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Résistance au colonialisme: L’Intifada pour les nuls…

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L’intifada pour les nuls pourquoi l’insurrection populaire n’a t’elle pas encore pris ?

Ramzy Baroud

4 Avril 2016

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15979

Que l’histoire se déplace de manière linéaire ou cyclique n’importe peu. Le fait est qu’elle est en mouvement constant.

Ainsi, la situation actuelle en Palestine est particulièrement frustrante pour une génération qui a grandi après les accords de paix d’Oslo ; ils ont été élevés dans un fait historique étrange : leurs terres ne cessent de diminuer tandis que le temps continue de s’égrener.

La nature du soulèvement actuel en Cisjordanie et à Jérusalem Est témoigne de cette revendication. Les soulèvements précédents ont été massifs dans leur mobilisation, clairs dans leur message et décisifs dans leur effet. Leurs succès ou échecs ne sont pas ici en question, mais le fait est qu’ils ont été voulus par le peuple et, partout, en quelques jours, ils se sont imposés sur la conscience collective des Palestiniens.

Le soulèvement actuel est différent ; si différent, en fait, que beaucoup hésitent encore à l’appeler « intifada » ; comme si les Intifadas étaient le résultat d’une science exacte, une formule claire entremêlant participation populaire et sang versé.

Là où la situation, aujourd’hui, diffère, c’est qu’il n’y a ni idées claires, ni plate-forme politique, ni revendications ou stratégies à court et à long terme. Voilà au moins la grande différence avec les intifadas de 1987-1993 et, dans une moindre mesure, de 2000 à 2005. Mais il est possible que les résultats de ces précédentes Intifadas aient entrainé ces différences.

La Première Intifada s’est métamorphosée en un processus de paix sans valeur, qui a finalement abouti à la signature des accords d’Oslo en 1993. Un an plus tard, la direction palestinienne de l’OLP s’est transformée sous la forme émasculée de l’Autorité palestinienne (AP). Depuis lors, cette dernière a servi en grande partie l’occupation israélienne.

La Deuxième Intifada a eu moins de succès que la première. Elle s’est rapidement transformée en une rébellion armée, marginalisant ainsi la composante populaire de la révolte qui est nécessaire pour cimenter l’identité collective des Palestiniens, les forçant alors à surmonter leur division et à s’unifier derrière un seul drapeau.

Cette Intifada a été écrasée par une armée israélienne brutale ; des centaines de personnes ont été assassinées et des milliers d’autres ont été tués dans des manifestations et des affrontements avec les soldats israéliens. Ce fut un tournant dans la relation entre le gouvernement israélien et la direction palestinienne à Ramallah, et entre les factions palestiniennes elles-mêmes.

Le chef de l’OLP, Yasser Arafat, fut pris en otage par l’armée israélienne dans son quartier général de Ramallah. Les soldats se moquaient de lui dans son bureau, tout en bloquant ses déplacements pendant des années. Enfin, il a été lentement empoisonné et mourut en 2004.

Israël s’est ensuite lancé dans l’effort laborieux de réorganiser la direction de l’AP, débusquant les non-conformistes – les assassinant ou les emprisonnant- et en laissant en fonction les soi-disant modérés, mais dans des conditions très strictes.

Mahmoud Abbas a été élu président de l’AP en 2005. Ses plus grandes réalisations comprennent la répression des organisations de la société civile, en assurant une totale loyauté envers lui-même et sa branche au sein de la faction du Fatah. Sous Abbas, il n’y a pas de modèle révolutionnaire pour un changement, pas de « projet national » ; en fait, pour commencer, pas même de définition claire de la Nation.

La nation palestinienne est devenue ce qu’Abbas voulait qu’elle soit. Elle se compose, en grande partie, des Palestiniens de Cisjordanie, vivant principalement dans la zone A, fidèles au Fatah et avides de l’aide internationale. Plus la nation Abbas a accepté de jouer le jeu, plus d’argent elle a été autorisée à engranger.

En 2006, cette fragmentation est devenue totale. Beaucoup se souviendront de cette période de discorde lorsque le Hamas a obtenu la majorité des sièges au sein du Conseil Législatif Palestinien (PLC) ; mais le conflit qui a suivi, donnant lieu à l’été violent de 2007, n’avait peu à voir avec la démocratie.

Le paradigme – des « pourparlers de paix » interminable, l’argent des généreux donateurs, la croissance des colonies juives illégales, etc. – convient très bien à Abbas et aux Israéliens. Personne, en particulier le Hamas, ne devait être autorisé à imposer un tel changement de paradigme.

Israël a immédiatement assiégé Gaza, lancé plusieurs guerres successives, et a commis de nombreux crimes de guerre avec peu de critiques émanant de Ramallah. La Bolivie et le Venezuela semblaient être rendus plus furieux par les crimes de guerre d’Israël à Gaza que la clique de Mahmoud Abbas en Cisjordanie.

Jusqu’à octobre de l’année dernière, lorsque le soulèvement actuel a lentement commencé, la situation sur le terrain semblait au point mort. En Cisjordanie, l’occupation continuait de se normaliser conformément à la formule : occupation et colonies illégales en échange d’argent et de silence.

Gaza, de l’autre côté, tient face à la barbarie régulièrement infligée par Israël, tel un rappel à ceux de Cisjordanie pour leur montrer que le prix de la révolte est blocus, faim, destruction et mort.

C’est dans ce contexte de misère, d’humiliation, de peur, d’oppression et de corruption que les Palestiniens se lèvent. Ils sont pour la plupart nés après Oslo et sont devenus politiquement conscients après l’affrontement entre le Fatah et le Hamas. Ils ont grandi dans un monde où ils ont vu s’affronter leur propre leaders au sujet de l’occupation, d’une part, et des affrontements avec d’autres Palestiniens de l’autre.

Ces jeunes, cependant, n’ont jamais perçu l’occupation comme étant normale ; ils ne sont jamais arrivés à la conclusion que la terre sous leurs pieds devait sans cesse rétrécir au profit de villes juives illégales.

Ils ont dû apprendre à se frayer un chemin à travers les points de contrôle, mais n’ont jamais consenti à la supériorité de leur occupant. Ils sont, certes, désunis, mais ils rejettent l’adhésion à un parti ainsi que le fractionnement de la Palestine. Ils ne comprennent pas pourquoi Gaza est désavoué et massacré.

C’est la génération la plus instruite, la plus politiquement avertie et, grâce au bond technologique, la plus connectée et informée du monde qui l’entoure. Les ambitions de ces jeunes sont énormes, mais leurs chances sont si limitées ; leur terre a été réduite à la taille d’une file d’attente devant un point de contrôle militaire israélien, où ils sont parqués sur leur chemin de l’école, du travail ou de chez eux.

Et, tandis que les Israéliens tirent sur ceux qui osent protester, Abbas incarcère ceux tentent de le faire.

C’est une génération qui ne peut tout simplement pas respirer.

L’actuelle Intifada est l’expression de cette dichotomie, d’une génération qui est si désireuse de se libérer, de se définir, de libérer sa terre, mais qui est combattue par une vieille garde tenant sans relâche à ses quelques avantages et aux dollars qu’ils reçoivent chaque mois.

L’histoire doit rester constamment en mouvement, et les six derniers mois ont été la tentative de toute une génération de mettre l’histoire en marche, malgré des centaines d’obstacles et des milliers de points de contrôle.

Cela pourrait être encore l’Intifada la plus difficile ; car jamais auparavant les Palestiniens ne se sont retrouvés sans leaders, et pourtant si prêts à se libérer. Le résultat de cette tension ne définira pas seulement cette génération, comme l’intifada de 1987 a défini la mienne, mais elle définira l’avenir de la Palestine tout entière.

* Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

Impérialisme moderne: Guerre de religion israélo-palestinienne (Gilad Atzmon)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 16 octobre 2015 by Résistance 71

Le conflit israélo-palestinien est maintenant une guerre de religion

 

Gilad Atzmon

 

12 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://www.gilad.co.uk/writings/2015/10/12/op7gcrtkwdxga74jyxrxm85o9kgeou

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a deux jours, j’ai écrit que le conflit israélo-palestinien était devenu une guerre de religion et que notre compréhension de cette bataille doit évoluer pour bien saisir cette nouvelle réalité. Mon observation a semblé être raisonnable pour beaucoup. Dès que j’eus publié mon article, la chaîne de télévision iranienne anglophone Press TV m’a appelé et m’a demandé de commenter sur le sujet dans un de leurs programmes. Beaucoup de Palestiniens m’ont contacté pour me remercier d’avoir dit cela et en fait ce qu’ils pensaient être une description juste de leur situation sur le terrain.

Quoi qu’il en soit, quelques uns de mes amis et supporteurs, incluant quelques Palestiniens de la diaspora, furent réellement offensés et perturbés en lisant mon article sur la situation. Leur argument était que la quête des Palestiniens pour leur terre n’a pas besoin d’une autorité religieuse pour la légitimiser. Un autre argument fut que voir le conflit comme une bataille religieuse n’est “pas bon pour le mouvement de solidarité”.

Bien entendu, je crois également que le droit palestinien à leur terre est enraciné éthiquement et universellement et n’a pas besoin de plus de justification, qu’elle soit religieuse ou séculière. La transformation du conflit en une guerre de religion ne fut pas causée par les Palestiniens cherchant une autorité pour approuver leur cause. Tandis que je ne me préoccuppe pas beaucoup du “mouvement de solidarité” et de ses “intérêts”, je suis profondément concerné par le sujet de la solidarité palestinienne, à savoir des Palestiniens et de leurs projets de vivre sur une terre qui soit la leur.

Un conflit religieux est un conflit dans lequel les actions et la rhétorique du conflit sont dominées par des idéologies religieuses, une argumentation et un symbolisme religieux. Ceci ne veut pas dire que tous les gens ou même la plupart des gens impliqués dans le conflit soient religieux ou religieusement motivés. Il est très possible qu’une majorité d’Israéliens s’opposent aux assauts sans relâche des colons messianiques sur la mosquée Al Aqsa, ce qui a mené aux escalades récentes. Pourtant, ces assauts perpétrés par ces activistes fanatiques religieux juifs ont maintenant moulé le conflit. Ceci ne s’applique pas seulement aux Israéliens. Il semble que la mosquée Al Aqsa soit devenue le symbole de l’unification des Palestiniens. Et cette unification a été un développemet positif pour ceux-ci. Tandis qu’il est apparu pendant un moment qu’Israël avait réussi à briser les Palestiniens et leur capacité de lutte en tant que peuple, l’assaut actuel juif sur Al Aqsa a unifié les Palestiniens et les Arabes et pas seulement les musulmans.

Qu’est-ce qui fait peur aux activistes du mouvement de solidarité dans ce développement ? Pourquoi nos marchants de gauche de la solidarité palestinienne ont ils peur de l’Islam et des religions en général ? Est-il si difficile de voir que le Shaïd qui crie “Allah u akhbar” tout en commettant son acte de martyr est religieusement motivé ? Une activiste très dévouée m’a écrit qu’il était impossible de défendre l’Islam dans l’amérique juive (sioniste) d’aujourd’hui. “Dur, dur” fut ma réponse; ceux qui soutiennent la Palestine doivent reconnaître les Palestiniens pour ce qu’ils sont plutôt que d’assayer de les faire correspondre aux ligne de l’ADL (NdT: Anti-Defamation League, l’équivalent yankee de la LICRA) ou de l’AIPAC (NdT: American Israeli Public Action Committee, le lobby sioniste américain dont le CRIF en France s’inspire grandement…). Mais je pense que le problème est bien plus grand et est bien plus profondément enraciné.

Si j’ai raison et que le conflit s’est maintenant transformé en guerre de religion (et j’ai toujours raison…), alors nous pouvons mettre à la poubelle toute la terminologie futile qui nous a été imposée par les activistes juifs progressistes. Les mots “colonialisme”, “colonialisme d’occupation”, “apartheid”, “un état/deux états”, “sionisme” etc, etc pourraient bien être obsolètes pour comprendre le conflit. Tout ce à quoi cette terminologie fait converger est la fausse image que le conflit est de nature politique et qu’une solution politique est dûe à un moment donné imaginaire du futur. Mais au contraire des disputes politiques, les conflits religieux ne sont jamais résolus par des solutions et moyens politiques, au mieux, ils disparaissent pour un moment.

Si le conflit israélo-palestinien est un conflit religieux, alors l’étude attentive de l’ancien testament, du talmud et des autres textes judaïques doit nous réveler ce qu’est l’état hébreu dans sa forme actuelle et quel est son objectif. L’Armaguédon est clairement une réponse valide. Ceci est la réponse offerte par les colons jiifs qui attaquent Al Aqsa. Un état de guerre totale est leur mission. Pas exactement une vision pacifique et œucuménique du monde, qui a tant besoin de tolérance universelle et de réconciliation. Pour les juifs fanatiques qui attaquent la montagne du temple, la coexistence n’est absolument pas une option. Pour eux, la célébration du choix est la véritable interpétation de l’appel judaïque. Je ne dirais pas que c’est la seule interprétation du judaïsme, mais c’est certainement l’interprétation judaïque qui façonne le conflit en ce moment.

