Archive pour crise du capitalisme néolibéral

Le capitalisme, une arme de destruction massive au service exclusif de l’oligarchie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 janvier 2015 by Résistance 71

Que les parasites se rassemblant à Davos, Bilderberg et autres inepties de privilégiés sachent que les peuples ensent de plus en plus qu’il n’y a pas de solutions au sein du système. La société étatique hiérarchique, inégalitaire, oppressive, coercitive et destructrice est une anomalie de l’histoire humaine, une tumeur cancéreuse dont nous nous débarrasserons en traitant la cause de la gangrène installée: la division politique.

Le temps arrive de remplacer ce modèle obsolète et mortifère par les confédérations de communes libres à l’échelle de ce qui est aujourd’hui les « nations ». Peu à peu cela deviendra une évidence et une fois mise en place, les générations futures se demanderont en étudiant l’histoire pré-autogestionnaire, comment nous, leurs ancêtres pouvions-nous vivre… L’état et le capitalisme seront relégués là où ils appartiennent d’ores et déjà: aux oubliette de l’Histoire.

— Résistance 71 —

 

Un monde de plus en plus inégalitaire

 

Tarik Bouafia

 

23 Janvier 2015

 

url de l’article original:

http://www.michelcollon.info/Un-monde-de-plus-en-plus.html?lang=fr

 

Victor Hugo a un jour écrit : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ». Ce glaçant constat dressé il y a plus d’un siècle par l’auteur des Misérables est plus que jamais d’actualité. Pendant que de plus en plus de gens font face à la précarité, au chômage, à la pauvreté, à l’exclusion, l’élite mondiale des ultra-riches, elle, ne connaît pas la crise, mieux, elle en profite pour s’enrichir.

Un constat alarmant

L’organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam a publié cette semaine un rapport sur l’état des inégalités dans le monde. Autant dire tout de suite que les riches ne se sont jamais aussi bien portés qu’aujourd’hui. Les chiffres ont de quoi donner le tournis. En effet, l’ONG prévoit qu’en 2016, les fameux 1% les plus riches posséderont plus de la moitié de la richesse mondiale. Les 99% restants devront se partager le reste du gâteau. Les 80 plus grosses fortunes de la planète détiennent ainsi autant de richesses que les 3,5 milliards des plus pauvres. Chaque adulte de cette élite possède personnellement plus de 2,7 millions de dollars. Des inégalités qui au fil des années ne cessent de se creuser. En 2010, les 1% détenaient 44% de la richesse mondiale contre 56% pour le reste. En 2020, on estime que la part de leur richesse atteindra 52,5%.

Par ailleurs, selon une étude réalisée par la banque suisse UBS en partenariat avec le cabinet de recherche singapourien Wealth X, le nombre de milliardaires dans le monde s’élève en 2014 à 2.235, soit une augmentation de 7% par rapport à 2013. La crise économique de 2008 n’a en rien affecté l’élite mondiale, bien au contraire. Alors que des millions de personnes se retrouvaient sur le carreau du jour au lendemain, renvoyés de leur travail après de bons et loyaux services, pendant que des millions d’Européens, d’Etats-uniens sombraient brusquement dans la pauvreté et la précarité et que des pays du Sud subissaient des famines toujours plus dévastatrices, l’élite capitaliste mondiale faisait exploser ses comptes en banques. Cette énième crise du capitalisme a mis une nouvelle fois à nu ce système injuste et cruel. Et aucun pays de l’OCDE n’est épargné par cette dérive inégalitaire.

En France par exemple, tandis que les grands patrons et les actionnaires se goinfraient de dividendes, de stock options et de retraites chapeau, la masse de la population recevait et continue de recevoir les foudres de ce système basé sur l’hyper profit de quelques-uns et l’exploitation du plus grand nombre. Les statistiques sont là pour en témoigner. Alors que, dans toute son histoire, la France n’a jamais été aussi riche, on compte plus de 140.000 sans domicile fixe. Selon l’Insee, le taux de pauvreté était de 12,6% en 2004, il a grimpé à plus de 14% en 2012. De plus, ce sont plus de 3,5 millions d’individus qui bénéficient de l’aide alimentaire et 3,8 millions de personnes qui perçoivent les minimas sociaux. Et les riches dans tout ça ? Ne nous inquiétions surtout pas pour eux, ils vont très bien ! L’Europe est en récession mais par contre la croissance des milliardaires, elle, est affolante. En effet, selon le magazine Challenges ils étaient 55 en 2013. En 2014, ils étaient 12 de plus. Leur patrimoine lui aussi se porte bien. Ce dernier a augmenté de 15% en un an, atteignant ainsi les 390 milliards d’euros. Après, on vient nous raconter que l’État est ruiné et qu’il n’a plus d’argent pour assurer les services publics.

Aux États-Unis, pays de l’argent-roi, le constat est encore plus inquiétant. 22%, c’est la part de la richesse nationale détenue par…0,1% de la population alors qu’en 1970, cette oligarchie en possédait « seulement » 7%.

Les 75.000 individus les plus riches détiennent, tenez vous bien, 10.265 milliards de dollars soit plus de deux tiers du PIB du pays. Depuis quelques mois, tous les médias dominants encensent l’économie états-unienne qui affiche un taux de croissance de l’ordre de 3 à 4%. Mais croissance économique ne rime pas avec réduction des inégalités. Cette croissance est en effet accaparée par les plus riches. Par ailleurs, les classes laborieuses ne profitent pas des fruits de cette croissance. Le salaire moyen stagne, voire régresse, et atteint un niveau à peine plus élevé qu’en…1964. Le salaire minimum, lui, reste bloqué à un maigre 7,25 dollars de l’heure malgré les nombreuses protestations des salariés, notamment de chaînes de fast-food qui réclament des hausses de salaires.

