Archive pour errico malatesta pratique anarchiste

Résistance politique: l’anarchisme contre la terreur… révolutionnaire ou autre… (Errico Malatesta)

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 27 octobre 2015 by Résistance 71

Sur la terreur révolutionnaire

 

Errico Malatesta (1923)

 

Il y a un problème général de tactique révolutionnaire qu’il convient toujours de discuter et de rediscuter, parce que de sa solution peut dépendre le sort de la révolution qui viendra.

Je n’entends pas parler de la manière dont peut être combattue et abattue la tyrannie qui, aujourd’hui, opprime tel peuple en particulier. Notre rôle est de faire simplement oeuvre de clarification des idées et de préparation morale en vue d’un avenir prochain ou lointain, parce qu’il ne nous est pas possible de faire autrement. Et, du reste, nous croirions arrivé le moment d’une action effective… que nous en parlerions moins encore.

Je m’occuperai donc seulement et hypothétiquement du lendemain d’une insurrection triomphante et des méthodes de violence que certains voudraient adopter pour  » faire justice « , et que d’autres croient nécessaires pour défendre la révolution contre les embûches de ses ennemis.

Mettons de côté  » la justice « , concept trop relatif qui a toujours servi de prétexte à toutes les oppressions et à toutes les injustices, et qui souvent, ne signifie pas autre chose que la vengeance. La haine et le désir de vengeance sont des sentiments irréfrénables, que l’oppression, naturellement, réveille et alimente; mais s’ils peuvent représenter une force utile pour secouer le joug, ils sont par la suite une force négative quand on tente de substituer à l’oppression, non une oppression nouvelle, mais la liberté et la fraternité entre les hommes. Pour ces raisons, nous devons nous efforcer de susciter ces sentiments supérieurs qui puisent leur énergie dans le fervent amour du bien, tout en nous gardant cependant de briser cette impétuosité, issue de facteurs bons et mauvais, qui est nécessaire à la victoire. Mieux vaut que la masse agisse suivant son inspiration, que, sous prétexte de la mieux diriger, de lui mettre un frein qui se traduirait par une nouvelle tyrannie, mais souvenons-nous toujours que nous, anarchistes, nous ne pouvons être ni des vengeurs, ni des justiciers. Nous voulons être des libérateurs et nous devons agir comme tels, par les moyens de la prédication et de l’exemple.

Cela dit, occupons-nous ici de la question la plus importante : la défense de la révolution.

Il y en a encore qui sont fascinés par l’idée de la terreur. A ceux-là, il semble que la guillotine, les fusillades, les massacres, les déportations, les galères (potence et galères, me disait récemment un communiste des plus notoires) soient les armes puissantes et indispensables de la révolution, et ils trouvent que si tant de révolutions ont été écrasées et n’ont pas donné le résultat qu’on en attendait, ce fut à cause de la bonté, de la faiblesse des révolutionnaires qui n’ont pas persécuté, réprimé, massacré à suffisance.

C’est là un préjugé courant dans certains milieux révolutionnaires, préjugé qui trouve son origine dans la rhétorique et dans les falsifications historiques des apologistes de la grande révolution française, et qui s’est trouvé renforcé dans ces dernières années par la propagande des bolchevistes. Mais la vérité est précisément l’opposé : la terreur a toujours été un instrument de tyrannie. En France, elle a servi la tyrannie de Robespierre. Elle a aplani les voies à Napoléon et à la réaction qui suivit. En Russie, elle a persécuté et tué des anarchistes, des socialistes, a massacré des ouvriers et des paysans rebelles, et a arrêté, en somme, l’élan d’une révolution qui pouvait cependant ouvrir à la civilisation une ère nouvelle.

Ceux qui croient à l’efficacité révolutionnaire, libératrice, de la répression et de la férocité ont la même mentalité arriérée que les juristes qui croient qu’on peut éviter le délit et moraliser le monde par le moyen des peines sévères.

La terreur, comme la guerre, réveille les sentiments ataviques de férocité encore mal couverts par le vernis de la civilisation et porte aux premiers postes les éléments mauvais qui sont dans la population. Plutôt que de servir à défendre la révolution, elle sert à la discréditer, à la rendre odieuse aux masses, et, après une période de luttes féroces, aboutit nécessairement a ce que, aujourd’hui, j’appellerai  » normalisation « , c’est-à-dire, à la légalisation et à la perpétuation de la tyrannie. Quel que soit le parti vainqueur, on arrive toujours à la constitution d’un gouvernement fort, lequel assure, aux uns, la paix aux dépens de la liberté, et aux autres la domination sans trop de périls.

Je sais bien que les anarchistes terroristes (si peu nombreux qu’ils soient) dénoncent toute terreur organisée, faite par ordre d’un gouvernement, par des agents payés, et voudraient que ce fût la masse qui, directement, mît à mort ses ennemis. Mais ceci ne ferait qu’aggraver la situation. La terreur peut plaire aux fanatiques mais elle convient surtout aux vrais méchants, avides d’argent et de sang. Inutile d’idéaliser la masse et de se la figurer composée uniquement d’hommes simples, qui peuvent évidemment commettre des excès, mais sont toujours animés de bonnes intentions. Les flics et les fascistes servent les bourgeois, mais sortent de la masse !

En Italie, le fascisme a accueilli beaucoup de criminels et ainsi a, jusqu’à un certain point, purifié préventivement l’ambiance dans laquelle agira la révolution. Mais il ne faut pas croire que tous les Dumini et tous les Cesarino Rossi sont fascistes. Il y en a parmi eux qui, pour une raison quelconque, n’ont pas voulu ou n’ont pas pu devenir fascistes, mais ils sont disposés à faire, au nom de la  » révolution « , ce que les fascistes font au nom de la  » patrie « . Et, d’autre part, comme les coupe-jarrets de tous les régimes ont toujours été prêts à se mettre au service des nouveaux régimes et à en devenir les plus zélés instruments, ainsi les fascistes d’aujourd’hui seront prêts demain à se déclarer anarchistes ou communistes ou ce qu’on voudra, simplement pour continuer à faire les dominateurs et à satisfaire leurs instincts mauvais. S’ils ne le peuvent dans leur pays, parce que connus et compromis, ils s’en iront ailleurs et chercheront les occasions de se montrer plus violents, plus  » énergiques  » que les autres, traitant de modérés, de lâches, de pompiers, de contrerévolutionnaires, ceux qui conçoivent la révolution comme une grande oeuvre de bonté et d’amour.

Certainement, la révolution a à se défendre et à se développer avec une logique inexorable, mais on ne doit, et on ne peut la défendre avec des moyens qui sont en contradiction avec ses fins.

Le grand moyen de défense de la révolution reste toujours d’enlever aux bourgeois les moyens économiques de la domination, d’armer tout le monde (jusqu’à ce qu’on puisse amener tout le monde à jeter les armes comme des objets inutiles et dangereux) et d’intéresser à la victoire toute la grande masse de la population.

Si, pour vaincre, on devait élever des potences sur les places publiques, je préférerais être battu.

 

Source:

http://fr.wikisource.org/wiki/La_Terreur_révolutionnaire

 

Changement de paradigme politique: Pensée et pratique anarchiste avec Errico Malatesta part 3

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 25 octobre 2015 by Résistance 71

Errico Malatesta l’anarchisme de la théorie à la pratique (III)

 

Compilation d’écrits 1919~1931

 

Source: “Écrits choisis”, Errico Malatesta, éditions du Monde Libertaire, 1978

 

Errico Malatesta (1853-1932), théoricien et militant anarchiste italien, créateur en 1920 de l’Union Anarchiste Italienne (UAI), qui fut à la pointe de la grève générale expropriatrice des usines du nord de l’Italie en 1920, mouvement trahi par les communistes et les socialistes au profit du patronat et de l’État qui appelèrent Mussolini au pouvoir en conséquence. La pensée et l’action directe de Malatesta ont donné au mouvement anarchiste son expression politique sans doute la plus achevée. Il élabora toute sa vie durant une praxis cohérente tant dans les moyens que dans les objectifs de la révolution sociale. Ancré profondément dans la dimension sociale et dans la volonté de réalisation du bien-être commun, Malatesta nous a laissé un riche héritage théorique et militant qui mérite d’être plus connu.

Nous avons beaucoup à apprendre d’Errico Malatesta. Sa pensée et son action sont au cœur de l’anarchisme moderne.

Nous avons compilé ces textes courts dans les rubriques suivantes, qui seront autant de parties à la publication sur le blog

 

 

~ Résistance 71, Octobre 2015 ~

 

Les anarchistes et le mouvement ouvrier

 

Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical ; ils doivent favoriser son développement et en faire un des leviers de leur action en faisant tout leur possible pour que, en coopération avec les autres forces du progrès existantes, il débouche sur une révolution sociale menant à la suppression des classes, à la liberté totale, à l’égalité, à la paix et à la solidarité avec tous les êtres humains.

