Archive pour EZLN chiapas autogestion

Résistance politique: Un exemple de société autogérée, non pyramidale, non coercitive: Le Chiapas (Mexique) depuis 1994…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 6 mai 2014 by Résistance 71

“Nous montrons au pays (Le Mexique) et au monde, que pour être capable de développer une bien meilleure vie, vous pouvez parfaitement le faire sans la participation aucune du mauvais gouvernement (l’État). Le progrès en éducation, santé, commerce, sont des projets que nous abordons et menons avec une société civile nationale et internationale, parce qu’ensemble nous construisons ce que nous pensons être bon pour le peuple. Pourquoi le peuple mexicain et les autres peuples d’autres pays nous soutiennent-ils ? Nous pensons que c’est parce qu’ils voient bien que rien de ce que nous faisons est seulement à cause de nous, pour nous. Nous disons simplement que tout le monde peut planifier et décider comment leur économie et leur gouvernement devraient être et nous travaillons dans la pratique à cette forme de gouvernement.”

-o-o- Subcomandante Moisés, EZLN, 2004 –o-o-

 

Rebeldia Zapatista la parole de l’EZLN

 

Subcomandante Insurgente Moisés

 

Mexique, Avril 2014, 20ème année de la guerre contre l’oubli

 

url de l’article:

http://bsnorrell.blogspot.com/2014/05/rebeldia-zapatista-word-of-ezln.html

 

article original en espagnol:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/04/24/editorial-2-rebeldia-zapatista-la-palabra-del-ezln/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Compañeras et compañeros de la sixième (declaration) et de la petite école zapatiste:

Nous continuons ici de rapporter les paroles des compañeras et compañeros, des familles, des gardiens et des enseignants sur la façon dont ils ont vu et évalué leurs élèves de la petite école. Comme ils disent ici dans ces terres rebelles, il n’y a pas de répis, on doit continuer à travailler dur.

Nous mentionnons ceci parce qu’il y a toujours plus de travail qui arrive avec les compañeras et compañeros du Congrès National Indigène (CNI). Donc vous voyez bien, c’est vrai… Pas de répis. Et même lorsqu’il y a une coupure dans ces tâches, le temps est utilisé pour travailler à soutenir les familles, mais aussi pour penser, pour étudier et à faire de nouveaux plans pour la lutte.

Ceci est important du simple fait que les capitalistes néolibéraux ne prennent pas de repos non plus et pensent toujours au comment étendre leur domination à l’infini.

Comme le dirent si bien les Compañeras et compañeros dans un des “partages” que nous avons eu ici: en juste 19 ans, nous avons mis à la poubelle le mauvais système de 520 ans d’âge de domination et nous tenons maintenant notre proppre liberté et notre propre démocratie entre nos mains et nous ne sommes juste que quelques milliers d’hommes et de femmes qui gouvernons nos propres communautés, imaginez si nous nous organisions avec quelques autres millions de personnes dans les campagnes et dans les villes.

Comme ces mêmes compañeras et compañeros le disent, ceci est grâce au fait que nous nous sommes organisés et avons compris ce que la dignité et la résistance veulent véritablement dire. Nous ne nous résignons plus aux miettes, aux dons, aux pitances qui nous étaient jetés au fur et à mesure des déceptions et des mensonges du mauvais gouvernement.

Comme le disent les zapatistes, nos arrières arrières grand-parents, nos arrières grands-parents, nos grand-parents, n’ont jamais rien reçu à manger. Bien au contraire, ce qu’ils produisaient leur était enlevé et on leur laissait des miettes afin qu’ils puissent retourner au travail le lendemain pour leur propriétaire terrien. C’est comme cela qu’ils ont vécu: exploités par le patron et le mauvais gouvernement. Pourquoi penserions-nous que le mauvais gouvernement soit diférent aujourd’hui ? Qu’il serait bon alors qu’il est constitué des arrières arrières petits-enfants des mêmes exploiteurs et qui sont les plus corrompus de notre temps ?

C’est pourquoi les nouveaux patrons sont étrangers, enfin si nous les laissons faire, si nous les pauvres hommes et femmes de la campagne et de la ville nous résignons à cela.

Il est grand temps pour les pauvres des campagnes et des villes de s’auto-organiser, temps pour les gens des campagnes et des villes de reprendre leur destinée en mains. C’est à dire, il est temps pour le peuple de se gouverner lui-même au lieu d’être gouverné par quelques individus du haut de la pyramide qui essaient juste d’être toujours plus riches. C’est facile de le voir, de le comprendre et de confirmer en pratique que c’est de fait, la seule raison de leur présence.

C’est pourquoi les compañeras et compañeros des bases de support zapatistes se sont organisés eux-mêmes et ont rêvé et ont travaillé ensemble pour déterminer leurs propres destinées, cette destinée est maintenant totalement visible. Leur façon de se gouverner eux-mêmes comme peuple et comme communautés est totalement différent ; ils gouvernent en tant que peuple et leurs représentants leur obéissent (NdT: Retour à la société traditionnelle où les “chefs” n’ont aucun pouvoir et ne font que représenter leur peuple, cf Pierre Clastres et ses études sur le changement de direction de la dette que nous avons publiées..), c’est à dire que leur gouvernement obéit au peuple. Ceci est le véritable changement, pas seulement un changement de couleurs et de logos. Qui dit que cela ne peut pas être accompli, Compañeras et compañeros de la Petite Ecole ? Cela peut-être fait, parce que c’est le peuple lui-même qui décide, de manière organisée, ce qu’il veut et ce dans tous les aspects de sa vie…

Pourquoi avoir peur de laisser les gens décider eux-mêmes du comment leur nouvelle vie sera ? Comment ne pouvons-nous pas avoir peur de la grande atrocité commise par les trois niveaux de mauvais gouvernement qui décident de notre futur contre le bien et l’intérêt général ? C’est là que les Compañeras et compañeros de l’EZLN disent que le peuple doit avoir le pouvoir de décision sur sa propre vie, parce que les gens prennent les décisions pour le bien de la communauté et non pas pour profiter de leur propres vices. Et s’ils font des erreurs, et bien ils les corrigent d’eux-mêmes. Mais les trois niveaux du mauvais gouvernement n’ont pas d’yeux ni d’oreilles pour voir et entendre, ils refusent de reconnaître toute erreur commise au sein de leur monde de domination et de mensonge. Laissons ce monde derriere nous, laissons les seuls et voyons s’ils peuvent survivre, arrêtons de nous laisser exploiter. Les Compañeras et compañeros des communautés zapatistes ont fourni un exemple à suivre.

Voilà pourquoi nous continuons à partager ici les mots des Compañeras et compañeros des bases de soutien de l’EZLN.

Ceci continuera encore et encore.

Subcomandante Insurgente Moisés.

Mexique, Avril 2014. Vingtième année de la guerre contre l’oubli.

 = = =

A lire:

“EZLN 20 et 10, le Feu et la Parole”, Gloria Muñoz Ramirez, éditions Nautilus, 2005

A notre sens le meilleur bouquin écrit sur l’histoire du mouvement zapatiste par une journaliste mexicaine qui a passé 7 ans au Chiapas entre 1997 et 2004 et a rencontré les protagonistes, vécu avec eux… longtemps.

Résistance politique à l’oligarchie mondiale: Les Zapatistes du Chiapas (Mexique) montrent la voie…

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… d’un nouveau paradigme politique par la résurgence indigène et l’enseignement de la pratique démocratique réelle.

Excellente analyse de la situation mondiale par le Sub Moisès.

L’avenir de l’humanité demeure dans les peuples occidentaux, libérés de l’idéologie colonialiste, se tenant aux côtés de leurs frères indigènes pour gérer ensemble la planète de manière égalitaire, fraternelle et libre.

— Résistance 71 —

 

Rebeldia Zapatista

La Parole de l’EZLN

 

22 mars 2014

 

url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Rebeldia-Zapatista-La-parole-de-l

 

 

Éditorial

Nous sommes les femmes et les hommes zapatistes, rebelles en notre propre patrie, le Mexique, parce que nous sommes menacés de destruction, au même titre notre terre-mère, menacés sous terre et sur nos terres par les personnes mauvaises riches et par les mauvais gouvernants qui ne pensent qu’à convertir tout ce qu’ils voient en marchandises pour leur seul profit : ce sont les capitalistes néolibéraux.

Ils veulent posséder tout.

Ce sont des destructeurs, des assassins, des criminels, des violeurs. Ils sont cruels et inhumains ; ce sont des tortionnaires ; ils font disparaître les gens ; ce sont des corrompus qui concentrent tout ce que l’on peut imaginer de pire. Ils sont comme ça, ils n’ont rien à faire de l’humanité. Ils sont plutôt antihumains.

Ils ne sont qu’une poignée, mais qui décide de tout ; ils décident de comment dominer les pays qui se laissent dominer : ils ont fait des pays sous-développés leur chasse gardée, leur propriété privée, et ont fait des gouvernements capitalistes sous-développés de simples contremaîtres à leur service.

C’est le cas chez nous, au Mexique. Le patron, ce sont les néolibéraux sans frontières ; leur hacienda s’appelle le Mexique ; leur contremaître de service aujourd’hui s’appelle Enrique Peña Nieto ; leurs majordomes, ce sont Manuel Velasco, au Chiapas, et tous les autres gouverneurs, comme on les appelle, de chacun des États mexicains ; leurs capitaines, ce sont les mal nommés « présidents municipaux » (maires) et autres autorités municipales.

C’est contre une telle situation, contre ce système, que nous nous sommes insurgés à l’aube du 1er janvier 1994.

Cela fait maintenant trente ans que nous construisons et mettons en pratique notre idée d’une vie meilleure, à la vue de tout le monde : le peuple mexicain et le monde entier peuvent venir voir par eux-mêmes ce qu’il en est. Humblement mais sagement, différents peuples réunis, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes décident et choisissent comment se gouverner de façon autonome.

Nous ne cachons rien de ce que nous faisons, des buts que nous poursuivons, de ce que nous voulons ; tout est visible, à la vue de tous.

Il n’en est pas de même avec les mauvais gouvernants, à savoir, les trois mauvais pouvoirs [1] : le système capitaliste, lui, fait tout en cachette, derrière le dos du peuple.

Nous, nous partageons avec les compañeros et les compañeras du Mexique et du monde notre humble façon d’envisager ce monde nouveau que nous imaginons et désirons ardemment.

C’est pour cette raison que nous avons décidé, après réflexion, de créer l’école zapatiste.

Un lieu où il est question de la liberté et de la construction d’un monde nouveau différent de celui dans lequel nous maintiennent les capitalistes néolibéraux.

Et ensuite, chez nous, c’est le peuple qui en discute, la base directement et non pas uniquement ses représentants. Ce sont les communautés qui disent si tout va bien ou si l’organisation actuelle leur convient, et non leurs représentants. En d’autres termes, c’est la base qui vérifie si les choses se passent comme le disent ses représentants.

compañeros de la ville et de la campagne, vous méritez de partager tout cela avec nous tous, parce que c’est nous tous ensemble qui devons penser à comment doit être ce monde nouveau que nous voulons et non pas seulement nos représentants ou des dirigeants. Ce n’est pas à eux de le penser et de le dire et encore moins de nous dire si c’est bien ou non la manière dont tout est organisé. C’est au peuple, à la base, d’en juger.

Alors, à vous de dire si c’est utile pour vous d’avoir participé à l’école zapatiste.

