Archive pour colonialisme

Résistance politique: Une étude de la doctrine chrétienne de la découverte ordonnée par l’UNPFIP

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 25 mars 2014 by Résistance 71

S’il ne faut jamais attendre grand chose de l’ONU sur un plan pratique puisqu’elle est par essence pieds et poings liés à l’oligarchie qui l’a créée en première instance, le fait d’amener ce sujet de la doctrine chrétienne de la découverte, fondement « légal » ou voulu comme tel du colonialisme occidental depuis le XVème siècle, cela aura au moins pour mérite d’amener les feux de la rampe voire une certaine attention publique et médiatique sur ce ce qui est la véritable clef des solutions pour l’annihilation de l’empire anglo-américain.

Pour y parvenir, il faut que le plus de personnes possible soient mises au courant de ce qu’est la doctrine chrétienne de la découverte (bulles papales Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493) et également être familier avec le plus grand cas légal qui incorpora cette doctrine chrétienne raciste dans la loi des Etats-Unis régissant la propriété et la souveraineté sur les territoires, le verdict de l’affaire Johnson contre McInstosh, Cour Suprême des Etats-Unis, 1823.

Le public français et francophone doit savoir sur quoi est fondé le colonialisme occidental depuis plus de 500 ans: Une doctrine religieuse raciste, génocidaire et eslavagiste, incorporée aux lois des états-nations et qui régit toujours aujourd’hui les lois foncières et de souveraineté des nations indigènes aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

— Résistance 71 —

 

Le Forum permanent des Nations Unies questionne la doctrine de la découverte

 

Peter d’Errico

 

20 mars 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/03/20/un-permanent-forum-raises-stakes-christian-discovery-doctrine?page=0%2C0

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le professeur Joshua Jeffers, candidat au doctorat en histoire et enseignant à l’université de Purdue, a écrit une étude importante sur la Doctrine Chrétienne de la Découverte, étude publiée dans le magazine d’histoire de l’état du Maryland au printemps 2013. Jeffers a commencé son étude, validée universitairement, avec une discussion de la décision de la cour suprême des Etats-Unis de 1823 dans l’affaire Johnson contre McIntosh, qui fit de la doctrine “le principe légal fondamental sur lequel est fondé le droit à la propriété foncière des Etats-Unis… avec des conséquences dévastatrices pour les nations amérindiennes.”

Après une stricte analyse de la trajectoire de la doctrine chrétienne de la découverte depuis ses origines dans les decrets papaux du XVème siècle, Jeffers explore les façons par lesquelles cette obscure doctrine légale religieuse a émergé dans la discussion ouverte de notre époque. Il décrit la situation actuelle comme “augmentant l’agitation à son sujet”. Les lecteurs du présent média sont les témoins de cette agitation tandis que les colonnistes et les articles de presse rapportent le mouvement croissant pour amener les Nation-Unies à focaliser sur la doctrine chrétienne comme étant une doctrine coloniale et impérialiste.

Dans une conclusion provocante, Jeffers suggère que le défi des peuples indigènes du XXIème siècle à cette doctrine est tout aussi signifiant que les débats ayant eu lieu au XVIème siècle et qui examinèrent le sous-jacent théologique et légal du colonialisme espagnol. Il montre que l’examen récent de Johnson contre m’Intosh, appelant à remettre en question sa légitimité comme précédent, fait aussi écho des arguments au sujet des spéculateurs terriens britanniques du XVIIème siècle et des théoriciens légaux américains des XVIII et XIXème siècles.

La conclusion de Jeffers au sujet de la signifiance historique du moment présent semble amplement soutenue par les faits. Comme il le note fort justement, “dans les deux dernières décennies, plus de 750 articles et plusieurs livres venant d’universitaires aussi variés que des politologues, légistes et historiens de la colonisation, ont critiqué vertement la décision de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre MacIntosh.”

Il y a non seulement eu une explosion des commentaires critiques dans le monde universitaire, mais la critique a aussi débordé en dehors du débat académique pour aboutir dans la presse et l’arène politique.

La 11ème session du Forum Permanent de l’ONU sur les problèmes indigènes (2012) a examiné la Doctrine Chrétienne de la Découverte en tant que “thème spécial”. La session impliqua un panel d’experts internationaux, en préparation d’un article sur la conférence et des déclarations venant de membres de peuples indigènes de partout dans le monde. Le rapport de la session a recommandé qu’une étude formelle se tienne pour le Forum Permanent lui-même.

L’étude recommandée par la session spéciale a été préparée par Mr Edward John, un membre du Forum, et est maintenant dans sa phase finale de révision. Elle sera présentée à la 13ème session du forum, programmée pour les 12-23 Mai 2014. Mr John enquête non seulement sur les “impacts” de la Doctrine Chrétienne de la Découverte, mais aussi de ses “mécanismes, processus et instruments de rectification”.

