Archives de EZLN chiapas mexique autogestion

Résistance politique pour une societé des sociétés: le Conseil National Indigène et l’heure des peuples…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 janvier 2017 by Résistance 71

Voilà une source de départ de la société des sociétés… Que 2017 soit fructueuse ! Les nations indigènes nous montrent la voie (du jaguar… 😉 )

~ Résistance 71 ~

 

Es la hora de los pueblos

C’est l’heure des peuples

 

Georges Lapierre

 

6 janvier 2017

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Es-la-hora-de-los-pueblos

 

Es el momento de los pueblos, de sembrarnos y reconstruirnos.
 Es el momento de pasar a la ofensiva…

Le moment des peuples est venu, celui de semer ce que nous sommes et de nous reconstruire.
 C’est le moment de passer à l’offensive [1].

C’est l’heure des peuples ou de nos peuples, affirme le Congrès national indigène, c’est vite dit et pourtant… Comme si nous nous trouvions au début d’une aventure, sur la ligne d’un départ, nous ne savons pas encore où cela va nous mener, cette entrée dans l’action, ce commencement à être, cette affirmation de ce que nous sommes, de ce que nous aimons, de ce que nous voulons, de nos désirs, de nos souhaits : se mettre en mouvement, les premiers pas, la première parole, dans le sens où l’entendent les Kanak, le premier acte d’une aventure qui consiste à construire un autre monde, une alternative au capitalisme, un monde qui contiendrait d’autres mondes, d’autres vies, d’autres modes de vie. Il faut bien commencer, sans doute allons-nous trébucher au premier pas, pour nous relever ou pour ne pas nous relever. Nous n’avons pas une idée bien définie de ce que nous cherchons, ce n’est pas une idéologie qui nous anime, mais le refus d’être emportés par cette tourmente dévastatrice de toute forme de vie sociale qu’est devenu notre présent. Nous ne partons pas de rien, nous ne partons pas du vide, de cette apesanteur sociale dans laquelle tournent les individus du premier monde, nous ne sommes pas des individus isolés, nous partons de ce que nous sommes encore, de ce qui nous constitue encore : un vivre ensemble, un savoir-vivre, une communauté de pensée. Nous partons de notre mémoire, de notre histoire, de nos nostalgies, de nos usages, de nos coutumes, ce que l’on appelle couramment la tradition. Nous nous appuyons sur quelques fondamentaux qui rendent possible un vivre ensemble : la prise en commun des décisions touchant la collectivité, c’est le rôle de l’assemblée, elle est souveraine, incontournable. Aucune décision nous concernant ne peut venir d’ailleurs, d’en haut, pour nous être imposée contre notre volonté. À cela, nous pouvons ajouter un autre élément, le dialogue, le va-et-vient incessant entre les institutions collectives et l’assemblée ou les différentes assemblées communautaires. Le Conseil indigène de gouvernement reposera sur ce va-et-vient, sur un continuel dialogue entre les déléguées et délégués qui composent ce Conseil de gouvernement et les différentes assemblées communautaires qui les ont désignés.

Du 29 décembre au 1er janvier 2017 eut lieu la deuxième étape du Congrès national indigène. Cette rencontre s’est tenue au Cideci de San Cristóbal de Las Casas. Y étaient invités les délégués des peuples consultés au sujet de la constitution d’un Conseil indigène et de la participation d’une candidate indienne à l’élection présidentielle de 2018. Le Congrès National Indigène s’est ainsi trouvé subitement grossi de tous ces délégués issus des 43 peuples et des 523 communautés qui ont pu être consultés dans 25 États de la République mexicaine — ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes de préséance, mal réglés, à mon sens, par la distinction entre délégués participants et délégués observateurs. Tous ces mandataires ont bien précisé qu’ils ne voulaient pas de partis politiques ni de programmes de gouvernement sur leurs territoires, mais qu’ils retenaient la proposition de l’EZLN et du CNI de former un Conseil indigène de gouvernement, dont le porte-parole serait une candidate indienne à la présidence de la République. « Il n’est pas dans nos intentions de batailler avec les partis politiques et toute la classe politique… Nous ne prétendons pas rivaliser avec eux. Nous ne sommes pas du même monde… Nous ne sommes pas leurs paroles mensongères et perverses. Nous sommes la parole collective venue d’en bas, à gauche, celle qui secoue le monde…
Pretendemos sacudir la conciencia de la nación, que en efecto pretendemos que la indignación, la resistencia y la rebeldía figuren en las boletas electorales de 2018. Nous prétendons secouer la conscience de la nation, nous prétendons, en effet, que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent dans les bulletins électoraux de 2018. » Il fut aussi précisé le premier jour, au cours de la lecture des accords, qu’il ne fut pas toujours possible de réaliser cette consultation à cause de l’insécurité due à la présence des narcotrafiquants. Il y eut tout de même 430 actes signés par les communautés approuvant l’initiative de l’EZLN et du CNI. Entre janvier et mai, d’autres actes d’approbation devraient parvenir au CNI.

Il devait y avoir entre 700 et 1 000 délégués, qui ont fait le voyage depuis le Nord désertique du Mexique jusqu’aux montagnes pleines de brouillard du Sud-Est mexicain ; aussi bien ceux qui, comme les Yaquis du Sonora, les Wixáritari de Jalisco, les Purhépechas de Cherán ou les Nahua d’Ostula dans le Michoacán, ont marqué l’histoire récente des luttes indiennes pour l’autonomie que tous ceux qui s’organisent et qui résistent obstinément, au quotidien, pour défendre leur territoire, leur coin de vie, face aux grands projets multinationaux, des chauffeurs indigènes des taxis de Xochimilco ou des vendeurs ambulants de la capitale aux déléguées et délégués des villages perdus dans les montagnes de la Sierra Sur de l’Oaxaca. Tous sont appelés à désigner les membres, femmes et hommes, qui formeront le Conseil national indigène de gouvernement ainsi que la future candidate, qui sera la voix de ce Conseil lors de la compétition électorale de 2018. Cette prochaine étape du cinquième Congrès national indigène aura lieu le 27 et 28 mai.

Au cours de cette rencontre, un contraste a pu se faire jour entre différentes attitudes, entre l’éthique qui préside aux rapports entre les gens dans les petites communautés campagnardes, marquée par le respect mutuel, l’attention, la patience et l’écoute, et l’individualisme caractérisé par le machisme, l’irrespect et le goût pour le pouvoir, avec ce qu’il suppose de petits secrets, de commandements et de passe-droits. Sans aucun doute, les peuples indigènes sauront se garder de l’intrusion dans leur projet d’attitudes et de comportements contraires à l’éthique dont ils sont porteurs. Au-delà de présenter un mode de gouvernement respectueux des vœux de la population, ils proposent aussi, et surtout, une éthique de vie, une manière d’être ensemble reposant sur un certain nombre de règles acquises dès l’enfance, reconnues et assimilées par tous — pour former ainsi une communauté de pensée. L’art du bon gouvernement repose d’ailleurs sur cet art de vivre en collectivité, il en est l’émanation. Cette éthique sourd de la vie communautaire, de la réciprocité des échanges et de la reconnaissance mutuelle (en tant que sujet social).

Le samedi 31 fut consacré à une discussion en groupes réduits (trois tables de discussion) sur deux sujets : les chemins du Congrès national indigène face à la spoliation, au dédain, à l’exploitation capitaliste, et le renforcement de nos résistances et de nos rébellions. C’est le premier thème de discussion, le second portant sur les étapes pour la constitution du Conseil indigène de gouvernement pour le Mexique et la nomination de la candidate pour 2018. La fin de la journée fut consacrée à la synthèse des réponses apportées à ces deux questions. Deux phénomènes préoccupent au plus haut point les peuples indiens : l’activité minière et les projets de mines à ciel ouvert des entreprises transnationales, soutenus et imposés par le gouvernement ; et, dans ce domaine, la militarisation du pays, reconnue tout dernièrement par une loi votée par le Parlement, est des plus inquiétantes (l’armée mexicaine aura désormais pour tâche de protéger et de défendre les intérêts des multinationales et les capitaux engagés au Mexique). L’autre phénomène particulièrement préoccupant est l’extension de la culture et du trafic de la drogue, qui, si elle offre des débouchés commerciaux aux petits paysans, favorise, avec la complicité du pouvoir politique (des pouvoirs politiques, devrai-je dire), la constitution de bandes armées à caractère paramilitaire.

Il est encore trop tôt pour entreprendre une analyse critique des courants souterrains qui parcourent ce mouvement naissant, lui conférant force ou faiblesse. Cependant je me permettrai deux remarques, l’une concernant son implication dans la société mexicaine, l’autre touchant le pragmatisme du mouvement zapatiste. La société mexicaine se trouve dans une position des plus ambiguës : elle est emportée par un mouvement général de décomposition sociale accompagné d’une ouverture sur le monde prestigieux et enchanteur de la marchandise, cet accès soudain à la marchandise venant compenser dans une certaine mesure la perte des valeurs sociales. Le temps passé à gagner de l’argent, à travailler, donc, devient du temps perdu pour le plaisir de se retrouver. Je sens la société mexicaine hésitante, comme assise entre deux options : le goût pour la fête, la dépense somptuaire, la rencontre, la musique, la poésie, la danse, entraînant dans son sillage une activité effrénée, c’est un versant ; l’autre versant consiste à trouver de l’argent, travailler, s’exiler, ou survivre dans un état de manque permanent, frôlant la pauvreté et la misère, la cigale devant se faire fourmi si elle veut continuer à chanter. La société mexicaine peut avoir le sentiment, justifié, de se trouver coincée entre le chant de sirènes des marchandises, pour beaucoup inaccessibles, et le désenchantement permanent d’une vie sociale de plus en plus appauvrie. L’appel du CNI pourrait, non seulement, « secouer la conscience nationale », comme il est dit dans le communiqué, mais, plus fondamentalement, l’état de torpeur hypnotique dans lequel se trouve la société mexicaine.