Comme vous le verrez en lisant les textes publiés dans ce numéro de Rebeldía Zapatista, notre revue, cela a servi à ce que des personnes bonnes aux Mexique et dans le monde connaissent nos compañeros et compañeras des bases de soutien, parce que aucun gouvernement, au Mexique même, ne veut reconnaître l’existence des indigènes. Ils ne se souviennent d’eux qu’en période d’élections, comme s’ils n’étaient que des bulletins de vote.

C’est seulement en s’organisant comme ils l’ont fait, avec leur lutte, qu’ils ont pu se défendre pendant trente ans.

Ils font tout ce qui est possible, réalisent l’impossible, et ils l’ont largement démontré tout au long de ces trente ans d’existence. C’est ce qu’ils partagent et communiquent ici.

Avec cette école, nous avons fait en sorte que la parole de nos compañeras et de nos compañeros des bases de soutien zapatiste voyage beaucoup plus loin et franchissent des milliers et des milliers de kilomètres, contrairement aux balles de nos fusils à l’aube du mois de janvier 1994. Certaines n’ont parcouru que 50 mètres à peine, d’autres 100 mètres et au mieux certaines ont franchi jusqu’à 300 ou 400 mètres de distance ; les paroles, l’idée de l’école zapatiste traverse des océans, des frontières et des espaces énormes pour vous rejoindre, compañeras, compañeros.

Nous les indigènes rebelles, nous le savons bien et nous savons qu’il y a d’autres femmes et d’autres hommes rebelles qui sont indigènes et qui savent aussi ce qu’est le capitalisme néolibéral.

Et il y a d’autres frères et sœurs qui sont aussi des rebelles, sans être indigènes, qui peuvent aussi écrire et partager dans cette revue pour faire savoir leur pensée et ce qu’ils pensent du système actuel qui veut détruire la planète Terre. C’est pour cela que nous donnons également la parole, dans ce numéro de notre revue, à des compañeras et à des compañeros anarchistes.

Bien, compañeros de la Sexta, le mieux c’est que ceux qui ont assisté aux discussions et ont pu le voir avec leurs propres yeux et l’entendre avec leurs propres oreilles et en ont été satisfaits se chargent de le communiquer et de l’expliquer à ceux qui ne peuvent pas venir.

Dans ce premier numéro de notre revue, on trouvera retranscrites les paroles et la pensée de nos compañeras et compañeros des bases de soutien zapatistes, des familles, des gardes d’enfants, des instituteurs et institutrices, qui donnent leur avis sur l’école où ils partagent leurs points de vue et aussi sur les compañeras et compañeros élèves. Dans les prochaines livraisons, nous publierons l’évaluation recueillie de la bouche des professeurs, des guides, des familles et des chargés de coordination de cette école dans chacune des zones des cinq caracoles.

De la même façon que vous avez discuté entre vous ou publié ce que vous avez vécu, vu et entendu dans nos terres zapatistes, vous pourrez lire ici comment l’ont vu et entendu celles et ceux qui ont brandi l’étendard de la RÉBELLION ZAPATISTE.

Sous-commandant insurgé Moisés

Mexique, janvier 2014. 
An XX après le début de la guerre contre l’oubli.

Traduit par SWM.

Source du texte d’origine : 
Enlace Zapatista

Notes

[1] Le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire (NdT).

Résistance politique: Mondialisation de la rébellion pour un changement de société…

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“La forme de capitalisme liée à la mondialisation néolibérale est fondée sur l’exploitation, le pillage, le mépris, et la répression de ceux qui s’y opposent. En d’autres termes, la même chose qu’auparavant, mais maintenant à l’échelle planétaire… Mais ce n’est pas si facile pour cette mondialisation néolibérale, parce que ceux qui sont exploités dans chaque pays ne s’assoient pas à attendre leur triste sort, ils se rebellent et ceux qui ne s’intègrent pas et se retrouvent sur le chemin du néolibéralisme résistent et refusent d’être éliminés ; tout comme il y a une mondialisation néolibérale, il y a également une mondialisation de la rebellion…”

~ Extrait de la 6ème déclaration zapatiste de la jungle de Lacandon, Juin 2005 ~

 

Rebeldia Zapatista, La parole de l’EZLN

 

Editorial de Rebeldia Zapatista, la parole de l’EZLN

 

Subcomandante Insurgente Moisés

 

3 Mars 2014

 

url de l’article:

http://bsnorrell.blogspot.com/2014/03/rebeldia-zapatista-word-of-ezln.html

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous, les rebelles zapatistes, ainsi que notre terre-mère, sommes menacés de destruction dans notre patrie mexicaine. A la fois au dessus et en dessous de la surface de la Terre, les mauvais gouvernements, les mauvais riches, tous les capitalistes néo-libéraux, veulent transformer en commodités tout ce qu’ils voient.

Ils veulent tout posséder.

Ils sont destructeurs, ce sont des assassins, des criminels, des violeurs. Ils sont cruels et inhumains, ils torturent, font disparaître des gens, ils sont corrompus. Ils sont tout ce que vous pouvez imaginer de mauvais, ils se moquent éperdument de l’humanité. Ils sont en fait, inhumains.

Ils sont peu nombreux, mais ils décident de tout, de la façon dont ils vont dominer les pays qui se laissent dominer. Ils ont fait des pays sous-développés leurs plantations et ont assujettis les soi-disants gouvernements des pays capitalistes sous-développés. C’est ce qui s’est passé au Mexique. Les corporations néolibérales transnationales sont les patronnes, leur plantation s’appelle le Mexique, le délégué en charge actuel s’appelle Enrique Peña Nieto, les administrateurs sont Manuel Velasco au Chiapas et les autres soi-disants gouverneurs des états et les “présidents” municipaux ces mal-nommés sont les contremaîtres du système.

C’est pour cela que nous nous sommes soulevés contre ce système à l’aube du 1er Janvier 1994.

Pendant 30 ans (NdT: la phase préparatoire clandestine de la rebellion zapatiste s’est tenue entre 1984 et 1994…), nous avons construit ce que nous pensons être une meilleure façon de vivre et ce que nous avons construit est disponible pour tout le peuple du Mexique et pour le monde a voir et à analyser. C’est une chose humble, mais déterminée sainement par des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui décident ensemble comment nous voulons nous gouverner de manière autonome et autogérée. Rien ne cache ce que nous faisons, ce que nous voulons, ce que nous recherchons. Tout est bien visible. Le mauvais gouvernement d’un autre côté, les trois mauvais pouvoirs que sont le système capitaliste, fait tout derrière le dos des gens.

Nous partageons notre humble idée du nouveau monde que nous imaginons et désirons avec les compañeros et les compañeras du Mexique et de partout dans le monde.

C’est pourquoi nous avons décidé de créer la “Petite École Zapatiste” (escuelita zapatista). Cette petite école est à propos de la liberté et de la construction d’un monde différent de celui des capitalistes néo-libéraux. De plus, ce sont les gens eux-mêmes, c’est à dire, la base de soutien populaire qui partagent ces idées et non pas juste leurs représentants. Ces gens, et non pas leurs représentants, sont ceux qui diront s’ils font bien ou si la façon dont ils sont organisés fonctionne bien. De cette façon, les autres peuvent voir si les choses sont réellement comme les représentants des gens disent qu’elles sont.

Ce grand “partage” entre nous, compañeros des villes et de la campagne est nécessaire parce que nous sommes ceux qui doivent penser comment le monde que nous désirons devrait être. Ce ne peut pas être nos représentants ou nos leaders qui pensent et décident comment le monde devrait être et ils ne peuvent certainement pas être ceux qui disent comment nous réussissons en tant qu’organisation. C’est le peuple, la base, qui doit adresser ce sujet.

Ceux qui ont participé peuvent nous dire si tout cela a aidé et a été utile.

Comme vous le lirez dans ce numéro de notre magazine “Rebeldia Zapatista”, ce processus a aidé les compañeros et les compañeras qui sont la base du soutien, à rencontrer d’autres personnes venant d’autres parties du Mexique et du monde entier. Ceci est très important parce qu’au Mexique, il n’y a pas de gouvernement qui reconnaisse les peuples indigènes. Le gouvernement ne s’en souvient qu’au moment des élections, comme s’ils n’étaient que des ustensiles à voter.

Ce n’est qu’au travers de l’organisation et de la lutte que les bases du soutien se sont elles-mêmes défendues depuis maintenant 30 ans. Ces bases de soutien populaire ont fait tout ce qui était en leur pouvoir et tout ce qui était possible, ces 30 dernières années et c’est cela qu’elles partagent aujourd’hui.

Nous avons travaillé à la création de la Petite École Zapatiste de façon à ce que les mots des compañeros et des compañeras qui sont la base de soutien de l’organisation zapatiste, puissent parvenir au plus grand nombre. Avec la Petite Ecole, leurs voix portent à des milliers et des milliers de kilomètres, non pas comme nos balles en ce 1er Janvier 1994, qui n’allèrent que 50 ou 100m devant nous, au plus loin, 400m. Les enseignements de la Petite Ecole Zapatiste traversent les océans, les frontières et les cieux pour vous atteindre, vous, les compañeros et les compañeras.

Nous les autochtones rebelles, savons qu’il y a d’autres rebellions indigènes, qui savent également ce qu’est vraiment le capitalisme néolibéral.

Il y a aussi des frères et sœurs en rebellion qui ne sont pas indigènes, mais qui écrivent pour partager avec nous dans cette édition ce qu’ils pensent et comment ils voient ce système qui est en train de détruire la planète. C’est pourquoi nous incluons également les mots de compañeros et compañeras anarchistes dans cette édition du magazine.

Et bien compañeros de la 6ème (NdT: Référence à la sixième déclaration zapatiste de la jungle de Lacandon de Juin 2005, qui déclarait l’ouverture du mouvement zapatiste vers l’extérieur), il est très bon que ceux qui sont venus aient pu voir de leurs propres yeux et entendre de leurs propres oreilles ce qu’il se passe ici et qu’ils soient repartis prêts et désireux de communiquer tout cela à ceux qui n’ont pas pu venir.

Dans cette première édition de ce magazine, nous allons commencer à partager quelques mots et idées de nos compañeras et de nos compañeros qui sont la base du soutien zapatiste, les familles, les gardiens, les gardiennes et les enseignants, sur la façon dont ils ont perçu les étudiants de la Petite École Zapatiste. Dans les premières publications de notre magazine, nous allons partager les évaluations faites par les enseignants de la petite école, les votanes, les familles d’accueuil et les coordinateurs des zones des cinq caracoles (NdT: Le Chiapas zapatiste est divisé en 5 zones d’autodétermination populaire de bon gouvernement: les “caracoles” ou “escargots” en espagnol).

De la même manière que vous avez pu parler ou publier ce que vous avez vécu, vu ou entendu dans notre territoite zapatatiste, vous pourrez lire ici comment nous avons vu et entendu ceux qui sont venus et ont levé le drapeau de la rebellion zapatatiste.

Subcomandante Insurgente Moisés

Mexique, Janvier 2014, 20 ans après le débur de la guerre contre l’oubli.

2000ème article… Honneur aux 20 ans de la lutte autogestionnaire zapatiste autochtone du Chiapas…

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Il y a avec cet article 2000 articles en archives sur Résistance 71… Bonne lecture !

