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Géopolitique, impérialisme et islam politique: les Frères Musulmans, la CIA, le MI6, Mossad et tutti quanti (Thierry Meyssan)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 25 juin 2019 by Résistance 71

Excellente enquête de Thierry Meyssan sur cette fabrication et manipulation de la « confrérie des frères musulmans » et du soi-disant « islam politique » inféodé à l’impérialisme occidental post-première guerre mondiale pour maintenir le statu quo oligarchique en place.
Pour mieux comprendre les turpitudes et les salades officielles qu’on nous fait ingurgiter de (moins en moins) force.

~ Résistance 71 ~

 

Les Frères Musulmans en tant qu’assassins

 

Thierry Meyssan

 

21 juin 2019

 

url de l’article original:

https://www.voltairenet.org/article206724.html

 

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, « Sous nos yeux ». Dans cet épisode, il décrit la création d’une société secrète égyptienne, les Frères musulmans, puis sa réactivation après la Seconde Guerre mondiale par les services secrets britanniques. Enfin, l’utilisation de ce groupe par le MI6 pour procéder à des assassinats politiques dans cette ancienne colonie de la Couronne.

Les «  Printemps arabes  », vécus par les Frères musulmans

En 1951, les services secrets anglo-saxons constituèrent, à partir de l’ancienne organisation homonyme, une société secrète politique  : les Frères musulmans. Ils l’utilisèrent successivement pour assassiner des personnalités qui leur résistaient, puis à partir de 1979 comme mercenaires contre les Soviétiques. Au début des années 1990, ils les incorporèrent à l’Otan et dans les années 2010 tentèrent de les porter au pouvoir dans les pays arabes. En définitive, les Frères musulmans et l’Ordre soufi des Naqchbandis furent financés à hauteur de 80 milliards de dollars annuels par la famille régnante saoudienne, ce qui en fait une des armées les plus importantes au monde. La totalité des leaders jihadistes, y compris ceux de Daesh, appartient à ce dispositif militaire.

1— Les Frères musulmans égyptiens

Quatre empires disparaissent durant la Première Guerre mondiale  : le Reich germanique, l’Empire austro-hongrois, la Sainte Russie tsariste, et la Sublime Porte ottomane. Les vainqueurs manquent totalement de mesure en imposant leurs conditions aux vaincus. Ainsi, en Europe, le Traité de Versailles détermine des conditions inacceptables pour l’Allemagne qu’il rend seule responsable du conflit. En Orient, le dépeçage du Califat ottoman se passe mal  : à la conférence de San Remo (1920), conformément aux accords secrets Sykes-Picot-Sazonov (1916), le Royaume-Uni est autorisé à constituer un foyer juif en Palestine, tandis que la France peut coloniser la Syrie (qui incluait à l’époque le Liban actuel). Cependant, dans ce qui reste de l’Empire ottoman, Mustafa Kemal se révolte à la fois contre le Sultan qui a perdu la guerre et contre les Occidentaux qui s’emparent de son pays. À la conférence de Sèvres (1920), on découpe le Califat en petits bouts pour créer toutes sortes de nouveaux États, dont le Kurdistan. La population turco-mongole de Thrace et d’Anatolie se soulève et porte Kémal au pouvoir. En définitive, la conférence de Lausanne (1923) trace les frontières actuelles, renonce au Kurdistan et organise de gigantesques transferts de population qui font plus d’un demi-million de morts.

Mais, de même qu’en Allemagne Adolf Hitler contestera le sort de son pays, au Proche-Orient, un homme se lève contre le nouveau partage de la région. Un instituteur égyptien fonde un mouvement pour rétablir le Califat que les Occidentaux ont vaincu. Cet homme, c’est Hassan el-Banna et cette organisation, ce sont les Frères musulmans (1928).

Le Calife, c’est en principe le successeur du Prophète auquel tous doivent obéissance  ; un titre de fait très convoité. Plusieurs grandes lignées de califes se sont succédées  : les Omeyyades, les Abbassides, les Fatimides et les Ottomans. Le prochain Calife devrait être celui qui s’emparera du titre, en l’occurrence le «  Guide général  » de la Confrérie qui se verrait bien en maître du monde musulman.

La société secrète se développe très rapidement. Elle entend œuvrer de l’intérieur du système pour rétablir les institutions islamiques. Les postulants doivent jurer fidélité au fondateur sur le Coran et sur un sabre, ou sur un revolver. Le but de la Confrérie est exclusivement politique, même si elle l’exprime en termes religieux. Jamais Hassan el-Banna ni ses successeurs ne parleront de l’islam comme d’une religion ou n’évoqueront une spiritualité musulmane. Pour eux, l’islam est uniquement un dogme, une soumission à Dieu et un moyen d’exercer le Pouvoir. Évidemment, les Égyptiens qui soutiennent la Confrérie ne la perçoivent pas ainsi. Ils la suivent parce qu’elle prétend suivre Dieu.

Pour Hassan el-Banna, la légitimité d’un gouvernement ne se mesure pas à sa représentativité comme on évalue celle des gouvernements occidentaux, mais à sa capacité à défendre le «  mode de vie islamique  », c’est-à-dire celui de l’Égypte ottomane du XIXe siècle. Jamais les Frères n’envisageront que l’islam ait une Histoire et que les modes de vie musulmans varient considérablement selon les régions et les époques. Jamais ils n’envisageront non plus que le Prophète a révolutionné la société bédouine et que le mode de vie décrit dans le Coran n’est qu’une étape fixée pour ces hommes. Pour eux, les règles pénales du Coran – la charia – ne correspondent donc pas à une situation donnée, mais fixent les lois immuables sur lesquelles le Pouvoir peut s’appuyer.