Le mouvement zapatiste, quant à lui, semble avoir laissé de côté toute idéologie, il n’a pas abandonné pour autant la critique de ce qu’il appelle le système capitaliste, c’est toujours l’idée, ou, plutôt, le souhait qui l’anime, mais cette critique se fait pragmatique, elle s’accroche à ce qui existe, aux autres mondes, aux autres modes de vie, aux autres réalités sociales qui existent encore et qui, du simple fait de leur existence, sont une critique du « système-monde » capitaliste. Il ne s’agit pas de proposer ou d’imposer un modèle abstrait de gouvernement selon l’idée que l’on peut se faire d’un bon gouvernement, mais de partir d’un modèle existant, qui a fait ses preuves et qui a donné satisfaction. Les zapatistes partent de ce qu’ils ont construit à partir de ce qui existait déjà : la forme d’autogouvernement des communautés indiennes tzotziles, tzeltales, choles, tojolabales, mames et métisses du Chiapas. Ils ne proposent pas l’inconnu mais le déjà connu de la société autochtone, dont est en grande partie issue la société mexicaine, un retour aux sources vives de la société mexicaine, en quelque sorte. Ce pragmatisme les conduit à avoir une intelligence stratégique de la réalité ; ils ne se présentent pas comme une avant-garde révolutionnaire mais comme des hommes et des femmes engagés dans une guerre sociale terrible opposant, sur toute la planète, l’humain aux forces d’extermination représentées par le « système-monde » capitaliste.

Oaxaca, le 4 janvier 2017,

Georges Lapierre, avec la collaboration de Luna,
 déléguée de l’assemblée régionale chontale.

Notes

[1] Se reporter aux dernières déclarations du CNI, ¡Y retembló ! Informe desde el epicentro, diffusées par le CSPCL

Résistance au colonialisme: Réponse de l’EZLN et du Sup Marcos/Galeano à l’avis de prescription du mandat d’arrêt mexicain à son encontre depuis 1995…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 27 février 2016 by Résistance 71

Pourquoi ne vous auto-prescrivez-vous pas ceci ? [i]

Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)

Mexique

Au ministère fédéral de la justice du Mexique:

Tout ce temps, les seuls terroristes ont été ceux qui, pour plus de 80 ans, ont si mal gouverné ce pays. Vous êtes simplement l’évier où les génocidaires viennent se laver les mains et ensemble vous avez converti le système judiciaire en une latrine bouchée pathétiquement conçue, le drapeau national en un rouleau de papier toilette réutilisable et le sceau national en un logo fait de malbouffe, fastfood non digérée. Tout le reste n’est que pur théâtre afin de simuler une justice là où il n’y a qu’impunité éhontée, de simuler un “gouvernement institutionnel” là où il n’y a rien de plus que dépossession et répression.

Alors, autoprescrivez-vous ceci: [IMAGE à voir sur l’article original, elle vaut le coup !…]

De 6 pieds sous terre.

Le décédé et regretté (ha!) SupMarcos

(signature)

Pourquoi tant de sérieux ?

J’adhère et souscrit ( et non pas prescrit/expire):

SupGaleano

(signature)

Autorisé par le commandement général de l’EZLN

Subcomandante Insurgente Moisés

(signature)

Mexique

Février 2016

P.S. Alors, ceci veut-il dire que Tampiqueño [ii] est maintenant libre de quitter la communauté et d’aller manger du crabe farci ? Il paiera la facture bien entendu, autrement oubliez. Il est donc libre maintenant de faire ce que tous les autres Mexicains peuvent faire ? C’est à dire que maintenant il est libre d’être exploité, moqué, escroqué, humilié, espionné, extorqué, kidnappé, assassiné et de souffrir toutes ces insultes à son intelligence par ceux qui disent et prétendent gouverner ce pays ? Je dis et demande çà parce que ce sont les seules choses que garantissent les “institutions” à tout citoyen de ce pays qui n’est pas d’en-haut.

[i] Ce communiqué est une réponse de l’EZLN à l’annonce récente faite par le ministère fédéral de la justice du Mexique et son conseil judiciaire qui a conclu que le mandat d’arrêt contre le Subcomandante Insurgente Marcos (d’alors) pour des actions provenant du soulèvement du 1er Janvier 1994, avait expiré (“se prescribe” en espagnol), par le fait de la clause de prescription de 20 ans des crimes dont il était accusé. Les accusations étaient: terrorisme, sédition, mutinerie, rébellion et conspiration.

L’EZLN ici joue sur le double sens du mot “prescribirse” (expire et prescrire). L’autorité judiciaire mexicaine dit que son mandat d’arrêt “se prescribe” (a expiré) et l’EZLN répond, “pourquoi ne pas vous “autoprescribirse” (auto-expirer/prescrire)….cela.”

[ii] “El Tampiqueño” est le nom donné par l’EZLN à la personne que le gouvernement mexicain proclama être en 1995 derrière le Subcomandante Insurgente Marcos.

Source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/02/26/why-dont-you-self-prescribe-this/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Résistance politique: Puissant message d’union de l’EZLN (Chiapas, Mexique)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 janvier 2016 by Résistance 71

Ceci constitue un des textes les plus politiquement puissants que nous ayons traduit ces derniers mois, il rassemble quasiment point par point ce que nous pensons sur la méthodologie du changement de paradigme politique. Les Zapatistes du sud-est mexicain l’ont fait. Ils nous appellent, nous les peuples du monde, à faire de même et à nous unir, ce que nous avons dit sans relâche ici même.

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste, se tenant côte à côte avec leurs frères des peuples et nations originels des cinq continents, pour lancer et façonner la société des sociétés, les confédérations d’associations libres autonomes, hors état et hors capitalisme, entités criminelles, parasites et totalement obsolètes.

Il suffit de dire NON ! ASSEZ !… ¡YA BASTA!

Imprimez ce texte, passez-le sous word, pdf, diffusez-le sans aucune modération. Rares sont les déclaration d’une telle puissance politique aujourd’hui. Merci de diffuser.

— Résistance 71–

 

Paroles de l’EZLN en ce 22ème anniversaire du commencement de la guerre contre l’oubli

1er janvier 2016

url de l’article original:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/01/01/palabras-del-ezln-en-el-22-aniversario-del-inicio-de-la-guerra-contra-el-olvido/

~ Traduit de l’espagnol par Résistance 71 ~

Bonne soirée, bonjour compañero et compañera bases de soutien de l’Armée Zapatiste de Liberation Nationale (EZLN), compañero/as miliciens et miliciennes, rebelles, responsables régionaux et locaux, autorités des trois niveaux de gouvernement autonome, compañero/as promoteurs des différentes zones de travail, compañeros et compañeras du sixième (appel) international et à tous ceux présents.

Compañeras et compañeros, nous sommes ici pour célébrer aujourd’hui le 22ème anniversaire du commencement de la guerre contre l’oubli.

Depuis plus de 500 ans, nous avons enduré la guerre que les puissants de différentes nations, de différentes langues, couleurs et croyances, ont mené contre nous afin de nous annihiler.

Ils voulaient nous tuer, que ce soit en tuant nos corps ou en tuant nos idées.

Mais nous résistons.

En tant que peuples originels, en tant que gardiens de la terre-mère, nous résistons.

Pas seulement ici et pas seulement notre couleur, qui est la couleur de la terre.

De tous les coins de la terre qui ont souffert dans le passé et qui souffrent toujours maintenant, il y a eu et il y a toujours des peuples rebelles et dignes qui ont résisté, qui résistent contre la mort imposée d’en haut.

Le 1er janvier 1994, il y a 22 ans, nous avons rendu public notre “¡Ya Basta!”, “Assez !” que nous avions préparé dans un digne silence pendant une décennie.

En réduisant au silence notre douleur, nous préparions son cri.

Notre parole, à cette époque, vint du feu.

Afin de réveiller ceux qui dormaient.

De faire se lever les morts.

Pour faire revenir à la raison ceux qui s’étaient conformés et qui avaient abandonné.

Pour se rebeller contre l’histoire.

Pour la forcer à dire ce qu’elle avait réduit au silence.

Pour révéler l’histoire de l’exploitation, des meurtres, des dépossessions, du manque de respect en oubliant que cela se cachait derrière l’histoire d’en haut.

Cette histoire de musées, de statues, de livres et de monuments au mensonge.

Avec la mort de notre peuple, avec notre sang, nous avons stupéfié un monde résigné à la défaite.

Ce ne fut pas seulement des mots. Le sang de nos compañeros tombés dans ces 22 années fut ajouté au sang de ceux des années précédentes, des décennies et des siècles.

Nous avons alors dû choisir et nous avons choisi la vie.

C’est pourquoi, alors et maintenant, afin de vivre, nous mourrons.

Notre parole d’alors était aussi simple que notre sang repeignant les murs des rues des villes où ils nous manquent de respect aujourd’hui comme alors.

Et cela continue:

L’étendard de notre lutte fut nos 11 demandes: terre, travail, nourriture, santé, éducation, logement décent, indépendance, démocratie, liberté, justice et paix.

Ces demandes constituèrent ce qui nous fit nous révolter en armes car ce furent ces choses que nous, le peuple originel et la vaste majorité du peuple de ce pays et du monde entier, ont besoin.

De cette manière, nous avons commencé notre lutte contre l’exploitation, contre la marginalisation, l’humiliation, le manque de respect, l’oubli et toutes les injustices que nous avons vécu et qui furent causées par le mauvais système (colonial).

Parce que nous ne sommes utiles aux riches et aux puissants que comme leurs eslcaves afin qu’ils deviennent de plus en plus riches et que nous devenions de plus en plus pauvres.

Après avoir vécu pendant si longtemps sous cette domination et pillage perpétuel nous avons dit:

ASSEZ ! ICI S’ARRETE NOTRE PATIENCE !

Et nous avons vu que nous n’avions pas d’autre choix que de prendre les armes pour tuer ou pour mourir pour une juste cause.

Mais nous ne fûmes pas seuls.

Nous ne le sommes pas non plus maintenant.

Au Mexique et dans le monde, la dignité est descendue dans les rues et a demandé un espace pour la parole.

Nous comprîmes.

Dès ce moment, nous avons changé la forme de notre lutte. Nous étions et sommes toujours une oreille attentive et ouverte sur le monde, parce que depuis le départ nous savions qu’une lutte juste du peuple est pour la vie et non pas pour la mort.

