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Histoire héroïque et populaire: Juillet 1936-Juillet 2016… 80ème anniversaire de la révolution sociale espagnole

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 20 juillet 2016 by Résistance 71

« Pour Bakounine, le but principal et immédiat de la révolution est pour l’individu d’étendre son contrôle sur sa propre vie, ainsi la révolution ne doit pas être dirigée vers la ‘saisie du pouvoir’ [comme le pensait Marx], mais vers sa dissolution. »
~ Murray Bookchin ~

« Nous voulons que le capitalisme et l’État, qu’ils soient rouge, blanc ou noir disparaissent, mais nous ne voulons pas le remplacer par un autre… Nous voulons une révolution qui est née du sentiment profond du peuple, pas une révolution qui nous est offerte. La Confédération est une organisation révolutionnaire et non pas une organisation qui propage les abus, le harcèlement et les émeutes, qui propage le culte de la violence pour la violence, la révolution pour la révolution. »
~ Extrait du « Manifesto de los Treinta », de la Federacion Anarquista Iberica / FAI ~

 

Juillet 1936-Juillet 2016: 80ème anniversaire de la révolution sociale espagnole

 

Robert Graham

 

20 juillet 2016

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/07/18/the-spanish-revolution-80th-anniversary/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Nous remettons en section commentaire l’excellent documentaire sur la révolution sociale espagnole « Vivir la utopia » (en français)

A (re)lire sur Résistance 71: « Un dimanche de la vie, la révolution espagnole de 1936-39 »

 

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Les idées anarchistes et syndicalistes ont conservé de profondes racines parmi les ouvriers et les paysans espagnols. En 1911, une énorme fédération révolutionnaire syndicale la CNT (Confederacion Nacional del Trabajo) se constitua. Elle avait deux objectifs:

  • Combattre le patronat par l’action de masse quotidienne
  • Réaliser une révolution sociale anarchiste en organisant les ouvriers et les pauvres afin qu’ils exproprient et saisissent la terre, les usines et les mines.

La CNT mena un grand nombre de luttes militantes à succès contre le patronat et le gouvernement. En 1936, elle était devenue le plus gros syndicat en Espagne avec près de 2 millions de membres. La CNT demeura toujours démocratique et malgré son énorme taille n’eut jamais plus d’un officiel salarié du syndicat.

Les anarchistes ne se limitaient en aucun cas aux lieux de travail ! Ils organisaient aussi un groupe politique anarchiste travaillant au sein des syndicats la FAI ou Federacion Anarquista Iberica, rassemblant des militants anarchistes espagnols et portugais. La FAI organisait le boycott des loyers dans les zones pauvres. La CNT incluait aussi les paysans travaillant leurs terres, les ouvriers agricoles et les chômeurs (NdT: contrairement aux syndicats marxistes qui ne voient que dans le prolétariat urbain sans jamais penser qu’une révolution qui me mange pas et qui ne s’occupe pas des déshérités du système ne va pas bien loin…). La CNT organisait aussi l’éducation et la scolarité des travailleurs ! (NdT: on n’a jamais autant lu que dans l’Espagne anarchiste de 1936-1939 !!)

En juillet 1936, les fascistes emmenés par le général Franco et soutenus par la classe riche dominante et l’église, essayèrent de saisir le pouvoir en Espagne. Le gouvernement élu (celui de la coalition des partis de gauche appelé “Front Populaire”) fut incapable et ne voulut pas traiter avec les fascistes. Il essaya même de faire un pacte avec ceux-ci en nommant un homme de droite comme premier ministre. Pourquoi ? Parce qu’ils préféraient faire des compromis avec la droite bourgeoise et protéger leurs biens et richesses ainsi que leur pouvoir politique plutôt que d’armer le peuple et les pauvres pour l’auto-défense contre le coup d’état.

Fort heureusement, les travailleurs et les paysans n’attendirent pas que le gouvernement agisse. La CNT déclara la grève générale et organisa la résistance armée contre la tentative fasciste de saisir le pouvoir. Les autres syndicats et groupes de gauches suivirent l’exemple de la CNT.

De cette façon, le peuple fut capable d’arrêter les fascistes franquistes dans les deux tiers de l’Espagne. Il devint très vite bien clair à tous ces ouvriers et paysans que ceci n’était pas juste une guerre contre le fascisme, mais le début d’une révolution sociale !L’influence anarchiste se voyait absolument partout, des milices de travailleurs étaient mises en place de manière indépendante de l’État, les ouvriers saisirent le contrôle de leurs lieux de travail, usines et ateliers et les paysans saisirent les terres des grands propriétaires terriens parasites.

Il y eut bien des triomphes dans cette révolution, bien que nous ne considérerons ici que les victoires des paysans et des ouvriers espagnols. Ceci incluant la saisie générale de la terre et des usines.

