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Résistance politique: L’heure de la Commune des communes a sonné (Pierre Bance)

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L’escargot du bon gouvernement

 

L’heure de la commune des communes a sonné !

En soutien à l’appel de Commercy (Meuse)

 

Pierre Bance

 

3 décembre 2018

 

Source:

http://www.autrefutur.net/A-propos-de-l-appel-des-gilets-jaunes-de-Commercy

 

Le texte de Pierre Bance en version pdf:

Pierre_Bance_Lheure_de_la_commune_des_communes_a_sonne

 

La spontanéité du mouvement des gilets jaunes, son hétérogénéité désarçonnent, peut faire craindre des dérives sans que personne ne sache lesquelles. Est-ce une raison pour que ceux qui en appellent au peuple à tout bout de champ, militants de gauche, libertaires, syndicalistes se tiennent sur le trottoir quand ce peuple prend ses affaires en main ? Qui, en 1789, disait que les révoltes des paysans aboutiraient à la République ?

Partis socialistes et syndicats ouvriers, apparus pour résister au capitalisme du 19e et du 20e siècle, industriel et bourgeois, pétrifiés par trop de fréquentations institutionnelles, ne sont plus en mesure de répondre à la puissance du néo-libéralisme du 21e siècle, numérique et financier. Sur la défensive, accumulant les échecs, sans imagination, ils tuent leur promesse de vie meilleure. Cet espoir, encore confus, de justice, de liberté, d’égalité et de solidarité n’est-il pas porté aujourd’hui par ceux qui ne veulent pas du nouveau monde de Macron.

Les Sans-culottes de 2018 ne supportent plus la morgue d’un pouvoir vantant la réussite individuelle pour justifier l’inégalité, méprisant ceux qui ne s’en sortent pas tous seuls, protégeant les riches et pressurant les autres. Voilà un président de la République qui se croit majesté qui, pour alimenter sa folle politique d’ajustements structurels aux besoins de la banque et aux impératifs marchands de l’Union européenne, recourt à l’impôt comme au bon vieux temps de la gabelle. Mais devant des rassemblements de citoyens pacifiques demandant – seulement – un changement de politique, le pouvoir arrogant prend peur, s’enferme dans ses châteaux-forts. Pour toute réponse, il cherche la division, les gentils contre les casseurs ; tient un discours complotiste, plus que les black blocks, l’ultra-droite fera l’affaire pour justifier l’envoi des hallebardiers chargés de ramener l’ordre jupitérien. S’étonne-t-il que les gilets jaunes rhabillent le Roi Soleil en Louis XVI et demandent sa démission, pas encore sa tête ? Ouf ! L’ordre est rétabli, la marchandisation et la pollution ont repris les Champs-Élysées. Demain y défileront les militaires pour célébrer l’Austerlitz macronien ! Les petits marquis du Parlement, encore dégoulinants de trouille, jubilent. Les bureaucrates se rendorment. Vaincus, les gilets jaunes devront-ils rentrer dans le rang, se taire et continuer de gérer comme ils peuvent les fins de mois ? Leur mouvement est-il condamné à s’éteindre par lassitude et sous la force du droit ? Non, s’ils décident de s’organiser. De s’organiser autrement. De renouer avec la démocratie directe et le fédéralisme des communes autonomes. 

D’opinions différentes, d’origines sociales diverses, de statuts professionnels parfois opposés, ils se sont retrouvés pour défendre leur dignité. La précarité des uns fait écho à l’épuisement des autres. Ils ont compris que, malgré leurs diffé-rences, ils pouvaient s’entendre, étaient capables d’agir collectivement et de mettre le pouvoir aux abois. Ils ont compris que, laissant de côté ce qui les séparent, ils s’accordaient sur leurs intérêts communs, que leurs soucis quotidiens étaient les mêmes, leur cause aussi. Il faut maintenant pérenniser cette impromptue rencontre des inquiétudes venues des campagnes hallucinées et des villes tentaculaires. Trouver l’équilibration des contraires. Constituer des comités locaux qui s’organisent selon les principes de la démocratie directe : assemblée générale souveraine, mandat impératif et révocable à tout moment, rotation des responsabilités. Ces communes autonomes, conseils municipaux parallèles, porteront la revendication populaire, égalitaire, sociale et écologique. Si elle n’est pas satisfaite, ils tenteront de la mettre en œuvre sans se préoccuper de la représentation légale, quitte à s’affronter au maire et au préfet, à renvoyer le député dans son bocal. Jour après jour, se pensera, pacifiquement, la société émancipée, la société libérée de la domination, de toutes les dominations. Autant que nécessaire, les communes libres se fédèreront pour partager leur expérience, leur réflexion, prendre en main la gestion des biens communs (écoles, transports, santé, environnement…). Ainsi, l’État, progressivement, sera marginalisé, ses pouvoirs rognés au point de le rendre inutile, jusqu’au jour où il suffira de pousser une dernière fois la pyramide de l’ordre autoritaire pour qu’elle s’écroule. Ce sera long et difficile, mais possible.

J’entends les récriminations. Discours utopistes rétorquent les intellectuels organiques de la droite, rodomontades gauchistes enchaîneront leurs compères de la gauche. Au diable la folie municipaliste, disent les Versaillais. Gare au désordre crient ceux qui pensent, souvent à tort, avoir tout à perdre du changement. Ce n’est pas réalisable, penseront les plus bienveillants, qui aimeraient mais n’y croient pas. Tous ceux-là n’arrivent pas encore à se détacher du cadre de pensée étatique. Attendre, toujours attendre, jusqu’à la fin des temps que les élus, les chefs, les sachants trouvent la solution de ce qu’ils ne cherchent surtout pas : l’émancipation du peuple. Les programmes des politiciens ne sont plus acceptables, les discours de Macron, Castaner et compagnie sur une grande concertation dans les catacombes encore moins, les citoyens doivent prendre leurs affaires en main. Ils sont les seuls à pouvoir imaginer et bâtir la commune des communes sans césar, ni tribun. Qu’ils suivent l’appel de Commercy ! Qu’ils le fassent nom de Dieu !

Pierre Bance

= = =

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

JP-Marat_Les_chaines_de_lesclavage_Ed_Fr_1792

David Graeber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

Que faire ?

