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Résistance au fléau de l’humanité: Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ~ 2ème partie ~ (Taiaike Alfred)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 10 septembre 2014 by Résistance 71

La grande loi du changement

 

Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Taiaiake Alfred Ph.D
Professeur de Sciences Politiques à l’université de Victoria, BC, Canada, membre du clan de l’ours de la nation Mohawk

 

Extraits du livre “Wasase, voies indigènes d’action et de liberté” (2005, seconde édition 2009)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

= = =

 

“Pour les Indiens, normes et lois sont inhérentes à l’ordre naturel et ne sont pas imposées de l’extérieur. L’État est un concept totalement étranger…”
~ Len Sawatsky ~

 

“Les chasseurs-cueilleurs avaient la liberté de s’occuper de leurs familles et de leurs proches, de vivre selon la loi naturelle, sans conflit. Il n’y a pas de conflit dans la loi naturelle ; le mal n’existe pas.”

~ Russell Means ~

 

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1ère partie

2ème partie

 

Vieilles racines sur Terre        

 

Un aspect très important de la “motivation” est la dédication au but ultime de toute politique et de toute action: la réalisation de la paix. Du point de vue de la perspective philosophique d’Onkwehonwe, la politique et les mouvements sociaux sont parties intégrantes d’un bien plus grand champ d’action de lutte qui génère des relations sensées qui réfléchissent l’impératif fondamental indigène de rechercher la vie et l’harmonie par dessus toutes les formes de mort et de destruction. Dans les différentes cultures Onkwehonwe, les objectifs de la vie humaine sont définis comme la volonté de rechercher à comprendre les enseignements spirituels de base et de façonner sa vie afin de personnifier ces valeurs qui émergent du respect de ces principes fondamentaux tels que l’honneur, l’éthique du courage, l’inter-dépendance, le besoin de partager, l’humilité, la nécessité du respect, la liberté et l’inévitabilité de la lutte. Ces principes et valeurs Onkwehonwe sont le cadre de la paix et ils sont enracinés dans la vision de la loi naturelle mondiale partagée par tous les peuples autochtones. Les philosophies qui émergent de ces éléments sont les véritables voies pour la réaffirmaion d’une coexistence pacifique. Ces Onkwehonweneha sont les véritables visions alternatives aux visions capitaliste, communiste, aborigéniste et toutes autres façons de penser et de se comporter qui ont émergées des cultures européennes et par extension, euro-américaines.

La spiritualité et la culture de nos ancêtres sont préservées par des gens qui ont consacré leurs vies à maintenir les voies anciennes, la connaissance des cérémonies qui a donné à nos ancêtres un tel pouvoir, existent toujours dans nos communautés. Le défi qui se présente à nous, est celui de nous avancer sur le chemin de ces enseignements et de marcher sur ces chemins autochtones.

Ce qui est le plus important est ce qui se trouve ici, dans mon cœur”, nous dit Oren Lyons, gardien de la tradition de la nation iroquoise Onondaga.

Ce qui nous amène à une des questions les plus vivides dans la communauté Onkwehonwe aujourd’hui: Devez-vous parler une langue indigène pour vraiment être un indigène ?

La vaste majorité Onkwehonwe ne parle pas les langues ancestrales et la fluidité dans les langues natives parmi les populations autochtones de l’Île de la Grande Tortue est en sérieux déclin de manière générale. Ceci est un fait indéniable. Ces gens ne sont-ils donc pas Onkwehonwe ? (NdT: le professeur Taiaiake Alfred parle et communique en Mohawk mais ne le parle pas couramment de son propre aveu, il y travaille néanmoins et veille à ce que ses enfants soient multilingues, incluant leurs langues natives paternelle et maternelle). Pour le dire d’une manière différente: parler une langue native est-il la caractéristique définitive pour être Onkwehonwe ? Le colonialisme a tout fait pour que nous perdions nos langues et pour nous déculturer et nous forcer à nous “assimiler” dans la culture euro-américaine, en ce sens, la langue est la preuve prima facie de l’indigénisme, mais:

  • Les façons de voir le monde et de construire des systèmes de valeurs ne sont pas uniquement contenues dans les langages parlés…
  • Les langues sont en évolution constante. Nos ancêtres ne s’exprimaient pas de la même façon qu’aujourd’hui même dans la langue native (NdT: il en va de même du français et de toute autre langue vivante, le français d’aujourd’hui est bien différent de celui du XVème siècle)
  • Si la langue est tellement une caractéristique de la culture Onkwehonwe, comment alors expliquer que ceux d’entre nous qui ont volontairement œuvré avec les colonisateurs, qui ont signé des traités “abandonnant” des millions de km2 de nos terres ancestrales aux colons et qui ont fait la guerre à leurs propres frères et sœurs, qui ont travaillé avec l’envahisseur pour décimer la terre et piller les ressources pour le profit, étaient tous des gens unilingues, parlant les langues autochtones ?

[…]

La perte du langage est un indicateur de stress social et apparaît dans le contexte d’une certaine matrice politico-économique. La domination d’une langue sur une autre est une manifestation simple de la domination politique, sociale et économique d’un groupe sur un autre; ceci explique la domination globale de la langue anglaise, associé avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni et qui domine une myriade d’autres langues dans le monde.

[…]

La domination de la pensée européenne réfléchie dans son hégémonie sur les autres langues européennes peut et doit être mise au défi et le schéma doit être inversé si nous sommes sérieux sur notre objectif de réaffirmer l’existence des identités Onkwehonwe face à l’homogénisation de la culture impérialo-capitaliste… Ainsi, l’impérialisme est de manière inhérente un processus d’homogénisation culturelle et politique. Il s’ensuit donc qu’agir contre l’empire en régénérant la culture au travers de la renaissance des langues autochtones devient nécessairement anti-impérialiste (NdT: Il en va de même en France par exemple avec le Breton, le Provençal, le Basque, le Corse, le Catalan, la Langue d’Oc, le Picard etc…).

De fait, reconquérir la faculté de s’exprimer dans nos langues ancestrales Onkwehonwe pour réorganiser et recadrer nos existences est peut-être l’action la plus radicale et la plus subversive que puisse faire un guerrier Onkwehonwe.

Au delà de tout cela, au delà des langues utilisées pour exprimer des perspectives culturelles, des croyances et des valeurs, nous devons considérer l’importance des histoires (traditionnelles), des cérémonies et des rituels pour la régénération des existences autochtones authentiques.

