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Résistance au colonialisme: déclaration à l’issue du second congrès international sur la communalisé qui s’est tenu à Oaxaca au Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 avril 2018 by Résistance 71

“Une des premières victimes du langage écrit est la mémoire. Dès que vous pouvez écrire quelque chose, le pouvoir de la mémoire diminue grandement… Le monde de la parole est celui des conteurs, des poètes et des visionnaires, c’est un média s’étendant à l’infini, c’est une forme d’art.. Le langage écrit traverse le domaine de la comptabilité des mots, des “experts” qui passent leur vie à remplir des catalogues de mots, d’immenses dictionnaires, essayant de fixer une valeur exacte, quasi numérique sur chaque pensée ou émotion humaine. […] Ainsi de manière ironique, une fois que le langage passe la barrière de l’écriture, non seulement la créativité et l’expression en souffrent, mais il devient aussi beaucoup plus facile de mentir. Une fois qu’une histoire ou une historiographie est écrite, elle devient la version acceptée de la vérité nonobstant les fausses informations qu’elle peut contenir ou la partialité avérée de la source. Les gens qui vivent dans la tradition orale doivent se rappeler ce qu’ils disent et ont dit. Le seul moyen de maintenir une constance dans le récit est de dire la vérité. Les menteurs sont souvent confondus parce que leurs histoires manquent de constance, ils ne peuvent plus se rappeler ce qu’ils ont dit parce que leur source est erronée. […] Comment quelqu’un pourrait-il mentir lorsque les ancêtres demeurent les témoins perpétuels de nos dires ? Nous n’avions pas besoin de langage écrit jusqu’à ce que nos langues nous furent presque extirpées ainsi que des bouches de nos enfants par le moyen des pensionnats pour Indiens et bon nombre de nos langues furent en danger d’extinction. Parce que nos langues sont directement connectées avec la manière dont nous pensons et nous représentons le monde, avec qui nous sommes, nous perdons notre chemin lorsque nous perdons notre langage… Il y a par exemple en langue Lakota 52 noms différents pour nommer les nuages. Pour ceux qui connaissent la langue, prédire la météo 2 jours et 2 nuits en avance n’est pas un secret ; aussi nous pouvons dire que si vous avez oublié les noms des nuages, alors vous avez perdu votre chemin.”
~ Russel Means, 2012 ~

Cet article fait suite à notre récente publication:
« Anthropologie et résistance politique: de la communalité »

 

Déclaration finale à l’issue du second Congrès Internationale sur la Communalité

 

Comitancillo, Guelatao, Oaxaca, Tlahuitoltepec, 5-9 mars 2018.

 

La Voie du Jaguar

 

30 mars 2018

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Deuxieme-Congres-international-de-la-communalite-Declaration-finale

 

Nous, qui avons participé à ce Deuxième Congrès, considérons que, en tant que pensée libératrice et mode de vie, la communalité se présente comme une alternative au modèle néolibéral en crise.

La communalité est une notion et une clé historique pour comprendre la reproduction matérielle et culturelle des peuples originaires et des communautés en résistance depuis les différentes régions de Mésoamérique. Aujourd’hui elle inspire l’implication créative d’un grand nombre de peuples, de villages, de communautés, d’universités et d’organisations dans différents contextes de lutte et de résistance. Elle représente un mode de vie opposé au modèle économique et politique néolibéral, capitaliste, patriarcal et néocolonial, qui peut seulement exister et se maintenir par l’exploitation, le génocide et la destruction de l’environnement. Ces politiques de mort pénètrent les territoires indiens en imposant des mégaprojets comme la mine, les parcs d’éoliennes, la fracture hydraulique des schistes bitumineux, les barrages, les gazoducs, les oléoducs, les puits de pétrole, les aéroports, les routes à grande circulation, et les complexes touristiques.

Malgré l’invisibilité du travail et des formes d’existence des femmes et la violence qui s’exerce sur elles, leur résistance historique sur différents plans de la vie matérielle, symbolique et spirituelle a été à l’origine de processus historiques qui ont ouvert des horizons de vie solidaires, humains et équitables. Ce Deuxième Congrès international de la communalité rend hommage à la Rencontre internationale des femmes qui luttent, convoquée et réalisée par les sœurs de l’EZLN dans le Caracol de Morelia, Chiapas.

Guiapa’ layú, ra ñaa ne xuba’ xquendanabaani ne xquendabiaani’ guidxi xtinu

Défendre le territoire et la milpa, c’est défendre la vie communale. La milpa et le maïs sont une partie essentielle de la culture de nos peuples avec l’assemblée, la fête et le travail commun (dans leur dimension communale). Ils constituent un mode de vie antagonique au modèle de développement néolibéral destructeur, qui a pu être mis en place grâce aux réformes de l’article 27 de la Constitution, aux lois agraires, sur l’énergie, concernant les hydrocarbures et la forêt, mais aussi grâce à la privatisation des terres (Programa de Regularización y Registro de Actos Jurídicos Agrarios — Raja, dont les antécédents furent Procede et Fanar).

