Archive pour état colonialisme et monopole de la violence

Comprendre pour agir juste… « Nous sommes tous des colonisés ! » (version pdf)

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¡Ya Basta!

 

Résistance 71

 

8 juillet 2019

 

En mai 2013, nous publiions cet article « Nous sommes tous des colonisés ! », une analyse sur le colonialisme et l’importance de ce qui nous aida à formuler cette pensée cruciale à notre sens pour quiconque pense à l’émancipation définitive de nos sociétés de la sclérose criminelle étatico-capitaliste pour enfin parachever notre humanité vraie, profonde et organique dans une société des sociétés affirmant notre être en lâchant prise de la tyrannie de l’avoir et de ses antagonismes factices inhérents:

« L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »

L’article eut une suite en juillet 2013 et est devenu un des articles les plus lus et téléchargés sur Résistance 71. Jo nous en a fait un superbe PDF de compilation que nous vous invitons à (re)lire et à diffuser sans aucune modération. Ce PDF a réactualisé les articles dans leur bibliographie car depuis toutes ces années, la bibliothèque s’est considérablement étoffée. Bonne lecture !…

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

 


Le Fléau de l’Occident


La solution: Dignité, Terre et Liberté !
Mouvement zapatiste 1994-2019

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Occident, colonialisme et la violence de la domination… ou sortir de…

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La cage

 

Mohawk Nation News

 

12 Avril 2016

 

url de l’article original:

http://mohawknationnews.com/blog/2016/04/12/the-cage/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous sommes un peuple libre, vivant libre, ayant son mot à dire sur nos vies et égal en tout ce qui constitue le monde naturel. Nous sommes encerclés par ceux qui n’ont jamais fait l’expérience de la liberté naturelle, qui sont élevés pour être captifs. Chaque être vivant ne peut encaisser qu’une certaine dose d’oppression dévastatrice.

Venez dans la cage avec nous”, disent-ils. On nous hait parce que nous refusons d’être captifs.

Maintenir Leonard Peltier en prison depuis plus de 40 ans pour un crime que le FBI sait pertinemment qu’il n’a pas commis est leur façon de nous menacer tous et toutes. Quand les imposeurs coloniaux entre en nos territoires et nous tirent dessus, il est naturel de nous défendre pour survivre. Nous évoluons depuis la nature elle-même. Tous les animaux se défendront en accord avec l’ordre naturel de l’instinct de survie (NdT: c’est ici qu’il faut faire le distingo entre “l’agressivité” et la “violence”. L’agressivité est liée à la survie et à l’évolution, la violence est induite et fabriquée, elle est un symptome du cancer politico-social qui existe dans toute société où le pouvoir politique s’est séparé du peuple et a créé l’inégalité. L’agressivité est naturelle, la violence est sociale donc induite…). Nous luttons contre un ordre non naturel, voire anti-naturel.

Ils sont nés sous le joug depuis des milliers d’années. Ils nous voient libres. Ils veulent nous retirer notre liberté ou nous tuer si nous résistons. Ils envient et détestent ceux qui refusent de se laisser réduire en esclavage par eux. Nous avons un lien naturel avec la création pour survivre en utilisant nos instincts.

Luther Standing Bear disait: “L’homme blanc ne comprend pas ‘l’Amérique’. Il est bien trop éloigné de ses processus formatifs. Les racines de l’arbre de sa vie n’ont pas encore atteint et enserré la roche mère et le sol. L’homme blanc est toujours troublé par des peurs primitives ; il a toujours à la conscience les périls de ce continent sauvage ; une grande partie de sa vaste nature n’ayant pas encore rapporté les fruits de ses pas et regards inquisiteurs… L’homme d’Europe est toujours un étranger. Et il déteste toujours l’homme qui a questionné son chemin à travers ce continent. Mais dans l’Indien (Ongwe’hon:weh) l’esprit même de la terre est toujours imbriqué et il le demeurera jusqu’à ce que d’autres hommes soient capables de deviner et de se conformer à son rythme. Les hommes doivent naître et renaître pour appartenir. Leurs corps doivent être constitués de la poussière des os de ceux de leurs ancêtres.

L’homme blanc veut que nous soyons programmés comme lui. La ceinture wampum “George Washington” de 1794 et d’autres programmes ne sont que des ordres de marche pour notre extermination totale. Nous nous tenons maintenant debout sur le ventre de notre terre-mère avec des barrières artificielles placées tout autour de nous.

 

Sémantique coloniale… La doctrine de la conquête comme système de domination…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

La conquête comme système conceptuel de domination

 

Steven Newcomb

 

3 avril 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/04/03/conquest-idea-system-domination

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Bien que les Etats-Unis aient imposé par la force des critères de domination sur la nations natives originelles de ce continent, il est somme toute assez typique de voir les tribunaux des Etats-Unis et la plupart des universitaires de droit utiliser les mots “conquérant”, conquête” et “conquérir” et non pas les mots “domination”, “dominants”, “dominer”. Le professeur Robert Miller (Shawnee) par exemple, a intitulé son livre: “Native America: Discovered and Conquered” (2008). Le théologien George “Tink” Tinker (Osage) a intitulé son livre de 1993 “Missionary Conquest” et dans mon livre Pagans in the Promised Land (2008), je réfère au modèle mental de “conquérant” et à l’idée de conquête.

Avec le recul, je vois maintenant que cela aurait eu plus de sens d’écrire au sujet du “dominant” et de son modèle mental. Pensez à la différence apportée si George Tinker avait intitulé son livre Missionary Domination, (Domination missionnaire) ou si Robert Miller avait intitulé le sien “Native America: ‘Discovered’ and Dominated.” Se référer à nos nations comme étant “découvertes et conquises” donne l’impression que la lutte est terminée et que les Etats-Unis sont les “gagnants” contre l’ “ennemi” que sont les nations natives du continent et que nous devons vivre avec cette conséquence à tout jamais.

Une bonne partie du processus de décolonisation implique le fait d’embrasser le besoin de se démarquer consciemment des termes colonisateurs de référence en n’utilisant plus le mot de “conquête” et de commencer à utiliser le terme de “domination” en référence au système de la loi et politique fédérale indienne adopté par les Etats-Unis. Cette façon de cadrer l’affaire suggère ainsi que la domination des Etats-Unis, toujours imposée sur nos nations originelles, est invalide et doit être mise au défi et terminée.

Peut-être qu’une analogie aiderait à illustrer ce point. Pensez pour un instant à l’empire romain battant une nation ou un peuple en imposant un régime de domination. Imaginons que les Romains réfèrent typiquement de manières orale et écrite à leur système comme étant une “conquête”, ce qui veut dire une “victoire”, un “triomphe”. Cela n’aurait absolument aucun sens pour la nation ou le peuple sur lequel l’empire romain a imposé son règne par la force, d’appeler cette imposition étrangère sur leur sol une “conquête”, voulant dire une victoire romaine ou un “triomphe” sur un ennemi.