L’étude va de fait atteindre le niveau de signifiance historique suggérée par le Professeur Jeffers: Elle représente une mise en examen mondiale de la notion de découverte chrétienne, avec ses implications légales, politiques et économiques, ainsi que la place réelle de la religion dans les activités de gouvernement. La question est de savoir si la discussion va se concentrer sur le verbe “rectifier” comme “rhabiller” ou comme ‘remettre en position droite, donc rectifier un tort” (NdT: le verbe incriminé ici en anglais is “redress” qui peut avoir deux sens: rectifier un tort ou rhabiller, difficle à transcrire le jeu de mot dans la traduction… voir la phrase dans l’article original).

Il convient d’abord de se référer à la doctrine avec son véritable nom, celui de: Doctrine Chrétienne de la Découverte et non pas à la phrase commune à laquelle se réfère bon nombre d’écrivains, même ceux qui lui sont critiques et qui l’appelle “doctrine de la découverte”. Le véritable nom insiste sur le fait que la doctrine est fondamentalement enracinée dans la religion dès l’origine. Ce n’est pas une règle séculiaire, mais une règle de discrimination religieuse.

Nous devons à Steven Newcomb (NdT: que nous traduisons régulièrement sur ce blog…) d’avoir établi la base académique de ce sujet en démontrant l’enregistrement historique et documenté de la “découverte” comme étant de fait une doctrine religieuse. Ce fut Newcomb qui martela sans cesse les termes de “doctrine chrétienne de la découverte” et ce à une époque où la vaste majorité des écrivains se référaient simplement à elle dans les termes de “découverte européenne”. (NdT: Sciemment ou non est une autre histoire…)

L’archivé historique montre que “la découverte européenne” est la “découverte chrétienne” et ceci est très clair depuis l’intrusion coloniale initiale, lorsque que Christophe Colomb planta le drapeau espagnol sur le “Nouveau Monde” en 1492.

En 1493, la bulle papale “Inter Caetera” du pape Alexandre VI félicitait “notre fils bien-aimé, Christopher Colombus” et pour la couronne espagnole qui finançait Colomb, le pape “donne, accorde, octroit et vous assigne à vous et vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leòn, à tout jamais… tous les droits, jurisdictions et appartenances, de toutes les îles et des terres (continentales) trouvées et à trouver, découvertes et à découvrir.” La seule limite de l’octroi du pape était si les terres étaient déjà “en possession de quelque roi ou prince chrétien”. Le nom même de Colomb porte témoignage de la doctrine. Comme le stipule le dictionnaire d’anglais Oxford: “Chistopher” veut dire “porteur du Christ”.

Comme le signale le professeur Jeffers, les racines doctrinaires de la découverte chrétienne remonte même à plus loin, au XIIIème siècle, le pape Innocent IV qui “donna aux Chrétiens l’autorité légale de circonvenir à la propriété non-chrétienne et aux droits de souveraineté.” Aux XVIème et XVIIème siècle, des chercheurs en droit tels Franciscus de Victoria et Hugo Grotius commencèrent de développer ce qu’ils appelaient le “droit international” (c’est à dire la loi du système de l’état-nation). Ils construisirent sur des précédents papaux “légitimisant la confiscation des terres, propriétés et souveraineté des peuples non-chrétiens.”

Le rendu Johnson contre MacIntosh a admis cette origine religieuse. Comme le juge suprême Marshall l’écrivit: “Personne des puissance européennes ne donna plus son plein assentiment à ce principe que l’Angleterre. Les documents à ce sujet sont nombreux et complets. Dès l’année 1496, son monarque donna une commission aux Cabot de découvrir des terres alors inconnues au peuple chrétien et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre.

Les Etats-Unis furent aussi abrupts lorsqu’ils clamèrent les terres des Indiens Tee-Hit-Ton en 1955. Leur résumé légal fonda explicitement l’affirmation de droit sur la doctrine chrétienne de la découverte: “La doctrine de titre de propriété par la découverte n’est pas juste une doctrine catholique romaine, mais plutôt un principe auquel toutes les nations chrétiennes adhèrent.” Le résumé légal expliquait qu’alors même que les Etats-Unis ne “reconnaissaient pas les papes comme la source de leurs titres de propriétés”, le concept de titre par la découverte était “fondé sur la même idée que les terres occupées par les païens et infidèles étaient ouvertes à toute acquisition par les nations chrétiennes.

Johnson contre M’Intosh et l’affaire Tee-Hit-Ton sont toujours considérés comme des précédents valides dans les tribunaux américains. Les cours de justice à tous les niveaux citent souvent ces décisions. Le plus souvent ces jours-ci, les tribunaux n’élaborent pas sur les fondements religieux sous-jacents de ces décisions. Comme le dit Jeffers, les noms de ces affaires sont maintenant “un raccourci logique pour déclarer que le titre de propriété indigène de la terre était inférieur à celui du titre européen.”

