes autonomes originales, qui sont au nombre de vingt-sept, au total avec les centres zapatistes, cela fait quarante-trois.

Noms et localisation des nouveaux caracoles et communes autonomes :

1. Nouveau caracol, son nom : Collectif le cœur de graines rebelles, mémoire du compañero Galeano. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Sillage de l’histoire, pour la vie de l’humanité. Sa base est à La Unión, terre récupérée, à côté de l’ejido San Quintín, là où se trouve la caserne militaire du mauvais gouvernement. Municipalité officielle d’Ocosingo.

2. Nouvelle commune autonome, qui s’appelle : Espoir de l’humanité, sa base est à l’ejido de Santa María. Municipalité officielle de Chicomuselo.

3. Autre commune autonome, qui s’appelle : Ernesto Che Guevara, sa base est à El Belén. Municipalité officielle de Motozintla.

4. Nouveau caracol, son nom : Digne spirale qui tisse les couleurs de l’humanité en mémoire de celles et ceux qui sont tombés. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Graine qui fleurit avec la conscience de celles et ceux qui luttent pour toujours. Sa base est à Tulan Ka’u, terre récupérée. Municipalité officielle d’Amatenango del Valle.

5. Autre nouveau caracol. Son nom est : La Graine rebelle qui fleurit. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Nouvelle aube en résistance et rébellion pour la vie et l’humanité. Sa base se trouve à Poblado Patria Nueva, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

6. Nouvelle commune autonome, qui s’appelle : Semant la conscience pour récolter des révolutions pour la vie. Sa base est à Tulan Ka’u, terre récupérée. Municipalité officielle d’Amatenango del Valle.

7. Nouveau caracol. Son nom est : Honneur à la mémoire du compañero Manuel. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : La Pensée rebelle des peuples originaires. Sa base est à Dolores Hidalgo, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

8. Autre nouveau caracol. Son nom est : Résistance et Rébellion un nouvel horizon. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : La Lumière qui fait briller le monde. Sa base est au Poblado Nuevo Jerusalén, terre récupérée. Municipalité officielle d’Ocosingo.

9. Nouveau Caracol, qui s’appelle : Racine des résistances et rébellions pour l’humanité. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Cœur de nos vies pour le nouveau futur. Sa base se trouve dans l’ejido Jolj’a. Municipalité officielle de Tila.

10. Nouvelle commune autonome s’appelant : 21 Décembre. Sa base se trouve à Ranchería K’anal Hulub. Municipalité officielle de Chilón.

11. Nouveau caracol, qui s’appelle : Jacinto Canek. Son conseil de bon gouvernement s’appelle : Fleur de notre parole et lumière de nos peuples qui se reflète pour tous. Sa base se trouve dans la communauté du Cideci-Unitierra. Municipalité officielle de San Cristóbal de Las Casas.

Nous en profitons pour inviter la Sexta, les réseaux, le CNI et les personnes honnêtes à venir et, avec les peuples zapatistes, à participer à la construction des centres de résistance autonome et rebelle zapatiste, que ce soit en fournissant des matériaux et un soutien économique, que ce soit en martelant, en coupant, en chargeant, en orientant et en passant du temps avec nous, ou de la forme et de la manière qui vous semble convenir. Dans les prochains jours, nous rendrons public un écrit dans lequel nous expliquons comment, quand et où vous pouvez vous inscrire pour participer.

Herman@s et compañer@s,

Nous convoquons le CNI-CIG pour nous rencontrer et connaître le travail pour lequel nous nous sommes engagés, partager les problèmes, les difficultés, les coups, les évanouissements, mais aussi les graines qui donnent la meilleure récolte de la lutte et celles qui ne donnent plus les meilleures récoltes, mais qui nous amènent à tout le contraire, pour que nous ne le fassions plus. Nous nous rencontrerons avec ceux qui font réellement des efforts dans l’organisation de la lutte pour parler des bonnes récoltes et des mauvaises aussi. Concrètement nous vous proposons la réalisation collective, dans l’un des caracoles, de ce qui pourrait s’appeler forum en défense du territoire et de la terre mère, ou comme vous voudrez l’appeler, ouvert à toutes les personnes, groupes, collectifs et organisations qui s’obstinent dans cette lutte pour la vie. La date que nous vous proposons est durant le mois d’octobre 2019, les jours qui vous conviendront le mieux. De cette manière, nous mettons à votre disposition l’un des caracoles pour que se fasse la réunion ou l’assemblée du CNI-CIG aux dates que vous déciderez.

À la Sexta et aux réseaux, nous vous appelons pour commencer d’ores et déjà l’analyse et la discussion pour la formation d’un Réseau international de résistance et de rébellion, pôle, noyau, fédération, confédération ou comme vous l’appellerez, fondé sur l’indépendance et l’autonomie de ceux qui la forment, renonçant explicitement à toute hégémonie et à homogénéiser, où la solidarité et le soutien mutuels soient inconditionnels, où l’on partage les expériences bonnes et mauvaises de la lutte de chacun, et où l’on travaille dans la diffusion des histoires d’en bas à gauche.

Pour cela, comme zapatistes que nous sommes, nous convoquerons des réunions bilatérales avec les groupes, collectifs et organisations qui travaillent dans leurs géographies. Nous ne ferons pas de grandes réunions. Dans les prochains jours nous annoncerons le comment, quand et où de ces réunions bilatérales que nous vous proposons. Bien sûr, à ceux qui accepteront en prenant en compte leurs calendriers et géographies.

À ceux qui font de l’art, de la science et de la pensée critique leur vocation et leur vie, nous vous inviterons à des festivals, rencontres, pépinières, fêtes, échanges ou comme ça s’appellera. Nous vous ferons connaître le comment, le quand et le où cela pourrait se faire. Cela inclut le CompArte et le Festival de ciné « Puy ta Cuxlejaltic », mais pas seulement. Nous pensons faire des CompArte spécifiques selon chaque art. Par exemple : théâtre, danse, arts plastiques, littérature, musique, etc. Se fera aussi une autre édition du ConSciences, peut-être en commençant par les sciences sociales. Des pépinières de la pensée critique se réaliseront, peut-être en commençant avec le thème de la Tempête.

Et, spécialement à ceux qui marchent avec douleur et rage, avec résistance et rébellion et sont poursuivi·e·s :

Nous convoquerons à des rencontres de familles d’assassiné·e·s, disparu·e·s, et enfermé·e·s, tout comme des organisations, des groupes et des collectifs qui accompagnent leur douleur, leur rage et leur recherche de vérité et de justice.

Elle aura comme unique objectif qu’ils se connaissent entre eux et qu’ils échangent non seulement des douleurs mais aussi et surtout leurs expériences dans cette recherche. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à être vos hôtes.

Les compañeras zapatistes convoqueront une nouvelle Rencontre de femmes qui luttent, selon le moment, le lieu et les modalités qu’elles décideront et elles vous le feront savoir quand elles le voudront et par le moyen qu’elles décideront. Nous vous prévenons une bonne fois pour toutes que ce ne sera que pour les femmes, c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas vous donner plus d’informations jusqu’à ce qu’elles le disent.

Nous verrons s’il est possible de faire une réunion d’otroas, avec l’objectif qu’ils·elles partagent, en plus de leurs douleurs, les injustices, les persécutions et toutes les autres saloperies qu’on leur fait, leurs formes de lutte et leur force. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à vous accueillir.

Nous verrons s’il est possible d’organiser une rencontre des groupes, collectifs et organisations défendant les droits de l’homme, selon la forme et les modalités qu’ils décideront. Les peuples zapatistes, nous nous limiterons à être vos hôtes.

Compañer@s et herman@s,

Nous sommes là, nous sommes zapatistes. Pour qu’on nous regarde, nous nous sommes couvert le visage ; pour qu’on nous nomme, nous avons nié notre nom ; nous avons parié le présent pour avoir un futur, et, pour vivre, nous sommes morts. Nous sommes zapatistes, majoritairement indigènes de racines mayas, nous ne nous vendons pas, nous ne nous rendons pas et nous n’abandonnons pas.

Nous sommes rébellion et résistance. Nous sommes une de ces nombreuses masses qui abattront les murs, un de ces nombreux vents qui balayeront la terre, et une de ces nombreuses graines desquelles naîtront d’autres mondes.

Nous sommes l’Armée zapatiste de libération nationale.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
au nom des hommes, des femmes, des enfants et des anciens,
bases d’appui zapatistes, et du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,
sous-commandant insurgé Moisés,
Mexique, août 2019.


SCI Moisés

Source et texte d’origine :

Enlace Zapatista.

Notes

[1] Frères, sœurs et, en même temps, « sœurs-frères » (note de “la voie du jaguar”).

[2] Réseaux de soutien, de résistance et de rébellion, NdT.

[3] Caracol signifie « escargot » en espagnol, NdT.

[4] Liées et organisées par les partis politiques électoraux, NdT.

[5] Institut national des peuples indigènes, NdT.