Mais nous avons nos armes à nos côtés, nous ne nous en sommes pas débarrassés, elles seront avec nous jusqu’à la fin.

Parce que nous voyons que là où notre oreille fut un cœur ouvert, le dirigeant a utilisé sa parole mensongère ainsi que son cœur fourbe et ambitieux contre nous.

Nous avons vu que la guerre d’en haut continuait.

Leur plan et objectif furent et est toujours de nous faire la guerre jusqu’à ce qu’ils puissent nous exterminer. C’est pourquoi au lieu de répondre à nos justes demandes, ils préparèrent et préparent, firent et font la guerre avec leurs armes modernes, entraînent et financent les escadrons paramilitaires, donnent et distribuent des miettes de leur butin prenant avantage de la pauvreté et de l’ignorance de certains.

Ces dirigeants d’en haut sont stupides. Ils pensent que ceux qui étaient d’accord pour écouter seraient aussi d’accord pour se vendre, se rendre et abandonner.

Ils ont eu tort alors.

Ils ont tort maintenant.

Parce que, nous, les Zapatistes savons très bien que nous ne sommes pas des mendiants ou des bons-à-rien qui espèrent que tout va simplement s’arranger de soi-même.

Nous sommes un peuple qui a de la dignité, de la détermination et la conscience de combattre pour la véritable liberté et la justice pour tous et ce quelque soit la couleur, la race, le genre, la croyance, le calendrier ou la géographie.

C’est pourquoi notre lutte n’est pas locale, régionale ni même nationale. Elle est universelle.

Parce que les injustices, les crimes, les dépossessions, le manque de respect et l’exploitation sont universels.

Mais aussi telle est la rébellion, la rage, la dignité et le désir profond de toujours faire mieux.

C’est pourquoi nous avons compris qu’il était nécessaire de bâtir notre vie nous-mêmes, avec autonomie.

Sous les menaces majeures, le harcèlement militaire et paramilitaire et les provocations constantes du mauvais gouvernement, nous avons commencé à former notre propre système de gouvernance, notre autonomie, avec notre propre système d’éducation, notre propre système de santé, notre propre communication, notre façon de nous occuper et de travailler avec notre terre-mère, notre propre politique en tant que peuple et notre propre idéologie sur le comment nous voulons vivre en communautés, avec une autre culture.

Là où d’autres espèrent que ceux d’en haut vont résoudre les problèmes de ceux d’en bas, nous les Zapatistes ont commencé à construire notre liberté comme elle est semée, construite, là où elle pousse, c’est à dire, d’ici, d’en bas…

Mais le mauvais gouvernement essaie de détruire et de mettre fin à notre lutte et notre résistance avec une guerre qui change en intensité comme elle change de politique mensongère, avec ses mauvaises idées, ses mensonges, utilisant les médias pour les propager et en donnant des miettes aux communautés indigènes où les zapatistes vivent afin de les diviser et d’acheter la conscience des gens à très bon marché, mettant ainsi en place leur plan de contre-insurrection.

Mais la guerre qui vient d’en haut, compañeras et compañeros, frères et sœurs, est toujours la même: elle n’amène que mort et destruction.

Les idées et les drapeaux peuvent bien changer avec qui est en charge, mais les guerres d’en haut détruisent toujours, tuent toujours, ne sèment jamais rien d’autre que la terreur et le désespoir.

Au milieu de cette guerre, nous avons dû marcher vers ce que nous voulions.

Nous ne pouvions pas nous assoir et attendre la compréhension de ceux qui ne comprennent même pas qu’ils ne comprennent pas.

Nous ne pouvions pas nous assoir et attendre pour que le criminel d’en haut se répudie lui-même et son histoire et se convertisse, repentant, en une bonne personne.

Nous ne pouvions pas nous assoir et attendre pour qu’une très grande liste de promesses qui seront oubliées quelques minutes après avoir été faites, ne se réalisent jamais.

Nous ne pouvions pas attendre pour l’autre, différent, mais avec la même douleur et la même colère, de nous regarder et en nous regardant, de voir.

Nous ne savions pas comment le faire.

Il n’y avait pas de livre, pas de manuel ou de doctrine qui nous ont dit que faire afin de résister et simultanément, de construire quelque chose de nouveau, de meilleur.

Peut-être pas parfait bien sûr, peut-être différent, mais toujours à nous, à notre peuple, les femmes, les hommes, les enfants, les anciens qui, dans leur cœur collectif, couvrent le drapeau noir avec une étoile rouge à cinq branches et les lettres qui leur donnent non seulement un nom, mais aussi un but, une destinée: EZLN.

Alors nous avons recherché dans notre histoire ancestrale, dans notre cœur collectif et au travers des hoquets, des faiblesses et des erreurs, nous avons construit ce que nous sommes et ce qui non seulement nous fait continuer à vivre et à résister, mais aussi nous élève dignifiés et rebelles.

Pendant ces 22 années de lutte et de résistance, de rébellion, nous avons continué à construire une autre forme de vie, nous nous sommes gouvernés nous-mêmes en tant que peuple, que collectif que nous sommes, en accord avec les sept principes de diriger en obéissant, construisant un nouveau système et une autre forme de vie en tant que peuples originels.

Un système où le peuple commande et le gouvernement obéit.

Et nous voyons, depuis notre cœur simple, que ceci correspond à la manière la plus saine, parce qu’elle est née et grandit du peuple lui-même. C’est le peuple qui donne ses opinions, discute, pense, analyse, fait des propositions et décide ce qui est le mieux pour tout le monde, suivant en cela l’exemple de nos ancêtres.

Comme nous l’expliquerons plus en détail plus tard, nous voyons bien que la négligence et la pauvreté règnent dans les communautés partidista (les suiveurs de partis politiques) ; elles sont gérées par la fainéantise et le crime, brisant la vie communautaire, déchirée fatalement et irrémédiablement.

Se vendre au mauvais gouvernement n’a non seulement pas résolu leurs problèmes de base, mais leur a donné encore plus d’horreurs à gérer. Là où avant il y avait la faim et la pauvreté, il y avait maintenant la faim, la pauvreté et le désespoir. Les communautés partistada sont devenues des foules de mendiants qui ne travaillent pas, qui ne font qu’attendre le prochain programme d’aide du gouvernement (mexicain), c’est à dire, la prochaine saison électorale.

Ceci ne figure bien sûr pas dans quelque rapport d’état fédéral ou de gouvernement municipal que ce soit, mais c’est la vérité de terrain et peut se voir dans les communautés partidista: celles des paysans fermiers qui ne savent plus comment travailler la terre, vivant dans des blocs de ciment avec des toits en tôles d’aluminium, vides parce qu’on ne peut pas manger le ciment ni le métal, des communautés qui n’existent que pour recevoir l’aumône, les miettes du gouvernement.

Peut-être que dans nos communautés il n’y a pas de maisons en ciment ou de télévisions numériques ou des camions tous neufs, mais nos gens savent très bien comment travailler la terre. La nourriture est sur toutes les tables, les habits qu’ils portent, les médicaments qu’ils utilisent, la connaissance qu’ils acquièrent, la vie qu’ils mènent sont LES LEURS, ainsi que leur connaissance et le produit de leur travail. Cela ne provient de personne d’autre.

Nous pouvons dire ceci sans honte aucune: Les communautés zapatistes ne sont pas seulement mieux qu’elles ne l’étaient il y a 22 ans, mais leur qualité de vie est bien meilleure que dans celles qui se sont vendues aux partis politiques de toutes couleurs et rayures possibles.

Avant, afin de savoir si quelqu’un était zapatiste, il suffisait de chercher un grand mouchoir rouge ou une cagoule noire.

Maintenant, il suffit de voir s’ils travaillent la terre, s’ils s’occupent de leurs cultures. S’Ils étudient les sciences et la technologie, s’ils respectent les femmes que nous sommes, si leur regard est direct et clair, s’ils savent que c’est le collectif qui dirige. S’ils voient le travail du gouvernement autonome zapatiste en rébellion comme un service et non pas comme un business ; si vous leur demandez quelque chose qu’ils ne savent pas, ils vous répondent: “je ne sais pas… encore…” Si lorsque quelqu’un se moque d’eux en disanrt que les Zapatistes n’existent plus ou qu’ils sont peu nombreux, ils répondent: “ne vous inquiétez pas, nous serons plus nombreux, cela prendra un peu de temps, mais nous serons bien plus nombreux” ; si leurs regards observent loin dans les calendriers et les géographies ; s’ils savent que demain se plante aujourd’hui.

Nous reconnaissons bien évidemment qu’il y a encore beaucoup à faire, nous devons nous organiser mieux et nous organiser plus.

C’est pourquoi nous devons faire un encore plus grand effort pour nous préparer à porter plus efficacement et plus extensivement le boulot de nous gouverner nous-mêmes, parce qu’au pire, le sytème capitaliste va revenir nous chercher.

Nous devons savoir comment le confronter. Nous avons déjà 32 ans d’expérience dans la lutte de rébellion et la résistance.

Et nous sommes devenus ce que nous sommes.

Nous sommes l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (NdT: EZLN est l’acronyme espagnol pour Ejercito Zapatista de Liberación Nacional).

C’est ce que nous sommes bien qu’ils ne nous nomment pas.

C’est ce que nous sommes même s’ils nous oublient par le silence et la calomnie.

C’est ce que nous sommes bien qu’ils ne nous voient pas.

C’est ce que nous sommes par nos pas, notre chemin, dans notre origine et dans notre destinée.

Nous regardons ce que nous étions auparavant et ce qui est maintenant.

Une nuit sanglante, pire qu’avant si c’est possible, s’étend au monde.

Le dirigeant n’est pas seulement programmé pour continuer à exploiter, à réprimer, à maltraiter et à déposséder, mais il est déterminé à détruire le monde entier si ce faisant il peut en tirer un profit quelconque, de l’argent, un salaire.

Il est clair que le pire est à venir pour nous tous.

Les multimillonnaires de quelques pays continuent leur objectif de piller les ressources naturelles du monde entier, tout ce qui nous donne la vie comme l’eau, la terre, les forêts, les montagnes, les rivières, l’air et tout ce qu’il y a sous le sol: l’or, le pétrole, le gaz, l’uranium, l’ambre, le soufre, le carbone et autres minéraux et minerais.

