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Réflexion politique sur un nouveau paradigme avec Cornelius Castoriadis et Murray Bookchin

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La démocratie directe et l’écologie: Bookchin et Castoriadis

 

Yavor Tarinski

 

url de l’article

https://robertgraham.wordpress.com/2016/06/25/direct-democracy-ecology-castoriadis-and-bookchin/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

A lire également: « L’appel au socialisme » de Gustav Landauer, un raisonnement pour l’avènement de la Société des sociétés.

La charte de la Fédération Socialiste (Gustav Landauer 1908)

 

“La menace principale pour la nature et les Hommes aujourd’hui provient de la centralisation et de la monopolisation du pouvoir et des moyens de contrôle.” ~Vandana Shiva ~

De nos jours on nous rabâche constamment depuis le haut de la pyramide que nous n’avons pas le choix, que nous devons nous conformer au statu quo. Les institutions dominantes du pouvoir font tout ce qu’elles peuvent pour nous convaincre que la solution à nos problèmes sociaux et environnmentaux se trouvent dans les mêmes politiques qui les ont créé en première instance. Le fameux “TINA” (There Is No Alternative thatchérien) continue de dominer le narratif et le discours de masse ; la culture consumériste généralisée, en combinaison avec la crise de représentation de longue date, infectent l’imaginaire des gens et le contaminent avec un certain cynisme, un conformisme généralisé et une grande apathie.

Mais des sens d’une autre façon de penser et de vivre essaient de percer la passivité du moment et sa logique. Un nouveau sens qui va bien au-delà du discours capitaliste bureaucratique contemporain, offrant de nouvelles raisons et valeurs pour naviguer la vie sociétale et nous diriger hors de la destruction générée par une croissance économique constante et une apathie des plus cyniques.

Avec la disastisfaction populaire grandissante concernant l’ordre actuel des choses, nous pouvons distinguer deux sens qui offrent une cassure radicale avec la norme actuelle:

D’un côté, il y a un intérêt croissant pour la participation politique et la démocratie directe. De nos jours, il est devenue presqu’impensable de penser à des troubles populaires en dehors du cadre général de la démocratie: d’abord, la demande réside presque toujours dans l’implication toujours plus citoyenne d’une forme ou d’une autre, puis la façon d’organiser la lutte populaire depuis longtemps a surpassé le centralisme des organisations politiques traditionnelles, insistant au contraire sur la collaboration et l’auto-organisation.

D’un autre côté, l’écologie émerge comme une préoccupation majeure et comme une réponse au modèle politico-économique fondé sur la croissance qui est responsable d’une crise tangible de l’environnemnt. Ceci s’exprime sous la forme de luttes populaires contre les projets capitalistes extra-activistes, dangereux pour l’environnement, la santé publique et l’autonomie locale. Ceci prend aussi la forme d’une résistance à la culture consumériste, ce qui pousse de nouvelles théories inovatives comme celle impliquant la décroissance.

Parmi le spectre divers de penseurs qui dévelopent de nos jours ces nouveaux sens, on peut distinguer Cornelius Castoriadis et Murray Bookchin comme deux des plus influents. Tous deux ont émergé de la gauche et par leur pensée tout autant que par leur militantisme , ont réussi à dépasser les dogmes idéologiques et à développer leurs propres projets politiques , incorporant et avançant plus avant sur le chemin de la démocratie directe et de l’écologie. Il n’est pas du tout surprenant qu’ils aient tous deux collaboré avec le journal “Society & Nature”, puis plus tard avec son successeur “Democracy & Nature”, et ce jusqu’en 1996, lorsqu’un conflit érupta entre les deux penseurs. [http://www.democracynature.org/vol3/biehl_bookchin.htm].

De nos jours, leurs héritages respectifs sont portés par les mouvements sociaux et par les luttes qui placent ces deux sens au cœur de leur politique et de leurs activités. La pensée de Castoriadis a été revitalisée par le soulèvement populaire en Europe de ces dernières années, spécifiquement avec ce qui fut appeléle “mouvement des places” (alias mouvement des “Indignados”), qui fut piloté non pas par des idéologies “pures” mais par la passion pour l’action politique et l’esprit critique, tandis que le projet de Bookchin est de nouveau partiellement mis en application au travers du mouvement de libération kurde au cœur du Moyen-Orient, ce le plus notoirement dans la province syrienne du Rojava, influençant le mouvement à un tel degré que celui-ci (le PKK) a complètement abandonné son orientation de départ marxiste-léniniste.

On doit noter que la cible de ce texte n’est pas d’établir une comparaison analytique profonde entre les travaux de Castoriadis et de Bookchin, mais plutôt est un effort de souligner ces deux éléments de leur pensée qui sont si spécifiquement actuels dans notre conjoncture et qui sont chargés d’un énorme potentiel de changement.

La démocratie directe

Castoriadis et Bookchin ont tous deux vu un grand potentiel libérateur dans la démocratie directe et l’ont placé au cœur même de leurs projets politiques respectifs. Ils ont développé une grande partie de leur pensée et de leurs écrits à ce sujet, développant cette notion au-delà des cadres conventionnels des idéologies traditionnelles. En contraste définitif avec les visions de la gauche autoritaire (étatique), ne faisant pas confiance à la société et appelant ainsi à son assujettissement à des mécanismes hiérarchiques et extra-sociaux d’un côté, et de l’autre, avec de telles visions rejetant toute forme de lois, de droit ou d’institutions, les deux penseurs ont proposé l’établissement de structures et d’institutions qui permettraient l’interaction publique directe tout en maintenant la cohésion sociale au travers du flot horizontal du pouvoir.

D’après Castoriadis, la majorité des sociétés humaines furent établies sur une base d’hétéronomie, qu’il décrit comme une situation dans laquelle les règles de la société sont établies par une source extra-sociale (comme un parti politique, un dieu, une nécessité historique, etc…). Les institutions des société hétéronomes sont conçues comme évidentes par elles-mêmes et en cela ne peuvent pas être remises en cause, elles sont en l’occurence incompatibles avec une interaction populaire. Pour lui, l’organisation structurelle du monde occidental, tout en étant généralement caractérisé comme étant “démocratique”, est en fait une oligarchie libérale comportant quelques libertés pour les peuples, mais dont la gestion générale de la vie sociale se trouve entre les mains d’une toute petite élite (Castoriadis, 1989).