Le fait que la religion musulmane se soit souvent diffusée par l’épée justifie pour la Confrérie l’usage de la force. Jamais, les Frères ne reconnaitront que l’islam ait pu se propager aussi par l’exemple. Cela n’empêche pas Al-Banna et ses Frères de se présenter aux élections — et de perdre. S’ils condamnent les partis politiques, ce n’est pas par opposition au multipartisme, mais parce qu’en séparant la religion du politique, ils seraient tombés dans la corruption.

La doctrine des Frères musulmans, c’est l’idéologie de l’«  islam politique  », en français on dit de l’«  islamisme  »  ; un mot qui va faire fureur.

En 1936, Hassan el-Banna, écrit au Premier ministre Mustafa el-Nahhas Pacha. Il exige  : 

  • «  une réforme de la législation et l’union de tous les tribunaux sous la charia  ; 
  • le recrutement au sein des armées en instituant un volontariat sous la bannière du jihad  ; 
  • la connexion des pays musulmans et la préparation de la restauration du Califat, en application de l’unité exigée par l’islam.  »

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Confrérie se déclare neutre. En réalité, elle se transforme en un service de Renseignement du Reich. Mais à partir de l’entrée en guerre des États-Unis, lorsque le sort des armes semble s’inverser, elle joue double jeu et se fait financer par les Britanniques pour leur livrer des informations sur son premier employeur. Ce faisant, la Confrérie manifeste son absence totale de principe et son pur opportunisme politique.

Le 24 février 1945, les Frères tentent leur chance et assassinent en pleine séance parlementaire le Premier ministre égyptien. Il s’en suit une escalade de la violence  : une répression contre eux et une série d’assassinats politiques, allant jusqu’à celui du nouveau Premier ministre, le 28 décembre 1948, et en rétorsion d’Hassan el-Banna lui-même, le 12 février 1949. Peu de temps après, un tribunal institué par la loi martiale condamne la plupart des Frères à une peine de détention et dissout leur association.

Cette organisation secrète n’était au fond qu’une bande d’assassins qui ambitionnaient de s’emparer du pouvoir en masquant sa convoitise derrière le Coran. Son histoire aurait dû s’arrêter là. Il n’en fut rien.

2— La Confrérie refondée par les Anglo-Saxons 

et la paix séparée avec Israël

La capacité de la Confrérie à mobiliser des gens et à les transformer en assassins ne peut qu’intriguer les Grandes puissances.

Deux ans et demi après sa dissolution, une nouvelle organisation est formée par les Anglo-Saxons en réutilisant le nom de «  Frères musulmans  ». Profitant de l’incarcération des dirigeants historiques, l’ancien juge Hassan Al-Hodeibi en est élu Guide général. Contrairement à une idée souvent admise, il n’y aucune continuité historique entre l’ancienne et la nouvelle confrérie. Il s’avère qu’une unité de l’ancienne société secrète, l’«  Appareil secret  », avait été chargée par Hassan el-Banna de perpétrer les attentats dont il niait la paternité. Cette organisation dans l’organisation était si secrète qu’elle n’a pas été touchée par la dissolution de la Confrérie et se tient désormais à la disposition de son successeur. Le Guide décide de la désavouer et déclare ne vouloir atteindre ses objectifs que de manière pacifique. Il est difficile d’établir ce qui s’est exactement passé à ce moment-là entre les Anglo-Saxons qui voulaient recréer l’ancienne société et le Guide qui croyait juste récupérer son audience dans les masses. En tous cas, l’«  Appareil secret  » a perduré et l’autorité du Guide s’est effacée au profit de celle d’autres responsables de la Confrérie ouvrant une véritable guerre interne. La CIA introduisit à leur direction le franc-maçon Sayyid Qutb [1], le théoricien du jihad, que le Guide condamna avant de conclure un accord avec le MI6.

Il est impossible de préciser les rapports de subordination interne des uns et des autres, d’une part parce que chaque branche étrangère a sa propre autonomie et d’autre part parce que les unités secrètes au sein de l’organisation ne dépendent plus nécessairement ni du Guide général, ni du Guide local, mais parfois directement de la CIA et du MI6.

Durant la période suivant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques essayent d’organiser le monde de manière à le tenir hors de portée des Soviétiques. En septembre 1946, à Zurich, Winston Churchill lance l’idée des États-Unis d’Europe. Sur le même principe, il lance la Ligue arabe. Dans les deux cas, il s’agit de faire l’unité d’une région sans la Russie. Dès le début de la Guerre froide, les États-Unis d’Amérique, de leur côté, créent des associations chargées d’accompagner ce mouvement à leur profit, l’American Committee on United Europe et les American Friends of the Middle East [2]. Dans le monde arabe, la CIA organise deux coups d’État, d’abord en faveur du général Hosni Zaim à Damas (mars 1949), puis avec les Officiers libres au Caire (juillet 1952). Il s’agit de soutenir des nationalistes que l’on suppose hostiles aux communistes. C’est dans cet état d’esprit que Washington amène en Égypte le général SS Otto Skorzeny et en Iran le général nazi Fazlollah Zahédi, accompagnés de centaines d’anciens responsables de la Gestapo pour diriger la lutte anticommuniste. Skorzeny a malheureusement modelé la police égyptienne dans une tradition de violence. En 1963, il choisira la CIA et le Mossad contre Nasser. Zahédi quant à lui créera la SAVAK, la plus cruelle police politique de l’époque.

Si Hassan el-Banna avait fixé l’objectif — prendre le pouvoir en manipulant la religion —, Qutb définit le moyen  : le jihad. Une fois que les adeptes ont admis la supériorité du Coran, on peut s’appuyer sur lui pour les organiser en armée et les envoyer au combat. Qutb développe une théorie manichéenne distinguant ce qui est islamiste et ce qui est «  ténébreux  ». Pour la CIA et le MI6, ce bourrage de crâne permet d’utiliser les adeptes pour contrôler les gouvernements nationalistes arabes, puis pour déstabiliser les régions musulmanes de l’Union soviétique. La Confrérie devient un inépuisable réservoir de terroristes sous le slogan  : «  Allah est notre but. Le Prophète est notre chef. Le Coran est notre loi. Le jihad est notre voie. Le martyre, notre vœu  ».

