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Vision zapatiste de l’histoire et symbiose politique…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 février 2017 by Résistance 71

En traduisant ce texte, on s’est dit qu’on aurait pu l’écrire, bien sûr pas en rapport au contexte zapatiste du Chiapas, mais en rapport à la symbiose de pensée et d’analyse historico-politique… Vous verrez que, sans aucune concertation, même certaines expressions utilisées, résumant la seule conclusion politique qui s’impose à toute personne politiquement éveillée aujourd’hui, sont identiques.
Traduire ce texte nous a particulièrement touché, ceux qui nous lisent régulièrement sauront pourquoi et dans la pseudo-tourmente dans un verre d’eau que suscite ou tente de susciter le grand cirque électoral franchouillard qui bat son plein, nous ne voyons qu’une seule chose à faire, pour quelque temps, c’est de faire silence, comme les zapatistes l’avaient fait en décembre 2012. Le silence pour se faire entendre !
Méditez et faites circuler ce texte, dans cette pourriture de contexte électoral et de climat politique délétère, il en vaut la peine.

A bientôt… (nous répondrons à tout commentaire si nécessaire), jusque là… le silence est d’or…

~ Résistance 71 ~

 

A lire:

« 6ème déclaration zapatiste de la forêt de Lacandon »

Notre dossier « EZLN Chiapas »

 

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Les murs au dessus les fissures en bas

(Et à gauche)

 

Février 2017

 

url de l’article:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2017/02/16/the-walls-above-the-cracks-below-and-to-the-left/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La tempête sur notre chemin

Pour nous, en tant que zapatistes ordinaires, la tempête, la guerre, fait rage depuis des siècles. Elle est arrivée sur nos terres avec les mensonges de la civilisation dominante et sa religion. A cette époque, l’épée et la croix ont saigné notre peuple à blanc.

Avec le temps, l’épée s’est modernisée et la croix a été détrônée au profit de la religion du capital, mais cela a continué à demander notre sang en offrande à leur nouveau dieu: l’argent.

Nous avons résisté, nous résistons toujours du reste. Nos rébellions se déplacèrent entre les forces variées du pouvoir. Ces forces, venant toujours d’en haut, nous demandèrent de lutter et de mourir pour les servir. Elles demandèrent obéissance et soumission sous le déguisement de notre libération. Comme celles qui ont dit et disent toujours qu’elles luttent, qu’elles vinrent et viennent pour dirigier. Il y a eu de supposées indépendances et fausses révolutions, celles passées et celles à venir.

Depuis lors, ceux d’en-haut ont bifurqué et continuent de le faire afin de gouverner, mal, ou tenter de le faire. Dans le présent et le passé, leur proposition continue d’être la même: que nous offrions notre sang, tandis qu’ils dirigent ou prétendent de le faire.

Avant et maintenant, ils oublient ceux d’entre nous qui n’oublient pas.

Et toujours, hier et aujourd’hui, la femme est en bas, même dans les collectifs que nous formions et formons.

Mais alors que ces agendas passèrent, ils n’apportèrent pas seulement douleur et mort à notre peuple. En étendant sa domination, le pouvoir a créé des nouveaux liens fraternels dans la tragédie.

Nous avons vu lorsque l’ouvrier et le paysan sont devenus un avec notre douleur, écrasés sous les quatre roues du carrosse du capital.

Alors que le pouvoir avançait sur son chemin dans le temps, ceux d’en-bas furent plus nombreux, élargissant la base sur laquelle le pouvoir a et est le pouvoir. Nous avons vu que nous étions rejoints par des enseignants, des étudiants, des artisans, des gens du monde des affaires, des professions libérales et ceux ayant des noms différents mais des soucis identiques.

Mais ce ne fut pas assez. Le pouvoir est un espace exclusif, discriminatoire et sélectif. Ainsi des différences diverses furent aussi ouvertement persécutées ; par couleur, race, préférence sexuelle, genre, certaines personnes furent expulsées de la terre promise et de l’enfer, donné comme résidence permanente.

Ensuite vinrent les jeunes, les enfants et les anciens. Le pouvoir a alors converti les agendas que l’on tient comme cause de persécution. Tous ceux d’en-bas sont coupables: d’être une femme, un enfant, un jeune, un adulte, un ancien ou un humain.

Mais, en étendant l’exploitation, le déplacement, la répression et la discrimination, le pouvoir a aussi étendu la résistance… et la rébellion.

Nous avons vu alors et maintenant les têtes levées de bien des muchas, muchos, muchoas. Toutes différentes, mais si similaires dans leur rage et leur refus.

Le pouvoir ne sait ce qu’il est que lorsqu’il est agité devant ceux qui travaillent. Il en a besoin. Il a répondu et répond à chaque rébellion en achetant ou en trompant quelques uns et en emprisonnant ou assassinant beaucoup. Il n’a pas peur de leurs demandes: c’est leur exemple qui le terrifie. Pourtant ce ne fut pas assez. Ayant dominé les nations, le pouvoir du capital a cherché à écraser toute l’humanité sous son joug pesant.

Même cela ne fut pas assez. Le capital essaie mantenant de gérer la nature, de la dominer, de la domestiquer, de l’exploiter. C’est à dire en fait de la détruire. L’avancée destructrice du capital, toujours au moyen de la guerre, a démoli les premiers seigneuries et royaumes. Sur leurs ruines il a construit les nations.

Plus tard, il a dévasté les nations et sur leurs ruines il a érigé un nouvel ordre mondial: le marché. Le monde entier est devenu un gigantesque hangard de commoditités (NdT: grand garage à la spéculation généralisée et institutionnalisée…). Tout peut-être acheté et vendu: l’eau, le vent, la terre, les plantes, les animaux, les gouvernements, la connaissance, le plaisir, le désir, l’amour, la haine, les humains,

Mais ce ne sont pas seulement des commodités qui sont échangées sur le grand marché du capital. “La liberté économique” n’est qu’une illusion qui ne fait que simuler un accord mutuel entre ceux qui vendent et ceux qui achètent. En réalité, le marché est fondé sur la dépossession et l’exploitation. L’échange alors n’est que celui de l’impunité. La justice est transformée en une grotesque caricature et à son échelle, l’argent pèse toujours bien plus que la vérité. La stabilité de cette tragédie appelée capitlaisme dépend de la répression et du manque de respect.

Mais ceci ne fut pas non plus suffisant. Il n’est pas possible de dominer le monde si on ne domine pas les idées. L’imposition religieuse a été intensifiée et a atteint les arts et les sciences. Des philosophies et des croyances ont émergées et émergent toujours comme des modes éphémères. Les sciences et les arts ont cessé d’être quelque chose de distinctement humain et ont été placés sur les étagères du supermarché mondial.

La connaissance est devenue propriété privée tout comme le récréatif et le plaisir.

Ainsi, le capital s’est consolidé dans son rôle de gigantesque machine à confettis, utilisant non seulement l’humanité dans sa globalité comme matière première de sa production de commodité, mais aussi l’art, la connaissance et… la Nature. La destruction de la planète, les millions de gens déplacés, la montée incessante du crime, le chômage, la pauvreté, la faiblesse des gouvernements et les guerres à venir ne sont pas des produits de l’excès du capital, ou une erreur de parcours, un détour du système qui avait promis l’ordre, le progrès, la paix et la prospérité.

Non, toutes ces tragédies sont l’essence même du système.

Il se nourrit d’elles, il croît à leurs dépends.

La destruction et la mort sont le carburant de la grande machine du Capital.

Toutes tentatives de “rationaliser” ou “d’humaniser” ses fonctions furent, sont et seront futiles. L’irrationalité et l’inhumanité en sont des parties essentielles. Il n’y a pas de réparation possible du système. Il n’y en a pas eu avant et il il n’y a aucun moyen maintenant de mitiger son chemin criminel.

Le seul moyen d’arrêter cette machine est de la détruire.

Dans la guerre mondiale actuelle, la dispute se situe entre le système et l’humanité. Voilà pourquoi la lutte anti-capitaliste est une lutte pour l’humanité.

Ceux qui essaient toujours de “réparer” ou de “sauver” le système ne font en fait que nous proposer un suicide collectif, comme un sacrifice posthume au pouvoir.

IL N’Y A PAS DE SOLUTION AU SEIN DU SYSTEME (NdT: en espagnol et en anglais dans le texte orginal !!…)

-[]- Dans le texte original espagnol: “Pero en el sistema no hay solución.” Et en anglais: “In the system there is no solution”… –[]-

Ni le sentiment d’horreur, de condamnation, de résignation n’est suffisant, ni l’espoir que le pire est passé et que les chose ne peuvent qu’aller mieux.

Non… Ce qui est certain, c’est que les choses ne peuvent être que pire.

Pour toutes ces raisons et en addition à ce que chacun d’entre nous peut ajouter de nos agendas particuliers, de nos zones géographiques et culturelles, nous devons résister, nous rebeller, dire NON, lutter et nous organiser.

C’est pourquoi nous devons faire se lever le vent d’en-bas avec résistance et rébellion, avec organisation.

C’est seulement alors que nous pourrons survivre. Seulement là sera t’il possible de vivre et seulement à ce moment là, avions-nous dit il y a 25 ans, pourrons-nous voir que… “Lorsque se calme la tempête, lorsque pluie et feu laissent la terre en paix, le monde ne sera plus le monde, mais quelque chose de beaucoup mieux.”

-*-

La guerre et les murs intérieurs et extérieurs

Provoquée par l’appât du gros pognon, l’intention d’en-haut est de faire payer ceux qui souffrent du cauchemar ambiant pour le marasme actuel. Les frontières ne sont plus justes des lignes déssinées sur des cartes et des points de passage douanier, mais des murs d’armées et de police, de ciment et de briques, de lois et de persécutions. Dans le monde d’en-haut, la chasse à l’homme augmente et elle est célébrée par des compétitions clandestines: qui expulse, incarcère, emprisonne, assigne à résidence et assassine le plus, gagne.