(Note de Résistance 71: Ceci était valide en 1927 et jusqu’à la seconde guerre mondiale, depuis les années 1950, le syndicalisme a été acheté par l’oligarchie politico-financière et les grandes centrales syndicales, en échange de l’abandon de toute velléité révolutionnaire, mangent dans la main du pouvoir et bénéficient des subsides d’état pour maintenir une clique de “négociateurs” tout aussi bourgeois que traître à la cause des travailleurs… Ceci a été appelé le “réformisme”, une mascarase de syndicalisme toutes tendances confondues,)

D’où la nécessité mpérieuse d’organisations purement anarchistes qui, dans les syndicats et hors des syndicats, luttent pour réaliser intégralement l’anarchisme et qui cherchent à stériliser tous les germes de dégénérescence et de réaction.

~ Il Risveglio, Octobre 1927 ~

 

La tâche des anarchistes est de travailler à renforcer les consciences révolutionnaires des organisés et à rester dans les syndicats, toujours en tant qu’anarchistes (Note de R71: Cette vision n’est pas partagé par tous les anarchistes…)

Il est vrai que dans bien des cas, les syndicats sont contraints de transiger et de faire des compromis, pour des raisons d’ordre immédiat. Je ne leur reproche pas, mais c’est précisément pour cette raison qu’il faille bien reconnaître que l’essence des synicats est d’être réformiste.

Les syndicats font un travail de fraternisation entre les masses prolétaires et ils éliminent les conflits qui, autrement, pourraient surgir entre les travailleurs eux-mêmes.

L’esclavage économique étant le fruit de l’esclavage politique, il faut en finir avec ce dernier pour en finir avec le premier, bien que Marx ait soutenu le contraire.

Pourquoi la payasan porte t’il le grain au patron ?

Parce que le gendarme est là pour l’y forcer

La lutte devant être menée, y compris sur le terrain politique, pour détruire l’État, le syndicalisme ne peut donc as être une fin en lui-même.

Nous voulons la liberté pour tous : nous voulons que la révolution, ce soit la masse qui la fasse, pour la masse.

L’Homme qui pense avec sa tête est préférable à celui qui approuve tout aveuglément.

~ Umanita Nova, Mars 1922 ~

 

Personnellement, je pense que tels qu’ils sont en régime capitaliste, les coopératives et les syndicats ne mènent pas naturellement (de par leur propre force intrinsèque, à l’émancipation de l’Homme (c’est sur ce point que porte la controverse). Je pense qu’ils peuvent produire le bien comme le mal, qu’ils peuvent être aujourd’hui des organes de conservation sociale comme de transformation sociale et servir, demain, la réaction comme la révolution.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

En un mot, le syndicat ouvrier n’est pas révolutionnaire, mais réformiste de par sa nature même. Le caractère révolutionnaire doit lui être apporté et soit être développé et maintenu en lui par l’action constante des révolutionnaires qui agissent en son sein et en dehors de lui.

Le syndicat ne peut faire œuvre révolutionnaire que s’il cesse d’être un syndicat économique, pour devenir un groupe politique ayant un idéal.

Le mouvement ouvrier en lui-même, loin de mener à la transformation de la société au bénéfice de tous, tend à fomenter les égoïsmes catégoriels et à créer une classe d’ouvriers privilégiés qui prévaut sur la grande masse des déshérités.

C’est ce qui explique le fait suivant qui est général: à mesure qu’elles sont devenues plus grandes et plus fortes, les organisations ouvrières sont devenues conservatrices et réactionnaires dans tous les pays et ceux qui ont consacré leurs efforts au mouvement ouvrier, dont les intentions sont honnêtes et qui ont en vue une société de bien-être et de justice pour tous, ceux-là sont souvent condamnés à un travail de Sisyphe et doivent périodiquement tout recommencer depuis le début.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

Les syndicalistes prétendent que l’organisation ouvrière d’aujourd’hui servira de cadre à la société future et facilitera le passage du régime bourgeois au régime égalitaire. Rien n’est moins vrai.

C’est une idée qui était chère aux membres de la 1ère Internationale et si je me souviens bien, il est dit dans les écrits de Bakounine, que la nouvelle société se réaliserait si tous les travailleurs entraient dans les sections internationales. Mais cela semble être une erreur.

La nouvelle société ne peut se réaliser qu’en brisant ces cadres et en créant des organismes nouveaux qui correspondent aux conditions nouvelles et aux nouvelles fins sociales.

Dans l’état actuel des choses, nous voudrions que le mouvement ouvrier soit ouvert à la promotion de bien des idées, qu’il prenne part à tous les faits d’ordre économique, politique, moral et de la vie sociale, qu’il vive et se développe libre de toute domination d’un parti politique, quel qu’il soit.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

 

… par syndicalisme on entend toutes les organisations ouvrières, tous les “syndicats” constituees pour résister à l’oppression des patrons et diminuer ou réduire à néant l’exploitation du travail humain par ceux qui détiennent les matières premières et les instruments de travail.

Je dis que ces organisations ne peuvent pas être anarchistes et qu’il n’est pas bon de vouloir qu’elles le soient parce que si elles l’étaient, elles ne répondraient pas à leur but et elles ne serviraient pas les fins que les anarchistes qui y participent proposent.

Le syndicat est fait pour défendre aujourd’hui les intérêts actuels des travailleurs et pour améliorer le plus possible leurs conditions, tant qu’on n’est pas en mesure de faire la révolution, révolution qui fera des salariés actuels des travailleurs libres, librement associés à l’avantage de tous.

Le syndicalisme est par nature réformiste (j’entends le syndicalisme pratique et non pas le syndicalisme théorique que chacun peut se façonner à sa guise). Tout ce qu’on peut attendre de lui, c’est que les réformes qu’il vise et obtient soient telles et obtenues de telle façon, qu’elles servent à l’éducation et à la préparation révolutionnaire et qu’elle laisse la voie ouverte à des exigences toujours plus grandes.

Toute fusion, toute confusion entre le mouvement anarchiste et révolutionnaire d’une part et le mouvement syndicaliste d’autre part, finit par rendre le syndicat impuissant face à son but spécifique ou par affaiblir, dénaturer, éteindre l’esprit anarchiste. Je pense donc que les anarchistes ne doivent pas vouloir que les syndicalistes soient anarchistes, mais qu’ils doivent agir au sein des syndicats, au profit des anarchistes, en tant qu’individus, en tant que groupes et en tant que fédération de groupes.

Dans les syndicats, les anarchistes devraient lutter pour qu’ils restent ouverts à tous les travailleurs, quelle que soit leur opinion et quel que soit le parti auquel ils appartiennent et pour que la seule condition soit la solidarité contre les patrons. Ils devraient s’opposer à l’esprit corporatif et à quiconque prétendrait monopoliser l’organisartion ou le travail.

Ne pas perdre de vue que l’organisation oiuvrière n’est pas une fin en soi mais un moyen parmi d’autres, bien qu’important, pour préparer l’avènement de l’anarchie.

~ Pensiero e Volonta, Avril 1925 ~

 

C’est à juste titre que les anarchistes s’opposent au communisme autoritaire (marxisme): le communisme autoritaire implique un gouvernement qui veut diriger toute la vie sociale et placer l’organisation de la production et la distribution des richesses sous les ordres de ses propres fonctionnaires. Il ne peut en conséquence donner que la pire des tyrannies ; il ne peut que paralyser toutes les forces vives de la société.

Les syndicats qui apparemment sont d’accord avec les anarchistes pour haïr le centralisme étatique, veulent se passer de gouvernement et le remplacer par les syndicats. Ils disent que ce sont les syndicats qui doivent se rendre maîtres des richesses, réquisitionner les vivres, les distribuer, organiser la production et l’échange. Je n’y verrais aucun inconvénient si les syndicats ouvraient toutes grandes leurs portes à toute la population et laissaient à ceux qui ne sont pas d’accord la liberté d’agir pour leur part et de prendre ce qui leur revient…

Mais s’il y a un petit nombre d’individus qu’une longue habitude fait considérer comme étant les chefs des syndicats, s’il y a des secrétaires permanents et des organisateurs officiels, ce sont eux qui se trouveront automatiquement chargés d’organiser la révolution. Ils auront tendance à considérer comme intrus et irresponsables ceux qui voudront prendre des initiatives indépendemment d’eux et, ne serait-ce qu’avec les meilleures intentions, ils voudront imposer leur propre volonté, peut-être même par la force.

