Archive pour communisme libertaire

Société contre l’État: Réflexion sur l’association libre volontaire comme solution politique…

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Le communisme libertaire: une alternative au capitalisme et à l’étatisme

 

CGA / IAL 76

2009

 

Elisée Reclus a écrit: « l’anarchie est la plus haute expression de l’ordre ». Si cette idée peut paraître farfelue au premier abord à celles et ceux qui ne connaissent pas du tout l’anarchisme, c’est parce qu’elle heurte le préjugé selon lequel l’Etat est garant de l’ordre et de la justice. C’est parce que nous pensons précisément le contraire que nous sommes anarchistes. Pour nous, toute l’histoire humaine montre que c’est la hiérarchie sous toutes ses formes qui génère de l’injustice et donc du désordre. Nous pensons que plus le pouvoir est concentré entre peu de mains plus l’injustice qui en découle est puissante. Aussi, l’Etat est la forme typique et parfaite de la domination de quelques-un-es sur tous les autres. Nous pensons au contraire que la justice sociale c’est à dire l’égalité d’accès à tous les biens matériels et immatériels (et en particulier l’accès au pouvoir de décision) est la seule chose qui fait reculer le chaos et la violence. L’ordre ce n’est pas la police, c’est la justice.

L’histoire de l’anarchisme est ainsi caractérisée par une recherche et une expérimentation des formes sociales à mettre en œuvre pour concrétiser la justice, bref une recherche concrète et pragmatique d’une alternative à tous les systèmes d’oppression que sont le capitalisme, le féodalisme, le marxisme, la domination masculine, les religions, etc. L’histoire de l’anarchisme, entre les conjectures théoriques et leurs expérimentations dans le réel débouche en ce début de 21ème siècle sur une réponse synthétique au problème social que l’on peut qualifier de Communisme Libertaire.

Le projet de société anarchiste est donc communiste mais sûrement pas marxiste. Communiste, c’est à dire que sur le plan économique tous les moyens de production relèvent de la propriété commune. Libertaire, c’est à dire que tout doit être librement consenti pour que ça fonctionne. Ce libre consentement dépend de la nature des institutions typiquement libertaires que nous proposons pour faire fonctionner la société à laquelle nous aspirons.

Il s’agit de mettre à jour des méthodes et techniques d’organisation horizontale des activités humaines qui permettent de satisfaire nos valeurs (liberté, égalité et solidarité). Le communisme libertaire repose donc sur l’autogestion économique, politique et sociale de la société. Il s’agit de se doter d’institutions adéquates pour que chacun et chacune participe aux décisions qui le/la concerne, de l’échelle locale à l’échelle internationale. L’objectif: donner le contrôle à la base, pour que les décisions soient prises par toutes et tous afin que les choix politiques soient réellement faits dans l’intérêt général. Ce système politique c’est la démocratie directe. Loin de toute conception référendaire qui suppose l’existence d’une minorité politique en place qui « consulte » la base, il s’agirait de généraliser l’assemblée générale souveraine à tous les secteurs: usines, bureaux, écoles, agriculture, quartiers, communes. Si la démocratie directe, pour être au plus près des besoins humains réels, s’exerce naturellement et spontanément à l’échelle locale, le champ économique comme le champ politique aurait ensuite leur propre logique fédérative: de la commune vers la région, de la région vers la « nation » puis vers l’international. Chaque passage d’un niveau à l’autre s’effectue du bas vers le haut à l’aide de mandaté-e-s révocables à tout moment. C’est ce mécanisme, le fédéralisme libertaire, qui rend l’autogestion généralisable à une très large échelle géographique. Ainsi la fédération des communes libres est l’alternative aux prétentions organisatrices de l’Etat qui, rouge, rose, bleu ou vert a toujours été et sera toujours l’outil de domination d’une minorité privilégiée. La démocratie représentative est incapable de servir l’intérêt général précisément parce que ses élus, étant irrévocables pendant leur mandat, constituent une classe sociale à part entière, particulièrement consciente de ses intérêts. Privilégié-e-s politiques, ils ne peuvent qu’avoir des rapports d’entente plus ou moins formels avec les privilégié-e-s économiques: les patrons et notamment les plus gros et les plus influents d’entre-eux. Mais encore, la compétition pour l’accès aux postes de pouvoir rend les pratiques immorales indispensables pour qui veut gagner une élection.

Sur le plan économique, pour nous, la seule façon de garantir une véritable propriété collective des moyens de production c’est l’autogestion. Il n’y a pas de véritable propriété collective si les travailleurs et travailleuses ne décident pas eux-mêmes ce qu’il faut produire et comment le produire. En dernier ressort, être propriétaire de quelque-chose c’est décider souverainement de l’usage que l’on fait de cette chose. La propriété étatique des moyens de production telle qu’elle est défendue par le marxisme, ne consiste donc qu’à transmettre le pouvoir de décision économique à une nouvelle minorité: l’Etat.

Par conséquent, le communisme libertaire consiste à abolir les mécanismes du marché. Le marché « parfait » est un mythe propre à l’idéologie libérale, la concurrence débouche toujours sur des monopoles, des rentes de situation, sur la concentration de la richesse entre quelques mains et donc sur des crises, bref une certaine forme de féodalité…. il faut bien comprendre que le « marché » est synonyme d’opacité. En effet, faire fonctionner l’économie par le marché c’est accepter l’idée que la société ne contrôle pas de façon démocratique ce qu’elle produit, c’est accepter de tout accepter sans avoir son mot à dire. A l’heure de la crise écologique et financière où tout le monde s’accorde à dire que l’économie doit être rationalisée, le marché doit nous apparaître archaïque. Qu’on le veuille ou non, l’explosion mondiale des inégalités et le dépassement des limites écologiques à venir nous oblige à repenser un autre modèle économique et politique qui ne soit ni capitaliste ni marxiste. Le point commun de ces deux drames des deux derniers siècles n’est-il pas le refus de la démocratie c’est à dire le refus de donner le contrôle à la base? Plus que jamais, l’anarchisme et son projet communiste libertaire largement accrédité par les expériences historiques dont il peut se prévaloir peut et doit apporter aux mouvements sociaux le projet alternatif qui leur fait tant défaut et qui explique pour une large part leurs échecs trop fréquents.

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Lectures complémentaires:

Marshall-Sahlins-La-nature-humaine-une-illusion-occidentale-2008

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Manifeste pour la Société des Sociétés

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Manifeste contre le travail

Un monde sans argent: le communisme

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

Appel au Socialisme Gustav Landauer

Communisme et anarchie… Seule compatibilité

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 8 février 2018 by Résistance 71

Quand la branche anarchiste “collectiviste” devint “communiste”.  Cafiero était un grand ami de Bakounine et Reclus. Bakounine représentait le “collectivisme” anarchiste face au “communisme” autoritaire et étatique de Marx lors de la 1ère Internationale (AIT), dont les anarchistes furent expulsés par Marx et sa clique du despotisme “avant-gardiste”. C’est dans cet écrit et 4 ans après la mort de Bakounine que Cafiero et les “collectivistes” comprennent et rejoignent les anarcho-communistes emmenés par Kropotkine et embrassent le seul véritable communisme : celui de l’association libre antiautoritaire anarcho-communiste. Ce cri de ralliement fut publié par un Kropotkine ravi dans sa publication “Le Révolté” en 1880.

Au sujet de l’auteur: Carlo Cafiero (1846-1892), fils d’un grand propriétaire terrien italien qui renonça à la richesse et la gloire familiale pour embrasser la cause de la révolution sociale. Devient le bras droit de Michel Bakounine lors de la 1ère Internationale. En fait à l’origine, il fut le chef de file marxiste pour promouvoir l’idéologie de Marx en Italie dans la branche italienne de l’AIT. Sa mission était de lutter contre l’influence anarchiste en Italie et de promouvoir le marxisme chez les ouvriers italiens plus enclins à suivre les anarchistes Malatesta et Bakounine. Il rencontre Bakounine à Locarno et après de longues discussions, est convaincu de l’aspect néfaste du communisme autoritaire marxiste. Il aida en 1873 à la création d’un centre international pour la révolution sociale en Italie. A partir de 1882 il développa des troubles psychiques et fut interné dans un asile psychiatrique en 1891 où il mourut de tuberculose l’année suivante.

~ Résistance 71 ~

 

Communisme et Anarchisme

 

Carlo Cafiero

 

“Le révolté”, 1880

 

Au congrès tenu à Paris par la région du Centre, un orateur, qui s’est distingué par son acharnement contre les anarchistes, disait :  » Communisme et anarchie hurlent de se trouver ensemble.  »

Un autre orateur qui parlait aussi contre les anarchistes, mais avec moins de violence, s’est écrié, en parlant d’égalité économique :  » Comment la liberté peut-elle être violée, lorsque l’égalité existe ? « .

