Archive pour économie française

Gilets Jaunes 14ème round: Le père Duchesne avec nous !… On lâche rien !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 février 2019 by Résistance 71

 

 

Grande joie du père Duchesne

 

A contre Temps

 

12 février 2019

 

Source: http://www.autrefutur.net/Grande-joie-du-pere-Duchesne

 

De voir que les Gilets-Jaunes des départements s’en viennent nombreux à Paris à chaque sabbat, semant la panique parmi les nantis de cette ville confisquée, vérolée, avilie par le commerce, le tourisme et la spéculation foncière la plus éhontée. Grand est l’effroi des boutiquiers qui vendent aux nantis des hardes soyeuses et des colifichets clinquants – qui chacun coûteraient des mois de fatigue et des flots de sueur aux bons bougres des quartiers pauvres.

Plus grande encore, s’il est possible, est la frousse des marchands de boniments – plumitifs salonards ou petites mains du mensonge télévisuel, qui nous font crime de ne point vouloir gémir sous le joug des maîtres de l’or et du négoce. Ah, foutre ! Qu’ils tremblent donc ! Ils en ont de justes motifs, car ils périront bientôt, s’ils ne suivent en hâte leurs maîtres en fuite vers les occultes lupanars dorés, au-delà des mers, où dorment des fortunes amassées en dépouillant le bon peuple. Et où le néant dont ils n’auraient jamais dû surgir se refermera sur leurs vaines existences.

Ils veulent nous persuader, ces larbins de toutes les oligarchies, de rester tranquilles, de désavouer les actes de rébellion qui, depuis quelques semaines, éclatent partout dans le pays – et de souffrir patiemment, au nom de la logique de l’argent, les pires humiliations. On menace, si nous ne rentrons pas dans le rang, de nous interdire la rue, de nous tabasser, de nous mutiler, de nous éborgner, de répandre notre sang.

Les dirigeants de toute obédience, qui ne songent qu’à nous voir croupir à jamais dans la servitude et la misère, prétendent encore et toujours nous priver des richesses immenses que nous et nos parents seuls avons produites. Comme un bétail trop prolifique, nous sommes voués par des technocrates et des rentiers à la précarité et au dénuement, aux maladies et à la décimation.

Si nous avions à trancher maintenant s’il faut ou non se soulever, la prudence nous imposerait d’y réfléchir à deux fois, tant les moyens que consacrent les hautes castes au maintien de l’ordre sont immenses, tant les liens communautaires qui faisaient autrefois notre force se sont distendus – et tant la confusion des idées est savamment entretenue par les médias. Mais dès lors que le combat s’est déjà engagé, et qu’il s’est engagé à l’initiative d’un adversaire qui rêve de nous clouer le bec pour des générations, nous n’avons d’autre choix que de nous résoudre à la plus piteuse, à la plus douloureuse des défaites ou de nous apprêter à redoubler d’audaces et d’exigences.

Nous pouvons être certains qu’on fait déjà contre nous de nouveaux préparatifs d’enfermement et d’exclusion. Mais ce n’est que par le péril que l’on échappe au péril. Il faut donc employer la force quand l’occasion s’en présente, comme ne manquent jamais de le faire les puissants qui nous traitent comme du purin – car, face aux dangers qui nous menacent, il est plus dangereux de rester courbés et muets que d’essayer d’en venir à bout. Cette occasion, amenée par les vents capricieux de l’histoire, ne la laissons pas s’envoler, si nous voulons enfin nous assurer une existence plus libre et plus heureuse. Les êtres qui désirent mais n’agissent pas engendrent la peste.

Nous savons tous, au fond, que si le bien-être et les plaisirs nous sont à jamais interdits, que si l’ennui et la précarité façonnent notre destin, nous le devons à notre acceptation trop docile de l’ordre des choses. Seuls d’entre nous s’en « sortiront » les serviteurs les plus zélés : tant qu’il y aura du salariat, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde, et la vie continuera d’être ce périple angoissé à travers un espace dûment surveillé, clos et bétonné, où s’entre-déchirent les pauvres sous l’œil amusé des maîtres. Les employés fidèles subissent honteusement la tyrannie des horaires et la tristesse des tâches morcelées, en échange de revenus toujours plus maigres. Les autres, chômeurs et précaires, sont plongés dans un dénuement plus grand encore, accablés d’injures, vivant d’aumônes et d’expédients, guettés par l’enfermement et le désespoir absolu. Nous le sentons tous, une telle société ne mérite pas d’exister, et ceux que l’appât du gain ou le goût de la servitude incitent à la défendre doivent être balayés.

Ceux qui fondent leur pouvoir sur la peur vivent eux-mêmes dans la crainte des populations qu’ils dominent et exploitent. Les forces de répression dont ils se sont dotés peuvent se disloquer aussi vite que, naguère, celles des dictatures bureaucratiques – pourvu que la rue fasse pleinement sentir sa propre force. Nous devons donc éviter de les affronter là où l’ennemi nous attend avec toute la puissance de ses armes : ces cortèges-pièges, organisés ou noyautés par les récupérateurs politiques ou syndicaux, dont la connivence avec les prédateurs de l’économie n’est plus à démontrer. Occupons plutôt nos quartiers, nos entreprises, nos écoles. Assiégeons les gens de pouvoir et d’argent en leurs bastions, confinons-les à leurs bunkers. Refusons de dialoguer avec ces experts en fourberies et entamons sans tarder, entre nous, les vrais débats, ceux qui naissent des passions impatientes. La route des excès mène au palais de la sagesse.

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Tout le pouvoir aux Ronds-Points !!

Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

 

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Gilets Jaunes: Au sein de l’Assemblée des assemblées de Commercy (revue Ballast)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 13 février 2019 by Résistance 71

 


Tout le pouvoir aux Ronds-Points !

 

Contre le mal-vivre… Quand la Meuse se soulève

 

☰ Par Djibril Maïga et Elias Boisjean

 

11 février 2019

 

Source:

https://www.revue-ballast.fr/contre-le-mal-vivre-quand-la-meuse-se-souleve/

 

C’est l’une des deux sous-préfectures de la Meuse : Commercy, moins de 6 000 habitants. Un territoire de la « diagonale des faibles densités » frappé par l’effondrement industriel ; un taux de chômage à 24,5 %. En deux mois à peine, la petite commune lorraine s’est imposée comme un point incontournable du soulèvement national des gilets jaunes : forts d’une assemblée quotidienne, les Lorrains boudent le « grand débat » macronien pour mieux louer la démocratie directe, sans représentants ni leaders. Des messages de soutien leur arrivent sans tarder du Chiapas et du Rojava. Une Assemblée des assemblées (ou « Commune des communes ») s’est tenue les 26 et 27 janvier derniers, à leur appel, rassemblant 75 délégations de toute la France. L’horizon ? Abolir les inégalités, partager les richesses et donner le pouvoir au peuple. Nous sommes allés à leur rencontre. 

La brume encombre les plaines que les fenêtres du car déroulent. L’horloge indique 9 h 30. Un des passagers, un certain Victor, se jette dans la discussion qui va s’improvisant : « La plupart des organisations de gauche ont repris toutes les calomnies sur les gilets jaunes, justifiant quasiment la répression, ou bien ont dit qu’elles n’avaient rien à voir avec ça, que ce n’était pas une lutte de la classe ouvrière… Des puristes ! » Brun, trapu, volubile, la trentaine ; il se présente à nous comme sympathisant trotskyste. Un autre passager rebondit : « C’est une faillite intellectuelle de l’extrême gauche. Parce que ce mouvement est de l’ordre du white trash1, et les militants d’extrême gauche en sont socialement très loin. Il y a beaucoup de mépris. Il y a une déconnexion totale avec la réalité sociale. » Le véhicule stationne aux abords de la gare de Commercy ; le froid nous saisit, la neige n’a tenu que sur les toits. Les gilets jaunes, venus des quatre coins du pays — Sète, Lorient, Nice, apercevons-nous ici et là sur les chasubles fluorescentes —, convergent en direction de la navette qui nous conduira à Sorcy-Saint-Martin : c’est là, à moins de huit kilomètres de la sous-préfecture, que se déroulera l’Assemblée des assemblées. Les autochtones s’affairent, visiblement surpris par l’afflux. Il faut dire que personne, ou presque, ne connaissait le nom de Commercy il y a deux mois de cela…

« Il y a beaucoup de mépris. Il y a une déconnexion totale avec la réalité sociale. »

Nous nous dirigeons vers le centre de la commune et interpellons quelques habitants au hasard du bitume : ils ignorent que se tient en ce jour ladite Assemblée. Si la plupart soutiennent le mouvement des gilets jaunes, bien que de loin, certains se montrent indifférents, pour ne pas dire sceptiques. Nous entrons dans le premier bar venu, à deux pas d’un vieux château édifié par quelque comte friand d’opéra. Un client, le tenancier ; nous prenons des cafés. Tous deux ne savent pas bien de quoi il retourne mais s’y seraient volontiers rendus s’ils ne travaillaient pas — « Qui va tenir le comptoir ? », lance l’homme debout derrière ce dernier.

Une cabane contre « le mal-vivre »

« Aujourd’hui, les zadistes, ils ne sont plus à Notre-Dame-des-Landes mais ils sont sur les ronds-points : ce sont les gilets jaunes », nous disait un prénommé Michel lors de notre passage à la ferme de la ZAD dite des « 100 noms ». L’église de Commercy poinçonne un nuage blême. Ruelles, pierres grises, volets de bois, un snack, un fleuriste, quelques panneaux « À vendre » ou « À louer ». La cabane des gilets jaunes colore tout soudain la place Charles-de-Gaulle. « Taxes », « Retraites », « ISF », « Écologie », lit-on au trait noir sur des morceaux de bois cloutés ; un drapeau tend ses trois couleurs au petit vent. De ce modeste « Chalet de la solidarité », tout de bric et de broc bâti, Commercy devint un centre d’intérêt national puis international : des messages de soutien affluèrent d’Allemagne, du Mexique, de Syrie ou de la République dominicaine. L’emplacement ne doit rien au hasard : sa centralité a valeur d’invitation à la rencontre ordinaire, et l’occupation du domaine public tient lieu de lutte, rendant en sus visibles « les invisibles » que sont, c’est là leur mot, les gilets jaunes.