Ils ne considèrent pas la terre comme une source de vie, mais comme un business par lequel ils peuvent tout transformer en commodités et donc en argent, et en faisant cela ils vont totalement nous détruire tous.

Le mal et ceux qui le porte ont un nom, une histoire, une origine, un calendrier, une géographie: c’est le système capitaliste.

Aucune importance de quelle couleur ils le peignent, quel nom ils lui donnent, de quelle religion ils le déguisent, quel drapeau ils lèvent… C’est le système capitaliste.

C’est l’exploitation de l’humanité entière et de la totalité du monde que nous habitons.

C’est le manque de respect et le dénigrement pour tout ce qui est différent et ce qui ne se vend pas, n’abandonne pas, ne se laisse pas corrompre.

C’est le système qui persécute, incarcère, assassine.

Il vole.

A la tête de ce sytème, il y a des figures qui émergent, se reproduisent, grandissent et meurent: les sauveurs, les leaders, les caudillos, les candidats, les gouvernements (d’état), les partis politiques qui offrent leurs solutions toutes prêtes.

Ils offrent des recettes, comme une autre commodité, pour résoudre les problèmes.

Peut-être qu’il y a encore quelqu’un quelque part qui croit toujours que d’en haut, là où les problèmes sont créés, viendront aussi les solutions.

Peut-être y a t’il quelqu’un qui croit en des sauveurs locaux, régionaux, nationaux, mondiaux.

Peut-être y a t’il ceux qui espèrent toujours que quelqu’un va faire ce que nous devons faire nous-même.

Ce serait bien n’est-ce pas ?

Tout serait si facile, si confortable, ne demanderait pas beaucoup d’efforts. Cela voudrait dire de lever la main, remplir un papier, choisir un nom, mettre le papier dans l’urne, applaudir, crier des slogans, s’affilier à un parti politique et voter pour en virer un et le remplacert par un autre.

Peut-être, disons-nous, nous les Zapatistes, nous pensons, nous sommes ce que nous sommes.

Ce serait bien si les choses étaient comme çà, mais elles ne le sont pas.

Ce que nous avons appris en tant que Zapatistes, et sans que personne ou quoi que ce soit ne nous le disent, sauf notre propre voie en tant qu’enseignant, est que personne, absolument personne ne va venir nous sauver, nous aider, résoudre nos problèmes, soulager notre douleur ou nous amener la justice dont nous avons besoin et que nous méritons.

Il n’y a que ce que nous faisons nous-mêmes, tout le monde dans son propre calendrier et agenda et géographie, en nom collectif, de par la pensée et l’action de tout à chacun individuellement et collectivement, en accord avec sa propre origine et destinée, qui compte.

Nous avons aussi appris en tant qe Zapatistes que ceci n’est possible qu’avec organisation.

Nous avons appris qu’il est bon si une personne se mette en colère.

Mais si plusieurs personnes, beaucoup de personnes se mettent en colère, une lumière s’allume dans un coin du monde et sa lueur peut être vue, pour un moment à travers la surface entière de la terre.

Mais nous avons aussi appris que si ces colères s’organisent entre elles… Ah ! Alors nous n’avons pas qu’un flash momentané qui illumine la surface de la terre.

Alors ce que nous avons est un murmure, comme une rumeur, une secousse qui commence gentiment et croît de plus en plus forte.

C’est comme si le monde allait donner naissance à un autre, un meilleur, plus juste, plus démocratique, plus libre, plus humain… ou humana.. ou humanoa.

C’est pourquoi aujourd’hui nous commençons notre parole avec un mot d’un passé déjà lointain, mais qui continue d’être nécessaire, urgent, vital: Nous devons nous organiser, nous préparer à lutter pour changer cette vie, pour créer un autre mode de vie, une autre manière de nous gouvernenr en tant que peuples et êtres humains.

Parce que si nous ne nous organisons pas, nous serons tous réduits en esclavage.

On ne peut rien croire du capitalisme. Absolument rien. Nous avons vécu sous ce système depuis des centaines d’annés et nous avons souffert sous ses quatre roues: l’exploitation, la répression, la dépossession et le mépris. Maintenant, tout ce que nous avons est notre confiance en les uns les autres, en nous-mêmes. Et nous savons comment créer une nouvelle société, un nouveau système de gouvernement, la vie juste et digne que nous désirons tous.

Maintenant plus personne n’est en sécurité de la tempête que l’hydre capitaliste va déchaîner pour détruire nos vies, pas les autochtones, les fermiers paysans, ouvriers, enseignants, femmes au foyer, intellectuels ou travailleurs en général, parce qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent pour survivre leur vie quotidienne, certains avec un patron, d’autres sans, mais tous ceux qui sont pris dans l’étreinte du capitalisme.

En d’autre termes, il n’y a pas de rédemption au sein du capitalisme.

Personne ne va nous mener, nous devons nous mener nous-mêmes, penser ensemble au comment nous allons résoudre chaque situation.

Parce que si nous pensons qu’il va y avoir quelqu’un qui va nous guider, et bien nous avons déjà vu comment ils nous mènent ces derniers siècles passés sous le système capitaliste ; cela n’a pas marché pour nous, les pauvres, pas du tout. Cela a marché pour eux, oui, parce qu’ils sont juste là assis et attendent que l’argent leur tombe dans le bec.

Ils ont dit à tout le monde “votez pour moi”, “je vais me battre pour mettre fin à l’exploitation” et dès qu’ils s’installent derrière le burlingue où ils peuvent engranger du fric sans rien faire, ils oublient automatiquement tout ce qu’ils ont dit et commencent à créer encore plus d’exploitation, pour vendre le peu qui reste des richesses de leurs pays. Ces vendus sont des hypocrites parasites et inutiles, des bons à rien.

Voilà pourquoi, compañeros et compañeras, la lutte n’est pas finie, on ne vient juste que de commencer. On ne s’y est mis que seulement depuis 32 ans, 22 ans publiquement.

C’est pourquoi nous devons mieux nous unir, mieux nous organiser afin de construire notre bateau, note maison, c’est à dire notre autonomie. C’est ce qui nous sauvera de la grande tempête capitaliste qui pointe à l’horizon. Nous devons renforcer nos différentes zones de travail et nos tâches collectives.

Nous n’avons pas d’autre chemin possible que celui de nous unir et de nous organiser pour lutter et nous défendre de la grande menace qu’est le système capitaliste. Parce que le capitalisme criminel qui menace toute l’humanité ne respecte absolument personne: il va nous balayer toutes et tous indépendamment de notre race, religion, ou parti politique. Ceci nous a été démontré par bien des années de mauvais gouvernement, de menaces, de persécutions, d’incarcérations, de torture, de “disparitions” et d’assassinats de gens des peuples des campagnes et des villes du monde entier.

Voilà pourquoi nous disons, compañeros, compañeras, enfants, jeunes gens, vous la nouvelle génération êtes le futur de notre peuple, de notre lutte et de notre histoire ; mais vous devez comprendre que vous avez à la fois une tâche et une obligation: celles de suivre les traces de nos premiers compañeros, de nos anciens, de nos parents, grands-parents et de tous ceux qui ont commencé cette lutte.

Ils ont déjà tracé un bout de chemin, maintenant c’est votre travail de le suivre et de garder le cap. Mais nous ne pourrons faire cela qu’en nous organisant génération après génération, en comprenant cette tâche à effectuer et en nous organisant en conséquence pour y parvenir et en continuant tout ceci jusqu’à la fin de notre lutte.

Vous, les jeunes, êtes une part très importante de nos communautés, c’est pour cela que vous devez participer à tous les niveraux de travail de notre organisation et dans tous les domaines de notre autonomie. Laissons chaque génération continuer de nous mener vers notre destinée de démocratie, de liberté et de justice, tout comme nos premiers compañeros et compañeras nous enseignent maintenant.

Compañeros et compañeras, tous, nous sommes sûrs qu’un jour vous parviendrez à ce que nous voulons: tout pour chacun et rien pour nous, c’est à dire notre liberté. Aujhourd’hui, notre lutte est d’avancer pas à pas. Nos armes de lutte sont notre résistance, notre rébellion et notre parole honnête, qu’aucune montagne ni frontière ne peuvent bloquer. Elles vont atteindre les oreilles et les cœurs des frères et des sœurs partout dans le monde !

Chaque jour qui passe, il y a plus de gens qui comprennent que la cause de notre lutte contre la grave situation d’injustice que nous vivons est le système capitaliste dans notre pays et dans le monde entier.

Nous savons également qu’au travers de notre lutte il y a eu et il y aura des menaces, de la répression, des persécutions, de la dépossession, des contradictions et de la moquerie des trois niveaux du mauvais gouvernement. Mais nous devons savoir que le mauvais gouvernement nous hait parce que nous sommes sur la bonne voie, s’il commençait à nous applaudir alors nous saurions que nous avons dévié de notre lutte.

Nous ne devons pas oublier que nous sommes les héritiers de plus de 500 ans de lutte et de résistance, le sang de nos ancêtres coulent dans nos veines, ce sont eux qui nous ont donné l’exemple de la lutte et de la rébellion, le rôle de gardien de notre terre-mère, de laquelle nous sommes nés, sur laquelle nous vivons et à laquelle nous retournerons.

_*_

Compañeros et compañeras Zapatistas

Compañeros et compañeras, compañeroas de la Sixième:

Frères et sœurs:

Ce sont nos premiers mots en ce tout début de nouvelle année.

Plus de paroles et de pensées viendront vers vous.

Petit à petit nous vous montrerons une fois de plus notre regard, notre cœur collectif.

Pour l’heure nous terminerons en vous disant que pour respecter le sang et l’honneur de nos compañeros, il n’est pas suffisant de se souvenir, d’être en deuil, de pleurer, de prier, nous devons plutôt continuer de travailler aux tâches qu’ils nous ont laissé, de créer en pratique le changement que nous voulons tous.

Il n’est pas temps maintenant de battre en retraite, d’être découragés ou fatigués ; nous devons être encore plus fermes dans notre lutte, pour maintenir la parole et l’exemple que nos premiers compañeros nous ont laissés: n’abandonnez pas, ne vous laissez pas acheter, ne pliez pas !

