Archive pour emma goldman un regard anarchiste sur la vie

27 juin 1869~27 juin 2019… Cent-cinquantenaire d’Emma Goldman, dame de fer de l’anarchisme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 27 juin 2019 by Résistance 71

Il y a 150, le 27  juin 1869, naissait Emma Goldman en Lithuanie, elle avait donc deux ans au moment de la Commune de Paris. Elle émigre aux Etats-Unis avec sa famille en 1885. L’attentat du Haymarket et la répression contre les anarchistes la font s’intéresser au mouvement qu’elle ne quittera plus. Viscéralement anti-autoritaire, pacifiste en anti-guerre, elle est condamné en 1917 avec son compagnon Alexandre Berkman, à deux ans de prison pour avoir fait campagne contre la conscription des jeunes Américains pour la 1ère guerre mondiale.
A leur sortie en 1919, ils sont déportés par les autorités américaines en Russie.
Goldman et Berkman y rencontrent Lénine et Trotski, ils seront très critiques des bolchéviques, surtout avec la trahison de la révolution des conseils populaires (soviets) par le capitalisme d’état de la NEP imposé par Lénine. L’écrasement de la commune anarchiste de Cronstadt en 1921 par l’armée rouge de Trotski sur ordre de Lénine, sera la goutte d’eau. Emma Goldman écrira un livre en 1923, détaillant sa totale déception en la révolution russe et comment et pourquoi “il n’y a pas de communisme en Russie”…
Toute sa vie, Emma sera une anarchiste de l’action directe ; féministe de la première heure, elle abandonnera le mouvement devant sa récupération par la société marchande, mais continuera de militer à sa façon jusqu’à sa mort. Proche de Kropotkine, elle le visitera dans sa maison près de Moscou où il était revenu pour mourir en 1921, l’année de Cronstadt.
Emma Goldman décèdera à Toronto au Canada en mai 1940 à presque 71 ans. Son tempérament de feu et ses écrits du même élément l’ont rendu célèbre de son vivant et jusqu’à aujourd’hui dans les milieux anarchistes et au-delà. Lors de ses meetings, elle déplaçait les foules. Elle a publié de nombreux essais, elle créa le journal “Mother Earth” aux Etats-Unis et sa biographie “Ma vie” couvre toute la glorieuse époque de l’anarchisme entre la fin du XIXème siècle et le début de la seconde guerre mondiale. Elle fut très active dans l’Espagne révolutionnaire de 1936. Howard Zinn écrivit une pièce de théâtre en son honneur : « Emma ».

Emma Goldman aurait 150 ans aujourd’hui.

Ci-dessous un texte court de 1910 qui montre que l’inutilité et la futilité des politiciens et du système de “démocratie représentative” ne date pas d’hier. Emma Goldman avait bien compris déjà il y a plus d’un siècle et avant la 1ère guerre mondiale, qu’il n’y a pas de solution au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir.
L’obsolescence était déjà active à cette époque, elle l’est de fait, depuis la mise en place du système de domination et de tromperie “démocratique”.
Il est plus que grand temps que toutes et tous (on peut rêver…) le comprenions et marchions vers cette société des sociétés si chère à un autre anarchiste: Gustav Landauer ainsi qu’à nous.

~ Résistance 71 ~

 


Emma Goldman 1869-2019
150ème anniversaire

 

Politiciens – Ballots ou escrocs

 

Emma Goldman

1910

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2019/06/24/emma-goldman-the-political-superstition/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Que nous montre l’histoire du parlementarisme ? Rien que des échecs et des défaites, pas même une simple réforme pour améliorer le stress économique et social des peuples. Des lois ont été votées et mises en application pour l’amélioration et la protection du travail et pourtant dans les états où prévalent des lois contre le travail des enfants, l’exploitation de leur travail est à son plus haut niveau et bien qu’avec nous (les anarchistes), les travailleurs jouissent des pleines opportunités politiques, le capitalisme a atteint son plus beau zénith.

Même si les ouvriers pouvaient avoir leurs propres représentants, ce que clament nos bons politiciens socialistes, quelles sont les chances pour garantir leur honnêteté et leur bonne foi ? En gardant à l’esprit le processus de fonctionnement de la politique, on comprend aisément que son chemin de bonnes intentions est parsemé de pièges: chantage, intrigue, flatterie, mensonge, tricherie, en fait toutes les turpitudes possibles sont de mises afin de garantir le succès de l’aspirant politicien. Ajoutez à cela une complète immoralité du caractère et de la conviction pour que plus aucun espoir ne subsiste de cette décrépitude humaine. Encore et toujours les gens sont assez naïfs ou stupides pour croire, faire confiance et soutenir jusqu’au bout leurs politiciens, seulement pour se retrouver au bout du compte toujours trahis et trompés au dernier degré.