La pensée de Qutb est rationnelle, mais pas raisonnable. Il déploie une rhétorique invariable Allah/Prophète/Coran/Jihad/Martyre qui ne laisse à aucun moment de possibilité de discussion. Il pose la supériorité de sa logique sur la raison humaine.

La CIA organise un colloque à l’Université de Princeton sur «  La situation des musulmans en Union soviétique  ». C’est l’occasion de recevoir aux États-Unis une délégation des Frères musulmans conduite par un des chefs de sa branche armée, Saïd Ramadan*. Dans son rapport, l’officier de la CIA chargé du suivi note que Ramadan n’est pas un extrémiste religieux, mais plutôt un fasciste  ; une manière de souligner le caractère exclusivement politique des Frères musulmans. Le colloque se conclut par une réception à la Maison-Blanche par le Président Eisenhower, le 23 septembre 1953. L’alliance entre Washington et le jihadisme est conclue.

(*) Note de R71: Saïd Ramadan est le père de Tariq Ramadan…

La CIA, qui avait recréé la Confrérie contre les communistes, l’a d’abord utilisée pour aider les nationalistes. À cette époque l’Agence était représentée au Moyen-Orient par des antisionistes, issus des classes moyennes. Ils furent rapidement évincés au profit de hauts fonctionnaires d’origine anglo-saxonne et puritaine, sortis des grandes universités et favorables à Israël. Washington entra en conflit avec les nationalistes et la CIA retourna la Confrérie contre eux.

Saïd Ramadan avait commandé quelques combattants de la Confrérie durant la brève guerre contre Israël en 1948, puis aidé Sayyid Abul Ala Maududi a créer au Pakistan l’organisation paramilitaire de la Jamaat-i-Islami. Il s’agissait alors de fabriquer une identité islamique pour les Indiens musulmans afin qu’ils constituent un nouvel État, le Pakistan. La Jamaat-i-Islami rédigera d’ailleurs la constitution pakistanaise. Ramadan épouse la fille d’Hassan Al-Banna et devient le chef de la branche armée des nouveaux «  Frères musulmans  ».

Alors qu’en Égypte, les Frères ont participé au coup d’État des Officiers libres du général Mohammed Naguib — Sayyid Qutb était leur agent de liaison —, ils sont chargés d’éliminer un de leurs leaders, Gamal Abdel Nasser, qui est entré en conflit avec Naguib. Non seulement ils échouent, le 26 octobre 1954, mais Nasser prend le pouvoir, réprime la Confrérie et assigne Naguib à résidence. Sayyid Qutb sera pendu quelques années plus tard.

Interdits en Égypte, les Frères se replient dans les États wahhabites (Arabie saoudite, Qatar et Émirat de Charjah) et en Europe (Allemagne, France et Royaume-Uni, plus en Suisse neutre). Chaque fois, ils sont reçus comme des agents occidentaux luttant contre l’alliance naissante entre les nationalistes arabes et l’Union soviétique. Saïd Ramadan reçoit un passeport diplomatique jordanien et s’installe à Genève, en 1958, d’où il dirige la déstabilisation du Caucase et de l’Asie centrale (à la fois Pakistan / Afghanistan et vallée soviétique de Ferghana). Il prend le contrôle de la Commission pour la construction d’une mosquée à Munich, ce qui lui permet de superviser presque tous les musulmans d’Europe occidentale. Avec l’aide de l’American Committee for the Liberation of the Peoples of Russia (AmComLib), c’est-à-dire de la CIA, il dispose de Radio Liberty /Radio Free Europe, une station directement financée par le Congrès états-unien pour diffuser la pensée de la Confrérie [3].

Après la crise du Canal de Suez et le spectaculaire retournement de Nasser du côté soviétique, Washington décide de soutenir sans limites les Frères musulmans contre les nationalistes arabes. Un haut cadre de la CIA, Miles Copeland, est chargé — en vain — de sélectionner dans la Confrérie une personnalité qui puisse jouer dans le monde arabe un rôle équivalent à celui du pasteur Billy Graham aux États-Unis. Il faudra attendre les années 1980 pour trouver un prêcheur de cette envergure, l’Égyptien Youssef Al-Qaradâwî.

En 1961, la Confrérie établit une connexion avec une autre société secrète, l’Ordre des Naqchbandis. Il s’agit d’une sorte de franc-maçonnerie musulmane mêlant initiation soufie et politique. L’un de ses théoriciens indiens, Abou Al-Hasan Ali Al-Nadwi, publie un article dans la revue des Frères. L’Ordre est ancien et présent dans de nombreux pays. En Irak, le grand maître n’est autre que le futur vice-président Ezzat Ibrahim Al-Douri. Il soutiendra la tentative de coup d’État des Frères en Syrie, en 1982, puis la «  campagne de retour à la Foi  » organisée par le Président Saddam Hussein pour redonner une identité à son pays après l’instauration de la zone de non-survol par les Occidentaux. En Turquie, l’Ordre jouera un rôle plus complexe. Il comprendra comme responsables aussi bien Fethullah Güllen (fondateur de l’Hizmet), que le président Turgut Özal (1989-93) et que le Premier ministre Necmettin Erbakan (1996-97), responsable du Parti de la Justice (1961) et de la Millî Görüs (1969). En Afghanistan, l’ancien président Sibghatullah Mojaddedi (1992) en fut le grand maître. En Russie, avec l’aide de l’Empire ottoman, l’Ordre avait soulevé la Crimée, l’Ouzbékistan, la Tchétchénie et le Daghestan, au XIXe siècle contre le Tsar. Jusqu’à la chute de l’URSS, on sera sans nouvelle de cette branche  ; de même dans le Xinjiang chinois. La proximité des Frères et des Naqchbandis est très rarement étudiée compte tenu de l’opposition de principe des islamistes à la mystique et aux ordres soufis en général.