Dans ce cas, le régime syndicaliste deviendrait très rapidement ce même mensonge et cette même tyrannie qu’est devenue la prétendue dictature du prolétariat,

Le remède à ce danger, et la condition pour que la révolution soit véritablement émancipatrice, c’est de former un grand nombre d’individus capables d’inistiatives et d’agir dans la pratique ; d’habituer les masses às ne pas abandonner la cause de tous dans les mains de qui que ce soit et à ne déléguer son pouvoir, quand il lui faut le déléguer, que pour des tâches bien déterminées et pour un temps limité. Pour créer une telle situation, et un tel esprit, le syndicat est un moyen très efficace s’il est organisé et s’il est vécu sur la base de méthodes véritablement libertaires.

~ Fede, Septembre 1923 ~

 

Les classes privilégiées ont accaparé tous les moyens de production et elles s’en servent pour exploiter le travail d’autrui. Elles n’auraient pas pu conquérir leurs privilèges et elles ne pourraient pas continier à maintenir les masses dans la sujétion si elles n’avaient pas constitué un gouvernement qui les défende en organisant une force matérielle capable d’étouffer par la force brutale toute tentative de révolte. “On n’enlève pas le pain à qui on n’a pas , au préalable, enlevé, par la bâton, la possibilité de résister.”

Tant que les ouvriers demandent de petites améliorations généralement illusoires, les capitalistes peuvent maintenir la lutte sur le terrain économique. Mais dès qu’ils voient que leur profit diminue sérieusement et que l’existence même de leurs privilèges est menacée, ils ont recours au gouvernement. Si le gouvernement n’est pas assez empressé ou pas assez fort pour les défendre, comme ce fut récemment le cas en Italie et en Espagne, ils se servent de leur richesse pour engager de nouvelles forces de répression et pour constituer un nouveau gouvernement capable de mieux les servir. (Note de R71: Malatesta écrivait ceci en 1925 !!!…)

~ Pensiero e Volonta, Février 1925 ~

 

L’occupation des usines

 

Les grèves générales de protestation n’émeuvent plus personne !! Ni ceux qui les font, ni ceux contre qui elles sont faites. Si la police avait seulement l’intelligence de ne pas faire de provocations, elles se passeraient comme n’importe quel autre jour férié…

Il faut chercher autre chose. Nous lançons cette idée: nous rendre maître des usines. La première fois, peut-être serons-nous peu nombreux à le faire et cela passera peu ou prou inaperçu. Mais cette méthode à certainement de l’avenir devant elle parce qu’elle correspond aux buts ultimes du mouvement prolétarien et qu’elle constitue un entraînement qui prépare à l’appropriation générale définitive.

~ Unita Nova, Mars 1920 ~

Ce sont les ouvriers de la métallurgie qui ont commencé le mouvement pour des raisons de salaire. Il s’agissait d’une grève d’un nouveau type. Au lieu d’abandonner les usines, il fallait y rester sans travailler et y monter la garde, nuit et jour, pour que les patrons ne puissent pas faire de lock-out.

Les ouvriers pensèrent (en 1920) que le moment était venu de se rendre définitivement maîtres des moyens de production. Ils s’armèrent pour assurer leur défense, transformèrent beaucoup d’usines en de véritables forteresses et de mirent à organiser la production pour leur propre compte. Les patrons furent chassés ou déclarés en état d’arrestation… C’était l’abolition de fait du droit de propriété, la violation de la loi en ce qu’elle sert à défendre l’exploitation capitaliste. C’était un nouveau régime, une nouvelle façon de vivre en société, qui était ainsi inaugurés. Et le gouvernement laisait faire, parce qu’il voyait qu’il n’était pas capable de s’y opposer ; il l’a avoué plus tard, en s’excusant auprès du parlement de l’absence de répression.

Le mouvement s’amplifiait et tendait à gagner d’autres catégories. Ici et là, les paysans occupaient les terres. C’était la révolution qui commençait et se développait de façon je dirais presque idéale.

Naturellement les réformistes ne voyaient pas les choses d’un bon œil et cherchait même à la faire avorter. Nous avions dit dans Umanita Nova que la révolution se ferait sans verser une goutte de sang si le mouvement s’étendait à toutes les catégories et si les ouvriers et les paysans suivaient l’exemple des métallurgistes, chassaient les patrons et prenaient possession des moyens de production. (Note de R71: Cela est toujours valide aujourd’hui, un tel mouvement décentralisé de la base, coordonné, de grève expropriatrice autogestionnaire est l7arme absolue contre le système…). Les tentatives de faire capoter le mouvement furent vaines.

La masse était avec nous. On nous demandait de venir dans les usines pour y parler, encourager, conseiller et pour satisfaire les demandes, il nous a fallu nous couper en mille…

La masse était avec nous parce que c’était nous qui interprétions le mieux ses instincts, ses besoins, ses intérêts. Et pourtant, il suffit du travail insidieux de la Confédération Générale du Travail (Note: CGT, branche italienne, à la botte du PCI marxiste) et de ses accords avec Giolitti pour faire croire à une espèce de victoire gràce à cette escroquerie: le contrôle ouvrier et pour amener les ouvriers à quitter les usines juste au moment où les chances de réussir étaient les plus fortes…

~ Umanita Nova. Juin 1922 ~

 

L’occupation des usines et des terres était parfaitement en ligne avec notre programme.

En bons “prophètes”, malheureusement, nous avions prévenu les ouvriers de ce qui leur arriverait s’ils abandonnaient les usines ; nous avons aider à préparer la résistance armée ; nous avons expliqué qu’il était possible de faire la révolution pratiquement sans avoir à combattre si on se montrait seulement résolus à employer les armes qui avaient été accumulées. Nous n’avons pas réussi.

Quand d’Aragona et Giolitti mient au point le contrôle ouvrier, ce leurre, et le parti socialiste, dirigé à l’époque par les communistes, était d’accord, nous avons crié à la TRAHISON et nous sommes allés d’usine en usine pour mettre les ouvriers en garde contre cette inique tromperie. Les ouvriers nous avaient toujours écouté et demandé avec enthousiasme et ils avaient applaudi quand nous les incitions à résister jusqu’au bout. Mais ils obéírent docilement lorsque l’ordre de sortir des usines fut diffusé par la CGT et pourtant ils disposaient d’énormes moyens pour résister.

Le mouvement ne pouvait réussir et durer qu’en s’étendant et en se généralisant et, vu les circonstances, il ne pouvait pas s’étendre sans l’accord des dirigeants de la CGT et du Parti Socialiste qui contrôlaient la grande majorité des travailleurs organisés. La Confédération et le Parti Socialiste (communiste compris) se déclarèrent contre et tout devait se terminer par la victoires des patrons.

~ Pensiero e Volonta, Avril 1924 ~

 

Note de Résistance 71: Le mouvement gréviste expropriateur et autogéré italien de 1920 fut trahit par le “socialisme” d’état prouvant, comme ce sera encore le cas en Russie (Cronstadt 1921 et Ukraine 1919-1923) et en Espagne (1936-39) que les sbires et larbins de l’État sont prêts à tout pour faire perdurer le système de leurs payeurs, seigneurs et maîtres capitalistes. Marx, Lénine, Trotsky, Staline, Mao (après la seconde guerre mondiale) étaient tout autant des employés de Wall Street et de la City de Londres que le furent Mussolini, Hitler et Franco. Les réformistes marxistes et socialistes (socio-démocrates) ont échangé toute velléité révolutionnaire et la lutte pour le bien commun contre le privilège de bouffer au ratelier du capitalisme et de son garde-chiourme qu’est l’État. Syndicats et partis politiques touchent des subsides de l’État pour exister et leurs “cadres” bouffent à la table des “guignols” d’en haut… La soupe est bonne et il ne faut surtout pas faire tanguer le navire, juste arrondir les angles jusqu’à la prochaine fois…

Ce sont tous des traîtres à la révolution sociale ce qui confirme historiquement une fois de plus, si cela était encore nécessaire, qu’il n’y a pas de solutions au sein du système !… Il faut en sortir, comme les ouvriers italiens l’avaient fait en 1920, comme les Espagnols l’ont fait en 1936, dans le sillage de 1920 et même de 1871 et la Commune…

Ce sont les leçons à tirer de ces évènements. Tout cela est plus que jamais réalisable. Un changement de paradigme sans armes, ni haine ni violence est dans la donne pour le futur et si armes il y a elles ne serviront qu’à l’auto-défense. A nous de travailler pour en commençant par dire NON ! Ensemble.

 

Anarchie, socialisme et communisme

 

C’est un fait qu’entre les socialistes et les anarchistes, il y a toujours eu une différence profonde sur la façon de concevoir l’évolution historique et les crises révolutionnaires que cette même évolution produit.