Pour Castoriadis, la démocratie est un élément essentiel de l’autonomie individuelle et sociale (le peuple doit établir ses propres règles et institutions), ce qui est à l’opposé de l‘hétéronomie. Ce qu’il appelle le projet autonome implique un style de démocratie directe et d’auto-institutionalisation par la société, qui consiste en un amalgame de citoyens conscients, qui comprennent qu’ils sont en charge de leur propre destinée et que celle-ci ne dépend en rien d’une quelconque force extra-sociale ou métaphysique (Castoriadis, 1992). Ainsi, c’est dans les mains de la société même que repose le plus grand pouvoir qui soit: celui de se donner les lois et les institutions sous lesquelles vivre.

Castoriadis dérive sa compréhension de la démocratie du sens classique du terme, originaire de l’Athène antique (demos/peuple, kratos/pouvoir). Sur cette base, il constate que les régimes libéraux actuels ne sont pas démocratiques car ils sont fondés sur l’élection de représentants et non pas sur la participation directe des citoyens. D’après lui, la démocratie ne peut être que directe et elle est ainsi incompatible avec la bureaucratie, l’expertisme en tout genre, l’inégalité économique et autres caractéristiques de notre système politique moderne (Castoriadis, 1989).

A un niveau plus concret, il suggéra l’établissement d’unités territoriales ayant des populations de l’ordre de 100 000 personnes qui s’auto-géreraient au travers d’assemblées générales (AG). Pour la coordination entre les différentes unités, il a proposé la formation de conseils et de comités auxquels les corps décisionnaires locaux enverraient des délégués temporaires et révocables (Castoriadis 2013: pages 42-43) ; de façon à ce que le pouvoir demeure dans les mains des peuples, permettant la coordination non-étatique sur une bien plus grande échelle.

Note de Résistance 71: Nous sommes très proche de cette approche organisationnelle de la société, que nous pensons être la seule solution viable sur le long terme. Resterait à résoudre en pratique le problème de l’égalité économique qui passe à notre avis par l’abolition de l’argent et du salariat ainsi que de la propriété privée à but lucratif (chacun garde ses possessions pourvu que cela ne puisse pas exploiter autrui). Tout comme l’État ne dusparaîtra pas “dans le temps”, la propriété privée et l’échange monnétaire ne le feront pas non plus, il faut s’en débarrasser dans la foulée des institutions étatiques et ce non pas par un processus violent de mis à bas (révolution), mais par la constitution et la croissance d’une société parallèle rendant obsolète toutes les lois et institutions actuelles étatiques et corporatistes, un progressisme sociétal menant à l’avènement de la société des sociétés organique…

Pour Bookchin aussi, la caractérisation du système politique actuel comme étant une démocratie fut une erreur, un oxymore. Il nous rappelle qu’il y a juste deux cents ans, le terme de “démocratie” était étiqueté par les dirigeants comme étant un système de la “règle de la foule”, un prélude au chaos, tandis que de nos jours il est utilisé pour masquer un régime représentatif, qui dans son essence même est une oligarchie républicaine depuis qu’une petite clique de personnes choisies dirige la très vaste majorité sans pouvoir (Bookchin, 1996).

Tout comme Castoriadis, Bookchin a fondé sa compréhension de la démocratie sur l’expérience politique de l’Athène antique ; c’est une des raisons pour lesquelles il plaça tant d’attention sur le rôle de la ville (Bookchin, 1964). Il décrit le comment avec la montée de l’étatisme, les citoyens actifs, profondément et moralement impliqués dans leurs villes, furent remplacés par des consommateurs passifs assujettis à la règle parlementaire, dont le temps libre est utilisé à errer dans les galeries marchandes et les grands magazins.

Après bien des années d’implication dans différents mouvements politiques (NdT: Bookchin fut membre des jeunesses communistes américaines, il fut un marxiste-léniniste militant, avant de prendre une orientation anarchiste devant la réalité des choses…) avant de développer son propre projet olitique qu’il appela le communalisme. Fondé sur la démocratie directe, il tourne essentiellement autour de la question du pouvoir, rejetant les pratiques de fuite en avant. Le Communalisme se focalise au contraire sur un centre de pouvoir qui pourrait être soumis à la volonté du peuple, le conseil municipal, au travers duquel on peut créer et coordonner les assemblées locales. Il a insisté sur le caractère antagoniste envers l’appareil d’état que possèdent ces institutions et la possibilité pour celles-ci de devenir les sources exclusives de pouvoir dans leurs villages, leurs villes et leurs agglomérations.

Les municipalités démocratisées, suggéra Bookchin, se confédéreraient les unes les autres et enverraient des délégués révocables aux assemblées populaires et aux conseils confédéraux, défiant ainsi le besoin d’un pouvoir centralisé étatique. Ce modèle tout à fait concret que Bookchin nomma le Municipalisme Libertaire (Bookchin 1996), a influencé grandement le leader kurde de la lutte sociale de libération Abdullah Ocalan et son PKK (NdT: qui depuis la fin des années 1990 a abandonné sa ligne politique marxiste, pour une ligne politique de Confédéralisme Démocratique inspiré de Bookchin, ce système est en place au Rojava syrien depuis 2005)

Une caractéristique remarquable de la vision de Bookchin sur la démocratie directe dans son communalisme, fut l’élément du vote majoritaire qu’il considérait comme étant le seul moyen équitable pour un grand nombre de personnes de prendre des décisions (Bookchin 2002). D’après lui, le consensus, par lequel une simple personne peut mettre un veto sur chaque décision prise, représente un danger pour le démantèlement de la société. Mais, d’après lui, tous les membres de la société possèdent la connaissance et la mémoire, donc la collectivité sociale n’a aucun intérêt à brimer des “minorités” du moment et de les priver de leurs droits. Pour lui, les vues de la minorité sont une source potentielle de nouvelles visions et de vérités, qui sont de grandes sources de créativité et de progrès pour la société dans son ensemble. (NdT: Nous ne sommes ici pas d’accord avec Bookchin, considérant la “règle de la majorité” comme une règle dictatoriale d’imposition imposant de facto une division de la société. Nous pensons que sur un très grand nombre de points politiques et sociaux, il y aurait un consensus décisionaire unanime et que seuls quelques points nécessiteraient plus de débat mais finiraient le plus souvent par enporter à terme une unanimité consensuelle. La règle de la majorité triomphante est la recette qui entretient la division de la société sur laquelle surfe les “leaders” d’une oligarchie en place ou à venir…)

Ecologie

L’écologie a joué un rôle majeur dans la pensée de ces deux grands philosophes. Les deux ayant une vision en contraste marqué avec celle des environnementalistes de leur époque (et d’aujourd’hui…). A l’encontre de la compréhension généralisée de la nature comme étant une commodité, comme quelque chose de séparé de la société, Castoriadis et Bookchin la percevait comme en relation directe avec la vie sociale, les relations et les valeurs, l’incorporant ainsi dans leurs projets politiques respectifs.