En 1962, la CIA encourage l’Arabie saoudite à créer la Ligue islamique mondiale et à financer la Confrérie et l’Ordre contre les nationalistes et les communistes [4]. Cette structure est d’abord financée par l’Aramco (Arabian-American Oil Company)*. Parmi la vingtaine de ses membres fondateurs, on compte trois théoriciens islamistes dont nous avons déjà parlé  : l’Égyptien Saïd Ramadan, le Pakistanais Sayyid Abul Ala Maududi et l’Indien Abou Al-Hasan Ali Al-Nadwi.

(*) Note de R71: Si ARAMCO est officiellement sous contrôle du gouvernement saoudien, ses actionnaires principaux sont Exxon-Mobil (Rockefeller), Royal Dutch Shell (Rothschild), BP-Amoco. Rien ne se fait sans l’aval de la grande puissance financière. La famille Al Saoud n’existe que par ses commanditaires d’origine… Le wahhabisme est le serviteur garde-chiourme du statu quo oligarchique pétrolier et financier.

De facto l’Arabie, qui dispose soudainement d’énormes liquidités grâce au commerce de pétrole, devient le parrain des Frères dans le monde. Sur place, la monarchie leur confie le système d’enseignement scolaire et universitaire, dans un pays où presque personne ne sait lire et écrire. Les Frères doivent s’adapter à leurs hôtes. En effet, leur allégeance au roi les empêche de prêter fidélité au Guide général. Quoi qu’il en soit, ils s’organisent autour de Mohamed Qutb, le frère de Sayyid, en deux tendances  : les Frères saoudiens d’un côté et les «  sourouristes  » de l’autre. Ces derniers, qui sont Saoudiens, tentent une synthèse entre l’idéologie politique de la Confrérie et la théologie wahhabite. Cette secte, dont la famille royale est membre, porte une interprétation de l’islam issue de la pensée bédouine, iconoclaste et antihistorique. Jusqu’à ce que Riyad dispose de pétrodollars, elle jetait l’anathème sur les écoles musulmanes traditionnelles qui, en retour, la considérait comme hérétique.

En réalité, la politique des Frères et la religion wahhabite n’ont rien en commun, mais elles sont compatibles. Sauf que le pacte qui lie la famille des Séoud aux prédicateurs wahhabites ne peut exister avec la Confrérie  : l’idée d’une monarchie de droit divin se heurte à l’appétit de pouvoir des Frères. Il est donc convenu que les Séoud soutiendront les Frères partout dans le monde, à la condition qu’ils s’abstiennent d’entrer en politique en Arabie.

Le soutien des wahhabites saoudiens aux Frères provoque une rivalité supplémentaire entre l’Arabie et les deux autres États wahhabites que sont le Qatar et l’Émirat de Charjah.

De 1962 à 1970, les Frères musulmans participent à la guerre civile du Yémen du Nord et tentent de rétablir la monarchie aux côtés de l’Arabie saoudite et du Royaume-Uni, contre les nationalistes arabes, l’Égypte et l’URSS  ; un conflit qui préfigure ce qui va suivre durant un demi-siècle.

En 1970, Gamal Abdel Nasser parvient à trouver un accord entre les factions palestiniennes et le roi Hussein de Jordanie qui met fin au «  septembre noir  ». Le soir du sommet de la Ligue arabe qui entérine l’accord, il meurt, officiellement d’une crise cardiaque, beaucoup plus probablement assassiné. Nasser avait trois vice-présidents, un de gauche — extrêmement populaire —, un centriste — fort connu —, et un conservateur choisi à la demande des États-Unis et de l’Arabie saoudite  : Anouar el-Sadate. Subissant des pressions, le vice-président de gauche se déclare indigne de la fonction. Le vice-président centriste préfère abandonner la politique. Sadate est désigné comme candidat des Nassériens. C’est le drame de nombreux pays  : le président choisit un vice-président parmi ses rivaux de manière à élargir sa base électorale, mais celui-ci le remplace lorsqu’il meurt et anéantit son héritage.

Sadate, qui avait servi le Reich durant la Seconde Guerre mondiale et professe une grande admiration pour le Führer, est un militaire ultra conservateur qui servait d’alter ego à Sayyid Qutb comme agent de liaison entre la Confrérie et les Officiers libres. Dès son accession au pouvoir, il libère les Frères emprisonnés par Nasser. Le «  Président croyant  » est l’allié de la Confrérie pour ce qui concerne l’islamisation de la société (la «  révolution de rectification  »), mais son rival lorsqu’il en tire un profit politique. Cette relation ambigüe est illustrée par la création de trois groupes armés, qui ne sont pas des scissions de la Confrérie mais des unités extérieures lui obéissant  : le Parti de la libération islamique, le Jihad islamique (du cheikh Omar Abdul Rahman), et Excommunication et immigration (le «  Takfir  »). Tous déclarent appliquer les instructions de Sayyid Qutb. Armé par les services secrets, le Jihad islamique lance des attaques contre les chrétiens coptes. Loin d’apaiser la situation, le «  Président croyant  » accuse les coptes de sédition et emprisonne leur pape et huit de leurs évêques. En définitive, Sadate intervient dans la conduite de la Confrérie et prend position pour le Jihad islamique contre le Guide général, qu’il fait arrêter [5].