Un problème éminemment structurel- L’Etat au service des riches

Après la seconde guerre mondiale, les États ont joué un rôle prépondérant dans la conduite de l’économie permettant aux puissances occidentales d’afficher des taux de croissance annuels avoisinant les 10%. L’État se posait alors en arbitre des conflits de classes entre le capital et le travail et veillait à que les inégalités n’explosent pas. Ces taux de croissance ont permis de développer des services publics performants dans le domaine de la santé, de l’éducation, des transports, de l’énergie. Néanmoins, malgré les avancées sociales dues notamment à l’important rapport de force qu’entretenaient les syndicats et les partis communistes avec les bourgeoisies nationales, les structures économiques, sociales, politiques et culturelles ne furent pas modifiées. La domination capitaliste s’étatisa. Voilà pourquoi on parle de « capitalisme d’État » pour définir cette période des « trente glorieuses ». Cependant, il ne faut pas oublier que la prospérité qu’ont connue les pays capitalistes occidentaux au lendemain de la seconde guerre mondiale s’est faite sur le dos des peuples du Sud. Colonialisme, impérialisme, pillage des ressources naturelles, imposition par le « Nord » de dettes « odieuses »…

La richesse des uns a provoqué la misère des autres, tout comme aujourd’hui. Puis tout a commencé à basculer avec le virage néolibéral initié aux États-Unis par Ronald Reagan et en Angleterre par Margaret Tchatcher, avant de se propager dans le reste du monde occidental et finalement dans toute la planète. Le néolibéralisme se caractérise par l’ouverture de nouveaux domaines à la loi du marché, par une financiarisation croissante de l’économie et surtout par un désengagement important de l’État dans sa participation à la gestion de l’économie. Ce désengagement est l’une des causes majeures de cette recrudescence des inégalités. Prenons quelques exemples très concrets : depuis maintenant près de 30 ans, une petite musique lancinante s’impose aux oreilles des citoyens européens. C’est la fameuse musique de la « dette ». « La dette explose ! », « L’État n’a plus les moyens » « Il faut dégraisser le mammouth », l’ « État est obèse ». Principaux dirigeants politiques, économistes, « experts », chroniqueurs, éditorialistes… Ils ont appris la chanson par cœur et la chantent à merveille. Alors, on nous répète à longueur de journée que l’ « État a trop dépensé » (pour les services publics), que l’ « État vit au-dessus de ses moyens » et qu’il faut donc baisser les dépenses sociales dans la santé, l’éducation, les allocations… Puis, on nous répète qu’il faut privatiser les entreprises appartenant à l’État et donner plus de marges aux entreprises, baisser l’impôt des plus riches…Bref, il faut libéraliser radicalement notre économie. Notons au passage que le mot « radical » n’est pas connoté de la même manière quand il s’agit de prôner un radicalisme de « gauche » ou un radicalisme de « droite ».

Dans le vocabulaire de la noble pensée, le premier est connoté péjorativement tandis que le second est qualifié positivement. Ainsi, il faut « se serrer la ceinture ». Mais lorsqu’on regarde les chiffres de plus près, surprise, la réalité s’avère bien différente. En effet, selon un rapport du Collectif citoyen de la dette (CAC), 59% de la dette française est purement et simplement illégitime. Pourquoi ? Parce que cette dette n’est pas le fruit d’un emprunt contracté par l’État français pour financer l’économie et ainsi œuvrer à servir à l’intérêt général. Non ! Cette dette est due à une politique extrêmement avantageuse menée en faveur des plus riches. Autrement dit, l’État s’est volontairement privé de rentrées fiscales pour satisfaire la classe des plus riches. Niches fiscales, « boucliers fiscaux » (600 millions d’euros donnés aux plus riches), exonérations d’impôt, baisse de la fiscalité pour les ménages les plus aisés et les grandes entreprises comme Total (qui ne paye pas un centime d’impôt en France) … Autant de cadeaux fiscaux qui ont vidé les caisses de l’État.

Ainsi, la part du PIB lié à ces recettes fiscales a fondu de 5 points, de 22% dans les années 1980, elle est passée à 17% au cours des trois dernières années. Et les dépenses publiques, ont-elles vraiment explosé comme aiment à nous le répéter les prédicateurs néolibéraux ? Eh bien encore une fois, le système médiatique a menti. Les dépenses publiques ont diminué en part du produit intérieur brut (PIB) passant en moyenne de 22,7% en 1980 à 20,7%. Nous avons ici l’exemple type du genre de politiques économiques qui ont favorisé l’aggravation des inégalités. L’État a donc artificiellement créé les conditions pour qu’émerge une forte inégalité entre les très riches et le reste de la société. Les messagers de la sacro-sainte parole libérale nous avait pourtant assuré que cette politique en faveur des riches profiterait à la population. Résultat ? La France connaît un chômage de masse qui touche plus de 5 millions de personnes et le nombre de travailleurs pauvres ne cesse d’augmenter. Malgré ce cuisant échec, les serviteurs politiques au service de la classe possédante persistent et signent.

Un autre exemple très concret montre comment l’État participe à l’accroissement des inégalités. C’est le cas de l’Angleterre. Les grands patrons, qu’ils soient français, allemands, espagnols appuyés par les médias et les dirigeants politiques ne manquent jamais l’occasion de dénoncer « l’assistanat », les « assistés » autrement dits les chômeurs, les bénéficiaires d’allocations et parfois même les étudiants ou les retraités. Ces gens qui, nous dit-on, « profitent du système », ces personnes qui vivent aux « crochets de la société »… Vraiment, ces individus sont-ils vraiment les assistés du système ? Ne sont-ils pas au contraire les premières victimes de cette société injuste et inégalitaire ? Allons, remettons les choses à l’endroit et un peu d’ordre dans toute cette confusion entretenue par l’oligarchie au pouvoir. Les « assistés », les vrais, ce sont les plus riches, les grandes entreprises, les grandes fortunes, ceux qui vivent grâce à l’État, cet État « prédateur » qu’ils dénoncent quand il intervient dans l’économie et qu’ils vénèrent lorsqu’il sauve les banques de la faillite. En Angleterre donc, l’État investit dans des infrastructures qui profiteront non pas à la population mais au secteur privé. Dans le secteur ferroviaire, la situation est inédite. Depuis que le réseau a été privatisé en 1993, les dépenses publiques ont été multipliées par six ! Le réseau est privatisé mais c’est l’État qui continue à payer les frais d’entretien car les compagnies privées n’investissent pas assez. Entre 2007 et 2011, les cinq principales compagnies ferroviaires ont reçu 3 milliards de livres de l’État. C’est ce qu’on appelle communément se faire « plumer ».

Enfin, dernier exemple : l’État exonère annuellement de 88 millions de livres sterling les familles qui envoient leurs enfants dans les écoles privées. Ces écoles étant réservées aux plus riches, les familles aisées bénéficient de la grande générosité de l’État anglais. Pendant ce temps-là, le gouvernement ultra-libéral de David Cameron a décidé de réduire les prestations attribuées aux chômeurs et aux travailleurs. C’est plus de trois millions quatre cents mille personnes qui vivent avec le salaire de subsistance soit 7,20 de l’heure. Les budgets alloués au logement, à la santé ont diminué considérablement. Cette situation où l’État veille au bien-être des riches et néglige le reste de la société a été formulée de la manière suivante par l’écrivain Owen Jones : « socialisme pour les riches, capitalisme pour les autres ». 