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Le salut de l’humanité viendra des peuples occidentaux rejetant l’idéologie colonialiste des oligarques qui les oppriment tout autant que les peuples colonisés, se rangeant aux côtés de ces peuples, pour changer unis et à jamais le paradigme politique et social qui régit les sociétés humaines. L’occident ne peut mûrir qu’au contact et en symbiose avec les peuples qu’il a opprimé pendant plus de 500 ans.

Alors oui… ¡Ya Basta!

~ Résistance 71 ~

 

Le mouvement zapatiste célèbre ses 20 ans

 

Pablo Vivanco (notes de proceso.mx.com)

 

22 janvier 2014

 

url de l’article:

http://tworowtimes.com/news/international/zapatistas-celebrate-20-year-anniversary/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 1er Janvier, les gouvernements du Canada, du Mexique et des Etats-Unis ont marqué le 20ème anniversaire du traité de libre échange entre les pays (NAFTA).

Au Chiapas, l’état le plus méridionnal du Mexique, c’est un aniversaire bien différent qui y fut célébré.

L’Ejercito Zapatista de Liberación Nacionale (EZLN), souvent appelée les Zapatistes, a célébré ses 20 ans depuis le début de l’insurrection armée ; disant qu’aujourd’hui “¡Ya Basta!” (“Assez c’est assez !”), l’EZLN a déclaré la guerre au gouvernement mecixain le 1er janvier 1994.

Parmi les trois principes  de base zapatistes figurait la défense des droits collectifs et individuels des peuples autochtones historiquement refusés par tous les gouvernements mexicains. Le traité NAFTA attaquait non seulement la classe ouvrière des trois pays, mais aussi les droits terriens communaux traditionnels des Indiens du Mexique.

La base sociale zapatiste est essentiellement constituée des populations indiennes rurales du Chiapas soient environ 957 000 des 3,5 millions personnes de l’état, qui parlent une des 56 différentes langues de la région. Un tiers de ces gens ne parlent pas du tout l’espagnol. Des 111 municipalités, 22 ont des populations autochtones allant jusqu’à 90% et 36 autres municipalités comptent une population indienne de plus de 50%.

L’état du Chiapas compte environ 13,5% de toute la population autochtone indienne du Mexique. La plupart des groupes indigènes au Chiapas inclus les Tzeltal, Tzotzil, Ch’ol, Zoque, Tojolabal et les Lacandon, tous descendent des Mayas.

L’EZLN accuse le gouvernement fédéral mexicain de maintenir une stratégie de guerre contre eux et veut reprendre les terres récupérées par les Zapatistes durant leur insurrection. Les Zapatistes ont aussi émis un nouvel appel à la rebellion et ont déclaré leur intention de renforcer l’autonomie de leur peuple.

Devant une assemblée de plusieurs milliers d’invités et des centaines de membres, la Commandante Hortencia a lu une déclaration qui insistait sur la lutte pour le maintien de l’autonomie et de l’autogestion. “Nous apprenons à nous gouverner nous-mêmes en accord avec nos façons de penser et de vivre. Nous essayons d’aller de l’avant en nous améliorant et en nous renforçant ensemble, femmes, hommes, enfants, jeunesse et anciens. Il y a 20 ans nous disions ¡Ya Basta!” Hortencia, une femme Tzotzil et une porte-parole de l’EZLN a dit que les Zapatistes doivent continuer d’organiser le renforcement de la rebellion et de l’autogestion.

Nous partageons notre expérience avec la nouvelle génération d’enfants et de jeunes. Nous préparons notre peuple à résister et à se gouverner. Dans nos zones zapatistes, nous n’avons plus de mauvais gouvernement, il n’y a plus non plus de partis qui règnent et manipulent.”

Des festivités ont duré toute la journée et dans la nuit, dans le brouillard et la bruine constante, festivités auxquelles assistèrent des milliers de jeunes de presque tous les états du pays ainsi que des étudiants venant d’autres pays, élèves des cours de la “petite école zapatiste” (NdT: qui devient internationalement populaire…)

A ces visiteurs, la Commandante Hortencia parla de la possibilité pour l’expérience autonome et autogestionnaire zapatiste de s’appliquer n’importe où.

1er janvier 1994 ~ 1er janvier 2014… 20 ans d’autogestion au Chiapas !

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Rien n’est jamais facile, surtout en milieu hostile, mais les membres de l »Ejercito Zapatista de Liberación Nacional (EZLN), mouvement autonomiste autochtone de la province du Chiapas au sud du Mexique, continuent à monter aux peuples du monde qu’autonomie et autogestion dans un système alternatif de bon gouvernement est non seulement possible, mais fonctionne, malgré l’hostilité et la répression.

Rien n’est parfait, mais le modèle est viable et nous avons beaucoup à apprendre du mouvement zapatiste. L’EZLN montre le chemin de la fédération des communes libres, de la persévérance et de la voie de l’union. L’autonomie zapatiste illustre le concept de la société contre l’état cher à l’anthropologue politique Pierre Clastres.

— Résistance 71 —

 

Vingtième anniversaire de la rébellion du Chiapas 
« Le goût de la liberté des zapatistes » 
entretien avec Jérôme Baschet

 

mercredi 1er janvier 2014, par Bernard Duterme, Jérôme Baschet

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Vingtieme-anniversaire-de-la

 

Historien médiéviste, Jérôme Baschet vit entre Paris et San Cristóbal de Las Casas depuis plus de quinze ans. Il a consacré au mouvement zapatiste de multiples travaux, dont La Rébellion zapatiste. Insurrection indienne et résistance planétaire (Flammarion, 2005). En 2013, il a préfacé Éthique et politique et Eux et nous (Éditions de l’Escargot), ouvrages rassemblant les textes récents des sous-commandants Marcos et Moisés.

En janvier 2014 sera publié son nouveau livre, largement fondé sur l’inspiration zapatiste, Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien-vivre et multiplicité des mondes (La Découverte).

En ce vingtième anniversaire du soulèvement indigène du 1er janvier 1994, la dynamique zapatiste est-elle toujours à ce point porteuse de sens et d’espoir pour les résistances altermondialistes et les luttes d’émancipation dans le monde ?

Au cours des années récentes, principalement de 2007 à 2011, il était courant d’entendre dire que le mouvement zapatiste s’était épuisé. Au Mexique, les médias et certains intellectuels plutôt hostiles entretenaient les rumeurs sur la débandade au sein de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) ou sur la mort du sous-commandant Marcos. Pour tous ceux-là, et à dire vrai pour tout le monde, la mobilisation massive du 21 décembre 2012, le « jour de la fin du monde », a été une surprise totale : plus de 40 000 zapatistes ont occupé, dans un silence impressionnant et de manière aussi ordonnée que pacifique, cinq villes du Chiapas (presque les mêmes que le 1er janvier 1994). Cela a constitué un démenti cinglant à toutes les rumeurs, démontrant que la relative discrétion des années précédentes ne signifiait pas un déclin, mais la préparation silencieuse d’une nouvelle étape de la lutte. Depuis, la « petite école zapatiste » a constitué une impressionnante démonstration de force et d’inventivité politique. Parmi les autres initiatives annoncées dans la série de communiqués intitulée « Eux et nous », il y a l’appel à constituer un réseau planétaire de luttes, appelé « la Sexta » (en référence à la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona). Pour cela, les zapatistes soulignent qu’il ne s’agit plus de faire la liste, connue jusqu’à la nausée, des NON de ce que nous refusons, mais d’élaborer collectivement les OUI qui caractérisent les mondes que nous voulons. En matière de construction de ces mondes alternatifs, il me semble que les zapatistes ont développé une expérience qui, sans nullement constituer un modèle, est l’une des plus importantes que l’on puisse observer aujourd’hui. Il serait très dommage, pour tous ceux qui ne désespèrent pas d’un véritable projet d’émancipation, de ne pas tourner le regard vers cette expérience, pour apprendre d’elle ce qui peut l’être, y chercher une possible source d’inspiration et, à tout le moins, un regain d’énergie et d’espérance.

En 2013, les zapatistes ont lancé une nouvelle invitation aux « zapatisants » du monde entier à venir se frotter de près aux réalités de la vie quotidienne des communautés rebelles autonomes, durant ce qu’ils ont appelé la « petite école zapatiste » (dont une première session a eu lieu en août, une deuxième et une troisième autour de ce 1er janvier 2014). Vous y avez participé : quel bilan tirent ces communautés et quel bilan tirez-vous vous-même de la situation d’« autonomie de fait » qu’elles ont construite depuis plus d’une décennie (en réaction au non-respect gouvernemental des accords de San Andrés censés précisément officialiser une certaine forme d’autonomie indigène) ?

La « petite école » du mois d’août, qui a permis à près de 1 500 personnes de partager, une semaine durant, la vie de familles zapatistes, a été une expérience exceptionnelle et parfois bouleversante, y compris sur le plan émotionnel. Cela a également été, pour les zapatistes eux-mêmes, l’occasion de faire une évaluation collective de l’autonomie, qui a été consignée dans quatre élégants fascicules remis aux participants de la « petite école ». Ce bilan est d’une grande honnêteté ; il fait une large place aux difficultés, aux tâtonnements de ceux qui, au moment de se constituer en autorités, savaient n’être pas préparés pour cela et ont dû « cheminer en questionnant » ; de nombreuses lacunes et des erreurs parfois graves sont également reconnues. Néanmoins, ce qui a été réalisé est remarquable. Prenant appui sur les traditions indiennes tout en les renouvelant profondément, un système d’autogouvernement a été mis en place, au niveau des villages, des communes et des régions. Cinq « conseils de bon gouvernement » fonctionnent, rendent la justice, organisent la prise de décision collective sur la base d’un mécanisme complexe de consultation des assemblées locales, communales et régionales. Un système de santé autonome a été mis en place ; des centaines d’écoles autonomes ont été créées et plus d’un millier d’enseignants ont été formés. Et cela sur la base d’un refus absolu de toute aide gouvernementale. Ce que les zapatistes ont créé peut être considéré comme un autogouvernement de démocratie radicale. Ils démontrent que la politique n’est pas une affaire de spécialistes et que les gens ordinaires (que nous sommes aussi) sont capables de s’emparer des tâches d’organisation de la vie collective. Ils appellent cela l’autonomie, terme qui, pour eux, n’a rien à voir avec une simple décentralisation des pouvoirs de l’État, mais désigne une démarche clairement antisystémique, à la fois construction d’une autre réalité sociale et mise en place d’une forme non étatique de gouvernement, dans laquelle la séparation entre gouvernants et gouvernés tend à se réduire autant que possible. C’est cela le « bilan » du zapatisme, vingt ans après le ¡Ya basta ! de 1994, et ce n’est pas rien.

Quelle est la viabilité sociale d’une telle expérience émancipatrice dans un contexte politique, militaire et économique toujours aussi adverse ?

La situation des communautés rebelles est certes moins dramatique qu’elle ne l’était entre 1997 et 2000 (paramilitarisation orchestrée par le gouvernement fédéral, dizaines de milliers de déplacés, massacre d’Acteal en décembre 1997). Néanmoins, l’hostilité contre-insurrectionnelle reste aujourd’hui manifeste. Elle agit surtout par l’intermédiaire de groupes et organisations que les autorités incitent à harceler les communautés zapatistes, notamment afin de leur soustraire des terres récupérées en 1994 et que celles-ci cultivent depuis lors (elles n’ont pas été légalisées, faute d’un accord de paix mettant fin au conflit). Il y a actuellement plusieurs communautés zapatistes qui ont dû abandonner leurs villages à la suite d’actions de ce genre, menées les armes à la main. Autre exemple, dénoncé l’an dernier : une organisation non zapatiste avait reçu une aide gouvernementale ; l’accord prévoyait que le projet ainsi financé devait utiliser un hangar dont les zapatistes font usage depuis les années 1990 pour y entreposer leur récolte de café.

