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La solution africaine passe par une véritable décolonisation des pays d’origine…

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Cet article est parfaitement en phase avec ce que nous disons ici depuis un bon moment… Notre dossier sur le colonialisme et les luttes indigènes pour leur réelle indépendance

— Résistance 71 —

La solution aux drames de Lampedusa : La décolonisation des pays d’origine !

19 Novembre 2013

 

url de l’article:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-13300.html

 

Eugénie Dossa Quenum

 

La nouvelle tribune


Chercheur indépendant en Sciences Politique et Sociale Consultante en gouvernance.


Conférencière
Ecrivain
Membre de la Ligue Internationale de Femmes pour la Paix et la Liberté
Membre de Médecins Du Monde

C’est la politique de domination des peuples africains et le système économique d’exploitation féroce des richesses agricoles, minières et humaines de leurs pays par les gouvernements occidentaux et américain avec la complicité des chefs d’Etat africains qui poussent les immigrés à fuir la violence des guerres engendrées par les rivalités entre multinationales, la pauvreté, la misère et la faim, pour risquer leur vie dans la Méditerranée.

Déjà 17.000 morts à Lampedusa depuis 20 ans. Des migrants qui ne cherchaient qu’à survivre hors de leurs pays transformés en enfer à cause de la convoitise de leurs immenses richesses et de leur position géostratégique.

En effet, les sols de leurs pays regorgent de Coton dont le Mali est le premier producteur, de Café, de Cacao dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur, ainsi de suite…Leurs sous-sols concentrent de manière ahurissante, les plus précieux minerais du monde.

Ainsi, l’Or, dont le Mali est le troisième producteur du monde, l’Uranium, dont le Niger est le deuxième producteur du monde, le Coltan, métal recherché dans la fabrication des téléphones portables et les engins spatiaux, dont la République Démocratique du Congo (RDC) est le premier producteur avec70% de la réserve mondiale, le Diamant, le Cobalt, le Fer, sans compter le pétrole et bien d’autres produits encore.

 Des produits exploités et exportés dans un échange inégal savamment organisé par des multinationales en toute opacité, aux seuls profits des pays européens et américains et au mépris des intérêts de leurs propriétaires, les peuples africains.

Celles pétrolières Elf-Congo et Agip-Recherches-Congo qui opèrent au Congo-Brazzaville par exemple, ne cèdent à ce dernier que 20% du partage de production alors que ce pourcentage est de 50% partout ;

AREVA, société française, numéro un du nucléaire civil, seule exploitante pendant longtemps a maintenu l’Uranium du Niger à 22 Dollars le Kg pendant des décennies avant de relever ce taux à 32 Dollars en 2007 sous la pression de la concurrence internationale ;

En Côte d’Ivoire, les sociétés françaises qui forment l’essentiel du tissu économique rapatrient les 90% de leurs intérêts. Cf « Billet d’Afrique et d’ailleurs. » de l’association Survie N° 198 de Janvier 2011. Et il en est ainsi dans presque tous les autres pays francophones d’Afrique.

« Le Cameroun, comme tous les pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale, la C.E.M.A.C., préfère financer l’économie française aux dépends de leur propre économie à travers le mécanisme du « Compte d’opérations » », peut-on lire sur le site de Terangaweb/L’Afrique des idées. Alors que le financement de leurs Petites et Moyennes Entreprises aurait certainement permis de créer des emplois et contribué à l’amélioration des conditions de vie des salariés, et ces capitaux servi à financer la scolarisation des enfants et l’apprentissage des jeunes…

Le FMI et la Banque Mondiale quant à eux, en imposant aux pays africains l’application d’un Programme d’Ajustement Structurel « P.A.S. » depuis les années 80 ne font-ils pas preuve d’un cynisme ?. Couvrant déjà les multinationales qui opèrent dans ces pays dans leur refus d’accepter un audit sur leurs sociétés, ils exigent que ces derniers déjà affaiblis privatisent les secteurs vitaux de leur économie, tels le Port, l’Aéroport, la Poste, les Communications, les Banques etc…en les cédant aux sociétés étrangères.