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

Exemple_de_charte_confederale_Bakounine

6ème_déclaration_forêt.lacandon

 

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Futile obéissance…

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Résistance 71

 

10 juillet 2016

 

Nous l’avons déjà dit ici même et le répèterons sans cesse: nous vivons dans un monde de l’illusion démocratique, du mythe et du mensonge, dans un monde où douter de tout est devenu (devrait être devenu…) la norme. Le quidam citoyen est continuellement bombardé, 24/24, 7/7, d’informations bidouillées, fabriquées, détournées, falsifiées, arrangées, pilotées en tout et sur tout.

Le grand cirque de l’illusion politico-économique est vital pour l’oligarchie à la manœuvre de contrôle, parce que sans lui, ce monde tout autant factice qu’ à géométrie totalitaire variable, serait mort et enterré depuis bien longtemps.

L’oligarchie politico-économique n’existe que par le “consentement” qu’elle a créé de toute pièce et imposé chez les membres de nos sociétés. Elle sait très bien que si ce “consentement” venait à faire défaut, les carottes seraient cuites pour sa face de parasite. De ce fait, cette oligarchie, pseudo-géant aux pieds bel et bien d’argile, dépense des milliards chaque année pour entretenir, maintenir l’illusion, enfumer les peuples et continuer à pouvoir se barrer avec la caisse tout en dictant la marche à suivre aux foules amorphes et médusées.

Si aujourd’hui de plus en plus de gens voient ou commencent à voir au-delà des écrans de fumée et des numéros d’illusionisme de ce grand Barnum politico-économique, boîte à spectacle nécessaire à la survie de l’oligarchie et de sa malfaisance congénitale, beaucoup (trop) continuent à jouer ce jeu truqué en invoquant le même fatalisme induit depuis des générations. Qui n’a pas subi ce haussement d’épaules affublé de la remarque: “Que veux-tu, c’est comme ça, on ne peut rien y faire”, ou pire encore: “Bah! Que veux-tu c’est la nature humaine”, après avoir fait remarquer à autrui l’ineptie, l’injustice ou la criminalité de telle ou telle action menée par les sbires des sociopathes en charge ?

Le fait est que bien des gens voient et sont conscients que “y a vraiment quelque chose qui ne va pas !” ou mieux “tout çà c’est du pipeau, faut changer de méthode”, etc… Pourquoi rien ne change t’il donc ? Parce que malgré tout, faute de mieux surtout, les gens continuent à se soucier du système dont ils sont partie prenante. Ils ne peuvent pas se résigner à s’en détacher et pourtant, pour que toute action de VERITABLE changement puisse avoir un quelconque succès, il faut qu’il y ait à la base une chose fondamentale: que les gens cessent de se préoccuper de ce système corrompu, vérolé et au-delà de toute rédemption possible depuis belle lurette. Pour avancer efficacement, il faut bien comprendre que l’obéissance au système et futile, pire, elle est complice et il devient impératif d’ignorer les gesticulations alentours, l’enfumage et le bombardement idiotique perpétuel de la propagande étatico-oligarchique, les considérer comme un bruit de fond sans conséquence pour ce qui doit être achevé. Nous devons commencer à nous attacher à ce que nous pouvons contrôler nous-mêmes, nos vies, nos modes de fonctionnement locaux, nos décisions individuelles et collectives de faire ceci ou cela, d’endorser ceci ou cela, d’acheter ou de ne pas acheter tel ou tel produit, de décider ensemble pour le bien commun de tous ceux et celles pour lesquels telle ou telle décision sera prise consensuellement. Il faut reprendre notre vie quotidienne en main, cesser de déléguer pouvoir et capacité décisionnaire à une clique de “représentants” qui n’agissent que par intérêt de classe et de caste. Ceci commence avec nos vies de tous les jours, dans nos quartiers, nos villages, nos villes, nos cantons, nos lieux de travail. Ignorons les diktats et les procédures obsolètes et recadrons les choses ensemble pour une fonctionalité et une liberté accrues. Ceci implique le vote ou plutôt par le non-vote, l’abstention politique suivie d’une acton directe de remplacement !

Arrêtons de remettre le pouvoir à des parasites ignorant totalement l’intérêt général et agissant par nécessité de caste et d’intérêts particuliers, concentrons-nous sur ce que nous pouvons faire nous-même entre nous, partout où c’est possible, sans nous en remettre systématiquement à des pantins de la finance, entité devenue prédominante dans ce monde factice depuis qu’elle a absorbé le politique. Il faut nous préoccuper de ce que nous pouvons changer entre nous ici et maintenant, sans intermédiaire, construire une société vivante, organique, fondée sur l’empathie, la compassion, la coopération, l’entraide, l’égalité politique puis économique, ce n’est qu’en nous concentrant sur un développement naturel, organique de notre société que nous en sortirons par le haut.

Il est impératif d’ignorer l’État, d’ignorer les institutions, d’ignorer les instances économiques qui ne font que nous diviser et nous divertir de la tâche fondamentale qui échoit à tout être humain: se préoccuper de son environnement de vie, des gens avec qui nous partageons cette planète, que ce soit dans la sphère restreinte de nos vies quotidiennes tout comme dans la sphère élargie de notre destinée biologique. Concentrons-nous sur le bien-vivre, sur l’égalité, sur le respect de soi, de l’autre et de l’écosystème dans lequel nous vivons. Comprenons et agissons sur le fait que la loi naturelle fait que nous sommes tous inter-reliés et que le rôle historique de l’État et de la division oligarchique perpétuée depuis des siècles a été de briser cette inter-relation entre les humains, à détruire la fibre d’une société aux fondements universels pour le pur profit d’une caste ne pouvant survivre que par l’exploitation et la destruction à terme d’autrui. Cette idéologie, devenue pensée (quasi) religieuse, est anti-naturelle, n’est en rien inscrite dans l’évolution de notre espèce, n’est que parasitique, obsolète, restrictive et criminelle en regard de la loi naturelle des choses et des êtres.