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Lectures complémentaires:

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Manifeste pour la Société des Sociétés

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

 

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Message zapatiste pour le centenaire de l’assassinat d’Emiliano Zapata… (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 avril 2019 by Résistance 71

 

 


SCI Moisès

 

Message de l’armée zapatiste de libération nationale à l’occasion du centenaire de l’assassinat du général Emiliano Zapata

 

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

 

MÉXICO

 

Avril 2019

 

À la famille et aux amis de Samir Flores Soberanes,

À l’Assemblée de la résistance d’Amilcingo,

Au Front des peuples en défense de la terre et de l’eau Morelos-Puebla-Tlaxcala,

Au Congrès national indigène,

Au Conseil indigène de gouvernement,

À la Sexta nationale et internationale,

Aux réseaux de soutien au CIG et aux réseaux en résistance et rébellion,

À celles et ceux qui luttent contre le système capitaliste,

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

C’est le sous-commandant insurgé Moisés qui vous écrit au nom des femmes, des hommes, des enfants et des anciens zapatistes. Les mots que nous vous envoyons sont collectifs et c’est à moi, en tant que porte-parole de l’EZLN, qu’il revient de les écrire.

De la même manière, l’accolade envoyée depuis les montagnes de sud-est mexicain et qui arrive aujourd’hui aux dignes terres d’Emiliano Zapata et de ses successeurs – comme l’a été et l’est Samir Flores Soberanes, notre frère et compañero de lutte dans la défense de la vie – n’est pas seulement la mienne mais celle de tous les peuples zapatistes tzotziles, choles, tojolabales, zoques, mames, métisses et tzeltales.

Recevez-la, frères et sœurs, car c’est une accolade que nous vous envoyons nous, les zapatistes de l’EZLN, parce que nous vous respectons et nous vous admirons.

Nous n’avons pas pu être présents avec vous mais c’est ce que nous aurions voulu. La raison [de notre absence] est très simple et elle porte le drapeau du mauvais gouvernement. En effet, dans nos montagnes et vallées, la présence militaire, policière, paramilitaire ainsi que celle d’espions, de taupes et d’informateurs a augmenté. Les survols d’avions et d’hélicoptères militaires ont fait leur réapparition et avec eux, les opérations des véhicules d’assaut, comme au temps de Carlos Salinas de Gortari ; d’Ernesto Zedillo Ponce de León, tuteur politique de l’actuel titulaire du pouvoir exécutif ; de Vicente Fox Quesada après la trahison des Accords de San Andrés ; du psychopathe Felipe Calderón Hinojosa ; et du voleur à cravate et à mèche Enrique Peña Nieto. C’est la même chose mais aujourd’hui avec une plus grande fréquence et une plus grande agressivité.

Et les patrouilles et les survols ne suivent pas les routes du narcotrafic, ni les caravanes épuisées des frères et sœurs migrants fuyant une guerre qui refuse de dire son nom…pour entrer dans une autre que cache un pouvoir exécutif fédéral bavard et querelleur. Non, cette menace de mort parcourt les airs et les terres des communautés indigènes qui ont décidé de se maintenir en résistance et rébellion pour défendre la terre car la vie est en elle.

De plus, aujourd’hui, des membres de l’Armée fédérale et des Forces aériennes s’aventurent dans les montagnes et apparaissent dans les communautés en disant que la guerre arrive et qu’ils n’attendent que les ordres du “grand chef”. Et certains se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, et qu’ils ne seront jamais, afin de connaitre les supposés “plans militaires” de l’EZLN, ignorant peut-être que l’EZLN dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit… Ou peut-être leur plan consiste-t-il à monter une provocation pour ensuite rendre coupable l’EZLN de ses conséquences, selon la même méthode qu’utilisèrent à leur époque Ernesto Zedillo Ponce de León et son larbin Esteban Moctezuma Barragán, aujourd’hui chargé de tendre une embuscade au corps enseignant démocratique.

En réalité, le mauvais gouvernement actuel ne se distingue pas de celui de ses prédécesseurs. Ce qui change maintenant, c’est la justification : aujourd’hui la persécution, le harcèlement et les attaques à nos communautés sont réalisées au nom “du bien de tous” et se font sous le drapeau de la supposée “IVème transformation”.

Mais ce n’est pas de cela dont nous voulions vous parler. Après tout, n’importe quelle dénonciation est ensuite discréditée par le pouvoir exécutif fédéral, qui la range dans la catégorie “radical de gauche conservatrice”. Est-ce à dire que quiconque n’ayant pas de salaire et critique le suprême gouvernement n’arrive même pas à être un “fifi” [utilisé par López Obrador pour désigner les “jeunes conservateurs”, les “fils à papa”, qui s’opposent à sa politique] ? Serait-ce ça ? À moins que la réalité ne réside dans les déclarations matinales dévorées ensuite en festin par ses légions sur les réseaux sociaux, dites “modernes” seulement parce que le fanatisme qu’elles suscitent est digital ; n’utilisent-ils pas les mêmes arguments que ceux qui ont applaudi et applaudissent encore les excès des tyrannies qui ont existé dans le monde? On pourrait bien leur répéter les mots d’Emiliano Zapata Salazar : “En tous temps, l’ignorance et l’obscurantisme n’ont produit que des troupeaux d’esclaves pour la tyrannie.“

Concernant ce qui se passe sur ces terres chiapanèques, et bien, c’est exactement la même chose que ce que nous endurons depuis déjà plus de 25 ans. Et nous répétons ce que nous avons déjà signalé : là-bas en-haut, c’est la même chose…et ce sont les mêmes. Et la réalité leur enlève le maquillage grâce auquel ils voudraient simuler un changement.


3RI

Frères et sœurs,

Compañeros et compañeras,

Ce que nous voulons vous dire, vous faire remarquer, c’est à quel point votre résistance est grande.

Non seulement en tant que symbole parce que vous la portez face à ceux d’en-haut qui célèbrent une trahison, celle qui a assassiné un individu du nom d’Emiliano Zapata Salazar et qui a échoué dans la tentative de mettre fin à une cause ; celle qui aujourd’hui subsiste dans de nombreux sigles sur tout le territoire que nous appelons encore le Mexique : le zapatisme.

Votre cause est source d’inspiration pour n’importe quelle personne honnête de ce monde, car votre lutte est pour la vie. Ce n’est pas un pari pour de l’argent, des postes ou des cadeaux. Elle se bat pour les générations futures qui ne pourront pas exister si l’arrogance du Chef triomphe et que les communautés sont détruites.

C’est pour cela que votre lutte mérite non seulement d’être saluée et soutenue, mais qu’elle elle devrait être reproduite dans tous les recoins de la planète où, sous le drapeau des supposés “ordre et progrès”, la nature et ceux qui l’habitent sont détruits.

Il y a des fois où les causes se concrétisent en une personne, un homme, une femme ou un.e autre. Et alors cette cause porte un prénom, un nom, un lieu de naissance, une famille, une communauté, une histoire. Comme pour Emiliano Zapata Salazar, c’est le cas pour le frère et compañero Samir Flores Soberanes qu’ils ont voulu acheter, qu’ils ont voulu faire se rendre, qu’ils ont voulu convaincre d’abandonner ses idéaux. Et puisqu’il ne s’est pas laissé faire, ils l’ont assassiné. Parce qu’il ne s’est pas vendu, parce qu’il ne s’est pas rendu et parce qu’il n’a pas capitulé.

Ceux qui se sont sentis soulagés par son assassinat, et qui ont ensuite réalisé une supposée “consultation”, se moquant ainsi de la tragédie, ont pensé que tout était terminé, que la résistance contre un mégaprojet, criminel comme tous les mégaprojets, s’éteindrait avec les larmes qu’ont arrachées l’absence de notre frère et compañero.

Ils se sont trompés, comme se sont trompés Carranza et Guajardo quand ils ont cru que Chinameca était la fin de Zapata.

Tout comme se trompe l’actuel pouvoir exécutif fédéral quand, étalant son ignorance sur l’histoire et la culture du pays qu’il dit “diriger” (son livre de chevet n’est pas “Qui gouverne” mais “Qui dirige”), prétend rendre amis Francisco I. Madero et Emiliano Zapata Salazar. Car, tout comme Madero a voulu acheter Zapata, le mauvais gouvernement a voulu acheter Samir et les peuples qui résistent avec des aides, des projets et bien d’autres mensonges.

Les peuples et Samir ont répondu avec leur détermination à la résistance, et cela aurait rendu fier Emiliano Zapata qui faisait remarquer qu’on ne l’achetait pas avec de l’or et qu’ici (en terres de Morelos) il restait encore des hommes – et nous ajoutons “et des femmes et des autres” – avec un peu de vergogne.

L’ignorance et l’arrogance qui donnent une identité à l’actuel chef du mauvais gouvernement, ne sont pas non plus nouvelles. Comme ce n’est pas non plus nouveau qu’il ait une cour d’adulateurs, un groupe de canailles qui arrangent l’histoire pour le compte du tyran et le présentent comme le point culminant de tous les temps. Et ils l’applaudissent et répètent, avec une lèche sans pudeur, toutes les idioties qui sortent de sa tête. Lui, il décrète que le néolibéralisme est terminé et sa cour arrange les chiffres, les faits, les projets pour les occulter derrière la scène de l’auto-dénommée “Quatrième transformation”, qui n’est rien de plus que la continuation et l’approfondissement de l’étape la plus brutale et sanguinaire du système capitaliste.

Mais, en plus, le groupe d’adulateurs que le tyran convoque, est rejoint par des larbins de tous types et de toutes conditions, ceux qui n’ont plus de vie, et tuent, pour satisfaire les désirs manifestes ou supposés du cerbère de service.