Les conséquences de telles privatisations sont des licenciements massifs sans aucun plan social contrairement aux usages dans les pays occidentaux.

 L’exemple des 70% de la population active adulte au chômage au Congo Brazzaville à partir de 2004, n’en est qu’une illustration. Dans les autres pays, cette situation engendre de nombreux chômeurs dont plus de la moitié ont entre 25 et 35 ans.

 Les compressions de personnels exigées par le « PAS » dans les services sociales conduisent à une pénurie en ressources humaines en Santé comme dans l’Education. Ce qui pénalise lourdement les peuples victimes de cette politique d’austérité.

Dans le même temps, en préconisant de la part de ces gouvernements africains mis à genou, des efforts pour l’élaboration d’un Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP), le FMI ne fait-il pas preuve de schizophrénie ?

L’Europe s’est arrogé des privilèges et des droits historiques sur l’Afrique depuis la période de l’Esclavage, puis celle du colonialisme jusqu’à nos jours.

Cette main mise a d’abord été théorisée en 1532 par le théologien espagnol François Vittoria, puis le révérend Père Muller. En 1685, le Code Noir de Louis XIV rédigé par Colbert qui institutionnalisait l’esclavage a été réactualisé par Bonaparte qui lui avait adjoint celui de l’indigénat pour prolonger le système. 

Ensuite, c’est Albert Sarrault, cet autre illustre théologien qui évoquait en 1931 pour justifier les barbaries commises par les colons, « Le droit de la colonisation à la mise en circulation des ressources que les possesseurs débiles détenaient sans profit pour eux-mêmes et pour tous… » Cf. Suret Canal dans « Afrique Noire l’ère coloniale 1900-1945 »

Et lorsqu’en 1960, la Résolution N° 1514 de l’ONU sur la décolonisation des pays sous domination a été votée pour libérer ces derniers, la parade trouvée par la France pour maintenir le statu quo a été le pacte colonial dont la signature imposée en 1961 stipulait en son annexe II, l’obligation pour ces pays de lui réserver l’exclusivité de leurs richesses agricoles, minières et stratégiques avec interdiction formelle d’échanger entre eux.

Un système chargé de veiller à l’application stricte de ces accords de vassalisation et de garantie du pillage éhonté des anciennes colonies françaises fut également mis en place : C’est la Françafrique. Un système anachronique, hideux et barbare qui s’est excellé dans l’assassinat des premiers présidents africains, contestataires du pacte colonial. Un système de spoliation et de brimade des peuples. C’est ainsi que périt Patrice Lumumba au Congo Kinshasa par les soins des USA et de la CIA avec l’aide des colons Belges pour être remplacé par Mobutu plus servile, afin de poursuivre l’exploitation du gisement de Shinkolobwe dont l’Uranium leur avait permis de fabriquer la Bombe Atomique de Nagasaki en 1945.

Au Congo Brazzaville, ce fut Fulbert Youlou qui fut assassiné en 1963 pour avoir dénoncé à la tribune des Nations Unies les prétendus accords de coopération avec la France. Il en fut également ainsi pour Alphonse Massamba Debat et Marien Ngouabi, pour ses interrogations sur la part de pétrole qui revenait au Congo.

Le même sort fut réservé à l’Abbé Barthélémy Boganda de la République Centrafricaine et François Tombalbaye au Tchad.

 Ces assassinats restés impunis, ainsi que les agissements des puissances européennes dans les pays d’Afrique font penser à la déclaration de Benjamin Walter qui écrivait en 1940 au sujet d’Hitler qui a pratiqué la loi du plus fort sur les pays européens pendant la deuxième guerre mondiale : « …La pire barbarie peut surgir de la plus haute culture. Du moins, si nous laissons aller l’histoire comme si elle ne dépendait pas de nous. ».

La françafrique encore en service aujourd’hui, pour maintenir la vassalisation des colonies, gère les « élections » grossièrement truquées au cours desquelles les candidats « élus » sont ceux choisis d’avance par les métropoles avec la validation de l’Union Européenne qui missionne des « observateurs » internationaux financés par ses soins pour faire des comptes rendus souvent en flagrante contradiction avec les réalités du terrain.