Si l’EZLN répondait à la violence par la violence, ce serait le prétexte idéal pour une intervention de l’armée fédérale. Poursuivre la construction de l’autonomie suppose donc d’avoir assez de sang-froid pour ne pas « répondre à la provocation ». Cela dépend aussi de la vigilance de la « société civile » mexicaine et internationale, qui est essentielle, car elle rappelle aux autorités fédérales que les zapatistes ne sont pas seuls.

Dans certaines régions et communautés du Chiapas, la population indigène elle-même est hostile à la rébellion zapatiste. Comment ces clivages, parfois violents, évoluent-ils aujourd’hui ?

Hormis ces situations de conflit ouvert, presque toujours induits ou encouragés par les autorités, zapatistes et non-zapatistes sont tout à fait capables de coexister pacifiquement. C’est ce qui se passe dans la plupart des villages du Chiapas. Une grande partie de la population indigène, sans être zapatiste, ne leur est pas hostile et leur témoigne souvent un véritable respect.

Du reste, les cliniques zapatistes sont ouvertes aux non-zapatistes, qui savent qu’ils y seront mieux traités que dans les hôpitaux publics où règnent racisme et inefficacité (nombreux cas récents de femmes indigènes ayant accouché à l’entrée d’hôpitaux publics sans être prises en charge). Il est également fréquent que des non-zapatistes fassent appel à l’un des « conseils de bon gouvernement » pour résoudre une question juridique. Ils bénéficient là d’une justice gratuite, rapide et exercée par des personnes qui connaissent la réalité indienne, ce qui n’est pas le cas des instances constitutionnelles, dont la corruption est profonde. L’un des cinq « conseils de bon gouvernement » s’est récemment inquiété d’avoir trop de cas de non-zapatistes à traiter : il a simplement décidé, sans revenir sur le principe de gratuité, de demander que soient couverts les modestes frais de déplacement (en microbus) des personnes en charge de la justice, lorsque celles-ci devaient se rendre sur les lieux de l’affaire !

Sur le plan national, les zapatistes ont relancé dernièrement la dynamique du Congrès national indigène (CNI), qui fédère les luttes des peuples indiens du Mexique contre l’exploitation de leurs territoires. Au-delà, quelles sont les relations de l’EZLN avec les diverses composantes de la gauche mexicaine ?

Fondé en 1996, le Congrès national indigène rassemble des organisations de la plupart des ethnies du pays (plus de cinquante au total). Sa dernière réunion générale, en août dernier, a été convoquée à l’initiative de l’EZLN et a pris le nom de « chaire Tata Juan Chavez », en l’honneur de l’un des fondateurs du CNI, récemment décédé. Des centaines de délégués des organisations indiennes de tout le pays y ont dressé l’effrayante liste des attaques contre leurs territoires et leurs formes d’organisation communautaire, depuis le détournement illégal de l’eau du fleuve Yaqui dans l’État de Sonora jusqu’à l’implantation massive d’éoliennes détruisant l’écosystème lagunaire dont vivent les pêcheurs de l’isthme de Tehuantepec, sans oublier les récentes attaques contre la police communautaire des régions montagneuses du Guerrero. Le CNI est le lieu de convergence et d’appui mutuel entre ces multiples luttes indiennes.

Les zapatistes ayant dit et répété qu’ils rejetaient totalement la politique d’en haut, celle de l’État et du système des partis, leurs relations avec le Partido de la Revolución Democrática (mais peut-on encore le dire « de gauche » ?) ainsi qu’avec López Obrador, qui tente de fonder un nouveau parti, sont inexistantes. Pour les zapatistes, ce qui importe c’est de tisser des liens avec les organisations dont la lutte ne s’inscrit pas dans une perspective électorale, ainsi qu’ils l’ont fait dans le cadre de l’Autre Campagne.

On se souvient que le jour du soulèvement indigène zapatiste du 1er janvier 1994 fut aussi celui de l’entrée en vigueur des Accords de libre-échange nord-américain – Alena (Mexique, États-Unis, Canada). Vingt ans plus tard, quel bilan les zapatistes dressent-ils de cette ouverture du marché mexicain aux grands voisins du Nord ? Quelle influence a-t-elle eu sur leur propre lutte ?

Pour les zapatistes, il est clair que l’Alena, signé entre des puissances aussi manifestement inégales, fait partie de la « quatrième guerre mondiale » qui, en soumettant peuples et États à la logique néolibérale, tend à les détruire. De manière plus spécifique, l’Alena a fonctionné comme « arme de destruction massive » contre la paysannerie mexicaine. Dans les années 1980, le Mexique était autosuffisant pour sa production de base ; aujourd’hui, il importe la moitié du maïs consommé, pour ne rien dire des autres céréales. L’abandon pur et simple du monde rural faisait explicitement partie du projet du président Salinas de Gortari lorsqu’il a signé l’Alena. Il s’agissait de vider les campagnes et de mettre fin à un mode de vie archaïque dont la logique technocratique se plaît à souligner qu’il n’apporte presque rien au PIB national. Le résultat est catastrophique : migrations, déstructuration des communautés, baisse de la production, imposition de nouvelles formes de consommation, dépendance accrue à l’égard du marché, etc. Aux côtés d’autres organisations qui défendent une agriculture paysanne et promeuvent la souveraineté alimentaire, l’autonomie telle qu’elle se construit en territoire zapatiste se présente comme une alternative au désastre rural mexicain.

Quelles sont, à vos yeux, les perspectives de la dynamique zapatiste (« anticapitaliste, en bas à gauche ») comme critique en actes du modèle dominant et d’un certain rapport au politique ?

Le mouvement zapatiste (notamment « la Sexta ») se définit à la fois par un anticapitalisme conséquent et par un refus de la politique d’en haut, celle qui est centrée sur le pouvoir d’État et le jeu des partis. Ce second point renvoie évidemment à une question sensible, qui provoque malheureusement bien des divisions au sein des gauches mondiales. Pour les zapatistes, cette posture est le résultat d’une histoire jalonnée de trahisons (accords signés par le gouvernement mais jamais respectés, vote des parlementaires de tous les partis contraire au projet de réforme constitutionnel issu des Accords de San Andrés). Elle repose aussi sur le fait que le choix de la conquête du pouvoir d’État conduit, dans un monde dont la globalisation est irréversible, à une soumission, plus ou moins maquillée, aux logiques systémiques et, de plus, à une accentuation de la séparation entre gouvernants et gouvernés. Sur cette base, il n’y a pas d’autre option que de multiplier les espaces permettant d’amorcer la construction de formes d’organisation collective alternatives. Mais, attention, les zapatistes ne prônent pas la stratégie de la désertion et il ne s’agit pas, pour eux, de créer quelques îlots de paix supposément protégés du désastre capitaliste. Ils savent fort bien que, pour construire, il faut une force collective organisée. Et, même si l’autonomie qu’ils ont construite est sans doute l’un des « espaces libérés » les plus amples actuellement existants, ils savent aussi qu’une telle autonomie doit être défendue en permanence contre de multiples agressions et qu’elle demeure nécessairement partielle, vu son environnement systémique. De ce fait, construire et lutter contre doivent être conçus comme deux démarches indissociables. Durant la « petite école », l’un des maestros zapatistes nous a demandé à tous : « Et vous, est-ce que vous vous sentez libres ? » Pour eux, la réponse est claire. Malgré des conditions de précarité extrêmes, ils ont fait le choix de la liberté ; ils décident eux-mêmes de leur propre manière de s’organiser et de se gouverner. C’est sans doute ce goût de la liberté et la dignité qui en découle que l’on perçoit dans la manière d’être si singulière des zapatistes.

Propos recueillis 
par Bernard Duterme

Source : CETRI 
Centre tricontinental

Résistance politique: Solidarité avec le Chiapas en hommage au 20 ans des communautés EZLN au Chiapas (Mexique)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, démocratie participative, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 30 décembre 2013 by Résistance 71

Semaine zapatiste en solidarité avec les communautés rebelles du Chiapas

 

Autre Futur

 

27 décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.autrefutur.net/Semaine-zapatiste-en-solidarite

 

Du 11 au 19 janvier 2014 à Paris

Le 1er janvier 1994, les communautés zapatistes créent la surprise avec un soulève- ment armé et l’occupation de sept villes du Chiapas. 
Le « Ya Basta ! » zapatiste a ébranlé le Mexique et le monde entier. Depuis 1994, les communautés zapatistes construisent leur autonomie en s’organisant elles-mêmes, en répondant aux besoins des peuples indiens en matière de santé, d’éducation, d’agriculture, de culture, en créant des structures démocratiques incluant tous les habitants et en se dotant des moyens nécessaires à leur défense. Le 21 décembre 2012, 40 000 zapatistes ont créé la surprise en occupant cinq des principales villes du Chiapas… dans l’indifférence totale des médias français. Cette année, ils ont invité des milliers de personnes du monde entier à connaître de plus près leur expérience en partageant la vie des villages rebelles, à l’occasion de la Petite École zapatiste. 
Vingt ans ont passé et les zapatistes sont toujours là ! 
Nous avons décidé de fêter, en janvier 2014, le vingtième anniversaire du soulèvement zapatiste pour briser le mur du silence des médias et informer largement sur cette expérience de résistance au capitalisme. Pour nous, ce n’est pas un modèle à reproduire tel quel, mais un encouragement à trouver les chemins propres à nos territoires, à nos cultures.

PROGRAMME

Samedi 11 janvier 2014

  • Balade carnavalesque : les zapatistes sont toujours là !
  • Tout en racontant le cheminement zapatiste par la lecture d’extraits de leurs déclarations, une balade artistique, festive et collective arpentera les rues de Paris. Tout au long du trajet de la musique avec une batucata, de la guitare, du saxo, de la trompette, et aussi du cirque, de la danse, un peu de théâtre, des marionnettes, à mi-parcours pour se réchauffer une pause café avec contes zapatistes à la Petite Rockette-Ressourcerie, et enfin une performance collective El Caracol.
  • Départ de la balade carnavalesque : à l’angle de la rue du Faubourg-du-Temple et du boulevard Jules-Ferry. Métro : République ou Goncourt. À 14 heures.
  • Balade organisée par les Trois Passants (Libérons-les !) et l’association Terre et Liberté pour Arauco.
  • Le même jour. De 15 heures à 23h30.
  • Tamazgha leur dédie yennayer* 2964 en organisant une journée d’activités et de solidarité.
  • Projection du film Teshumara, les guitares de la rébellion touarègue, de Jérémie Reichenbach (2005) et d’un documentaire réalisé par les zapatistes, suivi de débat.
  • Repas du soir : Askaf, 5€ (soupe traditionnelle des montagnes de la Kabylie avec des légumes et de la viande).
  • Caféteria ouverte toute la journée. Petite restauration. Les bénéfices seront versés aux communautés du Chiapas via le CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte).
  • * Nouvel An berbère, qui est le 12 janvier.