C’est pour ça que le titulaire de l’exécutif n’a pas besoin d’ordonner qu’on assassine, qu’on fasse disparaître, qu’on dénigre, qu’on calomnie, qu’on emprisonne, qu’on renvoie, qu’on bannisse ceux qui ne lui rendent pas de culte.

Il suffit que sur l’estrade ou dans les médias ou dans les réseaux sociaux, il exerce ce que lui appelle le “droit de réplique” pour que les larbins voient de quelle manière accomplir les désirs de leur maître et seigneur.

Mais tous les tyrans ont peur quand se lève une cause juste et humaine, comme la vôtre – qui est la nôtre.

Ils pensent qu’en assassinant les leaders et les visages visibles, les causes meurent avec eux.

Nous ne savons pas qui a assassiné le compañero Samir. Nous savons qui l’a signalé. Qui, avec une voix geignante et hystérique, l’a fait remarqué pour qu’ensuite des sicaires, soucieux de faire plaisir au chef des forces armées fédérales, accomplissent la sentence prononcée sur l’estrade convertie en tribunal.

Il n’y a pas eu de “droit de réplique” pour Samir Flores Soberanes, il n’y en a pas non plus pour les peuples qui résistent contre le projet de mort appelé “Projet intégral Morelos”, alors que ce mégaprojet n’apportera de bénéfices qu’aux grands capitalistes basés en Italie et en Espagne, le même pays auquel on réclame de demander pardon pour la conquête qui a commencé il y a 500 ans et qu’aujourd’hui le mauvais gouvernement poursuit.

Tout cela, vous, vous le savez déjà, sœurs, frères, compañeros, compañeras. Mais nous le répétons à cause de l’assassinat de Samir qui nous met en colère et en rage et à cause de l’arrogance de celui qui là-bas en haut croit qu’il dirige mais ne gouverne même pas.

Nous sommes en colère, nous sentons cette rage parce qu’à ceux d’en bas ne sont offerts que le mépris des aumônes déguisées en programmes d’assistance ou les menaces pour qui refuse de se plier ; et que pour ceux d’en-haut, qui trahissent ensuite ceux qu’ils caressent aujourd’hui, il y a des sourires, des acclamations et des déclarations tranquillisantes.

Compañeros et compañeras,

Frères et sœurs,

Nous savons aussi que celui-ci, tout comme les mauvais gouvernements antérieurs, veut détourner l’image d’Emiliano Zapata Salazar pour que, avec sa mort, meure aussi la défense de la terre, qui est ce que nous, peuples originaires, appelons la vie.

Et nous savons le plus important, ce qui compte vraiment : nous, peuples originaires, poursuivrons la rébellion et la résistance.

Peu importe qu’ils nous appellent “conservateurs” ou qu’ils appelaient “bandits” les zapatistes de l’Armée libératrice du Sud il y a 100 ans.

Comme ses prédécesseurs, le mauvais gouvernement actuel et ses larbins “modernes” peuvent nous dire ce qu’ils veulent.

Notre parole et notre silence sont plus grands que leurs petits cris hystériques.

La lutte zapatiste persistera, les peuples originaires continueront à vivre.

Partout sur la planète, dans les villes et les campagnes, se construit aussi la lutte de groupes, collectifs et organisations de femmes, d’occupants, d’artistes, de jeunes, de scientifiques, de travailleurs, d’employés, d’enseignants, d’étudiants, d’autres.

Ce n’est pas leur taille qui compte mais leur fermeté. Avec eux, elles, elleux, avec respect et solidarité, il faudra ériger un réseau mondial de rébellion et de résistance contre la guerre qui, si le capitalisme triomphe, signifiera la destruction de la planète.

Les mauvais gouvernements viendront et s’en iront, mais la couleur de la terre persistera et avec elle toutes les couleurs de ceux qui dans le monde se refusent à la résignation et au cynisme, ceux qui n’oublient pas et ne pardonnent pas, ceux qui tiennent les comptes des dommages, des enfermements, des disparitions, des morts, des oublis.

Dans cette pensée et ce cœur collectifs, le monde qui aujourd’hui agonise renaîtra.

Les tyrans de toutes les couleurs tomberont avec le système qu’ils servent.

Et pour le monde, il y aura finalement une vie, comme la vie doit être, c’est-à-dire libre.

En attendant qu’arrive ce moment, chaque jour qui passe, nous ne cesserons de porter la vie de lutte d’Emiliano Zapata Salazar et de Samir Flores Soberanes.

Et dans notre lutte quotidienne, le cri qui est aujourd’hui notre drapeau deviendra réel : Zapata et Samir vivent, et la lutte continue pour…

LA TERRE ET LA LIBERTÉ !

Depuis les montagnes du sud-est mexicain,

Sous-commandant insurgé Moisés,

Mexique, avril 2019.

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/04/21/message-de-larmee-zapatiste-de-liberation-nationale-a-loccasion-du-centenaire-de-lassassinat-du-general-emiliano-zapata/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

 

Lectures complémentaires:

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Effondrer le colonialisme

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

Analyse politique: Une ferme, un monde, une guerre, la nécessité d’un réseau de résistance internationale (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2018 by Résistance 71

Ci-dessous, nous aidons à diffuser ce qui est sans aucun doute la meilleure récente analyse politico-économique de la situation actuelle du monde, ancrée dans une réalité historique objective. 

En cela cette analyse, qui nous vient, comme souvent par sa profondeur et sa clarté, des montagnes du sud-est mexicain et de sa zone en rébellion zapatisite, est tout à fait complémentaire de la fin de notre “Manifeste pour la société des sociétés”  (2017), où nous énonçons à partir de la page 32 la “Tyrannie moderne et fin d’un système anti-naturel corrompu”. Ces deux textes peuvent être lus en parallèle et en ressource complémentaire s’auto-alimentant.

Ceci nous amène à reformuler, en accord avec un Réseau de Résistance et de Rebellion international, la nécessité absolue de coordonner nos efforts au-delà des frontières fictives, pour que triomphe enfin  la cause du bien commun et de l’émancipation de la société humaine sur notre planète.

Écoutons l’analyse, la voix qui nous viennent du Chiapas, elles sont vitales !

¡Ya Basta!

Mitakuye Oyasin

~ Résistance 71 ~

 


SCI Moisés & Galenao

 

Une ferme, un monde, une guerre, peu de probabilités

 

SCI Moisès et Galeano (EZLN)

 

4 octobre 2018

 

url de l’article en français:

https://www.lavoiedujaguar.net/Une-finca-un-monde-une-guerre-peu-de-probabilites

 

Participation de la Commission Sexta de l’EZLN à la rencontre des réseaux de soutien au Conseil indigène de gouvernement et à sa porte-parole. Août 2018.

(Version complétée)

Pour des raisons de temps, la participation zapatiste n’a pas été complète. Nous vous avons promis que nous vous enverrions ensuite ce qui manquait : voici la version originale qui comprend des parties de la transcription plus ce qui n’a pas été dit. De rien, il n’y a pas de quoi.

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Première partie

Sous-commandant insurgé Galeano

Bonjour, merci d’être venus, d’avoir accepté notre invitation et de partager votre parole avec nous.

Commençons par expliquer notre façon de faire notre analyse et notre évaluation.

Nous commençons par analyser ce qui se passe dans le monde, puis nous descendons à ce qui se passe sur le continent, puis nous descendons à ce qui se passe dans le pays, puis dans la région et ensuite localement. Et de là, nous trouvons une initiative et nous commençons à passer du local au régional, au national, au continent et au monde entier.

Selon notre pensée, le système dominant dans le monde est le capitalisme. Pour nous l’expliquer, à nous et aux autres, nous utilisons l’image d’une ferme.

Je vais demander au sous-commandant Moisés de nous le décrire.

Sous-commandant insurgé Moisés

Bon, alors, compañeros, compañeras, nous avons demandé à des compañeros et des compañeras arrière-grands-pères et arrière-grands-mères qui étaient en vie — certains sont encore en vie. Voici ce qu’ils nous ont dit, ce qui nous a amenés à penser — c’est ce que nous disons aujourd’hui — que les riches, les capitalistes, veulent faire du monde leur finca. (Note de R71: en espagnol “finca” peut vouloir dire, “domaine”, “propriété”, par extension “domaine agricole”, “ferme” ou aussi le terme de “latifundia” se référant à la grande propriété terrienne…)

Il y a le finquero, le propriétaire terrien, le maître de milliers d’hectares de terre, et ça sans être là, parce que le patron a son contremaître qui s’occupe de la finca, et puis ce contremaître s’adresse à son mayordomo qui est celui qui va exiger qu’on travaille sa terre ; et ce contremaître, sur l’ordre du patron, doit trouver quelqu’un d’autre qu’on appelle le caporal qui est celui qui veille sur la finca, sa maison. Ensuite, ils nous ont raconté que dans les fincas on fait des choses différentes : il y a des fincas d’élevage de bétail, de café, de canne, où on fait du sucre, de maïs et de haricots. Alors, ils le combinent, ils combinent ces activités ; c’est-à-dire, dans une finca de dix mille hectares, il y a de tout, du bétail, de la canne à sucre, des haricots, des champs de maïs. Donc, toute leur vie, les gens y circulent, y travaillent — ce que nous appelons les ouvriers agricoles ou les manœuvres, les gens qui souffrent là.