C’est cette situation d’injustice faite aux peuples africains et le piétinement du droit international qui engendrent  la frustration et les violences qui enflamment ces pays .Et leurs révoltes sont régulièrement noyées dans des bains de sang avec l’aide des militaires aéroportés au cours des missions, telles « Lamantin », « Artémis », « Epervier », « Licorne », et autre « Serval », trompeusement baptisées « humanitaires ».

En 2000, réunis à Bangui lors de leur Conférence Episcopale, les Evêques de l’A.C.E.R.A.C., un organisme regroupant le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad, ont déclaré : « L’exploitation de nos ressources naturelles est devenue la source de nos souffrances. 
Des Nations entières sont mises à feu et à sang dans le seul but de préserver les intérêts de l’un ou de l’autre pays étranger et des compagnies internationales. ».

 Au sommet Euro-africain de Lisbonne de 2007, les Africains, portés par l’éveil des démocrates de par le monde rêvaient de voir les relations économiques entre les deux parties enfin refonder sur de nouvelles bases. Mais ce sommet échoua car les Européens préfèrent négocier séparément avec les cinq zones du continent de manière bilatérale afin de garder le statu quo grâce à la corruption active des chefs d’Etat connus pour être préoccupés par leurs intérêts personnels comme l’atteste la bataille autour des biens mal acquis.

Malgré l’immensité de leurs richesses donc, ces pays sont classés parmi les plus pauvres de la planète de par leur Produit Intérieur Brut (P.I.B.) et aucun d’eux n’atteint les 3.000 dollars par habitant et par an fixés comme seuil de pauvreté par le P.N.U.D..

Leurs peuples, privés des facteurs de développement humain élémentaires que sont l’éducation, la santé et l’eau potable d’une part, et n’ayant qu’une longévité à 40 ans en moyenne, malgré les énormes progrès de la Science pour l’Humanité, sans compter le taux exorbitant des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition grave, et le pourcentage élevé des adultes illettrés, comment ne pas faire le lien avec la facilité avec laquelle leurs jeunesses sont recrutées dans des structures extrémistes ?

La montée du terrorisme qui engendre l’insécurité dans le monde, en Afrique en particulier, avec des prises d’otages devenues récurrentes, ne sont qu’une réplique violente au terrorisme d’Etat non moins violent pratiqué par les gouvernements européens, et américain en concert avec leur instruments de domination que sont l’OTAN, le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC dans ces zones du monde, en complicité avec leurs vassaux.

« La solution n’était pas exclusivement sécuritaire, mais exigeait le développement de la sous-région, bien compris, et la lutte contre la pauvreté qui est le vivier de cette insécurité. », ont déclaré les Ministres des Affaires Etrangères du Mali, du Niger, de la Mauritanie et d’Algérie, lors de la crise post libyenne du Sahel en réponse à la proposition des services anti-terroristes sous l’égide d’Africom ou de l’OTAN, faite par les USA et les Européens. 

Les assauts massifs et répétés des pays européens par les immigrés clandestins trouvent également leur racine dans ce même vivier, lorsque AREVA produit au Niger en 2012 les 37% de ses 9760 tonnes d’Uranium et rapatrie ses profits de 352 millions d’Euros sans compensation pour les populations dont une bonne partie atteinte de cancer , du fait de leur proximité avec les zones irradiées, n’ont aucun espoir de se soigner. Et les remparts, les murs, les barbelés et autres centres de rétention en Europe pour protéger son espace schengen, ne constituent en aucun cas, une solution suffisante pour épargner aux citoyens européens, cette présence trop visible de la misère des pays qu’ils croyaient lointains…

Le Frontex, encore moins, même s’il « n’y a plus de place ni pour les vivants, ni pour les morts », comme l’a déclaré Mme Giusi Nicolini, Maire de Lampedusa, au sujet des 360 morts du 03 Octobre 2013 dernier.

La prétendue aide au développement dont les 95% demeurent dans les circuits mafieux des donateurs et les 5% partent en fumée juste en arrivant à destination, n’a jamais fait décoller le développement d’aucun pays africain dont les peuples s’enfoncent d’année en année dans la pauvreté, la misère et la mendicité chronique depuis plus de 50 ans.