Eh bien ! je pense que les deux orateurs avaient tort.

On peut parfaitement avoir l’égalité économique, sans avoir la moindre liberté. Certaines communautés religieuses en sont une preuve vivante, puisque la plus complète égalité y existe en même temps que le despotisme. La complète égalité, car le chef s’habille du même drap et mange à la même table que les autres ; il ne se distingue d’eux que par le droit de commander qu’il possède. Et les partisans de  » l’Etat populaire  » ? S’ils ne rencontraient pas d’obstacles de toute sorte, je suis sûr qu’ils finiraient par réaliser la parfaite égalité, mais, en même temps aussi le plus parfait despotisme, car, ne l’oublions pas, le despotisme de l’Etat actuel augmenterait du despotisme économique de tous les capitaux qui passeraient aux mains de l’Etat, et le tout serait multiplié par toute la centralisation nécessaire à ce nouvel Etat. Et c’est pour cela que nous, les anarchistes, amis de la liberté, nous nous proposons de les combattre à outrance.

Ainsi, contrairement à ce qui a été dit, on a parfaitement raison de craindre pour la liberté, lors même que l’égalité existe ; tandis qu’il ne peut y avoir aucune crainte pour l’égalité là où existe la vraie liberté, c’est-à-dire l’anarchie.

Enfin, anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de liberté et d’égalité, sont les deux termes nécessaires et indivisibles de la révolution.

Notre idéal révolutionnaire est très simple, on le voit : il se compose, comme celui de tous nos devanciers, de ces deux termes : liberté et égalité. Seulement il y a une petite différence.

Instruits par les escamotages que les réactionnaires de toute sorte et de tout temps ont faits de la liberté et de l’égalité, nous nous sommes avisés de mettre, à côté de ces deux termes, l’expression de leur valeur exacte. Ces deux monnaies précieuses ont été si souvent falsifiées, que nous tenons enfin à en connaître et à en mesurer la valeur exacte.

Nous plaçons donc, à côté de ces deux termes : liberté et égalité, deux équivalents dont la signification nette ne peut pas prêter à l’équivoque, et nous disons :  » Nous voulons la liberté, c’est-à-dire l’anarchie, et l’égalité, c’est-à-dire le communisme. « 

Anarchie, aujourd’hui, c’est l’attaque, c’est la guerre à toute autorité, à tout pouvoir, à tout Etat. Dans la société future, l’anarchie sera la défense, l’empêchement apporté au rétablissement de toute autorité, de tout pouvoir, de tout Etat : pleine et entière liberté de l’individu qui, librement et poussé seulement par ses besoins, par ses goûts et ses sympathies, se réunit à d’autres individus dans le groupe ou dans l’association ; libre développement de l’association qui se fédère avec d’autres dans la commune ou dans le quartier ; libre développement des communes qui se fédèrent dans la région – et ainsi de suite : les régions dans la nation ; les nations dans l’humanité.

Le communisme, la question qui nous occupe plus spécialement aujourd’hui, est le second point de notre idéal révolutionnaire.

Le communisme actuellement, c’est encore l’attaque ; ce n’est pas la destruction de l’autorité, mais c’est la prise de possession, au nom de toute l’humanité, de toute la richesse existant sur le globe. Dans la société future, le communisme sera la jouissance de toute la richesse existante, par tous les hommes et selon le principe : De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins, c’est-à-dire : De chacun et à chacun suivant sa volonté.

Il faut remarquer, – et ceci répond surtout à nos adversaires, les communistes autoritaires ou étatistes – que la prise de possession et la jouissance de toute la richesse existante doivent être, selon nous, le fait du peuple lui-même. Le peuple, l’humanité, n’étant pas des individus capables de saisir la richesse et la tenir dans leurs deux mains, on a voulu en conclure, il est vrai, qu’il faut, pour cette raison, instituer toute une classe de dirigeants, de représentants et de dépositaires de la richesse commune. Mais nous ne partageons pas cet avis. Pas d’intermédiaires, pas de représentants qui finissent toujours par ne représenter qu’eux-mêmes ! Pas de modérateurs de l’égalité, pas davantage de modérateurs de la liberté ! Pas de nouveau gouvernement, pas de nouvel Etat, dut-il se dire populaire ou démocrate, révolutionnaire ou provisoire.

La richesse commune étant disséminée sur toute la terre, tout en appartenant de droit à l’humanité entière, ceux donc qui se trouvent à la portée de cette richesse et en mesure de l’utiliser l’utiliseront en commun. Les gens de tel pays utiliseront la terre, les machines, les ateliers, les maisons, etc., du pays et ils s’en serviront tous en commun. Partie de l’humanité, ils exerceront ici, de fait et directement, leur droit sur une part de la richesse humaine. Mais si un habitant de Pékin venait dans ce pays, il se trouverait avoir les mêmes droits que les autres ; il jouirait en commun avec les autres de toute la richesse du pays, de la même façon qu’il l’eût fait à Pékin.

Il s’est donc bien trompé, cet orateur qui a dénoncé les anarchistes comme voulant constituer la propriété des corporations. La belle affaire que l’on ferait, si l’on détruisait l’Etat pour le remplacer par une multitude de petits Etats ! Tuer le monstre à une tête pour entretenir le monstre à mille têtes !

Non ; nous l’avons dit, et nous ne cesserons de le répéter : point d’entremetteurs, point de courtiers et d’obligeants serviteurs qui finissent toujours par devenir les vrais maîtres : nous voulons que toute la richesse existante soit prise directement par le peuple lui-même, qu’elle soit gardée par ses mains puissantes, et qu’il décide lui-même de la meilleure manière d’en jouir, soit pour la production, soit pour la consommation.

Mais on nous demande : le communisme est-il applicable ? Aurions-nous assez de produits pour laisser à chacun le droit d’en prendre à sa volonté, sans réclamer des individus plus de travail qu’ils ne voudront en donner ?

Nous répondons : Oui. Certainement, on pourra appliquer ce principe : De chacun et à chacun suivant sa volonté, parce que, dans la société future, la production sera si abondante qu’il n’y aura nul besoin de limiter la consommation, ni de réclamer des hommes plus d’ouvrage qu’ils ne pourront ou ne voudront en donner.

Cette immense augmentation de production, dont on ne saurait même aujourd’hui se faire une juste idée, peut se deviner par l’examen des causes qui la provoqueront. Ces causes peuvent se réduire à trois principales :

  • L’harmonie de la coopération dans les diverses branches de l’activité humaine, substituée à la lutte actuelle qui se traduit dans la concurrence ;
  • L’introduction sur une immense échelle des machines de toutes sortes ;
  • L’économie considérable des forces du travail, des instruments de travail et des matières premières, réalisée par la suppression de la production nuisible ou inutile.

La concurrence, la lutte est un des principes fondamentaux de la production capitaliste, qui a pour devise : Mors tua vita mea, ta mort est ma vie. La ruine de l’un fait la fortune de l’autre. Et cette lutte acharnée se fait de nation à nation, de région à région, d’individu à individu, entre travailleurs aussi bien qu’entre capitalistes. C’est une guerre au couteau, un combat sous toutes les formes : corps à corps, par bandes, par escouades, par régiments, par corps d’armée. Un ouvrier trouve de l’ouvrage où un autre en perd ; une industrie ou plusieurs industries prospèrent, lorsque telles ou telles industries périclitent.

Eh bien ! imaginez-vous lorsque, dans la société future, ce principe individualiste de la production capitaliste, chacun pour soi et contre tous, et tous contre chacun, sera remplacé par le vrai principe de la sociabilité humaine : chacun pour tous et tous pour chacun – quel immense changement n’obtiendra-t-on pas dans les résultats de la production ? Imaginez-vous quelle sera l’augmentation de la production, lorsque chaque homme, loin d’avoir à lutter contre tous les autres, sera aidé par eux, quand il les aura, non plus comme ennemis, mais comme coopérateurs. Si le travail collectif de dix hommes atteint des résultats absolument impossibles pour un homme isolé, combien grands seront les résultats obtenus par la grande coopération de tous les hommes qui, aujourd’hui, travaillent hostilement les uns contre les autres ?

Et les machines ? L’apparition de ces puissants auxiliaires du travail, si grande qu’elle nous paraisse aujourd’hui, n’est que très minime en comparaison de ce qu’elle sera dans la société à venir.

La machine a contre elle, aujourd’hui, souvent l’ignorance du capitaliste, mais plus souvent encore son intérêt. Combien de machines restent inappliquées uniquement parce quelles ne rapportent pas un bénéfice immédiat au capitaliste ?