Celui qui est contremaître, il complète son salaire en volant le patron sur ce que produit la finca. Autrement dit, en plus de ce que le patron, le finquero, lui paye, le contremaître en profite pour voler. Par exemple, si dix génisses et quatre taurillons sont nés, le contremaître ne rend pas de comptes exacts, mais dit au patron que seulement sont nés cinq génisses et deux taurillons. Si le patron s’aperçoit de l’arnaque, il chasse le contremaître et en met un autre à la place. Mais le contremaître vole toujours quelque chose, autrement dit c’est ce qu’on appelle la corruption.

Ils nous racontent que quand le patron n’est pas là et que le contremaître est celui qui reste, quand le contremaître veut partir aussi, alors il cherche quelqu’un de ceux qu’il a là, qui soit aussi salaud que lui, aussi exigeant, quoi ; alors pendant qu’il va faire son petit tour, il laisse quelqu’un en charge, c’est-à-dire il cherche son ami qu’il va laisser à sa place pour ensuite revenir et reprendre son poste de contremaître.

Et alors nous voyons ceci, que le patron n’est pas là, le patron est ailleurs ; le contremaître, c’est ainsi que nous l’appelons, que l’appellent les pays ou les peuples comme nous disons, parce que nous voyons que ce n’est plus un pays, c’est le Peña Nieto comme nous disons, le contremaître. Le mayordomo, nous disons que ce sont les gouverneurs, et les caporales les maires. C’est structuré de la façon dont ils vont dominer, quoi.

Nous voyons aussi que ce contremaître, ce mayordomo et ce caporal sont ceux qui exigent des gens. Et là, dans la finca, les arrière-grands-parents nous disent qu’il y a un magasin, ils appellent ça une tienda de raya — c’est ce qu’ils nous ont dit — ça veut dire que le magasin est là où on s’endette ; alors les exploités qui sont là, les ouvriers ou ouvrières comme on les appelle, ils ont pris l’habitude d’aller y acheter leur sel, leur savon, ce dont ils ont besoin, c’est-à-dire qu’il ne se servent pas d’argent ; le patron a là sa boutique et c’est là qu’ils s’inscrivent, parce qu’ils ont besoin du sel, du savon, de la machette, de la lime ou de la hache, alors ils achètent là, ils ne vont pas payer avec de l’argent mais avec leur force de travail.

Et les arrière-grands-parents nous racontent que leur vie, celle des femmes comme celle des hommes, c’est qu’on leur donne juste de quoi manger aujourd’hui pour que demain ils continuent à travailler pour le patron, et c’est ainsi qu’ils ont passé toute leur vie.

Et ce que disent nos arrière-grands-parents, nous l’avons vérifié, parce que lorsque nous nous sommes soulevés en 1994, lorsque nous avons pris les fincas pour chasser ces exploiteurs, nous avons trouvé des contremaîtres et des gens acasillados, ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas ce qu’ils allaient faire, parce ce que maintenant où vont-ils trouver leur sel, leur savon, maintenant que leur patron n’est plus là. Ils nous ont demandé maintenant qui va être le nouveau patron, parce qu’ils veulent y aller, parce qu’ils ne savent pas quoi faire, parce que où ils vont trouver leur savon, leur sel.

Alors nous leur avons dit : maintenant vous êtes libres, travaillez la terre, elle est à vous, comme avec le patron qui vous a exploités, maintenant vous allez travailler, mais c’est pour vous, pour votre famille. Mais alors ils résistent, ils disent non, cette terre est au patron.

C’est là que l’on a vu qu’il y a des gens qui sont réduits en esclavage. Et s’ils ont leur liberté, alors ils ne savent pas quoi faire, parce qu’ils ne savent qu’obéir.

Et ce dont je vous parle, c’est d’il y a cent ans, plus de cent ans, parce que ce sont nos arrière-grands-parents qui nous le racontent — l’un d’eux a plus ou moins cent vingt-cinq, cent vingt-six ans maintenant parce qu’on a parlé avec ce compañero il y a plus d’un an.

Donc on a ça, et c’est ce qui va arriver. Aujourd’hui, nous pensons que le capitalisme est comme ça. Il veut transformer le monde en finca. Autrement dit, ce sont les hommes d’affaires transnationaux : « Je vais à ma finca La Mexicana », selon ses envies ; « Je vais à ma finca La Guatemalteca, La Hondureña », ainsi de suite.

Et le capitalisme va commencer à organiser selon son intérêt, comme nos arrière-grands-parents nous racontent que dans une finca il y a de tout, du café, du bétail, du maïs, des haricots, et dans une autre, non, c’est juste de la canne pour en tirer la mélasse, et dans une troisième encore autre chose. C’est comme ça qu’ils nous ont organisés, chacun des finqueros.

Il n’y a pas de bon patron, ils sont tous mauvais.

Bien que nos arrière-grands-parents nous racontent qu’il y en a de bons — disent-ils —, quand on se met à l’analyser, à y penser, à l’observer, juste parce qu’on est moins maltraités, alors nos arrière-grands-parents disent qu’ils sont bons, car ils ne sont pas battus, mais être exploités, exploitées, on n’y coupe pas. Dans d’autres fincas, en plus de se crever au travail, si on n’en fait pas plus, on reçoit des coups de trique.

Alors nous pensons que tout ce qui leur est arrivé est ce qui va nous arriver, mais maintenant non seulement à la campagne, mais aussi en ville. Parce que ce n’est pas le même capitalisme qu’il y a cent ans, deux cents ans, son mode d’exploitation est maintenant différent et ce n’est pas seulement dans les campagnes qu’il exploite aujourd’hui mais aussi dans la ville. Et son exploitation change de mode, disons-nous, mais c’est toujours de l’exploitation. Comme si c’était la même cage fermée, mais de temps en temps elle est repeinte, comme si elle était neuve, mais c’est la même.

Quoi qu’il en soit, il y a des gens qui ne veulent pas la liberté, ils sont déjà habitués à obéir et veulent juste un changement de patron, de contremaître, qu’il ne soit pas si vache, qu’il exploite autant les gens mais les traite bien.

Alors ne perdons pas ça de vue parce que c’est ce qui arrive, ce qu’ils commencent déjà à faire.

C’est ce qui attire notre attention : est-ce qu’il y a d’autres gens, hommes et femmes, qui eux aussi voient, pensent, estiment que c’est ce qu’ils vont nous faire ?

Et que vont faire ces frères et ces sœurs ? Est-ce qu’ils se contentent d’un changement de contremaître ou de patron, ou est-ce que ce qu’ils veulent c’est la liberté ?

C’est ce que j’ai à vous expliquer parce que c’est ce qui vient avec ce que nous pensons et voyons avec les compañeros, compañeras, en tant qu’Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Galeano

Donc ce que nous voyons au niveau mondial est une économie prédatrice. Le système capitaliste avance de manière à conquérir des territoires, en détruisant au maximum. En même temps, la consommation est portée aux nues. Il semble que le capitalisme ne se préoccupe plus de savoir qui va produire les choses, ça c’est les machines qui s’en chargent, mais il n’y a pas de machines qui consomment des marchandises.

En réalité, cette exaltation de la consommation cache une exploitation brutale et un pillage sanguinaire de l’humanité qui n’apparaissent pas dans l’immédiateté de la production moderne des marchandises.

La machine automatisée au maximum qui fabrique sans intervention humaine des ordinateurs ou des téléphones portables fonctionne non pas sur le progrès scientifique et technologique mais sur le pillage des ressources naturelles (la destruction/dépopulation nécessaire et la reconstruction/restructuration de territoires) et sur l’esclavage inhumain de milliers de petites, petites et moyennes cellules d’exploitation de la main-d’œuvre humaine.

Le marché (ce gigantesque magasin de marchandises) contribue à ce mirage de la consommation : les marchandises semblent au consommateur « étrangères » au travail humain (c’est-à-dire à son exploitation) ; et l’une des conséquences « pratiques » est de donner au consommateur (toujours individualisé) l’option de se « rebeller » en choisissant tel ou tel marché, telle consommation ou telle autre, de refuser une consommation spécifique. Vous ne voulez pas consommer de la malbouffe ? Pas de problème, les produits alimentaires bio sont aussi en vente, un peu plus chers. Vous ne buvez pas les sodas de cola bien connus parce qu’ils sont mauvais pour la santé ? Pas de problème, l’eau en bouteille est commercialisée par la même compagnie. Vous ne voulez pas consommer dans les grandes chaînes de supermarchés ? Pas de problème, la même entreprise fournit la boutique du coin de la rue. Et ainsi de suite.

Il organise donc la société mondiale entre autres en donnant, en apparence, la priorité à la consommation. Le système fonctionne avec cette contradiction (parmi d’autres) : il veut se débarrasser de la main-d’œuvre parce que son « usage » présente plusieurs inconvénients (par exemple, il a tendance à s’organiser, à protester, à arrêter le travail, à faire des grèves, à saboter la production, à s’allier les un·e·s les autres) ; mais en même temps il a besoin de la consommation des marchandises par cette marchandise « spéciale ».