Xquenda binnilaanu rusizaaca’ gunaa ne nguiu’ zenanda xtiidxa’guidxi da’gu’liisa

Nous, communalistes, entendons l’autorité comme service, « servir et non se servir » (tel est le principe d’une politique autonome). La charge communale est un motif de fierté et d’honorabilité. L’assemblée est le lieu où la population prend des décisions. Plus qu’une forme de démocratie directe et de participation horizontale, elle représente l’exercice de notre droit à l’autonomie et à la libre détermination, cela malgré les efforts pour nous imposer les partis politiques dans l’exercice du pouvoir.

Saa nga guendaliisa ne xtiipa´ rusibaani guidxi xtinu

Nos fêtes manifestent notre résistance et fortifient le tissu social. La communalité exprime sa force dans ce plaisir pris collectivement, dans l’allégresse et les sourires que suscitent nos musiques. Les fêtes montrent une égalité fraternelle et solidaire. Comme nos langues, nos chants et nos danses, elles reconnaissent cette fraternité comme la valeur suprême de nos peuples et de nos communautés. Ces fêtes et ces transports de joie sont gubidxa, le soleil qui ne meurt jamais (el sol que nunca muere).

Diidxazá ne xtiidxa’ ca binnigoolasa cusiidi laanu xi caquiiñe’ guidxi layú

Nos langues enferment notre cosmovision héritée de nos grand-mères et grand-pères. Elles nous permettent de penser et de nommer un monde de solidarité entre les humains et les autres êtres ou éléments de la nature. La parole et le caractère oral du parler de nos peuples sont importants et même essentiels. L’éducation dans nos langues permet la reproduction et la recréation de nos cosmovisions et de notre vie en communauté.

C’est un devoir de tout éducateur ou de toute éducatrice communaliste de former les enfants de nos peuples et d’aller au-delà de cet environnement matériel d’enfermement que sont les salles de classe afin d’éduquer en liberté, au sein de la vie quotidienne des communautés, dans le tequio, dans nos langues, dans la milpa, dans les jeux, dans le service, et en accord avec les traditions communautaires, c’est-à-dire éduquer en communalité.

Guidaaguliisa xtiipa’ ti guiapa’ guendanabaani

Ce Congrès s’élève clairement contre toutes les formes de violence dues à la politique des États et à leurs plans militaires, violence qui est aussi, dans bien des cas, le résultat de l’impunité et de la corruption de la part des mauvais gouvernements. La communalité nous incite à nous organiser pour prendre soin de la vie, dans son sens le plus étendu : nous consacrer à la défense de tout le vivant sur le guidxi layú (la terre).

La communalité est vie et pensée, pratique et théorie, elle est ce qui se partage, elle est vie égalitaire. Elle est contre l’extrême violence — la mort des femmes et des hommes — qui se présente désormais comme la principale menace à notre existence et à laquelle nous nous affrontons comme peuples, communautés, collectifs et même en tant qu’individus.

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Résistance et solution politique: Congrès International de la Communalité Oaxaca, Mexique

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A lire en complément:

la-sixta

Manifeste pour la societe des societes

 

 

Oaxaca, Mexique, deuxième congrès international sur la communalité

 

Terre et territoire

 

17 mars 2018

 

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Oaxaca-Mexique-Deuxieme-Congres-international-sur-la-communalite

 

La comunalidad es la antítesis del capitalismo
y una alternativa al neocolonialismo. [1]

Dans le cadre du Deuxième Congrès international sur la communalité [2], une première discussion autour du thème de la terre et du territoire eut lieu à San Pedro Comitancillo [3] les 5 et 6 mars 2018. San Pedro Comitancillo se trouve dans l’isthme de Tehuantepec. Participèrent à cette rencontre des gens venus d’Ixtepec, de Matías Romero, de Juchitán, de Santa María Guegolani, de Santa María Ixhuatan, d’Unión Hidalgo, de San Juan Guichicovi, de San Mateo del Mar, de Salina Cruz, de San Miguel Chimalapa et des États du Chiapas, de Veracruz, du Querétaro, de la ville de Mexico, de l’État de Mexico, de Puebla, de Jalisco et aussi des compagnons venus de Colombie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Argentine et de Bolivie.