C’est pourquoi, compañeros et compañeras, ce jour important est le temps pour nous de réaffirmer notre volonté dans la lutte, d’aller de l’avant quoi qu’il en coûte et quoi qu’il arrive, sans laisser le système capitalisre détruire ce que nous avons gagné et le peu que nous avons été capables de construire en travaillant pendant ces 22 années: notre liberté !

DEMOCRATIE!

LIBERTE!

JUSTICE!

Depuis les montagnes du sud-est mexicain

Pour le comité clandestin révolutionnaire indigène – Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale

Subcomandante Insurgente Moisés

Subcomandante Insurgente Galeano.

Mexique, le 1er Janvier 2016.

Communiqué de l’EZLN, Chiapas, Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 août 2015 by Résistance 71

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE

Mexique

Communiqué

 

25 juin 2015.

 

Source: http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2015/07/08/armee-zapatiste-de-liberation-nationale-mexique/

 

A la Sexta nationale et internationale :

Comme nous le savons tous déjà, les mauvais gouvernements combinent les fraudes à la violence. Peu importe qu’ils soient de tel ou tel parti, celui qui dirige cherche toujours à se maintenir au pouvoir au dépens de ceux d’en bas. Les plaintes n’ont pour lui aucune valeur, il se rend sourd, d’ailleurs il va jusqu’à payer les médias vendus pour qu’au contraire, ils lui racontent des choses agréables à entendre.

Avant, c’était l’époque de Juan Sabines Guerrero, celui qu’ils disaient qu’il était vraiment de la gauche des partis politiques, et les membres des partis progressistes venaient même le voir pour recevoir des prix, et “l’homme politique légitime” [Lopez Obrador, candidat de gôche, NdT] venait crier avec ferveur : “Vive Juan Sabines !”. Ce Juan Sabines Guerrero a tout arrangé pour que celui à qui revienne le pouvoir après lui soit le “blond de service”, Manuel Velasco Coello [surnommé “Velasco le visage pâle”, NdT], vu que tous les deux appartiennent aux familles qui, avec quelques autres, se répartissent entre elles les charges politiques au Chiapas. Juan Sabines Guerrero a volé, il a effectué des actes frauduleux, et a distribué la violence autour de lui.

Aujourd’hui Velasco fait pareil. Il y a à peine quelques jours, il organisait une grande fraude électorale, violant les propres lois de ceux d’en haut, et maintenant il prépare les choses afin que les prochaines élections aient lieu dans le sang de ceux d’en bas.

Apparemment mentir n’est pas suffisant pour les gouvernants d’en haut. Ils veulent aussi réprimer, emprisonner, assassiner.

En ce moment, ils répriment les instituteurs “démocratiques” [dissidence syndicale du syndicat national des travailleurs de l’éducation, inféodé au gouvernement, NdT] qui ne font que répéter que la réforme éducative en question est un mensonge. Parce qu’en fait, c’est une réforme du patron contre les travailleurs. Le but n’est pas d’améliorer l’éducation, mais de la rendre plus mauvaise. Et ceux qui la mettent en place ne savent même pas à quoi ressemblent les écoles, ils ne savent même pas comment on enseigne. Comme le gouvernement n’aime pas dire la vérité, et bien il ment. Mais comme plus personne ne croit le gouvernement, et bien il réprime.

Ils n’ont aucune honte, au point que le chargé de l’Education du gouvernement est un assassin alcoolique, qui dit une chose un jour et le lendemain dit son contraire. Comment quelqu’un qui ne sait même pas parler peut-il mettre en place une réforme éducative ? Lui il s’appelle Emilio Chuayffet, et il fait partie des assassins d’Acteal. Celui qui se mettait des cuites et racontait des conneries une fois qu’il était soûl. Rien n’a changé, c’est pareil qu’avant.

Pas juste au Chiapas. Dans le Oaxaca, au Guerrero et dans d’autres Etats, pareil, les mauvais gouvernements cherchent à masquer la réalité à base de coups, de gaz lacrymogènes, de coups de feu et de menaces.

On peut tous se rendre compte aujourd’hui que s’il n’y a pas des gens assassinés, frappés et incarcérés, leurs élections “démocratiques” ne les satisfont pas. Et tous les membres des partis politiques, qui se battent pour avoir leur « nonos », et qui ne se souviennent même pas qui a été assassiné, qu’il s’appelait Antonio Vivar Díaz et qu’il était instituteur, ni de ceux qui ont été frappés, ni des incarcérés.

Les gouvernements d’en haut se maintiennent au pouvoir grâce à la tromperie et à la répression.

Mais le sang des instituteurs n’est pas suffisant pour Manuel Velasco au Chiapas. Il veut aussi boire le sang indigène des communautés.

Malgré les dénonciations déjà faites par les organisations des droits humains, Velasco continue à pousser ses paramilitaires à aller attaquer les compas bases de soutien zapatistes.

C’est ce qui est en train de se passer dans la municipalité d’Ocosingo, Chiapas, où les 3 niveaux de gouvernement s’accordent pour mener des provocations : Enrique Peña Nieto, Manuel Velasco et Octavio Albores. Ces gouvernements sont ceux qui sont derrière les paramilitaires de Pojkol.

La communauté de Pojkol elle-même, dont ils sont originaires, a refusé de les soutenir, mais ils continuent à nous attaquer. Les indiens membres des partis politiques disent n’avoir aucun pouvoir sur ces paramilitaires, et qu’ils reçoivent leurs ordres du président municipal d’Ocosingo et du gouvernement de l’Etat, à Tuxtla Gutierrez. C’est de là qu’ils reçoivent leurs armes, leurs équipements, leurs véhicules, et les ordres d’attaquer les bases de soutien.

Il y a quelques heures, il vient de se passer cela :

Caracol “Résistance jusqu’à une nouvelle aurore”. Conseil de Bon Gouvernement “Le Chemin du Futur”. La Garrucha, Chiapas, Mexico 24 juin 2015.

Dénonciation publique

A l’opinion publique :

Aux médias alternatifs autonomes, ou quel que soit leur nom :

Aux adhérent.e.s de la sexta nationale et internationale :

Aux organismes des droits humains honnêtes :

Sœurs et frères du peuple du Mexique et du monde :

Nous dénonçons à nouveau les actions contre nous des groupes paramilitaires de l’ejido Pojkol, du quartier Chiquinibal, Municipalité de Chilón, et des 21 personnes appartenant au même groupe paramilitaire provenant de la communauté del Rosario, municipalité officielle d’Ocosingo, Chiapas.

Les faits :

Ce 24 juin 2015, 28 paramilitaires sont arrivés dans le hameau del Rosario Municipalité Autonome de San Manuel où vivent nos bases de soutien de l’EZLN ce mercredi, à 8h05. Ces paramilitaires qui sont en train d’envahir notre terre récupérée viennent de l’ejido Pojkol, du quartier Chikinibal. Ils sont arrivés à bord d’un véhicule Nissan sans plaques d’immatriculation et de 8 motocyclettes, et des 28 paramilitaires, 8 d’entre eux portaient des armes à feu de calibre 22.

A 10h05, une camionnette blanche de la marque RAM dépourvue de plaques d’immatriculation arrive avec deux hommes á bord : un ingénieur et un ranchero du nom de Guadalupe Flores, qui vit dans la ville d’Ocosingo, Chiapas, et qui était propriétaire du terrain avant 1994. Les 28 paramilitaires de Pojkol et les 21 paramilitaires del Rosario se sont alors réunis avec les deux personnes qui venaient d’arriver ; après cette réunion, ils ont commencé à mesurer le terrain, soi-disant pour y construire un temple, et aussi d’autres parties afin d’y construire des maisons, et après cela, le ranchero a remis des documents aux mains du groupe paramilitaire, qui seraient les soi-disant plans du terrain récupéré.

A 13h26, ils ont tiré 10 coups de feu à l’arrière de la maison d’un compañero Base de soutien afin d’intimider la population.

A 13h27, 8 paramilitaires de Pojkol sont entrés dans la maison d’un compañero base de soutien, mais ils n’ont trouvé personne sur place parce que le propriétaire de la maison était déjà parti pour éviter l’affrontement. 23 minutes plus tard, ils sont entrés dans la maison d’un autre compañero. Il était 13h50. Ils ont détruit la maison du compañero base de soutien, lui ont volé toutes ses affaires et même le toit de la maison composé de 12 tôles de 3.5mm et 2 poules, 4 poussins, 20 œufs, 2 haches, 2 panneaux solaires, 2000 pesos en monnaie, 2 machettes, une enregistreuse, 100 mètres de tuyaux et 150 kilos de haricots. Toutes ces affaires, qui appartenaient au compañero base de soutien, ils les ont chargées dans la camionnette du soi-disant ingénieur, et cette camionnette est repartie en direction de Pojkol, emportant toutes ces affaires volées vers là ou ils sont repartis en compagnie des 28 personnes de Pojkol.

Vu les faits, nous autres, autorités du conseil de bon gouvernement, voyons bien que ces personnes, l’un simulant être ingénieur et l’autre ex-propriétaire du ranch, sont en fait les conseillers de ces groupes paramilitaires.

Il est aussi clair pour nous que le mauvais gouvernement essaie de nous attaquer de pleins de façons différentes, ils s’est déjà passé différents évènements et ce sont les mêmes paramilitaires qui nous avaient tué un taureau reproducteur, détruit des maisons, détruit notre boutique collective, volé nos affaires, répandu des herbicides sur le pré nous appartenant où se trouvait le bétail collectif de la municipalité de San Manuel, tiré des coups de feu et laissé des cartouches usagées et des inscriptions sur le sol disant “territoire pojkol”, le mois d’août 2014 dernier. Ce sont les mêmes paramilitaires qui avaient débarqué le 10 mai 2015, lorsque l’un d’entre eux qui s’appelle Andrés a tiré sur une petite fille base de soutien.

C’est la 3e dénonciation que nous faisons, dans la première et la deuxième tous ces faits ont été décrits en détail.

Ces groupes de personnes, préparées et financées par les mauvais gouvernements fédéral, étatique et municipal sont venus plusieurs fois nous provoquer avec leur stratégie de contre-insurrection. Les mauvais gouvernements pensaient qu’on allait tomber dans leurs pièges, et qu’ils pourraient faire tremper nos mains dans le sang de nos frères indigènes qui vont mal dans leur tête, cela parce qu’ils sont payés et que leur mauvaise conscience a été salie par le mauvais système capitaliste.

