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Résistance au colonialisme: Le chemin de la décolonisation du continent américain

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« Impliquer que les Indiens reçurent de la terre est un renversement totale des faits historiques. Jamais les Etats-Unis et leur gouvernement fédéral ne donnèrent un quelconque morceau de terrain à une quelconque nation indienne. Ce sont plutôt les Indiens qui donnèrent de la terre aux Etats-Unis en considération du fait de recevoir un titre indien sur le reste des terres et que celui-ci soit confirmé. […]  La culture telle qu’elle est comprise par le peuple indien est essentiellement un style de vie, c’est une expression de soi, mais pas consciemment, c’est plutôt l’expression de l’essence d’un peuple. Tout ce que l’homme blanc a réussi à créer sur ce continent (des Amériques) est un conglomérat violent d’individus et non pas un peuple. »
~ Vine Deloria Jr, 1969 ~

 

Décoloniser le passé et le présent du continent américain

 

Peter d’Errico

 

6 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/06/decolonizing-past-and-present-western-hemisphere

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

J’ai emprunté le titre de cette article à un article de Paulette Steeves paru en 2015 dans « Archaeologies: Journal of the World Archaeological Congress,« :Paulette F. Steeves (Cree-Métis), presenting an overview of her research overthrowing the Bering Strait theory.

La plupart des gens ne pensent sans doute pas à l’archéologie quand ils observent et analysent la loi fédérale indienne et inversement. Mais les deux secteurs interagissent en tant que composants de la domination continue qui s’exerce sur les peuples indigènes du continent.

La théorie du Détroit de Béring, que Vine Deloria Jr avait appelé « la théorie de la connerie », a longtemps dominé le point de vue officiel en archéologie. Cette théorie dit que l’Île de la Grande Tortue, que les archéologues appellent le continent américain, était vide de gens jusqu’à il y a environ 13 000 ans.

La théorie postule que des communautés humaines migrèrent de la Sibérie vers l’Île de la Grande Tortue au travers d’un “pont terrestre” s’étant établi depuis le continent asiatique et qu’ainsi elles poursuivaient du grand gibier et taillaient des pointes de flèches et de lances d’une forme très distinctive pour tuer leur gibier. Les archéologues appellent ces pointes les “pointes Clovis”, nommées d’après une ville du Nouveau-Mexique où elles furent pour la première fois découvertes. Avant cela, la théorie affirme qu’aucun humain ne vivait sur le continent des Amériques.

Steeves dit: “Cette bataille académique [au sujet de la théorie du Détroit de Béring] n’est pas seulement au sujet des sites archéologiques ou des restes de matériel retrouvés. L’argument reflète une pratique continue coloniale d’effacement et de déni aux peuples indigènes de ce continent, d’une place dans l’histoire de l’ancien monde.” Elle ajoute: “Permettre aux peuples indigènes d’avoir été présents sur le continent des Amériques pour un bien plus grand nombre d’années est de fait solidifier leurs liens aux patries et aux restes de matériel retrouvés.”

La théorie de la connerie joue un rôle très important dans le maintien de la domination des colonisateurs sur les peuples et nations indigènes du continent et offrant une preuve prétendument “scientifique” de ce que cette terre était Terra Nullius, “n’appartenait à personne”, ou était un “no man’s land”, jusqu’à relativement récemment dans l’histoire de la Terre. La théorie dit que le Nouveau Monde n’était pas aussi vieux que l’ancien monde: ses peuples n’y avaient aucune présence ancienne.

Terra nullius va comme un gant à la doctrine chrétienne de la découverte ; lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis a adopté cette doctrine comme base pour affirmer la propriété de l’état fédéral sur les terres indiennes, le concept de “no man’s land” résidait en toile de fond. (NdT: c’est du reste sur cette base de la théorie de “terra nullius” que la couronne britannique s’est emparée des terres australiennes et volée les terres ancestrales aborigènes…) La Cour a observé les Indiens et décidé que ceux-ci n’étaient pas totalement humains, n’étaient pas capables de posséder la terre. D’après la CS, les “propriétaires” légaux étaient les “découvreurs” chrétiens.

La découverte chrétienne et terra nullius, de manière supposée, des concepts légaux et scientifiques, sont à l’œuvre aujourd’hui aux Etats-Unis et dans bien d’autres endroits (NdT: Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, tous les pays du commonwealth sous domination de la couronne / City de Londres et sa Banque d’Angleterre/Vatican). Elles sont la racine du vol des terres apaches au bénéfice de la grande entreprise transnationale minière Rio Tinto et de l’invasion du territoire de Standing Rock au bénéfice de l’Energy Transfer Partners Corporation. Dans chacun de ces endroits, les peuples indigènes sont vus comme se trouvant “en travers du chemin” de l’extraction coloniale des ressources naturelles.

La doctrine chrétienne de la découverte prescrit que les Indiens ne peuvent pas détenir de titre de propriété, mais ne peuvent “qu’occuper les sols” avec la “permission” du gouvernement. Le fait que les peuples originels ont été sur Oak flat et Standing Rock “depuis des temps immémoriaux” ne compte absolument pas dans les esprits des extracteurs coloniaux.

Steeves dit: “Critiquer les constructions théoriques archéologiques faites sur les peuples indigènes est central à la discussion des controverses en relation aux droits humains et à la souveraineté des nations dans le monde contemporain.” Elle cite Deloria: “A moins que et jusqu’à ce que les ‘Indiens’ soient d’une certaine manière connectés avec l’histoire du monde en tant que peuples premiers… On ne nous accordera jamais une humanité totale.

Elle dit aussi: “Le passé a un pouvoir dans le présent.” Elle cite ensuite David Meltzer, auteur du livre “First Peoples in a New World, » qui écrivit: “Les archéologues sont parfaitement au courant des implications possibles d’une occupation plus ancienne du continent des Amériques par des peuples indigènes, ceci reflète sur les problèmes contemporains d’indentité, d’ancestralité et d’appropriation du passé et du présent.

La recherche de Steeves ajoute à bien d’autres critiques de la théorie de la connerie. Tous ces chercheurs combattent des intérêts particuliers retranchés dans la discipline de l’archéologie. Un article du magazine Smithsonien en 2013 établissait que “La théorie de Clovis, au fil du temps, a acquis la force d’un dogme… Tous les artéfacts que les universitaires affirment être en en provenance d’avant Clovis (NM) ou toute théorie concurrente qui peut jeter un doute sur l’idée première émise par la théorie de Clovis, furent tournés en ridicule par l’establishment archéologique, discrédités comme étant science erronée ou simplement ignorés.

Les gardiens du temple de la profession ont attaqué tout archéologue qui présentait des preuves d’une existence humaine sur le continent des Amériques avant la soi-disants période de Clovis. Malgré cette hostilité sans relâche, des chercheurs indépendants, comme Steeves, ont continué leur travail et ont commencé à attirer l’attention dans la discipline.

Note de Résistance 71: Les gardes-chiourme de l’oligarchie et de ses dogmes scientifiques procèdent de la même manière dans bien des disciplines. En Histoire, sociologie, et de manière plus évidente dans toutes les sciences liées à l’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique, appelé aujourd’hui « Changement Climatique » (le mot « anthropique » étant maintenant devenu implicite). L’archéologie n’a pas échappé à cette phagocytose par la pensée unique oligarchique. Il en va de même avec la recherche archéologique biblique, qui commence à sortir du placard grâce aux travaux et recherches de scientifiques dissidents. Ceci est confirmé ci-dessous.

En mars 2011, le fondateur de la base de données en ligne Paleoindian pour les Amériques a dit à la revue Science Magazine “beaucoup de lignes de preuve très distinctes et superbement documentées… offrent une confirmation sans équivoque que des humains, des peuples, existaient à l’intérieur de l’Amérique du Nord avant l’époque dite de Clovis…

La recherche de Steeves sera publiée sous la forme d’un livre chez Nebraska Press, il fournira à Mr Toutlemonde aussi bien qu’aux experts, un accès à la base de données qu’elle a construite montrant des centaines de sites d’habitations humaines en Amériqies du Nord et du Sud datant de bien avant la supposée époque de la migration du Détroit de Béring.

Steeves ne rejette en aucun cas les migrations possibles des peuples entre les continents ; mais elle insiste néanmoins sur le fait que les études d’une telle migration ne constitue qu’une pièce de l’histoire bien plus large des populations humaines et que la véritable science ne peut pas être limitée par des marqueurs et des clotures politico-académiques.

Elle dit que les attaques subies par les chercheurs qui étudient les sites de population antérieurs à ce qui est permis par la théorie du Détroit de Béring, montrent que l’archéologie est “un domaine universitaire et de recherche colonialement chasse gardée. Elle cite John Alsoszatai-Peteho qui dit que “même la simple mention de la possibilité d’une plus grande ancienneté revenait à commettre un suicide professionnel.

Les discours dominants de longue date en archéologie et en anthropologie ont enterré les histoires des peuples indigènes alors qu’ils étaient forcés de vivre dans des “réserves” (NdT: en réalité des camps de prisonniers, comme la réserve Lakota de Pine Ridge, camp de prisonniers #44 en ce qui concerne l’administration yankee, alors que la grande nation Sioux n’a jamais perdu une guerre contre l’armée US, que 2 traités régissent les relations, Fort Laramie 1851 et 1868, tous deux bafoués par les yanks…), refusant aux peuples indigènes la propriété de leurs terres, leur humanité et leur souveraineté au sein d’un terra nullius colonial.

La persistance de Steeves, son courage et son abnégation pour une véritable science face aux brutales guerres universitaires et académiques témoignent de son statut de guerrière, de défenseur de la connaissance du passé soulignant la très longue présence des peuples indigènes sur le continent des Amériques.