Et si ce conflit israélo-palestinien est devenu de fait une guerre de religion, nous devons alors considérer de changer d’approche. Plutôt que de s’engager dans un activisme poli et cosmétique qui conforte quelques juifs, nous devons appeler ouvertement pour une dissolution pacifique de l’état juif. Cet élément cancéreux a déstabilisé la totalité du Moyen-Orient et est la plus grande menace à la paix mondiale. L’expérience impérialiste britannique (NdT: Israël…) doit prendre fin immédiatement.

Impérialisme et colonialisme moderne: Israël état raciste…

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Pourquoi Israël est un état raciste

 

Mohammed Bentoumi

 

2 Septembre 2015

 

url de l’article

http://www.michelcollon.info/Pourquoi-Israel-est-un-Etat.html?lang=fr

 

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale remonte à 1965. Dans les faits cependant, le racisme est toujours vivant.

Aucun État, aucune institution publique ou privée, aucune force politique ne peut aujourd’hui s’affirmer raciste. Le temps de l’Afrique du Sud fondée sur l’apartheid est loin. La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale remonte à 1965 (son entrée en vigueur date de 1969) et ne peut plus être violée ouvertement. 

L’article 1 de cette Convention précise que « l’expression « discrimination raciale » vise toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique ». Tout est dit car toute manifestation de racisme est frappée d’illégalité par le droit international. Il est politiquement difficile de passer outre. 

Dans les faits cependant, le racisme est toujours vivant. Il se renforce même dans de nombreux pays, y compris en Europe, sous des formes variées et selon des modalités différentes d’un pays à l’autre. Le terrorisme, fruit du caractère asymétrique de certains conflits qui ont pris une dimension religieuse, a favorisé, en France par exemple (qui par ailleurs n’a pas encore « oublié » la guerre d’Algérie) le développement d’une islamophobie qui dissimule un racisme anti-arabe : le rejet d’une religion (totalement méconnue par ailleurs) donne au racisme le plus ordinaire un caractère plus « décent ». La lutte contre l’antisémitisme est de plus en plus la seule politique antiraciste menée par les pouvoirs publics occidentaux car elle bénéficie d’un relatif consensus, jugé indispensable dans les combats électoraux en France par exemple. Même l’extrême droite française (comme le parti italien de Gianfranco Fini), tend à atténuer son antisémitisme traditionnel pour se consacrer à sa politique de rejet de l’immigration maghrébine et africaine1, politiquement plus « rentable ».

Le monde occidental, toutefois, récuse toutes les accusations de racisme : qu’il s’agisse de la police étasunienne vis-à-vis des citoyens noirs, des opérations anti-Roms en Europe, ou de l’hostilité discriminatoire que rencontrent les citoyens français d’origine maghrébine de 2° ou 3° génération, les condamnations en justice sont très rares et les médias restent discrets (ce fut le cas durant la période qui a suivi les attentats à Paris en janvier 2015 pour de très nombreux actes à l’encontre des mosquées et lieux de prière musulmans). 

En Israël, la situation n’a cessé de se dégrader pour la forte minorité arabe de nationalité israélienne comme pour les Palestiniens victimes de l’occupation quasi-coloniale à Jérusalem et en Cisjordanie. 

L’État israélien, mais aussi la société israélienne très fortement « droitisée » se comportent de plus en plus comme une puissance coloniale ordinaire dont la volonté politique est avant tout de « persévérer dans son être », c’est-à-dire de se maintenir, à tout prix, en position hégémonique sur les « arabes », comme cela s’est produit dans le passé pour les Français d’Algérie jusqu’à l’indépendance. Ce refus de tout compromis, en dépit d’un discours à destination des alliés occidentaux, et qui prétend être favorable à un « processus de paix » qui n’a pourtant pas d’existence réelle, engendre chez une majorité d’Israéliens un racisme de plus en plus virulent.

  1. Les sources de la violence raciste israélienne

Les autorités israéliennes, préoccupées par la faiblesse démographique de la population juive en Israël par rapport aux Palestiniens et plus généralement au monde arabe, a favorisé la venue sur le territoire national de juifs, issus de toutes les parties du monde (2). 

Afin de réaliser l’amalgame de populations venues de pays arabes, d’Europe de l’Est, d’Occident ou d’Afrique noire, l’État israélien a utilisé le ciment de la judaïté en évoluant vers un « État juif », c’est-à-dire un État à fondement ethnique et religieux. 

Les conservateurs israéliens n’y ont vu que des avantages, la judaïsation gommant (pour partie) les réalités de classe et l’exploitation de certaines couches de la population, comme celle des juifs venus d’Afrique noire. 

De plus, le poids de la religion a restreint celui des courants progressistes et socialistes importants à l’origine de l’État israélien. Par exemple, le mouvement « La Paix maintenant » a perdu l’essentiel de sa vitalité (3). 

Le Parti Travailliste transformé (par alliance) en « Union sioniste » n’est plus une alternative au Likoud : son mot d’ordre réel est « pas d’arabes ! ».

L’implantation massive en Israël des « juifs orientaux » a renforcé les courants les plus ultras : animés d’un revanchisme décomplexé (en passant du statut de minorité juive en terre d’Islam à celui de majoritaire doté d’un État), ils ont fait du Likoud un parti champion de la colonisation. 

La seule opposition véritable à la politique gouvernementale est celle de la liste commune judeo-arabe, associant les communistes israéliens et les partis réunissant les Palestiniens de 1948 qui a permis l’élection en mars 2025 de 14 députés à la Knesseth (3° force du pays). L’objectif premier est précisément la lutte contre les discriminations, les inégalités et le racisme. Ce début d’unité d’une petite minorité de juifs israéliens et de l’ensemble des partis arabes d’Israël risque cependant d’élever le niveau de racisme et de l’hostilité globale vis-à-vis des Palestiniens israéliens ! 

La hiérarchie sociale accentuée produit toujours du mépris à l’égard de plus démunis. La « richesse » des Israéliens (quelles que soient les fortes inégalités entre juifs) et la « pauvreté » de la minorité palestinienne et de l’environnement arabe sont à la source d’un sentiment de supériorité et de rejet chez les Israéliens, producteur d’un racisme ordinaire. Ce racisme est particulièrement virulent chez les juifs les plus modestes (4) en grave difficultés sociale, car ils sont en « concurrence » vitale pour la terre notamment avec les Palestiniens : c’est le cas, en particulier, dans les « colonies » installées en Cisjordanie.

Le mépris raciste pour les plus défavorisés de l’échelle sociale s’est manifesté dans les colonies traditionnelles de population comme en Europe à l’égard des travailleurs immigrés (y compris de la part des ouvriers « blancs ») et comme aux États-Unis à l’encontre des travailleurs noirs (5). 

Les questions sociales et le coût de la vie, plus élevé que dans les pays occidentaux, constituent dans l’opinion israélienne des priorités, sources de protestations multiples et de manifestations de masse (comme en 2011). 

Mais, comme en Europe, tout est entrepris pour faire du « sécuritaire » une diversion majeure. Les autorités israéliennes insistent donc fortement sur le terrorisme dont seraient responsables les Palestiniens et les Arabes, assimilés à des « barbares » avec lesquels seuls les rapports de force sont concevables. Avigdor Lieberman, Ministre des Affaires Étrangères, n’hésite pas à déclarer vouloir « couper à la hache » la tête des arabes d’Israël qui s’opposent au gouvernement ! 

Le racisme est ainsi devenu une réponse fictive aux problèmes sociaux non résolus : il est l’outil justifiant la priorité accordée aux mesures sécuritaires et à la militarisation de la société. 

Les affrontements directs avec les Palestiniens (les deux Intifadas, notamment) et certains États arabes (Irak en 1981, Liban en 2006, Syrie en 2007, Soudan en 2009) provoquent aussi évidemment, par a-coups successifs, une montée du racisme vis-à-vis des « Arabes » en général. A chaque crise ouverte, la politique de répression brutale et disproportionnées aux quelques attentats et tirs de roquettes subis, s’aggrave. 

Les opérations militaires menées contre Gaza en sont l’illustration la plus flagrante. L’arabe est assimilé à un fanatique religieux dépourvu de tout esprit démocratique. 

La culture dominante est celle de la « citadelle assiégée », mais d’une qualité « supérieure » permettant de s’imposer, à condition d’user sans complexe de la force contre les « arabes d’Eretz-Israël » (comme on le disait jusqu’en 1993, sans prononcer le mot Palestinien) et le monde arabe et musulman dans son ensemble (à l’exception des Égyptiens et des Jordaniens). 

Ce racisme n’est pas le résultat de ces affrontements inévitables aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’État palestinien viable et reconnu par tous. Il est au contraire la légitimation des violences pratiquées contre les Palestiniens : le recours à la force est admis par la grande majorité des Israéliens parce que les arabes sont, par nature, inaptes à comprendre autre chose que la force !

Un ouvrage comme celui de Benny Morris, publié en 2004 (The Birth of the Palestinian Refugee Problem) est révélateur. Son auteur qualifie explicitement les Palestiniens de « barbares » qui « en veulent à la vie » des Israéliens, et qu’il faut « détruire ». « La société palestinienne, déclare-t-il à Haaretz (9.1.2004) est une société malade qui doit être traitée comme le sont les tueurs en série ». Il faut les emmurer », ajoute-t-il car « il y a là une bête sauvage qui doit être mise en cage » ! 

Enfin, dernier facteur du développement du racisme en Israël, l’extrême complaisance dont bénéficie la politique israélienne aux États-Unis et en Europe occidentale (qu’il s’agisse des politiciens ou des grands médias). L’idée qu’il y a une « sorte de négociation permanente » dans le cadre d’un « processus de paix », « arbitrée » par les États-Unis est soigneusement cultivée. Les Accords d’Oslo ont été quasi-unanimement présentés comme la fin du conflit, alors qu’il s’agissait d’organiser un régime intérimaire de cinq ans (jusqu’en 1999), dans le cadre d’une sorte de protectorat israélien sur l’Autorité Palestinienne. 

Le discours d’Israël à destination du monde occidental a besoin d’être favorable aux négociations. « La diplomatie est nécessaire pour rassurer l’Occident et notre propre conscience, mais seule notre force persuadera les Arabes de reconnaître qu’ils ne peuvent nous vaincre » (6). 

Les multiples violations flagrantes de la légalité internationale ne suscitent pratiquement pas de réactions, à l’exception de quelques déclarations sans portée pratique. Les résolutions des Nations Unies n’ont aucune efficacité elles sont bloquées par les États-Unis.

Les rapports présentés au Conseil des Droits de l’Homme s’enlisent dans les procédures. 

Les prises de position du Parlement Européen ne sont pas suivies d’effets. Les États occidentaux restent les alliés sans faille de l’État israélien. Cette alliance est consolidée par la prise en charge de la lutte contre l’antisémitisme, le seul antiracisme qui demeure en Occident devant l’expansion (facilitée) du racisme anti-arabe. 

Un exemple, parmi d’autres, mais peu connu, est celui de la violation du Code de Conduite en matière d’exportation d’armements, adopté par l’Union Européenne le 9.12.1998. Aucun État européen n’est fondé en droit à exporter des armes dans un pays « non respectueux des droits de l’homme » et lorsque cela menace « la paix, la sécurité et la stabilité régionale ». Ce code n’a aucune effectivité vis-à-vis d’Israël.

  1. Les différentes formes de discrimination raciale en Israël

L’État israélien, qui se déclare désormais « juif » malgré ses 20% de ressortissants palestiniens (en forte croissance démographique) et qui étend en permanence ses « implantations » de type colonial au nom de la récupération de « terres sacrées » en Cisjordanie (par une croissance de 38% du nombre de colons entre 2000 et 2007), s’autoproclame unique « démocratie » du Moyen Orient. 

La réalité est radicalement différente. 

Pour la « démocratie » israélienne, les Palestiniens n’ont eu aucune existence légale aussi longtemps qu’ils n’ont pas eu recours à la violence. Mais après plus d’un demi-siècle, ni les Palestiniens des Territoires Occupés ni les Palestiniens de 1948 ne sont traités par Israël comme des citoyens, sans que ceux-ci ne bénéficient d’aucune façon de ce « droit » d’ingérence que l’Occident utilise ailleurs. 

Dans l’ordre international, Israël n’a pas le moindre respect pour le droit international et pour le droit humanitaire:il a même « inventé » avec les États-Unis, la notion de « légitime défense préventive » lui permettant de procéder à des agressions au nom de son droit à l’existence.

Toutefois, à la différence des puissances coloniales du passé et des dictatures ouvertes, l’État d’Israël a pour politique spécifique d’utiliser le droit et non de le rejeter. Fortement occidentalisé, dans la nécessité absolue de conserver des liens avec les États-Unis et l’Europe, il cherche à conserver sa légitimité en se présentant comme un « oasis de justice » au cœur du « désert » proche oriental. Le droit est une composante, avec la religion, de la puissance israélienne. Les deux se nourrissent réciproquement : cette prise en compte favorise un regard stimulant sur Israël de la part des États occidentaux mais aussi du « soi sur soi ».

