Archive pour démantèlement doctrine chrétienne de la découverte

Résistance au colonialisme: Doctrine chrétienne de la découverte et « extinction » de la souveraineté des nations…

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“Raviver les braises de la souveraineté qui se sont éteintes il y a longtemps”

 

Steven Newcomb

 

31 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/31/rekindling-embers-sovereignty-long-ago-grew-cold

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Quand Cristobal Colón (NdT: la nom hispanisé de Christophe Colomb dans le texte original, qui veut dire “le colonisateur porteur de la croix”) posa le pied sur une plage sablonneuse des Caraïbes, il y planta les étendards royaux de Castille et d’Aragon et y fit un rituel cérémonieux de “découverte et de prise de possession”. Les “Standards” qu’il planta dans le sable furent des étendards certes physiques, mais ils symbolisaient également les idées de la chrétienté et les standards de jugement que Colón et les autres envahisseurs avaient l’intention d’imposer sur la nouvellement “découverte” terre et sur les nations non-chrétiennes libres et indépendantes qui existaient déjà en la place.

En 2005, la cour suprême des Etats-Unis a étendu l’idée de ces “standards” de la chrétienté dans l’affaire City of Shemill contre la nation indienne Oneida (iroquoise) de l’état de New York, lorsqu’elle cita: “Nous tenons pour acquis que ‘les standards de la loi fédérale indienne et la pratique d’équité fédérale’ rendent impossible pour la tribu [la nation indienne Oneida] de raviver les braises de la souveraineté qui s’éteignirent il y a longtemps.” Un conseil du feu traditionnel était le cadre de référence pour l’expression utilisée par la cour suprême “raviver les braises de la souveraineté” et un “feu déclinant” est le cadre de référence pour le terme “braises” et son allusion à l’idée d’un “feu déclinant, mourant” ; ceci rappelle à l’esprit qu’un “feu mourant” est en train de “s’éteindre”. Les deux sens du mot “éteindre ou extinction” sont reliés parce qu’il y a longtemps, le titre foncier, le titre de la terre des nations originelles fut dit “éteint” (par la découverte chrétienne) ; il s’en suit de ce fait que généralement, le feu du conseil des nations autochtones ne pouvait plus être trouvé sur leur terre parce que les gens avaient été déportés de leurs territoires traditionnels ancestraux.

L’utilisation par la cour suprême des mots “raviver” et “braises” évoque une image mentale idéalisée du conseil du feu d’une nation originelle. Ceci implique une toile de fond, qui par implication, vît la cour suprême écrire le faire-part de décès de la nation Oneida et, par extension, celui de chacune de nos nations originelles. La cour semble vouloir dire ceci:

Il était une fois un peuple qui avait un feu de souveraineté vif et ardent en tant que nation libre et indépendante, mais nos ancêtres ont réussi à éteindre ce feu. Ils le firent de telles manière que ne restait plus que quelques braises de votre feu de conseil mourant. Puis, le temps passant, ces braises sont devenues froides alors que la chaleur restante de votre feu de conseil graduellement disparaissait. Nos ancêtres ont éteint avec succès votre feu de souveraineté nationale et ils ont construit un système idéaliste appelé la loi fédérale indienne, qui fut créée de telle façon que cela rende impossible pour votre nation de jamais pouvoir raviver votre feu de conseil pour la souveraineté en tant que nation et peuple indépendants. Nous avons hérité de nos prédécesseurs de cette loi fédérale indienne et de ce système de pensée ainsi que leurs standards de pratique et nous avons parfaitement l’intention de continuer à l’utiliser contre vous.

D’une génération à l’autre, les nations colonisatrices de la chrétienté passèrent les idées dominantes, les valeurs et les standards de jugement qu’ils avaient pour intenton de “planter” dans le sol de vos territoire originaux libres. Aujourd’hui, les Etats-Unis (NdT: et le Canada et en Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande…) continuent d’imposer ces idées dominatrices, ces valeurs et ces standards de pratique et de jugement sur vos nations. Derrière l’utilisation par la cour demeure cette présomption clef: Nos nations et peuples originels et initialement libres et indépendants sont maintenant vus comme étant sous le coup du processus mental (idée et standards de jugement) du gouvernement des Etats-Unis de manière générale et de la cour suprême des Etats-Unis en particulier. C’est par le moyen de ces processus mentaux (prenant la forme à la fois d’idées et de décisions de “justice”), que les Etats-Unis prétendent maintenir nos peuples et nations originels captifs et de maintenir le jugement, la vue de l’esprit, que ces mêmes Etats-Unis ont “éteint” avec succès les conseils des feux de notre indépendance nationale.

La cour suprême a aussi utilisé la doctrine de la découverte pour le contexte de ce qu’elle a avancé au sujet des “braises de la souveraineté” dans son rendu de l’affaire City of Sherill de 2005. La note de bas de page numéro 1 dit ceci: “Sous la doctrine de la découverte… le titre de propriété des terres occupées par les Indiens lorsque les colons arrivèrent fut assigné au souverain…” La note continue en ces termes: “d’abord la nation européenne découvreuse puis ensuite les états originaux et enfin les Etats-Unis.” Le juge Ginsberg tira ce langage de la décision de 1974 dans l’affaire Oneida Indian Nation v. County of Oneida (414 US.661) dont le phrasé stipule:

“Il fut accepté très tôt cette doctrine dans cette cour stipulant que, bien que le titre des terres occupées par les Indiens lorsque les colons arrivèrent devint possession du souverain, d’abord la nation européenne découvreuse puis plus tard les états originaux pour finir avec les Etats-Unis, un droit d’occupation des sols pour les tribus indiennes fut néanmoins reconnu.”

Dans la décision de 1974 d’Oneida Nation que le juge Ginsberg utilisa pour Sherrill, la cour suprême en vint à faire remarquer que dans l’affaire Etats-Unis contre Sante Fe Railroad Company de 1941, elle avait “succintement résumé” unanimement “l’essence des affaires passées relevantes à ce sujet”. Dans son rendu de l’affaire de Santa Fe Railroad, la cour stipulait:

“Ce fut la politique du gouvernement fédéral de manière incontestable et ce depuis le début que de respecter le droit d’occupation des sols des Indiens, ce qui ne peut-étre interféré avec ou déterminé que par les Etats-Unis eux-mêmes.” Cramer v. United States, 261 U. S. 227. Cette politique fut pour la première fois reconnue dans le rendu de l’affaire Johnson v. M’Intosh, 8 Wheat. 543, en 1823 et a été réaffirmé à maintes reprises depuis.

Ainsi, le fait que le juge Ginsberg se soit appuyé sur la doctrine de la découverte dans l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York, nous mène directement au rendu de la cour suprême dans Johnson & Graham’s Lessee v. M’Intosh en 1823. Cette même décision de la cour suprême remonte à la cérémonie des étendards, de la prise de possession des terres et de l’impostion des “standards chrétiens” sur le sol de nos nations et sert de pierre angulaire aux “standards de la loi fédérale indienne”, que le juge Ginsberg, pour la majorité de la cour, a utilisé pour rendre impossible pour la nation Oneida et par implication, toute autre nation indigène, de raviver son feu de conseil de l’indépendance.

En d’autres termes, “Les standards de la loi fédérale indienne” auxquels se réfère le juge Ginsberg dans City of Sherrill, remontent à ce que le juge Marshall appelait “le droit à la découverte” dans son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823. La Cour Suprême a dit que la proclamation du “droit à la découverte” (et de “domination ultime”) était exclusif au peuple chrétien lorsque la cour trancha que cela était un “droit” confiné aux “pays alors inconnus de tous les peuples chrétiens”. Imbriquée dans le rendu de l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York se trouve l’idée que les “standards” de la domination chrétienne (que le juge Marshall dénomma “L’ascendance”) empêchent nos nations originelles à ce continent de raviver nos feux de conseils de l’indépendance et nous empêchent d’être reconnues comme nations ayant droit de vivre et d’exister librement et indépendamment des proclamations des nations chrétiennes et de leur domination.
Les concepts, métaphores et catégories élucubrées par la cour suprême des Etats-Unis en regard des droits “d’ascendance” et de “domination ultime” doivent être rejetés, répudiés et démantelés. Au minimum en partie de notre travail pour insister sur et actualiser le droit de nos nations de vivre libres de toute forme de domination que ce soit, nous devons donc développer de puissants arguments contre toutes ces fausses proclamations.

Résistance au colonialisme: Soutenons ceux qui luttent contre le terrorisme (occidental) depuis 1492 !!…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

Le pape François 1er fait un premier pas vers la révocation des bulles pontificales

 

Steven Newcomb

 

13 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/13/pope-francis-takes-first-step-toward-revoking-papal-bulls

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 9 Juillet Associated Press rapportait qu’en visitant La Paz en Bolivie, “le pape François 1er s’est excusé… pour les pêchés, les offenses et les crimes commis par l’église catholique contre les peuples indigènes durant l’ère coloniale de la conquête des Amériques,” la déclaration du pape en Bolivie fut faite avant son voyage en Amérique du Nord de Septembre, voyage durant lequel il prévoit de canoniser Junipero Serra, le missionnaire fondateur de neuf des vingt-et-une missions catholiques de Californie, qui s’avérèrent destructices et mortelles pour les peuples natifs de cette région. (NdT: et oui, pas de Zorro pour les protéger…)

En tant que représentant du saint siège, le pape François est le successeur de papes précédents tels Nicolas V et Alexandre VI, qui créèrent, pour le saint siège, le cadre institutionnel au sein duquel “les pêchés, les offenses et les crimes” auxquels se référaient le pape François, furent commis et ce incluant le système missionnaire catholique espagnol.

Nous ne devons pas sous-estimer ou omettre un fait capital: Les édits (bulles) de nombreux papes ont créé le cadre prédateur de l’empire chrétien (“Christiani emperii”) et de domination au nom de “l’évangélisation” chrétienne. Ce cadre est devenu la base légale de siècles de mort et de dévastation dont furent les victimes nos nations et peuples libres et indépendants de ce continent (maintenant typiquement appelés “indigènes”) et ailleurs.

Quelle terminologie a donc utilisé le saint siège pour créer le cadre trouvé dans les bulles pontificales ? Ce fut cette terminologie qui a fourni la base même des pêchés, offenses et crimes auxquels le pape François faisait allusion. Dans l’édit Dum Diversas de 1452 par exemple, le pape Nicolas V a autorisé le roi Alphonse du Portugal ou ses représentants de naviguer vers des terres non-chrétiennes et de les “envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous les Sarazins, païens et autres ennemis du christ, de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et de s’emparer de toutes leurs possession et propriétés.

Le roi reçût de plus amples instructions afin de “convertir” les terres des non-chrétiens. En termes légaux, le mot “convertir” peut vouloir dire “saisir illégalement ou malintentionnellement ce qui appartient de droit à d’autres.” En conséquence, la pape Nicolas V a alors déclaré les actions du roi contre les non-chrétiens comme étant “justes et légales.

La terminologie citée ci-dessus (envahir, capturer, vaincre, subjuguer, réduire en esclavage et convertir les terres et les propriétés des non-chrétiens) a non seulement déclaré la guerre au monde non-chrétien, mais elle a aussi créé un cadre ou un paradigme de DOMINATION qui continue de fonctionner à la vue et au sus de toutes et tous, bien que généralement passant inaperçu et n’étant pas nommé.

A La Paz, le pape François était censé s’adresser aux peuples “indigènes” de Bolivie et d’ailleurs. Quelle est la définition “d’indigène” d’après l’ONU ? Comme cela est dit dans une définition, nos nations et peuples sont considérés “indigènes” parce que nous nous considérons comme “distincts des autres secteurs maintenant prévalents de la société”. Prévaloir veut dire “gagner une ascendance” et “ascendance” est définie comme “une influence de gouvernance ou de contrôle: DOMINATION ”. (Webster’s Third New International Dictionary Unabridged, 1993).

Pour être prise sérieusement, une “excuse” ou “une demande de grâce” du pape François 1er ou de tout autre pape de fait, doit être la base pour que la papauté explicitement nomme le système de domination que le saint siège lui-même, a créé et a mis en mouvement au nom de “Lui, de qui tous les empires et dominations et bonnes choses émanent” (bulle pontificale du 3 Mai 1493). Ce même système de domination est ce qui à la fin fut propagé par le saint siège et les monarchies chrétiennes ainsi que par des missionnaires comme ce Junipero Serra. Jusqu’à aujourd’hui ce cadre de système de domination est toujours utilisé contre nos nations et peuples originels.

Ceci étant, le pape François peut faire preuve d’un véritable courage et d’autorité morale pour l’église catholique en prenant le chemin de la prochaine étape logique à suivre: La révocation des bulles papales desquelles a résulté la domination et la déshumanisation de nos nations et peuples originels. En 1993, l’Indigenous Law Institute a écrit une lettre au pape Jean-Paul II lui demandant de révoquer la bulle Inter Caetera du 4 Mai 1493 en représentation de toute une série de documents papaux. Nous avons écrit une autre lettre au pape Benoît XVI. Nous avons maintenu cette campagne depuis les années 1990 sous le patronage spirituel du leader et membre du conseil des anciens Oglala Lakota Birgil Kills Straight et en solidarité avec un grand nombre de chrétiens nous soutenant à travers le monde.

Etant donné sa déclaration de contrition papale à La Paz, le pape François a pris un pas important dans la direction de révoquer les bulles d’empire et de domination. Et pourtant, comme le dit le dicton, les actions en disent plus que les mots. Le pape a quelques choix à faire en regard de possibles édits/bulles papaux. Pour l’église, beaucoup tient de sa décision.

Possibilité d’un premier édit papal: Le pape François peut clairement briser avec la tradition de domination des bulles papales en publiant un édit révoquant officiellement ces documents émanants de ses prédécesseurs tout en refusant de canoniser Junipero Serra.
Possibilité d’un second édit papal: Le pape François peut canoniser Serra et ainsi choisir de légitimer, de valider et de sanctifier la trajectoire mortelle de l’empire chrétien de domination formé et cadré par ces bulles papales. S’il le fait, il démontrera alors le vide intersidéral de l’expression de sa contrition. Il pourrait même y avoir un “joker papal” bien que peu probable, il pourrait s’essayer à une complète contradiction: canoniser Serra et révoquer les bulles papales de ses prédécesseurs, ce qui serait une tentative d’à la fois embrasser et de rejeter la tradition de domination de l’église et de la chrétienté.