[…]

Quelles sont les bases de ce système spirituel Onkwehonwe de croyances et de philosophie ? Elles sont simples, comme précédemment dit: inter-dépendance, cycles de changement, équilibre, lutte et enracinement. Il n’y a rien d’unique dans les enseignements de la Lodge, de la Longue Maison ou Hogan ou au travers de l’utilisation du tabac et de l’herbe fine. Du monde entier, les chants et danses indigènes nous disent les mêmes choses. Où que ce soit, les gens étant toujours connectés avec la terre et vivant en harmonie avec la nature, les enseignements sont les mêmes. Les cérémonies font plus que nous connecter à une tradition particulière ou une communauté, elles nous connectent avec la Terre et à notre véritable existence naturelle en tant qu’êtres humains.

[…]

Dans toutes nos nations maintenant, il y a une jeunesse qui commence sa vie d’activiste politique dans une position bien plus forte que les générations précédentes. Cette jeunesse parle sa langue autochtone, elle connaît son histoire, elle est éduquée à la fois dans les valeurs traditionnelles et les valeurs euro-américaines, lui donnant une connaissance des deux systèmes et de plus en plus cette jeunesse se libère de l’acool et de la drogue qui furent un problème destructeur pour les générations précédentes. Cette jeunesse mue de sa peau coloniale et se dédie de plus en plus à une lutte anti-impérialiste.

Note des traducteurs: S’ensuit ici dans le livre le transcript d’un entretien que le professeur Alfred a eu avec quelques jeunes autochtones (Brandon, Mika, Chris, Shana et Marilyn).

Voici quelques extraits lumineux de la conversation:

Brandon: “…La raison principale pour laquelle les autochtones boivent c’est parce qu’ils ont des problèmes qu’ils n’arrivent pas à gérer. J’ai tant de membres de ma famille qui ne peuvent pas en sortir. Ils ne peuvent pas juste sortir de la réserve. Quand je vois ces gens dans la rue, cela me motive d’autant plus de faire quelque chose de ma vie.”

Mika: “Je pense que pour nous libérer, nous devons nous lier avec les autres indigènes dans le monde entier, parce que nous devons faire face aux mêmes sortes de problèmes tels que le racisme et les problèmes liés à la terre. Nous devons analyser ce qu’ils font et travailler avec eux, parce que vous ne pouvez pas le faire en tant que nation, vous devez le faire de manière globale et gérer la situation ensemble. Cela rend plus fort.”

Chris: “L’auto-gouvernance ou de quelque manière qu’on veuille l’appeler, ne doit pas être financée par le gouvernement fédéral et ne doit pas répondre à une personne plus élevée, qui est une personne non-autochtone. Nous devons avoir quelque chose d’organisé par nous-mêmes, par nos propres gens. Nos gens éduqués doivent cogiter quelque chose avant que nous puissions bouger vers une auto-gouvernance, une auto-gestion. Ce qu’il se passe maintenant, est que nous demandons au gouvernement blanc de nous le donner. C’est nul, parce que dès lors nous leur devons des comptes. C’est pas vraiment ce que nous voulons he ?”

Shana: “Il y a une véritable poussée de la base pour la souveraineté, la liberté et l’émancipation du gouverneent qui nous opprime… Il se doit d’y avoir des gens qui retournent vers les communautés pour essayer de faire la différence, pour se renforcer de nouveau…”

Marilyn: “Les gens doivent apprendre à vivre sans la loi sur les Indiens (Indian Act). La dépendance en cette loi est bien trop grande. Beaucoup trop pensent que “c’est de là que proviennent nos droits…” C’est ce genre de chose qui perpétue la dépendance envers le gouvernement canadien. Nous avons des droits parce que nous sommes ici, point barre. Nous sommes sur ces terres depuis bien plus longtemps que quiconque d’autre. Nous devrions commencer par nous débarrasser de l’Indian Act et ensuite nous allier à travers le pays afin de ne plus agir en entités séparées. C’est la clef pour faire les demandes et de ne plus avoir à suivre leurs règles.”

Voilà l’esprit de la nouvelle génération Onkwehonwe. Claire d’esprit et vraiment, vraiment intelligente. Ils sont impatients, non pas seulement à l’encontre de la société coloniale blanche, mais aussi de leur propre leadership et de leurs organisations. Ils savent quelles sont les priorités et ils ne prendront aucun non-sens pour réponse. Le défi est de combiner l’énergie et la force de cette jeune génération avec la sagesse collective des personnes plus âgées qui ont la culture, la connaissance et l’expérience stratégique et tactique.

[…]

Il y a une logique dans l’injustice contenue dans l’analyse complète de l’histoire, de l’économie et de la politique que nous appelons “colonialisme”. Il y a aussi une logique à parvenir à la justice. C’est la logique de parvenir à vaincre l’intention génocidaire de l’impérialisme avec la persévérance et la survie continue de nos nations autochtones, outre-passant sa destruction culturelle avec nos existences sociales et culturelles revitalisées et en nous opposant à son imposition d’une isolation affaiblissante, en rétablissant des connexions cruciales qui renforcent et alimentent nos peuples.

En termes concrets, cela veut dire que les gens doivent parvenir au partage d’une véritable préoccupation du futur de nos nations, en dehors du fait du penser comment l’idée de la nation de leur peuple promeut leurs propres intérêts personnels et doivent construire une vision alternative qui peut offrir un échappatoire à la guerre interminable qui a empoisonnée les relations et les psychées des deux côtés de la division entre les peuples Onkwehonwe et colons… Les différents chemins existant pour la réconciliation du colonialisme échouent sur bien des fronts, de manière plus importante, comme moyen de résoudre de manière satisfaisante les injustices du colonialisme dans les cœurs et esprits des jeunes générations des leaders Onkwehonwe.

[…]

Les colons vont devoir grandir au-delà de leur arrogance culturelle et apprendre à devenir pluralistes dans leur vision du monde. Pour Onkwehonwe, cela veut dire générer une capacité de gouvernance, une auto-suffisance économique et des réformes sociales internes.

Un espace intellectuel et social doit être créé pour la paix. Dans la Grande Loi de la Paix rotinoshonni (des 6 nations iroquoises), Kaianereko:wa, il y a une référence à l”espace nettoyé” entre le village et la forêt, entre la maison et la famille, la sécurité et l’espace dangereux de la liberté. Avant qu’aucun accord ou réconciliation ne puisse se produire, il doit y avoir une connexion entre les gens, il doit y avoir une démonstration de respect et l’amour doit être généré. Alors et seulement alors, peuvent les “problèmes et intérêts” respectifs être discutés et sincèrement résolus. Voilà ce que veut dire une promesse de coexistence.