L’antiterrorisme sert de justification de tous les accrocs au droit, mais la Cour Suprême est censée contrôler l’exigence d’un « équilibre » entre le respect des droits de l’homme » et les considérations de sécurité. Le « transit juridictionnel » est essentiel pour déculpabiliser les Israéliens. La possibilité effective pour les Palestiniens de recours en annulation contre les actes de l’administration israélienne permet de les associer à leur propre asservissement : en pratique, les discriminations ne sont pas atténuées, elles sont légitimées ! Les droits de la défense sont garantis, mais la défense ne gagne jamais, sauf exception. 

Sous des formes juridiques anodines, avec des résultats équivalents à ceux qui seraient en vigueur dans un système d’apartheid, les Palestiniens sont traités en « sous-citoyens ». Par exemple, dans le secteur économique, la technique des « permis », d’apparence purement administrative, dissimule en fait, par le biais d’une pratique arbitraire de leur délivrance, des inégalités flagrantes. Dans le domaine agricole, certaines cultures sont réservées aux seuls exploitants juifs : l’exploitation des fruits, légumes et tabac est un monopole juif. Les activités les plus rentables sont ainsi hors de portée des « arabes » et le sous-développement palestinien est institutionnalisé. Le fait que quelques Palestiniens puissent surmonter les discriminations sectorielles ne change rien à ce phénomène inégalitaire de la société israélienne, mais rend crédible un avenir (illusoire) de société intégrée. 

Les procédures d’expropriation des terres sont aussi significatives : l’expropriation est prononcée au nom des exigences de sécurité, mais les terres sont ensuite transférées aux juifs ! 

En matière de prêt bancaire, les entreprises palestiniennes se voient refuser les délais de paiement et les crédits nécessaires, selon une appréciation d’opportunité commune aux banques du monde entier : néanmoins, on constate que sont discriminées les entreprises palestiniennes concurrentes des entreprises juives ! 

On pourrait faire les mêmes observations dans le domaine des baux de location : le refus d’un propriétaire juif à un arabe est la règle ! 

Plus généralement, le droit est égal pour tous ceux qui par l’exercice du service militaire fournissent une contribution à la sécurité de l’État… Toutefois, les Palestiniens (à la différence des Druzes) ne sont pas autorisés à servir dans l’armée, d’où une série de prestations sociales auxquelles ils n’ont pas droit. Dans les faits, les Palestiniens sont pour Israël « de dangereux étrangers » et sont traités comme tels. 

Le résultat est un cantonnement des Palestiniens israéliens dans certains villages et quartiers constituant une sous-communauté ghettoïsée. Plus des deux-tiers des Palestiniens israéliens sont des ouvriers ; plus de la moitié vit au dessus du seuil de pauvreté ; la mortalité infantile est le double de celle des juifs israéliens. 

La « démocratie » israélienne est réservée aux juifs et à quelques collaborateurs arabes et le racisme ambiant justifie toutes les discriminations « légales ». 

Dans l’ordre international, l’État procède comme le font aussi les États-Unis à une sorte « d’israélisation » du droit international qu’il aligne sur ses propres pratiques.

Chaque norme est revue et corrigée afin que coïncident politique israélienne et « légalité ». Cette « novation » du droit international prétend fonder les raids aériens, les actes de représailles, les opérations armées menées dans les espaces aériens, maritimes, et territoriaux des autres États, les actions armées contre des organismes des Nations Unies (notamment l’UNRWA)…. 

Israël procède à une véritable perversion des concepts juridiques s’attribuant même une fonction policière dans toute la région, et même en Afrique noire (lorsqu’il s’agit de soutenir ses alliés). Ces ingérences sont néanmoins présentées comme facteur de maintien de la paix et de la sécurité ! 

On conçoit donc que pour l’opinion israélienne, le fait d’avoir de « l’arabe » une vision « d’inférieur » et de « barbare » décivilisé est une nécessité politique. 

Ce racisme ambiant qui ne cesse de se renforcer, comme c’était le cas en Algérie au fur et à mesure de l’évolution de la guerre de libération nationale, garantit la cohésion de la société autour de « l’État juif » et plus en plus sécuritaire (7). Il est devenu un outil de défense nationale. Il ne pourra régresser qu’avec une solution « déconfessionalisée » du conflit israélo-palestinien qui se prolonge et qui demeure sans solution à court terme. En effet la dimension religieuse, prétendument judeo-islamiste, que les instances conservatrices israéliennes ont donné à ce conflit le rend parfaitement insoluble. 

Comme l’écrit Akram Mussalam (8), qui vit à Ramallah, « ceux qui fabriquent les barbelés qui m’encerclent de toutes parts continuent à ronger et à dévaster le lieu et le rêve »…. Mais le cauchemar ne peut durer toujours. 

Mohammed Bentoumi est Maître de Conférences à la Faculté de Droit d’Alger.

 

Notes : 

1. Le Front National, en France, s’est rapproché des Israéliens (Louis Aliot, vice-président, a établi des contacts en Israël même) ; il a exclu des membres de « L’Oeuvre Française » jugés trop antisémites, etc. La « mode », en France, va jusqu’à oser accuser « l’extrême-gauche » (englobant Front de Gauche, communistes, etc.) de développer « un nouvel antisémitisme » sous prétexte des campagnes menées par ces forces contre la politique israélienne. Un sondage du 8.11.2013 sur les responsables de l’antisémitisme n’indique que 27% pour l’extrême droite (contre 67% à l’extrême gauche !). 

2. Le Premier Ministre Netanyaou poursuit aujourd’hui encore dans un pays comme la France une campagne qui rencontre un certain succès en faveur de « l’alya », c’est-à-dire de l’installation en Israël de juifs français. 

3. Ari Shavit, par exemple, l’un des fondateurs du mouvement, a radicalement changé ses positions en faveur du militarisme et du sionisme. Voir son interview dans Haaretz du 11 août 2006. 

4. On se souvient du racisme exacerbé des « petits blancs » français en Algérie malgré leur statut très défavorisé au regard des grands colons. 

5. Cf. Ilan Pappe. « Une société intoxiquée par la haine ? » In M. Collon et autres. Israël, Parlons-en ! Investig’Action. Bruxelles. 2011. Voir aussi M. Warshawski. A tombeau ouvert : la crise de la société israélienne. La Fabrique. Paris. 2003. 

6. Cf. Benny Morris, cité dans P. Bouveret et autres. Qui arme Israël et le Hamas ? Éditions Amnesty International et autres. 2009, p. 104. 

7. Les jeunes israéliens, cependant, ne se sentent pas tous intégrés à leur pays, notamment en raison des lourdes obligations militaires. 40% d’entre eux souhaitent le quitter et certains animés d’un esprit pacifiste le font pour des raisons politiques. Voir L’Humanité. 16 mars 2015. 

8. Akram Mussalam. La cigogne. Sindbad – Actes Sud. 2015.

Colonialisme en Palestine: « Rompre le silence » sur le nettoyage ethnique sioniste en Palestine…

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Gaza le terrain de jeu de l’armée israélienne

 

Tarik Bouapia

 

8 Mai 2015

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/Gaza-le-terrain-de-jeu-de-l-armee.html?lang=fr

 

L’ONG Breaking the silence (rompre le silence) vient de publier des témoignages accablants de militaires israéliens ayant participé à l’opération « Bordure Protectrice » de l’été dernier. Certains soldats, sous couvert d’anonymat, affirment qu’aucune distinction n’était faite entre les civils et les soldats. Une surprise ? Sans doute pas pour ceux qui ont toujours considéré Israël comme un État lâche et criminel.

Civils, combattants, pas de distinction

Ceux qui croyaient (encore) que l’armée israélienne était celle que décrivent les médias dominants risquent d’avoir une toute autre image de Tsahal. Breaking the silence, une ONG composé d’anciens combattants de l’armée israélienne, vient en effet de publier le lundi 4 mai 2015 une série de témoignage d’anciens militaires ayant participé au massacre de l’été dernier à Gaza. (1)
Autant dire tout de suite que ces témoignages viennent ajouter encore plus de barbarie à l’histoire déjà peu glorieuse de l’État d’Israël qui, depuis 1948, a commis des atrocités sans nom contre le peuple palestinien.
Rappelons tout d’abord que l’offensive israélienne menée du 8 juillet au 26 août 2014 a fait plus de 2100 victimes côté palestinien dont l’écrasante majorité étaient des civils. Une offensive qui, comme les précédentes, avait été soigneusement préparée par des média-mensonges.
Cette fois-ci, les TF1, France 2 et autre RTBF avait expliqué que Tsahal avait répondu à l’assassinat de trois jeunes israéliens le 12 juin. Si on suivait la logique imposée par les médias, Israël aurait donc simplement réagi au meurtre de trois de ses ressortissants.

Pourtant, lorsqu’on y regardait de plus près, l’explication donnée était un peu moins simpliste qu’elle n’en avait l’air. Avant cet événement en effet, il y avait eu la grève de la faim des prisonniers palestiniens d’avril à juin 2014 et la mort de deux jeunes Palestiniens tués par l’armée israélienne devant les télévisions le 15 mai 2014. La situation n’était donc pas apaisée. 

Mais comme toujours, afin de « protéger la sécurité » de son territoire, un territoire volé, l’armée israélienne avait lancé une attaque meurtrière dont d’anciens protagonistes viennent ici décrire la cruauté la plus abjecte qu’il soit. 

“Il y a une technique qui consistait à envoyer des milliers d’obus sur des zones densément peuplées, pour préparer l’entrée des soldats dans ces quartiers. Une fois distribués des avertissements prévenant les civils qu’ils devaient fuir, il n’y avait plus de raison de faire la distinction entre civils et militants” explique Avihai Stollar, membre de Breaking de silence.

Puis c’est au tour des soldats de livrer leur témoignage. 

L’un d’entre eux qui se trouvait à un endroit surplombant une route importante menant à la bande de Gaza raconte comment lui et ses camarades s’occupaient la journée : 
« Nous avons commencé un petit concours entre tireurs. Pour voir qui était un vrai homme, il fallait toucher une voiture qui roulait. J’ai vu un taxi et j’ai tiré un obus mais je l’ai manqué. On a encore visé et manqué des voitures. Jusqu’à que je vois un cycliste qui pédalait. Et j’ai dit « je le vise » mais je l’ai manqué. Il s’est mis à pédaler comme un fou parce qu’on lui tirait dessus ».
Puis le journaliste lui pose la question suivante « Vous est-il venu à l’esprit dans le tank que vous tiriez sur des civils à l’intérieur des véhicules ? ». Le soldat lui répond « Cela m’a dérangé un peu mais, après trois semaines dans la bande de Gaza, on en vient à tirer sur tout ce qui bouge, la distinction entre le bien et le mal devient floue, vous perdez votre morale, votre bon sens » Avant de conclure « Tout devient un super jeu vidéo réaliste ». 

Alors comme ça, il fallait savoir tirer sur une voiture pour démontrer qu’on était un « vrai homme ». Nouvelle définition du courage et de la virilité masculine version Tsahal.

Ainsi, la bande de Gaza est devenue un terrain de jeu. Les Gazaouis ne sont pas considérés comme des humains mais comme des cibles qu’il faudrait abattre.
En fait, Gaza est à la fois un terrain de jeu et un terrain de chasse pour les soldats israéliens. Les habitants de cette prison à ciel ouvert sont totalement déshumanisés et considérés comme de vulgaires membre d’une sous-espèce dont la vie ne compte pas ou si peu.

Un autre témoignage affirme que « Les soldats ont reçu pour instruction de leurs commandants de tirer sur chaque personne identifiée dans une zone de combat, dès lors que l’hypothèse de travail était que toute personne sur le terrain était un ennemi ». Un sergent d’infanterie raconte « On nous a dit, il n’est pas censé y avoir de civils, si vous repérez quelqu’un, tirez ! ». 

Un autre cas révèle que deux femmes qui au petit matin parlaient au téléphone à 800 mètres des forces israéliennes ont été prises pour des « guetteuses ». On ne savait pas trop. Résultat ? Elles ont été abattues sur le champ car considérées comme « terroristes ». Ce mot « terroriste » a décidément bon dos et sert constamment à justifier le pire. 

Pour un autre soldat, un civil qui « voit un char et ne s’enfuit pas n’est pas innocent et peut être tué ». Ce dernier considère Breaking the Silence comme une organisation anti-sioniste et quand cette dernière lui demande s’il y a eu crime de guerre, ce dernier répond cyniquement « Crime de guerre ? C’est un grand mot. Mais j’ai le sentiment d’avoir fait des trucs amoraux, sur le plan international. J’ai visé des cibles civiles, parfois juste pour le plaisir ».

Médias, politique, pseudo-intellectuels, où êtes-vous ?