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Résistance au colonialisme: Quand le juge Scalia de la Cour Suprême du pays du goulag levant « ignorait » la doctrine de la découverte…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2016 by Résistance 71

L’hypocrisie du ramassis de baltringues siégeant dans les plus hautes fonctions des états est incommensurable. Le mensonge et la fourberie ont été institutionnalisés dans les états-nations dont l’obsolescence ne fait qu’apparaître de plus en plus au grand jour. grand temps de mettre fin à l’ignominie du colonialisme planétaire, parce que nous sommes tous des colonisés.

— Résistance 71 —

 

Ce que le juge de la Cour Suprême Scalia prétendait ne pas savoir sur la loi fédérale indienne

Steven Newcomb

26 Février 2016

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/02/26/what-justice-scalia-said-he-didnt-know-about-us-indian-law

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La nouvelle du décès du juge de la cour suprême des Etats-Unis Antonin Scalia le 15 Février m’a fait repenser à la brève conversation que j’avais eue avec lui à l’université de San Diego en Californie le 30 Août 2006. Son discours de cette soirée là, hébergé par la fac de droit de l’université de San Diego, fut suivi d’une réception durant laquelle je pus parler face à face avec Scalia. Du fait qu’il siégeait alors depuis plus de 20 ans à la Cour Suprême, imaginez ma surprise lorsqu’il répondit à ma question initiale qu’il n’avait jamais entendu parler de la Doctrine de la Découverte ni de la décision de la CS dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823), que les facs de droit aux Etats-Unis généralement reconnaissent comme le point de départ du droit foncier et du droit de propriété, ainsi que la base de la loi fédérae indienne.

Le sujet du discours de Scalia ce jour là était “l’originalisme constitutionnel”. Pas de grosses surprise là-dessus tant il semble que ceci fut le point de focalisation de sa longue carrière. Au début de sa présentation il mentionna le livre “Commentaries on the Constitution of the United States (1833), écrit par un autre juge de la CS des Etats-Unis: Joseph Story. Quand Scalia me dit plus tard qu’il n’avait jamais entendu parler de la doctrine de la découverte ou de l’affaire Johnson contre M’Intosh, je fus très surpris parce que la première section du livre de Story qu’il mentionna intitulée “Origin and Title to the Territory of the Colonies,” ouvre sur une explication complète de la doctrine de la découverte. Dans le premier paragraphe de cette section il y est dit par exemple:

“L’ambition d’Henry le septième fut titillée par les communications de Colomb et en 1495, il [Henri VII] donna une permission à John Cabot, un entrepreneur vénitien alors établi en Angleterre, de partir à la découverte, de subjuguer et de prendre possession de toutes terres inoccupées par une puissance chrétienne au non et au bénéfice de la couronne britannique.”

D’après ce que je préfère appeler la doctrine de la domination chrétienne, il était coutumièrement compris par les monarchies de la chrétienté de cette époque que “toute puissance chrétienne”, telle que l’Angleterre, avait “le droit” de “subjuguer” (dominer) et d’affirmer la saisie en possession des terres de nos nation natives originelles. La seule condition était que ces terres ne soient pas déjà habitées ou clâmées par d’autres nations chrétiennes. Si des nations chrétiennes y vivaient déjà alors c’était “bas les pattes” ; mais si des peuples et nations non chrétiens existaient et vivaient sur place, alors la politique des puissances chrétiennes et de la chrétienté dans les grandes largeurs était de les subjuguer, de les dominer et de clâmer un droit de possession (dominium) sur ces terres non-chrétiennes. Le juge Scalia affirma n’avoir aucune connaissance de cette information qui est pourtant si clairement expliquée dans le livre que ce même Scalia avait cité lors de sa présentation ce soir là.

En résultat de la pensée que Story identifie dans ses “commentaires”, la seule question à cette époque devint de savoir si les terres qui étaient “nouvelles” pour les aventuriers et les voyageurs de la chrétienté avaient déjà été clâmées par une autre puissance chrétienne au nom du christianisme. Dans ses “commentiares” sur la question, Story lie directement la décision dans l’affaire Johnson contre M’Intosh à la bulle pontificale de 1493 (Inter Caetera) et de la distinction catégorique entre les chrétiens et les “infidèles, païens et sauvages”.

Je me demandais alors comment était-il possible que Scalia ne connaisse rien de tout ceci ? Avait-il omis de lire l’ouverture des “commentaires” de Story à ce sujet ? Avait-il une si pauvre mémoire qu’il avait oublié ce que Story avait écrit au début de son livre ? Comment avait-il pu parvenir à la CS des Etats-Unis et gérer bien des cas impliquant des affaires en relation avec la loi fédérale indienne sans connaître la fondation conceptuelle du système pour lequel il prenait des décisions ?

Choqué à ce qu’il venait de me dire, j’ai dit au juge Scalia “Je ne comprends pas [comment vous n’avez jamais entendu parler de la doctrine de la découverte], juste au printemps dernier [2005], dans l’affaire City of Sherrill contre la nation indienne Oneida de New York, la cour suprême cita la doctrine de la découverte dans une note de bas de page, la toute première.

Il ignora simplement mon incrédulité et commença à comparer les politiques des Etats-Unis et de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande en regard de leurs peuples originels. Il résuma en disant que les Etats-Unis étaient parvenus à une politique de conquête. Il dit cela comme si c’était tout à fait ordinaire “Très intéressant”, dis-je “pouvez-vous me référer aux décisions de justice disant effectivement cela.” Il me répondit simplement “Non.” Réalisant qu’il était vain de continuer plus avant cette discussion, je le remerciais pour son temps et m’effaçais pour laisser la personne suivante lui parler.

Il y a toujours la possibilité que Scalia prétendait juste ne rien savoir sur la doctrine de la découverte et sur l’affaire Johnson contre M’Intosh. En assumant que ceci ne fut pas le cas, ce que je retirais de cette brève discussion avec le juge Scalia fut qu’il était sacrément mal informé sur les conceptions fondamentales de la loi fédérale indienne et sur le droit de propriété des Etats-Unis (en considérant qu’il n’a même pas reconnu la décision de la CS dans Johnson). Cela semble peut-être axionatique de dire ceci, mais les hommes et les femmes qui siègent à la CS des Etats-Unis ne peuvent prendre des décisions qu’au sujet de ce qu’ils connaissent. Ils ne peuvent pas prendre de décision sur la base d’une information qu’ils/elles ignorent.

Quelle triste situation pour nos nations natives et originelles. Nous, qui étions originellement libres et qui sommes de mon point de vue, toujours totalement et de plein droit libres, sommes vus par la société dominante comme sujets, assujettis à des idées mentalement créées par neuf hommes et femmes qui ont une bien piètre compréhension de notre histoire et de notre existence. Quelque soit l’affaire qu’ils examinent, les neuf membres de la CS utilisent comme point de départ une présomption établie par leurs prédécesseurs à la cour ; à savoir que nos nations aujourd’hui ne sont pas autorisées à exister librement de la domination des Etats-Unis (étant sous le “pouvoir plénier”…)

Pourquoi ? Parce que nos ancêtres étaient, des propres mots de Joseph Story des “infidèles, des païens et des sauvages” et ne furent pas autorisés par les puissances chrétiennes à être reconnus comme des nations qui étaient totalement indépendantes d’un droit de domination affirmé et clâmé par les nations chrétiennes. Maintenant, cela aurait été un point de discussion fascinant avec le juge Scalia étant donné ses très fortes orientations catholiques et du fait que rien de sa façon de penser ne se trouve dans le texte original de la constitution des Etats-Unis. Il sera très intéressant de voir si son remplaçant à la CS des Etats-Unis aura une meilleure compréhension du point de départ non-constitutionnel de la loi fédérale indienne.

Colonialisme et Vatican: Voyage du pape François 1er/Bergoglio au pays du goulag levant… Le cureton en chef devant les crimes de « l’église »…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

« L’esprit du glorieux Alexandre fut alors porté parmi le chœur des âmes bienheureuses. Il avait auprès de lui, empressées, ses trois fidèles suivantes, ses préférées : la Cruauté, la Simonie, la Luxure.”

~ Épitaphe du pape Alexandre VI/Rodrigo Borgia écrite par Nicolo Machiaveli ~

 

“Un objectif sacré et louable”

 

Steven Newcomb

 

21 Août 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/08/21/sacred-and-praiseworthy-purpose

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ce mois de Septembre qui arrive, le pape François 1er vient sur l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord), François est le dernier successeur en date du pape Alexandre VI, qui émit un certain nombre d’édits pontificaux en 1493, documents qui fournissent un contexte historique pour la visite du pape François sur le territoire de la nation Piskataway (Washington D.C), puis sur le territoire de la nation Lenape (les villes de New York et de Philadelphie).

Le pape François servira la messe à la cathédrale nationale. Là, il devrait finaliser la canonisation du missionnaire franciscain du XVIIIème siècle Junipero Serra, que le pape François a appelé “l’évangélisateur de l’Ouest (américain)”. Lorsqu’il finalisera cette canonisation de Serra, le pape François donnera par la même occasion un coup de brosse à reluire sur la sanctification que son prédécesseur Alexandre VI appela dans ses bulles “la propagation de l’empire chrétien” et “un objectif sacré et louable devant dieu”, objectif qui fut de subjuguer, de réduire et d’asservir les terres et les îles non-chrétiennes, ainsi que leurs habitants, à la foi de l’église catholique apostolique et romaine.