Doctrine chrétienne de la découverte: Vaines excuses et fourberie du pape devant les peuples indigènes en Bolivie…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

“Les jésuites ont répandu dans l’église les ténèbres les plus épaisses qui soient jamais sorties du puit de l’abîme.”

~ Blaise Pascal ~

“Ainsi le juge [de la cour suprême de l’état du Tennessee] Catron a non seulement affirmé que les puissances chrétiennes avaient le ‘droit de forcer à l’obéissance’ les peuples et nations indigènes non-chrétiens, mais aussi que ce droit de coercition profondément enraciné dans la religon est appliqué validement par le gouvernement des Etat-Unis et est devenu en fait la ‘loi de la terre’ sur le territoire des Etats-Unis d’Amérique…”

~ Steven Newcomb ~

“Les droits des Indiens sont subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.”

~ Juge de la Cour Suprême des US Henry Wheaton ~

 

Excuses papales aux Amérindiens… L’enfumage du Vatican continue !

 

Résistance 71

 

11 Juillet 2015

 

Ainsi donc, lors de son voyage très récent en Bolivie, l’ensoutané en chef Bergoglio (alias pape François 1er), patron des jésuites argentin acoquiné de la junte militaire fasciste du dictateur Videla et trafiquant d’enfants des familles de “disparus politiques”, comme son prédécesseur Ratzinger (alias pape Benoît XVI) ex-membre de la “Hitler Jugend”, décidément, s’est fendu des “excuses du Vatican” pour les “injustices et atrocités” commises à l’encontre des peuples et nations originelles des Amériques dès le début de la colonisation et de la mise sous contrôle du continent par les monarques chrétiens européens au nom de dieu et de son vicaire sur terre: le pape.

Le colonialisme occidental chrétien de la planète remonte officiellement au XVème siècle, lorsque deux papes: Nicolas V en 1455 et Alexandre VI (un Borgia…) en 1493 publièrent deux édits, bulles respectivement Romanus Pontifex et Inter Caetera, partagant le monde entre les royaumes du Portugal et d’Espagne au nom de dieu et de son vicaire, enjoignant les princes de la chrétienté de dominer, conquérir, asservir, occuper et confisquer tout ce qu’ils trouveraient en terres non-chrétiennes et de réduire leurs occupants païens “en esclavage perpétuel” (sic), ce qui fut fait.

Nous avons couvert sur ce blog l’hypocrisie vaticane a maintes reprises et plus récemment avec la traduction d’articles critiquant la future “canonisation” du tortionnaire missionnaire Junipero Serra par le Vatican, lors de la visite prévue du pape Bergoglio/François au Pays du Goulag Levant en Septembre prochain.

D’un côté les larmes de crocodile des “excuses”, de l’autre la canonisation d’un tortionnaire forcené de l’évangélisation des peuples indigènes dans la Californie espagnole. On reconnaît bien là la fourberie légendaire de l’ordre des jésuites.

Certains ont déjà avancé le fait que les bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera ont été “désavouées” par l’église et que des papes dès le XVIème siècle reconnurent que les Indiens étaient humains et ne devaient pas être réduits en esclavage. Il convient aussi de constater que ces trop rares commentaires ne furent faits que dans des encycliques ou lettres de recommandation du pape à la hiérarchie de l’église. En aucun cas des encycliques peuvent-elles répudier des bulles, une encyclique recommande et commente mais n’ordonne pas. De fait, jamais aucun pape n’a émis une bulle annulant les deux bulles du XVème siècle, devenues sur le continent des Amériques, le fondement légal de l’appropriation colonialiste de la terre et de la subjugation des populations indigènes par les chrétiens dominants.

Pour faire bref, les “excuses”, certes publiques, du pape Bergoglio/François, tout comme celles de ses prédécesseurs, ne sont que des effets de manche, des opérations de relation publique pour faire pleurer dans les chaumières et redorer le blason d’une papauté en déconfiture.

Si Bergoglio alias pape François 1er, ensoutané en chef de la secte vaticane dans le monde, veut vraiment agir sans équivoque aucune sur la condition coloniale et l’oppression subies par les peuples et nations libres de droit du continent des Amériques, il n’a qu’une seule et unique solution, qui prouverait à tout jamais le repentir véritable des tortionnaires en soutane ayant sévi et sévissant encore de manière plus feutrée certes, contre les nations indigènes du monde: c’est de REVOQUER les bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera par une BULLE écrite spécifiquement à cet effet. Seul un tel acte pourra rectifier instantanément tous les torts faits, car dans la seconde où cette bulle serait publiée, s’effondrerait tout le système légal de la Couronne/Vatican sur le “nouveau monde” et sur le reste des de facto colonies sur d’autres continents…

Tout le reste cher pape et chers frappés du missel n’est qu’hypocrisie et opération publicitaire, pour le dire plus crûment: ce n’est que pisser dans le calice.

Mais peut-on vraiment s’attendre à autre chose de la part de la secte religieuse la plus riche, la plus oppressive et la plus génocidaire de la planète ?

= = =

Bergoglio lave t’il plus blanc ?

 

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ Conclusion ~

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“Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Tandis que vous passez votre temps à étudier cette réalité, comme vous le ferez si judicieuseent, nous agirons encore, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous pourrez étudier également. C’est de cette façon que les choses vont aller. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, ne pourrez juste qu’étudier ce que nous faisons.”

~ Karl Rove, conseiller du président George W. Bush, 2002 ~

“… les uns sont plus grands que les autres de par le droit divin de l’inspiration ; ce qui constitue aussitôt une inégalité fixe, constante, pétrifiée. Les plus inspirés doivent être écoutés par les moins inspirés et les moins inspirés par les pas du tout inspirés. Voilà le principe de l’autorité bien établi et avec lui les deux insitutions fondamentales de l’esclavage: l’Église et l’État.”

~ Michel Bakounine ~

“Les pères fondateurs des Etats-Unis sont un gang d’esclavagistes qui a voulu être libre, pour pouvoir continuer à mettre en esclavage l’homme noir , massacrer et voler l’homme rouge.”

~ George Carlin ~

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ Conclusion ~

Éditions Fulcrum, 2008

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Un regard sacré sur tout être vivant

Lorsque le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall a appliqué les concepts de Peuple Chrétien et de Païens au sujet de l’indépendance des Amérindiens et du titre de propriété foncier indien sur la terre, il a tissé ces catégories religieuses avec celles des idées de la découverte chrétienne et de la domination, dans le tissu conceptuel de la loi américaine.

Expliquant le concept de la “découverte”, l’érudit et universitaire respecté Hunkpapa Lakota Vine Deloria Jr dit que “avec l’approbation du pape, dans le traité de Tordesilla en 1494 (entre l’Espagne et le Portugal), la doctrine de la découverte fut élargie de façon à ce que toute nation chrétienne puisse “découvrir” des terres auparavant inconnues des Européens et ceux-ci se retrouver immédiatement investis du titre légal de propriété et ce sans aucun regard emvers les droits des habitants existant de l’endroit.” Deloria a très certainement raison avec toutefois une petite retouche nécessaire, petite mais importante: Dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas employé le terme d’Européens pour exprimer le “droit de découverte”, mais il a utilisé le terme de “chrétien”. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nation chrétiens peut “découvrir” et assumer la dominantion sur toutes terres auparavant inconnues des chrétiens même si connues des habitants non-chrétiens.

[…] Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits de propriété terrienne de tout monarque chrétien, comme par exemple le roi du Portugal, mais pas les droits de propriété terrienne des non-chrétiens qui devaient être “subjugués” afin de “propager l’empire chrétien”.

[…] La doctrine de la découverte est maintenant très bien établie et est une partie intrinsèque de la loi américaine qu’on ne peut donc pas altérer. Il serait de plus, selon l’establishment, “trop tard” pour nous, peuples indiens originels pour nous faire les avocats et partisans du retrait de ce cadre théologique de la “découverte chrétienne” de la loi fédérale indienne. Bien sûr pour la société états-unienne, avancer de tels arguments est prétendre que les nations indigènes à cette terre doivent tout simplement acquiescer à ce précédent de la cour suprême datant de 184 ans et qui a affirmé sur la base de l’histoire (la mythologie) du peuple élu sur la terre promise et sur une croyance vieille de 500 ans qui voudrait que le peuple chrétien possède le droit divin de subjuguer les “païens” et d’assumer contrôle et domination sur leurs terres.

[…] Dire que nous, en tant que peuples indigènes contemporains, ne pourront pas réussir à défier le droit de la découverte chrétienne et de domination dans la loi états-unienne sur le terrain religieux ou autre, est en fait suggérer que la loi fédérale indienne reposera toujours sur une idéologie de subjugation religieuse et que “l’État” (dans ce cas-ci le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les États de l’Union) peuvent ainsi considérer les ténets religieux du livre de l’ancien testament biblique (ex: Génèse 1:28 et psaumes 2:8) comme partie intégrante du contexte de fond de la “loi suprême de la terre” aux Etats-Unis.

[…] Pourtant, lorsque vu d’une perspective indigène, comment pouvons-nous en tant que peuple natif, considérer les idées et les pensées appelées loi fédérale indienne avoir une signification légitime pour nous déposséder de nos terres et de nos territoires de manière légitime et de détruire les modes de vie ancestraux et traditionnels de nos peuples et nations respectifs ? Pourquoi devrions-nous accepter tout ceci comme légal ? Pourquoi devrions-nous considérer la bulle papale Inter Caetera et autres édits papaux, être des fondements légitimes de la “loi” des Etats-Unis en relation avec les nations amérindiennes, surtout en considérant l’assomption de la séparation de l’église et de l’État aux Etats-Unis et que le christianisme est supposé ne pas êtte préféré à d’autres religions dans la loi américaine ?

[..] Dans cette perspective, les nations indiennes qui ont accepté la protection des Etats-Unis (par traité) sont autorisées à conserver leur existence libre et indépendante ainsi que leur pleine intégrité territoriale […] Mais les Etats-Unis ont tacitement interprété tous les traités signés avec les Indiens comme partie intégrante du contexte de la doctrine de la découverte et du verdict de l’affaire Johnson. Ainsi la découverte chrétienne et la dominiation résultante servent de contexte dans ce que le gouvernement fédéral utilise pour interpréter les traités entre les Indiens et les Etats-Unis.

Ce livre n’a seulement traité que quelques cas parmi les milliers de décisions légales et statutaires qui ont été prises par le gouvernement fédéral en ce qui concerne les affaires indiennes. Comme Vine Deloria Jr l’a si bien noté: “Tous les efforts de réviser, de systématiser et de comprendre les cas légaux et statutaires concernant les peuples et nations indigènes des Etats-Unis, ont été passés et décidés dans l’ombre de cette doctrine de la découverte.

[…] Dans ce livre, mon but était d’utiliser des résultats de la théorie cognitive pour comprendre et interpréter la mentalité d’empire et de domination, qui a résultée de l’assomption que les peuples et nations originels libres et indépendants au départ sont maintenant sujets au pouvoir plénier et à la domination du gouvernement des Etats-Unis.

Cette même mentalité a aussi occasionné le fait que le peuple indien a perdu devant la cour suprêmes des Etats-Unis plus de 80% des affaires présentées, bien plus souvent que des criminels de droit commun condamnés et cherchant à inverser le verdict à leur encontre.

[…] Comme le dit Mark Johnson avec grande clareté dans son ouvrage “Law Incarnate”: “L’application de la science cognitive au droit repose sur l’assomption suivante: Le droit est une création humaine, de l’esprit humain vivant dans des corps humains, des sociétés humaines, opérant au sein de pratiques culturelles humaines. Et donc, pour comprendre comment fonctionne la loi, on doit savoir comment tous ces aspects de l’expérience et de la pensée humaines fonctionnent. Pour grandement simplifier l’affaire, nous devons savoir comme “l’esprit” fonctionne, et ceci est précisément l’objectif des sciences cognitives.

[…] Les Etats-Unis ont contextuellement été fondés comme “l’empire américain” en se séparant de l’empire britannique. “Nous avons creusé les fondations d’un empire” avait dit George Washington. Il déclara aussi: “Ce n’est que dans notre caractère unifié en tant qu’empire que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut-être reconnue ou notre crédit soutenu au sein des nations étrangères.

Comprendre que les Etats-Unis ont été fondés en tant qu’entreprise impérialiste nous permet de comprendre pourquoi la loi fédérale indienne, commençant avec le verdict de l’affaire Johnson, est plus correctement comprise en termes de modèle du conquérant et en termes des valeurs imbriquées dans des conceptions impériales romaines telles que imperium, dominatio, occupatio, domo, dominus etc…

[…] De 1783 jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire américain s’est concentré sur l’extension de son contrôle territorial des nations indiennes dans les zones qu’il clâmait en Amérique du Nord. Cela ne fut qu’un amuse-gueule. Les Etats-Unis ont ensuite ardememnt travaillé à saisir une bonne partie du territoire du Mexique, puis s’est étendu dans le Pacifique pendant la guerre américano-espagnole. La politique étrangère américaine se tourna vers le désir de prendre le contrôle de Cuba, de Puerto Rico, des Philippines, de Guam, des Iles Vierges, Hawaii etc… Au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont étendu leur influence impérialiste autour du monde d’une telle manière, qu’il y a maintenant (NdT: en 2008 lorsque fut publié ce livre, bien plus maintenant…) quelques 725 bases militaires américaines réparties en territoires étrangers.

[…] En septembre 2000, un grand changement se fit jour quant à la doctrine avec le Project for a New American Century (PNAC), un think tank localisé à Washington D.C, qui publia un long rapport intitulé: “Rebuilding America’s Defense: Strategy, Forces and Resources for a New Century.” Le projet déclara: “Alors que le XXème siècle tire à sa fin, les Etats-Unis sont la seule super-puissance, combinant une puissance militaire prominente, un leadership technologique mondial et la plus grande économie au monde. Les Etats-Unis n’ont plus de rival et donc leur grande stratégie devrait être de préserver et d’étendre leur position avantageuse aussi loin dans le futur que possible.