On peut toujours affirmer que des hommes ou femmes intègres ne deviendraient pas corrompus dans la moulinette politique. Peut-être que non, mais de telles personnes n’auraient aucune chance de faire pencher la balance en faveur des travailleurs, comme cela a été vu et prouvé en bien des occasions. L’État est le maître économique de ceux qui le servent. S’il y avait de bonnes personnes en politique, elles resteraient soit fidèles à leur engagement politique et perdrait leur soutien financier ou elles s’accrocheraient à leurs maîtres économiques et seraient ainsi incapables de faire quoi que ce soit pour le bien commun. L’arène politique ne laisse aucune alternative à quiconque, on doit y être soit un ballot soit un escroc.

La superstition politique fait toujours des ravages dans les cœurs et les esprits des masses populaires, mais les véritables amoureux de la liberté ne veulent plus rien avoir à faire avec cette supercherie. En lieu et place, ils pensent, comme Stirner, que l’humain a autant de liberté qu’il veuille bien prendre. L’anarchie de ce fait se situe dans le domaine de l’action directe, de la désobéissance civile ouverte et de la résistance aux lois et à toutes restrictions politiques, économiques, sociales, morales. Mais la confrontation, la désobéissance civile et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme. Tout ce qui est illégal nécessite une certaine intégrité, courage et autonomie. Bref, appelle aux esprits libres et indépendants, aux “humains qui sont des humains et qui ont une forte colonne vertébrale, une de celle qui ne se courbe point dans la soumission.”

Le suffrage universel lui-même doit son existence à l’action directe. Sans l’esprit de rébellion et la désobéissance des Américains devant le maître anglais, leur progéniture serait toujours sous le joug du roi/reine. Si ce n’était pour l’action directe de personnes comme John Brown et ses camarades, l’Amérique ferait toujours commerce des esclaves et de la chair de l’homme noir. Il est vrai que le commerce de la chair blanche est toujours de mise, mais ceci aussi sera aboli par l’action directe.

Le syndicalisme, l’arène économique du gladiateur moderne, ne doit son existence qu’à l’action directe. Ce n’est que récemment que la loi et le gouvernement ont tenté d’écraser le mouvement syndicaliste et ont condamné ceux qui défendent le droit des humains à s’organiser à des peines de prison comme conspirateurs. S’ils avaient essayé de plaider leur cause dans le compromis de la mendicité et de la plaidoirie, le syndicalisme serait aujourd’hui [en 1910] quantité négligeable.

En France, en Espagne, en Italie, en Russie et même en Angleterre , l’action directe économique et révolutionnaire est devenue une telle force dans la bataille pour la liberté industrielle que le monde comprend enfin l’énorme importance d’un pouvoir ouvrier. La grève générale, l’expression suprême de la conscience politique des travailleurs était encore ridiculisée en Amérique il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, toute grande grève, si elle veut gagner quoi que ce soit, doit comprendre l’importance de la protestation solidaire générale.

L’action directe, prouvée très efficace le long de lignes économiques est également très efficace dans l’environnement individuel. Il y a une centaine de forces à ses basques et seule une résistance persistante le libérera finalement. L’action directe contre l’autorité dans le magasin, l’action directe contre la loi, contre toute autorité invasive interférante ou morale, est la méthode logique et consistante de l’anarchie.

Ceci ne mènera t’il pas à la révolution ? Et bien oui. Aucun changement social réel ne s’est jamais produit sans une révolution. Soit les gens ne sont pas familiers avec leur histoire, soit ils ont encore à apprendre que la révolution n’est en fait que la pensée qu’on met en action.