Quelques phrases du livre “The Documents of Vatican II”, publié en 1966 chez Guild Press, New York, nous donnent quelques possibles vues sur le comment le saint siège va sûrement analyser l’appel du pape Alexandre VI pour un empire et une domination catholique et chrétien. Dans cet ouvrage, nous trouvons cette déclaration: “Le christ et l’église… transcendent toute race ou nation particulières.” En conséquence, “ils ne peuvent pas être considérés comme étrangers où que ce soit ni par qui que ce soit…” (page 594). Ceci est une élaboration de ce que le pape Jean XXIII déclara dans son “Mater et Magistra”: “Par droit divin l’église appartient à toutes les nations, car elle a, de fait, transfusé son énergie dans les veines des peuples, elle n’est pas ni ne se considère elle-même comme une institution qui s’impose aux autres de l’extérieur.” (p.594-595)

D’après la ligne de pensée ci-dessus, l’église catholique préférerait que nous n’interprétions pas le désir d’Alexandre VI pour la propagation d’un empire chrétien (“imperii Christiani”) par subjugation les nations non-chrétiennes et d’imposer la foi catholique et la religion chrétienne étrangères aux autres nations. (NdT: qui, rappelons-le, faisait partie de la famille espagnole championne toutes catégories confondues de l’intrigue politique en cette époque: les Borgia… le pape Alexandre VI était Rodrigo Borgia – 1431~1503 – qui fut pape de 1492 à 1503, pape veule et politiquement connecté, il monnayait les nominations au poste de cardinal de l’église et fut lourdement soupçonné de faire empoisonner les cardinaux les plus riches pour s’emparer de leurs richesses…Alexandre VI, Rodrigo Borgia est le père des tristement célèbres César et Lucrèce Borgia…). Pourquoi ? C’est très simple. L’église se perçoit elle-même comme une entité qui a réussi à “transfuser son énergie dans les veines” des autres peuples et nations. Quand nous lisons des bulles pontificales qui appellent des nations étrangères non-chrétiennes à être “subjuguées”, “réduites” afin de les “mener” a ce que le pape Alexandre VI lui-même appelle “une profession de la foi catholique”, rien de tout cela d’après Vatican II et d’après la phrase ci-dessus mentionnée de “Mater et Magistra” de Jean XXIII, ne devrait être pensé et construit comme étant une imposition extérieure de l’église catholique sur des nations et peuples non-chrétiens.

Dans la bulle pontificale du 3 Mai 1493, Inter Caetera, le pape Alexandre VI/Borgia s’engage dans un acte qu’il appelle “pouvoir apostolique”. Il concède à la reine Isabel et au roi Ferdinand d’Espagne “le moyen par lequel vous serez capables de poursuivre un but si sacré et si louable…” Quel est donc ce but si “sacré et louable” ? Les monarques, dit le pape Alexandre-Borgia, “ont proposé de subjuguer [conquérir et dominer]… et réduire à la foi catholique, les terres et îles mentionnées ainsi que leurs habitants natifs”, que Christophe Colomb a localisé, ainsi que toutes les terres qui seront localisées de la sorte dans le futur. Plus tard, le pape loue chaudement (“commande”): “ceci… comme étant votre but sacré et louable devant dieu.

La pape Alexandre VI-Borgia continue avec une concession à la reine Isabel et au roi Ferdinand: “afin que vous puissiez accomplir cette assignation d’une si grande tâche, si généreusement pourvue par la faveur apostolique.. nous donnons.. concédons, et assignons les terres et îles sus-mentionnées en général… qui ne sont pas [mais devraient être] établies sous la souveraineté temporelle actuelle [“dominio”, domination] de quelques souverains chrétiens [“dominorum christianorum”, “dominateurs chrétiens”]. Le pape dit que c’est “par l’autorité de dieu omnipotent qui nous fut accordée par St Pierre et le vicariat de Jesus Christ que nous exerçons sur terre…” qu’il fait cette concession aux monarques de subjuguer, soumettre et réduire les Indiens à la foi catholique.

En quoi donc les concessions du pape Alexandre VI/Borgia à la reine Isabel et au roi Ferdinand d’Espagne (de Castille et d’Aragon) s’appliquent-elles à la décision du pape François 1er de canoniser le père Junipero Serra ? Considérant le désir du pape Alexandre VI/Borgia que les peuples et nations non-chrétiennes soient subjuguées et réduites à la foi catholique, il est logique pour l’église catholique que le frère Serra mérite une canonisation. Pourquoi ? Parce que le frère franciscain Serra a mis en application de manière très diligente en Haute-Californie, les efforts “sacrés et louables” de subjuguer et de réduire les nations indiennes de Californie au moyen de ce que Serra appelait lui-même “ces conquêtes spirituelles”, à savoir les évangélisations des populations. La mort et la destruction qui furent semées sur les nations premières de Californie et d’ailleurs au travers du continent ne sont justes que des dégâts collatéraux s’étant produits au gré de la propagation de l’empire chrétien.

Dans une lettre que Junipero Serra écrivit en Juin 1771, il exprimait son “espoir” que “nous verrons avant longtemps, de grands et nouveaux territoires collectés dans le sein de notre sainte mère l’église et soumises à la couronne d’Espagne.” (Writings of Junipero SerraI, ed., Antonine Tibesar, O. F. M., Vol. I, Washington, D.C.: Academy of American Franciscan History, p. 209). Dans la version originale en espagnol de la lettre de Serra, nous y trouvons le mot “dominios” (au pluriel), qui est aussi trouvé dans la bulle papale Inter Caetera du 3 Mai 1493, quelques 278 ans avant la lettre de Serra, le pape Alexandre VI/Borgia utilisait le terme “dominio” lorsqu’il se référait aux terres: “sub actuali dominio temporali aliquorum dominorum Christianorum constitute non sint” (des terres qui ne sont pas encore mais devraient être établies sous la domination temporelle actuelle du dominant chrétien). Un “tel établissement de “dominio” temporel présent devait être accompli sur ces terres et les peuples natifs y vivant “soumis” devant être mis dans le processus de “subjugation” et de domination.

Le philosophe du droit Steven Winter fait remarquer que le contexte et le but sont des caractéristiques intrinsèques des catégories et doivent de ce fait être prises en compte lorsqu’il s’agit de leur interprétation. Ceci est aussi valide que nous interprétions des symboles ou des textes écrits sous la forme de décisions légales, des décrets pontificaux, ou la vie et la correspondance d’un frère franciscain. Le point de vue de celui interprétant est un facteur additionnel. L’office du saint siège, maintenant occupé par le pape François 1er, interprète la “signification” de la vie de Serra dans la ligne d’un contexte “sacré” et dans le but de “l’évangélisation” et d’une “nouvelle évangélisation”.

Le saint siège est dans un état de déni profond. Il n’interprête pas la vie de Serra en association avec le désir exprimé du pape Alexandre VI/Borgia “de subjuguer les nations barbares” et de divulguer, de propager l’empire chrétien par le moyen de l’expansion de la domination de l’église catholique espagnole. Le saint siège évite soigneusement son propre but “sacré et louable” du “dominio” et du “dominorum christianorum” par le moyen de la subjugation des nations originelles de ce continent. Il ne veut pas admettre ni reconnaître que la conséquence des ces décrets / bulles pontificaux du XVème siècle fut la mort, la destruction et la déshumanisation des peuples et nations originels vivant en basse et haute Californie et partout ailleurs sur le continent des Amériques. En se cramponnant à un tel déni de réalité, le saint siège va sans aucun doute continuer à associer la sanctification et la sainteté avec le système de domination (“dominio”) mis en pratique par des gens comme Junipero Serra.

Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…

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Affaire de métaphores: Vers la libération de nos nations

 

Steven Newcomb

 

6 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/06/metaphors-matter-toward-liberation-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre Metaphors We Live By (1980), (“Les métaphores qui mènent nos vies”), le philosophe Mark Johnson conclut que nous vivons sur la base de métaphores et de schémas métahoriques que nous remarquons à peine. Ceci est dû en grande partie au fait qu’on ne nous enseigne pas de faire attention aux métaphores ou à leurs schémas engendrés. On ne nous enseigne pas l’étendue que ces métaphores et leur processus mental ont sur la constitution de la réalité que nous vivons et l’expérience de nos vies quotidiennes.

Il est rarement noté que la métaphore a été un des moyens principaux des Etats-Unis pour créer un monde à part entière pour nos nations originelles et je le maintiens, toujours libres de droit. Les mots et les idées contenus dans ce qui est typiquement appelé “la loi et politique fédérale indienne” constituent en eux-mêmes tout un monde de relations au pouvoir que les Etats-Unis ont été capables de construire de toute pièce. Au sein de cette structure de pouvoir, les Etats-Unis ont construit très méticuleusement pour nous un endroit “d’ordre inférieur” de subordination où ils désirent maintenir nos nations et nos peuples à perpétuité. Les Etats-Unis ont pour but de nous maintenir dans un mode de vie permanent en conformité avec leur schéma métahorique de domination et de subordination “pour les siècles des siècles, amen” comme disent les chrétiens.

Le monde de captivité sémantique que les intellectuels travaillant pour les Etats-Unis ont travaillé si dur à construire pour y contenir nos peuples et nations, est un endroit métaphorique d’internement qui a une réalité physique lui correspondant. Le monde que nous avons réussi à construire pour nous-mêmes est un monde que nous avons construit au sein du monde confiné de la captivité que les Etats-Unis ont construit pour nous.

Le gouvernement des Etats-Unis a justifié son attitude prédatrice, mortelle et cleptomaniaque contre nos nations sur la base de métaphores dominantes et déshumanisantes par lesquelles il vit. Les Etats-Unis sont un empire établi sur la base d’une métaphore fondatrice de paternité (pensez aux “pères fondateurs”…), d’un grand patriarque blanc qui donna naissance à sa progéniture impérialiste de domination. George Washington l’appelait “notre empire nouveau-né”. E Pluribus Unum ~ La multitude en provenance de l’Un: Un empire et une domination sous le concept de “dieu”.