[…]

Nous devons dépasser les contraintes et limites éthiques de l’héritage judéo-chrétien de l’empire, qui nous ont mis sur un chemin d’auto-centralisation et de compétition violente entre les peuples divisés au sujet de la folie de leur propre “supériorité”. Nous devons en tant que race, espèce unique (humaine), reconnaître et transcender l’éthique primitive qui est devenue si destructrice alors qu’elle a fusionné avec les moyens technologiques de domination et d’armement avancé des empires modernes. Nous devons aller dans un sens qui va accepter l’inter-dépendance de tous les peuples et de tous les êtres. Existant en dehors de l’empire, les spiritualités autochtones peuvent devenir les fondations des cultures de responsabilité universelle et de respect dont on a besoin pour parvenir à une coexistence pacifique et assurer notre survie sur Terre…

Reconnaître que la violence est la fondation même du pouvoir de l’État et que cette violence est implicitement exprimée au travers de toutes les institutions, nous devons reconnaître que la paix sociale n’est pas une situation bénigne.

[…]

Onkwehonwe qui raisonne au sein du cadre de la mentalité dominante et voit au travers de l’objectif de leurs cultures colonisées sont rendus incapables de se défendre eux-mêmes de l’annihilation. Sans briser les psychologies de l’impérialisme et la mentalité coloniale, l’organisation de toute résistance est futile !

[…]

Si le pouvoir légal et politique que l’État et les colons possèdent sur Onkwehonwe est fondé sur la complicité, alors la première question que devrait avoir un peuple recherchant sa liberté est la suivante: “L’État est-il capable et a t’il la volonté d’utiliser la violence pour mettre en application des lois et des politiques existantes, au delà de l’intimidation de quelques individus et de petits groupes isolés ?” Si l’État est confronté à une large action collective, un mouvemement de grande amplitude, intensif et coordonné, de la part des peuples autochtones pour que ceux-ci réoccupent leurs terres et reprennent leurs droits et libertés, la réponse sera ‘non’.” L’objectif politique devrait être de forcer une crise politico-sociale sur deux fronts:

  • La disjonction entre la conscience politique de la société coloniale et les réalités du pouvoir d’État
  • Le conflit moral entre les identités contemporaines des colons et le renouvellement forcé du besoin de l’utilisation d’une violence colonisatrice explicite. Le conflit psychologique résidant entre la perception par les colons de vivre dans une société paisible, sécure, stable et démocratique et les scènes de violence de la répression ouverte des peuples autochtones.

[…]

Le seul espoir pour les peuples indigènes de survivre comme nations est dans le pouvoir de mouvements en dehors des structures politiques établies et au delà des chemins donnés par la loi d’état et les politiques gouvernentales (NdT: Ce qu’Alfred appelle “l’anarcho-indigénisme”). Ces temps appellent pour une génération de nouveau pouvoir par de nouveaux moyens. L’un de ceux-ci est de parvenir à gagner un pouvoir économique et ainsi les moyens de base pour influencer la loi et la politique. Un autre, à moins d’avoir accès immédiat à la terre et de pouvoir générer un pouvoir économique, est de nous réorganiser nous-mêmes pour forcer un changement au travers du pouvoir de manifestation de notre volonté collective de (sur)vivre. L’homme blanc a fait les règles depuis un bon moment: assimilez-vous ou auto-détruisez-vous. Il est plus que temps de changer les règles du jeu.

[…]

La décolonisation, pour résumer, est le processus de découvrir la vérité dans un monde créé du mensonge… Dans une réalité coloniale, notre lutte prend forme avec toutes les formes existantes de pouvoir politique et dans ce combat, nous amenons notre seule véritable arme: la puissance de la vérité…

A terme, le mouvement zapatiste du Mexique, que je tiens comme le mouvement Onkwehonwe le plus efficace et commandable, est illustratif de ma vision de transformation et de régénération. Ce mouvement zapatista a commencé en 1984, lorsque six personnes furent impliquées dans la mission stratégique de protéger les populations autochtones du Chiapas dans le sud du Mexique. Ils organisèrent la protection des populations Maya contre la répression des milices métisses qui servaient les intérêts des grand propriétaires terriens. Les Zapatistes essayèrent d’organiser leur résistance sur des principes marxistes mais échouèrent. Ce ne fut pas avant d’avoir mélangé ces idées étrangères avec un mouvement catholique appelé la “théologie de la libération” (NdT: qui vit le jour en pratique dans les années 1970 au moment de la répression généralisée anti-gauche radicale en Amérique du sud sous l’égide de l’opération Condor de la CIA) et des idées culturelles indigènes, qu’un nouveau mouvement, capable de s’attirer le soutien des populations Maya du sud du Mexique, vit le jour. Ce nouveau mouvement était pragmatique et enraciné, il reconnaissait le besoin absolu de fonder les luttes indigènes sur les vérités autochtones articulés de manière indigène dans les langues locales. Il fut aussi signifiant que les populations Maya du Chiapas furent éveillées par un leader charismatique (NdT: Le Subcommandante Insurgente Marcos qui n’a jamais été un chef, tout au plus un porte-parole, sans aucun pouvoir exécutif. Il a agi en “chef de guerre” traditionnel).

L’interaction de ces deux facteurs, les racines culturelles autochtones et la réénergisation par un leader extérieur, a mené à ce qui est le seul mouvement d’ampleur a succès de résurgence indigène, de liberté et de changements politico-sociaux de ces trente dernières années.

Plutôt que de se décider a détruire ou remplacer l’État ou d’éjecter les colons, le but final devrait être formulé comme celui de la réalisation en termes positifs de la création d’une nouvelle société. Ceci est la libération par la transformation.

L’Île de la Grande Tortue a connu cela dans le passé, la réminiscence d’un grand mouvement par le chef de guerre Shawnee Tecumseh et son frère, le prophète Tenskwatewa au début du XIXème siècle.

* *NdT: Nous avons émis des idées similaires sur Résistance 71 en disant qu’il n’y avait aucune solution au sein du système quel qu’il soit et que nous devions nous concentrer sur la création d’un contre-pouvoir populaire, sûrement auto-gestonnaire, ignorer l’État et toutes les institutions, qui tomberaient comme un fruit trop mûr une fois le contre-pouvoir en marche. Retirons notre consentement, refusons de servir, organisons le contre-pouvoir entre nous, la main dans la main avec nos frères indigènes du monde entier, libérés du joug colonial, à tout jamais. C’est çà l’émancipation véritable !