Il est de notre devoir pour continuer à évoluer vers des niveaux jamais atteints, d’ignorer puis de remplacer cette fumisterie criminelle généralisée par la société des sociétés organique ; une société d’associations volontaires confédérées, économiquement et politiquement égalitaires, solidaires, coopératrices, respectueuses de notre mamie à tous: la Terre et soucieuse de préserver son intégrité physique, morale, intellectuelle et environnementale pour ses générations futures… Bref, tout ce qui est inexistant dans cette infâme bouillie anti-naturelle qu’est la pseudo-société étatique puis capitaliste qui nous a été imposée depuis des siècles à grand renfort de mythologie religieuse, de guerres, de colonialisme, d’inquisitions de tout ordre, de mensonges et d’inhumanité psychotique. Ce furoncle qui devint cancer ne cessant ses métastases depuis lors.

Ignorons cette mauvaise mascarade de série B, préoccupons-nous de ce dont nous pouvons faire et contrôler entre nous, associons-nous librement, créons la société organique qui nous est si naturelle depuis l’origine de l’humanité et arrêtons de consentir aux inepties ambiantes. L’humain crée, l’humain n’est pas fait pour la noirceur de la concurrence, de l’inégalité, de la guerre et de l’exploitation de son prochain… Il est fait pour vivre ensemble, transformer gentiment son environnment pour le bonheur et le bien-être de toutes et tous, un bonheur universel, équitable, identique pour tous quelque soit l’endroit où nous nous trouvons sur cette planète. Notre obéissance au système illusoirement mis en place est futile et néfaste au bon développement de notre humanité.

Ignorons-le ! Bâtissons ensemble la société des sociétés organique ! Construisons ce monde parallèle d’associations libres fonctionnelles qui rendra de facto obsolètes les institutions archaïques étatico-économico-monopolistes et les feront tomber comme un fruit pourri, le tout…

SANS ARMES, NI HAINE, NI VIOLENCE… C’est une question d’attitude. Il suffit de dire Non ! et de s’unir pour faire tomber le géant aux pieds d’argile.

¡Ya Basta!

Mitakuye Oyasin

Changement de paradigme politique: Veuillez laissez l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant ~ 1ère partie ~

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“La véritable libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt [de connaissance] à faire en l’Homme. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer.”
~ Paolo Freire ~

“Il a existé en Europe un autre modèle de société historique que la société étatique, ce modèle, nous l’avons appelé la “société celtique”, une société contre l’État, mais une société de développement passant même de l’égalité à une certaine inégalité sans qu’il lui soit besoin de l’État. La société celtique a été un ‘challenge’ à la romanité en Occident comme l’a montré Toynbee… Pendant huit siècles, les Celtes furent les maîtres spirituels de l’Occident.”
~ Alain Guillerm ~

« L’objectif [pour une nouvelle société] est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Nous avons besoins de gens pour entonner le chant de bataille, nous avons besoin de tous ceux qui sont emplis de ce désir créatif, nous avons besoin d’hommes et de femmes d’action. L’appel au socialisme [libertaire] est adressé aux personnes d’action qui veulent faire le premier commencement. »
~ Gustav Landauer ~

 

Aujourd’hui comme hier l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il en est la cause… Petite analyse au fil des siècles

 

Résistance 71

 

29 Novembre 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons expliqué encore et toujours sur ce blog non seulement les turpitudes des états “modernes”, mais nous avons également montré que le concept même de “L’État” est une usurpation, une falsification de la nature humaine dans son application politique. Les philosophes et les anthropologues “classiques” ont passé le plus clair de leur temps, pour des raisons essentiellement d’auto-préservation de leur fonction même dans la société, à nous convaincre ou essayer de nous convaincre que l’État est le stade ultime de l’organisation politico-sociale humaine, que toute société “non-étatique” n’est en fait qu’au stade de l’enfance de son développement et que toute société mature passe par l’étatisation de sa société, etc, etc. Rien de plus faux comme prouvé par des anthopologues tels Marshall Sahlins, Robert Jaulin, Pierre Clastres, des historiens comme Alain Guillerm et tout le courant de pensée anarchiste, le père de la biologie sociale anti malthusienne et anti darwiniste-social que fut Pierre Kropotkine en tête.

La formation de l’État représente la première cancérisation de la société humaine. L’État, cette maladie politico-sociale chronique sous sa forme métastatique moderne, est le fléau de l’humanité et une entrave à son développement. Il ne représente qu’un carcan assujetti par une infime minorité pour contrôler le reste d’entre nous tous. Ce grand garde-chiourme du consensus du statu quo oligarchique qu’est Henry Kissinger a dit que “L’histoire est la mémoire des états”, affirmant par là l’autoritarisme intrinsèque et inévitable de toute institution étatique, dictant la conception même du narratif historique.

Aujourd’hui au XXIème siècle, l’État est devenu totalement assujetti aux grands pouvoirs économiques dans ce grand glissement qui s’est opéré dès la révolution française bourgeoise de 1789 et qui a vu le politique pas à pas être acheté, phagocyté par l’économique, de fait par le pouvoir économique de la haute finance et des cartels de l’industrie. Ceci a mené pas à pas la fonction de gestion politique des États obsolètes et corrompus, à ne plus répondre qu’aux appels du pied de ceux qui paient pour la mise en place de la farce pseudo-démocratique sur la scène publique. Aujourd’hui, les peuples subissent et sont opprimés par les décisions politiques d’incompétents boutiquiers qui gèrent les nations pour leurs maîtres payeurs. Les assemblées nationales ne sont plus que des succursales de conseils d’administration des grandes entreprises transnationales et lors des grands meetings du grand cirque Pinder de la politique mondiale, s’assoient à la table des discussions étatiques les Obama/Goldman Sachs avec Hollande/Qatar-Exxon-Mobil avec Poutine/Gazprom et avec Rouhani/NIOC et tous les Cameron, Harper, Trudeau, Key de la “Couronne”/City de Londres.

Nous vivons le paroxysme de la manipulation et du mensonge étatico-capitaliste bien au-delà de toute possible rédemption. Pour traiter cette maladie chronique, il faut le faire comme pour toute autre maladie: en allant à la source, en traitant la cause de la maladie et non pas ses symptômes.

Nous n’inventons rien, bien des philosophes, anthropologues, historiens, sociologues ont expliqué en long en large et en travers la supercherie de l’État et en quoi il ne sert que les intérêts des privilégiés du système créé. L’État n’a pas été créé à cette fin, il est l’émanation physique dans le monde politique et social de la division politique de la société entre dominants et dominés, chose qui fut le point de départ du cancer politique minant la société humaine. Le fait est que pendant des siècles et des siècles, les sociétés humaines traditionnelles de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Europe (cf notre citation de Guillerm en exergue de cet article sur la société celtique) et les Amériques et l’Océanie, se sont auto-gouvernées, auto-gérées de manière indivisées au moyen d’une égalité politique et sociale et une représentation de la société par le truchement d’une “chefferie sans pouvoir” selon l’expression de l’anthropologue Pierre Clastres.