Que dire également de ce grave phénomène qu’est l’évasion fiscale ? Là aussi, les États font mine de ne rien voir. Pourtant, ils sont en capacité d’agir et de punir ceux qui décident de déposer leur argent dans des paradis fiscaux. On estime qu’en France l’évasion fiscale représente un coût d’environ 60 milliards de dollars par an. Ce serait entre 80 et 100 milliards d’euros en Espagne, sans compter les 40 milliards détournés par la corruption. Au total, ce sont plus de 1000 milliards d’euros qui échappent aux pays de l’Union Européenne. Enfin, les gouvernements occidentaux ont trouvé la solution pour venir en aide aux pauvres : le développement de la philanthropie et de la charité. A défaut de servir l’intérêt général, l’État délègue ces fonctions à des milliardaires comme Bill Gates par exemple. Santé, école, alimentation, ces bienfaiteurs de l’humanité s’occupent des plus démunis. L’État se dirige vers des fonctions régaliennes (sécurité, justice) et laisse la « main invisible » du marché réguler l’économie.

On demande à l’État d’intervenir de moins en moins dans la sphère économique tout en comptant sur lui au cas où il faudrait sauver des banques en faillite ou envoyer son arsenal répressif pour tuer de jeunes manifestants pacifiques… L’essor de la charité a également pour but de légitimer la richesse des riches en les rendant indispensable. Voilà comment la société dans laquelle nous vivons s’éloigne de ses responsabilités sociales, économiques pour faire émerger la figure du riche-sauveur et ainsi le légitimer alors que c’est lui le véritable responsable des maux dont souffrent nos économies.

Mondialisation et accroissement des inégalités

Alors bien sûr, on ne peut évoquer le thème des inégalités sans pointer du doigt la mondialisation. Cette mondialisation sauvage qui crée un fossé toujours plus abyssal entre les pays très développés et les pays les plus pauvres. Prenons deux exemples qui mettent en exergue la fabrication économique, sociale et géographique des inégalités. Premièrement, les délocalisations. Ces dernières ont pour but de transférer les activités d’une entreprise dans un pays où le prix du travail est inférieur et où les matières premières sont moins chères… Ces délocalisations ont certes apporté du travail aux pays concernés mais pour quel salaire ? De véritables salaires de misère, voilà la réalité. Pendant ce temps, l’entreprise ou la multinationale multiplie son coût de revient par 5, 10, 15… L’exemple le plus connu est celui des maquiladoras au Mexique.

Ces usines proches de la frontière états-unienne qui produisent jours et nuits des jeans pour la marque Levis, GAP… Un jean coûte peut être à la fabrication 10 dollars, 4 seront donnés au travailleur et le reste pour payer les matières premières. A peine sorti d’usine, il sera exporté vers les États-Unis pour être vendu dans les magasins de New York ou Miami à 70, 80, 90 dollars. L’exploitation du travailleur permet au patron de tirer une marge conséquente et ainsi de faire croître rapidement sa richesse pendant que l’ouvrier lui, n’aura pas assez d’argent pour subvenir à ses besoins les plus élémentaires. Voilà comment se crée l’inégalité entre l’employeur et l’employé. L’appauvrissement du second conditionne l’enrichissement du premier. Et puis, il ne faut pas oublier les salariés qui ont été licenciés dans le pays d’origine afin que l’usine puisse être délocalisée. Ils se retrouvent au chômage pendant que leur ancien patron s’enrichit. Ce dernier rejoignant doucement les 1% et eux glissant sûrement vers les 99%.

Deuxième exemple, les politiques agricoles notamment mises en place aux États-Unis et en Europe, comme la politique agricole commune en vigueur en Europe. Cette dernière subventionne la production agricole mais pas seulement. Elle subventionne aussi les exportations. Une politique qui ne manque pas de créer des désastres économiques et humains. En effet, prenons un agriculteur espagnol qui reçoit des subventions pour exporter ses poulets au Sénégal. Étant donné qu’il a reçu des subventions de la part de l’Union Européenne, il peut se permettre de baisser le prix de son poulet pour ainsi être plus compétitif sur le marché local. Cependant, l’agriculteur sénégalais, lui, n’a pas reçu de subventions, il ne peut donc pas se permettre de baisser le prix de son produit. Mais, pour les consommateurs à faible revenu, il est plus économique d’acheter le poulet européen, moins cher. Conséquence : l’agriculteur africain ne vend plus, il fuit vers la ville pour trouver un emploi et, comme dans la majorité des cas il n’en trouve pas, il décide de prendre le chemin de l’émigration pour venir parfois mourir en méditerranée. C’est encore un exemple qui démontre comment le Nord tente de maintenir certains pays du Sud dans la soumission et la domination. Des politiques injustes et inéquitables qui provoquent de graves conséquences et qui participent au creusement des inégalités entre le Nord et le Sud.

Malheur aux pays du Sud qui osent se développer en toute indépendance…

Dans son célèbre ouvrage, L’ Impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine montre comment le capitalisme, avide de nouveaux territoires, de nouveaux espaces, de nouvelles ressources pour se développer et écouler ses marchandises tente à travers l’exportation de capitaux de conquérir de nouvelles terres et de nouveaux marchés. L’histoire du capitalisme est intimement liée au colonialisme et à l’impérialisme. En effet, ce sont les ressources naturelles d’Amérique, d’Afrique et d’Asie qui ont permis au capitalisme de voir le jour, ce que Marx a appelé l’ « accumulation originaire ». Les siècles ont passé, les colonies ont acquis leur indépendance mais l’impérialisme, lui, est loin d’avoir disparu. Et les disparités, les inégalités de richesses entre le Nord et le Sud sont la conséquence de ces siècles d’exploitation et de pillage.