En tant que peuples relevant le défi de confronter l’impérialisme, nous devrions nous nourrir de ce qu’a dit Gandhi à la fin de sa vie, lorsqu’il a dit aux gens que pour lui, après tout ce qu’il avait traversé, le bonheur résidait dans “l’effort et non pas dans le résultat”. Ceci est la marque du grand guerrier spirituel et c’est l’esprit que nous devons avoir alors que nous luttons pour régénérer nos peuples, car de tous temps et dans toutes les nations, être un guerrier, c’est vivre une vie de lutte pour la liberté et la dignité.

Il est donc grand temps de chanter nos chants de guerre et de continuer notre voyage.

* * *

Autres parties du livre « Wasase » en français

Notre dossier « Colonialisme et luttes indigènes »

Résistance politique: Les mouvements de résistance indigènes du Canada et des Etats-Unis se lient…

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… Rejoignons-les ! Brisons ces mêmes chaînes idéologiques colonialistes qui lient les peuples occidentaux et les peuples colonisés (ou néo-colonisés..). En ce qui concerne le continent des Amériques, il s’agit toujours d’une colonisation pure et simple, même si différente de celle qui eut lieu en Afrique et en Asie et qui s’est métamorphosée en ingérence néo-colonialiste. Pour l’un les colons sont toujours sur place, comme ceux qui oppriment la Palestine, pour les autres les colons sont « retournés chez eux », en laissant une dépendance économico-politique menant à un neo-colonialisme de facto.

Nous sommes tous des colonisés !…

— Résistance 71 —

 

Les autochtones sont menacés par le présent et non par le passé

 

Andrew Gavin Marshall

 

13 Août 2013

 

url de l’article:

http://andrewgavinmarshall.com/2013/08/13/aboriginals-threatened-by-present-not-past/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans un article récent publié dans le quotidien La Province, la pigiste Naomi Lakritz a écrit que les peuples indigènes devaient laisser tomber le “manteau de la victimisation” et prendre “leur responsabilité individuelle”.

L’idée essentielle, comme Lakritz élabora avec moi dans un échange de courriels, était que les peuples indigènes devaient “aller de l’avant” et arrêter de “se prélasser dans le passé”.

Comment les gens peuvent-ils “aller de l’avant” avec l’histoire, si l’histoire elle-même n’est pas allée de l’avant avec eux ? Les peuples aborigènes insistent sur leur histoire afin que nous puissions apprendre la notre. Nos histoires sont entremêlées et l’ont été depuis que les premiers colons sont arrivés d’Europe sur ce continent.

En 1920, Duncan Campbell, le vice-ministre canadien des affaires indiennes déclara: “ Je veux me débarrasser du problème indien.” Le programme “d’assimilation” (ou “génocide culturel”) fut largement mis en place par le biais des “pensionnats” pour indiens.

Cinquante ans plus tard, notre gouvernement a utilisé des enfants indiens comme rats de laboratoire, expérimentant sur eux au sujet d’idées nutritionnelles et médicamenteuses.

Les communautés indigènes du pays manquent d’accès à l’eau potable et ce de manière bien plus importante que le reste de la population canadienne. Elles ont bien plus de problèmes d’insécurité alimentaire, de chômage, de mauvais logement, de pauvreté, de mortalité enfantine, d’abus de substances diverses, d’addictions et de suicides et constituent de plus, un pourcentage bien plus important de la population carcérale et ce de manière complètement disproportionnée.

Plus tôt cette année, le gouvernement Harper a annoncé “une énorme augmentation dans les projets concernant les ressources naturelles canadiennes”, et ce dans la décennie à venir et pour un montant potentiel de 600 milliards de dollars.

La vaste majorité de ces projets se passeront “sur ou tout près” des terres autochtones (comme si la terre n’avait pas été au préalable complètement colonisée…)

Les lois tous azimuts d’Harper ont réduit la protection des lacs de 40 000 à 97 et des rivières de 2,5 millions à juste 63, traçant ainsi la route à l’exploitation entrepreneuriale de l’environnement et sa dégradation. Que ce soit à côté d’une mine de diamants de DeBeers (Afrique du Sud) à Attawapiskat ou près des sites de sables bitumeux d’Alberta, les communautés autochtones sont directement exposées à la dévastation de l’environnement et aux coûts sanitaires de nos “projets de développement”.

C’est dans ce contexte qu’à la fin 2012, les peuples indigènes du Canada ont lancé le mouvement Idle No More, prenant la responsabilité non seulement de leurs droits en tant que natifs, mais aussi de la protection de l’environnement, connectant avec les peuples autochtones des Etats-Unis afin de s’opposer aux projets de pipelines et autres si destructeurs de l’environnement et ce au moyen de manifestations pacifiques, de barrages routiers et de campagnes de responsabilité publique.

Le gouvernement canadien passe des lois tout azimut au bénéfice de larges entreprises qui exploitent les ressources naturellles, ce qui précipite la dégradation environnementale, poussant non seulement le Canada, mais aussi l’espèce humaine dans son entièreté, vers l’inévitable extinction à laquelle doit faire face tout organisme auto-destructeur.

Au lieu de dire aux peuples autochtones “d’arrêter de blâmer le passé” et de prendre “leurs responsabilités”, peut-être que le reste du Canada devrait arrêter d’ignorer la passé et de prendre en charge le présent de façon à nous assurer que nous ayons un futur et ce pas seulement en tant que nation, mais aussi simplement en tant qu’espèce biologique. Peut-être est-il temps pour le reste du Canada de devenir finalement Idle No More (“Plus jamais en sourdine”)…

— Andrew Gavin Marshall est un chercheur et écrivain à Montréal.

Colonialisme occidental: Les Indiens des Amériques luttent contre le terrorisme depuis 1492…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 7 avril 2013 by Résistance 71

“Je n’y ai rien vu (New York 1886) qui pourrait aider mon peuple. J’ai pu voir que l’homme blanc ne s’occupe pas l’un de l’autre de la même manière que nous avant avant que le cercle de la nation ne soit brisé. Il prendrait tout des autres s’il le pouvait et ainsi il y en avait qui avaient bien plus que ce qu’ils pouvaient utiliser, tandis que des foules de gens n’avaient rien et avaient sans doute faim. Ceci ne pouvait pas être meilleur que les vieilles traditions de mon peuple.”

“Il est très difficile de suivre une grande vision dans ce monde de ténèbres et d’ombres toujours changeantes ; parmi celles-ci les hommes se perdent.”