Les socialistes veulent aller au pouvoir, pacifiquement ou par la violence, peu importe. Et installés au gouvernement, ils veulent imposer leur programme aux masses, sous une forme dictatoriale ou sous une forme démocratique. Les anarchistes estiment au contraire que le gouvernement ne peut être que pernicieux et que, par sa nature même, il ne peut que défendre une classe privilégiée existante ou en créer une nouvelle. Au lieu d’aspirer à s’installer à la place des gouvernants du jour, ils veulent abattre tous les organismes institutionnels qui permettent à certains d’imposer aux autres leurs propres idées et leurs propres intérêts. En donnant à chacun la pleine liberté et, bien sûr, les moyens économiques qui rendent cette liberté possible et effective, ils veulent ouvrir et rendre libre la voie de l’évolution vers les meilleures formes de vie en commun qui naîtront de l’expérience.

~ Unita Nova, Septembre 1921 ~

 

Nous avons toujours été d’avis que socialisme et anarchie sont deux mots qui ont, au fond, le même sens, parce que, pour nous, l’émancipation économique (abolition de la propriété) n’est pas possible sans l’émancipation politique (abolition du gouvernement) et réciproquement.

S’il est vrai que le gouvernement est nécessairement et toujours l’instrument de ceux qui possèdent les instruments de production et de distribution, par quel miracle un gouvernement socialiste, né en plein régime capitaliste dans le but d’abolir le capital pourrait-il atteindre ce but ? Est-ce que ce sera, comme le voulaient Marx et Blanqui, par le moyen d’une dictature imposée révolutionnairement, par un acte de force qui décrète et impose révolutionnairement la confication des propriétés privées en faveur de l’État en tant que représentant des intérêts collectifs ? Ou est-ce que ce sera, comme le veulent apparemment tous les marxistes et la plupart des blanquistes modernes, par le moyen d’une majorité socialiste envoyée au Parlement par le suffrage universel ? Procèdera t’on d’un coup à l’expropriation de la classe dominante par la classe économiquement asservie, ou procèdera t’on graduellement en obligeant les propriétaires et les capitalistes à se aisser priver peu à peu de tous leurs privilèges ?

Tout cela semble étrangement en contradiction avec la théorie du “matérialisme historique” qui est un dogme fondamental pour les marxistes.

~ L’Agitazione, Mai 1897 ~

 

“Le communisme est la voie qui mène à l’anarchie”: c’est là toute la théorie des bolchéviques, toute la théorie des marxistes et des socialistes étatistes de toutes les écoles. Ils reconnaissent tous que l’anarchie est un idéal sublime, qu’elle est le but vers lequel marche, ou devrait marcher, l’humanité ; mais ils veulent tous accéder au pouvoir pour pousser et contraindre les gens à marcher dans la bonne voie.

Les anarchistes disent au contraire que l’anarchie est la voie qui mène au communisme… ou ailleurs.

Faire le communisme avant l’anarchie, c’est à dire avant d’avoir conquis la liberté politique et économique totale, cela voudrait dire (comme ce fut le cas en Russie) établir la plus odieuse des tyrannies, capable de faire regretter le régime bourgeois et de provoquer le retour du régime capitaliste (comme cela arrivera malheureusement en Russie) et cela parce qu’il ne serait pas possible d’organiser une vie sociale supportable et par réaction de l’esprit de liberté, qui n’est oas le privilège de “l’esprit latin”, comme le journal “Le Communiste” veut stupidement me le faire dire, mais bien un besoin de l’esprit humain et qui agira en Russie comme il agirait en Italie.

~ Umanita Nove, Octobre 1921 ~

 

Nous avons en horreur le mensonge démocratique qui, au nom du “peuple”, opprime le peuple dans l’intérêt d’une classe. Mais nous haïssons encore plus si c’est possible, la dictature qui, au nom du “prolétariat”, livre toute la force et toute la vie des travailleurs aux mains des créatures d’un parti soi-disant communiste, créatures qui chercheraient à se perpétuer au pouvoir et qui finiraient par reconstruire le capitalisme à leur propre profit.

~ Umanita Nova, Août 1921 ~

 

La caractéristique du socialisme, c’est qu’il s’applique de manière égale à tous les membres de la société, à tous les êtres humains. Pour cela, personne ne doit pouvoir exploiter le travail d’autrui grâce à l’accaparement des moyens de production et personne ne doit pouvir imposer sa propre volonté aux autres par le moyen de la force brutale ou, ce qui est la même chose, grâce à l’accaparement du pouvoir politique: l’exploitation économique et la domination politique sont les deux aspects d’une même réalité, l’assujettissement de l’Homme par l’Homme et la solution de l’un est liée à celle de l’autre.

Le parlementarisme (social-démocratie, république) n’apparaît pas non plus comme un moyen valable étant donné que lui aussi subsitue à la volonté tous, la volonté de quelques individus ; si d’un côté il laisse un peu plus de liberté que ne le fait la dictature, d’un autre côté, il crée plus d’illusions. Et au nom d’un intérêt collectif purement fictif, il foule aux pieds tous les intérêts réels et il va à l’encontre de la volonté de chacun comme de la volonté de tous, par le biais des élections et des votes.

Il reste l’organisation libre, de bas en haut, du simple au complexe, sur la base du libre accord et de la fédération des associations de production et de consommation: c’est à dire l’anarchie et c’est là le moyens que nous préférons.

Pour nous donc, socialisme et anarchie sont des termes qui ne sont ni opposés ni équivalents, mais étroitement liés l’un à l’autre, comme l’est la fin au moyen qui lui correspond nécessairement, comme l’est le fond à la forme dans laquelle il s’incarne.

Le socialisme sans l’anarchie, autrement dit le socialisme d’État, nous paraît impossible car il serait détruit par ce même organe qui devrait le maintenir.

L’anarchie sans le socialisme nous paraît également impossible, car elle ne pourrait être, en ce cas, que la domination des plus forts et elle aboutirait donc rapidement à l’organisation et à la consolidation de cette domination autrement dit, à l’établissement d’un gouvernement.

~ L’Anarchia, numéro unique, Août 1896 ~

 

Prochaine analyse: “La révolution anarchiste”

 

 

 

 

Changement de paradigme politique: Pensée et pratique anarchiste avec Errico Malatesta part 2

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 15 octobre 2015 by Résistance 71

Errico Malatesta l’anarchisme de la théorie à la pratique (II)

 

Compilation d’écrits 1919~1931

 

Source: “Écrits choisis”, Errico Malatesta, éditions du Monde Libertaire, 1978

 

Errico Malatesta (1853-1932), théoricien et militant anarchiste italien, créateur en 1920 de l’Union Anarchiste Italienne (UAI), qui fut à la pointe de la grève générale expropriatrice des usines du nord de l’Italie en 1920, mouvement trahi par les communistes et les socialistes au profit du patronat et de l’État qui appelèrent Mussolini au pouvoir en conséquence. La pensée et l’action directe de Malatesta ont donné au mouvement anarchiste son expression politique sans doute la plus achevée. Il élabora toute sa vie durant une praxis cohérente tant dans les moyens que dans les objectifs de la révolution sociale. Ancré profondément dans la dimension sociale et dans la volonté de réalisation du bien-être commun, Malatesta nous a laissé un riche héritage théorique et militant qui mérite d’être plus connu.

Nous avons beaucoup à apprendre d’Errico Malatesta. Sa pensée et son action sont au cœur de l’anarchisme moderne.

Nous avons compilé ces textes courts dans les rubriques suivantes, qui seront autant de parties à la publication sur le blog

 

 

~ Résistance 71, Octobre 2015 ~

 

3ème partie: L’organisation anarchiste

L’organisation qui n’est autre que la pratique de la coopération et de la solidarité, est la condition naturelle et nécessaire de la vie sociale ; elle est un fait inéluctable qui s’impose à tous, dans la société humaine en général comme dans n’importe quel groupe de personnes qui ont en commun un but à atteindre.

L’oppression millénaire des masses par un petit nombre de privilégiés a toujours été la conséquence de l’incapacité du plus grand nombre à s’entendre et à s’organiset avec les autres travailleurs dans le domaine de la production, des loisirs et pour se défendre au besoin contre qui voudrait les exploiter et les opprimer… L’anarchisme est né pour remédier à cet état de choses…

~ Il Risveglio, Octobre 1927 ~

Le fait est qu’il peut exister une collectivité organisée sans autorité (sans État), c’est à dire sans coercition. Les anarchistes admettent cela car à défaut, l’anarchisme n’aurait aucun sens.