Et la liste des témoignages de cette nature est malheureusement encore très longue. Ces témoignages ne surprendront que ceux qui ont cru aux belles histoires racontées tant pas les médias dominants que les prétendus « intellectuels ». Celle d’un État « démocratique », le « seul » au Moyen-Orient qui lutterait sans relâche contre des « terroristes ». Cette histoire, lue, entendue et réentendue vient une nouvelle fois se fracasser sur le mur des réalités, des faits et des témoignages de ceux qui ont été les premiers témoins mais aussi et surtout les premiers acteurs de cette barbarie. 

Car en effet, l’histoire officielle, celle écrite par les dominants et relayée par les organes de propagande tels que les médias ou l’école ne cesse encore aujourd’hui de présenter l’État d’Israël comme un territoire agressé et qui utiliserait la force dans le seul but de se défendre. Ou encore cette fable racontée à chaque agression israélienne et qui prétend décrire le conflit comme une guerre « propre ».
Déjà le mot « guerre » doit être banni du vocabulaire lorsqu’on présente les événements meurtriers à Gaza. Car la guerre est un conflit qui se mène principalement entre deux États avec plus ou moins de ressources militaires, financières, logistiques à peu près équivalentes. Ce qui n’est pas du tout le cas à Gaza. Là-bas, ce n’est pas de guerre qu’il faut parler mais bien de massacres, d’anéantissement d’un peuple, de meurtres de masse, d’une entreprise coloniale… Et puis parler d’une guerre « propre » est un oxymore insupportable.

Mais il fait partie du langage hégémonique utilisé par ceux qui défendent de manière inconditionnelle l’État d’Israël. La « propreté » comme ultime légitimation de la barbarie. 

Aujourd’hui comme hier, le masque tombe et montre comment une armée ultra-puissante anéantit un peuple sans défense auquel ne restent que le courage et la dignité. 

N’est ce pas Heilbrun, président du comité électoral du maire de Tel-Aviv qui avait déclaré : « Nous devons tuer tous les Palestiniens à moins qu’ils ne soient résignés à vivre en tant qu’esclaves ».(2) N’est ce pas Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israel qui avait affirmé : « Nous devons utiliser la terreur, les assassinats, l’intimidation, la confiscation des terres et l’arrêt de tous les programmes sociaux afin de débarrasser la Galilée de sa population arabe ».(3) 

Mais alors, ou sont les supposés « intellectuels » et « philosophes » tel que Bernard Henri Lévy ou Alain Finkielkraut qui hier apportaient un soutien indéfectible à Tsahal et qui aujourd’hui font preuve d’un silence assourdissant sur ces révélations plus qu’embarrassantes ? Que va dire BHL pour qui la responsabilité de la situation à Gaza devait être imputée au « Hamas » ?
Quelle sera la réaction de celui qui avait affirmé que « ceux qui pleurent pour les Palestiniens, je ne les ai jamais vus dans la rue pleurer d’autres morts » (4). En bon petit soldat de Tsahal en France, il ne fera sans doute aucune déclaration. Ou bien alors, il tentera de minimiser les faits et de trouver des excuses aux soldats israéliens en accusant les Palestiniens de ne pas s’être assez désolidarisés du Hamas. Qui sait ? Cet homme-là est prêt à inventer n’importe quoi pour sauver l’honneur d’une armée et d’un État qui n’en a jamais eu. 

Et François Hollande ? Va-t-il réagir face à ces révélations ? Condamnera-t-il les crimes de guerre ? Attendre de celui qui a déclaré son amour à Israël qu’il condamne ne serait-ce que timidement le gouvernement de Benjamin Netanyahu, ce serait comme attendre la venue du Père Noël. Seuls les plus naïfs pourraient croire un seul instant que le dirigeant français, totalement soumis aux États-Unis et à l’État sioniste daigne condamner la brutalité de Tsahal. 

Il ne faudra attendre que moins encore une quelconque condamnation de l’armée israélienne de la part de Manuel Valls. Lui qui avait déclaré son « attachement éternel » à Israël est sans doute l’homme politique le plus fidèle à l’idéologie colonisatrice sioniste. 

Enfin, il est intéressant de souligner le silence quasi-général des médias après les témoignages recueillis par Breaking the silence. Au journal de 20h de France 2, l’ami des puissants, David Pujadas, n’a pas du tout abordé le sujet. Ni le lundi 4 mai, jour de la publication du rapport, ni le lendemain.
Par contre, il a évoqué dans son misérable 20h une information de la plus haute importance pour l’avenir de l’humanité : le nom donné à la future princesse d’Angleterre. Des témoignages de soldats israéliens décrivant la nature sauvage de l’armée est alors passée sous silence et un sujet totalement sans intérêt est lui abordé pendant quelques minutes. La vie de l’enfant de Gaza assassiné par des lâches ne vaut apparemment pas grand-chose, contrairement à la vie d’un bébé né avec une cuillère d’argent dans la bouche… 

Le journal de droite Le Monde, expert en média-mensonges et en manipulations en tous genres a, quant à lui, traité le sujet. Néanmoins, ce qui est particulièrement embêtant, c’est la manière dont il a titré un article qui traitait des révélations faites par les soldats israéliens. Le titre en question est « La dérive morale de l’armée israélienne à Gaza ». (5) 

Ainsi selon le quotidien français, ces actes criminels ne seraient en réalité que le fruit d’une « dérive morale » et ne viendraient pas de causes beaucoup plus diverses et profondes. Car dire que le problème est moral, c’est en réalité dépolitiser, décontextualiser, dé-historiciser la question relative à la colonisation des territoires palestiniens.
Il suffirait donc de corriger ces « dérives » et tout rentrerait dans l’ordre. Tout ça a pour but, consciemment ou inconsciemment, de faire oublier les racines profondes de ce conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle. Les raisons politiques, géopolitiques et stratégiques de cette colonisation.
Faire oublier qui est l’agresseur et qui est l’agressé. Faire oublier qui est la victime constante des bombardements. Faire oublier qui voit ses droits fondamentaux constamment bafoués par un État assassin.

Cet argument de la morale rappelle celui utilisé par l’ancien président Nicolas Sarkozy à la suite de la crise financière de 2008. Il avait déclaré face à l’urgence de la situation qu’il fallait « moraliser le capitalisme ».
La morale, l’éthique comme le salut de l’humanité. C’est par ces valeurs que la communauté humaine trouvera le chemin de la prospérité et de la paix. Voilà le message de l’idéologie dominante.
Chacun devrait donc faire un travail sur lui-même pour que les choses aillent mieux. Une idée qui a pour but de culpabiliser les gens à propos d’une situation à laquelle ils font face oubliant ainsi les structures sociales, économiques et politiques à l’origine même de ces désastres humains. 

Ce n’est pas la morale ou l’éthique qui améliorera le monde de demain mais bien les structures qui régissent les comportements humains. C’est toutes les institutions dominantes qui prônent le néolibéralisme comme le FMI ou la Banque Mondiale qu’il faudra éliminer pour commencer à mettre fin à la misère dans le monde et poser les bases d’un monde plus juste et plus égalitaire. C’est en mettant fin à des institutions comme l’Otan que les guerres impérialistes pourront enfin prendre fin. 

Et c’est avec la lutte et la solidarité du monde entier que la Palestine vivra et vaincra !

Sionisme et colonialisme: La guerre secrète d’Israël et l’empoisonnement de la terre palestinienne…

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Le régime état colonial israélien procède en terre de Palestine de la même manière que les états coloniaux ont procédé et procèdent toujours en Amérique du Nord et du Sud sur les terres natives: exploitation, pillage, empoisonnement et destruction. Le régime sioniste a bien étudié et applique les techniques nord-américaines pour le contrôle et le nettoyage ethnique des populations autochtones. Sortir du colonialisme généralisé, c’est sortir de l’État et de ses institutions mortifères… Comment ? en changeant d’attitude et en développant le contre-pouvoir populaire autogestionnaire, fonctionnant dans une société non-pyramidale, non hiérarchique, égalitaire et non-coercitive. Ceci deviendra une évidence absolue.

— Résistance 71 —

 

Israël transforme les territoires palestiniens en décharges

 

Ilya Gharibah

 

19 Février 2015

 

Url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15222

 

L’occupant israélien utilise différents moyens et procédés, mais toujours dans un même but : piller les terres palestiniennes et tout ce qu’elles recèlent, même l’eau et même l’air, afin de vider ces territoires de leurs habitants autochtones. S’ajoutant à la liste des crimes israéliens, l’occupation semble infliger une « mort lente » comme autre méthode pour éliminer des gens

Les autorités israéliennes ne se contentent pas de tuer, d’arrêter, de déporter les gens, et de confisquer leurs terres. Elles ont un nouvel objectif, celui de détruire l’environnement palestinien, de faire des territoires une décharge pour s’y débarrasser de déchets solides et chimiques et finalement pour envoyer les gaz toxiques vers les territoires palestiniens.

C’est la guerre secrète qu’Israël a entreprise pour évacuer les déchets produits par les usines militaires et chimiques, ainsi que les substances radioactives et cancérigènes sur des terres confisquées encore vierges de colonies de peuplement, ou sur d’autres terres dont les Palestiniens n’ont pas le droit de bénéficier.

Au mépris des droits palestiniens et des conventions internationales

Israël agit ainsi au mépris des droits palestiniens et des conventions internationales, notamment, la Convention de Bâle , qui interdit aux États membres de transférer des déchets dangereux sur les territoires d’un autre État, sous le prétexte que la Palestine n’a pas encore été reconnue comme État.

 

Les usines de l’industrie chimique dans les colonies empoisonnent les terres palestiniennes avec des déchets toxiques et exposent les habitants à des émanations cancérigènes

Le fait que certains citoyens palestiniens ne se rendent pas compte de la gravité de la situation et qu’ils acceptent de l’argent des Israéliens pour ensevelir des substances toxiques sur leurs terres ne fait que renforcer la difficulté de la situation, en particulier en l’absence de toute contrôle officiel de la part de l’Autorité palestinienne.

Dans la ville de Tulkarem, les souffrances provoquées par la pollution des usines israéliennes se poursuit. Fayez al-Tanib est l’un des centaines voire des milliers d’habitants qui perdent leur outil de travail.

Lui et son épouse vivent sur une exploitation agricole à l’ouest de Tulkarem, juste à côté de la ligne d’armistice qu’on appelle couramment la Ligne Verte.

« Cette ferme représente tout pour moi. Je suis en conflit avec les soldats de l’occupation depuis qu’elle a été construite, dans les années ’80. En 1984, cette usine se situait dans un village israélien près de Netanya, Tel Mond. Quand les dégâts occasionnés par l’usine ont augmenté, les habitants ont décidé de porter plainte devant les tribunaux pour exiger la fermeture de l’usine qui polluait leurs fermes. L’usine fut fermée immédiatement et relocalisée dans ce secteur-ci » explique al-Tanib écœuré.

Son épouse Mona ajoute : « Je travaille das cette ferme depuis 30 ans. Cette usine émet des substances toxiques sur Tulkarem et sur notre ferme depuis le tout premier jour, depuis la première usine ». Mona espère que des organisations de défense des droits prendront en compte leur situation, car ces « usines toxiques » sont en train de tuer [sols], végétaux et humains dans toute la Cisjordanie, en particulier parce que cette usine est implantée dans une ville très densément peuplée.

Sharif Shahrour, membre du Comité pour les Droits de l’homme à la Société des travailleurs sociaux à Tulkarem, a exprimé sa colère à propos de la situation. Malgré tous les appels et toutes les requêtes qu’il a présentés aux autorités compétentes, accompagnés de données, de faits et d’études récents, Shahrour n’a reçu aucune véritable réponse.

« Ces actions visent à tuer des Palestiniens. Beaucoup d’études, y compris des études israéliennes, prouvent le danger de ces usines et les polluants qu’elles produisent … J’en veux pour preuve les protestations déposées par des Israéliens, avec la participation de membres de la Knesset, qui exigent la fermeture ou la relocalisation de ces usines » ajoute Shahrour.

La situation pourrait devenir encore plus dangereuse si les usines étaient relocalisées dans de zones éloignées des citoyens israéliens. Par exemple, une des usines incriminées n’opère que lorsque les vents soufflent de l’ouest, de sorte que les gaz toxiques et les résidus dans l’air se dirigent vers les citoyens de Tulkarem. Mais quand cela souffle de l’est, l’usine se met à l’arrêt pour que les gaz toxiques n’atteignent pas les zones israéliennes et ne menacent pas la santé des citoyens.

Fulla Jallad, fraîchement diplômée et soutien de famille depuis la mort de son père en 2011, est sans doute le meilleur exemple de la manière dont ces usines affectent la vie des gens. Elle explique que son père est mort d’un cancer dû aux effets d’une usine chimique située dans leur voisinage. « A cause de ces usines, j’ai perdu une des personnes qui m’étaient le plus chères, mon père, qui a commencé par développer un cancer lymphatique et a subi une chimiothérapie. Mais quelques années plus tard on lui a diagnostiqué un cancer des poumons. Les médecins demandaient toujours d’où il venait. Quand il répondait qu’il venait de Tulkarem, les médecins savaient d’emblée qu’il qu’il vivait près des usines Geshuri ».