[…] Le rapport notait également que “le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, sera sûrement très long à défaut d’un évènement catastrophique de l’ampleur d’un nouveau Pearl Harbor.” Les attaques sur le WTC et le Pentagone juste un an exactement après que le rapport du PNAC fut publié (Septembre 2000), furent l’évènement catalyseur qui mit en branle une série de changements de grande envergure. Nous en subissons toujours les effets aujourd’hui.

[…] Il y a ce vieux cliché disant que les choses deviennent noires avant l’aube et le retour de la lumière. La voie de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif en s’éloignant de la mentalité et des attitudes d’empire et de domination, réflectrices du modèle du Conquérant et du modèle du peuple élu/terre promise de l’ancien testament, incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination énoncée dans le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] En tant que peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher avec nous côte à côte sur ce merveilleux chemin de la vie en restant centré sur l’enseignement de la loi indigène: Respectez la Terre comme votre mère et portez un regard sacré sur tout être vivant.

Fin

Le livre se termine par 31 pages de notes de chapitres et 11 pages de références bibliographiques.

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Notre conclusion

L’analyse de Newcomb est unique en son genre et nous permet de réellement bien comprendre le cœur du problème colonialiste. Depuis le XVème siècle, la racine profonde de la domination eurocentrique sur le monde est d’ordre religieux même si dans le temps, essentiellement au XIXème siècle et l’expansion de l’empire français sous la IIIème république, et celui de l’empire britannique sous le règne de la reine Victoria, ont vu les objectifs de la conquête glisser du religieux à “l’humanitaire” et à l’universalisme de la culture occidentale “supérieure” s’étant octroyée un devoir de rayonner non plus sur un monde “barbare et païen” mais sur un monde “barbare et ignorant”. La belle affaire !

La notion de conquête, de domination européenne du monde prend sa source dans les bulles papales du XVème siècle qui divisèrent le monde pour sa possession par l’empire de la chrétienté. Il est effarant en effet de constater que l’empire américain actuel est fondé sur une appropriation arbitraire, un vol de terres ne lui appartenant pas, vol qui s’est vu enterriner au fil du temps par la passation de la domination fondée sur des principes fondamentalement racistes d’un empire à un autre. Toujours plus effarant de constater que cette domination ordonnée par des édits du Vatican, a été intégrée dans la loi américaine (et canadienne) par le jeu de la reconnaissance et donc de la validation soi-disant légale d’édits religieux d’un autre temps, le tout dans la logique suprématiste d’une nation qui s’auto-déclare “indispensable” et ayant une “destinée manifeste” de rayonner sur le monde dans le plus pur esprit sectaire des puritains anglicans du Mayflower s’établissant sur la côte Est du “nouveau monde”, créant en Nouvelle-Angleterre, cette “cité sur la colline destinée à rayonner sur le monde”.

La réalité, comme exposé par Newcomb dans cet ouvrage qui fera date, est que tout ceci n’est qu’un leurre, une vaste supercherie criminelle et que l’empire est fondé sur un territoire volé, usurpé au prix du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (les chiffres oscillant entre 50 et 100 millions de morts depuis 1492 selon les sources). Cet empire est “sans terre”, il est nécessaire de déconstruire la fabrication pseudo-légale de son existence pour le forcer à disparaître. Les nations et peuples natifs du continent peuvent le faire, mais ils ont besoin de l’aide d’occidentaux eux-mêmes émancipés de l’idéologie colonialiste qui leur est inculquée et martelée depuis des générations. Notre position est que l’avenir de l’humanité passe par la coopération des peuples occidentaux libérés de l’idéologie mortifère colonialiste se tenant la main dans la main avec leurs frères des peuples indigènes de tous les continents pour se débarrasser du paradigme politique dominant, totalitaire, inégalitaire et fondamentalement raciste actuel pour reconstruire un nouveau paradigme sociétal égalitaire, non-coercitif, non-hiérarchique, au pouvoir dissout dans le peuple, fondé sur le respect des uns pour les autres. L’humain est capable de choses merveilleuses pourvu que l’environnement soit propice. Créons ensemble cet environnment en mettant le modèle politico-économique de l’État et du capitalisme aux oubliettes de l’Histoire, leur seule place légitime et en créant la société des sociétés, l’organisme collectif égalitaire où la véritable préoccupation sera le bonheur harmonieux et partagé sur terre. Rêve, utopie ! Hurlerons certains… Non, un projet politique et social réaliste si on s’en donne VRAIMENT les moyens, ensemble !

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 4ème partie ~

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“Pendant dix siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe.”
~ Michel Bakounine ~

“L’historien Schlomo Sand nous laisse à l’inévitable conclusion que les juifs contemporains n’ont pas d’origine commune, que leurs origines sémites sont un mythe. Les juifs n’ont absolument aucune origine en Palestine et donc leur action de soi-disant ‘retour’ doit être comprise comme prétexte à une invasion expansionniste tribale.”

~ Gilad Atzmon ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 4ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 8: Convertir la découverte chrétienne en conquête du paganisme

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, écrivit que “les différentes nations d’Europe” n’avaient pas “entièrement” ignoré les droits des nations natives, car les nations d’Europe avaient “respecté les natifs en tant qu’occupants”. Le mot “entièrement” suggère bien sûr que les nations européennes avaient essentiellement ignoré les droits des nations natives, mais simplement pas “entièrement”. Comme nous allons le voir, du point de vue de la cour suprême, les droits des Indiens furent ignorés dans la mesure nécessaire de s’assurer que les nations indiennes fussent placées dans l’incapacité de contredire l’affirmation par les Etats-Unis de leur “domination ultime” sur les terres du continent et leur “titre (de propriété) absolu”.

[…] Le juge dit aussi que les chartes royales illustraient comment le “peuple chrétien” avait assujetti un “droit de prendre possession” des terres indigènes du continent, sur la base de la “découverte”, “nonobstant l’occupation par les natifs, qui étaient des païens”. En d’autres termes, Marshall voyait les chartes royales comme preuves que les monarques chrétiens européens, qui envoyèrent des colonisateurs sur ce continent, étaient en possession d’une autorité gouvernementale (dominion) pour convoyer ou octroyer les terres des “païens”.

[…] Comment cela fut abondamment illustré dans le chapitre 4 de ce livre, en particulier avec le point de vue de Henry Summer Maine au sujet des Indiens comparés “presque universellement aux Canéens de l’ancien testament”, la toile de fond cognitive de Marshall dans l’affaire Johnson est le modèle cognitif du “peuple élu sur la terre promise”: Les monarques chrétiens ou les nations s’arrogeant la “découverte” des terres, le faisaient sous le coup d’un mandat de dieu qui leur avait été donné en tant que ‘peuple élu’, pour localiser, posséder, et occuper les terres païennes ‘promises’. D’après ce modèle mental, dieu est considéré avoir promis la terre aux chrétiens européens et ce n’est donc en conséquence qu’une question de temps avant que les peuples indigènes ne soient extirpés de ces terres. Le juge Joseph Story à son tour, colporta ce sens même d’occupation temporaire des terres par les Indiens, lorsqu’il se référa aux Indiens ayant possession de la terre pour leurs “buts temporaires et fugitifs”.

[…] Les droits des peuples indigènes ne furent donc pas totalement ignorés, mais furent “dimininués dans une grande mesure”, dans une grande mesure parce que leurs “droits à la souveraineté totale en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe fondamental original, celui qui veut que la découverte ait donné le titre exclusif à ceux qui ont fait la découverte.”. Devant l’ampleur de l’existence de la domination des Amérindiens par les Etats-Unis, ceci mena à cette conception du fait de la diminution de la souveraineté des Indiens et de leur indépendance, à cet égard, le point suivant est central à l’argument du présent travail.

La découverte comme “masque” du pouvoir mental de conceptualisation

[…] Ainsi, l’assomption sous-jacente et hautement implausible suggérée par la cour est que la simple arrivée physique des Européens sur le continent des Amériques est ce qui leur a “donné le titre (de propriété) ultime” sur les terres de ce (sous) continent. Pourtant, malgré la très longue présence physique de dizaines de millions de personnes indigènes sur le continent au moment de l’arrivée des Européens, il n’y a aucune raison sensible et apparente de croire que la simple arrivée des Européens auraient pu annihiler la possession des Indiens de façon à donner aux Européens le titre ultime de propriété sur les terres indigènes du continent.

[..] La théorie cognitive nous permet de reconnaître là une affirmation sous-jacente enfouie dans le verdict de Johnson: Les Européens se sont mentalement aloués la domination sur les terres du continent et leur titre de propriété en se conceptualisant imaginairement eux-mêmes comme ayant la domination et le titre sur les terres du continent. Le concept de “découverte” réfère tacitement à la capacité des Européens d’imaginer la possibilité d’une “réalité” particulière et d’agir ensuite avec une énergie intense et répétée sur cette possibilité de l’imaginaire jusqu’à ce que la “réalité” envisionnée se “manifeste” ou “soit construite”. […] NdT: C’est le principe connu du “répéter un mensonge très souvent et il devient vérité…”

La personnification de la découverte dans le verdict de l’affaire Johnson

Un point clef exprimé dans le verdict est que le gouvernement des Etats-Unis a formellement adopté l’argument disant que le “peuple chrétien” avait “découvert” ce continent “païen” et que les “habitants civilisés” des Etats-Unis avaient donc collectivement “maintenus ce pays” sur la base du “droit à la découverte”. Marshall a dit que c’est à la base même du droit de la découverte que tous les états des Etats-Unis “tiennent et assument maintenant le titre (de propriété) par lequel ce pays fut acquis”.

]…] L’utilisation par Marshall du concept de “découverte” est même plus problématique parce que les chrétiens européens n’ont pas découvert ce continent dans le sens de découvrir un endroit qui était inconnu, il ne sont en fait apparus que sur des terres occupées et connues de dizaines de millions de personnes constituant les nations indigènes. Il est donc en cela parfaitement incorrect de dire que les européens auraient découvert des terres “jusque là inconnues”, d’un point de vue euro-centrique, cela ignore totalement la mentalité propre des peuples autochtones et leur conscience toute particulière de leurs propres terres. Il est de fait bien plus correct de dire que les Européens sont arrivés invasivement sur ce continent.
Ce qui est généralement référé à la doctrine de la découverte pourrait en fait être appelée de manière bien plus juste et précise la doctrine de l’arrivée européenne, mieux même: la doctrine de l’invasion européenne chrétienne.

[…] Le pouvoir d’octroyer des terres en possession des Indiens a déjà été exercé précédemment par les nations européennes, nous dit le juge suprême Marshall. Ainsi toutes les nations d’Europe qui ont acquises des terres sur ce continent ont reconnu pour elles-mêmes et on reconnu pour les autres, le droit exclusif des découvreurs chrétiens de s’approprier les terres occupées par les Indiens.

Les Etats-Unis ont-ils adopté la doctrine de la découverte ?

Les Etats-Unis ont-ils adopté ou rejeté le principe de la découverte ?” avait demandé Marshall. En répondant à cette question, le juge de la cour suprême des Etats-Unis suggéra qu’au traité de Paris de 1783 (qui mît fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis), la Grande-Bretagne avait transféré son assertion de domination ultime aux Etats-Unis et que lorsque ce transfert eut lieu, les Etats-Unis commencèrent à utiliser les mêmes arguments que ceux de la découverte chrétienne pour assumer leur propre affirmation de domination sur les territoires indiens de l’Amérique du Nord (NdT: n’oublions pas que le Canada n’existait alors pas, il fut “officiellement” créé en 1867). Ceci fut fait sur la base de cette affirmation de “dominion” ou de “droit de prendre possession”, a dit Marshall, que les Etats-Unis affirmèrent subséquemment avoir le pouvoir et le droit de donner, distribuer les terres qui étaient toujours habitées et en possession légitime des nations indiennes. De surcroît, les Etats-Unis refuseraient de reconnaître que les Indiens possédaient quelque droit que ce soit qui pourrait être en conflit et leur permettre de contrôler la terre à l’encontre des Etats-Unis.

[…] Ainsi, les institutions des Etats-Unis reconnaissaient que la “couronne” britannique avait le titre (complet) et absolu sur les terres et comme il ne peut y avoir qu’un seule titre de propriété “absolu” pour la même chose au même moment, Marshall en conclût alors que les titre des Indiens était moins qu’absolu, et donc moins que “complet”. De l’opinion de la Cour suprême, comme le titre indien n’était pas un titre de dominion/domination, il n’était “juste” qu’un droit “d’occupation des sols” sujet à la domination des premiers “découvreurs” européens chrétiens ou sujet à la “domination” du successeur politique et légal de ces premiers découvreurs, à savoir, les Etats-Unis. […]

Règles de la conquête

Le juge Marshall expliqua que la cour ne faisait qu’appliquer aux Indiens les règles coutumières de la conquête:

La conquête donne un titre que les tribunaux du conquérant ne peuvent pas nier, quelque soit l’opinion privée et spéculative des individus, respectant l’affirmation de justice originale qui a été correctement évaluée. Le gouvernement britannique qui était alors notre gouvernement et dont les droits furent passés aux Etats-Unis, avait affirmé le titre des terres occupées par les Indiens au sein des limites établies par les chartes des colonies britanniques. […] Le titre de propriété de la très vaste portion des terres que nous possédons, y a son origine. Il n’est pas du ressort des tribuanux de ce pays de mettre en question la validité de ce titre, ou d’en soutenir un autre qui lui serait incompatible.