Les bases d’une organisation anarchiste doivent être les suivantes à mon sens:

Pleine autonomie, pleine indépendance et donc, pleine responsabilité des individus et des groupes ; libre accord entre ceux qui croient utile de s’unir pour coopérer dans un but commun ; devoir moral de tenir les engagements pris et de ne rien faire qui contredise le programme accepté de tous. Ces bases posées, on adopte ensuite les formes pratiques et les rouages adéquats pour donner une vie réelle à l’organisation. D’où les groupes, les fédérations de fédérations, les réunions, les congrès, les comités chargés de la correspondance et autres. Mais tout cela doit se faire librement, de façon à ne pas entraver la pensée ni l’initiative de chacun et dans le seul but d’augmenter la portée d’efforts qui, isolés, seraient impossibles ou de peu d’efficacité.

~ Il Risveglio, Octobrer 1927 ~

L’ouvrier ne peut arriver d’un coup à l’anarchisme. Pour devenir vraiment anarchiste, et pas seulement de nom, il faut encore qu’il sente la solidarité qui l’unit à ses compagnons, qu’il apprenne à coopérer avec les autres pour défendre leurs intérêts communs et à comprendre, dans la lutte contre les patrons et les gouvernements, qui sont là pour les maintenir en place, que patrons et gouvernements sont des parasites totalement inutiles et que les travailleurs pourraient bien mener eux-mêmes toute l’entreprise sociale. Ce n’est que quand il aura compris cela que le travailleur sera un anarchiste, même s’il n’en prend pas le nom.

De fait, un parti politique autoritaire dont le but est de s’emparer du pouvoir pour imposer ses idées est intéressé à ce que le peuple reste une masse amorphe, incapable de se débrouiller toute seule et, donc, toujours facile à dominer.

Mais nous, anarchistes, nous voulons émanciper le peuple, nous voulons que le peuple s’émancipe lui-même. Nous ne croyons aucunement au bien qui serait fait d’en haut et imposé par la force ; nous voulons que la forme nouvelle de vie sociale naisse des entrailles du peuple, qu’elle corresponde au degré de développement atteint par les hommes et puisse progresser à mesure que les hommes progressent. Ce qui nous importe à nous, c’est que tous les intérêts et toutes les opinions trouvent dans une organisation consciente, la possibilité de s’exprimer de façon valable et d’avoir sur la vie collective une influence en proportion de leur importance.

~ L’Agitazione, Juin 1897 ~

L’anarchie n’est pas, pour nous anarchistes, un beau rêve à faire au clair de lune, c’est un mode de vie individuel et social à réaliser, pour le plus grand bien de tous ; notre problème est de régler notre action de façon à obtenir le maximum de résultat utile dans les différentes circonstances que l’histoire crée autour de nous.

~ Pensiero e Volonta, Janvier 1924 ~

Production et distribution

 La rareté artificielle des produits est une caractéristique du système capitaliste et le devoir de la révolution est d’utiliser rationnellement la terre et tous les instruments de travail, de façon à augmenter la production jusqu’à pouvoir satisfaire les besoins de tous.

A partir du moment où les moyens de production (terre, instruments de travail etc..) appartiennent à un petit nombre de personnes et qu’elles s’en servent pour faire travailler les autres et en tirer profit, il s’ensuit que la production croît tant que le profit du propriétaire croît et qu’elle est artificiellement arrêtée quand son accroissement ne fait produire qu’autant qu’il peut vendre avec bénéfice et fait cesser la production dès que son bénéfice ou l’espoir d’en faire cesse.

C’est pourquoi toute la vie économique de la société dépend non pas de la nécessité de satisfaire les besoins de tous mais des intérêts des propriétaires et de la concurrence qu’ils se font entre eux. D’où la limitation de la production pour garantir des prix élevés ; d’où le phénomène du chômage, même quand les besoins à couvrir sont urgents ; d’où les terres incultes ou mal cultivées ; d’où la misère et l’assujettissement de la grande masse des prolétaires.

~ Umanita Nova, Mars 1920 ~

Les socialistes démocrates ont trouvé un grand écho dans les masses en leur faisant croire que, pour s’émanciper, il leur suffisait de mettre un bout de papier dans une urne et de confier à d’autres leur propre sort ; de même, certains anarchistes entraîneraient d’autres masses en leur disant qu’un seul jour de lutte épique suffisait pour qu’ils puissent ensuite jouir sans effort, ou avec un effort minime, du paradis de l’abondance dans la liberté.

Or c’est juste l’inverse de la vérité.

~ Pensero et Volonta, Mai 1924 ~

Nous devons penser au danger auquel nous aurons à faire face après la révolution: la faim. Ce n’est pas une raison suffisante pour remettre la révolution à plus tard, étant donné que, tant que durera le régime capitaliste, l’état de la production sera toujours le même, avec quelques changements en mieux ou en pire.

Nous voulons que dans l’acte même de la révolution et dès que la défaite du pouvoir militaire bourgeois le permettra, toutes les organisations ouvrières et tous les groupes conscients, tous les volontaires du mouvement, sur leur libre initiative, pratiquent rapidement et immédiatement l’expropriation et la mise en commun de toute la richesse existante, pour procéder, sans aucun délai, à l’organisation de la distribution et à la réorganisation de la production en fonction des besoins et des désirs des différentes régions, des différentes communes, des différents groupes. Afin d’arriver ainsi, sous la poussée de l’Idée et des besoins, aux ententes, aux pactes, aux accords que requiert la vie sociale.

~ Umanita Nova, Mai 1920 ~

4ème partie: De la propriété

 Le problème de la terre est peut-être le probème le plus grave et le plus gros des dangers que la révolution devra résoudre.

En toute justice (la justice abstraite résumée par l’expression: “à chacun son dû”), la terre est à tous et doit être à la disposition de quiconque veur la travailler, quele que soit la façon dont il/elle préfère le faire, soit individuellement ; soit dans des associations, grandes ou petites ; pour son propre compte ou pour le compte de la communauté.

Mais la justice ne suffit pas pour assurer la paix civile et si elle n’est pas tempérée et presque annulée par l’esprit de fraternité et la conscience de la solidarité humaine, elle aboutit, à travers la lutte de chacun contre tous, à l’assujettissement et à l’exploitation des vaincus, c’est à dire à l’injustice dans les rapports sociaux.

A chacun son dû. Ce dû qui revient à chacun devrait être la quote part qui lui correspond des biens naturels et des biens accumulés par les générations précédentes, pus ce qui est produit pas ses propres efforts.

Comment diviser en toute justices les bien naturels, comment déterminer ce qui est le produit d’un individu ? Comment mesurer la valeurs des produits en vue de l’échange ?

Si on part de ce prinicipe: chacun pour soi, avoir confiance dans la justice est une totale utopie et la réclamer une hypocrisie, peut-être inconsciente, qui sert à masquer l’égoïsme le plus mesquin, le désir d’exaction, l’avidité de chaqe individu.

Le communisme apparaît donc comme la seule solution possible: fondé sur la solidarité naturelle qui lie les Hommes entre eux, et sur la solidarité voulue qui les fait fraterniser, il est le seul système qui puisse concilier les intérêts de tous et être à la base d’une société garantissant à tous le maximum de bien-être possible, le maximum de liberté possible.

Pour nous qui ne voulons pas de gouvernement et qui pensons que la possession individuelle du sol cultivable n’est ni possible, ni souhaitable sur le plan économique et moral, la seule solution est donc le communisme. C’est pourquoi nous sommes communistes.

Mais ce doit être un communisme volontaire, librement désiré et accepté (principe anarchiste), car s’il devait être imposé (principe marxiste), il donnerait la plus monstrueuse des tyrannies pour finir par provoquer le retour à l’individualisme bourgeois.

Quel est concrètement notre programme agraire à mettre en pratique immédiatement après la révolution ?

La protection légale de la propriété privée de la terre, des moyens de production et de distribution étant éliminée, les travailleurs devront prendre possession de toute la terre qui n’est pas directement cultivée de leurs propres mains par les actuels propriétaires (Note de R71: Un propriétaire cultivateur garde sa terre qui est une “possession” et non pas une propriété privée exploitant autrui…), se constituer en associations et organiser eux-mêmes la production en utilisant toutes les aptitudes, toutes les capacités techniques que peuvent offrir ceux qui ont toujours été des travailleurs, ainsi que les ex-bourgeois qui, par la force des choses, seront devenus aussi des travailleurs, puisqu’ils auront été expropriés et qu’ils ne pourront plus vivre du travail des autres. Des ententes s’établiront rapidement entre les associations de travailleurs de l’industrie pour des échanges de produits, soit sur une base communiste, soit selon divers critères qui pourront prévaloir dans les différentes localités.

