Archive pour déclaration anarchiste espagne 1927

Résistance et solution politique: La déclaration des groupes anarchistes espagnols (1927)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 30 juillet 2016 by Résistance 71

“L’histoire nous dit que les révolutions ont toujours été l’œuvre de minorités entreprenantes qui osèrent exhorter le peuple contre les autorités constituées.”
~ Manifeste des Trente, 1931 ~

“La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle, celle qui ne peut pas se laisser dériver ou confisquer par des groupes, factions ou partis, classes ou autorités.”

~ López Arangó ~

“Pour les anarchistes, la révolution sociale est l’ultime instrument collectif des opprimés contre la structure économique et sociale exploiteuse et hiérarchisée sous laquelle nous sommes forcés de vivre. C’est le seul moyen par lequel le vieil ordre peut-être déplacé. Un ou des compromis avec le capitalisme et la collaboration avec l’État par le processus parlementaire, ne peuvent servir qu’à institutionaliser la misère, l’injustice et la violence dans le sens le plus large.”

~ Stuart Christie* ~

 

Déclaration des groupes de la fédération anarchiste d’Espagne

Manifeste public issus par le Comité de Liaison Anarchiste de Catalogne en 1927, quelques mois avant la création officielle de la Federacion Anarquista Iberica (FAI)

 

Source: “Nous, les anarchistes !”, Stuart Christie*, 2008

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

(*) Stuart Christie: écrivain et historien de l’anarchisme britannique, connu également pour avoir été emprisonné en Espagne en 1964, suite à un complot d’assassinat du général Franco

=*=*=

A toutes et tous,

Qui sommes-nous ? Nous sommes les éternels anarchistes. Ces éternels ennemis des bourgeois et de “l’ordre” capitaliste, maintenant et toujours. Les ennemis de la propriété privée, du salariat esclavagiste, des lois, de la religion, du militarisme, de la stupidité des Hommes et de la société inique (NdT: qu’on appelle aujourd’hui la “société marchande”)

Nous sommes ceux qui surgissent, toujours à l’improviste dans le sillage de tout évènement, quel que soit le degré de gravité et son importance. Un effort a été particulièrement fait pour nous impliquer dans les crimes les plus vils et les plus répugnants. Qu’à cela ne tienne, nous ne nierons pas que quelques hères se sont estampillés anarchistes en perpétuant leurs exécrables félonies. Quoi qu’il en soit, l’anarchiste n’a rien à voir avec le vol ou le meurtre systématique.

Alors que la violence est acceptée comme une nécessité révolutionnaire et le tyrannicide justifié lorsqu’il est spontanné, tout comme l’est également l’occasionnelle et exceptionnelle expropriation à chaque fois que l’individu a épuisé tous les moyens légaux de l’existence et se retrouve confronté à la nécessité inéluctable d’assurer ses droits à la vie, ceci n’approuve pas le vol tel qu’il est condamné dans la société contemporaine, ni la violence déployée comme arme dans la lutte individuelle, encore moins comme instrument de propagande.

Que voulons-nous ? Nous l’avons dit des milliers de fois. Nous recherchons l’établissement d’une nouvelle société au sein de laquelle tous ses membres auront leurs besoins matériels, moraux et intellectuels assouvis. “A chacun selon ses besoins, à chacun selon sa force et sa capacité”. Nous voulons une société sans patrons, sans gouvernement, sans coercition de quelque sorte que ce soit. Pas d’esclaves, pas de victimes de l’exploitation d’autres Hommes. Une société libre constituée d’Hommes libres. Une société progressiste de la perfection infinie, ayant pour résultat un bien-être toujours croissant.

Nous recherchons l’émancipation des Hommes, des personnes des deux sexes et de toutes les races. Nous cherchons une émancipation complète dans le contexte d’une société fondamentalement transfigurée.

[…]

Le communisme, l’état, la politique et nous: nous sommes anti-étatiques, anti-politique et quand nous disons anti-politiques, nous disons contre tous les politiciens qu’ils soient marxistes, socialistes, communistes ou autres. Nous sommes contre l’État, qu’il spit aristocrate, bourgeois, ou “prolétaire”. Nous sommes contre toute violence organisée.

Nous sommes absolument certains que les états n’ont qu’une seule mission à remplir: celle d’être le garde-chiourme de l’iniquité et du privilège. Lorsque ces deux choses seront abolies, à quoi bon l’État ?