Castoriadis argumente que l’écologie est, par essence, une affaire politique. C’est au sujet de choix politiques de mettre en place certaines limites et objectifs dans la relation entre l’humanité et la nature (Castoriadis, 1993). Cela n’a rien à voir avec la science, car cette dernière est au sujet de l’exploration des possibilités et de fournir des réponses à des questions spécifiques, elle n’est pas concernée par l’auto-limitation. Quoi qu’il en soit, Castoriadis insiste grandement sur le fait que les ressources de la science soient mobilisées pour explorer la nature et notre impact sur elle, néanmoins il reste ferme sur ce que le choix à faire au bout du compte est par essence un choix politique.

Ainsi, les solutions qui devraient être données à toute crise environnementale et écologique devraient être politiques. Castoriadis demeure très critique en ce qui concerne les partis politiques verts et le système parlemantaire en général, dans la mesure où au travers des processus électoraux, cela pousse à “libérer” le peuple de la politique, l’incite en fait à quitter la politique, pour laisser le décisionnaire entre les mains de “représentants” professionnels. Ceci a pour résultat que les gens voient la nature de manière dépolitisée, seulement en tant que commodité et c’est pour cela que la plupart des mouvements écologiques contemporains ne traitent quasiment exclusivement ces questions au sujet de l’environnement que de manière détachée des affaires politiques et sociales.

Suivant cette ligne de pensée, ce n’est donc pas une surprise de savoir que Castoriadis demeure très critique envers les rares occasions où les partis politiques écolos/verts en viennent à des propositions politiques pour résoudre la crise de l’environnement (Castoriadis 1981). C’est ainsi parce que dans la plupart des cas, bien que leurs propositions politiques tournent autour de plus de participation populaire, par exemple des partis écolos qui ont proposé une rotation de leurs députés, plus de referendums, etc… sont toujours engoncés dans les âffres du régime parlementaire (NdT: et donc du lobbyisme rampant..). En tant qu’avocat de la démocratie directe, Castoriadis croit que de simples éléments, intégrés dans un système représentatif, y perdront leur sens.

De manière similaire, Bookchin relie également la sphère écologique avec celle du politico-social en général. Pour lui, pratiquement tous les problèmes écologiques actuels résultent de problèmes profondément enracinés dans l’ordre social, c’est pour cela qu’il parla d’écologie sociale (Bookchin, 1993). Les crises écologiques ne peuvent pas être comprises et encore moins résolues si elles ne sont pas reliées à la société, car de fait, les conflits économiques, culturels et autres en son sein, ont été la source de sérieuses disfonctionnements écologiques.

Bookchin, tout comme Castoriadis, est fortment en désaccord avec les environnementalistes qui ont recherché à déconnecter l’écologie de la politique et de la société, l’identifiant au lieu de cela à la préservation de la vie sauvage, de la nature ou d’une écologie profondément marquée par la malthusianisme, etc (Bookchin, 1988). Il a insisté sur l’impact sur la nature qu’a eu et a toujours notre société capitaliste hiérarchisée par ses grands projets extra-activistes à grande échelle motivés par le seul profit, ainsi rendant la chose très claire: on ne peut pas sauver la planète sans résoudre nos problèmes politico-sociaux.

Pour Murray Bookchin la mentalité hiérarchique et l’inégalité économique qui ont pénétré notre société sont les sources principales de l’idée même que l’Homme devrait dominer la nature. Partant, la lutte écologique ne peut avoir aucun espoir de succès à moins qu’elle ne s’intègre dans un projet politique holistique qui mette au défi la source même de la crise socio-environnementale actuelle, c’est à dire de défier la hiérarchie et l’inégalité (Bookchin, 1993).

Conclusion

Malgré les différences et les désaccords entre les deux hommes, Castoriadis et Bookchin ont bien des points en commun, spécifiquement la façon dont ils envisionnaient la démocratie directe et l’écologie. Leurs contributions dans ces domaines a fourni un sol très fertile pour une avancée théorique et pratique. Ce n’est pas par hasard que dans une période où les questions de démocratie et d’écologie attirent une attention accrue, que nous entendons encore plus parler de ces deux philosophes.

Ces concepts prouvent être d’un grand intérêt pour un nombre croissant de gens dans un âge de privations continues de nos droits, du remplacement féroce du citoyen par le consommateur décérébré, les inégalités économiques croissantes et la dévastation sans précédent de notre monde naturel. La démocratie directe et l’écologie contiennent les germes d’un autre monde possible. Elles paraissent être les deux meilleures significations que la base de la société a pu créer et articuler comme un substitut potentiel à celles complètement pourries de la hiérarchie et de la commodification des choses qui continuent à dominer et à détruire notre monde aujourd’hui plus que jamais.

Analyse politique: Quand des marxistes entendent raison…

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Certains marxistes évoluent et finissent par (re)venir aux concepts libertaires et autogestionnaires de la 1ère Internationale, celle qui vit le conflit entre Bakounine et Marx scinder les deux mouvements. Les Zapatistes du Chiapas au Mexique, le PKK parti ouvrier kurde en lutte pour la survie des communes libres de Rojava et de Kobané contre l’armée mercenaire de la CIA qu’est l’EI, étaient d’obédience marxiste et n’ont pu fonctionner efficacement sur une base populaire qu’en embrassant le concept anti-autoritaire de l’association libre…

Oui, l’espoir renaît ! Oui marxistes, revenez dans le giron du peuple libre pour la libération finale ! C’est ensemble, unis, que nous vaincrons l’oligarchie dégénérée et criminelle qui nous mène au chaos total. Cela réchauffe le cœur que de lire l’article de Tarik Bouafia ci-dessous…

— Résistance 71 —

 

Démocratie disent-ils

 

Tarik Bouafia

 

11 Novembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.michelcollon.info/Democratie-disent-ils.html?lang=fr

 

Selon la célèbre phrase d’Abraham Lincoln, la démocratie se définit comme le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Il semble pourtant que, dans les pays occidentaux censés être des exemples de démocratie, cette définition soit restée lettre morte. En effet, aujourd’hui plus que jamais, le pouvoir est détenu par une petite oligarchie politico-médiatico-financière, ces fameux 1% qui se sont arrogés le droit de décider du destin de peuples entiers, faisant de la démocratie un leurre.