Est-ce qu’une compagnie houillère, par exemple, ira se mettre en frais pour sauvegarder les intérêts des ouvriers et construira de coûteux appareils pour descendre les mineurs dans les puits ? Est-ce que la municipalité introduira une machine pour casser les pierres, lorsque ce travail lui fournit le moyen de faire à bon marché de l’aumône aux affamés ? Que de découvertes, que d’applications de la science restent lettre morte, uniquement parce qu’elles ne rapporteraient pas assez au capitaliste !

Le travailleur lui-même est aujourd’hui l’ennemi des machines, et ceci avec raison, puisqu’elles sont vis-à-vis de lui le monstre qui vient le chasser de l’usine, l’affamer, le dégrader, le torturer, l’écraser. Et quel immense intérêt il aura, au contraire, à en augmenter le nombre lorsqu’il ne sera plus au service des machines ; au contraire, elles-mêmes seront à son service, l’aidant et travaillant pour son bien-être !

Enfin, il faut tenir compte de l’immense économie qui sera faite sur les trois éléments du travail : la force, les instruments et la matière, qui sont horriblement gaspillés aujourd’hui, puisqu’on les emploie à la production de choses absolument inutiles, quand elles ne sont pas nuisibles à l’humanité.

Combien de travailleurs, combien de matières et combien d’instruments de travail ne sont-ils pas employés aujourd’hui par l’armée de terre et de mer, pour construire les navires, les forteresses, les canons et tous ces arsenaux d’armes offensives et défensives ! Combien de ces forces sont usées à produire des objets de luxe qui ne servent qu’à satisfaire des besoins de vanité et de corruption !

Et lorsque toute cette force, toutes ces matières, tous ces instruments de travail seront employés à l’industrie, à la production d’objets qui eux-mêmes serviront à produire, quelle prodigieuse augmentation de la production ne verrons-nous pas surgir !

Oui, le communisme est applicable ! On pourra bien laisser à chacun prendre à volonté ce dont il aura besoin, puisqu’il y en aura assez pour tous. On n’aura plus besoin de demander plus de travail que chacun n’en voudra donner, parce qu’il y aura toujours assez de produits pour le lendemain.

Et c’est grâce à cette abondance que le travail perdra le caractère ignoble de l’asservissement, en lui laissant seulement le charme d’un besoin moral et physique, comme celui d’étudier, de vivre avec la nature.

Ce n’est pas tout d’affirmer que le communisme est chose possible nous pouvons affirmer qu’il est nécessaire. Non seulement on peut être communiste ; il faut l’être sous peine de manquer le but de la révolution.

En effet, après la mise en commun des instruments de travail et des matières premières, si nous conservions l’appropriation individuelle des produits du travail, nous nous trouverions forcés de conserver la monnaie, partant une accumulation de richesses plus ou moins grande, selon plus ou moins de mérite, ou plutôt d’adresse des individus. L’égalité aurait ainsi disparu, puisque celui qui parviendrait à posséder plus richesse se serait déjà élevé par cela même au-dessus du niveau des autres Il ne resterait plus qu’un pas à faire pour que les contre-révolutionnaires établissent le droit d’héritage. Et, en effet, j’ai entendu un socialiste de renom, soi-disant révolutionnaire, qui soutenait l’attribution individuelle des produits, finir par déclarer qu’il ne verrait pas d’inconvénients à ce que la société admît la transmission de ces produits en héritage : la chose selon lui, ne porterait pas à conséquence. Pour nous qui connaissons de près les résultats auxquels la société en est arrivée avec cette accumulation des richesses et leur transmission par héritage, il ne peut pas y avoir de doute à ce sujet.

Mais l’attribution individuelle des produits rétablirait non seulement l’inégalité parmi les hommes, elle rétablirait encore l’inégalité entre les différents genres de travail. Nous verrions reparaître immédiatement le travail  » propre  » et le travail  » malpropre « , le travail  » noble  » et le travail  » ignoble  » : le premier serait fait par les plus riches, le second serait l’attribution des plus pauvres. Alors ce ne serait plus la vocation et le goût personnel qui détermineraient l’homme à s’adonner à tel genre d’activité plutôt qu’à un autre : ce serait l’intérêt, l’espoir de gagner davantage dans telle profession. Ainsi renaîtraient la paresse et la diligence, le mérite et le démérite, le bien et le mal, le vice et la vertu, et, par conséquent, la  » récompense « , d’un côté, et la  » punition « , de l’autre, la loi, le juge, le sbire et la prison.

Il y a des socialistes qui persistent à soutenir cette idée de l’attribution individuelle des produits du travail en faisant valoir le sentiment de la justice.

Etrange illusion ! Avec le travail collectif, que nous impose la nécessité de produire en grand et d’appliquer sur une large échelle les machines, avec cette tendance, toujours plus grande, du travail moderne à se servir du travail des générations précédentes, – comment pourra déterminer ce qui est la part du produit de l’un et la part du produit d’un autre ? C’est absolument impossible, et nos adversaires le reconnaissent si bien eux-mêmes, qu’ils finissent par dire :  » Eh bien ! nous prendrons pour base de la répartition l’heure de travail  » ; mais, en même temps, ils admettent eux-mêmes que ce serait injuste, puisque trois heures du travail de Pierre peuvent souvent valoir cinq heures du travail de Paul.

Autrefois nous nous disions  » collectivistes « , puisque c’était le mot qui nous distinguait des individualistes et des communistes autoritaires ; mais, au fond, nous étions tout bonnement communistes antiautoritaires, et en nous disant  » collectivistes « , nous pensions exprimer par ce nom notre idée que tout doit être mis en commun, sans faire de différence entre les instruments et matières de travail et les produits du travail collectif.

Mais, un beau jour, nous avons vu surgir encore une nouvelle nuance de socialistes qui, ressuscitant les errements du passé, se mirent à philosopher, à distinguer, à différencier sur cette question, et qui finirent par se faire les apôtres de la thèse suivante :

 » Il existe – disent-ils – des valeurs d’usage et des valeurs de production. Les valeurs d’usage sont celles que nous employons à satisfaire nos besoins personnels : c’est la maison que nous habitons, les vivres que nous consommons, les vêtements, les livres, etc., taudis que les valeurs de production sont celles dont nous nous servons pour produire : c’est l’atelier, les hangars, l’étable, les magasins, les machines et les instruments de travail de toute sorte, le sol, matières de travail, etc. Les premières valeurs qui servent à satisfaire les besoins de l’individu ? disent-ils – doivent être d’attribution individuelle, tandis que les secondes, celles qui servent à tous pour produire, doivent être d’attribution collective.  »

Telle fut la nouvelle théorie économique trouvée, ou plutôt renouvelée pour le besoin.

Mais je vous demande, à vous qui donnez l’aimable titre de valeur de production au charbon qui sert à alimenter la machine, à l’huile servant pour la graisser, à l’huile qui éclaire sa marche – pourquoi le refuserez-vous au pain et, à la viande dont je me nourris, à l’huile dont j’assaisonne ma salade, au gaz qui éclaire mon travail, à tout ce qui sert à faire vivre et marcher la plus parfaite de toutes les machines, le père de toutes les machines : l’homme ?

Vous classez dans les valeurs de production la prairie et l’étable qui sert à abriter les bœufs et les chevaux et vous voulez en exclure les maisons et les jardins qui servent au plus noble de tous les animaux : l’homme ?

Où est donc votre logique ?

D’ailleurs, vous-mêmes qui vous faites les apôtres de cette théorie, vous savez parfaitement que cette démarcation n’existe pas en réalité, et que, s’il est difficile de la tracer aujourd’hui, elle disparaîtra complètement le jour où tous seront producteurs en même temps que consommateurs.

Ce n’est donc pas cette théorie, on le voit, qui aurait pu donner une force nouvelle aux partisans de l’attribution individuelle des produits du travail. Cette théorie n’a obtenu qu’un seul résultat : celui de démasquer le jeu de ces quelques socialistes qui voulaient atténuer la portée de l’idée révolutionnaire ; elle nous a ouvert les yeux et nous a montré la nécessité de nous déclarer tout carrément communistes.

Mais enfin abordons la seule et unique objection sérieuse que nos adversaires aient avancée contre le communisme.

Tous sont d’accord que nous allons nécessairement vers le communisme, mais on nous observe qu’au commencement, les produits n’étant pas assez abondants, il faudra établir le rationnement, le partage, et que le meilleur partage des produits du travail serait celui basé sur la quantité du travail que chacun aura faite.

A ceci nous répondons que, dans la société future, lors même que l’on serait obligé de faire le rationnement, on devrait rester communistes : c’est-à-dire le rationnement devrait se faire, non pas selon les mérites, mais selon les besoins.

Prenons la famille, ce modèle du petit communisme (d’un communisme autoritaire plutôt qu’anarchiste, il est vrai, ce qui, d’ailleurs, dans notre exemple, ne change rien).