Les participants à cette première rencontre ont reconnu l’importance du territoire comme lieu où se développe une vie sociale forte autour d’un bien commun à tous. Ils ont constaté que le territoire et, par voie de conséquence, les habitants sont désormais l’objet d’une agression continue de la part d’entreprises commerciales transnationales qui convoitent, soit l’eau, soit la terre, soit la richesse du sous-sol, soit le bois des forêts, etc., rendant ainsi de plus en plus aléatoire et problématique la vie communale : « Ce système de mort a pénétré la vie des peuples, a colonisé notre mode de vie et connaît différentes expressions : patriarcat, racisme, machisme, autoritarisme, discrimination, corruption, individualisme. Pourtant la communalité nous avait permis jusqu’à présent à travers tout un système d’aide mutuelle, de réciprocité, d’échanges de savoir-faire et de connaissances de bien vivre sur cette terre. »

Tout au long de ces échanges, les participants ont constaté que l’avancée du capitalisme se fait au détriment de la communauté agraire pour défaire l’ensemble de la vie sociale : la vie des familles, l’éducation, le temps et les rythmes de vie, l’alimentation, l’habitat, la langue, la manière de se soigner et celle de s’habiller, la manière de percevoir l’activité ou le travail, les savoirs, toute la vie et la culture d’une population. Ils ont pu noter que la création des zones économiques spéciales [4] dans l’isthme de Tehuantepec, protégeant les entreprises privées au détriment des droits des peuples, a entraîné la militarisation de la région.

Ils ont aussi précisé que, pour les peuples originaires, le territoire forme un tout qui ne peut être fragmenté : la santé du territoire est un équilibre entre toutes ses parties. Le système « extractiviste » a touché la santé intégrale communautaire par la contamination, la pollution, l’insécurité, l’alcoolisme et la consommation de la drogue.

Enfin, ils ont avancé un certain nombre de propositions :

☀ Faire du commun une pratique quotidienne, au sein de la famille, du quartier, de la communauté, à l’école.

☀ Régénérer ou fortifier ce qui constitue la communalité : les assemblées, le travail commun ou tequio, les fêtes, les décisions prises collectivement, les charges communales, etc.

☀ Inculquer à la jeunesse le sens de la participation collective, le concept d’autonomie et la reconnaissance du territoire et des richesses culturelles (histoire, mémoire, identité, connaissances et savoir-faire) qui le constituent. Contre l’idée de compétition, appeler à la coopération et à la solidarité.

☀ Combattre ce qui va à l’encontre du commun, expulser les partis politiques ; combattre l’individualisme et l’ambition personnelle.

☀ Semer, créer des réseaux d’échange locaux et régionaux, soutenir des communautés menacées, socialiser l’information, partager des expériences et des capacités. Travailler ensemble au bien commun.

☀ Maintenir vivantes les connaissances héritées de nos ancêtres. Apprendre notre langue à nos enfants. Récupérer notre propre forme d’éducation. Prendre en considération les savoirs de nos peuples en discutant avec les anciennes et anciens et les transmettre (ce qui pourrait être une tâche assignée à l’école et aux radios communautaires).

☀ Réaliser un colloque sur l’atelier de dialogue culturel en hommage à Juan José Rendón Monzón, qui a travaillé à revitaliser la communalité des peuples ikoot, binnizá et ayuujk.

☀ Nommer la zone économique spéciale Zone indigène communale à défendre et réaliser notre propre cartographie.

☀ Faire un front de défense territorial dans toute la région de l’Isthme.

☀ Face à la fragmentation de nos peuples par les entreprises, il est proposé la construction d’un sujet politique lié au communal, à la terre et à l’indigène pour une vie digne sur la base du respect et du renforcement de la communalité face à l’offensive capitaliste (cf. la proposition d’un atelier sur les stratégies préventives face aux mégaprojets extractivistes de la zone économique spéciale convoqué par la Rema — Rede Mexicana de Afectados por la Minería — et le Comité d’Ixtepec pour la défense de la vie et du territoire qui se tiendra les 27 et 28 avril à San Pedro Comitancillo).

☀ Améliorer la santé intégrale communautaire, ce qui suppose éduquer selon des logiques non capitalistes les enfants : récupérer le système de la milpa, semer des plantes médicinales, créer des espaces de formation, prêter attention à la famille et à la communauté, ne pas user de produits chimiques, organiser des rencontres de discussions et commencer avec les voisins ; persister et non renoncer est un constant travail.