Le livre d’Edward Gibson The Rise and Fall of the Roman Empire (Edited with Introduction and Notes by J. W. Saunders, George G. Harrap & Co., 1949) fournit des exemples de langage utilisé de cette façon. Comme l’écrivit Gibson: “Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner la conquête de la Grande-Bretagne et de fixer le terme de province romaine sur cette île (p.29) “ et “Avant la conquête romaine, le pays qui est maintenant appelé la Lombardie n’était pas considéré comme partie de l’Italie,” (p.30)

Pour ceux sur qui un système de domination romain a été imposé, appeler cette imposition romaine une “conquête” serait se positionner dans une perspective romaine pour se catégoriser eux-mêmes. Cela voudrait dire qu’ils se verraient comme une ou des nations sur lesquelles une “victoire”, un “triomphe” romain a été accompli, point final. Afin d’éviter une telle erreur, une telle nation ou un tel peuple devrait plutôt utiliser le mot “domination” pour référer au système romain qui leur a été imposé. (NdT: On peut se poser la question de savoir comment les Gaulois, conquis après Alésia, jugèrent la domination romaine ? Il est intéressant de constater que nos livres d’histoire relatent très brièvement la guerre des Gaules pour passer directement au monde “gallo-romain”, présenté comme source progressiste infinie, justifiant ainsi l’idéologie de la conquête au nom de la “civilisation”, employée par nos empires modernes en permanence… N’est-ce pas très convénient de voir la chose de cette façon pour l’oligarchie dominante ? Question: quelle fut la résistance gauloise à l’occupation romaine après la victoire de Jules César ?... Quelles furent les mesures ethnocidaires prises par les occupants pour détruire la culture gauloise ? Y sont-ils parvenus ?)

Les citations ci-dessus provenant de Gibson démontrent comment, au travers de leur utilisation de “la conquête”, les Romains ont assumé une attitude triomphante envers ceux qu’ils dominaient. Les Romains utiliseraient l’expression d’”après la conquête” pour référer au temps d’après que leur imposition soit devenue “gagnante” en forçant les autres peuples et nations sous l’ascendance romaine. Si une nation ou un peuple subjugué décidait qu’il voulait remettre en question l’imposition romaine, il pouvait le faire de manière effective en utilisant l’expression “après la domination” fondée sur l’assomption que la domination d’une nation par une autre est invalide et inacceptable.

Passons maintenant à l’application du mot “conquête” envers nos nations. En 1986, dans l’affaire Chunie v. Ringrose (impliquant une demande territoriale Chumash sur deux îles au large de la côte de Santa Barbara en Californie), la cour d’appel du 9ème district utilisa le mot “conquête” dans le sens de “victoire” ou de “triomphe” de l’Espagne sur les nations indiennes. La cour écrivit: “L’Espagne a acquis les îles par la conquête et la colonisation et ces îles sont ensuite passées au Mexique lorsqu’il a obtenu son indépendance de l’Espagne.” Cette façon de cadrer l’histoire est tellement bateau , que la personne de base qui lirait ce verdict et même le juge et les assesseurs qui l’ont forgée auront peu de chance d’interpréter le mots “conquête” et “colonisation” comme voulant dire “domination”.

Si la cour avait reconnu ce fait, elle aurait pu écrire quelque chose comme: “L’Espagne a acquis ces îles par domination et colonisation”. Mais un tel phrasé ouvrirait ainsi la possibilité d’une reconnaissance de la domination des nations natives par les Etats-Unis et défierait son bien-fondé, la rendant ainsi invalide et serait vue comme devant être terminée.

La décision de la 9ème chambre d’appel dans l’affaire Ringrose déclare: “Après la conquête par les puissances européennes, les Indiens furent permis d’occuper le territoire sur lequel ils avaient précédemment exercé une ‘souveraineté’”. Puis la cour renchérit: “Ce droit (d’occupation des sols) n’est pas un droit de propriété, mais est plutôt un droit d’occupation accordé par le souverain conquérant.” Du point de vue Chumash, qui désire défier le schéma de domination, “après la conquête” devrait-être réexprimé sous la forme “après la domination”. D’un tel point de vue, l’expression “souverain conquérant” serait plus précisément rephrasé en “souverain dominant” qui nie aux nations natives toute forme de titre sur la terre, titre qui pourrait entrer en compétition avec cette domination supposée.

Notez bien la différence de ton lorsque nous écrivons: “après la domination par les puissances européennes, les Indiens furent permis d’occuper le territoire sur lequel ils avaient précédemment exercé une souveraineté. Ce droit n’est as un droit de propriété, mais plutôt un droit d’occupation des sols accordé par le souverain dominant.” Dans l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis en cour suprême des Etats-Unis (1955), la cour déclara ceci: “Après la conquête, ils (les Indiens) furent autorisés d’occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient précédemment exercé une ‘souveraineté’, comme nous utilisons ce terme.” Réexprimé d’un point de vue de nation originelle cela sonnerait comme ceci: “Après la domination, ils furent autorisés d’occuper des portions de territoire sur lesquelles ils exerçaient précédemment une ‘souveraineté’, comme nous utilisons le terme.

Appeler un système de domination par son nom de “domination” est un moyen de dire la vérité au pouvoir, mais c’est aussi un moyen d’identifier précisément la nature du système linguistique, mental et comportemental contre lequel nous luttons. Dans son livre Domination and the Arts of Resistance: Hidden Transcripts (Yale University Press, 1990), James C. Scott cite George Orwell en disant “quand l’homme blanc devient tyran, il détruit sa propre liberté”. La surveillance de la population américaine par la NSA, la contraction des libertés civiles du peuple américain en général et la poussée pour un état de sécurité nationale démontrent que bien que le peuple américain pensait être le bénéficiaire du système de domination de l’empire américain, en réalité c’est sa propre existence qui est en train d’être détruite par ce même système impérialiste qui travailla si dur pour détruire l’existence libre de nos nations. (NdT: Ce que dit Newcomb est exactement ce que nous disons depuis le départ de nos analyse et dans notre article de synthèse publié en Mai 2013: “Tous colonisés !”)

L’utilisation par les tribunaux états-uniens d’expressions clefs comme “après la conquête”, “le conquérant souverain” et “la domination ultime” fait partie des transcriptions cachées du mot domination que les Etats-Unis ont utilisé et continuent d’utiliser contre nos nations originellement libres et toujours libres de droit. Une partie de notre tâche immédiate est d’ouvrir ces transcriptions cachées à la scrutinité afin de pouvoir nommer et éliminer précisément et efficacement les schémas ancrés de domination, de subordination et de déshumanisation qui sont utilisés contre nos peuples et nos nations.

Résistance politique: Leçon d’histoire coloniale du Nouveau-Mexique

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La déclaration antiguerre de Maurus Chino du peuple Acoma Pueblo: Des bouchers conquistadores aux officiers de réserve

 

Maurus Chino

 

22 Août 2014

 

url de l’article:

http://indigenousresistancejuly2014.blogspot.com/2014/08/acoma-pueblo-maurus-chino-anti-war.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Cette déclaration, originellement publiée sur Censored News en 2011, a été le top article lu en Août 2014 depuis nos archives, par nos lecteurs à travers le monde. Indigenous Resistance continue le travail de Censored News.

La veulerie, la violence et l’arrogement de droit ont marqué cette terre sacrée

Déclaration de Maurus Chino du 19 Mars 2011 à la manifestation commémorant la guerre en Irak, Albuquerque, Nouveau Mexique

(Minute de silence pour ceux qui sont morts ou sont toujours vivants et qui se sont dressés ou se dressent encore pour le Peuple face à l’oppression régnante dans le monde)

Guwaatsi! Gai d’awa hauba? Wa shinum’e Kaaimaisiwa d’aagashi, D’yaami Hanu suda. Uusraatra Hanu waashdi suda etyu. Ak’ume suda.