Dans la famille, le père apporte, supposons cent sous par jour, l’aîné trois francs, un garçon plus jeune, quarante sous, et le gamin seulement vingt sous par jour. Tous apportent l’argent à la mère qui tient la caisse et qui leur donne à manger. Tous apportent inégalement, mais au dîner chacun se sert à sa guise et selon son appétit ; il n’y a pas de rationnement. Mais viennent les mauvais jours, et la dèche force la mère à ne plus s’en remettre à l’appétit et au goût de chacun pour la distribution du dîner. Il faut faire un rationnement et, soit par l’initiative de la mère, soit par convention tacite de tous, les portions sont réduites. Mais voyez, cette répartition ne se fait pas suivant les mérites, car c’est le plus jeune garçon et le gamin surtout qui reçoivent la plus grosse part, et quant au morceau choisi, il est réservé pour la vieille qui ne rapporte rien du tout. Même pendant la disette, on applique dans la famille ce principe de rationnement selon les besoins. En serait-il autrement dans la grande famille humaine de l’avenir ?

Il est évident qu’il y aurait à dire davantage sur ce sujet, si je ne le traitais pas devant des anarchistes.

On ne peut pas être anarchiste sans être communiste. En effet, la moindre idée de limitation contient déjà en elle-même les germes d’autoritarisme. Elle ne pourrait pas se manifester sans engendrer immédiatement la loi, le juge, le gendarme.

Nous devons être communistes, car c’est dans le communisme que nous réaliserons la vraie égalité. Nous devons être communistes, parce que le peuple, qui ne comprend pas les sophismes collectivistes, comprend parfaitement le communisme comme les amis Reclus et Kropotkine l’ont déjà fait remarquer. Nous devons être communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l’anarchie et le communisme sont les deux termes nécessaires de la révolution.

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Lectures connexes:

Manifeste de la societe des societes

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Que faire ?

La Morale Anarchiste de Kropotkine)

kropotkine_science-etat-et-societé

 

La commune libre… Solution pour un marasme

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 février 2013 by Résistance 71

Avec un communisme ici pris dans le sens kropotkinien du terme pour « commune libre » et non pas au sens marxiste. Le marxisme ne représente que la face « capitalisme d’état » de la même pièce capitaliste garanti par l’état garde-chiourme… L’oligarchie a financé et contrôlé le marxisme et la vaste majorité de ses réalisations criminelles de Lénine et Trotski à Mao. Le communisme libertaire lui, ne peut-être tenu en laisse par le capital, là réside toute la différence et l’oligarchie le sait parfaitement bien…

— Résistance 71 —

 

Communisme: Un manifeste

 

Collectif

 

Le 27 Janvier 2013

 

url de l’article original:

http://www.autrefutur.net/Communisme-un-manifeste

 

Ce manifeste signé du collectif pour l’intervention à paraître début novembre aux éditions Nous n’est pas une énième analyse du capitalisme. Il s’adresse à ceux qui participent de près ou de loin aux luttes politiques, ou qui se sentent concernés par elles. Il a pour but de contribuer à renouveler les formes de l’organisation politique. Nous en publions ici un extrait.

Le communisme a longtemps été conçu comme une forme de société égalitaire pouvant être instauré par des décrets d’États ; comme l’application d’une ligne politique juste en droit d’éliminer toutes les autres ; comme un productivisme supérieur car intégralement socialisé ; comme ce qui n’a que mépris pour les attachements à un territoire, pour l’individu et ses faiblesses. Cela nous indique au moins en négatif de quelle manière renouveler l’entente de ce que nous appelons communisme : nous ne croyons pas que l’égalité puisse s’imposer par la force, et en particulier par celle d’un État, fût-il déclaré révolutionnaire. Nous ne voulons pas d’un État, nous ne voulons pas d’un système centralisé, nous voulons ce que nous appelons une composition de mondes. Nous ne voulons pas non plus penser la politique en référence à la seule communauté humaine, car celle-ci n’est rien en dehors des milieux naturels, sociaux et techniques dans lesquels elle s’inscrit. Nous ne voulons pas un meilleur développement économique, mais l’abolition sans reste des pseudo-lois de l’économie qui mènent le monde à sa perte. 

La proposition contenue dans ce manifeste est une proposition d’organisation. Elle ne peut être que le fruit d’une conjonction entre la situation politique présente et nos parcours singuliers. D’où venons-nous ? De collectifs autonomes réunis autour de luttes de chômeurs et précaires, de sans-papiers ou encore anti-nucléaires, menées à distance des partis et des syndicats dont la politique est basée sur la représentation. Malgré leurs forces évidentes, ces collectifs politiques ont aussi généré leur propre stérilité, liée aux rivalités, au sectarisme, à l’enfermement groupusculaire, à un certain révolutionnarisme verbal ou à une esthétique du geste. Notre proposition est donc issue du constat d’un épuisement des formes de la lutte, qu’il s’agisse des mouvements sociaux et du militantisme qui se subordonne à eux, ou des campagnes d’action ponctuelles impulsées par les milieux radicaux. Elle vient aussi de notre refus d’envisager le choix politique à partir d’alternatives infernales : se spécialiser dans la lutte ou se disperser ; séparer la vie et la politique ou dissoudre la politique dans la vie collective ; surjouer le formalisme organisationnel ou s’enfermer dans les évidences qui font tenir les groupes. Nous concevons la nécessité de l’organisation politique en dehors de ces alternatives, ce qui implique de penser aussi bien ce que nous pouvons immédiatement mettre en œuvre, par nos propres forces, que ce que nous devons anticiper en termes de bouleversements révolutionnaires.

Une idée vivante

Comment ce qui existe à l’occasion de moments de lutte politique peut trouver à se prolonger, et ne pas s’arrêter ? Une solution est de s’appuyer sur les expériences communautaires qui ont pu naître, ou se renforcer, à l’occasion d’un conflit. Il s’agit alors de maintenir autant que possible la communauté de lutte telle qu’elle s’est constituée, et de densifier les liens qui la composent. A partir de là, peut se développer une politique expurgée de ses impasses traditionnelles. Ce qui est retenu du moment politique, c’est la disposition à la lutte elle-même, disposition qui peut prendre la forme d’une organisation collective. L’obstacle sur lequel elles butent est alors de savoir comment « s’ouvrir aux autres », mais la question ainsi posée est vouée à demeurer sans réponse, car dans ce cas, c’est la communauté elle-même qui a définitivement pris le pas sur ce dont elle prétend être porteuse, à savoir : un horizon pour la lutte, une idée vivante pour transformer le monde. A l’exact opposé, des philosophes ne cessent de nous rappeler aujourd’hui ce que peut être l’Idée du communisme, et en quoi l’horizon qu’elle convoque redevient plus que jamais pertinent. Mais cette élaboration, quelles que soient ses fécondités ou ses limites intrinsèques, laisse de côté la question du support vivant de cette idée. Cette question est confiée à des émergences futures, et pour l’heure il s’agit seulement de faire un travail de transmission qui se doit d’emprunter ce qui est mis à disposition pour cela : les canaux académiques ou médiatiques.

Nous voyons bien que le geste politique radical, qu’il pèche par excès d’intellectualisme ou par pragmatisme à courte vue, se caractérise aujourd’hui par la confiance qu’il accorde à l’émergence. Quelque chose va bien finir par émerger de tout ce qui est là : luttes spécifiques, mouvements, événements, communautés activistes, colloques de philosophie… L’important est de faire les bonnes hypothèses sur ces émergences à venir. L’important, autrement dit, est de ne pas céder à ce qui semble constituer le péché politique absolu : le volontarisme. Les philosophes nous ont appris à déconstruire la Volonté, les militants nous ont appris à nous méfier comme de la peste de l’avant-gardisme : le résultat est qu’il faut toujours commencer par dire que nous ne voulons au fond rien ajouter à ce qui est déjà là.

Tout le problème est que, si l’on n’ajoute rien de façon volontariste à ce qui est là, rien n’aura jamais lieu que ce qui a déjà lieu, à savoir précisément : des émergences et leurs retombées. Là où il y a ambition révolutionnaire, il y a la nécessité d’assumer un saut, c’est-à-dire de prendre le risque d’ajouter quelque chose à ce qui est déjà là pour pouvoir faire qu’advienne autre chose que ce qui est prévu, autre chose que ce qui est censé nous attendre — c’est-à-dire au bout du compte, l’écrasement des forces révolutionnaires par le parti du capital.

Nous ne croyons pas qu’il puisse y avoir de politique révolutionnaire sans idée, sans horizon -— c’est-à-dire aussi sans que s’inventent des formes adéquates et un tant soit peu nouvelles d’organisation politique qui puissent en être les supports. Une idée vivante n’est pas une abstraction intellectuelle détachée du monde réel. Elle ne se confond pas non plus avec un idéal moral, dont nous devrions chercher à nous approcher indéfiniment mais que nous ne pourrions jamais atteindre. L’idée est l’inscription dans la réalité des exigences qui en permettent la transformation. Il est vrai que l’idée du communisme est indissociable d’un horizon d’attente, mais il n’y a pas d’idée là où on ne fait qu’attendre, là où l’on se contente de cultiver l’impression qu’ « un autre monde est possible ». Il y a une idée vivante là où l’horizon d’attente devient un facteur de la transformation de l’état de chose présent.