Selon Hanna Issa, une spécialiste du droit international, les autorités d’occupation sont tenues par le droit international de sauvegarder et d’administrer les possessions du pays occupé conformément aux « règles de l’usufruit ». Issa rappelait récemment qu’aux termes de l’article 55 de la Convention de La Haye de 1907 : « L’Etat occupant ne se considèrera que comme administrateur et usufruitier des édifices publics, immeubles, forêts et exploitations agricoles appartenant à l’Etat ennemi et se trouvant dans le pays occupé ».

Dans le même contexte, l’article 33 de la Convention de 1949 stipulait que « le pillage est interdit ». Et selon l’article 54 (2) du Protocole additionnel de 1977 : « Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, […] quel que soit le motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer des personnes civiles, provoquer leur déplacement ou pour toute autre raison ».

Résistance à l’apartheid en Israël… Palestiniens, Amérindiens même combat anticolonialiste…

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Réfugiés

 

Elsa Grigaut

 

26 Novembre 2014

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/Refugies,4846.html?lang=fr

 

« Nous sommes encore vivants, nous avons de l’espoir. Vous qui avez le Droit, aidez nous à avoir une vie d’être humains. » ; « Nous n’avons pas besoin d’argent, nous avons besoin de retrouver notre terre. » ; « Les Israéliens pensent que la prison va nous casser, nous ôter l’envie de nous battre contre l’occupation mais c’est tout le contraire. » Investig’Action offre à ses lecteurs les témoignages percutants de trois réfugiés palestiniens, à partir de l’excellente brochure « Réfugiés », réalisée par la journaliste Elsa Grigaut.

Jihad Abdel Halim Abu Muslim – Rencontre le 19/05/2014

Légende photo : Jihad, Ala’a ont été détenus plusieurs années dans les geôles israéliennes. Leur frère y est toujours détenu (à droite sur la photo qu’ils tiennent dans leurs mains).

J’ai été arrêté par l’armée israélienne le 6 mai 2004, j’avais 17 ans. C’était à Ramallah alors que j’étais dans un appartement situé en zone A (1) (c’est-à-dire dans une zone normalement contrôlée par l’Autorité Palestinienne, NDLR), en pleine après-midi.

Les soldats israéliens m’ont frappé puis m’ont emmené dans une base militaire à Jérusalem pour m’interroger. J’avais un bandeau sur les yeux, j’étais menotté à une chaise ou enfermé dans une pièce d’un mètre carré. C’était dur.

J’étais tout le temps dans l’obscurité, je n’avais plus la notion du temps, j’ignorais si c’était la nuit ou le jour.

Les soldats israéliens m’ont soumis à des pressions psychologiques. La nourriture était infecte, même un animal n’aurait pas voulu la manger, je n’avais pas d’eau, je ne pouvais pas me laver ou aller aux toilettes. Ils me maintenaient huit à neuf heures par jour dans une cellule sans que je puisse bouger.

Pendant les interrogatoires, ils menaçaient de tuer ma mère et de détruire la maison de ma famille si je ne parlais pas.

Les interrogatoires ont duré 100 jours. Chaque journée se ressemblait, ils m’empêchaient de dormir, quand je m’assoupissais, les gardiens me disaient que je devais aller me laver. Ils me disaient de me préparer à être interrogé à 6 h du matin et au final, ça se faisait la nuit.

Les gardiens m’annonçaient qu’ils m’emmenaient au tribunal pour mon jugement mais finalement, c’était une simulation, juste pour que je sois constamment sous pression. Des gens qui étaient enfermés avec moi et qui travaillaient avec les Israéliens essayaient de me faire parler. Même si j’avais 17 ans, je connaissais leurs techniques car, dans le passé, j’avais beaucoup discuté avec des amis du camp et mon grand frère, qui avaient déjà été en prison. Les 100 jours écoulés, j’ai été transféré à la prison d’Hasharon et j’ai attendu 1 an, c’est-à-dire, le jour de mes 18 ans, pour être jugé. J’ai écopé d’une peine de 9 ans. C’était vraiment dur. Durant mon incarcération, je crois que je suis passé par toutes les prisons israéliennes : Hasharon, Damoon, Jalbouh, Shata, Nakab, Majedou, Askalan, Al Sabea et Rominim. Quand j’étais en prison, j’étais malade, j’ai d’abord eu mal au ventre puis mal partout.

En 9 ans d’incarcération, les Israéliens n’ont accepté qu’une seule fois de m’emmener à l’hôpital.Le reste du temps, ils me donnaient des médicaments en me faisant croire que ça allait me soigner mais en réalité, il s’agissait de traitements qui agissaient directement sur mon cerveau. Ca m’a rendu fou. Une fois ils m’ont donné des médicaments pour que je ne dorme pas…ça a duré 20 jours. Je vomissais tout le temps. Je crois que c’était une expérimentation médicale.

Quand je demandais à me faire hospitaliser, ils acceptaient mais me transféraient vers une autre prison où ils me jetaient dans une pièce vide. A ma sortie de prison, je n’ai pas reconnu ma propre famille. J’étais très malade, on m’a hospitalisé une semaine en Jordanie et je dois maintenant suivre un traitement pour me soigner. Au début de mon incarcération, je n’ai pas eu le droit d’avoir une seule visite pendant trois ans. Puis ma mère est venue me voir une fois par mois. Parfois, l’administration pénitentiaire ne la prévenait pas de mes transferts alors, elle se déplaçait pour rien.

Mes deux frères et moi avons demandé à être emprisonnés au même endroit car ma mère était épuisée d’aller de prison en prison pour nous voir tous les trois.

Pendant quatre mois, nous avons partagé la même cellule dans la prison d’Al Nakab. C’est la pire des prisons, les cellules sont minuscules et il n’y a pas de lumière. 120 prisonniers sont enfermés dans quelques mètres carrés et tournent autour d’une table. Nous pourrions écrire des livres et des livres sur nos années en prison mais ça ne suffirait pas. Le pire, ce sont les interrogatoires. Mes frères ou moi ne pouvons pas oublier les tortures et la souffrance.

Deux de mes frères ont également été arrêtés après moi. L’un en 2006, l’autre en 2007 puis ils ont été emprisonnés pour une durée de cinq et treize ans. L’un est libre et l’autre doit encore attendre trois ans.

Ala’a frère de Jihad

C’était très dur quand Jihad est sorti de prison. C’est son mariage et son épouse qui l’ont un peu aidé.

Moi j’ai été interrogé 93 jours. Les Israéliens n’avaient aucune preuve contre moi alors ils ont essayé de m’envoyer des traîtres pour me faire parler. Comme je savais parfaitement qu’ils étaient des collaborateurs, je me suis battu avec eux.

Vous savez, les Israéliens pensent que la prison va nous casser, nous ôter notre envie de nous battre contre l’occupation mais c’est tout le contraire. Nous sommes encore plus forts et plus éduqués à notre sortie car en prison, nous pouvons apprendre des uns et des autres. Ca nous forge. Jihad et moi n’avons pas l’autorisation de rendre visite à notre frère en prison. Moi, je ne peux même pas sortir de Cisjordanie pendant cinq ans. Oum Jihad

C’est épuisant d’aller de prison en prison pour voir mes fils. En ce moment, je suis en train de remplir les papiers pour que mon fils puisse passer le baccalauréat pendant son incarcération.

Chaque fois que je veux faire une visite, les Israéliens m’obligent à me déshabiller, ils m’humilient.

Imaginez aussi que mon propre fils ne me reconnaissait pas à sa sortie de prison…

Tous nos prisonniers sont fous et malades quand ils sortent, c’est terrible !

Mahmoud Mohamad Ramadan Habash (Rencontre le 24/05/2014)

Ma famille est originaire du village de Beit Dajane, près de Yaffa. Je suis né en 1967, j’ai trois frères qui vivent aujourd’hui à Salem, Taybé et Naplouse. Ma sœur vit au village de Qufur Qalil (district de Naplouse, NDLR) et moi, je vis dans la maison de mes parents au camp de réfugiés de Balata avec ma femme, mes quatre filles et ma mère.

Mon frère Bassam a été emprisonné 7 ans, Ahmad, 4 ans et Hassan 8 mois. J’ai été à l’école du camp jusqu’à l’âge de 14 ans, j’ai poursuivi ma scolarité à l’extérieur.

Je me souviens de ma première arrestation par l’armée israélienne c’était le 11 novembre 1985. J’étais au lycée avec mes camarades et il y avait des affrontements avec les colons et les soldats. Je me rappelle très bien du gaz lacrymogène. Vingt-quatre d’entre nous ont été arrêtés, moi y compris. Nous sommes restés dix-huit jours à la prison d’Al Fara (située entre Naplouse et Jénine, NDLR). Puis dix-huit ont été libérés et les autres et moi, nous avons été dispatchés dans différentes prisons israéliennes. Ils m’ont interrogé pendant vingt jours et je suis resté deux mois à Al Fara avant d’être transféré à la prison d’Al Jnaid (Naplouse, alors sous contrôle israélien, NDLR) avec mon ami Salah Zidane pour une durée d’un an. Ce dernier est mort en martyr en 2003 lors de la seconde intifada. Les quatre autres incarcérés étaient à la prison de Naplouse. Je n’ai rien confessé mais, les colons ont témoigné contre moi et j’étais accusé d’avoir lancé des pierres dans leur direction le 11 novembre. Je partageais une petite cellule avec beaucoup de prisonniers, il n’y avait pas de toilettes, seulement une bassine.

Chaque matin, nous rangions nos matelas et nous faisions le ménage. C’était propre parce que les prisonniers faisaient tout, y compris la cuisine. J’étais le plus jeune des prisonniers.

Je me souviens du 3 mars 1986. Régulièrement, l’administration pénitentiaire nous asphyxiait par l’unique lucarne de la cellule. Les gardiens diffusaient du gaz lacrymogène puissant. Ce jour-là, je me suis mis à vomir du sang et à avoir des plaques sur la peau, j’ai dû être hospitalisé pendant 20 jours. Encore aujourd’hui, je me demande comment nous sommes encore en vie. Beaucoup de mes codétenus avaient différentes pathologies cardiaques mais ils ont résisté.

A ma sortie de prison, je n’ai pas continué mes études. Ma famille et moi nous sommes installés au village de Qufur Qalil car nous pensions que nous aurions moins de problèmes avec l’armée israélienne que si nous restions au camp.

Nous sommes restés là-bas cinq ans. Les soldats venaient de temps en temps chez nous, ils cassaient notre porte, nos fenêtres et nous insultaient. J’ai travaillé dans le domaine du textile pendant deux ans à Balata. Puis, il y a eu la première intifada. Un jour j’ai enfreint le couvre-feu que les Israéliens nous avaient imposé. Ils m’ont tiré dessus et ça a pulvérisé mon tibia droit. J’ai mis un an à me rétablir.

En 1990, j’ai été arrêté trois mois pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. J’ai d’abord été incarcéré à Al Fara puis à Al Nakab dans un camp de 6000 prisonniers. Nous étions dans le désert, sous des tentes. On ne pouvait pas dormir à cause des insectes. La chaleur et la nourriture, je crois que c’était cela le pire. Cela rendait tout le monde malade ! Et dans ces cas-là, vous ne pouviez rien espérer d’autre que de l’aspirine et du glucose. A ma sortie, je suis retourné à Balata pour travailler dans le bâtiment jusqu’en 1993.

J’ai été de nouveau arrêté et placé en détention administrative (2) pendant un an. J’ai passé six mois dans le camp d’Al Nakab et six mois à Magido. Il y avait de grosses tensions entre l’administration pénitentiaire et les prisonniers. Nous faisions des grèves de la faim pour obtenir une amélioration de nos conditions de détention et notre droit de visite. Je suis sorti en 1994, j’ai travaillé comme carreleur.

Puis j’ai fait une formation de six mois avec l’Autorité Palestinienne pour entrer dans la police. J’ai travaillé cinq ans, je suis devenu gardien à la prison de Naplouse (à l’époque déjà sous Autorité Palestinienne, NDLR). Et puis, il y a eu la deuxième Intifada.

Le 25 mai 2001, j’étais dans ma voiture avec trois autres amis à l’entrée du camp de Balata. Nous sommes sortis de la voiture et un hélicoptère israélien l’a bombardé alors que nous n’étions qu’à quelques mètres du véhicule. Un de mes amis a été pulvérisé, un autre a perdu une main et un œil, un autre a été blessé au ventre. Ce dernier s’appelle Kamil, il est actuellement emprisonné par les Israéliens car il a écopé d’une peine de prison de 350 ans. J’ai été hospitalisé trente jours. J’ai perdu la vue à cause de la chaleur de l’explosion et des projections de métal. Au début, j’avais aussi perdu l’ouïe. Elle est un peu revenue avec le temps. Depuis ce jour, j’ai constamment un bruit de moteur dans chacune de mes oreilles, ce n’est pas le même son dans la droite et la gauche et l’intensité peut varier d’un jour sur l’autre. Ma jambe gauche a aussi été sérieusement touchée, j’ai définitivement perdu un bout de tibia.