~ Black Elk (Shaman Oglala Sioux) ~

 

 

Les 158 années de lutte pour la justice des Sioux Lakotas

 

Russel Means

 

Url de l’article original:

http://www.republicoflakotah.com/steps-to-sovereignty/158-year-stuggle-for-justice/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“D’abord ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous combattent et puis vous gagnez”
-Mohandas Gandhi-

“Nous travaillons à une liberté totale et complète de manière légale, non-violente et non agressive.”
- Russell Means-

En Décembre 2007, la république des Lakotas fut établie par le retrait formel des traités de 1851 et 1868. Ceci fut le dernier pas de la bataille légale la plus longue de l’histoire de l’humanité.

Ceci ne fut pas une “sécession” des Etats-Unis d’Amérique, mais un “retrait unilatéral” totalement légal des traités comme cela est permis par la convention de Vienne de 1969 sur les lois des traités, convention de laquelle les Etats-Unis sont signataires.

Le but de la République des Lakotas est de suivre les instructions données par les anciens à la première réunion de l’International Indian Treaty Council de 1974. Le conseil tint alors une conférence de “l’hémisphère occidental” à Wakpala dans la réserve indienne de Standing Rock. Plus de 5000 délégués de 97 nations indigènes des Amériques se réunirent. Le manifeste qui en résultat soutien les droits de tout les peuples indigènes de vivre libres et de prendre quelque action que ce soit pour maintenir notre souveraineté. Ceci fut la plus grande réunion d’Indiens des Amériques du XXème siècle, réunion où tous les délégués payèrent de leur poche, sans soutien financier.

Ce fut là que la déclaration d’indépendance continue fut créée. Cette conférence fut suivie par bon nombre d’anciens, incluant le chef Franck Fools Crow. Ceux-ci n’étaient pas nos anciens ordinaires, la plupart d’entre eux étaient nés au XIXème siècle de parents qui avaient été libres, ils n’avaient jamais été à l’école. La majorité ne parlait pas anglais et le reste parlait un mauvais anglais. Je (Russel Means) fus instauré comme un des curateurs permanents de l’International Indian Treaty Council par les anciens de la conférence.

Ces anciens donnèrent à la conférence et au nouvellement formé International Treaty Council deux mandats:

1. Le premier mandat devait être reconnu par les communautés internationales. En Septembre 2007, lorsque les Nations-Unies approuvèrent la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes, ce mandat fut rempli.

2. Nous devions nous commémorer les mots de Noble Homme Rouge (Noble Red Man Matthew King): “Nous devons toujours nous rappeler que nous fûmes auparavant un peuple libre, si nous ne le faisons pas, alors nous devrons cesser d’être des Lakotas.” Ce second mandat est de retourner à notre statut original de Nations libres et indépendantes. Le 17 Décembre 2007, la délégation pour la liberté Lakota a présenté au ministère des affaires étrangères des Etats-Unis, notre retrait unilatéral de tous les traités et accords existants entre les Etats-Unis et la nation Lakota.

Avant le retrait unilatéral, j’ai voyagé à travers les cinq états rencontrant des personnes clef sur une période de sept mois. Maintenant dans mon 70ème hiver, je travaille pour obtenir de meilleures conditions pour les peuples indiens depuis plus de 40 ans (NdT: Russell Means est décédé en 2012 à l’âge de 72 ans).

Le traité de Fort Laramie de 1868 est considéré par quelques commentateurs comme une victoire totale de Nuage Rouge et des Sioux. En 1904, il fut décrit comme “le seul cas dans l’histoire des Etats-Unis où le gouvernement est entré en guerre et a négocié la paix à l’issue en concédant tout ce que demandait l’ennemi et absolument rien en retour.

En résultat d’un long processus de litigation entre la nation Lakota et les Etats-Unis, ceux-ci ont fait quelques déclarations évocatrices;

“Un cas d’accords plus déshonorables ne sera probablement jamais trouvé dans notre histoire…” U.S. Court of Claims, 1975

 “il est clair que, basé sur les représentations des négociateurs des Etats-Unis, les Indiens ne peuvent pas avoir regardé le traité de 1868 comme un traité de cession. Nulle part dans l’histoire qui a menée aux négociations de ce traité n’y a t’il eu une indication que les Etats-Unis recherchaient une cession de terre ou que les Sioux étaient prêts à en consentir une. Bien au contraire, l’évidence est criante que les Sioux n’auraient jamais signé le traité s’ils avaient pensé un instant qu’ils cédaient quelque terre que ce soit aux Etats-Unis.”

Sioux Tribe v. United States, 42 Indian Claims Commission, 1978

“Ici, il n’y a aucun doute que les Collines Noires (Black Hills) furent “prises” aux Sioux d’une manière qui les a privée des droits de propriété de cette terre. La question présentée est de savoir si le congrès agissait dans les circonstances où ‘prendre’ impliquait une obligation de juste payer une compensation ou s’il agissait en conséquence de ses pouvoirs uniques de contrôler et de gérer la propriété tribale en tant que gardien des biens Indiens auquel cas la clause de juste compensation ne s’appliquerait pas.”

U.S. Supreme Court, UNITED STATES v. SIOUX NATION OF INDIANS, 1980

La cour nota également la duplicité du président Ulysse Grant violant l’obligation du gouvernement par le traité, de maintenir toute personne en dehors des Collines Noires, ainsi que la procédure sévère pratiquée par le gouvernement pour affamer les Sioux afin de les forcer à céder les Collines Noires (NdT: Il convient de noter que les Black Hills sont des territoires sacrés pour les Sioux, territoires qui s’avèrent également riches en charbon, en or, en pétrole et ce qu’on sait maintenant… en uranium… Ce qui n’a aucune importance pour les Sioux, puisque ces terres sont simplement sacrées…)

“Ceci fut tragédie, mensonge, barbarie et virtuellement tout vice connu de l’humanité dans les 300 ans d’histoire d’expansion territoriale des 13 colonies originales, dans une nation qui maintenant comporte plus de 4,8 millions de Km2 et 50 états; ceci ne peut pas être nié. Mais de l’opinion d‘une cour de justice, en tant qu’affaire historique et non légale, à la fois les colons et les Indiens peuvent bénéficier de l’adjuration biblique: ‘Ne juges pas et tu ne seras pas jugé.’”