[…] Puis Marshall se lance dans une analyse de la conquête et du rôle du conquérant donnant la fausse impression qu’il appliquait ces règles de la conquête aux Indiens:

Le titre [de propriété] par conquête est acquis et maintenu par la force. Le conquérant en prescrit les limites. […] Le plus souvent, les conquis sont assimilés et incorporés dans la nation victorieuse et deviennent sujets ou citoyens du gouvernement avec lequel ils sont connectés. […]”

Utilisant une mauvaise et fausse description des Indiens comme étant de “féroces sauvages”, Marshall poursuivit pour expliquer pourquoi il était impossible d’appliquer les règles ci-dessus à la conquête des Indiens:

Mais les tribus indiennes habitant ce pays étaient féroces et sauvages, leur occupation était la guerre et leur subsistance dépendait principalement de la forêt. Les laisser en possession de leur pays était laisser le pays à l’état sauvage ; les gouverner en tant que peuples distincts était impossible, parce qu’ils étaient aussi braves et hautement motivés qu’ils étaient féroces et étaient totalement prêts à repousser par les armes toute tentative sur leur indépendance.” […]

Ce fut Marshall lui-même qui, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, utilisait le verdict de l’affaire Johnson comme une opportunité pour suggérer une règle nouvelle et totalement différente de la conquête, que les Etats-Unis pourraient utiliser contre les nations indiennes. Quelle fut cette nouvelle règle suggérée par Marshall ? Simplement celle-ci:

Quoi qu’extravagante puisse paraître la prétention de convertir la découverte d’un pays habité en sa conquête, si le principe a été établi en première instance, puis maintenu subséquemment, si un pays a été acquis sous ce principe, si la propriété de la vaste masse de la communauté a ce principe pour origine, alors ce principe devient la loi de la terre et ne peut pas être mis en question.

[…] Marshall reconnait librement qu’une telle prétendue conquête puisse paraître “extravagante” et même être hors du raisonnable. Et pourtant, il dit aussi qu’il peut être possible de justificer cette prétention à la conquête pour plusieurs raisons: d’abord si la conquête prétendue a été établie au préalable puis maintenue, secondo, si le pays a été acquis sur la base de cette prétention de conquête et tertio si la propriété de la vaste masse de la communauté a pour origine la prétendue conquête. Alors la conquête devient la loi et ne peut plus être questionnée.

Ainsi, les Etats-unis prétendraient que les nations indiennes sont les habitants “conquis” de ce continent et qu’elles ne possèdent pas de droit de dominion sur leur propres terres ancestrales, ainsi menant à la “conclusion” que le “titre absolu de propriété” du sol était en possession des premiers chrétiens foulant cette terre ou des successeurs politiques et légaux de ces premiers chrétiens. La théorie résultante de “l’occupation païenne” veut dire que les nations indiennes étaient vues par les Etats-Unis comme ne possédant ni la domination ni le titre absolu des terres du continent et seraient ainsi vues comme étant incapables de transférer le titre absolu à d’autres. Sur cette base, la cour suprême a décidé que les titres de propriétés de la terre détenues par des entreprises étaient nuls et non avenus, car les Indiens n’avaient que le titre d’occupation des sols a vendre dans la mesure où les achats privés de terres aux Indiens n’étaient pas considérés comme valides.. La cour considéra les titres opposés être valides, mais neeanmoins contre le don de terre des Indiens, car cela résultait d’un don des Etats-Unis, qui de manière supposée détenaient le titre de propriété absolu par droit de découverte et de domination chrétienne.

[…] Ainsi de par notre analyse du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, nous avons documenté que le concept de découverte comme il est utilisé dans le verdict de l’affaire Johnson veut dire découverte par le peuple chrétien de terres habitées par des “natifs”, qui sont des “païens”. Il s’ensuit que nous pouvons caractériser avec précision la nouvelle règle du juge Marshall comme:

  • Une affaire de prétendre qu’une simple découverte de terres habitées par des “païens” par les chrétiens, était la même chose que la “conquête” desdits “païens”.
  • Que ce prétendu évènement de la découverte a résulté dans la présomption que les Européens chrétiens possédaient automatiquement le “dominion/la domination” ultime sur les peuples indigènes et leurs terres.

Cette règle de prétendue conquête est fondée sur le pouvoir cognitif de l’assomption. Après tout, un des sens du mot “assumer” est … “prétendre”, un autre est “d’approprier ou de s’arroger” comme dans “assumer le droit de ou sur…” Ainsi le verdict de l’affaire Johnson démontre clairement la capacité des officiels du gouvernement des Etats-Unis, comme John Marshall le haut fonctionnaire magistrat, d’imaginer que les Etats-Unis possèdent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes et de clâmer, sur la base de la découverte (chrétienne), un droit de s’approprier les terres indiennes et les ressources naturelles de ce continent pour le bénéfice économique exclusif des Etats-Unis. Par là donc, le verdict dans l’affaire Johnson assume, sur la base d’une règle de prétendue conquête et d’une distinction entre “les peuples chrétiens” et les “païens”, que les Etats-Unis ont le droit de coloniser un continent entier. De l’opinion de la Cour Suprême des Etats-Unis, cette “nouvelle règle” établie est devenue la loi de la terre.

L’écriture de Marshall dans le rendu du verdict de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823) est véritablement ingénieux et d’un point de vue indigène, quelque peu diabolique. Il a utilisé la religion chrétienne et le nationalisme chrétien, combinés avec les pouvoirs cognitifs de l’imagination et de l’assomption, pour construire une réalité subjugatrice pour les Indiens d’Amérique du Nord. Plus de 180 ans après que Marshall eut écrit noir sur blanc le rendu du verdict de l’affaire Johnson au nom d’une cour suprême unanime, cette réalité subjugatrice sert toujours de pierre angulaire pour la loi et la politique fédérale indienne. Clairement, la doctrine de la prétendue conquête chrétienne de John Marshall et sa doctrine du prétendu titre chrétien absolu (titre foncier ultime des Etats-Unis) sont deux aspects brillants et néfastes de son héritage judiciaire.

Chapitre 9: Le processus mental de la négation

En catégorisant les peuples indigènes comme païens, le juge Marshall les conceptualisait en termes de ce qu’ils n’étaient pas!

Ceci est un exemple d’assigner les peuples indigènes une catégorie de négation fondée sur un MCI chrétien, qui du point de vue chrétien, suggère inconsciemment tout ce qui est positif, bon et totalement humain. Au contraire, de la même perspective, la catégorie des “païens” sert une fonction cognitive tacite d’un jugement fondé sur la négation: non chrétien, mauvais, négatif, incivilisé, pas totalement humain. A ce titre, le fait d’être “païen” » peut tout aussi bien vouloir dire “ne pas exister”, comme nous le verrons plus loin.

[…]

Res Nullus

James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit: “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainisi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes.

Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide”.

[…] Ces processus mentaux étaient empruntés de la Rome antique et de la loi, du droit romains. Un des aspects du droit romain voulait qu’à la déclaration des hostilités, les terres ennemies soient déclarées “nullius” ou “sans propriétaire”. L’ennemi des Romains étaient déclaré n’être “personne” (dans le sens d’inexistant), ce qui voulait dire politiquement inexistant pour l’empire romain. Cet art mental de la guerre rendait subtilement les terres ennemies “vacantes” et donc “ouvertes” à la possession.

Le processus romain pour prendre possession des terres ennemies était connu sous le nom d’ “occupatio” dans le droit romain, ce qui voulait dire occupation de la terre.

Ceci voulait dire “prendre possession d’une terre qui n’appartient à personne et de s’en approprier le titre de propriété.” Le terme romain était “res nullius”, qui avait deux façons de voir la chose: “La propriété n’avait jamais eu de propriétaire et la propriété n’avait plus de propriétaire au moment de l’appropriation”.

[…] D’après Henry Sumner Maine, nous avons le concept romain d’occupatio référant à “l’occupant qui prit possession en premier lieu” ou de “terres nouvellement découvertes”. En accord avec Maine, l’occupatio romain incluait les droits complets de domination, alors que d’après conception de la cour suprême des Etats-Unis, le titre indien d’occupation des sols n’incluait pas la domination/dominion.

[…] Le juriste Hinsdale identifia une connexion directe entre le principe de droit romain de res nullius et le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, mais avec une connotation religieuse comme nous l’allons voir. […] Hinsdale nota que Maine ne vit pas “que l’application de la doctrine du droit romain au Nouveau Monde des XVIème et XVIIème siècles fut faite par le moyen d’une nouvelle définition de nullus.” En d’autres termes, d’après la lecture d’Hinsdale de Francis Lieber, la signification de la doctrine légale pré romano-chrétienne de nullus, fut changée pendant le soi-disant Âge de la Découverte.

Hinsdale commença son explication de la nouvelle signification de res nullius en notant que “les puissances maritimes de l’époque n’ont pas reconnu les sauvages comme leurs ennemis ni plaidé les droits du conquérant en relation avec leurs prises de terres à l’Ouest.” Hinsdale dit que le juge Marshall pensait que “les possessions anglaises en Amérique ne furent pas assumées en tant que droit de conquête mais par le droit de ‘découverte’ et que ceci fut également le fondement des prises de possession des autres puissances qui se divisèrent le Nouveau Monde.

[…] Développant sur ce point Hinsdale continua:

De manière pratique, la découverte, lorsque consommée par la prise de possession, était conquête, mais théoriquement, c’était quelque chose de très différent. Un ennemi défait dans la bataille était ‘nullus’ d’après le droit romain, mais une autre définition, une plus amène avec la mentalité de l’époque, fut alors adoptée. Cette définition fut fournie par l’église catholique apotholique et romaine.

La nouvelle définition de ‘nullus’ était, un païen, infidèle, incroyant ou une personne non-baptisée. “Le paganisme, qui voulait dire non-baptisé’, dit Dr. Lieber, “retire à l’individu ces droits qui sont une véritable moralité juridique inhérente à chaque être humain.” […] Ainsi cette définition concède que res nullius est la propriété de celui qui découvre, qu’un infidèle est nullus, que le sauvage américain est un infidèle et que l’argument est ainsi complété. Que l’église, dont un des grands devoirs et de protéger le faible et le vulnérable, ait suppléé la moitié de la logique qui a justifié de la ruine et de la mise en esclavage des païens, est une des grandes anomalies de l’histoire.

[…] Ainsi Hinsdale décrivit un processus mental dans lequel nos ancêtres natifs étaient métaphoriquement conceptualisés sur la base (exclusive) de la religion chrétienne, comme étant des païens, des infidèles ou des sauvages non-croyants.

[…] En accord avec ce cadre de réflexion, en catégorisant nos nations natives respectives comme politiquement inexistantes, soit partiellement, soit entièrement, pour manque de baptême chrétien, quelques penseurs chrétiens européens, comme l’a montré Hinsdale, ont étiqueté les terres ancestrales des nations indigènes comme étant “terra nullus”, ou terres vacantes sur lesquelles les chrétiens pouvaient dès lors légitimement affirmer leur “dominion/domination”. Et bien que Francisco de Victoria, qui est considéré comme le père fondateur de la “loi internationale” ou “loi des nations”, fut de l’opinion que les non-chrétiens étaient des humains qui avaient le droit à la liberté, la propriété et à la domination territoriale, ceci ne fut pas le chemin conceptuel suivi par la cour suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh en 1823.

Occupation païenne et dominion chrétien

Marshall a dit dans le verdict de l’affaire Johnson que du point de vue de la Grande-Bretagne, “il n’y avait pas de disticntion entre les terres vacantes et les terres occupée par les Indiens.” Pourquoi ? parce que comme Francis Lieber l’avait fait remarquer, d’une perspective chrétienne européenne, les peuples qui n’étaient pas baptisés étaient vus comme manquant “ces droits qu’une véritable moralité juridique considère inhérents à chaque être humain.” Sur cette base conceptuelle et malgré quelques caractéristiques “humaines” que les chrétiens européens considéraient les peuples indigènes avoir, ceci n’empêcha pas un empire chrétien européen de “découvrir” et de clâmer une domination totale sur les nations indigènes et leurs terres.

En catégorisant nos ancêtres comme étant païens et infidèles, les chrétiens européens catégorisaient également nos ancêtres comme moins qu’humains, pareils à des monstres.

[…] Il convient ici de noter que la loi internationale est dite ne s’appliquer qu’à la catégorie unique des croyants de la chrétienté. Ainsi, la loi internationale de la chrétienté et son principe de loi d’occupatio était l’acte de chrétiens ou d’une puissance chrétienne clâmant le droit de prendre possession des terres habitées par des peuples indigènes décrétés par les Européens chrétiens comme étant des païens, des monstres ou moins qu’humains.

[…] Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, un “prince ou peuple chrétien” avait “dominion” par droit de “découverte”, mais les “païens” n’avaient aucun droit.

Comme l’a également dit le juge Joseph Story dans son interprétation du verdict de l’affaire Johnson: “En bien des cas, les Indiens furent traités comme des communautés indépendantes, libres de se gouverner elles-mêmes, aussi longtemps que cela n’interférait pas avec les droits primordiaux des Européens découvreurs du continent.

Les Européens chrétiens s’approprient mentalement les nations et territoires indigènes

Avant l’invasion européenne chrétienne du continent, les nations indigènes étaient physiquement et mentalement libres et indépendantes des idées et du jugement de la chrétienté. Une autre façon de dire ceci serait de dire qu’avant la venue des Européens chrétiens sur ce continent avec leur intention de conquérir et de subjuguer, ils n’avaient absolument aucun contrôle des peuples et nations indigènes de l’endroit et ce sur tout le continent des Amériques. Ainsi donc, d’une perspective indigène, l’existence libre et indépendante des nations indigènes peut-être vue comme la base de toutes discussions sur l’existence même des Indiens des Amériques. Le système conceptuel de la loi et de la politique fédérales indiennes est fait pour nier cette réalité de base en prétendant que dès le premier moment où les Européens chrétiens ont posé les yeux sur le continent, l’esprit européen a pris possession de l’existence des peuples et nations indigènes.

[…]

Pourquoi les nations et peuples Indiens continuent d’être légalement libres

[…] Qu’est-ce qui a causé les peuples et nations indigènes de cesser d’être légalement libres et indépendants ?

La réponse est: rien ! Les peuples et nations indigènenes continuent jusqu’à ce jour d’être légalement libres et indépendants des Etats-Unis et de toute activité mentale des officiels et fonctionnaires du gouvernement fédéral. Néanmoins, la loi fédérale indienne est fondée sur l’assomption que le gouvernement des Etats-Unis possède une autorité plénière et une domination légitimes sur les nations amérindiennes sur la seule base de la “prétention extravagante” que le peuple chrétien a découvert des terres païennes pendant la période du soi-disant Âge de la Découverte.