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Lectures complémentaires:

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman

Manifeste pour la Société des Sociétés

voltairine-de-cleyre-une-anarchiste-americaine

Louise-Michel_De-la-commune-a-la-pratique-anarchiste

 

Un autre regard anarchiste avec Emma Goldman (PDF)

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Résistance 71

 

22 juin 2018

 

Jo de JBL1960 nous a fait ce superbe pdf de quelques écrits d’Emma Goldman à lire et diffuser sans aucune modération… Il s’agit du premier pdf consacré à l’œuvre politique et militante d’une femme, le second sera consacré à Louise Michel… A suivre donc…

Un-autre-regard-anarchiste-sur-la-vie-avec-emma-goldman1

 


Howard Zinn a écrit une pièce de théâtre
sur Emma…

Changement de paradigme… Un regard anarchiste sur la vie avec Emma Goldman

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 6 juin 2018 by Résistance 71

Un regard anarchiste sur la vie

 

Emma Goldman

 

Discours donné lors du 29ème déjeuner littéraire de Foyles à Londres le 1er mars 1933

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, le sujet ce midi est « Une vision anarchiste de la vie. » Je ne peux pas parler pour mes camarades anarchistes, mais, en mon nom, je veux vous dire que j’ai été occupée si intensément à vivre ma vie que je n’ai pas eu un moment pour y réfléchir. Je sais que vient pour tout le monde un moment où, forcément, nous sommes obligés de nous asseoir et de regarder notre vie. Ce moment est celui du vieil âge et de la sagesse, mais n’étant jamais devenue sage, je n’espère pas atteindre un jour ce moment-là. La plupart des gens qui regardent leur vie ne l’ont jamais vécue. Ce qu’ils regardent n’est pas la vie mais seulement son ombre. Ne leur a t-on pas appris que la vie était une malédiction que leur a imposé un Dieu incompétent, qui les a fait à son image? Par conséquent, la plupart des gens considèrent la vie comme un tremplin vers un paradis dans l’au-delà. Ils n’osent pas vivre leur vie, ou tirer l’essence vivante de la vie, telle qu’elle se présente à eux. Ils considèrent cela comme risqué; cela signifie abandonner leurs petits biens matériels. Cela signifie aller contre « l’opinion publique », les lois et les règles d’un pays. Il existe peu de gens qui ont l’audace et le courage de renoncer à ce qui leur serre le cœur. Ils craignent que leurs bénéfices éventuels n’équivalent pas à ce qu’ils abandonneront. En ce qui me concerne, je peux dire que je suis comme Topsy. Je ne suis pas née ni ait été élevée — J’ai « grandi ». J’ai grandi avec la vie, la vie dans tous ses aspects, avec ses hauts et ses bas. Le prix à payer a été élevé, bien sûr, mais si je devais le payer à nouveau, je le ferai avec joie, car tant que vous ne voulez pas payer le prix, tant que vous ne voulez pas vous retrouvez au plus bas, vous ne pourrez jamais remonter jusqu’aux sommets.

Naturellement, la vie se présente sous différentes formes à différents âges. Entre huit et douze ans, je rêvais de devenir Judith. Je désirais ardemment venger les souffrances de mon peuple, les juifs, couper la tête des leurs Holophernes. Quand j’ai eu quatorze ans, je voulais étudier la médecine, pour pouvoir aider mes semblables. A quinze ans, je souffrais d’un amour non réciproque et je voulais me suicider d’une manière romantique en buvant du vinaigre. Je pensais que cela me donnerais un air éthéré et intéressant, très pâle et poétique lorsque je serai dans ma tombe, mais à seize ans, je me suis décidée pour une mort plus exaltante. Je voulais danser jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Puis vînt l’Amérique, l’Amérique avec ses immenses usines, pédaler sur une machine à coudre pendant dix heures par jours pour deux dollars cinquante la semaine. Et le grand événement de ma vie, qui m’a fait telle que je suis. Ce fut la tragédie de Chicago, en 1887, lorsque cinq des hommes les plus nobles furent assassinés légalement par l’état de l’Illinois. C’étaient les célèbres anarchistes américains — Albert Parsons, Spies, Fischer, Engels et Lingg, assassinés légalement le 11 novembre 1887. Le courageux jeune Lingg a échappé à ses bourreaux, préférant se donner la mort lui-même, pendant que trois autres de leurs camarades — Neebe, Fielden et Schwab — étaient condamnés à la prison. La mort de ces martyrs à Chicago constitua ma naissance spirituelle : leur idéal devint le but de toute ma vie.