Sur instruction du secrétaire d’État US, Henry Kissinger, il convainc la Syrie de se joindre à l’Égypte pour attaquer Israël et restaurer les droits des Palestiniens. Le 6 octobre 1973, les deux armées prennent Israël en tenaille pendant la fête de Yom Kippour. L’armée égyptienne traverse le canal de Suez tandis que la syrienne attaque depuis le plateau du Golan. Cependant, Sadate ne déploie que partiellement sa couverture antiaérienne et arrête son armée à 15 kilomètres à l’est du canal, tandis que les Israéliens se ruent sur les Syriens qui se trouvent piégés et hurlent au complot. Ce n’est qu’une fois les réservistes israéliens mobilisés et l’armée syrienne encerclée par les troupes d’Ariel Sharon, que Sadate ordonne à son armée de reprendre sa progression, puis de la stopper pour négocier un cessez-le-feu. Observant la trahison égyptienne, les Soviétiques qui ont été déjà perdu un allié avec la mort de Nasser, menacent les États-Unis et exigent un arrêt immédiat des combats.

Quatre ans plus tard — poursuivant le plan de la CIA — le Président Sadate se rend à Jérusalem et décide de signer une paix séparée avec Israël au détriment des Palestiniens. Désormais, l’alliance entre les Frères et Israël est scellée. Tous les Peuples arabes conspuent cette trahison et l’Égypte est exclue de la Ligue arabe, dont le siège est déplacé à Alger.

Washington décide de tourner la page, en 1981. Le Jihad islamique est chargé de liquider Sadate, désormais inutile. Il est assassiné lors d’une parade militaire, alors que le Parlement s’apprêtait à le proclamer «  Sixième Calife  ». Dans la tribune officielle 7 personnes sont tuées et 28 blessées, mais, assis à côté du président, son vice-président le général Moubarak en réchappe. Opportunément il était la seule personne de la tribune officielle à porter un gilet pare-balles. Il succède au «  président croyant  » et la Ligue arabe peut être rapatriée au Caire.

[1] « Sayyid Qutb était franc-maçon », Réseau Voltaire, 28 mai 2018.

[2] America’s Great Game : The CIA’s Secret Arabists and the Shaping of the Modern Middle East, Hugh Wilford, Basic Books (2013).

[3] A Mosque in Munich : Nazis, the CIA, and the Rise of the Muslim Brotherhood in the West, Ian Johnson, Houghton Mifflin Harcourt (2010). Version française : Une Mosquée à Munich : les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident, Jean-Claude Lattès (2011).

[4] Dr. Saoud et Mr. Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite, Pierre Conesa, préface d’Hubert Védrine, Robert Laffont (2016).

[5] Histoire secrète des Frères musulmans, Chérif Amir, préface d’Alain Chouet, Ellipses (2015).

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Guerres impérialistes: La connexion Arabie Saoudite-Obama-Clinton-Frères Musulmans

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Les emails d’Hillary Clinton et la confrérie (des frères musulmans)

 

Thierry Meyssan

 

31 octobre 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article193919.html

 

L’enquête du FBI sur les e-mails privés d’Hillary Clinton ne porte pas sur une négligence face aux règles de sécurité, mais sur un complot visant à distraire toute trace de ses correspondances qui auraient du être archivées sur des serveurs de l’État fédéral. Il pourrait comprendre des échanges sur des financements illégaux ou de la corruption, d’autres sur les liens des époux Clinton avec les Frères musulmans et les jihadistes.

La relance de l’enquête du FBI sur les e-mails privés d’Hillary Clinton ne porte plus sur les questions de sécurité, mais sur magouilles qui pourraient aller jusqu’à la haute trahison.

Techniquement, au lieu d’utiliser un serveur sécurisé de l’État fédéral, la secrétaire d’État avait fait installer à son domicile un serveur privé, de manière à pouvoir utiliser Internet sans laisser de traces sur une machine de l’État fédéral. Le technicien privé de Mme Clinton avait nettoyé son serveur avant l’arrivée du FBI, de sorte qu’il n’était pas possible de savoir pourquoi elle avait mis en place ce dispositif.

Dans un premier temps, le FBI a observé que le serveur privé n’avait pas la sécurisation du serveur du département d’État. Mme Clinton n’avait donc commis qu’une faute de sécurité. Dans un second temps, le FBI a saisi l’ordinateur de l’ancien membre du Congrès, Anthony Weiner. Celui-ci est l’ancien époux d’Huma Abedin, directrice de cabinet d’Hillary. Des e-mails provenant de la secrétaire d’État y ont été retrouvés.

Anthony Weiner est un homme politique juif, très proche des Clinton, qui ambitionnait de devenir maire de New York. Il dut démissionner à la suite d’un scandale très puritain : il avait envoyé des SMS érotiques à une jeune femme autre que son épouse. Huma Abedin se sépara officiellement de lui durant cette tourmente, mais en réalité ne le quitta pas.

Huma Abedin est une états-unienne ayant été élevée en Arabie saoudite. Son père dirige une revue académique —dont elle fut durant des années la secrétaire de rédaction— qui reproduit régulièrement l’avis des Frères musulmans. Sa mère préside l’association saoudienne des femmes membres de la Confrérie et travaillait avec l’épouse du président égyptien Mohamed Morsi. Son frère Hassan travaille pour le compte du cheikh Yusuf al-Qaradawi, le prêcheur des Frères et conseiller spirituel d’Al-Jazeera.

Huma Abedin est aujourd’hui un personnage central de la campagne Clinton, à côté du directeur de campagne, John Podesta, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous la présidence de Bill Clinton. Podesta est par ailleurs le lobbyiste attitré du Royaume d’Arabie saoudite au Congrès pour la modique somme de 200 000 dollars mensuels. Le 12 juin 2016, Petra, l’agence de presse officielle de Jordanie, avait publié une interview du prince héritier d’Arabie, Mohamed Ben Salmane, affirmant la modernité de sa famille qui avait illégalement financé à hauteur de 20 % la campagne présidentielle d’Hillary Clinton, quoique ce soit une femme. Le lendemain de cette publication, l’agence annulait cette dépêche et assurait que son site internet avait été piraté.