Vous savez, on est mal soigné en Palestine.

Ca fait 13 ans que j’entends le même bruit dans mon crâne et j’ai très mal à la tête car il me reste des débris de métal à l’intérieur. J’ai beaucoup souffert à cause des brûlures sur ma poitrine, là aussi il reste des bouts de métal. Ma peau en a naturellement rejeté quelques-uns mais il en reste encore et c’est très douloureux. J’ai le même problème avec ma jambe gauche.

Les médecins disent que c’est difficile de me soigner ici mais j’ai été interdit de sortir du territoire pendant cinq ans après l’attaque. Je sais qu’il existe des solutions concernant mon ouïe mais je dois aller en Jordanie ; je n’arrive pas à obtenir une permission de l’Autorité Palestinienne et cela nécessiterait environ 1500 dollars.

Ce n’est pas facile d’aller à l’hôpital de Rafidia (Naplouse, NDLR), je ne vois pas, j’entends mal.

Cela fait 13 ans que j’essaie de me faire soigner.

J’étais policier, j’ai servi mon pays mais le gouvernement ne veut pas m’aider. Il me donne 2000 shekels (environ 421 euros, NDLR). Les blessés comme moi ont besoin d’avoir une vie sociale, mais c’est presque impossible de se déplacer.

Dîtes aux Français de nous soutenir, nous et les familles de martyrs. Nous avons besoin d’un soutien politique et humain.

Nous sommes encore vivants, donc nous avons encore de l’espoir. Vous qui avez le Droit, aidez-nous à avoir une vie d’être humains.

Ahmad Khamis Mohamed Aiswad Rencontre en mai 2014

J’ai 81 ans, je suis né en 1933 dans le village de Kufur Ana, situé entre Yaffa et Lid. Maintenant, il n’existe plus rien de ce que je connaissais. A la place, les Israéliens ont construit un hôpital et l’aéroport de Ben Gurion. Ma famille était paysanne, nous avions des orangeraies, du blé, des légumes. Kufur Ana comptait deux écoles, une pour les filles qui étaient scolarisées jusqu’à 10 ans et une pour les garçons, scolarisés jusqu’à 13 ans. Pendant les vacances, je travaillais pour les Anglais (à l’époque du mandat Britannique) comme gardien. C’est comme ça que j’ai appris à parler anglais. Quand j’ai eu 15 ans, j’ai travaillé pour eux à plein temps et puis, les Juifs sont arrivés en 1948.

Ils tiraient n’importe où et sur n’importe qui, nous avions tous peur. J’étais l’aîné de ma famille, j’ai fait monter ma soeur et mon frère sur mon vélo et nous avons fui notre village. Mes parents avaient chargé notre âne avec quelques couvertures, des assiettes, des marmites, une théière et un réchaud. Deux heures plus tard, nous nous sommes tous retrouvés au village Al Khirbai, à côté de la ville de Lid. Pendant une semaine, nous avons attendu, abrités sous les arbres. Nous avions quelques vivres mais nous étions persuadés que nous allions revenir chez nous. Nous sommes retournés au village pour voir quelle était la situation et prendre d’autres affaires. Nous nous sommes fait tirer dessus donc nous sommes partis pour Lid. Là aussi, nous vivions sous les arbres, ça a duré trois mois, mais là encore, les Juifs sont arrivés, nous avions faim. Nous avons fui au village de Qibya (à côté « ede Lid). Là-bas, un habitant nous a prêté une maison sans toit. Puis, les Israéliens sont venus et ont tué beaucoup de gens, y compris des femmes et des enfants. Nous sommes donc partis pour le village de Birzeit (à côté de Ramallah, NDLR).

Mon père et moi sommes devenus ouvriers agricoles. Nous étions plusieurs réfugiés à vivre de cette façon, dans les champs, abrités dans des cabanes. Je me suis marié à 22 ans avec une fille du même village que moi. J’ai commencé à travailler comme ouvrier dans le bâtiment partout dans les camps de réfugiés en Cisjordanie.

J’ai construit des écoles à Balata, à Askar, un cabinet médical aussi. Ma famille et moi, nous nous sommes installés à Balata. Quand les Israéliens nous ont encore attaqués en 1967, la plupart des gens et moi qui avions vécu la Nakba, nous nous sommes dit que nous ne partirions plus, quitte à mourir. Il n’y aurait pas de deuxième Nakba. A l’époque, nous louions une maison, puis j’en ai construite une de cinq étages. J’ai aussi travaillé deux ans en Israël, j’avais un ami juif. C’est quelqu’un de bien, qui cherche la paix.

Aujourd’hui, deux de mes enfants travaillent avec lui. J’ai eu deux épouses et seize enfants qui ont eu des enfants à leur tour. Les Sionistes ont fait un mauvais calcul. J’ai fui de mon village avec mes parents, mon frère, ma sœur et aujourd’hui, rien que de mon côté, nous sommes une centaine !

Il faut trouver une solution. Ici, au camp, les enfants n’ont pas de lieux pour jouer, nous manquons de structures pour les soins médicaux, l’UNRAW(3) donne de moins en moins d’aides. L’un de mes fils a fait quatre ans de prison, il a peu de moyens et doit faire vivre sa famille dans une seule pièce alors qu’il est employé à la mairie de Naplouse. Les salaires sont vraiment trop bas ! Moi, je vis dans une pièce au rez-de-chaussée, à la fin du mois, mes enfants me donnent un peu d’argent. Mais si j’étais chez moi, ça serait tellement mieux ! Vous savez, dans un village on peut vivre de sa terre, mais pas dans un camp. Les sionistes ont pris notre paradis. Je n’ai plus de terre à transmettre en héritage. Nous n’avons pas besoin d’argent, nous avons besoin de retrouver notre terre. Je garde la foi, j’ai 81 ans et jusqu’à aujourd’hui, je crois que je vais retourner chez moi car personne ne peut oublier ses racines, ça serait comme ne pas avoir de religion.

 

Notes :

(1) Les territoires palestiniens sont formés de 
 Une zone A : Gaza, et les villes de Jéricho, Jénine, Qalqilya, Ramallah, Tulkarem, Naplouse et Bethléem. Dans cette zone l’Autorité Palestinienne exerce les pouvoirs de police (18% des Territoires). 
 Une zone B qui comprend les autres zones de la Cisjordanie dans lesquelles la sécurité est exercée par l’Autorité nationale Palestinienne et l’armée israélienne (22% des Territoires). 
 Une zone C qui intègre les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La zone C est sous contrôle d’Israël (60 % des Territoires).

(2) : Détention administrative : cette procédure judiciaire est utilisée par les Israéliens afin de détenir des Palestiniens sans motif ni jugement pendant une durée indéterminée. Les raisons de ces incarcérations ne sont jamais révélées au prisonnier ou à son entourage et bien évidemment, aucun avocat ne peut avoir accès au dossier du détenu.

Au début de ce type d’incarcération, les administrations pénitentiaires israéliennes font savoir au « détenu administratif » qu’il est enfermé pour une durée de trois mois. A la fin de cette période, l’ordonnance peut être renouvelée pour une durée identique et ce à l’infini. La détention administrative est une forme de torture psychologique utilisée dans le but de briser l’individu et de lui ôter l’esprit de résistance. Cette procédure est héritée du mandat britannique en Palestine avant 1948 et permet d’emprisonner des années sans procès toute personne.

Le traitement des « détenus administratifs » contrevient non seulement aux Droits de l’Homme internationaux mais aussi aux dispositions de la Quatrième Convention de Genève. Sont violés : le droit de se défendre, le droit à être entendu publiquement et équitablement, le droit de faire appel, d’examiner les témoignages et la présomption d’innocence. De plus le droit humanitaire interdit le transfert de civils de territoires occupés vers le territoire de l’Etat occupant. Le droit international interdit la détention administrative car elle est arbitraire. Elle bafoue la quatrième convention de Genève, visant à protéger les civils des territoires occupés et interdisant la détention arbitraire comme moyen de contrôle sur une population.

(3) L’UNRAW : Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA – United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East, en anglais)

 

Source :

Réfugiés

Crédits photo : Elsa Grigaut. Montage et retouches : Claire Goulois

Pour vous procurer la brochure « Réfugiés » pour seulement 2 € (FRAIS DE PORT GRATUITS A PARTIR DE 3 EXEMPLAIRES) :

Chèque à l’ordre d’Amitié Lille Naplouse

Courrier à adresser à : Amitié Lille Naplouse Maison des Associations 72 rue Royale 59000 Lille

Email : lille-naplouse@laposte.net

De Gaza à Kiev en passant par Al Qaïda et l’EIIL, le réquisitoire anti-empire anglo-américano-sioniste d’un (vrai) journaliste d’enquête…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, presse et média, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 17 septembre 2014 by Résistance 71

… Quand John Pilger se làche, savourez le moment !..

— Résistance 71 —

 

Briser le dernier tabou: Gaza et la menace d’une guerre mondiale

 

John Pilger

 

15 Septembre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.vineyardsaker.fr/2014/09/15/briser-dernier-tabou-gaza-menace-dune-guerre-mondiale/

 

Pour bien des gens, ce moment de vérité est arrivé. Ils en ont finalement pris conscience. Ceux à qui on a imposé le silence ne peuvent plus détourner les yeux. Ce que leur montrent leur télé, leur portable et leur téléphone est la preuve de la barbarie de l’État d’Israël, de l’immense force destructrice de son mentor et fournisseur, les États-Unis, de la lâcheté des gouvernements en Europe et de la collusion d’autres gouvernements, dont ceux du Canada et de l’Australie, avec ce crime aux proportions effrayantes.

L’attaque contre Gaza, c’est une attaque contre nous tous. Le siège de Gaza, c’est un siège que nous subissons tous. Le déni de justice dont sont victimes les Palestiniens est un symptôme du siège que subit la majeure partie de l’humanité et un avertissement de la menace d’une nouvelle guerre mondiale qui s’affirme de jour en jour.

Quand Nelson Mandela a qualifié la lutte des Palestiniens de « plus grande question morale de notre temps », il parlait au nom de la véritable civilisation, par opposition à celle créée de toutes pièces par les empires. En Amérique latine, les gouvernements du Brésil, du Chili, du Venezuela, de la Bolivie, du Salvador, du Pérou et de l’Équateur ont pris position par rapport à Gaza. C’est qu’un silence de plomb avait déjà pesé sur chacun de ces pays après l’immunité accordée aux auteurs de meurtres collectifs par ce même parrain à Washington qui a répondu aux pleurs des enfants de Gaza en fournissant plus de munitions pour les tuer.

Contrairement à Netanyahou et ses tueurs, les fascistes à la solde de Washington en Amérique latine ne se sont jamais souciés de se faire ravaler la façade du point de vue moral. Ils se contentaient de commettre leurs meurtres et de jeter les corps dans les dépotoirs. Les sionistes visent le même but : déposséder et ultimement détruire une société dans son ensemble, une réalité que 225 survivants de l’holocauste et leurs descendants ont dénoncée en la comparant à la genèse du génocide.

Rien n’a changé depuis le tristement célèbre « Plan D » des sionistes en 1948, qui a permis le nettoyage ethnique de tout un peuple. Récemment, on pouvait lire sur le site Web du Times of Israel le titre « Quand le génocide est permis ». Il y a aussi le vice-président de la Knesset (le parlement israélien), Moshe Feiglin, qui a demandé l’adoption d’une politique d’expulsion de masse dans des camps de concentration. N’étant pas en reste, le député Ayelet Shaked, dont le parti collabore au gouvernement de coalition, en a appelé à l’extermination des mères palestiniennes pour les empêcher de donner naissance à ce qu’il appelle des « petits serpents ».

Des années durant, les reporters ont vu des soldats israéliens attirer des enfants palestiniens vers eux en les provoquant au moyen de haut-parleurs, pour ensuite les tuer par balle. Des années durant, les reporters savaient que des femmes sur le point d’accoucher en route vers l’hôpital et qu’on bloquait à des barrages routiers perdaient leur bébé, parfois même leur propre vie.

Des années durant, les reporters savaient que des médecins palestiniens et des équipes d’ambulanciers, après avoir obtenu du commandement israélien la permission de secourir les blessés et d’évacuer les morts, recevaient une balle en pleine tête une fois sur place.

Des années durant, les reporters savaient que des personnes mal en point se sont vu refuser l’obtention de soins essentiels à leur survie ou qu’elles ont été tuées par balle en tentant de se rendre à une clinique pour recevoir un traitement de chimiothérapie. Une vieille femme marchant avec une canne a été abattue de cette manière, d’une balle dans le dos.