Les petits paysans et les ouvriers agricoles devaient faire face à des conditions très très dures en Espagne. La famine et la répression faisaient partie de leur vie quotidienne et, en résultat, l’anarchisme était très populaire dans les campagnes espagnoles. Pendant la révolution, près de 7 millions de paysans et d’ouvriers agricoles mirent en place des collectifs agricoles sur une base de volontariat dans les régions anti-fascistes. Après la fuite des grands propriétaires, des assemblées de villages furent organisées. Si la décision de l’assemblée était en faveur de la collectivisation, alors toutes les terres, outils, machines, cheptel etc étaient mis en commun et à la disposition de la collectivité pour le bien de tous. Des équipes étaient formées pour gérer les différentes parties du travail du collectif et un comité était élu (NdT: mandat court et révocable, souvent en rotation) pour organiser les activités du collectif agricole. Chaque collectif avait des assemblées générales régulière où tout le monde participait. Ceux qui ne voulaient pas rejoindre le collectif et désiraient continuer à travailler leur terre indépendamment n’étaient pas forcés de rejoindre. On leur donnait suffisamment de terres pour cultiver selon leurs besoins mais ils ne pouvaient pas employer quiconque pour la travailler. La vaste majorité des “individualistes” finirent par rejoindre les collectifs en voyant les succès auxquels ceux-ci parvenaient.

L’anarchisme inspira des transformations massives dans l’industrie. Les ouvriers saisirent le contrôle de leurs lieux de travail et contrôlèrent directement la production par eux-mêmes et pour le bénéfice des ouvriers et des paysans espagnols. Le système de transport en commun, surtout les tramways comme à Barcelone nous donne un parfait exemple de comment les choses allèrent bien mieux sous le contrôle direct des ouvriers et des employés. Le 24 juillet 1936, les personnels du tram se rassemblèrent et décidèrent d’autogérer le système dans sa totalité. Dans les cinq jours qui suivirent, 700 trams étaient en service au lieu des habituels 600. Les salaires furent nivelés et les conditions de travail dramatiquement améliorées, donnant une assistance médicale gratuite à tous les ouvriers.

Tout le monde bénéficia des trams autogérés, les prix des transports chutèrent et 50 millions de passagers de plus furent transportés. Le surplus de revenus était utilisé pour améliorer les services de transport, faire une meilleure maintenance et pour produire plus d’armes pour la défense de la révolution. Avec le motif principal capitaliste du bénéfice n’existant plus, la sécurité devint bien plus importante et le nombre d’accidents fut considérablement réduit.

Au début de la révolution, les forces armées de l’État s’étaient effondrées. A leur place, les syndicats et les organisations de gauche se mirent à organiser les ouvriers et les paysans armés en milices. En tout, il y avait plus de 150 000 volontaires désirant combattre là où cela serait nécessaire. La vaste majorité était membre de la CNT. Tous les officiers étaient élus par la base et n’avaient absolument aucun privilèges.

La révolution démontra que les ouvriers, les paysans et les pauvres pouvaient parfaitement créer un nouveau monde sans État, sans gouvernement et sans patrons. Elle montra que les idées anarchistes ainsi que les méthodes de réalisation (comme la construction de syndicats révolutionnaires) pouvaient parfaitement fonctionner. Pourtant, malgré tout cela, la révolution fut vaincue. En 1939, les fascistes avaient gagné la guerre civile et écrasé la classe ouvrière et paysanne et imposé une dictature des plus brutales.

Pourquoi ceci se produisit-il ? La révolution fut vaincue en partie par la force des fascistes ; ils étaient soutenus par les riches, l’église, l’Italie fasciste de Mussolini et l’Allemagne nazie d’Hitler.

La CNT a aussi commis des erreurs. Elle visa pour un maximun d’unité anti-fasciste et rejoignit l’alliance du Front Populaire, qui comprenait des partis politiques du gouvernement et des forces capitalistes. Ceci demanda à la CNT de faire bien des compromis dans son programme révolutionnaire. Ceci donna également une opportunité au gouvernement du Front Populaire d’affaiblir et de détruire pas à pas les collectifs anarchistes et les milices ouvrieres et paysannes, le parti communiste espagnol (marxiste) jouant un grand rôle dans ces attaques au profit de la Russie stalinienne (NdT: qui avait envoyée ses commissaires politiques du NKVD pour éliminer les anarchistes et les membres du P.O.U.M, dont faisait partie George Orwell par exemple, qui échappa au massacre après avoir été prévenu)

Quoi qu’il en soit, les anarchistes avaient prouvé que des idées qui n’ont l’air bonnes que dans les pages de livres théoriques, étaient encore meilleures lorsqu’appliquées sur la toile de la vie.

 

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A lire: “Germinal de la Sierra, ville anarchiste”

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