Pendant ce temps, tous les produits alimentaires auront été saisis par le peuple révolté et leur répartition aux différentes localités et aux particuliers, assurée sur l’initiative des groupes révolutionnaires. Les semences, les engrais, les instruments agraires, les bêtes, seront fournis aux cultivateurs. Le libre accès à la terre sera garanti à quiconque veut la travailler.

Il reste le problème des paysans propriétaires. S’ils se refusaient à s’associer aux autres, il n’y aurait absolument aucune raison de les harceler, pourvu qu’ils fassent eux-mêmes le travail et n’exploitent pas le travail d’autrui. Du reste, des travailleurs à exploiter ils n’en trouveraient sans doute plus: tous ayant la possibilité de travailler pour leur propre compte dans des associations libres, personne ne voudrait plus travailler pour eux. Les avantages offerts par la collectivité et la quasi impossibilité de travailler isolé les attireraient rapidement dans l’orbite de la collectivité.

~ Umanita Nova, Mai 1920 ~

Il n’est pas vrai que les banques soient, ou soient essentiellement, un moyen de faciliter l’échange, comme semble le croire certains ; elles sont le moyen de spéculer sur les échanges et sur les changes, pour placer des capitaux et leur faire produire un intérêt et pour remplir d’autres fonctions merveilleusement capitalistes qui disparaîtront le jour où triomphera ce principe: personne n’a le droit ni la possibilité d’exploiter le travail d’autrui.

Ce qui paraît essentiel, c’est que soit immédiatement considérés comme sans valeur et même détruits matériellement, dans toute la mesure du possible, l’argent actuellement en circulation, les actions industrielles, les titres hypothécaires, les titres de la dette publique et tous les autres titres qui présentent le droit et le moyen de vivre sur le travail d’autrui.

~ Umanita Nova, Octobre 1922 ~

Nos adversaires, bénéficiaires et défenseurs du système social actuel, disent généralement, pour justifier le droit à la propriété privée, que la propriété est la condition et la garantie de la liberté.

Nous sommes d’accord avec eux. Est-ce que nous ne disons pas sans cesse que celui qui est pauvre est esclave ?

Mais alors pourquoi sommes-nous adversaires ?

La raison en est claire: la propriété qu’ils défendent en réalité, c’est la propriété capitaliste, c’est à dire la propriété qui permet de vivre sur le travail d’autrui et qui implique donc une classe de déshérités, de non-possédants, contraints de vendre aux propriétaires leur propre travail à un prix inférieur à sa valeur.

La cause première de la mauvaise exploitation de la nature, des souffrances des travailleurs, des haines et des luttes sociales, c’est le droit à la propriété qui donne aux détenteurs de la terre, des matières premières et de tous les moyens de production et de service, la faculté d’exploiter le travail d’autrui et d’organiser la production pour s’assurer le meilleur profit possible et non pas pour donner à tous le plus de bien-être possible.

Il faut donc abolir le droit de propriété.

~ Umanita Nova, Mai 1922 ~

L’abolition de la propriété individuelle au sens absolu du terme, viendra, si elle vient, pas la force des choses, quand les avantages de la gestion communiste (Note de R71: au sens de commune, de bien commun pas au sens marxiste bien évidemment…) seront démontrés et qu’il y aura plus d’esprit de fraternité. Mais ce qui doit être aboli immédiatement, y compris par la violence si besoin est, c’est la propriété capitaliste, c’est à dire que certains disposent de richesses naturelles et des instruments de travail et puissent ainsi contraindre les autres à travailler pour eux.

Le communisme de force serait la tyrannie la plus odieuse que l’esprit humain puisse concevoir et parler de comunisme libre et volontaire serait de l’ironie si on n’a pas le droit ni la possibilité de vivre sous un autre régime de collectivisme, mutualisme, individualisme ou comme on voudra, à condition toujours de n’opprimer ni d’exploiter personne.

La destruction des titres de propriété ne nuirait pas au travailleur indépendant pour qui le vrai titre, c’est la possession du travail qu’il exerce. Il s’agit de détruire les titres des propriétaires qui exploitent le travail d’autrui et surtout, de les exproprier de fait, pour mettre les terres, les maisons, les usines et tous les instruments de travail à la disposition immédiate de ceux qui travaillent.

Inutile de dire que les propriétaires actuels n’auraient plus qu’à contribuer eux aussi à la production, comme ils le pourront, s’ils veulent être considérés comme égaux parmi les autres travailleurs.

~ Umanita Nova, Avril 1922 ~

Quelles formes prendront la production et l’échange ? Qu’est-ce qui triomphera: le communisme (production en commun et répartition libre pour tous… Note de R71: tendance Kropotkine, qui est la notre également…) ? le collectivisme (production en commun et répartition des produits en fonction du travail de chacun… Note de R71: tendance Bakounine…) ? L’individualisme (possession individuelle, par chacun, des moyens de production et jouissance pour chacun du produit intégral de son propre travail… Note de R71: tendance Max Stirner et “libertarienne”) ? Ou d’autres formes combinées que pourront suggérer l’intérêt individuel et l’instinct social éclairé par l’expérience ?

Tous ces modes possibles de possession et d’utilisation des moyens de production et tous ces modes de répartition des produits seront probablement expérimentés simultanément dans une même localité ou dans différentes localités (Note de R71: Malatesta avait vu juste puisque tout ceci fut testé avec succès durant la révolution sociale espagnole entre 1936 et 1939…) et ils se combineront et s’interpénétreront les uns les autres de différentes façons, jusqu’à ce que la pratique ait montré qu’elle est la meilleure forme ou quelles sont les meilleurs formes.

Quelle est selon moi, la meilleurs solution ou celle dont on devrait chercher à se rapprocher ?

Personnellement je dis que je suis communiste parce que le communisme me paraît-être l’idéal dont se rapprochera à termes l’humanité, à mesure qu’il y aura plus d’amour entre les Hommes et qu’une production plus abondante délivrera de la peur d’avoir faim, détruisant ainsi le principal obstacle qui s’oppose à ce que les Hommes soient frères. (Note de R71: obstacle qui est savamment entretenu bien sûr par l’oligarchie en place.. C’est leur fond de commerce à ces ordures !…)

Mais plus que les formes pratiques d’organisation économique, qui doivent nécessairement s’adapter aux circonstances et seront toujours en évolution continuelle, ce qui m’importe le plus véritablement, c’est l’esprit qui anime ces organisations et la méthode pour y parvenir: l’important je le répète, c’est d’être guidé par l’esprit de justice et par le désir du bien de tous et qu’on y parvienne toujours librement et volontairement.

S’il y a réellement liberté et esprit de fraternité, toutes les formes tendent alors au même but: l’émancipation et l’élévation de l’humain et elles finiront par se concilier, par se fondre les unes dans les autres. Si au contraire, la liberté manque ainsi que le désir du bien de tous, alors toutes les formes d’organisation peuvent engendrer l’injustice, l’exploitation et le despotisme.

~ Il Resveglio, Novembre 1929 ~

A suivre…

 

 

 

Changement de paradigme politique: Pensée et pratique anarchiste avec Errico Malatesta part 1

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2015 by Résistance 71

Errico Malatesta: l’anarchisme de la théorie à la pratique

 

Compilation d’écrits 1919~1931

 

Source: “Écrits choisis”, Errico Malatesta, éditions du Monde Libertaire, 1978

 

Errico Malatesta (1853-1932), théoricien et militant anarchiste italien, créateur en 1920 de l’Union Anarchiste Italienne (UAI), qui fut à la pointe de la grève générale expropriatrice des usines du nord de l’Italie en 1920, mouvement trahi par les communistes et les socialistes au profit du patronat et de l’État qui appelèrent Mussolini au pouvoir en conséquence. La pensée et l’action directe de Malatesta ont donné au mouvement anarchiste son expression politique sans doute la plus achevée. Il élabora toute sa vie durant une praxis cohérente tant dans les moyens que dans les objectifs de la révolution sociale. Ancré profondément dans la dimension sociale et dans la volonté de réalisation du bien-être commun, Malatesta nous a laissé un riche héritage théorique et militant qui mérite d’être plus connu.

Nous avons beaucoup à apprendre d’Errico Malatesta. Sa pensée et son action sont au cœur de l’anarchisme moderne.

Nous avons compilé ces textes courts dans les rubriques suivantes, qui seront autant de parties à la publication sur le blog

 

~ Résistance 71, Septembre 2015 ~

 

1ère partie: La pensée anarchiste

 

L’anarchisme est né de la révolte morale contre les injustices sociales. Certains hommes se sont convaincus qu’une grande partie de la souffrance des hommes n’était pas la conséquence inévitable d’inexorables lois naturelles ou surnaturelles, mais qu’elle provient au contraire, de faits sociaux qui dépendent de la volonté humaine et peuvent être éliminés par l’action de l’Homme. Dès lors s’ouvrit le chemin menant à l’anarchie. Lorsque certains hommes virent que la domination des uns et l’assujettissement des autres avaient, au cours des vicissitudes de l’histoire, engendré la propriété capitaliste et l’État et lorsqu’ils décidèrent d’abattre à la fois l’État et la propriété, alors naquît l’anarchisme.