[…] Comme ce livre l’a clairement démontré, le double modèle cognitif idéalisé (MCI) du conquérant et du peuple élu sur la terre promise ont fourni la base pour prétendre qu’une simple présence mentale et physique des Européens chrétiens sur le continent causa le fait que les peuples et nations indigènes ne sont plus libres. Ce point de vue repose sur la présomption suivante:

Dès que les Européens chrétiens eurent envahi l’espace territorial de non-chrétiens, les dits non-chrétiens cessèrent immédiatement d’avoir une “indépendance parfaite”. Pourquoi ? Parce que les païens et les nations païennes doivent respecter la volonté de dieu comme exprimée dans la Génèse 1:28 de l’Ancien Testament. En d’autres termes, c’est par la “volonté de dieu” que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en les subjugant et en exerçant une domination sur la terre et tout autre être vivant.

En se présumant inconsciemment comme ayant un droit de pouvoir mental et de jugement sur des “païens”, les chrétiens furent capables de juger les Indiens comme n’étant plus autorisés à continuer de vivre librement et indépendamment. Sur la base d’un point de vue biblique disant qu’au peuple élu est providentiellement assigné la tâche de subjuguer la terre et d’exercer la domination sur tout être vivant, les chrétiens se considèrent comme étant un peuple choisi divinement et obligé de “sauver” les païens en les subjugant, ce qui de manière euphémiste est référé comme étant les “civiliser”. Ceci devait être accompli en scindant les nations païennes pour ensuite convertir les membres de ces nations au christianisme, pour que chaque chrétien individuellement se retrouve soit sujet d’une monarchie européenne ou citoyen d’un état chrétien européen par le biais d’une assimilation progressive. C’est de ce point de vue que les païens sont destinés par dieu à être sauvés et réduits dans la civilisation chrétienne européenne.

Chapitre 10: La théorie des nations chrétiennes: cachée à la vue de tous

[…] Dans son petit livre très utile “Les droits des Tribus Indiennes” (Illinois University Press, 1992), Stephen L. Pevar écrivit: “Bien des gens questionnent le droit du gouvernement fédéral de gouverner les Indiens et croient que les nations indiennes n’ont pas perdu leur indépendance. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas du tout d’accord avec ceci et ses tribunaux ont maintenus de manière consistante le pouvoir du gouvernement fédéral sur les Indiens et son droit de pouvoir intervenir dans leurs affaires.” En soutien de ses commentaires, Pevar cita le verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Worcester contre l’état de Georgie en 1832 et quelques autres verdicts de cours suprêmes. Il dit alors:

Pour bien des raisons, le congrès pourrait bien avoir tort en présumant qu’il a le droit de gouverner les Indiens. Pour les personnes intéressées à suivre ce sujet, il y a pas mal de sources qui peuvent être consultées. En toute probabilité quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral continuera à exercer son pouvoir sur les nations et tribus indiennes et ce livre rend compte de cette assomption. Le vieil adage qui dit que ‘la force donne le droit’ contrôle la relation entre les Indiens et les Etats-Unis. Le gouvernement fédéral ne leur permettra jamais de vraiment s’auto-gouverner, il ne leur rendra pas non plus leurs terres.” … Pevar identifia également une autre théorie qu’il assure les Etats-Unis avoir utilisé pour justifier de l’assomption du contrôle fédéral sur les Indiens. Une des manières par laquelle la cour suprême a justifié d’un tel contrôle a dit Pevar “est une règle de la loi internationale qui déclare que la découverte et la conquête donnent au conquérant la souveraineté sur la propriété foncière des terres ainsi obtenues.” La citation est directement empruntée du verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton contre les Etats-Unis (1955). En d’autres termes: “Aux vainqueurs le butin”. Puis citant le verdict de Johnson contre M’Intosh, Pevar nota que la cour suprême avait décidé “Qu’en vertu de la ‘découverte’ de l’Amérique du Nord par les Européens et la ‘conquête’ de ses habitants, le gouvernement fédéral est autorisé à forcer ses lois sur les personnes et les propriétés au sein des Etats-Unis.

[…] Ce livre a déjà présenté un grand nombre de preuves démontrant la base religieuse de l’assertion par les Etats-Unis d’une autorité sur les peuples et nations indiens du sous-continent… La théorie des nations chrétiennes est une théorie cachée et pourtant officielle développée par les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis pour expliquer comment les nations indiennes passèrent de libres et indépendantes à être regardées comme être sujettes à l’autorité gouvernementale ultime des Etats-Unis.

En 1835, juste un an avant la publication des “Elements de la loi internationale” de Henry Wheaton, le juge John Catron (sur la base du verdict de l’affaire Johnson) déclara que les Etats-Unis avaient le droit de physiquement forcer les Indiens à être obéissants, ceci basé sur la loi internationale de la chrétienté ou “Loi des Nations”. Cent ving ans après que Catron ait publié son verdict dans l’affaire de l’Etat du Tennessee contre Foreman, le juge de la cour suprême Stanley Reid, écrivant pour une cour majoritaire, utilisa une ligne de raisonnement similaire dans le verdict de l’affaire Tee Hit Ton contre les Etats-Unis, pour affirmer que la découverte chrétienne avait donné aux nations chrétiennes la souveraineté sur la propriété de et le titre de propriété sur les terres indiennes païennes. (NdT: ceci remonte à 1955 et non pas au déluge !!…)

Nous pouvons examiner un extrait du juge Catron dans son rendu de décision de l’affaire l’État du Tennessee contre Foreman. Le juge Catron fut plus tard nommé à la cour suprême des Etats-Unis par le président Andrew Jackson (NdT: sans doute le plus ouvertement raciste de tous les présidents des Etats-Unis…):

Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme ‘loi de la chrétienté’ disant que la découverte donnait la permission d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les peuples natifs non convertis (au christianisme) d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnu comme partie de la loi internationale (ou loi des nations), depuis plus de quatre siècles et que ceci est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leurs départements politique et judiciaire […] Notre assertion est fondée sur le droit de coercition. Ceci peut-être dénoncé par les moralistes. Notre réponse à cela est que ceci est la loi de la terre. Sans cette assertion et sa mise en place drastique et vigoureuse, nos ancêtres n’auraient jamais pu habiter ce continent. Abandonner ce principe maintenant, serait admettre qu’ils n’étaient que des usurpateurs injustes et que nous-mêmes, succédant à leur autorité usurpée et assertion nulle et non-avenue de posséder et de gouverner le pays, devrions en toute honnêteté l’abandonner, retourner en Europe et laisser les parties subjuguées revenir à l’état sauvage et les terres redevenir des terrains de chasse.

Ci-dessus donc, nous trouvons le juge Catron disant que, durant l’Âge de la Découverte, c’était la Loi de la Chrétienté qui donnait aux puissances chrétiennes “découvrant” de “nouvelles terres” le droit “d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les natifs païens non-convertis, non-baptisés et non-chrétiens.” Donc Catron, pour la cour suprême de l’état du Tennessee, a non seulement affirmer que les puissances chrétiennes avaient “le droit de coercition pour l’obéissance” sur les nations indigènes non-chrétiennes, mais encore que ce droit religieux de coercition est validement exercé par le gouvernement des Etats-Unis et est en quelque sorte devenu “la loi de la terre” dans ce pays. Cette théorie au fondement religieux de ce nationalisme chrétien expliqua comment les nations indigènes passèrent de manière supposée à l’état de liberté et d’indépendance à celui d’être considérées sujets de la domination ultime par l’autorité gouvernementale des Etats-Unis et de ses hauts-fonctionnaires. Le juge Catron écrivit ceci dans son rendu du verdict de l’affaire l’état du Tennessee contre Foreman juste 12 ans après que le juge Marshalleut écrit son compte-rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] De plus, en 1955, le verdict de la cour suprême des États-Unis dans l’affaire Tee Hit Ton Indians contre les Etats-Unis, déclara pour la majorité de la cour qu’”un groupe identifiable d’Amérindiens appartenant à la tribu Tlingit des Indiens d’Alaska… n’était pas recevable de quelque compensation que ce soit sous le 5ème amendement de la constitution pour la prise par le gouvernement des Etats-Unis de bois sis sur les terres d’Alaska près du parc national du Tongass, forêt qui appartiendrait aux Indiens Tee Hit Ton.” Le juge Stanley Reed délivra l’opinion de la cour et écrivit ceci sous le libellé de “Titre Indien”:

“[…] Après la conquête, les Indieins furent autorisés à occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient auparavant exercé une ‘souveraineté’. Ceci n’est pas un droit de propriété mais correspond à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties, mais ce droit d’occupation peut-être annulé et ces terres pourraient être approriées par le souverain lui-même sans aucune obligation légale et applicable de compenser les Indiens de quoi que ce soit.

Le passage ci-dessus fut écrit avec le modèle du conquérant en tête et sur la base de la présomption que les Amérindiens sont des sujets des processus mentaux des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral américain. L’expression “après la conquête” est de ce fait très significative.

[…] Ainsi donc la cour suprême semblait vouloir dire qu’après la conquête du sub-continent nord-américain, les Indiens ne furent capables de continuer à occuper les sols de leurs terres ancestrales que si les blancs le leur permettaient.

[…] Ainsi ce fut la vision et l’avis de la cour suprême dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton en suivant les modèles du conquérant et celui du “peuple élu-terre promise”, que la “découverte chrétienne” et la “conquête chrétienne” avaient donné aux “conquérants chrétiens” la souveraineté sur et les titres des terres habitées par ce que Wheaton appelait “les nations païennes des autres quartiers du monde”. Sur cette base, comme le nota le même Wheaton, les droits indiens étaient dits être “subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.” Ceci donc, est une explication plus complète et plus explicite de la théorie des nations chrétiennes qui est en permanence sous-jacente à la loi fédérale indienne, une théorie que la plus grande partie des universitaires et érudits d’aujourd’hui choisissent de totalement ignorer et de laisser en dehors de tout commentaire sur le sujet.

Dans la dernière partie, nous verrons quelle conclusion apporter, celle de Steven Newcomb dans son ouvrage et la notre…

Comprendre le colonialisme actuel: Introduction au texte « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

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« La force, même cachée, induit la résistance »
~ Proverbe Lakota (Sioux) ~

« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

 

Introduction au livre “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Nous traduisons de larges extraits de ce livre phare pour comprendre les fondements mêmes du colonialisme, ses racines religieuses chrétiennes racistes, suprémacistes, eugénistes et génocidaires et comment en comprenant bien les mécanismes il est possible de renverser la vapeur et de priver l’empire actuel anglo-américain de sa “terre promise”. N’oublions jamais qu’un empire sans terre est un empire à terre. Si nous voulons stopper l’empire actuel il suffit de lui retirer le tapis de sous les pieds: son territoire illégitime, volé aux peuple indigènes depuis le XVème siècle. L’avenir de l’humanité passe par les Amérindiens (et leur contre-partie moyen-orientale: les Palestiniens…). Pour une fois, soyons du bon côté de l’Histoire !

~ Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Extraits de la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V du 8 Janvier 1455:

“… Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphonse d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs…”

Extraits de la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI du 4 Mai 1493:

“… Nous, [pape Alexandre VI],de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493…
… De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto… “

Dans l’avant-propos du livre Peter D’Errico écrit ceci:

“Des dogmes religieux datant du XVème siècle édictés sous forme de bulles papales furent établis comme les fondations même de la loi de propriété foncière, de territoire de la nation et de la loi fédérale sur les Indiens au tout début du XIXème siècle. Des décisions de tribunaux de justice ont lié la loi des Etats-Unis au monde de la chrétienté et de l’impérialisme chrétien. Ce processus ne fut ni caché ni mystérieux, il ne fut pas non plus une conspiration ourdie entre les juges et les prêtres. Ce fut la planification de longue haleine pour la saisie de tout un continent. Ce fut la théorie qui guida les pratiques coloniales. C’est l’histoire que raconte ce livre “Pagans in the Promised Land” (“Païens en Terre-Promise”).

Le christianisme, le sytème de croyance de l’église, est différent de la chrétienté, qui est un amalgame d’églises (catholique, protestante, orthodoxe) et d’états. La chrétienté consiste en l’alliance de princes séculiers et d’autorités sacerdotales ; elle culmine avec la doctrine du droit divin des rois et des papes…

[…] Ainsi ce livre “Pagans in the Promised Land” n’est pas une attaque sur le christianisme, mais une exploration analytique dépassionnée des manières d’où ont émané la loi fédérale des Etats-Unis sur la propriété, la nation et les Amérindiens, celles de la chrétienté. Pour être plus spécifique, les lois fédérales de propriété et se rapportant aux Indiens, leur corps de réglementation créé par le gouvernemnt des Etats-Unis pour définir ce que sont les peuples indigènes sur cette partie du continent, leurs droits à la terre et les droits de propriété des colons, est une manifestation continuelle de la mission historique mondiale de la chrétienté: d’amener toute la création en son domaine.

[…] Il est essentiel ici pour le lecteur qui serait sensible aux enseignements chrétiens de Jésus Christ, d’être ouvert à l’apprentissage au sujet d’une histoire problématique de la chrétienté dans sa relation avec la loi fédérale des Etats-Unis.”

* * *

L’essentiel de la loi fédérale indienne et les fondements de la loi sur la propriété foncière aux Etats-Unis (et au Canada…) provient d’une décision de justice très importante: Le rendu de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre MacIntosh, écrit par le juge John Marshall. Cette décision et son compte-rendu légal sont cités en permanence dans les affaires de litiges territoriaux entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis (et du Canada, puisque le rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh y a fait jurisprudence de manière fort utile pour l’état colonial canadien…) et les peuples et nations natives du continent nord-américain.

Johnson contre M’Intosh est analysé dans le chapitre 7 du livre. Les six premiers chapitres sont faits pour mener à une compréhension optimale des implications de la décision de la cour suprême en 1823. Les chapitres suivants en expliquent les conséquences du point de vue amérindien et comment en sortir.