La Cour Suprême des Etats-Unis a été un très petit groupe d’humains, cependant très puissant, engagé dans un effort de construire et de maintenir un monde métaphorique de captivité pour nos nations. Celles-ci ont été tenues dans ce monde sémantique depuis maintenant plus de deux cents ans.
En conséquence, ce que le juge de la Cour Suprême John Marshall a appelé “ceci, notre empire s’étalant toujours plus avant” a utilisé son système idéologique minutieusement élaboré pour s’approprier des milliers de milliards de dollars dérivés de nos terres, territoires et ressources. Il s’est de la sorte rendu l’empire le plus riche et le plus puissant de la planète, bien qu’il montre maintenant des signes évidents de sucomber à la loi de l’entropie et la seconde loi de la thermodynamique.

En résultante de l’utilisation cognitive par les Etats-Unis de métaphore et de son système idéologique prédateur, le monde dans lequel existe nos nations et peuples originels est en proie à des niveaux épidémiques de suicide, d’abus d’alcool et de drogues, de taux faramineux d’incarcération, de pauvreté chronique, de diabète et autres maladies mortelles ainsi qu’aux effets marquants et durables des efforts génocidaires pour éliminer nos nations en détruisant nos langues, nos cultures, cérémonies, nos pratiques traditionnelles d’éducation des enfants et en volant nos enfants en les socialisant aux “normes américaines” de la société dominante.

Ceux-là et d’autres indicateurs, comme la destruction de nos sites sacrés et de nos endroits de cérémonie signifiants, sont un résultat direct de la Cour Suprême et des autres secteurs du gouvernement des Etats-Unis utilisant des métaphores destructrices contre nos nations sur une base inter-générationnelle. Le résultat de tout ceci a été un processus de destruction du monde de nos nations et un processus de construction d’un monde et d’enrichissement pour les Etats-Unis. De manière plus qu’évidente, les métaphores ont leur importance…

Lorsque des schémas de domination mortels et destructeurs sont appelés “loi” par (doux) euphémisme afin de leur donner une apparence de légitimité, nous avons une responsabilité de défier, de rejeter et de corriger cette mauvaise utilisation du language. Ceci amène au problème d’un autre type de captivité que nous avons besoin de considérer. L’étendue du fait que nos esprits ont été subjugués par des schémas métaphoriques de la suprématie chrétienne comme on le trouve dans le système idéologique appelé lui aussi euphémistiquement la “loi fédérale indienne”.

La société dominante des Etats-Unis a manipulé nos esprits à un tel degré, que de plus en plus de membres de nos peuples considèrent parfaitement normal de “pratiquer” plutôt que de défier, le système métaphorique de la domination chrétienne blanche, qui est si typiquement étiquetée “loi fédérale indiennes des Etats-Unis”. Nous avons des professionnels qui sont dits “pratiquer” une forme de “loi” constituée de schémas métaphoriques qui furent créés par de brillants hommes blancs dans le passé, faits pour être un moyen spécifique de contrôle, de diminution et, sous le label de “d’élimination”, d’éliminer nos nations originelles et toujours libres de droit.

Ceux d’entre nous qui “pratiquent” les schémas idéologiques de domination de la loi de l’homme blanc ignorent simplement les précédents tordus et religieusement bigots de ce système idéologique. Soit ils ne savent pas qu’ils sont là, soit ils prétendent qu’ils ne sont pas là et n’existent pas. Pour une raison inconnue, ils ne semblent pas vouloir questionner et défier le principe et la base selon lesquels les Etats-Unis retiennent nos nations captives.

Il est grand temps de bouger au-delà des platitudes habituelles et nous devons devenir bien plus précis au sujet d’une doctrine de la découverte et de relation de “confiance” ayant pour précédent la domination. Pourquoi le mot “confiance” est-il utilisé pour nommer le précédent de domination/subordination inhérent à la loi fédérale indienne, qui est l’idée que la première puissance chrétienne blanche qui localise des nations païennes bronzées a le droit d’assumer “l’ascendance” et la “domination ultime” (dominion) sur ces nations ? (pour des preuves de ce que j’avance cf par exemple l’affaire Tee-Hit-Ton Indians vs United States, 1954).

Nous avons besoin d’avoir une conversation plus profonde au sujet de la base correcte des relations entre nos nations libres de droit et les Etats-Unis d’Amérique. A quoi ressemble une relation correcte entre deux nations, spécifiquement lorsqu’une d’entre elles a réussi à maintenir durant des générations un système métaphorique de domination sur l’autre qu’elle refuse d’abandonner ?

Ceci soulève la question de savoir s’il y a un “droit de domination” ? Avant de répondre, rappelez-vous que la domination résulte en la déshumanisation, qui résulte en le traumatisme que le théologien Dr. Luis Rivera-Pagan a appelé “la dévaluation absolue de l’être”. Ceci ensuite, mène à une autre question: Y a t’il un droit à la déshumanisation ? Y a t’il un droit pour s’engager dans une dévaluation absolue de quelqu’un ou d’une nation dans leur être même ? Si oui, alors pourquoi n’y a t’il pas de Déclaration des Droits à la Domination et à la Déshumanisation ?

S’il n’y a pas de “droit” à la domination et à la déshumanisation, alors quel est le standard international ou la convention qui fournit la base pour mettre fin à de tels schémas qui affectent non seulement nos nations et nos peuples indigènes mais la planète entière ? Non seulement n’y a t’il pas de fin en vue, mais les schémas destructeurs de domination semblent être plus flagrants que jamais, spécifiquement au soir de l’objectif des Etats-Unis de réaliser leur Domination Totale (NdT: Full Spectrum Dominance, idéologie doctrinaire actuelle énoncée et certifiée conforme des Etats-Unis…) à l’horizon 2020.

Ceci dit, pensez un peu à l’étendue sur laquelle les systèmes politiques, sociaux et économiques du monde sont fondés, sur des métaphores ou des schémas comportementaux de domination et de déshumanisation. De toute évidence, notre lutte pour la libération de nos nations et peuples originels se situe à l’échelle planétaire. Ceci n’est pas seulement pour notre salut que nous devons œuvrer pour mettre fin au système de domination, mais pour le salut de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos générations futures. Nous devons développer les métaphores et les schémas de comportement par lesquels nous serons capables de nous libérer.

= Note de Résistance 71 :

Nous ne pouvons qu’approuver cette analyse de Steven Newcomb avec lequel nous devenons de plus en plus “un esprit”. Ce texte, parmi d’autres, peut-être lié à notre analyse de Mai 2013: “Nous sommes tous colonisés” où nous reprenions et développions les analyses de penseurs et de critiques acerbes du colonialisme comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Taiaiake Alfred et Russell Means.

Nous l’avons dit et le répéterons sans cesse: Le plus puissant empire que le monde ait connu de son histoire, l’empire actuel américain, qui étend son hégémonie globale est, et ceci est unique dans l’histoire de l’humanité, un empire de facto SANS TERRE. Tous ses territoires et richesses ont été volées, pillées, usurpées au nom de la doctrine chrétienne de la découverte et des édits papaux Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Edits criminels qui furent par la suite intégrés dans le système légal de domination de la société dominante au détriment des nations et epuples origienls de la terre.
L’auteur de l’article ci-dessus a étudié profondément l’affaire qu’il a rendu public en 2008 dans un livre: “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, que nous avons en grande partie traduit et publié sur ce blog en quatre parties, que nous vous invitons grandement à lire pour mieux comprendre les tenants et aboutissements de l’affaire.

Le salut de l’humanité passe par la compréhension des peuples occidentaux de ces concepts de domination dont nous sommes également les victimes simplement à un degré divers, pour nous tenir côte à côte dans la lutte anti-oligarchiqie avec nos frères toujours colonisés.

“Paix, Pouvoir et Rectitude” disent les Iroquois.

Comprendre le colonialisme actuel: Introduction au texte « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

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« La force, même cachée, induit la résistance »
~ Proverbe Lakota (Sioux) ~

« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

 

Introduction au livre “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Nous traduisons de larges extraits de ce livre phare pour comprendre les fondements mêmes du colonialisme, ses racines religieuses chrétiennes racistes, suprémacistes, eugénistes et génocidaires et comment en comprenant bien les mécanismes il est possible de renverser la vapeur et de priver l’empire actuel anglo-américain de sa “terre promise”. N’oublions jamais qu’un empire sans terre est un empire à terre. Si nous voulons stopper l’empire actuel il suffit de lui retirer le tapis de sous les pieds: son territoire illégitime, volé aux peuple indigènes depuis le XVème siècle. L’avenir de l’humanité passe par les Amérindiens (et leur contre-partie moyen-orientale: les Palestiniens…). Pour une fois, soyons du bon côté de l’Histoire !

~ Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Extraits de la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V du 8 Janvier 1455:

“… Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphonse d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs…”

Extraits de la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI du 4 Mai 1493:

“… Nous, [pape Alexandre VI],de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493…
… De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto… “

Dans l’avant-propos du livre Peter D’Errico écrit ceci:

“Des dogmes religieux datant du XVème siècle édictés sous forme de bulles papales furent établis comme les fondations même de la loi de propriété foncière, de territoire de la nation et de la loi fédérale sur les Indiens au tout début du XIXème siècle. Des décisions de tribunaux de justice ont lié la loi des Etats-Unis au monde de la chrétienté et de l’impérialisme chrétien. Ce processus ne fut ni caché ni mystérieux, il ne fut pas non plus une conspiration ourdie entre les juges et les prêtres. Ce fut la planification de longue haleine pour la saisie de tout un continent. Ce fut la théorie qui guida les pratiques coloniales. C’est l’histoire que raconte ce livre “Pagans in the Promised Land” (“Païens en Terre-Promise”).