Dimanche 12 janvier

  • À partir de 17h30. Projection de témoignages des bases d’appui zapatistes à propos des travaux collectifs dans leurs communautés (quinze minutes) suivi d’un débat avec des participant(e)s à la dernière Petite École zapatiste, de retour du Chiapas. Présentation du livre Contes rebelles : récits du sous-commandant Marcos, réalisé par le collectif Grains de sable, avec lecture de contes par Claudine Baschet, Aline Pailler…
  • À partir de 19 heures.
  • Bal populaire zapatiste avec le Bringuebal.
  • À 16 heures, il est possible d’assister à la représentation de la pièce de la compagnie Jolie Môme Des patates et des roses pour enfants rebelles. (Réservation conseillée au 01 49 39 20.)

Lundi 13 janvier

  • À partir de 19h30. Conférence-débat : histoire des luttes anti-autoritaires au Mexique, des anarchistes du PLM a l’EZLN ». Animée par David Doillon et Guillaume Goutte autour de deux livres : Eux et Nous (Éditions de l’Escargot) et Viva la Social : anarchistes et anarcho-syndicalistes en Amérique latine (Éditions Nada).

Mardi 14 janvier

  • 20 heures. Vernissage de l’exposition photos 1994 – 2014, vingt ans après… il était une fois une petite école pas comme les autres, du 3 au 20 janvier au bar Le Saint-Sauveur. Tous les jours de 19 heures à 2 heures.
  • Le jour du vernissage, soirée avec Bboykonsian soundsystem.

Mercredi 15 janvier

  • 19h30. Zapatistes et libertaires au Mexique, actualité et histoire. Présentation-débat autour de Éthique et politique (Éditions de l’Escargot) et Viva la social : anarchistes et anarcho-syndicalistes en Amérique latine (Éditions Nada) en présence, respectivement, de l’éditeur Guillaume Goutte et de l’auteur-éditeur David Doillon.
  • Organisé par la librairie Quilombo.

Jeudi 16 janvier

  • À partir de 19h30. Soirée sur le cinéma zapatiste.
  • Projections de deux courts-métrages de Promedios, suivie d’une présentation de Promedios et des promoteurs de communication dans les communautés zapatistes et du travail de réappropriation de leur image par les communautés autochtones dans les Amériques, puis projection du film Corazón del tiempo, première fiction zapatiste.
  • Soirée coorganisée par le Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan), De la plume à l’écran, Terre et liberté pour Arauco et Promedios-France.

Vendredi 17 janvier

  • 19h30. Pose d’une plaque commémorative à l’entrée du 33, rue des Vignoles rappelant que le lieu fût déclaré Aguascalientes (territoire zapatiste) en 1996 et que, depuis 1995, s’y développe la solidarité avec la lutte des communautés zapatistes. Suivie de la projection du film La terre est à ceux qui la travaillent et d’un débat sur la gentrification et la lutte pour garder nos espaces de vie.
  • La soirée se terminera par un concert de cumbia avec le groupe Cumbia Bamba.

Samedi 18 janvier

  • À Partir de 14 heures. Manifestation festive depuis le Trocadéro jusqu’à l’ambassade du Mexique.

Dimanche 19 janvier

17 heures. Concert de solidarité avec le soulèvement zapatiste. Avec : Dicktracy Lords (rock’n’roll high energy – Paris), Tulamort (punk des rues – Paris), René Binamé (punk folk legend – Belgique). Organisé par le CCC (Collectif Contre-Culture) et le CSPCL (Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte).

Résistance politique: 2014… 20 ans d’insurrection au Chiapas (EZLN), petit bilan…

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« Pourquoi serons-nous pardonnés ? De quoi  devons-nous demander pardon ? De ne pas être mort de faim ? De ne pas rester silencieux devant notre misère ? De ne pas avoir accepté humblement la gigantesque charge historique de haine et d’abandon qui nous échoit ? D’avoir pris les armes lorsque nous avons compris que tout autre chemin était barré ? Pour ne pas avoir suivi le code pénal de la province du Chiapas, le plus absurde et répressif de notre temps ? Pour avoir démontré au reste du pays et au monde que la dignité humaine existe toujours et est toujours présente dans ses plus pauvres habitants ? De nous être préparés conscienscieusement avant de bouger ? D’avoir pris des fusils pour combattre au lieu d’arcs et de flèches ? Pour avoir appris à combattre avant de la faire ? Pour être tous des Mexicains ?  Pour être pour la plupart des autochtones indiens ? Pour appeler le peuple mexicain à combattre de toutes les manières possibles pour ce qui leur appartient ? De lutter pour la liberté, la démocratie et la justice ? De ne pas suivre les schémas classiques de la guerilla ? De ne pas abandonner ? De ne pas être corrompus ? De ne pas trahir notre cause ?… Qui a besoin de demander pardon et qui peut le donner ?.. »
~ Communiqué de l’EZLN du 18 Janvier 1994 ~

 

« L’EZLN identifia la société civile (mexicaine) comme étant son unique interlocutrice. Dans ces conditions, aucun dialogue n’était possible avec le gouvernement… La stratégie du gouvernement mexicain en 1998, fut d’annihiler la base des communautés zapatistes et de démanteler les communes autonomes, ceci échoua et ce malgré la violence extrême avec laquelle la tentative fut faite. L’EZLN survécût à une des plus féroces offensives qui fut jamais déclenchée contre elle. Non seulement cela, mais elle parvint à conserver sa capacité militaire, à étendre sa base populaire et à croître politiquement en démontrant la justesse de ses revendications. »
~ Gloria Muñoz Ramírez ~ « Le Feu et la Parole », 2004 ~

 

Note de Résistance 71: Le livre de Gloria Muñoz Ramírez « Le Feu et la Parole », publié en français aux éditions Nautilus en 2004, est certainement le meilleur ouvrage à ce jour sur le mouvement zapatiste du Chiapas et son expérience autogestionnaire de lutte indigène. Un excellent cadeau de fin d’année pour en savoir plus sur un mouvement bien sûr « oublié » des médias,  provenant d’une journaliste de qualité qui s’est immergée dans le mouvement zapatiste sur place entre 1997 et 2004…

 

20e anniversaire de l’insurrection zapatiste – « Liberté, Démocratie, Justice ! »

 

Bernard Duterme

 

15 décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.cetri.be/spip.php?article3313&lang=fr

 

Article publié (en versions adaptées) par La Revue Nouvelle (novembre 2013), Altermondes (Paris, décembre 2013), Demain Le Monde (janvier-février 2014).

« Vous êtes néophyte dans la connaissance du zapatisme ? (…) Vous n’êtes jamais allé dans un village zapatiste ? Vous n’étiez pas encore né quand l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) est apparue au grand jour ? Vous ne vous étiez rendu compte de rien jusqu’au jour de la fin du monde, ni même après ? (…) Voici ce que vous auriez toujours dû savoir à propos du zapatisme  »(1). Le sous-commandant Marcos, porte-parole des Indiens insurgés du Sud-Est mexicain, n’a pas son pareil parmi les leaders révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui, pour ré-attirer l’attention sur sa rébellion.

« Le jour de la fin du monde  » auquel il fait allusion dans cet extrait d’une nouvelle série de longs communiqués incoercibles rendus publics en juillet dernier, c’est le 21 décembre 2012, le solstice d’hiver choisi par plus de 40 000 zapatistes encagoulés pour occuper pacifiquement et silencieusement cinq villes du Chiapas. Impressionnante démonstration de force, après quatre ans de relative discrétion. D’autant que l’on savait le mouvement rebelle miné par les stratégies de division et de pourrissement du pouvoir mexicain, le quadrillage militaire et le harcèlement paramilitaire, ainsi que le découragement de certaines « bases d’appui » zapatistes.

Aujourd’hui donc, sur le clavier du « SupMarcos » comme dans les cinq « caracoles » (sièges des « conseils de bon gouvernement » qui gèrent l’« autonomie de fait » de centaines de communautés rebelles réparties sur un territoire fragmenté de la taille de la Belgique), c’est de nouveau l’effervescence. Lancement des « petites écoles zapatistes » ouvertes aux « zapatisants » du monde entier, relance du « Congrès national indigène (CNI) » qui fédère les peuples indiens du Mexique en lutte contre l’exploitation minière, agro-industrielle, énergétique, touristique transnationale qui mange leurs territoires, mais aussi célébrations en cascade du triple anniversaire de la rébellion : les dix ans de l’autogouvernement de fait, les vingt ans du soulèvement armé, les trente ans de la fondation de l’EZLN.

Novembre 1983, décembre 1993, août 2003

C’est en novembre 1983 en effet qu’une poignée de guérilleros issus des Forces de libération nationale (FLN), rejoints l’année suivante par l’universitaire citadin qui deviendra le « sous-commandant Marcos », créent au fin fond de l’État du Chiapas l’« Armée zapatiste de libération nationale », avec la ferme intention, à la mode de Che Guevara, d’y « allumer » la révolution. Marcos et ses camarades ne seront toutefois pas les seuls à « travailler » aux côtés des Mayas tzotziles, tzeltales, tojolabales, choles de la région. Les animateurs sociaux du très concerné diocèse catholique de San Cristobal de Las Casas, dont les frontières coïncident précisément avec la zone d’influence actuelle des zapatistes, sont aussi à l’œuvre dans les villages indigènes, depuis de nombreuses années.

Dix ans plus tard, forts de ces influences multiples mais contrecarrés dans leurs projets d’émancipation par l’autoritarisme d’une élite locale raciste et par les effets de la libéralisation de l’économie mexicaine, la chute du prix du café et la réforme constitutionnelle de 1992 qui casse tout espoir de réforme agraire, d’importants secteurs de la population indigène du Chiapas vont se soulever en armes (avec les moyens du bord, souvent de vieilles pétoires) dans les principales villes de la région. « Démocratie, liberté, justice ! ». Et ce, le jour même de l’entrée en vigueur des Accords de libre-échange nord-américain (Alena) qui ouvrent les richesses du Mexique aux États-Unis et au Canada. Mais le coup d’éclat zapatiste de la nuit du 31 décembre 1993 au 1er janvier 1994 fera long feu. Lourdement réprimés, les Indiens insurgés vont rapidement se replier et réintégrer leurs villages. Débutera alors un long processus de militarisation de la région par les autorités, de négociation erratique et de mobilisation pacifique de l’EZLN au retentissement mondial.

Dix ans plus tard, en août 2003, déçus, voire trahis par la non-application des « accords de San Andrés » (seuls accords signés à ce jour entre gouvernement mexicain et commandants rebelles, sur la reconnaissance des « droits et cultures indigènes »(2)), les zapatistes rendent publique la création de leurs propres organes d’autogouvernement, radicalement étanches aux instances et interventions de l’État, au mal gobierno. C’est l’« autonomie de fait », celle que la Constitution ne veut pas leur reconnaître. Le « mandar obedeciendo  » (commander en obéissant), ici et maintenant. La pratique politique expérimentée alors dans les villages zapatistes rejette toute forme de confiscation du pouvoir, d’abandon de souveraineté dans des structures en surplomb. Elle s’organise dans la rotation incessante et la révocabilité immédiate de tous les mandats, de toutes les « charges » qu’à tour de rôle les délégués indigènes – hommes et femmes – assument bénévolement au sein des cinq « conseils de bon gouvernement », où l’on administre l’autonomie éducative, sanitaire, juridique et, autant que faire se peut, productive et commerciale des communautés rebelles. Le bilan qu’en dressent aujourd’hui les zapatistes eux-mêmes est plutôt positif : en dépit de bien des difficultés, non éludées, les indicateurs sociaux progressent…

La portée mondiale d’un mouvement paradoxal

Toute l’originalité, la force et la faiblesse de la rébellion zapatiste résident dans l’évolution et les réalités auxquelles renvoie ce triple anniversaire. Une avant-garde révolutionnaire léniniste classique fait place à une révolte indienne massive, déterminée, presque suicidaire, qui elle-même, au gré des circonstances, des rapports de force, de rencontres « intergalactiques(3) » avec des bus entiers de rebelles venus du reste du pays et du monde, va s’affirmer en un mouvement à la fois ouvert et autonome, radicalement démocratique et profondément identitaire, nationaliste mexicain autant qu’ethnique et altermondialiste, imprégné d’un esprit libertaire, de clés de lecture marxiste, d’une culture chrétienne émancipatrice, d’idéaux féministes et de références mayas. Une addition de combinaisons plutôt inédites. Le mouvement zapatiste garde en tout cas le mérite d’avoir donné vie, à partir de son ancrage local, à un idéal éthique et politique désormais universel : l’articulation de l’agenda de la redistribution à celui de la reconnaissance. « Nous sommes égaux parce que différents  ».