~ Pensiero e volonta, Mai 1925 ~

L’anarchie est une forme de vie sociale dans laquelle les Hommes vivent en frères sans que personne ne puisse opprimer ou exploiter autrui et dans laquelle tous disposent de tous les noyens que peut offrir la civilisation contemporaine pour atteindre le plus grand développement moral et matériel. L’anarchisme est la méthode pour réaliser l’anarchie par la liberté, sans gouvernement, autrement dit sans organes autoritaires qui imposeraient aux autres leur volonté par la force, même dans une bonne intention.

~ Pensiero e volonta, Septembre 1925 ~

L’anarchie, cela veut dire une société organisée sans autorité et, par autorité j’entends la faculté d’imposer sa propre volonté et non pas le fait, invévitalbe et positif, que celui qui comprend mieux et a plus de capacité pour mener à bien telle tâche, arrive plus facilement que ceux qui sont moins capables que lui à faire accepter leur opinion et à servir de guide. Pour nous l’autorité n’est pas nécessaire, nous pensons qu’elle est un parasite, qu’elle entrave l’évolution de l’organisation sociale et utilise son pouvoir au profit particulier d’une certaine classe qui exploite et opprime les autres. Tant qu’il y a harmonie des intérêts dans une collectivité, tant que personne ne veut et ne peut exploiter les autres, il n’y a as de traces d’autorité, mais lorsque surgissent des luttes intestines et que la collectivté se divise en vainqueurs et vaincus, dominants, dominés, alors l’autorité apparaît, autorité qui naturellement, est au service des intérêts des plus forts et sert à confirmer, perpétuer et renforcer leur victoire et la division politique.

Voilà ce que nous pensons et c’est pourquoi nous sommes anarchistes.

~ L’Agitazione, Juin 1897 ~

Le socialisme (et c’est encore plus vrai pour l’anarchisme) ne peut pas être imposé, que ce soit pour des raisons morales de respect de la liberté ou parce qu’il est impossible d’appliquer “de force” un régime de justice pour tous. Il ne peut pas être imposé à la majorité par une minorité, mais pas non plus par une majorité à une ou plusieurs minorités,

Voilà pourquoi nous sommes anarchistes.

~ Umanita nova, Septembre 1922 ~

Est anarchiste par définition, celui qui ne veut être ni opprimé ni oppresseur, celui qui veut le maximum de bien-être, le maximum de liberté, le plus grand développement possible pour tous les êtres humains sans exceptions.

L’anarchiste sait bien que l’individu ne peut pas vivre hors de la société et qu’il n’existe même en tant qu’individu humain que parce qu’il porte en lui la somme totale du travail d’innombrables générations passées et bénéficie, tout au long de sa vie, de la collaboration de ses contemporains.

Il sait que l’activité de chacun a une influence directe ou indirecte sur la vie de tous et, par là-même, il reconnaît la grande loi de la solidarité qui prévaut dans la société humaine comme dans la Nature.

~ Volonta, Juin 1913 ~

La haine de l’oppression, le désir d’être libre et de pouvoir développer sa propre personalité dans toute sa puissance ne suffisent pas pour faire de quelqu’un un anarchiste. Cette aspiration à la liberté illimitée, si elle n’est pas tempérée par l’amour des hommes et le désir que tous jouissent d’une égale liberté, peut donner des révoltés, révoltés qui deviennent rapidement, s’ils sont assez forts, des exploiteurs et des tyrans, mais ne suffit pas pour façonner des anarchistes.

~ Umanita nova, Septembre 1922 ~

Voici les sept points de la révolution sociale:

  • 1- Abolition de la propriété privée de la terre, des matières premières et des instruments de travail, de façon que personne ne soit à même de vivre de l’exploitation du travail des autres et que tous, se voyant garantis les moyens de production et d’existence, soient réellement indépendants et puissent s’associer librement aux autres dans l’intérêt commun de tous selon ses propres affinités.
  • 2- Abolition du gouvernement et de tout pouvoir faisant les lois et les imposant aux autres ; d’Où l’abolition des monarchies, des républiques, des parlements, des armées, des polices, des magistratures et de toute autre institution dotée de pouvoirs coercitifs.
  • 3- Organisation de la vie sociale sur la base d’associations libres et de fédérations de producteurs et de consommateurs, créées et modifiées selon la volonté de leurs membres, guidées par la science et l’expérience et libres de toute obligation que ne relèverait pas de la nécessité, convaincu de leur caractère inéluctable.
  • 4- Garantir les moyens d’existence, de développement et de bien-être aux enfants et à tous ceux qui ne sont pas en mesure de subvenir eux-mêmes à leurs propres besoins.
  • 5- Guerre aux religions et à tous les mensonges, y compris lorsqu’ils se cachent sous le couvert de la science. Instruction scientifique pour tous et jusqu’au plus haut niveau.
  • 6- Guerre aux rivalités et aux préjugés patriotiques. Abolition des frontières, fraternité de tous les peuples.
  • 7- Reconstruction de la famille afin qu’elle découle de la pratique de l’amour, libre de tout lien légal, de toute oppression économique ou physique, de tout préjugé religieux.

C’est là notre idéal !

~ Il programma Anarchico, Bologne 1920 ~

La liberté que nous voulons n’est pas le droit abstrait d’agir comme on l’entend, mais le pouvoir de le faire ; cela suppose donc, pour chacun, les moyens de pouvoir vivre et agir sans se soumettre à la volonté des autres et comme la première conditions pour vivre est de produire, la libre disposition pour tous du sol, des matières premières et des instruments de travail est la condition préalable de la liberté.

~ Umanita nova, novembre 1921 ~

2ème partie: Anarchisme et violence

Les anarchistes sont contre la violence. Tout le monde le sait. L’idée centrale de l’anarchisme est l’élimination de la violence dans la vie sociale, c’est l’organisation des rapports sociaux fondée sur la libre volonté de tous et de chacun, sans intervention du gendarme. C’est pourquoi nous sommes les ennemis du capitalisme, qui, en s’appuyant sur la protection du gendarme, oblige les travailleurs à se laisser exploiter par ceux qui détiennent les moyens de production, ou même à se retrouver sans travail et à souffrir de la faim quand les patrons n’ont pas intérêts à les exploiter. C’est pourquoi nous sommes les ennemis de l’État, qui est l’organisation coercitive, violente de la société.

La violence n’est justifiable que lorsqu’elle sert à se défendre soi-même ou d’autres de la violence infligée. Le défi commence là où finit la nécessité.

L’esclave est toujours en état de légitime défense et donc, sa violence contre son maître, contre l’oppresseur, est toujours moralement justifiable; elle ne doit avoir pour règle qu’un seul critère: l’utilité et l’économie de l’effort et des souffrances humaines.

~ Umanita nova, Août 1921 ~

Le gouvernement fait la loi. Il doit donc disposer, pour imposer la loi, d’une force matérielle (armée, police), sinon n’obéiraient aux lois que ceux qui le voudraient et la loi cesserait d’en être une pour ne devenir qu’une simple série de propositions que tous seraient libres d’accepter ou de refuser. Les gouvernements ont donc cette force et s’en servent pour pouvoir fortifier leur domination par des lois et favoriser les intérêts des classes privilégiées, en opprimant et en exploitant les travailleurs.

La seule limite à l’oppression du gouvernement, c’est la force que le peuple se montre capable de lui opposer. Le conflit peut être ouvert ou latent, mais il y a toujours conflit: car le gouvernement ne tient pas compte du mécontentement et de la résistance du peuple, jusqu’à ce qu’il sente le danger d’insurrection. Quand les protestations sont vives, insistantes, menaçantes, le gouvernement cède, ou encore réprime, selon qu’il se sente plus ou moins inspiré. Mais on en vient toujours à l’insurrection, parce que si le gouvernement ne cède pas, le peuple finit toujours par se révolter.

Il faut donc se préparer moralement et matériellement pour que la victoire soit au peuple quand éclatera la lutte violente.

~ Programma Anarchico, Juillet 1920 ~

Nous ne voulons rien imposer par la force et nous ne voulons pas non plus nous soumettre à quelque obligation imposée que ce soit.

Ainsi, nous voulons employer la force contre le gouvernement parce que c’est par la force qu’il nous assujettit.