Le livre de Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land” est une des clefs de la compréhension du monde colonial dans lequel nous vivons toujours. La compréhension des sujets abordés dans l’ouvrage est primordiale pour bien comprendre non seulement l’emprise impérialiste que l’oligarchie possède sur le monde, mais aussi comment en sortir par la voie des peuples. Le futur de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste mortifère les faisant acquiescer à “L’ordre” établi et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés et opprimés par l’occident depuis plus de cinq siècles…

~ Résistance 71 ~

 

Introduction (Steve Newcomb)

 

Le gouvernement des Etats-Unis a refusé aux nations indiennes une existence libre et ont exproprié la très vaste majorité des terres indiennes par le moyen de la domination d’un système conceptuel qui opère en partie sur la base de ce que les théoriciens cognitifs appellent des “Modèles Cognitifs Idéalisés” ou MCI…

Si je réussis dans les chapitres qui vont suive, l’établissement central de la loi et de la politique fédérales indiennes, qui dit que les Etats-Unis ont une autorité plénière (absolue) sur les nations indiennes sur la base de la doctrine de la découverte du continent nord-américain par les chrétiens, se révèlera être des plus bizarres. Ce fondement, je le maintiens, est en pleine violation de la présomption que le christianisme n’est pas préféré au dessus des autres religions dans la loi états-unienne… Ainsi sur quelles bases serait-il constitutionnellement permis et moralement acceptable pour la cour suprême des Etats-Unis de catégoriser le peuple chrétien et ensuite, au moyen de l’abandon culturel et cognitif de ces catégories de religion, nier aux nations amérindiennes le droit de maintenir leur existence libre originelle et leur propre intégrité territoriale ?

[…]

Dans les chapitres à suivre, il deviendra très clair que la théorie cognitive fournit le type de vision nécessaire pour comprendre que lorsque des formes dominantes de raisonnement (catégorisation) trouvées dans le narratif de la bible (ancien testament) sont inconsciemment utilisées pour raisonner au sujet des Amérindiens, les terres indiennes deviennent métaphoriquement, du point de vue des Etats-Unis, la terre promise du peuple élu des Etats-Unis.

[…]

Ainsi, lorsque les terres indiennes de l’Amérique du Nord (zone cible) sont comprises en terme de terre promise dans un narratif tiré de l’ancien testament (domaine source), il en résulte deux métaphores conceptuelles:

  • Les terres indiennes sont la terre promise, c’est à dire des terres que dieu a promis à son peuple élu des Etats-Unis d’Amérique.
  • Le peuple américain est un peuple choisi, élu (par dieu pour prendre possession des terres indiennes d’Amérique du Nord). Les canéens (païens et infidèles) du narratif de l’ancien testament sont un concept du domaine source recouvrant le concept de domaine cible des Indiens d’Amérique, résultant ainsi en la métaphore voulant que les Indiens soient les Canéens ou païens de la terre promise.

[…]

En d’autres termes, au sein du contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, il a été et continue d’être parfaitement acceptable pour le gouvernement des Etats-Unis de contrôler et de gouverner les vies des Amérindiens au travers des administrations variées et des décisions de ses administrateurs. Un exemple typique de l’histoire destructrice de cette présomption est la loi d’expulsion des Indiens de l’ “Indian Removal Act” de 1830, qui résulta dans le déracinement génocidaire dans la plupart des cas de la vaste majorité des Indiens vivant dans l’Est des Etats-Unis vers des terres se situant à l’Ouest du fleuve Mississippi. Cette politique est le plus souvent associée avec les nations Cherokee (Piste des larmes), Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole qui furent expulsées vers l’Ouest vers de nouvelles terres indiennes. Le résultat direct de cette politique fut l’estimation de la mort de 10 000 Cherokees lors de la longue marche de la piste des larmes qui les mena de leurs territoires de l’Est vers l’Oklahoma en 1838.

[…]

Avant la loi de réappropriation des terres de 1887, les Indiens avaient toujours en leur “possession” quelques 60 millions d’hectares. Les 40 années qui s’ensuivirent virent la réappropriation par les Etats-Unis de plus de 40 millions d’hectares. Dans la seule année 1890, le gouvernement US parvint à obtenir plus de 7 milions d’Ha. La même année, le commissaire aux affaires indiennes Thomas J. Morgan expliqua la logique se nichant derrière la politique de redistribution des terres: “la politique établie du gouvernement est de briser les terres de réserves indiennes, de détruire les relations tribales, d’établir les Indiens dans leurs lopins, les incorporer dans la vie nationale et les gérer non pas de nation à nation ou comme tribus ou bandes, mais de traiter avec les Indiens comme des citoyens individuels.

[…]

Pourquoi les nations indiennes, en tant que nations véritablement souveraines, ne sont-elles pas autorisées à tenir leurs propres terres de manière fiduciaire pour elles-mêmes, sans l’implication du gouvernement des Etats-Unis, demeure un mystère. Ce serait par exemple vu comme un non-sens total si les terres Etats-Uniennes étaient gérées fiduciairement par le Vatican ou le gouvernement de l’Italie. Pourtant lorsqu’il s’agit des nations indiennes, cette idée devient soudainement parfaitement sensée pour tout le monde.

Malgré des siècles de génocide et d’oppression, les peuples et nations indigènes vivent toujours et nous, peuples autochtones, continuons à persévérer, maintenant armé de la langue des colons et de ses systèmers conceptuels, qui, par la théorie cognitive, nous permet d’avoir plus que jamais une meilleure et plus profonde vision de la mentalité de la société coloniale.

[…]

Ainsi, après plus de trente ans de travail de la part des représentants des peuples indigènes et des experts sur les droits de l’Homme, l’assemblé générale de l’ONU a adopté le 13 Septembre 2007, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) (143 pays votèrent pour, mais les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande votèrent contre…). L’adoption de cette déclaration signale la reconnaissance formelle que les nations indigènes ont un droit inhérent et fondamental à l’auto-détermination. Cela annonça l’aube d’une ère nouvelle pour les droits des peuples et nations indigènes Les votes “non” et les onze abstentions d’autres pays nous rappellent qu’il y a toujours un énorme boulot à effectuer et qu’il y a la place pour bien des réformes de terrain. C’est mon désir le plus humble et le plus cher que ce livre puisse assister de manière modeste avec ce travail et qu’il aide à faciliter la mise en application de ces réformes plus que nécessaires pour que la planète se débarrasse enfin de la mentalité de domination de la chrétienté, de son oppression et de son exploitation.

Le chapitre 1 concerne une présentation sur la théorie cognitive, que nous ne traduirons pas ici…

A suivre…

= = =

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

Résistance au colonialisme: Les Apaches toujours en lutte contre le génocide de leur nation…

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« Quand  j’étais jeune, j’ai parcouru ce pays d’est en ouest et je n’y ai vu personne d’autre que des Apaches. Après bien des saisons j’ai de nouveau parcouru la terre pour y trouver une autre race de gens venus pour la prendre. Comment cela se fait-il ?… »

« Vous devez parler directement de façon à ce que vos mots aillent dans nos cœurs comme des rayons de soleil. Parlez Américains! Je ne vais pas vous mentir, ne me mentez donc pas !… »

~ Cochise, Chiricahua Apache, 1812-1874 ~

 

Les Apaches de San Carlos luttent contre la “découverte chrétienne”

 

Peter d’Errico

 

20 février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/20/san-carlos-apache-battle-against-christian-discovery

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le cri de guerre des San Carlos Apaches qu’a fait résonner le président des Apaches de San Carlos Terry Rambler afin de prévenir de la prise en compte hostile des terres apaches par les Etats-Unis et l’entreprise minière Rio Tinto, puise sa source au cœur même du néo-colonialisme américain contre les nations natives.

L’attaque actuelle sur les terres apaches provient d’une loi qui vient de récemment passer au congrès des Etats-Unis, la loi « Southeast Arizona land exchange and conservation Act. » Le libellé de cette loi cache son véritable but. La loi n’a rien à voir avec la préservation de l’environnement. Elle autorise les compagnies minières à commencer leurs exploitations avec tous les dangers environnementaux et la destruction que la prospection minière implique.

Le libellé de la loi montre également la racine profonde anti-indienne de la loi: les terres en question n’appartiennent pas du tout à l’état d’Arizona, ce sont des territoires apaches. Déjà, rien que dans le libellé de la loi elle-même, on trouve un niveau de tromperie non négligeable…
Nous sommes habitués de la pratique politique commune de toujours cacher le véritable but de la loi derrière des phrases redondantes et bien ficelées, avec des mots comme “conservation/préservation” au lieu de “destruction”. Nous devrions aussi être familier avec le fait que le gouvernement fédéral et sa loi fédérale indienne présente toujours un masque pro-Indien couvrant un visage anti-Indien: “responsabilité de confiance” au lieu de “domination fédérale”.

La loi Rio Tinto, appelons-là donc par son véritable nom, commence avec cette déclaration présomptueuse: “Le but de cette section est d’autoriser, de diriger, de faciliter et d’expédier l’échange de terre entre Resolution Copper et les Etats-Unis.

Mais comment les Etats-Unis clâment-ils leur propriété sur cette terre ?

Les Etats-Unis affirment leur titre de propriété sur les terres ancestrales apaches de la même manière qu’ils ont affirmé leur titre de propriété sur toutes les terres indiennes: au travers de la “doctrine chrétienne de la découverte” reconnue par la cour suprême des Etats-Unis. Cette doctrine de la “découverte chrétienne” stipule que les Indiens ne sont que les “occupants” de leurs terres et qu’ils ne tiennent pas leur “occupation” de la terre par droit inhérent, mais seulement par “la grâce du souverain.”

La cour suprême a fondé sa décision au sujet de la “découverte chrétienne” sur des concepts religieux datant du temps de l’empire de la chrétienté. La Cour a soutenu et affirmé que des bulles papales datant du XVème siècle autorisant l’exploitation coloniale par le Portugal et l’Espagne et leur domination sur le “nouveau monde” donnait aussi l’autorité à la colonisation anglaise. La cour en a conclu que cette autorité religieuse à dominer et à coloniser les “païens et infidèles” s’étendait au gouvernement des Etats-Unis après la révolution américaine dont résulta l’indépendance.

La cour suprême des Etats-Unis a réaffirmé à maintes reprises et continuellement le principe de la “découverte chrétienne”. La cour cite toujours l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823, comme une loi valide. En fait, les tribunaux états-uniens à tous les niveaux ont cité la décision de Johnson vs M’Intosh plus de 300 fois depuis 1823, et au moins quatre fois en 2014.

En 1955, les Etats-Unis ont explicitement argumenté en faveur de la “découverte chrétienne” dans l’affaire Tee-Hit-Ton vs USA résultant en une décision de la cour suprême disant que les Etats-Unis pouvaient prendre la propriété indienne sans compensation puisque les Indiens ne sont pas propriétaires de leurs terres.

Les Apaches San Carlos se dressent contre la loi fédérale indienne et son cadre prévu par les décisions et rendus des affaires Johnson et Tee-Hit-Ton qui a établi que le principe de domination religieuse est inhérent dans la loi fédérale indienne. La loi Rio Tinto présume donc que les terres apaches sont propriétés des Etats-Unis car c’est ce que la loi fédérale indienne dit !

Cette loi contient une sous-section intitulée “Consultation avec les tribus indiennes”. Il y est dit: “Le secrétaire devra s’engager dans la consultation de gouvernement à gouvernement avec les tribus indiennes affectées concernant les problèmes préoccupationnels affectant les tribus dans l’échange des terres.” “La loi définit le “secrétaire” comme étant celui de ministère de l’agriculture. On nous demande de croire que le projet Rio Tinto a quelque chose à voir avec la nourriture, encore une autre tromperie…

La “consultation” dont il est fait mention dans le phrasé de la loi se focalise sur le fait de l’après échange, pas avant. Par contraste, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) de l’ONU mandate spécifiquement le “consentement préalable”. L’article 19 de la DDPI dit: “Les Etats doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernés au travers de de leurs propres institutions représentatives afin d’obtenir leur consentement libre, informé et préalable avant d’adopter et de mettre en application toutes mesures administratives ou législatives qui pourraient les affecter.

L’article 32 de la même déclaration renforce le principe de “consentement préalable” avec ces deux mandats suivants:

  • Les peuples indigènes ont le droit de déterminer et de développer des priorités et des stratégies pour le développement ou l’utilisation de leurs terres ou territoires et autres ressources et…
  • Les états doivent consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples indigènes concernees au travers de leurs propres institution représentatives afin d’obtenier le consentement préalable, libre et informé de tout projet affectant leurs terres ou territoires et autres ressources, et ce particulièrement en connexion avec le développement, l’utilisation, ou l’exploitation de monerais, d’eau ou toute autre ressource.

La loi Rio Tinto échoue totalement à reconnaître les droits des Apaches San Carlos sous la déclaration des Nations-Unies. Le fait que la loi utilise la phrase “consultation de gouvernement à gouvernement” ne veut pas dire que la loi reconnaisse de fait et protège le gouvernement indigène des Apaches San Carlos. Cette phrase est un autre niveau de déception et de tromperie, un masque et une fenêtre d’opportunité créée pour un mouvement unilatéral de la part des Etats-Unis.

Pour rendre les choses pires encore, la loi dit que toutes réponses à des “préoccupations” inidennes et toutes mesures prises pour “en minimiser les effets adverses” devront être “mutuellement acceptables” à Rio Tinto !

Le fait est que les Etats-Unis ont refusé d’accéder aux normes légales internationales annoncées par l’ONU et sa DDPI. Bien que le président Obama ait renversé le vote “non” original des Etats-Unis lorsque l’ONU a adopté la déclaration, il le fît avec une nuance déclarée que “le concept d’auto-détermination de la déclaration est consistante avec la reconnaissance existante des Etats-Unis au sujet de la relation avec les tribus fédéralement reconnues.

En d’autres termes, les Etats-Unis campent sur la position que la loi fédérale indienne personnifie déjà les principes et les mandats de la déclaration de l’ONU (NdT: quelle foutaise !…) Comme nous le constatons néanmoins avec la loi Rio Tinto, la loi fédérale indienne n’a que peu de ressemblance avec les normes de l’auto-détermination établies sous la loi internationale. Bref, la déclaration d’Obama, tandis qu’attachée au vote “oui”, est toujours en fait une continuation de votre “non”. (NdT: une autre fadaise pour montrer qu’une fois de plus l’empire fait ce qu’il veut, comme çà l’arrange et qu’il se fout complètement des conséquences, car il se sait protégé…)

Au bout du compte ici, les San Carlos Apaches ont une bataille sur les bras, une bataille sérieuse et profonde contre des forces retranchées de la domination coloniale qui ont avancé et ont une expérience en le domaine de plus de 500 ans. Toutes les nations indiennes devraient prendre bonne note du défi de Rambler: “Nous devons nous unir et combattre ceux… qui cherchent à nous prendre notre liberté de culte, notre droit humain des plus importants…

Impérialisme de la chrétienté… Le pape François 1er en mission de « purification de mémoire » (Steven Newcomb)

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Quand le pape veut faire une nouvelle diversion du sujet de la doctrine chrétienne de la découverte… Le fondement de la pseudo-souveraineté territoriale de l’empire américain est directement lié aux bulles papales racistes et esclavagistes du XVème siècle.