Huit d’entre eux — quatre hommes et autant de femmes — apparaissent le 30 novembre 2018 sur nos écrans, cinq minutes durant, lisant à tour de rôle un communiqué imprimé sur une feuille A4 : « Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-services, et des barrages filtrants. Dans la foulée, nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours. » Balayant d’un revers de main toute tentative de médiation entre le mouvement et le gouvernement (garant du « système »), les Commerciens fustigent « les représentants » pour mieux louer la seule démocratie qui soit à leurs yeux : directe et populaire. Contre « tous ceux qui se gavent », contre « les puissances de l’argent », contre « les intérêts des ultra-riches », ils appellent à ériger, partout en France, des comités populaires et des assemblées générales afin de « reprendre le pouvoir ».

« Des autocollants à prix libre raillent le Premier ministre, exhortent Macron à “dégager” et dénoncent les paradis fiscaux. »

Des gilets jaunes nous prennent à bord de leur véhicule, direction l’Assemblée. L’hiver déplie la campagne de ses doigts maigres ; arbres, champs, un cygne rompt un instant la rudesse des lieux. Le parking de Sorcy-Saint-Martin, signalé par une planche posée sur une cagette, est bondé ; on entend râler. 200 personnes, à vue de nez, se trouvent déjà sur place — il n’est pas midi. Ça s’agite, se croise, se rencontre, se salue, se reconnaît, se découvre : les langues se délient sans le bois dont on fait la scène politique. Nous pénétrons dans la salle des fêtes. Une carte de France est affichée, conviant à marquer d’une punaise la commune d’où l’on vient — le pays se voit constellé de points, exception faite du Sud-Ouest. Des tracts, disposés sur une table, rappellent la « méthode pour une assemblée citoyenne et participative » : ce sont là les gestes en usage sur les occupations de place, de la Puerta del Sol à Nuit Debout. Des autocollants à prix libre raillent le Premier ministre, exhortent Macron à « dégager » et dénoncent les paradis fiscaux. Un ouvrage sur la révolution du Rojava est également proposé à la vente.

Steven, l’une des figures du Commercy réfractaire, nous dit : « Pour l’organisation de l’Assemblée des assemblées, aucune personne n’a pris de décision en disant “Moi je vais faire ça”. On a débattu et décidé au sein de notre assemblée. » Transport, accueil, point presse, cantine à prix libre (La Marmijotte), garderie : tout a été structuré en amont — plus de 250 gilets jaunes dormiront ce soir chez l’habitant. Nous apercevons des journalistes de l’AFP, de LCI, de Libération, de la chaîne RT ou du Monde. Des indépendants, aussi. Et l’« automédia » des gilets jaunes. Deux porte-parole font face, du mieux qu’ils peuvent, au roulement des questions.

Une famille en construction

Si la critique des leaders est largement partagée par les gilets jaunes réunis ce jour, il est un mot qui semble fédérer les citoyens mobilisés depuis le mois de novembre : « famille ». Celui-là même que Jérôme Rodrigues, mutilé à Paris par les troupes du gouvernement Macron lors de l’acte XI, ne cesse d’employer dans les messages qu’il adresse au mouvement. « On a fait Noël à la cabane. Moi je suis passé pour l’apéro, et après je suis rentré en famille, mais beaucoup sont restés ensemble. C’est des personnes qui n’avaient pas forcément de famille, ou qui voulaient simplement rester ensemble. C’est magnifique », nous raconte John, un boxeur amateur aux traits émaciés.

« Rompre l’isolement structurel ; apprendre à s’écouter, donc également apprendre à se taire. »

Rompre l’isolement structurel ; apprendre à s’écouter, donc également apprendre à se taire ; élaborer des espaces où la parole peut librement se déployer, sans jugements hâtifs ni railleries. Stéphanie est assistante vétérinaire en Bretagne ; leur lutte repose à ses yeux sur quatre piliers : la justice sociale, économique, environnementale et judiciaire. « On se sentait seuls, démunis, exploités. On était isolés. On est tous dans des mouvements chacun dans notre coin et, ici, cette réunion nous a permis de prendre une température nationale. On a vu que nous n’étions pas seuls à défendre ces valeurs, et qu’elles étaient communes à tout le monde. Et ça fait plaisir ! » Renz, qui affiche une barbe touffue et une chasuble poussiéreuse sur laquelle on peut lire « RIP capitalisme », complète entre deux éclats de rire : « Ce mouvement, ce qu’il a créé, c’est un sentiment familial, une fraternité. En venant ici, on réalise que la famille s’est agrandie. On a créé des liens qui sont forts et qui, j’espère, vont durer. »

Une politique des assemblées

L’autonomie, avançait en 1993 le philosophe Cornelius Castoriadis, « c’est le projet d’une société où tous les citoyens ont une égale possibilité de participer à la législation, au gouvernement, à la juridiction et finalement à l’institution de la société2 ». Nous y voilà. Une seconde vidéo — intitulée « Deuxième appel des gilets jaunes de Commercy » et postée un mois après la précédente — est à l’origine du présent rassemblement. Sous le toit de fortune de leur cabane, les habitants mobilisés défilent alors pour convier le mouvement tout entier à venir ici afin de « rassembler les cahiers de revendications et [de] les mettre en commun », de « débattre tous ensemble des suites [du] mouvement » et de « décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation ». L’appel s’achève ainsi : « Ensemble, créons l’Assemblée des assemblées, la Commune des communes. C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition. »

Des madeleines — la spécialité locale — et des fruits sont à disposition près de la fontaine à café. Des pâtes sont au menu ; demain, du couscous. Nous discutons, en cassant la croûte, avec un gilet jaune venu de Saillans : depuis 2014, fort d’un mouvement d’opposition à la construction d’un supermarché, ce village de la Drôme est administré par un « pouvoir citoyen » — un conseil municipal collégial, des commissions participatives, un conseil des sages et le recours au tirage au sort. Il est 13 heures ; l’Assemblée, retransmise en direct sur Internet, débute dans la salle polyvalente aux murs rose et blanc. Claude, militant antinucléaire engagé à Bure, s’empare du micro, un symbole féministe tracé au dos de son gilet : « On représente une idée, un mode de fonctionnement qu’on va essayer d’expérimenter. Donc on va être humbles. […] Il s’agit de s’engager dans un processus, si tout le monde est d’accord, un processus par le bas. […] On va pouvoir attaquer, sans plus tarder ! » La délégation de Poitiers s’avance la première, sous les applaudissements.

« Un drapeau frappé des mots “municipalisme libertaire” ornait à la mi-novembre l’un des ronds-points de la sous-préfecture. »

Chaque délégation, mandatée par sa base locale — un binôme paritaire, le plus souvent —, se présente à tour de rôle ; elles sont au nombre de 75. Les porte-parole relatent, le temps d’une à cinq minutes, leur expérience, leurs difficultés, leurs avancées. Les luttes se ressemblent, se complètent. Blocage de routes, occupations, constructions, évacuations du mois de décembre, reconstructions. Ici, un discours, largement salué, contre le sexisme et le racisme ; là, un appel à articuler les communes aux régions, via l’intercommunale et le département. L’Isère invite à la démocratie directe à échelle nationale ; Paris tance « la caste des bobos » ; l’Ardèche rappelle, acclamée, que les gilets jaunes ne sont pas les « factieux » tant vomis mais les héritiers des idéaux républicains originels ; Belfort conte sa jonction à la frontière avec les gilets jaunes suisses et allemands ; Saint-Nazaire revient sur la création de leur Maison du peuple, la première du mouvement — les applaudissements sont nourris, un poing se lève, le cri de guerre des spartiates est entonné.

Bookchin en Lorraine ?

Un drapeau frappé des mots « municipalisme libertaire » ornait à la mi-novembre l’un des ronds-points de la sous-préfecture. « Commercy ouvre la voie du municipalisme », titre quelques semaines plus tard le mensuel CQFD ; « À Commercy, des Gilets jaunes pour le “communalisme libertaire” », entérine en janvier le site Arrêt sur images ; « La Meuse sera-t-elle le prochain Rojava ? », demande même Radio Parleur à la veille de l’Assemblée des assemblées. Qu’est-ce à dire ? Si la notion résonne de longue date au sein de la tradition anarchiste, c’est au penseur étatsunien Murray Bookchin, disparu en 2006, que l’on en doit la formulation la plus aboutie. « Un peuple dont la seule fonction “politique” est d’élire des délégués n’est pas en fait un peuple du tout, c’est une masse, une agglomération de monades3. La politique, contrairement au social et à l’étatique, entraîne la recorporalisation des masses en assemblées richement articulées, pour former un corps politique dans un lieu de discours, de rationalité partagée, de libre expression et de modes de prises de décision radicalement démocratiques4 », expliquait-il. Sous l’appellation « municipalisme libertaire » — ou « communalisme » —, ce militant écologiste de formation marxiste échafauda, à partir des années 1970, une « solution de rechange5 » au capitalisme : il s’agit, afin de dissoudre l’État et d’« enlever l’économie à la bourgeoisie », de créer des communes, structurées autour d’assemblées populaires et défendues par une garde civile, puis de les fédérer entre elles jusqu’à ériger « une Internationale dynamique, solidement enracinée dans une base locale ».