 Nous savons à présent que les transferts illicites de capitaux par les multinationales qui opèrent dans les pays d’origine des immigrés clandestins d’Afrique, s’élèvent à 1.500 Milliards de Dollars par an ! De 1960, année des indépendances de ces pays à nos jours en 2013, cela fait 79.500 Milliards de Dollars de manque à gagner pour ces peuples victimes de cette escroquerie validée par l’Union Européenne, alors que l’aide au développement est de 1.000 Milliards de Dollars entre 1960 et 2000, selon le rapport de l’Union Africaine. Cf. « Dossier Pourquoi l’Afrique ne décolle pas ? » du 31 Janvier 2013 par « Les Afriques »

Et la Loi Dodd Franck votée en 2012 sous l’administration Obama qui oblige désormais toutes les Entreprises américaines à déclarer leurs paiements aux Etats africains au-delà des 100.000 dollars, n’est qu’une goutte d’eau dans l’immense Océan de l’hypocrisie.

Nous savons que les Résolutions de l’ONU sont souvent piétinées et violées parfois par ceux qui les ont votées.

Nous savons également que l’ONU elle-même est méprisée et régulièrement contournée dans les crises et conflits ainsi que leurs résolutions par les membres du Conseil de Sécurité censés garantir l’autorité de cette institution internationale bafouée comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, en Libye et au Mali.

 C’est la raison pour laquelle il revient aux démocrates sincères du monde, Africains, Américains et Européens, femmes et hommes, épris de justice et de paix, d’oser revendiquer l’application de la Résolution N° 1514 de l’ONU en vue d’une véritable décolonisation des pays d’origine des immigrés clandestins.

 Qu’ils osent soutenir la restitution des milliers de milliards de Dollars escroqués aux pays africains par les multinationales afin que cet argent serve à financer des écoles, pour l’éducation des enfants et l’apprentissage des jeunes ; des Hôpitaux pour un accès aux soins pour tous, ainsi que l’accès à l’eau potable.

Qu’ils osent enfin œuvrer pour l’arrêt des pillages de l’économie de ces pays, et l’instauration du bien-être auquel doit prétendre tout citoyen du monde, conduira naturellement non seulement les candidats à l’immigration clandestine à rester chez eux, mais également, nous assisterons à un retour de flux de ceux déjà partis comme l’ont fait des immigrés Indiens de la Silicon Valley dans la Baie de San Francisco aux Etats Unis.

 Ainsi, nous ne laisserons pas l’histoire continuer d’aller, comme si elle ne dépendait pas de nous !

Afrique: Du colonialisme au néo-colonialisme un changement cosmétique…

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Voici comment le peuple africain est floué

 

Man Bene

 

9 Novembre 2011

 

url de l’article original:

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-13186.html

 

Mongo Beti, esprit lucide en la matière, attire encore notre attention là-dessus : « L’indépendance, l’indépendance, cette couillonnade de Nègres, tu appelles ça indépendance ? Si tu es couillon, tu crois ; si tu n’es pas couillon, tu ne crois pas. Moi je ne crois pas, je ne suis pas un Nègre couillon. Ce sont les toubabs qui, eux-mêmes, ont mis là leur homme du Nord, leur Massa Bouza…

 

En Afrique, de manière générale, l’indépendance réelle dont il était question dans le combat des nationnalistes a accouché d’une souris.

Ceux qui ont été portés à la tête des jeunes États dans les années 1960 sont ceux ayant combattu toute émancipation hic et nun du continent. Ne voyant en cette fin un risque, ils ont envisagé une tutelle programmatique avec l’ancien maître comme un assistant paternaliste. Nul besoin de se surprendre de constater que jusqu’à ce jour, l’Afrique en soit toujours à subir les tourments de la mainmise des anciennes métropoles parisiennes ou londoniennes. Il faudrait qu’on soit certain aujourd’hui qu’il s’agissait que d’indépendance de facade.