Bonjour, Comment allez-vous ? Mon nom Acoma est Kaaimaisiwa. Mon nom colonial américain est Maurus Chino. J’appartiens au clan de l’aigle et suis un enfant du clan du soleil du peuple Acoma.

Acoma, un très bel endroit à l’Ouest d’ici, est pour nous le centre de l’univers. Je vis peut-être dans d’autres endroits, comme je le fais maintenant ici à Albuquerque, mais Ak’u l’adorée est une grande force qui tire ceux d’entre nous nés pour Acoma et ceux qui naîtront pour Acoma, toujours de retour à l’endroit, à son centre.

Ak’u est le mot qui nomme la pierre sur laquelle est bâti le vieux village. Ak’ume se traduit par “une personne provenant d’Ak’u”. Du mot Aku’me provient le mot Acoma.

Guerre et terrorisme”. Nous avons beaucoup entendus ces mots récemment, mais ici, au Nouveau-Mexique, il y a 400 ans, ils furent bien plus que des mots à la mode au sujet de terres lointaines. Ici, ce fut l’actualité.

En Octobre 1598, mon peuple Acoma, en défense de sa terre et du peuple, vit le premier contact violent avec le soi-disant conquistador espagnol. Dans ce conflit initial, 13 soldats espagnols furent tués et en résultat de cela, en Janvier 1599, une guerre s’ensuivit à Acoma, guerre qui détruisit presque le village. La guerre épique laissa des centaines, certains disent des milliers de morts massacrés. Juan de Onate ordonna que le pied droit de chaque guerrier fut amputé et les jeunes filles et femmes de 12 à 25 ans mises en esclavage pour 25 ans.

Je dis ici le “soi-disant conquistador”, parce que malgré les évènements horribles que mon peuple a enduré, nous n’avons jamais été conquis. Nous pratiquons toujours nos anciennes croyances qui ont soutenues les gens pendant des milliers d’années. Les chants sacrés, rituels et prières sont toujours celles qu’ils furent pendant des millénaires. Nous n’avons jamais été un peuple parlant espagnol. Contre toute attente, même après le génocide, nous sommes toujours ici.

Je parle de cela parce qu’il est important de comprendre l’état d’esprit de la veulerie violente et du colonialisme. C’est pourquoi nous sommes réunis ici aujourd’hui. Nous sommes menacés de manière persistante dans le monde entier et dans les villes de nos communautés au moyen de maladies sociales directement reliées à cet état d’esprit de veulerie, de violence et d’arrogement de droits. Sur cette terre sacrée, là où vous êtes en ce moment même, il y a 400 ans et presque 100 ans plus tôt en Amériques centrale et du sud, une invasion violente a écrasé nos peuples et nations et cela s’est produit pour exactement la même raison que s’est produit cette guerre en Irak: veulerie, accaparement, empire et au nom de la domination judéo-chrétienne.

Au Moyen-Orient, cela a commencé à cause du pétrole, ici dans le sud-ouest, ce fut pour l’or et des âmes humaines. Dans le journal d’Albuquerque du 25 Février, il y avait une photo et le titre de l’article était: “Une leçon vivante d’histoire”. C’était au sujet de la reconstitution des conquistadores espagnols, des gens déguisés visitèrent le collège de Madison pour participer à une exhibition historique de travaux d’élèves. La photo impliquait que l’évènement se fit le cœur léger, avec du bon temps à prendre pour tous les participants. Les acteurs conquistadores sourient alors qu’ils encouragent les enfants. Bien évidemment, rien ne fut mentionné au sujet du vol des terres, du génocide, des rues dégoulinantes du sang des victimes des massacres, des bébés éclatés par terre à Acoma et ce de la même manière de ce que les morts de civils au Moyen-Orient ne sont jamais mentionnées. Comment cela se pourrait-il ? Cela ne colle pas avec la rhétorique de la liberté et de la démocratie.

Quand nous permettons aux enfants d’apprendre une histoire qui est fausse et vue sous le même angle (NdT: toujours celui des vainqueurs et des puissants), alors nous permettons à l’ignorance et à la bigoterie de se perpétuer. Il est vrai que si on n’apprend pas de l’histoire alors nous sommes condamnés à la répéter. Dans les années à venir, alors que ces jeunes éléves naïfs et impressionables deviennent des leaders de nos communautés, ne soyez pas surpris lorsqu’ils seront confrontés avec les mêmes maux sociaux auxquels nous faisons face aujourd’hui. Ces beaux jeunes esprits empoisonnés par l’école ajourd’hui deviennent ce contre quoi nous nous dresserons demain.

Le soi-disant conquistador Juan de Onate, un psychopathe assassin déifié au travers de presque tout le Nouveau-Mexique et dans l’ouest du Texas où il bénéficie toujours d’une mauvaise révérence, alors même que nous baignons dans la mort et la violence qu’il représente. Nous avons des villes, des places, des rues, des écoles et des bâtiments publics de Taos à El Paso au Texas qui portent son nom. Vous pouvez aujourd’hui voir Onate devant le musée d’Albuquerque, un terrible sourire sur son visage, tentative dérisoire et incompétente de la part du sculteur d’amener une certaine légèreté au sujet de la colonisation assoiffée de sang. Juste dehors Alcade au Nouveau-Mexique, un autre hommage de bronze à Onate, cette version aussi médiocre que celle que nous avons ici à Albuquerque, paraît élever Onate de dessous, dégoulinant de boue… ou de sang. Aussi bizarre que cette œuvre puisse paraître, elle rend peut-être une sorte de justice poétique au personnage. A El Paso, Texas, une statue de 2 millions et demi de dollars, de 4 étages et demi (NdT: environ 14m de haut) tente d’embellir ce qu’un magazine a appelé le 5ème plus moche aéroport de la nation.

Honteusement, le Nouveau-Mexique à lui seul a dépensé des millions pour honorer un boucher, alors que ces millions de dollars auraient pu être dépensés pour fixer les maux sociaux qui nous minent et qui vont continuer a nous miner si nous ne faisons rien contre: les abus de drogues et d’alcool, la violence de rues, le chômage, l’éducation et les services de santé défaillants.

Comme vous le savez, les héros que nous choisissons de célébrer révèlent beaucoup de ce que nous sommes en tant que personnes. Lisez les nouvelles et tôt ou tard vous verrez le Nouveau-Mexique apposé sur une liste désastreuse ou une autre. Nous sommes les plus ignorants, les plus violents et comme le montrent sans cesse les informations qui ne cessent de venir, les plus politiquement corrompus. Nous ne devrions pas être étonnés lorsque nous lisons toutes ces histoires de crimes liés à la drogue et à l’alcool. Que nous soyions un des plus violents états de l’union ne devrait pas nous surprendre non plus, parce qu’en fait nous aidons à perpétuer cet état de fait. Lorsque nous restons tranquilles, lorsque nous ne faisons rien même lorsque nous voyons le monde s’effondrer autour de nous, nous devenons alors une partie du problème.