Si la proposition de Bookchin n’eut guère d’écho de son vivant, le Rojava — par le truchement d’Abdullah Öcalan, cofondateur du PKK — s’en inspira pour bâtir la révolution communaliste qu’il amorça en Syrie sur fond de guerre civile. Deux jours durant, nous questionnons les gilets jaunes que nous rencontrons : l’immense majorité d’entre eux ignore tout du municipalisme libertaire. Rico, originaire de l’Ariège, nous avoue : « J’ai découvert le terme hier soir, donc je vais aller me renseigner. » Adel, agent d’une filiale privée de la SNCF en Île-de-France, nous demande de répéter le mot : « Trop technique. Impossible à faire entendre dans les banlieues. » Chantal, technicienne de laboratoire retraitée dans l’Ariège, se méfie d’ailleurs de l’importation de théories extérieures au soulèvement : « C’est aux gens d’écrire eux-mêmes les façons dont ils veulent fonctionner. On peut s’inspirer des choses qui ont été proposées, par le passé, mais surtout pas de projet de société tout fait ! Il y a eu la Commune de Paris, il y a le Chiapas, les gens ne sont pas cons : ils ont su le faire, ils sauront le refaire — même sans avoir lu les livres de Bookchin ! »

« On s’en fiche des mots, on les met en pratique ! On s’en fiche que ça soit bookchinien ou non. »

Claude insiste, soucieux du respect de la parole collective : il ne nous répond qu’en son nom propre. « Le terme “municipalisme libertaire” n’est plus employé à Commercy, on préfère parler d’assemblées populaires — ce qui revient au même. On s’en fiche des mots, on les met en pratique ! On s’en fiche que ça soit bookchinien ou non, on ne veut pas plaquer des idéologies pré-existantes sur les pratiques qu’on expérimente. » Et Steven, éducateur spécialisé, d’ajouter que 12 groupes, sur 15, ont estimé qu’il était prématuré de promouvoir le modèle bookchinien dans la commune meusoise. « Sur le papier, c’est une très belle idée, mais comme les communes ont de moins en moins de pouvoir, faut y réfléchir. Mais ça pourrait être une des suites du mouvement : prendre le pouvoir au niveau local… »

Sabrina, professeure des écoles venue de Paris, a inscrit « Quartier populaire » sur le dos de son gilet ; elle nous dit : « Certains parlent d’un moment historique : quand on voit le mot de soutien de la Commune du Rojava, ça a de la valeur pour beaucoup de gens. » Au mois de décembre 2018, une jeune femme vêtue d’une chasuble jaune proclamait en effet, filmée : « Nous nous adressons à vous en tant que Commune internationaliste depuis le Rojava, le Kurdistan de l’ouest, au nord de la Syrie. Nous suivons avec attention depuis plus d’un mois la révolte populaire qui a lieu en France. Nous avons été impressionné·e·s, aussi bien par la détermination des manifestant·e·s que par le niveau de répression policière et étatique. Nous adressons notre solidarité à toutes celles et ceux qui en font les frais. Force à vous, votre résistance est populaire jusqu’ici. » Elle était entourée d’une dizaine de militants, masqués pour certains d’entre eux — dans leur dos, une banderole affichait le visage de la combattante internationaliste britannique Anna Campbell, tombée sous les tirs de l’armée fasciste turque le 15 mars 2018. Rares sont les habitants de Commercy à avoir entendu parler du Rojava, nous précise-t-on toutefois. « On va leur adresser un message de soutien en retour, qu’on a décidé collectivement en assemblée », poursuivra Claude.

Un appel à la dignité

John nous parle de René, un retraité de sa connaissance : c’est lui qui, toujours, rappelle au groupe « qu’il y a cette urgence sociale liée à la misère ». Parole nue et crue qui « ramène à la réalité ». Et de cela, John se félicite : le risque serait grand de se perdre « dans des réflexions sur la question de la démocratie, de la Constitution ». « Il y a des gens qui crèvent la dalle, qui n’ont pas de logement. C’est cette rage qui nourrit notre engagement. Il y a beaucoup de parents isolés, de personnes au RSA. Il y a peu de travail dans le coin, et pour en trouver un, il faut une voiture. Le cercle vicieux est que si tu as pas de travail, tu peux pas avoir de voiture… » Dans la salle, le micro part à droite, puis à gauche ; certains prennent des notes, d’autres invitent à plus de silence. Les quatre prochaines heures sont dévolues à l’élaboration des « suites et [des] perspectives du mouvement » ainsi qu’à l’« organisation démocratique à toutes les échelles ». Des mots se cherchent, d’autres se trouvent. Nanterre loue la multiplication des liens avec « les syndicalistes de base » ; Saint-Nazaire met sur la table l’impérieuse nécessité qu’il y a à organiser une défense collective contre les assauts de la police ; Poitiers propose de boycotter les banques. Les échanges se succèdent, dans les applaudissements et parfois les huées ; un homme grisonnant juge bon de renforcer « la jonction avec le mouvement ouvrier » ; une jeune femme exhorte l’assistance à se mobiliser contre l’infiltration de militants d’extrême droite au sein des manifestations. Le ton monte, l’écoute reprend.

« Une jeune femme exhorte l’assistance à se mobiliser contre l’infiltration de militants d’extrême droite au sein des manifestations. »

Nous parcourons la feuille de route du week-end (les rôles y sont définis — observateurs, modérateurs, délégués, animateurs, presse — et les horaires fixés) ainsi qu’un document local préparatoire intitulé « Synthèse des revendications » : démission de Macron, dissolution de l’Assemblée nationale, réduction des élus, abolition des privilèges, relaxe des gilets jaunes, sortie de l’état d’urgence, retraite à 60 ans, transition énergétique, agriculture biologique, qualité des services publics, suppression de Parcoursup, mutualisation des médias et définanciarisation de la presse — autant de thématiques mises au pot commun comme à l’ordre du jour. « Là, on encule les mouches ! », s’impatiente une déléguée ; « Faut arrêter de se prendre la tête », objecte un homme face à l’intransigeance démocratique et horizontaliste à l’œuvre : le strict respect des mandats et la légitimité des prises de décision hantent les échanges.

La journée du dimanche accouchera d’un appel collectif, ratifié par cette première Assemblée des assemblées, pour « vivre dans la dignité » : « Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales ! Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous. » Le texte, lu face caméra et aussitôt diffusé sur Internet, invite tout un chacun à rejoindre le mouvement et, après avoir fait sien le mot d’ordre national du soulèvement (« Macron démission ! »), conclut : « Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple ! »

Le retour du peuple

Les gilets jaunes de Commercy le martèlent : ils sont « apolitiques ». Entendre, en réalité, « apartisans » — l’ordure politicienne et représentative a souillé jusqu’à l’étymologie de ce grand mot, « politique », auprès du plus grand nombre : polis, la Cité. La crainte de la récupération, de la dépossession, est partout patente. Celle du phagocytage par les partis ou les syndicats, synonymes de bureaucratie ou d’arrangements avec le pouvoir, également. Aboutir à un mouvement de militants, assure ainsi Steven, impliquerait de facto son échec. Les ronds-points et les assemblées constituent dès lors autant de lieux d’apprentissage quotidien : les gilets jaunes s’informent, se forment, débattent, apprennent au contact des uns et des autres, rentrent chez eux grandis puis élèvent à leur tour. Renz, de Saint-Nazaire, nous raconte : « On a fait un gros travail d’éducation populaire au sein du mouvement : au début, on en avait gros, c’est tout, c’est ça qui a lancé le mouvement. Là, on affine. On se demande dans quelle société on veut vivre. Et ce qui ressort de presque tout le mouvement, c’est le pouvoir au peuple. » La plasticité du mouvement, originellement présenté comme une émanation de l’extrême droite et de la « peste brune6 », est telle qu’elle poussera Éric Zemmour à déplorer la mort dudit mouvement au motif que les gilets jaunes seraient finalement trop à gauche7…

« Un peuple, construit comme majorité sociale, en opposition à une oligarchie illégitime, déconnectée et spoliatrice. »

Nous croisons à Commercy un ancien électeur du Front national passé à la France insoumise, des syndicalistes engagés à SUD et quelques anarchistes percevant là une authentique dynamique autogestionnaire bien plus qu’un spectre « rouge-brun ». Un ouvrier d’usine à la retraite nous assure voter Nicolas Dupont-Aignan et l’habitant désigné pour nous héberger ne nous cache pas ses déconcertantes sympathies royalistes. Le municipalisme libertaire tel que façonné par Bookchin garantit « l’expression la plus complète de tous les points de vue8 » au sein des assemblées, par principe interclassistes. Et Commercy n’agit pas autrement : un skinhead est accepté aux réunions… Les gilets jaunes lorrains le répètent à l’envi : il importe de se rassembler sur ce qui fait commun en passant sous silence ce qui « clive » et « exclut » — d’où, notamment, l’absence manifeste des questions identitaires et migratoires. On sait pourtant que le refoulé ne manque jamais de resurgir, et ce savoir se fait urgence dans un monde en proie aux réveils nationalistes. Un prénommé Bertrand nous glisse : « Seuls les vœux pieux savent faire consensus… » Visiblement soucieux de clarifier, une fois pour toutes, les frontières éthiques et politiques de la mobilisation des gilets jaunes, l’appel des 75 délégations né de l’Assemblée des assemblées n’en tranche pas moins : « [Macron] nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni racistes, ni sexistes, ni homophobes, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire. »