Dans son célèbre ouvrage « Le Contrat Social », Rousseau écrit (1) : « La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée : elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté ne se représente point (…). Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires, ils ne peuvent rien conclure définitivement, toute loi que le peuple n’a pas ratifiée est nulle, ce n’est pas une loi. »

Cet appel à la participation du peuple dans les affaires de l’État ainsi que le rejet de la démocratie parlementaire ne semblent pas être la norme dans nos systèmes supposés démocratiques. En effet, la gestion des affaires publiques est aujourd’hui réservée à une petite caste de politiciens presque tous professionnels, passés pour la plupart d’entre eux dans les écoles de formation idéologique et politique que sont Science Po (2) ou l’ENA en France, Harvard aux États-Unis… Ces derniers « s’affrontent » dans les théâtres des parlements.

Enfermée dans un tel carcan parlementaire, la politique cesse d’être l’affaire de tous pour devenir l’affaire de quelques-uns. Un petit groupe de ministres, de députés, de sénateurs, soudés autour d’un même ordre socio-économique donne à travers débats et discussions l’impression qu’il existe réellement dans nos pays de véritables clivages partisans et en définitive une véritable démocratie. A l’intérieur comme à l’extérieur des lieux de pouvoir, la démocratie est mise en scène soigneusement et ressemble à une comédie dramatique qui, tous les quatre ou cinq ans selon les pays, voit disparaître des acteurs politiques, aussitôt remplacés par de nouveaux qui ne feront que perpétuer voire aggraver la gouvernance de leurs prédécesseurs. Et c’est ainsi que cette masse homogène de gérants du système qui se succèdent et se croisent se gardent bien de laisser paraître une quelconque ressemblance ou tout point de similitude sous peine de ternir leur prétendue « opposition de fond » ou leur « idéologie inconciliable ».

Les partis politiques dominants qui entretiennent le bipartisme s’opposent par médias interposés et se rencontrent face à face dans des simulacres de débats contradictoires mis en scène minutieusement par les médias. Ils se « combattent » agréablement, seuls les moyens d’appliquer leur politique sont débattus, le fond, lui, reste intact et fait consensus. Ils jouent le jeu de l’alternance, tout en conservant l’ordre établi. Le système tente à chaque élection de présenter de nouveaux visages, des hommes et femmes plus frais, plus modernes, plus dynamiques, plus rassembleurs, des personnalités qui incarneraient le renouveau, un renouveau d’acteurs, en somme. Un casting politique qui, tout compte fait, produit le même ordre, établit les mêmes règles voire les aggrave, modifie la forme et consolide le fond, enrichit les plus riches et appauvrit les pauvres, se soumet toujours un peu plus face à la puissance du capital et des pauvres entrepreneurs, ces fameux créateurs d’emplois sans qui nous ne serions rien, pris en otage par un « État obèse », prédateur, obligé de réduire ses dépenses publiques, de mener des politiques d’austérité et de payer sa dette car on le sait : l’État « a trop longtemps vécu au dessus de ses moyens ».

Il faut être réaliste, nous dit-on, on ne plus continuer à dépenser autant pour les services publics. Le réalisme ? Le mot préféré du personnel politique qui nous le répète à chaque interview, à chaque chronique, à chaque débat, un mot dont le but est de faire accepter par le peuple les politiques anti-sociales qu’on lui impose. Être réaliste, c’est en définitive accepter l’ordre naturel des choses, c’est être poussé à la résignation, au découragement, à l’idée bien ancrée « qu’il n’y a pas d’alternative ».

Ces politiciens carriéristes ne sont en fait que dans des postures et des démonstrations quasi théâtrales qui ne visent qu’à une chose : donner le sentiment aux peuples qu’ils vivent réellement dans des États démocratiques. Les figurants du système politique mettent constamment en exergue le « pluralisme démocratique », ils mettent l’accent sur les nombreuses « tendances » politiques qu’ils représentent. Des tendances oui, c’est le mot approprié pour décrire ce système qui est tout sauf démocratique. Pluralisme ? Oui, un « pluralisme des nuances », selon Alain Badiou. Et cette escroquerie intellectuelle qu’est la démocratie parlementaire continue à jouir encore aujourd’hui d’un crédit rarement remis en question. Elle constitue le dernier tabou. Et pour cause, tout se passe comme si nous vivions réellement en démocratie : nous votons, nous pouvons nous exprimer librement, nous « choisissons » nos partis, nos médias…

La démocratie se résume dans les pays occidentaux à glisser un bulletin dans l’urne et à attendre patiemment que les choses se passent. En procédant au vote, les soi-disant citoyens délèguent à ceux qui se présentent comme les représentants du peuple tout leur pouvoir, toute leur puissance souveraine. Car une fois élu, le « représentant » est libre de faire ce qu’il veut, de voter ce qu’il veut, il n’est soumis à aucun contrôle et ne peut être destitué par le peuple. Une fois élu, les promesses faites durant la campagne électorale devront s’incliner face à la réalité.

L’impuissance dominera donc et le cours des choses pourra reprendre son chemin. Nous savons qu’existe dans nos États un puissant consensus idéologique qui tend à enfermer les peuples dans la dictature de la pensée unique. Étant donné que l’expérience soviétique a failli et que le système capitaliste est toujours debout, il n’y a aucune place pour le doute : l’économie de marché et la démocratie parlementaire constituent la fin de l’histoire. Et plaider pour une remise en cause de ces instruments de domination serait « utopique », « irresponsable ». La finance, le néolibéralisme, la « libre entreprise », le système « représentatif » sont devenues les dogmes du XXIème siècle, aller à l’encontre de ces derniers constituerait un blasphème fait à l’encontre de la sacro-sainte doxa libérale.