En 2004, je suis descendu en voiture avec d’autres activistes dans le sud du Mexique dans l’état du Chiapas. À San Cristobal de Las Casas. Nous descendîmes pour aider les Zapatistes dans leur célébration du dixième anniversaire de leur soulèvement contre l’oppression étatique de 1994. Nous avons conduit 3 jours pour descendre et 3 jours pour remonter. Nos avons conduit à travers des déserts, des montagnes, des jungles, de petites villes et des plus grandes. Nous avons parlé avec des leaders des communautés Maya dans des villages montagneux et nous n’avons vu aucun monument à la gloire des conquistadores espagnols, nulle part. On pourrait penser que s’il y avait un endroit où on en verrait plein ce serait au Mexique, mais non. Seulement ici dans le sud-ouest américain pouvez-vous voir de tels pathétiques vestiges de notre passé violent et mal représenté.

L’amour du Nouveau-Mexique, sa dépendance et son obsession pour la violence ont eu pour habitude de me laisser perplexe, jusqu’à ce que je réalise que ce que je voyais autour de moi n’était en fait qu’un état d’esprit, une mentalité, vérouillée dans la pierre longtemps avant l’arrivée des drogues et de l’immigration au travers de nos frontières. Ce qui a commencé avec la glorification d’un passé violent, continue aujourd’hui quand nous voyons les gens si fiers et pourtant si dépendants de ce complexe militaro-industriel pour la simple survie de notre économie. Une fois par an, dans notre seul journal d’Albuquerque, lisons-nous une histoire qui insinue insidieusement la fierté d’être le berceau d’une des pires inventions jamais inventées par l’Homme: la bombe atomique. J’ai entendu beaucoup de gens référer au maintenant en retraite sénateur du Nouveau Mexique Pete Dominici en l’appelant “St Pete”, qui fut bien sûr le champion de la recherche sur l’arsenal nucléaire au laboratoire national de Los Alamos. Chaque mois d’Août, la Fiesta morbide de Santa Fé a lieu. Elle célèbre la soi-disante “reconquête non sanglante du Nouveau-Mexique”, qui en fait ne fut pas si “non-sanglante” que ça. Quand les gens aiment et deviennent obsessifs au sujet de la violence alors les communautés et leurs valeurs se polluent de cette même obsession. Dans une mentalité collective, une obsession de la violence se matérialise par la violence.

Quand j’étais un jeune-homme, à l’époque de vapeurs d’alcool d’un autre temps, j’avais l’habitude de boire avec cet homme Acoma. Il n’est plus parmi nous aujourd’hui. Il s’en est retourné à la source. Son nom était Paul. C’était un Marine (NdT: fusilier marin) et venait juste de revenir du Vietnam. Nous parlions lui et moi de tout, mais souvent nos conversations revenaient sur ce que chacun connait pour être le “bon vieux temps”.

Une fois il me dit quelque chose qui me surprit parce que je savais exactement de quoi il parlait. Cela me mit sur le cul parce que je pensais être le seul qui connaissait cette partie triviale mais si importante de ma vie. Il dit: “Quand j’étais au bahut, j’ai rejoint l’équipe de foot (NdT: football américian ici bien sûr…) simplement parce que les jours de matches, l’équipe avait d’excellents et copieux repas.”

C’était exactement moi. J’étais dans l’équipe de cross country. J’adorais courir, l’anticipation nerveuse, l’adrénaline et l’excitation de la compétition. Mais comment j’espérais ces repas dans des restaurants. C’était mon meilleur repas de la semaine. Vous comprenez, Paul et moi, connaissions la pauvreté dans nos propres maisons.

C’est la même chose maintenant avec beaucoup de nos jeunes et je parle ici de notre jeunesse indienne, nos jeunes hommes et femmes. Même si peu expérimentent la même pauvreté que Paul et moi, le triste réalité est que beaucoup font l’expérience du manque d’opportunité, le même manque d’éducation de qualité dans un système scolaire remplis d’enseignants payés au lance-pierre. Beaucoup de nos jeunes pensent qu’il n’y a as beaucoup d’autres choix pour eux que l’armée.

Beaucoup de jeunes d’ Acoma, et de nos voisins et parents autochtones les Din’e (Navajos), Apache, Southern Ute, Cheyenne, Comanche, Hopi, Zuni, K’awaik’me, T’amayam’e , K’ewam’e, Ohkay Owingeh, Zia, Cochiti, Lakota, Kiowa, Taos, O’odham, etc, etc…, ont été dans des guerres sans fin: World War ll, Iwo Jima, Korean War, Cambodia, le Viet Nam War et maintenant le Moyen-Orient. Il est difficile pour eux de retourner aux valeurs de ces deux choses les plus importantes: la terre et le peuple. “Amuu haatsi e amuu hanu” la terre aimée et le peuple chéri. Ils reviennent changés, s’ils en reviennent, sans exception, nous le savons tous.

Mais rappelez-vous ceci: bien que les guerres soient injustes, nous devons toujours respecter nos femmes et nos hommes qui servent dans ces guerres (NdT: c’est ici que nous nous démarquons. Pour nous, il faut dire non et arrêter de servir de chair à canon pour les guerres des riches pour devenir plus riches encore et dont le but est d’appauvrir toujours plus la masse pour qu’elle n’ait plus d’autre choix que de justement servir de chair à canon… Respecter le “pauvre guerrier”, c’est cautionner les guerres. Il n’y a pas à sortir de là,)

Je vous remercie tous aujourd’hui ; en faisant acte de présence vous faites simplement ce que la majorité des gens ne font pas, et ceci veut dire prendre part à l’action. Ce n’est jamais facile d’agir je le sais en connaissance de cause. J’ai fait ma part du travail d’activiste depuis des années et j’aurai arrêté il y a longtemsp si je pensais que cela ne faisait aucune différence.

Je vais vous dire quelque chose que j’ai entendu il y a bien des années qui m’aide à continuer. Je planifiais à l’époque un évènement avec un homme mexicain, un homme plus âgé et activiste depuis bien des années. “Nous savons, disait-il, que nous allons perdre cette bataille, mais nous le faisons quand même. Nous continuons quoi qu’il arrive parce qu’il est jusre de le faire.” Voilà pourquoi je continue de me battre, parce qu’il est juste de le faire.

J’essaie de faire mon chemin en tant qu’artiste en ces temps incertains. Je m’immerge dans mon travail tout comme vous. Nous avons tous les mêmes problèmes sous différentes formes alors que nous essayons de nous en sortir. Personne ne l’a facile. Il est difficile de dévouer de temps pour la justice sociale, mais nous devons le faire si nous voulons reconstruire nos communautés. Nous appartenons à la communauté et nous avons une responsabilité. Ne devrions-nous pas nous aider les uns les autres ? Nous voyons bien du tumulte aujourd’hui, en Egypte, en Libye et récemment ici aux Etats-Unis dans le Wisconsin. Nous sommes les témoins d’une lutte massive pour la justice sociale et cela peut-être dur de lutter contre tous les obstacles. Néanmoins, cela fait chaud au cœur de voir que le peuple peut vraiment reprendre le pouvoir. Nous pouvons faire une grande différence si nous parlons unis et si notre objectif est valide. Tout part de là. La folie du monde peut trouver un remède en commençant ici-même.