J’ai conscience que la plupart d’entre vous a une conception inexacte, très curieuse et, en général, fausse de l’anarchisme. Je ne vous le reproche pas. Vous êtes informés par la presse quotidienne. Mais c’est le dernier endroit sur terre pour chercher la vérité. L’anarchisme, pour les grands éducateurs et guides des aspects spirituels de la vie, n’était pas un dogme, pas quelque chose qui draine le sang du cœur et transforme les gens en fanatiques, dictateurs ou raseurs invivables. L’anarchisme est un élément déclencheur et une force libératrice car elle apprend aux gens à avoir confiance en leurs propres possibilités, leur enseigne la foi dans la liberté, et encourage les hommes et les femmes à lutter pour un état de vie sociale où tout le monde vivra libres et en sécurité. Il n’existe ni liberté, ni sécurité dans le monde aujourd’hui: que l’on soit riche ou pauvre, que sa situation soit élevée ou inférieure, personne n’est en sécurité tant qu’il existe un seul esclave dans le monde. Personne n’est en sécurité tant qu’il doit obéir aux ordres, aux caprices ou aux volontés de quelqu’un d’autre qui possède le pouvoir de le punir, de l’envoyer en prison, de prendre sa vie, ou de lui dicter les conditions de son existence, du berceau jusqu’à la tombe.

Ce n’est pas seulement par amour du prochain — mais pour leur propre bien que les gens doivent apprendre le sens et la signification de l’anarchisme et il ne leur faudra pas longtemps pour apprécier l’importance et la beauté de cette philosophie.

L’anarchisme refuse toute tentative d’un groupe d’hommes ou d’un individu de disposer de la vie des autres. Il repose sur la foi en l’humanité et dans ses capacités, alors que les autres philosophies sociales n’ont pas cette foi. Elles insistent sur le fait que les hommes ne peuvent pas se gouverner eux-mêmes et qu’ils doivent être dirigés. Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que plus le gouvernement est fort, plus grandes seront les avancées sociales. Il s’agit de la vieille croyance dans le fouet. Plus il sera utilisé avec l’enfant et plus il atteindra pleinement sa condition d’homme ou de femmes. Nous nous sommes émancipés de ces stupidités. Nous avons fini par comprendre que l’éducation ne consistait pas à maltraiter, paralyser, déformer ou rabattre les jeunes pousses. Nous avons appris que la liberté au cours de l’évolution de l’enfant garantit de meilleurs résultats, à la fois pour lui-même et pour la société.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce qu’est l’anarchisme. Plus grandes sera la liberté et les opportunités pour chaque membre de la société, plus l’individu s’améliorera et mieux ce sera pour la société avec une vie collective plus créative et constructive. Voilà brièvement l’idéal auquel j’ai consacré ma vie.

L’anarchisme n’est pas une théorie toute faite. C’est un esprit vital qui englobe toute la vie. Par conséquent, je ne m’adresse pas seulement à quelques éléments particuliers de la société: Je ne m’adresse pas seulement aux ouvriers. Je m’adresse aussi aux classes supérieures parce qu’en réalité, elles ont besoin d’éducation davantage encore que les ouvriers. La vie éduque d’elle-même les masses et est un professeur strict et efficace. Malheureusement, elle n’enseigne rien à ceux qui se considèrent comme les privilégiés sociaux, les mieux éduqués, les supérieurs. J’ai toujours considéré que toute forme d’instruction et d’information qui aident à élargir l’horizon mental des hommes et des femmes est des plus utiles et devait être employé. Car, en dernière analyse, la grande aventure — c’est à dire la liberté, la réelle inspiration de tous les idéalistes, les poètes, les artistes — est la seule aventure humaine qui vaut la peine de lutter et d’être vécue.

Je ne sais pas combien d’entre vous ont lu le merveilleux poème en prose de Gorki, Le Serpent et le Faucon. Le serpent ne peut pas comprendre le faucon. Le serpent demanda :

«Pourquoi ne te reposes tu pas un peu ici dans le noir, dans la belle et glissante humidité? Pourquoi voler dans le ciel? Ne connais-tu pas les dangers qui t’y guettent, la violence et la tempête qui t’y attendent et le pistolet du chasseur qui t’y abat? »

Mais le faucon ne lui prêta pas attention. Il déploya ses ailes et se mit à voler; Son chant triomphal s’entendit et fît écho dans le ciel.

Un jour, le faucon fût abattu, le sang coulait de son cœur, puis le serpent dit :

« Idiot, je t’avais prévenu, je t’ai dit de rester là où tu étais, dans l’obscurité, dans la belle humidité, la chaleur, où personne ne pouvait te trouver ni te blesser… »

Pourtant, dans son dernier souffle, le faucon lui répondit:

« J’ai volé, j’ai gravi jusqu’à des altitudes immenses, je l’ai vu la lumière, j’ai vécu, j’ai vécu!»