Approches de la transition révolutionnaire

Notre problème est de rendre commensurables l’action des groupes politiques organisés et celles de leurs ennemis. Nous avons besoin d’une invention politique qui réduit l’écart entre ces deux types d’action – comme le parti révolutionnaire a pu être capable par le passé – et plus précisément : une invention à même de jeter un pont entre l’ampleur des mouvements de masse ( qui ont une dimension populaire mais ne s’attaquent pas directement au capital ) et le caractère offensif des mouvements radicaux ( qui attaquent le capital en tant que tel mais n’ont pas la puissance de renversement des soulèvements populaires). Une invention susceptible de permettre la continuité d’un rassemblement, et de survivre au va-et-vient des émergences et des vagues de conflit provisoires. Mais tout l’enjeu de cette invention est de trouver une opacité qui laisse aussi peu que possible passer les puissants projecteurs dont sont dotés les militants du capital, tout en étant visible et lisible pour tous ceux à qui elle s’adresse.

Il n’y a pas de solution clé en main. Mais cela ne nous empêche pas de vouloir mettre en œuvre une politique expérimentale, qui cherche à se dégager des impasses qui sont dès maintenant identifiables comme telles. Et pour la mettre en œuvre, il faut fabriquer des dispositifs d’expérimentation – quitte à les réajuster.

Outils pour la lutte

Dans les espaces militants, nous croisons souvent des collectifs, depuis les anarchistes activistes jusqu’aux groupes locaux combatifs d’un syndicat, qui préfèrent organiser leurs actions eux-mêmes, au lieu de s’en remettre à ce qui pourrait émerger spontanément d’on ne sait où, ou aux calendriers des représentants syndicaux. Ce que nous voulons créer est une forme d’organisation – que nous appellerons ici des « comités » – où se concrétise ce choix de la politique, le choix du primat de l’intervention : là où des amitiés et des camaraderies font support pour se mettre en action. Qu’un comité prenne son origine dans un collectif déjà constitué, dans ce que nous appelons des lieux de l’autonomie, ou simplement dans le partage d’une idée, il s’appuie sur la volonté de participer soi-même à l’élaboration et aux décisions d’un groupe, sur une certaine discipline de l’attention et sur l’engagement à une responsabilité mutuelle en son sein. Ce qui suppose de trouver les voies pour ne pas s’enfermer dans l’ethos et les codes d’un groupe. Il est essentiel en ce sens qu’une expression publique des idées des comités ait lieu, pour qu’elles soient à la fois relayées et confrontées à l’épreuve du réel et des critiques. Ce n’est qu’à ces conditions qu’un collectif peut envisager d’être assez stable et pérenne pour dépasser la seule défense de quelques droits lors des mouvements sociaux et être porteur de manière durable d’une idée politique élaborée. Nous voulons une forme d’organisation susceptible d’être réappropriée par tous, qui correspond à ce que nous pouvons mettre en œuvre dès maintenant, par nos propres forces.

Collectif pour l’intervention

Marasme socio-politique: La solution des communes libres et autogérées… Suite et fin…

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Ceci est la seconde et dernière partie de l’essai d’Isaac Puente de 1932: « El communismo libertario », traitant plus spécifiquement de l’organisation économique et politique de la nouvelle société. Ce texte a servi de base à la nouvelle société libertaire espagnole gérée par la CNT entre 1936 et 1939, bien que l’organisation ait commencé bien avant, notamment dans certaines régions de l’Espagne comme l’Andalousie où l’anarchisme s’est implanté depuis les années 1860.

Certaines propositions peuvent paraître un peu « démodées », mais sont en fait parfaitement adaptable à la société existant depuis la fin du XXème siècle. N’oublions jamais que la pensée libertaire n’est en rien dogmatique, qu’elle s’est adaptée et s’adapte toujours à l’évolution (ou plutôt la régression…) de la société actuelle. A cet égard ,des propositions de changement sociétaires comme proposées par Murray Bookchin  et Janet Biehl et leur municipalisme libertaire ou  celle d’un Michaël Albert sur l’économie participative ou « écopar » sont de très bons exemple de quelques manières d’adapter la pensée et le modèle libertaire au monde qui nous entoure.

90% des problèmes inhérents se résoudront dans la pratique et les solutions seront trouvées ici et maintenant ou dans le temps par les personnes directement concernées par la gestion de leur commune libre et de leur inclusion dans une fédération active des communes libres. Un des meilleurs exemples depuis 1994 est le mouvement autonome zapatiste du Chiapas dans le sud du Mexique. Ce mouvement ne se revendique pas anarchiste, mais a synthétisé une pratique libertaire du communisme (dans le sens de fédération de communes) totalement adaptée à leur environnement et à leur culture. Cela marche pour eux et marchera, adapté, pour toute collectivité capable de transcender ses différences.

En cela le pamphlet d’Isaac Puente demeure d’une incroyable actualité tant dans la vision des choses que dans la recette d’application pratique. Pour y parvenir, il faut retrouver cette qualité de la nature humaine primordiale qui a été ensevelie sous une sacrée couche d’immondices, résidus de la société du spectacle et de la consommation effrennée: La solidarité et l’entr’aide mutuelle…

— Résistance 71 —

1ère partie

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~ Traduit de l’espagnols par Résistance 71 ~

 

L’organisation économique de la société

 

Le communisme libertaire est fondé sur l’organisation économique de la société, l’intérêt économique étant le seul lien commun entre les individus en cela qu’il représente le seul lien qui nécessite un accord de tous. L’organisation sociale du communisme libertaire n’a aucun autre but que de mettre sous propriété commune tout ce qui constitue les moyens de création de richese de la société, à savoir: les moyens et les outils de production et les produits eux-mêmes (NdT: ainsi dans l’ère moderne que les moyens de distribution et de services) et aussi de faire une obligation commune que chacun contribue à cette production en accord avec son énergie, son talent / savoir-faire, et de voir ensuite que les produits soient distribués à tous en accord avec les besoins de chacun.

Tout ce qui ne qualifie pas comme fonction économique ou comme activité économique se trouve de facto en dehors de la compétence de l’organisation basée sur l’économie et est en conséquence ouvert à l’initiative personnelle et à l’activité individuelle.

Le contraste entre l’organisation fondée sur des politiques différentes, ce qui est une caractéristique commune à tous les régimes basés sur l’état et une organisation fondée sur les facteurs économiques, dans un régime qui nie l’état, ne peut pas être plus radical, plus dramatique. Afin de démontrer ce contraste dans sa pleine mesure, nous avons élaboré ce schéma comparatif:

  • L’organisation politique (étatique):
    – Traite les gens comme des enfants, incapables de s’organiser ou de se gouverner eux-mêmes sans supervision.
    – Tous les pouvoirs résident dans l’état: l’économie, l’éducation, l’administration de la justice, l’interprétation des lois, la création de la richesse et l’organisation de toutes les fonctions.
    – L’état est souverain. Toutes les forces (armée, police, tribunaux, prisons) sont concentrées dans ses mains. Les citoyens sont sans défense, désarmés, ce qui ne les empêche pas d’être labellisé ‘souverains” par les soi-disantes démocraties.
    – Les gens sont groupés selon leurs croyances politiques, religieuses ou sociales, de manière minimum aussi loin que cela constitue la façon dont les gens diffèrent entr’eux et varient le plus.
    – L’état, qui représente une petite minorité, clâme avoir une grande capacité, habilité et sagesse par rapport aux groupements sociaux divers. “Une tête sait plus que le reste mis ensemble”.
    – En établissant une forme fixe à tout jamais (la constitution ou le code), l’état déforme le futur et mutile la vie, qui est à multiples facettes et en changement constant.
    – L’état s’approprie tout. Les citoyens n’ont rien d’autre a faire que de payer, d’être obéissants, de produire et de suivre la volonté suprême de la personne en contrôle. L’état nous dit: “Donnez-moi le pouvoir et je vais vous rendre heureux.”
    – La société est divisée en deux castes antagonistes: ceux qui donnent les ordres et ceux qui obéissent aux ordres.
    – Seuls des droits de papier, fictionnels sont accordés: liberté, souveraineté, autonomie etc… afin de nourrir la flamme sacrée de l’illusion politique
    – Le progrès et l’évolution de la société mène l’état à travers des formes despotiques et absolutistes vers son effondrement. Le fascisme est une solution tardive apportée par l’état, tout comme le socalisme. L’état déguise et cache ses privilèges seulement pour finir par les perdre petit à petit alors que les consciences individuelles et de classes se développent.
    – Quand l’organisation est politiquement fondée, la hiérarchie s’accentue vers un pinacle. Au dessus des citoyens se trouve le conseil municipal, au-dessus le conseil national: toujours plus haut, le “gouverneur” et encore plus haut le gouvernement.
  • L’organisation d’union syndicale (communisme libertaire):
    – Prend en compte chaque collectivité professionnelle et reconnaît leur capacité à organiser leurs propres affaires. Considère la supervision inutile et l’état superflu.
    – L’initiative passe aux organisations professionnelles, le contrôle de l’éducation aux enseignants, le contrôle des services de santé aux travailleurs de ce secteur. Le contrôle des communications passe aux techniciens et aux assemblées de travailleurs, tandis que le contrôle de la producrion passe à la Fédération des syndicats (communes).
    – Le pouvoir retourne là où il n’aurait jamais dû partir en cela que chaque groupe va le redistribuer à ses membres, il n’est plus accumulé, chaque individu aura sa part et l’assemblée aura ce que chacun lui accorde.
    – Les gens s’unifient par occupation commune et par besoins communs dans l’union (la commune) et aussi loin que la commune/municipalité libre est concernée, les gens s’assemblent par localité et intérêts partagés. De cette façon, les choses en commun se trouvent maximisées.
    – L’assemblée professionnelle comprend ainsi le maximum de justesse, de savoir-faire et de sagesse. Tous ensemble, nous en savons plus qu’une personne seule, même éduquée.
    – Sous une organisation de municipalité libre (union), les lignes de conduite à suivre seront continuellement révisées à la lumière des circonstances.
    – En l’absence des intermédiaires et des rédempteurs, chaque individu doit gérer ses propres affaires et doit s’habituer à la gestion sans passer par des intermédiaires, se libérant ainsi de cette habitude acquise au travers de siècles d’asservissement politique.
    – Chaque citoyen refuse de n’être qu’un producteur et rien de plus. Les positions administratives ne seront que temporaires, sans exemption de travail productif. Ces positions seront constamment dépendantes des décisions atteintes par les assemblées.
    – La liberté fondamentale, la liberté économique, est mise en pratique. La démocratie, à savoir le gouvernement du peuple par le peuple sera une réalité. Le fédéralisme sera réel avec la reconnaissance donnée à la plus grande autonomie et indépendance de la municipalité et de chaque entité productrice.
    – L’évolution des collectivités professionnelles les mène à toujours plus de perfectionnement et de croissance. Elles ont évolué de la défense des intérêts économiques particuliers égoïstes de l’individu vers la formation qui va les équiper pour accepter leur rôle dans la société.
    – Là où l’organisation est fondée sur l’économique, la “hiérarchie” fonctionne vraiment du bas vers le haut (NdT: bien qu’il ne s’agisse plus véritablement d’une société pyramidale, ou alors d’une pyramide très, très applatie…). Les décisions d’un comité peuvent être annulées par un plenium: des décisions pléniaires par l’assemblée et les décisions de l’assemblée peuvent être altérées par le peuple.

La richesse et le travail

Il y a deux choses qui doivent être partagées parmi la population d’une nation: la richesse ou produire pour la consommation de la population entière et le travail requis pour y parvenir. Ceci serait une solution juste et équitable. Une solution qui serait également très rationnelle. Mais dans la société capitaliste, la richesse ne va que dans un seul secteur, un secteur qui ne travaille pas, tandis que le travail lui est assigné à un autre secteur dont les besoins en matière de consommation ne sont pas satisfaits. C’est à dire que nous nous retrouvons dans une situation inverse de ce qui se produit dans la nature, qui alimente toujours plus de substance ou de sang aux membres ou organes qui font le travail. […]

[…] Alors que de nos jours quelques sept millions de travailleurs (NdT: Dans l’Espagne de 1932) sont engagés dans la production de richesse et que cela veut dire qu’ils doivent travailler une moyenne de huit heures par jour, si les 14 millions de personnes capables de travailler se mettaient à la tâche, cela voudrait dire qu’il ne faudrait plus que 4 heures par jour de travail et par personne pour achever la même production. Ceci est la leçon simple et claire que nous pouvons déduire d’une bonne et juste distribution. Ceci est l’utopie que les anarchistes veulent mettre en place.

Le potentiel économique de notre pays

Comme on peut s’y attendre, l’introduction du communisme libertaire dans notre pays, seul de toutes les nations européennes à le faire, amènera l’hostilité des nations capitalistes. Utilisant la défense des intérêts de ses sujets comme prétexte, l’impérialisme bourgeois tentera d’intervenir par la force des armes pour écraser notre système dès sa naissance. Une intervention armée d’une ou plusieurs nations extérieures voudra dire: guerre mondiale. Afin d’éviter la menace d’une révolution sociale dans leur pays, les nations capitalistes préféreraient le plan en sous-main de financer une armée mercenaire comme ils l’ont fait en Russie. […]

[…] Quoi qu’il en soit, si les gens arrivent à tirer le maximum des ressources de notre zone rurale et parviennent ainsi à développer pour eux-mêmes des standards de vie meilleurs, alors ils deviendront les meilleurs défenseurs du communisme libertaire. Un autre danger est le blocus de nos côtes par les navires de guerre des pays capitalistes, ce qui voudra dire que nous devrons nous contenter de nos seules ressources intra muros. Vu la longuer de nos régions côtières ce blocus pourra être facilement contourné, mais la possibilité demeure et nous devrons adresser cette question au préalable. […]

Note du traducteur: suit ici une liste des ressources et possibilités pour l’Espagne des années 1930 sur plusieurs pages… […]

La mise en pratique

Le communisme libertaire est basé sur des organisations qui existent déjà, grâce auxquelles la vie économique dans les villes et les villages peut se dérouler à la lumière des besoins particuliers de chaque localité. Ces organisations sont les syndicats et les municipalités libres. Le syndicat rassemble les individus, les groupe selon la nature de leur travail. En premier lieu, il regroupe les ouvriers d’une usine, d’un atelier ou d’une entreprise, ceci étant la plus petite cellule jouissant d’autonomie en ce qui concerne sa propre activité. Uni à d’autres cellules identiques, ceci constitue une section au sein du syndicat départemental ou industriel. Les syndicats locaux se fédèrent entr’eux, formant une fédération locale, composée des comités élus par les cellules syndicales; une assemblée pléniaire se constitue et une assemblée générale, qui en dernière instance est suprêmement souveraine.

La municipalité libre est l’assemblée de travailleurs dans de petites localités, villages ou hameaux, jouissant de pouvoirs souverains en regard de toutes les affaires locales. En tant qu’institution d’origine ancienne, elle peut, malgré la dilution par les institutions politiques actuelles, retrouver sa souveraineté ancienne et prendre en charge l’organisation de la vie locale.

L’économie nationale est le résultat de la coordination de diverse localités qui constituent la nation. Quand chaque localité a son économie en bonne marche et bien administrée, l’ensemble doit devenir un arrangement harmonieux et la nation devenir parfaitement en paix avec elle-même. Le fait est que la perfection ne doit pas être imposée depuis le haut, mais que cela doit fleurir depuis la base, devenant ainsi un épanouissement spontané et non pas une floraison forcée. De la même manière que des accords entre individus sont atteints par la communication entr’eux, l’harmonie entre les localités sera perpétrée de la même façon: par des contacts périodiques et circonstantiels au cours d’assemblées pléniaires et de congrès et le contact endurant et continu établi par les fédérations industrielles.

Regardons de manière séparée l’organisation rurale et urbaine, puis l’organisation de l’économie dans son entièreté.

L’organisation rurale

Cet en zone rurale que la mise en place du communisme libertaire présente le moins de complications, car cela ne demande que l’activation de la municipalité libre, ou la commune, qui est l’ensemble des habitants d’un village ou d’un hameau rassemblé en un conseil ayant les pleins pouvoirs pour administrer et gérer les affaires locales, principalement la production et la distribution.

De  nos jours, le conseil n’est pas un agent libre, il est regardé comme une entité mineure et ses décisions peuvent être invalidées par le conseil de chef-lieu ou de gouvernement ou les entreprises, trois institutions parasites qui vivent sur le dos de l’assemblée, l’ensemble, du peuple.

Dans la municipalité libre, le territoire entier de sa juridiction sera placé sous la formule de la propriété commune et non pas une partie de territoire municipal comme cela est la cas aujourd’hui; les collines, les arbres, les pâturages, les terres arables, les bêtes de sommes (NdT: aujourd’hui la machinerie) et les animaux d’élevages, les bâtiments, les machines et les améliorations fermières, le surplus de matériel et la production accumulée ou placée en stockage par ses habitants.