— Resistance 71 —

 

L’extension de l’empire chrétien et le père Junipero Serra

 

Steven Newcomb

 

4 Février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/04/expanding-christian-empire-and-father-junipero-serra

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a eu quelques articles publiés récemment se demandant si c’est une bonne idée pour le pape Fançois 1er de faire d’un prêtre franciscain, Junipero Serra, un saint de l’église catholique apostolique et romaine.. La vaste majorité de la discussion à ce sujet est demeurée transfixée sur la personalité de Serra. Une discussion sur le système général mis en place par l’impérialisme catholique que Serra représenta et travailla à faire avancer, a été tout particulièrement évitée, plus précisément par l’église catholique elle-même.

L’église catholique préfère que les gens pensent de Serra qu’il était un agent de “l’évangélisme” religieux et non pas un agent de l’impérialisme religieux déshumanisant. Il n’y a aucun doute que l’église ne désire pas que Serra soit vu ou pensé comme un agent de ce que le pape Alexandre VI appelait “l’empire chrétien” et les “dominations”. (NdT: en latin “dominum christianorum”)

L’archevêque Gomez de Los Angelès a récemment publié un article dans lequel il a clâmé que la “ canonisation du padre Serra sera un jour merveilleux pour ‘les Etats-Unis’… Ce sera un jour à se commémorer que notre état de Californie et notre pays (les Etats-Unis) et toutes les nations des Amériques, sont nés de la mission chrétienne et construits sur des fondations chrétiennes.” L’archevêque Gomez n’est pas précis au sujet d’un point clef: Ce qu’il référencie est un “fondement” de l’impérialsme chrétien et catholique et de ce que le pape Alexandre VI appelait en latin “imperia et dominationes”.

Le “fondement” auquel se réfère l’archevêque Gomez a été identifié dans un livre publié en 1909 par l’imprimerie nationale du gouvernement des Etats-Unis. Ce livre fut compilé et édité par Francis Newton Thorpe sous un décret du congrès datant du 30 Juin 1906. Livre intitulé: “The Federal and State Constitutions Colonial Charters, and Other Organic Laws of the States, Territories, and Colonies Now or Heretofore Forming the United States of America.”

La table des matières du livre fournit une information importante quant aux archives documentaires du système politique et des lois organiques des Etats-Unis dans ces endroits où la couronne de Castille prît en premier lieu possession des terres et territoires des nations indiennes originelles d’Amérique du Nord. Sous “Floride” dans la table des matières nous trouvons: “Prérogatives accordées à Christophe Colomb, 1492,” et aussi “bulle du pape Alexandre VI, 1493,” sous “Texas”, on trouve: “Affirmation de domination espagnole en amérique, 1492-93 (bulle papale)”.

D’après donc un livre publié par le gouvernement même des Etats-Unis, compilé, corrigé, édité par une autorité des plus compétentes sur le sujet, le fondement du système politique impérialiste et des lois organiques dans les endroits clâmés par la couronne d’Espagne comme par exemple, la Floride, le Texas et la Californie (ainsi que l’Arizona, le Nouveau Mexique et d’autres endroits), remonte aux prérogatives accordées à Colomb et aux documents papaux d’Alexandre au temps de l’empire chrétien de 1493.

L’héritage dominant tracé jusqu’aux prérogatives données à Colomb et aux documents des bulles du pape Alexandre VI, est le contexte dans lequel le pape actuel François 1er va déclarer le père Junipero Serra devenir un “saint” de l’église catholique. En déclarant cela, le pape François attire l’attention hors du sujet de la lecture correcte à donner sur le passé impérialiste de l’église catholique et ainsi travailler plus avant vers ce que l’ancien pape Jean Paul II avait appelé “la purification de la mémoire”. Il maintient l’église “purifiée” donc en attirant l’attention hors du sujet du contexte impérialiste mortifère du système politique espagnol de mission catholique. La canonisation annoncée par le pape François retire les regards du fait que le père Serra était porteur des désirs du pape Alexandre VI pour que les “nations barbares” soient “subjuguées” (dominées).

Le contrôle inpérialiste d’aujourd’hui sur les nations originelles de Californie et de bien d’autres endroits, peut-être remonté jusqu’aux documents des bulles d’un pape du XVème siècle et à l’empire espagnol catholique que Serra servait. La véritable nature de l’empire catholique espagnol a été intelligemment déguisée derrière un cloaque d’euphémismes comme les termes de “système de mission catholique”.

Dans son livre “A violent evangelism” datant de 1992, le Dr. Luis Rivera-Pagán montre que “les bulles (édits) de l’époque alexandrienne ont maintenu leur caractere d’autorité dans la sphère juridique.” Il dit que cela peut se trouver dans “la compilation des Leyes de Indias (1680)”, qui reconnaît ces documents papaux “comme le premier fondement de la possession à perpétuité des Amériques par la couronne de Castille” (page 32).

Comme l’avait déclaré l’empereur d’Espagne en 1680: “Par don du saint siège de Rome… Nous sommes seigneur des Indes Occidentales, des îles et des terres de l’océan, dévouvertes, à découvrir et à incorporer sous notre couronne de Castille…. (de façon) à ce qu’elles puissent demeurer unifiées à tout jamais pour leur plus grande perpétuité et affirmation, nous interdisons de la sorte qu’elles puissent nous être retirées… (Recopilación, 1841).

Rivera-Pagán dit ensuite: “Cette loi est basée sur des déclarations royales consécutives de Carlos V et de Philippe II, qui pendant le XVIème siècle étendît la doctrine de la domination castillane à perpétuité sur le peuple Ibero-Américain. Toutes ces déclarations font directement allusion aux bulles du pape Alexandre VI comme point de référence crucial en la matière.” L’étymologie de “dominion” remonte à domination, pour comme le dit William Brandon dans son livre New Worlds for Old Reports from the New World and Their Effect on the Development of Social Thought in Europe, 1500–1800 (1986), “le pouvoir politique émanant de la propriété, du dominium, était de fait, la domination.

Dans les termes du Traité de Guadalupe Hidalgo de 1848 entre les Etats-Unis et le Mexique, les Etats-Unis sont reconnus comme étant le succésseur politique de l’empire du Mexique sur les zones géographiques que le Mexique apparemment cédait aux Etats-Unis. Le résultat fut que les nations natives originelles de Californie (et de toutes les autres clâmées par l’Espagne) sont supposées exister aujourd’hui sous la souveraineté dominante et le dominium de ce que la cour suprême des Etats-Unis a appelé “l’empire américain” (dans sa décision et rendu de l’affaire Loughborough v. Blake, 1820, and Downes v. Bidwell, 1901).

Un livre publié en 1885 révèle que l’affirmation de domination territoriale des Etats-Unis sur de vastes régions que le Mexique a cédé aux Etats-Unis avec le traité de Guadalupe Hidalgo de 1848 peut-être remontée au temps de Christophe Colomb et des bulles papales de 1493. Le livre de Frederick Hall est intitulé: The Laws of Mexico: A Compilation and Treatise Relating To Real Property, Mines, Water Rights, Personal Rights, Contracts, and Inheritances. La première partie du livre est intitulée: “Crown Lands of Spain, Public Lands of Mexico, and Mines,” (Les terres de la couronne d’Espagne, les terres publiques du Mexique et les mines) et on peut y lire ceci:

  • 1. Don du pape ~ Afin de renverser le paganisme et faire avancer la religion catholique, Alexandre VI émît une bulle (édit papal) en 1493, donnant à la couronne de Castille l’entièreté du vaste domaine alors découvert ou devant être découvert entre les pôles nord et sud ou tout ce qui y est considéré comme n’étant pas déjà possession d’une puissance chrétienne.” “Ut fides Catholica et Christiana religio nostres præsertim temporibus exaltetur, etc., ac barbaræ deprimentur, et ad fidem ipsam reducantur,” comme cela était écrit dans la bulle: 1 Haz. Coll. 3.”

Hall laissa hors de cette citation latine le mot “nationis” qui figurait dans le texte original en latin, le texte original étant: “ac barbaræ nationis deprimantur”). Il le fît sans aucun doute afin d’éviter d’attribuer ne serait-ce qu’un soupçon de souveraineté nationale aux Indiens de la région géographique appelée “Californie”.

La domination (le droit de domination) affirmé par l’empire espagnol, fondé sur le don édicté par bulles papales, passa à l’empire mexicain lorsqu’il gagna son indépendance de l’Espagne, puis passa du Mexique à l’empire américain au travers du traité de Guadalupe Hidalgo. Le droit impérial de domination est considéré passer d’un empire à l’autre par le jeu des règles de succession politique et ceci est ni plus ni moins le contexte régnant autour de la décision du pape François 1er de déclarer Junipero Serra être un saint de l’empire religieux de l’église catholique apostholique et romaine.

Résistance politique: Aux sources religieuses du colonialisme occidental ~ suite ~ (Steven Newcomb)

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L’empire est sis sur des terres usurpées, volées aux nations originelles des Amériques et la souveraineté territoriale des Etats-Unis, du Canada et de toutes les « nations » modernes du continent des Amériques est fondée sur une fiction pseudo-légale. Il en va de même pour les territoires coloniaux d’Australie et de Nouvelle-Zélande et de toit le Commonwealth britannique encore sous tutelle.

Vaincre l’empire, c’est lui retirer sa pseudo-souveraineté de dessous les pieds. Il est de notre devoir à tous d’aider à le comprendre et que les nations indigènes retrouvent leur souveraineté et indépendance jamais annihilées par la domination coloniale et le dominum christianorum.

Les nations amérindiennes luttent sans relâche contre le terrorisme depuis 1492 !

— Résistance 71 —

 

Le juge Earl Warren de la Cour suprême des Etats-Unis ou une terre chrétienne gouvernée par des principies chrétiens

 

Steven Newcomb

 

24 Janvier 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/01/24/chief-justice-earl-warren-christian-land-governed-christian-principles

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans un article précédent, je notais que la loi fédérale indienne peut-être tracée au narratif politico-religieux biblique du livre de la Génèse du peuple élu et de la terre promise.

Dans cet article, je veux faire remarquer le fait que 2015 marque le 60ème anniversaire du rendu de la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis sous la présidence du juge Earl Warren dans l’affaire Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. La Cour suprême rendît une décision majoritaire dans cette affaire en faveur du gouvernement des Etats-Unis et de son argument que la bande d’Indiens Tee-Hit-Ton de Tinglit (Alaska) n’avait pas droit à une compensation financière pour le bois pris de son territoire traditionnel déclaré être devenu la Tongass National Forest. La raison invoquée ? D’après l’argument du gouvernement des Etats-Unis, c’était parce que les “nations chrétiennes d’Europe” avaient “découvert” et donc étaient devenues de manière supposée les “souveraines” des “terres des païens et infidèles”. Pour replacer tout ceci dans son contexte, il est nécessaire de revenir sur la toile de fond historique.

Le 21 Janvier 1954, le président des Etats-Unis Dwight Eisenhower nomma Simon Sobeloff comme solliciteur général des Etats-Unis. L’affaire juridique des Indiens Tee-Hit-Ton était déjà, ou serait bientôt, sur le bureau du soliciteur général. Le 4 Février 1954, soient 2 semaines après la nomination de Sobeloff, le président par intérim de la cour suprême des Etats-Unis, le juge Earl Warren (qui n’avait pas encore été confirmé par le Sénat), fit un discours à la conférence annuelle de l’action chrétienne, se tenant sous les auspices de l’ International Council for Christian Leadership. L’évènement se déroula à l’Hôtel Mayflower de Washington D.C où le président Eisenhower, le vice-président Richard Nixon et des membres variés du congrès des Etats-Unis faisaient partis de l’audience. Ceci eut lieu juste 9 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, c’était l’ère anti-communiste de la “peur rouge” et de la ferveur chrétienne.

Dans son discours du Mayflower Hotel, le juge Earl Warren dit alors en parlant des Etats-Unis: “Nos affaires gouvernementales ont été guidées par des hommes et des femmes à la foi religieuse. Je pense que personne ne peut lire l’histoire de cette nation sans comprendre que le Bon Livre et l’esprit de sauveur ont été nos guides de génie depuis le début.” Il donna comme exemple “la commission” donnée à Christophe Colomb par le roi Ferdinand et la reine Isabelle d’Espagne, la charte de l’état de Virginie et d’autres documents coloniaux affiliés. Dans tous ces documents dit-il, “le même objectif est présent: une terre chrétienne gouvernée par des principes chrétiens.

En Octobre 1954, le solliciteur général Sobeloff fit délivrer à la cour suprême de Earl Warren, son réquisitoire juridique pour l’affaire Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Le contexte de l’argument juridique majeur des Etats-Unis dans l’affaire contre les Indiens Tee-Hit-Ton fut l’affirmation historique que les Indiens Tee-Hit-Ton d’Alaska n’avaient pas droit à compensation monnétaire pour le bois pris sur leurs territoires traditionnels parce que “les nations découvrant le continent avaient aquis le titre absolu sur les terres dudit continent sujet seulement au droit d’occupation des sols des Indiens.

De manière consistante avec l’adresse du juge Warren, le réquisitoire légal du gouvernement contre les Tee-Hit-Ton disait que “Les nations chrétiennes d’Europe” avaient développé la doctrine de la découverte. Le texte disait que les Indiens Tee-Hit-Ton d’Alaska avaient argumenté que “La Russie n’avait pas souscrit à la doctrine du titre de propriété par la découverte, parce qu’elle n’était ni catholique, ni une puissance maritime et n’était pas motivée dans sa découverte par le besoin de territoire.” Le ministère de la justice disputa le fait en disant qu’il n’y avait “aucune substance” dans l’argumentation des Tee-Hit-Ton en vue de ce que le ministère avait dit être “la preuve conclusive et définitive que la Russie avait souscrit à la doctrine.