Orchestration, direction ? Très bien, mais pas du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Avec le pouvoir d’orchestrer, de nommer, de révoquer qui sera totalement investi dans les collectivités.

Le syndicalisme et nous: Nous trouvons attractif le syndicalisme révolutionnaire affilié avec l’AIT (NdT: 1ère Internationale) de Berlin. En tant que travailleurs, nous sommes presque tous actifs au sein de la Confédération National du Travail (CNT) ; mais notre mission ne doit pas être consummée par l’exclusivité syndicale. Nous sommes des hommes et certains ne sont pas assujettis au carcan de l’exploitation bourgeoise. Ainsi ce n’est pas suffisant d’être actif au sein d’un syndicat. Notre mission possède un complément des plus signifiants: en dehors des syndicats, de manière absolument indépendante, nous disséminons nos théories, formons nos groupes, organisons des manifestations publiques, publions de la littérature anarchiste et semons les graines de l’anarchie à tous les vents.

Nous recherchons l’émancipation complète de tout être humain sans distinction d’aucune sorte, pas même de classe. Notre lutte est plus compréhensive, plus globale. Il y a une place parmi nous pour tous ceux qui aspirent à une société sans gouvernement, quelque soit leur conception du comment la société post-révolution devrait être organisée (communiste ou individualiste). Dans les révolutions à venir, nous voulons éviter ce qu’il s’est produit en Russie (NdT: ceci fut écrit moins de 10 ans après la révolution bolchévique de 1917 et juste 6 ans après la répression sanglante de l’autonomie anarchiste par l’armée rouge de Trotsky et de Lénine à Cronstadt…). Ce qu’il s’est toujours produit lorsque les anarchistes poussent et inspirent la révolution, cela se déroule presque toujours selon les bonnes lignes, mais lorsque l’activité anarchiste faiblit (attendant que le peuple prenne le relais inspiré), la révolution dévie de sa trajectoire et les anarchistes, comme ce fut le cas en Russie, sont les victimes favorites des exploiteurs inévitables de la révolution.

Conclusions: Il est donc plus que nécessaire et urgent que nous nous organisions en groupements anarchistes afin d’imprégner la révolution anarchiste.

Nous avons parlé de la révolution qui approche (NdT: elle aura lieu en 1936 en Espagne, alors que la CNT-AIT a plus de 2 millions de membres…). Nous n’avons aucun doute que la révolution sociale se rapproche à pas de géant. Le vieil ordre politique gangréné est acculé, en total désarroi et complètement fracassé, mais pas aux yeux de ceux qui sont maintenant au gouvernement. Nous devons nous assurer que ce système ne puisse pas récupérer.

Ceux du 13 Septembre, ceux qui devaient guérir la nation de ses maux en 90 jours, l’ont complètement dévasté. Derrière la scène, Maura et la réaction gouvernent. Le directoire n’est que la feuille de vigne du maurisme et de la politique politicarde la plus dégénérée et vénale. Dans un élan et instinct de survie, le pays doit retirer cette clique du pouvoir.

Nous n’avons jamais imaginé que les principaux auteurs du coup d’état sont motivés bona fide, mais ils sont au contraire gonflés d’ambition et de présomption. Ils ne peuvent en rien offrir une solution à quoi que ce soit. Encore moins que les politiciens. En conséquence, la révolution se rapproche. Que nous, les anarchistes, nous acquittions bien de cette opportunité et que nous puissions la propulser aussi loin que nous le pourrons.

Salud y revolución

Comité de Liaison Anarchiste de Catalogne

=*=*=

“Chaque état, c’est à dire donc tout gouvernement et toute administration des masses populaires qui vient d’en-haut, étant nécessairement enracinée dans une lourde bureaucratie et se reposant sur des armées, l’espionage et le clergé, ne sera jamais capable d’établir une société organisée sur la base du travail et de la justice, puisque ces entités sont par leur essence même, naturellement enclines à opprimer le travailleur et lui refuser toute justice. Comme nous le voyons, le travailleur ne sera jamais capable de se libérer de l’oppression en ce monde à moins qu’il ne substitue à ce corps démoralisant, la fédération libre de tous les groupes producteurs, une fédération fondée sur la solidarité et l’égalité.”

~ Résolution du congrès anarchiste de St Imier (Fédération du Jura), le 15 septembre 1872 ~