En cette année d’anniversaires, le sous-commandant Marcos continue à cultiver l’« indéfinition » de la rébellion et à jouer de son humilité (« le chemin se fait en marchant  », « venez le discuter avec nous  », « que faut-il faire ? avec qui ? »), l’un des ressorts sans doute de son écho international si positif des premières années. Dans le même temps, force est de reconnaître que celui qui reste le porte-parole des commandants indigènes et le chef militaire de l’EZLN (4) balise aussi la voie à suivre (« en bas à gauche  », en marge de toute représentation, médiation ou institution politiques, en « réseau » avec les luttes « anticapitalistes » d’ici et d’ailleurs) et clive volontiers le panorama (en caractérisant les « véritables zapatistes » et ceux qui ne peuvent l’être), avec ou sans second degré, selon l’humeur. Ses postures lui valent depuis quelques années déjà de fortes inimitiés au sein des gauches mexicaines – radicales et modérées – qui lui reprochent sa « superbe », ses « zigzags politiques  », voire son « antipolitisme inconséquent  ».

Reste que la priorité donnée par les zapatistes à l’expérimentation d’« une autre manière de faire de la politique » dans les communautés autonomes – ce que la sociologie anglo-saxonne appelle les « politiques de préfiguration » (commencer par fonctionner soi-même démocratiquement) – est en partie le résultat de l’inconséquence des principaux partis mexicains, y compris de gauche (PRD(5)), qui n’ont pas respecté, sur le plan national, les « accords de San Andrés » et, dans le Chiapas, agressent régulièrement l’EZLN ou ses « bases d’appui »… Au-delà, le contexte demeure extrêmement problématique pour les indigènes de la région, zapatistes ou non. Ils figurent toujours parmi les populations les plus pauvres du Mexique, souvent encore sans accès aux services de base, marginalisés ou instrumentalisés par un modèle de développement prédateur – « extractiviste », forestier, agricole, touristique… – qui profite des multiples richesses naturelles et culturelles du Chiapas, au détriment de ses premiers habitants.

Notes

(1) Tiré d’un communiqué du sous-commandant Marcos de juillet 2013, publié sur www.enlacezapatista.ezln.org.mx le 1er août.
(2) Les accords de San Andrés, qui portaient donc sur l’affirmation des identités indigènes, datent de février 1996. Les autres thèmes prévus par les négociations entre rebelles et gouvernement n’ont jamais pu aboutir. Ils étaient censés porter sur les dimensions plus politiques (démocratisation) et socioéconomiques (redistribution) des revendications zapatistes.
(3) Du nom donné par Marcos à la « Première rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme » convoquée par l’EZLN en 1996 dans le Chiapas, qui sera suivie de multiples initiatives similaires.
(4) Au côté désormais, depuis début 2013, du sous-commandant Moises, indigène tojolabal.
(5) PRD pour Parti de la révolution démocratique, fondé en 1989 à partir d’une dissidence du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, à la tête du Mexique de 1930 à 2000 et de nouveau depuis 2012). Le candidat du PRD aux élections présidentielles de 2006, Lopez Obrador, perdant d’extrême justesse (les résultats furent contestés plusieurs mois par des millions de Mexicains de pratiquement toutes les gauches), n’a pas reçu l’appui des zapatistes, mobilisés à cette époque dans une démarche nationale parallèle, intitulée « l’autre campagne ».

Résistance politique et renouveau sociétaire… Petite école zapatiste deviendra grande…

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Une fois de plus le mouvement natif du Chiapas (Mexique) nous montre le chemin… Ce qui a été accompli là-bas depuis 1984 sur le plan de l’auto-détermination, de l’autogestion et de la participation du peuple a bon gouvernement.

Le modèle est tout à fait adaptable à nos sociétés occidentales pourvu qu’on veuille lâcher-prise du futile et du dérisoire de notre système étatique de mauvais gouvernement, oppresseur et criminel.

¡Ya Basta!

— Résistance 71 —

 

Les petites écoles d’en bas

Escuelita Zapatista (petite école zapatiste)

 

25 septembre 2013, par Raúl Zibechi

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Les-petites-ecoles-d-en-bas

 

Il y aura un avant et un après les petites écoles zapatistes. Pour celles d’aujourd’hui et celles de demain. Leur effet se diffusera lentement et ne sera sensible que dans quelques années, mais il marquera la vie de ceux d’en bas pour les décennies à venir. Nous y avons expérimenté une éducation non institutionnelle, pour laquelle la communauté est actrice de l’éducation. Une auto-éducation où l’on apprend d’égal à égal en s’investissant corps et âme, comme dirait le poète.

Il s’agit d’une « non-pédagogie » qui s’inspire de la culture paysanne : on sélectionne les meilleures semences, on les sème en terre fertile et on arrose le sol afin de provoquer le miracle de la germination, toujours incertain et imprévisible.

L’école zapatiste a représenté, pour plus de mille élèves, une forme différente d’apprentissage et d’enseignement, sans tableau ni salle de classe, sans maître ni professeur, sans CV ni qualification. Le vrai apprentissage commence par la création d’un climat de fraternité autour de la diversité des personnes, plutôt qu’avec la division entre, d’une part, l’éducateur qui possède pouvoir et savoir, et, d’autre part, les élèves ignorants auxquels on doit inculquer des connaissances.

Parmi les divers enseignements à en tirer, impossibles à énumérer en quelques lignes, cinq points ont retenu mon attention, peut-être influencée par le contexte que nous traversons au sud du continent.

Le premier, c’est que les zapatistes ont fait échouer les politiques sociales qui constituent, pour ceux d’en haut, un moyen d’étouffer la révolte en divisant, cooptant et soumettant les peuples qui se soulèvent. Toutes proches des communautés zapatistes se trouvent des communautés affiliées au mauvais gouvernement, des quartiers de blocs de petites maisons identiques, qui reçoivent des bons de subsides et où le travail de la terre est presque absent. Des milliers de familles ont succombé un peu partout, en acceptant ces cadeaux d’en haut. Il est donc remarquable, et même exceptionnel, de voir que des milliers d’autres continuent de ne rien accepter.

Je ne connais aucune autre expérience, dans toute l’Amérique latine, qui soit ainsi parvenue à neutraliser les politiques sociales. C’est le plus grand mérite du zapatisme, acquis grâce à la fermeté militante, la clairvoyance politique et une force d’abnégation inépuisable. C’est la première leçon qu’il nous apporte : il est possible de vaincre ces politiques sociales.

Le deuxième enseignement, c’est l’autonomie. Cela fait des années qu’on entend des discours sur l’autonomie dans les mouvements les plus divers, et c’est tant mieux. Dans les communautés et les communes autonomes qui constituent le Caracol Morelia, je peux témoigner de la construction d’une autonomie sur le plan économique, de la santé, de l’éducation et du pouvoir. Il s’agit d’une autonomie intégrale, qui couvre tous les aspects de la vie. Aucun doute que le même phénomène existe dans les quatre autres Caracoles.

Quelques mots sur l’économie, c’est-à-dire la vie matérielle. Les familles des communautés ne « touchent » pas à l’économie capitaliste. Elles effleurent à peine le marché. Elles produisent tous leurs aliments, y compris des protéines en bonne quantité. Elles achètent dans les magasins zapatistes ce qu’elles ne produisent pas (sel, huile, jambon, sucre). Les excédents des familles et des communautés et la vente de café permettent une épargne sous forme de têtes de bétail, qu’on peut vendre pour des besoins de santé ou ceux de la lutte.

L’autonomie dans l’éducation et la santé est possible grâce au contrôle communautaire. La communauté choisit ceux qui enseigneront à ses enfants, et ceux qui prendront soin de sa santé. Il y a une école dans chaque communauté, et le centre de santé regroupe des sages-femmes, des guérisseuses et des spécialistes en plantes médicinales. La communauté les entretient tout comme elle le fait pour ses autorités.

Le troisième enseignement concerne le travail collectif. Comme le dit un Votán (accompagnant) : « Les tâches collectives sont le moteur de notre processus. » Les communautés ont leurs propres terres grâce à l’expropriation des expropriateurs, un premier pas incontournable pour créer un monde nouveau. Hommes et femmes ont leurs tâches respectives et leurs espaces collectifs.

Les tâches collectives sont le ciment de l’autonomie, dont les fruits sont dévolus aux hôpitaux, aux cliniques, à l’éducation primaire et secondaire, au renforcement des communes et des conseils de bon gouvernement. Sans ce travail collectif d’hommes et de femmes, des enfants aux plus âgés, rien de ce qui s’est construit n’aurait pu voir le jour.

Le quatrième point, c’est cette nouvelle culture politique qui prend sa source dans les relations familiales et se divulgue dans toute la « société » zapatiste. Les hommes collaborent au travail domestique qui néanmoins reste dévolu aux femmes, ils gardent les enfants lorsqu’elles sortent de la communauté pour leur participation aux autorités. Les relations de respect et d’affection sont de mise entre parents et enfants, dans un climat d’harmonie et de bonne humeur. Je n’ai remarqué aucun geste de violence ou d’agressivité dans les foyers.

L’immense majorité des zapatistes sont jeunes voire très jeunes, et il y a autant d’hommes que de femmes. Il est évident que la révolution ne peut être portée que par des jeunes. Ceux qui dirigent obéissent, ce n’est pas qu’un discours. Ils s’impliquent corps et âmes, c’est une des clés de cette nouvelle culture politique.

Le cinquième point, c’est le miroir. Les communautés sont un double miroir : nous pouvons nous y voir et les y voir. Non pas à tour de rôle, mais simultanément. On s’y voit en les voyant. Dans cet aller-retour, on apprend en travaillant ensemble, on dort et on mange sous le même toit, dans les mêmes conditions, on utilise les mêmes toilettes, on marche dans la même boue et sous la même pluie.

C’est la première fois qu’un mouvement révolutionnaire réalise une expérience de ce style. Jusqu’à présent, l’enseignement entre révolutionnaires reproduisait les modèles intellectuels universitaires, verticaux, échelonnés et pétrifiés. Ici c’est différent : on apprend avec son corps et sa sensibilité.

Enfin, il y a une question de méthode et de façon de travailler. L’EZLN est née dans le camp de concentration des relations violentes et verticales imposées par les grands propriétaires. Ils ont appris à travailler dans les familles, en secret, transformant les modes d’action des mouvements antisystème. Alors que le monde s’apparente de plus en plus à un camp de concentration, leurs méthodes peuvent s’avérer fort utiles pour ceux qui s’évertuent encore à créer un monde nouveau.