Une autre idée bien ancrée dans nos sociétés tend à nous faire croire que le pouvoir politique serait le pouvoir suprême et que tout émanerait de lui. Mais les hommes et femmes politiques ne sont ils pas eux mêmes soumis à un autre pouvoir ? Le pouvoir politique est-il vraiment indépendant ? La réalité, c’est que l’État et dans une plus large mesure les partis dominants ne sont en fait que les défenseurs et les garants politiques et institutionnels de la classe économique dominante.

Déjà Karl Marx, en analysant les pouvoirs politiques français et anglais au XIXème siècle constata que les États n’étaient que les « fondés de pouvoirs du capital ». Car en effet, derrière les discours prônant la défense de l’intérêt général et collectif, c’est l’intérêt d’une petite poignée d’industriels, de financiers, de banquiers, de rentiers qui est savamment servi par le pouvoir politique. Les États, dans le système capitaliste et notamment dans les pays occidentaux, jouent en quelque sorte le rôle de zone tampon afin de protéger le pouvoir économique. L’hyper importance accordé au pouvoir parlementaire et surtout exécutif tend à diriger la colère des peuples vers les politiques, qui ne sont en fait que les serviteurs et les laquais du pouvoir économique et financier.

Aux États-Unis par exemple, pays du capitalisme roi, les sommes versées par les multinationales, les banques, les milieux d’affaires aux candidats pour financer leur campagne atteignent des milliards de dollars. En 1996, après quatre ans de gouvernance médiocre, Bill Clinton chercha des fonds afin de financer sa campagne électorale. Il se tourna donc vers des banquiers qu’il invita à prendre le café à la Maison Blanche(3).

Le deal était simple : en échange de millions de dollars, le président sortant s’engageait à mettre fin à la loi Glass-Steagall promulguée en 1933 en pleine crise financière par le président Roosevelt. Cette loi avait pour but d’interdire aux banques de dépôts de risquer l’argent de leurs clients. Fraîchement élu grâce aux généreux dons de ses amis banquiers, le président Clinton s’empressa de faire abroger la loi au Congrès, composé en majorité de Républicains. Encore un exemple qui montre que le pluralisme tant vanté cache en réalité un implacable monisme idéologique et politique des partis dominants.

Les candidats à la Maison Blanche, à l’Élysée, au 10 Downing Street, véritables pantins des puissances de l’argent symbolisent la vassalisation toujours plus indigne et honteuse des pouvoirs publics au pouvoir privé du profit. Pas étonnant qu’après avoir reçu des milliards de dollars de financement, les chef d’États renvoient l’ascenseur à leurs bienfaiteurs à coup d’exonérations fiscales, de baisse voire d’abrogation de l’impôt sur la fortune, de baisse du « coût du travail », de déclenchement de guerres afin de satisfaire les lobbies de l’armement comme ce fut le cas avec les nouvelles croisades lancées par George Bush fils contre l’« axe du mal ». Car, comme le remarquait très justement le candidat Républicain John Mc Cain, lobbyiste pour le secteur financier et ami des néo-nazis de Svoboda ukrainien ; « les pauvres ne font pas de donations ». Ils n’ont donc rien à attendre des pouvoirs en place.

Toujours aux États-Unis, 50% des anciens sénateurs deviennent des lobbyistes au service de grandes entreprises (4). En Angleterre, où le secteur financier compte pour 30% dans le Produit Intérieur Brut (PIB), sur les vingt neuf membres du cabinet de David Cameron, on compte dix-huit millionnaires (5). Peut-on croire alors un seul instant que des personnes de la haute société, de la classe dominante, aussi riches que puissantes vont s’atteler à l’établissement du bien commun et à la défense de l’intérêt général ?

En 1956, le sociologue états-unien Charles W.Mills publia l’Elite au pouvoir, un livre qui suscita beaucoup de controverses à l’époque. Et pour cause, il mettait en lumière l’accaparement du pouvoir par une étroite minorité composé de chefs d’entreprises, de patrons de presse, de hauts fonctionnaires dans des sociétés où le pouvoir était supposé se trouver dans les mains des citoyens.

« Les hommes des sphères supérieures sont impliqués dans un ensemble de « bandes » qui se recoupent et de « cliques » unies entre elles par des liens compliqués » écrivait-il. Cette description de la classe dominante semble bien convenir au rendez-vous que se donne un mercredi de chaque mois l’élite française, dans le très sélect dîner du Siècle. Ce dernier regroupe le gratin des 1% français. Selon son fondateur, Georges Bérard Quélin, collaborateur puis résistant, le dîner du Siècle a pour objectif de bâtir « un pont entre deux mondes qui s’ignorent trop en France (politiques, hauts fonctionnaires, journalistes, industriels, banquiers) ». « On va au dîner du Siècle pour le pouvoir » affirmera même M.Jean-Louis Buffa, conseiller auprès de la banque Lazard et ancien président de Saint-Gobain, grande entreprise française coté au CAC40(6).

La présence de représentants politiques au sein de l’institution élitiste bourgeoise est également très importante. On y trouve des personnalités de droite comme l’ancien président Nicolas Sarkozy, l’ancien premier ministre François Fillon, et l’ennemi proclamé des voleurs de pains au chocolat, Jean-François Copé. L’autre droite, représentée par le Parti Socialiste et Martine Aubry a également sa place dans les salons cossus du dîner. « J’aime beaucoup le Siècle ; J’ai cessé d’y aller lorsque je suis devenue ministre en 1997. C’était très intéressant. Je me retrouvais à table avec des gens extrêmement différents (…) L’initiative peut être perçue comme totalement élitiste, mais cela reste un vrai lieu de rencontre. J’y ai beaucoup appris. Car, pour moi, la vraie intelligence, c’est d’essayer de comprendre des gens qui ont une logique différente ». disait-elle. Logique différente ? Vraiment ? Allons, la tromperie a assez duré ! Il est temps de renvoyer les partis sociaux démocrates, notamment le parti socialiste français qui se réclame être de gauche, à ce qu’ils sont vraiment, c’est à dire une « droite complexée » selon les termes de l’économiste Frédéric Lordon.