Mongo Beti, esprit lucide en la matière, attire encore notre attention là-dessus : « L’indépendance, l’indépendance, cette couillonnade de Nègres, tu appelles ça indépendance ? Si tu es couillon, tu crois ; si tu n’es pas couillon, tu ne crois pas. Moi je ne crois pas, je ne suis pas un Nègre couillon. Ce sont les toubabs qui, eux-mêmes, ont mis là leur homme du Nord, leur Massa Bouza ; bon, lui il boit, il boit, il boit seulement, il laisse les toubabs tout faire comme avant ; et nous, Nègres couillons, on croit seulement que c’est Massa Bouza qui fait mal les choses, et toi tu crois que ça peut changer comme ça, mon frère ? Écoute-moi bien là, mon frère : avec un couillon de Nègre président, c’est encore plus mieux pour les toubabs tout faire comme avant ; et nous, Nègres couille palais, et pour nous, c’est encore plus pire. » (in La Ruine presque cocasse d’un polichinelle, Paris, Le serpent à plumes, 2003, p.34).

La force de cette description de la situation politique d’un pouvoir postcolonial africain a le mérite de s’appliquer à l’ensemble des pays du continent et surtout à tous ses dirigeants qui sont là non pas pour le peuple, mais pour leur mentor métropolitain. Il suffit de regarder autour pour s’en convaincre. Qu’attendre d’un président dont la légitimité repose sur un pouvoir qu’il tient de l’Élysée ou des cercles maçonniques occidentaux ? Qu’attendre d’un président dont les comptes bancaires personnels, en plus de la monnaie de son pays, reposent allègrement dans les caisses du vieux continent ? Qu’attendre d’un président dont le souci le plus urgent et logique est de s’éterniser au pouvoir pour s’assurer, à lui et ses malicieux petits copains de palais, un paix durable contre toute représaille judiciaire pouvant interroger sa gestion calamiteuse d’un patrimoine nationnal jugé comme un bien privé ?

Un tel président ne peut donc servir qu’à multiplier des mécanismes pour endormir le peuple soit par la violence des régimes militaires ou policiers qui instaurent le règne du terrorisme d’État aux citoyens zélés par une envie naturelle de bien-être. Les nombreuses répressions, parfois de simples manifestations pacifiques des partis politiques ou des syndicats, sont blâmées avec la plus tranchante des sévérités. Quand il ne s’agit pas de violence affichée, ces régimes de la terreur utilisent bien volontiers la violence douce de l’opium pour calmer et annihiler les ardeurs de leur peuple.

On peut citer trois opiums abondamment utilisés en postcolonie par les présidents roublards : l’alcool, la religion et le sport. En effet, un homme saoul n’a sa lucidité que dans le fait qu’il sait toujours que boire, c’est lever le coude. En dehors de cet acte instinctif, il n’est conscient de rien d’autre. Il est dans le je-m’en-foutisme qui le confine dans l’inaction et la complaisance. L’ébriété ôte à l’homme et au peuple toute propension à la raison et à la pensée. Une société alcoolique ne pose pas de problème particulier à un président incompétent et éternel au pouvoir. D’ailleurs, tous les prix des denrées peuvent augmenter de manière significative sauf celui de l’alcool. Il faut permettre à chaque citoyen de s’accorder le privilège d’une bière pour absorber sa pauvreté originelle, désormais.

Le laxisme stoïque dans lequel se confine le peuple soûlard est renfermé par l’ambiance généralisée de spiritualité qui fait pousser, comme des champignons, les Églises dans toutes les contrées les plus inimaginables, parfois, de ces États de pacotille. La faiblesse du raisonnement pousse le peuple aux portes des Églises que les gouvernements impopulaires et inefficaces laissent germer à volonté. Un peuple qui croit plus à l’intervention d’un Dieu bienveillant reste docile à l’égard des dirigeants qu’il a pourtant élus pour changer son vécu quotidien. La multiplicité des religions permet ainsi de porter le regard sur le paradis promis par Christ en acceptant la misère et la persécution de la dictature comme un tremplin. Le meilleur est ailleurs ; tandis que le cachot terrestre où l’homme africain vit est perçu comme le passage obligé, la porte étroite qui mène à la terre promise. D’ailleurs, ne dit-on pas que ne seront heureux que ceux qui souffrent sans se plaindre ? L’Église ne prie-t-elle pas pour les hommes politiques dans les messes quotidiennes ou dominicales ? Les présidents fainéants en sont pleinement conscients.

