Archive pour ethnocide et génocide Etats-Unis Canada

Lutte contre le colonialisme au sein de l’empire: Ethnocide et génocide sont les deux mamelles du colonialisme occidental…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 19 novembre 2013 by Résistance 71

Excellente analyse de Steven Newcomb, le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et grand spécialiste du droit institutionnel et indigène, sur les rouages du colonialisme plus que jamais présent en Amérique du Nord. Cet article est le pendant de l’article précédemment traduit et publié: « Comment la langue parlée nous trahit« .

Mettre fin à l’empire, c’est mettre fin au colonialisme dans sa forme pratique certes mais aussi idéologique, qui s’exerce insidieusement sur toutes et tous, car « Nous sommes tous des colonisés« … Seul le degré d’application varie.

— Résistance 71 —

 

Une meilleure façon de concevoir notre être et notre existence

 

Steven Newcomb

 

14 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2013/11/14/better-way-conceive-our-being-and-existence

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Avant l’invasion et la colonisation par les monarchies chrétiennes et les nations d’Europe, notre monde culturel et spirituel était intact. Nos ancêtres libres et indépendants avaient une compréhension spirituelle de leurs propres identités en tant que nations et peuples distincts.

Quand les envahisseurs vinrent, ils travaillèrent pendant des siècles à détruire nos langues originelles, nos cultures et nos traditions. Ils travaillèrent à remplacer notre existence originelle libre avec leurs propres langages européens et traditions toutes fondées sur le christianisme. Jusqu’à aujourd’hui, nous vivons dans ce qui a succédé à cette domination imposée, de laquelle certains d’entre nous pensent que nous avons tous les droits de nous libérer, nous, nos peuples et nos nations.

L’évangélisation chrétienne à cette époque fut violemment dirigée contre les peuples non-chrétiens, en insistant que tout le monde, surtout chaque enfant en bas âge, soit baptisé dans ce que les chrétiens appelaient la “seule véritable foi”. Les non-chrétiens étaient catalogués hors-la-loi et ennemis de l’état qui devaient soit être tués, ou “réduits” à la “civilisation” chrétienne, souvent au moyen de la mise en esclavage et la conversion forcée. Ceux qui n’étaient pas baptisés pouvaient être tués en toute impunité, ou mis aux travaux forcés jusqu’à épuisement, bafoués, volés et déportés collectivement de leurs territoires ancestraux afin de laisser place libre à la vie et au monde chrétien.

Quand je regarde ce que nous avons traversé aux mains des envahisseurs et des gouvernements qui ont émergés de ces schémas invasifs, il est clair que ce fut un effort de nous éradiquer en tant que nations distinctes. C’est comme si les envahisseurs avaient dit tout ce temps: “Vous êtes requis d’accepter notre domination.”

Ce qui est appelé aujourd’hui la “loi fédérale indienne” (NdT: aux USA et “Indian Act” loi sur les Indiens au Canada) aux Etats-Unis n’est rien d’autre qu’une construction métaphorique du système de réalité européo-chrétien. Bien que nous soyons les nations originelles de ce continent et de cet hemisphère, nous avons vécu pendant des générations sous l’effet hypnotique de ce système de croyance européo-chrétien avec sa présupposition sous-jacente que cela est la “seule véritable réalité”. Comme si les dominants avaient dit: “Vous devez volontairement accepter le système de métaphores que nous avons mentalement créé pour votre mise sous contrôle ; ceci représente la seule réalité et c’est de fait la loi.”

Si nous continuons à répliquer et à maintenir “la domination générée par la loi fédérale indienne”, nous sommes les seuls à blâmer. Répéter la même réalité disfonctionnelle et folle encore et toujours et en attendre l’émergence d’une réalité fonctionnelle et saine n’est qu’une autre forme de folie. Si nous embrassons consciemment les concepts, idées et attitudes dont nous savons le résultat être toujours les mêmes problèmes que nous disons vouloir résoudre, alors comment pouvons-nous vouloir blâmer quelqu’un d’autre pour le résultat ?

De plus, la société dominante a mis au point des mots et phrases particuliers pour notre intégration politique dans son système. A chaque fois que nous pensons, parlons et écrivons à propos de nous-mêmes en termes des idées que la société dominante a établi pour ce but précis, nous travaillons contre notre propre intérêt. Nous faisons ceci à chaque fois que nous parlons de nous-mêmes en termes et phrases qui construisent une forme de réalité dominante pour nous, comme les termes “tribus”, “nations tribales”, “nations domestiques dépendantes”, “quasi-souveraineté”, “fier d’être américain (ou canadien)”, “nos pères fondateurs” (NdT: Qui est l’équivalent nord-américain du tristement célèbre “nos ancêtres les Gaulois” enseigné aux élèves indochinois et d’Afrique de l’Ouest et du Nord colonisés par la France…) , “nous devons accepter le pouvoir pléniaire des Etats-Unis”, etc, etc…

Plus nous utilisons des mots et des phrases qui nous diminuent, plus nous refusons d’émettre des alternatives, et plus rapidement nous détruisons notre distinction politique en tant que nations et peuples originels de ce continent et de cet hémisphère. L’auto-intégration politique marche en nous nommant nous-mêmes en les termes que le système politique dominant a inventé comme moyen de mélanger nos nations et nos peuples dans son corps politique prédateur.

A chaque fois que nous utilisons sans questionner le vocabulaire d’auto-domination, nous assistons le corps politique prédateur à digérer (incorporer) nos nations et nos peuples. La seule façon d’arrêter ce processus est de refuser de nous identifier nous-mêmes en termes de leur système de réalité dominant. Le problème de la “découverte” (NdT: au sens de la “doctrine chrétienne de la découverte” comme édictée par les bulles papales de 1455 (Romanus Pontifex) et 1493 (Inter Caetera) a été un moyen de nous focaliser sur un problème plus profond: L’effort incessant de la société dominante d’éliminer notre identité en tant que nations libres et indépendantes originelles de ce continent et de cet hémisphère du globe.

Nous faire nous identifier avec ce même système qui a travaillé si dur à détruire notre existence a été le but ultime de la société dominante depuis des générations. Ce fut le but quant à la mise des membres de nos familles dans des centres d’endoctrinement programmés où ils furent abusés, centres appelés “pensionnats” ou “écoles résidentielles” pour Indiens.

Maintenant un nouveau et troublant développement  point à l’horizon. L’effort de certains pour nous convaincre qu’au nom du “processus de construction retardée de nation” (à des fins de “cicatrisation” et de “réconciliation”…), nous devrions volontairement nous incorporer dans le système de domination qui nous est imposé. Il a été faussement suggéré que la subjugation et la destruction qui se sont abattues sur nos nations et nos peuples vont magiquement se transformer en quelque chose de bénéfique au travers d’un processus “d’incorporation” qui est étiqueté “cicatrisation/healing” et “réconciliation”. On nous dit que ceci sera accompli en nous “incorporant” dans le système politique de l’état, qui a travaillé si diligemment à nous détruire. Tout ce que nous avons à faire en fait est de donner notre consentement informé au système politique dominant.

Ma suggestion : N’y croyez pas un seul instant.

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Steven Newcomb (Shawnee, Lenape)  a étudié le droit fédéral indien et le droit international depuis le début des années 1980.  Il est le directeur et le co-fondateur de l’Institut de Droit Indigène et auteur du livre “Païens en terre promise: Décoder la doctrine de la découverte chrétienne” (éditions Fulcrum, 2008)