Le découpage parlementaire dont nous usons depuis la Révolution française, entre une gauche défavorable au veto royal et une droite partisane du pouvoir monarchique, n’apparaît plus aux yeux des gilets jaunes de Commercy comme une grille de lecture efficiente. « Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Elle a perdu son sens. Les uns et les autres disent la même chose9 », estimait Castoriadis dans les années 1990 : les deux espaces s’étreignent, la fin de l’Histoire actée et le Marché sanctuarisé, sur les ruines du communisme international. Chantal ne nous dit pas autre chose : « Gauche et droite, c’est une place à l’Assemblée nationale, ça ne veut rien dire. » C’est bien « le peuple » — et non plus « la classe ouvrière », « le prolétariat » ou « le camp anticapitaliste » — qui s’avance, dans tous les discours, comme sujet de l’émancipation. Ce peuple, qu’un des volumes de Pierre Larousse définit comme « ceux qui peinent, qui produisent, qui paient, qui souffrent et qui meurent pour les parasites », est ici construit comme une majorité sociale (« nous ») en butte à une oligarchie, illégitime, déconnectée et spoliatrice (« eux »). Chantal poursuit : « Les gilets jaunes, c’est les exploités, les humiliés, les gens à qui on vide les poches, et pas ceux qui se les remplissent. »

Le « grand débat » poursuit sa tournée, seul en scène ; la mairie de Commercy ordonne le retrait définitif de la cabane ; Saint-Nazaire annonce, le 10 février 2019, que la seconde Assemblée des assemblées se tiendra chez eux au début du mois d’avril. Les rues, comme chaque samedi, continuent de se remplir du jaune des protestataires et du sang des mutilés. « On est fiers, car avec nos petits moyens et nos petites idées Commercy a inspiré beaucoup de gens », nous confiera Claude d’une même voix modeste. « En même temps, ça nous fait peur. On incarne quelque chose qui nous dépasse. On doit garder la tête froide et continuer. On reçoit des sollicitations de partout, on nous demande des conseils ou de l’aide, mais on n’est pas détenteurs d’un savoir que les autres n’ont pas… On est en pleine expérience. La tâche devant nous est immense. Quoi qu’il arrive, même si le mouvement s’éteint, l’émotion qu’on a à vivre tout ça laissera des traces. »

1. Argot américain : population blanche pauvre.
2. Entretien paru dans le n° 10 de la revue Propos, mars 1993.
3. Conscience individuelle, individualité en tant qu’elle représente à la fois un point de vue unique sur le monde et une totalité close.
4. Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire, Atelier de création libertaire, 2003-2018.
5. Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire, Écosociété, 2013.
6. « C’est la peste brune qui a manifesté [sur les Champs-Élysées]. » Gérald Darmanin au Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, 25 novembre 2018.
7. Émission Zemmour & Naulleau, 6 février 2019.
8. Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire, op. cit.
9. Cornelius Castoriadis, Post-scriptum sur l’insignifiance, L’Aube, 1998.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Les assemblées des assemblées pour une société des sociétés… Tout le pouvoir aux ronds-points !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 10 février 2019 by Résistance 71

TOUT LE POUVOIR AUX RONDS-POINTS !

 


Pour une société des sociétés…
Pour une généralisation des Assemblées des assemblées

 

Ni chef, ni chef: gilets, gilets, gilets, gilets jaunes !

 

Nuage Fou

 

5 février 2019

 

url de l’article:

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Ni_chef_ni_chef_:_gilets_gilets_gilets_gilets_jaunes_!

 

Résolument et joyeusement accrochés aux ronds-points et rythmant les samedis depuis plus de deux mois, les Gilets Jaunes sont chauds bouillants. Et toujours pas de chef ; ni petits, ni grand. Quelques figures pour occuper les médias et animer les sites Facebook nécessaires au fonctionnement de l’intelligence collective. Mais c’est le Grand Air Glacé de l’hiver qui souffle et personne ne s’y risque, depuis ses origines, le mouvement revendique une démocrate radicale, mais sans en trouver les modalités pratiques. A Commercy, ils s’y sont collés, l’ont mise en forme, puis semée sur les terres fertiles de l’Internet, de Facebook et de Youtube. Résultat cette assemblée des assemblées formalisée autour de quelques principes fondamentaux : individus et groupes autonomes associés au sein d’une coordination respectueuse de chacun. Les groupes sont représentés par des mandatés révocables chargés de mettre en œuvre des directives précises décidées en AG. À l’Assemblée des Assemblées de Commercy, qui s’est tenue les 26 et 27 Janvier, au bord de la Meuse, on constate avec joie qu’il n’est pas besoin de se dire anarchiste pour en apprécier les fondamentaux.

« Dis mamie, c’est quand qu’on brûle les voitures ? »

C’est une Gilet Jaune de Commercy qui racontait cette anecdote : Une femme du village venue sur le rond-point pour faire connaissance et discuter autour d’un café, avait emmené sa petite-fille. Au bout d’un moment, s’embêtant peut-être un peu, elle lui dit cette phrase très innocente : « Dis, Mamie, c’est quand qu’on brûle les voitures ? ». Eh bien, en Île de France, du côté de Nemours, c’est un peu du même acabit… mon petit-fils, de retour d’une après-midi au rond-point, saturé de bonbons et de gâteaux, me disait qu’il avait vraiment bien joué avec les deux autres enfants… aux Gilets Jaunes et aux policiers ! On le voit, les Gilets Jaunes ont marqué l’époque, ils sont d’ores et déjà entrés dans l’imaginaire des générations qui viennent.

Avant l’AG, la manif 

Donc samedi matin, 26 janvier, départ pour Commercy à l’Assemblée des Assemblées. Mais auparavant il y a la manif devant la mairie du petit village de Nonville (sic !) proche de Nemours. Les parents d’élèves protestent contre la fermeture d’une classe, la seconde en deux ans. Un tract trouvé dans la boite aux lettres nous a mis au courant, puis la visite du groupe Facebook créé pour l’occasion a fait le reste. Les Gilets Jaunes de Nemours viennent au secours des habitants de Nonville pour les aider à défendre l’intégrité de leur village. Une trentaine d’entre nous, plus les parents, le maire empêtré de bleu-blanc-rouge, quatre voitures de gendarmerie et une douzaine de gendarmes plus ou moins équipés. On touche ici du doigt la réalité des protestations des Gilets jaunes ruraux. L’Etat prend dans les campagnes les instituteurs qu’il envoie dans les zones prioritaires des banlieues déshéritées. Moins de classes, donc pas de nouveaux jeunes couples ou parents, donc pas de nouveaux enfants, donc plus d’école ; au final, plus de village. L’Etat nous veut dans ses centres urbains, hors sol, isolés, et sous la surveillance des caméras vidéo qui envahissent ses « smart cities ». Les instits savent bien, que ce qu’il faut à une classe, pour qu’elle fonctionne pour tous, ce sont des têtes de classes. C’est la mixité sociale qui fait la réussite de tous, pas le dépouillage de Gilles pour habiller John.

Le vrai départ donc

Le vrai départ à 10 :30 donc, direction Commercy, pour y arriver vers 14h, en pleine AG. Ce premier temps de l’Assemblée des Assemblées, est celui de la rencontre, chaque mandaté présente son groupe aux près de 400 personnes réunies dans la salle des fêtes de Sorcy Saint-Martin

, petit village à 7 kilomètres de Commercy, dont le maire a bien voulu héberger l’événement. Le matin, beaucoup de journaux, radios et télévisions, régionaux et nationaux interviewent, photographient et filment les participants. Ils sont ensuite priés de rester dehors afin de laisser l’AG se dérouler dans l’intimité. Les médias « Gilets Jaunes » sont toutefois libres de participer, à condition de ne pas filmer une partie de la salle où s’installent ceux qui désirent garder un peu d’anonymat. 

Chaque groupe se présente alors très succinctement – 2min. 20 – : sa taille, ses actions, ses objectifs et son histoire, comme celle – acclamée – des sept évacuations/reconstructions des ardéchois dont l’acharnement a fini par venir à bout des autorités. L’Ariège, la Drôme, la Lorraine, l’Alsace… de très nombreuses régions sont présentes et on assiste immobiles à un vrai tour de France, jusqu’aux Parisiens et aux banlieusards – Saint Denis, Montreuil ou encore Rungis – qui sont maintenant de la partie. En complément des Commerciens, qui font tourner le manège, l’AG regroupe deux types de participants : les mandatés des assemblées locales, tirés au sort parmi les volontaires, représentant 75 groupes, et les « observateurs », des participants appartenant pour la plupart à des groupes, mais n’ayant pas le statut de mandaté. Pour la plupart des décisions, seuls les mandatés ont droit de vote, ils sont équipés d’une feuille A4 de couleur portant la localisation de leur groupe et qu’ils peuvent brandir pour voter.

Beaucoup de présentations… selon la performance oratoire des intervenants et l’intensité ou l’originalité de l’activité des groupes, l’assemblée oscille entre des demandes de « faire plus court » ou des acclamations enthousiastes. Une dizaine de signes des mains permettent d’exprimer sans brouhaha, approbation, réprobation ou bien de demander le silence ou l’arrêt d’un orateur trop verbeux. Ça fonctionne assez bien, complété quand même, par quelques cris d’enthousiasme, occasionnels mais vigoureux, et le plus souvent bien accueillis. 