Nous, nous disons clairement que nous n’allons pas rester les bras croisés tandis que nos bases de soutien se retrouvent soumises à des agressions de toutes sortes employées contre nous par le mauvais gouvernement. Nous avons très clairement annoncé que nous allons défendre nos terres, parce que c’est en elle que nous naissons, c’est en elle que nous vivons et c’est en elle que nous mourrons, et ce quel qu’en soit le prix.

Frères et sœurs, nous allons continuer à dénoncer ce qui va se passer. Nous espérons que vous soyez attentifs et vigilants quant à ce qui pourrait survenir au sujet de nos compañeros et nos compañeras bases de soutien. Nous rendons directement responsables le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’Etat du Chiapas et le gouvernement municipal de tout ce qui pourrait arriver, et aussi que ce sont eux les responsables directs, car ce n’est pas la première fois que nous dénonçons les agissements de ce groupe de personnes.

Bien à vous.

Autorités du Conseil de Bon Gouvernement en exercice.

Jacinto Gómez Pérez, Colosio Pérez Lorenzo, Nely Núñez Sánchez, Alex López Álvarez

Donc c’est ça la situation, compañeras et compañeros de la Sexta :

Selon nos observations, ce dont il s’agit ce n’est pas que le mauvais gouvernement ne nous prête pas attention, trop occupé qu’il est à faire ses déclarations et à répandre ses mensonges ; mais bien que ce soit le mauvais gouvernement lui-même qui donne les ordres. Si non, comment vous expliquez que, bien qu’ils aient les noms de tous les criminels, ceux-là se promènent armés devant les autorités et que personne ne leur dit rien ? C’est qu’il s’agit de leurs employés. Et les paramilitaires le disent clairement eux-mêmes : que personne ne peut rien leur faire, parce que le gouvernement de Velasco les protège et les paie.

Bien, ce sont les informations que nous vous donnons pour le moment compañer@s. Tout reste identique : d’en haut, viennent les mensonges, les coups, le mépris et l’exploitation.

D’en bas ce qui doit surgir, c’est l’organisation. Pour la vie, pas pour provoquer un bain de sang, car c’est ce que veulent les contremaîtres, les majordomes et les caporaux du système dans lequel nous vivons, et que c’est les ordres qu’ils reçoivent de leurs patrons, le capitalisme néo-libéral.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Sous-commandant insurgé Moisés.

Mexique, juin 2015.

Paroles et faits autogestionnaires: Comment en finir avec le processus électoral inique (EZLN)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 23 mai 2015 by Résistance 71

Texte d’un porte-parole de ceux qui s’autogèrent et s’auto-déterminent dans le sud du Mexique depuis 1994. Sagesse autochtone et réalisme politique, que nous devrions absorber et adapter à nos vies. Pour que triomphent enfin “ceux d’en bas” pour l’égalité et la justice pour tous. Les paroles du sub Moisès sont d’or…

~ Résistance 71 ~

 

“Ce n’est plus d’être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d’être conscient.” (Albert Camus)

“Omettre ou minimiser ces voix de la résistance est créer l’idée que le pouvoir ne réside qu’avec ceux qui ont les armes, possèdent la richesse, les journaux et les stations de radio et télévision. Je désire montrer que les gens qui paraissent n’avoir aucun pouvoir, soient-ils des travailleurs, des gens de couleurs, des femmes, une fois qu’ils s’ORGANISENT et créent des mouvements, ont une voix qu’aucun gouvernement ne peut supprimer.” (Howard Zinn)

« Tout comme il y a une globalisation capitaliste néolibérale, il y a une globalisation de la rébellion. » (EZLN)

 

Au moment des élections organisez la résistance

 

Avril~Mai 2015

 

Par le Subcomandante Insurgente Moisés

Aux compas de la sixième:

 

url de l’article:

http://bsnorrell.blogspot.com/2015/05/zapatistas-in-times-of-elections.html?spref=bl

 

~ Traduction Résistance 71 ~

 

A ceux qui lisent ces mots parce qu’ils les intéressent, alors même qu’ils ne font pas partie de la 6ème:

Ces jours, à chaque fois que se produit ce qu’ils appellent un “processus électoral”, on entend et on voit les choses qui sortent immanquablement disant que l’EZLN appelle à l’abstention, que l’EZLN dit que les gens ne devraient pas voter. Ils disent cela et d’autres idioties, ces grosses têtes qui n’étudient pas l’histoire ni même n’essaient de comprendre quoi que ce soit. Et ils mettent même toutes ces absurdités dans les livres d’histoire et les biographies, ils font payer pour cela en plus. C’est à dire qu’ils font payer pour des mensonges. Comme les politiciens.

Bien sûr on sait qu’ils ne sont pas du tout intéressés en ces choses, que ceux d’en-haut inventent afin d’essayer de convaincre ceux d’en-bas qu’ils sont concernés à leur sujet.

En tant que Zapatistes, nous n’appelons pas les gens à ne pas voter, nous ne les appelons pas non plus à voter. En tant que Zapatistes, à chaque fois que nous en avons l’opportunité, nous disons aux gens qu’ils doivent s’organiser pour résister et pour lutter afin d’obtenir ce dont ils ont besoin.

Nous, comme bien des peuples originels de ces terres, savons déjà comment les partis politiques opèrent et c’est une mauvaise histoire de gens mauvais.

Et pour nous Zapatistes, ceci est une histoire appartenant déjà au passé.

Je pense que feu le père Juan Chavez Alonso a dit que les partis politiques séparent et divisent les gens, créant confrontation et conflits entre eux, même au sein des membres d’une même famille,

Et nous nous voyons ceci se produire encore et toujours.

Nous savons tous que dans beaucoup de communautés où nous vivons, il y a des gens qui ne sont pas Zapatistes et qui ne sont pas organisés, qui survivent en espérant que le mauvais gouvernement leur donnera quelques broutilles en échange de quelques photos pour la RP qui présente le gouvernement sous un bon jour.

Ainsi nous voyons qu’à chaque fois qu’il y a des élections, certains s’habillent en rouge, d’autres en bleu, d’autres encore en vert ou en jaune, certains en couleurs délavées etc… Et ils se battent entre eux ; parfois ils se battent entre membres d’une même famille. Pourquoi se disputent-ils ? Et bien ils se battent au sujet de qui va les diriger, d’à qui ils vont obéir, qui va leur donner des ordres.. Ils pensent que quelque soit la couleur qui gagne, les gens qui ont soutenu cette couleur vont recevoir plus. Nous voyons bien qu’ils disent qu’ils sont très au courant et décisifs dans leur choix de parti politique et parfois même ils se trucident pour une putain de couleur. C’est la même chose pour tous ceux qui veulent obtenir une position politique, peu importe qu’ils soient habillés en rouge, vert ou bleu ou même s’ils ont parfois une nouvelle couleur à faire valoir.

Et ils disent qu’ils appartiennent et viennent du peuple et donc que le peuple les soutient. Mais ils ne viennent pas du peuple, ils viennent des mauvais gouvernements qui un jour sont les représentants locaux et le jour suivant les leaders des syndicats, puis les fonctionnaires des partis et les présidents municipaux, c’est comme cela qu’ils fonctionnent, sautant d’une position à une autre et aussi souvent d’une couleur à une autre. Ce sont les mêmes personnes, avec les mêmes noms de famille comme toujours, les fils, petits-fils, oncles, neveux, parents, beaux-frères, petits-amis, amants, amis des mêmes tricheurs et des mêmes caïds de cour de récré, comme toujours. Ils disent toujours la même chose: qu’ils vont sauver les gens, que cette fois-ci ils vont faire attention et bien se comporter, qu’ils ne voleront pas trop, qu’ils vont aider ceux qui n’ont rien, qu’ils vont les sortir de la pauvreté…

Et puis, ils dépensent leur argent qui n’est bien sûr pas le leur mais celui qui vient des impôts, mais ces petites frappes et ces tricheurs ne dépensent pas tout cet argent pour aider ceux qui sont au fond du trou. Non, non. Ils le dépensent dans leur propagande politique, affichant posters et photos, faisant des pubs électorales à la radio à la télévision, mettant des pages de pub dans les journaux et les magazines et même passant des spots dans les cinémas.

Les gens dans les communautés qui sont des partidistas (personnes qui s’identifient à un parti politique) pendant le temps des élections sont très conscients de la couleur qu’ils supportent et dès qu’il devient clair qui a gagné, alors ils changent de couleur car ils croient qu’ils recevront aussi des dividendes pour leur “soutien”.

Supposez par exemple qu’ils reçoivent une télévision. Et bien, en tant que Zapatistes nous disons qu’on leur a donné une poubelle, parce qu’avec cette télé, ils vont recevoir une montagne d’ordure et de détritus.

Peu importe que les partis leur ont donné ce qui fut promis auparavant, maintenant ils ne vont rien leur donner du tout.

Et si les partis leur ont donné quoi que ce soit, ce fut pour les rendre encore plus fainéants. Ils ont oublié comment travailler la terre. Ils sont juste là, attendant le prochain chèque du gouvernement pour le dépenser en picole. Ils sont dans leurs maisons, se moquant de nous parce que nous cultivons la terre, tandis qu’ils s’assoient attendant tranquillement que leurs femmes ou leurs filles reviennent avec la pitance du gouvernement.

Il en est ainsi jusqu’au jour où la paie promise ne vient pas. Pas de préavis, ce n’est pas annoncé par la presse soudoyée, personne ne vient leur dire qu’ils sont leur propre sauveur. Il n’y a simplement plus de soutien, alors ces frères et sœurs comprennent qu’ils n’ont rien, qu’il n’y a plus d’argent pour la picole, mais qu’il n’y en a plus non plus pour le maïs, les haricots, le savon ou des sous-vêtements. Alors ils doivent retourner vers le petit lopin de terre fermière qu’ils avaient abandonné et qui est si rempli de mauvaises herbes qu’ils ne peuvent plus le traverser et parce qu’ils ont oublié comment travailler, bientôt leurs mains sont couvertes d’ampoules et ils ne peuvent plus tenir leur machette. Ils sont devenus inutiles à ce point en ne vivant que des subsides du gouvernement au lieu de travailler.