Les inégalités restent toujours importantes à cause de cet héritage du passé mais également parce que certains pays sont aujourd’hui devenus des néo-colonies. Certes, ils ne sont plus occupés militairement mais l’économie, elle, profite à la bourgeoisie du pays en question et à la bourgeoisie des pays du Nord. Ces inégalités sont la conséquence du pillage des ressources naturelles et des accords de libre-échange extrêmement défavorables aux pays du Sud tels que l’ALENA entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Cette quête des ressources naturelles et énergétiques sont essentielles pour assurer la survie des grandes puissances. C’est pourquoi les gouvernements capitalistes occidentaux sont prêts à tout pour empêcher un pays du Sud de se développer de manière indépendante et autonome. Les puissances occidentales ont tellement été habituées à piller les ressources des pays du Tiers Monde en toute quiétude que lorsque des présidents progressistes, voire révolutionnaires, arrivent au pouvoir pour améliorer la vie de leur peuple, ils sont prêts à tout pour les renverser. L’indépendance économique est perçue comme un crime par les 1%. C’est pourquoi on a tenté de faire tomber Hugo Chavez, Fidel Castro, Evo Morales, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Gamal Abdel Nasser avec plus ou moins de succès. L’enjeu est clair : soit les pays du Sud se développent de manière souveraine et indépendante et ainsi les inégalités Nord-Sud diminueront, soit les puissances impérialistes continuent à mettre la main sur les ressources naturelles des pays en développement et, là, le fossé risque de grandir à une vitesse phénoménale.

Circulez y’a rien à voir

Il serait intéressant d’analyser le traitement ou plutôt le non traitement médiatique suite au rapport sur les inégalités. En effet, ce rapport a été traité de manière très timide, voire silencieuse, de la part des médias dominants. Quelques annonces et articles dans les JT, à la radio et dans les journaux, et puis plus rien. Pourtant, le sujet est particulièrement grave et mérite qu’on s’y arrête bien plus longuement. Mais rien à faire, l’élite journalistique, corollaire et complice de l’élite économique et financière n’a pas l’air très intéressée par ce sujet, pourtant d’une importance capitale pour l’avenir de l’humanité. On avait connu plus grande indignation de la part des médias… Un constat alarmant sur les inégalités évoqué vite fait bien fait et puis on en parle plus. Pas de véritable débat au sens démocratique du terme, c’est à dire des débats où s’affrontent des pensées, des idéologies et des projets (vraiment) contradictoires. Car en effet, nos médias nous ont plutôt habitués à des simulacres de « débats » où chaque intervenant prend la parole pour dire à la virgule près ce que son « opposant » a affirmé quelques minutes plus tôt. Pas d’édition spéciale non plus. Aucune recherche approfondie pour trouver les véritables raisons de ce fossé qui se creuse entre les hyper-riches et le reste de la société.

Au fond, le message des médias est plutôt clair : pourquoi s’attarder sur des sujets auxquels on ne plus pas changer grand-chose ? En effet, les libéraux considèrent presque l’économie comme une science exacte et les problèmes comme les « inégalités » sont quasiment perçus comme des sujets d’ordre « naturel » contre lesquels on ne peut rien. Par conséquent, il est inutile de polémiquer sur ces derniers puisque le cours des choses ne changera pas. Voilà en substance la vision des médias, ces dignes porte-paroles de la classe dominante. Et puis, on peut trouver la raison de ce silence coupable des médias en cherchant à qui appartiennent ces fameux organes de propagande. Et là, on y trouve peut-être une explication.

La plupart des organes de presse appartiennent à de puissants industriels, banquiers et hommes d’affaires. Et, comme par hasard, certains de ces patrons de presse comme M. Dassault, M. Pinault, M.Lagardère ou M.Arnault sont multi milliardaires. Pas étonnant alors que les médias, aux ordres de leurs patrons évoquent subrepticement ces chiffres sur les inégalités. Il ne faut surtout pas donner une mauvaise image des milliardaires. Ne surtout pas montrer comment ces nantis se sont enrichis, en exploitant des travailleurs, en les licenciant pour augmenter leurs profits et parfois en influant sur des gouvernements pour lancer la guerre à un pays et ainsi lui piller ses ressources naturelles.

Et puis enfin, ne surtout pas montrer que ces inégalités ne sont pas les fruits du hasard mais que ces dernières sont structurelles et inhérentes au système capitaliste. Dire cela pousserait sans doute plus de citoyens à se poser des questions sur le sujet et ainsi les pousserait éventuellement à la révolte. « Il y a toujours eu des riches, toujours eu des pauvres, la guerre a toujours existé, la faim a toujours existé, c’est comme ça, c’est la vie on n’y peut rien ». Pour résumer, « subissez et fermez-là ». Voilà le constat et les orientations que proposent les « nouveaux chiens de garde ».

Faire face à la résignation

Alors bien sûr, cette situation est loin d’être une fatalité. L’ONG Oxfam qui a réalisé l’enquête a avancé plusieurs pistes afin de lutter contre ces inégalités. Parmi elles, le retour de l’État Providence, un revenu garanti pour les plus pauvres, une lutte acharnée contre l’évasion fiscale, la gratuité des services publics ou encore une plus grande taxation des revenus du capital. Des mesures qui vont bien évidemment dans le bon sens, qui pourraient donner un bol d’air frais à l’économie et qui permettraient également de réduire les inégalités. Néanmoins, ces solutions ne sont pas du goût de tout le monde. En effet, pour Nicolas Doze, chef du service économie de la très libérale chaîne française d’information BFMTV, les solutions proposés par l’ONG sont « dogmatiques ». Encore une manière de pousser les gens à la résignation en leur faisant comprendre que des solutions progressistes ou radicales sont bonnes pour la poubelle.

Mais au fait qui fait preuve de dogmatisme ? Les propositions formulées par l’ONG sont-elles vraiment « dogmatiques » ou bien tout simplement réalistes et adaptées à la gravité de la situation ? Taxer plus fortement le capital, c’est être dogmatique maintenant ? Assurer des services publics pour tous, c’est être irresponsable ? Allons, les vraies dogmatiques dans l’histoire ce sont ces fanatiques de la religion libérale qui ne connaissent aucun autre discours que celui qui prône le désengagement de l’État, la suppression des 35 heures et l’autorisation du travail dominical. Et même les échecs patents de leurs politiques ne les font pas changer d’avis. Ils promettent plein emploi et croissance. Résultat, les pays sont en récession et le chômage ne cesse de bondir jour après jour. Mais, pas grave, ils persistent et signent. Si ça, ce n’est pas être dogmatique, il faut alors m’expliquer ce qu’est le dogmatisme. Une chose est sûre dans cette histoire, c’est que les citoyens n’ont strictement rien à attendre des partis dominants, et plus généralement de l’État, en tout cas de cet État. Les responsables politiques ne sont pas la solution, ils sont le problème. Cet Etat, quant à lui, n’est là que pour servir les intérêts de la classe dominante. La classe politique n’étant que la garante institutionnelle et politique de la classe possédante. 