Des femmes en première ligne

Quelques points saillants… la présence des femmes en nombre, plutôt inhabituelle dans les mouvements de contestation, probablement un gros tiers et il semble que chacun s’en réjouisse ! Les organisateurs avaient d’ailleurs demandé que les binômes mandatés soient à parité quant au genre. Donc quelques prises de paroles de femmes, remarquées et très soutenues. L’une, par exemple, indique qu’elle sort du protocole – 2minutes 20, uniquement pour présenter son groupe lors de ce premier tour de parole – et dit « tout ce qu’elle a à dire », car elle est venue avec sa fille, qui au bout de quatre heures commence à se lasser des coloriages. Elle exprime son regret qu’il n’y ait pas de crèche pour les jeunes enfants ; elle devra donc partir. En réponse une Gilet Jaune de Commercy demande le micro et indique que, s’il n’y a pas de crèche, elle s’occupe malgré tout des petits, que l’on voit s’ébattre au calme au fond de la salle… Présentation également des « Amajaunes », les femmes Gilets Jaunes qui s’organisent et créent un sous-mouvement purement féminin, avec en particulier une visibilité spécifique au sein des manifestations et un positionnement pacifique revendiqué face aux violences policières. Ailleurs, d’autres femmes s’organisent également entre elles, comme par exemple les Femmes Gilets jaunes d’Ile de France. La « Marée Jaune » également est très présente, démarrée par 5000 personnes à Nancy puis se répandant dans les 55, 57 et 88. Les manifestations régionales tournent, changeant à chaque week-end de lieu de rassemblement. Les raisons sont économiques – ne pas demander aux mêmes de se déplacer sans cesse – et politique – être présent et recueillir les soutiens partout. À grands renforts de Aouh, aouh, La Maison du Peuple de Saint Nazaire bien représentée appelle à la création de Maisons du Peuple partout ou cela est possible. Le mandaté du M17, un Québécois installé en France, revendique l’organisation de 183 groupes représentant 40,000 Gilets Jaunes…

A Commercy, pas de monopole de la prise de parole par un groupe d’orateurs, comme cela avait été le cas lors de la grande A.G. réunissant les Gilets Jaunes du Loiret, à Chalette sur Loing le 4 janvier, où les animateurs en surplomb sur une estrade disposaient des micros. A Commercy, on s’inscrit pour son tour de parole, qui devra respecter le sujet traité et le temps alloué à chacune des interventions. En cas de débordement, c’est l’assemblée qui contrôle à l’aide des signes convenus. Le meneur du débat se contente de tendre le micro à la personne en tête de la liste des inscrits, et parfois de proposer des reformulations. Un rôle clef toutefois, et assumé avec un remarquable esprit de synthèse, lorsqu’il a fallu improviser des votes : celui de formuler les choix à faire et les questions sur lesquelles voter. 

Technologie et démocratie

C’est une panne de technologie qui est à l’origine de la singularité de Commercy. Après un premier meeting improvisé réunissant 200 personnes dans un bar, le 10 janvier, le mouvement s’est organisé et a pris possession d’un rond-point. A chaque rassemblement, un leader prenait le micro pour faire un discours, jusqu’au grain de sable que fut la panne du micro. Cette panne a fait basculer le groupe du mode asymétrique orateurs/assistance au mode symétrique de l’AG au sein de laquelle chacun peut s’exprimer, proposer les étapes vers un consensus puis, si nécessaire, voter pour ou contre une décision. Le numéro de Janvier de Monde Libertaire insistait sur la concentration du pouvoir que favorise la technologie. Le micro qui permet à l’un d’être entendu – écouté – par tous, en est un bel exemple. Et c’est la défaillance de la technologie qui aura permis le retour d’une démocratie vite adoptée. Cette petite panne aura transformé durablement un groupe en assemblée, puis, les semaines passant, aura démarré la cristallisation et la coordination d’une mouvance Gilets Jaunes d’inspiration libertaire quant à ses méthodes. Il faut dire que le cadre du communalisme libertaire proposé par Murray Bookchin, et popularisé par la lutte Kurde, entre particulièrement en résonance avec l’ancrage farouchement local du mouvement et son refus viscéral d’une verticalité nécessairement autoritaire.

Le désir de démocratie radicale qui réunit à Commercy les participants à l’Assemblée des assemblées, est omniprésent dans les discussions, et la question de la légitimité revient sans cesse. En conséquence, une longue partie de la discussion qui suit les présentations se focalise sur les objectifs que l’assemblée peut légitimement se donner, afin de rester en accord avec l’encadrement des mandatés par leurs propres assemblées, et bien sûr, sur la légitimité des mandatés pour décider en séance ou puis attendre et faire valider les décisions par l’assemblée. Loin de l’arrogance et du mépris des parlementaires, soi-disant représentants du peuple, parce qu’élus, on assiste ici à l’inverse, une sorte de « complexe du mandaté » qui se fait jour, au risque d’auto-limiter leur capacité d’agir. Un souci constant d’hyper-démocratie hante les participants. Faute d’une pratique établie, d’un protocole agréé par tous, d’une habitude, cette première assemblée des assemblées fait précéder toute discussion d’une pré-discussion relative à son organisation et aux modalités de contribution et prise de décision. Les options émergeant de la pré-discussion sont ensuite mis au vote afin de pouvoir se consacrer à la discussion elle-même. En particulier la difficulté pour les mandatés d’évaluer l’élasticité de leur mandat et leur capacité à décider – voter – sur place, sans revenir vers leurs groupes pour validation. Ce rodage, et le passage régulier à un niveau méta de discussion, en rendait certaines un peu hallucinantes. 

Toutefois, il était dans l’essence même de l’Appel de Commercy et de cette assemblée de mettre en œuvre une démocratie radicale ; l’AG inaugurale devait poser les premières pierres et roder les premières pratiques… Mais le même problème s’est posé le lendemain lors des discussions thématiques. Faute d’un protocole commun formalisé et adopté par tous, chaque groupe se voyait démarrer en travaillant son propre protocole, les uns avec plus de succès que d’autres.

Ronds-points : nos places publiques, nos médias et nos totems ! 

Deux thèmes affleurent, débordant régulièrement le protocole : la grève générale annoncée pour le 5 Février et la reprise des ronds-points le 15 février. Les ronds-points sont le totem des gilets jaunes. Ils ont transformé ces no man’s land ouverts sur rien en places publiques, creusets de la délibération, et en médias immédiatement lisibles par tous. La reprise du terrain est fondamentale car ces milliers de micro-ZADS sont le corps du mouvement, elles montrent au grand jour que l’on peut s’affronter à l’État et résister dans la durée, elles sont l’aimant qui attire les timides et fixe celles et ceux qui s’en approchent de trop près. Teintées de ce jaune fluo conçu pour être vu, elles sont la preuve bien vivante que la lutte continue. Et les saluts et les klaxons des voitures qui passent maintiennent actif le lien entre le noyau dur des plus motivés et les conducteurs qui leur disent : ne lâchez pas, on vous soutient ! Pour la grève générale, c’est plus compliqué… un peu coincée entre la méfiance des uns envers les syndicats et celle des autres envers leur direction, l’assemblée hésite à s’engage massivement dans cette voie. Et puis on voit bien que ça ne s’improvise pas, il faudra essentiellement accompagner et réagir. 

Deux longs débats

Restait à décider d’une prochaine A.G. et finalement, de la rédaction, ou non, d’un Appel de l’Assemblée des Assemblées. 

Deux longs débats… pour ce qui est de la prochaine A.G., nul ne doute qu’elle ne soit nécessaire, nous vivons un commencement, la naissance de « quelque chose » qui pourrait durer. Mais ici, pas de surplomb, du concret, on est dans l’action et pas dans le commentaire, donc, oui, une nouvelle A.G. s’impose, et donc c’est maintenant qu’il faut décider de l’endroit et de la date. Rapidement, la Maison du Peuple de Saint Nazaire se propose, pour organiser et héberger une A.G. dans deux mois. Deux mois ! Il faut dire que la remarquable organisation qui soutient la réunion des Gilets Jaunes venus des quatre coins de la France métropolitaine, met la barre assez haut : 400 personnes chaleureusement accueillies, bien logées, délicieusement nourries, et mises au boulot puis disponibles pour la tchatche ou la fiesta. Deux mois ne semblent pas de trop, surtout que c’est la croissance du mouvement qui est dans les esprits… Mais d’aucuns s’impatientent, faisant émerger un débat qui oppose vitesse et précipitation : s’attacher à faire « bien » ou construire à l’instinct sur la dynamique que tous vivent, s’inscrire dans la durée ou coller à l’actualité d’un mouvement dont chaque nouvel acte tend à redéfinir l’agenda. Il s’agit aussi que les mandatés ne se transforment pas en bureaucrates, occupés à se réunir ailleurs pendant que la base tient les ronds-points et se fait bombarder et flashballer dans les manifestations…. Il y a de la pression… le débat rebondit tant et plus, un moment on s’y perd un peu… puis Aurillac se propose, puis Saint Denis… jusqu’à ce qu’émerge une proposition qui puisse être soumise au vote : une assemblée à Saint Nazaire, dans deux mois – sûr ! –, et si l’une des propositions pour se retrouver d’ici un mois, se concrétise elle sera auto-validée. 

Motion adoptée – février se joue aux dés ; fin de l’hiver à Saint Nazaire ! – et saluée à nouveau de forces Aouh aouh !

L’Appel ! 

C’est grâce à deux appels successifs que nous sommes réunis à Commercy. Le premier invitait un mouvement purement horizontal, dispersé géographiquement et cherchant les modalités de son organisation, à suivre l’exemple d’une démocratie radicale : l’agora athénienne réincarnée dans les cabanes des ronds-points. En bonne logique, le second appel invitait ces démocraties locales ayant suivi – ou précédé – l’appel à se regrouper. Des anarchistes diraient : à se fédérer. Définir des mandats, choisir des mandatés et les envoyer se réunir au bord de la Meuse, à Commercy près de Nancy.