Nous allons évoquer ci-après l’escroquerie étatique qui a mené et mène toujours le monde au chaos et à la destruction, fléaux accentués par le nexus de tous les fléaux humains: le colonialisme dans sa version la plus dévastatrice à ce jour, le colonialisme occidental. Nous allons évoquer l’inutilité de l’État et des institutions en citant quelques penseurs et chercheurs ayant étudié en profondeurs cette queston de l’État et la société, tous n’étant pas anarchistes. Il est bien évident que ces citations ne sont en aucun cas exhaustives du nombre de gens ayant étudié la question, ces auteurs ne représentent qu’une portion à notre sens représentative de cette notion de méfiance obligatoire envers l’État et ses institutions ne gouvernant que par la peur et la coercition du tissus légal de la caste privilégiée.

Notre but avec cette compilation est de faire comprendre au plus de monde possible que la “chose étatique” établie et imposée à tous est non seulement parfaitement questionable, mais aussi parfaitement envisageable de disparaître car totalement inutile au bon fonctionnement de la société. L’histoire de l’État n’est qu’une succession de guerres de conquêtes coloniales, de destruction des peuples pour la satisfaction des désirs égoïstes et prétentieux d’une caste de privilégiés racistes colludant entr’eux afin de toujours renforcer plus avant leur main-mise sur le pillage et le contrôle de l’humanité. Ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde en déliquescence n’en est qu’une illustration supplémentaire s’il en fallait encore une.

Les auteurs que nous avons choisi nous disent et nous montrent l’infâmie. Ils l’ont dit pour certains il y a bien longtemps et pourtant les peuples ne bougent pas parce qu’on leur cache ces réflexions. Pourquoi n’étudie t’on jamais Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Clastres ou Guillerm sur les bancs de nos écoles et de nos universités ? Pourquoi a t’on si peur d’introduire ces idées tôt dans le curriculum scolaire ?… Si l’État était si sûr de sa nécessité, de sa valeur et de sa justice, pourquoi aurait-il peur d’un vulgaire Kropotkine, d’un douteux Clastres ou d’un si pathétique Vaneigem pour lui porter ombrage ? Si ces valeurs sont si faciles à défendre, qu’il soutienne le poids de l’argumentation. Voilà où est le problème: l’oligarchie ne peut en aucun se permettre de perdre le combat des idées et le meilleur moyen de gagner l’argumentation est de ne pas débattre… faute de combattants de valeur, en laissant la voix de la raison au placard.

Ce blog a sorti certaines de ces voix du placard, continuons donc notre cheminement bucolique dans la pensée “subversive” nécessaire mais certainement pas suffisante, à un nouveau paradigme politique. Bonne lecture !

* * *

Etienne de La Boétie (XVIème siècle)

“Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.”

“Premièrement, cela est, comme je crois, hors de doute que, si nous vivions avec les droits que la nature nous a donnés et avec les enseignements qu’elle nous apprend, nous serions naturellement obéissants aux parents, sujets à la raison, et serfs de personne.”

“Il y a trois sortes de tyrans (¹) : les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race. Ceux qui les ont acquis par le droit de la guerre, ils s’y portent ainsi qu’on connaît bien qu’ils sont (comme l’on dit) en terre de conquête. Ceux-là qui naissent rois ne sont pas communément guère meilleurs, ainsi étant nés et nourris dans le sein de la tyrannie, tirent avec le lait la nature du tyran, et font état des peuples qui sont sous eux comme de leurs serfs héréditaires.”

Thomas More (XVIème siècle)

“Ainsi je suis totalement convaincu qu’à moins que nous nous départions de la propriété privée, il ne peut en aucun cas y avoir une juste répartition des biens, ni que l’humanité puisse être convenablement gouvernée. Aussi longtenps que demeure la propriété privée, la plus grande et meilleure partie de l’humanité restera opprimée par le lourd et inévitable fardeau des attentions et des angoisses.”

“Il y a une règle disant qu’aucune décision concernant les affaires publiques ne peut être prise à moins qu’elle ait été débattue par le sénat en trois occasions au moins et de manière séparées. On ne peut pas consulter des affaires publiques en dehors des assemblées populaires ni du sénat. Le but de cette règle est d’empêcher qu’un prince et des sbires ne conspirent ensemble pour altérer le gouvernement des affaires et réduire les gens en esclavage.”

Antoine de Saint-Just (XVIIIème siècle)

“J’ai pensé que l’ordre social était dans la nature même des choses et n’empruntait de l’esprit humain que le soin d’en mettre à leur place des éléments divers ; qu’un peuple pouvait être gouverné sans être assujetti, sans être licencieux et sans être opprimé ; que l’Homme naissait pour la paix et la iberté et n’était malheureux et corrompu que par les lois insidieuses de la domination.”

“L’ordre social précède l’ordre politique ; l’origine de celui-ci fut la résistance à la conquête.”

Note: Ici Saint Just affirme que la société est antérieure à l’État et que l’État serait né de la résistance à la conquête d’une société par une autre… Clastres plus tard prouvera que non, mais confirmera bien que la société prime l’État.

“La justice naturelle entre les hommes étant considérée comme le principe de leur société, le gouvernement est plutôt un ressort d’harmonie que d’autorité.”

“Les anciens Francs et Germains n’avaient presque points de magistrats : le peuple était prince et souverain ; mais quand les peuples perdirent le goût des assemblées pour négocier et conquérir, le prince se sépara du souverain et le devint lui-même par usurpation. On ne discerna plus alors l’État des citoyens ; il ne fut plus question que de l’État du maître.”

Jean-Paul Marat (XVIIIème siècle)

“La politique, peuples, ne l’oubliez pas, c’est la science du gouvernement et s’en occuper, c’est exercer un contrôle perpétuel sur les hommes arrivés au pouvoir.”

“Il semble que ce soit le sort inévitable de l’Homme, de ne pouvoir être libre nulle part: partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.”