Comme nous le disons maintenant depuis plus de 20 ans, la mondialisation néolibérale n’a pas du tout amené le village mondial, mais plutôt la fragmentation et la dfissolution des soi-disants “états-nations”. Alors et aujourd’hui, nous appelons ce processus par le nom qui le dessert le mieux: “la guerre mondiale” (la 4ème en ce qui nous concerne…)

La seule chose qui a été mondialisée de fait c’est le marché, avec lui… la guerre.

Pour ceux qui font fonctionner la machine et donnent vie à la terre, les frontières continuent d’exister et continuent d’être ce qu’elles ont toujours été: des prisons. (NdT: tandis que la caste oligarchique elle, vit dans un monde totalement transnational où les flux de personnes privilégiées et de capitaux ne connaissent plus aucune restriction. Les restrictions en revanche s’abattent toujours plus sur nous, les gens d’en-bas de cette pyramide mortifère à abattre…)

Il y a deux décennies, notre assertion de cette réalité avait provoqué bien des sourires et des moqueries de la part de l’intelligentsia internationale, engoncée qu’elle était dans ses vieux dogmes éculés.

Ces mêmes personnes aujourd’hui n’en finissent plus de bégayer devant la dure réalité des choses, ou ils recommandent de suivre de vieilles recettes, ou ils bougent dans un endroit plus à la mode qui, au travers d’une élaboration théorique complexe, parvient à cacher la seule vérité existante: ils n’ont absolument aucune idée de ce qui est en train de se passer, encore moins de ce qui va arriver, ni ce qu’a amené le cauchemar en cours…

Ils s’en lamentent. La pensée d’en-haut leur avait promis un monde sans frontières et le résultat est en fait une planète remplies de ces tranchées chauvines.

Le monde n’a pas été transformé en une gigantesque métropole sans frontières, mais plutôt en un vaste océan en état de tempête perpétuelle. Dans cet océan, des millions de déplacés (qui sont regroupés par le pinceau magique des médias en “immigrants”) dérivent sur de frêles embarcations, attendant d’être sauvés par le colossal vaisseau du grand capital.

Non seulement il ne les sauvera pas, mais le grand capital est la cause première de la tempête qui menace l’existence de l’humanité entière.

Sous le déguisement glauque du nationalisme fasciste, les temps les plus rétrogrades sont de retour, clâmant privilèges et attentions. Fatigué de gouvernenr depuis l’ombre où il se tenait, le grand capital démantèle les mensonges de “citoyenneté” et “d’égalité” et fait prévaloir loi et marché.

Le drapeau de “liberté, égalité et fraternité” avec lequel s’est drapé le capitalisme dans sa conversion en système mondial dominant n’est plus qu’un vieux lambeau, jeté d’en haut dans la poublelle de l’histoire.

Finalement, le système bat les masques et montre son vrai visage et sa vocation réelle. “La guerre toujours, la guerre partout” peut se lire sur la proue du fier navire qui navigue sur cette mer de sang et de merde. C’est l’argent et non pas l’intelligence artificielle qui combat l’humanité dans cette bataille décisive: celle de la survie.

Personne n’est en sécurité. Pas plus le capitaliste national naïf qui a rêvé de la grosse récompense qui était offerte par l’ouverture des marchés, que le conservateur de la classe moyenne survivant entre le rêve d’être puissant et la réalité d’être membre du troupeau à son tour.

Puis la classe des travailleurs de la ville et de la campagne qui se trouve de manière croissante dans des conditions de plus en plus difficiles, si c’est même encore possible.

Et, pour faire le tour de cette image apolcalyptique, les millions de déplacés et migrants qui s’entassent aux frontières et qui sont soudain devenus aussi réels que les murs que les gouvernements et les criminels construisent pas à pas.

Dans la géographie mondiale des médias de masse et des réseaux sociaux, les fantômes déplacés et nomades sans noms ni visages, ne sont que des statistiques qui ne font qu’identifier leur place.

Le calendrier ? Juste le lendemain d’après la promesse de la fin de l’histoire, de la déclaration solennelle de la suprémacie du système qui devait garantir le bien-être de tous ceux qui travaillaient à son établissement, de la victoire sur “l’ennemi communiste” qui cherchait à restreindre la liberté, imposer des dictatures et créer la pauvreté, de l’éternelle promesse d’éternité qui annulerait toutes les généalogies. Le même calendrier qui annonça hier que l’histoire du monde ne faisait que commencer. Et en fait, non ; ceci n’était que le prélude au plus effrayant des cauchemars.

Le capitalisme, système du monde est en train de s’effondrer et les grands capitaines, maintenant désespérés, ne peuvent plus se figurer où aller. Voilà pourquoi ils se replient dans les repaires d’où ils somt sortis,

Ils offrent l’impossible: le salut local moyennant la catastrophe globale. Et toute cette connerie est très bien acceptée parmi la classe moyenne qui est en train de se confondre avec ceux plus bas en termes de ses revenus, mais qui aspire à compenser ses besoins économiques non satisfaits avec l’authentification de race, de culture chrétienne, de couleur et de sexe. Le salut venant d’en-haut est anglo-saxon, blanc, mâle et chrétien.

Bon, ceux qui vivent des miettes tombées de la table du grand capital observent désespérément, alors que des murs sont érigés tout autour d’eux également. Et le pire est qu’ils ont l’intention de mener l’opposition à cette politique de guerre. Ici nous voyons la droite intellectuelle faire des gestes contraires et tentant timidement des manifestations ridicules. Parce que non, la mondialisation ne fut aucunement le triomphe de la liberté. Ce fut et est toujours l’âge contemprain de la tyrannie et de l’esclavage.

Les nations ne sont plus des nations, bien que leurs gouvernements respectifs ne l’aient pas encore remarqué. Leurs dfrapeaux et leurs emblèmes sont en lambeaux et décolorés ; détruits par la mondialisation venue d’en-haut, malade du parasitisme du capital et ayant la corruption comme seul signe d’identité, les gouvernements nationaux essaient dans une futile et inepte hâte, de se protéger et de tenter la reconstruction impossible de ce qu’ils furent à une époque.

Dans les compartiments scellés sous vide, créés par leurs murs et leurs contrôles de frontières, douaniers et policiers, le système drogue les secteurs moyens de la société à grand renfort de l’opium d’un nationalisme réactionnaire nostalgique, fait de xénophobie, de racisme rampant, de sexisme et d’homophobie comme plan ultime de salut.

Les frontières se multiplient au sein même de tous les territoires. Pas seulement ceux qui sont dessinés sur des cartes, mais aussi et par dessus tout, ceux qui sont érigés par la corruption et le crime devenus gouvernements. La grande récompense post-moderne n’était rien d’autre qu’une baudruche gonflée de la finance et du capital ; et la réalité des choses est venue la faire péter: des millions de personnes déplacées par la grande guerre remplissent l’espace terrestre et maritime, ils s’entassent aux frontières et contrôles douaniers et commencent à fissurer les murs déjà érigés ainsi que de ceux encore en construction. Encouragés auparavant par le grand capital, les fondamentalismes trouvent du bon terreau de croissance pour leurs propositions d’unification: “de la terreur naîtra une seule façon de penser: la notre.” Après s’être repus de dollars, la bête qu’est le terrorisme menace la maison même de ses créateurs. (NdT: ce qui est voulu par le NOM ne l’oublions jamais: Ordo ab Chao telle est la devise !…)

C’est la même chose aux Etats-Unis et en Europe occidentale ou dans la Russie néo-tsariste: la bête gigote et essaie de se protéger, puis elle vante (pas seulement là) la pire des stupidités et de l’ignorance et, par ses marionnettes de gouvernement, synthétise sa proposition: “Retournons vers le passé.”

Mais non, l’Amérique ne sera pas grande de nouveau. Plus jamais ! Le système non plus et ce dans sa totalité. Il importe peu ce que font ceux d’en-haut. Le système est déjà arrivé au point de non-retour !…

[…]

Depuis le sud-est mexicain


Subcomandante Insurgente Moisés.


Subcomandante Insurgente Galeano.


Mexique,

Le 14 février 2017 (le jour de nos morts)

 

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Résistance politique pour une societé des sociétés: le Conseil National Indigène et l’heure des peuples…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 janvier 2017 by Résistance 71

Voilà une source de départ de la société des sociétés… Que 2017 soit fructueuse ! Les nations indigènes nous montrent la voie (du jaguar… 😉 )

~ Résistance 71 ~

 

Es la hora de los pueblos

C’est l’heure des peuples

 

Georges Lapierre

 

6 janvier 2017

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Es-la-hora-de-los-pueblos

 

Es el momento de los pueblos, de sembrarnos y reconstruirnos.
 Es el momento de pasar a la ofensiva…

Le moment des peuples est venu, celui de semer ce que nous sommes et de nous reconstruire.
 C’est le moment de passer à l’offensive [1].