Bon, c’est fait, on y est, et ça fonctionne, et c’est juste génial ! Alors, au-delà de la mise en place d’une organisation et du partage des idées, des problèmes et des pratiques, il semble important de transmettre quelque chose à ceux qui n’y sont pas, de susciter espoir et désir chez d’autres Gilets Jaunes, de faire sentir et transmettre le vibrant eros de la démocratie. Le niveau national des Gilets jaunes, il faut dire, est tiraillé entre les refuzniks, qui ne veulent absolument pas de chefs mais n’ont pas vraiment de proposition fédérale, les inévitables politicards qui préparent leur élection à une Europe qu’ils disent détester, et les « leaders » FaceBook dont l’énergie et l’engagement a permis au mouvement de se réinventer semaine après semaine, mais qui (ne) sont (que) des figures, des voix, à l’image de ces chefs des sociétés pré-étatiques dont le rôle est d’incarner le collectif – mais pas plus !

À nouveau il faut débattre. Les mandatés le sont-ils pour rédiger un appel, peuvent-ils aller jusqu’à le valider ? Et cet appel, à qui s’adresse-t-il, aux convaincus qu’il s’agit de coaguler, ou à l’ensemble des Gilets Jaunes, qu’il faudrait convaincre de rejoindre la coordination… Ce qui réunit les Gilets Jaunes, c’est la quête d’une vie digne, d’une société décente où la richesse n’est pas monopolisée par quelques-uns, c’est la haine de la morgue d’une classe dirigeante qui s’est crue tout permis. A part le RIC – Référendum d’Initiative Citoyenne – qui fait une quasi-unanimité, on est loin d’un programme partagé. Malgré tout, il y a ici une certaine homogénéité des participants. L’anticapitalisme y est une évidence, alors que le terme apparaît peu dans la boite à mots des Gilets Jaunes. Une des figures du débat, pas vraiment nommée mais présente malgré tout, est celle de l’entre-soi, le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Entre la radicalité de revendications « évidentes » pour la communauté réunie et l’ouverture à l’ensemble des Gilets Jaunes, il faudra choisir, trouver les sujets non clivants, et surtout éviter un verbiage abstrait et convenu, incompréhensible au-delà d’une petite communauté d’avant-gardistes auto-proclamés. C’est une forme de maturité qui émerge et pousse à l’ouverture, en continuité des appels précédents, mais malgré tout avec un point dur : le positionnement clair par rapport à l’extrême droite, au racisme et à l’homophobie, n’est pas négociable. L’appel devra être explicite ; ces tentations minoritaires au sein des Gilets Jaunes mais qui trouvent malgré tout à s’exprimer doivent être explicitement condamnées, en tant que telles bien sûr, mais aussi parce que le pouvoir les utilise pour dénigrer le mouvement. Un vote entérine le consensus issu des longs débats. Quant à la rédaction de l’appel, il est – finalement – convenu qu’un groupe de volontaires planchera le soir et le début de la nuit pour proposer demain un texte à l’assemblée. Le texte pourra être amendé dans la matinée, et sera signé par les mandatés qui le souhaitent, les autres groupes seront invités à le signer une fois rentrés. Suit un excellent dîner autour d’une potée lorraine mijotée avec soin par le collectif de la Marmijotte – avec ou sans viande, bien sûr.

La soirée s’égrènera ensuite tranquillement entre longues discussions et musiques improvisées, avec en ouverture, l’émouvant Chant des Partisans de Commercy chanté par la chorale Gilles et John de Commercy un instant réunie sur l’estrade. Pour la nuit, les gîtes, hôtels et habitants alentours ont pu loger une bonne partie des participants, tandis que les autres munis de leur matelas et duvet ont dormi à même la salle de réunion.

Dimanche : appeler et rentrer

C’est après une courte nuit que l’assemblée se retrouve dimanche matin pour les groupes de travail thématiques sur les revendications, les actions, l’organisation, les élections, le (grand ?) débat, et l’amplification du mouvement. En fin de matinée, c’est le moment du partage avec l’assemblée du texte de l’appel, à peine sec. Solennel. Chacun se tait et les rédacteurs se réunissent au milieu de la salle devant une forêt de smartphones. Avec émotion, chacun, chacune, tour à tour, lit à haute voix un ou deux paragraphes. Quand c’est fini, les acclamations s’élèvent. Le texte est magnifique et porteur ; la grande majorité de l’assemblée s’y retrouve. Puis, quand un semblant de silence revient, c’est à nouveau le moment d’un tour de prises de paroles pour proposer, demander ou suggérer telle ou telle modification, ou tel ou tel ajout. Il faudra amender ce proto-appel, mais le consensus est que ça doit être minimal, et l’assemblée vote la confiance aux auteurs qui ont su respecter les consignes, trouver les mots et les assembler en un tout homogène et entrainant. Mission accomplie !

Mais c’est déjà l’heure de déjeuner, avant de partager le rendu des groupes de travail, puis valider la version définitive de l’appel. Les aurevoirs, les à-bientôt, les va-et-vient des mains qui se serrent ou s’agitent en l’air, et les bises qui claquent commencent à rythmer le temps qui passe maintenant trop vite ; il faut rentrer et nombreux sont ceux qui vont loin. Le cœur plein de cette ferveur qui imprégnait la salle, de l’enthousiasme puissant qui portait chacun, avec ce sentiment d’être là où un bout d’histoire se faisait, l’esquisse d’un nouveau monde que certains attendent depuis si longtemps. Chacun était là non seulement pour se lever contre un monde nihiliste qu’il faut stopper, mais surtout pour un monde à créer pour une organisation à mettre en place, qui respecterait chacun et réussirait à s’agréger sans accaparer, à coordonner sans réduire et sans trahir. Les Gilets Jaunes de Commercy, malgré la grande fatigue d’avoir préparé pour porter ce morceau d’histoire étaient radieux, les participants aussi, qu’ils soient mandatés ou simples observateurs.

La première Assemblée des assemblées a tenu ses promesses.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Du refus de la recupération à la lutte radicale*

Posted in actualité, altermondialisme, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 9 février 2019 by Résistance 71

(*) Le mot « radical » du titre doit toujours se prendre au sens étymologique, c’est à dire celui de la « racine », de « l’origine », la lutte radicale est la lutte  qui prend racine dans la matière organique même de la communauté humaine, dans sa nature profonde faite d’un communisme initial qu’il ne nous suffit que d’adapter à notre modernité, hors du marasme de la corruption étatico-marchande. (Résistance 71)

 

Elle est donc déjà terminée la misérable grève générale bidon du 5 février ?

 

Francis Cousin

 

Février 2019

 

La clownerie réussie du torpillage de  l’appareil syndical et de ses matons gauchistes a toujours réussi,  de décennies en décennies,  à nous faire  converger vers la défaite programmée du mouvement social…

Les polices syndicales sont les gardeschiourmes du prolétariat, chargés de le cloîtrer dans la paix sociale de la servitude, c’est d’ailleurs pour cela qu’elles dont directement financées par l’État…

Pour faire oublier la colère persistante des Gilets Jaunes qui chaque semaine persiste à vouloir tenir tête aux mensonges politiciens et médiatiques qui n’ont de cesse de vouloir l’enterrer et à l’heure où l’enfumage du soliloque national devient de plus en plus grotesque, les syndicats quasiment à l’état de mort clinique, veulent pourtant nous refaire le pitoyable coup de la mise à mort perlée qui leur a permis d’étouffer lentement mais sûrement la contestation des cheminots l’année passée.

Non aux défilés de mort des derniers encartés du réformisme social du Capital !

Rien ne doit nous empêcher de généraliser le mouvement de la vraie contestation sociale contre tous les rackets politiques et syndicaux en posant clairement nos objectifs de classe, en refusant clairement tous les gadgets revendicatifs destinés à nous faire accepter la simple amélioration de notre misère d’esclave-citoyen de la liberté despotique du marché.

En conclusion, le mouvement historique des Gilets jaunes qui constitue la plus grande force historique contemporaine contre toutes les mafias gouvernementalistes de la merde marchande nous incite encore et toujours à continuer à réfléchir plus loin Devant et dans la seule  perspective consciente qui tienne : celle du Ni Macron ni personne et du Vive la COMMUNE !

C’est  le monde entier du mensonge capitaliste qui est en crise…Qu’il crève !

Soyons à la hauteur de l’époque et balayons tous les représentants de commerce de la vie aliénée!

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Nous n’accepterons jamais  d’être enterrés vivants…

NOUS NE SERONS JAMAIS  À LA REMORQUE DES PITOYABLES JOURNÉES D’ACTION  DES POMPES FUNÉBRES SYNDICALES, DES FLICS DE  LA GAUCHE DU CAPITAL ET DES CLOWNS GAUCHISTES DE LA MARCHANDISE !

NON AUX MAGOUILLES POLITICO-SYNDICALES DE RECUPÉRATION ET  À L’ENTERREMENT PROGRAMMÉ DU 5 FÉVRIER !

DU GRAND TORPILLAGE DES ACCORDS DE GRENELLE  POUR TUER LA GRANDE GRÈVE SAUVAGE DE 1968,A LA MERDIQUE GREVE PERLÉE DES CHEMINOTS L’ANNÉE DERNIRE, LES SYNDICATS SONT TOUJOURS ET PARTOUT DES APPAREILS D’ÉTAT DIRECTEMENT FINANCÉS PAR LE CAPITAL POUR CONTRÔLER ET ETOUFFER NOS LUTTES !

NOUS N’ACCEPTONS PAS LES GRÉVETTES BUREAUCRATIQUES DÉFOULOIRS QUI NE SERVENT QU’ À USER LE MOUVEMENT !