“C’est à la violence que les États doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des réglements de police, propres à maintenir à chacun la jouissance de des rapines.”

“Pour rester libre, il faut sans cesse rester en garde contre ceux qui gouvernent. Rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.”

“L’opinion est fondée sur l’ignorance et celle-ci favorise extrêmement le despotisme.”

Note: Voici ce qu’écrivait Marat en 1774 soit 15 ans avant la Révolution Française ! Replacez ce qui suit dans le contexte de 2015. Que constatez-vous ?

“Quand ils ne peuvent empêcher qu’on ne parle ou qu’on écrive, ils opposent l’erreur aux lumières. Quelqu’un vient-il à se récrier de leurs attentats ? D’abord ils tâchent de gagner les crieurs et d’éteindre leur zèle par des dons, surtout par des promesses. Si la vertu des mécontents est incorruptible, ils leurs opposent des plumes mercenaires, de vils écrivains, qui toujours prêts à justifier l’oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté, qu’ils traitent de perturbateurs du repos public. Si cela ne suffit pas, on a recours aux expédients les plus affreux, le fer, le cachot et si besoin, le poison… Aussi les princes (dirigeants) ont aussi grand soin de gêner la liberté de la presse… Et ils font plus, pour maintenir les peuples dans l’ignorance et ne laisser aucune porte ouverte aux vérités utiles, ils établissent des inspecteurs de la presse, des censeurs de tout genre, vils argus qui veillent sans cesse pour le despotisme contre la liberté.”

“Lorsqu’ils ne peuvent plus recourir aux emprunts, ils ont d’autres ressources, ils établissent des sociétés de banquiers, qui mettent en émission des effets de commerce ; des caisses d’escomptes ou les marchands trouvent des billets au porteur et des espèces pour les effets qu’ils ont en porte-feuille. Lorsque ces papiers sont accrédités, ils se mettent à la tête de ces établissements, ils attirent tout le numéraire par des émissions énormes et ils se l’approprient par de honteuses banqueroutes, d’autres fois ils établissent des papiers-monnaie forcés et par ces funestes inventions, toutes les richesses des particuliers vont toujours se perdre dans les coffres du prince [des dirigeants].”

“C’est ainsi que les peuples sont conduits par degré, de l’aisance ou de l’opulence à la pauvreté, de la pauvreté à la dépendance, de la dépendance à la servitude, jusqu’à ce qu’ils succombent sous le poids de leurs chaînes.”

Note: Comparez ces deux dernières citations de 1774 avec ce qu’ils se passent aujourd’hui, avec ce qu’il se passe dans l’économie mondiale pilotée par la haute-finance ivre de pouvoir qui ruine et corrompt absolument tout sur son passage. Nous sommes passés de l’État félon acoquiné aux banksters, à l’État larbin des cartels banquiers et industriels écrasant les peuples. Entre le moment où Marat écrit ces lignes en 1774, l’humanité est passée par ”l’indépendance” de l’Amérique en 1776, la révolution de 1789, celles de 1830, 1848, la Commune de Paris 1871, la révolution russe de 1917, les grandes crises économiques notamment celles de 1929, de 1973 et de 2007, deux grandes guerres mondiales, des guerres coloniales, une guerre perpétuelle depuis 2001. Où en est-on ? qu’a fait l’État pour le bien-être général ? Où en sont les peuples ?

Henry David Thoreau (XIXème siècle)

“Le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout.”

“Le gouvernement où la majorité décide dans tous les cas ne peut se fonder sur la justice.. Le respect des lois vient après celui du droit [naturel].”

“La masse des hommes sert l’État non pas en tant qu’hommes, mais en tant que machines, avec leurs corps.”

“Tous les Hommes admettent le droit à la révolution, c’est à dire le droit de refuser l’allégeance au gouvernement, et celui de lui résister quand sa tyrannie ou son inefficacité sont grandes et insupportables.”

“C’est la constitution même de l’État qui constitue le mal.”

“La prison, ce lieu séparé, plus libre et plus honorable, où l’État situe ceux qui ne sont pas avec lui mais contre lui est la seule demeure d’un État esclave où l’Homme libre puisse résider avec honneur.”

“Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplie.”

“L’État ne s’adresse jamais intentionnellement à la raison de l’Homme, intellectuelle ou morale, il ne s’adresse qu’à son corps, à ses sens. Il n’est pas armé d’un esprit ou d’une honnêteté supérieurs mais simplement d’une force physique supérieure. Je ne suis pas né pour être contraint.”

Pierre-Joseph Proudhon (XIXème siècle)

“La “république une et indivisible” des Jacobins a fait plus que détruire le vieux fédéralisme provincial, évoqué peut-être mal à propos par la Gironde, elle a rendu la liberté impossible en France et la révolution illusoire.”

“Nous [les anarchistes] nions le gouvernement et l’État parce que nous affirmons, ce à quoi les fondateurs de l’État n’ont jamais cru, la personnalité et l’autonomie des masses.”

“Le centre politique est partout, la circonférence nulle part.”

“La fédération résout seule, en théorie et en pratique, le problème de l’accord de la liberté et de l’autorité. Le système fédératif est l’opposé de la hiérarchie ou de la centralisation administrative.”

Michel Bakounine (XIXème siècle)

“En un mot nous repoussons toute législation, toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elles ne pourront tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes vraiment des anarchistes !”

“L’État, c’est la force et il a pour lui avant tout le droit de la force, l’argumentation triomphante du fusil à aiguille, du chassepot.”

“Toute théorie conséquente et sincère de l’État est essentiellement fondée sur le principe de l’autorité, c’est à dire sur cette idée éminemment théologique, métaphysique, politique, que les masses, toujours incapables de se gouverner, devront subir en tout temps le joug bienfaisant d’une sagesses et d’une justice qui, d’une manière ou d’une autre, leur seront imposées d’en haut.”

“Toute l’histoire des états antiques et modernes n’est qu’une série de crimes révoltants…”

“L’État c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée: une universalité dévorante, vivant de sacrifices humains, comme l’église. L’État, je le répète encore, est le frère cadet de l’Église.”