Les solutions avancées par l’ONG vont dans le bon sens mais ne doit-on pas être plus radical ? Là est toute la question. La sortie du modèle néolibéral est une urgence absolue, partagée par des millions de citoyens européens. Mais après ? Laisse-t-on au capital le rôle de diriger l’économie ? Doit-on continuer à subir la dictature d’une petite élite parasite qui ne représente personne sinon elle-même ? 

Après la crise de 2008, Nicolas Sarkozy avait plaidé pour une « moralisation du capitalisme ». Mais peut-on moraliser l’immoral ? Le capitalisme est par essence un système extrêmement violent. Les crises, les bouleversements, les catastrophes qu’il provoque font de lui le principal danger pour la survie même de l’espèce humaine. Réguler le capitalisme est une idée partagée par de nombreuses personnes, mais cela reste une idée largement inoffensive. Ne doit-on pas au contraire confier au travail, c’est à dire aux salariés, aux créateurs de richesses, la gestion même de l’économie ? Et puis n’oublions pas la question centrale de la démocratie. Celle-ci est complètement noyée dans le capitalisme. Elle n’existe pas. La preuve, si elle existait, les richesses seraient déjà beaucoup mieux partagées. 

Alors voilà, le monde est aujourd’hui à un carrefour essentiel de son histoire. Les bouleversements politiques, économiques, géopolitiques qui jalonnent le monde sont en train de façonner la planète de demain. De grandes puissances sont en déclin, d’autres montent en puissance. De nouveaux acteurs, de nouveaux pays viennent frapper à la porte du concert des nations du monde. Nous avons la chance de vivre la fin d’un monde, la fin d’une époque, la fin d’une hégémonie (occidentale). Reste maintenant à savoir quels chemins nous choisirons pour créer un nouveau modèle de civilisation. Continuerons-nous à suivre ce même système, dans cette même société impitoyable, inhumaine, ou bien dirigerons-nous vers des sociétés plus égalitaires et définitivement libérées du joug de l’argent ? 

Les inégalités peuvent être des facteurs de fragilisation de la cohésion sociale. Elles peuvent également être l’élément déclencheur d’une lutte entre les différentes composantes de la société, lassées d’un système injuste et qui ne les représente pas. 

Le combat sera long mais il vaut la peine d’être vécu !

Obsolescence du système économique: L’illusion fait-elle toujours illusion ?…

Posted in actualité, altermondialisme, économie, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , on 22 mai 2013 by Résistance 71

Un MEDEF sur la banquise

 

Georges Stanechy

 

21 Mai 2013

 

url de l’article original:

http://stanechy.over-blog.com/un-medef-sur-la-banquise…-2

 

« Aujourd’hui, au sommet de leur achèvement, le capitalisme et le libéralisme engendrent les inégalités, la violence, la pauvreté, l’aliénation des travailleurs et la destruction d’un monde viable pour les générations futures ; bref, l’exact opposé du progrès humain. »

Jacques Généreux (1)

 

Contes, légendes, et croyances…

Quoi de plus rafraichissant, apaisant, en ces temps de crises aux multiples facettes ! Face à l’inéluctable, croire au merveilleux. Se nichant souvent dans des endroits inattendus.

Un des plus distrayants, actuellement, pétille à grosses bulles dans l’élection du président du MEDEF. L’effervescent syndicat des “grands patrons”.

En fait, dans la désignation du porte-parole officiel du grand patronat.

Car, détenant tous les médias de l’audiovisuel et de la presse, la bonne parole de cette caste de grands prêtres est entretenue en permanence. Au point d’être devenue la Bible, le Coran, ou les Mantras, de nos politiciens de tous bords.

Oui, nous sommes bien face à la nouvelle religion formatant nos sociétés, en France et ailleurs.

Partout où s’impose la croyance au “Dieu Marché”…

Qui, de sa main invisible, magnanime, agit en “Grand Régulateur” de nos collectivités. Répartissant, dans la neutralité de sa justice, ses récompenses pour les bons, les méritants, les ineffables entreprenants ou entrepreneurs, ce qui revient au même.

Et, inévitablement, ses sanctions pour les moins méritants, inaptes à comprendre l’impérieuse nécessité pour tous de se plier à la loi des plus forts et des plus intelligents. De se comporter en dignes serviteurs zélés à l’égard des détenteurs du “génie d’entreprendre”.

En commençant par se serrer la ceinture sur commande, et vider quotidiennement ses poches (le denier du nouveau culte se dénommant TVA) au seul profit de ce vorace clergé escorté de ses bedeaux. Sans oublier, autres bénéficiaires obligés, leurs ascendants, collatéraux et descendants.

Ma fibre républicaine et laïque s’étonne toutefois du profond silence, intergalactique par sa subite dimension en expansion permanente, des énergiques défenseurs de la “laïcité républicaine”…

La République, m’a-t-on ânonné depuis le biberon, accueille avec bienveillance toutes les croyances et légendes, mais s’insurge implacablement, rigoureusement, dès lors qu’une tentative d’imposer un credo, quel qu’il soit, à l’ensemble des citoyens pointe le nez. Pire, prétendant l’imposer par des lois.

Mais, où sont-ils ces chevaliers courageux défenseurs de “la laïcité”, inquisiteurs implacables de la pureté républicaine ?… Si agités et vibrionnant d’habitude, bondissants d’un média à l’autre, dès qu’il y a un voile ou un foulard en vue.

Soudainement, muets comme des fers à repasser.

Certains assurent qu’ils seraient “vendus”. Ce sont des médisants. Moi, je ne le crois pas. Je les imagine, au contraire, plongés en méditation transcendantale pour préparer une riposte à cette mainmise sur nos institutions, à ce pillage de notre collectivité. A ce despotisme spoliateur.

C’est vrai, à entendre les prêches de cette caste d’êtres exceptionnels, la planète, depuis des millénaires, leur doit ses progrès. Exigeant des privilèges leur revenant, en conséquence, de droit.

Ces grands patrons, en fait “grands actionnaires”, devrait-on dire, qu’imposent-ils à la collectivité qu’ils régentent ?…

Des dogmes.

L’avantage, le confort, de cette religion, je le reconnais, c’est le simplisme de sa métaphysique :

« Tout pour Moi – Rien pour les Autres ».