Raúl Zibechi

Traduit par Ana. 
Texte espagnol d’origine : 
La Jornada, Mexico, 23 août 2013

Résistance politique: Hommage de l’EZLN du Chiapas à ses « maîtres » indiens des Amériques…

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Les condisciples IV 
Nos maîtres ne seront pas là

 

SCI Marcos

 

Juin 2013,

 

url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Les-condisciples-IV-Nos-maitres-ne

 

Aux adhérent•e•s à la Sexta au Mexique et dans le monde, 
Aux étudiant•e•s de la petite école zapatiste,

Compañeros, compañeroas, compañeras,

Eh bien oui, vraiment, je crois que vous allez avoir comme camarades d’école un peu du meilleur de ce monde.

Mais certainement, puisque vous vous trouverez sur ces terres en résistance, que vous regretterez que ne soient pas là aussi ceux qui ont été, et sont, très importants pour nous, hommes et femmes zapatistes. Ceux qui nous ont toujours accompagnés, qui nous ont guidés et enseigné par leur exemple. Ceux qui, comme beaucoup d’autres dans tous les coins du monde, ne sont pas de l’EZLN. Quelques-uns sont de la Sexta, d’autres du Congrès national indigène, beaucoup plus ont construit leurs propres maisons et, cependant, marchent sur le même chemin que nous. Eux tous, d’une façon ou d’une autre, sont coparticipants à nos réussites, si grandes ou modestes qu’elles soient.

De nos erreurs et nos échecs, qui ne sont ni peu ni petits, c’est nous les seuls responsables.

Parce que peut-être que vous vous demandez qui nous a appris à résister, à lutter, à persévérer, et comment.

Et, surtout, que vous vous demandez pourquoi ne sont pas présents, assis à vos côtés et comme des étudiants parmi les autres, les peuples originaires du Mexique et du monde, en particulier d’Amérique latine.

La réponse est simple : parce que c’est eux qui ont été, et qui sont, nos maîtres.

De sorte que ne seront pas là les premiers des premiers, ceux sur le sang et la douleur de qui s’est bâti le monde moderne : les peuples originaires.

Ils ne seront pas vos condisciples, les peuples indigènes et leurs organisations les plus représentatives.

Nous ne les avons pas invités à la petite école.

Peut-être que vous vous demandez si nous ne sommes pas en train de devenir fous, ou si c’est une basse manœuvre, à la façon des politiciens d’en haut, pour supplanter les peuples indiens et nous présenter nous-mêmes comme LE peuple indigène par excellence.

Mais non, nous ne les invitons pas tout simplement parce que nous n’avons rien à leur apprendre.

Pourrions-nous apprendre aux peuples indiens ce que signifie être traité comme un étranger sur les terres qui ont été les nôtres, avant même que le monde ne commence le compte faussé de l’histoire d’en haut, et que dans notre ciel ne s’imposent des drapeaux étrangers ?

Nous leur apprendrions ce qu’on ressent à être objet de moquerie à cause du costume, de la langue, de la culture ?

Nous leur apprendrions ce que signifie être exploités, dépouillés, réprimés, méprisés, pendant des siècles entiers ?

Que pourrions-nous apprendre, nous, aux frères de la tribu yaqui et au Mayo Yoreme sur ce que représente le vol des ressources naturelles et sur la nécessaire résistance face à cette spoliation ?

Et au Kumiai, au Cucapá, au Kikapú, au Pame, sur ce que c’est que de se voir poursuivi presque jusqu’à l’extermination et, malgré tout, de persister ?

Et au Nahua, dont les terres sont envahies par des compagnies minières et des fonctionnaires corrompus, et qui, dédaignant la persécution et la mort, continuent la lutte pour virer les étrangers au drapeau de pognon ?

Et au Mazahua et au Ñahñú sur ce qu’on ressent à être ridiculisé pour ses vêtements, sa couleur, sa façon de parler, et, au lieu d’en avoir honte, peindre le vent de couleurs et de sons ?

Qu’apprendrions-nous aux Wixaritari sur la destruction et la spoliation de la culture avec l’alibi du « progrès », et la résistance, guidée par les anciens ?

Apprendrions-nous au Coca, au Me’phaa, au Teneke, à ne pas se rendre ?

À l’Amuzgo à lutter pour ses droits ?

Aux Mayas, nous leur apprendrions ce qu’est l’imposition par la force, le vol et la criminalisation d’une culture extérieure subjuguant l’originale ?

Au Purhépecha, nous lui parlerions sur la valeur de vie de la culture indigène ?

Et au Popoluca, au Zapotèque, au Mixtèque, au Cuicatèque, au Chinantèque, au Chatino sur ce que représente continuer à lutter alors que tout est contre vous ?

Au Rarámuri sur la faim mal dissimulée et la dignité imbattable ?

Et dans la douloureuse Amérique latine :

Pourrions-nous enseigner quoi que ce soit à l’un de nos frères aînés, le peuple mapuche, sur ce que c’est que de résister à la guerre continuelle de spoliation et d’extermination ? De survivre à une longue liste de mensonges, d’outrages et de raillerie, peints de toutes les couleurs politiques d’en haut ?

Et à n’importe lequel des peuples originaires du Mexique, d’Amérique et du monde, que pourrions-nous lui enseigner, nous, les femmes et les hommes zapatistes, les plus petits ?

Qu’ont-ils à apprendre de nous ?

À résister ?

Leur seule existence démontre déjà qu’ils peuvent donner des cours dans la grande école du monde, pas les recevoir.

Non, nous n’invitons pas les peuples originaires à la petite école pour la simple raison que, dans notre histoire, c’est nous qui avons été les élèves malhabiles de ces géants.

Bien sûr que nous allons leur envoyer les documents. Mais…

Nous allons leur apprendre ce que c’est que de vivre dans une communauté, leur apprendre à ressentir ce que c’est que d’avoir une autre culture, une autre langue, d’autres manières ?

À lutter ?

À imaginer et à créer des résistances ?

N’y pensons même pas.

Des peuples indiens, en tout cas, les hommes et femmes zapatistes ont encore beaucoup à apprendre.

Alors ils viendront plus tard, et nous irons chez eux, nous, pour continuer à apprendre.

Et quand ils viendront à la rencontre spéciale que nous tiendrons avec eux, résonneront nos meilleures notes, les couleurs les plus vives et les plus diverses orneront leur pas, et notre cœur s’ouvrira à nouveau pour accueillir ceux qui sont nos frères aînés, les plus grands, les meilleurs.

Parce que honorer qui enseigne, c’est aussi honorer la terre.

Ils viendront dans nos maisons, nous partagerons avec eux nourritures et mémoires.

Nous les élèverons au-dessus de nous.

Et, dressés sur nos épaules, ils se lèveront plus encore.

Et nous les interrogerons sur ce qu’ils voient.

Nous leur demanderons qu’avec leurs yeux, ils nous apprennent à regarder plus loin, plus large, plus profond, plus haut.

Que leur parole nous reçoive et qu’en elle nous buvions.

Qu’ils nous aident à grandir et à être meilleurs.

C’est pour eux qu’a été, qu’est et que sera toujours notre meilleure embrassade.

Alors nos maîtres ne seront pas là.

Mais n’en ayez pas de peine. Il est sûr que ces peuples, qui ont réussi à résister jusqu’ici à toute sorte d’attaques, sauront être généreux et, le moment venu, vous ouvriront leur cœur comme nous le faisons à présent.

Parce que c’est eux qui nous ont appris à ne pas regarder les bruits qui assourdissent et aveuglent. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris à ne pas écouter les couleurs de la tromperie et de l’argent. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris à les regarder et à nous regarder, à les écouter et à nous écouter. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris qu’être indigène, c’est avoir la dignité pour demeure et pour destin. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris non pas à tomber, mais à nous relever. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris la valeur qu’il y a à être la couleur que nous sommes, celle de la terre. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris à ne pas avoir peur. 
Parce que c’est eux qui nous ont appris que pour vivre, nous mourons.

Allez. Salut et silence pour écouter le pas qui vient du plus profond des mondes qui dans le monde sont et ont été.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain, 
SupMarcos 
Mexique, juin 2013.

Résistance politique: Les prisonniers politiques du monde entier invités à la « petite école zapatiste »

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L’EZLN du Chiapas et ses portes-parole Marcos et Moisés l’ont boen compris… Le but est la communication internationale. Les mouvements de lutte contre l’hégémonie capitaliste privée et d’état (ce qui revient au même puisque les états sont TOTALEMENT ASSUJETTIS à la finance et à l’économique) représentée par ses deux têtes maléfiques: le capitalisme privée néolibéral et le capitalisme d’état marxiste, l’autre face de la même pièce, lancée par les mêmes oligarques criminels pour déterminer selon les besoins du capital qui règnera ici ou là.

La solution est en dehors du système étatique, une des solutions peut-être vue comme les « conseils de bon gouvernement » du Chiapas, qui devront bien  sûr être adaptés aux besoins de chaque environnement local, dans la mesure où les priorités d’une commune du Chiapas sont différentes (pour l’heure) des priorité d’une commune de l’Est parisien, de Bretagne, d’Ukraine ou du fin fond du Saskatchewan. L’Idée est d’étendre le cercle des revendications pour que le « je » local, devienne un « nous » global dans le sens d’un réel progressisme politique et social au travers de l’autogestion des communes libres et de leur confédération locale, puis régionale puis internationale au delà de frontières et de « nationalismes » obsolètes et sans intermédiaires, sans maîtres et sans esclaves. Juste nous, les peuples œuvrant pour le bien commun de l’humanité qui est universel.

— Résistance 71 —

 

Les condisciples II 
Il manque les… 
Les prisonnier•e•s politiques

 

par EZLN, SCI Marcos, SCI Moisés

 

23 Juin 2013

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Les-condisciples-II-Il-manque-les

 

1ère partie de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Les-condisciples-I-Premierement

 

Aux adhérent•e•s à la Sexta au Mexique et dans le monde, 
Aux étudiant•e•s de la petite école zapatiste,

Compañeras, compañeros, compañeroas,

En plus des mort•e•s dans la lutte et des disparu•e•s, ne seront pas là et y seront, nous accompagnant dans la petite école zapatiste, les prisonnier•e•s politiques qui, par divers artifices juridiques, se trouvent dans les prisons du monde ou en situation d’asile politique.

Ils sont des milliers dans le monde entier, et la petitesse de notre parole ne parvient pas à arriver jusqu’à toutes, tous. Bien que nous ayons recours à nos compañer@s du Réseau national contre la répression et pour la solidarité, pour essayer d’atteindre le plus grand nombre possible, il en manquera toujours.

C’est pourquoi nous avons envoyé une invitation, parmi beaucoup, à quelques-uns, quelques-unes, qui symbolisent non seulement l’absurdité de prétendre enfermer la liberté, mais aussi et surtout la digne résistance et la persévérance de qui n’est pas vaincu par des gardiens, des murs et des grilles.

Parmi elles et eux se trouvent :

Alberto Patishtán Gómez. Condamné à soixante ans de prison, ce 19 juin ce sont ses treize ans derrière les barreaux. Son délit : être mexicain, chiapanèque, indigène, professeur et sympathisant zapatiste. Bien qu’ait été démontrée l’injustice de son emprisonnement, les autorités judiciaires retardent sa libération. D’après les mots d’un fonctionnaire gouvernemental, « si nous libérions Patishtán, ce serait un double mauvais signal : nous rendrions évident que le système judiciaire est une merde, et nous encouragerions la lutte pour la liberté d’autres prisonniers. C’est quelque chose qui ne nous convient d’aucun point de vue. Mieux vaut attendre que ceux qui font du bruit avec ça se fatiguent ». Mais ici, nous savons que, oui, le système judiciaire au Mexique est bien une merde, et que celles et ceux qui luttent pour la liberté des prisonnier•e•s politiques ne vont pas se fatiguer… jamais.