Le christianisme, le sytème de croyance de l’église, est différent de la chrétienté, qui est un amalgame d’églises (catholique, protestante, orthodoxe) et d’états. La chrétienté consiste en l’alliance de princes séculiers et d’autorités sacerdotales ; elle culmine avec la doctrine du droit divin des rois et des papes…

[…] Ainsi ce livre “Pagans in the Promised Land” n’est pas une attaque sur le christianisme, mais une exploration analytique dépassionnée des manières d’où ont émané la loi fédérale des Etats-Unis sur la propriété, la nation et les Amérindiens, celles de la chrétienté. Pour être plus spécifique, les lois fédérales de propriété et se rapportant aux Indiens, leur corps de réglementation créé par le gouvernemnt des Etats-Unis pour définir ce que sont les peuples indigènes sur cette partie du continent, leurs droits à la terre et les droits de propriété des colons, est une manifestation continuelle de la mission historique mondiale de la chrétienté: d’amener toute la création en son domaine.

[…] Il est essentiel ici pour le lecteur qui serait sensible aux enseignements chrétiens de Jésus Christ, d’être ouvert à l’apprentissage au sujet d’une histoire problématique de la chrétienté dans sa relation avec la loi fédérale des Etats-Unis.”

* * *

L’essentiel de la loi fédérale indienne et les fondements de la loi sur la propriété foncière aux Etats-Unis (et au Canada…) provient d’une décision de justice très importante: Le rendu de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre MacIntosh, écrit par le juge John Marshall. Cette décision et son compte-rendu légal sont cités en permanence dans les affaires de litiges territoriaux entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis (et du Canada, puisque le rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh y a fait jurisprudence de manière fort utile pour l’état colonial canadien…) et les peuples et nations natives du continent nord-américain.

Johnson contre M’Intosh est analysé dans le chapitre 7 du livre. Les six premiers chapitres sont faits pour mener à une compréhension optimale des implications de la décision de la cour suprême en 1823. Les chapitres suivants en expliquent les conséquences du point de vue amérindien et comment en sortir.

Le livre de Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land” est une des clefs de la compréhension du monde colonial dans lequel nous vivons toujours. La compréhension des sujets abordés dans l’ouvrage est primordiale pour bien comprendre non seulement l’emprise impérialiste que l’oligarchie possède sur le monde, mais aussi comment en sortir par la voie des peuples. Le futur de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste mortifère les faisant acquiescer à “L’ordre” établi et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés et opprimés par l’occident depuis plus de cinq siècles…

~ Résistance 71 ~

 

Introduction (Steve Newcomb)

 

Le gouvernement des Etats-Unis a refusé aux nations indiennes une existence libre et ont exproprié la très vaste majorité des terres indiennes par le moyen de la domination d’un système conceptuel qui opère en partie sur la base de ce que les théoriciens cognitifs appellent des “Modèles Cognitifs Idéalisés” ou MCI…

Si je réussis dans les chapitres qui vont suive, l’établissement central de la loi et de la politique fédérales indiennes, qui dit que les Etats-Unis ont une autorité plénière (absolue) sur les nations indiennes sur la base de la doctrine de la découverte du continent nord-américain par les chrétiens, se révèlera être des plus bizarres. Ce fondement, je le maintiens, est en pleine violation de la présomption que le christianisme n’est pas préféré au dessus des autres religions dans la loi états-unienne… Ainsi sur quelles bases serait-il constitutionnellement permis et moralement acceptable pour la cour suprême des Etats-Unis de catégoriser le peuple chrétien et ensuite, au moyen de l’abandon culturel et cognitif de ces catégories de religion, nier aux nations amérindiennes le droit de maintenir leur existence libre originelle et leur propre intégrité territoriale ?

[…]

Dans les chapitres à suivre, il deviendra très clair que la théorie cognitive fournit le type de vision nécessaire pour comprendre que lorsque des formes dominantes de raisonnement (catégorisation) trouvées dans le narratif de la bible (ancien testament) sont inconsciemment utilisées pour raisonner au sujet des Amérindiens, les terres indiennes deviennent métaphoriquement, du point de vue des Etats-Unis, la terre promise du peuple élu des Etats-Unis.

[…]

Ainsi, lorsque les terres indiennes de l’Amérique du Nord (zone cible) sont comprises en terme de terre promise dans un narratif tiré de l’ancien testament (domaine source), il en résulte deux métaphores conceptuelles:

  • Les terres indiennes sont la terre promise, c’est à dire des terres que dieu a promis à son peuple élu des Etats-Unis d’Amérique.
  • Le peuple américain est un peuple choisi, élu (par dieu pour prendre possession des terres indiennes d’Amérique du Nord). Les canéens (païens et infidèles) du narratif de l’ancien testament sont un concept du domaine source recouvrant le concept de domaine cible des Indiens d’Amérique, résultant ainsi en la métaphore voulant que les Indiens soient les Canéens ou païens de la terre promise.

[…]

En d’autres termes, au sein du contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, il a été et continue d’être parfaitement acceptable pour le gouvernement des Etats-Unis de contrôler et de gouverner les vies des Amérindiens au travers des administrations variées et des décisions de ses administrateurs. Un exemple typique de l’histoire destructrice de cette présomption est la loi d’expulsion des Indiens de l’ “Indian Removal Act” de 1830, qui résulta dans le déracinement génocidaire dans la plupart des cas de la vaste majorité des Indiens vivant dans l’Est des Etats-Unis vers des terres se situant à l’Ouest du fleuve Mississippi. Cette politique est le plus souvent associée avec les nations Cherokee (Piste des larmes), Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole qui furent expulsées vers l’Ouest vers de nouvelles terres indiennes. Le résultat direct de cette politique fut l’estimation de la mort de 10 000 Cherokees lors de la longue marche de la piste des larmes qui les mena de leurs territoires de l’Est vers l’Oklahoma en 1838.

[…]

Avant la loi de réappropriation des terres de 1887, les Indiens avaient toujours en leur “possession” quelques 60 millions d’hectares. Les 40 années qui s’ensuivirent virent la réappropriation par les Etats-Unis de plus de 40 millions d’hectares. Dans la seule année 1890, le gouvernement US parvint à obtenir plus de 7 milions d’Ha. La même année, le commissaire aux affaires indiennes Thomas J. Morgan expliqua la logique se nichant derrière la politique de redistribution des terres: “la politique établie du gouvernement est de briser les terres de réserves indiennes, de détruire les relations tribales, d’établir les Indiens dans leurs lopins, les incorporer dans la vie nationale et les gérer non pas de nation à nation ou comme tribus ou bandes, mais de traiter avec les Indiens comme des citoyens individuels.

[…]

Pourquoi les nations indiennes, en tant que nations véritablement souveraines, ne sont-elles pas autorisées à tenir leurs propres terres de manière fiduciaire pour elles-mêmes, sans l’implication du gouvernement des Etats-Unis, demeure un mystère. Ce serait par exemple vu comme un non-sens total si les terres Etats-Uniennes étaient gérées fiduciairement par le Vatican ou le gouvernement de l’Italie. Pourtant lorsqu’il s’agit des nations indiennes, cette idée devient soudainement parfaitement sensée pour tout le monde.

Malgré des siècles de génocide et d’oppression, les peuples et nations indigènes vivent toujours et nous, peuples autochtones, continuons à persévérer, maintenant armé de la langue des colons et de ses systèmers conceptuels, qui, par la théorie cognitive, nous permet d’avoir plus que jamais une meilleure et plus profonde vision de la mentalité de la société coloniale.

[…]

Ainsi, après plus de trente ans de travail de la part des représentants des peuples indigènes et des experts sur les droits de l’Homme, l’assemblé générale de l’ONU a adopté le 13 Septembre 2007, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) (143 pays votèrent pour, mais les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande votèrent contre…). L’adoption de cette déclaration signale la reconnaissance formelle que les nations indigènes ont un droit inhérent et fondamental à l’auto-détermination. Cela annonça l’aube d’une ère nouvelle pour les droits des peuples et nations indigènes Les votes “non” et les onze abstentions d’autres pays nous rappellent qu’il y a toujours un énorme boulot à effectuer et qu’il y a la place pour bien des réformes de terrain. C’est mon désir le plus humble et le plus cher que ce livre puisse assister de manière modeste avec ce travail et qu’il aide à faciliter la mise en application de ces réformes plus que nécessaires pour que la planète se débarrasse enfin de la mentalité de domination de la chrétienté, de son oppression et de son exploitation.

Le chapitre 1 concerne une présentation sur la théorie cognitive, que nous ne traduirons pas ici…

A suivre…

= = =

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

Résistance au colonialisme: Les Apaches toujours en lutte contre le génocide de leur nation…

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« Quand  j’étais jeune, j’ai parcouru ce pays d’est en ouest et je n’y ai vu personne d’autre que des Apaches. Après bien des saisons j’ai de nouveau parcouru la terre pour y trouver une autre race de gens venus pour la prendre. Comment cela se fait-il ?… »

« Vous devez parler directement de façon à ce que vos mots aillent dans nos cœurs comme des rayons de soleil. Parlez Américains! Je ne vais pas vous mentir, ne me mentez donc pas !… »

~ Cochise, Chiricahua Apache, 1812-1874 ~

 

Les Apaches de San Carlos luttent contre la “découverte chrétienne”

 

Peter d’Errico

 

20 février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/20/san-carlos-apache-battle-against-christian-discovery

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le cri de guerre des San Carlos Apaches qu’a fait résonner le président des Apaches de San Carlos Terry Rambler afin de prévenir de la prise en compte hostile des terres apaches par les Etats-Unis et l’entreprise minière Rio Tinto, puise sa source au cœur même du néo-colonialisme américain contre les nations natives.