Plaignez-vous aux officiels, à vos mairies, dénoncez les dépenses inutiles d’argent, dénoncez les programmes de recrutemet de l’armée et des officiers de réserve dans les écoles (NdT: Au pays du goulag levant, l’armée a des programmes de sensibilisation et de recrutement dans les écoles, collèges et lycées, le Pentagone sponsorise les jeux vidéo wargames etc…), dénoncez la glorification et les célébrations des conquistadores et du colonialisme, soyez sûr de connaître les valeurs des gens qui se proposent de vous aider, de vous représenter. Faites quoi que ce soit d’utile petit ou grand. Nos actions créent un effet papillon. Nos actions posivitives doivent avoir et ont une effet sur tout le reste.

Merci à tous d’être venus.

D’awa’e hauba, baa Druuwishatsi.

 

Maurus Chino, Acoma Tribe, Founder Southwest Indigenous Alliance

mauruschino@yahoo.com

Solutions pour lutter contre le fléau mondial que représente le colonialisme à son apogée avec l’occident depuis le XVème siècle (2ème partie)

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Comment la résurgence indigène peut et doit inspirer l’émancipation occidentale de son joug colonialiste

 

Résistance 71

 

15 Août  2014

 

1ère partie

2ème partie

 

“Colonisation: la tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation.”

“Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur. À l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale et au relativisme moral…”

~ Aimé Césaire (1955) ~

[…]

La reconstruction des systèmes de la connaissance Onkwehonwe et de l’éthique qui en émane est la première étape pour nous réorienter à redevenir Onkwehonwe dans la pratique de nos vies. Apprendre en soi est une lutte. La méthode d’apprentissage Onkwehonwe est véritablement une méthode de transformation, elle est empirique, observationnelle et pratique. Le processus de gagner la connaissance (ce que nous appelons “l’éducation”) est une action radicale, un acte de défi contre la réalité conventionnelle. L’éducation en ce sens définit un guerrier. L’éducation et la transformation au travers de l’acquisition de la connaissance, du pouvoir et de la vision est un processus dynamique d’apprentissage et d’enseignement, le tout combiné avec un désir profond de respecter la complétion du cercle de la transformation: d’observer, d’expérimenter, de pratiquer et ensuite de passer la connaissance en devenant les tuteurs, les mentors de la génération suivante.

[…]

La logique de la réconcilaition entre les peuples colons et indigènes en tant que justice est claire: sans une restitution territoriale massive, incluant terres, transferts financiers des dividendes d’exploitation et autres formes d’assistance en compensation du mal perpétré et des injustices continuelles commises contre nos peuples, la réconciliation incarnera toujours les injustices coloniales et elle sera en elle-même une injustice supplémentaire. La quasi-ignorance par les colons des faits réels concernant la relation de leurs peuples avec Onkwehonwe et leur déni volontaire de la réalité historique distrait de toute possibilité d’une discussion intelligente pour une véritable réconciliation….

Ainsi en considérant le long terme du problème et les faits bien réels, ce qui est appelé par la société coloniale le “problème indien” devient une question de lutte pour le vrai et le faux, pour la justice dans sa forme la plus basique. Quelque chose a été volé, des mensonges ont été dits et rien n’a jamais été corrigé. Voici ce qui est à mon sens le cœur véritable du problème…

Nous devons penser à la restitution (des terres ancestrales) comme la première étape pour une justice réelle et une société morale hors de ce racisme immoral qui est le cœur même de la fondation de toutes ces nations coloniales. Ce qui a été volé doit être rendu, des reconnaissances et des excuses doivent être faites pour les crimes qui ont été commis, crimes qui ont donné aux colons, aux vieilles familles coloniales ainsi qu’aux immigrants plus récents, la facilité d’être des citoyens privilégiés de ces pays coloniaux.

Quand nous disons aux colons “Rendez”, demandons-nous à ce qu’ils abandonnent le pays et s’en aillent ? Bien sûr que non. L’irrédentisme n’a jamais été la vision de nos peuples. Quand nous disons “Rendez ce qui a été volé”, nous demandons aux colons de montrer du respect pour ce que nous partageons, la terre et ses ressources et de rendre les choses meilleures en nous offrant la dignité et la liberté qui nous sont dûes et de nous rendre notre pouvoir (politique et social) et suffisamment de terres pour que nous puissions être auto-suffisants.

La restitution est une purification.

Note du traducteur: Taiaiake Alfred analyse ensuite le contexte de la lutte pour la reconnaissance historique et la possibilité d’une véritable réconciliation entre colons et Onkwehonwe. Il énonce ici un concept qui rejoint tout à fait le notre et le pourquoi nous nous sentons tant en adéquation avec l’analyse et solutions apportées. Voici ce qu’il nous dit:

L’autre aspect du problème est méthodologique: La restitution et la réconcilation ne peuvent être parachevées que par la polémique et la réalisation d’un conflit constructif avec l’état et la société coloniale au travers de la résurgence indigène et la démonstration du pouvoir d’Onkwehonwe dans les sphères politique et sociale. Il est impossible à la fois de transformer la société coloniale de l’intérieur de ses institutions ou de parvenir à la justice et à la coexistence pacifique sans transformer fondamentalement les institutions de la société coloniale elle-même. Plus simplement, les entreprises impérialistes qui opèrent sous le déguisement d’états-nation démocratiques libéraux sont par fabrication et culturellement, incapables de relations justes et pacifiques avec Onkwehonwe. Un changement ne pourra se faire que lorsque les colons seront forcés de reconnaître qui ils sont, ce qu’ils ont fait et ce dont ils ont hérité ; alors seulement ils ne pourront plus fonctionner comme des coloniaux et commenceront à s’engager avec les autres gens sur un plan respectueux et humaniste.”

[…]

La résurgence Indigène

“Nous avons considéré au préalable la force de caractère et la clarté comme éléments essentiels pour la régénération de nous-même individuellement et collectivement en tant que peuples et pour la résurrection d’un véritable mouvement de justice autochtone qui soit efficace. Maintenant nous devons nous tourner vers un autre élément tout aussi essentiel: la motivation dans l’engagement. Qu’est-ce que cette qualité ? Force intérieure, persévérance, tenacité et volonté indomptable, sont des traits de caractère de gens et de groupes qui ont eu du succès à se transformer eux-mêmes, leur environnement et leurs adversaires. Ceci reflète une très forte motivation pour la lutte pour la vérité, qui est en fait la colonne vertébrale de tout mouvement pour un changement que ce soit à un niverau personnel ou sociétal. Onkwehonwe a déjà démontré une incroyable tenacité et un immense courage simplement en survivant aux vicieux assauts constants subis de la part des forces coloniales sur leur diginité et l’idée même de leur existence ces 500 dernières années…

Ainsi nous devons faire très attention, car en l’absence d’une décolonisation mentale et spirituelle, tout effort de théoriser ou de mettre en place un modèle relationnel “nouveau” entre Onkwehonwe et les colons, est contre-productif aux buts de justice et de succès à long terme pour cette relation de coexistence pacifique entre nos peuples. Il est devenu tout aussi évident dans les processus (supposés) de décolonisation qui se sont produits dans les pays coloniaux, qui ne sont en fait que des fantasmes de l’imagination pour la libération obscursissant les dures réalités d’un colonialisme persistant, que des changements structurels négociés dans un context culturel de colonisation ne fera que retrancher les fondations politiques et sociales de l’injustice, ceci menant à des réformes qui ne sont que de prétendues modifications de structures pré-existantes de domination.