Pas d’impôt, évidemment, comme toutes les castes d’élus de droit divin l’ont exigé dans l’Histoire de l’Humanité. Ou si peu, qu’il en devient symbolique.

Productivité” oblige, affirment-ils !… Pas d’impôts ! Pas de “charges” !

Oui !… “Améliorer la Compétitivité” passe par le licenciement et la fermeture d’usines dans nos pays, pour employer de la main-d’œuvre de contrées lointaines dans conditions d’exploitation et d’esclavage innommables. Le Bengladesh, en ce mois de mai, vient de nous le rappeler : une “usine” de confection de 9 étages, sous-traitante des grandes marques internationales s’est écroulée, tuant plus de 1.155 personnes

Par de multiples privilèges fiscaux, sur leurs revenus, sur la transmission de leurs patrimoines, sur leurs châteaux (souvent entretenus aux frais de l’Etat en tant que “patrimoine historique”), tableaux ou œuvres d’art, et autre “signes extérieurs”, discrets ou pas, de richesse. Surtout, ne jamais toucher aux revenus de la spéculation.

Encore moins, aux paradis fiscaux (Ciel ! Mon Yacht et ma Caisse Noire “logés” aux Bahamas !…)! Comment ne pas les comprendre ?… Eux, envoyés directement du Paradis sur Terre, pour apprendre le bonheur à leurs ouailles, trop stupides pour ne pas bêler de reconnaissance du matin au soir.

Ah !… L’ingratitude…

Ne jamais remettre en cause les oligopoles qu’ils ont édifiés, en complicité avec les politiciens dont ils assurent la carrière : une poignée de clans se répartissant un marché national (grande distribution, marchands de canons, télécoms, audiovisuels, banques, assurances, distributeurs d’électricité, d’eau, et autres services publics…).

La “libre concurrence” ne s’appliquant qu’aux artisans, commerçants, ou petites entreprises. Jamais à Eux, “Les Elus” !

Maintenir la vieille et inusable recette du “génie d’entreprendre” : « Privatiser les profits – Etatiser les pertes ».

Récemment la France, suivant en cela les autres oligarchies adoratrices du “Dieu Marché”, aux caisses prétendues vides, s’est illustrée dans une magnifique démonstration de son obéissance à la théologie imposée. Déversant 500 milliards d’euros pour renflouer des banques en faillite après avoir joué à l’économie-casino.

Refuser “l’intervention de l’Etat”, mais l’obliger à lui accorder aides et subventions permanentes. Comme financer la recherche et le développement, par des fonds gratuits, déguisés en « crédits d’impôts », ou l’apport scientifique non rémunéré, mais fondamental, des universités…

Nous sommes nombreux, néanmoins, à nous demander depuis longtemps ce que ce “génie d’entreprendre” serait en mesure d’accomplir s’il vivait seul, sur la banquise… (2)

Il réclamerait, immanquablement, à la collectivité des ingénieurs, cadres, techniciens et ouvriers qualifiés, pour mettre en œuvre son “idée géniale”, son “dynamisme entrepreneurial”, de la conception au processus d’élaboration, sinon…

Il réclamerait, fatalement, le support de l’épargne de la collectivité, publique et privé pour financer la réalisation de sa “géniale idée “…

Il réclamerait, assurément, à la collectivité des locaux, des infrastructures, pour acheminer son matériel, de production, de fabrication, de stockage, d’expédition et de transport. Jusqu’à des terrains viabilisés, tels ces terres agricoles transformées en zones industrielles et commerciales, sur les fonds publics, et cédées à deux sous pour arrondir les patrimoines immobiliers.

Il réclamerait, certainement, à la collectivité, un “bassin de consommateurs” sur son territoire ou ailleurs, pour acheter, vendre, louer, etc. Sans clients, surtout captifs sous forme de services publics privatisés, le génie s’essoufflerait vite …

Finalement sur la banquise… Sans la collectivité, sans un Etat, que vaut le “génie d’entreprendre” ?…

Et, si ce n’était que de l’esbroufe imposée par une secte spécialisée dans l’arnaque à la crédulité ?…

Crédulité dans des dogmes, maintenue par lavage, ou lavement forcé, de cerveau.

.

(1) Jacques Généreux, L’Autre Société – A la recherche du progrès humain, tome 2, Seuil, collection Essais, 2009, p. 390.

(2) Cf. Jacques Généreux, Op. Cit., P. 342.

 

Crise du capitalisme néolibéral: descente aux enfers programmée pour une gouvernance mondiale

Posted in actualité, crise mondiale, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , , , , on 29 décembre 2010 by Résistance 71

2011. Crise du capitalisme hégémonique.

Appauvrissement, faim et plus grande vulnérabilité des zones de vie

Par Jules Dufour

url de l’article original:

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=22539

2010. Une année qui a vu l’économie mondiale réelle gravement affectée par la crise financière. Les économies des pays riches ont été fortement fragilisées par des déficits budgétaires élevés et une lourde dette nationale, ce qui a placé plusieurs d’entre eux dans une situation les obligeant à sabrer dans les dépenses publiques mettant en péril les programmes sociaux. En février 2010, un an après l’analyse prospective du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP) concernant l’avenir de l’économie mondiale, « on a pu constater qu’un tel processus est bien en cours : États au bord de la cessation de paiement, montée inexorable du chômage, chute de millions de personnes hors des filets de protection sociale, baisses de salaires, suppressions de services publics, désagrégation du système de gouvernance globale (échec du sommet de Copenhague, confrontation croissante Chine/USA, retour du risque de conflit Iran/Israël/USA, guerre monétaire globale, etc…)» (LEAP, 2010). Pourtant, selon le même organisme, nous ne sommes qu’au tout début de cette phase. L’aggravation brutale de la crise systémique globale va ainsi être caractérisée par une accélération et/ou un renforcement des cinq tendances négatives fondamentales suivantes:

. «L’explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d’États;

. La collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité;

. L’inéluctable remontée des taux d’intérêts;

. La multiplication des sujets de tension internationale;

. L’insécurité sociale croissante».

« Dans le GlobalEurope Anticipation Bulletin  N°42, le LEAP a choisi d’analyser le « cas grec », parce qu’il paraît emblématique de ce que nous a  réservé l’année 2010 et parce qu’il « illustre parfaitement l’évolution de l’information sur la crise mondiale dans le sens d’une « communication de guerre » entre blocs et intérêts de plus en plus conflictuels. En clair, c’est un « must » pour parvenir à déchiffrer l’information mondiale des mois et années à venir qui va être un vecteur croissant d’opérations de manipulation» (LEAP, 2010).