Madame Abedin n’est pas la seule membre de l’administration Obama liée à la Confrérie. Le demi-frère du président, Abon’go Malik Obama, est le trésorier de l’Œuvre missionnaire des Frères au Soudan et président de la Fondation Barack H. Obama. Il est directement placé sous les ordres du président soudanais, Omar el-Béchir. Un Frère musulman est membre du Conseil national de sécurité —la plus haute instance exécutive aux États-Unis—. De 2009 à 2012, c’était le cas de Mehdi K. Alhassani. On ignore qui lui a succédé, mais la Maison-Blanche niait qu’un Frère soit membre du Conseil jusqu’à ce qu’une preuve surgisse. C’est également un Frère qui est ambassadeur des États-Unis auprès de la Conférence islamique, Rashad Hussain. Les autres Frères identifiés occupent des fonctions moins importantes. Il faut cependant citer Louay M. Safi, actuel membre de la Coalition nationale syrienne et ancien conseiller du Pentagone.

En avril 2009, deux mois avant son discours du Caire, le président Obama avait secrètement reçu une délégation de la Confrérie dans le Bureau ovale. Il avait déjà invité, lors de son intronisation, Ingrid Mattson, la présidente de l’association des Frères et Sœurs musulmans aux États-Unis.

De son côté, la Fondation Clinton a employé comme responsable de son projet « Climat » Gehad el-Haddad, un des dirigeants mondiaux de la Confrérie qui avait été jusque là responsable d’une émission de télévision coranique. Son père avait été l’un des co-fondateurs de la Confrérie, en 1951, lors de sa recréation par la CIA et le MI6. Gehad a quitté la fondation en 2012, date à laquelle il est devenu au Caire le porte-parole du candidat Mohammed Morsi, puis celui officiel des Frères musulmans, à l’échelle mondiale.

Sachant que la totalité des leaders jihadistes dans le monde sont soit issu de la Confrérie, soit de l’Ordre soufi des Naqshbandîs —les deux composantes de la Ligue islamique mondiale, l’organisation saoudienne anti-nationaliste arabe— on aimerait en savoir plus sur les relations de Madame Clinton avec l’Arabie saoudite et les Frères.

Il se trouve que dans l’équipe de son challenger Donald Trump, on compte le général Michael T. Flynn qui tenta de s’opposer à la création du Califat par la Maison-Blanche et démissionna de la direction de la Defense Intelligence Agency (Agence de Renseignement militaire) pour marquer sa réprobation. Il y côtoie Frank Gaffney, un « guerrier froid » historique, désormais qualifié de « conspirationniste » pour avoir dénoncé la présence des Frères dans l’État fédéral.

Il va de soi que, du point de vue du FBI, tout soutien aux organisations jihadistes est un crime, quelle que soit la politique de la CIA. En 1991, les policiers —et le sénateur John Kerry— avaient provoqué la faillite de la banque pakistanaise (quoi qu’enregistrée aux îles Caïman) BCCI que la CIA utilisait pour toutes sortes d’opérations secrètes avec les Frères musulmans tout autant qu’avec les cartels latinos des drogues.

 

Ingérence impérialiste en Egypte: L’axe Washington-Ryad-Aman-Tel Aviv se dessine sur fond de guerre civile…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 26 août 2013 by Résistance 71

Salut, je suis votre nouvel axe du mal

 

Pepe Escobar

 

22 Août 2013

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article35937.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

J’ai argumenté que ce qui vient juste de se passer en Egypte est un bain de sang qui n’en est pas un, perpétré par une junte militaire responsable d’un coup d’état qui n’en est pas un et ce sous le déguisement d’une “guerre contre le terrorisme” à la sauce égyptienne. Pourtant ce blablatage osé de journaleux, qui aurait pu être écrit par la Maison Blanche, fait partie du jeu. Parmi un brouillard épais et un pirouettage servant  des agendas concurrents, un fait étonnant se démarque. Un sondage il y a seulement 10 jours émanant du Egyptian Center for Media Studies and Public Opinion nous a déjà dit que 69% des gens interrogés étaient contre le coup d’état militaire du 3 juillet orchestré par le pinochesque Abdel Fattah Al-Sisi. Ainsi ce bain de sang qui n’en est pas un ne peut pas être considéré comme légitime, sauf pour une petite clique de moubarakistes (aussi appelés fulool), un ramassis d’oligarques corrompus et “l’état profond” égyptien contrôlé par l’armée.

Le gouvernement des Frères Musulmans mené par Mohamed Morsi a peut-être été franchement incompétent en essayant de réécrire la constitution égyptienne, en incitant les fondamentalistes enragés et en courbant l’échine devant le FMI. Mais on ne doit pas oublier non plus que cela a été couplé avec un sabotage en règle provenant de cet “état profond”. Il est vrai que l’Egypte était et demeure, au bord d’un effondrement économique total et le bain de sang qui n’en est pas un n’a suivi que le changement de signature sur les chèques, du Qatar à l’Arabie Saoudite (et des Emirats Arabes Unis). Comme Spengler l’a bien démontré sur ce site (Asia Times du 8 juillet 2013), l’Egypte demeurera une république bananière sans les bananes et toujours dépendante des étrangers pour en manger. Le désastre économique ne disparaîtra pas, sans parler du ressentiment cosmique pour les Frères Musulmans. En l’état actuel des chose, les gagnants sont ceux de l’axe Maison des Saoud/Israël/Pentagone. Comment ont-ils fait ?

Dans le doute.. Appelez Bandar

En théorie, Washington a été relativement en contrôle à la fois des Frères Musulmans et de l’armée de Sisi. Ainsi vu de la surface, ceci est une situation gagnant-gagnant. Les faucons américains sont pro-Sisi, tandis que les impérialisrtes libéraux sont plus pour les Frères Musulmans (FM), la couverture parfaite parce que les FM est un groupe indigène, religieux, populiste, économiquement néo-libéral, désirant travailler avec le FMI et qui n’a pas menacé Israël. Les FM n’étaient pas un problème pour Washington ni pour Tel Aviv, après tout, leur allié ambitieux du Qatar était leur intermédiaire. La politique étrangère du Qatar comme chacun sait se résume à être les pom-pom girls des Frères Musulmans où que ce soit.