[…]

Note du traducteur: Suit ici un entretetien entre Alfred et Joan et Stewart Philip de la nation Okanagan, leaders de l’union des chefs indiens de Colombie Britannique (UBCIC), au sujet de la “souveraineté” et de la mentalité du “guerrier” autochtone.

A la question “Qu’est-ce que pour vous être un guerrier ?” Joan Philip répond: “Il y a quatre confiances majeures du guerrier: protéger la terre, protéger le peuple, protéger la spiritualité et protéger la culture, ce qui inclut la langue. Pour nous, être un guerrier, un leader, signifie être capable de protéger ces traits sacrés. C’est ce qui fut passé par les anciens au fil des âges.

Une autre question est posée: “Pensez-vous que la solution à nos problèmes indigènes passe par une lutte mondiale pour la justice économique ?” Joan Philip répond: “Absolument, c’est pourquoi nous, peuples indigènes (d’Amérique du Nord), devons développer des relations avec les peuples du tiers monde. Quand j’ai été au Chiapas (Mexique), je me suis rendu compte que la loi mexicaine sur l’interdiction faite aux Indiens de posséder la propriété communale de la terre, était la même que celle qu’ils essaient de faire passer ici même… et ce afin de pouvoir ouvrir la terre à la vente, la revente et sa distribution à des entités privées.

Stewart Philip: “Nous avons besoin d’une véritable révolution de la base dans ce pays (le Canada), nous avons besoin d’un activisme de défense efficace.

[…]

Toute action politique et économique est un instrument au bout du compte, de la liberté et du bonheur qu’on trouve dans la liberté. Les sources de la liberté sont les attitudes et les actions. Je veux dire ici, des actions d’un certain type, des actions qui restaurent l’altruisme et l’unité de l’être, qui sont au cœur même de la vie culturelle indigène, qui rejettent les définitions matérialistes et individualistes de la liberté et du bonheur et qui créent une communauté en intégrant les vies individuelles dans les identités et expériences partagées des existences collectives.

[…]

Le lien entre la spiritualité et l’action politique pleine et efficace n’a été qu’ignoré dans la politique indigène contemporaine. Le jeu politique est essentiellement une compétition matérielle pour le pouvoir définis en termes d’argent et d’influence au sein du système colonial.

[…]

Note du traducteur: Alfred pose ensuite quatre questions qui se doivent d’être posées afin de provoquer un réel désir de changement chez les gens. Il s’adresse aux autochtones, mais il est important de noter ici à quel point ceci pourrait également s’appliquer aux peuples colonisateurs, simplement parce que pour la très vaste majorité des gens, la contamination idéologique coloniale est de mise et nous sommes également sous une influence néfaste pour ne pas dire toxique. Voici ces quatre questions:

  • Comment convaincre les gens du besoin de la lutte comme voie de sortie de l’aliénation, de la douleur et de l’inconfort qui définissent tant de vies ?
  • Comment faire pour que les gens agissent en fonction de leur connaissance et croyances ?
  • Comment penser efficacement les mouvements qui ont déjà commencé de façon à avoir de bonnes idées et des objectifs clairs, concis et parfaitement réalisables ?
  • Comment faisons-nous pour faire travailler ces gens ensemble et avec tous les autres de nos nations ?

NdT: Alfred tente ensuite d’y répondre… Ceci pourrait également s’appliquer aux peuples occidentaux endoctrinés. De fait, nous devons essentiellement nous poser les mêmes questions et emprunter les mêmes voies de solutionnement, c’est pour cela que nous disons haut et fort que notre intérêt commun pour sortir de l’impérialisme et du colonialisme qui empoisonnent bien plus de 95% des peuples de notre planète depuis le XVème siècle, se trouvent avec celui des peuples autochtones des Amériques et d’ailleurs et que notre alliance de raison historiquement programmée, amènera non seulement la chute de tous les “mauvais gouvernements” pyramidaux totalitaires, mais sera le terreau d’une ère politique et sociale nouvelle sur la Terre-Mère où règneront solidarité, égalité, justice sociale et le partage d’un bonheur émancipatoire et rédempteur.

“Ce qui est le plus crucial et immédiat est de focaliser sur la redéfinition de l’identité et la réorientation des vues sur le monde, sur le comment nous pouvons procéder au changement de nos identités personnelles et collectives, de générer de nouvelles idées sur nous-mêmes (sur ce que nous faisons et en quoi nous devrions croire) et la protection de nos nouvelles identités contre les inévitables chocs en retour et contre-attaques qui viendront immanquablement de l’État (la question du quand et comment combattre)…

[…]

Nous ne pouvons pas espérer établir quelque changement que ce soit au travers des actes de révolte violents dirigés contre l’État. Un concept de révolution fondé sur l’action contre l’état n’a eu pour résultat que le remplacement d’un ordre répressif et oppresseur ou d’une othodoxie par des autres de même nature. Nous avons besoin d’un agenda proactif et non pas réactif pour un changement effectif. Le politologue français Gérard Chaliand, qui vécut et écrivit magnifiquement au sujet des mouvements révolutionnaires post-seconde guerre mondiale dans le monde et a superbement résumé le véritable but révolutionnaire comme étant de: “défier les mythologies de l’état-nation, du culte du travail, de la soumission à l’autorité, de l’imposture des groupes ou partis qui clâment posséder la vérité, bref, passer au tamis très attentivement toutes les croyances établies à la recherche du mensonge se tenant à la racine de beaucoup des servitudes consenties.

Le véritable esprit de la révolte n’est pas la motivation d’écraser ou de renverser des structures coloniales et d’amener des structures de remplacement, mais est une invocation de l’esprit de liberté, une poussée pour se détacher physiquement et mentalement de l’état réactif d’être asservi par le danger et la peur et de commencer à agir sur la vision et l’intelligence de générer une nouvelle identité et ensemble, de relations qui transcandent les assertions culturelles et les impératifs politiques de l’empire et de la sorte d’être LIBRE.

La réponse à la question de savoir comment motiver les gens à opérer le changement dans leurs propres vies et dans nos existences collectives est celle-ci:
Les gens seront motivés à faire des changements quand ils commenceront à réaliser qu’ils ne deviendront libres et émancipés des sources de leurs maux et de leur mécontentement qu’au travers de la lutte anti-colonialiste. La clef de l’affaire est de repositionner la révolution comme un défi constant à la condescendance crasse impérialiste et ses abus spécifiques et ce afin de forcer l’impérialisme à cesser de contrôler la vie des gens, prouvant ainsi que l’empire peut être effectivement vaincu en tant que système à part entière. Nous devons retirer impérialisme et colonialisme de l’espace où nous habitons et transformer ces espaces en quelque chose d’autre que ce pour quoi ils ont été conçus au sein de l’empire. Essentiellement, la rébellion en ces termes recrée la liberté et vise à mettre fin à l’humiliation d’identités vivantes qui ne furent créées que pour servir les autres.