“Tout État, sous peine de périr et de se voir dévoré par les États voisins, doit tendre à la toute puissance et devenu puissant, il doit les conquérir. Qui dit conquête, dit peuples conquis, asservis, réduits à l’esclavage sous quelque forme et quelque dénomination que ce soit. L’esclavage est donc une conséquence nécessaire de l’existence même de l’État. L’esclavage peut changer de forme et de nom son fond reste le même. Ce fond se laisse exprimer par ces mots: être esclave, c’est être forcé de travailler pour autrui, comme êtte maître, c’est vivre du travail d’autrui. Dans l’antiquité, ils s’appelaient tout bonnement des esclaves, au Moyen-Age ils prirent le nom de serfs et aujourd’hui on les appelle les salariés. La condition de ces derniers est moins rude et plus digne que celle des esclaves, mais ils n’en sont pas moins forcés par la faim aussi bien que par les institutions politiques et sociales, d’entretenir par un travail très dur, le désœuvrement absolu ou relatif d’autrui.”

Friedrich Nietzsche (XIXème siècle)

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable.”

“L’Église ? c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite, tout comme toi il aime à parler par fumée et par hurlements ; car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur la Terre… et on le croit !”

“Les grands fondateurs des états et des empires sont un troupeau de bêtes de proie, une race de maîtres et de conquérants, qui avec toute son organisation militaire et toute sa puissance de contrainte, fonce de ses terribles mâchoires sur une population qui le dépasse formidablement en nombre, mais qui est demeurée à l’état inorganique… telle est l’origine de l’État.”

Pierre Kropotkine (XIXème ~ XXème siècles)

“L’État n’est qu’une des formes revêtues par la Société dans le courant de l’histoire. Comment donc confondre le permanent et l’accidentel ?”

L’homme n’a pas créé la société : la société est antérieure à l’homme.

Aujourd’hui, on sait aussi — l’anthropologie l’a parfaitement démontré — que le point de départ de l’humanité ne fut pas la famille, mais bien le clan, la tribu. La famille paternelle, telle que nous la connaissons, ou telle qu’elle est dépeinte dans les traditions hébraïques, ne fit son apparition que bien plus tard.”

“«Désormais, la commune de village, composée en partie ou entièrement de familles séparées, — tous unis, cependant, par la possession en commun de la terre, — devint, pour des siècles à venir, le trait d’union nécessaire.»

Sur d’immenses territoires de l’Europe orientale, en Asie, en Afrique, elle existe encore.”

“On comprend parfaitement pourquoi les historiens modernes, éduqués dans l’esprit romain, et cherchant à faire remonter toutes les institutions jusqu’à Rome, ont tant de peine à comprendre l’esprit du mouvement communaliste du XIIè siècle. Affirmation virile de l’individu, qui arrive à constituer la société par la libre fédération, des hommes, des villages, des cités, ce mouvement fut une négation absolue de l’esprit unitaire et centralisateur romain, par lequel on cherche à expliquer l’histoire dans notre enseignement universitaire. Il ne se rattache non plus à aucune personnalité historique, ni à aucune institution centrale.

C’est une croissance naturelle, appartenant, comme la tribu et la commune de village, à une certaine phase de l’évolution humaine, et non pas à telle nation ou à telle région.

C’est pourquoi la science universitaire ne la saisit pas.”

“Et qui sont ces barbares ? — C’est l’État : la Triple-Alliance, enfin constituée, du chef militaire, du juge romain et du prêtre — les trois formant une assurance mutuelle pour la domination, les trois unis dans une même puissance qui commandera au nom des intérêts de la société — et écrasera cette société [des communes libres médiévales].”

“L’Européen du XIIè siècle était essentiellement fédéraliste. Homme de libre initiative, de libre entente, d’unions voulues et librement consenties, il voyait en lui-même le point de départ de toute société. Il ne cherchait pas son salut dans l’obéissance ; il ne demandait pas un sauveur de la société. L’idée de discipline chrétienne et romaine lui était inconnue.
Mais, sous l’influence de l’Église chrétienne toujours amoureuse d’autorité, toujours jalouse d’imposer sa domination sur les âmes et surtout le travail des fidèles ; et d’autre part, sous l’influence du droit romain qui déjà, dès le XIIè siècle, fait ravage à la cour des puissants seigneurs, rois et papes, et devient bientôt l’étude favorite dans les universités — sous l’influence de ces deux enseignements, qui s’accordent si bien, quoique ennemis acharnés à l’origine, les esprits se dépravent à mesure que le prêtre et le légiste triomphent.”

“Mais l’État, de par son principe même, ne peut tolérer la fédération libre. Celle-ci représente cette horreur du légiste : «l’État dans l’État.» L’État ne reconnaît pas une union librement consentie, fonctionnant dans son sein : il ne connaît que des sujets.Lui seul, et sa sœur, l’Église, s’accaparent le droit de servir de trait d’union entre les hommes.
Par conséquent l’État doit, forcément, anéantir les cités basées sur l’union directe entre citoyens. Il doit abolir toute union dans la cité, abolir la cité elle-même, abolir toute union directe entre cités. Au principe fédératif, il doit substituer le principe de soumission, de discipline. C’est sa substance. Sans ce principe, il cesse d’être État.”

“Pas plus que le capital individuel, né de la fraude et de la violence et développé sous les auspices de l’autorité, la Loi n’a aucun titre de respect des hommes. Née de la violence et de la superstition, établie dans l’intérêt du prêtre, du conquérant et du riche exploiteur, elle devra ietre abolie en entier le jour où le peuple voudra briser ses chaînes.”

“Non, mille fois non ! L’État, c’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, produit de la spoliation. Le prolétaire qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État, il n’y trouve qu’une organisation faite pour empêcher coûte que coûte son émancipation. La prison et la mitraille pour fermer la bouche de ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État !…”

“Le Capital et l’État sont deux croissances parallèles qui seraient impossibles l’une dans l’autre et qui, pour cette raison précise, doivent toujours être combattues ensemble, l’une et l’autre à la fois.”

“Dans la vie des sociétés, il est des époques où a révolution devient une impérieuse nécessité, où elle s’impose.”

“D’ailleurs nous n’avons plus à chercher à tâtons la solution. Elle nous a été imposée par l’histoire, en même temps que le problème ; elle a été dite, elle se dit hautement dans bien des pays d’Europe et elle résume le développement économique de notre siècle. C’est l’Expropriation: C’est l’Anarchie !”

“La commune libre, telle est la forme politique qui devra ietre prise par une révolution sociale.”