Même si le système vise à « automatiser », l’exploitation de la main-d’œuvre est pour lui fondamentale. Peu importe combien de biens de consommation il envoie à la périphérie du processus productif, ou combien il étire la chaîne de production de façon à faire croire (à « faire semblant ») que le facteur humain est absent : sans la marchandise essentielle (la force de travail), le capitalisme est impossible. Un monde capitaliste sans exploitation, où seule la consommation prévaut, c’est de la science-fiction, des élucubrations sur les réseaux sociaux et des rêves paresseux d’admirateurs des kamikazes de la gauche aristocratique.

Ce n’est pas l’existence du travail qui définit le capitalisme, mais la caractérisation de la capacité de travail comme une marchandise à vendre et à acheter sur le marché du travail. Ce qui veut dire qu’il y en a qui vendent et il y en a qui achètent ; et, surtout, qu’il y a ceux qui n’ont d’autre choix que de se vendre eux-mêmes.

La possibilité d’acheter la force de travail repose sur la propriété privée des moyens de production, de circulation et de consommation. La propriété privée de ces moyens est au cœur même du système. Par-dessus cette division en classes (la possédante et la dépossédée), pour la cacher, on a construit toutes les simulations juridiques et médiatiques et aussi les preuves dominantes : la citoyenneté et l’égalité juridique ; le système pénal et policier, la démocratie électorale et les divertissements (choses de plus en plus difficile à différencier) ; les néo-religions et la neutralité supposée des technologies, des sciences sociales et des arts ; le libre accès au marché et à la consommation ; et les absurdités (plus ou moins élaborées) comme « le changement est en soi-même », « chacun est l’architecte de son propre destin », « à mauvaise fortune bonne figure », « ne donne pas un poisson à celui qui a faim, apprends-lui à pêcher » (« et vends-lui la canne à pêche »), et les tentatives maintenant à la mode d’« humaniser » le capitalisme, de le rendre bon, rationnel, désintéressé, light.

Mais la machine veut des profits et elle est insatiable. Il n’y a pas de limite à sa gloutonnerie. Et la recherche du profit n’a ni éthique ni rationalité. Si elle doit tuer, elle tue. Si elle a besoin de détruire, elle détruit. Même si c’est le monde entier.

Le système avance dans sa reconquête du monde. Peu importe ce qui est détruit, ce qui reste ou ce qu’il y a en trop : c’est jetable tant qu’on obtient le profit maximal le plus vite possible. La machine revient aux méthodes qui lui ont donné naissance — c’est pourquoi nous vous recommandons de lire L’Accumulation originelle du capital — c’est-à-dire la conquête de nouveaux territoires par la violence et la guerre.

Avec le néolibéralisme, le capitalisme a en quelque sorte laissé en suspens une partie de la conquête du monde et il a maintenant à la compléter. Dans son développement, le système « découvre » que de nouvelles marchandises sont apparues et que ces nouvelles marchandises se trouvent sur le territoire des peuples originaires : l’eau, la terre, l’air, la biodiversité ; tout ce qui n’est pas encore abîmé se trouve sur le territoire des peuples originaires et c’est ce qu’il veut. Quand le système cherche (et conquiert) de nouveaux marchés, ce ne sont pas seulement des marchés de consommation, d’achat et de vente de marchandises, il cherche aussi et surtout et tente de conquérir des territoires et des populations afin d’en tirer le plus possible, peu importe qu’ensuite il laisse derrière lui un désert, héritage et trace de son passage.

Lorsqu’une compagnie minière envahit un territoire des peuples originaires, sous le prétexte de « créer des emplois » pour la « population autochtone » (j’te jure que c’est comme ça qu’ils nous appellent), elle ne fait pas que proposer aux gens de quoi acheter un nouveau téléphone cellulaire dernier cri, elle rejette aussi une partie de cette population et anéantit (dans toute l’extension du mot) le territoire où elle opère. Le « développement » et le « progrès » offerts par le système cachent en fait qu’il s’agit de son propre développement et de son propre progrès ; et surtout ils cachent le fait que ce développement et ce progrès sont obtenus au prix de la mort et de la destruction des populations et des territoires.

C’est sur quoi se fonde la prétendue « civilisation » : ce dont les peuples originaires ont besoin, c’est de « sortir de la pauvreté », c’est-à-dire qu’ils doivent être payés. Alors on propose des « emplois », c’est-à-dire des entreprises qui « embauchent » (exploitent) les « aborigènes » (j’te jure, c’est ce qu’ils disent).

« Civiliser » une communauté originelle, c’est convertir sa population en main-d’œuvre salariée, c’est-à-dire ayant la capacité de consommer. C’est pourquoi tous les programmes de l’État se proposent « l’intégration de la population marginalisée à la société ». Et, par conséquent, les peuples autochtones ne veulent pas le respect de leur temps et de leur mode de vie, mais une « aide » pour « placer leurs produits sur le marché » et « trouver un emploi ». En résumé : l’optimisation de la pauvreté.

Et par « peuples originaires », nous entendons non seulement ceux que l’on appelle à tort les « indigènes », mais tous les peuples qui, à l’origine, s’occupaient des territoires subissant aujourd’hui les guerres de conquête, comme le peuple kurde, et qui sont soumis par la force aux prétendus États nationaux.

Ce qui est appelé « forme de nation » de l’État est né avec la montée du capitalisme comme système dominant. Le capital avait besoin de protection et d’aide pour sa croissance. L’État ajoute alors à sa fonction essentielle (la répression) celle de garant de ce développement. Bien sûr, on disait alors que c’était pour imposer des normes à la barbarie, « rationaliser » les relations sociales et « gouverner » pour tous, « servir d’intermédiaire » entre dominateurs et dominés.

La « liberté » était la liberté d’acheter et de vendre (se vendre) sur le marché ; l’« égalité » servait la cohésion de la domination en homogénéisant ; et la « fraternité », eh bien, nous sommes tous frères et sœurs, le patron et l’ouvrier, le finquero et le péon, la victime et le bourreau.

Puis on a dit que l’État national devait « réguler » le système, le mettre à l’abri de ses propres excès et le rendre « plus équitable ». Les crises étaient le produit de défauts de la machine, et l’État (et le gouvernement en particulier) était le mécanicien efficace toujours prêt à corriger ces imperfections. Bien sûr, au long terme, il s’est avéré que l’État (et le gouvernement en particulier) faisait partie du problème, pas de la solution.

Mais les éléments fondamentaux de cet État-nation (police, armée, langue, monnaie, système juridique, territoire, gouvernement, population, frontière, marché intérieur, identité culturelle, etc.) sont aujourd’hui en crise : les polices ne préviennent pas le crime, elle le commettent ; les armées ne défendent pas la population, elles la répriment ; les « langues nationales » sont envahies et modifiées (c’est-à-dire conquises) par la langue dominante des échanges ; les monnaies nationales sont indexées sur les monnaies qui monopolisent le marché mondial ; les systèmes juridiques nationaux sont subordonnés aux lois internationales ; les territoires s’étendent et se contractent (et se fragmentent) en fonction de la nouvelle guerre mondiale ; les gouvernements nationaux subordonnent leurs décisions fondamentales aux diktats du capital financier ; les frontières varient dans leur porosité (ouvertes au trafic des capitaux et des marchandises et fermées aux personnes) ; les populations nationales « se mélangent » avec celles venant d’autres États, etc.

En même temps qu’il « découvre » de nouveaux « continents » (c’est-à-dire de nouveaux marchés pour l’extraction de marchandises et pour la consommation), le capitalisme est confronté à une crise complexe (dans sa composition, son étendue et sa profondeur), qu’il a lui-même produite par son ardeur prédatrice.

C’est une combinaison de crises :

L’une est la crise environnementale qui s’abat sur le monde entier et qui est aussi produite par le développement du capitalisme : l’industrialisation, la consommation et le pillage de la nature ont un impact environnemental qui altère déjà ce qu’on appelle « la planète Terre ». Le météore « capitalisme » est déjà tombé, et il a radicalement modifié la surface et les entrailles de la troisième planète du système solaire.

L’autre est la migration. Des territoires entiers sont paupérisés et détruits et les gens sont forcés à émigrer, cherchant où vivre. La guerre de conquête, qui est l’essence même du système, n’occupe plus des territoires et leur population, mais classe cette population sous la rubrique « restes », « ruines », « décombres », et ces populations meurent ou émigrent vers la « civilisation », qui, il ne faut pas l’oublier, fonctionne sur la destruction des « autres » civilisations. Si ces gens ne produisent pas ou ne consomment pas, ils sont excédentaires. Ce qu’on appelle le « phénomène migratoire » est produit et alimenté par le système.

Et une autre crise — sur laquelle nous nous trouvons d’accord avec divers analystes du monde entier — est l’épuisement des ressources qui font marcher « la machine » : les énergétiques. Ce qu’on appelle les derniers « pics » des réserves de pétrole et de charbon, par exemple, sont déjà tout proches. Ces énergies s’épuisent et sont très limitées, leur remplacement prendrait des millions d’années. L’épuisement prévisible et imminent rend stratégiques les territoires disposant de réserves énergétiques — quoique limitées. Le développement des sources d’énergie « alternatives » est trop lent pour la simple raison qu’il n’est pas rentable, c’est-à-dire que l’investissement n’est pas remboursé rapidement.