L’attaque actuelle sur les terres apaches provient d’une loi qui vient de récemment passer au congrès des Etats-Unis, la loi « Southeast Arizona land exchange and conservation Act. » Le libellé de cette loi cache son véritable but. La loi n’a rien à voir avec la préservation de l’environnement. Elle autorise les compagnies minières à commencer leurs exploitations avec tous les dangers environnementaux et la destruction que la prospection minière implique.

Le libellé de la loi montre également la racine profonde anti-indienne de la loi: les terres en question n’appartiennent pas du tout à l’état d’Arizona, ce sont des territoires apaches. Déjà, rien que dans le libellé de la loi elle-même, on trouve un niveau de tromperie non négligeable…
Nous sommes habitués de la pratique politique commune de toujours cacher le véritable but de la loi derrière des phrases redondantes et bien ficelées, avec des mots comme “conservation/préservation” au lieu de “destruction”. Nous devrions aussi être familier avec le fait que le gouvernement fédéral et sa loi fédérale indienne présente toujours un masque pro-Indien couvrant un visage anti-Indien: “responsabilité de confiance” au lieu de “domination fédérale”.

La loi Rio Tinto, appelons-là donc par son véritable nom, commence avec cette déclaration présomptueuse: “Le but de cette section est d’autoriser, de diriger, de faciliter et d’expédier l’échange de terre entre Resolution Copper et les Etats-Unis.

Mais comment les Etats-Unis clâment-ils leur propriété sur cette terre ?

Les Etats-Unis affirment leur titre de propriété sur les terres ancestrales apaches de la même manière qu’ils ont affirmé leur titre de propriété sur toutes les terres indiennes: au travers de la “doctrine chrétienne de la découverte” reconnue par la cour suprême des Etats-Unis. Cette doctrine de la “découverte chrétienne” stipule que les Indiens ne sont que les “occupants” de leurs terres et qu’ils ne tiennent pas leur “occupation” de la terre par droit inhérent, mais seulement par “la grâce du souverain.”

La cour suprême a fondé sa décision au sujet de la “découverte chrétienne” sur des concepts religieux datant du temps de l’empire de la chrétienté. La Cour a soutenu et affirmé que des bulles papales datant du XVème siècle autorisant l’exploitation coloniale par le Portugal et l’Espagne et leur domination sur le “nouveau monde” donnait aussi l’autorité à la colonisation anglaise. La cour en a conclu que cette autorité religieuse à dominer et à coloniser les “païens et infidèles” s’étendait au gouvernement des Etats-Unis après la révolution américaine dont résulta l’indépendance.

La cour suprême des Etats-Unis a réaffirmé à maintes reprises et continuellement le principe de la “découverte chrétienne”. La cour cite toujours l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823, comme une loi valide. En fait, les tribunaux états-uniens à tous les niveaux ont cité la décision de Johnson vs M’Intosh plus de 300 fois depuis 1823, et au moins quatre fois en 2014.

En 1955, les Etats-Unis ont explicitement argumenté en faveur de la “découverte chrétienne” dans l’affaire Tee-Hit-Ton vs USA résultant en une décision de la cour suprême disant que les Etats-Unis pouvaient prendre la propriété indienne sans compensation puisque les Indiens ne sont pas propriétaires de leurs terres.

Les Apaches San Carlos se dressent contre la loi fédérale indienne et son cadre prévu par les décisions et rendus des affaires Johnson et Tee-Hit-Ton qui a établi que le principe de domination religieuse est inhérent dans la loi fédérale indienne. La loi Rio Tinto présume donc que les terres apaches sont propriétés des Etats-Unis car c’est ce que la loi fédérale indienne dit !

Cette loi contient une sous-section intitulée “Consultation avec les tribus indiennes”. Il y est dit: “Le secrétaire devra s’engager dans la consultation de gouvernement à gouvernement avec les tribus indiennes affectées concernant les problèmes préoccupationnels affectant les tribus dans l’échange des terres.” “La loi définit le “secrétaire” comme étant celui de ministère de l’agriculture. On nous demande de croire que le projet Rio Tinto a quelque chose à voir avec la nourriture, encore une autre tromperie…

La “consultation” dont il est fait mention dans le phrasé de la loi se focalise sur le fait de l’après échange, pas avant. Par contraste, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) de l’ONU mandate spécifiquement le “consentement préalable”. L’article 19 de la DDPI dit: “Les Etats doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernés au travers de de leurs propres institutions représentatives afin d’obtenir leur consentement libre, informé et préalable avant d’adopter et de mettre en application toutes mesures administratives ou législatives qui pourraient les affecter.

L’article 32 de la même déclaration renforce le principe de “consentement préalable” avec ces deux mandats suivants:

  • Les peuples indigènes ont le droit de déterminer et de développer des priorités et des stratégies pour le développement ou l’utilisation de leurs terres ou territoires et autres ressources et…
  • Les états doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernees au travers de leurs propres institution représentatives afin d’obtenier le consentement préalable, libre et informé de tout projet affectant leurs terres ou territoires et autres ressources, et ce particulièrement en connexion avec le développement, l’utilisation, ou l’exploitation de monerais, d’eau ou toute autre ressource.

La loi Rio Tinto échoue totalement à reconnaître les droits des Apaches San Carlos sous la déclaration des Nations-Unies. Le fait que la loi utilise la phrase “consultation de gouvernement à gouvernement” ne veut pas dire que la loi reconnaisse de fait et protège le gouvernement indigène des Apaches San Carlos. Cette phrase est un autre niveau de déception et de tromperie, un masque et une fenêtre d’opportunité créée pour un mouvement unilatéral de la part des Etats-Unis.

Pour rendre les choses pires encore, la loi dit que toutes réponses à des “préoccupations” inidennes et toutes mesures prises pour “en minimiser les effets adverses” devront être “mutuellement acceptables” à Rio Tinto !

Le fait est que les Etats-Unis ont refusé d’accéder aux normes légales internationales annoncées par l’ONU et sa DDPI. Bien que le président Obama ait renversé le vote “non” original des Etats-Unis lorsque l’ONU a adopté la déclaration, il le fît avec une nuance déclarée que “le concept d’auto-détermination de la déclaration est consistante avec la reconnaissance existante des Etats-Unis au sujet de la relation avec les tribus fédéralement reconnues.

En d’autres termes, les Etats-Unis campent sur la position que la loi fédérale indienne personnifie déjà les principes et les mandats de la déclaration de l’ONU (NdT: quelle foutaise !…) Comme nous le constatons néanmoins avec la loi Rio Tinto, la loi fédérale indienne n’a que peu de ressemblance avec les normes de l’auto-détermination établies sous la loi internationale. Bref, la déclaration d’Obama, tandis qu’attachée au vote “oui”, est toujours en fait une continuation de votre “non”. (NdT: une autre fadaise pour montrer qu’une fois de plus l’empire fait ce qu’il veut, comme çà l’arrange et qu’il se fout complètement des conséquences, car il se sait protégé…)

Au bout du compte ici, les San Carlos Apaches ont une bataille sur les bras, une bataille sérieuse et profonde contre des forces retranchées de la domination coloniale qui ont avancé et ont une expérience en le domaine de plus de 500 ans. Toutes les nations indiennes devraient prendre bonne note du défi de Rambler: “Nous devons nous unir et combattre ceux… qui cherchent à nous prendre notre liberté de culte, notre droit humain des plus importants…

Mettre à bas l’empire, c’est mettre à bas le colonialisme existant depuis 1492… (Steven Newcomb)

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Vers la libération globale de tous les peuples et toutes les nations

 

Steven Newcomb

 

Indigenous Law Institute
(1998)

 

Source: http://ili.nativeweb.org/global_liberation.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Steven Newcomb sur Résistance 71

 

L’article 1 de l’ International Covenant on Civil and Political Rights (ICCPR) dit: “Tous les peuples ont le droit à l’auto-détermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et conduisent librement leur développement économique, social et culturel.” Cette terminologie exacte peut aussi être touvée dans l’article 1 de l’International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights (ICESCR).

Ces deux déclarations sur les droits de l’Homme de l’ONU ci-dessus mentionnées ont eu pour intention de servir plus comme “une formule plus élaborée des standards des droits de l’Homme” que de l’ “étape préliminaire” que fut la déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par l’assemblée générale de l’ONU le 10 Décembre 1948. En d’autres termes, le langage ci-dessus invoqué pour les peuples ayant le droit à l’auto-détermination que l’on trouve dans les déclarations du 16 Décembre 1966, fut en partie un effort de l’assemblée générale pour clarifier le cadre des droits de l’Homme qu’elle avait commencé à exprimer dans la déclaration universelle (cf Ian Brownlie, Basic Documents in International Law, 1983, p. 257

Dans le préambule de la déclaration universelle, nous voyons que l’assemblée générale a déclaré que les droits de l’Homme énumérés dans ce document sont “un standard commun de réalisation pour tous les peuples et toutes les nations”. Elle déclare de plus le besoin pour une “reconnaissance universelle et efficace” des droits y étant énumérés “à la fois au sein des peuples des états membres eux-mêmes et parmi les peuples des territoires sous leur jurisdiction.” En bref, l’ICCPR et l’ICESCR clarifient que l’auto-détermination est une partie essentielle de ce que l’AG de l’ONU a déclaré être “un standard commun de réalisation pour tous les peuples et toutes les nations”, incluant les peuples considérés être “sous la jurisdiction des états membres”.