Le troisième opium du peuple est bien évidemment le sport. On ne peut pas laisser son peuple dans la misère sans susciter en lui des moments de défoulement à travers les émotions d’une compétition sportive nationale ou internationale. Les victoires de l’équipe nationale de foot-ball, par exemple, au tournoi Fifa ou Caf ne se traite pas avec négligeance. Les mois qui précèdent les qualifications et ceux qui suivent la compétition en elle-même sont des moments cruciaux qui permettent aux gouvernements, débordés par les demandes d’emplois sans cesse grandissants, de respirer un peu. Des cinq ans que dure un mandat présidentiel dans certains États africains, il y a bien organisation et participation à deux Coupes d’Afrique des nations et une Coupe du monde. Sans oublier les Jeux olympiques et les tournois junior. Il y a assez pour occuper le petit peuple déjà inoculé par le spectre de l’acool (fainéantise) et de la religion (inaction).

Si ce peuple n’a toujous pas compris dans quelle soupe il est rôti, il faut pourtant qu’il y parvienne. Achevons notre propos par cette autre réflexion à laquelle nous convie Stéphano, un personnage de Mongo Beti dans le roman intitulé Perpétue et l’habitude du malheur , Paris, Buchet/Chastel, 1974 :

 » Mais dites-moi pourquoi notre président tout-puissant, seul chef comme il aime à le dire ou à le faire claironner, […] n’a pas créé une seule usine de médicaments ? Un gouvernement noir, fondant des usines avec l’argent des Noirs, pour donner des médicaments à ses frères noirs, ça devait être cela l’indépendance, non ?

Oui, je sais, les Noirs n’ont pas l’argent, voilà ce que chacun va répétant à l’envi. Alors, avec quoi Baba Toura s’est-il payé un avion personnel, un hélicoptère, un palais, ses propriétés sur la Côte d’Azur, les Mercédès ultra-modernes des ministres, des directeurs et des secrétaires généraux ? Et il ne reste plus un seul sou en caisse au moment de nous fabriquer quelques ampoules d’antibiotique ou quelques comprimés d’aspirine ou de quinine ? Comme c’est étrange ! », pp.77-78.

 

Hommage à Thomas Sankara…

Posted in actualité, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, résistance politique with tags , , , , , , , , on 30 septembre 2013 by Résistance 71

En mémoire de Thomas Sankara, le Che Guevara africain

 

Mikhaïl Gamandiy Egorov

 

29 Septembre 2013

 

url de l’article original:

 

http://french.ruvr.ru/2013_09_29/En-memoire-de-Thomas-Sankara-le-Che-Guevara-africain-3200/

 

Il y a bientôt 26 ans était assassiné le « père de la révolution burkinabé », Thomas Isidore Noël Sankara. Un des plus grands dirigeants d’Afrique. En plus d’être un vrai révolutionnaire, Thomas Sankara était aussi et surtout un grand visionnaire, aussi bien pour sa nation que pour toute l’Afrique.

Né en 1949 dans la Haute-Volta (nom que portait le pays durant la colonisation) dans une famille catholique, il opte pour une carrière militaire. Il suivra une formation d’officier à l’Ecole militaire inter-armée (EMIA) de Yaoundé, au Cameroun, puis à l’Académie militaire d’Antsirabe, à Madagascar. Il devient en 1976 commandant du Centre national d’entrainement commando (CNEC).

Il sera nommé secrétaire d’Etat à l’information en septembre 1981, dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Mais moins d’un an plus tard, il démissionnera en déclarant : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! ». Il deviendra Premier ministre en janvier 1983 dans le gouvernement du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo (arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch). Pourtant, quelques mois plus tard, il est limogé et mis aux arrêts après une visite dans le pays de Guy Penne, franc-maçon et conseiller de François Mitterrand pour les affaires africaines. Selon plusieurs sources, le limogeage et l’arrestation de Sankara n’étaient pas liés au hasard mais bien l’œuvre d’une intervention française en raison des idées progressistes de Thomas Sankara qui déplaisaient beaucoup à l’ancienne métropole coloniale.