Hearing before the committee on Indian affairs, united states senate session on Tribal Sovereign Immunity 9-24, 1996

Résistance politique: Décolonisation et autodétermination culturelle et politique sont les clés de la délivrance

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , on 22 mars 2013 by Résistance 71

“La colonisation est un processus pour nous déconnecter de nos responsabilités les uns envers les autres et de notre respect l’un pour l’autre, de nos responsabilités et de notre respect pour la terre, pour notre culture. C’est aussi simple et profond que cela… Les natifs ont engagé avec succès la société occidentale sur les premières étapes d’un mouvement de restauration de leur pouvoir autonome et de leur intégrité culturelle dans le domaine de la gouvernance. Ce mouvement auquel on donne plusieurs noms: auto-gouvernement aborigène, auto-détermination indigène ou souveraineté native, est fondé sur une idéologie de nationalisme natif rejetant les modèles de gouvernement enracinés dans la culture occidentale. C’est un processus de rétablissement de systèmes qui font la promotion des buts et renforcent les valeurs des cultures indigènes contre les efforts incessants des gouvernements des Etats-Unis et du Canada de maintenir les systèmes de domination imposés aux cultures natives ce siècle écoulé.”

~ Taiaiake Alfred (“Peace, Power, Righteousness, an indigenous manifesto”) ~

 

“Avant l’arrivée de l’homme blanc, nous, les Indiens, n’avions pas de chefs. Nous avions des leaders, bien sûr, des hommes et des femmes, choisis par consensus pour leur sagesse et leur courage. L’idée d’une hiérarchie pyramidale avec une personne au sommet était un concept européen […] Nos chefs ne dirigent pas, ils n’ordonnent pas. Lorsqu’un sujet important est soulevé, ils se rencontrent et discutent, cherchent le consensus entre eux et ensuite ils disent aux gens ce qu’ils pensent serait le mieux…”

~ Russel Means (“Where White Men Fear to Tread”) ~

 

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Autodétermination et souveraineté chez les nations aborigènes des Amériques: Une leçon pour l’occident

 

Par Résistance 71

 

19 Mars 2013

 

Nous savons de bon nombre de recherches anthropologiques et surtout de celles de l’anthropologue social français Pierre Clastres que les sociétés dites “primitives” ne sont pas des sociétés en cours de maturation politique et sociale, maturation qui serait atteinte, d’après l’anthropologie classique, au stade où la société devient une société étatique. En fait, les société “primitives” sont construites sur le refus même de l’état et de la relation dominant / dominé, elle ne sont pas des sociétés “incomplètes”, mais des sociétés parfaitement achevées où les notions même de “chef” et de “propriété”, c’est à dire d’autorité et de distinction sociale n’existent pas et ce, non pas par manque de “maturité”, mais bien par choix et par refus. Ces sociétés ne tombent pas sous le coup des deux axiomes fondamentaux propres aux sociétés étatiques et donc oppressives: la croyance qu’une société ne peut se bien développer que sous l’aile protectrice d’un État et que le travail est un impératif aussi catégorique que celui de l’État. Pour Pierre Clastres “On peut parler de travail lorsque la règle égalitaire d’échange cesse de constituer le ‘code civil’ de la société; quand l’activité de la production vise à satisfaire les besoins des autres, quand à la règle échangiste se substitue la terreur de la dette. Ceci constitue la différence essentielle entre le ‘sauvage’ amazonien et l’Indien de l’empire Inca…”

L’évolution de ces sociétés dans le temps n’a pas endommagé leurs bases fondamentalement égalitaires, seule la colonisation par l’occident depuis la fin du XVème siècle, a imposé par la force et la ruse, des valeurs qui leur sont non seulement étrangères, mais également néfastes.

Ces sociétés, des Guayakis paraguyéens aux Yanomanis, des descendants des nations Mayas en passant par les nations d’Amérique du Nord Lakota, Cheyenne, Iroquoises, ou Apaches, sont demeurées essentiellement égalitaires avec un rapport à la propriété quasi inexistant et une conception de la “chefferie” particulièrement adaptée à ces sociétés non pyramidales et souvent matriarcales (chez les Iroquois, la lignée se fait par la mère et les chefs de clans et de nations sont désignés par les femmes, qui ont le pouvoir de révocation des chefs).

Au sujet de la hiérarchie, il convient ici de noter que le “chef” des nations aborigènes des Amériques n’a rien à voir avec ce que nous appelons un chef. En occident, le chef est le commandant, celui sur qui repose l’autorité. Le chef ordonne, les subalternes obéissent. Ceci est basé sur le sacro-saint concept erroné de la “loi du plus fort”, justifié de manière pseudo-scientifique par la bouillie informe de la biologie sociale à la sauce malthuso-darwinienne. En effet, la base fondamentale de toute autorité historique en occident est l’usurpation d’autorité par la force. Je suis le plus fort, j’ai vaincu les adversaires qui se soumettent ou périssent, j’étends ma jurisdiction autoritaire en la maintenant par la force, puis par des alliances reposant sur la force ou l’équilibre des forces, je transmets le pouvoir à mon fils aîné pour perpétrer la chaîne du commandement.

Les sociétés natives des Amériques ne fonctionnent pas de la sorte. Le chef est un parleur, celui qui apporte la paix, celui qui discute et règle les conflits. Le chef n’est pas un “chef d’État”. Il n’a aucune autorité disciplinaire, il ne donne pas d’ordres et ne saurait en donner car il ne serait pas obéit, c’est aussi simple que cela. Le pouvoir décisionnaire demeure avec le peuple, les conseils où les décisions sont prises à l’unanimité. En clair, comme le disait Pierre Clastres: “La chefferie n’est pas le lieu du pouvoir et la figure du chef ne préfigure en rien celle d’un futur despote.” Le chef parle, c’est un réthoricien, un gestionnaire des relations humaines, un appaiseur de conflits.

Une des formules du gouvernement populaire zapatiste du Chiapas au Mexique est: “commander en obéissant”, le pouvoir décisionnaire réside dans les assemblées populaires, il n’y a pas de chef. A cet égard le sub-commandante Marcós, le porte-parole du mouvement zapatiste et de l’EZLN n’est que cela, un porte-parole, il ne donne aucun ordre. Il est respecté par l’ensemble des membres du mouvement et en cela il représente l’image du “chef” traditionnel, celui qui parle, le conciliateur. En aucun cas il ne donne des ordres, qui ne serait pas forcément respectés du reste.