Les partis sociaux-démocrates ont souvent fait pire en termes économiques que leurs homologues de la « droite décomplexée. » C’est le cas par exemple du chancelier allemand et chef du parti social-démocrate (SPD), Gerard Schroeder qui a littéralement détruit les derniers vestiges de l’État social allemand à travers la libéralisation du marché du travail, la baisse voire la disparition des allocations pour les chômeurs qui refusaient un emploi, l’instauration de jobs à 1 euro de l’heure… Autant de mesures qui ont provoqué une précarisation croissante de la population ainsi qu’un accroissement important des inégalités. Dans le fameux modèle allemand, tant vanté par les partis sociaux démocrates et conservateurs européens ainsi que par les médias dominants, les 10% les plus riches s’accaparent 53% de la richesse du pays. Plus de 16% de la population allemande vit sous le seuil de pauvreté.

En France, même son de cloche, le virage néolibéral pris par le président Mitterand en 1983 a marqué le début du ralliement idéologique et politique aux politiques impulsées par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Désengagement progressif de l’État dans les affaires économiques, privatisations à outrance, financiarisation croissante de l’économie, perte de souveraineté monétaire… En quittant le gouvernement en 1986, Laurent Fabius, alors premier ministre autoproclamé socialiste déclarera : « Nous faisons le sale boulot que la droite n’ose pas faire ». En effet, les partis dits de gauche n’ont été et continuent de n’être en réalité que les secondes mains de la domination bourgeoise. Des partis teintés d’un discours social et progressiste, même si on remarquera que ce discours évoluera jusqu’à ce que Lionel Jospin, alors candidat à l’élection présidentielle annoncera solennellement que son « programme n’est pas socialiste » ou encore « L’État ne peut pas tout ».

Les partis d’extrême droite, eux, qui se présentent comme des recours face aux politiques imposées par les institutions financières internationales, constituent en réalité des recours qui serait utilisés par les tenants de l’économie en cas de danger ultime ou de risque d’explosion du système. L’idéologie des droites extrêmes, de plus en plus teintée d’un discours social pris à la gauche, substitue de fait la nation à la classe sociale. Alors que l’anticapitalisme trouve ses racines dans la lutte des classes, l’idéologie nationaliste, elle, incorpore une dimension raciale dans la question sociale. Les discours anti-élites des partis comme le Front national sont en effet toujours accompagnés d’une stigmatisation et d’une accusation criminelle de l’immigré, de « l’assisté », des jeunes des banlieues, de l’islam… Les élites n’ont donc rien à craindre des partis d’extrême droite, xénophobes et racistes, qui ne déclencheront qu’une « révolution passive » selon les termes utilisés par le théoricien marxiste italien Antonio Gramsci, c’est à dire une révolution sans révolution. Un simple changement de personnel politique, qui ne remettrait absolument pas en cause les bases économiques du capitalisme ni la propriété privée des moyens de production. Quant aux partis de la « vraie » gauche, ceux qui réclament une rupture avec l’ordre politico-économique établi, ils ne sont que très peu audibles car très rarement invités sur les plateaux de télévision.

Nous le voyons bien, le système politique qui domine dans les pays occidentaux est un système totalement verrouillé, cadenassé qui ne laisse que des miettes à la pensée émancipatrice et alternative. La classe dominante, consciente de ses intérêts et des moyens pour parvenir à ses fins dispose de nombreux leviers d’asservissement comme les médias pour légitimer des politiques destructrices qui vont à l’encontre des peuples. Il est donc aujourd’hui urgent de remettre la démocratie au centre du jeu et de la renvoyer à ce qu’elle est vraiment dans les pays occidentaux, c’est à dire un instrument de domination politique et idéologique utilisé par la classe possédante à des fins d’assujettissement des citoyens. Dans un moment de crise institutionnelle, politique et économique sans précédent dans nos pays, il est essentiel de revenir au sens premier des mots et de leur rendre leur véritable signification, leurs lettres de noblesse. Car les mots démocratie, citoyenneté, politique sont aujourd’hui monopolisés et accaparés par ceux qui en sont les fossoyeurs. Monopolisés par les professionnels de la politique à des fins électorales.

Dans un système dominé par la dictature de la pensée unique, par les média-mensonges et les manipulations quotidiennes, par l’idée que l’austérité et le néolibéralisme sont les seules possibilités envisageables pour le futur, par l’idée que le capitalisme et son corollaire la démocratie représentative sont les seules structures économiques et politiques possibles pour l’humanité, il est primordial de penser et d’imaginer un système où la démocratie prenne tout son sens en tant que pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple et non pouvoir d’une élite.

Citoyenneté comme exercice direct et commun de la puissance souveraine par l’intérêt du peuple porté vers la chose publique. Politique comme la libre association de citoyens en vue de gérer et d’organiser la vie dans la cité et non ces batailles mesquines entre politiciens carriéristes. Penser, réfléchir, analyser sont aujourd’hui devenus des efforts considérables tant les messages de propagande véhiculés par les médias dominants aux mains, on le sait, de grands industriels et de banquiers sont puissants et poussent nombre de gens à la résignation dans une ambiance de morosité. Mais il serait vain de réclamer une plus grande participation des citoyens dans les affaires publiques de demain sans remettre fondamentalement en cause le système économique dominant. En somme, pas de démocratie politique sans démocratie économique. Pas de véritable démocratie sans bouleversement puis effondrement du capitalisme. Car comme le disait Marx : « la domination politique du producteur ne peut coexister avec la pérennisation de son esclavage social. »(7)

 

(1)Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat Social, Livre III

(2)Science Po, Laminoir des élites françaises, Manière de Voir, Avril-Mai 2012

(3)Serge Halimi, Le gouvernement des banques, Le Monde Diplomatique, Juin 2010

(4)Ibid

(5)Tony Wood, Enfin, le Royaume-Uni défie l’ombre de Thatcher, Manière de voir Août-Septembre 2014

(6)Ibid

(7)Karl Marx, La Guerre civile en France, III

Résistance politique… De l’obsolescence du vote…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , on 7 février 2012 by Résistance 71

Petit plaidoyer pour la démocratie directe

 

Par Gargamel

 

Un des soucis majeurs et constants de la bourgeoisie, depuis son accession au pouvoir à la fin du XVIIIème siècle, a été de faire accroire au bon peuple que la démocratie représentative parlementaire était le nec plus ultra, le « must » dans le genre organisation sociétale : un aboutissement historique d’une indépassable modernité (l’échec récent et patent des démocraties dites « populaires » venant à point nommé pour corroborer ce discours), le stade ultime et Ô combien sublime d’une lente et douloureuse évolution de l’humanité vers un monde toujours plus juste quoique encore imparfait, mais, sans conteste le meilleur possible.