Donc Morsi a dû franchir une ligne rouge assez sérieuse. Peut-être son appel aux Egyptiens sunnites de rejoindre le djihad contre Bachar al-Assad (bien que ceci soit en accord avec la politique du “Assad doit partir” d’Obama…). Sans doute fut-ce sa poussée pour installer une sorte de paradis djihadiste/Califat dans le Sinaï en route vers Gaza. Ceci pointe vers un feu vert du Pentagone et de Tel Aviv pour le coup d’état. Le Sinaï à tout but utile, est géré par Israël. Tel Aviv n’a aucun problème avec l’armée de Sisi et le groupe de soutien saoudien de la junte militaire. La seule chose qui importe à Israël est que l’armée de Sisi maintienne les accords de Camp David. Les FM a contrario, pourrait bien avoir d’autres idées en tête pour le futur. Pour la maison des Saoud, ce ne fut jamais une situation gagnant-gagnant. Les FM au pouvoir en Egypte était un anathème. Dans ce triangle amoureux il reste à déterminer qui a été le plus malin pour remuer le chien (NdT: de l’expression anglophone “the tail which wag the dog”, ou la “queue qui remue le chien”… çà sonne mieux en anglais…)

C’est ici que s’inscrit l’incroyable acte du Qatar qui disparaît. La montée et la chute (soudaine) du Qatar des feux de la rampe de la politique étrangère est strictment lié au vide actuel de leadership au cœur même du Pentagone et de son “arc d’instabilité”. Le Qatar était au mieux une nouvelle bombe du box office, considérant les mouvements de yo-yo du gouvernement Obama et la position attentiste de la Chine. Le Sheikh Hamad al-Thani, l’émir qui finit par se virer lui-même avait clairement dépassé ses limites non seulement en Syrie mais aussi en Irak. Il finançait non seulement des entités des FM mais aussi des djihadistes extrémistes dans le désert. Il n’y a pas de preuves conclusives, parce que personne à Doha ou à Washington ne veut parler, mais l’émir a très certainement été “invité” à se virer lui-même et ce n’est pas par accident que le racket des “rebelles” syriens a été repris par la Maison des Saoud, avec le retour spectaculaire de Bandar Bush, alias le prince Bandar bin Sultan.

Donc une fois de plus les vainqueurs furent les Saoudiens, comme le gouvernement Obama calculait qu’à la fois les FM et la nébuleuse al-Qaïda tomberaient dans les oubliettes de l’histoire en Syrie. Ceci doit encore être vu, il est très possible que l’Egypte maintenant attire les djihadistes de Syrie. Ils demeureront néanmoins partie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Quant à Sisi, il fut assez malin de saisir l’opportunité du thème du “terrorisme” et d’assimiler de manière préventive les FM avec Al-Qaïda Egypte, préparant ainsi un bain de sang qui n’est pas un bain de sang. Le fait est qu’on peut faire un cas spécial du gouvernement Obama faisant sous-traiter sa politique étrangère moyenne-orientale par la Maison des Saoud.

Choisissez votre axe

Deux jours avant le début du bain de sang qui n’en est pas un, le chef d’état major des armées américain le général Dempsey se trouvait en Israël se familiarisant avec le général Benny Gantz et Bibi Netanyahou, discutant les proverbiales “menaces pouvant émaner de la région” de manìère globale ou localement et “comment pouvons-nous travailler ensemble efficacement pour renforcer la sécurité de nos pays”. Il est impensable qu’ils n’aient pas discuté comment ils pourraient tous profiter de cet éminent bain de sang qui n’en est pas un. Dans le même temps, le ministre israélien de la défense Ya’alon Moshé annonçait de manière détonante un “nouvel axe du mal” entre l’Iran, la Syrie et le Liban. Ce qui implique Téhéran, Damas, et de manière signifiante Beyrouth dans son entièreté (et non pas la banlieue sud à prédominance chiite). Ya’alon a expliqué à Dempsey qu’il leur était interdit de gagner la guerre civile en Syrie.

Considérant que la CIA a étiqueté la guerre civile en Syrie comme une menace très importante pour les Etats-Unis et sa sécurité au cas où des entités d’Al Qaïda prendraient l’avantage de la situation, et dans le même temps Washington est très reluctant d’arrêter de “mener par derrière”, on pourrait dire qu’Israêl envisagerait une autre invasion du Liban. Un sheikh Nasrallah toujours en alerte en tant que secrétaire général du Hezbollah, a déjà parlé d’une telle éventualité.

Ensuite Dempsey alla en Jordanie, où se tiennent déjà environ 1000 soldats américains, des avions F-16 avec leurs équipages et des batteries de missiles de défense Patriotes et leur personnel servant. La pirouette qui dit que le Pentagone aide Aman aux “techniques de contrôle de ses frontières”, comme dans un des acronymes les plus usités du Pentagone ISR pour Intelligence Surveillance and Reconnaissance, n’est juste que cela… une pirouette. Dempsey y est allé surtout pour aller contrôler les progrès de livraison récentes des missiles anti-chars achetés aux américians par… l’Arabie Saoudite, suppléés à la CIA pour armer les rebelles/mercenaires en Syrie, sélectionnant soi-disant les “bons rebelles” dans le sud de la Syrie. Ces “rebelles” furent entrainés par la CIA et les forces spéciales américaines en Jordanie. Il est évident que Damas va préparer une contre-offensive à ce plan fomenté par l’axe Etats-Unis/Jordanie/Arabie Saoudite.