Ceci se produit déjà. Ils n’en parlent pas aux infos contrôlées de toutes façons par le mauvais gouvernement. Au contraire, les infos disent qu’il y a beaucoup de soutien et de subsides du gouvernement, mais rien ne vient pour les gens. Où va donc cet argent que le gouvernement dit qu’il dépense en subsides dans sa campagne contre la pauvreté ? Et bien nous savons déjà que ceux au dessus ont dit qu’il y allait avoir de moins en moins de sous, voire même plus du tout. Pensez-vous que si tous les paysans habitués aux subsides cessent de travailler cela va faire travailler ceux au dessus ? Non, non. Le mec plus haut est habitué à recevoir pour ne rien donner en échange. Il ne sait pas comment vivre honorablement de son travail, la seule chose qu’il connaisse est de vivre s’il a une position qui lui est assignée par son gouvernement.

Donc maintenant qu’il y a moins d’argent, il n’y a plus de distributions. Tout l’argent reste plus haut dans les échelons et ne redescend plus vers le bas. Le gouverneur prend sa part du butin, le juge également, puis la police, un peu va aux représentants locaux, un peu au président municipal, des miettes aux fiduciaires, des poussières au dirigeants syndicaux et il n’y a plus rien pour les partidistas et leurs familles.

Avant il y avait un petit quelque chose, maintenant, plus rien. “Que se passe t’il ?” demande le partidista. Il pense que c’est à cause de la couleur, que ça ne marche plus alors.. il essaie une autre couleur. Pareil. Dans leurs assemblées les partidistas sont en colère, ils crient, accusent, s’accusent les uns les autres de choses, ils s’appellent traîtres, s’invectivent, se traitent de vendus, de corrompus, mais en fin de compte c’est toujours ceux qui hurlent et ceux sur qui on crie qui sont les traîtres, les vendus et les corrompus.

Ainsi donc, ceux qu’ils appellent la base du parti perdent espoir, se font du souci et se sentent mal. Ils arrêtent de plaisanter parce qu’ils comprennent que dans les maisons des Zapatistes, il y a du maïs, des haricots, des légumes, il y a un peu d’argent pour des médicaments et des vêtements. Notre travail collectif nous aide à nous soutenir les uns les autres quand nous sommes dans le besoin. Il y a une clinique, il y a une école et ce n’est pas gràce au gouvernement qui ne nous aide en rien, Nous, par nous-mêmes nous sommes aidés les uns les autres en tant que compañeros et compañeras zapatistes de la 6ème.

Alors le frère partidista vient vers nous tout triste et nous demande ce qu’il doit faire, disant qu’il s’est fait baiser.

Savez-vous ce que nous lui disons alors:

Nous ne lui disons pas qu’il doit changer de parti, pour celui qui est maintenant le moindre mal.

Nous ne lui disons pas de voter.

Nous ne lui disons pas de ne pas voter.

Nous ne lui disons pas qu’il devrait devenir zapatiste, parce que nous savons tous déjà, au travers de notre propre histoire, que tout le monde n’a pas le cœur ni la force d’être un Zapatiste.

Nous ne nous moquons jamais de lui.

Nous lui disons qu’il doit simplement s’organiser.

“Alors que dois-je faire?” demande t’il.

Alors nous lui disons: “Tu vas voir par toi-même ce qu’il y a à faire, ce qui émerge de ton cœur et de ta tête, personne d’autre ne va te dire ce qu’il faut faire.”

Alors il dit: “La situation est vraiment, vraiment mauvaise.”

Nous ne lui mentons pas, ni ne lui faisons de grands discours, nous lui disons la simple vérité qui est: “Cela va empirer.”

– * –

On sait comment çà se passe.

Mais aussi, en tant que Zapatiste, nous savons très bien qu’il y a encore des gens dans d’autres parties de la ville et de la campagne qui se laissent piéger à devenir des partidistas.

Bien qu’être impliqué avec un parti semble être attractif parce que vous pouvez faire de l’argent sans travailler, sans être harassé de travail pour faire quelques sous ; mais ceux d’au-dessus trompent les gens. C’est leur boulot et c’est comme çà qu’ils survivent.

Nous voyons bien qu’il y a des gens qui y croient, que oui, maintenant la situation va s’améliorer que ce leader politique va arranger les choses et leurs problèmes, qu’il va bien se comporter, qu’il ne va pas trop voler, qu’il ne sera impliqués que dans quelques scandales seulement et que bon, ils doivent lui donner une chance…

Nous disons que tout ceci n’est que la petite histoire qui doit se produire. Que les gens doivent apprendre d’eux-mêmes que personne ne va résoudre leurs problèmes pour eux, et que bien au contraire nous devons prendre les affaires en main pour les résoudre nous-mêmes en tant que collectifs organisés.

Ce sont les gens qui créent les solutions, jamais les partis politiques ou les leaders.

Nous ne disons pas cela pour faire bien, parce que ça “sonne bien”. Nous disons cela parce que nous le voyons tous les jours dans la réalité, parce que nous le faisons déjà, ceci est notre quotidien.

– * –

On pourrait dire qu’il y a longtemps, avant qu’ils ne deviennent partie intégrante de l’appareil institutionnel, certains partidistas de la gauche cherchèrent à construire une conscience chez les gens. Qu’ils ne cherchaient pas le pouvoir au travers des élections, mais qu’ils désiraient faire bouger les gens pour qu’ils s’organisent, qu’ils luttent et changent le système. Pas seulement le gouvernement, mais le système dans son entièreté.

Pourquoi dis-je les partidistas de la gauche institutionnelle ? Et bien parce que nous savons qu’il y a des partis de gauche qui ne sont pas impliqués dans les affaires présentée ci-dessus, ils ont leur forme, mais ne se vendent pas, ni n’abandonnent, ni ne changent leur croyance que nous devons en finir avec le système capitaliste. Parce que nous savons et en tant que Zapatistes nous n’oublions pas, que l’histoire de la lutte d’en-bas est aussi écrite avec leur sang.

Mais l’argent est l’argent et au-dessus c’est au-dessus et les partidistas de la gauche institutionnelle ont changé leur façon de penser et maintenant ils recherchent des positions payées. C’est aussi simple que cela: le fric, ou en d’autres termes: la paye, le salaire.

Croyez-vous vraiment qu’il soit possible de créer une conscience politique en dédaignant, en humiliant et en calmomniant ceux d’en-bas ? En leur disant qu’ils ne sont qu’une bande de “bouffeurs de sandwich” qui ne pensent pas ? qu’ils sont ignorants ?

Pensez-vous vraiment pouvoir créer une conscience politique en demandant aux gens de voter pour vous tout en leur disant simultanément qu’ils sont des imbéciles qui se vendraient pour une télé ?

Pensez-vous créer une conscience politique si vous leur dites “Hé vous les partidistas de la gauche, ce tricheur et cette petite frappe qui dit être l’espoir pour le futur bossait pour une autre couleur auparavant et ce n’est qu’un rat”, alors les gens vous répondent que vous êtes vendu à Peña Nieto ?

Pensez-vous que vous créez de la conscience politique si vous mentez au peuple, leur disant que nous, les Zapatistes, disons de ne pas voter, parce que vous voyez que vous n’aurez peut-être pas assez d’électeurs dans vos registres, ou en d’autres termes, fini de payer et vous chercher quelqu’un sur qui rejeter le blâme ?

Pensez-vous créer de la conscience politique si vous avez maintenant les mêmes personnes bossant pour votre parti qui étaient avant des rouges, des bleus ou des jaunes ?

[…]

Si au Chiapas, Velasco frappe les gens de la main, ses partidistas frappent les gens alentours avec leur racisme non-voilé.

Il est très clair que la seule chose pour laquelle les partidistas créent de la conscience est qu’en plus d’être arrogants, ce sont aussi de parfaits imbéciles.

Que pensent-ils?

Qu’après avoir été insultés, trompés et calominiés, que les gens d’en-bas vont se mettre à genoux devant cette couleur politique, voter pour eux et implorer d’être sauvés ?

Ce que nous, Zapatistes, disons est ceci: Vous avez la preuve que pour être un politicien de parti d’en-haut, vous devez être sans honte, imbécile ou un criminel… ou les trois à la fois.

-*-

Nous, Zapatistes, disons que nous ne devrions pas être effrayés d’avoir le peuple qui gouverne. C’est la voie la plus saine et le plus juste. Parce que ce sont les gens eux-mèmes qui vont procéder au changement qui est vraiment nécessaire et cela est la seule façon pour qu’un nouveau système de gouvernement se mette à exister.

Ce n’est pas que nous ne savons ce que choisir un candidat ou des élections sont. Nous, les Zapatistes, avons un calendrier et une géographie différents pour le comment avoir des élections en territoire rebelle, en résistance.

Nous avons nos propres méthodes où les gens choisissent et cela se fait sans dépenser des millions, encore moins en produisant des tonnes de détritus en plastique, des bannières, photos, posters représentant des rats et des criminels.

Il est vrai que cela fait juste 20 ans que nous avons choisi notre système autonome, de manière véritablement démocratique. C’est comme cela que nous avons marché ensemble, dans la liberté que nous avons obtenue pour nous-mêmes et avec une “autre” justice d’un peuple organisé dans le processus du choix. Où tout le monde trouve un accord et organise le politique pour s’assurer que les gens obéissent à leur mandat. Où les gens s’organisent pour déterminer le travail qui sera effectué par les représentants. En d’autres termes: le peuple commande au gouvernement (NdT: Dans la plus pure tradition ancestrale amérindienne des sociétés à la chefferie sans pouvoir, où le chef est endetté vis à vis du peuple et n’est qu’un porte-parole sans aucun pouvoir, celui-ci étant dilué dans le peuple qui décide en assemblées…)

Le peuple s’organise en assemblées, où les gens commencent par exprimer leur avis, de là des propositions émergent sur un sujet donné et ces propositions sont étudiées en évaluant avantages et inconvénients, pour analyser ce qui est le mieux pour le bien commun. Avant de prendre une décision, les propositions sont renvoyées vers le peuple et l’assemblée pour être approuvées de façon à ce qu’une décision puisse être prise en accord avec la majorité des communautés (NdT: petite différence ici mais notoire avec les nations natives plus au nord du sous-continent où les décisions sont prises à l’unanimité…).