C’est la démocratie représentative qui permet à la bourgeoisie d’optimiser ces chances de garder le pouvoir pendant encore longtemps : en effet, quel système institutionnel saurait mieux faire passer la défense des intérêts particuliers d’une classe pour ceux de l’ensemble de la société ? Aucun autre assurément !

Faussement démocratiques et réellement oligarchiques, nos républiques demandent en fait à leurs citoyens d’acquiescer à leur assujettissement, à leur aliénation, en choisissant eux-mêmes leurs maîtres : dérisoire liberté qui éclaire chichement ce monde.

Par le truchement magico-virtuel du bulletin, le citoyen est invité à saisir sa chance pour faire entendre sa voix (condamné à un mutisme comateux le reste du temps, il est sommé d’en émerger à intervalle régulier, tous les cinq ou sept ans). La délégation de pouvoir, réalisée par le moyen du vote, n’est pas ressentie comme dépossession, mais au contraire vécue comme participation au pouvoir, alors qu’il s’agit beaucoup plus prosaïquement d’exercer un humble pouvoir/devoir de participation.

Le caractère mensonger de la démocratie représentative

C’est là que réside justement le caractère mensonger de la représentation démocratique. C’est au moment même ou le citoyen— légèrement grisé par l’exercice de son pouvoir participatif — pense parvenir à influer sur la gestion de la société qu’il renonce de fait, à tout contrôle réel sur l’emploi qui va être fait de l’expression de sa volonté. Une fois élu, le parlementaire ou l’édile n’a plus de compte à rendre à ses électeurs durant toute la durée de son mandat. Rapidement l’élu prend conscience de la promotion sociale que lui confère son mandat : il appartient désormais à la hiérarchie, le voilà homme de pouvoir et de privilège, retrouver la place qu’il occupait naguère, au sein du menu peuple, ne lui sourit que fort peu, il s’accrochera désormais avec la ténacité de certains parasites capillaires à sa place de « représentant du peuple ».

Du communisme primitif à la démocratie directe

Bien avant l’apparition tragique de l’économie marchande et du travail forcé, bien avant le règne mortifère et destructeur de la bourgeoisie, l’humanité des temps premiers a vécu pendant des dizaines de millier d’années au sein de sociétés sans Etat, sans hiérarchie et où les décisions concernant la vie commune étaient prises par l’assemblée générale des membres de la communauté. Des ethnologues réputés, Pierre Clastres, Jean Malaury ou Marshall Sahlins, pour ne citer qu’eux, se sont penchés sur les civilisations contemporaines de chasseurs- cueilleurs (tribus indiennes d’Amérique du sud ou Inuit d’Amérique du nord) et ont mis en lumière leurs modes de fonctionnement : propriété collective, entre aide et solidarité, « assemblées générales décisionnelles ».

Sans vouloir idéaliser ni magnifier le communisme primitif, qui n’était pas exempt de défauts (inconvénient majeur : le patriarcat est plus présent dans ces sociétés que le matriarcat), il est quand même bon de rappeler que les pratiques de démocratie directe et d’assembléïsme sont issues (par cousinage) de ce très lointain passé.

Cette tradition assembléïste a perduré jusqu’à nos jours, et les rebelles et révolutionnaires de toutes les époques ont cherché à renouer avec cette pratique, tout simplement parce qu’elle est la seule à tourner le dos à toute oppression, la seule possibilité donnée à une communauté de fonctionner sur un mode réellement humain. Communards de 71, révoltés russes de 1905, 1917, 1921, conseillistes allemands et italiens des années 20, libertaires espagnols de 36, hongrois rebelles de 56 et émeutiers de 68, tous ont cherché, avec des fortunes diverses à rester maîtres de leur combat, de leur parole et de leur vie.

Fonctionnement de la démocratie directe

La démocratie directe empêche la confiscation de la parole de tous au profit d’un seul ou de quelques uns : le porte-parole ou le délégué n’est effectivement que le porteur, le vecteur de la parole des autres : l’assemblée qui l’a choisi peut à tout moment le révoquer s’il s’avère que le mandat confié n’est pas respecté.

La délégation dans le « système démocratie directe » n’engendre donc pas de prise de pouvoir : non seulement le mandaté est constamment soumis au contrôle de ses mandants, mais encore sa délégation est limitée dans le temps et dans son objet. Pour éviter toute amorce de création d’un corps de « délégués spécialistes », la démocratie directe veille à ce que chacun puisse être à même de porter à tour de rôle la parole des autres, encourage la prise de responsabilité (alors que la démocratie bourgeoise pousse le citoyen à la décharge et à la déresponsabilisation pour le plus grand bénéfice des oligarques). Chacun, en démocratie directe, est donc responsable de tous et inversement.

La bourgeoisie et toutes les classes dominantes qui l’ont précédée ont toujours cherché à justifier leur oppression en prétendant que les sociétés humaines n’avaient jamais fonctionné sur d’autre mode et que donc elles ne pouvaient échapper à cette damnation de la domination ; l’argument ne tient pas la route, l’humanité a vécu beaucoup plus longtemps sans joug que sous les fers. Elle saura sans nul doute retrouver les chemins de la liberté. Souhaitons simplement que ce soit un peu avant l’an 10 000 cher à notre copain Léo …

Gargamel, du syndicat des fonds des bois.

 

POUR EN SAVOIR PLUS :

Pierre Clastres, « La société contre l’Etat, recherches d’anthropologie politique », éditions de Minuit, Le Seuil, 1980.

Jean Malaury, « Les derniers roi de Thulé », collection Terres humaines, Plon, dernière édition 1989.

Marshall Sallins, « Age de pierre, âge d’abondance », Gallimard, 1976.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les anarchistes dans la révolution russe : Alexandre Skirda « Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 », édition de Paris, Max Chaleil, 2000.