L’article 3 de la proposition de l’ONU sur les droits des peuples indigènes

L’article 3 de la proposition initiale de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU (DDPI) fut directement tiré de l’article 1 de l’ICCPR et de l’ICESCR. Ainsi l’article 3 stipule: “Les peuples indigènes ont le droit à l’auto-détermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et choisissent librement leur mode de développement économique, social et culturel.” Les rédacteurs de la proposition ont eu pour intention de vouloir dire que tous les peuples, incluant les peuples indigènes, ont le droit à l’auto-détermination. En ce moment, les délégations de gouvernement d’état au Groupe de Réflexion Inter-Sessionnelle sur les Droits des Peuples Indigènes essaient de donner une signification opposée à l’article 3 et d’imposer en substance une terminologie similaire à “tous les peuples, sauf les peuples indigènes, ont le droit à l’auto-détermination.

Quoi qu’il en soit, si les nations et peuples indigènes tombent dans la catégorie de “tous les peuples et nations” (comme stipulé dans la déclaration universelle des droits de l’Homme de l’ONU) et/ou dans la catégorie “ peuples sous la jurisdiction des états membres”, alors, d’après l’ICCPR et l’ICESCR, en tant que peuples ils sont considérés comme ayant droit à l’auto-détermination.

Les états s’opposant au principe de ce que les peuples et nations indigènes aient le droit à l’auto-détermination ont deux options ouvertes à eux. L’une est de tenter de complètement faire retirer les nations et peuples indigènes de la catégorie des “peuples” comme on le trouve dans les textes des Nations-Unies. Une façon serait pour eux de faire placer les nations et peuples indigènes dans la catégorie “individus sous la jurisdiction d’états démocratiques membres.”

La seconde possibilité ouverte aux s’opposant à l’auto-détermination des peuples et nations indigènes, est de soutenir un type de groupe indigène nominal ou des droits collectifs sous la domination et la jurisdiction des états. Ceci est le modèle de la loi américaine fédérale sur les Indiens et des “nations dépendantes domestiquement”. Sous cette option, le statut politique des nations indigènes est prédéterminé pour elles par les états, mais elles sont ensuite “libre de choisir leur développement économique, social et culturel”, néanmoins sujet à la domination ultime de l’état au sein duquel les peuples indigènes se trouvent localisés. Si elle est adoptée, cette option résultera en une application universelle d’un “cadre colonial démocratique” mondial. Quelque soit le scenario, le statu quo colonial actuel devient inscrit en un instrument international.

Définitions

Comme la déclaration universelle des droits de l’Homme de l’ONU se réfère aux “peuples des territoires sous la jurisdiction des états membres”, nous devons nous demander: Est-ce une référence à ce qui est maintenant communément appelé “peuples indigènes” ?

Le mot “jurisdiction” est dérivé du latin “jus” ou “juris” qui veut dire “loi” et “dictio”, de dico, voulant dire “prononcer”. Ainsi le mot “jurisdiction” veut littéralement dire “prononcer la loi”. La définition plus générale et plus proche de cette discussion est “l’extension de l’autorité d’un gouvernement” ou “la zone ou la limite au sein de laquelle un pouvoir peut-être exercé”. Parler de “peuples de territoires sous la jurisdiction d’états membres”, veut dire “sous l’autorité d’états membres”.

Le mot “autorité” nous amène au “pouvoir ou droit de commandement ou d’action, de domination et de contrôle”. Sur cette base, la phrase ci-dessus peut être comprise comme voulant dire “peuples de territoires sous la domination d’états membres”. Qu’est-ce qu’un “dominion” ? Le terme est dérivé du terme sanscrit “damayati” et du latin “domanus”, qui veut dire “celui qui subjugue”. On peut aussi remonter au latin “domo” qui veut dire “subjuguer, assujettir, placer sous contrôle, domestiquer, cultiver, labourer”. Le mot latin pour “cultiver” est “colere”, “coloniser”.

D’après l’amiral Samuel E. Morison, depuis son “l’Histoire du Peuple Américain” d’Oxford, la colonisation est “une forme de conquête dans laquelle une nation prend un territoire lointain, y injecte ses gens et contrôle ou élimine la population native.” Il décrit ensuite ce qu’il appelle la “colonisation moderne” ou “cette expansion incroyable pour le commerce et l’occupation des sols” par les Européens “qui eut pour résultat la domination du monde”. C’est ce processus de colonisation moderne qui “a produit des résultats durables en Amérique, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud et même dans ces pays d’Asie et d’Afrique qui ont gagnés leur indépendance depuis la fin de la seconde guerre mondiale.” (page 34)

Brièvement, la colonisation est le processus de subjugation, de domination, de contrôle par une puissance étrangère et d’exploitation sans fin des ressources. Ceci coïncide avec les racines étymologiques de “celui qui subjugue”. Ainsi, “l’histoire de la colonisation n’est pas seulement les migrations des hommes dans le monde. C’est aussi l’histoire de guerre et d’exploitation de races et de nations l’une envers l’autre.” (Henry C. Morris, The History of Colonization, From the Earliest Times to the Present Day, Vol. 1, 1904, p. 10)

Dans le cas des Etats-Unis, du Canada (du reste des Amériques), de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de beucoup d’autres endroits dans le monde, la phrase “peuples de territoires sous la jurisdiction d’états membres” veut dire: “peuples de territoires historiquement colonisés par des états membres (ou par les prédécesseurs des états membres”.”

Le “problème indigène” est un problème colonial

D’après l’imprimé no9 “Les droits des peuples indigènes” émis par la Haut Commissariat aux Droits de l’Homme (HCDH) de l’ONU, “les peuples indigènes ou aborigènes sont appelés ainsi parce qu’ils vivaient sur leurs terres avant la venue de développeurs de l’extérieur.” Le document dit de plus que les “nouveaux arrivants” devinrent par la suite dominants “par la conquête, l’occupation, la colonisation et autres moyens.

(Ce langage se trouve sur la première page de l’imprimé no9 first page of Fact Sheet No. 9.)

Ainsi, d’après le haut-commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU, le terme “indigène” est proprement appliqué aux peuples qui ont été soumis à la domination ou, de manière un peu différente, se réfère à des peuples sur lesquels une domination a été établie. De manière intéressante, c’est aussi la définition de “peuples coloniaux” d’après l’anthropologue Laura M. Thompson dans son essai de 1943: « Steps Toward Colonial Freedom: Some Long-Range Planning Principles Toward a New World Order. » Il est curieux que la domination établie par les “nouveaux arrivants” sur les peuples indigènes “par la conquête, l’occupation, la colonisation ou autres moyens” ne soit pas caractérisée par le HCDH comme étant une violation “des droits des peuples indigènes”.

Dans la préface d’un autre livre de Thompson, John Collier, qui fut un haut commissaire américain aux affaires indiennes de 1933 à 1945, identifia le lien entre la politique américano-indienne et le colonialisme. Il fit remarquer: “Quand, en 1941, Harld L. Ickes, alors secrétaire à l’intérieur et moi-même, alors haut-commissaire aux affaires indiennes, avons sollicité la recherche dont ce livre est un des résultats, nous regardions les service des Indiens du gouvernement comme juste une des entreprises coloniales de l’administration, un fiduciaire, un service aux dépendances et minorités du monde” (Laura M. Thompson, Culture In Crisis, A Study of the Hopi Indians, 1950, p.12-13).

Les “peuples coloniaux” ne sont pas les colonisateurs. Ils sont pkutôt les peuples soumis à la domination des colons, à leur jurisdiction ou leurs règles. Les peuples coloniaux, colonisés, sont ces peuples et nations qui en résutat d’avoir historiquement été subjugués par le processus violent de la colonisation par les populations de colons, sont maintenus entravés perpétuellement. Une fois qu’ils ont été mis en état de colonisation, les colonisateurs leur refusent le droit de restaurer leur mode de vie pré-colonial libre et indépendant. C’est parce que les peuples et nations indigènes tentent d’utiliser le document de la déclaration des droits des peuples indigènes de l’ONU pour se libérer eux-mêmes de l’héritage de la domination coloniale et de l’oppression, que beaucoup d’états et en particulier les Etats-Unis, sont opposés à l’article 3 et autres provisions spécifiques de ce document.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, en se référant spécifiquement aux “peuples des territoires sous la jurisdiction des états membres”, se réfère aux peuples vivant sous la loi coloniale. Ceci décrit des peuples et nations indigènes. D’après le cadre international des droits de l’Homme , tous les peuples et nations du monde vivant sous un régime colonial ont le droit à l’auto-détermination exprimé dans les déclarations internationales des droits de l’Homme. Ils ont aussi le droit d’utiliser le principe même de l’auto-détermination pour se libérer de la domination coloniale. Les Etats, en revanche, n’ont aucun droit de bloquer ou d’interférer, la libération des nations et peuples indigènes sans violer les standards internationaux des droits de l’Homme.

L’article 3 et la peur des états “colons”

Dans l’ouverture de la déclaration générale du 4ème groupe de travail inter-sessionnel de l’ONU, les Etats-Unis ont exprimé leurs préoccupations au sujet de l’article 3. Certains, disent que les USA interprètent l’auto-détermination comme voulant dire le droit de se séparer ou de faire sécession du reste de la société. Adressons-nous à ces préoccupations.

La séparation

Basé sur une conversation avec un cadre du ministère des affaires étrangères américain, la mention de séparation est actuellement une peur que quelques peuples indigènes n’interprêtent l’article 3 comme voulant dire que les peuples et nations indigènes ont un droit d’indépendance.

Indépendance veut dire “la qualité d’être indépendant” tandis qu’indépendant veut dire “pas influencé ni contrôlé par d’autres”. En disant qu’ils ne veulent pas que les nations et peuples indigènes soient indépendants, les Etats-Unis disent qu’ils veulent que ces nations demeurent dépendantes. Appliqué à des peuples originellement libres et indépendants qui ont été soumis à la colonisation et forcés de vivre sous une administration coloniale comme identifiée par la haut-commissaire aux affaires indiennes John Collier, le terme de “dépendance” veut dire “subordination ou sujet à la règle coloniale.” Indépendance veut dire libre, dépendance veut dire entrave, subjugation ou tenu sous le joug colonial.

