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Résistance politique et révolution sociale 1/2 (Emma Goldman)

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« Le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.”

“La terre et l’esprit [Geist] sont donc la solution du socialisme… Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !”

~ Gustav Landauer ~

D’où on comprend comment Lénine (et Trotsky mais ce n’est pas le sujet ici), fut un bon agent de ses maîtres banquiers et comment il rune la révolution sociale russe pourtant ayant bien des atouts pour réussir dès le départ. La révolution et le peuple russes ont été trahis de l’intérieur par les forces infiltrées du capital. Le but était de virer la dynastie Romanov qui avait elle-même viré la Standard Oil des Rockefeller hors de Russie et de réaliser l’entreprise d’un marché captif russe dépendant de la technologie anglo-américaine, Ce fut un succès sur toute la ligne comme l’a très bien documenté l’historien Antony C. Sutton dans son « Wall Street et la révolution bolchévique »...
~ Résistance 71 ~

 

La révolution sociale

est porteuse d’un changement radical des valeurs

 

Emma Goldman

1923

 

1ère partie

2ème partie

 

1.

Les critiques socialistes, mais non bolcheviks, de l’échec de la Russie affirment que la révolution a échoué parce que l’industrie n’avait pas atteint un niveau de développement suffisant dans ce pays. Ils se réfèrent à Marx, pour qui la révolution sociale était possible uniquement dans les pays dotés d’un système industriel hautement développé, avec les antagonismes sociaux qui en découlent. Ces critiques en déduisent que la révolution russe ne pouvait être une révolution sociale et que, historiquement, elle était condamnée à passer par une étape constitutionnelle, démocratique, complétée par le développement d’une industrie avant que le pays ne devienne économiquement mûr pour un changement fondamental.

Ce marxisme orthodoxe ignore un facteur plus important, et peut-être même plus essentiel, pour la possibilité et le succès d’une révolution sociale que le facteur industriel. Je veux parler de la conscience des masses à un moment donné. Pourquoi la révolution sociale n’a-t-elle pas éclaté, par exemple, aux États-Unis, en France ou même en Allemagne ? Ces pays ont certainement atteint le niveau de développement industriel fixé par Marx comme le stade culminant. En vérité, le développement industriel et les puissantes contradictions sociales ne sont en aucun cas suffisants pour donner naissance à une nouvelle société ou déclencher une révolution sociale. La conscience sociale et la psychologie nécessaires aux masses manquent dans des pays comme les États-Unis et ceux que je viens de mentionner. C’est pourquoi aucune révolution sociale n’a eu lieu dans ces régions.

De ce point de vue, la Russie possédait un avantage sur les pays plus industrialisés et « civilisés ». Certes elle était moins avancée sur le plan industriel que ses voisins occidentaux mais la conscience des masses russes, inspirée et aiguisée par la révolution de Février, progressait si rapidement qu’en quelques mois le peuple fut prêt à accepter des slogans ultra révolutionnaires comme « Tout le pouvoir aux soviets » et « La terre aux paysans, les usines aux ouvriers ».

Il ne faut pas sous-estimer la signification de ces mots d’ordre. Ils exprimaient, dans une large mesure, la volonté instinctive et semi-consciente du peuple, la nécessité d’une complète réorganisation sociale, économique et industrielle de la Russie. Quel pays, en Europe ou en Amérique, est prêt à mettre en pratique de tels slogans révolutionnaires ? Pourtant, en Russie, au cours des mois de juin et juillet 1917, ces mots d’ordre sont devenus populaires ; ils ont été repris activement, avec enthousiasme, sous la forme de l’action directe, par la majorité de la population paysanne et ouvrière d’un pays de plus de 150 millions d’habitants. Cela prouve l’«aptitude », la préparation du peuple russe pour la révolution sociale.

En ce qui concerne la « maturi-té » économique, au sens marxien du terme, il ne faut pas oublier que la Russie est surtout un pays agraire. Le raisonnement implacable de Marx présuppose la transformation de la population paysanne en une société industrielle, hautement développée, qui fera mûrir les conditions sociales nécessaires à une révolution.

Mais les événements de Russie, en 1917, ont montré que la révolution n’attend pas ce processus d’industrialisation et — plus important encore — qu’on ne peut faire attendre la révolution. Les paysans russes ont commencé à exproprier les propriétaires terriens et les ouvriers se sont emparés des usines sans prendre connaissance des théorèmes marxistes. Cette action du peuple, par la vertu de sa propre logique, a introduit la révolution sociale en Russie, bouleversant tous les calculs marxiens. La psychologie du Slave a prouvé qu’elle était plus solide que toutes les théories social-démocrates.

Cette conscience se fondait sur un désir passionné de liberté, nourri par un siècle d’agitation révolutionnaire parmi toutes les classes de la société. Heureusement, le peuple russe est resté assez sain sur le plan politique : il n’a pas été infecté par la corruption et la confusion créées dans le prolétariat d’autres pays par l’idéologie des libertés « démocratiques » et du « gouvernement au service du peuple ». Les Russes sont demeurés, sur ce plan, un peuple simple et naturel, qui ignore les subtilités de la politique, des combines parlementaires et les arguties juridiques. D’un autre côté, son sens primitif de la justice et du bien était robuste, énergique, il n’a jamais été contaminé par les finasseries destructrices de la pseudo-civilisation. Le peuple russe savait ce qu’il voulait et n’a pas attendu que des « circonstances historiques inévitables » le lui apportent sur un plateau : il a eu recours à l’action directe. Pour lui, la révolution était une réalité, pas une simple théorie digne de discussion.

C’est ainsi que la révolution sociale a éclaté en Russie, en dépit de l’arriération industrielle du pays. Mais faire la révolution n’était pas suffisant. Il fallait aussi qu’elle progresse et s’élargisse, qu’elle aboutisse à une reconstruction économique et sociale. Cette phase de la révolution impliquait que les initiatives personnelles et les efforts collectifs puissent s’exercer librement. Le développement et le succès de la révolution dépendaient du déploiement le plus large du génie créatif du peuple, de la collaboration entre les intellectuels et le prolétariat manuel. L’intérêt commun est le leitmotiv de tous les efforts révolutionnaires, surtout d’un point de vue constructif.