I. Un appauvrissement généralisé et l’augmentation de la faim

Cette situation exerce et exercera un impact considérable sur les économies des pays pauvres en les rendant encore plus vulnérables aux fluctuations des prix des matières premières et aux manoeuvres spéculatives dans le marché mondial. Selon les organismes des Nations Unies l’appauvrissement de millions de personnes va s’accentuer et ainsi le cortège des affamés et des sans-abri va s’accroître. Selon la FAO, 925 millions de personnes sont victimes de faim chronique dans le monde en 2010 dont 15 millions dans les pays riches. Selon la Croix-Rouge internationale, plus de 827,6 millions vivent dans des logements insalubres étant contraints de se réfugier dans des bidonvilles (AFP-Genève, 2010). Selon la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) « le nombre de pays très pauvres a doublé en quarante ans passant de 25 en 1971 à 49 en 2010 et il en fut de même pour le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté depuis les années 1980 » (AFP Genève, 2010). Dans son rapport 2010 sur les 49 pays les moins avancés (PMA) du monde la CNUCED « estime que le modèle de développement qui a prévalu jusqu’à présent pour ces pays a échoué  et que son architecture est à revoir» (AFP Genève, 2010).

II. Des catastrophes d’origine naturelle et humaine d’une grande ampleur

À cette situation inquiétante. tant au Nord comme au Sud, s’est ajoutée une série de catastrophes d’origine naturelle et humaine d’une grande ampleur. Selon le réassureur Swiss Re, les catastrophes ont pesé lourd sur l’économie mondiale en 2010, la grevant de 222 milliards de dollars, soit plus du triple qu’en 2009 (AFP Genève, 2010). Ces catastrophes ont été très dévastatrices pour l’environnement naturel et pour les établissements humains: le tremblement de terre en Haiti en janvier a causé la mort de 225 000 personnes et dévasté une portion non négligeable du territoire national; le passage de la tempête Xynthia a balayé l’Europe de l’Ouest en février; le même mois, un violent tremblement de terre d’une magnitude de 8.8 a frappé le Chili; l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon a causé la plus grande marée noire de l’histoire des États-Unis dans le golfe du Mexique en avril;; des inondations d’une ampleur sans précédents ont couvert des territoires immenses au Pakistan et en Chine en juillet (AFP-Genève, 2010).

III. Des dépenses militaires mondiales en hausse constante

Tandis que des cris d’alarme des organisations internationales retentissent sans relâche concernant la pauvreté, la faim et le dénuement de centaines de millions d’habitants de cette planète, les pays riches consacrent des sommes colossales pour l’acquisition d’armements pour la guerre et sa préparation.

On peut affirmer que la crise économique n’a pas  affecté le secteur de la défense  En effet, les dépenses militaires ont continué de s’accroître et les chiffres de 2010 et ceux qui sont prévus pour 2011 montrent des sommes additionnelles très importantes pour les budgets de la défense et de la sécurité. Les données des budgets des États-Unis dans le domaine de la défense montrent des augmentations substantielles. Ainsi, en le budget national de la défense des États-Unis atteignait la somme de 661 milliards de dollars en 2009 et celui qui est prévu pour 2011 devrait se situer autour de 749,5 milliards de dollars.

En 2010, les dépenses pour les activités militaires proprement-dites atteignaient, aux États-Unis, la somme de 719,2 milliards de dollars, l’assistance aux Vétérans 125,9 milliards de dollars, l’aide militaire étrangère 9,9 milliard et l’aide économique étrangère 41,2 milliards (http://www.usgovernmentspending.com/defense_budget_2010_3.html). Les contrats d’approvisionnement de nouveaux équipements de combat ont monté en flèche. Des ententes sur des achats d’avions de chasse ont été conclus avec les principales entreprises de fabrication de matériel de guerre et, notamment, avec la compagnie Lockeed Martin pour la construction de l’avion de chasse furtif F-35.

Selon la base de données du SIPRI, en 2009, les dépenses militaires mondiales ont atteiint les 1531 milliards de dollars dont près de la moitié étaient faites par les États-Unis (Figures 1, 2 et 3). Selon les données d’un rapport du SIPRI repris par I. Gedilaghine, «les dépenses militaires mondiales ont atteint de nouveaux records en 2009 sans connaître l’effet de la crise économique, tirées par les États-Unis où le changement d’administration n’a pu renverser les tendances. Au cours de l’année écoulée, le monde a consacré 1.531 milliards de dollars (1.244 milliards d’euros) au secteur militaire, soit à prix constant une augmentation de 5,9% par rapport à 2008 et de 49% par rapport à 2000, écrit l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI)».

On peut constater que rien n’est négligé pour les préparatifs de la guerre et pour la sécurité et la surveillance des réservoirs de ressources stratégiques et des infrastructures de production. Il en va de la prospérité des plus puissants de cette planète.

IV. La vision du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique/Europe2020 LEAP 2011

Selon le LEAP, nous allons vers la très grande panne du système économique et financier mondial.

Nous reproduisons, ici, in extenso, l’analyse du LEAP pour 2011. Celle-ci révèle qu’au cours des prochains mois nous allons assister à une détérioration progressive de l’économie américaine avec des effets dévastateurs d”abprd pour plus de 60 millions de personnes qui vivent aux États-Unis mêmes puis pour toutes les couches de la société occidentale.

« Comme anticipé par LEAP/E2020 en février dernier dans le GEAB N°42, le second semestre 2010 est bien caractérisé par une aggravation brutale de la crise marquée par la fin de l’illusion de reprise entretenue par les dirigeants occidentaux et les milliers de milliards engloutis par les banques et des plans de « stimulation » économiques sans efficacité durable.

Les prochains mois vont dévoiler une réalité simple mais particulièrement douloureuse : l’économie occidentale, et en particulier celle des Etats-Unis, n’est jamais vraiment sortie de récession». Les sursauts statistiques enregistrés depuis l’été 2009 n’ont été que les conséquences passagères d’une injection massive de liquidités dans un système fondamentalement devenu insolvable à l’image du consommateur américain ».

Au cœur de la crise systémique globale depuis son origine, les Etats-Unis vont donc démontrer dans les prochains mois qu’ils sont à nouveau en train d’entraîner l’économie et la finance mondiales au « cœur des ténèbres » car ils ne parviennent pas à sortir de cette « Très Grande Dépression US.