Choisissez votre diable

Il n’y a pour ainsi dire plus aucune crédibilité américaine au Moyen-Orient, à part des entités marionnettes comme la Jordanie et les élites sélectionnées du Golfe féodal, ce microcosme “démocratique” de corruption, de mercenaires et de prolétariat traité comme du bétail. Cela n’aide pas non plus que John Kerry air recommandé Robert Ford comme nouvel ambassadeur en Egypte, cet ancien ambassadeur en Syrie. La perception est tout. Une opinion informée à travers le Moyen-Orient a de suite indentifié Ford comme une ordure facilitateur des escadrons de la mort. Son CV avant même la Syrie où il officialisa les soi-disant “rebelles” est sans égal. Âme damnée de John Negroponte qui promût la “solution salvadorienne” en Irak dès 2004, la “solution salvadorienne” est le nom de code pour les opérations d’escadrons de la mort sponsorisés par les Etats-Unis, une tactique contre-insurectionnelle appliquée au Salvador par Negroponte dans les années 1980 et qui causa plus de 75 000 morts, mais qui avait des racines profondes en Amérique latine dans les années 1960-70. (NdT: méthode inventée par les Français en Algérie et mise en place lors de la bataille d’Alger en 1957… Méthode qui fut enseignée par les services français à la tristement célèbre École des Amériques au Panama, depuis rappatrié à Fort Bragg en Georgie, USA)

Sisi va continuer à jouer son jeu en accord avec son plan, mettant en avant le mythe du narratif que l’armée égyptienne défend la nation et ses institutions alors qu’en fait elle ne fait que défendre ses immenses privilèges socio-économiques. Oubliez la protection des civils. Oubliez des partis politiques indépendants ou même un mouvement indépendant en Egypte. Pour Washington, FM ou “état profond”, voire même une guerre civile en Egypte, des Arabes tuant des Arabes, diviser et régner à l’infini, c’est très bien, dans la mesure où il n’y a aucune menace sur Israël. Avec Israël fomentant de manière possible une nouvelle invasion du Liban, le “processus de paix” à la Kerry n’étant qu’une excuse à toujours plus de colonies en Palestine, Bandar Bush de retour aux manettes de l’art obscur, l’empêchement de toute solution possible sur le dossier nucléaire iranien, l’Egypte en guerre civile, l’Irak et la Syrie saignant à mort, ce qu’il nous reste est la prolifération de toutes sortes d’axes et de toutes sortes de maux.

Ingérence occidentale et « printemps arabe »: Washington est-il au bout du bout du banc ?…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 8 juillet 2013 by Résistance 71

Première tentative de réponse par Michel Chossudovsky de Global Research, géopolitologue canadien de l’université d’Ottawa. Pour lui, le coup d’état contre Morsi en Egypte est l’œuvre du Pentagone. Raisonnement cohérent et très plausible, le peuple égyptien est-il encore le didon de la farce ?…

— Résistance 71 —

 

Le mouvement de protestation en Egypte: Les dictateurs ne “dictent pas”… Ils obéissent

 

Michel Chossudovsky

 

6 juillet 2013

 

url de l’article:

http://www.globalresearch.ca/the-protest-movement-in-egypt-dictators-do-not-dictate-they-obey-orders/22993

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’Egypte est en ce moment à une dangereuse croisée des chemins qui pourrait évoluer vers une guerre civile.

Il est important de compendre le rôle de Washington, qui est mis en œuvre par le Pentagone et le renseignement américain.

Alors que les forces armées égyptiennes ont réprimé la confrérie des frères musulmans, le coup d’état est ultimement fait pour manipuler le mouvement de protestation et prévenir une accession “d’un véritable gouvernement du peuple” au pouvoir.

Le renversement du président Mohamed Morsi par les forces armées égyptiennes n’a pas été perpétré contre les intérêts américains, il fut instauré pour assurer la “continuité” de la politique de Washington en Egypte. Le ministre de la défense, le général Abdul Fatah Al-Sisi, qui est derrière le coup d’état dirigé contre le président Morsi a été en liaison téléphonique permanente avec son homologue américian Chuck Hagel dès le début du mouvement de protestation. Des rapports de presse confirment qu’il a pu le consulter à plusieurs reprises dans les jours qui ont précédés le coup d’état. Il est très peu probable que le général Al-Sisi ait agi sans le “feu vert” du Pentagone.

Le gouvernement des frères musulmans était soutenu par les Etats-Unis depuis le départ. Dans le même temps, des secteurs très importants de la contestation contre le gouvernement des frères musulmans étaient aussi soutenus par les Etats-Unis, au travers de fondations américianes, incluant la NED et la Freedom House (NdT: toutes deux vitrines reconnues de la CIA). Le mouvement Kifaya, qui organisa une des premières manifestations contre le régime de Moubarak à la fin 2004 et qui est actuellement impliqué dans le mouvement contre les frères musulmans, est soutenu par L’ International Center for Non-Violent Conflict, basé au Etats-Unis.

Ces actions venant de fondations américaines liées avec le ministère des affaires étrangères assurent que l’opposition dans la société civile, financée par les Etats-Unis, ne va pas s’intéresser à des problèmes plus vastes concernant l’interférence étrangère dans les affaires d’un état souverain.

Les Etats-Unis soutiennent les deux côtés avec pour but de créer une division au sein de la société égyptienne ainsi qu’un chaos politique.

Les marionnettistes soutiennent le mouvement de contestation contre ses propres marionnettes si on veut. Cela s’appelle “exercer un levier politique”: soutenir la confrérie des frères musulmans aussi bien que les opposants au gouvernement Morsi et ce afin de manipuler les mouvements de masse, créant des divisions sectaires et sociales et prévenant ainsi l’émergence d’un gouvernement de souveraineté nationale.

Dans le même temps, les médias occidentaux ont minutieusement fait le portrait de l’armée égyptienne comme étant anti-américaine, suivant le rappel à la maison de l’ambassadrice américaine en Egypte Ann Patterson. Cette action est un écran de fumée nécessaire et utile qui masque le rôle de Washington dans le coup d’état:

the instigators of the Coup d’Etat are not “anti-American, they take their orders directly from the Pentagon.