Il est impossible de renverser les schémas militaires et politiques du pouvoir établi existant dans la société actuelle sans une transformation spirtituelle qui brisera le cycle de cette violence qui résulte inévitablement des défis violents contre le pouvoir d’état. Si le but est d’annihiler le pouvoir de l’oppresseur dans son entièreté, quelque défi que ce soit sera voué à l’échec ; si nous cherchons au contraire à initier une autre forme de défi, comme régénérer nos existences propres devant la fausse assertion d’autorité, de légitimité et de souveraineté de l’oppresseur, nous ne pourrons pas échouer et nous forcerons alors l’état à se transformer lui-même.

[…]

Le mouvement révolutionnaire et d’opposition au pouvoir d’état ainsi que l’action pour la défense de la vérité, sont au cœur même de la lutte anti-impérialiste et anti-coloniale.

Ainsi la lutte est le signal d’un peuple, d’une nation opprimée que son cœur bat toujours dans une situation coloniale. L’action, est le signe de vie des peuples dont l’existence est officiellement niée. Le manque de résurgence indigène en opposition à l’état est un indicateur de la soumission à la supposition coloniale de notre défaite. Dans une situation coloniale conçue et régulée par des forces d’oblitération et de consommation, nous devons nous battre pour ce qui nous est précieux ou ce sera volé et utilisé au bénéfice et au plaisir de quelqu’un d’autre. Luttons, ne parlons plus. Parler avec les forces du pouvoir est inutile si cela est divorcé de sources de force politique, économique et spirituelle organisées et coordonnées pour affecter directement le pouvoir colonial. La culture est une arme puissante quand elle rentre dans un cadre de lutte et est organisée comme une force au sein d’une politique de résistance et de défiance.

[…]

De l’investigation philosophique à la considération pratique d’une formule tactique, la ligne est claire: L’autorité coule de la légitimité fondée sur le respect exprimé dans la déférence. Pour déstabiliser l’autorité, la contre-formule est de délégitimiser le système par le disrespect, le mépris et la moquerie. La pierre angulaire de la survie d’un régime est la légitimité et la déférence qu’elles promeuvent parmi ces gens qui sont sujets aux ordres du régime. Délégitimiser le régime est l’action politique la plus fondamentalement radicale qui puisse être effectuée. =[]=

Note des Traducteurs: Notons au passage que tout ce qui est dit dans la dernière partie ci-dessus peut directement s’appliquer à nous, les peuples colonisés de l’intérieur, car pour que l’oligarchie puisse avoir le succès qu’elle a eu ces derniers siècles pour opprimer le monde, il a fallu qu’elle obtienne la validation de son modèle de domination en dominant elle-même ses propres populations, c’est à dire nous en première instance. Elle y est parvenue en imposant uene hégémonie culturelle coloniale et colonialiste chez les sujets en amont comme en aval de la doctrine et de ses croyances sociologiques profondément racistes et anti-sociales. Le cadre de réflexion-action proposé ici par le professeur Taiaiake Alfred peut-être adapté et utilisé par nous, les peuples occidentaux phagocytés par l’idéologie dominante suprémaciste, qui ne peut pas asservir les autres sans asservir d’abord ses sujets.

C’est en cela que nous sommes tous des colonisés et que le combat des peuples indigènes des Amériques, d’Australie, des Etats-Unis, de Nouvelle-Zélande et de Palestine est le notre, bien plus qu’on ne le croît. Si les détails varient, le cadre arrogant, méprisant et oppresseur est le même.

Nous ne le répèterons jamais assez: L’avenir de l’humanité passe par l’alliance de raison des peuples colonisés et colonisateurs émancipés, se tenant côte à côte, libres et passionnés pour vivre ensemble au sein d’un nouveau paradigme politico-social.

 

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Bibliographie:

– “Wasáse, Indigenous pathways of action and freddom”. Alfred. T, 2005, 2009, second edition

– “Heeding the voices of our ancestors”, Alfred T., 1998

– “Peace, Power, Righteousness, an Indigenous Manifesto”, Alfred T., 2009, second edition (extraits en français: https://resistance71.wordpress.com/2013/05/29/resistance-politique-venir-a-terme-avec-notre-culture-colonialiste-ou-la-transcendance-liberatrice-1ere-partie/

 

Traduction du professeur Taiaiake Alfred en français sur Résistance 71:

https://resistance71.wordpress.com/taiaiake-alfred-en-francais/

Résistance politique: Pour une résurgence des nations autochtones contre le colonialisme génocidaire…

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Nous appartenons les uns aux autres: Nations autochtones résurgentes

 

Jeff Corntassel

 

27 Novembre 2013

 

url de l’article original:

http://nationsrising.org/we-belong-to-each-other-resurgent-indigenous-nations/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Que se passe t’il lorsque le peuple du saumon ne peut plus attraper de saumon dans ses rivières ? Ou lorsque les médicaments (naturels), eaux et alimentation traditionnelle dont les peuples autochtones sont dépendants depuis des millénaires afin de maintenir leurs communautés, deviennent contaminés par des toxines ? Comment les générations futures verront-elles nos efforts pour protéger et respecter les endroits et les relations que nous chérissons ? Ce n’est pas un accident que dans les endroits où les nations autochtones fleurissent et sont heureuses sur leurs terres et exercent leur autorité d’autodétermination, ces environnements naturels sont en bonne santé et biologiquement diversifiés. Les environnements gérés par l’État par ailleurs, sont souvent des sites d’extraction limitée, de manque d’eau douce, de désertification, de déforestation et d’une destruction quasi-générale de la diversité biologique et génétique. Le fait est établi que plus de 80% de la biodiversité mondiale fleurit et abonde sur des terres autochtones, n’est pas une coïncidence.

Qu’elles se déguisent sous forme d’états, d’entreprises corporatrices, d’organisations non-gouvernementales, etc… les puissances coloniales traitent la planète comme une vaste commodité marchande qui peut-être militarisée et exploitée sans fin.  Dans sa quête inextinguible de croissance infinie au travers une version moderne de la “doctrine de la découverte” chrétienne, chaque projet d’extraction d’état, de corporation, tente de déconnecter les peuples autochtones d’avec leurs rôles collectifs et individuels et leurs responsabilités au niveau de la terre, de la culture, de la communauté. Ainsi, en tant que nations autochtones résurgentes redemandant et maintenant nos existences fondées sur le sol, nous devenons de plus en plus une menace sérieuse pour la survie future du système colonial.

Alors que les gouvernements étatiques tentent de proclamer les peuples autochtones comme citoyens, travailleurs et/ou tenants de droit, les nations autochtones s’affirment d’une autre façon: comme des relations ayant des responsabilités inhérentes à nos terres ancestrales, nos cultures et nos communautés. Un mot Cherokee décrit ces relations vécues: “digadatsele’i” ou “nous appartenons l’un à l’autre”. C’est ce sens d’appartenance qui défie et brise les confinements coloniaux de la “famille nucléaire” et guide nos responsabilités relationnelles en that que clan des mères, chefs, grands-mères, grands-pères, jeunes, enfants, parents, etc… L’universitaire de Mississauga Nishnaabeg (Canada) Leanne Simpson le décrit comme “une série de responsabilités radiantes”, qui demande des actions afin d’obtenir la réciprocité et le renouvellement de ces relations.