Ceci est la vie zapatiste dans les communautés. Ceci est une véritable culture.

Est-ce que cela vous semble lent ? C’est pourquoi nous disons que cela se fait en accord avec notre calendrier.

Pensez-vous que c’est parce que nous sommes des peuples indigènes ? C’est pourquoi nous disons que ceci est en accord avec notre géographie.

Il est vrai que nous avons commis bien des erreurs et avons connu bien des échecs. Et il est aussi vrai que nous en connaîtrons encore d’autres.

Mais ce sont NOS ECHECS.

Nous les commettons, nous en payons le prix.

Ce n’est pas comme dans les partis politiques où les leaders se plantent, où ils font même payer pour leurs erreurs et ce sont ceux du dessous qui paient les pots cassés.

Voilà pourquoi les élections qui pointent au moins de Juin ne nous concernent pas en quoi que ce soit.

Nous n’appelons pas les gens à voter, ni à ne pas voter. Cela ne nous intéresse tout simplement aucunement.

Mieux, cela ne nous inquiète nullement.

Pour nous, Zapatistes, ce qui nous intéresse est de savoir comment résister et confronter les têtes multiples du capitalisme et de son système qui nous exploite, nous opprime, nous réprime, nous fait disparaître et nous vole,

Le capitalisme n’opprime pas dans un seul endroit et d’une seule façon. Il vous opprime si vous êtes une femme, il vous opprime si vous êtes un col bleu ou un col blanc, il vous opprime si vous êtes un paysan, si vous êtes jeune, si vous êtes un enfant. Il vous opprime si vous êtes un enseignant, un élève, un étudiant, si vous êtes un artiste ; il vous opprime si vous pensez, si vous êtes humain, si vous êtes une plante, un animal, de l’eau ou la terre.

Il importe peu le nombre de fois où il le lave ou le parfume, le système capitaliste “dégouline de la tête aux pieds, de chaque pore de la peau, de sang et de saleté” (vous pouvez vous amuser à chercher qui a écrit cela et où…)

Ainsi notre idée n’est pas du tout de promouvoir le vote.

Ni de promouvoir l’abstention ou le vote blanc.

Ni de donner des recettes sur le comment confronter le capitalisme.

Ni d’imposer notre façon de penser aux autres.

Le séminaire est afin de voir les différentes têtes du système capitaliste, d’essayer de comprendre s’il y a de nouvelles façons de nous attaquer ou si les méthodes sont les mêmes qu’avant.

Si nous sommes intéressés par d’autres façons de penser, c’est afin de voir si nous avons raison sur ce que nous pensons qui arrive, qu’il va y a voir une crise économique terrible et dévastatrice qui va se connecter avec d’autres mauvaises choses et que cela occasionnera des dégàts énormes partout et à tout le monde, dans le monde entier.

S’il est vrai que cela arrive, ou que cela est déjà en train de se produire, nous devons penser pour savoir si cela marchera de continuer à faire les mêmes choses qui ont été faites avant.

Nous croyons que nous avons l’obligation de penser, d’analyser, de réfléchir, de critiquer, de trouver notre propre vitesse d’exécution, notre mode de fonctionnement, dans nos endroits et en notre temps.

Maintenant je demande à ceux d’entre vous qui lisent ceci: que vous votiez ou non, est-ce un mal de penser à ce qui se passe dans le monde dans lequel nous vivons, de l’analyser, de le comprendre ? Est-ce que penser de manière critique empêche de voter ou de s’abstenir de voter ? Est-ce que cela nous aide à nous organiser ou pas ?

– * –

Pour en finir avec les élections:

Pour que ce soit clair et que vous ne soyez pas induits en erreur par ce que nous disons et ne disons pas.

Nous comprenons qu’il y a ceux qui pensent que c’est possible de changer le système de l’intérieur par le vote dans les élections.

Nous disons que cela est difficile parce que c’est le même dominant qui organise les élections, qui décide qui seront les candidats, qui dit comment, quand et où voter, qui annonce qui a gagné et qui dit si les élections furent légales ou pas.

Mais eh, il y a des gens qui pensent que cela peut marcher. Okay, nous ne disons pas non, mais nous ne disons pas oui non plus.

Alors, votez pour une couleur ou un autre délavée, ou ne votez pas, ce que nous disons en revanche est que nous devons NOUS ORGANISER et prendre la décision de qui gouverne entre nos mains et les faire obéir au peuple !

Si vous avez déja décidé que vous n’irez pas voter, nous ne disons pas que c’est bien ou mal. Nous disons simplement que ce n’est pas suffisant, que vous devez vous organiser. Et bien sûr que vous devez vous préparer à ce qu’ils vous accusent pour les misères des partis de la gauche institutionnelle.

Si vous avez décidé que vous allez voter et aussi déjà pour qui, alors pareil, notre opinion est que ce n’est ni bien ni mal. Mais ce que nous disons clairement néanmoins est que vous devez vous préparer parce que vous allez être sérieusement en colère quand viendra le temps des fraudes et des trahisons de paroles données. Ceux du pouvoir sont des experts en triche. Ce qui va se passer a déjà été décidé par ceux d’en-haut.

Nous savons aussi qu’il y a des leaders qui mentent et trompent les gens. Ils disent qu’il n’y a que deux voies pour changer le système: la lutte électorale et la lutte armée.

Ils disent cela parce qu’ils sont ignotants et sans honte, ou les deux.

En premier lieu, ils ne se battent pas pour changer le système ou prendre le pouvoir, mais pour être au gouvernement. Ce n’est pas la même chose. Ils disent qu’une fois en place au gouvernement, ils feront les bonnes choses, mais ils font très attention de bien clarifier qu’ils ne vont pas changer les système, qu’ils vont juste se débarrasser de ce qui est mauvais.

Peut-être devraient-ils étudier un peu mieux et apprendre qu’être au gouvernement ne veut pas dire avoir le pouvoir.

Vous pouvez constater qu’ils ne réalisent pas que s’ils se débarrassaient des mauvaises parties du capitalisme, il n’y aurait alors plus de capitalisme et je vais vous dire pourquoi: parce que le capitalisme est l’exploitation de l’homme par l’homme et du grand nombre par le petit nombre. Même en incluant les femmes, c’est la même chose. C’est le système où les uns s’enrichissent du travail des autres. Si ces partidistas disent que cela est bien et qu’ils doivent juste faire attention que leurs élus ne poussent pas le bouchon trop loin, ok, laissez les dire.

Mais il y a plus que les deux voies décrites (la voie électorale et la voie armée) pour entrer au gouvernement. Ils oublient que le gouvernement peut tout aussi bien être acheté, pas seulement cela, mais peut-être ont-ils aussi oublié qu’il est parfaitement possible de gouverner sans même être au gouvernement.

Si ces gens disent que cela n’est possible qu’avec des armes ou des élections, la seule chose qu’ils nous disent en fait, est qu’ils ne connaissent rien à leur histoire, qu’il n’ont pas bien étudié, qu’ils n’ont aucune imagination et qu’ils n’ont aucune honte.

Ce serait suffisant pour eux de voir juste un peu de ce qu’il se passe en-bas. Mais leurs cous sont déjà courbaturés de trop regarder en haut.

C’est pourquoi nous, les Zapatistes, ne sommes jamais fatigués de dire organisez-vous, organisons-nous, chaque personne là où elle est, luttons et organisons-nous, travaillons pour nous organiser, commençons par penser comment commencer à nous organiser et rassemblons nous afin d’unifier nos organisations pour vivre dans un monde où le peuple commande et le “gouvernement” obéit.

En résumé, comme nous l’avons dit au préalable et nous le redisons maintenant: que vous votiez ou non… ORGANISEZ-VOUS

Et bien, nous, Zapatistes, pensons que nous devons avoir de bonnes idées afin de nous organiser. Ce qui revient à dire nous avons besoin de théorie, de pensée critique.

Avec la pensée critique, nous pouvons analyser les modes de l’ennemi, de celui qui nous opprime, nous exploite, nous réprime, nous méprise et nous vole.

Mais avec la pensée critique nous pouvons également analyser et critiquer notre propre chemin.

Pour cette raison, nous appelons toute la 6ème à se rassembler pour penser, analyser, théoriser et de voir comment nous voyons le monde, notre lutte et notre histoire.

Nous en appelons à ce que vous ayez vos propres séminaires et partagiez avec nous ce que vous y cultivez.

– * –

En tant que Zapatistes, nous allons continuer à nous gouverner nous-mêmes comme nous le faisons déjà, là où le peuple dirige et le gouvernement obéit.

Comme le disent si bien nos compañeros: Hay lum tujbil vitil ayotik. Ce qui veut dire: comme il est bon le chemin que nous empruntons.

Une autre: Nunca ya kikitaybajtic bitilon zapatista. Ce qui veut dire: nous ne cesserons jamais d’être zapatistes.

Encore une: Jatoj kalal yax chamon te yax voon sok viil zapatista. Même mort, on m’appelera toujours zapatiste.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Au nom de l’EZLN, des femmes, hommes, enfants et anciens de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejercito Zapatista de Liberacion Nacionale)

Subcomandante Insurgente Moisés

Mexico, April-May of 2015.

[i] The text uses “cabrón,” like bully or asshole, and “cabra,” (literally “goat”), playing with the feminine form of gendered nouns in Spanish. We will use “cheats and bullies” throughout the rest of the translation for this phrase.

[ii] The text uses “compañeroas,” to give a range of possible gendered pronouns including male, female, transgender and others.

[iii] A reference to those who accept gifts or handouts—often a sandwich at a rally—from the political parties in return for support.

[iv] A reference to the slap Chiapas governor Manuel Velasco gave to an assistant at a December 9, 2014, public event, which was caught on camera.

[v] From Karl Marx’ Capital Volume 1, Chapter 31.

[vi] The text uses “unoas” (some) and “otroas,” (others) to give a range of possible gendered pronouns including male, female, transgender and others.