Il serait très embarrassant aujourd’hui pour les puissances coloniales et leurs descendants dans les états-nations variés du monde de parler ouvertement des fondements religieux des lois établies en regard des nations autochtones. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait personne qui implique et embrasse la religion au sein de l’exercice du gouvernement (des sionistes aux chrétiens évangélistes en passant par les partis politiques islamistes), mais il convient de dire que la position normale des état membres des Nations-Unies est maintenant de manière générale, nettoyée d’une telle rhétorique.

L’étude à venir du Forum Permanent fera monter l’attention rhétorique du discours international au sujet des peuples indigènes à son plus haut niveau depuis 500 ans. Ceci représente une opportunité et un défi. Les références répétées de l’étude pour “redresser” veut peut-être juste dire “rhabiller” une vieille doctrine ; un tel rhabillage de la doctrine peut-être anticipé et prévenu si des références à “l’auto-gouvernance”, “contrôle des terres” et autres aspects d’une “souveraineté effective”, sont bien comprises et mises en avant.

Peter d’Errico est diplômé de la faculté de droit de Yale (1968) Il a été l’avocat du Dinebeiina Nahiilna Be Agaditahe Navajo Legal Services, 1968-1970, à Shiprock . Il a enseigné le droit à l’université du Massachusetts, Amherst, 1970-2002. Il est avocat consultant sur les problèmes légaux indigènes.

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Autre lecture sur l’affaire Johnson contre McIntosh (1823):

https://resistance71.wordpress.com/2014/03/12/resistance-au-colonialisme-le-vol-des-terres-amerindiennes-enterine-par-une-decision-de-la-cour-supreme-de-1823/

Sur les bulles pontificales Romanus Pontifex, Inter Caetera et sur l’origine religieuse du colonialisme occidental:

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/09/lorigine-profonde-du-colonialisme-occidental-les-bulles-pontificales-romanus-pontifex-1455-et-inter-caetera-1493/

500 ans d’injustice (Steven Newcomb) et liens sur l’origine du colonialisme:

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/12/les-origines-du-colonialisme-inhumain-trop-inhumain-selon-le-vatican/

La bulle papale Inter Caetera de 1493 (Steven Newcomb):

https://resistance71.wordpress.com/2013/10/05/au-sujet-de-lorigine-du-colonialisme-la-bulle-papale-inter-caetera-alexandre-vi-1493/

 

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Algérie, le poids de l’héritage colonialiste de la France

Posted in actualité, France et colonialisme, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , on 9 novembre 2010 by Résistance 71

Entretien avec Lounis Aggoun (1/2)

Algérie : Les années de sang et les complicités de la France

par Silvia Cattori

Url de l’article original: http://www.voltairenet.org/article167288.html

L’indépendance n’a pas permis à l’Algérie de sortir de la violence. Loin s’en faut. Le pouvoir n’a pas été rendu au peuple, mais a été accaparé par un groupe, initialement choisi par la France pour protéger ses intérêts. Pour se maintenir, ce groupe n’a pas hésité à manipuler des islamistes et à plonger le pays dans un nouveau cycle de violence. Dans un ouvrage documenté, « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable », Lounis Aggoun dénonce un système élaboré par des Algériens avec le soutien de la France, puis des Etats-Unis, au détriment de tout un peuple.

14 OCTOBRE 2010

Silvia Cattori : Votre ouvrage « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable » [1] est très impressionnant. 600 pages, denses, captivantes, s’appuyant sur une ample documentation, qui parlent avec empathie d’un peuple maltraité, mis à genoux. On comprend que c’est là le récit d’un homme meurtri par la souffrance de son peuple, résolu à se confronter à cette réalité brutale, à la vérité. Est-ce comme cela que vous le vivez ?

Lounis Aggoun [2] : Je ne souhaite pas mêler mes écrits au flot intarissable de contresens et de contrevérités qui font office de littérature sur l’Algérie. Comment ne pas être meurtri lorsqu’on est le témoin permanent du spectacle de son peuple martyrisé ? Comment ne pas être révolté ensuite de voir le tyran se draper de vertu et se présenter comme le garant de la liberté, le meurtrier, le violeur, le voleur, le voyou, en somme tout ce qui fait l’Etat algérien, venir quotidiennement nous asséner ses leçons de morale ? Il n’y a pas de juste milieu dans le drame algérien. Il y a d’un côté le territoire des colons (les nouveaux s’entend) et de l’autre celui des colonisés, qui vivent une réalité affreuse. Une fois que l’on a pris conscience de cela, pouvons-nous simplement vaquer à nos

occupations ? J’ai beau essayer, je n’y arrive pas.

Silvia Cattori : L’histoire récente de l’Algérie, de ses relations avec la France, relève du mensonge permanent, dites-vous dans votre livre. La France, voulant préserver coûte que coûte ses intérêts stratégiques en Algérie, a-t-elle vraiment œuvré de façon à ce que, après 1962, l’Algérie ne puisse pas accéder à la pleine possession de sa souveraineté ? L’Algérie comptait-t-elle davantage pour la France, que d’autres anciennes colonies ?