L’autorité de notre autodétermination en tant que nations autochtones est fondée sur des relations saines et continuellement renouvelées. Pour les Cherokees, la notion de Gadugi exprime le comment notre gouvernance a persisté depuis plus de 10 000 ans sur terre: les gens travaillant ensemble dans un esprit de camaraderie communautaire. D’après l’ancien Cherokee Benny Smith, Gadugi est un processus centré sur la communauté qui assure que “personne n’est laissé seul à gravir et surmonter les tâches de la vie”. Cette conscience coopératrice et fondée sur l’endroit assure que la communauté obtient son juste respect, une certaine réciprocité et humilité. En tant que peuples autochtones, nous avons une très longue mémoire et malgré les tentatives répétées de l’État d’effacer notre présence de la terre et de l’eau, nous personnifions la lutte de la reconnaissance et de la reconnexion et de la régénérescence de notre existence basée sur la terre. Se rappeler de la vie au-delà de l’état et agir pour ces souvenirs est la régurgence !

Quand j’étais un élève de 4ème cycle à l’université d’Arizona, un officiel du consulat mexicain vint donner un discours à l’université peu de temps après le soulèvement des Zapatistes du Chiapas (EZLN) en 1994. A un moment donné, l’officiel mexicain a dit qu’il n’y avait aucune raison légitime pour le soulèvement des Zapatistes contre le gouvernement parce que “nous sommes tous indigènes, nous sommes des métisses et tous nous avons du sang autochtone dans les veines”. Il était époustoufflant d’entendre une telle ignorance et ce n’est que plus tard que j’ai réalisé à quel point cette classique tactique coloniale était utilisée. Il est commun pour les états de proclamer: “nous sommes vous” afin de légitimiser leur présence constante sur la terre. Ce que l’officiel mexicain avait dit est l’essence de la mentalité d’état-nation, justifiant ainsi de l’occupation illégale de territoires ancestraux autochtones en créant une illusion que l’état et la nation sont la même chose.

Plus de 500 ans d’expérience nous disent que la construction de l’État a tout à voir avec la destruction de la nation. L’autodétermination d’une nation autochtone ne vient pas de l’état mais directement de la terre elle-même et des milliers d’années d’expérience de relation vitale avec elle et non pas seulement le fait de se trouver dessus. Les États et les corporations fondés sur le vol des terres autochtones ne sont pas durables de manière inhérente, ceci est pourquoi ils utilisent des mécanismes coloniaux comme la peur, la répression et les fictions juridiques. Mais notre amour de la terre ancestrale et nos relations avec elle ne peuvent pas être vaincus par la violence d’état et nous vivons en tant que nations indigènes malgré les tentatives répétées d’éradiquer du paysage les peuples autochtones et nos relations avec la terre locale.

L’État dénoncé

Il y a environ 200 états reconnus dans le système de gouvernance mondial aujourd’hui et pourtant il y a plus de 5000 nations indigènes à travers le monde coincées entre ces frontières fictives étatiques. Le terme “d’état-nation” (NdT: émergeant historiquement au XVIème siècle avec la monarchie absolue) est devenu plus utilisé depuis les années 1920 ; ce terme est utilisé pour cacher la présence de nations autochtones au sein des frontières coloniales. En contraste avec cet état qui n’est qu’une création légale humaine, la nation autochtone est vécue et personnifiée par nos terres et nos eaux ancestrales. En tant que peuples autochtones à la mémoire très longue, nous dénonçons et défions les mythologies étatiques. En fait, la vaste majorité (plus de 70%) de ces quelques 200 états présents dans le monde aujourd’hui ont moins de 70 ans. Les nations autochtones ont existé bien avant les États et continueront à exister bien après leur disparition.

En tant que créations politiques et légales, les États imposent leur volonté par la violence et la coercition. La souveraineté donne à l’État une autorité exclusive d’intervenir avec force dans toutes les activités au sein de ses frontières, spécifiquement lorsqu’une nation est perçue comme “menaçant son intégrité territoriale”. Pourtant, l’État ne peut pas survivre dans le temps sans un soutien et une légitimité accordés par le peuple vivant dans ses frontières. Comme les conduits d’une croissance entrepreneuriale sans limite, les états sont en quête constante de certitude et de légitimité, ce qui les rend vulnérables, C’est pourquoi plus de 90% de tous les états qui ont jamais existés se sont divisés.

Une fois passé outre le vernis de la légitimité, tout ce que l’état conserve est son pouvoir et sa force de répression. Quand le professeur Mohawk Taiaiake Alfred appelle pour que mille Okas fleurissent (NdT: Oka fut la crise ayant eu lieu en territoire Mohawk du Québec en 1990 et qui vit un siège de plus d’un mois des guerriers Mohawks retranchés sur leur terre sacrée pour empêcher l’extension d’un golf sur leur terre…), il met en évidence la vulnérabilité de l’état. D’après le géographe Bernard Nietschmann, les nations autochtones peuvent saigner à blanc l’état en perpétrant trois actions de manière interconnectée:

  • Perpétrer de petites embuscades et sabotages de manière continue qui forcent l’état à maintenir à hauts coûts une force armée sur le terrain.
  • Détruire ou perturber toute l’exploitation économique des ressources nationales de l’état.
  • Au moyen d’un activisme environnementaliste et une politique extéreure, bloquer la réception par l’état des fonds de développement de ses donateurs étrangers, comme les ONG, les entreprises, les forums mondialistes et les autres états.

Chaque génération successive a une responsabilité de réinterprêter les luttes autochtones et d’agir sur ses engagements renouvelés à la terre, la culture et la communauté. Voilà pourquoi le Mouvement pour les Nations Autochtones (MNA) n’est pas quelque chose de nouveau, ce n’est que la dernière réinterprétation d’une très longue lutte pour la décolonisation afin de réclamer, de renommer et de réoccuper les terres ancestrales autochtones et leurs plans d’eau et qu’ils en soient conscients ou non, tous les peuples indigènes sont engagés dans cette lutte.

Quoi qu’il en soit, au lieu de ne se concentrer que sur l’état, notre point de concentration peut glisser vers la résurgence en renforçant notre relation avec les autres nations autochtones. En nous engageant dans des traités entre nations indigènes et des alliances pour promouvoir de nouvelles formes d’unité indigène (en revitalisant les réseaux anciens de commerce, en offrant des protections pour le passage des frontières, en protégeant nos terres ancestrales), émergeront de très fortes confédérations de familles autochtones et de communautés qui défieront l’autorité étatique. Comme l’autodétermination est quelque chose qui est de facto et non pas négocié, ceci est au sujet des nations autochtones réévaluant nos responsabilités inhérentes.

A la grande différence du pouvoir d’état totalement fabriqué, qui provient de la force et de la coercition, le pouvoir des nations autochtones, lui, provient des responsabilités et des relations envers nos territoires et familles. Au travers nos actes de résurgence quotidiens, nos ancêtres et les générations futures nous reconnaîtrons comme étant les indigènes à cette terre. Ultimement, seules les lois autochtones pourront fleurir sur les terres ancestrales.

Digadatsele’i (Nous appartenons l’un à l’autre).

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Jeff Corntassel (Cherokee Nation, Clan du Loup)  est professeur associé et conseiller 3ème cycle en Gouvernance Autochtone à l’université de Victoria, Colombie Britannique. Les recherches de Jeff on été publiées dans Alternative, American Indian Quarterly,  Canadian Journal of Human rights, Decolonization, Human Rights Quaterly, Nationalism & Ethnic Studies et le Journal de Science Sociale. Sur Twitter: @JeffCorntassel