Cet objectif commun et cette solidarité mutuelle ont entraîné la Russie dans une vague puissante, au cours des premiers jours de la révolution russe, en octobre-novembre 1917. Ces forces enthousiastes auraient pu déplacer des montagnes si le souci exclusif de réaliser le bien-être du peuple les avait intelligemment guidées. Il existait un moyen efficace pour cela : les organisations des travailleurs et les coopératives qui couvraient la Russie d’un réseau liant et unissant les villes aux campagnes ; les soviets qui se multipliaient pour répondre aux besoins du peuple russe ; et finalement, l’intelligentsia, dont les traditions, depuis un siècle, avaient servi de façon héroïque la cause de l’émancipation de la Russie.

Mais une telle évolution n’était absolument pas au programme des bolcheviks. Pendant les premiers mois qui ont suivi Octobre, ils ont toléré l’expression des forces populaires, ils ont laissé le peuple développer la révolution au sein d’organisations aux pouvoirs sans cesse plus étendus. Mais dès que le Parti communiste s’est senti suffisamment installé au gouvernement, il a commencé à limiter l’étendue des activités du peuple. Tous les actes des bolcheviks qui ont suivi — leur politique, leurs changements de ligne, leurs compromis et leurs reculs, leurs méthodes de répression et de persécution, leur terreur et la liquidation de tous les autres groupes politiques —, tout cela ne représentait que des moyens au service d’une fin : la concentration du pouvoir de l’État entre les mains du Parti. En fait, les bolcheviks eux-mêmes, en Russie, n’en ont pas fait mystère. Le Parti communiste, affirmaient-ils, incarne l’avant-garde du prolétariat, et la dictature doit rester entre ses mains. Malheureusement pour eux, les bolcheviks n’avaient pas tenu compte de leur hôte, la paysannerie, que ni la razvyortska (la Tcheka), ni les fusillades massives n’ont persuadé de soutenir le régime bolchevik. La paysannerie est devenu le récif sur lequel tous les plans et projets conçus par Lénine sont venus s’échouer. Lénine, habile acrobate, a su opérer malgré une marge de manœuvre extrêmement étroite. La Nep (Nouvelle politique économique) a été introduite juste à temps pour repousser le désastre qui, lentement mais sûrement, allait balayer tout l’édifice communiste.

2.

La Nep a surpris et choqué la plupart des communistes. Ils ont vu dans ce tournant le renversement de tout ce que leur Parti avait proclamé — le rejet du communisme lui-même. Pour protester, certains des plus vieux membres du Parti, des hommes qui avaient affronté le danger et les persécutions sous l’ancien régime, tandis que Lénine et Trotsky vivaient à l’étranger en toute sécurité, ces hommes donc ont quitté le Parti communiste, amers et déçus. Les dirigeants ont alors décidé une sorte de lock-out. Ils ont ordonné que le Parti soit purgé de tous ses éléments « douteux ». Quiconque était soupçonné d’avoir une attitude indépendante et tous ceux qui n’acceptèrent pas la nouvelle politique économique comme l’ultime vérité de la sagesse révolutionnaire furent exclus. Parmi eux se trouvaient des communistes qui, pendant des années, avaient loyalement servi la cause. Certains d’entre eux, blessés au vif par cette procédure brutale et injuste, et bouleversés par l’effondrement de ce qu’ils vénéraient, ont même eu recours au suicide. Mais il fallait que le nouvel Évangile de Lénine puisse se diffuser en douceur, cet Évangile qui désormais prêche — au milieu des ruines provoquées par quatre années de révolution — l’intangibilité de la propriété privée ainsi que l’impitoyable liberté de la concurrence.

Cependant, l’indignation communiste contre la Nep n’exprimait que la confusion mentale des opposants à Lénine. Comment expliquer autrement que des militants, qui ont toujours approuvé les multiples cascades et acrobaties politiques de leur chef, s’indignent soudain devant son dernier saut périlleux qui constitue leur aboutissement logique ? Les communistes dévots ont un grave problème : ils s’accrochent au dogme de l’Immaculée Conception de l’État socialiste, État censé sauver le monde grâce à la révolution. Mais la plupart des dirigeants communistes n’ont jamais partagé de telles illusions. Lénine encore moins que les autres.

Dès mon premier entretien avec lui, j’ai compris que j’avais affaire à un politicien retors : il savait exactement ce qu’il voulait et semblait décidé à ne s’embarrasser d’aucun scrupule pour arriver à ses fins. Après l’avoir entendu parler en diverses occasions et avoir lu ses ouvrages, je crois que Lénine ne s’intéressait guère à la révolution et que le communisme n’était pour lui qu’un objectif très lointain. Par contre, l’État politique centralisé était la divinité de Lénine, au service de laquelle il fallait tout sacrifier. Quelqu’un a déclaré un jour que Lénine était prêt à sacrifier la révolution pour sauver la Russie. Sa politique, cependant, a prouvé qu’il était prêt à sacrifier à la fois la révolution et le pays, ou en tout cas une partie de ce dernier, afin d’appliquer son projet politique dans ce qui restait de la Russie.

Lénine était certainement le politicien le plus souple de l’Histoire. Il pouvait être à la fois un super-révolutionnaire, un homme de compromis et un conservateur. Lorsque, comme une puissante vague, le cri de « Tout le pouvoir aux soviets » se répandit dans toute la Russie, Lénine suivit le courant. Lorsque les paysans s’emparèrent des terres et les ouvriers des usines, non seulement Lénine approuva ces méthodes d’action directe mais il alla plus loin. Il avança le fameux slogan : « Expropriez les expropriateurs » , slogan qui sema la confusion dans les esprits et causa des dommages irréparables à l’idéal révolution-naire.

Jamais avant lui, un révolutionnaire n’avait interprété l’expropriation sociale comme un simple transfert de richesses d’un groupe d’individus à un autre. Cependant, c’est exactement ce que signifiait le slogan de Lénine. Les raids aveugles et irresponsables, l’accumulation des richesses de l’ancienne bourgeoisie entre les mains de la nouvelle bureaucratie soviétique, les chicaneries permanentes contre ceux dont le seul crime était leur ancien statut social, tout cela fut le résultat de l’ « expropriation des expropriateurs [1] ». Toute l’histoire de la Révolution qui s’ensuivit offre un kaléidoscope des compromis de Lénine et de la trahison de ses propres slogans.

Les actes et les méthodes des bolcheviks depuis la révolution d’Octobre peuvent sembler contredire la Nep. Mais en réalité ils font partie des anneaux de la chaîne qui allait forger le gouvernement tout-puissant centralisé et dont le capitalisme d’État était l’expression économique. Lénine avait une vision très claire et une volonté de fer. Il savait comment faire croire à ses camarades, à l’intérieur de la Russie mais aussi à l’extérieur, que son projet aboutirait au véritable socialisme et que ses méthodes étaient révolutionnaires. Lénine méprisait tellement ses partisans qu’il n’a jamais hésité à leur jeter ses quatre vérités au visage. « Seuls des imbéciles peuvent croire qu’il est possible d’instaurer le communisme maintenant en Russie », répondit-il aux bolcheviks qui s’opposaient à la Nep.

De fait, Lénine avait raison. Il n’a jamais essayé de construire un véritable communisme en Russie, à moins de considérer que trente-trois niveaux de salaires, un système différencié de rations alimentaires, des privilèges assurés pour quelques-uns et l’indifférence pour la grande masse soient du communisme.

Au début de la révolution, il fut relativement facile au Parti de s’emparer du pouvoir. Tous les éléments révolutionnaires, enthousiasmés par les promesses ultrarévolutionnaires des bolcheviks, les ont aidés à prendre le pouvoir. Une fois en possession de l’État, les communistes ont entamé leur processus d’élimination. Tous les partis et les groupes politiques qui ont refusé de se soumettre à leur nouvelle dictature ont dû partir. D’abord cela concerna les anarchistes et les socialistes-révolutionnaires de gauche, puis les mencheviks et les autres opposants de droite, et enfin tous ceux qui osaient avoir une opinion personnelle. Toutes les organisations indépendantes ont connu le même sort. Soit elles ont été subordonnées aux besoins du nouvel État, soit elles ont été détruites, comme ce fut le cas des soviets, des syndicats et des coopératives — les trois grands piliers des espoirs révolutionnaires.

Les soviets sont apparus pour la première fois au cours de la révolution de 1905. Ils jouèrent un rôle important durant cette période brève mais significative. Même si la révolution fut écrasée, l’idée des soviets resta enracinée dans l’esprit et le cœur des masses russes. Dès l’aube qui illumina la Russie en février 1917, les soviets réapparurent et fleurirent très rapidement. Pour le peuple, les soviets ne portaient absolument pas atteinte à l’esprit de la révolution. Au contraire, la révolution allait trouver son expression pratique la plus élevée, la plus libre dans les soviets. C’est pourquoi les soviets se répandirent aussi spontanément et aussi rapidement dans toute la Russie. Les bolcheviks comprirent où allaient les sympathies du peuple et se joignirent au mouvement. Mais lorsqu’ils contrôlèrent le gouvernement, les communistes se rendirent compte que les soviets menaçaient la suprématie de l’État.

En même temps, ils ne pouvaient pas les détruire arbitrairement sans miner leur propre prestige à la fois dans le pays et à l’étranger, puisqu’ils apparaissaient comme les promoteurs du système soviétique. Ils commencèrent donc à priver graduellement les soviets de leurs pouvoirs pour finalement les subordonner à leurs propres besoins.

Les syndicats russes furent beaucoup plus faciles à émasculer. Sur le plan numérique et du point de vue de leur fibre révolutionnaire, ils étaient encore dans leur prime enfance. En déclarant que l’adhésion aux syndicats était obligatoire, les organisations syndicales russes acquirent une certaine force numérique, mais leur esprit resta celui d’un tout petit enfant. L’État communiste devint alors la nounou des syndicats. En retour, ces organisations servirent de larbins à l’État. «L’école du communisme », comme le déclara Lénine au cours de la fameuse controverse sur le rôle des syndicats. Il avait tout à fait raison. Mais une école vieillotte où l’esprit de l’enfant est enchaîné et écrasé par ses professeurs. Dans aucun pays du monde, les syndicats ne sont autant soumis à la volonté et aux diktats de l’État que dans la Russie bolchevik.

Le sort des coopératives est bien trop connu pour que je m’étende à leur sujet. Elles constituaient le lien le plus essentiel entre les villes et les campagnes. Elles apportaient à la révolution un moyen populaire et efficace d’échange et de distribution, ainsi qu’une aide d’une valeur incalculable pour reconstruire la Russie. Les bolcheviks les ont transformées en rouages de la machine gouvernementale et elles ont donc perdu à la fois leur utilité et leur efficacité.

A suivre…

 

Lectures complémentaires:

Sutton_Le_meilleur_ennemi_quon_puisse_acheter

Sutton_Wall-Street_et_la_Révolution_Bolchévique

Manifeste pour la Société des Sociétés

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

Que faire ?

L’anarchie pour la jeunesse

Errico_Malatesta_écrits_choisis

la-sixta

petit_precis_sur_la_societe_et_letat

Appel au Socialisme Gustav Landauer

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Changement de paradigme… Un regard anarchiste sur la vie avec Emma Goldman

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 6 juin 2018 by Résistance 71

Un regard anarchiste sur la vie

 

Emma Goldman

 

Discours donné lors du 29ème déjeuner littéraire de Foyles à Londres le 1er mars 1933

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, le sujet ce midi est « Une vision anarchiste de la vie. » Je ne peux pas parler pour mes camarades anarchistes, mais, en mon nom, je veux vous dire que j’ai été occupée si intensément à vivre ma vie que je n’ai pas eu un moment pour y réfléchir. Je sais que vient pour tout le monde un moment où, forcément, nous sommes obligés de nous asseoir et de regarder notre vie. Ce moment est celui du vieil âge et de la sagesse, mais n’étant jamais devenue sage, je n’espère pas atteindre un jour ce moment-là. La plupart des gens qui regardent leur vie ne l’ont jamais vécue. Ce qu’ils regardent n’est pas la vie mais seulement son ombre. Ne leur a t-on pas appris que la vie était une malédiction que leur a imposé un Dieu incompétent, qui les a fait à son image? Par conséquent, la plupart des gens considèrent la vie comme un tremplin vers un paradis dans l’au-delà. Ils n’osent pas vivre leur vie, ou tirer l’essence vivante de la vie, telle qu’elle se présente à eux. Ils considèrent cela comme risqué; cela signifie abandonner leurs petits biens matériels. Cela signifie aller contre « l’opinion publique », les lois et les règles d’un pays. Il existe peu de gens qui ont l’audace et le courage de renoncer à ce qui leur serre le cœur. Ils craignent que leurs bénéfices éventuels n’équivalent pas à ce qu’ils abandonneront. En ce qui me concerne, je peux dire que je suis comme Topsy. Je ne suis pas née ni ait été élevée — J’ai « grandi ». J’ai grandi avec la vie, la vie dans tous ses aspects, avec ses hauts et ses bas. Le prix à payer a été élevé, bien sûr, mais si je devais le payer à nouveau, je le ferai avec joie, car tant que vous ne voulez pas payer le prix, tant que vous ne voulez pas vous retrouvez au plus bas, vous ne pourrez jamais remonter jusqu’aux sommets.

Naturellement, la vie se présente sous différentes formes à différents âges. Entre huit et douze ans, je rêvais de devenir Judith. Je désirais ardemment venger les souffrances de mon peuple, les juifs, couper la tête des leurs Holophernes. Quand j’ai eu quatorze ans, je voulais étudier la médecine, pour pouvoir aider mes semblables. A quinze ans, je souffrais d’un amour non réciproque et je voulais me suicider d’une manière romantique en buvant du vinaigre. Je pensais que cela me donnerais un air éthéré et intéressant, très pâle et poétique lorsque je serai dans ma tombe, mais à seize ans, je me suis décidée pour une mort plus exaltante. Je voulais danser jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Puis vînt l’Amérique, l’Amérique avec ses immenses usines, pédaler sur une machine à coudre pendant dix heures par jours pour deux dollars cinquante la semaine. Et le grand événement de ma vie, qui m’a fait telle que je suis. Ce fut la tragédie de Chicago, en 1887, lorsque cinq des hommes les plus nobles furent assassinés légalement par l’état de l’Illinois. C’étaient les célèbres anarchistes américains — Albert Parsons, Spies, Fischer, Engels et Lingg, assassinés légalement le 11 novembre 1887. Le courageux jeune Lingg a échappé à ses bourreaux, préférant se donner la mort lui-même, pendant que trois autres de leurs camarades — Neebe, Fielden et Schwab — étaient condamnés à la prison. La mort de ces martyrs à Chicago constitua ma naissance spirituelle : leur idéal devint le but de toute ma vie.

J’ai conscience que la plupart d’entre vous a une conception inexacte, très curieuse et, en général, fausse de l’anarchisme. Je ne vous le reproche pas. Vous êtes informés par la presse quotidienne. Mais c’est le dernier endroit sur terre pour chercher la vérité. L’anarchisme, pour les grands éducateurs et guides des aspects spirituels de la vie, n’était pas un dogme, pas quelque chose qui draine le sang du cœur et transforme les gens en fanatiques, dictateurs ou raseurs invivables. L’anarchisme est un élément déclencheur et une force libératrice car elle apprend aux gens à avoir confiance en leurs propres possibilités, leur enseigne la foi dans la liberté, et encourage les hommes et les femmes à lutter pour un état de vie sociale où tout le monde vivra libres et en sécurité. Il n’existe ni liberté, ni sécurité dans le monde aujourd’hui: que l’on soit riche ou pauvre, que sa situation soit élevée ou inférieure, personne n’est en sécurité tant qu’il existe un seul esclave dans le monde. Personne n’est en sécurité tant qu’il doit obéir aux ordres, aux caprices ou aux volontés de quelqu’un d’autre qui possède le pouvoir de le punir, de l’envoyer en prison, de prendre sa vie, ou de lui dicter les conditions de son existence, du berceau jusqu’à la tombe.

Ce n’est pas seulement par amour du prochain — mais pour leur propre bien que les gens doivent apprendre le sens et la signification de l’anarchisme et il ne leur faudra pas longtemps pour apprécier l’importance et la beauté de cette philosophie.

L’anarchisme refuse toute tentative d’un groupe d’hommes ou d’un individu de disposer de la vie des autres. Il repose sur la foi en l’humanité et dans ses capacités, alors que les autres philosophies sociales n’ont pas cette foi. Elles insistent sur le fait que les hommes ne peuvent pas se gouverner eux-mêmes et qu’ils doivent être dirigés. Aujourd’hui, la plupart des gens pensent que plus le gouvernement est fort, plus grandes seront les avancées sociales. Il s’agit de la vieille croyance dans le fouet. Plus il sera utilisé avec l’enfant et plus il atteindra pleinement sa condition d’homme ou de femmes. Nous nous sommes émancipés de ces stupidités. Nous avons fini par comprendre que l’éducation ne consistait pas à maltraiter, paralyser, déformer ou rabattre les jeunes pousses. Nous avons appris que la liberté au cours de l’évolution de l’enfant garantit de meilleurs résultats, à la fois pour lui-même et pour la société.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce qu’est l’anarchisme. Plus grandes sera la liberté et les opportunités pour chaque membre de la société, plus l’individu s’améliorera et mieux ce sera pour la société avec une vie collective plus créative et constructive. Voilà brièvement l’idéal auquel j’ai consacré ma vie.

L’anarchisme n’est pas une théorie toute faite. C’est un esprit vital qui englobe toute la vie. Par conséquent, je ne m’adresse pas seulement à quelques éléments particuliers de la société: Je ne m’adresse pas seulement aux ouvriers. Je m’adresse aussi aux classes supérieures parce qu’en réalité, elles ont besoin d’éducation davantage encore que les ouvriers. La vie éduque d’elle-même les masses et est un professeur strict et efficace. Malheureusement, elle n’enseigne rien à ceux qui se considèrent comme les privilégiés sociaux, les mieux éduqués, les supérieurs. J’ai toujours considéré que toute forme d’instruction et d’information qui aident à élargir l’horizon mental des hommes et des femmes est des plus utiles et devait être employé. Car, en dernière analyse, la grande aventure — c’est à dire la liberté, la réelle inspiration de tous les idéalistes, les poètes, les artistes — est la seule aventure humaine qui vaut la peine de lutter et d’être vécue.

Je ne sais pas combien d’entre vous ont lu le merveilleux poème en prose de Gorki, Le Serpent et le Faucon. Le serpent ne peut pas comprendre le faucon. Le serpent demanda :

«Pourquoi ne te reposes tu pas un peu ici dans le noir, dans la belle et glissante humidité? Pourquoi voler dans le ciel? Ne connais-tu pas les dangers qui t’y guettent, la violence et la tempête qui t’y attendent et le pistolet du chasseur qui t’y abat? »

Mais le faucon ne lui prêta pas attention. Il déploya ses ailes et se mit à voler; Son chant triomphal s’entendit et fît écho dans le ciel.

Un jour, le faucon fût abattu, le sang coulait de son cœur, puis le serpent dit :

« Idiot, je t’avais prévenu, je t’ai dit de rester là où tu étais, dans l’obscurité, dans la belle humidité, la chaleur, où personne ne pouvait te trouver ni te blesser… »

Pourtant, dans son dernier souffle, le faucon lui répondit:

« J’ai volé, j’ai gravi jusqu’à des altitudes immenses, je l’ai vu la lumière, j’ai vécu, j’ai vécu!»

 

 

Politique, État et société: le marxisme contre la révolution russe (Emma Goldman)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 27 novembre 2017 by Résistance 71

Un texte de plus pour comprendre qu’il n’y a pas de solutions au sein du système, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il n’y en aura jamais…

Solution ? Petit précis ici:  Manifeste de la societe des societes

~ Résistance 71 ~

 

Le désillusionnement d’Emma Goldman avec le marxisme-léninisme (bolchévisme) et non pas la révolution russe

Le marxisme contre la révolution russe

 

Emma Goldman (1924)

 

Novembre 2017

 

Source:

https://robertgraham.wordpress.com/2017/11/18/emma-goldmans-disillusionment-with-marxism-leninism-not-the-russian-revolution/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les critiques socialistes non bolchéviques (NdT: non marxiste-léniniste) de l’échec russe soutienne que la révolution n’aurait pas pu être un succès en Russie parce que les conditions industrielles n’avaient pas encore atteint le niveau supérieur nécessaire dans ce pays. Ils pointent vers Marx qui enseigna que la révolution sociale n’est possible que dans des pays ayant un haut système industriel couplé avec ses antagonismes sociaux attenants. Ils affirment donc que la révolution russe ne pouvait pas être une révolution sociale et qu’historiquement, elle devait évoluer le long de lignes constitutionnelles et démocratiques, complétées par une industrie croissante afin que le pays soit mûr pour un changement de base.

Cette vue marxienne orthodoxe ne tient pas compte d’un facteur, un facteur peut-être le plus vital à la possibilité de succès d’une révolution sociale, plus vital que l’élément industriel: celui de la psychologie des masses à une époque donnée. Pourquoi n’y a t’il pas par exemple, de révolution sociale aux Etats-Unis, en France ou même en Allemagne ? Ces pays ont certainement atteint le point culminant industriel établi par Marx. (NdT: en fait non, Goldman se trompe ici, le point culminant n’était pas atteint, la marchandise n’avait pas encore atteint le stade ultime de sa tyrannie… Comparons simplement avec aujourd’hui, nous en sommes bien plus proche, un siècle plus tard…) La vérité est que le développement industriel et les grands contrastes sociaux ne sont pas en eux-mêmes des moyens suffisants pour donner naissance à une nouvelle société ou appeler à une révolution. La conscience sociale nécessaire, la psychologie de masse requise manquent à l’appel dans des pays comme les Etats-Unis et autres cités. Cela explique pourquoi aucune révolution sociale ne s’y est tenue.

A cet égard, La Russie avait l’avantage sur d’autres terres plus industrialisées, plus “civilisées”. Il est vrai que la Russie n’était pas aussi industriellement avancée que ses voisins européens. Mais la psychologie des masses russes, inspirée et intensifiée par la révolution de février (1917) mûrissait à une telle vitesse qu’en quelques mois, le peuple fut prêt pour des slogans ultra-révolutionnaires tels que “Tout le pouvoir aux Soviets” et “La terre aux paysans, les usines aux ouvriers”.

La signification de ces slogans ne doit pas être sous-estimée. Exprimant de manière large la volonté instinctive et semi-consciente des gens, ils signifiaient pourtant la réorganisation sociale, économique, politique et industrielle de la Russie. Quel pays en Europe ou aux Amériques est préparé à interprété de tels slogans révolutionnaires pour les mettre en pratique dans la vie de tous les jours ? Pourtant en Russie, aux mois de juin et juillet 1917, ces slogans sont devenus populaires et de manière enthousiaste, active, mis en avant sous la forme de l’action directe, par la masse de la population agraire et industrielle de plus de 150 millions de personnes. Ceci fut la preuve suffisante pour dire que le peuple russe était “mûr” pour la révolution social.

Quant à la “préparation économique” dans le sens marxien, on ne doit pas oublier que la Russie est un pays essentiellement agraire. Le diktat de Marx présuppose l’industrialisation de la population paysanne dans tous les pays développés, comme une étape de santé sociale pour la révolution. Mais les évènements en Russie de 1917 ont démontré que la révolution n’attend pas ce processus d’industrialisation et, ce qui est le plus important, ne peut pas attendre. Les paysans russes ont commencé à exproprier les grands propriétaires terriens et les ouvriers ont commencé à prendre possession des usines sans attendre, sans avoir connaissance du diktat de Marx. Cette action populaire, par la vertu de sa propre logique interne, a poussé la révolution sociale en Russie, renversant tous les calculs marxiens. La psychologie slave a prouvé être plus forte que les théories socio-démocrates.

Cette psychologie a impliqué ce désir passionné de liberté entretenu par un siècle d’agitation révolutionnaire parmi toutes les classes de la société. Le peuple russe était heureusement demeuré politiquement non-sophistiqué et vierge de la corruption et de la confusion créées au sein du prolétariat des autres pays par la liberté “démocratique” et l’auto-gouvernement. Les Russes restèrent en ce sens, naturels et simples, étrangers aux subtilité de la politique politicienne, aux tricheries parlementaires et au bidouillage légal. D’un autre coté, son sens primordial de la justice et du droit était fort et vital, sans cette finesse de la désintégration de la pseudo-civilisation. Le peuple savait ce qu’il voulait et il n’a pas attendu “l’inéluctable raison historique” pour le faire: il a employé l’action directe. Pour lui, la révolution était un fait de la vie et non pas une théorie à discuter.

Ainsi la révolution sociale se produisit en Russie et ce malgré le retard industriel du pays. Mais faire la révolution n’était pas suffisant. Il était nécessaire qu’elle progresse et s’élargisse, qu’elle se développe en une reconstruction socio-économique. Cette phase de la révolution nécessitait la participation pleine de l’initiative personnelle et de l’effort collectif. Le développement et le succès de la révolution dépendaient du plus large exercice du génie créateur du peuple, sur la coopération du prolétariat intellectuel et manuel. L’intérêt commun est le leitmotiv de toute destinée révolutionnaire, spécifiquement dans son côté constructif. Cet esprit de but mutuel et de solidarité souffla sur la Russie en cette puissante vague dès les premiers jours d’octobre/novembre 1917. Inhérent à cet enthousiasme furent les forces qui auraient pu déplacer des montagnes si elles avaient été guidées par la considération exclusive du bien-être de tout un peuple. L’environnement pour une telle efficacité était possible: les organisations du travail et les coopératives agricoles qui abondaient en Russie et la recouvraient comme un réseau de ponts reliant les villes ; les soviets qui devinrent actifs et efficaces aux besoins du peuple russe et finalement, l’intelligentsia dont les traditions depuis un siècle exprimaient la dévotion héroïque à la cause de l’émancipation de la Russie.

Mais un tel développement n’était en aucun cas au programme des bolchéviques. Depuis plusieurs après Octobre, ils endurèrent la manifestation des forces populaires, de ce peuple qui portait la révolution dans des endroits toujours plus élargis. Mais dès que le parti communiste se sentit suffisamment fort sur la selle gouvernementale, il commença à limiter le champ d’action populaire. Toutes les actions bolchéviques qui s’en suivirent, toutes leurs politiques subséquentes, changements de politique, leurs compromis, leurs retraites et traîtrises, leurs méthodes de suppression et d’oppression, de persécution, leur terrorisme et l’extermination des autres idées politiques, ne furent que les moyens justifiés par la fin: la rétention du pouvoir d’état aux mains du parti communiste. En fait, les bolchéviques eux-mêmes, en Russie, n’en firent pas un secret. Le parti communiste dirent-ils, est l’avant-garde du prolétariat et la dictature doit rester entre ses mains. Hélas, les bolchéviques ne tinrent pas compte de leur hôte, sans la paysannerie que ni la razvyoriska, la Tchéka, ni les massacres, ne purent persuader de soutenir le régime bolchévique, la paysannerie est devenue la pierre sur laquelle les meilleurs plans de Lénine furent fracassés. Mais Lénine, agile acrobate, était performant dans l’action à marge de sécurité minimum. La “nouvelle politique économique” ou NEP fut introduite juste à temps pour éviter le désastre qui doucement mais sûrement, minait l’édifice communiste complet.

(NdT: La NEP fut une mesure de capitalisme d’état avec laquelle Lénine et Trotsky remplissaient leur part du contrat passé avec la City de Londres et sa succursale de Wall Street, faire de la future URSS un marché captif pour les financiers et industriels de l’empire qui émergera de la première guerre mondiale: l7empire anglo-américain)

Résistance politique: L’abécédaire d’Emma Goldman

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Revue Ballast

 

25 novembre 2016

 

Source:
http://www.revue-ballast.fr/labecedaire-demma-goldman/

 

Emma Goldman n’était pas née aux États-Unis mais elle se percevait comme l’un de ses enfants « adoptés » : non pas, confiait-elle, en raison d’une carte d’identité mais d’« un état d’esprit », celui de l’immensité des terres et d’un certain souci de la liberté. À l’heure où un milliardaire nationaliste s’apprête à fanfaronner dans les bureaux de la Maison Blanche, (re)plongeons-nous dans l’œuvre-vie de cette militante née en Lituanie en 1869 : anarchiste, communiste et féministe, amatrice de danse et de théâtre, elle fut incarcérée pour s’être levée contre la Première Guerre mondiale et avoir défendu le droit des femmes à la contraception. Exilée en Russie, elle se sépara des bolcheviks qu’elle avait initialement soutenus et partit appuyer les libertaires en Espagne, contre Franco. Celle que les services secrets nord-américains tenaient pour l’une des voix les plus « dangereuses » mourut d’un accident vasculaire cérébral à Toronto, en 1940, après avoir dénoncé le Pacte germano-soviétique… Une vie, disait-elle, « de désespoir noir et de fervent espoir » — l’un de ses amis salua, sur sa tombe, celle qui se battit sans relâche, en tant qu’ouvrière, infirmière, essayiste et activiste, pour « un monde sans guerre, un monde sans pauvreté, un monde d’espoir et de fraternité humaine ».

Amour libre : « S’il était possible d’autopsier l’essentiel des cas de jalousie, il apparaîtrait probablement que moins les protagonistes sont animés par un grand amour, plus leur jalousie est violente et déterminée. Deux personnes liées par l’unité et par une harmonie relationnelle ne craignent pas de réduire leur confiance mutuelle et leur sécurité si l’un d’entre eux éprouve de l’attraction pour un autre. »
(« Jealousy: Causes and a Possible Cure », 1912)

Berceau : « La France est le berceau de l’anarchie. C’est à ses fils les plus brillants que nous en devons la paternité, notamment au plus grand de tous, Proudhon. Ils ont livré pour leur idéal une bataille exténuante, ont encouru les persécutions, l’emprisonnement, parfois au prix de leur propre vie. Pas en vain. »
(Living my Life, 1932)

Communisme libertaire : « Le communisme est nécessairement libertaire. Anarchiste. »
(« Le communisme n’existe pas en URSS », avril 1935)

De la fin et des moyens : « On ne soulignera jamais assez que la révolution ne sert à rien si elle n’est pas inspirée par son idéal ultime. Les méthodes révolutionnaires doivent être en harmonie avec les objectifs révolutionnaires. Les moyens utilisés pour approfondir la révolution doivent correspondre à ses buts. En d’autres termes, les valeurs éthiques que la révolution infusera dans la nouvelle société doivent être disséminées par les activités révolutionnaires de la “période de transition”. Cette dernière peut faciliter le passage à une vie meilleure mais seulement à condition qu’elle soit construite avec les mêmes matériaux que la nouvelle vie que l’on veut construire. La révolution est le miroir des jours qui suivent ; elle est l’enfant qui annonce l’Homme de demain. » (Postface à My Disillusionment in Russia, 1923)

État : « Hommes et femmes, savez-vous que l’État est votre pire ennemi ? C’est une machine qui vous écrase pour mieux soutenir vos maîtres, ceux que l’on nomme la classe dirigeante. Et comme des enfants naïfs, vous vous en remettez à vos leaders politiques. Avec votre complicité, ils s’emparent de votre confiance, mais c’est pour la vendre au plus offrant. »
(Living my Life, 1932)

Force collective : « Le savant, l’ingénieur, le spécialiste, le chercheur, l’enseignant et l’artiste créateur, tout comme le menuisier, le machiniste, et tous les autres travailleurs font intégralement partie de la force collective qui permettra à la révolution de construire le nouvel édifice social. Elle n’emploiera pas la haine, mais l’unité ; pas l’hostilité, mais la camaraderie ; pas le peloton d’exécution, mais la sympathie — telles sont les leçons à tirer du grand échec russe pour l’intelligentsia comme pour les ouvriers. »
(Postface à My Disillusionment in Russia, 1923)

Geôle : « Plus que tout autre chose, la prison fut une véritable école de la vie. Une école douloureuse, mais combien précieuse ! C’est là que je découvris les profondeurs et les complexités de l’âme humaine, là que je compris le sens des mots laideur et beauté, mesquinerie et générosité. J’y appris à regarder la vie avec mes propres yeux […]. »
(Living my Life, 1932)

Homosexualité : « Le [sujet] le plus tabou de notre société : l’homosexualité. Cependant la censure vint de mes propres rangs parce que je traitais de sujets aussi “peu naturels” que l’homosexualité. L’anarchisme était suffisamment calomnié, et on accusait déjà les militants de dépravation […]. Moi, je croyais à la liberté d’expression, et la censure dans mon camp avait sur moi le même effet que la répression policière. Elle me renforçait dans ma volonté de défendre ceux qui sont victimes d’injustice sociale comme ceux qui sont victimes de préjugés puritains. »
(Living my Life, 1932)

Interruption volontaire de grossesse : « Ces accouchements me rendaient malade et me désespéraient : lorsque j’en revenais, je haïssais les hommes, que je tenais pour responsables des conditions effrayantes dans lesquelles vivaient ces femmes et ces enfants. Et je me haïssais encore plus de ne pas voir comment les secourir. […] Une vie non désirée que l’on maintient dans une pauvreté abjecte ne m’a jamais paru “sacrée”. »
(Living my Life, 1932)

Journalisme : « Le grand problème avec les journalistes est que, généralement, ils ignorent les événements courants ou que, manquant d’honnêteté, ils ne les évoquent jamais. »
(« Le patriotisme, une menace contre la liberté », 1911)

Kropotkine : « [Il] montre que dans le règne animal aussi bien que dans la société humaine, la coopération — par opposition aux luttes intestines — œuvre dans le sens de la survivance et de l’évolution des espèces. […] Pierre Kropotkine a montré les résultats fantastiques qu’on peut attendre lorsque cette force qu’est l’individualité humaine œuvre en coopération avec d’autres. »
(« L’individu, la société et l’État », 1940)

Libertaires russes : « La plupart des anarchistes russes eux-mêmes se trouvaient malheureusement englués dans de tout petits groupes et des combats individuels, plutôt que dans un grand mouvement social et collectif. Un historien impartial admettra certainement un jour que les anarchistes ont joué un rôle très important dans la révolution russe — un rôle beaucoup plus significatif et fécond que leur nombre relativement limité pouvait le faire croire. Cependant, l’honnêteté et la sincérité m’obligent à reconnaître que leur travail aurait été d’une valeur pratique infiniment plus grande s’ils avaient été mieux organisés […]. » (Postface à My Disillusionment in Russia, 1923)

Mouvement : « Une cause qui défendait un si bel idéal, qui luttait pour l’anarchie, la libération et la liberté, contre les idées reçues et les préjugés, une telle cause ne pouvait exiger que l’on renonce à la vie et à la joie. Je précisai que la Cause ne pouvait espérer que je devienne une nonne, ni que le Mouvement se transforme en cloître. »
(Living my Life, 1932)

Nietzsche : « Avec lui, j’atteignis des hauteurs auxquelles je n’avais pas rêvé jusque-là. Ce langage incantatoire, cette beauté visionnaire me donnaient envie de dévorer chaque ligne de ses écrits : mais j’étais trop pauvre pour les acheter. »
(Living my Life, 1932)

Oppression des femmes : « [La femme] devrait être son égale [à l’homme] face au monde, comme elle l’est dans la réalité. Elle est aussi capable que lui, mais quand elle travaille elle est moins payée. Pourquoi ? Parce qu’elle porte des jupes au lieu de pantalons. […] La femme, au lieu d’être considérée comme la reine de la maison selon les livres classiques, est en fait la servante, la maîtresse et l’esclave du mari et des enfants. Elle perd totalement sa propre individualité, elle perd même son nom qu’elle n’est pas autorisée à conserver. »
(Interview publiée dans le Sunday Magazine Post Dispatch de Saint Louis, le 24 octobre 1897)

Prostitution : « Ce système qui force les femmes à vendre leur féminité et leur indépendance au plus offrant n’est qu’une ramification du même système infernal qui permet à quelques uns de vivre sur les richesses produites par leurs semblables, dont 99 % doivent travailler et se réduire en esclavage du matin au soir pour un salaire à peine suffisant à leur survie, cependant que les fruits de leur travail sont absorbés par une minorité de vampires désœuvrés qui vivent entourés de tout ce que le monde compte de plus luxueux. »
(« L’anarchisme et la question sexuelle », 27 septembre 1896)

Question religieuse : « J’étais de religion juive quand j’étais enfant — vous savez, je suis juive —, mais maintenant je suis athée. Personne n’a été capable de prouver ni les origines de la Bible, ni l’existence d’un dieu selon mon opinion. Je ne crois pas dans un au-delà à l’exception de l’au-delà qui est trouvé dans la matière physique qui existe dans le corps humain. Je pense que les vies existent dans d’autres formes ; et je ne pense pas que ce qui a été créé peut être perdu ; cela continue encore et à nouveau sous une forme ou une autre. L’âme n’existe pas ; tout est dans la matière physique. »
(Interview publiée dans le Sunday Magazine Post Dispatch de Saint Louis, le 24 octobre 1897)

Révolution : « Les valeurs humaines sont encore plus importantes parce qu’elles fondent toutes les valeurs sociales. Nos institutions et nos conditions sociales reposent sur des idées profondément ancrées. Si l’on change ces conditions sans toucher aux idées et valeurs sous-jacentes, il ne s’agira alors que d’une transformation superficielle, qui ne peut être durable ni amener une amélioration réelle. […] Le but ultime de tout changement social révolutionnaire est d’établir le caractère sacré de la vie humaine, la dignité de l’homme, le droit de chaque être humain à la liberté et au bien-être. Si tel n’est pas l’objectif essentiel de la révolution, alors les changements sociaux violents n’ont aucune justification. »
(Postface à My Disillusionment in Russia, 1923)

Sionisme : « Je m’oppose depuis de nombreuses années au sionisme, qui n’est que le rêve des capitalistes juifs dans le monde entier de créer un État juif avec tous ses accessoires : gouvernement, lois, police, militarisme, etc. En d’autre termes, ils veulent créer une machine étatique juive pour protéger les privilèges d’une minorité contre une majorité. » 
(Lettre à l’éditeur de Spain and the World, 26 août 1938)

Travail : « Le cerveau et le muscle sont indispensables pour régénérer la société. Le travail intellectuel et le travail manuel coopèrent étroitement dans le corps social, comme le cerveau et la main dans le corps humain. L’un ne peut fonctionner sans l’autre. Il est vrai que la plupart des intellectuels se considèrent comme une classe à part, supérieure aux ouvriers, mais partout les conditions sociales minent rapidement le piédestal de l’intelligentsia. Les intellectuels sont forcés d’admettre qu’eux aussi sont des prolétaires […]. »
(Postface à My Disillusionment in Russia, 1923)

URSS : « Il est désormais clair pourquoi la révolution russe, dirigée par le Parti communiste, a échoué. Le pouvoir politique du Parti, organisé et centralisé dans l’État, a cherché à se maintenir par tous les moyens à sa disposition. Les autorités centrales ont essayé de canaliser de force les activités du peuple dans des formes correspondant aux objectifs du Parti. […] La révolution russe reflète, à une petite échelle, la lutte séculaire entre le principe libertaire et le principe autoritaire. »
(Postface à My Disillusionment in Russia, 1923

Violence : « Je n’ai jamais nié que la violence est inévitable […]. Néanmoins, c’est une chose d’employer la violence dans le combat, comme moyen de défense. C’est tout à fait autre chose d’en faire un principe de terreur, de l’institutionnaliser, de l’assigner à la place la plus essentielle de la lutte sociale. Un tel terrorisme engendre la contre-révolution et, à son tour, il devient lui-même contre-révolutionnaire. »
(Préface à My Disillusionment in Russia, 1922)

WWI : « Les masses européennes qui se battent dans les tranchées et sur les champs de bataille ne sont pas motivées par un désir profond de faire la guerre ; ce qui les a poussées sur les champs de bataille, c’est la compétition impitoyable entre d’infimes minorités de profiteurs soucieux de développer les équipements militaires, des armées plus efficaces, des bateaux de guerre plus grands, des canons de plus longue portée. On ne peut construire une armée puis la ranger dans une boîte comme on le fait avec des soldats de plomb. »
(« La préparation militaire nous conduit tout droit au massacre universel », 10 décembre 2015)

Xénophobie : « L’Amérique est essentiellement un melting-pot. Dans ce pays, aucun groupe national ne peut se vanter d’appartenir à une race pure et supérieure, d’être détenteur d’une mission historique particulière ou d’une culture plus spirituelle. Et pourtant les chauvins et les spéculateurs bellicistes n’arrêtent pas d’ânonner les slogans sentimentaux du nationalisme hypocrite : “L’Amérique aux Américains”, “L’Amérique d’abord, avant tout et toujours”. »
(« La préparation militaire nous conduit tout droit au massacre universel », 10 décembre 2015)

Yachting : « Regardez les soirées et les dîners des enfants de ces bourgeois, dont un seul plat aurait suffi à nourrir des centaines d’affamés pour qui un repas d’eau et de pain est un luxe. Regardez ces fanatiques de la mode passer leur temps à inventer de nouveaux moyens de s’amuser : sorties au théâtre, bals, concerts, yachting, courant d’une partie à l’autre du globe dans une recherche folle de gaieté et plaisirs. Et alors tournez vous un moment et regardez ceux qui produisent la richesse qui paie ces divertissement excessifs et artificiels. »
(« L’Anarchisme et la question sexuelle », 1896)

Zénith : « Le capitalisme a atteint son zénith le plus éhonté. Eussent les travailleurs la possibilité d’avoir leurs propres représentants — ce que réclament à corps et à cris nos bons politiciens socialistes —, qu’en est-il de leur honnêteté et de leur bonne foi ? Il faut garder à l’esprit que le chemin politicien des bonnes intentions est pavé de pièges : on y trouve toutes formes de manigances possibles et imaginables — grâce auxquelles l’aspirant politicien peut atteindre le succès. »
(« Ce que signifie l’anarchisme », 1917)

Jo de JBL1960 en a fait un super pdf, voir ici

 

Réflexion participative sur le 1er Mai…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 3 mai 2015 by Résistance 71

Nous avons traduit ce petit texte court et percutant (a t’elle écrit des textes non percutants ?…) d’Emma Goldman, qui est la retranscription d’une annonce qu’elle fit publiquement à Toronto en 1939. Comme le plus souvent, ce type de texte est toujours d’une actualité brûlante, néanmoins certaines choses essentielles ont changé depuis. Nous lançons ici une petite expérience pédagogique participative: Qu’est-ce qui a changé depuis 1939 et ce texte de Goldman ? Comment (ré)agir aujourd’hui ? Merci de commenter là-dessus en essayant de rester le plus bref possible afin d’encourager lecture et participation. Merci.

— Résistance 71 —

 

1er Mai 1939

 

Emma Goldman, Toronto 1939

 

Source: http://robertgraham.wordpress.com/2015/05/02/emma-goldman-on-may-day/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Une fois de plus nous célébrons le premier jour du mois de Mai, marchant dans les rues, chantant, écoutant les beaux discours des politiciens et des leaders ouvriers. Mais tout cela est-il le but de 1er Mai ?

On nous dit qu’ici, au Canada, la prospérité est de retour. Les barons de l’industrie engrangent des millions de dollars de la sueur et du labeur des travailleurs canadiens.

Oui, nos maîtres vont nous accorder des “droits démocratiques” lorsque vient le jour des élections. Ils savent très bien que tant que nous utilisons notre “puissant” papelard dans les urnes, rien ne viendra menacer leurs privilèges. Mais quand nous utilisons l’action directe, votre force collective, faisons la grève pour de plus hauts salaires, alors nos patrons nous disent que nous avons outrepassé nos “droits démocratiques”.

Notre force réside dans le domaine économique, dans les usines, dans les ateliers, dans les mines et non pas dans les lobbies du parlement ou sur les marches des mairies. Ainsi, compagnons travailleurs, marquons ce premier jour de Mai de la compréhension que l’organisation dans le champ économique est notre seule arme vraiment effective contre la guerre et son créateur qu’est l’État, contre le capitalisme et son rejetons le fascisme.”