“Du moment où les monopoles constitues et solidifiés par l’État cessent d’exister, l’État n’a plus de raison d’être.”

 A suivre…

Reprise: Illusions démocratiques: De votards à communards ou la passion de la liberté !

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Repris depuis:

https://resistance71.wordpress.com/illusion-democratique/

 

Dans la « ferveur » du grand cirque  électoral, qui une fois de plus étreint notre nation inepte, vouée depuis des lustres au culte marchand et à ses idoles de sang et d’airain(tement), nous avons décidé de publier une petite trilogie de textes à la fois sulfureux, pertinents et truculents, textes qui émanent d’une des dernières plumes critiques francophones digne de ce nom: Raoul Vaneigem.

Connu pour sa participation à l’Internationale Situationniste de la fin des années 1960 et du début des années 70, ce grand écrivain critique belge nous laisse un véritable trésor littéraire à (re)découvrir. Auteur en 1967 de son célèbre « Traité de Savoir-Vivre pour les jeunes générations« , long essai qui inspira tant le mouvement de 1968 avec son pendant situationniste du compère Guy Debord et sa « Société du Spectacle » ; Vaneigem continua à gratifier l’humanité d’autres excellents ouvrages et essais tels que: « Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et la possibilité de s’en défaire » (1992), « De l’inhumanité de la religion » (1999), « Pour une internationale du genre humain » (2000) et le remarquable « Pour l’abolition de la société marchande-Pour une société vivante » (2002).

Nous avons choisi de reproduire trois essais de Raoul Vaneigem, trois textes courts qui ne manqueront pas d’interpeller les consciences et titiller cette créativité solidaire qui est partie intégrante de notre nature humaine, pourtant si habilement ensevelie sous les couches multiples des déjections nauséabondes de la société marchande/spectacle, par une pseudo-élite inepte, parasitaire et autoproclamée.

Le premier essai s’intitule « Vive la Commune ! » (2007)

Le second essai: « La gratuité est l’arme absolue contre l’économie » (2011)

Le troisième essai: « Par delà l’impossible » (Avril 2012)

 

Bonne lecture et puisse l’inspiration politique ressurgir de vide intersidéral proposé par nos pathétiques « démocraties représentatives » où le citoyen est réduit depuis 1789 ou peu s’en faut (1776 aux Etats-Unis), à l’état de serf / électeur et / contribuable… Non seulement nous méritons mieux que cela… mais nous SOMMES mieux que cela ! La Commune invoquée ici par Vaneigem (non pas celle de 1871…) en est une autre preuve s’il en fallait encore une…

– Résistance 71 –

 

Vive la Commune !

 

par Raoul Vaneigem

 

Décembre 2007

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Vive-la-Commune

 

Nous vivons dans la clarté de l’obscur. Ce que le spectacle du monde nous montre sous les feux quotidiens de la rampe n’est qu’une mise en scène du totalitarisme marchand. Il occulte le désir de vivre, présent en chacun, pour lui substituer le désir de rentabiliser l’absence de vie.

C’est à peine si la presse des arrogantes démocraties européennes a consacré quelques lignes à l’insurrection d’Oaxaca. Jamais les journalistes qui se revendiquent de la liberté d’expression n’ont si unanimement manifesté par leur servilité leur mépris des libertés individuelles. Leur obédience à l’affairisme planétaire écarte sans scrupule ce qui est par essence scandaleux : la gratuité dont se revendique la générosité humaine. L’économie, la course à l’argent et au pouvoir, voilà le leitmotiv de la misérable représentation médiatique où hommes, femmes et enfants sont conditionnés à devenir les spectateurs de leur propre déchéance.

L’empire de la marchandise a mis la résignation et la lâcheté au rang des vertus. Quelle gifle à la veulerie occidentale que l’audace des habitants d’Oaxaca s’insurgeant contre un gouverneur corrompu dont les exactions ne diffèrent pas de celles que nous connaissons dans la vertueuse Europe, si ce n’est qu’il est d’usage au Mexique que les policiers municipaux et les escadrons paramilitaires tirent sur les mécontents. Ici, les patrons escroquent ouvertement le bien public sans avoir à recourir aux tueurs tant le fatalisme et le désespoir des masses travaillent en leur faveur. On comprend qu’exalter, analyser, voire se borner à mentionner l’exemple d’Oaxaca relèvent de l’incongruité pour ceux qui font métier d’informer.

À nous d’apprendre que les manifestations de la vie n’ont aucune chance de se transmettre par le biais d’une parole asservie aux impératifs marchands.

L’aspiration à vivre pleinement appartient aux faits qui ne se laissent ni corrompre ni effacer totalement. Seule la conscience d’une solidarité avec ce que nous avons en nous et entre nous de plus vivant et de plus humain peut briser les chaînes d’une oppression que la peur et le mépris de soi forgent partout.

Rien n’est plus important aujourd’hui que de faire savoir aux individus qu’ils ne sont pas seuls quand ils récusent le désespoir, retrouvent l’audace et avancent avec la détermination de construire leur vie en libérant les territoires quadrillés et dévastés par le totalitarisme marchand.

Nous n’avons tiré aucune leçon de l’histoire, disent ceux qui se complaisent dans leur rôle d’éternelles victimes. L’évolution du monde semble leur donner raison. À défaut d’instaurer des valeurs nouvelles, fondées sur la vie et sur la détermination d’en assurer la souveraineté, nous sommes confrontés à un vide où s’engloutissent pêle-mêle les valeurs patriarcales et le souvenir des luttes entreprises contre l’État, l’armée, la police, la religion, les idéologies.

Le travail, où l’on « perd sa vie à la gagner », exerce aujourd’hui un double effet de nuisance par sa raréfaction et par son investissement croissant dans les services parasitaires. En effet, ceux qui célèbrent sa vertu et font miroiter, en garantissant plus d’emplois, l’espérance d’un bonheur consommable sont les mêmes qui ferment les usines parce que les actionnaires tirent moins de profit du travail que de la Bourse. Dans le même temps, les agioteurs font du travail inutile l’instrument de leur enrichissement. Ils sacrifient la production de matières premières, jadis prioritaire, au profit d’entreprises aussi artificieuses qu’aléatoires dont le jeu spéculatif des actionnaires règle et dérègle le sort, au mépris des salariés. L’Europe qui se targuait d’être le berceau de la démocratie en est devenue le cercueil.