Lorsque j’ai énoncé ces faits à Dori Gold, conseiller principal auprès du premier ministre israélien, il a répondu ceci : « Malheureusement, dans tous les types de guerre, des civils sont tués accidentellement. Mais les cas que vous citez ne sont pas du terrorisme. On parle de terrorisme lorsque le réticule de l’arme d’un tireur embusqué est pointé délibérément sur un civil. »

J’ai répondu : « Mais c’est exactement ce qui s’est produit. »

« Non, qu’il m’a dit, ça ne s’est pas produit. »

Ce genre de mensonge ou d’aveuglement est infailliblement évoqué par les apologistes d’Israël. Comme l’ancien correspondant du New York Times Chris Hedges l’a indiqué, rapporter ce genre d’atrocité, c’est se mettre invariablement « entre deux feux ». Pendant tout le temps que j’ai travaillé au Moyen-Orient, une bonne partie, sinon la grande majorité des médias occidentaux, se rendaient complices de cet aveuglement.

Dans un de mes films, un caméraman palestinien, Imad Ghanem, gît sans défense pendant que des soldats de « l’armée la plus morale du monde » réduisent ses jambes en bouillie. L’atrocité n’a eu droit qu’à deux lignes sur le site Web de la BBC. Treize journalistes ont été tués par Israël lors de son plus récent carnage à Gaza. Tous étaient Palestiniens. Qui connaît leurs noms ?

Quelque chose a toutefois changé. Une révulsion profonde secoue le monde entier et les ténors du libéralisme éclairé s’inquiètent. Leur discours affligé et spécieux répété en chœur évoquant « le partage des responsabilités » et « le droit d’Israël à se défendre » sonne creux, tout comme les accusations d’antisémitisme. C’est pareil pour leurs lamentations sélectives appelant à « faire quelque chose » contre les fanatiques islamiques, mais rien à l’endroit des fanatiques sionistes.

Un de ces ténors est l’écrivain Ian McEwan, que The Guardian a élevé au rang de sage pendant que les enfants de Gaza se faisaient déchiqueter. C’est ce même Ian McEwan qui a fait fi des Palestiniens qui l’imploraient de ne pas accepter le prix Jérusalem (un prix littéraire) : « Si je n’allais que dans les pays que j’approuve, je resterais probablement toujours au lit », a-t-il répondu.

Si les morts de Gaza pouvaient parler, ils pourraient dire ceci : « Reste au lit grand écrivain, car ta simple présence adoucit le lit du racisme, de l’apartheid, du nettoyage ethnique et du meurtre, peu importe les paroles ambiguës que tu as prononcées en réclamant ton prix. »

Il faut comprendre le sophisme et le pouvoir de la propagande libérale pour mieux saisir pourquoi Israël persiste dans ses outrages, pourquoi le monde regarde sans rien faire, pourquoi aucune sanction n’est jamais imposée à Israël et pourquoi rien de moins qu’un boycottage total de tout ce qui est israélien est devenu une mesure de la plus élémentaire décence humaine.

L’incessante propagande dit que le Hamas s’est donné pour but la destruction d’Israël. Khaled Hroub, le grand érudit de l’Université de Cambridge, considéré comme l’autorité de référence mondiale sur le Hamas, dit que cette phrase n’a « jamais été employée ou adoptée par le Hamas, même dans ses affirmations les plus radicales ». La Charte de 1988 « anti-juive » si souvent évoquée provenait « d’un travail individuel et a été rendue publique sans que le Hamas ne l’ait adopté par consensus comme il se doit (…). L’auteur faisait partie de la vieille garde ». Considéré comme un embarras, le document n’a jamais été cité.

Le Hamas a offert à maintes reprises une trêve de dix ans à Israël et prône depuis longtemps une solution à deux États. Quand Medea Benjamin, l’intrépide activiste juive américaine, était à Gaza, elle était en possession d’une lettre des dirigeants du Hamas destinée au président qui indiquait clairement que le gouvernement de Gaza voulait la paix avec Israël. Cette lettre, on l’a ignorée. Je sais personnellement que de nombreuses lettres du genre ont été envoyées de bonne foi, mais qu’elles ont été ignorées ou rejetées.

Le Hamas se distingue par un crime impardonnable qui n’est pratiquement jamais rapporté. C’est le seul gouvernement arabe à avoir été élu librement et démocratiquement par son peuple. Pire encore, il a maintenant formé un gouvernement d’union nationale avec l’Autorité palestinienne. La possibilité, pour les Palestiniens, de parler d’une seule voix ferme à l’Assemblée générale, au Conseil des droits de l’homme et à la Cour pénale internationale est la menace qui fait le plus peur.

Depuis 2002, un service de presse faisant œuvre de pionnier à l’Université de Glasgow publie des études remarquables sur les reportages et la propagande entourant le conflit israélo-palestinien. Le professeur Greg Philo et ses collègues ont été estomaqués de constater que les reportages télévisés aggravaient l’ignorance du public. Plus les gens regardaient les infos, moins ils en savaient.

Greg Philo dit que le problème n’est pas le « parti-pris » comme tel. Les reporters et les producteurs sont tout aussi touchés par la souffrance des Palestiniens. Mais la structure de pouvoir des médias, en tant que prolongement de l’État et de ses intérêts particuliers, est tellement puissante qu’elle entraîne la suppression systématique des faits essentiels et du contexte historique.

Incroyable, mais vrai, moins de neuf pour cent des jeunes téléspectateurs interviewés par l’équipe du professeur Philo savaient qu’Israël est une puissance occupante et que les colonies illégales sont juives, bon nombre croyant qu’elles sont palestiniennes. Le terme « territoires occupés » est à peine expliqué. Des mots comme « assassinat », « atrocité » et « meurtre de sang froid » ne sont utilisés que pour décrire la mort d’Israéliens.

Récemment, un reporter de la BBC, David Loyn, a été critique à l’endroit d’un autre journaliste britannique, Jon Snow, de Channel 4 News. M. Snow était tellement ébranlé par ce qu’il avait vu à Gaza qu’il a lancé un appel humanitaire sur YouTube. Ce que reprochait le reporter de la BBC, c’était le fait que son collègue avait brisé le protocole en exprimant son émotion sur YouTube.

« L’émotion, écrivait M. Loyn, c’est une soumission à la propagande et les nouvelles sont contre la propagande. » Était-il vraiment sérieux en écrivant cela ? En fait, M. Snow a lancé son appel en gardant son calme. Son crime était d’avoir bifurqué à l’extérieur des limites de la fausse impartialité. Il ne s’est pas censuré, ce qui est considéré comme une faute impardonnable.

En 1937, quand Adolf Hitler était au pouvoir, Geoffrey Dawson, éditeur du Times de Londres, a écrit ceci dans son journal : « Je passe mes soirées à enlever tout ce qui pourrait heurter les susceptibilités [allemandes] et à inclure des petites choses ayant pour but de les apaiser. »

Le 30 juillet, la BBC a présenté un cours magistral sur le principe de Dawson. Le correspondant diplomatique de Newsnight, Mark Urban, a donné cinq raisons pourquoi le Moyen-Orient est en plein bouleversement. Il n’a été aucunement mention du rôle historique et actuel du gouvernement britannique. L’envoi en Israël, par le gouvernement Cameron, d’armes et d’équipement militaire d’une valeur de 8 milliards de livres sterling a été évacué. La cargaison pleine d’armes britanniques à destination de l’Arabie saoudite a été évacuée. Le rôle de la Grande-Bretagne dans la destruction de la Libye a été évacué. Le soutien britannique à la tyrannie en place en Égypte a été évacué.

L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan par la Grande-Bretagne a été passée sous silence aussi.

Le seul témoin expert dans ce programme de la BBC était un certain Toby Dodge de la London School of Economics. Ce que les téléspectateurs auraient dû savoir, c’est que ce monsieur Dodge a déjà été conseiller spécial de David Petraeus, le général étatsunien en grande partie responsable des désastres en Irak et en Afghanistan. Mais cette information aussi a été évacuée.

En matière de guerre et paix, le miroir aux alouettes que sont l’impartialité et la crédibilité à la sauce BBC limite et contrôle davantage la discussion publique que la falsification des tabloïds. Comme Greg Philo l’a indiqué, dans son commentaire touchant sur YouTube, Jon Snow ne faisait que se demander si l’agression israélienne contre Gaza était disproportionnée ou raisonnable. Ce dont on ne parle pas (et c’est presque toujours le cas), c’est la vérité essentielle qu’est l’occupation militaire la plus longue de l’ère moderne, une entreprise criminelle soutenue par les gouvernements occidentaux de Washington à Canberra, en passant par Londres.

Un autre mythe nous présente Israël comme un État « vulnérable » et « isolé » entouré d’ennemis, alors qu’en réalité il est entouré d’alliés stratégiques. L’Autorité palestinienne, qui est financée, armée et dirigée par les États-Unis, est de mèche avec Tel-Aviv depuis longtemps. Aux côtés de Netanyahou on retrouve les tyrannies en place en Égypte, en Jordanie, en Arabie saoudite, dans les Émirats arabes unis, au Bahrain et au Qatar. D’ailleurs, si la Coupe du Monde se rend au Qatar, vous pouvez être certains que la sécurité sera confiée au Mossad.

La résistance, c’est l’humanité dans ce qu’il y a de plus brave et de plus noble. La résistance à Gaza se compare tout à fait au soulèvement des Juifs du ghetto de Varsovie en 1943, qui eux aussi avaient creusé des tunnels et déployé des tactiques de subterfuge et de surprise contre une machine de guerre ultra puissante. Le dernier des meneurs du soulèvement de Varsovie encore vivant, Marek Edelman, a d’ailleurs écrit une lettre de solidarité à la résistance palestinienne, la comparant à sa propre Organisation juive de combat, formée de combattants du ghetto. La lettre débutait comme suit : « À tous les chefs d’organisations palestiniennes militaires, paramilitaires ou de guérilla. À tous les soldats de groupes militaires palestiniens. »

Le Dr Mads Gilbert est un médecin norvégien reconnu pour son travail héroïque à Gaza. Le 8 août, le Dr Gilbert est retourné dans sa ville natale, Tromso (en Norvège) qui, a-t-il souligné, a été occupée par les nazis pendant sept ans. Voici ce qu’il avait à dire : « Reportons-nous en 1945 et faisons comme si nous, les Norvégiens, n’avions pas gagné la lutte pour la libération et n’avions pas chassé l’occupant. Faisons comme si l’occupant était resté dans notre pays et qu’il se l’accaparait parcelle après parcelle, décennie après décennie, en nous interdisant l’accès aux meilleures terres, en prenant les poissons dans la mer et les lacs et en bombardant nos hôpitaux, nos ambulanciers, nos écoles et nos maisons.

« Aurions-nous abandonné et hissé le drapeau blanc ? Bien sûr que non ! C’est exactement ce qui se passe à Gaza. Ce n’est pas une bataille opposant le terrorisme à la démocratie. L’ennemi qu’Israël combat, ce n’est pas le Hamas. Israël livre une guerre contre la volonté de résistance du peuple palestinien. C’est la dignité du peuple palestinien qu’Israël se refuse d’accepter.

« En 1938, les nazis traitaient les Juifs de Untermenschen (sous-humains). Aujourd’hui, les Palestiniens sont traités aussi comme des sous-humains qu’on peut massacrer sans que personne exerçant le pouvoir ne réagisse.

« Je suis donc retourné en Norvège, un pays libre qui doit sa liberté à un mouvement de résistance, parce que les nations occupées ont le droit de résister, même avec des armes. C’est d’ailleurs écrit dans le droit international. La résistance du peuple palestinien à Gaza est admirable. C’est une lutte qui nous appelle tous autant que nous sommes. »

Il est toutefois dangereux de dire la vérité, de briser ce qu’Edward Saïd appelait « le dernier tabou ». Mon documentaire, Palestine Is Still the Issue, a été mis en nomination pour un Bafta (prix de l’Académie britannique des arts de la télévision et du cinéma) et a reçu des éloges de la Independent Television Commission pour son « intégrité journalistique » et le « soin et la minutie apportés à la recherche ». Pourtant, sa diffusion sur le réseau britannique ITV a provoqué une onde de choc dans les minutes qui ont suivi. Un déluge de courriels me décrivaient comme un « psychopathe démoniaque », un « colporteur de la haine et du mal » et un « antisémite de la pire espèce ». Ces messages étaient pour la plupart orchestrés par des sionistes aux États-Unis qui ne pouvaient avoir vu le film. Je recevais au moins une menace de mort par jour.

Quelque chose de semblable est arrivé au commentateur australien Mike Carlton le mois dernier. Dans sa chronique habituelle publiée dans le Sydney Morning Herald, M. Carlton a écrit un article qu’on voit rarement au sujet d’Israël et des Palestiniens. Il identifiait les oppresseurs et les victimes. Il prenait soin de limiter son attaque à « un nouvel Israël brutal, dominé par la droite intransigeante du Likoud, le parti de Netanyahou ». Ceux qui avaient auparavant dirigé l’état sioniste, insinuait-il, appartenaient à une « fière tradition libérale ».