Ces trois éléments de cette crise complexe mettent en question l’existence même de la planète.

La crise terminale du capitalisme ? Pas le moins du monde. Le système a montré qu’il est capable de surmonter ses contradictions et même de fonctionner avec et dans celles-ci.

Note de R71: Nous sommes tout à fait d’accord avec cette dernière remarque de Marcos/Galeano. C’est ce que nous avons exprimé avec notre métaphore du changement de coquille de l’empire Bernard l’Ermite…

Ainsi, face à ces crises provoquées par le capitalisme lui-même, qui provoque la migration, provoque des catastrophes naturelles, qui s’approche de la limite de ses ressources énergétiques fondamentales (en l’occurrence le pétrole et le charbon), il semble que le système tente un repli vers l’intérieur, comme une anti-mondialisation, pour pouvoir se défendre contre lui-même et il utilise la droite politique comme garante de ce repli.

Cette apparente contraction du système est comme un ressort qui se rétracte pour se dilater ensuite. En réalité, le système se prépare à une guerre. Une autre guerre. Une guerre totale : partout, tout le temps et par tous les moyens.

On construit des murs juridiques, des murs culturels et des murs matériels pour essayer de se défendre contre les migrations qu’ils ont eux-mêmes provoquées ; on tente de refaire la carte du monde, de ses ressources et de ses catastrophes, pour que la gestion des premières assure le maintien du fonctionnement du capital et que les secondes n’affectent pas trop les centres où le Pouvoir se regroupe.

Selon nous, ces murs continueront à proliférer jusqu’à ce que soit construit une sorte d’archipel « d’en haut » où, sur des « îles » protégées, se trouvent les maîtres, disons, ceux qui ont la richesse ; et tous les autres, nous nous retrouvons hors de ces archipels. Un archipel avec des îles pour les patrons, et avec des îles différenciées — comme les fincas — ayant des tâches spécifiques. Et, bien loin, les îles perdues, celles des jetables. Et en pleine mer, des millions de barques errant d’une île à l’autre, à la recherche d’un lieu d’accostage.

Science-fiction de fabrication zapatiste ? Googlez « Bateau Aquarius » et jugez à quel point ce que nous décrivons diffère de la réalité. L’Aquarius s’est vu refuser la possibilité d’accoster un port par plusieurs nations européennes. Pour quelle raison ? La cargaison mortelle qu’il transporte : des centaines de migrants de pays « libérés » par l’Occident au cours de guerres d’occupation et de pays gouvernés par des tyrans avec l’aval de l’Occident.

« L’Occident », symbole de la civilisation autoproclamée, avance, détruit, puis se retire et ferme, pendant que le grand capital continue son négoce : il a fabriqué et vendu les armes de destruction, il fabrique et vend aussi les machines pour la reconstruction.

Et ceux qui prônent ce retrait, c’est la droite politique en plusieurs endroits. C’est-à-dire, les contremaîtres « efficaces », ceux qui contrôlent la peonada et assurent le profit du finquero… bien que plus d’un, une, un·, vole une partie des génisses et taurillons. Et, en plus, ils « fouettent » trop leur population acasillada respective.

Tous ceux qui sont en trop : ou ils consomment, ou il faut les anéantir ; il faut les pousser de côté ; ce sont — comme nous disons — les jetables. Ils et elles ne comptent même parmi les « victimes collatérales » de cette guerre.

Ce n’est pas que quelque chose est en train de changer, c’est que ça a déjà changé.

Et maintenant utilisons la comparaison avec les peuples originaires parce que, pendant longtemps, dans la phase précédente du développement du capitalisme, les peuples originaires ont été comme oubliés. Auparavant, nous prenions l’exemple des enfants indigènes, qui étaient les non-nés parce qu’ils naissaient et mouraient sans que personne ne les compte, et ces enfants non nés habitaient dans ces régions, par exemple dans ces montagnes qui n’intéressaient personne auparavant. Les bonnes terres (les planadas, on les appelle, les plaines) ont été occupées par les fincas, par les grands propriétaires terriens, et ils ont poussé les indigènes dans les montagnes, et maintenant il s’avère que ces montagnes ont des richesses, des marchandises que le capital veut aussi, et donc il n’y a nulle part où aller pour les peuples originaires.

Note de R71: A ce sujet lire notre traduction mise en PDF du livre de James C Scott “L’art de ne pas être gouverné”.

Ou ils se battent et défendent, même jusqu’à la mort, ces territoires, ou y n’a pas le choix, bien sûr. Car il n’y aura pas de bateau pour les recueillir quand ils navigueront par tous les temps sur les eaux et les terres du monde.

Une nouvelle guerre de conquête des territoires des peuples originaires est en cours, et le drapeau brandi par l’armée d’invasion porte aussi parfois les couleurs de la gauche institutionnelle.

Ce changement de la machine qui concerne la campagne ou les « zones rurales » et qui ressort d’une analyse même superficielle, se produit également dans les villes ou dans les « zones urbaines ». Les grandes villes ont été réaménagées ou sont en cours de réaménagement, après ou pendant une guerre sans merci contre leurs habitants marginaux. Chaque ville contient beaucoup de villes, mais une seule ville centrale : celle du capital. Les murs qui entourent cette ville sont constitués de lois, de plans d’urbanisation, de policiers et de groupes d’intervention.

Le monde entier se fragmente ; les murs prolifèrent ; la machine avance dans sa nouvelle guerre d’occupation ; des centaines de milliers de personnes découvrent que le nouveau foyer que la modernité leur a promis est une barque en haute mer, le bas-côté d’une autoroute ou un centre de détention pour « sans-papiers » surpeuplé ; des millions de femmes apprennent que le monde est un immense club de chasse où elles sont la proie à capturer, l’enfance est alphabétisée en tant que marchandise sexuelle et main-d’œuvre ; et la nature présente la note en chiffre rouge de la dette prolongée qu’a accumulée le capitalisme au cours de sa brève histoire comme système dominant.

Bien sûr, il manque ce que disent les femmes qui se battent, ceux et celles d’en bas (pour qui, au lieu du glamour des placards entrouverts d’en haut, il y a mépris, persécution et mort), celles qui passent la nuit dans les banlieues populaires et le jour à travailler dans la capitale, les migrant·e·s qui se souviennent que ce mur n’a pas été là de tout temps, les proches des disparu·e·s, assassiné·e·s et emprisonné·e·s qui n’oublient ni ne pardonnent, les communautés rurales qui découvrent qu’elles ont été trompées, les identités qui découvrent leurs différences et passent de la honte à l’orgueil, et tous, toutes les jetables qui comprennent que leur destin n’a pas à être l’esclavage, l’oubli ou la mort.

Parce qu’une autre crise, qui passe inaperçue, est l’émergence et la prolifération de rébellions, de noyaux humains organisés qui défient non seulement le Pouvoir, mais aussi sa logique perverse et inhumaine. Diverse dans son identité, c’est-à-dire dans son histoire, cette irruption apparaît comme une anomalie du système. Cette crise-là ne compte pas pour les lois de la probabilité. Ses possibilités de persister et de s’approfondir sont minimes, presque nulles. C’est pour ça qu’ils ne comptent pas dans les comptes d’en haut.

Pour la machine, il n’y a pas de quoi s’inquiéter des rébellions. Ils sont peu nombreux, peu nombreuses, au mieux ils arrivent à 300.

Il est certain que cette vision du monde, la nôtre, est incomplète et qu’il y a une très forte probabilité pour qu’elle soit erronée. Mais c’est ainsi que nous voyons le système dans le monde entier. Et de cette évaluation, découle ce que nous voyons et évaluons aux niveaux continental, national, régional et local.

(À suivre)

= = =

Lectures complémentaires:

la-sixta

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

confederalisme_democratique

Manifeste pour la societe des societes

Effondrer le colonialisme

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

 

Résistance au colonialisme: Communiqué du Congrès National Indigène et de l’EZLN sur la répression des enseignants au Mexique

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Depuis la tempête

Communiqué Commun du Congrès National Indigène et de l’EZLN au sujet de la lâche attaque policière contre la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Éducation et la communauté indigène de Nochixtlán, Oaxaca.

Le 20 juin 2016.

Au peuple du Mexique.
Aux peuples du Monde:

Face à la lâche attaque répressive qu’ont subi les enseignants, les enseignantes et la communauté à Nochixtlán, dans l’état de Oaxaca, – par laquelle l’État Mexicain nous rappelle qu’il s’agit d’une guerre contre tous et toutes – ; les peuples, nations et tribus formant le Congrès National Indigène et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, faisons savoir au digne mouvement enseignant qu’il n’est pas isolé, que nous savons que la raison et la vérité sont de son côté, que la dignité collective avec laquelle leur résistance s’exprime est inébranlable, et que celle-ci est l’arme principale de ceux qui, comme nous, sont d’en-bas.

Nous rejetons l’escalade répressive avec laquelle ils cherchent à imposer dans tout le pays la réforme néolibérale capitaliste qu’ils appellent “éducative”, principalement dans les états de Oaxaca, Chiapas, Guerrero et Michoacán. C’est par des menaces, des persécutions, des coups, des emprisonnements injustes et maintenant des assassinats qu’ils veulent faire plier la dignité des enseignants en rébellion.