Le ministère de la justice américain argumenta ensuite au temps présent disant que “la doctrine du titre de propriété par la découverte n’est pas seulement une doctrine de l’église catholique apostolique et romaine, mais aussi un principe auquel adhèrent toutes les nations chrétiennes. On ne peut pas nier qu’à cette époque, la Russie était une nation chrétienne.” En d’autres termes, c’était la position du ministère de la justice américain en 1954 que le principe de la “découverte chrétienne” “est” toujours communément adhéré par “toutes les nations chrétiennes.” Ceci concordait avec le discours du juge Earl Warren au sujet des Etats-Unis étant une nation chrétienne, tout en proclamant qu’il y a une séparation de l’église et de l’état aux Etats-Unis.

En utilisant “la doctrine du titre de propriété par la découverte” dans l’affaire contre les Indiens Tee-Hit-Ton, le phrasé légal du gouvernement des Etats-Unis cadra le pays comme une des “nations chrétiennes”, qui en 1954, adhéraient toujours au principe de l’acquisition du titre de propriété par la découverte chrétienne de ce que le phrasé légal des Etats-Unis appelait “les terres des païens et des infidèles”.

Un de mes professeurs de l’université d’Oregon, C.A. Bowers, m’a enseigné que les métaphores sont les porteuses de cadres entiers ou de systèmes métaphoriques. Quand, par exemple, nous voyons les mots “chrétien”, “païen”, “infidèle”, “génèse”, “psaumes” etc, termes tous trouvés dans le réquisitoire légal du gouvernement états-unien dans l’affaire contre les Indiens Tee-Hit-Ton, tous ces termes sont “porteurs” d’un plus grand cadre holistique. Par contraste, les mots “Europe”, “européen(ne)”, et “blanc(he)” sont des porteurs métaphoriques d’un cadre séculier et non-religieux.

Dans l’érudition sur la loi fédérale indienne, nous pouvons trouver deux voies très distinctes s’exprimant au sujet de la “doctrine de la découverte”: l’une est religieuse et l’autre est séculière. Beaucoup d’érudits et d’universitaires on dit par exemple, que la doctrine est l’idée que “la première nation européenne qui localise des terres non-européennes a le droit de clâmer ces terres au nom de cette nation européenne.” Ceci n’est pas juste du reste, parce qu’aucun des documents anciens qui exprimèrent cette doctrine, qu’ils soient des édits de papes ou des chartes royales délivrées par des monarques de la chrétienté, ne disent un seul mot au sujet de l’”Europe” et des “Européens”.

Et ce pour la simple et bonne raison que les nations et les peuples de cette partie de la planète s’identifiaient eux-mêmes comme étant “chrétiens” existant dans un endroit appelé la “chrétienté”. Ainsi par exemple, la charte donnée à John Cabot et ses fils en 1496, les autorisa à “rechercher, découvrir et prendre possession quelques îles, pays et régions des païens et des infidèles qui ont été inconnus jusqu’à ce temps, d’autres peupes chrétiens.” Après des siècles de croisades chrétiennes, durant le soi-disant âge de la découverte il était considéré “une loi fondamentale de la chrétienté que tous les chrétiens étaient en état de guerre contre les infidèles” (J.A. Williamson, The Cabot Voyages and Bristol Discovery under Henry VII, Cambridge: The Hakluyt Society at the University Press). Williamson a dit que l’état de guerre des chrétiens contre les non-chrétiens “était à cette époque, la justification de la permission (par la couronne britannique), de conquérir, d’occuper et de posséder, tous territoires non-chrétiens qui pourraient être trouvés.

Les érudits et universitaires qui caractérisent le langage de la charte de Cabot comme autorisant la “découverte européenne” des terres “non-européennes” n’ont pas suffisamment fait attention au système métaphorique qui joue et s’applique dans l’ancien document et ont mal compris et mal représenté la dimension religieuse de cette charte. C’est à cause du vocabulaire religieux de tels documents, vocabulaire religieux cité également par la cour suprême de justice des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre McIntosh (1823) et par le ministère de la justice en 1954, que je me préoccuppe et focalise sur la doctrine chrétienne de la découverte.

Étant donné que Février 2015 marquera le 60ème anniversire depuis le rendu de la cour suprême des Etats-Unis en soutien du gouvernement et du ministère de la justice et de son réquisitoire légal dans l’affaire Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis, nous devons faire en sorte que cette année mène au grand jour la base judéo-chrétienne de la doctrine chrétienne de la découverte et que son affirmation de “droit de domination” soit mise sous les projecteurs de façon à ce que cela puisse être défier et abroger. Le 60ème anniversaire depuis la décision dans l’affaire Tee-Hit-Ton ramène le problème de l’utilisation par le gouvernement des Etats-Unis du christianisme comme fondement de son affirmation “d’ascendance” (de ”souveraineté” ou “droit de domination”) sur les nations indiennes “païennes” et “infidèles” et comme un moyen de limiter conceptuellement les nations indiennes comme n’ayant qu’un simple “droit d’occupation des sols”, tout en affirmant la “souveraineté” fédérale et un droit de propriété dominant sur les terres et territoires des nations indiennes sur ce que le juge Earl Warren avait appelé “une terre chrétienne gouvernée par des principes chrétiens”.

Stoppons l’empire, privons-le de ses terres usurpées.. Démantelons la doctrine chrétienne de la « découverte »…

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Vers le démantèlement de la doctrine de la domination chrétienne

 

Steven Newcomb

 

20 Novembre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/11/20/toward-disestablishing-doctrine-christian-domination

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son article récent (ici en anglais: http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/10/24/deconstructing-doctrine-discovery ), le professeur David Wilkins (Lumbee) dit que la doctrine de la découverte est passée par beaucoup d’expressions différentes, comme une “fiction théologique” des papes, “une fiction politique” des nations européennes, et une “fiction légale” des Etats-Unis (NdT: et du Canada…). Il affirme que récemment, la doctrine de la découverte a été “dangereusement réobjectivée comme fiction populaire”.

Le professeur Wilkins est un universitaire brillant et accompli et il est bon de le voir discuter d’un sujet que son mentor, feu l’universitaire Standing Rock et le théologien Vine Deloria Jr, firent tant pour le mettre en valeur. Cette mise en valeur inclut la lettre ouverte de Deloria en 1972 aux chefs des églises chrétiennes et son fameux ouvrage de 1973 “God is Red” (“Dieu est Rouge”), dans lequel il cita la bulle papale de 1493 Inter Caetera.

En tout cas, les vues de Wilkins ne sont sûrement pas au-delà de toute critique, spécifiquement du fait que ses commentaires sont faux ou imprécis. Il dit par exemple que “comme cela fut originellement conçu par le pape Alexandre VI dans sa bulle de 1493, la ‘découverte’ accordait les intérêts particuliers exclusifs de l’Espagne dans les Amériques.” Pourtant, Wilkins ne nous dit pas, précisément, de quel type “d’intérêts exclusifs dans les Amériques” le pape avait l’intention d’accorder à la couronne de Castille.

En Mai 2013, Debra Harry (Paiute), Sharon Venne (Cree) et moi-même (Shawnee) avons consulté et étudié des documents originaux papaux aux Archives Générales des Indes Occidentales (NdT: Ces énormes archives sont conservées dans la ville de Séville en Andalousie, elles contiennent 43 000 dossiers contenant plus de 80 millions de pages et 8000 cartes géographiques…). C’était le 4 Mai, 520 ans jour pour jour après la publication des documents papaux de 1493. Au dos d’un des deux parchemins velum, la notation du secrétariat royal dit que les documents furent une concession de pape Alexandre VI à la couronne de Castille “pour gagner et conquérir les Indes”, (“ganaran y conquistaron de las Indias”).

En d’autres termes, ce furent des concessions de la papauté autorisant la couronne à forcer “les Indes” à passer sous la domination chrétienne. Les documents papaux ont exprimé et assumé le droit chrétien, catholique et espagnol du dominium ou “dominorum Christianorum” (Eximae Devotinis, May 3, 1493). Cette assomption de la domination chrétienne soulève la question de savoir si les nations indiennes furent considérées par les penseurs chrétiens, avoir la souveraineté et le dominium ou domination, au même niveau et au même degré, que l’église catholique et la couronne d’Espagne.

Le professeur Anthony Anghie dans son livre “Imperialism, Sovereignty, and the Making of International Law” (2004), dit que le théologien espagnol Francisco de Vitoria avait argumenté que “les Indiens n’étaient pas souverains parce qu’ils étaient des païens.” Ce fut le point de vue de Vitoria que les Indiens n’étaient pas souverains parce qu’ils n’étaient pas chrétiens. Wilkins dit que Vitoria a déclaré “que les peuples natifs étaient les vrais propriétaires de leurs terres” et que Vitoria était de l’avis qu’une appropriation espagnole “d’un titre de propriété par la découverte ne pourrait être justifiée que quand la propriété était sans propriétaire.” Ainsi nous avons affaire à deux problèmes en un:

  • Si de l’avis de Vitoria les Indiens étaient souverains et…
  • Si un titre de propriété “au travers de la découverte” s’est appliqué là où des nations non-chrétiennes et leurs peuples vivaient déjà.
    Il est possible que le professeur Wilkins ne soit pas au courant de l’argumentation de Vitoria sur le fait que les Indiens n’étaient pas souverains car n’étant pas chrétiens. Ou peut-être a t’il décidé de laisser cette argumentation hors de son article, tout en mentionnant ce qu’il dit être la vision de Vitoria des Indiens à savoir “qu’ils étaient les véritables propriétaires de leurs terres”.

Quoi qu’il en soit, les idées de domination (“ganaran y conquistaron”) exprimées dans la bulle papale, l’affirmation par l’Espagne et les autres nations chrétiennes du droit de domination sur toutes les terres non-chrétiennes et la vision de Vitoria affirmant que les monarques chrétiens étaient souverains mais que les Indiens non-chrétiens ne l’étaient pas, ont résulté d’un cadre conceptuel bien spécifique: Le dominium ou droit de dominorum d’un souverain chrétien contre le titre de quelque infidèle ou païen décrété non-souverain par les chrétiens.

Quel serait le résultat si les chrétiens concevaient nos ancêtres “être les véritables propriétaires” de nos terres, sous le pouvoir et le dominium ou dominorum d’un souverain chrétien résultant de la première assertion de la souveraineté chrétienne et de son dominium sur des terres non-chrétiennes ? Le résultat serait un cadre de “titre souverain chrétien contre un titre moindre, diminué d’Indiens non-chrétiens, non-souverains.”

Dans l’article d’opinion de Wilkins, il mentionne le célèbre article légal de Felix Cohen “Original Indian Title”, publié en 1947. Dans cet article nous y trouvons ce sous-titre: “Le titre souverain: Johnson contre McIntosh”. Avec ce sous-titre, Cohen disait que Johnson contre M’Intosh (NdT: référant à une fameuse décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823, légiférant en faveur de la souveraineté chrétienne en accord avec la doctrine de la découverte…) était au sujet du supposé supérieur “titre souverain” de l”ascendence”, de “la domination (dominion) ultime” ou de la “domination absolue”, tout autant que cela était au sujet d’un titre de propriété indien ou du droit “d’occupation de la terre”.

Dans le rendu de l’affaire White contre l’université de Californie, un panel de trois juges de la cour d’appel du 9ème district a récemment dit que l’occupation indienne des sols “n’est pas un droit de propriété”, mais n’est qu’un “intérêt aborigène à la terre”. Après avoir mentionné dans son article la sitation de la 9ème chambre d’appel dans le cas des Indiens Tee Hit-Ton contre les Etats-Unis, Wilkins demande:

Mais pourquoi y a t’il une poussée ces jours-ci vers le retour à la version discréditée il y a longtemps de la doctrine de la découverte, alors que la réalité historique montre clairement qu’elle n’a pas été utilisée de quelque manière pratique que ce soit par les colons subséquents après les écrits de Vitoria ?

Il pose cette question comme si on ne trouvait que la “version papale” de la doctrine de la découverte dans les archives historiques, ce qui n’est clairement pas le cas. Ceci est parfaitement démontré par le résumé légal du ministère de la justice américain en 1954 de l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Dans ce résumé légal, le solicitor du gouvernement Simon Sebeloff a dit que ce qui commença comme une doctrine de la papauté avant et au commencement de l’âge de la découverte, fut ensuite généralisé et adopté par “toutes les nations chrétiennes” d’Europe.

Ce fut la version généralisée plutôt que la “version papale” de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination qui est devenue le fondement du rendu de Johnson contre M’Intosh et du sous-titre de l’article de Felix Cohen (“the Sovereign’s title: Johnson v. M’Intosh”). La doctrine chrétienne de la découverte et de la domination devint la base de l’argumentation du gouvernement fédéral américain dans son résumé légal du rendu de justice dans l’affaire Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis.

Ceci devint le fondement de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1955 pour l’affaire Tee-Hit-Ton, comme cela est prouvé par la citation par la cour des Elements of International Law de Henry Wheaton et plus récemment, ce fut la base pour une citation de Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis par la cour d’appel du 9ème district et de son panel de trois juges ce 27 Août dernier.

Dans son chapitre sur la “conquête déguisée en loi” , “Conquest Masquerading As Law,” in Unlearning the Language of Conquest by Four Arrows, Vine Deloria Jr. écrit que la doctrine de la découverte “fut élargie de telle manière que toute nation chrétienne pouvait ‘découvrir’ des terres auparavant inconnues des Européens et qu’elle était immédiatement investie du titre légal (de propriété) et ce sans se préoccuper des droits et reconnaissance des habitants existant de l’endroit.

Dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, le juge Marshall a dit que le “droit de la découverte” était confiné à des pays alors inconnus de tous les peuples chrétiens”. En d’autres termes, les envahisseurs chrétiens revendiquaient un droit de domination sur des terres auparavant inconnues des chrétiens et des nations chrétiennes. Cette façon d’énoncer le sujet a plus à faire avec la conservation des documents papaux et royaux dans un langage actuel de cette époque, ce qui est toujours de nos jours un élément fondateur de la loi fédérale sur les Indiens et de sa politique et se doit donc d’être desétabli.