CE QUE NOUS VOULONS C’EST LA GRÈVE GÉNÉRALE DE MASSE ILLIMITÉE QUI FRAPPERA AU CŒUR DU SYSTÈME POUR TRANSFORMER LA NATURE DE LA PRODUCTION ET  LA METTRE AU SERVICE DE L’HOMME EN BALAYANT LA DICTATURE DU PROFIT !

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes 10ème round: Le peuple installe son pouvoir…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 18 janvier 2019 by Résistance 71

Gilets Jaunes, gardons-nous des leurres et des subterfuges que sont le « Grand Débat » proposé par Micronus et le RIC dans son contexte étatique puisque constitutionnel.
Généralisons les assemblées populaires et le pouvoir des ronds-points comme l’ont appelé les GJ de Commercy et de Montreuil.
Entrer en palabres avec l’État et sa clique de représentants ne peut être que stérile et nous amener à la division.
Pour que vive la Commune des communes dans une société des sociétés horizontale et émancipée.

~ Résistance 71 ~

Voir aussi:
« Gilets Jaunes 10ème round: Tout le pouvoir aux Ronds-Points! »

 

 

Le “Peuple profond” installe son pouvoir

 

Philippe Grasset

 

13 janvier 2019 

 

Source: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article10813

Au hasard des heures, j’ai vu quelques images et échanges des habituels convives des talk-shows de cette fin de journée, samedi. C’était désespérément plat, morne, croulant sous les redites et les sempiternelles analyses, les gémissements que nous entendons depuis des semaines, quelques vociférations fatiguées de la même indignation ahurie et désormais chuchotée (au cas où la fortune du destin les priverait de leurs maîtres en cours pour leur en désigner de nouveaux). Enfin, couvrant tout cela de l’ombre sinistre d’une grande aile noire, l’inévitable constat d’une mobilisation de plus en plus montante des GJ, après le premier samedi de rentrée qui avait démontré la vacuité de la narrative de l’“essoufflement”, et des GJ dans un désordre de mieux en mieux organisé sans perdre la vertu du désordre, évitant autant que faire se peut les violences, déployant une insoumission pacifique d’une remarquable efficacité, s’installant dans leurs domaines comme dans leurs meubles

Je me suis fait alors la remarque que nous étions en train de vivre un moment historique de plus : de voir se mettre en place une structuration extraordinaire, à la fois dépourvue de structures contraignantes et visibles, à la fois complètement libérée de ce fait et en voie d’institutionnalisation sans emprisonnement, suffisamment enfin pour manifester une légitimité désormais évidente. C’est un deuxième pouvoir, une sorte de “pouvoir des samedis” qui se met en place ; le “Peuple profond” contre un DeepState qui n’a plus rien de régalien, qui se dissout dans l’imposture comme son modèle de “D.C.-la-folle”. (C’est la raison de l’emploi de l’expression anglo-américaine installée en un néologisme comme marque de l’infamie.)

Les GJ forment désormais un pouvoir parallèle et une structure souveraine encore plus que souterraine, dont la légitimité tend évidemment à surpasser celle des autorités pseudo-“légales” ; il ne leur est même pas nécessaire de la supplanter tant les autres font bien cela, tous seuls, sans aide de quiconque… La morosité de tout l’appareil du communicationnisme de soutien, dont les nantis de la presseSystème en première ligne, est désormais la marque d’un réel découragement et la confirmation du sentiment que j’essaie ici de restituer.

Je considérerais donc, d’une façon symbolique pour le jour, que la France est entrée samedi dans une ère nouvelle. Désormais deux pouvoirs sont installés, et la façon stupide et indigne dont le nouveau pouvoir (les GJ) a été traité explique qu’il se soit radicalisé dans son essence, pour déployer toutes ses exigences, révéler sa vraie nature et s’affirmer clairement antiSystème.

La résilience et l’entêtement impassibles des insaisissables et inclassables GJ, l’espèce d’entente collective qui les meut et semble les ordonner comme en un ballet, comme si tous ces gens répondaient à un élan qui est en-dehors d’eux pour mieux les rassembler, tout cela ne cesse de me stupéfier. Les GJ, c’est tout le monde, c’est vous, c’est moi, c’est votre voisin, que sais-je encore ; et pourtant c’est un mystère, une énigme, comme une sorte de bataillon immense, sacrée et secret, venue d’un ailleurs dont on ne sait rien pour on ne sait quelle mission chargée de tant de secrets marqués du sceau du sacré… La seule certitude qui veuille bien nous habiter, c’est celle de juger que tout cela, et leur mission par conséquent, est décisif...

En face, les mots nous manquent… C’est le désordre et la confusion, la panique et la colère, la haine et l’incompréhension, et dominant le tout, comme un Empereur qui vient d’être oint de la ruse moqueuse du Seigneur, l’omniprésente Bêtise trône. La bêtise des modernes puissants et des postmodernes très-intelligents est un phénomène qui vous coupe le souffle. Passez en revue la violence policière exacerbée par la consigne de la bourgeoisie globaliste en son pouvoir de pacotille ; les boutades furieuses-monstrueuses et infantiles-impuissantes du philosophe de salon à la belle chevelure, qui voudrait bien qu’on en finisse en tirant la chasse, non pardon en tirant avec la quatrième armée du monde sur les Gilets-Jaunes ; les complots italiens de la secrétaire d’État de l’Égalité des Chances, des femmes et des hommes, et de leur Sottise bien-tempérée…

Par-dessus tout ça, l’Angelot du miracle de Noël, Jupiter tonnant des mécaniques, rappelant que la République“ c’est des droits” mais “c’est aussi des devoirs”… Cet homme est une énigme d’impuissance et de maladresse, une énigme invertie parce que sa mise à nu ne peut être qu’une catastrophe. J’arrête là, pour souffler un peu et surtout pour citer cette actrice, – surprenante incursion pourrait-on penser, – qui trouve des mots absolument appropriés pour décrire l’énigme (Isabelle Adjani, dans Elle, repris par Spoutnik-français) :

» “C’est incroyable d’être à ce point dans l’incapacité de communiquer !” […] Il y a une grande “frilosité gênée” dans [sa] façon de communiquer… Comme [s’il] refusait d’être associé, d’une façon ou d’une autre, à la frange la plus pauvre de la population. “On a l’impression qu’il ne faut pas qu’il soit touché par ça, et qu’il ne faut pas toucher à ça. Une impossibilité tactile, en tout cas avec le corps du pauvre. Il ne sait pas. Il y a là quelque chose qui est complètement en réserve et qui rend les gens fous.”

 » […Les] Gilets jaunes ne peuvent plus tolérer le discours aseptisé des politiques qui les gouvernent. “Ils ont mal, ils ont des échardes sur la langue à force d’avaler la langue de bois des politiques qui les assomment depuis des décennies”. »

Que voudrais-je dire de plus, à ce point ?

… Eh bien, ceci :la révolution s’est installée en France, sans crier gare, sans slogan ni guillotine. Elle ne la quittera plus jusqu’à ce que les événements qui doivent se faire, se fassent en vérité.

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

 

Gilets Jaunes: Lettre ouverte au larbin de la finance, occupant temporaire de l’Élysée et aux autres larbins le soutenant ou voulant le remplacer…

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« Ni Macron, ni personne »
~ Bombage mural, janvier 2019 ~ 

 

 

Lettre ouverte au technicien de surface financier qui occupe temporairement l’Elysée et à tous les larbins de la marchandise qui voudraient le soutenir ou le remplacer…

 

Collectif humain sans étiquette (transmis par F. Cousin)

 

15 Janvier 2019

 

Un spectre hante l’Europe et d’abord la France: le spectre de la révolution d’une vraie vie humaine débarrassée de toutes les obligations de la tyrannie marchande. Toutes les puissances du vieux monde de l’oppression se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : les diverses cliques de toutes les gauches et de toutes les droites, les réformistes de tout acabit et les policiers de tous les services. Il en résulte un double enseignement. 

Déjà le mouvement des Gilets jaunes qui porte en lui la dynamique montante d’une colère in-subordonnable est reconnu comme une puissance terriblement dangereuse par tous les gangs gouvernementalistes qui entendent maintenir le règne de l’exploitation économique et du mensonge politique. 

Il est donc grand temps que des hommes d’intransigeance exposent à la face du monde entier, la véritable signification du séisme actuel; qu’ils opposent aux contes et boniments des politiciens, syndicalistes, journalistes, artistes, sociologues, flics, juges, publicitaires et autres parasites sociaux de toutes sortes une claire déclaration du mouvement lui-même. 

C’est à cette fin que nous, simple expression anonyme parmi d’autres du prolétariat universel en soulèvement d’histoire – c’est à dire des humains privés de tout pouvoir sur leur existence asservie par l’argent et venant de tous les territoires ouvriers, paysans ou artisanaux écrasés par la crise généralisée du capitalisme mondial – avons rédigé la Lettre ouverte suivante. Celle-ci vient signifier que la force spontanée des Gilets jaunes va continuer d’avancer afin de contrecarrer les nombreux pièges que ne cesse de lui tendre le pouvoir du spectacle de la marchandise lequel est d’ailleurs condamné à tomber à mesure que va s’effondrer l’ordre économique international de l’illusion qui le fonde. 