Déclaration

Nous, les peuples de l’isthme de Tehuantepec, reconnaissons les différentes expressions de la communalité, qui, comme des fleurs, naissent et se donnent dans d’autres régions. Ce sont : l’exercice de l’autorité au service des peuples comme pouvoir communal ; la fête, qui resserre les liens sociaux et le sentiment d’appartenance pour offrir l’espace du plaisir où l’on goûte les plats, les musiques et les danses traditionnelles communautaires, et où s’expriment nos formes de solidarité ; le travail communal — tequios, gozonas, mano vuelta [5] — qui permet la reproduction matérielle et spirituelle de la vie communautaire en franche opposition à l’individualisme qui caractérise le système néolibéral en crise.

Reconstruire la vie revient à reconstruire la communauté et le commun avec, pour objectif : la récupération critique de la culture et de la langue sans tomber dans le folklore ; une ouverture sincère au dialogue entre tous ceux qui font partie de la communauté ; la reconnaissance des femmes en tant que créatrices et fondatrices de la vie ; la reconceptualisation de la notion du travail vu comme activité communautaire et en relation avec la terre. En ce sens, le projet d’une université communale dans différents centres de l’État d’Oaxaca, offrant un espace de création et de recréation de la communalité, est une réelle avancée.

Nous, participants au deuxième congrès international de la communalité, qui s’est tenu à San Pedro Comitancillo, dénonçons les autorités municipales et ejidales de la région de l’Isthme qui, comme dans le cas de San Pedro, ont facilité l’imposition de mégaprojets comme la ligne de transmission Xipe, qui traverse toute la région, et nous exhortons les autorités communales, ejidales et municipales à ne pas tomber dans ce genre de complicité et à défendre nos territoires devant la menace que représentent les zones économiques spéciales.

Nous dénonçons les violences qu’implique l’imposition du modèle « extractiviste », qui assiège et agresse nos territoires, comme crimes perpétués contre la vie communale et, tout particulièrement, contre les femmes, les jeunes, les filles et les garçons ; des crimes qui ont coûté la vie à des hommes et à des femmes issus de nos peuples.

Nous nous joignons à la dénonciation présentée par l’assemblée communautaire d’Unión Hidalgo concernant l’illégalité des contrats signés entre les petits propriétaires et EDF (Électricité de France), qui prétend imposer un parc d’éoliennes sur leur territoire [6], et nous soutenons la campagne internationale contre EDF et son ambition extractiviste.

Nous célébrons la lutte communautaire du comité d’Ixtepec « Vida y Territorio » qui a obtenu l’arrêt du projet minier à Ixtepec, annoncé le 17 septembre 2017 par le ministère de l’Économie au Journal officiel.

Nous célébrons aussi la décision collective des compagnons de Comitancillo qui, à la suite de cette rencontre, se sont engagés à former un groupe de travail pour s’informer et informer la communauté sur les projets qui la menacent, et nous faisons un appel à la solidarité nationale et internationale pour rappeler partout l’agression continue des mégaprojets sur les territoires indiens.

Traduction : Georges Lapierre.

Notes

[1] La communalité est l’antithèse du capitalisme et une alternative au néocolonialisme.

[2] Le Premier Congrès international sur le thème de la communalité eut lieu à Puebla en 2016, ce Deuxième Congrès s’est tenu à Oaxaca du 5 au 9 mars 2018.

[3] Les autres sièges furent : Oaxaca, Tlahuitoltepec (région mixe — ou Ayuujk — dans la Sierra Norte), Guelatao (région zapotèque de la Sierra Norte). Les 7, 8 et 9 mars, les participants de ce Deuxième Congrès international se sont regroupés dans un seul lieu : le village de Guelatao.

[4] Les zones économiques spéciales (ZEE) décrétées par le gouvernement fédéral comprennent les infrastructures : routes, aéroports, ports, voies ferrées, ainsi que la mise en service des sources d’énergie nécessaires à l’exploitation des ressources d’une région (barrages, éoliennes, etc.).

[5] Tequio : mot d’origine nahuatl, repris par l’Église, pour signifier le travail commun dû, autrefois pour l’empereur aztèque, puis pour l’Église : il est désormais au service de la communauté.

Gozona : mot zapotèque, c’est la contribution, sous forme de nourriture ou de bien matériel, apportée par chacun lors d’un tequio ou d’une fête ou pour toutes autres occasions.

Mano vuelta : mots castillans, c’est l’échange de services, la plupart du temps sous la forme d’un travail manuel. (NdT.)

[6] Le parc Gunna Sicarú.

Reprise: Illusions démocratiques: De votards à communards ou la passion de la liberté !

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Repris depuis:

https://resistance71.wordpress.com/illusion-democratique/

 

Dans la « ferveur » du grand cirque  électoral, qui une fois de plus étreint notre nation inepte, vouée depuis des lustres au culte marchand et à ses idoles de sang et d’airain(tement), nous avons décidé de publier une petite trilogie de textes à la fois sulfureux, pertinents et truculents, textes qui émanent d’une des dernières plumes critiques francophones digne de ce nom: Raoul Vaneigem.