Nous appelons nos peuples et la société civile en général à être aux côtés du corps enseignant qui résiste à chaque instant, à nous reconnaître en lui, car la violence utilisée pour les déposséder de garanties basiques du droit du travail afin de rendre l’éducation privée, est un reflet de la violence avec laquelle ils sont en train de spolier les peuples originels, les peuples paysans et urbains.

Ceux qui sont au pouvoir et qui s’en délectent ont décidé que l’éducation, la santé, les territoires indigènes et paysans, mais aussi la paix et la sécurité, sont une marchandise destinée à ceux qui peuvent la payer, que les droits ne sont pas des droits, mais des produits et services qu’on peut arracher, dépouiller, détruire ou négocier selon ce que dicte le grand capital. Et cette aberration, ils prétendent l’imposer de manière sanglante ; en assassinant et en faisant disparaître nos compañer@s, en envoyant nos porte-paroles dans des prisons de haute sécurité, en faisant de la torture éhontée un véritable marketing gouvernemental et, grâce à l’aide des médias commerciaux, en assimilant à la délinquance ce que la société mexicaine a de plus cher, c’est-à-dire ceux qui luttent, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas et qui ne lâchent rien.

Nous exigeons l’arrêt de la répression contre le corps enseignant en lutte et la libération immédiate et inconditionnelle de TOUS les prisonniers politiques.

Nous invitons tous les peuples de la campagne et des villes à être attentifs et solidaires avec la lutte enseignante, à nous organiser de manière autonome afin d’être au courant et vigilants face à cet orage qui s’abat sur toutes et tous, tout en sachant qu’un orage, en plus de la tempête et du chaos, rend aussi fertile la terre d’où éclot toujours un nouveau monde.

Depuis les montagnes, les champs, les vallées, les ravins et les quartiers des peuples, nations et tribus originaires du Mexique.
Jamais plus un Mexique Sans Nous !

Congrès National Indigène.
Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Mexique, le 20 juin 2016.

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/06/22/depuis-la-tempete/

Résistance politique: Visions d’espoir et de destruction en Amérique Centrale (Dean Henderson)

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¡Ya Basta!

 

Dean Henderson

 

15 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://hendersonlefthook.wordpress.com/2015/07/15/ya-basta/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ma compagne et moi-même sommes juste revenus d’un mois de périple à travers le sud du Mexique, le Guatémala et le Bélize. Comme d’habitude, ceci fut moins des vacances qu’un parcours du combattant rempli de moments d’euphorie et de profonde tristesse.

Du bon côté des choses, les Zapatistes (EZLN) ont établi six zones autonomes où le gouvernement mexicain est occupé à construire de nouvelles lignes à haute tension, des écoles, des sytèmes d’eau potable et de drainage des eaux usées. Malgré n’avoir tiré que quelques coups de feu pendant leur siège de cinq grandes municipalités du Chiapas en 1994 en réponse à la mise en place des accords nord-américians de libre échange (NAFTA), la critique profonde, efficace et cohérente de l’EZLN du capitalisme néo-libéral a payé de véritables dividendes pour le peuple.

Leur message a résonné dans le monde entier alors qu’ils se retiraient dans la jungle de Lacandon. Après le massacre d’Ocosingo par l’armée mexicaine qui assassina 80 personnes, l’opinion publique mondiale s’est renforcée derrière ces rebelles à très vaste majorité indigènes (NdT: peuples descendants directement des Mayas), ce qui força le passage des accords de San Andreas.

D’un autre côté la Guatemalan National Revolutionary Unity (UNRG), qui vît le jour après le coup d’état de la CIA contre le nationaliste Jacobo Arbentz Guzman en 1954 au profit de l’entreprise américain United Fruit Company (aujourd’hui Chiquita dont les gros actionnaires étaient les frères Dulles, dont l’un était… le directeur de la CIA de l’époque), qui opérait dans les plateaux du nord-guatémaltèque depuis plus de 40 ans. L’UNRG luttait dans une guerilla contre les tristement célèbres “sept familles” qui possédaient 80% des terres arables du pays.

En 1996, les rebelles, en grande majorité de nations Maya, ont signé des accords de paix avec le gouvernement guatémaltèque. Et pourtant, quelques 20 ans plus tard, la même oligarchie demeure fermement en place tandis que la plupart des Guatémaltèques semblent être plus pauvres que jamais. Le président Otto Perez Molina est un diplômé de l’École des Amériques, incubatrice des escadrons de la mort des Etats-Unis (NdT: créés par la France lors de la bataille d’Alger en 1957 et dont les cadres de l’armée française enseignèrent les techniques à l’Escuola de las Americas gérée par le Pentagone et alors basée au Panama. Elle est aujourd’hui de retour dans l’état de Georgie, pas très loin de QG de Coca Cola… coïncidence ou pas ?…), qui a servi dans les sanguinaires Kaibiles entraînés par les israéliens et qui fut le directur du renseignement militaire guatémaltèque (bref, un bon larbin/bourreau du système). Il contrôle aussi (pour services rendus à l’empire…) la plus grosse brasserie du pays: Gallo.

En parallèle d’une pauvreté dévastatrice et d’une énorme disparité de revenus, se déroule une vaste pollution de ce qui était auparavant des lacs pristines au Guatémala ainsi que son réseau de rivières. Même le lac Atilan, autrefois un paradis des nations Kachiket et Tzutzil et de quelques hippies occidentaux, est maintenant une zone contaminée et le poisson ne peut plus y être mangé.

Mais il se passe des choses au Guatémala. Le vice-président a été viré sur accusations de corruption lorsque nous visitions le pays, des protestations grondent autour d’un mouvement qui cible ses demandes en attaquant les oligarques et le Volcan Fuego tremble. Avec 38% de la population guatémaltèque étant en dessous de l’âge de 14 ans, quelque chose doit et va se produire…

Le Bélize demeure un havre de transition des cargaisons de drogues pour la couronne britannique. Les familles des triades chinoises, fidèles à la couronne britannique au travers de leur histoire maçonique durant les guerres de l’opium, possèdent pratiquement toutes les affaires inhérentes ensemble avec des familles escrocs brahmanes d’Inde. Des expatriés continuent à acheter les terres, les Mennonites produisent presque toute la nourriture et les Mayas, Créoles et Garifuna se tapent tout le boulot et n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Le gouvernement a reçu des fonds de Petro Caribe du Vénézuéla, une initiative pour aider la région qui commença sous feu le président Hugo Chavez, mais l’argent est le plus souvent détourné par le gang de la drogue qui semble gouverner le Bélize, qui jusqu’en 1981 était connu sous le nom de Honduras Britannique. La reine Elisabeth II figure sur tous les billets du Dollar de Bélize.

Noua avons commencé notre boucle depuis Cancun et sommes retourné au Mexique via Chetumal. Les gens de la péninsule du Yucatan semblent être en meilleure condition qu’avant, mais la crise environnementale n’a pas épargné la Riviera Maya. Les plages de Cancun à Tulum sont recouvertes d’algues après que des années durant des égoûts furent déversés directement dans la Mer des Caraïbes.

Nous avons rencontré des gens très intéressants tout au au long de notre voyage, avons expérimenté une excellente cuisine et avons eu la chance de demeurer avec le superbe peuple Maya pendant près d’un mois ; mais la pauvreté, la corruption et la destruction de l’environnement dont nous fûmes les témoins demeureront dans nos cœurs et nos esprits et ne pourront que nous propulser dans la bataille ici, à la maison, dans le ventre même de la bête.

Ils sont en train de tuer les pauvres, ils sont en train de tuer la Terre-Mère.

Ya Basta!

Résistance politique: Rencontre EZLN et Congrès National Indigène au Chiapas… La résistance s’organise plus avant

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Rencontre de partage avec le Congrès national indigène

 

lundi 16 juin 2014, par SCI Moisés

 

Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique. 
29 mai 2014.

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Rencontre-de-partage-avec-le

En español:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/05/30/comparticion-con-cni/

 

Au Congrès national indigène et aux peuples indigènes du Mexique, 
À la Sexta,

Compañeras et compañeros,

Recevez toutes et tous nos salutations zapatistes. Voici où nous en sommes de la rencontre de partage entre les peuples zapatistes et les peuples originaires du Congrès national indigène (CNI).

Premièrement. Les compañer@s du CNI que nous invitons à cette première session de partage sont les mêmes que ceux qui l’étaient déjà aux dates qui ont été suspendues.

Deuxièmement. Nouvelles dates et lieu de cette rencontre.

Lieu : Caracol de La Realidad.

Arrivée : samedi 2 et dimanche 3 août 2014. Ainsi pourront-ils se déplacer sans se presser et en faisant attention, pour arriver dans les meilleures conditions à La Realidad.

Partage : du lundi 4 au vendredi 8 août.

Résolutions et accords du partage : samedi 9 août.

Départ : dimanche 10 août

Troisièmement. Seuls les zapatistes et le Congrès national indigène sont concernés par cette rencontre. Personne d’autre ne sera admis, pas même les médias libres ou les compas de la Sexta.

Quatrièmement. La séance des résolutions et des accords de la rencontre, elle, sera ouverte aux compas de la Sexta et aux médias libres.

