Archive pour Dostoïevski le prêtre et le diable

Conte approprié pour la supercherie de Noël…

Posted in actualité, altermondialisme, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , on 25 décembre 2013 by Résistance 71

Le prêtre et le diable

 

Fédor Dostoïevski (1849)

 

Cette histoire fut à l’origine écrite par Dostoïevki sur les murs de la cellule qu’il occupait dans une prison sibérienne…

“Bonjour petit curé grassouillet!” dit le diable au prêtre. “Qu’est-ce qui t’as fait mentir à tous ces pauvres gens volontairement induits en erreur ? Quelles tortures de l’enfer as-tu dépeint ? Ne sais-tu pas qu’ils sont déjà en train de souffrir des tortures de l’enfer dans leurs vies terrestres ? Ne sais-tu donc pas que toi, l’église et les autorités de l’État, êtes mes représentants sur terre ? C’est vous qui les faites souffrir des maux de l’enfer avec lesquels vous les accablez. Ne le sais-tu pas ? Et bien, viens donc avec moi !”

Le diable attrappa alors le curé par le col de la soutane, le leva très haut dans les airs et l’emmena dans une usine, un haut-fourneau. Il y vît les ouvriers courir en tous sens et se hâter, trimant dans la chaleur infernale. Bientôt, l’air brûlant et épais fut bien trop à supporter pour le prêtre. Les larmes aux yeux, il supplia le diable: “Laisses moi partir, laisses-moi quitter cet enfer !”

“Oh mon bon ami, je dois encore te montrer d’autres endroits”, lui dit le diable et le traîna vers une ferme. Là il vît des ouvriers agricoles battre le grain. La poussière et la chaleur étaient insupportables. Le contre-maître tient un knout en main (NdT: sorte de fouet court russe qui servait à frapper les serfs) et frappe sans pitié quiconque s’effondre au sol succombant au trimage ou à la faim.

Puis le prêtre est emmené dans les huttes où ces mêmes travailleurs vivent avec leurs familles, des trous insalubres, froids, enfumés et puants. Le diable sourit. Il fait dûment remarquer à quel point la pauvreté et la dureté de la vie sont bien chez elles ici.

Et, n’est-ce pas suffisant ?” demande t’il. Et il semble à cet instant que le diable semble même prendre les hommes en pitié. Le pieux serviteur de dieu peut tout juste le supporter. Les mains levées au ciel il supplie: “Laisses-moi partir d’ici. Oui, oui ! C’est juste ! Ceci est l’enfer sur terre !”

“Tu le constates par toi-même et tu leur promet toujours un autre enfer. Tu les tourmentes, tu les tortures à mort mentalement alors qu’ils sont déjà pratiquement mort physiquement ! Allez viens ! Je vais te montrer encore un enfer, un de plus, le pire…”

Il l’emmena alors dans une prison et lui montra un de ces donjons, avec son air pestilentiel et ces formes humaines, volées de toute leur santé et énergie, allongées au sol, couvertes de vermine qui dévore leurs pauvres corps nus et émaciés.

“Enlèves tes habits doux comme la soie” dit alors le diable au prêtre, “mets à tes cheveilles ces lourdes chaînes comme ceux que portent ces infortunés, allonges-toi sur le sol froid, sale et humide et ensuite parles leur de l’enfer qui les attend encore !”

“Non, non” répondit le prêtre, “je ne peux pas penser à quelque chose de plus terrible que cela. Je t’en conjure, laisses-moi partir d’ici !”

“Oui, ceci est l’enfer. Il ne peut pas y en avoir de pire que celui-ci. Le savais-tu ? Savais-tu que ces hommes et ces femmes que tu terrorises avec l’image de l’enfer dans l’après-vie… Savais-tu qu’ils sont en enfer ici en ce moment avant même qu’ils ne meurent ?”

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En regardant la société actuelle, on peut légitimement se demander s’il y a une vie avant la mort…” (Coluche)