 

Comment sortir de la dictature douce avant qu’elle ne se durcisse…

Posted in actualité, démocratie participative, militantisme alternatif, philosophie, politique et social, politique française with tags , , , , , , , , on 11 août 2010 by Résistance 71

Petit plaidoyer pour la démocratie directe

mardi 16 mars 2010, par AnarSonore

Un des soucis majeurs et constants de la bourgeoisie, depuis son accession au pouvoir à la fin du XVIIIème siècle, a été de faire accroire au bon peuple que la démocratie représentative parlementaire était le nec plus ultra, le « must » dans le genre organisation sociétale : un aboutissement historique d’une indépassable modernité (l’échec récent et patent des démocraties dites « populaires » venant à point nommé pour corroborer ce discours), le stade ultime et ô-combien sublime d’une lente et douloureuse évolution de l’humanité vers un monde toujours plus juste quoique encore imparfait, mais, sans conteste le meilleur possible.

C’est la démocratie représentative qui permet à la bourgeoisie d’optimiser ses chances de garder le pouvoir pendant encore longtemps : En effet, quel système institutionnel saurait mieux faire passer la défense des intérêts particuliers d’une classe pour ceux de l’ensemble de la société ? Aucun autre assurément !

Faussement démocratiques et réellement oligarchiques, nos républiques demandent en fait à leurs citoyens d’acquiescer à leur assujettissement, à leur aliénation, en choisissant eux-mêmes leurs maîtres : dérisoire liberté qui éclaire chichement ce monde.

Par le truchement magico-virtuel du bulletin, le citoyen est invité à saisir sa chance pour faire entendre sa voix (condamné à un mutisme comateux le reste du temps, il est sommé d’en émerger à intervalle régulier, tous les cinq ou sept ans). La délégation de pouvoir, réalisée par le moyen du vote, n’est pas ressentie comme dépossession, mais au contraire vécue comme participation au pouvoir, alors qu’il s’agit beaucoup plus prosaïquement d’exercer un humble pouvoir/devoir de participation.

Le caractère mensonger de la démocratie représentative

C’est là que réside justement le caractère mensonger de la représentation démocratique. C’est au moment même ou le citoyen -légèrement grisé par l’exercice de son pouvoir participatif- pense parvenir à influer sur la gestion de la société qu’il renonce de fait, à tout contrôle réel sur l’emploi qui va être fait de l’expression de sa volonté. Une fois élu, le parlementaire ou l’édile n’a plus de compte à rendre à ses électeurs durant toute la durée de son mandat. Rapidement, l’élu prend conscience de la promotion sociale que le pouvoir lui confère son mandat : il appartient désormais à la hiérarchie, le voilà homme de et de privilège, retrouver la place qu’il occupait naguère, au sein du menu peuple, ne lui sourit que fort peu, il s’accrochera désormais avec la ténacité de certains parasites capillaires à sa place de « représentant du peuple ».

Du communisme primitif à la démocratie directe

Bien avant l’apparition tragique de l’économie marchande et du travail forcé, bien avant le règne mortifère et destructeur de la bourgeoisie, l’humanité des temps premiers a vécu pendant des dizaines de millier d’années au sein de sociétés sans Etat, sans hiérarchie et où les décisions concernant la vie commune étaient prises par l’assemblée générale des membres de la communauté. Des ethnologues réputés, Pierre Clastres, Jean Malaury ou Marshall Sahlins, pour ne citer qu’eux, se sont penchés sur les civilisations contemporaines de chasseurs-cueilleurs (tribus indiennes d’Amérique du sud ou Inuit d’Amérique du nord) et ont mis en lumière leurs modes de fonctionnement : propriété collective, entre aide et solidarité, « assemblées générales décisionnelles ».

Sans vouloir idéaliser ni magnifier le communisme primitif, qui n’était pas exempt de défauts (inconvénient majeur : le patriarcat est plus présent dans ces sociétés que le matriarcat), il est quand même bon de rappeler que les pratiques de démocratie directe et d’assembléïsme sont issues (par cousinage) de ce très lointain passé.

Cette tradition assembléïste a perduré jusqu’à nos jours, et les rebelles et révolutionnaires de toutes les époques ont cherché à renouer avec cette pratique, tout simplement parce qu’elle est la seule à tourner le dos à toute oppression, la seule possibilité donnée à une communauté de fonctionner sur un mode réellement humain. Communards de 71, révoltés russes de 1905, 1917, 1921, conseillistes allemands et italiens des années 20, libertaires espagnols de 36, hongrois rebelles de 56 et émeutiers de 68, tous ont cherché, avec des fortunes diverses à rester maîtres de leur combat, de leur parole et de leur vie.

Fonctionnement de la démocratie directe

La démocratie directe empêche la confiscation de la parole de tous au profit d’un seul ou de quelques uns : le porte-parole ou le délégué n’est effectivement que le porteur, le vecteur de la parole des autres : l’assemblée qui l’a choisi peut à tout moment le révoquer s’il s’avère que le mandat confié n’est pas respecté.

La délégation dans le « système démocratie directe » n’engendre donc pas de prise de pouvoir : non seulement le mandaté est constamment soumis au contrôle de ses mandants, mais encore sa délégation est limitée dans le temps et dans son objet. Pour éviter toute amorce de création d’un corps de « délégués spécialistes », la démocratie directe veille à ce que chacun puisse être à même de porter à tour de rôle la parole des autres, encourage la prise de responsabilité (alors que la démocratie bourgeoise pousse le citoyen à la décharge et à la déresponsabilisation pour le plus grand bénéfice des oligarques). Chacun, en démocratie directe, est donc responsable de tous et inversement.

La bourgeoisie et toutes les classes dominantes qui l’ont précédée ont toujours cherché à justifier leur oppression en prétendant que les sociétés humaines n’avaient jamais fonctionné sur d’autre mode et que donc elles ne pouvaient échapper à cette damnation de la domination ; l’argument ne tient pas la route, l’humanité a vécu beaucoup plus longtemps sans joug que sous les fers. Elle saura sans nul doute retrouver les chemins de la liberté. Souhaitons simplement que ce soit un peu avant l’an 10 000 cher à notre copain Léo …

Gargamel, du syndicat des fonds des bois.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Pierre Clastres, « La société contre l’Etat, recherches d’anthropologie politique », éditions de Minuit, Le Seuil, 1980.

– Jean Malaury, « Les derniers roi de Thulé », collection Terres humaines, Plon, dernière édition 1989.

– Marshall Sallins, « Age de pierre, âge d’abondance », Gallimard, 1976.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les anarchistes dans la révolution russe : Alexandre Skirda « Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917 », édition de Paris, Max Chaleil, 2000.