Leonard Peltier. Cela fait trente-sept ans qu’il est en prison. Son délit : appartenir au peuple originaire Sioux Chippewa (Anishinabe-Lakota) et lutter pour les droits des peuples originaires dans l’Union américaine. Il a été fait prisonnier en 1976 et condamné à deux perpétuités consécutives (peut-être parce que ses bourreaux voulaient s’assurer qu’il n’en sortirait ni vivant ni mort). Il a été accusé d’avoir tué deux agents du Bureau fédéral d’enquête (sigle en anglais : FBI). Les faits se sont passés à Pine Ridge, territoire sacré du peuple sioux dans le Dakota du Sud (États-Unis d’Amérique) où ont été trouvés des gisements d’uranium et de charbon.

Il a été condamné sans preuve aucune et malgré un dossier de plus de mille pages avec des évidences de son innocence. L’accusation du FBI peut se résumer ainsi : « Quelqu’un doit payer. » Il est vrai que Robert Redford a produit un film sur cette affaire, mais celui-ci n’est jamais sorti en salles aux États-Unis. Pendant ce temps, les « gars » et les « filles » du FBI, qui ont si fière allure dans les séries télé, ont assassiné deux cent cinquante indigènes Lakotas. Il n’y a pas la moindre enquête sur ces crimes.

Cela dans un pays qui s’est bâti sur la spoliation des territoires appartenant aux peuples originaires dans cette partie du continent américain.

Mumia Abu Jamal. Étasunien. Prisonnier depuis plus de trente ans. Son délit : être journaliste et militant pour les droits des gens discriminés pour leur couleur dans l’Union américaine. Initialement condamné à la peine de mort, il subit actuellement la perpétuité. Les Blancs l’ont accusé d’avoir tué un Blanc, ce sont les Blancs qui l’ont jugé, les Blancs qui l’ont condamné, les Blancs qui allaient l’exécuter, les Blancs qui le surveillent.

Cela dans un pays qui s’est bâti sur l’exploitation de la sueur et du sang des esclaves amenés d’Afrique… qui, bien sûr, n’avaient pas la peau blanche.

Edward Poindexter et Mondo We Langa. Étasuniens. Leur délit : lutter pour les droits de la population afro-américaine aux États-Unis. Victimes du Programme de contre-intelligence (sigle en anglais : Contelpro) du FBI, ils ont été accusés de la mort d’un policier en 1970, lors de l’explosion d’une mallette contenant de la dynamite. Bien qu’il ait l’aveu du véritable assassin, le FBI a manœuvré et semé des « preuves » contre ces deux militants de l’organisation des Panthères noires. De nombreuses preuves juridiques attestent de leur innocence à tous les deux.

Ils sont toujours en prison dans le pays qui se flatte de la probité et de l’impartialité de son système judiciaire.

Julian Paul Assange. Originaire d’Australie et citoyen du monde. Actuellement réfugié politique. Son délit : avoir divulgué mondialement, entre autres choses, la pourriture de la politique étrangère nord-américaine.

Assange est actuellement poursuivi par les gouvernements britannique et étasunien, les deux pays supposés « paladins » de la justice et de la liberté.

Bradley Manning. Soldat de première classe de l’armée nord-américaine. Son délit : avoir diffusé une vidéo où, depuis un hélicoptère, des soldats gringos tuent des civils en Irak. Parmi les assassins se trouvent deux journalistes. On l’accuse aussi d’avoir fait connaître des documents sur la barbarie nord-américaine en Afghanistan et en Irak. Le chef d’accusation principal contre Bradley Manning, qui pourrait lui valoir la peine de mort, est celui d’« aider l’ennemi », c’est-à-dire d’aider à faire connaître la vérité.

Cela dans un pays soutenu par le mensonge d’une constante menace extérieure (musulmans, asiatiques, latins, etc., c’est-à-dire le monde entier) et, d’après la « manœuvre de renseignement » récemment découverte — en réalité il s’agit d’espionnage — les Étasuniens aussi constituent une menace.

Antonio Guerrero Rodríguez, Fernando González Llort, Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar et René González Sehwerert. La patrie de ces cinq personnes est Cuba, premier territoire libre en Amérique. Connus aussi comme « les cinq Cubains ». Leur délit : avoir fourni des informations sur les plans de groupes terroristes basés en territoire étasunien. En juin 1998, Cuba a remis au FBI nord-américain un rapport rassemblé par les cinq Cubains. Le rapport comprenait des centaines de pages d’information, des vidéos et enregistrements sonores sur les activités de groupes terroristes dans l’Union américaine.

Au lieu de démanteler les cellules terroristes, le FBI arrête les cinq Cubains qui, dans les faits, avaient sauvé la vie de dizaines de personnes, principalement des touristes, qui devaient être la cible des attaques. Antonio est ingénieur, Fernando est diplomate, Gerardo est caricaturiste, Ramón est économiste et René pilote d’avion. Ils sont prisonniers pour le délit d’espionnage, sachant que, lors de leur jugement, les accusateurs eux-mêmes ont attesté que le matériel qu’ils ont rassemblé n’affectait pas la sécurité nationale de l’Union américaine, et que Cuba ne représentait pas une menace.

Tout cela sur le territoire de qui dit combattre le terrorisme international.

Maria Alyokhina, Yekaterina Stanislavovna Samutsevitch et Nadejda Tolokonnikova. Russes, membres du groupe de rock punk Pussy Riot. Leur délit : dénoncer l’imposition de Vladimir Poutine avec la complicité du haut clergé de l’Église orthodoxe russe. Elles ont été arrêtées et emprisonnées pour avoir joué de la musique punk dans une église. La chanson demandait à la mère de Dieu de virer Poutine du gouvernement. Elles ont été condamnées à deux ans de prison pour avoir « miné l’ordre social ».

Cela dans le pays qui se flatte de s’être libéré de la « tyrannie communiste ».

Gabriel Pombo da Silva. Anarchiste né partout et nulle part. Cela fait plus de trente ans qu’il passe dans plus de vingt prisons différentes d’Espagne et d’Allemagne. Son délit : être conséquent. À un de ses persécuteurs il a dit : « Il n’y a rien de plus déplorable qu’un esclave satisfait… un individu dépouillé de sa mémoire et de sa dignité… il est préférable d’être conduit à l’échafaud pour rébellion que vivre cent ans de “liberté conditionnelle” et conditionnée par les peurs et les mensonges qu’on nous a vendus, inoculés… » Et, sur sa condition de prisonnier politique, il a été clair : « J’ai conscience que pour moi (comme pour beaucoup d’autres) il n’existe aucune possibilité de sortir de prison en nous appuyant sur vos lois… parce que votre légalité requiert ma renonciation à mon identité politique… Et évidemment, qui renonce à sa propre identité politique non seulement se trahit lui-même, mais trahit toutes celles qui nous ont précédés dans cette longue marche pour la dignité et la liberté. Il n’y a rien d’héroïque ni de “martyr” (de ceux-là, le cimetière est plein) dans cette considération. Je le crois sincèrement et de tout mon cœur, et c’est pourquoi je suis prêt à “payer le tribut” pour être cohérent avec moi-même et avec tout ce que je pense/ressens… »

(…)

Pourquoi je vous parle de ces prisonnier•e•s politiques si dissemblables et si distants entre eux ? Parce que, pour les femmes et hommes zapatistes, la liberté n’est pas le patrimoine d’un credo, d’une idéologie, d’une position politique, d’une race. Dans les vidéos, vous verrez à quoi nous nous référons, et cela vous aidera à écouter, ce qui est le premier pas pour comprendre. Ce sont environ quinze minutes qui aident à mettre son nez dans les nombreux mondes que comprend le monde.

Comme elles et eux, des centaines de prisonnières et prisonniers politiques ont été invités à la petite école zapatiste. À elles et eux tou•te•s nous avons envoyé une lettre comme celle que j’annexe à présent. Nous espérons qu’ils la recevront, comme les livres et les audios et les vidéos où nous racontons notre histoire. Nous espérons qu’ils accepteront l’invitation, non pas parce que nous pensons que nous avons quoi que ce soit à leur apprendre, mais pour qu’ils sachent comment, par ici, se nomme la liberté.

La voici :

Armée zapatiste de libération nationale, 
Mexique

Mai 2013.

À ————–

De : Les femmes, les hommes, les enfants et les vieillards zapatistes. 
Objet : Invitation spéciale pour participer à la petite école zapatiste.

Compañer@,

Recevez le salut des petits garçons, petites filles, vieillards, femmes et hommes de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Nous vous écrivons parce que nous voulons vous inviter tout spécialement à participer à la petite école zapatiste « La liberté selon les hommes et femmes zapatistes ».

Nous savons qu’il vous sera sans doute impossible de participer en personne à cette occasion. Mais nous savons bien aussi qu’arrivera le jour où les portes des prisons s’ouvriront pour celles et ceux qui, comme vous, ont été emprisonnés par l’injustice faite gouvernement. Et ces mêmes portes resteront ouvertes suffisamment pour que par elles entrent les banquiers et leurs serviteurs.

En attendant, nous allons chercher la meilleure manière de vous faire parvenir les documents. Ce sont des textes avec les paroles de nos compañeras et compañeros zapatistes, dans leur écrasante majorité indigènes mayas, qui y content leur propre histoire de lutte. Une histoire sûrement semblable à la vôtre, pleine de hauts et de bas perpétuels comme l’est la lutte pour la liberté, des douleurs qui l’emplissent, de l’espérance qui en déborde, et de ce côté buté permanent, comme chez vous, de ne pas transiger, ne pas se vendre, ne pas se rendre.

Peut-être qu’ils ne vont pas vous arriver tout de suite. Il est très probable que vos geôliers et bourreaux confisqueront les documents, alléguant que le paquet contient du matériel dangereux. Et c’est vrai que le seul mot de « liberté », quand elle est vécue en bas et à gauche, est l’une des nombreuses horreurs qui peuplent les cauchemars de ceux qui sont en haut au prix de la douleur des autres.

De toute façon, ici, nous attendons, tôt ou tard, votre participation. Car si notre souci est la liberté, l’un de nos traits distinctifs est la patience.

Allez. Salut, et que la liberté soit ce qu’elle doit être, c’est-à-dire le patrimoine de l’humanité.

Au nom de tou•te•s les zapatistes de l’EZLN, 
sous-commandant insurgé Moisés 
sous-commandant insurgé Marcos 
Mexique, mai 2013.

(fin de la lettre d’invitation pour les prisonnier•e•s politiques)

(…)

Bon, maintenant, vous connaissez ces autres invité•e•s à participer à la petite école à vos côtés.

Ne les craignez pas. Ce ne sont pas eux ni elles les criminels, en revanche ce sont bien ceux qui les maintiennent prisonnier•e•s.

Allez. Salut, et que nous trouvions la liberté de la seule manière possible, c’est-à-dire avec elles toutes, eux tous.

(À suivre)

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain, 
sous-commandant insurgé Marcos. 
Mexique, juin 2013.