Ainsi, à l’issue des soubresauts politiques des élections américaines de Novembre prochain, sur fond de taux de croissance redevenus négatifs, le monde va devoir affronter la « Très Grande Panne » du système économique et financier mondial fondé depuis plus de 60 ans sur l’absolue nécessité pour l’économie américaine de ne jamais se trouver durablement en récession.

Or, la première moitié de 2011 va imposer à l’économie américaine une cure d’austérité sans précédent plongeant la planète dans un nouveau chaos financier, monétaire, économique et social.

Les trimestres à venir vont être particulièrement dangereux pour le système économique et financier mondial.

Le patron de la Fed, Ben Bernanke, a d’ailleurs fait passer le message aussi diplomatiquement que possible lors de la récente réunion des banquiers centraux mondiaux à Jackson Hole dans le Wyoming: Bien que la politique de relance de l’économie américaine ait échoué, soit le reste du monde continue à financer à perte les déficits US et espère qu’à un moment donné ce pari sera payant et aura évité un effondrement du système global, soit les Etats-Unis vont monétiser leur dette et transformer en monnaie de singes l’ensemble des Dollars et Bons du Trésor US possédés par le reste de la planète.

Comme toute puissance acculée, les États-Unis sont désormais ainsi obligés de joindre la menace à la pression pour pouvoir obtenir ce qu’ils veulent. Il y a à peine plus d’une année, les dirigeants et responsables financiers du reste du monde s’étaient portés volontaires pour « remettre à flot le navire USA.

Aujourd’hui pourtant les choses ont bien changé car la belle assurance de Washington s’est avérée n’être qu’une pure arrogance fondée sur la prétention d’avoir compris la nature de la crise et l’illusion de posséder les moyens de la maîtriser.

Or, la croissance américaine s’évapore trimestre après trimestre et redeviendra négative dès la fin 2010 ; le chômage n’en finit pas de croître entre la stabilité des chiffres officiels et la sortie en six mois de plus deux millions d’Américains du marché de l’emploi ; le marché de l’immobilier américain continue à être déprimé à des niveaux historiquement bas et va reprendre sa chute dès le quatrième trimestre 2010 ; enfin, comme on peut aisément l’imaginer dans ces conditions, le consommateur US reste et restera durablement aux abonnés absents puisque son insolvabilité perdure voire s’aggrave pour l’Américain sur cinq qui n’a pas de travail.

Derrière ces considérations statistiques se cachent deux réalités qui vont radicalement modifier le paysage politique, économique et social américain et mondial des prochains trimestres au fur et à mesure de leur émergence dans la conscience collective.

La colère populaire va paralyser Washington à partir de Novembre 2010.

Tout d’abord, il y a une réalité populaire très sombre qui est celle de dizaines de millions d’Américains (près de soixante millions dépendent désormais des bons de nourriture) qui n’ont désormais plus d’emploi, plus de maison, plus d’épargne et qui se demandent comment ils vont survivre dans les années à venir.» (Crise systémique globale

Conclusion

La population mondiale atteindra, en 2011, les sept milliards d’habitants. Étant donné que l’essentiel des effectifs (plus de 80 millions de personnes) s’ajoutent chaque année dans les pays en développement il est permis de penser que le taux de vulnérabilité de leurs zones de vie continuera de s’accroître en causant plus de victimes et des dommages plus importants aux établissements humains. Selon Hervé DOMENACH, Démographe, Directeur de recherches à l’Institut de Recherches pour le Développement, «environ 95 % de l’accroissement démographique actuel dans le monde concerne les pays non occidentaux, et la proportion de leurs effectifs dans la population mondiale qui était de 68 % en 1950, atteindrait 87 % en 2050. Si ces estimations devaient se confirmer, on assistera à une formidable redistribution de la population mondiale» (http://www.x-environnement.org/index.php?option=com_content&view=article&id=51%3Asept-2007&catid=36%3Ajaune-rouge&Itemid=41&limitstart=3). Cette réalité devrait entraîner peu à peu un glissement des forces de la gouvernance mondiale vers les pays émergents et les pays dotés de ressources stratégiques majeures.

Le panorama géopolitique mondial sera appelé à changer progressivement et celui qui est prévisible, pour 2011, nous semble celui qui sera marqué par une augmentation des tensions interétatiques, car au fur et à mesure que les économies occidentales continueront de s’enliser dans le fossé abrupt et profond des déficits budgétaires les autres facteurs de déstabilisation agiront sur la gouvernance mondiale. La doctrine de l’intervention armée préventive promue depuis le début du siècle par les États-Unis avec la guerre mondiale contre le terreur pourrait être appliquée par des puissances régionales, mais les prérogatives des grandes puissances continueront de triompher encore longtemps en attisant les points chauds comme la Corée du Nord, le Moyen Orient ou l’environnement créé par la résistance des membres de l’ALBA. Parmi les facteurs déterminants nous aurons les manifestations de la volonté de puissance de la Russie et la stratégie de conquête de la Chine pour les nouvelles sources de matières premières et pour les marchés financiers et économiques en émergence.

Il est indéniable que les guerres d’invasion et d’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan ont atteint les limites de leur vie utile en étant, pour l’impérialisme, de plus en plus difficiles à justifier. En Afghanistan, l’armée nationale refondue et dèsormais mieux équipée pour les combats remplacera les forces de la coalition. Un modus operandi «normal» sera alors mis en place avec le support de l’aide militaire et économique des puissances occidentales. L’Afghanistan se transformera en un point d’ancrage continental pour les États-Unis et l’OTAN à l’instar du rôle joué par Israel au Moyen Orient et par la Colombie en Amérique latine.

On peut entrevoir à l’horizon, cependant, une chute lente et inexorable de l’Occident qui s’inscrira dans un mouvement logique obéissant aux contingences créées par son poids démographique de plus en plus faible dans l’ensemble mondial. Des enjeux de forte intensité seront necessaires pour mobiliser l’économie mondiale derrière le maintien de l’hégémonie des grandes puissances. Le déclenchement d’une guerre nucléaire contre l’Iran et la Corée du Nord? Un autre 11 septembre? Une invasion musclée du Venezuela? Pour les stratèges du Pentagone et de la Maison Blanche aucune option ne sera exclue pour sauvegarder les intérêts de la première puissance mondiale.

Références

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Worldometers – statistiques mondiales en temps réel: http://www.worldometers.info/fr/

Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Il est associé de recherche au CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).