Ainsi, les seules choses qui demeureront du domaine de la propriété privée seront les choses nécessaires à chaque individu, comme le logement, l’habillement, les meubles, les outils de travail, les parcelles mises à disposition de chaque habitant pour leur propre production vivrière qu’ils pourront consommer ou faire comme passe-temps sur le temps libre et distribuer.

Tout surplus aux requis de vie nornal pourra être collecté à tout moment par la municipalité avec l’accord préalable de l’assemblée, dans la mesure où tout ce qui est acccumulé sans besoin réel ne nous appartient pas et en fait prive quelqu’un d’autre de sa possession. La nature nous donne le droit de propriété sur ce dont nous avons besoin pour vivre décemment, mais nous ne pouvons pas clâmer quoi que ce soit au delà de ce que nous avons fondamentlaement besoin sans commettre un vol (NdT: cf Proudhon), sans usurper le droit de propriété de tous et donc de la collectivité.

Tous les résidents seront égaux:

Ils produiront et contribueront également à la maintenance logistique de la commune, sans différenciation autre que celle de l’aptitude à certaines tâches (âge, spécificité professionnelle, etc…). Tous prendront une part égale dans la décision administrative prise en assemblée et tous auront des droits égaux de consommation en accord avec leur besoin (familles, couples sans enfants, personnes âgées, célibataires, familles nombreuses etc…) ou lorsque cela est inévitable, en accord avec une politique de rationnement.

Quiconque refuse de travailler dans la communauté (mis à part bien sûr les enfants, les malades, les handicappés ou les personnes âgées) seront démunis de leurs droits: de délibérer en assemblée et de consommer.

La municipalité libre se fédèrera avec ses contre-parties dans d’aures localités et avec les fédérations industrielles nationales. Chaque localité mettera ses surplus de production à disposition pour échange en retour pour les choses dont elles ont besoin. Elle contribuera au travail d’intérêt général comme l’entretient et le développement des réseaux routiers, ferroviers, réservoirs, châteaux d’eau, reforestation etc…

En échange de leur contribution à l’intérêt général régional ou national, les membres de la municipalité libre pourront bénéficier des services publiques comme la poste, téléphone, chemin de fer, autoroute, électricité, services de santé, hôpitaux, sanitariums et spas, une éducation supérieure universitaire et des articles et produits non manufacturés localement.

Le surplus d’énergie humaine sera utilisé pour de nouveaux travaux et de nouvelles productions comme la municipalité le juge bon pour son développement collectif et en partageant le travail parmi tout le monde, réduisant le nombre d’heures de travail effectif et la longuer de la journée de travail pour chacun.

Le villageois ne doit pas trop se préoccuper de la municipalité libre dans la mesure où ses ancêtres ont vécu de manière similaire. Dans chaque village on peut trouver des travaux faits en commun et une propriété commune pour un meilleur partage des activités (comme la collection de combustibles ou les pâturages communs). De plus il y a des procédures de droit coutumier rural, des façons et certains moyens par lesquels des solutions peuvent toujours être trouvées quelque soit la difficulté et dans ces procédures, la décision n’est jamais prise par une seule personne, même si elle était élue pour le but des autres, mais une décision est atteinte par l’accord de tout le monde (NdT: pas de majorité… mais l’unanimité !)

L’organisation urbaine

En ville, la partie jouée par la municipalité libre est jouée par la fédération locale. Dans de grands centres urbains, de telles organisations peuvent exister dans chaque district. La souveraineté ultime de la fédération locale des syndicats industriels réside avec l’assenblée générale de tous les producteurs locaux.

Leur mission est de mettre en place la vie économique de leur localité, mais spécifiquement la production et la distribution, à la lumière des requis de leur propre localité et de même, des demandes d’autres localités (par le truchement de la fédération).

En temps de révolution, les syndicats prendront possession des usines et des ateliers, des logements, des bâtiments et des services publics, des matériaux, matières premières et matières premières et matériaux stockés.

Un carnet de producteur, délivré par le syndicat approprié, sera indispensable pour que tout le monde pusse jouir de ses droits, en plus de l’information détaillée concernant le besoin de consommation comme par exemple: la taille de la famille, le nombre de jours et d’heures travaillés, tout cela sera aussi consigné dans le carnet (NdT: tout cela de nos jours se fera bien sûr par informatique). Les seuls personnes exemptes seront les enfants, les personnes âgées et les handicappés.

Le carnet de producteur confère un droit à tout ceci:

  • A consommer en accord avec ses besoins de tous les produits distribués dans cette localité.
  • De posséder pour son usage personnel un logement adéquat, des meubles en conséquence, un poulailler et un allotement de terrain pour la culture de légumes selon les besoins personnels et de la localité.
  • L’utilisation de tous les services publics
  • De prendre part à toutes les décisions, votes, effectués dans l’usine, l’atelier, l’entreprise, la section, le syndicat et la fédération locale de l’intéressé.
  • La fédération locale suppléera aux besoin de sa localité et veillera à ce que l’industrie particulière se développe du mieux possible pour les besoins les plus urgents de la nation.
  • Lors de l’assemblée générale, le travail sera alloué aux syndicats, qui répercuteront la tâche aux sections, tout comme les sections le feront sur les lieux de travail avec le but permanent de palier à ce qu’il n’y ait pas de personnes non employées, d’augmenter le résultat quotidien des rotations de travailleurs d’une industrie ou de couper par le nombre requis la journée de travail.
  • Toute chose entreprise qui n’est pas du domaine économique sera laissé à l’initiative privée individuelle ou d’un groupe.
  • Chaque syndicat devra chercher à s’engager dans des activités qui seront bénéficaires pour tout le monde, spécifiquement ces activités concernant la protection de la santé des producteurs et de rendre le travail des plus agréable.

L’ordre économique général

Les pressions économique incitent l’individu à coopérer dans la vie économique de la localité. Ces mêmes pressions économiques sont ressenties par les collectifs, les obligeant à coopérer dans la vie économique de la nation. Mais pour accomplir ceci, nul besoin d’un conseil central ou d’un comité suprême (NdT: référence directe ici au politburo de l’URSS, seule nation communiste autoritaire d’état à l’époque), qui portent en eux la semence du totalitarisme et sont les points de focalisation de toute dictature, tout en étant des nids féconds pour la bureaucratie. Nous maintenons, que nous n’avons nul besoin d’un architecte ou d’une quelconque autorité ordinatrice au delà de l’accord mutuel entre les localités. Dès que chacune et toutes les localités (villes, villages ou hameaux) a mis en ordre sa vie interne, l’organisation de la nation sera complétée. De plus, une fois que tous les individus membres seront certains que leurs besoins seront assurés, alors la vie économique de la municipalité ou de la fédération sera également achevée.

En biologie, pour qu’un organisme parvienne à un bon fonctionnement physiologique et une certaine normalité, chacune de ses cellules doit assumer une fonction qui ne demande qu’une chose: que l’apport de sang et la transmission nerveuse se passent correctement. Nous pouvons en dire de même d’une nation (NdT: ce qui rejoint le concept de la société “organique” de l’anarchiste Gustav Landauer). La vie de la nation est normale et assurée lorsque chaque localité joue sa part et la circulation sanguine qui amène ce dont elle a besoin et élimine ce qui la gène, est régulée (en d’autres termes, le transport est fonctionnel…) et quand donc les localités sont en contact les unes avec les autres et communiquent sur leurs besoins potentiels et mutuels.

Ceci est le moment où les fédérations industrielles entrent en lice, n’étant juste que les corps pour l’élaboration de services collectivisés qui ont besoin d’être gérés sur le modèle d’un schéma national, tels que les communications (poste, téléphone, etc..) et les transports (chemins de fer, navigation fluviale et côtière, routes nationales, autoroutes, transport aérien)

Au dessus de l’organisation locale, il ne doit y avoir aucune superstructure sauf celles inhérentes aux organisations locales (NdT: là encore attaque directe contre le communisme autoritaire d’état marxiste) dont une fonction particulière ne peut pas être effectuée de manière locale. Les seuls interprètes de la volonté nationale sont les congrès et lorsque les circonstances le demandent, ils doivent , temporairement, exercer une telle souveraineté qui leur sera donnée par des décisions plébicitées des assemblées locales.

A part les fédérations nationales pour le transport et les communications, il pourra y avoir des fédérations régionales afin de gérer les problèmes liés aux eaux et forêts ou à la production d’électricité.

Les fédérations nationales maintiendront en propriété commune les routes, les chemins de fer, les bâtiments, l’équipement, la machinerie de production, de distribution et de service et les ateliers. Elles offriront librement leurs services aux localités ou aux individus qui coopèrent de leur effort particulier à l’économie nationale, offrant leurs produits ou leurs surplus, motivés pour produire autant que faire se peut, plus que les besoins de la demande nationale et donnant leur contribution personnelle aux travaux et services qui pourraient en avoir besoin.