Connu pour sa participation à l’Internationale Situationniste de la fin des années 1960 et du début des années 70, ce grand écrivain critique belge nous laisse un véritable trésor littéraire à (re)découvrir. Auteur en 1967 de son célèbre « Traité de Savoir-Vivre pour les jeunes générations« , long essai qui inspira tant le mouvement de 1968 avec son pendant situationniste du compère Guy Debord et sa « Société du Spectacle » ; Vaneigem continua à gratifier l’humanité d’autres excellents ouvrages et essais tels que: « Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et la possibilité de s’en défaire » (1992), « De l’inhumanité de la religion » (1999), « Pour une internationale du genre humain » (2000) et le remarquable « Pour l’abolition de la société marchande-Pour une société vivante » (2002).

Nous avons choisi de reproduire trois essais de Raoul Vaneigem, trois textes courts qui ne manqueront pas d’interpeller les consciences et titiller cette créativité solidaire qui est partie intégrante de notre nature humaine, pourtant si habilement ensevelie sous les couches multiples des déjections nauséabondes de la société marchande/spectacle, par une pseudo-élite inepte, parasitaire et autoproclamée.

Le premier essai s’intitule « Vive la Commune ! » (2007)

Le second essai: « La gratuité est l’arme absolue contre l’économie » (2011)

Le troisième essai: « Par delà l’impossible » (Avril 2012)

 

Bonne lecture et puisse l’inspiration politique ressurgir de vide intersidéral proposé par nos pathétiques « démocraties représentatives » où le citoyen est réduit depuis 1789 ou peu s’en faut (1776 aux Etats-Unis), à l’état de serf / électeur et / contribuable… Non seulement nous méritons mieux que cela… mais nous SOMMES mieux que cela ! La Commune invoquée ici par Vaneigem (non pas celle de 1871…) en est une autre preuve s’il en fallait encore une…

– Résistance 71 –

 

Vive la Commune !

 

par Raoul Vaneigem

 

Décembre 2007

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Vive-la-Commune

 

Nous vivons dans la clarté de l’obscur. Ce que le spectacle du monde nous montre sous les feux quotidiens de la rampe n’est qu’une mise en scène du totalitarisme marchand. Il occulte le désir de vivre, présent en chacun, pour lui substituer le désir de rentabiliser l’absence de vie.

C’est à peine si la presse des arrogantes démocraties européennes a consacré quelques lignes à l’insurrection d’Oaxaca. Jamais les journalistes qui se revendiquent de la liberté d’expression n’ont si unanimement manifesté par leur servilité leur mépris des libertés individuelles. Leur obédience à l’affairisme planétaire écarte sans scrupule ce qui est par essence scandaleux : la gratuité dont se revendique la générosité humaine. L’économie, la course à l’argent et au pouvoir, voilà le leitmotiv de la misérable représentation médiatique où hommes, femmes et enfants sont conditionnés à devenir les spectateurs de leur propre déchéance.

L’empire de la marchandise a mis la résignation et la lâcheté au rang des vertus. Quelle gifle à la veulerie occidentale que l’audace des habitants d’Oaxaca s’insurgeant contre un gouverneur corrompu dont les exactions ne diffèrent pas de celles que nous connaissons dans la vertueuse Europe, si ce n’est qu’il est d’usage au Mexique que les policiers municipaux et les escadrons paramilitaires tirent sur les mécontents. Ici, les patrons escroquent ouvertement le bien public sans avoir à recourir aux tueurs tant le fatalisme et le désespoir des masses travaillent en leur faveur. On comprend qu’exalter, analyser, voire se borner à mentionner l’exemple d’Oaxaca relèvent de l’incongruité pour ceux qui font métier d’informer.

À nous d’apprendre que les manifestations de la vie n’ont aucune chance de se transmettre par le biais d’une parole asservie aux impératifs marchands.

L’aspiration à vivre pleinement appartient aux faits qui ne se laissent ni corrompre ni effacer totalement. Seule la conscience d’une solidarité avec ce que nous avons en nous et entre nous de plus vivant et de plus humain peut briser les chaînes d’une oppression que la peur et le mépris de soi forgent partout.

Rien n’est plus important aujourd’hui que de faire savoir aux individus qu’ils ne sont pas seuls quand ils récusent le désespoir, retrouvent l’audace et avancent avec la détermination de construire leur vie en libérant les territoires quadrillés et dévastés par le totalitarisme marchand.