Lounis Aggoun : Les choses ne se présentent pas de façon aussi manichéenne. Cela dit, l’œuvre faussement libératrice du général de Gaulle en Afrique est connue. Comment croire qu’il ait conçu en Algérie le projet contraire à celui qui était le sien dans le reste du continent ? Cela ne revient pas à dire qu’il souhaitait le malheur des Algériens. Loin s’en faudrait. Mais entre son projet, d’une Algérie indépendante entre les mains d’un pouvoir garant des intérêts français (cela, ce sont ses propres propos qui l’attestent) et la concrétisation (une dictature abominable qui a exacerbé toutes les turpitudes de l’ancien colon), il y a une marge et un fleuve de sang. Les dérives du pouvoir après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 sont de la responsabilité des Algériens (quelles que soient les influences extérieures, qui sont réelles). Mais le mensonge originel (et il est colporté par ceux-là mêmes qui prétendent militer pour la vérité et l’histoire) consiste, un demi-siècle après, à nier qu’au départ il y a une volonté du pouvoir français de noyauter l’administration algérienne. Après, c’est une trivialité de dire que l’apprenti- sorcier a perdu le contrôle de sa créature diabolique. C’est tout cela que j’ai souhaité documenter dans cet ouvrage, en m’appuyant non pas sur des racontars mais sur les déclarations des plus hauts responsables concernés au sein de l’Etat français et du pouvoir algérien. La vérité est là, écrite par bribes. J’ai simplement réuni les bribes et la vérité émerge, aveuglante. Il suffit de vouloir la regarder en face, pour tenter de reconstruire le futur sur des assises saines ; ou détourner les yeux et continuer à fonder les relations entre les deux pays sur des sables mouvants. Les faiseurs d’opinion pourront continuer (je ne me fais aucune illusion) à prétendre que la France n’est pour rien dans le désastre algérien après l’indépendance et que ceux qui affirment le contraire ne sont que des excités immatures ; les faits sont accablants et la démonstration restera.

Silvia Cattori : L’affirmation que l’Indépendance a été suivie « d’une première décennie d’élimination des élites et de noyautage » met à mal la vision romantique qui avait cours dans les années 60-70, d’une Algérie socialiste triomphante, admirable, toute engagée dans le soutien des mouvements de libération, dotée de brillants diplomates, forte d’une remarquable politique étrangère ? Etait-ce une vision totalement erronée ? Pouvez-vous expliciter ?

Lounis Aggoun : Entre les envolées lyriques de Houari Boumédiène [3] sur la scène internationale et la réalité qu’il imposait au peuple algérien, il y a la différence entre le jour et la nuit. Et comme dans toute illusion, les déconvenues sont d’autant plus douloureuses que le rêve était beau. Quant aux brillants diplomates (et il n’est pas question de dire qu’il n’y en eut pas), ils n’ont servi que de caution à des politiques qui relèveraient du crime contre l’humanité si une justice internationale pouvait se pencher sur la question. Au demeurant, la réponse à votre question est simple : la qualité de cette administration peut aisément se mesurer au fait que l’un de ses plus éminents membres, Abdelaziz Bouteflika, est devenu président en 1999, près de quarante ans après avoir jeté les jalons de la dictature algérienne ; et qu’il poursuit son œuvre dévastatrice en ce moment même. Il faut toujours se méfier des histoires romantiques. C’est la vocation de l’élite de ne pas y sombrer. Or, des observateurs et les commentateurs de tous ordres continuent de colporter des sornettes qui justifient le maintien d’un pouvoir dont ils se prétendent les opposants.

Silvia Cattori : Vous avez sans doute des raisons qui vous permettent d’associer Ahmed Ben Bella à Boumediene et Bouteflika. Ben Bella, invité à la tribune de grands rassemblements, et fort applaudi, comme je l’ai constaté au Forum social européen (FSE) à Florence en Italie, en novembre 2002, demeure très estimé. Qu’a-t-il en commun avec eux ?

http://www.voltairenet.org/article167288.html Page 2 of 9

Algérie : Les années de sang et les complicités de la France [Voltaire] 11/9/10 9:27 PM

Lounis Aggoun : Ben Bella, c’est l’homme qui a confisqué la liberté aux Algériens. À ce titre, il endosse la plus lourde responsabilité dans le malheur de son peuple. Depuis qu’il a été déchu, je ne crois pas avoir entendu dans sa bouche un début d’autocritique. Au contraire, chaque fois qu’il intervient, c’est pour accabler les meilleurs cadres politiques de la Révolution et pour justifier le sort qui leur a été réservé (souvent leur meurtre). Qu’il fasse illusion dans les forums mondiaux est significatif de l’efficacité du travail des historiens et des journalistes. Quant aux organisateurs de ces forums, ils sont souvent ceux-là mêmes qui ont été bercés par l’aventure romantique que vous évoquez ; et ils ne souhaitent pas plus que les autres qu’on détruise leurs idoles. Ils sont nombreux dans la mouvance communiste qui, après s’être trompés en 1938 en soutenant Staline (avant de se ressaisir – une fois n’est pas coutume – dans la Résistance), puis en 1956 en votant les pouvoirs spéciaux à l’armée (ils soutiendront de la même façon une autre sale guerre en 1992, en prétendant vouloir sauver les Algériens d’eux-mêmes, et en relayant une politique proprement génocidaire, baptisée sans complexe « éradication »), ont cru se refaire une virginité en soutenant le pouvoir totalitaire qui s’installait en Algérie. Ils ont fait de ce soutien l’œuvre positive de leur vie. On aura alors beau les mettre aujourd’hui face à l’évidence, ils préféreront détourner les yeux.

Mais votre question mérite d’être élargie. Lorsqu’on découvre les affres du pouvoir actuel, les crimes du précédent paraissent en comparaison véniels (les 200 000 morts de la décennie 1990 sont un crime de masse ineffaçable, mais les menées destructrices à l’œuvre en ce moment auront à long terme des conséquences plus graves encore). Au vu de la décennie 1990, celle de 1980 avec Chadli paraît avec le recul somme toute assez douce. Et si l’on tient compte des affres de la décennie 1980 de Chadli, le règne de Boumediene paraît relever de l’âge d’or de l’indépendance algérienne. Connaissant les abominations du régime de Boumediene, l’ère de Ben Bella (où s’est pourtant fondée la dictature) paraît donc relever d’une époque de rêve. Outre que le temps apaise les malheurs engendrés par les pouvoirs successifs, cela traduit la descente inexorable aux enfers des Algériens. C’est cette réalité que j’ai aussi voulu retracer dans ce livre. Quant aux organisateurs de forums sociaux, il n’est jamais trop tard pour sortir de l’univers onirique où ils se complaisent et l’on peut espérer qu’ils cesseront de mêler leur énergie à celle des extrêmes qu’ils prétendent combattre…

Silvia Cattori : Tous les chapitres de votre livre sont passionnants et méritent débat. J’aimerais m’entretenir avec vous en particulier de ces événements que vous décrivez avec précision et qui, dès 1988, préparent le pire. Je crois que peu de gens savent ce qui s’est réellement passé tout au long de ces « années de sang ». Tout cela est terriblement accablant. Jusqu’à quel point le visage de l’Algérie a-t-il été bouleversé à jamais ? Quand pourra-t-on dire que tout cela appartient au passé ?

Lounis Aggoun : Un peuple en cage ; voilà ce que sont les Algériens aujourd’hui. Pour s’en échapper, des hommes et des femmes liquident tous leurs biens pour s’acheter un hypothétique passage en Europe. Sur des barques délabrées qui coulent sitôt en haute mer, ou sur des bateaux en courant le risque d’être jetés par-dessus bord par des équipages qui ne souhaitent pas avoir des ennuis avec les services d’immigration des pays où ils accostent. Si l’âme du peuple algérien s’échine à échapper à la

furie, le paysage dans lequel évolue la population a été quant à lui totalement abîmé.

Les Algériens souhaitaient la liberté ; on les a plongés dans la dictature. Ils ont voulu imposer la démocratie en 1988 ; on les a plongés dans l’horreur. Aujourd’hui, ils ne connaissent que des ennemis : ceux-ci se bousculent devant chez eux pour s’accaparer les richesses (pétrole, gaz, minerais, …) que recèle leur sous-sol. Il y a aussi ceux qui vendent des armes au régime qui les assassine. Ceux qui voudraient les sauver de leur prétendue propension à la barbarie et qui viennent expérimenter sur eux l’arsenal de la terreur. Ceux qui les accusent de tous les malheurs du monde et qui, au nom de cela, s’arrogent le droit de les piller. N’oublions pas les médias et les élites occidentales qui désinforment à leur sujet quand elles s’expriment sur eux et qui se volatilisent lorsqu’il devient impératif de les défendre. Dans dix ans, on découvrira que les opérations qui se mènent aujourd’hui – par un gouvernement qui est reçu en grande pompe dans les salons occidentaux – relèvent de crimes contre l’humanité. Et l’on assistera alors non pas à la condamnation de ces crimes, mais à l’élaboration de nouveaux crimes plus abominables encore, qui empêcheront l’opinion occidentale de s’appesantir sur ceux d’aujourd’hui. Et aujourd’hui donc, naturellement, pour éviter que soient traités les crimes de la décennie 1990, le pouvoir est en train de tenter de corrompre la population dans ce qu’elle a de plus intime, ses ressorts sociaux. Et ce pays que je vous décris est dépeint dans les colonnes des médias français comme un Eldorado économique, un exemple de démocratie.

Silvia Cattori : Aujourd’hui, il est devenu clair pour vous que le Groupe islamique armé (GIA) était une émanation de la Sécurité militaire algérienne, une « organisation écran ». Cela était-il déjà clair pour vous dans les années 90 ?

Lounis Aggoun : Cela était clair pour les rescapés des massacres à l’instant même où ils enterraient leurs proches. Mais que vaut la parole d’un supplicié quand personne ne consent à l’écouter, et même à l’entendre ? Il suffit de ne pas se départir de ce qui est le propre de l’homme, la faculté à raisonner, pour savoir que si certains attentats étaient bien l’œuvre des islamistes radicaux, les plus emblématiques, ceux qui ont eu le plus grand retentissement en Occident, étaient bien trop bénéfiques pour le régime, et pour lui seul, pour ne pas être suspects : il était essentiel que l’on ne s’interroge pas sur l’identité de leurs véritables commanditaires. Mais que vaut de savoir, que vaut même que tout le monde sache si les seules paroles que l’on entende dans les médias français, aujourd’hui, 10 ou 20 ans après les faits, ressassent la même rengaine falsificatrice. Ceux qui, il y a quinze ans, affirmaient déjà que les émirs les plus sanguinaires, Djamel Zitouni et Ali Touchent par exemple, étaient des agents du DRS (Département du renseignement et de la sécurité) comptent parmi les grands responsables des services de sécurité français. C’est l’un de ces secrets de Polichinelle. Cela n’empêche pas les médias de faire comme si personne ne savait et de débiter des contresens à longueur de journal.

Silvia Cattori : Ceux qui sont au courant de ces pratiques secrètes relevant de la « stratégie de la tension », utilisées par les États à l’insu de leurs citoyens, [4] savent, ou peuvent immédiatement comprendre, que tout ce que vous décrivez et qui paraît appartenir à l’inimaginable est malheureusement bien réel, à savoir qu’une poignée de généraux algériens ont délibérément plongé leur propre pays dans le chaos dans le but d’en accuser le Front Islamique du Salut (FIS), [5], et que la « guerre d’éradication » contre les islamistes avait des mobiles cachés. Mais le grand public, qui est désinformé, qui ignore tout de ces stratégies machiavéliques, comment pourrait-il imaginer que les coupables ne sont pas les islamistes mais les généraux qui les manipulent ? Le peuple algérien sait-il ce qui se trame véritablement ?

Lounis Aggoun : D’abord, pour être viable, un gros mensonge doit se fonder sur une part de vérité. Des islamistes radicaux, il y en a eu en Algérie et il y ena toujours. Des islamistes désireux de plonger le pays dans la terreur, il y en a. Des islamistes qui souhaitent rééditer contre le colon intérieur les « exploits » de la génération de 1954, il y en a. Mais, comme dans toute société, ils sont une ultra-minorité, que les ressorts démocratiques existant auraient pu cantonner dans cette dimension marginale. Le pouvoir, dont les desseins détestables sont avérés, a planifié (il s’agit d’une préméditation et non pas d’une dérive) de se greffer sur cette minorité, qu’il a grossie de ses propres effectifs, pour pousser les islamistes non pas à la modération mais à la radicalisation. À titre d’exemple, le « majliss echoura » du FIS, son instance dirigeante, est passé à un moment sous le contrôle absolu du DRS ; certains de ses dirigeants sont aujourd’hui des ministres de Bouteflika ou des députés et offrent leur pays au pillage international. De tous les leaders de premier rang, seul Ali Benhadj était sans doute un homme sincère.

Comment échapper à la désinformation ? Les Algériens savent et ne sont pas dupes. Je ne parle évidemment pas des Algériens que les journalistes et les entrepreneurs français croisent dans les bars de l’Alleti ou l’Aurassi et pour qui la vie est belle. Je parle de l’Algérie profonde, l’Algérie du troisième collège. Quant aux Français qui souhaitent échapper à l’aveuglement, ils savent qui il faut lire et qui il faut écouter. J’ajouterais que « les Français de la France profonde » subissent aujourd’hui les mêmes coups de boutoirs de la part de l’Etat français et sont victimes au même titre que les Algériens. C’est pour cela que dire la vérité, entière, quand on la connaît, partout où l’occasion se présente, est une opération de salubrité publique, qui dépasse le cadre de l’Algérie. Car le monde entier prend un bien mauvais chemin, et ce qui est devenu le quotidien des Algériens risque fort de se « globaliser ». Et l’on accusera ensuite les Français de ne pas avoir été assez courageux pour parer des offensives contre lesquelles ils seront alors devenus impuissants…

Mais votre question doit être examinée avec plus de recul. Dans une manipulation, il ne faut pas confondre manipulateur et manipulé(s), tout comme il faut distinguer le désinformateur des

personnes qu’il abuse. Il ne faut pas retomber dans ce travers algérien qui consiste à accuser la victime d’être victime. Une société reste complexe. Et si la grande masse consacre le peu d’énergie dont elle dispose pour s’en sortir, se dépêtrer de la glu où on l’a piégée, elle ne peut pas être accusée d’être mal informée, d’être mal avisée. Le tort en revient à ceux dont la vocation est de l’informer et de l’aviser. Je ne crois pas que le peuple aime qu’on lui mente. En tout état de cause, tous ceux que j’ai croisés à la suite de mes interventions m’ont demandé, sitôt leur lecture achevée, de leur en dire davantage et m’ont même parfois sermonné d’avoir atténué l’âpreté d’une information. Aucun parmi eux ne m’a jamais accusé d’en avoir trop dit. En revanche, la plupart des « gardiens des lignes éditoriales » qui m’ont sollicité pour écrire se sont empressés de me poser des garde-fous. M’ont reproché d’en dire trop, de décrire une vérité trop crue. En somme, ils me demandent de maquiller la vérité pour, pensent-ils, ne pas effaroucher le lecteur. Ignorent-ils que la moindre brèche dans une vérité empoisonne cette vérité et la tue ?

Silvia Cattori : Durant ces années de répression sauvage, François Mitterrand était au pouvoir en France. Vous ne semblez pas avoir apprécié les implications de son gouvernement dans ce dossier. Celui-ci a-t-il favorisé la politique de ces généraux algériens qui multipliaient les opérations sanglantes contre leur peuple ? Les a-il réellement considérés comme « le rempart contre l’islamisme radical du FIS » ?

Lounis Aggoun : L’alibi du « rempart contre le terrorisme » est commode. C’est une grosse ficelle pour masquer des rapts à grande échelle. La responsabilité de François Mitterrand est monumentale. Je l’ai démontrée. Mais Mitterrand est un homme et la politique est œuvre collégiale. Il a présidé des gouvernements de gauche, et des gouvernements de droite. De tous les hommes politiques qui l’ont entouré, ils ne sont pas nombreux à pouvoir se targuer d’avoir montré un sens de l’honneur concernant les relations avec l’Algérie. Si la responsabilité est partagée, celle de François Mitterrand crève tous les plafonds en ce sens qu’il avait le pouvoir d’agir dans un sens noble et il a systématiquement agi de façon détestable. Il y aurait des livres entiers à écrire sur la question…

Cela étant, les dangers de l’islamisme radical ne doivent pas être minimisés. Et bien des anciens leaders du FIS (ceux qui aspiraient à redonner au peuple algérien sa dignité, même au prix de contorsions culturelles discutables) endossent une lourde responsabilité pour avoir, par inadvertance, contribué à plonger le pays dans le chaos. Pire, 20 ans après les faits, ils se murent encore dans le silence et refusent d’apporter le témoignage qui pourrait aider les observateurs à comprendre mieux l’histoire récente de leur pays. En d’autres mots, ils refusent délibérément d’aider leur peuple à connaître la vérité qui lui permettrait de s’affranchir des tyrannies qu’il subit. Exemple parmi d’autres, il est plus qu’évident qu’Abassi Madani, leur chef, travaillait main dans la main avec le DRS. Ils sont nombreux à pouvoir apporter leur témoignage. Ils ne le font pas. Cette faute est encore plus mortelle que les conséquences de leur amateurisme d’il y a 20 ans.

Silvia Cattori : L’Elysée ne pouvait pas ignorer que les attentats qui faisaient des milliers de morts étaient contrôlés par les services secrets algériens. Quel intérêt avait la France à mettre un terme au processus de démocratisation en Algérie et à se servir de l’instrumentalisation de la menace islamiste ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question peut tenir en un livre. C’est même celui que je viens de faire publier. L’intérêt de la France et de François Mitterrand n’est pas de ces choses auxquelles on peut répondre ponctuellement par un oui ou un non. C’est affaire de dynamiques, d’engrenages, de realpolitik, de prédations économiques, de chantages, de préjugés, d’esprits de revanche mal consommé, de peur parfois, etc. Il ne faut d’ailleurs pas confondre l’intérêt de la France et celui de ses gouvernants. Chaque jour qui passe montre qu’ils sont mêmes antinomiques.

Silvia Cattori : Pour n’avoir pas accepté la poursuite du processus démocratique en Algérie, et avoir approuvé l’interruption par la force de l’accès au pouvoir du Front Islamique du Salut (FIS), les puissances occidentales ont donc permis aux généraux algériens d’ouvrir les portes de l’enfer ?

Lounis Aggoun : Encore une fois, les dynamiques et les engrenages à l’œuvre s’étalent sur des années, des décennies. Si l’on avait expliqué aux dirigeants français que l’interruption de la démocratie en Algérie en 1991 engendrerait la décennie morbide que l’on a connue, sans nul doute qu’ils auraient réfléchi à deux fois. Mais l’art d’un manipulateur est de faire que les décisions et les actes qu’il demande d’entériner ou de soutenir masquent les conséquences qui en découleraient. Une fois que les conséquences se révèlent, il est trop tard, il faut faire avec le réel, et éviter que les choses empirent, et donc soutenir une dictature qu’il suffit de présenter comme un rempart contre le pire.

Mais avant d’aller plus loin, je voudrais rétablir un fait. On prétend depuis 20 ans que la démocratie en Algérie va porter les islamistes au pouvoir. Il n’y a rien de plus faux. Les islamistes, au plus fort de leur mobilisation, c’est-à-dire à un moment où le régime a neutralisé toutes les forces démocratiques et aidé le FIS à se structurer, n’ont pas joui d’une popularité dépassant 30 %. En juin 1991, des élections législatives auraient dû porter au pouvoir une coalition démocratique. Les généraux algériens ont simulé une guerre civile qui a duré une nuit pour mettre fin au processus démocratique et éliminer le seul gouvernement qui ait œuvré dans l’intérêt du peuple algérien, le gouvernement Hamrouche. Sitôt le processus électoral interrompu (avec les applaudissements du pouvoir français), le DRS a désigné un gouvernement avec pour objectif de lancer un autre processus électoral dont l’objectif était de faire gagner le FIS et de justifier la fin de la démocratie que le peuple ne méritait pas. Six mois d’une gigantesque manipulation après, le général Larbi Belkheir, maître d’œuvre de cette opération, annonce cette victoire soigneusement planifiée des islamistes. On connaît la suite.

Silvia Cattori : Qu’en est-il, depuis la disparition de Larbi Belkheir et Smaïn Lamari, des relations entre le régime de Bouteflika et l’Elysée ? Et des actes que l’on attribue à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ? Qui se cache derrière ce nom ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question tient en une phrase : L’AQMI et le DRS sont une même organisation. Le reste est littérature. Les déboires de la France avec le pouvoir algérien viennent de ce que ses plus fidèles agents (Larbi Belkheir et Smaïn Lamari) sont décédés respectivement en 2010 et en 2007. La France se retrouve donc avec un interlocuteur qui n’est pas dans les mêmes dispositions à leur égard. Le maître actuel du régime, Toufik Mediene, préfère jouer d’autres cartes, américaine, chinoise, etc. C’est cette guerre souterraine qui se traduit sur le terrain par des enlèvements, et des humiliations à répétition infligées par l’AQMI (le DRS) à la France. Le pire, c’est que ni les hommes politiques, ni les journalistes, qui ont pratiqué le mensonge permanent, ne peuvent expliquer les vrais dessous. Et ce sont les experts-imposteurs habituels que l’on retrouve sur tous les plateaux de télévision. Des manipulateurs pour qui la vie des otages compte pour quantité négligeable.

Silvia Cattori : Vous revenez à maintes reprises sur le rôle de Jack Lang, Hubert Védrine, Jean-Louis Bianco, Jacques Attali. Pourquoi ces personnages-là, si prisés par nos médias encore aujourd’hui, sont-ils plus particulièrement blâmables ?

Lounis Aggoun : Ces hommes sont quelques-uns des bons conseillers du pouvoir de l’ombre en Algérie, autour de Larbi Belkheir. Ils sont donc, à des degrés divers, les architectes de l’œuvre de cet homme : la destruction de l’Algérie et le renvoi de son peuple dans les affres d’une colonisation pire que la colonisation, et qui n’ose pas dire ce qu’elle est.. A suivre.

Silvia Cattori

Journaliste suisse indépendante, de langue maternelle italienne. Les années qu’elle a passées outre-mer, notamment en Asie du Sud-Est et dans l’Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui ont donné une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. En 2002, elle fut témoin de l’opération « Bouclier de protection », conduite par Tsahal en Cisjordanie. Elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur le sort

subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne. Auteur de Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais (éd L’Harmattan, 1979).

Les articles de cet auteur

[1] L’ouvrage de Lounis Aggoun, La Colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable, éditions Demi Lune, 2010, est disponible en français. Pour vous informer et pour soutenir notre réseau de presse, achetez-le à la librairie du Réseau Voltaire.

[2] Lounis Aggoun, journaliste indépendant, né en Algérie, vit aujourd’hui à Paris. Il a également coécrit avec Jean-Baptiste Rivoire « Françalgérie, Crimes et mensonges d’États », La Découverte, 2004, un livre qui révèle les dessous de la « sale guerre ».

[3] Houari Boumédiène, né en 1932, a exercé la fonction de président de la République algérienne du 19 juin 1965 jusqu’à sa mort le 27 décembre 1978.

[4] Cette stratégie est fort bien illustrée par les recherches de Daniele Ganser établissant que les attentats des années 80 en Italie étaient fomentés par les services secrets de la CIA et des armées secrètes de l’OTAN.