La mission des fédérations nationales des communications et des transports est de mettre les localités en contact permanent les unes avec les autres, construisant des services de transport entre les régions productrices et consommatrices, donnant la priorité aux denrées périssables qui doivent être consommées rapidement, tels que le poisson, le lait et produits laitiers, la viande et les fruits et légumes. De la bonne organisation des transports dépend des sources de produits fiables dans des zones de besoin ainsi que la non-congestion des zones où du surplus est produit. […]

[…] Ni la bonne conduire de l’économie, ni la liberté de l’individu ne demandent de plus grandes complications.

Conclusion

Le communisme libertaire est un couloir ouvert par lequel la société peut s’organiser librement et de son propre accord et par qui l’évolution de la société peut suivre une direction sans déviations artificielles. Il représente la solution la plus rationnelle de toutes les solutions sur la question économique sociétaire en cela qu’il correspond à un partage équitable de la production et du travail nécessaire requis pour parvenir à une solution. Personne ne peut réfuter cette nécessité de se joindre à l’effort comparatif de production, car c’est la nature elle-mème qui nous impose cette dure loi du travail dans des climats qui ne sont parfois pas propices à notre sassiété.

Le devoir économique est le lien de la société, mais il est et doit demeurer, le seul devoir pour lequel le collectif prime sur l’individuel. Toutes les autres activités, culturelles, artistiques, scientifiques, sportives, devront demeurer en dehors du contrôle de la collectivité et rester entre les mains de ces groupes enclins à poursuivre ces activités et à les encourager.

Comme la journée de travail obligatoire (la journée de travail nécessaire en fonction de la technologie disponible), n’épuisera pas la capacité de travail de chaque individu, il y aura de surcroi des types de productions contrôlées, d’autres productions libres et spontanées, une production directement inspirée par le désir et l’enthousiasme, une production qui sera de satisfaction personnelle et aura sa propre récompense intrinsèque. Dans cette production sera semée et germera les semences d’une nouvelle société, la nouvelle société exaltée et dirigée vers l’anarchisme et aussi loin que cela remplisse les besoin de la société, la supervision économique des individus par des organisations deviendra totalement inutile.

Mille objections seront faites à tlout ceci, la plupart si dénuées de sens qu’elles ne mériteront même pas de réfutation. Une objection qui est très souvent émise est celle de la fainéantise. La fainéantise est le résultat d’un climat favorable à celle-ci, c’est là que la nature justifie la cossardise, rendant l’individu indolent.

Nous reconnaissons parfaitement le droit à la paresse aussi loin que ceux qui cherchent à exercer ce droit soient d’accord de continuer leur vie sans l’aide des autres. Nous vivons dans une société où le paresseux, l’incompétent et l’antisocial sont des catégories de personnes qui prospèrent et savourent énormément de pouvoir, d’honneur et de richesses. Si de telles personnes acceptent de renoncer à cela, il n’y a aucun obstacle a ce qu’ils demeurent comme sujets d’exhibition dans des musées ou galleries, avec les animaux fossilisés que nous y trouvons aujourd’hui.

Isaac Puente (1932)

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1ère partie de l’essai

État et société: la démocratie ou l’illusion du grand Barnum

Posted in actualité, démocratie participative, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , on 27 juin 2011 by Résistance 71

« Il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui serait la révolution définitive… S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée. »

— Albert Camus (1951) —

 

La démocratie ? Une machine à broyer les luttes sociales

 

Par Bernard (groupe Dejacques, Lyon)

 

S’il y a un concept incontournable auquel chacun se réfère quelque soit le lieu ou la niveau d’organisation auquel il a à faire, c’est bien la démocratie. Impossible de créer une association de quartier, un syndicat, un club de pétanque ou de tir à l’arc sans qu’à un moment ou à un autre l’expression ne soit employée pour définir le mode de prise de décision. Impossible de concevoir l’organisation de la vie communale sans que le mot ne soit employé comme garantie de justice sociale. Impossible pour un État d’être intégré dans le «concert des nations» sans ce label de qualité de respect des libertés individuelles qu’est la référence à la démocrate.La «démocratie» est le concept politique sur lequel repose toute l’organisation sociale des pays dits occidentaux qui voudraient l’imposer aujourd’hui au reste du monde au nom d’une prétendue universalité civilisatrice.

Il faut tout de même s’interroger sur le contenu de la fonction de ce modèle politique puisqu’il est évident que sa pratique ici-même laisse pour la moins à désirer et n’apparaît, le plus souvent, que comme le moins pire des systèmes. Peut-on s’en contenter et prétendre en faire un schéma universel ? Il est permis d’avoir de sérieux doutes. Le principe démocratique repose sur l’idée que chaque individu peut et doit pouvoir donner son opinion sur la société dans laquelle il est inséré. En fait, cette idée n’est pas propre au système démocratique, mais est présente sur tous les continents, parce que d’une façon ou d’une autre les besoins et les opinions de chacun doivent être pris en compte dans la régulation des relations sociales, sous peine de voir exploser ou imploser la société Concernée.

Le problème n’est donc pas d’affirmer un principe mais bien de savoir comment les structures organisationnelles et décisionnelles qui en découlent traduisent les opinions et besoins exprimés par chacun des associés. Dans le modèle démocratique tout le monde peut s’exprimer, c’est un fait, mais ce modèle affirme simultanément qu’il faut des décideurs pour mettre de l’ordre dans la cacophonie des opinions émises, et ce pouvoir de décision (réservé à un personnel ayant fortement tendance à s’auto reproduire) est légitimé par le vote des électeurs. C’est simple et propre en soi, si on oublie que le choix des électeurs va être conditionné par de nombreux facteurs qui brouillent les cartes et les enjeux. En particulier, la place et la fonction de chacun d’entre nous dans la structure socio-économique. A-t-on réellement liberté de choix lorsque notre survie quotidienne dépend d’un réseau de relations économiques que nous ne maîtrisons pas? A-t-on réellement liberté de choix lorsque toute notre éducation sociale brise l’initiative et la capacité critique individuelle ? Au bout du compte, la démocratie est une machine à broyer et concasser les aspirations sociales de telle sorte que face à l’inutilité de nos efforts individuels et collectifs pour améliorer les choses nous abandonnions notre vie entre les mains des classes dirigeantes.

Ce sont les révolutions françaises de 1789 et 1793 qui ont introduit la notion d’égalité politique sans que les relations économiques entre individus et entre groupes sociaux ne soient touchées. Depuis, au fil des revendications et des discours électoraux, le droit de vote s’est étendu à toutes les couches de la population, en nous présentant chaque fois la chose comme une avancée sociale déterminante. Il est même question, en ce moment, de faire passer ce droit de vote à 16 ans (pour les immigrés, on verra plus tard, puisque cette catégorie est par définition extérieure à la nation). C’est le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour restreindre, contenir et limiter la notion d’égalité au seul champ politique sans que jamais il ne soit question d’étendre cette égalité au domaine de l’économique et du social. La démocratie a été et est encore le meilleur garant idéologique de la pérennité d’une société de classe.Il n’est donc pas étonnant que la société capitaliste qui est la nôtre promotionne l’idée de démocratie.

Elle l’impose au niveau international en exigeant des élections démocratiques contrôlées en Afrique du Sud, en Algérie ou en Russie, par exemple. Elle la planifie ici-même, avec des projets de déconcentration des pouvoirs appelés pompeusement «régionalisation» ou «approfondissement de la vie municipale», avec référendums locaux à la clé. Parallèlement, elle essaie de réintroduire de vieilles notions, comme le partage, l’équité, la subsidiarité. Autant de mots creux, visant à donner un sens moral aux inégalités. Sur ces enjeux-là. nos démocrates peuvent encore trouver du grain à moudre, mais comme dans le même temps toutes ces restructurations provoquent des bouleversements sociaux destructeurs de réseaux et de traditions, il n’est pas sûr que nous y trouvions notre compte.

La démocratisation de la société de classes a ses limites, et le nombre de ceux et celles que cela ne trompe plus augmente singulièrement. La démocratie — autrement dit le concept d’égalité politique — a donné tout ce qu’elle avait à donner. Elle n’a plus rien à nous dire ou faire espérer.

Par contre, l’extension de la notion d’égalité aux champs de l’économique et du social restent à conquérir. L’idée d’égalité économique ne peut que prendre du relief et de l’intérêt pour toute cette masse de gens subissant quotidiennement les effets d’un système à bout de souffle et aspirant à plus de justice dans leurs relations sociales. Pour ce faire, nous serons amenés à contester radicalement la démocratie, et à lui substituer d’autres concepts de régulation sociale. Nous appellerons ce devenir «communisme libertaire ou anarchie». Reste à lui faire prendre corps.