Alors que la crise totale de la mystification mercantile ne peut que partout se poursuivre, l’État intervient massivement pour toujours renforcer ses batteries de mesures sécuritaires et anesthésiantes …Une frénésie qui dénote la peur et l’impuissance d’une mafia aux abois et qui est ici couronnée par la tentative d’endormissement du baratin propagandiste et des causeries sous contrôle pour distraire et gagner du temps… 

Emmanuel Macron, affligeant représentant de commerce de l’OTAN et des diktats de l’Europe américaine de Bruxelles, petit commis inculte des privilégiés métropolisés du mondialisme de la marchandise vient aujourd’hui de nous pondre une pitoyable bafouille totalement creuse et affligeante supposée endiguer la désobéissance de la France périphérique du prolétariat infiniment méprisé. Le dérisoire ancien associé-gérant de la banque d’affaires Rothschild & Cie nous presse ainsi d’accepter un système social d’obéissance rénovée en nous implorant d’aller nous perdre en de multiples bavardages insipides et grotesques. Mais il a cependant raison sur un point ; La France n’est pas un pays comme les autres… En effet, elle est l’éclaireur de la lutte de classe internationale qui voit s’opposer depuis des lustres les insurgés de la vie aux gestionnaires de la fausseté généralisée. Et dès lors, cette France communarde de la longue histoire, avec un mépris total pour le « grand débat national » de la manipulation qui nous propose d’être esclaves autrement, va prouver à tous qu’elle sait faire la différence entre le chemin de la parole insoumise et celui du jacasser servile. C’est pourquoi la France réfractaire refusera de perdre son temps à discutailler avec les représentants de l’oppression… 

L’immense tremblement de terre historique que nous connaissons aujourd’hui et qui a déclenché la panique répressive du pouvoir qui s’affirme désormais publiquement comme le parti policier de l’ordre capitaliste en décomposition a démontré que l’offensive sociale ne doit pas se contenter de cibler les marionnettes mises aux commandes de l’État par les multinationales du rendement et du saccage. Tous les successeurs appliqueraient à quelques degrés près, les mêmes politiques d’escroquerie et de prédation. C’est le système de la liberté despotique du profit lui-même qu’il faut éradiquer en commençant par comprendre que toute négociation est un traquenard destiné à briser la lutte. 

Le mouvement social n’en est qu’à ses débuts mais il ira loin même si ce loin est encore éloigné car la crise de la dictature du marché mondial va prochainement tout faire exploser, industriellement, monétairement et bancairement… 

À bas les carriéristes, les donneurs de leçons et tous les récupérateurs qui posent leur candidature pour « structurer » le mouvement ! 

À bas les chefs et tous les falsificateurs qui entendent canaliser et chapeauter le combat pour l’assagir, le divertir et le faire mourir dans des cahiers de somnolence ! 

À bas les gadgets référendaires et l’arnaque des débats citoyens pour améliorer la misère et nous manipuler dans les parleries débiles de l’asservissement repeinturluré ! 

Non à toutes les foires électorales et d’abord celle de l’esbroufe européenne. Non à toutes les refondations du contrat social de la domestication… 

NOUS REFUSONS DE DEMEURER ASSIGNÉS DANS LE MONDE DU CHIFFRE D’AFFAIRES… 

NOUS N’ACCEPTERONS JAMAIS QUE NOTRE VIE SOIT UN ARTICLE DE COMMERCE ENFERMÉ DANS LES VOTATIONS MORTIFÈRES DU SUFFRAGE UNIVERSEL DE LA CITÉ DU CAPITAL … 

VIVE la grève générale sauvage et illimitée pour un monde anti-mercantile qui corresponde aux seuls besoins de l’humain ! 

VIVE LA COMMUNE !

Des humains sans étiquette qui entendent bien demeurer in-contrôlables… 

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

Le texte ci-dessus en version PDF:

lettre ouverte au technicien de surface financier…

 


Vive la Commune !

Gilets Jaunes: De Commercy à Montreuil… Pour une France des Assemblés Populaires…

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… de la Commune des communes menant à la Société des sociétés, parce qu’il n’y a pas, n’y a jamais eu et ne peut y avoir de solutions au sein du système étatico-capitaliste. Ainsi, du Chipas mexicain, au Rojava kurde en passant par la France et tous les peuples natifs des continents, le vent de la révolte et du changement radical de paradigme politique s’est mis à souffler de plus en plus fort. Il est plus que grand temps de réaliser que la lutte d’émancipation de l’humanité est universelle et qu’en cela et bien plus encore, nous sommes tous inter-reliés.

~ Résistance 71 ~

 

 

Appel des Gilets Jaunes de Montreuil (93) en réponse à l’appel de Gilets Jaunes de Commercy (Meuse)

 

Paris-Luttes Info

 

11 janvier 2019

 

Source: https://paris-luttes.info/appel-des-gilets-jaunes-de-11468?lang=fr

 

Les gilets jaunes de Montreuil ont entendu l’appel de l’assemblée populaire de Commercy à se retrouver dans une grande assemblée des assemblées, une commune des communes, le 26 janvier prochain. Nous les remercions et leur répondons avec l’appel de Montreuil.

 

 

A Montreuil aussi, nous avons enfilé des gilets jaunes et nous nous sommes installés tous les jours en face du rond-point de Croix de Chavaux comme partout en France. Ça nous a permis de nous rencontrer autour d’une soupe, de débattre autour d’un brasero, de tisser des solidarités malgré des horizons très différents et de parvenir à sortir de l’isolement. Cela nous a aussi permis de rappeler que les banlieues parisiennes, comme à Pantin, à Saint-Denis, à Ivry, à Aulnay, ont bien rejoint le mouvement.

Le gilet jaune est le symbole d’une révolte. 

Il est bien trop tôt pour rentrer chez soi et il n’est pas trop tard pour en sortir !

Nous sommes révoltés à cause de l’humiliation et du mépris. L’extrême richesse de certains, la soif de pouvoir des politiciens, le saccage de la planète par les plus riches et les violences de l’État sont allés trop loin.

Les mains arrachées, les manifestants éborgnés, la jeunesse alignée à genoux, les milliers d’inculpés et les centaines d’incarcérés sont venus s’ajouter à la répression policière quotidienne exercée à l’encontre des quartiers populaires depuis des années. Nous n’oublions aucune victime du « maintien de l’ordre » et nous affirmons notre solidarité aujourd’hui comme demain.

On essaie comme toujours de séparer les « bons gilets jaunes » et les « casseurs ». 300 personnes qui s’affrontent avec la police pour défendre un rond point, c’est de l’autodéfense populaire et 3000 personnes qui attaquent des banques ou des ministères, c’est le soulèvement d’un peuple en colère !

Pour obtenir ce que nous désirons, ne tombons pas dans le piège des médias et du pouvoir en définissant des limites à notre mouvement.

Ni les miettes que nous propose le gouvernement, ni un « débat national » dirigé par lui-même, ni l’obtention du RIC n’arrêteront le magnifique moment qui est en train de s’ouvrir.

Certains doutent et ont peur de l’incertitude de l’après. Nous répondons que dans la façon dont s’organise la révolte des gilets jaunes nous avons déjà beaucoup de pistes pour vivre dans des territoires désirables.

Face à la révolte, la plus vieille des techniques du pouvoir est de nous diviser. Nous ne devons pas tomber dans ce piège.

Plutôt que le chacun pour soi, l’individualisme et la soif d’argent qui permettent le maintien de ce pouvoir, c’est la solidarité et le partage que nous avons à développer : Nous avons vu qu’ensemble nous sommes bien plus forts !

Nous savons bien que ceux qui privent les habitants de ce pays d’une vie digne ne sont ni les immigrés ni les exilés mais bien l’insolente richesse de certains et ce système injuste

Voilà pourquoi nous pensons que la différence ne doit pas constituer une frontière : ni la couleur de peau, ni le lieu de naissance, ni le genre, ni l’orientation sexuelle, ni la religion ne serviront de prétexte pour nous diviser. Nous devons être unis dans nos différence si nous voulons bâtir un monde plus juste et plus beau.

En Irak, Tunisie, Belgique, Kurdistan, Syrie, Japon, Hongrie, Espagne, Burkina Faso, Égypte, Angleterre, Maroc, Italie et dans bien d’autres endroits des gens mettent des gilets jaunes pour montrer leur colère : Notre révolte n’a pas de frontière !

Nous ne laisserons plus personne, qu’il soit président, maire ou « représentant » décider à notre place de nos conditions d’existence.

L’organisation par rond point, par quartier, par village, par commune nous permet de reprendre le contrôle de nos territoires et donc de nos vies.

C’est cela qu’il nous faut continuer et viser si nous voulons que les choses changent vraiment.

A Montreuil, nous lançons un « club gilets jaunes » à l’image de ce qui se faisait durant la Révolution Française où l’on se rencontrait dans des clubs d’éducation populaire. Car se réapproprier le savoir permet de nous rendre moins manipulables et de faire émerger une intelligence collective au service d’actions concrètes pour améliorer notre quotidien.

Nous appelons à la multiplication de ce genre de club sur tous les territoires.

Sans pour autant effacer la diversité et l’autonomie de nos organisations et initiatives locales nous pensons qu’il est important de nous lier et de nous rencontrer pour renforcer le mouvement des gilets jaunes.

C’est pour cela que nous serons présents à Commercy et que nous appelons depuis Montreuil à ce que des gilets jaunes de partout participent à l’assemblée des assemblées.

C’est le début d’une révolution qui veut construire une société plus digne et plus juste, pour nous et nos enfants. Nous nous arrêterons pas même si cela doit prendre 100 ans. Pour que le peuple décide lui-même de comment il veut vivre.

Entendez cet appel : continuons le début, prenons le chemin de la révolution !

P.-S.

Mail : chavaux@riseup.net

Groupe Facebook : Les Gilets Jaunes de Montreuil

Point fixe de 16h à 20h du lundi au vendredi Place Jacques Duclos (Métro Croix de Chavaux)

Club Gilet Jaunes de Montreuil tous les vendredis à partir de 19h30 à la Parole Errante

Départ collectif à 10h Place Jacques Duclos tous les samedis

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Six textes fondamentaux pour nous aider à  y parvenir, ensemble, à  lire, relire et diffuser sans aucune modération:

Quelques textes politiques fondateurs