S’il est inacceptable pour tous les peuples et nations du monde de se libérer et de devenir indépendants de la domination coloniale, pourquoi donc tant de ces peuples et nations ont-ils été capables de le faire depuis la création de l’ONU en 1945 ? Cette question devient encore plus poignante lorsque nous considérons que les nations indiennes de l’hémisphère américain, la nation Kanaka Maoli d’Hawaii et tant d’autres peuples et nations forcés de vivre sous le nuage noir du colonialisme, vivaient totalement libres et indépendants avant que les empires de la chrétienté n’établissent leurs dominations coloniales sur les terres ancestrales et patries des nations et peuples indigènes.

Quand les 13 colonies britanniques le long des côtes de l’Atlantique nord ont fait leur déclaration au nom et par l’autorité du peuple des colonies, il fut dit “que ces colonies unifiées sont et doivent être de droit, des états libres et indépendants (de la couronne britannique).” Ils n’avaient pas de long précédent en ce domaine comme l’avaient les peuples et nations indigènes avec leur existence originelle libre et indépendante. Et malgré cela, les Etats-Unis considèrent avoir un haut niveau moral et en fait un des plus hauts points de l’histoire de l’humanité, pour que les leaders coloniaux aient publié la déclaration d’indépendance avec l’Angleterre.

La Déclaration d’Indépendance a marqué le début de l’indépendance pour ces treize colonies en tant qu’états libres et indépendants ; c’était une condition qu’ils n’avaient pas auparavant. Par contre, nos efforts en tant que nations et peuples indigènes de nous libérer de la domination coloniale est un effort pour NOUS RESTAURER NOUS-MEMES en tant que nations et peuples libres et indépendants et de récupérer une existence libre, comme nos ancêtres l’avaient et bien des générations auparavant, et ce durant des milliers d’années, ceci étant fondé sur notre spiritualité, notre connaissance de la loi naturelle et des instructions originelles. Ceci représente notre grande valeur morale sur la question.

La sécession

Quand les treize colonies de la côte atlantique nord-américaine se sont elles-mêmes déclarées libres et états indépendants et se sont jointes dans une union commune, elles sont entrées librement et volontairement dans une telle association. Une variation du mot “accéder” est “accession” qui veut dire “accord, consentement ou approuvement”. Le mot “sécession” est le contraire du mot “accession”. Faire sécession veut dire “retirer toute alliance formelle préalable, se retirer de tout accord, fédération ou association”. Ces trois relations politiques impliquent l’action préalable que les gens se soient mis d’accord à ces relations.

La relation entre un empire dominant, un état ou un peuple colonisateur et les peuples colonisés ne prend pas racines dans l’accession, le consentement ou la libre participation. Cela est enraciné dans l’oppression. Ainsi, il est impossible pour des nations et des peuples tenus par la force sous le joug colonial de faire sécession d’une telle relation politique abusive. Le faux problème provenant de la “sécession” est non squitur (ne suit pas) et ainsi est un faux-problème fait pour être provocateur et alarmiste à dessein.

L’empire américain et les nations et peuples indigènes

George Washington avait fait remarquer qu’en gagnant la guerre révolutionnaire, les 13 états avaient “établi les fondations d’un grand empire”. “C’est seulement par notre caractère uni, en tant qu’empire, que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut être vue ou notre crédit soutenu parmi les nations étrangères.” Thomas Jefferson, qui devint le ministre des affaires étangères de Washington et plus tard le 3ème président des Etats-Unis, demanda à Washington en 1784 s’il “était d’ordre pratique de maintenir notre empire séparé du reste du monde” (Richard Van Alstyne, Genesis of American Nationalism, p.3) Chief Justice Marshall, dans le rendu de l’affaire de la cour suprême Loughborough contre Blake (1820), se référa aux Etats-Unis sous le terme “d’empire américain” et dans l’affaire Downes contre Bidwell (1900), la cour suprême dit qu’en regard de l’expansion coloniale américaine, “un faux pas en cette époque pourrait-être fatal à ce que le juge suprême Marshall a appelé: l’empire américain.

Dès que les 13 colonies établirent leur propre libre indépendance politique, le nouvellement constitué empire fédéral conspira pour voler les nations originelles et les peuples des Amériques de leurs terres. Elles travaillèrent à enlever par la force nos ancêtres de leur existence et mode de vie libre et de nous forcer sous la loi coloniale. D’après l’historien Richard Van Alstyne, le cadre de référence des colons américains était “l’empire romain du temps d’Auguste”. En fait, Van Alstyne nota qu’ “avec la révolution à venir et l’ambition de souder les 13 colonies en un état national souverain, la substitution de la phrase ‘empire américain’ pour britannique venait facilement et des plus naturellement.” (Richard Van Alstyne, The American Empire, Its Historical Pattern and Evolution, 1960, p. 3). Maintenant, en 1998, ceux qui représentent l’empire américain essaient de maintenir le système de colonisation construit par leurs ancêtres et prédécesseurs.

Sur quel principe fondateur cet édifice colonial a t’il été construit ? D’après Temple Bodley “Qu’en est-il du droit des Indiens sur la terre qui a été la leur depuis des temps immémoriaux ? La réponse est qu’ils étaient regardés par les nations chrétiennes comme n’ayant aucun droit à l’exception de ceux que les nations blanches dominantes leur accordaient tout en s’appropriant leur pays et choisissaient de leur concéder. Sous les règles généralement reconnues par les grandes puissances d’Europe, les aborigènes non-civilisés comme les amérindiens, devinrent les sujets de ces nations qui les découvraient et s’appropriaient leurs terres. Leurs territoires devenaient la propriété de cette nation civilisée. Ce fut une règle dure pour les Indiens, mais elle fut édictée par les lions envers les agneaux.” (Our First Great West, In Revolutionary War, Diplomacy and Politics, 1938, p. 4)

Jusqu’à ce jour, la loi fédérale américaine sur les Indiens demeurent basée sur la doctrine chrétienne de la découverte et de sa domination (NdT: codifiée par le droit canon et les bulles papales Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493) ou sur l’affirmation de la domination ultime chrétienne sur les “Indiens qui étaient païens”. Ce pré-supposé est édicté dans la décision de la cour suprème des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823 (21 U.S., 8 Wheat., 543). Cet ancien dogme de la chrétienté a été tissé avec les lois et les décisions de la cour suprême des Etats-Unis, qui maintenant servent de base fondamentale au système colonial sous lequel les Etats-Unis oppriment les nations et les peuples indigènes. Ceci est aussi utilisé par des nations régies par le droit coutumier anglais comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, contre leurs peuples et nations indigènes. Les Etats-Unis ont utilisé des variantes de cette idéologie pour soumettre d’autres peuples et nations indigènes comme par exemple les Kanaka Maoli des îles hawaiiennes, réduits sous la domination fédérale coloniale américaine. Le projet de déclaration des droits des peuples indigènes de l’ONU, incluant son article 3, est un effort des peuples et nations indigènes du monde d’utiliser les standards communs des droits de l’Homme pour éliminer à tout jamais l’utilisation de telles doctrines dégradantes et répugnantes comme celle de la domination chrétienne par la “découverte”, comme base relationnelle entre les nations européennes et indigènes.

Conclusion

Un des tenets centraux de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est “le développement de relations amicales entre les nations”. La déclaration distingue aussi spécifiquement entre les nations et “états membres” de l’ONU. Comme nous l’avons montré ci-dessus, l’expression des droits de l’Homme contenue dans la déclaration universelle et dans les accords internationaux sur les droits de l’Homme, ont pour intention d’inclure en leur sein “les peuples des territoires sous la jurisdictions d’états membres”. Lorsque l’’affirmation” d’une “jurisdiction” de la domination par des états membres repose sur des affirmations d’un empire et de la découverte chrétienne de “païens” et, comme dans le cas des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ceci demeure bien plus en conformité avec des bulles papales émises par le Vatican au XVème siècle qu’avec les standards contemporains des droits de l’Homme.

Nous devons nous rappeler que ces bulles papales on donné à la chrétienté la plus haute sanction “morale” pour la “subjugation de nations barbares” et “d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarazins, païens et autres ennemis du christ.” Les monarques chrétiens (équivalent de ce que sont nos États aujourd’hui) devaient “réduire ces personnes infidèles en esclavage perpétuel” (bulle papale Romanus Pontifex du 8 janvier 1455, voir Frances Gardiner Davenport, European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648, 1917, p. 23). La bulle Inter Caetera émise par le pape Alexandre VI le 4 Mai 1493 a exprimé le désir du pape que “les nations barbares soient sugjuguées” et que “l’empire chrétien” soit étendu.

Malheureusement, beaucoup d’états qui ont construit leurs sytèmes coloniaux sur l’héritage des bulles papales, sur les chartes coloniales anglaises et autres idéologies archaïques du passé, tentent maintenant de maintenir le statu quo (oligarchique) sur cette base immorale. Ceci malgré le fait que ces doctrines aient été répudiées. Par exemple la décision de la Cour Pénale Internationale sur l’affaire du Sahara Occidental, la décision Mabo en Australie et la condamnation universelle de l’apartheid sud-africain en sont des preuves. Pour que des états récalcitrant se raccrochent à un cadre pseudo-légal, immoral et archaïque colonialiste alors que nous entrons dans le XXIème siècle (NdT: ce texte a été écrit en 1998 et rien n’a vraiment changé depuis, le statu quo oligarchique perdure sur bien des fronts…) est non seulement insultant pour les nations et peuples indigènes, mais aussi contre-productif. Cela envoie le message de ce que les peuples et nations indigènes ne seront jamais libérés d’un système de domination coloniale qui remonte à plus de cinq siècles !

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