Tout ce qui a démontré sa nuisance par le passé revient comme un remugle d’égout : le libéralisme, cette imposture qui identifie la liberté individuelle à la prédation ; le nationalisme, fauteur de guerres ; le fanatisme religieux ; les détritus du bolchevisme ; les nostalgiques du fascisme.

C’est de l’histoire de leur inhumanité que les hommes ne tirent guère de leçons, réitérant dans une parodie à la fois ridicule et sanglante les pires aberrations du passé. Le prétendu devoir de mémoire, qui nous enseigne les horreurs du passé, les guerres, les massacres, la sainte Inquisition, les pogromes, les camps d’extermination et les goulags, perpétue le vieux dogme religieux d’une impuissance congénitale à vaincre le mal, auquel l’honneur prescrit d’opposer cette éthique qui repose sur le libre arbitre comme un fakir sur une chaise à clous.

Des entreprises hasardées de siècle en siècle en faveur d’une vie meilleure, la mémoire ne retient que leur défaite. Anacharsis Cloots, Jacques Roux, Babeuf, décapités par les jacobins ; la Commune de Paris écrasée par les versaillais ; les conseils ouvriers et paysans liquidés par Lénine et Trotski ; les collectivités libertaires espagnoles détruites par les staliniens. Une défaite, vraiment ?

J’appelle défaite l’étouffement des libertés individuelles par l’individualisme libéral, par le mensonge du nationalisme identitaire, par l’imposture du prétendu communisme, par le socialisme et la démocratie corrompue, par la dictature des libertés économiques. Ne voyez-vous pas que ce qui a été tenté en faveur de la vie et que les armes de la mort ont apparemment vaincu renaît sans cesse ? C’est de son inachèvement que nous devons tirer les leçons car il nous appartient d’aller plus avant.

La Commune d’Oaxaca est, en ce sens, exemplaire. Simple tumulte contre les exactions et les malversations d’un gouverneur, la mobilisation de la population aboutit à la formation d’une Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca (APPO) initialement dominée par les politiques, dont les traditionnels détritus léninistes et trotskistes. L’entrée dans l’APPO des barricadiers, de la population urbaine et des communautés indiennes des régions environnantes limite et s’emploie à briser les manœuvres et la mainmise des hommes de pouvoir sur l’assemblée.

Le discours est d’une grande clarté : « Nous voulons ce qui aujourd’hui aux yeux des gouvernements et des patrons criminels et exploiteurs constitue le pire des délits : nous voulons la justice et la dignité, nous voulons ne plus avoir peur d’exprimer nos idées, nous voulons ne plus être victimes de ségrégation pour la couleur de notre peau, notre pensée, notre langue ou nos goûts, nous voulons des aliments sains que nous obtenons par notre travail et ne plus être volés par les riches, nous voulons employer notre énergie créatrice pour le bien commun, nous voulons la libération de nos prisonniers et de nos prisonnières. Nous voulons la liberté de choisir notre façon de vivre et que personne ne nous impose ses mensonges, sa violence et sa manière de gouverner, et nous savons que ce que nous voulons est correct et juste.

Nous voudrions devenir frères et sœurs dans cette lutte par en bas, avec tous ceux et toutes celles qui, à la ville ou dans l’arrière-pays, ont comme nous opposé résistance à tous les maîtres du pouvoir et de l’argent, nous voulons jumeler nos expériences de lutte avec le moindre recoin de notre État, nous voulons dialoguer et échanger avec toutes les femmes et tous les hommes de l’Oaxaca. »

Il serait temps que – réagissant contre la passivité, le manque de créativité, le fatalisme, l’obédience aux bureaucrates politiques et syndicaux – les démocrates européens, avilis, crétinisés, couillonnés par les démocraties corrompues qu’ils ont portées au pouvoir, découvrent dans la volonté d’émancipation qui se manifeste à Oaxaca la conscience de cette dignité humaine qui, de la Révolution française au mouvement des occupations de Mai 1968, n’a cessé de faire entendre ses exigences.

J’appelle à la solidarité avec ceux qui « participent activement au mouvement social actuel et veulent que ce mouvement reste fidèle à ses principes d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, en revendiquant l’assemblée souveraine comme la manière la plus juste et la plus harmonieuse pour réussir à nous comprendre, à nous organiser de façon autonome et à nous autogouverner. Un lieu où les accords du peuple ne se fondent ni sur la prédominance de la majorité sur une minorité ni sur aucune autre façon d’imposer son point de vue comme celle communément exercée par le pouvoir de ceux d’en haut, mais sur le respect mutuel entre toutes les composantes du peuple. L’autonomie entendue comme la construction d’autres réalités montrant qu’il existe une autre manière de changer les choses à la source, dans laquelle les peuples décident de leurs propres modes de vie, et non au sein d’institutions qui ne font que réformer l’oppression et la répression, comme le font les partis politiques qui produisent des tyrans, homme ou femme, des caciques et un autoritarisme chez tous ceux et toutes celles qui y accèdent à travers des postes qui leur confèrent une quelconque autorité. »

C’est cela la démocratie. Elle a toujours voulu être tout. Elle a été quelque chose, en regard des tyrannies qui l’interdisaient. Elle n’est plus rien qu’un hochet entre les mains des multinationales et des intérêts marchands.

L’exploitation et l’inhumanité qu’elle produit n’a pas changé – un esclave mort au travail a toujours permis d’en acheter deux –, elle a seulement gangrené la totalité de la planète. Mais c’est aussi de cette planète dont la vie est menacée avec celle de millions d’êtres vivants que va surgir une Internationale du genre humain. Elle sera confuse, incertaine, tâtonnante ; elle sera, comme disent les zapatistes, non un modèle mais une expérience.

Si condamnées qu’elles soient au mépris, au discrédit, à la clandestinité, la résistance à l’oppression et l’aspiration à une existence heureuse et créatrice n’ont jamais cessé de se manifester. C’est en vain que l’obscurantisme spectaculaire et ses larbins étouffent de leur inanité sonore le fracas des casseroles martelées avec lesquelles les femmes d’Oaxaca sonnent le rappel d’une population armée de sa seule volonté de vivre. Aucun silence ne couvre le bruit des chaînes qui se brisent.

Raoul Vaneigem 
6 décembre 2007