C’est l’heure des peuples ou de nos peuples, affirme le Congrès national indigène, c’est vite dit et pourtant… Comme si nous nous trouvions au début d’une aventure, sur la ligne d’un départ, nous ne savons pas encore où cela va nous mener, cette entrée dans l’action, ce commencement à être, cette affirmation de ce que nous sommes, de ce que nous aimons, de ce que nous voulons, de nos désirs, de nos souhaits : se mettre en mouvement, les premiers pas, la première parole, dans le sens où l’entendent les Kanak, le premier acte d’une aventure qui consiste à construire un autre monde, une alternative au capitalisme, un monde qui contiendrait d’autres mondes, d’autres vies, d’autres modes de vie. Il faut bien commencer, sans doute allons-nous trébucher au premier pas, pour nous relever ou pour ne pas nous relever. Nous n’avons pas une idée bien définie de ce que nous cherchons, ce n’est pas une idéologie qui nous anime, mais le refus d’être emportés par cette tourmente dévastatrice de toute forme de vie sociale qu’est devenu notre présent. Nous ne partons pas de rien, nous ne partons pas du vide, de cette apesanteur sociale dans laquelle tournent les individus du premier monde, nous ne sommes pas des individus isolés, nous partons de ce que nous sommes encore, de ce qui nous constitue encore : un vivre ensemble, un savoir-vivre, une communauté de pensée. Nous partons de notre mémoire, de notre histoire, de nos nostalgies, de nos usages, de nos coutumes, ce que l’on appelle couramment la tradition. Nous nous appuyons sur quelques fondamentaux qui rendent possible un vivre ensemble : la prise en commun des décisions touchant la collectivité, c’est le rôle de l’assemblée, elle est souveraine, incontournable. Aucune décision nous concernant ne peut venir d’ailleurs, d’en haut, pour nous être imposée contre notre volonté. À cela, nous pouvons ajouter un autre élément, le dialogue, le va-et-vient incessant entre les institutions collectives et l’assemblée ou les différentes assemblées communautaires. Le Conseil indigène de gouvernement reposera sur ce va-et-vient, sur un continuel dialogue entre les déléguées et délégués qui composent ce Conseil de gouvernement et les différentes assemblées communautaires qui les ont désignés.

Du 29 décembre au 1er janvier 2017 eut lieu la deuxième étape du Congrès national indigène. Cette rencontre s’est tenue au Cideci de San Cristóbal de Las Casas. Y étaient invités les délégués des peuples consultés au sujet de la constitution d’un Conseil indigène et de la participation d’une candidate indienne à l’élection présidentielle de 2018. Le Congrès National Indigène s’est ainsi trouvé subitement grossi de tous ces délégués issus des 43 peuples et des 523 communautés qui ont pu être consultés dans 25 États de la République mexicaine — ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes de préséance, mal réglés, à mon sens, par la distinction entre délégués participants et délégués observateurs. Tous ces mandataires ont bien précisé qu’ils ne voulaient pas de partis politiques ni de programmes de gouvernement sur leurs territoires, mais qu’ils retenaient la proposition de l’EZLN et du CNI de former un Conseil indigène de gouvernement, dont le porte-parole serait une candidate indienne à la présidence de la République. « Il n’est pas dans nos intentions de batailler avec les partis politiques et toute la classe politique… Nous ne prétendons pas rivaliser avec eux. Nous ne sommes pas du même monde… Nous ne sommes pas leurs paroles mensongères et perverses. Nous sommes la parole collective venue d’en bas, à gauche, celle qui secoue le monde…
Pretendemos sacudir la conciencia de la nación, que en efecto pretendemos que la indignación, la resistencia y la rebeldía figuren en las boletas electorales de 2018. Nous prétendons secouer la conscience de la nation, nous prétendons, en effet, que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent dans les bulletins électoraux de 2018. » Il fut aussi précisé le premier jour, au cours de la lecture des accords, qu’il ne fut pas toujours possible de réaliser cette consultation à cause de l’insécurité due à la présence des narcotrafiquants. Il y eut tout de même 430 actes signés par les communautés approuvant l’initiative de l’EZLN et du CNI. Entre janvier et mai, d’autres actes d’approbation devraient parvenir au CNI.

Il devait y avoir entre 700 et 1 000 délégués, qui ont fait le voyage depuis le Nord désertique du Mexique jusqu’aux montagnes pleines de brouillard du Sud-Est mexicain ; aussi bien ceux qui, comme les Yaquis du Sonora, les Wixáritari de Jalisco, les Purhépechas de Cherán ou les Nahua d’Ostula dans le Michoacán, ont marqué l’histoire récente des luttes indiennes pour l’autonomie que tous ceux qui s’organisent et qui résistent obstinément, au quotidien, pour défendre leur territoire, leur coin de vie, face aux grands projets multinationaux, des chauffeurs indigènes des taxis de Xochimilco ou des vendeurs ambulants de la capitale aux déléguées et délégués des villages perdus dans les montagnes de la Sierra Sur de l’Oaxaca. Tous sont appelés à désigner les membres, femmes et hommes, qui formeront le Conseil national indigène de gouvernement ainsi que la future candidate, qui sera la voix de ce Conseil lors de la compétition électorale de 2018. Cette prochaine étape du cinquième Congrès national indigène aura lieu le 27 et 28 mai.

Au cours de cette rencontre, un contraste a pu se faire jour entre différentes attitudes, entre l’éthique qui préside aux rapports entre les gens dans les petites communautés campagnardes, marquée par le respect mutuel, l’attention, la patience et l’écoute, et l’individualisme caractérisé par le machisme, l’irrespect et le goût pour le pouvoir, avec ce qu’il suppose de petits secrets, de commandements et de passe-droits. Sans aucun doute, les peuples indigènes sauront se garder de l’intrusion dans leur projet d’attitudes et de comportements contraires à l’éthique dont ils sont porteurs. Au-delà de présenter un mode de gouvernement respectueux des vœux de la population, ils proposent aussi, et surtout, une éthique de vie, une manière d’être ensemble reposant sur un certain nombre de règles acquises dès l’enfance, reconnues et assimilées par tous — pour former ainsi une communauté de pensée. L’art du bon gouvernement repose d’ailleurs sur cet art de vivre en collectivité, il en est l’émanation. Cette éthique sourd de la vie communautaire, de la réciprocité des échanges et de la reconnaissance mutuelle (en tant que sujet social).

Le samedi 31 fut consacré à une discussion en groupes réduits (trois tables de discussion) sur deux sujets : les chemins du Congrès national indigène face à la spoliation, au dédain, à l’exploitation capitaliste, et le renforcement de nos résistances et de nos rébellions. C’est le premier thème de discussion, le second portant sur les étapes pour la constitution du Conseil indigène de gouvernement pour le Mexique et la nomination de la candidate pour 2018. La fin de la journée fut consacrée à la synthèse des réponses apportées à ces deux questions. Deux phénomènes préoccupent au plus haut point les peuples indiens : l’activité minière et les projets de mines à ciel ouvert des entreprises transnationales, soutenus et imposés par le gouvernement ; et, dans ce domaine, la militarisation du pays, reconnue tout dernièrement par une loi votée par le Parlement, est des plus inquiétantes (l’armée mexicaine aura désormais pour tâche de protéger et de défendre les intérêts des multinationales et les capitaux engagés au Mexique). L’autre phénomène particulièrement préoccupant est l’extension de la culture et du trafic de la drogue, qui, si elle offre des débouchés commerciaux aux petits paysans, favorise, avec la complicité du pouvoir politique (des pouvoirs politiques, devrai-je dire), la constitution de bandes armées à caractère paramilitaire.

Il est encore trop tôt pour entreprendre une analyse critique des courants souterrains qui parcourent ce mouvement naissant, lui conférant force ou faiblesse. Cependant je me permettrai deux remarques, l’une concernant son implication dans la société mexicaine, l’autre touchant le pragmatisme du mouvement zapatiste. La société mexicaine se trouve dans une position des plus ambiguës : elle est emportée par un mouvement général de décomposition sociale accompagné d’une ouverture sur le monde prestigieux et enchanteur de la marchandise, cet accès soudain à la marchandise venant compenser dans une certaine mesure la perte des valeurs sociales. Le temps passé à gagner de l’argent, à travailler, donc, devient du temps perdu pour le plaisir de se retrouver. Je sens la société mexicaine hésitante, comme assise entre deux options : le goût pour la fête, la dépense somptuaire, la rencontre, la musique, la poésie, la danse, entraînant dans son sillage une activité effrénée, c’est un versant ; l’autre versant consiste à trouver de l’argent, travailler, s’exiler, ou survivre dans un état de manque permanent, frôlant la pauvreté et la misère, la cigale devant se faire fourmi si elle veut continuer à chanter. La société mexicaine peut avoir le sentiment, justifié, de se trouver coincée entre le chant de sirènes des marchandises, pour beaucoup inaccessibles, et le désenchantement permanent d’une vie sociale de plus en plus appauvrie. L’appel du CNI pourrait, non seulement, « secouer la conscience nationale », comme il est dit dans le communiqué, mais, plus fondamentalement, l’état de torpeur hypnotique dans lequel se trouve la société mexicaine.

Le mouvement zapatiste, quant à lui, semble avoir laissé de côté toute idéologie, il n’a pas abandonné pour autant la critique de ce qu’il appelle le système capitaliste, c’est toujours l’idée, ou, plutôt, le souhait qui l’anime, mais cette critique se fait pragmatique, elle s’accroche à ce qui existe, aux autres mondes, aux autres modes de vie, aux autres réalités sociales qui existent encore et qui, du simple fait de leur existence, sont une critique du « système-monde » capitaliste. Il ne s’agit pas de proposer ou d’imposer un modèle abstrait de gouvernement selon l’idée que l’on peut se faire d’un bon gouvernement, mais de partir d’un modèle existant, qui a fait ses preuves et qui a donné satisfaction. Les zapatistes partent de ce qu’ils ont construit à partir de ce qui existait déjà : la forme d’autogouvernement des communautés indiennes tzotziles, tzeltales, choles, tojolabales, mames et métisses du Chiapas. Ils ne proposent pas l’inconnu mais le déjà connu de la société autochtone, dont est en grande partie issue la société mexicaine, un retour aux sources vives de la société mexicaine, en quelque sorte. Ce pragmatisme les conduit à avoir une intelligence stratégique de la réalité ; ils ne se présentent pas comme une avant-garde révolutionnaire mais comme des hommes et des femmes engagés dans une guerre sociale terrible opposant, sur toute la planète, l’humain aux forces d’extermination représentées par le « système-monde » capitaliste.