Nous n’avons tiré aucune leçon de l’histoire, disent ceux qui se complaisent dans leur rôle d’éternelles victimes. L’évolution du monde semble leur donner raison. À défaut d’instaurer des valeurs nouvelles, fondées sur la vie et sur la détermination d’en assurer la souveraineté, nous sommes confrontés à un vide où s’engloutissent pêle-mêle les valeurs patriarcales et le souvenir des luttes entreprises contre l’État, l’armée, la police, la religion, les idéologies.

Le travail, où l’on « perd sa vie à la gagner », exerce aujourd’hui un double effet de nuisance par sa raréfaction et par son investissement croissant dans les services parasitaires. En effet, ceux qui célèbrent sa vertu et font miroiter, en garantissant plus d’emplois, l’espérance d’un bonheur consommable sont les mêmes qui ferment les usines parce que les actionnaires tirent moins de profit du travail que de la Bourse. Dans le même temps, les agioteurs font du travail inutile l’instrument de leur enrichissement. Ils sacrifient la production de matières premières, jadis prioritaire, au profit d’entreprises aussi artificieuses qu’aléatoires dont le jeu spéculatif des actionnaires règle et dérègle le sort, au mépris des salariés. L’Europe qui se targuait d’être le berceau de la démocratie en est devenue le cercueil.

Tout ce qui a démontré sa nuisance par le passé revient comme un remugle d’égout : le libéralisme, cette imposture qui identifie la liberté individuelle à la prédation ; le nationalisme, fauteur de guerres ; le fanatisme religieux ; les détritus du bolchevisme ; les nostalgiques du fascisme.

C’est de l’histoire de leur inhumanité que les hommes ne tirent guère de leçons, réitérant dans une parodie à la fois ridicule et sanglante les pires aberrations du passé. Le prétendu devoir de mémoire, qui nous enseigne les horreurs du passé, les guerres, les massacres, la sainte Inquisition, les pogromes, les camps d’extermination et les goulags, perpétue le vieux dogme religieux d’une impuissance congénitale à vaincre le mal, auquel l’honneur prescrit d’opposer cette éthique qui repose sur le libre arbitre comme un fakir sur une chaise à clous.

Des entreprises hasardées de siècle en siècle en faveur d’une vie meilleure, la mémoire ne retient que leur défaite. Anacharsis Cloots, Jacques Roux, Babeuf, décapités par les jacobins ; la Commune de Paris écrasée par les versaillais ; les conseils ouvriers et paysans liquidés par Lénine et Trotski ; les collectivités libertaires espagnoles détruites par les staliniens. Une défaite, vraiment ?

J’appelle défaite l’étouffement des libertés individuelles par l’individualisme libéral, par le mensonge du nationalisme identitaire, par l’imposture du prétendu communisme, par le socialisme et la démocratie corrompue, par la dictature des libertés économiques. Ne voyez-vous pas que ce qui a été tenté en faveur de la vie et que les armes de la mort ont apparemment vaincu renaît sans cesse ? C’est de son inachèvement que nous devons tirer les leçons car il nous appartient d’aller plus avant.

La Commune d’Oaxaca est, en ce sens, exemplaire. Simple tumulte contre les exactions et les malversations d’un gouverneur, la mobilisation de la population aboutit à la formation d’une Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca (APPO) initialement dominée par les politiques, dont les traditionnels détritus léninistes et trotskistes. L’entrée dans l’APPO des barricadiers, de la population urbaine et des communautés indiennes des régions environnantes limite et s’emploie à briser les manœuvres et la mainmise des hommes de pouvoir sur l’assemblée.

Le discours est d’une grande clarté : « Nous voulons ce qui aujourd’hui aux yeux des gouvernements et des patrons criminels et exploiteurs constitue le pire des délits : nous voulons la justice et la dignité, nous voulons ne plus avoir peur d’exprimer nos idées, nous voulons ne plus être victimes de ségrégation pour la couleur de notre peau, notre pensée, notre langue ou nos goûts, nous voulons des aliments sains que nous obtenons par notre travail et ne plus être volés par les riches, nous voulons employer notre énergie créatrice pour le bien commun, nous voulons la libération de nos prisonniers et de nos prisonnières. Nous voulons la liberté de choisir notre façon de vivre et que personne ne nous impose ses mensonges, sa violence et sa manière de gouverner, et nous savons que ce que nous voulons est correct et juste.

Nous voudrions devenir frères et sœurs dans cette lutte par en bas, avec tous ceux et toutes celles qui, à la ville ou dans l’arrière-pays, ont comme nous opposé résistance à tous les maîtres du pouvoir et de l’argent, nous voulons jumeler nos expériences de lutte avec le moindre recoin de notre État, nous voulons dialoguer et échanger avec toutes les femmes et tous les hommes de l’Oaxaca. »

Il serait temps que – réagissant contre la passivité, le manque de créativité, le fatalisme, l’obédience aux bureaucrates politiques et syndicaux – les démocrates européens, avilis, crétinisés, couillonnés par les démocraties corrompues qu’ils ont portées au pouvoir, découvrent dans la volonté d’émancipation qui se manifeste à Oaxaca la conscience de cette dignité humaine qui, de la Révolution française au mouvement des occupations de Mai 1968, n’a cessé de faire entendre ses exigences.

J’appelle à la solidarité avec ceux qui « participent activement au mouvement social actuel et veulent que ce mouvement reste fidèle à ses principes d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, en revendiquant l’assemblée souveraine comme la manière la plus juste et la plus harmonieuse pour réussir à nous comprendre, à nous organiser de façon autonome et à nous autogouverner. Un lieu où les accords du peuple ne se fondent ni sur la prédominance de la majorité sur une minorité ni sur aucune autre façon d’imposer son point de vue comme celle communément exercée par le pouvoir de ceux d’en haut, mais sur le respect mutuel entre toutes les composantes du peuple. L’autonomie entendue comme la construction d’autres réalités montrant qu’il existe une autre manière de changer les choses à la source, dans laquelle les peuples décident de leurs propres modes de vie, et non au sein d’institutions qui ne font que réformer l’oppression et la répression, comme le font les partis politiques qui produisent des tyrans, homme ou femme, des caciques et un autoritarisme chez tous ceux et toutes celles qui y accèdent à travers des postes qui leur confèrent une quelconque autorité. »

C’est cela la démocratie. Elle a toujours voulu être tout. Elle a été quelque chose, en regard des tyrannies qui l’interdisaient. Elle n’est plus rien qu’un hochet entre les mains des multinationales et des intérêts marchands.

L’exploitation et l’inhumanité qu’elle produit n’a pas changé – un esclave mort au travail a toujours permis d’en acheter deux –, elle a seulement gangrené la totalité de la planète. Mais c’est aussi de cette planète dont la vie est menacée avec celle de millions d’êtres vivants que va surgir une Internationale du genre humain. Elle sera confuse, incertaine, tâtonnante ; elle sera, comme disent les zapatistes, non un modèle mais une expérience.

Si condamnées qu’elles soient au mépris, au discrédit, à la clandestinité, la résistance à l’oppression et l’aspiration à une existence heureuse et créatrice n’ont jamais cessé de se manifester. C’est en vain que l’obscurantisme spectaculaire et ses larbins étouffent de leur inanité sonore le fracas des casseroles martelées avec lesquelles les femmes d’Oaxaca sonnent le rappel d’une population armée de sa seule volonté de vivre. Aucun silence ne couvre le bruit des chaînes qui se brisent.

Raoul Vaneigem 
6 décembre 2007

Crise sociale mondiale: La société organique, vivante, évolutrice doit prendre le pas sur la sclérose capitaliste…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , on 21 juin 2012 by Résistance 71

Pour comprendre comment nous sortir des sables mouvants générés par la société spectacle marchande, nous devons envisager les problèmes sous des angles inédits.

John Holloway, très proche du mouvement zapatiste mexicain, nous y incite…

— Résistance 71 —

 

Changer le monde sans prendre le pouvoir

 

Entretien avec John Holloway (Juin 2008)

 

url de l’article en ligne:

http://www.lavoiedujaguar.net/Changer-le-monde-sans-prendre-le

 

 

Changer le monde sans prendre le pouvoir. Le sens de la révolution aujourd’hui, essai de John Holloway (éditions Syllepse, Paris, et Lux, Montréal, 2008), a suscité de violentes réactions à la gauche de la gauche. La thèse défendue contrarie : penser la révolution en terme de parti et de prise de pouvoir mène à un échec inévitable.

Entretien (publié dans CQFD en juin 2008) avec l’auteur, chercheur en sciences sociales irlandais installé au Mexique depuis 1991.

John, tu es proche des zapatistes, à ton avis que peut apporter la théorie politique à un mouvement comme le leur ?

John Holloway : Antonio García de León [1] a fait remarquer dès les premiers jours de l’insurrection zapatiste que cette révolte venait de l’intérieur de nous-même. En disant qu’ils veulent construire un monde nouveau sans prendre le pouvoir, ils nous ont lancé un défi pratique et théorique. Les tentatives pour changer le monde en prenant le pouvoir ont échoué. Alors comment s’y prendre ? Il n’y a pas de modèle préexistant.

Ici, en pleine commémoration de 68, la gauche semble incapable de penser les émeutes des cités, mais aussi le refus du travail salarié. La gauche traditionnelle conçoit la lutte de classes comme une lutte entre le travail et le capital. Elle oublie que Marx insistait sur le caractère ambivalent du travail comme une clef pour comprendre le capitalisme. Il faisait la distinction entre le travail aliéné ou abstrait et l’activité vivante consciente ou travail utile – ce que je préfère appeler le « faire ». 1968 était avant tout une révolte contre le travail aliéné, la révolte du « faire » contre le travail. En 1968, il devient clair que la lutte contre le capital est avant tout une lutte contre le travail. Au lieu de penser la lutte de classes en termes de « travail » contre « capital », il faut la penser en termes de « faire » contre « le travail et donc le capital ». Voilà le défi : comment développer ici et maintenant une vie où nous pourrions faire ce que nous considérons comme nécessaire ou désirable, au lieu d’abandonner nos jours à un travail qui produit le capital ? C’est pourquoi l’idée de « chômeurs heureux » est si importante. En Argentine, les piqueteros [2] les plus radicaux ne se battent pas pour l’emploi, mais pour une vie consacrée à « faire » ce qu’ils considèrent important. Si nous refusons de travailler c’est parce que nous voulons faire quelque chose de mieux de nos vies : rester au lit, sortir faire un tour avec le chien, jouer de la musique, organiser une révolution, qu’importe… Notre refus ouvre la porte à un « faire-autrement », et ce « faire-autrement » est l’avant-garde de notre lutte contre le capital. Cette lutte n’est pas seulement de la négation, mais de la négation-et-création, la création de quelque chose qui ne colle pas avec le capitalisme. Tant que nous ne parlons que de refus, nous autorisons le capital à fixer le planning.

Mais comment affirmer nos résistances, de l’émeutier de cité au chômeur qui se lève tard, face aux vieilles catégories de pensées ?

Nous avons tous nos hauts et nos bas, et parfois on se sent perdu, en particulier parce que nos luttes sont fragmentées. Je vois ça en termes de création de failles, d’espaces ou de moments dans lesquels nous disons : « Ici, dans cet espace ou ce moment, nous ne ferons pas ce que le capital veut que nous fassions. » Des failles plus que de simples espaces autonomes. Les failles s’agrandissent, courent, se creusent. Ces failles sont les espaces du « faire contre le travail ». Si, comme la gauche traditionnelle, nous sommes aveugles à cet antagonisme, tout le reste suit : l’État, le pouvoir, le progrès, etc.

Pour toi, la prise de pouvoir est donc forcément un échec pour un mouvement qui souhaite changer le monde…

Je distingue deux types de pouvoir, le « pouvoir- sur » (le pouvoir du capital, le pouvoir de l’État…) et le « pouvoir-faire » : notre pouvoir de créer, de faire des choses, qui est forcément un pouvoir social puisque notre « faire » dépend toujours du « faire » des autres. Rejeter l’idée de prendre le pouvoir ne nous met pas dans un vide. Au contraire, cela signifie que nous ne devons pas prendre le « pouvoir-sur » mais construire notre « pouvoir-faire. »

Dans ton livre, il est beaucoup question d’identités. Que t’inspire le repli identitaire ?

Le capitalisme nous pousse à nous identifier aux rôles qu’il nous fait jouer. Le mouvement contre le capital est nécessairement anti-identitaire. Un mouvement qui dit : « Non, nous sommes plus que ça ! » Si on dit seulement « nous sommes noirs, nous sommes femmes, nous sommes gays, nous sommes indigènes », alors on est piégé dans une logique qui nous réintègre dans la domination. Nous avons besoin de dépasser nos identités, d’affirmer et de nier dans un même souffle : nous sommes noirs et plus que cela, nous sommes femmes et plus que cela. Dès leur soulèvement, les zapatistes ont dit qu’ils se battaient pour les droits des indigènes mais aussi pour la création d’un monde nouveau fondé sur la reconnaissance de la dignité.

Qu’est-ce qui peut donc nous rassembler ? Où se trouve notre force ?

Notre force, c’est que nous sommes des personnes ordinaires. C’est la chose la plus profonde que les zapatistes disent : « Nous sommes des hommes et des femmes, des vieux et des enfants ordinaires, donc nous sommes rebelles. » Si l’antagonisme central est entre le « faire » et le travail, la contradiction centrale du capitalisme est donc la frustration. La frustration engendrée est probablement l’expérience la plus profonde que nous partageons tous et toutes. Elle se transforme en explosions et nous apprend le langage de la révolte.

Propos recueillis et traduits par Julien Bordier et Juliette Goudeket. 
CQFD n° 57, juin 2008.

Notes

[1] Historien, auteur de Resistencia y utopia, Era, 1998.

[2] Piqueteros : mouvements de masse rassemblant les chômeurs d’un quartier ou d’une banlieue.