Le déluge de protestations n’a pas tardé. On l’a traité de « sac de merde nazi » et de « raciste haïssant les Juifs ». On l’a menacé à maintes reprises et a rétorqué par courriel en invitant ses attaquants à aller « se faire foutre ». Son journal lui a demandé de s’excuser. Devant son refus, on l’a suspendu, puis il a démissionné. D’après le directeur de la publication, Sean Aylmer, l’entreprise de presse « s’attend à un niveau beaucoup plus élevé de la part de ses chroniqueurs ».

Le « problème » que pose M. Carlton, avec son ton acerbe, bien souvent l’unique voix libérale dans un pays où Rupert Murdoch contrôle 70 pour cent de la presse dans la capitale (l’Australie est la principale murdocratie au monde), sera résolu deux fois plutôt qu’une. En effet, la commission australienne des droits de la personne va faire enquête sur les plaintes déposées contre M. Carlton en vertu de la loi sur la discrimination raciale, qui proscrit tout acte commis ou parole prononcée en public « raisonnablement susceptible (…) d’offenser, d’insulter, d’humilier une autre personne ou un groupe de personnes » en raison de leur race, de leur couleur, de leur nationalité ou de leur origine ethnique.

Contrairement à l’Australie, sécurisée et silencieuse, où les journalistes comme M. Carlton sont en voie d’extinction, le vrai journalisme est bel et bien vivant à Gaza. J’ai souvent des conversations téléphoniques avec Mohammed Omer, un jeune journaliste palestinien extraordinaire, à qui j’ai présenté, en 2008, le prix du journalisme Martha Gellhorn. Chaque fois que je lui ai parlé pendant l’assaut contre Gaza, je pouvais entendre le sifflement des drones et l’explosion des missiles. Il a mis fin à mon appel une fois pour aller s’occuper d’enfants dehors blottis les uns contre les autres qui attendaient leur transport au milieu des explosions. Quand je lui ai parlé le 30 juillet, un avion de chasse israélien venait de massacrer 19 enfants. Le 20 août, il décrivait comment les drones avaient « passé au crible » un village pour mieux tirer dessus sauvagement par la suite.

Chaque jour à l’aube, Mohammed allait voir des familles victimes des bombardements. Il consignait leurs récits, devant leur habitation réduite en ruines, et les prenait en photo. Il se rendait à l’hôpital, à la morgue, au cimetière. Il faisait la queue pendant des heures pour que sa propre famille ait du pain à manger. Tout cela en surveillant le ciel. Il envoyait deux, trois, quatre articles par jour. Ça, c’est du vrai journalisme.

« Ils essaient de nous anéantir, m’a-t-il dit. Mais plus ils nous bombardent, plus nous sommes forts. Ils ne gagneront jamais. »

Le crime odieux commis à Gaza nous ramène à quelque chose de plus grand encore qui nous menace tous.

Depuis 2001, les États-Unis et leurs alliés sont déchaînés et au moins 700 000 hommes, femmes et enfants irakiens en ont payé de leur vie. La montée des djihadistes, dans un pays où il n’y en avait pas, en est la conséquence directe. Le djihadisme moderne, d’abord Al-Qaïda, puis l’État islamique, est une créature des États-Unis et de la Grande-Bretagne, avec l’aide du Pakistan et de l’Arabie saoudite. Le but original était d’utiliser et de développer un fondamentalisme islamique rarement vu jusque-là dans le monde arabe, afin de déstabiliser les mouvements panarabes et les gouvernements séculaires. Dans les années 1980, c’est devenu une arme pour détruire l’Union soviétique en Afghanistan. La CIA appelait cela l’opération Cyclone ; tout un cyclone en effet, dont la fureur des éléments déchaînés s’est retournée contre ses créateurs. Les événements du 11 septembre et les attentats de Londres en juillet 2005 découlent de ce revirement, tout comme les tout récents meurtres horribles des journalistes étatsuniens James Foley et Steven Sotloff. Pendant plus d’un an, l’administration Obama a armé les tueurs de ces deux jeunes gens (qui faisaient alors partie de l’État islamique en Irak et au Levant), afin de faire tomber le gouvernement séculaire en place à Damas.

Le principal « allié » de l’Occident dans cette pagaille impériale est un État médiéval où des décapitations sont ordonnées par la justice et effectuées systématiquement. Cet État, c’est l’Arabie saoudite. Lorsqu’un membre de la famille royale britannique est envoyé dans cet endroit barbare, vous pouvez parier votre dernier pétrodollar que le gouvernement britannique ne cherche qu’à vendre aux cheiks encore plus d’avions de combat, de missiles et de menottes. La plupart des pirates de l’air du 11 septembre provenaient de l’Arabie saoudite, qui finance les djihadistes en Syrie et en Irak.

Pourquoi devons-nous vivre dans un état de guerre perpétuelle ?

La première réponse qui vient à l’esprit implique les États-Unis, où un coup d’État secret non rapporté a eu lieu. Un groupe connu sous le nom de Projet pour un nouveau siècle américain, inspiré par Dick Cheney et d’autres, a pris le pouvoir pendant la présidence de George W. Bush. Les membres de cette secte extrémiste, qu’on a déjà traités de « fous » à Washington, croient que le commandement de la défense aérospatiale des États-Unis doit assurer une « domination tous azimuts ».

Sous les présidents Bush et Obama, une mentalité d’empereur du XIXe siècle s’est infiltrée dans tous les départements d’État. Le militarisme à l’état brut est à la hausse, la diplomatie est redondante. Les pays et les gouvernements sont jugés comme utiles ou non essentiels ; soit qu’on les soudoie, soit qu’on les menace, soit qu’on les « sanctionne ».

Le 31 juillet, le National Defense Panel à Washington a publié un document remarquable qui appelle les États-Unis à se préparer en vue de se lancer dans rien de moins que six guerres majeures simultanément. En tête de liste se trouvent la Russie et la Chine, deux puissances nucléaires.

Dans un sens, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Pendant que le monde assistait avec horreur à l’attaque d’Israël contre Gaza, des atrocités similaires étaient commises dans l’est de l’Ukraine mais faisaient à peine les nouvelles. Au moment d’écrire ces lignes, deux villes ukrainiennes peuplées de Russophones, Donetsk et Lougansk, sont assiégées. Leur population ainsi que leurs hôpitaux et leurs écoles sont bombardés par un régime qui a pris le pouvoir à Kiev lors d’un putsch mené par des néo-nazis soutenus et financés par les États-Unis. Ce coup d’État est l’apothéose de ce que l’observateur de la politique russe Sergei Glaziev décrit comme « un conditionnement des nazis ukrainiens contre la Russie » depuis 20 ans. Une montée du fascisme est de nouveau observée partout en Europe et pas le moindre dirigeant européen la dénonce, peut-être parce qu’elle est devenue une réalité qu’on n’ose plus appeler par son nom.

Avec son passé fasciste en résurgence, l’Ukraine est devenue un parc thématique de la CIA, une colonie de l’Otan et du Fonds monétaire international. Le coup d’État fasciste à Kiev en février est l’œuvre de la secrétaire d’État adjointe des États-Unis, Victoria Nuland, dont le « budget consacré au coup d’État » s’élevait à 5 milliards de dollars. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Moscou a empêché la saisie de la base navale légitime de sa flotte de la mer Noire dans la russophone Crimée. Un référendum et l’annexion ont rapidement suivi. Dépeinte en Occident comme une « agression » du Kremlin, la réaction de Moscou a permis de déformer totalement la vérité et de camoufler les objectifs de Washington, à savoir creuser un fossé entre une Russie « paria » et ses principaux partenaires commerciaux en Europe et éventuellement briser la Fédération de Russie. Des missiles étatsuniens encerclent déjà la Russie. La militarisation des anciennes républiques soviétiques et de l’Europe de l’Est est la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la guerre froide, ce genre de choses aurait pu provoquer un holocauste nucléaire. Le risque est de nouveau présent avec la désinformation hystérique anti-Russe allant crescendo aux États-Unis et en Europe. L’avion de ligne de la Malaysia Airlines abattu en juillet en est l’exemple parfait. Sans la moindre preuve, les États-Unis, leurs alliés de l’Otan et leurs rouleaux compresseurs médiatiques en ont aussitôt imputé la responsabilité aux « séparatistes » en Ukraine et laissé entendre que la responsabilité ultime revenait à Moscou. Un éditorial du magazine The Economist a accusé Poutine de meurtre collectif. Le magazine Der Spiegel a mis les visages des victimes à la une en titrant en rouge « Stoppt Putin Jetzt! » (Stoppons Poutine maintenant !). Dans le New York Times, Timothy Garton Ash a étayé ses propos relatifs à la « doctrine meurtrière de Poutine » d’attaques personnelles à propos « d’un homme petit et trapu, au faciès de rat ».

The Guardian a joué un rôle important. Reconnu pour ses enquêtes, ce journal ne s’est pas vraiment donné la peine d’examiner qui avait abattu l’avion et pourquoi, malgré l’abondance de documents provenant de sources crédibles qui démontraient que Moscou était aussi abasourdi que le reste du monde, et que l’avion aurait aussi bien pu être abattu par le régime en place en Ukraine.

La Maison-Blanche ne pouvant fournir de preuve vérifiable (malgré tout ce que ses satellites ont pu capter), le correspondant du Guardian à Moscou, Shaun Walker, a colmaté la brèche. « Mon audience avec le démon de Donetsk » était le grand titre à la une d’une interview à chaud du journaliste avec un certain Igor Bezler. « Avec sa moustache de morse, son tempérament bouillant et sa réputation d’homme brutal, écrivait-il, Igor Bezler est le plus craint de tous les dirigeants rebelles de l’est de l’Ukraine (…), surnommé le démon (…). Si l’on en croit le Service de sécurité d’Ukraine, c’est le démon et un groupe formé de ses hommes qui portent la responsabilité d’avoir abattu le vol MH17 de la Malaysia Airlines (…). Outre le vol MH17, les rebelles auraient aussi abattu 10 appareils ukrainiens. » Le journalisme du démon peut se passer de toute autre preuve.

Le journalisme du démon transforme une junte infestée de fascistes ayant pris le pouvoir à Kiev en « gouvernement par intérim » respectable. Les néo-nazis deviennent de simples « nationalistes ». Les « nouvelles » provenant de la junte de Kiev voient à la suppression de toute mention d’un coup d’État fomenté par les États-Unis et du nettoyage ethnique systématique, par la junte, de la population russophone dans l’est de l’Ukraine. Que cela se produise dans la zone frontalière par où les nazis d’hier ont envahi la Russie, causant quelque 22 millions de morts, n’a aucune importance. On n’en a que pour une « invasion » russe de l’Ukraine qui semble difficile à prouver outre les images satellites familières qui évoquent la présentation fictive de Colin Powell aux Nations Unies, « prouvant » que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive. À ce sujet, un groupe formé d’anciens membres des services du renseignement étatsuniens (le Veteran Intelligence Professionals for Sanity) a écrit à la chancelière allemande Angela Merkel pour lui dire ceci : « Vous devez savoir que les accusations « d’invasion » russe majeure en Ukraine ne reposent sur aucun renseignement fiable. Le « renseignement » semble plutôt être du même ordre que les manœuvres politiques douteuses utilisées il y a 12 ans pour « justifier » l’attaque menée par les États-Unis contre l’Irak. »

Le mot d’ordre est de « contrôler le message ». Dans son œuvre phare, Culture et impérialisme, Edward Saïd était plus explicite : le rouleau compresseur médiatique occidental est maintenant capable de pénétrer profondément dans la conscience de la majeure partie de l’humanité, forte d’une « installation » aussi influente que les forces navales impériales du XIXe siècle. Autrement dit, nous en sommes réduits à du journalisme de la canonnière, ou encore à une guerre livrée par les médias.

Pourtant, la population n’est pas dénuée d’esprit critique et la propagande se heurte à de la résistance. C’est qu’une deuxième superpuissance voit le jour, la puissance de l’opinion publique, alimentée par Internet et les médias sociaux.

La fausse réalité créée par les fausses nouvelles colportées par les gardiens des médias pourrait empêcher certains d’entre nous de savoir ce que fait cette superpuissance d’un pays à l’autre, du continent américain à l’Europe, en passant par l’Asie et l’Afrique. Nous assistons à une insurrection morale, comme en témoignent les dénonciateurs que sont Edward Snowden, Chelsea Manning et Julian Assange. La question qui demeure est la suivante : Allons-nous briser le silence pendant qu’il est encore temps ?

Lors de mon dernier séjour à Gaza, au moment où je regagnais le poste de contrôle israélien, j’ai aperçu deux drapeaux palestiniens à travers les barbelés. Des enfants avaient fabriqué des mâts à partir de bâtons liés ensemble et avaient grimpé sur un mur pour mieux brandir leurs drapeaux.

On m’a dit que les enfants font cela quand des étrangers sont autour, parce qu’ils veulent montrer au monde qu’ils sont là, vivants, braves, invaincus.

John PilgerTraduit par Daniel pour vineyardsaker.fr

Source : Breaking the last taboo – Gaza and the threat of world war (johnpilger.com, anglais, 11-09-2014)