Oaxaca, le 4 janvier 2017,

Georges Lapierre, avec la collaboration de Luna,
 déléguée de l’assemblée régionale chontale.

Notes

[1] Se reporter aux dernières déclarations du CNI, ¡Y retembló ! Informe desde el epicentro, diffusées par le CSPCL

Innovation politique au Mexique: Un conseil indien de gouvernement issus du Conseil National Indigène…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 26 novembre 2016 by Résistance 71

Un concept à suivre, qui si bien mené pourrait être la base d’une société organique égalitaire, anti-autoritaire et de, pour et par le peuple. L’évolution même du projet en peu de temps est déjà digne d’intérêt.

A suivre…

~ Résistance 71 ~

 

Un conseil indien de gouvernement

 

Oaxaca le 21 novembre 2016

 

Georges Lapierre

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Un-conseil-indien-de-gouvernement

 

Au cours du cinquième Congrès national indigène, il fut décidé de consulter les peuples, tribus, quartiers, communautés et autres collectifs indiens sur la proposition du CNI-EZLN de présenter un candidat indépendant à la prochaine élection présidentielle de 2018. Ce candidat sera la voix, face à la nation mexicaine, du Conseil indien de gouvernement, qui se sera constitué entre-temps.

Ce cinquième Congrès national indigène eut lieu au Cideci-Unitierra, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, du 9 au 14 octobre 2016. Depuis lors le CNI reste en session permanente et les coordinateurs parcourent le pays afin de préciser auprès des communautés et des différentes instances indigènes les termes de la consultation. Dans certaines régions et localités du pays, cette consultation a déjà été faite et la proposition a, du moins à ma connaissance, été retenue ; dans d’autres, elle est en cours. Quoi qu’il en soit, elle devra être terminée le 15 décembre, date butoir retenue par le Congrès. Ensuite, les 29, 30, 31 décembre au Cideci, San Cristóbal et le 1er janvier à Oventic, les réponses et les suggestions seront comptabilisées, analysées, prises en compte et rendues publiques soit par le CNI-EZLN, soit par le Conseil qui se sera formé entre-temps. Ensuite le Conseil indien de gouvernement devra désigner celle (puisqu’il fut convenu que ce sera une candidate) qui sera son porte-parole devant la nation mexicaine au cours de la campagne électorale de 2018. Je pense que nous devons voir la participation d’une candidate indienne à la campagne électorale pour l’élection présidentielle comme un prétexte et une opportunité pour les peuples indiens de se rendre à nouveau visibles devant la nation, de se faire entendre et de rendre publiques leurs revendications ainsi que leurs propositions face au naufrage social que connaît actuellement le Mexique.

Au cours de ces dernières semaines, j’ai eu l’occasion d’assister, en tant qu’adhérent à la Sexta internationale et comme observateur, à la présentation de cette proposition auprès des délégués des communautés agraires ou des instances locales et régionales du CNI. Au cours des remarques, des commentaires et des discussions qui ont accompagné ou suivi la présentation de la proposition, j’ai pu noter quelques idées et observations.

Les peuples indiens se sentent — sans aucun doute avec juste raison — la cible d’une guerre sociale d’extermination. Jusqu’à présent, durant plus de cinq cents ans, ils ont pu ou su résister tant bien que mal à l’offensive du monde occidental, à la conquête de leur territoire, à l’accaparement de leurs ressources et de leurs biens, au dépouillement et au saccage de leur environnement, à la transformation et au bouleversement de leur mode de vie traditionnel. Aujourd’hui, l’agression de l’Occident, accompagnée du spectre de la mort et de la déchéance, est telle que l’espoir d’être entendus et pris en considération par l’État mexicain s’est évanoui ; l’offensive, à travers les grands projets des multinationales (mines, barrages, monocultures, éoliennes…), suivis d’assassinats, d’enlèvements, de disparitions, de conflits intercommunautaires et fratricides, est si forte que l’existence même des peuples indiens est désormais en jeu. Puiser, dans les profondeurs de soi, la force de stopper ce mouvement qui semblait irrépressible de décomposition et d’extermination, tel serait le but du Conseil indigène de gouvernent ; pas nécessairement du Conseil lui-même, mais de sa constitution, de sa construction, de son élaboration, de sa formation et de sa mise en place.

Cette offensive du monde capitaliste est pratique, c’est l’expression pratique du mouvement de la pensée du marchand dans le monde, les hommes politiques ne font que suivre et accompagner ce mouvement pratique de la pensée, croissant sans cesse en force et en puissance, créant son propre devenir ; ils n’en sont que l’instrument sur le plan politique et gouvernemental. Nous ne cherchons pas le pouvoir ni à nous faire les complices du système-monde capitaliste. Le gouvernement que nous proposons repose sur une autre pratique, celle de la coutume et de la tradition, celle d’un savoir-vivre venu d’une expérience ancestrale, formant la base d’une société alternative au système-monde capitaliste.

Jusqu’à présent nous sommes trop séparés les uns des autres, trop divisés, alors que le mouvement capitaliste est unifié et qu’il met en place une stratégie sur l’ensemble du pays ; par exemple, c’est la même compagnie minière canadienne qui entend exploiter les ressources du sous-sol dans l’Isthme, dans les Chimalapas et dans la région chontale. Le projet de construire ensemble un Conseil indigène de gouvernement nous permettrait de nous connaître, de créer des liens entre nous et de renforcer et unifier notre lutte.

Enfin au cours de toutes ces discussions, une idée, peu à peu, est apparue, qui n’était pas visible lors de la proposition, l’idée que le Conseil pourrait se constituer au fur et à mesure de la consultation. Si la communauté (la tribu, le quartier, la municipalité ou le peuple, ou tout autre collectif indigène) est d’accord, elle pourrait signifier cet accord en désignant des délégués, une femme et un homme, qui iraient à San Cristóbal le 29 décembre et à Oventic le 1er janvier, pour rendre compte des décisions prises par leur communauté. Ces délégués seraient alors considérés comme faisant partie du Conseil. Celui-ci se formerait ainsi dans le mouvement même de la consultation, au fur et à mesure de son déroulement. Il comprendrait toutes les déléguées et tous les délégués désignés par les collectivités (qui sont en accord avec la proposition du CNI-EZLN). Bel exemple d’horizontalité ! En outre tous ceux qui auront rejeté la proposition ne seront pas exclus pour autant du CNI et pourront continuer à faire partie du Congrès.

En commençant à prendre forme, en se frottant à la réalité et en se construisant peu à peu, l’idée première s’éclaircit. Il faut dire aussi que la proposition avait été formulée d’une manière bien abrupte : présenter un candidat indépendant à l’élection du prochain président de la République. Elle n’était pas sans ambiguïté, dont la principale touchait à deux des principes fondamentaux du mouvement zapatiste et de la Sexta : ne pas chercher le pouvoir et ne pas entrer dans ce jeu de dupes que sont les élections. Sous cette présentation, la proposition prenait à rebrousse-poil les convictions les plus profondes et les plus assurées pour mettre le mouvement zapatiste, les membres du Congrès et les adhérents de la Sexta dans une position des plus délicates, des plus ambiguës et des plus vulnérables. La proposition s’est bonifiée au cours des débats qui ont suivi. Par exemple, la constitution d’un Conseil indigène de gouvernement a pris le pas sur le ou la candidate ; celle-ci n’était plus que le porte-parole du Conseil, et allait profiter de l’accès aux médias de masse pour faire entendre la voix des peuples et les propositions du Conseil.

Au cours de ces premières consultations, j’ai pu noter que la question de la candidature indienne passait carrément au second plan quant à l’intérêt qu’elle suscitait aux yeux des gens. Ce qui les inspire, les intéresse et les éveille, c’est bien l’organisation à la base, en bas et à gauche, d’une résistance des peuples à la spoliation et à l’extermination. Voilà l’important ! Voilà ce qui anime les gens, les fait réfléchir ! Voilà ce qui les met en mouvement ! Ce qui allume les regards ! Ce qui donne de la force et de la détermination !

Il n’est plus question de faire de la politique, d’entrer dans le jeu des élections, de rechercher le pouvoir d’en haut. Cet aspect, qui pouvait être contenu en « creux » dans la proposition, et que des politiques et des intellectuels mettaient en exergue, n’est même pas envisagé, n’est même pas relevé, ne vient même pas à l’esprit des gens. Pour eux, il est uniquement question d’organisation, de résistance et de lutte. Leur horizon n’est pas le politique, mais la défense de leur territoire et de ce qu’ils sont ; et s’il est question de pouvoir, il s’agit bien alors de leur propre pouvoir, de pouvoir être ce que l’on désire être, de pouvoir vivre comme on l’entend, comme on le souhaite. Balayer tous ces petits hommes d’État, tous ces escrocs, les petites combines, les intérêts particuliers et mesquins, les partis politiques, ces agrégats mouvants d’ego inconsistants, vive le Conseil indigène !

Oui, cette proposition apporte quelque chose qui pousse à réagir quand tout glissait lentement, quand tout se perdait insensiblement, quand la vague monstrueuse d’un tsunami social d’une ampleur jusqu’alors inconnue allait tout emporter sur son passage dans le silence des têtes baissées, ne laissant que des ruines, des éoliennes brassant l’air imperturbablement, des mines à ciel ouvert, des champs d’eucalyptus et de soja transgénique à perte de vue et tout cela gardé par l’armée et la marine en tenue de combat.

À Alvaro Obregón, Unión Hidalgo, Radio Totopo dans la septième section de Juchitán, dans l’isthme de Tehuantepec, à Tlacolulita, cette poche zapotèque dans la région chontale, dans le pays chontal, à Cherán, dans la région purépecha, à Ostula dans le Michoacán, dans la région wixárika, rarámuri, popoluca, chinanteca, ñahñu, tzeltale, tzotzile…, la proposition fait son chemin. Le Mexique à nouveau animé par l’esprit des peuples ? Reprenant souffle ? Reprenant vie ? Une illusion ? Un rêve ? Une réalité ? Un Rêve devenant réalité ?

La réalité sociale au Mexique est telle que nous pouvons bien rester sceptiques. La société mexicaine (elle n’est évidemment pas la seule) est infiltrée par l’esprit capitaliste, qui se manifeste avec une violence inouïe. Les Mexicains se sentent menacés au jour le jour, jour après jour. C’est une menace diffuse mais prégnante, qui colle à la peau et à l’être, qui imprègne de manière sourde l’ensemble de la société : menace de la police et de l’armée omniprésentes, menace des groupes paramilitaires, menace des cartels, menace des groupes de choc, menace des mafias où l’on retrouve, unis dans une complicité de « classe » leur assurant une totale impunité, les hommes politiques, les trafiquants, le paramilitaires, les militaires ; menace envers les femmes, les journalistes, ceux qui dénoncent cette connivence, menace envers ceux qui luttent, envers ceux qui ne se résignent pas. Il faut bien se convaincre qu’il ne s’agit nullement de menaces en paroles : les gens sont enlevés, aux choix, par la police, par l’armée, par les paramilitaires par les sicaires de cartels, ils sont torturés puis assassinés et enterrés dans des fosses clandestines. Alors on se retranche sur soi, on fait profil bas, chacun sa mère…, et toutes nos frustrations s’engouffrent dans cette voie qui nous est si largement ouverte : la consommation de marchandises. Pourtant du côté des riches et des puissants, une inquiétude se fait jour, qui les pousse à renforcer les pouvoirs de l’armée et de la police pour protéger la démocratie.

Oaxaca le 21 novembre 2016


Georges Lapierre

Résistance au colonialisme: Déclaration du Congrès National Indigène et de l’EZLN (Trump ou pas…)

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QUE TREMBLE LA TERRE JUSQUE DANS SES ENTRAILLES [1]

Déclaration du Congrès National Indigène et de l’EZLN
(Octobre 2016)

2 novembre 2016

Source en français: Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL)

http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article1239

 

Aux peuples du monde

Aux médias libres

A la Sexta Nationale et Internationale

Convoqués pour la commémoration du 20e anniversaire du Congrès National Indigène et de la vive résistance des peuples, nations et tribus originaires de ce pays le Mexique, et qui parlentamuzgo, binni-zaá, chinanteco, chol, chontal de Oaxaca, coca, náyeri, cuicateco, kumiai, lacandón, matlazinca, maya, mayo, mazahua, mazateco, mixe, mixteco, nahua, ñahñu, ñathô, popoluca, purépecha, rarámuri, tlapaneco, tojolabal, totonaco, triqui, tzeltal, tsotsil, wixárika, yaqui, zoque, chontal du Tabasco ainsi que des frères aymara, catalan, mam, nasa, quiché ettacana, nous disons avec fermeté que notre lutte est en bas et à gauche, que nous sommes anticapitalistes et qu’est venu le temps des peuples, le temps de faire vibrer ce pays avec le battement ancestral du coeur de notre terre-mère.

C’est ainsi que nous nous sommes réunis pour célébrer la vie durant le Cinquième Congrès National Indigène qui a eu lieu du 9 au 14 octobre 2016 au CIDECI-UNITIERRA, Chiapas, là où encore une fois nous nous rendons compte de l’aggravation de la spoliation et de la répression qui n’ont pas cessées depuis 524 années quand les puissants ont initié une guerre ayant pour but d’exterminer ceux qui sommes de la terre et qui, étant ses enfants, n’avons pas permis sa destruction et sa mort au profit de l’ambition capitaliste qui ne connaît pas de but autre que cette même destruction. La résistance pour continuer à construire la vie, aujourd’hui se fait parole, apprentissage et accords.

Dans nos villages nous nous construisons chaque jour dans les résistances pour bloquer la tempête et l’offensive capitaliste qui ne cesse pas, mais devient au contraire chaque jour plus agressive et s’est convertie en une menace civilisationnelle, non seulement pour les peuples indigènes et paysans, mais aussi pour les peuples des villes qui doivent eux aussi créer des formes dignes et rebelles pour ne pas être assassinés, spoliés, contaminés, rendus malades, réduits en esclavage, séquestrés ou victimes de disparition forcée. Depuis nos assemblées communautaires nous avons décidé, expérimenté et construit nos destins depuis des temps immémoriaux, et c’est en ça que maintenir nos formes d’organisation et de défense de notre vie collective n’est pas possible autrement que par la rébellion face aux mauvais gouvernements, leurs entreprises et leur crime organisé.

Nous dénonçons que :

  1. Chez le peuple Coca, état de Jalisco, l’entrepreneur Guillermo Moreno Ibarra a envahi 12 hectares de forêt dans la hameau appelé El Pandillo, de mèche avec les institutions agraires, enutilisant la criminalisation de ceux qui luttent, ce qui a entrainé que 10 habitants soient convoqués par la justice durant 4 ans. Le mauvais gouvernement est en train d’envahir l’île de Mezcala qui est terre sacrée communale, tout en refusant dans le même temps de reconnaître le peuple coca dans la législation indigène de l’état, avec comme objectif de les effacer de l’histoire.
  2. Les peuples Otomi Ñhañu, Ñathö, Hui hú, et Matlatzinca de l’état de Mexico et du Michoacán sont en train d’être attaqués par le biais de l’imposition du méga-projet de construction de l’autoroute privée Toluca-Naucalpan et du train interurbain, détruisant maisons et lieux sacrés, achetant les consciences et falsifiant les assemblées communales avec la présence de la police, en plus des recensements truqués des membres des terres communales qui permettent de supplanter la voix de tout un peuple, de la privatisation et de la spoliation de l’eau et du territoire sur le volcan Xinantlécatl, plus connu sous le nom de Nevado de Toluca, auquel les mauvais gouvernements retirent la protection qu’eux-mêmes avaient mis en place pour les offrir aux entreprises touristiques. On sait que l’intérêt qui se cache derrière tous ces projets est de spolier l’eau et la vie de la région. Dans la zone du Michoacán l’identité est niée au peuple otomí, tandis qu’un groupe de gendarmes est entré dans la région pour garder les collines, interdisant aux indigènes de s’y rendre et de couper du bois.
  3. Quant aux peuples originaires résidents de la ville de México, ils se font spolier des territoires qu’ils ont conquis afin de pouvoir gagner leur vie en travaillant, en leur volant leurs marchandises et en utilisant la force policière. On les méprise et les réprime pour porter leurs habits et pratiquer leur langues, en plus du fait qu’on les criminalise en les accusant de vendre de la drogue.
  4. Le territoire du Peuple Chontal d’Oaxaca est envahi par les concessions minières qui démantèlent les terrains communaux, ce qui affectera 5 communautés, leurs habitants et leurs ressources naturelles.
  5. Chez le Peuple Maya de la péninsule du Campeche, Yucatan et Quintana Roo, des terres sont spoliées pour la culture de soja transgénique et de palme africaine, la contamination des nappesphréatiques par des produits chimiques agricoles, la construction de parcs éoliens, de fermes solaires, les projets d’écotourisme et d’entreprises immobilières. Ils sont de la même manière en résistance contre les tarifs élevés de l’électricité, ce qui a entraîné harcèlement et mandats d’arrêt. A Calakmul, Campeche, 5 communautés ont été expulsées par l’imposition d’aires naturelles protégées, les compensations pour les services écosystémiques et la fixation du carbone. A Candelaria, Campeche la lutte continue pour obtenir la certitude de la possession de la terre. Dans les 3 états une forte criminalisation est à l’oeuvre contre ceux qui défendent le territoire et les ressources naturelles.
  6. Quant au peuple Maya du Chiapas, Tzotzil, tzeltal, tojolabal, chol et Lacandón, on continue de les spolier de leurs territoires pour privatiser les ressources naturelles, ce qui a entrainé desemprisonnements et des assassinats de ceux qui défendent le droit à rester sur leur territoire. Ils sont discriminés et constamment réprimés lorsqu’ils se défendent et s’organisent pour continuer à construire leur autonomie, ce qui augmente les violations des droits de l’homme procédées par les forces de police. Il existe des campagnes de fragmentation et de division au sein des organisations, tout comme les assassinats de compañeros qui ont défendu leur territoire et leurs ressources naturelles à San Sebastián Bachajón. Les mauvais gouvernements continuent d’essayer de détruire l’organisation des communautés bases de soutien de l’EZLN, et d’assombrir l’espoir qui émane d’elles et qui offre une lumière à tout le monde.
  7. Le peuple Mazateco de Oaxaca a été envahi par des propriétés privées, où le territoire et la culture sont exploités pour le tourisme, comme la nomination de Huautla de Jiménez au titre de “Village Magique” pour rendre légale la spoliation et la commercialisation des savoirs ancestraux, cela accompagné de concessions minières et d’exploration de spéléologues étrangers dans les grottes existantes. Tout ceci imposé par un harcèlement croissant de la part des trafiquants de drogue et par la militarisation du territoire. Les féminicides et les viols des femmes dans la régionsont en augmentation, toujours avec la complicité par omission des mauvais gouvernements.
  8. Quant aux peuples Nahua et Totonaca de Veracruz et Puebla, ils s’affrontent aux fumigations aériennes qui rendent malades nos peuples. Il y a l’exploration et l’exploitation de minérais et d’hydrocarbures par le biais de la fracturation hydraulique et 8 sources sont en danger à cause de nouveaux projets qui contaminent les rivières.
  9. Les peuples Nahua et Popoluca du sud de Veracruz affrontent le harcèlement du crime organisé et subissent les risques de la destruction territoriale et de la disparition en tant que peuple du fait des menace de l’exploitation minière, des éoliennes et par dessus tout de l’exploitation des hydrocarbures à travers le fracking [fracturation hydraulique].
  10. Le Peuple Nahua, situé dans les états de Puebla, Tlaxcala, Veracruz, Morelos, Etat de Mexico, Jalisco, Guerrero, Michoacan, San Luis Potosi et dans la ville de México fait face à une lutte constante pour contenir l’avancée dudit “Projet Intégral Morelos”, qui comprend des gazoducs, des aqueducs et une centrale thermoélectrique. Les mauvais gouvernements désireuxd’arrêter la résistance et la communication des peuples, cherche à spolier la radio communautaire d’Amiltzingo, dans le Morelos. De même, la construction du Nouvel Aéroport de la Ville de México et les chantiers complémentaires menacent les territoires aux alentours du lac de Texcoco et du bassin de la vallée de México, principalement Atenco, Texcoco et Chimalhuacán. Tandisque dans le Michoacán, le peuple nahua fait face au saccage de ses ressources naturelles et minérales par des tueurs à gage accompagnés par la police ou l’armée et par la militarisation et laparamilitarisation de leurs territoires. Tenter d’arrêter cette guerre a entrainé l’assassinat, la persécution, l’emprisonnement et le harcèlement des leaders communautaires.
  11. Le peuple Zoque d’Oaxaca et du Chiapas fait face à l’invasion par des concessions minières et de supposée propriétés privées sur des terres communales de la région des Chimalapas ; également à trois centrales hydroélectriques et à l’extraction d’hydrocarbures par fracking. Il y a des zones-couloirs dédiées à l’élevage et en conséquence la coupe excessive des forêts pour en faire des prairies. Des semences transgéniques sont également cultivées. Dans le même temps il existe des migrants zoques dans différents états du pays qui reconstituent leur organisation collective.
  12. Le Peuple Amuzgo du Guerrero fait face à la spoliation de l’eau de la rivière San Pedro pour des zones résidentielles et pour l’approvisionnement de la ville d’Ometepec. Leur radio communautaire a été l’objet d’une persécution et de harcèlements constants.
  13. Le peuple Raramuri de Chihuahua subit la perte de surfaces de culture pour construire des routes, l’aéroport de Creel et le gazoduc qui arrive des Etats-Unis jusqu’à Chihuahua, en plus del’existence de projets miniers japonais, de barrages et du tourisme.
  14. Le peuple Wixárika de Jalisco, Nayarit et Durango se confronte à la destruction et la privatisation de leurs lieux sacrés dont dépendent tous leurs milieux sociaux, politiques et familiaux, àla spoliation de leurs terres communales au bénéfice de caciques, qui profitent de l’incertitude sur les limites entre les états de la République, et les campagnes de division orchestrées depuis les mauvais gouvernements.
  15. Le peuple Kumiai de Basse Californie continue de lutter pour la reconstitution de ses territoires ancestraux, contre les invasions de particuliers, la privatisation de leurs lieux sacrés et l’invasion des territoires par des gazoducs et des autoroutes.
  16. Le Peuple Purépecha du Michoacán a comme problème la déforestation, exercée grâce à la complicité entre les mauvais gouvernements et les groupes narcos-paramilitaires qui saccagent les forêts et les bois. Pour eux l’organisation souterraine des communautés est un obstacle au saccage.
  17. Chez le peuple Triqui de Oaxaca la présence des partis politiques, de sociétés minières, de paramilitaires et des mauvais gouvernements encouragent la désintégration des liens communautaires en vue du pillage de leurs ressources naturelles.
  18. Quant au peuple Chinanteco de Oaxaca, ils détruisent leurs formes d’organisation communautaire avec la répartition agraire, l’imposition des mécanismes de paiements pour les servicesenvironnementaux, pour la capture de carbone et l’écotourisme. Une autoroute à 4 voies est projetée qui traverse le territoire et le divise. Sur les rivières Cajono et Usila, les mauvais gouvernements ont projeté trois barrages qui auront des impacts sur les peuples chinantèques et zapotèques. Il y a des concessions minières et l’exploration de puits de pétrole.
  19. Le peuple Náyeri de Nayarit fait face à l’invasion et la destruction de leurs territoires sacrés sur le site dénommé Muxa Tena sur la Rivière San Pedro via le projet hydroélectrique Las Cruces.
  20. Le Peuple Yaqui de Sonora maintient la lutte sacrée contre le gazoduc qui traversera son territoire et en défense des eaux du fleuve Yaqui que les mauvais gouvernements ont décidé de faire venir jusqu’à la ville de Hermosillo, état de Sonora, malgré les décisions de justice et les recours internationaux qui ont fait la démonstration de la légalité et la légitimité de leurs arguments. Cela en s’appuyant sur la criminalisation et le harcèlement contre les autorités et les portes-paroles de la tribu Yaqui.
  21. Les peuples Binizza et Ikoot s’organisent et s’articulent pour contenir l’avancée des projets éoliens, miniers et hydroélectriques, des barrages et des gazoducs, spécialement dans la zone appelée Zone Économique Spéciale de l’isthme de Tehuantepec, et des infrastructures qui menacent le territoire et l’autonomie des peuples dans l’Isthme de Tehuantepec, qui sont qualifiés detalibans de l’environnement et de talibans des droits indigènes selon les paroles exprimées par l’Association Mexicaine de l’Énergie en référence à l’ Assemblée Populaire du Peuple Juchiteco.
  22. Le peuple Mixteco de Oaxaca subit la spoliation de son territoire agraire affectant du même coup ses us et coutumes via des menaces, des assassinats et des emprisonnements qui cherchent à faire taire les voix des mécontents, tout en promouvant des groupes paramilitaires armés par les mauvais gouvernements, comme c’est le cas pour San Juan Mixtepec, état de Oaxaca.
  23. Les peuples Mixteco, Tlapaneco et Nahua de la montagne et de la côte du Guerrero font face à l’imposition de mégaprojets miniers soutenus par le narcotrafic, ses paramilitaires et les mauvais gouvernement, qui se disputent entre eux les territoires des peuples originaires.
  24. Le mauvais gouvernement mexicain continue de mentir et d’essayer d’occulter sa décomposition et sa responsabilité absolue dans la disparition forcée des 43 étudiants de l’école normale rurale Raúl Isidro Burgos d’Ayotzinapa, Guerrero.
  25. L’Etat maintient séquestré les compañeros Pedro Sánchez Berriozábal, Rómulo Arias Míreles, Teófilo Pérez González, Dominga González Martínez, Lorenzo Sánchez Berriozábal et Marco Antonio Pérez González originaires de la communauté Nahua de San Pedro Tlanixco dans l’état de Mexico, le compañero zapotèque de la région Loxicha Álvaro Sebastián, les compañeros Emilio Jiménez Gómez et Esteban Gómez Jiménez, prisonniers originaires de la communauté de Bachajón, Chiapas, les compañeros Pablo López Álvarez, ainsi que Raúl Gatica García et Juan Nicolás López du Conseil Indigène et Populaire de Oaxaca Ricardo Flores Magón, maintenus en exil. Récemment un juge a dicté une sentence de 33 ans de prison contre le compañero Luis Fernando Sotelo pour avoir exigé la présentation en vie des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa, et sont maintenus séquestrés les compañeros Samuel Ramírez Gálvez, Gonzalo Molina González et Arturo Campos Herrera de la CRAC- PC (Coordination Régionale des Autorités Communautaires-Police Communautaire). Tout comme des centaines de prisonniers indigènes et non indigènes sont maintenus emprisonnés dans tout le pays pour défendre leurs territoires et exiger justice.
  26. Chez le peuple Mayo le territoire ancestral est menacé par des projets routiers visant à joindre Topolobampo avec l’état du Texas, Etats-Unis ; au moment même où d’ambitieux projets touristiques se dessinent dans la région de Barranca del Cobre.
  27. La nation Dakota voit son territoire sacré être envahi et détruit par des gazoducs et des oléoducs, raison pour laquelle un blocage permanent est maintenu pour protéger ce qui leur appartient.

Pour tout cela, nous réitérons que la protection de la vie et de la dignité, c’est à dire la résistance et la rébellion depuis en bas à gauche, est notre devoir auquel nous pouvons que répondre demanière collective. La rébellion donc, nous la construisons depuis nos petites assemblées dans des localités qui se joignent en de grandes assemblées communales, ejidales, de conseils de bon gouvernement, et en accords pris en tant que peuples, qui nous unissent sous une identité. A travers le partage, l’apprentissage et la construction de nous autres qui sommes le Congrès National Indigène, nous nous voyons et ressentons par le biais de nos douleurs, de nos mécontentements et de nos fondements ancestraux.

Pour défendre ce que nous sommes, notre cheminement et notre apprentissage se sont consolidés par le biais du renforcement des espaces collectifs où prendre des décisions, en recourant à des moyens juridiques nationaux et internationaux, à des actions de résistance civile pacifique, en mettant de côté les partis politiques qui n’ont généré que la mort, la corruption et l’achat des dignités, en faisant des alliances avec différents secteurs de la société civile, en fabriquant des moyens de communication à soi, des polices communautaires et des autodéfenses, desassemblées et des conseils populaires, des coopératives, l’exercice et la défense de la médecine traditionnelle, l’exercice et la défense de l’agriculture traditionnelle et écologique, les rituels etles cérémonies coutumières pour payer la terre-mère et continuer de cheminer avec elle et en elle, par la semence et la défense des graines natives, par des forums, des campagnes de diffusion et des activités socio-culturelles.

C’est cela le pouvoir d’en bas qui nous a maintenus vivants et c’est pour cela que commémorer la résistance et la rébellion, c’est aussi ratifier notre décision de continuer à être en vie en construisant l’espoir d’un futur possible uniquement sur les ruines du capitalisme.

Considérant que l’offensive contre les peuples ne cessera pas, mais qu’ils prétendent au contraire la faire croître jusqu’à en finir avec la dernière trace de ce que nous sommes en tant que peuples des villes et des campagnes, c’est porteurs de profonds mécontentements qui surgissent aussi sous des formes de résistances et de rébellion nouvelles, diverses et créatives, que ce Cinquième congrès national Indigène a fait le choix d’initier une consultation au sein de chacun de nos peuples pour démonter depuis le bas le pouvoir que d’en haut on nous impose et qui ne nous offre qu’un panorama fait de mort, de violence, de spoliation et de destruction.

Au vu de tout ce qui a été dit précédemment, nous nous déclarons en assemblée permanente et nous consulterons chacune de nos géographies, de nos territoires et de nos cheminements au sujet de l’accord pris par ce cinquième CNI de nommer un conseil indigène de gouvernement dont la parole sera matérialisée par une femme indigène, déléguée du CNI en tant que candidate indépendante qui se présentera au nom du Congrès National Indigène et de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale durant le processus électoral de l’année 2018 pour la présidence de ce pays.

Nous ratifions que notre lutte n’est pas pour le pouvoir, nous ne le cherchons pas ; mais nous en appellerons aux peuples originaires et à la société civile pour nous organiser afin d’arrêter cette destruction et nous renforcer dans nos résistances et rébellions, c’est-à-dire dans la défense de la vie de chaque personne, famille, collectif, communauté ou quartier. Pour construire la paix et la justice, en retissant nos fils depuis le bas, depuis là où nous sommes ce que nous sommes.

C’est le temps de la dignité rebelle, le temps de construire une nouvelle nation pour et par toutes et tous, de renforcer le pouvoir d’en-bas et de gauche anticapitaliste, le temps que payent les coupables pour la douleur des peuples de ce Mexique multicolore.

Enfin, nous annonçons la création de la page officielle du CNI à l’adresse : www.congresonacionalindigena.org

Depuis le CIDECI-UNITIERRA, Chiapas, octobre 2016

Pour la reconstitution Intégrale de nos peuples

Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès National Indigène

Armée Zapatiste de Libération Nationale

Notes

[1] note : « que retiemble en sus centros la tierra », extrait de la première strophe de l’hymne national mexicain

Résistance au colonialisme: 5ème Congrès National Indigène CNI et EZLN (Mexique)

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Mexique Cinquième Congrès national indigène

 

vendredi 9 septembre 2016, par CNI

 

CONVOCATION AU CINQUIÈME CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

Considérant que :

  1. Durant ce mois d’octobre le Congrès national indigène, espace d’unité, de réflexion et d’organisation des peuples indigènes du Mexique, fête vingt ans de travail ininterrompu, visant à impulser la reconstitution intégrale de nos peuples et la construction d’une société dans laquelle il y ait de la place pour toutes les cultures, toutes les couleurs, tous les peuples qui sommes le Mexique.
  1. Au cours de toutes ces années et avec plus de force à partir de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone émise par l’Armée zapatiste de libération nationale, nous avons forgé une parole et un agir qui a contribué aux luttes de résistance et de rébellion tout au long de la géographie nationale, et non seulement nous maintenons notre décision de continuer à exister, mais nous l’honorons avec la force de notre poing levé, nous l’honorons en tissant des accords profonds et collectifs qui se reflètent dans la préservation de la terre, de nos langues, des traditions, de nos gouvernements collectifs aux multiples noms et multiples formes ; tous ceux qui gardent en leur for intérieur la flamme de l’autonomie qui ne cesse d’illuminer le cœur collectif des peuples, quartiers, nations et tribus que nous sommes ; des accords profonds qui se travaillent au jour le jour, donnant lieu à ce que de chacun d’entre eux émergent des territoires complexes qui ensemble construisent notre autonomie et notre libre détermination.
  2. Tandis que nous tissons la vie, le capitalisme dessine et configure « ses » propres territoires mortifères, au-dessus des nôtres, dans tous les recoins de notre pays endolori qu’est le Mexique. Sur nos terres il y a de prétendus territoires miniers, des cartels de la délinquance organisée, des agro-industriels, des territoires de partis politiques, des territoires urbanisables, des territoires de conservation où les peuples originaires n’ont pas place, et tout type de nom avec lequel s’imposent le système et les mauvais gouvernements qui lui obéissent.
  3. Les capitalistes ont de manière sanglante commencé et amplifié jour après jour une guerre de conquête afin de se rendre maîtres de ce qui a toujours été à nous, et au fil de cette guerre d’extermination constante ils se présentent avec tous leurs masques : celui du chef d’entreprise, du politique, du militaire ou du tueur à gages, selon les cas. Et comme toujours, c’est de notre côté que se trouvent les morts, les disparus, les incarcérés, les territoires spoliés ou détruits, et la persécution contre tout espoir collectif, autonome et rebelle.
  4. Face à l’assaut capitaliste contre nos peuples, nous avons résisté ; depuis la dévastation nous avons rêvé et construit de nouveaux mondes, depuis le deuil de nos compañeros assassinés, nous, les peuples, recréons de nouvelles formes de résistance et de rébellion qui nous permettent de stopper de manière urgente cette dévastation, cheminant par le seul chemin possible pour ceux d’en bas et à gauche, construisant et exerçant la justice niée par les puissants qui disent nous gouverner.
  5. Il est urgent de nous rencontrer en ces appels de résistance, d’autonomie et de rébellion qui sont les nôtres, qui brillent dans chacun des peuples originaires qui tissent de nouveaux mondes depuis en bas même, depuis là où naît l’amour et l’engagement ancestral envers notre mère qui est la terre.

C’est pour cela que nous avons pris l’accord de CONVOQUER les autorités et les représentants directs des peuples, nations, tribus, quartiers, communautés et organisations indigènes à la célébration du :

CINQUIÈME CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

Qui se déroulera dans le contexte de la célébration du vingtième anniversaire du CNI qui aura lieu du 9 au 14 octobre dans les installations du Centre indigène de formation intégrale (Cideci-Unitierra) dans la ville de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, en territoire zapatiste, en accord avec le programme suivant :

9 octobre

Arrivée au Cideci et inscription physique des autorités, représentants, délégués indigènes, presse et invités par la commission de coordination du CNI.

10 et 11 octobre

Inauguration du cinquième Congrès national indigène.

Tables de travail avec les axes suivants :

  1. Spoliation et répression
  2. Nos résistances et rébellions
  3. Bilan du CNI
  4. Propositions pour le renforcement du CNI

12 octobre

Fête du vingtième anniversaire du Congrès national indigène

13 octobre

Réunion plénière, accords et conclusions
Clôture du cinquième CNI

14 octobre

Retour à nos lieux d’origine

L’inscription antérieure des délégué·e·s indigènes pourra se faire au courrier électronique du CNI : catedratatajuan@gmail.com

Les membres de la Sexta nationale et internationale qui désirent être partie prenante en tant que participants observateurs aux sessions du cinquième CNI devront s’enregistrer préalablement par le courriel : correocni20aniversario@ezln.org.mx

Le cinquième Congrès national indigène sera composé de sessions publiques (inauguration et clôture) et privées. La presse qui s’enregistre auprès de la commission de coordination du CNI et dont la participation sera validée par la même commission, pourra seulement couvrir les sessions publiques du CNI. L’enregistrement de la presse aura lieu les 9 et 10 octobre sur place.

Bien à vous

Juillet 2016

Pour la reconstitution intégrale de nos peuples


Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès national indigène
 & Armée zapatiste de libération nationale (EZLN)

=*=

Sources:

http://www.lavoiedujaguar.net/Mexique-Cinquieme-Congres-national

 

En español:

 

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/08/31/convocatoria-al-quinto-congreso-nacional-indigena/

 

 

Résistance au colonialisme: Appeler un chat un chat au Chiapas… Le terrorisme d’état contre les enseignants au Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 27 juin 2016 by Résistance 71

Notes sur la guerre contre les enseignants en résistance (l’heure de la police 3)

Juin 2016

Enlace Zapatista

url de l’article:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/06/22/note-sur-la-guerre-contre-le-corps-enseignant-en-resistance-lheure-du-policier-3/

Note sur la guerre contre le corps enseignant en résistance:
(L’heure du policier 3).

Juin 2016.

Du cahier de notes du Chat-chien:

.- On ne sait pas dans le reste du pays, mais au Chiapas au moins, ceux d’en haut sont en train de perdre la guerre médiatique.

En milieu rural et urbain, nous avons vu des familles entières soutenir les enseignantEs. Et nous ne nous faisons pas référence à des soutiens du type: “Ce poing levé, oui il se voit”, “le peuple, uni, ne sera jamais vaincu”, et les slogans qui, malgré les distances entre les calendriers et les géographies sont toujours les mêmes, car en bas la solidarité continue à être un principe élémentaire. Si au cours des mobilisations antérieures des enseignantEs rebelles, la “citoyenneté” (ce terme qui occulte l’inégalité), se montrait excédée et offusquée, les choses ont  changé désormais.

Il y a chaque fois plus de familles qui viennent en aide aux enseignantEs, qui les aident pour leurs voyages et leurs manifestations, qui s’angoissent lorsqu’ils sont agresséEs, qui leur donnent à manger, à boire et leur proposent un abri. Il s’agit de familles qui, selon la taxonomie de la gauche électorale, seraient “abruties” par la télévision, “qui sont des grapilleuses de sandwichs”, “qui sont aliénées”, “qui n’ont pas de conscience”. Mais apparemment, la colossale campagne médiatique déployée contre le corps enseignant en résistance a échoué. Le mouvement de résistance contre la réforme éducative s’est transformé en un miroir pour toujours plus de vrais gens (c’est-à-dire pas ceux des organisations sociales et politiques, mais les gens ordinaires). Comme si, face à la tragédie qui vient, un sentiment collectif d’urgence était né. Comme si chaque coup de matraque, chaque bombe lacrymogène, chaque tir de flashball, chaque ordre d’arrestation étaient des slogans éloquents : “aujourd’hui c’est elle, c’est lui qu’on a attaqué ; demain ce sera ton tour”. C’est peut-être pour cela que derrière chaque professeur, il y a des familles entières qui sympathisent avec leur cause et avec leur lutte.

Pourquoi ? Pourquoi un mouvement qui a été férocement attaqué sur tous les fronts continue à grandir ? Pourquoi, si ce sont des “vandales”, des “fainéants”, des “terroristes”, des “corrompus”, des “opposants au progrès”, beaucoup de gens d’en bas, un certain nombre des classes moyennes, et même quelques-uns d’en haut, saluent même silencieusement le corps enseignant, qui défend ce que n’importe quelle personne défendrait ?

.- “La réalité c’est du mensonge”. C’est ce titre qui aurait pu faire la une du quotidien chiapanèque mal nommé “Cuarto Poder” [“Le quatrième pouvoir”] (un média nostalgique de l’époque des fincas et des seigneurs de la potence et du couteau), quand il “dénonçait” que la fête populaire du 9 juin dernier célébrée en soutien aux enseignantEs en résistance dans les rues de Tuxtla Gutiérrez, capitale du Chiapas, Etat du sud-est mexicain, était fausse. Parachicos, danseurs, musiciens, tenues traditionnelles, personnes en fauteuil roulant, marimbas, tambours, pipeaux et flûtes, le meilleur de l’art zoque et des milliers de personnes saluant la résistance des enseignantEs.  Une pancarte priant: “Merci maître, de m’apprendre à lutter” démontre la “réussite” de la guerre médiatique contre la CNTE. Une autre signalait: “je ne suis pas enseignant, mais je suis chiapanèque et je suis contre la réforme éducative”.

Mais celle qui a dérangé les directeurs de “Cuarto Poder”, c’était celle qui disait plus ou moins: “Si le Guëro Velasco, ils le foutent à gouverner dans le désert, il faut pas plus de quelques mois pour que le sable commence à manquer”. (Note de Résistance 71: Ceci ne peut que rappeler la formule de Coluche qui disait: “Y sont balèzes les technocrates, c’est des mecs.. tu leur donne le Sahara, dans un an ils importent du sable…”, comme quoi les grands esprits…)

.- Bon, 3 ans après la promulgation de la soi-disant “réforme éducative”, ce monsieur Nuño n’est toujours pas capable de présenter un argument éducatif quelconque, même minime, en faveur de son “programme d’ajustement du personnel”. Ses arguments ont été jusqu’à maintenant les mêmes que n’importe quel contremaître de l’époque de Porfirio Diaz: cris hystériques, coups, menaces, licenciements, emprisonnements. Les mêmes qu’emploieraient n’importe quel triste et gris prétendant à la police postmoderne.

.- Ils les ont déjà frappés, déjà gazés, déjà emprisonnés, déjà menacés, déjà virés injustement, déjà calomniés, ils ont déjà décrété de facto l’état de siège dans la ville de Mexico. Quoi de plus ? Qu’ils les fassent disparaître ? Qu’ils les assassinent ? Vraiment ? La réforme “éducative” naîtra sur le sang et les cadavres des enseignantes et enseignants? Ils vont remplacer les campements des enseignants par des campements de policiers et de militaires ? Les blocages de manif’ par des blocages avec des tanks et des baïonnettes ?

.-Leçons pour Nuño sur le Terrorisme. La prise d’otage (la détention de membres de la direction de la CNTE, c’est ça et pas autre chose), pour n’importe quel terrorisme (celui de l’Etat et celui de ces miroirs fondamentalistes) est un moyen pour forcer à un dialogue et à une négociation. Nous ne savons pas si là-bas en haut, vous vous en êtes rendus compte ou non, mais il se trouve que c’est l’autre bord (le corps enseignant), le côté qui cherche le dialogue et la négociation. Ou bien le ministère de l’Education Publique se serait-il déjà affilié à ISIS [Daesh], et qu’il ne prend des otages que pour semer la terreur ?

.- Il y a une anecdote qui circule dans les services secrets gouvernementaux des grandes puissances. Elle raconte que pour gagner la bataille médiatique dans la guerre contre le Vietnam, les service secrets nord-américains créaient, c’est bien le mot, des scénarios de victoires fracassantes, de faiblesse chaque fois plus grande de l’ennemi, et de la force morale et matérielle de leurs propres troupes. Mais il se trouve que la stratégie baptisée “gagner les coeurs et les esprits”, qui devait à l’origine être livrée au Vietnam, due en fait être livrée dans les rues des grandes villes de l’Union Américaine. Après ce mois d’avril 1975 – qui remémorait la défaite à Playa Girón, dans la digne Cuba, durant le même mois, mais en 1961-, un fonctionnaire nord-américain avait affirmé: “le problème c’est que nous fabriquons tellement de mensonges pour les médias que nous finissons par les croire nous-mêmes. Nous avons créé une scénographie de victoire qui dissimulait notre défaite. Notre propre fracas a empêché que nous ne percevions les craquements de notre effondrement. Ce n’est pas mal de mentir, ce qui est mauvais c’est de croire à ses propres mensonges”. Bref, c’est sûr que nous, les femmes, les hommes zapatistes, on n’y connait pas grand chose sur les médias, mais depuis notre humble opinion, c’est un mauvais calcul que de mettre au-devant de la campagne médiatique d’une privatisation effrontée un contremaitre triste et gris qui veut être policier.

.- Initier à la science et à l’art l’enfance dans ces premiers pas, c’est cela que font les enseignants, enseignantes et enseignantEs.

Je donne foi.

Miaou-Ouaf.

 

Résistance au colonialisme: Communiqué du Congrès National Indigène et de l’EZLN sur la répression des enseignants au Mexique

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Depuis la tempête

Communiqué Commun du Congrès National Indigène et de l’EZLN au sujet de la lâche attaque policière contre la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Éducation et la communauté indigène de Nochixtlán, Oaxaca.

Le 20 juin 2016.

Au peuple du Mexique.
Aux peuples du Monde:

Face à la lâche attaque répressive qu’ont subi les enseignants, les enseignantes et la communauté à Nochixtlán, dans l’état de Oaxaca, – par laquelle l’État Mexicain nous rappelle qu’il s’agit d’une guerre contre tous et toutes – ; les peuples, nations et tribus formant le Congrès National Indigène et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, faisons savoir au digne mouvement enseignant qu’il n’est pas isolé, que nous savons que la raison et la vérité sont de son côté, que la dignité collective avec laquelle leur résistance s’exprime est inébranlable, et que celle-ci est l’arme principale de ceux qui, comme nous, sont d’en-bas.

Nous rejetons l’escalade répressive avec laquelle ils cherchent à imposer dans tout le pays la réforme néolibérale capitaliste qu’ils appellent “éducative”, principalement dans les états de Oaxaca, Chiapas, Guerrero et Michoacán. C’est par des menaces, des persécutions, des coups, des emprisonnements injustes et maintenant des assassinats qu’ils veulent faire plier la dignité des enseignants en rébellion.

Nous appelons nos peuples et la société civile en général à être aux côtés du corps enseignant qui résiste à chaque instant, à nous reconnaître en lui, car la violence utilisée pour les déposséder de garanties basiques du droit du travail afin de rendre l’éducation privée, est un reflet de la violence avec laquelle ils sont en train de spolier les peuples originels, les peuples paysans et urbains.

Ceux qui sont au pouvoir et qui s’en délectent ont décidé que l’éducation, la santé, les territoires indigènes et paysans, mais aussi la paix et la sécurité, sont une marchandise destinée à ceux qui peuvent la payer, que les droits ne sont pas des droits, mais des produits et services qu’on peut arracher, dépouiller, détruire ou négocier selon ce que dicte le grand capital. Et cette aberration, ils prétendent l’imposer de manière sanglante ; en assassinant et en faisant disparaître nos compañer@s, en envoyant nos porte-paroles dans des prisons de haute sécurité, en faisant de la torture éhontée un véritable marketing gouvernemental et, grâce à l’aide des médias commerciaux, en assimilant à la délinquance ce que la société mexicaine a de plus cher, c’est-à-dire ceux qui luttent, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas et qui ne lâchent rien.

Nous exigeons l’arrêt de la répression contre le corps enseignant en lutte et la libération immédiate et inconditionnelle de TOUS les prisonniers politiques.

Nous invitons tous les peuples de la campagne et des villes à être attentifs et solidaires avec la lutte enseignante, à nous organiser de manière autonome afin d’être au courant et vigilants face à cet orage qui s’abat sur toutes et tous, tout en sachant qu’un orage, en plus de la tempête et du chaos, rend aussi fertile la terre d’où éclot toujours un nouveau monde.

Depuis les montagnes, les champs, les vallées, les ravins et les quartiers des peuples, nations et tribus originaires du Mexique.
Jamais plus un Mexique Sans Nous !

Congrès National Indigène.
Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Mexique, le 20 juin 2016.

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/06/22/depuis-la-tempete/