Les nations d’Amérique du nord ont également fonctionné et fonctionnent toujours de la sorte, mais depuis la colonisation et l’imposition de l’assimilation par la force tant aux Etats-Unis qu’au Canada, les gouvernements colons n’ont jamais voulu reconnaître la chefferie traditionnelle et ont imposé un système occidental fait de chefs élus, vivant de subsides de l’État colonisateur, les rendant ainsi dépendants et assujettis au pouvoir fédéral imposé, ce qui en retour donne plus de levier à l’État dans le cas de discussions sur des sujets “chauds”. Ceci constitue un des problèmes majeurs aujourd’hui dans les négociations entre les gouvernements colons fédéraux et les nations aborigènes, qui dans leur souche populaire ne reconnaissent pas vraiment l’autorité de la chefferie inposée par l’occident par voie de vote et de corruption. Les membres des nations indigènes tendent de plus en plus à retourner vers leur mode ancestral de gouvernance et à leurs chefs traditionnels, non reconnus par les états fédéraux, minant souvent par là même les négociations. D’autre part, les textes des traités existant et régissant l’autorité de l’état fédéral sur les nations indigènes, sont le plus souvent fondés sur le plus profond des racismes.

Ainsi un rendu du ministre de la justice canadien en 1989, se fondant sur un texte de 1763, régissant toujours les relations colons-natifs, stipula dans un contentieux mettant en cause l’état canadien et la nation Gitksan-Wet’suwet’en de Colombie Britannique (connu sous le non de l’affaire Delgamuukw) que: “La propriété et la jurisdiction constituent une revendication de souveraineté. Si les plaignants ont jamais eu la souveraineté, celle-ci fut complètement annihiliée par la prise de souveraineté de la couronne d’Angleterre.” Ce qui veut dire en d’autres termes, que le ministre de la justice canadien pense que:

  • Le Canada doute que la nation Gitksan fut jamais assez civilisée pour être souveraine, mais que…
  • Si elle l’avait été à un moment donné de l’histoire, l’assertion de la couronne d’Angleterre de sa souveraineté faisait préséance et que donc la souveraineté des natifs avait été annihilée par celle de la couronne.

Ceci correspond toujours aujourd’hui au type d’arguments et de procédures employés par les instances fédérales canadiennes pour nier la souveraineté des nations aborigènes, dont la seule issue doit demeurer aussi loin que l’État ne soit concerné: l’assimilation, c’est à dire, l’extinction culturelle et la renonciation à toute souveraineté sous le joug d’un état colon pour embrasser les “bienfaits civilisateurs” de l’occident.

L’autodétermination des nations aborigènes est toujours vue par les gouvernements colonisateurs comme une possibilité aussi loin que cette autodétermination demeure… sous contrôle de l’état tout puissant ! Ceci est une des raisons principales pour laquelle les gouvernements des états coloniaux ne veulent plus interagir avec la chefferie traditionnelle, mais avec les chefs élus, qui sont pour la vaste majorité, des suppôts et marionnettes du pouvoir en place. Ce système qui prit effet à la fin du XIXème siècle enleva aux sociétés aborigènes le processus du consensus, de la gestion fondée sur le rôle modèle des chefs traditionnels. L’état colonial remplaça ce fondamental culturel par un système bureaucratique hiérarchique de gestion par objectifs (étatiques). Ceci eut pour effet direct, l’effet escompté par les puissances coloniales: la division quasi systématique des communautés, la vieille tactique du “diviser pour mieux régner” toujours à l’œuvre. Ceci n’est qu’une des conséquences de l’imposition d’un processus d’assimilation, afin de mieux pouvoir justifier de l’oppression et de la répression du système étatique sur les communautés natives. Ainsi, la dictature de la bureaucratie a réussi à diviser les membres des nations aborigènes en deux clans:

  • Les “assimilés” ou se voulant l’être, dont les revendications ne se bornent qu’à des revendications de compensations financières sur les territoires qui leur ont été dérobés, ainsi que l’obtention d’une redistribution des revenus  richesses extraites des sous-sols de leur territoire (Or, argent, uranium, gaz, pétrole, etc…)
  • Les “traditionnels”, pour qui l’argent et les compensations financières ne sont pas le nerf de la guerre, mais bien au contraire, la récupération ou préservation des territoires ancestraux pour des raisons culturelles, spirituelles et identitaires.

Pour ces deux parties, le terme “auto-détermination” ne veut pas dire la même chose…

Lorsqu’on parle d’autodétermination, il convient également d’analyser le système judiciaire et comment une société gère les crimes commis. La notion de droit coercitif est fondamental à l’occident.

A cet égard, nous utiliserons ici quelques analyses de l’excellente étude faite par Len Sawatsky dans son essai sur “Self-determination and the criminal justice system” (1990).

Il est essentiel de noter que pour les nations aborigènes, les normes et les lois sont imposées par un système naturel et non pas imposées de l’extérieur. Il faut bien comprendre que comme nous l’avons vu plus haut, l’État (tout comme la propriété privée et la notion de prison, privation de liberté) est un concept totalement étranger à ces sociétés et la justice est le reflet et dépend de l’ordre interne et des relations au sein d’une société particulière.

Lorsque qu’un conflit se produit dans une société native, le résultat est une disharmonie. Le but dès lors est de rétablir l’harmonie perturbée. Bien avant que l’occident ne vienne sur ce continent imposer sa vision du monde par la force, les nations indigènes concevaient comme primordial le rôle du “faiseur de paix”, du ou des conciliateurs. Pour mieux comprendre la différence entre les deux systèmes, nous pouvons l’illustrer sous forme d’un tableau comme suit:

Comparaison des paradigmes de justice criminelle entre le système européen et le système aborigène:

 

Européen / Rétributeur

Aborigène

Le crime est définit comme violation de l’État Pas de mot pour “crime”, mais une reconnaissance de dommage, blessures, conflits, disputes
Focalise sur l’établissement de la culpabilité (est-il/elle coupable ?) Focalise sur la reconnaissance du conflit et à établir une responsabilité actuelle (que pouvons-nous faire ?)
Les relations entre les adversaires et le processus sont normatives Consensus des anciens/chefs pour conseiller sur les étapes pour rétablir l’harmonie
Imposition de la douleur pour punir et/ou prévenir/empêcher Tient les parties impliquées responsables de l’une l’autre dans le contexte de la famille, de la communauté et de la Terre Mère
La justice est définie par l’intention et le processus, le droit régit La justice est définie par l’harmonie sociale et les besoins à remplir, jugés selon des critères de solidarité communautaire et de survie
Conflit est vu comme l’individu contre l’état, les relations interpersonnelles s’estompent en conséquence Le conflit interpersonnel est reconnu dans le contexte de la responsabilité envers la famille, la communauté et la Terre Mère
Une blessure sociale est remplacée par une autre Focalise sur la réparation de la blessure sociale et sur la restauration de l’équilibre social et de l’apaisement
La communauté est mise en dehors, représentée par l’État La communauté est la facilitatrice, le rôle des anciens est respecté
Encouragement de valeurs individuelles de concurrence Encouragement à la spiritualité, à l’estime de soi et à l’identité collective
L’action est dirigée de l’État vers le délinquant/criminel:

La victime est ignorée et l’offenseur est passif

Reconnaissance des besoins de la victime et de la responsabilité de l’offenseur, mais dans le contexte de la sagesse et de conseils prodigués par les anciens
La responsabilité de l’offenseur est définie par la punition La responsabilité de l’offenseur est définie par sa volonté de rétablir l’harmonie perturbée avec lui-même, la victime, les familles, la communauté et le Grand Esprit
La faute est définie en termes purement légaux sans aucune dimension politique, sociale, économique ou morale La faute est comprise dans la totalité du contexte apparti: moralement, socialement, économiquement, politiquement et en relation avec la Terre
La dette envers l’état et la société est abstraite L’offenseur est rendu responsable devant sa victime, la famille de sa victime et la communauté
Aucun encouragement d’exprimer des remords ou un pardon Encouragement a l’excuse, au pardon, et à la réconciliation en vue de faire et de retrouver la paix
Dépendance envers des professionnels de la loi qui sont des intermédiaires Implication directe des participants à la dispute sous le conseil des anciens

Source: Len Sawatsky 1990, traduction: Résistance 71 2013

A la lumière de ces différences nous pouvons légitimement nous demander qui sont vraiment les “sauvages” ?

Les nations aborigènes des Amériques sont des sociétés non étatiques par excellence. Elles le sont par choix et non pas par manque de “maturité politique”. Il nous faut comprendre ceci une fois pour toute et nous en inspirer afin de changer le paradigme social occidental. S’il est évident que nous ne serons jamais des Mohawks ou des Lakotas, il n’en est pas moins vrai que nous provenons ancestralement de sociétés qui fonctionnaient parfaitement bien sans état et sans système d’imposition coercitif interne. Les seigneurs de la guerre battant les campagnes n’ont pu vaincre l’autodétermination des cités médiévales organisées (en une fédération embryonnaire) indépendemment, que grâce à la ruse, la corruption et la trahison, et n’ont pu imposer leur ordre despotique qu’au début du XVIème siècle avec l’avènement de l’état-nation monarchique, construit sur le pillage, l’accumulation de richesses et l’instauration des castes politiques puis économiques dominant/dominé menant à la domination oligarchique qui se perpétue aujourd’hui sous une autre forme.

C’est l’occident qui a sans cesse imposé sa vision sociétaire par la force à tous ceux qu’il a colonisé. L’assimilation culturelle à laquelle doivent faire face toutes les nations natives du monde sujettes à la rencontre avec l’occident, tient de la systémisation hégémonique et du génocide biologique et culturel. Il est inconcevable qu’au XXIème siècle, des relations colons / colonisés soient encore de mise dans quelque relation internationale que ce soit et pourtant, ceci est la norme depuis des siècles.

Nous avons passé le plus clair des cinq derniers siècles à coloniser, piller, massacrer, évangéliser, détruire, spolier et imposer notre vision eurocentrique arrogante et erronée au reste du monde. Il n’est pas une nation indigène d’Afrique, d’Amérique, d’Asie ou d’Océanie, qui n’ait pas eu à grandement souffrir de son interaction avec l’occident. Il est grand temps que tout cela cesse, que nous les peuples stoppions la folie meurtrière de nos dirigeants, ceux là mème que nous mettons au pouvoir par nos votes futiles et qui sont assujettis à la puissance de l’argent et de la corruption.

Oui, nous avons beaucoup à apprendre des nations que nous avons quasiment exterminées, celles qui continuent à nous résister à juste titre. C’est par l’union des peuples, hors des États et des nations obsolètes, que nous réussirons l’osmose finale. C’est en reprenant le chemin de l’autodétermination, de l’autogestion, chacun s’adaptant à ses besoins et nécessités, que nous renverserons la vapeur de la destruction engagée sur cette planète depuis bien trop longtemps.

L’espoir est en nous, les peuples, pourvu que nous (re)devenions indépendants et autodéterminés, unis contre l’hégémonie du petit nombre, contre l’oligarchie imposant sa “loi du plus fort” factice au sein d’un système truqué et inapte à remplir les fonctions progressistes dont l’humanité a la charge.

Inspirons-nous de ceux que nous détruisons et puissent-ils nous pardonner de tout le mal que nous leur avons fait.

Les mouvements de lutte des nations aborigènes sur tous les continents colonisés sont des modèles nous montrant la voie, celle de l’autogestion, de l’harmonie et de la réalisation de soi au sein d’un intérêt collectif commun.

Soutenons-les en les comprenant mieux, inspirons-nous de leur modèle et adaptons le à nos besoins locaux puis étendons-le à une confédération des communes libres autogérées, c’est plus que vraisemblablement, la voie de l’indépendance, de l’émancipation et du bonheur, ici et maintenant.

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Quelques lectures recommandées:

En français:

  • “Chronique des Indiens Guayaki”, Pierre Clastres
  • “La société contre l’état”, Pierre Clastres
  • “EZLN 20 et 10, le feu et la parole”, Gloria Munoz Ramirez
  • “Les leçons politiques du néozapatisme mexicain”, Carlos-Antonio Aguirre Rojas
  • “Mexique, calendrier de la résistance”, SCI Marcós
  • “Enterre mon cœur à Wounded Knee”, Dee Brown
  • “L’entre aide facteur de l’évolution”, Pierre Kropotkine
  • “L’art d’enseignement des indiens iroquois, aux sources de la première constitution”, Alexandre Grauer

En anglais:

  • “Ya basta!, Ten years of Zapatista uprising”, SCI Marcós et Noam Chomsky, Naomi Klein
  • “Peace, Power, Righteousness, an indigenous manifesto”, Taiaiake Alfred
  • “Wasasé, Indigenous pathways of action and freedom”, Taiaiake Alfred
  • “Burry my heart at Wounded Knee”, Dee Brown
  • “Nation to Nation, aboriginal sovereignty and the future of Canada”, Diane Engelstad & John Bird
  • “Where White Men Fear to Tread”, Russel Means
  • “Ojibwa Warrior and the Rise of the American Indian Movement”, Dennis Banks