Le 4 août 1983, un nouveau coup d’Etat place Thomas Sankara (déjà très populaire au sein de la population) à la tête du pays. Il forme dès lors le Conseil national de la Révolution (CNR) et définit son programme politique dans la lignée anti-impérialiste. Il change le nom du pays qui devient le Burkina-Faso, signifiant « la patrie des hommes intègres ». Il devient également l’un des principaux leaders du Mouvement des non-alignés bien qu’il sympathise ouvertement avec l’URSS (où il se rendit notamment en 1986). Il dénoncera fermement le colonialisme et le néo-colonialisme, notamment de la France, ainsi que les régimes africains servant les intérêts néocoloniaux (« les régimes clients »). Souhaitant à tout prix redonner le pouvoir au peuple, il créera durant sa présidence les Comités de défense de la révolution (CDR) qui permettront la participation de tous les citoyens aux prises de décision.

Cette politique de démocratie participative a permis de réduire considérablement des fléaux tels que la malnutrition, le manque d’eau (grâce à la construction massive de puits et retenues d’eau). Sa politique de « vaccinations commandos » a quant à elle permit de diminuer la propagation des maladies. Sans oublier la lutte contre l’analphabétisme, dont les résultats ont plus que convaincants (diminution de près de 20%). Par ailleurs, Thomas Sankara contribuera grandement à l’émancipation de la femme burkinabé, voulant à tout prix une place égale pour elle dans la société. Il luttera avec succès contre le tribalisme féodal et la désertification, combattra très efficacement la corruption et améliora l’agriculture. Autre fait majeur : il sera le seul président africain et un des rares au monde à vendre toutes les luxueuses voitures de fonctions de l’Etat afin de les remplacer par de modestes et basiques Renault 5. Il réduira les salaires des fonctionnaires dont le sien (dont une partie importante était destiné aux projets publics et aux œuvres caritatives). Lors de ses déplacements à l’étranger, il voyagera toujours avec ses collaborateurs en classe touriste.

Le problème est que malgré toutes ses réalisations pour son peuple et étant un vrai modèle pour les autres nations africaines, Sankara gênait considérablement les intérêts impérialistes. Il sera assassiné le 15 octobre 1987 lors d’un coup d’Etat organisé par un certain Blaise Compaoré, que Sankara considérait pourtant comme son propre frère, et qui prendra le pouvoir pour le monopoliser jusqu’à aujourd’hui, étant par la même occasion un des meilleurs agents du système mafieux de la Françafrique et un des acteurs principaux de la crise actuelle en Côte d’Ivoire.

A l’image de Patrice Lumumba en République démocratique du Congo, Thomas Sankara est et restera un martyr africain et un combattant acharné pour la justice. Autre point qui les rassemble : ils ont été tous deux assassinés par des pantins locaux sous les ordres et avec la complicité de forces extérieurs. En effet et selon plusieurs sources, dont le journaliste d’investigation italien Silvestro Montanaro qui a réalisé un célèbre film sur l’assassinat de Thomas Sankara (« Ombres africaines ») et a interviewé plusieurs personnalités influentes de l’époque, dont les proches de l’ex-président libérien Charles Taylor, qui affirment avec assurance l’implication de la CIA et des services secrets français dans cet assassinat. Peu surprenant, à dire vrai. De grands leaders progressistes inspirant leurs nations et même leurs continents finissent souvent soit assassinés, soit dans des geôles de ceux qui affirment « défendre la démocratie et les droits de l’homme partout et toujours »…

Une semaine avant son assassinat,Thomas Sankara avait déclaré : « On peut tuer un homme, mais on ne peut pas tuer ses idées ».C’est ce que les assassins oublient trop souvent, de même qu’une autre chose : les héros ne meurent jamais. Surtout dans les cœurs des millions d’hommes et femmes qui chérissent et continueront de chérir celui qui s’est toujours battu pour leurs droits. Quant à son combat, d’autres s’en inspireront et poursuivront certainement la lutte.

« Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe ! »

« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront !

« Le système néocolonial tremble quand le peuple devenu maître de sa destinée veut rendre sa justice ! »

Thomas Sankara