Cinquièmement. Tout ce qui concerne l’hébergement et la restauration de nos invités à la rencontre — c’est-à-dire les compañeras et compañeros du CNI — est pris en charge par les zapatistes.

Nous nous activons dès à présent pour que tout soit prêt, pour que nos compas du Congrès national indigène n’aient à souffrir ni de la pluie ni du soleil, et pour faire de notre mieux question alimentation.

Sixièmement. Nous appelons toute la Sexta nationale et internationale à donner un coup de main pour participer aux frais de déplacement de nos invités. Pour la plupart, ils vont venir de très loin et voyageront à leurs frais.

Dans presque tous les lieux où vivent et luttent ces compañeras et compañeros du CNI qui vont venir, il y a aussi des compas de la Sexta qui trouveront certainement comment réunir les ressources pour que les invité•e•s fassent bon voyage.

Nous, les peuples originaires, nous sommes les gardiens de la terre. La terre ne rémunère pas ceux qui la soignent et qui l’aiment, elle ne donne pas de postes au gouvernement, elle n’est pas aux informations, elle ne vote pas, elle ne donne pas de récompenses. La terre donne la vie, c’est tout.

Septièmement. C’est avec une grande douleur que nous avons appris qu’un compañero du Congrès national indigène, qui était venu à La Realidad pour prendre part à notre douleur et à notre rébellion, est mort dans un accident alors qu’il retournait à sa terre.

Ce compa décédé s’appelle David Ruiz García, du peuple originaire ñhañú, communauté San Francisco Xochicuatla, commune de Lerma, dans l’État de Mexico, Mexique.

Nous envoyons une grande accolade compañera à sa famille, à son peuple, et à ses compañeras et compañeros de lutte du CNI.

Ce compañero David n’est pas mort au cours d’une balade, mais en accomplissant son devoir : la mission que lui avaient donnée les compañeras et compañeros de son peuple et du Congrès national indigène était de se joindre à nous, les zapatistes, dans l’hommage à notre compa Galeano.

C’est pourquoi nous avons estimé que, pour honorer la mémoire de ce compañero, nous donnerons son nom à cette première rencontre de peuples originaires du Mexique et peuples zapatistes.

D’où le nom :

Rencontre de partage « Compañero David Ruiz Garcia » 
entre le Congrès national indigène et les peuples zapatistes.

C’est notre modeste hommage pour embrasser ce collègue et pour lui permettre de marcher encore une fois avec les peuples indigènes de notre pays, le Mexique.

C’est tout, compañeras et compañeros.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène, 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Moisés.

Dans La Réalité zapatiste. 
Mexique, mai 2014. 
Année 20 de la guerre contre l’oubli.

Traduit par h.g.

Source du texte d’origine : 
Enlace Zapatista

Résistance politique: Solidarité avec le Chiapas en hommage au 20 ans des communautés EZLN au Chiapas (Mexique)

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Semaine zapatiste en solidarité avec les communautés rebelles du Chiapas

 

Autre Futur

 

27 décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.autrefutur.net/Semaine-zapatiste-en-solidarite

 

Du 11 au 19 janvier 2014 à Paris

Le 1er janvier 1994, les communautés zapatistes créent la surprise avec un soulève- ment armé et l’occupation de sept villes du Chiapas. 
Le « Ya Basta ! » zapatiste a ébranlé le Mexique et le monde entier. Depuis 1994, les communautés zapatistes construisent leur autonomie en s’organisant elles-mêmes, en répondant aux besoins des peuples indiens en matière de santé, d’éducation, d’agriculture, de culture, en créant des structures démocratiques incluant tous les habitants et en se dotant des moyens nécessaires à leur défense. Le 21 décembre 2012, 40 000 zapatistes ont créé la surprise en occupant cinq des principales villes du Chiapas… dans l’indifférence totale des médias français. Cette année, ils ont invité des milliers de personnes du monde entier à connaître de plus près leur expérience en partageant la vie des villages rebelles, à l’occasion de la Petite École zapatiste. 
Vingt ans ont passé et les zapatistes sont toujours là ! 
Nous avons décidé de fêter, en janvier 2014, le vingtième anniversaire du soulèvement zapatiste pour briser le mur du silence des médias et informer largement sur cette expérience de résistance au capitalisme. Pour nous, ce n’est pas un modèle à reproduire tel quel, mais un encouragement à trouver les chemins propres à nos territoires, à nos cultures.

PROGRAMME

Samedi 11 janvier 2014

  • Balade carnavalesque : les zapatistes sont toujours là !
  • Tout en racontant le cheminement zapatiste par la lecture d’extraits de leurs déclarations, une balade artistique, festive et collective arpentera les rues de Paris. Tout au long du trajet de la musique avec une batucata, de la guitare, du saxo, de la trompette, et aussi du cirque, de la danse, un peu de théâtre, des marionnettes, à mi-parcours pour se réchauffer une pause café avec contes zapatistes à la Petite Rockette-Ressourcerie, et enfin une performance collective El Caracol.
  • Départ de la balade carnavalesque : à l’angle de la rue du Faubourg-du-Temple et du boulevard Jules-Ferry. Métro : République ou Goncourt. À 14 heures.
  • Balade organisée par les Trois Passants (Libérons-les !) et l’association Terre et Liberté pour Arauco.
  • Le même jour. De 15 heures à 23h30.
  • Tamazgha leur dédie yennayer* 2964 en organisant une journée d’activités et de solidarité.
  • Projection du film Teshumara, les guitares de la rébellion touarègue, de Jérémie Reichenbach (2005) et d’un documentaire réalisé par les zapatistes, suivi de débat.
  • Repas du soir : Askaf, 5€ (soupe traditionnelle des montagnes de la Kabylie avec des légumes et de la viande).
  • Caféteria ouverte toute la journée. Petite restauration. Les bénéfices seront versés aux communautés du Chiapas via le CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte).
  • * Nouvel An berbère, qui est le 12 janvier.

Dimanche 12 janvier

  • À partir de 17h30. Projection de témoignages des bases d’appui zapatistes à propos des travaux collectifs dans leurs communautés (quinze minutes) suivi d’un débat avec des participant(e)s à la dernière Petite École zapatiste, de retour du Chiapas. Présentation du livre Contes rebelles : récits du sous-commandant Marcos, réalisé par le collectif Grains de sable, avec lecture de contes par Claudine Baschet, Aline Pailler…
  • À partir de 19 heures.
  • Bal populaire zapatiste avec le Bringuebal.
  • À 16 heures, il est possible d’assister à la représentation de la pièce de la compagnie Jolie Môme Des patates et des roses pour enfants rebelles. (Réservation conseillée au 01 49 39 20.)

Lundi 13 janvier

  • À partir de 19h30. Conférence-débat : histoire des luttes anti-autoritaires au Mexique, des anarchistes du PLM a l’EZLN ». Animée par David Doillon et Guillaume Goutte autour de deux livres : Eux et Nous (Éditions de l’Escargot) et Viva la Social : anarchistes et anarcho-syndicalistes en Amérique latine (Éditions Nada).

Mardi 14 janvier

  • 20 heures. Vernissage de l’exposition photos 1994 – 2014, vingt ans après… il était une fois une petite école pas comme les autres, du 3 au 20 janvier au bar Le Saint-Sauveur. Tous les jours de 19 heures à 2 heures.
  • Le jour du vernissage, soirée avec Bboykonsian soundsystem.

Mercredi 15 janvier

  • 19h30. Zapatistes et libertaires au Mexique, actualité et histoire. Présentation-débat autour de Éthique et politique (Éditions de l’Escargot) et Viva la social : anarchistes et anarcho-syndicalistes en Amérique latine (Éditions Nada) en présence, respectivement, de l’éditeur Guillaume Goutte et de l’auteur-éditeur David Doillon.
  • Organisé par la librairie Quilombo.

Jeudi 16 janvier

  • À partir de 19h30. Soirée sur le cinéma zapatiste.
  • Projections de deux courts-métrages de Promedios, suivie d’une présentation de Promedios et des promoteurs de communication dans les communautés zapatistes et du travail de réappropriation de leur image par les communautés autochtones dans les Amériques, puis projection du film Corazón del tiempo, première fiction zapatiste.
  • Soirée coorganisée par le Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan), De la plume à l’écran, Terre et liberté pour Arauco et Promedios-France.

Vendredi 17 janvier

  • 19h30. Pose d’une plaque commémorative à l’entrée du 33, rue des Vignoles rappelant que le lieu fût déclaré Aguascalientes (territoire zapatiste) en 1996 et que, depuis 1995, s’y développe la solidarité avec la lutte des communautés zapatistes. Suivie de la projection du film La terre est à ceux qui la travaillent et d’un débat sur la gentrification et la lutte pour garder nos espaces de vie.
  • La soirée se terminera par un concert de cumbia avec le groupe Cumbia Bamba.

Samedi 18 janvier

  • À Partir de 14 heures. Manifestation festive depuis le Trocadéro jusqu’à l’ambassade du Mexique.

Dimanche 19 janvier

17 heures. Concert de solidarité avec le soulèvement zapatiste. Avec : Dicktracy Lords (rock’n’roll high energy – Paris), Tulamort (punk des rues – Paris), René Binamé (punk folk legend – Belgique). Organisé par le CCC (Collectif Contre-Culture) et le CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte).