Archive pour élisée reclus « évolution et révolution »

Le monde d’après est fait de (r)évolution… Un avant-goût avec Élisée Reclus

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, militantisme alternatif, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 29 mai 2020 by Résistance 71

 

 

Résistance 71

 

29 mai 2020

 

Nous publions ci-dessous un des textes essentiels anarchistes d’Elisée Reclus « Évolution et révolution », que Jo a mis en format PDF. D’autres textes de ce géographe prolifique, grand ami de Bakounine, Kropotkine et bien d’autres suivront dans les semaines à venir.

A lire et diffuser sans aucune modération, car nous devons préparer la suite du marasme en marche sachant qu’il n’y a pas de solution au sein du système et qu’il ne saurait y en avoir. Qu’on se le dise !

 

Elisee_Reclus_Evolution_et_Revolution (PDF)

 


Elisee_Reclus_textes_choisis (PDF)

Changement de paradigme: Lois naturelles, histoire, évolution et révolution (Élisée Reclus)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 15 août 2016 by Résistance 71

Évolution et révolution (extraits)

 

Élisée Reclus

 

Ce texte est un discours prononcé par Reclus à Genève en 1880. Il servira de base structurelle à l’écriture de son ouvrage “Évolution, révolution et l’idéal anarchique” qu’il publiera plus tard en 1891

 

Extraits compilés par Résistance 71

 

Août 2016

 

L’évolution est le mouvement infini de tout ce qui existe, la transformation incessante de l’univers et de toutes ses parties depuis les origines éternelles en pendant l’infini des âges.

[…] En comparaison de ce fait primordial de l’évolution et de la vie universelle, que sont tous ces petits évènements que nous appelons des révolutions, astronomiques, géologiques ou politiques ? Des vibrations presque insensibles des apparences pourrait-on dire. C’est par myriades et par myriades que les révolutions se succèdent dans l’évolution universelle ; mais si minimes qu’elles soient, elles font partie de ce mouvement infini.

[…] pour l’homme repu, tout le monde a bien dîné. Quant à l’égoïste que la société n’a pas richement doté dès son berceau, du moins peut-il espérer conquérir sa place par l’intrigue ou la flatterie, par un heureux coup du sort ou même par un travail acharné mis au service des puissants. Comment s’agirait-il pour lui d’évolution sociale ? Evoluer vers la fortune est sa seule ambition !

Mais il est cependant des timorés qui croient honnêtement à l’évolution des idées et qui néanmoins, par un sentiment de peur instinctive, veulent éviter toute révolution. Ils l’évoquent et la conjurent en même temps: ils critiquent la société présente et rêvent de la société future avec une vague espérance qu’elle apparaîtra soudain, par une sorte de miracle, sans que le craquement de la rupture se produise entre le monde passé et le monde futur. Êtres incomplets, ils n’ont que le désir sans avoir la pensée ; ils imaginent mais ne savent point vouloir. Appartenant aux deux mondes à la fois, ils sont fatalement condamnés à les trahir l’un et l’autre.

[…] L’évolution embrasse l’ensemble des choses humaines et la révolution doit l’embrasser aussi, bien qu’il n’y ait pas toujours un parallélisme évident dans les évènements partiels dont se compose l’ensemble du mouvement. Tous les progrès sont solidaires et nous les désirons tous dans la mesure de nos connaissances et de notre force: progrès sociaux et politiques, moraux et matériels, de science, d’art et d’industrie.

[…] On peut ainsi dire que l’évolution et la révolution sont les deux actes successifs d’un même phénomène, l’évolution précédant la révolution et celle-ci précédant une évolution nouvelle, mère de révolutions futures. Un changement peut-il se faire sans amener de soudains déplacements d’équilibre dans la vie ? La révolution ne doit-elle pas nécessairement succéder à l’évolution, de même que l’acte succède à la volonté d’agir ? L’un et l’autre ne diffère que par l’époque de leur apparition.

Qu’un éboulis barre une rivière, les eaux s’ammassent peu à peu au dessus de l’obstacle, un lac se formera par une lente évolution, puis tout à coup une infiltration se produira dans la digue aval, la chute d’un caillou décidera du cataclysme, l’obstacle sera violemment emporté et le lac vidé redeviendra rivière: ainsi aura lieu une petite révolution terrestre.

Si la révolution est toujours en retard sur l’évolution, la cause en est à la résistance des milieux.

[…] Et l’enfant comment naît-il ? Après avoir séjourné neuf mois dans les ténèbres du ventre maternel, c’est aussi avec violence qu’il s’échappe en déchirant son enveloppe et parfois même en tuant la mère dans le processus. Telles sont les révolutions, conséquences forcées des évolutions qui les ont précédées.

Toutefois, les révolutions ne sont pas nécessairement un progrès, de même que les évolutions ne sont pas toujours orientées vers la justice. Tout change, tout se meut dans la nature d’un mouvement éternel, mais s’il y a progrès, il peut aussi y avoir recul et si les évolutions tendent vers un accroissement de la vie, il y en a d’autres qui tendent vers la mort. L’arrêt est impossible, il faut se mouvoir dans un sens ou dans l’autre. Ainsi le réactionnaire endurci, le libéral douceâtre poussent des cris d’effroi au mot de révolution, marchant vers une révolution inéluctable, celle de la mort. La maladie, la sénilité, la gangrène sont des évolutions au même titre que la puberté. L’arrivée des vers dans un cadavre comme le tout premier vagissement de l’enfant indiquent qu’une révolution s’est opérée. La physiologie, l’histoire sont là pour nous montrer qu’il est des évolutions qui s’appellent décadence et des révolutions qui sont la mort.

[…] Cependant il existe une cause majeure, la cause des causes dans laquelle se résume l’histoire de la décadence. Elle réside dans la constitution d’une partie de la société en maîtresse de l’autre partie, dans l’accaparement de la terre, des capitaux, du pouvoir, de l’instruction, des honneurs par quelques-uns ou par une aristocratie. Dès que la foule imbécile n’a plus le ressort de la révolte contre ce monopole d’un petit nombre de personnes, elle est virtuellement morte et sa disparition n’est plus qu’une affaire de peu de temps.

[… En 1789] Une nouvelle classe de jouisseurs avides, enthousiastes, se mit à l’œuvre d’accaparement, la bourgeoisie remplaça la classe usée déjà sceptique et pessimiste de la vieille noblesse et les nouveaux venus se mirent avec une ardeur et une science que n’avaient jameis eus les anciennes classes dirigeantes à exploiter la foule de ceux qui ne possédaient point. C’est au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité que se firent désormais toutes les scélératesses. C’est pour émanciper le monde que Napoléon traînait derrière lui un million d’égorgeurs, c’est pour faire le bonheur de leurs chères patries respectives que les capitalistes constituent ces vastes propriétés, bâtissent de grandes usines, établissent ces puissants monopoles qui recréent sous une forme nouvelle l’esclavage d’autrefois.

[…] Nous verrons s’il en sera toujours ainsi et si le peuple consentira sans cesse à faire la révolution non pour lui, mais pour quelque habile soldat, avocat ou banquier…

[…] Nous arriverons à la paix sociale par l’étude approfondie des lois naturelles et de l’histoire, de tous les préjugés dont nous avons à nous défaire, de tous les éléments hostiles qu’il nous faut écarter, de tous les dangers qui nous menacent, de toutes les ressources dont nous pouvons disposer. Nous avons l’échiquier devant nous, il nous faut gagner la partie.

Quel est d’abord notre objectif révolutionnaire ? Tous, amis, ennemis, savent qu’il ne s’agit plus de petites révolutions partielles, mais bien d’une révolution générale… C’est dans l’ensemble de la société, dans toutes ses manifestations que se prépare le changement.

[…] Que nous faut-il donc pour atteindre le but ? Il faut avant tout nous débarasser de notre ignorance, car l’Homme agit toujours et ce qui lui a manqué jusqu’ici est d’avoir bien dirigé son action.

[…] Nous n’acceptons pas de vérités promulguées: nous la faisons d’abord nôtre par l’étude et par la discussion et nous apprenons à rejeter l’erreur, fût-elle mille fois estampillée et patentée.

[…] Cette terrible loi de Malthus, qui avait été formulée comme une loi mathématique et qui semblait enfermer la société dans les formidables mâchoires de son syllogisme, était acceptée non seulement par les pontifes de la science économique, mais surtout par les victimes de l’économie sociale.

[…] La terre est bien assez vaste pour nous porter tous en son sein, elle est assez riche pour nous faire vivre dans l’aisance. Elle peut donner assez de moissons pour nous donner à tous à manger, elle fait naître assez de plantes fibreuses pour que tous aient à se vêtir ; elles contient assez de pierre et d’argile pour que tous aient une maison, tel est le fait économique dans toute sa simplicité (Note de R71: et ce même aujourd’hui au XXIème siècle, ce n’est pas la production qui a un problème, mais sa gestion !… Nous pourrions nourrir une population mondiale du double d’aujourd’hui en changeant de mode de production et surtout de mode de gestion…)

[…] L’humanité étant assimilée à une grande famille, la faim n’est pas seulement un crime, elle est encore une absurdité, puisque les ressources dépassent deux fois les nécessités de la consommation (Note de R71: plus encore aujourd’hui avec la technologie moderne…). Tout l’art actuel de la répartition, livrée au caprice individuel et à la concurrence effrénée des spéculateurs et des commerçants, consista à faire augmenter les prix, en retirant les produits à ceux qui les auraient pour rien et en les portant à ceux qui les paient cher…

[…] Ainsi en prétendant que le labeur est à l’origine de la fortune, les économistes ont parfaitement conscience qu’ils ne disent pas la vérité. Aussi bien que les socialistes, ils savent que la richesse est le produit non du travail personnel, mais du travail des autres ; ils n’ignorent pas que les coups de bourse et les spéculations, origine des grandes fortunes, n’ont pas plus de rapport avec le travail que n’en ont les exploits de brigands de grands chemins.

[…] C’est une loi de la nature que l’arbre porte son fruit, que tout gouvernement fleurisse et fructifie en caprices, en tyrannie, en usure, en scélératesse, en meurtres et en malheurs.

C’est chimère d’apprendre que l’Anarchie, idéal humain par essence, puisse sortir de la République, forme gouvernementale. Les deux évolutions se font en sens inverse et le changement ne peut s’accomplir que par une brusque rupture, c’est à dire par une révolution… Le pouvoir n’est autre chose que l’emploi de la force. Le premier soin de tous ceux accédant au pouvoir sera de se l’approprier, de consolider même toutes les institutions, qui leur faciliteront le gouvernement de la société.

[…] Ainsi rien, rien de bon ne peut nous venir de la République et des républicains arrivés, c’est à dire détenant le pouvoir. C’est une chimère en histoire, un contre-sens que de l’espérer. La classe qui possède et qui gouverne est fatalement l’ennemie de tout progrès. Le véhicule de la pensée moderne, de l’évolution intellectuelle et morale est la partie de la société qui peine, qui travaille et que l’on opprime.

[…] Il est clair que le monde actuel se divise en deux camps: ceux qui veulent conserver l’inégalité et la pauvreté, c’est à dire l’obéissance et la misère pour les autres, les jouissances et le pouvoir pour eux-mêmes et ceux qui revendiquent pour tous le bien-être et la libre initiative.

[…] Ainsi les grands jours s’annoncent. L’évolution s’est faite, la révolution ne saurait tarder. D’ailleurs ne s’accomplit-elle pas constamment sous nos yeus par multiples secousses ? Plus les travailleurs qui sont le nombre, auront conscience de leur force et plus les révolutions seront faciles et pacifiques. Finalement, toute opposition devra céder et même céder sans lutte. Le jour viendra où l’évolution et la révolution, se succédant immédiatement, du désir au fait, de l’idée à la réalisation, se confondant en un seul et même phénomène. C’est ainsi qe fonctionne la vie dans un organisme sain, celui d’un Homme ou celui d’un monde.