Nous voulons exproprier les propriétaires par la force parce que c’est par la force qu’ils détiennent les richesses naturelles et le capital, fruit de travail et qu’ils s’en servent pour obliger les autres à travailler pour leur profit.

Nous lutterons par la force contre quiconque voudrait, par la force, garder ou reconquérir les moyens d’imposer sa propre volonté à autrui.

C’est par la force que nous résisterons à toute dictature ou “constituante” qui tenteraient de se substituer aux masses révolutionnaires. Et nous lutterons contre la république, comme nous luttons contre la monarchie, si, par république, on entend un gouvernement qui, quelle que soit la façon dont il serait arrivé au pouvoir, ferait les lois et disposerait de moyens militaires et pénaux pour contraindre les gens à l’obéissance.

Sauf dans les cas mentionnés où l’emploi de la force se justifie parce que c’est une défense contre la force, nous sommes toujours contre la violence et pour la libre volonté.

~ Umanita nova, Mai 1920 ~

 

Ce qu’on peut et doit faire par la force, c’est l’expropriation des capitalistes et la mise à disposition de tous les moyens de production et de toute la richesse sociale à toutes et tous, ainsi bien sûr que la destruction du pouvoir politique qui est là pour défendre la propriété. Ce que nous pourrons et devrons défendre, y compris par la force, c’est notre droit à la liberté totale de nous organiser de façon autonome et d’expérimenter nos méthodes. Le reste viendra au fur et à mesure que nos idées gagneront les masses.

~ Umanita nova, Mars 1920 ~

 

Nous ne reconnaissons pas à la majorité de faire la loi à la minorité, même si, dans des questions un peu complexes, la volonté de la majorité était réellement établie. Le fait d’avoir la majorité ne démontre nullement qu’on ait raison ; au contraire, c’est toujours l’initiative et les actions des individus et des minorités qui ont fait avancer l’humanité, alors que la majorité, elle, est , par nature, lente, conservatrice et obéit au plus fort, à celui qui se trouve dans la position avantageuse acquise ultérieurement.

Personne ne peut juger de façon certaine qui a raison ou pas en matière socio-politique. La liberté est le seul moyen pour arriver à la vérité et à ce qui est de meilleur, gràce à l’expérience et il n’y a pas de liberté s’il n’y a pas de liberté de faire des erreurs.

Pour nous donc, il faut arriver à la coexistence pacifique entre majorité et minorité par le moyen du libre accord, de la bienveillance mutuelle et en reconnaissant intelligemment les nécessaires pratiques de la vie collective et l’utilité de compromis que les circonstances rendent nécessaires.

= Umanita nova, Septembre 1920 ~

 

S’il n’y avait en l’Homme que cet âpre instinct [de violence, de guerre, de massacre, d’exploitation féroce du travail d’autrui, de tyrannies et d’esclavage…], la volonté de dominer les autres et d’en profiter, l’humanité en serait restée au stade de l’animalité et n’aurait pas pu se développer dans les différents systèmes historiques et contemporains qui, même dans les pires cas, représentent toujours un compromis entre l’esprit de tyrannie et ce minimum de solidarité sociale sans lequel il n’y aurait pas de vie quelque peu civilisée et évolutive.

Il y a heureusement, chez les hommes, un autre sentiment qui les rapproche de leur prochain: le sentiment de sympathie, de tolérance, d’amour ; et c’est grâce à ce sentiment, qui existe à des degrés divers chez tous les êtres humains, que l’humanité s’est peu à peu policée et qu’est née notre idée: faire en sorte que la société soit véritablement un ensemble de frères et d’amis, qui, tous, travaillent pour le bien de tous.

~ Umanita nova, Septembre 1922 ~

La solidarité sociale est un fait auquel nul ne peut se soustraire: elle peut être consciente et librement acceptée et tourner ainsi à l’avantage de chacun ou au contraire subie de force plus ou moins consciemment et dans ce cas elle se traduit par la soumission des uns aux autres, par l’exploitation des uns par les autres.

L’Histoire nous le montre, ainsi que l’observation quotidienne des faits actuels: là où la violence n’a pas de fonction à exercer, tout s’arrange du mieux qu’il est possible à la plus grande satisfaction de tous ; là où la violence intervient, ce sont l’injustice, l’oppression et l’exploitation qui triomphent.

~ Umanita nova, Juillet 1920 ~

L’erreur fondamentale des réformistes est de rêver d’une solidarité et d’une collaboration sincère entre maîtres et esclaves, entre propriétaires et prolétaires, collaboration qui a pu exister ici ou là, en des temps de profonde inconscience des masses et de foi naïve dans la religion et dans les compensations de l’au-delà, mais qui est aujourd’hui totalement impossible.

En réalité, la paix sociale fondée sur l’abondance ne sera jamais qu’un rêve tant que la société sera divisée en classes antagonistes, c’est à dire en propriétaires et en prolétaires, il n’y aura ni paix, ni abondance.

Il n’est pas rare qu’au cours de l’histoire humaine, les mécontents, les opprimés, les révoltés se limitent à demander aux dominateurs des transformations partielles, des concessions, des améliorations, au lieu de concevoir et de désirer un changement radical des institutions politiques et sociales. Espérer dans la possibilité et l’efficacité des réformes précède la conviction que, pour abattre la domination du gouvernement ou d’une classe, il est nécessaire de nier les bases mêmes de cette domination, autrement dit de faire la révolution.

Naturellement, les gouvernements et les classes privilégiées sont toujours guidés par l’instinct de conservation, de consolidation et d’accroissement de leur puissance et de leurs privilèges et quand ils consentent à des réformes, c’est parce qu’ils jugent que ces réformes servent leur propres fins ou bien parce qu’ils ne se sentent pas assez forts pour résister: ils cèdent alors à la peur du pire.

Nous, anarchistes, nous avons besoin de l’accord des gens et nous devons convaincre par la promotion de nos idées et de nos actions, par l’exemple, nous devons éduquer et chercher à modifier les conditions de façon à ce que l’éducation puisse toucher toujours plus de personnes. Nous sommes réformateurs (et non pas réformistes !) aujourd’hui en ce sens que nous cherchons à créer les conditions les plus favorables et le plus grand nombre possible de gens conscients pour mener à bien une insurrection du peuple ; nous serons réformateurs demain, après la victoire de l’insurrection et la conquête de la liberté en ce sens que nous chercherons à gagner à nos idées un nombre toujours plus grand de personnes par tous les moyens que la liberté aurorise ; c’est à dire par la promotion, par l’exemple, par la résistance, y compris violente, contre quiconque voudrait contraindre notre liberté.

~ Pensiero e volonta, Mars 1924 ~

Les classes privilégiées qui ont accaparé tous les moyens de production et s’en servent pour exploiter le travail d’autrui, n’auraient pas pu conquérir leurs privilèges et ne pourraient pas continuer à asservir les masses si elles n’avaient pas constitué un gouvernement organisant, pour les défendre, une force matérielle capable d’étouffer brutalement toute tentative de rébellion. “On n’enlève pas le pain à qui on n’a pas préalablement, enlevé grâce au bâton, la possibilité de résister.”

Les capitalistes peuvent maintenir la lutte sur le terrain économique tant que les ouvriers demandent de petites améliorations généralement illusoires, mais dès qu’ils voient leurs profits sérieusement diminués et l’existence même de leurs privilèges menacée, ils font alors appel au gouvernement et si ce dernier n’est pas assez diligent ou assez fort pour les défendre, comme ce fut le cas récemment en Italie, et en Espagne, ils utilisent leur richesse pour engager de nouvelles forces répressives et établir un nouveau gouvernement qui puisse mieux les servir.

~ Pensiero e volonta, Mars 1925 ~

Aujourd’hui, le prolétariat ne veut plus accepter passivement les conditions dans lesquelles il se trouve… On ne peut plus le dompter par la force. Il faut donc le tromper, il faut lui faire croire qu’il co-participe désormais à la direction et donc à la responsabilité des entreprises, il faut lui redonner par ce biais, l’habitude de la discipline, de l’ordre, de travailler tant et plus. Il faut surtout créer une sorte d’aristocratie ouvrière, un quart état, composé d’ouvriers mieux payés, sûrs de leur poste, aspirant aux fonctions administratives et de direction dans les organismes de classe, en excellent terme avec les patrons et les membres des commissions “paritaires”; qui se sentiraient intéressés à la stabilité du régime bourgeois, attireraient petit à petit à eux de nouveaux éléments capables de créer des problèmes, seraient les meilleurs instruments de la conservation et contribueraient efficacement à maintenir les masses dans un état d’infériorité et de docilité servile.

~ Umanita nova, Septembre 1920 ~

A suivre…